Le Bar
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Re: Le Bar
Arai préférait les framboises aux groseilles. Avec du sucre. Elle avait du mal à comprendre ce dernier point, puisqu'en général, on ne mange les framboises que lorsqu'elles sont mûres, et une framboise mûre, c'est déjà délicieusement sucré. Encore, les groseilles avaient un léger goût acide qui pouvait justifier l'ajout de sucre, mais les framboises ! Etsuko lança un regard perçant à son interlocuteur. Les framboises ne croustillaient pas, elles étaient moelleuses. Du moins, pour elle, c'était le cas. Ce jeune homme devait avoir une langue assez différente de celle de la plupart des gens.
Il avait l'air un peu désemparé, comme si la question était bizarre. Ou comme s'il n'y avait jamais réfléchi. La jeune fille ne comprenait pas les gens qui n'avaient jamais pensé à ce genre de chose, c'était pourtant une des problématiques à régler avant de commencer à s'occuper des autres. Enfin, sa réponse était justement assez analysable.
Il avait répondu dans la surprise, donc elle pouvait juger qu'il était sincère. Il semblait avoir peur de manquer de sucre. C'était probablement une personne douce, ou alors qui avait besoin énormément de douceur. Pourtant il buvait ce liquide infect qu'il leur avait fait servir... Quoique apparemment sans plaisir. Hum. Elle appuya un peu ses regards, constatant avec toujours autant de déception qu'Arai n'était agité ni de spasmes, ni de tics, ni d'autre mouvement involontaire qui aurait pu la renseigner davantage sur le personnage. Par contre, il semblait avoir l'habitude de s'adresser à des subordonnés, vu la façon dont il parlait au serveur. Du jus de framboise. Bon signe, il avait bon goût, mais y ajouter du sucre était pour elle un sacrilège, le liquide finirait par devenir du sirop, et il faudrait ajouter de l'eau pour qu'il soit buvable... Elle choisit de ne rien en dire pour l'instant, réservant ses remarques pour un peu plus tard.
Et de toute façon, il s'était remis à parler, alors elle l'écouta attentivement, cherchant à repérer le moindre changement dans le rythme des mots ou le ton de la voix employée. Selon lui, infliger des dégâts au corps humain et les réparer étaient deux choses semblables. Pourquoi pas... Il était vrai que manipuler les divers éléments d'un corps nécessitait les mêmes connaissances, mais certaines personnes devaient être plus douées pour entraver les fonctions, ou pour les réparer.
Le serveur apporta les jus de fruit, et Arai lui fit un clin d'œil, auquel elle répondit par un léger sourire. Les clins d'œil avaient des significations qui lui paraissaient encore obscures, parce qu'elle n'avait pas pu en observer suffisamment pour établir une loi générale, elle ne savait donc pas vraiment comment réagir, mais sa bouche s'était étirée d'elle-même, alors elle l'avait laissée faire, écoutant avec attention le médecin se lancer dans un discours sur un père et un fils dont les fonctions étaient différentes mais qui vivaient dans le même corps. Était-ce un problème ?
La jeune fille fronça les sourcils, cherchant en quoi cela était-il problématique. Évidemment, vivre dans le même corps que son père ou son fils pouvait potentiellement être dérangeant, psychologiquement parlant. Les relations père-fils n'étaient pas sa spécialité, mais elle se doutait qu'une telle intimité pouvait y être néfaste... Quant au reste... Hum. Oui, bien sûr, une mésentente aboutissait forcément sur une faiblesse sur le plan médical. Et puis, face à une personne amoindrie, on pouvait choisir entre blesser davantage, voire achever l'être, ou alors le soigner. Personnellement, Etsuko s'en fichait, mais avoir le choix entre les deux pouvait s'avérer problématique. Il ne faut pas laisser trop de choix aux humains, ils n'aiment pas ça. Elle continua à l'écouter, sans mot dire, vivement intéressée.
