Toi l'Immortel

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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Lun 15 Juin - 16:13

Ce matin, trois jours après l’attentat raté, Nagata était venu voir son prisonnier.

Il portait une lourde tunique pourpre, cérémonielle vraisemblablement. Néanmoins, il s’était présenté seul, sans la présence de Darucha. Kade s’était promis de tuer ce vieillard une bonne fois pour toute.

Nagata semblait troublé.

Nagata – Je ne sais que faire de toi, Kade. J’en ai référé à d’autres personnes, plus sages que moi. Elles sauront quoi faire.

Sa voix était claire, sans hésitation. Néanmoins, Kade percevait les questions qui tourbillonnaient dans son esprit malade. Par un surprenant effort de volonté, il sembla les écarter toutes à la fois pour se concentrer à nouveau sur l’instant présent.

Nagata – Les gagnants du tournoi ont le droit à un vœu. Je souhaite respecter cette tradition et t’accorder ce vœu. Quel est-il ?

Oh, Kade perçut le piège. Béant et facétieux, il reposait au coin des lèvres de Nagata qui luttait pour réprimer ce sourire. Mais il s’y engouffra avec comme du désespoir en tête.

Kade – Mes filles. Ne leur fait pas de mal, je t’en prie. Elles ne savent même pas qui je suis.

Nagata porta une main affecté à sa bouche.

Nagata – Ah… Je crains qu’elles ne soient déjà m…

Kade – N’achève pas cette phrase.

La menace voleta un instant, glaça l’atmosphère. Kade s’humecta les lèvres. Il fit appel à des trésors de maîtrise pour se dominer.

Kade – Cette prison ne me retiendrait pas. N’achève pas ta phrase.

Nagata – … Déjà mortes. Oh, peut-être que, je ne sais pas, elles auront eu le plaisir de jouir comme des putains avant d’être éventrée si les hommes se sont laissés aller à de noirs penchants.

Kade ferma les yeux.

Nagata – Mais disons que tu me donnes les réponses que je souhaite entendre. Mettons que tu me donnes l’étendue de tes informations et celles de tes commanditaires. Peut-être que j’enverrais mes gens les plus rapides pour annuler mon ordre. Peut-être.

Le silence de Kade demeura total jusqu’à ce que Nagata ne sorte après lui avoir souhaité une rapide réflexion. Ses filles… Que Sora le trahisse, cela faisait partie de son plan. Qu’elle vende ses filles, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit. Il s’était montré négligent. Et la négligence se payait toujours. Sa vie se déroulait derrière ses paupières, de son engagement pour Kiri aux premiers rires de chacune de ses filles. Kade se disait que finalement, il s’en était fallu de peu pour qu’ils soient heureux. Le presque n’était jamais qu’un monde imaginaire…

Ce grattement… C’était une irritation persistante, horripilante. Il l’avait déjà ressenti quatre fois depuis qu’il était dans cette enclave.

Le Mort-Vivant.

Sa présence rôdait autour de lui, fantôme alangui d’un temps révolu. Quand Kade fermait les yeux pour trouver un peu de sommeil, il le sentait envelopper ses épaules et couler dans chacun de ses muscles, à la façon d’un poison malicieux et cruel qui refuserait de le tuer. Qui souhaitait juste le terrifier.

Kade – Zochoten… Komokuten… Le Mort-Vivant…

Le son de sa propre voix lui apparaissait comme étranger, trop lointain pour réellement lui appartenir. La présence s’accrut, se glissa dans son cœur et le chargea de désespoir.

Mort-Vivant – Kade. Tes défenses sont solides, mais ton esprit est hagard de désespoir et ton corps de malnutrition. Un terreau fertile pour les monstres de mon genre.

La créature gloussa, cela résonna comme un grondement sinistre sous la peau de Kade.

Mort-Vivant – Sais-tu qui je suis ?

Kade – Un orochi…

La créature eut une moue dédaigneuse. Kade ne la voyait pas exactement, elle n’était pas présente dans la salle. Mais il ressentait sa présence en lui.

Mort-Vivant – Notamment. Je suis surtout ton sauveur. Demande-le-moi, et je te libérerai. Demande-le-moi et mes crocs dévoreront tes ennemis. Ordonne.

Kade – Traîtresse créature… Tu ne trouveras nul réconfort dans mon désespoir. Laisse-moi.

Le Mort-Vivant sembla obéir, mais Kade le percevait toujours dans un coin à peine plus reculé.

Mort-Vivant – Tes filles sont encore en vie, tu sais. De jolies petites filles, encore pleine de vitalité. Elles jouent ; rient ; plaisantent. Je les entends. Tu sais pourquoi ?

Malgré la chaleur relative de cette enclave, Kade perçut un frisson remonter son échine à toute vitesse.

Kade – N’approche jamais mes filles, monstre, elles n’ont pas le don.

Un nouveau gloussement, prolongé et douloureux.

Mort-Vivant – Toutes tes filles l’ont, latent, subtilement assoupi. Je le ressens. Tu es un puissant fils des eaux. Je suis lié à ta famille. La famille Kasen a souscrit à un très ancien pacte avec moi, un pacte inconnu même des Aisu. Ne traitez pas avec Shukkaku, ne traitez pas avec Shukkaku, répétaient-ils.

Rois Gardiens… J’ai besoin de vous une nouvelle fois. Il mange mon esprit. Le sentez-vous, amis ? Protégez-moi à nouveau. Je n’ai pas d’eau à vous offrir, je n’ai rien pour vous convoquer à moi – rien que ma vie. Ecoutez néanmoins ma prière. Ne me laissez pas… disparaître… ainsi…

Mort-Vivant – Ils ne viendront pas. Ce sont de puissants spectres, mais ils sont illégitimes. Moi je te propose une puissance immédiate. Cette prison s’éventrera sous ta volonté, ta mission sera un succès et je te transporterai auprès de tes filles. Elles mourront si tu ne m’écoutes pas. Ce n’est pas une menace. C’est un fait.

Kade – La facilité présente toujours de dangereux effets. Je ne peux pas te livrer ma famille, même pour la sauver. Ce serait criminel de ma part.

Mort-Vivant – Imbécile ! la créature siffla et cracha à la fois, gonflée de colère. Ce qui est criminel, c’est la mort de ta famille ! Le nom Kasen disparaîtra, car tu ne survivras pas ! Tu as été un bien mauvais père pour abandonner tes filles, je t’offre la chance de te racheter. Tu ne peux pas tout avoir Kade. Mais essaye au moins de fermer tes doigts sur autre chose que du vide et du désespoir.

Kade secoua lentement la tête. Ce seul mouvement lui était pénible, enfonçant dans sa chair les chaînes qui pendaient sur chacune de ses joues.

Kade – Je regrette tout cela. Et je me hais à un point que tu peux difficilement concevoir d’avoir tué ma femme et d’avoir à présent tué mes filles. C’est un poids que je n’ai pas la force de porter. Mais je sais que je ne peux pas traiter avec toi.

Mort-Vivant – Tu es un égoïste, Kade Kasen. Tu as peur de te lier à moi car tu ne maîtriserais plus la seule chose que tu as jamais maîtrisé ; toi-même. Mais si tu acceptais réellement de te sacrifier, tu pourrais sauver tes filles. Je ne suis pas un monstre. Je suis là en ami curieux de votre famille. Je ne veux pas la voir disparaître. Je me suis attaché à vous, sais-tu. Plus intimement que tu peux le penser.

Devant le silence de Kade, la créature poursuivit.

Mort-Vivant – Te souviens-tu du jour où Haya s’est perdue dans les bois ? Tu la cherchais, tu la cherchais, et Yuma aussi. Mais vous ne parveniez pas à la retrouver. La nuit était trop noire et la pluie trop forte. C’était devenu votre ennemie, en quelque sorte. Ce jour-là, c’est moi qui aie indiqué à Yuma où chercher. Je me suis lié un instant à Haya pour attirer Yuma jusqu’à moi, et c’est ta petite fille détrempée et penaude qu’il a découvert. Aujourd’hui, je veux de la même façon te permettre de vivre. Kade, je ne te demande rien en retour et pourtant, tu sais que les oroshi sont parfois dur en affaire. Je veux me lier à toi car tu es puissant, mais j’accepte ta volonté de rester avec ta famille jusqu’à tes vieux jours. Qui a-t-il de néfaste dans cette demande ?

