Par lui-même
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Par lui-même
Haya avait passé plusieurs semaines à s’habiter à utiliser sa voix. Cela avait été plus rapide qu’elle ne l’aurait imaginé et dans les trois premiers jours, elle était capable d’aligner les mots sans que sa voix ne meure. Mais parler lui faisait toujours un peu mal à la gorge bien que cela ait tendance à s’atténuer ces derniers jours. Autour d’elle, les gens manifestaient surprise, plaisir et enthousiasme et Haya devait avouer que c’était exactement les sentiments qu’elle éprouvait.
Elle avait su que sa voix n’était pas loin en revenant à son village natal. Alors qu’elle déambulait dans les chemins parcourus cent fois, qu’elle respirait l’odeur étouffée de la maison dans laquelle elle avait grandi… les souvenirs des mots échangés, des communications, des sentiments partagés… tout cela lui était revenu avec force et netteté. Elle avait laissé sa voix dans cette maison un an plus tôt, elle était venue la récupérer. Il s’agissait, Haya en était convaincue, d’une entreprise psychologique qui devait être menée à son terme. Parler n’était pas la fin en soi. Ce n’était pas si facile. En devenant muette, Haya ne s’était pas repliée sur elle-même, elle n’avait jamais cherché la solitude. Elle s’était fait des amis, des connaissances et quelques amours. Une autre forme de communication avait pris la place de sa voix et cela était parfait. Mais Haya ne pouvait tout simplement pas se permettre d’abandonner sa voix derrière elle, d’essayer de l’oublier pour tenter d’effacer son passé.
Ce n’était pas si facile, non, certainement pas. Il lui fallait assumer de parler, reprendre ce risque. Les choses sont plus compliquées quand on peut parler normalement, ou alors c’est seulement qu’elle a perdu l’habitude. Ses amis, en particulier, l’aidèrent comme ils l’avaient aidé peut après qu’elle soit arrivée à kiri et qu’elle intègre l’académie, quand elle souffrait trop pour ne serait-ce que bouger la tête et qu’ils l’avaient raccompagné chez elle. Plusieurs fois. Ou quand ils étaient restés avec elle la nuit, parce qu’elle était paralysée et qu’elle ne pouvait ni se lever, ni se laver, ni se faire à manger. Cela avait duré des mois. C’était irrégulier, il y avait des pics d’intensité, mais ils restaient toutefois bien présents. Et ils l’étaient tout autant aujourd’hui.
Haya sourit et se laissa aller sur le dos. Elle avait attendu ce moment patiemment et à cet instant précis, elle n’essaya pas de refouler les larmes qui lui piquaient les yeux. Il y avait quelque chose de terrible à se dire que malgré le retour de sa voix, elle ne parlerait plus jamais à ses sœurs, à son père, à sa mère ; parce qu’ils n’étaient plus là. Haya en avait fréquenté beaucoup, des jeunes de son âge qui avaient perdu toute leur famille. Ce n’était pas quelque chose d’inhabituel dans le monde des ninjas, et pour la plupart il s’agissait d’une motivation puissante. La vengeance, la quête de force, la volonté d’oublier sa faiblesse d’alors et de dévorer la distance, de la dévorer jusqu’à la faire disparaître entièrement. Les solitaires… Haya n’était pas comme cela, sans qu’elle ne parvienne à déterminer si c’était un bien ou un mal. Elle savait toutefois qu’elle ne voulait pas se venger, elle l’avait su dès son retour au village. Pas la vengeance, mais il est juste qu’ils meurent. Plus que de la justice encore, c’est dans l’ordre des choses. En survivant, ceux qui ont essayé de la tuer on créé un monstre. Ils l’ont amené à être recueillie par kiri. Ils l’ont amené à s’entraîner, à progresser, à dévorer la distance. Chacun devra assumer sa part de responsabilité ; Haya pour avoir accepté cet ordre des choses, eux pour l’avoir créé.
Haya se redressa et quitta le toit sur lequel elle s’était réfugiée. Il était tard à présent, la nuit était tombée plus tôt qu’elle ne s’y était attendue et les lanternes dans les rues étaient déjà allumées. Haya les observa avec un œil nouveau et apprécia d’une façon différente aux autres soirs le vent qui soufflait dans ses cheveux et qui hérissait sa peau. Ce soir, elle saurait.
