Quatre murs dans les Montagnes
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Quatre murs dans les Montagnes
¤,.°o°O Chapitre 9 : Un Fragment d'Avenir O°o°.,¤
« La foi en l'arme »
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« La foi en l'arme »
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Les yeux bleus du gamin fixaient les montagnes. Imposantes, impressionnantes, il manquait de superlatifs pour les qualifier. Exceptionnellement, le ciel était dégagé mais la température n'avait pas augmenté pour autant. L'air était frais et désagréable. Vraiment désagréable.
...
A l'autre bout du village, Sho contemplait le ciel depuis la fenêtre de son appartement. Assit contre le mur, une tasse de thé fumante à côté de lui, il réfléchissait en silence.
Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis le dernier entraînement auquel il avait pris part. Plusieurs semaines qu’il avait passé à s’occuper de l’équipe dont il avait hérité après l’Examen Chuunin de Konoha. Une rencontre dans les règles, quelques missions de rang D, une autre de rang C, le bilan était plus que positif. Que demander de plus ? Aujourd’hui, pourtant, cette équipe n’était plus. La faute au mauvais sort. Le moment était donc peut-être venu pour lui de reprendre le chemin de l'entraînement là où il l’avait interrompu.
Son regard dévia vers la table basse située dans le coin droit du salon. Un nodachi l’y attendait, paré d’un manche noir et or. Une arme prestigieuse d'après ce qu'il se racontait. Une arme nettement plus redoutable qu'un katana d'après ses propres observations. Combien de temps lui faudrait-il pour en acquérir une maîtrise parfaite ? Probablement plus de temps qu’il l’imaginait actuellement. Mais peu importe de toute façon, il n’avait que ça à faire pour le moment.
Le parfum enivrant du thé réveilla soudainement ses sens. Il en porta quelques gorgées à ses lèvres tout en levant son regard perçant sur la fenêtre et le panorama qu’elle lui offrait. Au plus près des montagnes, des nuages blancs glissaient doucement vers l’ouest. Le reste du ciel était parfaitement découvert et brillait d’une magnifique couleur bleu azur. Un temps plutôt exceptionnel pour cette époque de l’année.
Le contenu de sa tasse vidée, Sho se dirigea vers sa chambre. Il en ressortit quelques secondes plus tard vêtu d’un hakama noir et d’un haut à manches longues au dos duquel le symbole du village était cousu. A sa taille était attaché une drôle de ceinture qui accueillait deux fourreaux parallèle l’un à l’autre. Le premier était vide mais Sho ne tarda pas à le combler en y enfonçant son nodachi. Le second, juste en dessous, accueillait son katana. Se sentant prêt, il quitta son appartement et se laissa glisser dans les ruelles du village. Il marcha longuement jusqu’à retrouver le pied des montagnes où une parcelle de terre l’attendait.
Il s’agissait d’un petit domaine couvert de gazon au centre duquel une maison en bois avait été construite bien des années plus tôt. Elle était monté sur un seul étage et disposait d’un perron couvert.
Une petite silhouette était assise sur l'escalier. Les sourcils de l'eisei-nin se froncèrent légèrement. Noriyori ... le fils de l’armurier.
SHO. – Que fais-tu ici ?
Le ton était léger, presque trop neutre.
NORIYORI. – Nagoshi-sensei ! Je commençais à croire que vous ne reviendrez jamais. Je passais ici tous les jours à la même heure en espérant vous revoir.
Sho ne comprenait pas. Il parcourut les derniers mètres qui le séparait de l'escalier et s'y assit sur la même marche que son très jeune interlocuteur.
SHO. – Maintenant que je suis là, dis-moi ce qui t’amène.
Noriyori ne sembla pas l’entendre. Ses grands yeux bleus étaient dirigés vers la garde du nodachi. La surprise se lisait sur son visage.
SHO. – C’est un nodachi ...
L’enfant cligna des yeux à plusieurs reprises comme s’il essayait de se sortir d’un rêve.
SHO. – Noriyori !
L’insistance paya. L’enfant sursauta et leva un regard désolé vers Sho.
NORIYORI. – Je suis désolé Nagoshi-sensei, c’est juste que ...