Le Mort-Vivant bougeait à peine à présent. Kade avait passé des années à apprendre à déceler le mensonge, de la bouche de certains spécialistes, de la bouche de ses filles. Que ce soit l’art ou le cœur, il avait toujours su à quoi s’en tenir. Mais pas à cet instant. Les propos du Mort-Vivant transpiraient la vérité. Et ce jour-là, sous la pluie, il avait effectivement senti brusquement où se trouvait sa fille, et aussi le fait que Yuma l’avait retrouvé. Et ce n’était pas le seul cas. Il s’était souvent demandé si ses filles ne venaient pas d’éveiller leur don, mais à chaque fois, il n’en était rien. Elles demeuraient dans une insouciance touchante du lourd poids de leur hérédité. Plus d’une fois, Kade rêva que leur don demeure assoupi en elle, comme un gros bébé tranquille.

Kade – Le problème, Shukkaku, c’est ce que tu es. Tu es un être gourmand. Tu peux te lier à plus d’une personne. Moi, mes filles… Tu peux insinuer la folie, l’immiscer dans l’esprit, elle et tout le reste. Tu peux détruire des générations entières et c’est cela, ta nourriture. Tu as trahi ton propre frère, l’un des plus puissants oroshi qui ait existé, pour pouvoir continuer à manger.

Mort-Vivant – Je te l’ai dit Kade, tu ne pourras pas tout avoir. Je te propose néanmoins quelque chose. En gage de ma bonne volonté, je vais également te dévoiler qu’une très ancienne amie de ta famille, une parente à toi, compte venir te sauver. Mais malgré sa force que je ressens dans chaque fragment de mon être, je ne suis pas certain qu’elle parvienne à temps. Si elle prend contact avec toi, tu auras un choix, Kade : soit tu lui demandes de sauver tes filles et elles le seront assurément, soit tu lui demandes de te permettre d’achever ta mission. Quel que soit ton choix, je pourrais t’aider à accomplir l’autre pendant ; tâche de ne pas l’oublier.

La présence disparut. Kade eut beau tendre son esprit, il ne percevait plus rien. Il poussa un long et douloureux soupir. Les possibilités s’étrécissaient. Il ne disposait que d’une seule certitude. Une seule, et c’était bien assez.

Il devait sauver ses filles.

*****


La femme s’approchait de lui lentement. Elle faisait jouer ses jambes avec une curieuse sensualité consciente et naturelle à la fois. Elle s’assit tranquillement face à lui et caressa son visage du dos de sa main. Lentement, un sourire traversa son visage. Même de près, aucune ride ne tirait son visage.

Kade – Vous utilisez l’art ninja pour rester jeune.

La femme ne montra pas la moindre trace de surprise ou d’humeur. Elle souriait toujours doucement, avec une nuance d’amusement désormais.

Femme – Rien de tel. Ou plutôt… ce serait prétentieux de l’accorder aux shinobi.

Elle enchaîna, avec une curiosité réelle dans la voix.

Femme – Quel âge j’ai ?

Kade – Je ne sais pas. Votre visage est faux, votre maintien est faux, votre langue est fausse. Je pourrais le dire une fois que vous serez morte. Vos os ne mentiront pas.

Elle gloussa à la façon d’une adolescente.

Femme – Ah, les limites du corps… On ne peut rien y faire, j’imagine. A part, peut-être, essayer de les dépasser.

Ses mains quittèrent le visage de Kade. Elle secouait faiblement la tête.

Femme – Tu vas souffrir, Kade Kasen. Dans quelques instants, tu vas te demander pourquoi tu es né, pourquoi tu as pris le temps d’accumuler des souvenirs pendant ces quarante dernières années.

Elle plongea ses yeux dans ceux de sa victime avec une netteté plus grande qu’auparavant. Instinctivement, Kade leva ses barrières. La femme ses doigts sur son cou avec précision et murmura tout doucement.

Femme – Maintenant nous allons jouer à un jeu cruel. Détourne une seule fois le regard, aie le moindre recul et tu mourras aussitôt. On verra… un peu… ta résistance.

Kade – Femme stupide, pensa-t-il. Tu ne briseras personne. Si seulement tu pouvais entrevoir ma volonté de survivre, tu n’essaierai même pas. Viens.

Je t’attends.

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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Dim 5 Juil - 20:49

Une brûlure.

Ce fut la première chose que Kade ressentit. Son esprit projetait la douleur à venir ; elle s’intensifierait, lui donnerait l’impression que sa rétine s’embraserait puis se propagerait à l’ensemble de son corps. Et peut-être que sa rétine s’embraserait réellement, il n’en savait rien. Peut-être irait-il aux portes de la mort et serait-il tenté de les pénétrer pour se soulager.

Mais pour l’instant, ses sens étaient uniquement tournés vers lui-même. Il ordonna à ses yeux de ne pas quitter ceux de la femme, de s’y noyer, de les épouser, le monde se réduisait à ces deux yeux gris qui pétillaient de sentiments mêlés. Puis Kade appliqua proprement ce que chaque shinobi de haut niveau savait faire ; compartimenter son corps et son esprit, afin de gérer la douleur case par case et ne pas se laisser submerger. Le contrôle sur chacun de ses nerfs, chacun de ses muscles ; la puissance des mortels se trouvait dans leurs propres limitations. En fixant cette femme, il la défiait d’aller plus loin.

Et elle y allait. Bientôt, la brûlure devint aussi sensible qu’un fer chauffé à blanc appliqué à quelques centimètres de ses yeux. Bientôt, il eut l’impression que ce fer entrait dans ses globes et fouaillait dans son cerveau. Il grondait, grognait, gémissait ; mais son visage demeurait fermement tourné vers une unique direction. La douleur explosa bientôt dans son esprit et dans l’ensemble de son corps. C’était un gigantesque brasier, mais à vrai dire, ce n’était plus comme une brûlure. Cela ressemblait davantage à de multiples dents qui mordaient joyeusement dans ses nerfs, qui les tiraient à l’extrême, pour le plaisir de le voir souffrir, dans le but unique de le faire détourner la tête.

Kade domina sa peur. Il ne pouvait permettre aucun sentiment parasitaire. Uniquement se concentrer sur la douleur. Impossible de l’ignorer, comme c’était parfois le cas dans certaines séances de torture. La douleur était directement logée sur ses nerfs, il le sentait, qu’elle soit réelle ou imaginée par son esprit.

Cette femme perdra face à Kade Kasen.

*****


La femme s’arrêta net. Byakuei gronda.

Byakuei – Décidée à combattre ?

? – Il appelle à l’aide.

La créature se renfrogna, car elle savait là où voulait en venir sa maîtresse. Il serait idiot pour lui d’aller contre ses émotions. Elles peuvent fissurer son emprise sur lui et, qui sait, lui permettre de la tuer avant qu’elle ne s’en aperçoive. Cela la fragilisait, et c’était une bonne chose.

Byakuei – Tu sais ce qui va se passer. Nous perdons notre temps. Tu cours droit dans un piège, imbécile.

? – Je l’ai vu mourir. Cela, c’est l’avenir. Et ce n’est pas pour autant que je n’essaierais pas de le sauver.

La femme sourit et jeta un coup d’œil derrière elle. Toujours ce regard bleu troublant, dépourvu de pupille.

? – C’est à chaque fois étonnant… de voir ce qui cette fois-ci m’empêchera de réussir…

Elle disparut à nouveau, réapparut plusieurs kilomètres en avant et répéta l’opération à plusieurs reprises. Le paysage se modifiait lentement autour d’elle, mais elle restait trop loin de son objectif. Yukan, petite île perdue au milieu d’autres, et cela formait des pays, des continents, des nations… Elle revenait pour la première fois depuis longtemps dans ces contrées, mais il y avait cette même impression de familiarité dans son esprit tandis qu’elle s’en approchait.

? – Crois-moi Byakuei… Nous allons retrouver Kade et pas seulement parce qu’il nous a appelé à l’aide sans le savoir. J’ai une dette envers les Kasen. Je ne laisserai pas cette famille se faire massacrer une nouvelle fois. Non Byakuei… Je ne veux pas répéter ces erreurs.

Parce que je suis Yomi, celle qui peut être à plusieurs endroits en même temps, celle qui traverse les âges sans que les âges ne la traversent. Et parce que je connais Nagata, ce petit garçon si troublant, si dangereux, cette petite tragédie que je savais devoir éliminer mais que j’ai laissé vivre.