La jeune fille s’était préparée pour cette rencontre. Elle avait attendu de retrouver sa voix pour enfin la concrétiser, car cela lui semblait important. Se présenter aussi entière que possible pour tout saisir, tout comprendre et être certaine de sa décision. Haya allait enfin savoir dans le détail qui était son père, ce qu’il était devenu, comment et pourquoi elle et ses sœurs ont été massacrées, en quoi kiri était impliqué… Elle serra dans sa poche le morceau de parchemin que lui avait confié Kajima. Il lui avait dit qu’elle ne pourrait comprendre son rôle que lorsqu’elle saurait qui avait été Kade Kasen. La vie et les gens qui la composent sont autant d’illusions, parfois un peu amères, parfois réjouissantes et ceux qu’on pensait connaître deviennent des inconnus, des énigmes. Kajima, mais son propre père, Kade… Quand il rentrait tard la nuit après des jours d’absences… Quand il avait la force de briser un arbre… Quand la maison avait été épargnée par une inondation… Une illusion réjouissante et un peu amère. Mais Haya ne voulait pas porter de jugement avant de savoir. Elle connaissait, pour l’instant, le début de l’histoire (son père ninja de kiri puis déserteur, sa mort qu’elle devinait maintenant avec une force glaciale) mais c’était le détail qui l’intéressait, le détail de chaque rouage qui a créé sa vie tel qu’elle est actuellement, qui a précipité les choses et les a laissé dans l’état où elles sont.
Haya s’arrêta à la porte, leva la main et hésita l’espace d’une seconde. L’ignorance est une bénédiction, disait-on. Mais être aveugle aussi, dans ce cas. Et être muet… Haya frappa à deux reprises.
La porte s’ouvrit dans les secondes qui suivirent sur une femme d’une quarantaine d’année, les cheveux châtains et ses yeux gris qui analysèrent Haya un instant et trahir une lueur d’émotion sincère. La jeune fille ouvrit la bouche mais la referma lentement.
Tsuna - Haya Sasaki. Entre je t’en prie. J’ai beaucoup, beaucoup de choses à te dire ce soir.
Cela pris plus longtemps qu’une seule nuit. Haya referma la porte derrière elle après s’être une nouvelle fois brièvement inclinée devant Tsuna. Le matin se levait à kiri, les lanternes nocturnes étaient cependant toujours allumées et seule une patrouille au loin se laissait deviner. Haya se passa une main sur les yeux, un peu étourdie peut-être. La vérité… c’était un sentiment étrange de se dire qu’on était passé à côté toute sa vie et qu’elle était enfin là, tangible et souveraine. Elle fit quelques pas et s’assit sur un banc un peu humide, les yeux clos et le souffle calme.
Son père était mort.
Elle n’éprouvait pas de réelle difficulté à l’imaginer en train de combattre, parce qu’il avait toujours eu ce quelque chose de guerrier en lui que même ses filles avaient remarqué sans vraiment mettre de nom dessus. Mais il avait un jour parcouru ces mêmes rues, respiré cet air, exécuter les mêmes entraînements qu’elle ; et cela la saisissait profondément. Puis il avait rencontré sa mère et il avait fondé une famille, mais pas à kiri, pas dans le village où il était ninja. Plus loin, comme s’il ne voulait pas que sa famille soit en contact avec cet univers. Que dirait-il aujourd’hui en la voyant intégré à kiri ? C’était une question qu’Haya s’était souvent posée. Sans doute le même sentiment que la plupart des parents, un mélange de fierté et de peur…
Son père était détesté.
Cela, peut-être, était le plus dur à encaisser. Naikin le lui avait déjà laissé entendre, mais Haya ne percevait pas encore toute l’horreur de cette situation. Kade s’était sacrifié pour kiri et au final, on ne gardait de lui que l’image honni d’un traître. Il avait tissé sa couverture pendant des années et des années, tourné vers l’unique but d’abattre un seul homme. Et il devrait porter son échec pendant toute sa mort, à jamais. Haya soupira et inspira à nouveau. Oui, Kade Kasen trouvera la paix prochainement. Haya ne laissera pas son image ternie par le village. Elle ne le permettra pas. Dans cette histoire, chacun devait prendre ses responsabilités. Elle, Nagisa, ceux qui avaient échoué à la tuer, kiri. Son père sera réhabilité pour ce qu’il est, un héros du village caché de la brume, quelqu’un qui a sacrifié toute sa vie pour lui, qui en a perdu sa famille avant même d’en perdre sa vie.
Haya savait ce qu’il lui restait à faire. Mais la vie a un curieux sens de l’humour. Il fallait qu’elle achève ce que Kade avait été à deux doigts de réussir, il fallait qu’elle tue Nagata Hideyoshi. Toutefois, elle ne le fera pas seule. Elle n’est sans doute pas aussi forte que ne l’était son père, et c’est peut-être là qu’elle puisera sa vraie force. Si kiri hésitait à prendre des mesures contre Nagata, Haya utilisera son temps libre pour provoquer sa perte. Une longue entreprise, et une entreprise illégale de surcroît.