Sho leva un sourcil en laissant ses lèvres se fendre d’un sourire amusé.
NORIYORI. – ... c’est une très belle arme que vous avez là.
Ce garçon était vraiment incroyable. Sho n’avait beau le connaître que depuis quelques temps, il était toujours aussi surpris par les réactions qu’il pouvait avoir en présence d’une arme. A ses yeux, il n’y avait aucun doute possible. Noriyori suivrait les traces de son père. Peut-être même qu’il le surpasserait un jour. Il ne pouvait que le lui souhaiter.
SHO. – Oui, c’est une très belle arme. Je ne la maîtrise pas encore mais je ne doute pas de ses capacités. Néanmoins, aussi belle soit-elle, cela ne m’explique toujours pas ce que tu fais ici ?
Noriyori jeta un rapide coup d’oeil au nodachi puis il descendit les quelques marches qui le séparaient du sol avant de disparaître derrière le coin de la petite maison. Il réapparu quelques secondes plus tard, un katana entre les mains. L’air passablement excité, il le plaça sous les yeux de Sho qui encore une fois dut réprimer sa surprise.
SHO. – Où l’as-tu obtenu ?
Un grand sourire aux lèvres, Noriyori répondit :
NORIYORI. – Je l’ai emprunté à mon père.
Mensonge. Sho savait pertinemment que l’armurier du village n’était pas homme à laisser son fils se servir librement d’armes aussi dangereuses. Il doutait même de le voir offrir ne serait-ce qu’un simple kunai à son fils. Il était évident que Noriyori, malin qu’il était, avait réussi à dérober l’un des katana fabriqué par son père. Mais à quelle fin ? C’était toute la problématique.
SHO. – Très bien ... et pourquoi l’as-tu emprunté ?
Le ton faussement dégagé de Sho sembla le mettre en confiance.
NORIYORI. – Pour que vous me donniez d'autres leçons. Je veux apprendre à me servir d’un katana !
Cette fois-ci, Sho ne parvint pas à se retenir. L’eisei-nin laissa échapper un petit rire qui se ponctua par un bref soupire. Son regard perçant se plongea aussitôt dans celui de Noriyori pour insister sur ce qu’il s’apprêtait à lui dire.
SHO. – Je ne suis pas un expert en la matière et je ne crois plus être habilité à t’apprendre quoi que ce soit sur le sujet. De plus, tu es beaucoup trop jeune pour ça. Tu ferais certainement mieux d’aller t’amuser avec les gens de ton âge. Chaque chose en son temps mon jeune ami.
La réponse ne sembla pas satisfaire Noriyori qui fronça les sourcils, se donnant un air méchant qui ne lui allait vraiment pas du tout.
NORIYORI. – Mais vous...
SHO. – Stop. Ma réponse est irrévocable. C’est non.
Sho tapota gentiment son épaule puis il prit la direction de la porte d’entrée. Noriyori aurait certainement voulu répliquer mais il ne trouva rien à redire. Le visage marqué d’une profonde tristesse, il prit la direction du village, le pas traînant.
SHO. – En revanche, si tu te tiens bien, reviens me voir dans une semaine, tu pourras assister à mon entraînement.
Sho fit coulisser la porte d’entrée quand il entendit le bruit lourd d’un objet qu’on fait tomber sur l’herbe. Pas la peine de jeter un regard par-dessus son épaule pour comprendre que Noriyori venait de faire tomber le katana de son père. Un léger sourire aux lèvres, il entra à l’intérieur de la maison et referma délicatement la porte derrière lui.
Dans un dernier écho, il put néanmoins entendre :
NORIYORI. – Merci ! Mille Merci ! Yeaaah ! Merci beau....
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Sho Nagoshi- Chuunin Instructeur de Kumo

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« La foi en l'arme »
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Le lendemain, Sho se réveilla à l'aube, à l'heure où le ciel était encore plongé dans l'encre de la nuit et que seul l'horizon laissait apparaître une large bande jaune orangé. La nuit avait été courte pour l'eisei-nin, trop courte même à voir la difficulté avec laquelle ses paupières s'ouvrirent de bon matin. La faute à une longue soirée passée à méditer sur de nombreux sujets en compagnie de Kôsuke Hôndo, son plus vieil ami dans le village.