*****


Nagata observait avec dégoût et plaisir le visage de Kade. Bien qu’il suât à grosses gouttes, son visage marquait une impassibilité remarquable. Cela était normal. Il avait vu cette redoutable épreuve à deux reprises en plus de celle-ci, c’était toujours la même chose. Mais quand la personne en sortait, si elle survivait, elle hurlait jusqu’à ce qu’on l’évacuât ailleurs. C’était un pouvoir qu’il ne maîtrisait pas et c’était l’unique raison pour laquelle il avait fait venir cette… horrible… femme. Oser… insulter… Yomi… Il la tuerait. Il le savait. Un jour, il la retrouverait et la ferait torturer. Non. Il la torturerait lui-même et il l’obligerait à ravaler chacune de ses paroles. Puis il lui arracherait la langue. Oui. Quelque chose comme ça. Darucha pourra la briser.

Lui… ou un autre.

Femme – Ce fils de pute est résistant. Il se bat quartier par quartier. C’est toujours compliqué avec les shinobi. Certains arrivent à morceler leur esprit pour compartimenter la douleur au lieu de la subir totalement.

Autrement dit, tu es une incompétente. Cela ne servait donc à rien de faire appel à ces personnalités de l’ombre. Il n’y avait jamais que leur argent qui apparaissait à intervalle régulier, avatar sans visage d’une société sans silhouette. Mais Nagata n’avait pas pris le risque de s’en occuper personnellement car il pressentait l’échec. Il n’aurait pas été capable de se retenir. Il aurait tué Kade et cela aurait tout gâché.

Toute sa vie, il avait observé l’ombre des gens en essayant de déterminer qui serait le Guerrier à l’Âme Rouge. Il avait cru un instant que c’était son propre père, puis des dizaines et des dizaines d’autres personnes, qu’il assassinait consciencieusement. Mais il n’avait jamais eu cette impression… d’achèvement. C’était grisant. Comme si toute sa vie, Nagata avait porté un fardeau terrible, plusieurs kilos de poids sur ses épaules et que d’un coup… on lui promettait de les lui retirer dans quelques jours… quelques heures… Un léger tremblement le prit. Il sentit le regard suspicieux de Darucha dans son dos mais ne se retourna pas. Le puissant homme percevait chacune de ses humeurs. Ses envies meurtrières… Ses accès de sadisme… Il ne s’en formalisait pas. Il ne lui avait jamais fait de remarque. Il observait, comme un serpent lové autour de ses œufs. Mange ceux des autres tant que tu ne t’approches pas des miens.

Ah, elle était belle la légende de kiri !

*****


La femme parlait. Kade ne quittait pas ses yeux. Son corps aurait pu être en feu, chaque parcelle de sa peau soumise à l’épreuve des flammes, cela aurait encore été une image trop faible pour traduire la pleine et totale souffrance qu’il éprouvait au fil des secondes. Il se réfugiait dans ses souvenirs, les utilisait en bouclier, retardait la douleur en lui opposant quelque chose d’atemporel. Kade usait de toutes les astuces qu’il connaissait, et même d’autres qu’il ne connaissait pas. Ses yeux étaient desséchés, il avait peur de les fermer et il savait qu’il allait devoir le faire dans les secondes qui suivraient. Il ne voulait pas quitter le monstre des yeux.

Mais la femme progressait. Elle semblait décidée à incendier l’intégralité de son esprit, de le mettre au supplice. Kade ne cherchait pas à ne pas céder de terrain, cela aurait été stupide. Il se contentait de se battre à chaque fois, d’opposer une résistance pour lasser l’assaut de cette opposante d’un autre temps. Son cœur ne battait plus ; il s’était déjà consumé.

Et puis, un rugissement terrifiant. Ce grondement, une bête mythique qu’on aurait aiguillé méchamment. Le Mort-Vivant s’imposa de toute sa puissance, rugissant. Kade voyait cette bête pour la première fois, un long serpent aux écailles vertes et blanches, petit mais déjà énorme, rendu fou de colère et de douleur. Sa gueule ne s’était pas refermée, son hurlement ne cessait pas. De douleur, il s’était mué en un cri de rage et de haine.

La femme recula aussitôt de plusieurs pas, laissant son bras pendre à ses côtés et portant son autre main dessus, comme s’il avait souffert d’une morsure. Le Mort-Vivant, Shukkaku, était prêt à percer dans le monde des hommes. Il haletait, furieux d’avoir été touché par l’influence de la femme. Kade s’était écroulé face contre terre et il fut surpris de sentir ses muscles sous lui, et son cœur battre, et son souffle rêche contre les dalles hâtives.

Shukkaku –

La femme observait Kade. Elle ne savait pas précisément qui l’avait attaqué, mais elle avait la certitude que ce n’était pas humain. Nagata roulait des yeux, caché derrière son garde qui était resté impassible. Il était impossible d’exercer la moindre attaque une fois soumis à l’épreuve, pour la simple et bonne raison qu’il est impossible d’avoir la moindre volonté propre. Les seules éléments gérés par l’esprit étaient éminemment reptiliens, des éléments de survie, un instinct plus ou moins poussé. Mais une attaque… quelle qu’elle soit… c’était impensable.

Femme – Etonnante réaction. Vous devez vraiment le tuer tout de suite. Il n’a aucune réponse à apporter. De toute façon, vous savez qui l’envoie. C’est un infiltré de kiri. Commandité en mission secrète pour que vous tombiez dans le panneau. Ne tentez pas le destin et réglez lui son compte. Je dois repartir. J’ai assez perdu de temps.

Elle détourna péniblement le regard de Kade et sans attendre la moindre réponse remonta les marches et disparut. Nagata déglutit. Le silence pesant de la pièce se fit soudainement sentir plus nettement.

Nagata – Je l’exécuterai aujourd’hui alors. Adieu, Guerrier. Ton âme ne sera rouge que de ton sang.

Il s’était imaginé des centaines de fois déclamer cette phrase préparée. Mais elle avait un goût de cendre dans sa bouche, tandis qu’il s’en allait à son tour précipitamment. Tout ne se déroulait pas comme il le désirait et c’était très contrariant. Mais au moins, ceci finirait bientôt. Bientôt...

Demander l’assistance de cette femme de Kakumei n’avait pas été un mouvement intelligent. Il avait soulevé beaucoup plus de troubles qu’il n’en avait apaisé. Une erreur qui ne se reproduirait plus.

Haya Sasaki
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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Dim 12 Juil - 12:11

? – Kade… Réveille-toi Kade.

Kade ouvrit brusquement les yeux et, sentant que sa main droite était libre, l’envoya sans prévenir vers l’origine de la voix. Il ne rencontra que le vide et l’effort violent le foudroya sur place. Un long gémissement s’éteignit dans sa gorge, tandis que deux bras frais et doux l’enserraient doucement. Tout près de son oreille, la voix reprit, caressante et maternelle, une nuance dans le ton qu’il n’avait plus perçu depuis bien trop longtemps.

? – Je ne suis pas une ennemie Kade.

Il avait envie de croire cette voix, de ne pas suspecter une éternelle trahison, mais cela faisait trop longtemps à présent que son esprit était enroué dans ces mécanismes nocifs. C’était comme perdre sa virginité, la même impression de savoir qu’on ne la retrouverait jamais. Et à un certain âge, on se dit que ces temps étaient heureux et simples et qu’on donnerait cher, peut-être, pour les ressentir à nouveau l’espace d’un instant, pour s’en souvenir plus nettement. Cette innocence, cette naïveté… c’était cela qu’il avait toujours voulu préserver chez ses filles. Il savait qu’en les regardant naître, il prenait des paris insensés sur leurs vies, leur avenir. Mais il était si heureux, si égoïste, qu’il désirait plus que tout voir ces petits joyaux illuminer sa vie, lui donner enfin un sens propre et pas dépendant de volontés annexes. Toute sa putain de vie…

? – Je sais ce que tu ressens. Tu es blessé, perdu et désespéré. Mais tu n’es pas seul. J’ai voyagé longtemps pour te retrouver. Je ne veux pas que tu meurs. Je ne veux pas que tes filles meurent. Je suis ici pour vous.

Kade – Tu peux sauver mes filles ?

? – Bientôt. Je suis encore loin de toi. Ouvre les yeux, Kade, et tu verras.

Il obéit docilement. Les deux bras l’enserraient bel et bien, et provenaient bien d’un corps chaud et féminin, il sentait l’odeur de femme qui émanait d’elle. Mais celle qui lui faisait face et qui le consolait comme on consolerait un enfant était enfermée dans un miroir à taille humaine, ou presque. Un miroir que Kade connaissait bien, parce que c’était le sien. Celui de sa famille.

Celui de son clan.

Kade – Qui es-tu ?

Yomi sentit la suspicion dans sa voix. Elle sourit doucement et secoua la tête.