Arai semblait apprécier l'art qui pratiquait, et il semblait aimer soigner des coéquipiers qu'il n'avait pas. Tiens, elle aussi aimait s'occuper de l'équipe qu'elle ne voyait presque jamais, parce que comme ils n'étaient pas là, c'était plus pratique et plus rapide. La jeune fille était sur le point de se laisser plonger dans ses pensées lorsqu'elle perçut la voix descendante de son interlocuteur. Elle se redressa. Il venait d'évoquer les élèves qui remplaçaient sa potentielle équipe (Etsuko n'en avait pas, aucune personne saine d'esprit ne lui en aurait confié...), et son regard partait doucement dans le vague. A mi-voix, elle murmura :
« Tes élèves partagent souvent le corps de leur père ? »
Oui, bien sûr, ça lui était venu à l'esprit. Elle n'était pas sûre qu'il l'ai entendue, mais il continua sur la motivation, et sur le fait qu'il aurait aussi pu s'intéresser aux illusions. 'La maîtrise des esprits', selon lui. Elle pencha un peu la tête sur le côté, évaluant la justesse de cette expression qui ne lui semblait pas convenir au premier abord, mais ne répondit rien. Il semblait apprécier le jus de framboise, et n'avait pas ajouté de sucre. Normal, tout le monde aimait les framboises. Mais... Arai paraissait encore pensif, comme perturbé par quelque chose. Elle était sur le point de lui poser une question aussi pertinente que la précédente (non, ce n'était pas pour savoir s'il préférait la viande de chèvre à celle de mouton), mais il la prit de court, précisément lorsqu'une nouvelle étincelle s'alluma dans ses yeux. Elle lui adressa un regard interrogateur, et écouta son étrange question.
Guérir l'esprit par l'illusion.
Elle n'y avait jamais pensé, vraiment. Réfléchissant, la chuunin vida la moitié de son verre avant de s'attarder sur le visage de son interlocuteur. Il était vrai que certaines personnes étaient malheureuses, ou souffraient de l'intérieur. Elle savait qu'elle intervenaient sur les esprits, mais elle n'avait jamais, oh grand jamais, songé à interférer en eux de la sorte. Hésitante pour la première fois depuis le début de l'échange, elle prit cependant la parole avec un minimum de fermeté :
« Je ne sais pas si je maitrise vraiment les esprits. Enfin, si, l'espace d'un instant. Les genjustu les plus simples consistent à envoyer l'illusion directement au cerveau en passant par les nerfs qui sont reliés aux sens. C'est généralement efficace pour les personnes dont le mental est vacillant, et je suppose que ça pourrait apaiser la tension ou la peur de quelqu'un temporairement. »
Elle s'arrêta un instant, se demandant si Arai était capable de percer la subtilité entre ce type d'illusion et celui qu'elle allait énoncer. Après tout, pour elle qui les pratiquait et qui en avait fait son art, c'était une évidence, mais elle n'était pas certaine que cela soit perceptible pour quelqu'un d'autre.
« Les plus complexes, les plus difficiles à créer passent d'abord par une prise d'information. Elles sont plus risquées, pour l'utilisateur comme pour la personne qui reçoit l'illusion. L'un peut perdre beaucoup d'énergie en très peu de temps, alors que l'autre peut resté marqué à vie. Elles consistent à aller chercher directement dans l'esprit de la personne ce qui va créer le sentiment, l'émotion que l'on veut, puis à la provoquer à partir d'une illusion appropriée. On entre parfois dans le plus profond du psyché, il peut arriver qu'on parvienne à briser des barrières internes pour réussir à toucher l'autre, et ça ne doit pas être utilisé à la légère, vraiment pas. »
Etsuko marqua une autre pause. Là, elle savait de quoi elle parlait, aucun doute, mais elle prenait son temps afin d'éviter d'en révéler trop à un néophyte.
« Si on réussit, la personne aura l'impression d'être amoureux, en colère, terrifié ou autre chose. Mais ce n'est qu'un artefact, pas un vrai sentiment. Enfin, si, mais créé artificiellement, alors il peut être très différent, beaucoup plus intense ou plein de failles... Tout dépend de la façon dont l'illusion a été lancée, et de l'expérience de l'illusionniste. »
Quelqu'un qui connaît bien la peur peut devenir un maître dans l'art de la provoquer chez une victime, elle le savait. Etsuko n'avait que rarement peur, quant aux autres sentiments... Elle se sentait trop spectatrice du monde pour les éprouver réellement. D'ailleurs, c'est dans son art que son expérience de l'observation et de l'analyse des gens lui avait été la plus profitable, et elle gagnait tous les jours à persévérer dans l'exercice de compréhension d'autrui. Elle but une gorgée de plus du délicieux jus de fruit posé devant elle, puis, un peu rêveuse, parce qu'elle cernait peu à peu le fait que ce qu'Arai lui avait évoqué nécessitait une grande maîtrise, elle continua :
« Ce genre de genjustu peut changer quelqu'un, je crois. Le soigner, peut être, je ne sais pas... Je pense que cela dépend du type de souffrance dont est atteint l'esprit. Je peux le soulager de façon brève, ça j'en suis presque certaine, mais... Pour que l'effet soit durable, il vaut mieux que l'illusionniste connaisse très bien le malade et que ce dernier se laisse faire. C'est plus facile d'entrer dans l'esprit d'une personne qui ne résiste pas. »
Elle s'arrêta là, encore pensive. Pour une fois, elle était vraiment sérieuse, et sa conversation se rapprochait de plus en plus de celle d'une personne totalement normale, même si elle n'en avait pas vraiment conscience. En fait, elle ne s'était que trop rarement attardée sur les personnes qui souffraient psychologiquement, mais peut être aurait-elle du. Eux connaissaient peut être les réponses à ses questions...