Aujourd'hui était un autre jour. Le jour où débutait réellement son nouvel entraînement. Afin de palier à ses besoins, Sho s'était libéré de toutes contraintes pour pouvoir profiter d'une semaine au calme dans les montagnes, loin des paperasses administratives, des missions, et des responsabilités. Perdu au coeur des montagnes, il avait élu domicile dans une petite maison en bois, propriété de Kôsuke. Elle avait cet avantage d'être coupé du monde et de s'ouvrir sur un panorama à couper le souffle. Si Sho n'était, certes, pas venu pour le panorama, il ne pouvait néanmoins renier l'incroyable beauté de la vue environnante. Kumo et ses montagnes, Kumo et sa brume matinale, Kumo et son ciel tantôt de cendre tantôt turquoise, Kumo dans toute sa splendeur naturelle. Durant une semaine, Sho se tiendrait loin de l'imposante bâtisse de l'académie ou encore de l'hôpital, loin du conglomérat d'habitations que pouvaient représenter le centre-ville, loin des parcs fleuris censés reproduire l'habitat naturel sur lequel les fondations du village avaient été construites. Durant une semaine, il se tiendrait loin de la civilisation et du confort de son appartement. Il y confronterait la rudesse et la fraîcheur des montagnes. Cette fraîcheur qui était capable de glacer le sang de n'importe quel étranger.
Les pieds de l'eisei-nin quittèrent le lit pour se poser sur le parquet en bois de la chambre. Pendant une dizaine de secondes, il resta assit sur le bord du lit, les coudes appuyés sur ses cuisses, et le regard tourné vers le sol, le temps que les mécanismes de son cerveau retrouvent leur vitesse d'exécution habituelle. Ceci fait, il ôta son pantalon de nuit et se faufila dans la vielle douche aménagée au fond de la maison. L'eau qui s'en dégageait était froide, presque aussi froide que celle qu'on pouvait trouvé à l'extrémité nord du pays. L'eau chaude ne fonctionnait pas par ici. Elle était pompée dans une source située non loin de là, un peu plus en altitude. A son contact, la peau se durcissait presque comme de la pierre, les entrailles frissonnaient, et le coeur voyait son rythme s'accélérer brutalement. Un réveil en condition d'après Kôsuke, une sacrée torture pour d'autres, Sho pensait quant à lui que ce n'était qu'une douche d'eau froide, rien d'autre.
Sortit de là, il enfila un hakama noir retenu à la taille par une large ceinture noir et un kimono bleu marin à manches très larges au dos duquel on pouvait voir le symbole du village. Il se dirigea ensuite vers la plus grande pièce de la maison, le salon. Le salon était la pièce centrale où on trouvait cheminée, bibliothèque, table à manger, sièges et autres sofa où s'allonger en cas de fatigue. La décoration était sommaire, quelques tableaux anciens accrochés aux murs, un vase ouvragé sur le bord de l'âtre, et deux plantes d'intérieurs disposés à l'intérieur de gros pot en porcelaine de part et d'autres de la porte d'entrée. Sho n'étant pas particulièrement attentif à la décoration, il n'attachait pas une grande importance à la manière dont le mobilier était agencé. Il se contentait très bien de ce qu'il avait sous les yeux. Aussi prit-il place sur un coussin derrière la table basse qui faisait office de table à manger sans adresser le moindre regard au restant de la pièce. Il saisit une pomme bien rouge dans la corbeille de fruits posée devant lui et entama ce qui semblait être un petit-déjeuner expéditif.
En croquant dans sa pomme, Sho ne manqua pas de jeter un regard vers la baie vitrée qui s'ouvrait sur sa droite pour prendre connaissance du temps. Dehors, la brume matinale commençait tout juste à se dissiper. Encore une journée sous un ciel gris. L'eisei-nin reporta ensuite son regard sur les étagères qui accueillaient en quelque sorte le petit coin lecture de la maison. Plusieurs livres aux reliures vertes, rouges, ou encore bleues, se trouvaient là. Il n'avait jamais pris le temps de se pencher sur leur contenu mais il se jura d'y jeter un oeil quand il en aurait le temps. Pour l'heure, ses yeux mielleux étaient attirés par toute autre chose. Une chose appuyée contre le même mur où se trouvaient les étagères. Un très long fourreau ponctué par un manche à la dominante noire mais ponctué par de petits losanges argentés. Hoshiyo ... son nodashi.