Yomi – Je suis Yomi. Si tu connais les légendes de tes ancêtres, tu dois connaître ce nom.

Kade ne manifesta pas sa surprise, non par habitude mais par lassitude. Ses muscles réagissaient à peine. La fatigue des derniers jours, le manque de nourriture et d’eau surtout, mais aussi la séance de torture avec la femme l’avaient laissé plus mort que vif et il se savait puiser dans ses réserves pour seulement résister à la tentation de dormir, et oublier.

Kade – Yomi est morte. Shinobu me l’a dit.

A nouveau ce sourire, un sourire triste et intriguant.

Yomi – Yomi est partie, mais elle ne peut pas mourir. Ce serait trop long à expliquer et le temps joue contre nous. Cela m’épuise de maintenir ce miroir, tu es trop loin et trop faible, je suis traquée et je n’ai pas dormi depuis trop longtemps. Je suis encore loin de toi.

Le miroir se brouilla légèrement mais le ton de Yomi ne varia pas.

Yomi – Le danger sur tes filles est maintenant imminent. Ce soir, si nous ne faisons rien, elles seront tuées. Je n’aurais pas la force, je le crains vraiment, de vous aider tous les deux.

Kade – Mes filles. Uniquement elles. Si tu en as le pouvoir, je ne sais comment, retrouve-les je t’en supplie et mets les en sécurité. J’ai été stupide de ne pas les prot…

Yomi – Nous n’avons pas encore perdu Kade. Nous sommes des enfants des eaux, nous sommes puissants. Je vais me remettre en route aussitôt. Je suis prudente, Kade, fais-moi confiance et arrange-toi pour que tes filles aient un père qui veille sur elles une fois sauves. Tu n’as pas à mourir ici et tu as la force d’en sortir.

L’image se brouilla une nouvelle fois et Yomi en profita pour se recula. Kade chancela, s’agrippa à la chaîne. Ses muscles se tendirent sous l’effort. Il respirait difficilement. L’espoir était quelque chose de dangereux. Il sentait la puissance de cette femme malgré la distance. Son don était actif, ce qui était logique puisqu’elle l’utilisait présentement, mais Shinobu lui en avait parlé. S’il s’agissait bien de la Yomi des légendes, celle qui était de plusieurs générations son ancêtre, l’une des pionnières de ce clan que l’on appelait Aisu, alors… il avait peut-être raison de ressentir cet espoir.

Kade – Je ne vais pas mourir Yomi. Je veux revoir mes filles. Je vous retrouverai.

Yomi – Et ta mission ? Vas-tu l’accomplir ?

Kade – C’est trop tard pour cela, j’ai échoué une fois. Je veux juste mes filles et partir d’ici.

La femme hocha la tête et sourit, comme si c’était la réponse qu’elle voulait entendre. Kade se surprit à trouver les mots qu’il venait d’employer parfaitement exacts. Il avait passé plus de vingt ans de sa vie sur ce projet, et ils n’étaient rien en comparaison de la centaine d’années qu’il restait à ses filles.

Yomi – Je me dépêcherai alors, bonne chance et reviens aussi rapidement que possible. Lorsque tu arriveras, j’aimerais tout te raconter, à toi et à chacune de tes filles.

Et elle disparut sans attendre de réponse. L’ancien shinobi de kiri s’extirpa des vestiges de sa prison d’acier, tira brutalement sur la chaîne à ses pieds et perçut à nouveau le bouillon inlassable de la vie en lui. Il se sentait puissant, comme si son corps comblé d’adrénaline en oubliait qu’il était à moitié crevé et que ses jambes devraient flageoler comme des pousses sous l’effort. Il hurla à trois reprises dans cette enclave bleue et assombrie par l’aube qui se levait, trois longs hurlements douloureux qui le rassérénèrent. Son poing fermé et serré à s’en briser les phalanges, il marcha résolument vers les escaliers blanchis par les années. D’un coup de poing, il brisa la trappe verrouillée et sauta au dehors. Le vent frais lui donna des vertiges, mais il repoussa ces sensations pour se diriger comme au premier jour vers la sortie. Le château était endormi, mais les illusions de l’aurore sont trompeuses. Trop de trahisons dans ce château maudit, l’antre du mal.

Aux portes, Kade s’arrêta. L’homme derrière lui fit craquer son dos. Darucha Gankkara et d’autres personnes, des dizaines et des dizaines d’autres personnes qui levaient la tête et les observaient à quelque distance de cela.

Kade – Jobasha… SAMUSAN !

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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Jeu 16 Juil - 20:23

Vous connaissez l’histoire d’Haya Sasaki.

Le jour où elle arriva, brisée et presque morte à kiri et où le village la recueillit. La façon dont kiri s’est refermé sur elle, car les autorités dans la confidence n’étaient pas ignorantes du sacrifice inouï de Kade Kasen, un paria et un traître dans la mémoire, mais un héros pour les rares personnes qui pouvaient prétendre le connaître. Vous savez que tout cela n’a été qu’une lente tragédie dont chaque élément hâtait la conclusion. Ce que vous ignorez c’est la façon dont parfois le destin se met en place, de telle sorte à contrarier même les volontés les plus puissantes, par goût du jeu, par caprice ou pour un dessein plus haut encore.

Car une tragédie sans destin, après tout, n’est jamais qu’un conte pour endormir les enfants.

*****


Yomi passa une main sur son front brûlant. La conversation avec Kade l’avait bouleversée, moralement et physiquement. Revoir une personne de sa famille, après tant d’années, une personne qui ignorait tout de ses erreurs, de ses échecs, de ses éternels remords qui la dévoraient jour et nuit jusqu’à la faire pleurer, toute seule, avec pour seul compagnon ce monstre froid et moqueur qu’est Byakuei, ce monstre qui n’attend qu’un moment infime de faiblesse pour la briser entre ses crocs et balancer sa carcasse à terre. Et que cette personne fût Kade, cela fut un coup de plus pour elle. Bien sûr, elle ne l’ignorait pas en allant à sa rencontre, mais quand il ne la reconnût pas elle manqua éclater en sanglots. Ce jour-là aussi, elle aurait pu tout arranger. Tout ! La destinée de chacun en aurait été transformée. Mais Yomi avait cette étrange malédiction. Même en sachant ce qui allait se passer, même en étant l’une des seules de son clan à remonter la Galerie vers l’avenir, elle n’était jamais parvenue à contredire ce qu’elle voyait.

Jamais… Elle n’était pas destinée à être actrice, mais simplement spectatrice de ses échecs. Elle payait ses talents et ce seront eux qui finiront par la tuer, de désespoir et de rage silencieuses.

Byakuei – Nous n’arriverons pas à temps ! Tu vas mourir à tirer ainsi sur ton don. Même en utilisant mes forces. Et le Traqueur nous suit. Je le sens qui renifle notre trace et il gagne en puissance à chaque kilomètre parcouru. Tu es en train de créer un monstre, Yomi, ton monstre, un monstre peut-être plus grand que toi et moi réunis. Brisons-le ici. Tu le regretteras toute ta vie autrement.

Il avait raison. Byakuei avait toujours raison, même quand ses paroles étaient dictées par son désir de liberté. Mais elle ne voulait pas le laisser combattre. Ce serait la fin. Un tel être… devait rester en elle, comme on porte un fardeau invisible. Il ne fallait pas, jamais, qu’elle utilise ses pouvoirs directement. Jamais. C’était une règle qu’elle s’était imposée à dix ans.

Après l’avoir rompu et dominé.

Yomi – Il faut ruser.

Yomi tendit le bras en avant. Ce dernier disparut dans un petit miroir de la taille de sa main. Elle chercha un moment, les yeux ouverts et comme hagards, avant de se retirer brusquement, une feuille de papier en main.

Yomi – Ma masse est dure à déplacer, et le Traqueur nous empêche d’être pleinement efficace parce qu’il se concentre sur moi. Mais il ne pourra pas intercepter un bête message.

Byakuei ricana.

Byakuei – Tu as oublié de prendre de quoi écrire. Et un message ne changera rien, ces filles sont condamnées. Leur père les a condamnées il y a bien longtemps, à l’instant de les concevoir. Vous ne pouvez vivre sans nous et notre force.

Yomi ne l’écoutait pas. Elle passa son doigt sur le papier et lentement, des caractères apparurent. Elle écrivait laborieusement, et Byakuei comprit. Cette petite, pensa-t-il, a le mérite d’être intelligente. Comme il fallait s’y attendre…

La fuite ou la mort. Va Yuma.