Ou peut-être pas.
Elle avait su que sa voix n’était pas loin en revenant à son village natal. Alors qu’elle déambulait dans les chemins parcourus cent fois, qu’elle respirait l’odeur étouffée de la maison dans laquelle elle avait grandi… les souvenirs des mots échangés, des communications, des sentiments partagés… tout cela lui était revenu avec force et netteté. Elle avait laissé sa voix dans cette maison un an plus tôt, elle était venue la récupérer. Il s’agissait, Haya en était convaincue, d’une entreprise psychologique qui devait être menée à son terme. Parler n’était pas la fin en soi. Ce n’était pas si facile. En devenant muette, Haya ne s’était pas repliée sur elle-même, elle n’avait jamais cherché la solitude. Elle s’était fait des amis, des connaissances et quelques amours. Une autre forme de communication avait pris la place de sa voix et cela était parfait. Mais Haya ne pouvait tout simplement pas se permettre d’abandonner sa voix derrière elle, d’essayer de l’oublier pour tenter d’effacer son passé.
Ce n’était pas si facile, non, certainement pas. Il lui fallait assumer de parler, reprendre ce risque. Les choses sont plus compliquées quand on peut parler normalement, ou alors c’est seulement qu’elle a perdu l’habitude. Ses amis, en particulier, l’aidèrent comme ils l’avaient aidé peut après qu’elle soit arrivée à kiri et qu’elle intègre l’académie, quand elle souffrait trop pour ne serait-ce que bouger la tête et qu’ils l’avaient raccompagné chez elle. Plusieurs fois. Ou quand ils étaient restés avec elle la nuit, parce qu’elle était paralysée et qu’elle ne pouvait ni se lever, ni se laver, ni se faire à manger. Cela avait duré des mois. C’était irrégulier, il y avait des pics d’intensité, mais ils restaient toutefois bien présents. Et ils l’étaient tout autant aujourd’hui.
Haya sourit et se laissa aller sur le dos. Elle avait attendu ce moment patiemment et à cet instant précis, elle n’essaya pas de refouler les larmes qui lui piquaient les yeux. Il y avait quelque chose de terrible à se dire que malgré le retour de sa voix, elle ne parlerait plus jamais à ses sœurs, à son père, à sa mère ; parce qu’ils n’étaient plus là. Haya en avait fréquenté beaucoup, des jeunes de son âge qui avaient perdu toute leur famille. Ce n’était pas quelque chose d’inhabituel dans le monde des ninjas, et pour la plupart il s’agissait d’une motivation puissante. La vengeance, la quête de force, la volonté d’oublier sa faiblesse d’alors et de dévorer la distance, de la dévorer jusqu’à la faire disparaître entièrement. Les solitaires… Haya n’était pas comme cela, sans qu’elle ne parvienne à déterminer si c’était un bien ou un mal. Elle savait toutefois qu’elle ne voulait pas se venger, elle l’avait su dès son retour au village. Pas la vengeance, mais il est juste qu’ils meurent. Plus que de la justice encore, c’est dans l’ordre des choses. En survivant, ceux qui ont essayé de la tuer on créé un monstre. Ils l’ont amené à être recueillie par kiri. Ils l’ont amené à s’entraîner, à progresser, à dévorer la distance. Chacun devra assumer sa part de responsabilité ; Haya pour avoir accepté cet ordre des choses, eux pour l’avoir créé.
Haya se redressa et quitta le toit sur lequel elle s’était réfugiée. Il était tard à présent, la nuit était tombée plus tôt qu’elle ne s’y était attendue et les lanternes dans les rues étaient déjà allumées. Haya les observa avec un œil nouveau et apprécia d’une façon différente aux autres soirs le vent qui soufflait dans ses cheveux et qui hérissait sa peau. Ce soir, elle saurait.