Quelques jours plus tôt, Sho avait reçu la visite d'un homme d'une quarantaine d'années au physique plus qu'imposant à son appartement. L'homme en question n'était autre que l'artisan qui avait confectionné son nodashi. Comme l'en avait informé Koei, l'individu était issu d'une puissante famille de forgerons, la plus puissante de Kumo pour tout dire. Cette famille était l'unique à posséder les techniques ancestrales permettant la fabrication des armes spéciales du village comme le nodashi ou encore la faux. L'homme était venu à sa porte pour lui remettre en main propre le fruit d'un très long travail. Une arme parfaite en tout point. Poids optimal, tranchant aiguisé au millimètre, garde travaillée, elle n'avait aucun défaut, absolument aucun. En la sortant de son fourreau noir orné de motifs floraux, Sho avait découvert une lame incroyablement longue qu'il avait été obligé de soutenir à deux mains. Cette lame ne brillait pas comme celle de son katana, non elle était beaucoup plus sombre, presque noir en partant du dos de la lame pour s'éclaircir peu à peu en allant vers le tranchant de la lame où elle prenait une belle couleur argentée.
Au premier regard, Sho la nomma Hoshiyo. Comprenez, la nuit étoilée.
Manipuler une telle arme allait lui demander un long entraînement physique. Apprendre à diriger une arme beaucoup plus lourde qu'un katana et qu'il fallait en plus de cela soutenir à deux mains, demanderait beaucoup de temps. Au terme de cette semaine dans les montagnes, Sho espérait seulement pouvoir la manier correctement. Il souhaitait atteindre un niveau d'efficacité tournant aux alentours des 70%, ce qui était en soit une barre déjà très haute pour une telle arme. Mais peu importe, l'eisei-nin était prêt à y mettre l'art et la manière.
Sa pomme terminée, il se leva et se dirigea vers le mur où Hoshiyo l'attendait. Il se saisit du fourreau et le coinça entre trois pans de sa ceinture pour lui assurer un maintient idéal. Il fit ensuite coulisser la porte d'entrée et sortit sur le perron où il enfila ses sandales. L'air environnant était plus froid encore que ne l'était l'eau de la douche. Il vous bondissait aux yeux pour les crispés et glissait comme le tranchant d'un rasoir sur la peau. Heureusement pour lui, Sho avait laissé très peu de peau au contact de l'air, seul son visage, son cou, et ses mains étaient exposés – la partie de torse qui se dessinait dans le col plongeant du kimono ne comptant pas puisqu'elle était couverte de bandelettes. Le pas lent, il descendit du perron et se fraya un petit chemin sur le gazon de la propriété. Éloigné de la maison de quinze bons mètres, il appuya sa main droite sur le fourreau et de la gauche il fit coulisser Hoshiyo hors de son antre. Une fois le nodashi entièrement extirpé de son cocon, il ramena immédiatement sa main droite sur la poignée afin de la maintenir à deux mains.
Au même moment, son pied gauche glissait légèrement vers l'avant pour se donner un meilleur appuis. L'entraînement pouvait commencer.
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Sho Nagoshi- Chuunin Instructeur de Kumo

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A terme, Sho ramena Hoshiyo dans son fourreau. Le front ruisselant de sueur malgré la fraîcheur environnante, il revint s’asseoir sur la plus haute marche du perron avant de porter son regard vers les hauts sommets qui s’offraient plus nettement à sa vue. La brume avait entièrement disparu, mais le ciel, lui, avait gardé sa robe grisâtre. Le paysage était le même depuis des décennies ; très peu de choses avaient changés. Sho se souvenait bien du premier regard qu’il avait porté sur ces montagnes. Il n’était alors qu’un enfant facilement impressionnable. Les montagnes lui étaient apparues dans la lumière du zénith, imposantes, terrifiantes, et mystérieuses. Il les avait craintes et aimé puis s’en était écarté par des routes sinueuses pour finalement les retrouver aux abords de Kumo. Depuis, elles n’avaient jamais plus quitté le paysage. Du haut de son balcon en ville, jusqu’à sa toute dernière mission, ces montagnes l’avaient suivis dans tous ses déplacements.