Byakuei – Intéressant. Tu utilises l’écriture de ton clan, que tu camoufles avec une écriture normale pour éviter que le message ne trahisse son origine. Ainsi… les personnes qui le liront n’y verront que ces mots, et ceux qui pourront le lire sous sa forme réelle… éveilleront leur don et survivront à l’attaque grâce à celui-ci. Un mouvement intelligent.

Yomi ferma les yeux et réprima une grimace. Si elle devait écouter son corps, elle se dirait que la suite du voyage lui serait impossible. Le Traqueur avait tissé sa toile en la suivant, chacun des miroirs qu’elle créait lui demandait un effort considérable, et ses forces tournaient courts. Il ne restait plus beaucoup de distance, pour elle et à au vu de son rythme, mais c’était encore beaucoup trop. Si le Traqueur la rattrapait, s’en était fini des filles. Alors il fallait à tout prix qu’elles lisent ce mot et que leur don s’éveille à elle. Elles ne s’en apercevront pas, mais même si elles devaient mourir… les eaux les protégeront. Car elles ne pouvaient laisser mourir trois de leurs enfants. Si Kade était malin, et il l’était à coup sûr, il se sera installé près d’un cours d’eau.

La femme réitéra son geste, et abandonna le mot à l’intérieur d’un miroir après avoir tâtonné un moment.

Byakuei – Maintenant écoute-moi Yomi. Ce Traqueur est à moins de six kilomètres de nous. Il dévore littéralement la distance qui nous sépare. Il ne te tuera pas car je ne le laisserai jamais faire, en partie parce que je ne veux pas mourir. Mais si on ne l’anéanti pas, tu n’arriveras pas à temps pour les gamines. Il va nous retarder. C’est inévitable qu’il nous rattrape. Tu es trop faible actuellement pour continuer à ce rythme. Laisse-moi le déchirer. Mana Naseke Geirou.

Yomi sourit, de ce même sourire sans joie.

Yomi – Cela fait si longtemps… qu’on ne m’appelle plus ainsi. Un nom incompréhensible… Je ne peux pas te laisser faire Byakuei et crois-moi, je pèse toute la douleur de mon choix. Je sais que cela me permettrait pour la première fois de contredire ma vision. Mais je sais aussi que je ne veux pas libérer un nouveau monstre que je ne pourrais plus maîtriser. Tu es ce monstre Byakuei. Tuer un monstre pour en faire naître un nouveau, c’est idiot. Je te connais, je sais ce que tu vaux. Je ne connais pas ce Traqueur. Je préfère le confort de l’ignorance.

Elle disparut dans un miroir, mais Byakuei ne cessa pas de protester. Il était, pour la première fois depuis longtemps (mais finalement, comme à chaque fois que Yomi s’apprêtait à échouer dans une tâche aussi vitale que la survie de son clan) la voix pure et chantante de la raison. Mais elle était ainsi : elle créait des monstres. Kade, Nagata, Byakuei, le Traqueur, il s’agissait là de ses créations. Toutes étaient nées de ses choix, de ses paroles, de ses actes. Ils étaient liés à elle, ainsi que beaucoup, beaucoup d’autres monstres de contes horrifiques.

Yomi, celle qui peut être à plusieurs endroits en même temps. La façonneuse de monstres… ou une certaine idée du monstre proprement dit.

*****


Kade s’en souvenait parfaitement. C’était un lieu commun de dire qu’il ne l’oublierait jamais mais cela, il savait qu’il ne l’oublierait jamais.

La première fois qu’il vit l’un des Cavaliers. Ce n’était ni un rêve, ni la réalité, mais un entre-deux agréable et étouffant à la fois, comme une pièce inconnue mais qui nous attire irrésistiblement. Zochoten, car c’était lui, l’observait de ses yeux sans fond. Il était harnaché d’une pesante armure, mais tout son être était semblable à la glace, avec cette même teinte bleue et blanche, indéfinissable et troublante. Il observait calmement, la main posée sur son trident ou une hallebarde, Kade se souvient n’avoir pas su exactement la nature de l’arme (car c’était une arme, cela il en était sûr).

Zochoten – Sais-tu qui je suis ?

Kade avait répondu non. Zochoten s’était alors présenté. Roi Gardien du Sud. Le seigneur qui étend. Qui étend quoi, demanda Kade ? Qui étend… notre minuscule royaume oublié des hommes.

Zochoten – Nous appartenons aux Kasen. Et en échange, ils nous appartiennent. Nous serons toujours là pour te conseiller et t’aider, et quand nous interviendrons… tu comprendras à ce moment la nature du sacrifice nécessaire. La puissance est une chose qu’on ne peut maîtriser.

Et Kade avait compris aussitôt que c’était sa vie qui était dans la balance. Sans malice, le Roi Gardien lui parlait franchement.

Zochoten – Vous pouvez même donner ce pouvoir à quelqu’un d’autre de votre famille. C’est déjà arrivé. Il est même arrivé qu’une femme parvienne à nous invoquer sans que nous ne l’ayons jamais rencontré personnellement. L’exploit, c’est qu’elle a invoqué les quatre gardiens du premier coup. Elle s’appelait Mana Geirou. Une rencontre inattendue et je me souviens avoir ressenti vivement toute sa force. Tu la connais peut-être.

Kade secoua la tête.

Zochoten – Aucune importance. Nous sommes quatre gardiens, chacun assigné à une tâche précise. Quand nous sommes là tous les quatre… tu ne pourras pas perdre ton combat. C’est ainsi. Nous ne faisons pas partie du monde des mortels et nous sommes au dessus de chacun d’eux, même de ceux qui se pensent puissants. En échange, il est probable que l’effort te tue.

Mais j’aurais remporté mon combat, murmura le jeune homme. Zochoten avait alors sourit.

Zochoten – C’est ce qui importe réellement pour toi ? La victoire est un but honorable dans une vie.

Oui.

Zochoten – Mais il y en a beaucoup d’autres. Un jour, tu chériras ta vie plus que la victoire, peut-être, et tu te demanderas pourquoi tu étais prêt à la jeter comme ça. Mais cela viendra plus tard. Nous aimons ta famille. C’est notre devoir de vous protéger et c’est une douleur et une joie partagée pour nous de devoir prendre votre vie à chaque fois. Une douleur, parce que nous vous avons aimé et que nous ne désirons pas vous retirer la vie. Une joie, parce que vous nous rejoignez une fois mort et que vous partez sur une victoire. Mais parfois, la plus belle victoire aura un goût de cendre quand l’heure de la mort sera venue. Tu sauras.

*****


Un goût de cendre…

Kade – Un goût de cendre… Zochoten. J’en ai plein la bouche.

Le géant posa une main sereine sur sa frêle épaule. Il ne dit rien, mais Kade perçut sa douleur indistinctement, à la façon d’une émotion vive qu’on devine chez un être cher.

C’est terrible de savoir que l’on va mourir. La boule dans son ventre menaçait d’imploser, alors que deux larmes roulaient sur ses joues rougies. Il ne reverrait jamais ses filles. Cela, il le savait. Il ne saurait jamais si Yomi les avait sauvées. Si elles grandissaient bien, si elles étaient heureuses, amoureuses, tristes… Kade pouvait presque voir la gueule du destin se refermer sur lui, chape opaque qui ne lui permettait plus de discerner autre choses que ces quatre ombres bleues et menaçantes.

Il avait tout raté… Du début, jusqu’à la fin.

Tamonten – Ne cède pas au désespoir. Rien n’est décidé que ce qui se passe réellement.

Les quatre formes spectrales l’encadraient fermement, les yeux posés sur leurs ennemis. Tamonten tira lentement sa lance et Kade prit le temps de l’observer, car c’était la première fois qu’il le voyait. Les quatre Rois Gardiens, assemblés ici ensemble, pour écraser l’armée qui se levait. Une dernière bataille qui ne les impressionnait pas, car les Rois Gardiens ne connaissent ni défaite ni échec.

Darucha – Ectoplasmes...

Le colosse se tenait les bras croisés à une vingtaine de mètres, la mine sévère.

Jikokuten – Vieillard... le géant sortit sa longue lame de derrière son dos. Il la pointa sur Darucha et grogna, menaçant. Finissons-en.

Darucha – Nous allons à peine commencer.

Jikokuten secoua la tête avec une lenteur étudiée, comme s’il regrettait quelque chose qu’il avait presque déjà oublié.

Jikokuten – C’est une erreur que tu commets.

Il s’élança en avant et frappa de toute la puissance de son bras en direction du sol, droit sur la longue silhouette de la légende empoussiérée de kiri.