La jeune fille s’était préparée pour cette rencontre. Elle avait attendu de retrouver sa voix pour enfin la concrétiser, car cela lui semblait important. Se présenter aussi entière que possible pour tout saisir, tout comprendre et être certaine de sa décision. Haya allait enfin savoir dans le détail qui était son père, ce qu’il était devenu, comment et pourquoi elle et ses sœurs ont été massacrées, en quoi kiri était impliqué… Elle serra dans sa poche le morceau de parchemin que lui avait confié Kajima. Il lui avait dit qu’elle ne pourrait comprendre son rôle que lorsqu’elle saurait qui avait été Kade Kasen. La vie et les gens qui la composent sont autant d’illusions, parfois un peu amères, parfois réjouissantes et ceux qu’on pensait connaître deviennent des inconnus, des énigmes. Kajima, mais son propre père, Kade… Quand il rentrait tard la nuit après des jours d’absences… Quand il avait la force de briser un arbre… Quand la maison avait été épargnée par une inondation… Une illusion réjouissante et un peu amère. Mais Haya ne voulait pas porter de jugement avant de savoir. Elle connaissait, pour l’instant, le début de l’histoire (son père ninja de kiri puis déserteur, sa mort qu’elle devinait maintenant avec une force glaciale) mais c’était le détail qui l’intéressait, le détail de chaque rouage qui a créé sa vie tel qu’elle est actuellement, qui a précipité les choses et les a laissé dans l’état où elles sont.
Haya s’arrêta à la porte, leva la main et hésita l’espace d’une seconde. L’ignorance est une bénédiction, disait-on. Mais être aveugle aussi, dans ce cas. Et être muet… Haya frappa à deux reprises.
La porte s’ouvrit dans les secondes qui suivirent sur une femme d’une quarantaine d’année, les cheveux châtains et ses yeux gris qui analysèrent Haya un instant et trahir une lueur d’émotion sincère. La jeune fille ouvrit la bouche mais la referma lentement.
Tsuna - Haya Sasaki. Entre je t’en prie. J’ai beaucoup, beaucoup de choses à te dire ce soir.
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Cela pris plus longtemps qu’une seule nuit. Haya referma la porte derrière elle après s’être une nouvelle fois brièvement inclinée devant Tsuna. Le matin se levait à kiri, les lanternes nocturnes étaient cependant toujours allumées et seule une patrouille au loin se laissait deviner. Haya se passa une main sur les yeux, un peu étourdie peut-être. La vérité… c’était un sentiment étrange de se dire qu’on était passé à côté toute sa vie et qu’elle était enfin là, tangible et souveraine. Elle fit quelques pas et s’assit sur un banc un peu humide, les yeux clos et le souffle calme.
Son père était mort.
Elle n’éprouvait pas de réelle difficulté à l’imaginer en train de combattre, parce qu’il avait toujours eu ce quelque chose de guerrier en lui que même ses filles avaient remarqué sans vraiment mettre de nom dessus. Mais il avait un jour parcouru ces mêmes rues, respiré cet air, exécuter les mêmes entraînements qu’elle ; et cela la saisissait profondément. Puis il avait rencontré sa mère et il avait fondé une famille, mais pas à kiri, pas dans le village où il était ninja. Plus loin, comme s’il ne voulait pas que sa famille soit en contact avec cet univers. Que dirait-il aujourd’hui en la voyant intégré à kiri ? C’était une question qu’Haya s’était souvent posée. Sans doute le même sentiment que la plupart des parents, un mélange de fierté et de peur…
Son père était détesté.
Cela, peut-être, était le plus dur à encaisser. Naikin le lui avait déjà laissé entendre, mais Haya ne percevait pas encore toute l’horreur de cette situation. Kade s’était sacrifié pour kiri et au final, on ne gardait de lui que l’image honni d’un traître. Il avait tissé sa couverture pendant des années et des années, tourné vers l’unique but d’abattre un seul homme. Et il devrait porter son échec pendant toute sa mort, à jamais. Haya soupira et inspira à nouveau. Oui, Kade Kasen trouvera la paix prochainement. Haya ne laissera pas son image ternie par le village. Elle ne le permettra pas. Dans cette histoire, chacun devait prendre ses responsabilités. Elle, Nagisa, ceux qui avaient échoué à la tuer, kiri. Son père sera réhabilité pour ce qu’il est, un héros du village caché de la brume, quelqu’un qui a sacrifié toute sa vie pour lui, qui en a perdu sa famille avant même d’en perdre sa vie.
Haya savait ce qu’il lui restait à faire. Mais la vie a un curieux sens de l’humour. Il fallait qu’elle achève ce que Kade avait été à deux doigts de réussir, il fallait qu’elle tue Nagata Hideyoshi. Toutefois, elle ne le fera pas seule. Elle n’est sans doute pas aussi forte que ne l’était son père, et c’est peut-être là qu’elle puisera sa vraie force. Si kiri hésitait à prendre des mesures contre Nagata, Haya utilisera son temps libre pour provoquer sa perte. Une longue entreprise, et une entreprise illégale de surcroît.
Ou peut-être pas.

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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