Il soupira, les paupières closes. Bien des choses étaient arrivées depuis qu’il avait foulé la terre de Kumo. Des choses heureuses, d’autres plus tragiques ; des choses inintéressantes, et d’autres plus intrigantes ; des choses inutiles, et d’autres primordiales ; des choses importantes, et d’autres qui ne le seraient jamais. Il cligna des yeux et se mit à fixer la parcelle d’herbe qui dormait à ses pieds. Kumo avait évolué. Il n’était plus le village qu’il avait découvert cinq ans plus tôt. La vie y était toujours aussi paisible, c’était incontestable. Mais une ombre s’était insinuée dans la pensée commune. Le village avait perdu deux kages dans des circonstances troublantes, maintenant que l’Asahi avait fait surface le doute s’était de nouveau emparé des kuméens. Une nouvelle perte ne pouvait être envisagé. Shigeo-sama ne pouvait tomber. Il en allait du moral d’un peuple et de la confiance de toute une nation.
Devenir plus fort était un effort dérisoire en comparaison de ce qui attendait tous les shinobis du village. Dans la nouvelle guerre qui s’annonce, la force ne leur sera d’aucune utilité. Seul le talent prévaudra sur le reste. Sho le savait pour avoir entrevu la puissance des généraux d’Asahi.
Des bruits de pas attirèrent brusquement son attention. A une dizaine de mètres tout au plus, il vit la silhouette de Yoigoshi Ibaru émerger de la pente. La belle arborait un sourire peu prononcé et un visage détendu. Elle portait une longue cape de voyage aussi blanche que ne l’était certains des sommets environnants, et des sandales adaptées aux excursions montagneuses.
YOIGOSHI. – Nagoshi-kun ! Je ne savais pas que c’était toi l’heureux propriétaire de ce terrain.
SHO. – Rassurez-vous Ibaru-sama, ce n’est pas le cas.
Les sourcils légèrement froncés, Yoigoshi jeta un regard en direction de la porte puis du toit comme si elle cherchait à analyser la bâtisse dans ses moindres recoins.
YOIGOSHI. – Dans ce cas, que fais-tu ici ?
SHO. – Je suis venu cherché un peu de tranquillité dans la demeure d’un ami.
YOIGOSHI. – Oh je vois ... pardonnes ma curiosité, mais c’est la première fois que je vois quelqu’un sur ce terrain, je le croyais abandonné depuis des années malgré l’état de la maison.
Sho devait avouer qu’il était bien le seul à venir dans cet endroit. Le vieux Hôndo avait beau être attaché à cette bâtisse, cela faisait certainement plusieurs années qu’il n’y avait plus mis les pieds. Ses vieux os le condamnaient à demeurer dans le centre-ville pour le restant de ses jours.
SHO. – Et vous, qu’est-ce qui vous amène dans cet endroit isolé ?
YOIGOSHI. – Cela fait plusieurs années que je me promène dans les montagnes au petit matin. C’est une manière comme une autre de rester en forme et d’échapper à l’agitation des rues.
Sho sourit, les yeux abaissés sur ses genoux. En quelque sorte, Yoigoshi était là pour les mêmes raisons que lui. Elle cherchait un peu de tranquillité dans un monde où le calme n’annonçait jamais rien de bon. Loin des responsabilités, de la civilisation, loin de tout, ils pouvaient réfléchir en paix et se poser les bonnes questions. L’avenir était peut-être incertain mais ils étaient tous capable d’en modifier le cours. Restait à définir quand, où et de quelle façon. Au coeur de la tourmente, ce cheminement était impossible à établir ; mais dans les montagnes, où la sérénité régnait en maître, tout devenait plus clair. C’est dans cet endroit – plus que dans n’importe quel autre – que le Destin de Kumo était entrain de se jouer.