*****


Ce matin là, une petite fille du nom d’Haya Sasaki ouvrit la lettre pliée à la hâte. « La fuite ou la mort. Va Yuma. »
Elle ne comprit pas le sens de ces mots, mais une colère irrationnelle s’embrasa en elle. C’était la peur. Alors elle plia la lettre et ne la montra pas à ses sœurs. Au plus profond d’elle-même, sa conscience se craquelait rapidement, s’ouvrant sur de nouveaux espaces. Son héritage s’éveillait et elle n’en savait rien.

Et ses ennemis débarquaient au même instant du bateau qui les avait menés à Uke, des idées de vices et de mort plein la tête.

Haya Sasaki
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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Mer 22 Juil - 18:55

Un halo bleu s’échappait du corps de Tamonten.

Il brandit sa lance bien au-dessus de sa tête et un instant, le ciel matinal s’illumina d’une éblouissante lueur. Les hommes échangèrent des regards circonspects. Ils sentaient bien qu’ils affrontaient une force surnaturelle.

Ils ignoraient qu’il n’y avait pas d’affrontement, mais rien que la mort.

Trois corps tombèrent à terre, séparés en deux au niveau du nombril. Jikokuten ramena son bras à lui et se redressa de toute sa hauteur. Il se pencha sur le survivant qui lui faisait face, horrifié, et poussa un hurlement qui ébranla jusqu’au cœur des hommes. Le cri se suspendit et le dernier adversaire s’effondra, les yeux révulsés et le corps agita de spasmes.

Jikokuten – Jikokuten, Roi Gardien de l’Est.

Tamonten – Mortels. Ce n’est pas une force contre laquelle votre acier vous sauvera. Croyez votre corps quand celui-ci vous supplie de fuir. La fin des temps, c’est maintenant.

Le géant de glace s’avançait à mesure qu’il parlait.

Tamonten – Tamonten, Roi Gardien du Nord.

Darucha, dont le bras saignait suite à l’assaut de Jikokuten, se plaça sur son chemin. Son rythme cardiaque s’était sensiblement élevé, tandis qu’il sentait la perspective d’un combat flamboyant s’amorcer. Il avait passé des années aux côtés de Nagata à observer ses forces croître et à présent il doutait qu’elles fussent capables de rivaliser avec ces quatre géants de glace.

Tamonten – Mmh.

Il posa sa main sur sa lance et tira dessus, de façon à ôter une sorte de voile qui la recouvrait. Immédiatement, une intense lumière en jaillit. Darucha plaça une main devant ses yeux mais écarta les doigts de façon à voir les mouvements de son adversaire. Le voile voleta un instant puis retomba à terre doucement. Tamonten pointa son arme, dont la clarté commençait à décroître, sur Darucha. Mais à cet instant-là, le corps puissant de Jikokuten jeta comme une ombre dessus tandis qu’il se dressait face au médecin. Il portait son arme sans adopter la moindre garde, mais il avait choisit son adversaire.

Darucha grogna en sentant ses muscles se tendre à l’extrême. Il mit son bras en avant, prêt à charger et ne prit pas la peine de répondre. Duel accepté, colosse, je te briserai les jambes et tu me regarderas du sol.

Komokuten restait auprès de Kade. La sueur perlait déjà sur son visage. De temps à autre, le géant posait le regard sur lui et grimaçait mentalement en imaginant l’effort et la souffrance nécessaires en cet instant. Il ne tiendrait que quelques minutes. Il s’agissait là des toutes dernières minutes d’un homme et il ne les passerait pas avec ses proches, il les passerait au milieu de ses ennemis et de quatre spectres qui lui auront pris sa vie.

Il écrasa nonchalamment un homme qui les avait contournés, dans l’espoir vain d’abattre Kade. Il ne mourrait pas d’une manière aussi vulgaire, assassiné par un ruffian, un misérable. Il aurait une mort éblouissante, à la hauteur de son existence ici-bas, l’ultime sursaut d’un guerrier.

*****


Byakuei hurla un long moment et les feuilles tombèrent, les arbres frissonnèrent, la terre gémit.

Yomi recula confusément, une main sur son bras. Elle ne saignait pas. La blessure avait gelée. Néanmoins, ses yeux clignaient de surprise et de colère, bien qu’elle reconnaisse là l’influence de Byakuei et non son propre état d’esprit. Elle chassa ce sentiment et se réceptionna sur une branche.

Le Traqueur l’avait retrouvée.

Il s’agissait d’une créature plus grande qu’elle ne l’aurait imaginé, sinueuse et drapée de noir, sans le moindre visage visible ni la moindre parcelle de corps. Il se tenait bien droit, à l’opposé, et sa main armée se rétracta pour faire disparaître la lame droite et épaisse qu’il y cachait. Yomi était quelque part dans le pays du feu, elle en reconnaissait les denses forêts et le climat généreux. En cinq miroirs, d’après ses estimations, elle aurait pu se retrouver auprès des filles de Kade.

Mais cette créature avait complètement paralysé son pouvoir à se déplacer. Elle ferma les yeux. Ainsi, c’était le prix à payer pour sauver ces filles. C’était cela, l’élément qui la ferait échouer cette fois-ci… Une bête créature, envoyée par ce groupe ridicule pour la capturer et la tuer. Elle pouvait lire les intentions du Traqueur rien qu’à sa posture.

Yomi – Byakuei.

Elle ouvrit sa tunique d’un geste sûr et posa ses doigts sur un point sans la moindre marque visible, près de son cœur.

Yomi – Prête-moi ta force.

Byakuei – Libère-moi Yomi.

La femme sourit. Le Traqueur s’apprêtait à attaquer.

Yomi – Te rebellerais-tu ?

L’orochi hésita. Elle savait qu’il ne pouvait la laisser mourir. Il savait qu’elle ne mourrait pas.

Byakuei – Non. Mais ma force ne suffira pas à nous en débarrasser à temps ou à la tuer. Nos ennemis sont bientôt arrivés, la nuit est tombée.

Yomi – Je sais… J’aimerais être capable de te libérer. J’aimerais être capable de sauver ma famille. Mais tu sais que je ne serai plus en mesure de te contrôler si je te libères ne serait-ce qu’une fois.

Le Traqueur fut sur eux et frappa Yomi au ventre. Il la toucha, mais la blessure n’apparut pas. Elle reculait, parait les attaques à mains nues et petit à petit, repoussait les assauts tandis que l’orochi insufflait davantage de puissance à ses coups. Au toucher, leur adversaire était singulier, comme si son corps n’était composé que d’un voile à peine épais, un voile laissé au vent.

En faisant exploser de la glace tout autour d’eux, Yomi parvint à éloigner la créature. Il n’avait bloqué que ses déplacements, ce qui signifiait qu’il ne pouvait bloquer qu’une chose à la fois. Si elle l’attaquait de toute sa force, il serait condamné à bloquer ses attaques et alors elle disparaîtrait. C’était son seul espoir d’arriver à temps.

Yomi – Tu n’es pas une créature dépourvue de réflexion. Trois filles vont mourir par ta faute. Est-ce que tu t’en moques ?

Elle manqua sursauter quand la créature lui répondit.

Le Traqueur – Non. Mais cela ne me concerne pas.

Yomi – Je vois…

Elle ferma les yeux, réunit ses doigts et murmura tout bas un mot unique.

Yomi – Byakurai.

Elle pointa un doigt fin sur la silhouette sombre. Un rayon d’un blanc éclatant vint le frapper de plein fouet et l’écrasa contre un arbre. Le tronc s’affaissa sur lui-même et commença à pencher en arrière. Yomi fronça les sourcils ; sa cible était encore en vie.

Yomi – Byakurai, répéta-t-elle doucement.

Une fois la fumée dissipée et les éclats de glace retombés à terre, le Traqueur apparut, couché contre une branche qui menaçait de se rompre, la respiration haletante.

Yomi – Byakurai.

Elle ne marquait pas l’effort physiquement et son objectif n’était plus de tuer son ennemi, mais de l’effrayer. La femme essaya d’invoquer un miroir, mais constata que ce pouvoir lui était encore interdit.

Yomi – Annule ce pouvoir.

Byakuei grinça des dents.

Byakuei – Agaçant d’être prisonnier, n’est-ce pas…

Le Traqueur se releva, les jambes mal assurées. Sa peau apparaissait à présent aux endroits où il avait été touché. Qui qu’il soit, il était certainement humain et sans aucun doute très résistant. Néanmoins, cela n’expliquait pas le fait qu’il aurait dû mourir trois fois et qu’il était là à présent, debout sur ses deux jambes, à souffler bruyamment.