Il avait l'air un peu désemparé, comme si la question était bizarre. Ou comme s'il n'y avait jamais réfléchi. La jeune fille ne comprenait pas les gens qui n'avaient jamais pensé à ce genre de chose, c'était pourtant une des problématiques à régler avant de commencer à s'occuper des autres. Enfin, sa réponse était justement assez analysable.
Il avait répondu dans la surprise, donc elle pouvait juger qu'il était sincère. Il semblait avoir peur de manquer de sucre. C'était probablement une personne douce, ou alors qui avait besoin énormément de douceur. Pourtant il buvait ce liquide infect qu'il leur avait fait servir... Quoique apparemment sans plaisir. Hum. Elle appuya un peu ses regards, constatant avec toujours autant de déception qu'Arai n'était agité ni de spasmes, ni de tics, ni d'autre mouvement involontaire qui aurait pu la renseigner davantage sur le personnage. Par contre, il semblait avoir l'habitude de s'adresser à des subordonnés, vu la façon dont il parlait au serveur. Du jus de framboise. Bon signe, il avait bon goût, mais y ajouter du sucre était pour elle un sacrilège, le liquide finirait par devenir du sirop, et il faudrait ajouter de l'eau pour qu'il soit buvable... Elle choisit de ne rien en dire pour l'instant, réservant ses remarques pour un peu plus tard.
Et de toute façon, il s'était remis à parler, alors elle l'écouta attentivement, cherchant à repérer le moindre changement dans le rythme des mots ou le ton de la voix employée. Selon lui, infliger des dégâts au corps humain et les réparer étaient deux choses semblables. Pourquoi pas... Il était vrai que manipuler les divers éléments d'un corps nécessitait les mêmes connaissances, mais certaines personnes devaient être plus douées pour entraver les fonctions, ou pour les réparer.
Le serveur apporta les jus de fruit, et Arai lui fit un clin d'œil, auquel elle répondit par un léger sourire. Les clins d'œil avaient des significations qui lui paraissaient encore obscures, parce qu'elle n'avait pas pu en observer suffisamment pour établir une loi générale, elle ne savait donc pas vraiment comment réagir, mais sa bouche s'était étirée d'elle-même, alors elle l'avait laissée faire, écoutant avec attention le médecin se lancer dans un discours sur un père et un fils dont les fonctions étaient différentes mais qui vivaient dans le même corps. Était-ce un problème ?
La jeune fille fronça les sourcils, cherchant en quoi cela était-il problématique. Évidemment, vivre dans le même corps que son père ou son fils pouvait potentiellement être dérangeant, psychologiquement parlant. Les relations père-fils n'étaient pas sa spécialité, mais elle se doutait qu'une telle intimité pouvait y être néfaste... Quant au reste... Hum. Oui, bien sûr, une mésentente aboutissait forcément sur une faiblesse sur le plan médical. Et puis, face à une personne amoindrie, on pouvait choisir entre blesser davantage, voire achever l'être, ou alors le soigner. Personnellement, Etsuko s'en fichait, mais avoir le choix entre les deux pouvait s'avérer problématique. Il ne faut pas laisser trop de choix aux humains, ils n'aiment pas ça. Elle continua à l'écouter, sans mot dire, vivement intéressée.
Arai semblait apprécier l'art qui pratiquait, et il semblait aimer soigner des coéquipiers qu'il n'avait pas. Tiens, elle aussi aimait s'occuper de l'équipe qu'elle ne voyait presque jamais, parce que comme ils n'étaient pas là, c'était plus pratique et plus rapide. La jeune fille était sur le point de se laisser plonger dans ses pensées lorsqu'elle perçut la voix descendante de son interlocuteur. Elle se redressa. Il venait d'évoquer les élèves qui remplaçaient sa potentielle équipe (Etsuko n'en avait pas, aucune personne saine d'esprit ne lui en aurait confié...), et son regard partait doucement dans le vague. A mi-voix, elle murmura :
« Tes élèves partagent souvent le corps de leur père ? »
Oui, bien sûr, ça lui était venu à l'esprit. Elle n'était pas sûre qu'il l'ai entendue, mais il continua sur la motivation, et sur le fait qu'il aurait aussi pu s'intéresser aux illusions. 'La maîtrise des esprits', selon lui. Elle pencha un peu la tête sur le côté, évaluant la justesse de cette expression qui ne lui semblait pas convenir au premier abord, mais ne répondit rien. Il semblait apprécier le jus de framboise, et n'avait pas ajouté de sucre. Normal, tout le monde aimait les framboises. Mais... Arai paraissait encore pensif, comme perturbé par quelque chose. Elle était sur le point de lui poser une question aussi pertinente que la précédente (non, ce n'était pas pour savoir s'il préférait la viande de chèvre à celle de mouton), mais il la prit de court, précisément lorsqu'une nouvelle étincelle s'alluma dans ses yeux. Elle lui adressa un regard interrogateur, et écouta son étrange question.