YOIGOSHI. – Tu m’as l’air soucieux.
Le regard de Sho plongea dans celui de Yoigoshi.
SHO. – Croyez-vous que nous soyons en mesure de résister à l’Asahi ?
Une lueur traversa le regard de la kunoichi au teint mât. Ses yeux glissèrent vers le sol ; le silence s’installa. Un silence qui en disait long sur les pensées qui traversaient son esprit à cet instant. La belle détacha le bouton qui retenait sa cape de voyage attachée à son cou puis elle la posa sur le sol avant de s’y assoire en tailleur. Le silence demeura.
¤¤¤
La nuit était tombée sur le village tout entier. Kumo ne dormait pas. Il était en pleine effervescence pour des raisons obscures. Plusieurs groupes d’Anbu allaient de toiture en toiture quand Yoigoshi referma la fenêtre de la chambre. En se retournant, ses yeux s’arrêtèrent avec tristesse sur la petite silhouette recroquevillée de son amie dont les pleurs étouffés lui rongeaient le coeur.
YOIGOSHI. – Akai ... je ...
La petite fille aux longs cheveux noirs agita la main pour lui faire signe de se taire.
YOIGOSHI. – ...
Plantée devant elle comme si ses pieds étaient fixés au parquet, la jeune Yoigoshi regardait la jeune Akai sans savoir que faire. Finalement, Akai releva le menton, ses yeux rougeoyant comme les flammes de l’enfer.
AKAI. – Crois-tu que nous pourrons leur résister ?
Yoigoshi hésita un instant puis elle s’agenouilla devant son amie.
YOIGOSHI. – Mieux que ça, nous les anéantirons.
¤¤¤
Les mains croisés dans le giron, paumes vers le dessus, Sho observa longuement Yoigoshi en s’interrogeant sur son silence. L’Asahi était une préoccupation de tous les instants. Rien ne le laissait transparaître en surface, mais les autorités étaient bel et bien déterminées à endiguer cette menace. Comment ? Sho n’en avait pas la moindre idée. Ce qu’il savait en revanche, c’est que tous les villages cachés des grandes nations étaient mobilisés. Tous se préparaient à leur façon en vu du prochain affrontement. L’Asahi avait peut-être disparu en un claquement de doigt pour retourner dans l’obscurité de son antre, mais qui pouvait prévoir sa prochaine sortie ? Personne. Le silence demeurait.
Yoigoshi inspira profondément et lui annonça :
YOIGOSHI. – Mieux que ça, nous les anéantirons.
Sho se redressa légèrement, le dos bien droit, et les yeux dirigés vers la kunoichi. La réponse était surprenante venant d’une femme qui inculquait la prudence et la vigilance à ses élèves. Surprenante, mais non dénuée de sens pour autant. Yoigoshi connaissait bien des secrets, des choses qu’il croyait irréalisables. Il était loin de connaître toutes les armes que Kumo pouvait fournir, loin de connaître tout le potentiel qui pouvait sommeiller dans les rangs des forces spéciales. Kumo pouvait paraître faible, mais il ne l’était pas. Ce village avait connu un trop grand nombre d’illustres personnages pour ne pas avoir appris d’eux. Ce village avait connu un trop grand nombre d’évolutions pour ne pas être protégé contre l’Ennemi. Kumo pouvait paraître faible, même à ses yeux, mais dans le fond il savait qu’il ne l’était pas.
YOIGOSHI. – Nos forces grandissent de jour en jour. Qu’ils viennent, nous les attendrons.
Sho inclina la tête, les paupières fermées, pour saluer la détermination de son interlocutrice. Cette dernière sourit et sortit un kunai de l’étui fixé à son épaisse ceinture.
YOIGOSHI. – Akai dit que tu es en avance sur les choses, que tu anticipes constamment. Laisses-moi t’apprendre ce que je sais, et tu pourras leur résister.
Un vent de nord-est flirta avec les montagnes, soulevant l’épaisse crinière de Yoigoshi et faisant osciller les mèches violettes de Sho.
¤,.°o°O ... O°o°.,¤

Sho Nagoshi- Chuunin Instructeur de Kumo

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