Yomi – Ridicule...

Yomi se détourna de lui et repartit à pied, sautant sur les branches le plus rapidement possible. Si elle atteignait la mer, elle serait sauvée. Jamais le Traqueur ne prendrait le risque de la suivre jusque là. Il devina ses intentions car en dépit de ses blessures, il se mit à la poursuivre en chancelant. La mer lui permettrait de disparaître et de rejoindre les filles. Quels que soient les pouvoirs de ce chasseur… ils ne seraient rien face à Yomi dans son élément.

Et cela, ils étaient trois à le savoir.

*****


La petite boule de mort montait lentement. Quand elle atteindrait son cœur, s’en serait fini.

A mesure que ses muscles se gelaient, l’esprit de Kade se réfugiait dans des souvenirs jamais si lointains, des souvenirs où il était le père de trois petites filles joueuses et le mari d’une femme heureuse. Ce serait certainement ridicule aux yeux de beaucoup, mais sa vie aurait aussi bien pu se résumer à cela, au bonheur d’avoir fait quelque chose avec une personne qui lui était chère, d’avoir partagé consciemment son amour, et d’avoir été capable d’aimer. Il aurait presque pu mourir heureux en cet instant, s’il ne se haïssait pas à ce point de n’avoir su préserver sa femme, et sans cette ombre qui pesait si lourdement sur ses filles. Mourir sans l’assurance qu’elles étaient vivantes et qu’elles l’aimait malgré tout ce qu’il avait fait, malgré la trahison dont il s’était rendu coupable auprès d’elles, cela le tuerait une seconde fois.

Malgré la promesse de Yomi, son esprit ne s’était pas apaisé. Elles étaient toujours en danger. Il pouvait le sentir aussi sûrement que s’il avait été avec elles.

Kade – Komokuten…

Le colosse se tourna vers lui. Il ne lui rappela pas que parler accélérait le processus. Kade en était conscient.

Kade – Après moi… mes filles… Protégez…

Komokuten acquiesça.

Komokuten – Nous sommes liés à ta famille.

Kade – Racontez-leur… comment… et pourquoi… je suis mort. Pardon.

Il ferma les yeux ; la brume dans son esprit s’épaississait. Tenir. Suffisamment pour tuer Nagata. Sa mission, il s’y accrochait comme si c’était la dernière chose sur laquelle il pouvait agir. Et en cela, il n’avait pas tort.

Komokuten – Tamonten, va trouver Nagata Hideyoshi. Avant qu’il ne soit trop tard.

Il ajouta après une brève pause.

Komokuten – Immédiatement.

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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Jeu 30 Juil - 20:37

Les arbres défilaient rapidement et pourtant, Yomi maudissait sa lenteur. Elle évitait les longs traits ténébreux d’une matière inconnue qui se fichaient dans les troncs dans son sillage. Son ennemi ne lâchait pas un pas de terrain, tel le chasseur acharné qu’il devait bien être. Pourtant, la femme le sentait. Son corps s’en faisait l’écho et son cœur battait plus vite à chaque seconde.

La mer était toute proche.

*****


Darucha évitait les attaques et ripostait puissamment, de toute la force de son corps. Il manqua fracasser l’épaule de Jikokuten, qui ne marqua pas le moindre temps d’arrêt et rééquilibra son maintien d’une simple impulsion. Le médecin recula jusqu’à percevoir le mur du château dans son dos. Il joignit ses mains, secoua la tête, et murmura doucement :

Darucha – Ninpo… Edo Tensei.

De là où il était, Jikokuten se frotta le nez. Cette incantation puait un chakra corrompu. Il s’en souvenait : la technique des morts. La folie des hommes était bien de mélanger les temps, un jeu dangereux qui exposait même les meilleurs à de cruelles déconvenues et à des catastrophes insoupçonnables. Ils ne connaissaient pas leur place. Deux cercueils de bois s’ouvrirent au milieu d’une improbable brume noire, laissant apparaître autant de corps humain, pâles, les yeux ouverts et froids.

Jikokuten – Qui sont ces gens ?

Darucha – La femme s’appelle Kaede Manasha . C’était ma coéquipière. L’homme s’appelle Haneto Kashin. C’était…

Jikokuten – Kashin. Je sais qui il est. Je suis heureux que tu aies tué cet homme.

Jikokuten gronda.

Jikokuten – Et je suis heureux de pouvoir le détruire définitivement, jusqu’à l’essence même de son âme pourrie.

Darucha eut un sourire sinistre.

Darucha – N’est-il pas célèbre… pour avoir tué six membres de votre clan et avoir déjoué les attaques de votre prétendue génie, cette Yomi ?

Jikokuten – Yomi est humaine. Je ne le suis pas.

Les deux silhouettes pâles se jetèrent sur le colosse, sans la moindre sensation de peur. Ce dernier lança un coup d’œil à Kade. Il faiblissait rapidement, mais leurs regards se rencontrèrent.

Oui Kade. C’est cet homme qui a attaqué ta mère il y a bien, bien longtemps. C’est cet homme qui est parvenu à piéger Yomi. Et c’est cet homme que tu verras mourir avant de tomber face contre terre car oui, il y a une justice dans ce monde.

Une justice grande, translucide et glaciale, à l’image de la mort.

*****


Tamonten fracassa l’entrée composée de pierres ancestrales d’une pression de la main, son regard balayant la pièce qui s’offrait à lui à la recherche de la silhouette fuyante qu’il avait entraperçu. Elle était là, cachée derrière une colonne, le misérable Nagata, avec ses yeux fous qui roulaient dans ses orbites creuses. Il ne semblait pas paniqué et il souriait de toutes ses dents, avec une démence propre aux hommes désespérés ou au contraire, trop plein d’espoirs. Le Roi Gardien ne parvenait à déterminer de quel bord Nagata se rapprochait le plus.

Tamonten – Sais-tu sur quel principe se fonde notre venue sur votre monde fascinant, petit homme ?

Nagata ne répondit pas mais ne détourna pas le regard, sa main s’agrippant un peu plus à la colonne fastueuse. Tamonten reprit sa marche vers lui, sa lance battant la mesure de ses pas, patiente et calme, à l’image de son porteur.

Tamonten – Un échange équitable. Cet homme, dehors, va mourir. C’est le prix à payer pour disposer de nous. Et sais-tu ce qui est équitable là dedans ?

Nagata gloussa mais conserva un silence de plomb. La silhouette de Tamonten le recouvrit d’ombre lentement. Lorsqu’il s’arrêta, il respira profondément et expira avec précaution. Finalement, il murmura :

Tamonten – Ta mort.

*****


Jikokuten sortit une autre lame logée sur sa cuisse et éventra de bas en haut le corps de Kashin. Ce dernier recula précipitamment, mais Jikokuten le saisit dans son poing et le souleva comme une poupée de cire. La femme, à sa gauche, préparait une technique et Darucha s’approchait à grande vitesse, le poing chargé d’énergie. Le colosse se fit la réflexion qu’un coup de cette puissance suffirait peut-être à égratigner son armure.

Peut-être.

Jikokuten – Kashin, y a-t-il suffisamment de toi pour me comprendre ?

Il secoua le corps frêle entre ses doigts noueux et entendit des os grincer et craquer en même temps. Le visage de l’homme, qui avait un jour était mat et buriné par le soleil, conserva sa teinte froide et inexpressive.

Jikokuten – Je crains que non. Mais je veux que tu saches. Tu as tué trois enfants, un adulte et tu as grièvement blessé une femme, Kohana, la mère de Kade.

Jikokuten ne broncha pas lorsque la technique de Kaede lui dévasta son armure par derrière et arracha une large portion de son épaule.

Jikokuten – Cette femme a marché longtemps. Elle a atteint kiri et son enfant est bien né. Il est ici aujourd’hui et il est heureux de t’avoir tué. Car Yomi, crois-moi, ne t’avait pas raté.

L’impact du poing de Darucha le fit reculer de plusieurs mètres, mais il conserva Kashin à hauteur de ses yeux. Le mort ne s’agitait presque plus et on aurait pu croire qu’il écoutait.

Jikokuten – Elle savait simplement que ce n’était pas à elle de te tuer. Elle savait que cet imbécile, ce… médecin ambitieux… te tuerait et que tu serais là aujourd’hui. Elle savait que mon poing serait le poing de Kade et qu’il aurait sa vengeance en cette triste matinée. Et elle devait aussi savoir que je ferai cela.