Guérir l'esprit par l'illusion.
Elle n'y avait jamais pensé, vraiment. Réfléchissant, la chuunin vida la moitié de son verre avant de s'attarder sur le visage de son interlocuteur. Il était vrai que certaines personnes étaient malheureuses, ou souffraient de l'intérieur. Elle savait qu'elle intervenaient sur les esprits, mais elle n'avait jamais, oh grand jamais, songé à interférer en eux de la sorte. Hésitante pour la première fois depuis le début de l'échange, elle prit cependant la parole avec un minimum de fermeté :
« Je ne sais pas si je maitrise vraiment les esprits. Enfin, si, l'espace d'un instant. Les genjustu les plus simples consistent à envoyer l'illusion directement au cerveau en passant par les nerfs qui sont reliés aux sens. C'est généralement efficace pour les personnes dont le mental est vacillant, et je suppose que ça pourrait apaiser la tension ou la peur de quelqu'un temporairement. »
Elle s'arrêta un instant, se demandant si Arai était capable de percer la subtilité entre ce type d'illusion et celui qu'elle allait énoncer. Après tout, pour elle qui les pratiquait et qui en avait fait son art, c'était une évidence, mais elle n'était pas certaine que cela soit perceptible pour quelqu'un d'autre.
« Les plus complexes, les plus difficiles à créer passent d'abord par une prise d'information. Elles sont plus risquées, pour l'utilisateur comme pour la personne qui reçoit l'illusion. L'un peut perdre beaucoup d'énergie en très peu de temps, alors que l'autre peut resté marqué à vie. Elles consistent à aller chercher directement dans l'esprit de la personne ce qui va créer le sentiment, l'émotion que l'on veut, puis à la provoquer à partir d'une illusion appropriée. On entre parfois dans le plus profond du psyché, il peut arriver qu'on parvienne à briser des barrières internes pour réussir à toucher l'autre, et ça ne doit pas être utilisé à la légère, vraiment pas. »
Etsuko marqua une autre pause. Là, elle savait de quoi elle parlait, aucun doute, mais elle prenait son temps afin d'éviter d'en révéler trop à un néophyte.
« Si on réussit, la personne aura l'impression d'être amoureux, en colère, terrifié ou autre chose. Mais ce n'est qu'un artefact, pas un vrai sentiment. Enfin, si, mais créé artificiellement, alors il peut être très différent, beaucoup plus intense ou plein de failles... Tout dépend de la façon dont l'illusion a été lancée, et de l'expérience de l'illusionniste. »
Quelqu'un qui connaît bien la peur peut devenir un maître dans l'art de la provoquer chez une victime, elle le savait. Etsuko n'avait que rarement peur, quant aux autres sentiments... Elle se sentait trop spectatrice du monde pour les éprouver réellement. D'ailleurs, c'est dans son art que son expérience de l'observation et de l'analyse des gens lui avait été la plus profitable, et elle gagnait tous les jours à persévérer dans l'exercice de compréhension d'autrui. Elle but une gorgée de plus du délicieux jus de fruit posé devant elle, puis, un peu rêveuse, parce qu'elle cernait peu à peu le fait que ce qu'Arai lui avait évoqué nécessitait une grande maîtrise, elle continua :
« Ce genre de genjustu peut changer quelqu'un, je crois. Le soigner, peut être, je ne sais pas... Je pense que cela dépend du type de souffrance dont est atteint l'esprit. Je peux le soulager de façon brève, ça j'en suis presque certaine, mais... Pour que l'effet soit durable, il vaut mieux que l'illusionniste connaisse très bien le malade et que ce dernier se laisse faire. C'est plus facile d'entrer dans l'esprit d'une personne qui ne résiste pas. »
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L'expression a des frontières, la pensée n'en a pas. (V. Hugo)

Etsuko Kaori- Chuunin de Kumo

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Sho Nagoshi- Chuunin Instructeur de Kumo

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