Son poing se referma, et le corps prisonnier explosa littéralement sous la pression. Une bouillie rouge, noire et blanche coula des jointures des doigts du spectre et s’écoula par litres entiers à terre. La tête du mort jaillit brusquement pour partir s’écraser dans la cour. Le spectre ramassa son épée plantée dans le sol et l’enfonça d’un même geste dans le flanc de Darucha. Il le traversa de part en part et le hissa pareillement à hauteur de ses yeux. Le médecin cracha un peu de sang, serra les dents et grogna de douleur.

Jikokuten – Merci d’avoir contribué à cette grande boucle. Mais ton rôle s’achève ici, vieillard.

Il donna un coup dans le vide, le corps du médecin partit se briser contre les murs du château qui s’affaissèrent légèrement. Jikokuten renifla en observant la dernière des morts, la femme, disparaître lentement dans cette même brume noire et mauvaise.

Jikokuten – Un rôle bien inutile par ailleurs. Adieu, esprit tourmenté.

Le souffle de la liberté, songea Jikokuten.

*****


Yomi aperçut enfin la mer. L’étendue sombre et calme à cette heure-ci emplissait toujours un peu plus son champ de vision jusqu’à ce que les arbres s’ouvrent et disparaissent enfin derrière la femme et son poursuivant.

Ils couraient dans la plaine comme si leurs vies en dépendaient, mais Yomi savait bien que c’était autre chose qui était dans la balance, une promesse qu’elle avait faite à quelqu’un qui allait mourir et qui n’allait plus jamais revoir ses filles. Elle le sentait, dans son corps et dans sa chair, faiblir à chaque instant. Il se battait au loin et il s’épuisait, avec peut-être l’espoir diffus de revoir la dernière chose qui lui restait et qu’il avait abandonné une fois de trop.

Les joues rougies par l’effort de Yomi pâlirent brusquement lorsqu’elle sentit l’ensemble de ses forces l’abandonner sans prévenir, l’envoyant s’étaler dans le sable en contrebas sur plusieurs mètres. Elle secoua la tête, abasourdie par la sensation détestable qui grandissait en elle comme une gangrène fulgurante.

Yomi – Byakuei !

Byakuei – Calme-toi. Le Traqueur va porter le coup final. Utilise la mer.

Yomi tendit une main désespérée vers la mer, qu’elle entrevoyait toujours malgré les nombreuses touffes d’herbes qui lui bouchaient la vue. Elle scintillait doucement sous la caresse passive de la lune, et restait muette à ses appels. Derrière elle, Yomi entendit le Traqueur sauter et rabattre son arme contre lui, prête à la lui enfoncer dans le corps.

Yomi – Comme un éclat.

Les dents de Byakuei claquèrent sèchement. Yomi se retourna sur le dos et enfonça une longue lame blanche dans le corps du Traqueur. Elle le tint fermement entre ses jambes et ses bras, et elle sentit l’orochi appuyer avec elle. Non, elle pouvait presque voir ses crocs plantés dans la nuque du Traqueur pour l’immobiliser contre la femme. Yomi ignora la lame des ténèbres qui lui fouillait le flanc et elle sentit son sang couler à l’intérieur d’elle, mais cela la fit sourire également, tandis que le corps de son adversaire s’agitait de soubresauts violents. Elle chuchota, complice de la nuit et de la mer toute proche :

Yomi – Laisse-moi partir… il y a des armes qui devraient reposer là où elles sont, dans les abysses de nos souvenirs. J’ai des enfants à sauver.

Elle repoussa le corps à l’aide d’une impulsion de ses jambes et se remit debout d’un même élan. La lame s’évapora comme si elle n’avait jamais été là et Yomi reprit sa course vers la mer, boitant et chancelant presque, mais vivante et déterminée. Derrière elle, le Traqueur tendit sa main comme pour la saisir, mais ses doigts ne rencontrèrent que de multiples brins d’herbes.

******


Tamonten leva sa lance. Sans rien ajouter, il la plongea en avant. Elle percuta en plein sternum Nagata, qui écarquilla les yeux sous l’impact et porta les mains autour de sa blessure. Mais il n’y avait pas la moindre goutte de sang, comme il le constata avec étonnement. Tamonten tomba lourdement à genoux. Il lâcha sa lance et celle-ci disparut dans une volute lumineuse.

Tamonten – Il s’en sera fallu de bien peu.

Le colosse s’évanouit à son tour, brusquement. Nagata palpa son corps et se pinça le sternum, là où un large trou aurait dû causer sa mort. Mais il n’y avait rien.

Kade était mort.

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Re: Toi l'Immortel

Message  Haya Sasaki le Dim 2 Aoû - 11:15

VIII – Toi, l'Immortel


Lorsque Yomi se fut soustraite de l’influence de son ennemi agonisant, elle s’arrêta soudainement, à bout de souffle et suffoquant. Son bras tremblait doucement et une barre de migraine lui foudroya le cerveau. Elle sentait les larmes rouler sur ses joues librement et retomber dans l’eau, à ses pieds. La femme tomba à genoux et serra les poings, muette à mesure que la sensation terrifiante et glaciale se répandait dans son organisme.

Cette nuit du cinq décembre avait été une tragédie pour le clan et tout le monde l’ignorait. Tout le monde sauf Yomi, qui savait qu’elle avait à nouveau échoué, comme prévu, que Kade était mort et que les assassins de ses filles avaient déguerpis, comme prévu. Elle n’avait pas senti l’attaque. Elle aurait dû la sentir. La terreur de ces filles… rien. Peut-être avaient-elles été tuées rapidement, trop pour qu’elle ne sente quoi que ce soit. Mais…

Byakuei – Elles n’étaient pas éveillées, c’est tout. Tu ne pouvais rien sentir, et même si tu avais su ce qu’elles enduraient… tu n’aurais pas pu faire plus vite.

Yomi se laissa tomber sur l’eau, soudainement plus lasse qu’elle ne voulait bien l’admettre. Sa blessure l’élança un instant puis s’atténua au fil des secondes qui s’écoulaient dans un silence de deuil. Les dents serrées, la femme repassait son plan dans sa tête, essayant de percevoir le point qui s’était grippé et qui avait condamné l’ensemble. Pourquoi n’avaient-elles pas lu sa lettre ? Elle se releva et sentit la présence de Byakuei, au seuil de sa conscience. Il voulait qu’elle aille de l’avant, encore une fois, malgré ce nouvel échec. Il aurait voulu lui dire que sa vie était ainsi faite et qu’il y avait un caractère inéluctable à discerner l’avenir. Car dès qu’on établit quelque chose, il est impossible d’aller à son encontre. Pourtant, Yomi continuait d’espérer.

Elle ne laisserait pas ces filles abandonnées. Ce ne sera qu’une fois qu’elle aura vu les corps morts qu’elle avouerait son échec et ce ne sera pas une raison pour une nouvelle retraite au loin, à l’étranger. Elle avait grandit aux alentours, dans ce climat, cela elle s’en souvenait parfaitement. Au fond d’elle-même, Yomi savait qu’elle trouverait quelque chose en continuant à avancer, une motivation supplémentaire, bien qu’elle en ignorât encore l’apparence et qu’elle n’était pas pressée de la connaître.

Son corps fut absorbé par un miroir clair et haut, et la surface lisse et silencieuse de l’eau continua à refléter la lumière blafarde de la lune, comme si de rien n’était.

*****


Yomi porta une main à sa bouche mais ne détourna pas la tête.

Elle dû faire appel à toute sa maîtrise d’elle-même pour étouffer l’impétueux mouvement de colère qui menaçait de la submerger, alors qu’elle passait le cadre fracassé de la porte et que l’odeur du sang agressait en plein la totalité de ses sens. La tête d’une des jeunes filles avait été séparée de son corps et reposait dans un trou du plancher, son visage pour moitié découvert renvoyait une image qu’on eût dit apaisée malgré les innombrables tâches de sang qui le maculait des joues au front, et les surfaces déformées par les coups. Une autre des enfants, rousse celle-ci, reposait sur le dos, à moitié nue, une balafre se dessinant plus clairement que les autres barrant la totalité de son torse. Il n’y avait aucune trace de la dernière petite fille, aussi Yomi eut-elle un élan d’espoir vain, bien que son cœur lui indiquât qu’il n’y avait plus personne de vivant dans cette maisonnée. Et à l’étage, un troisième petit corps acheva de tuer ses dernières espérances. Yomi souleva le corps et descendit silencieusement les escaliers. Elle déposa la dépouille aux côtés de sa sœur décapitée et s’assit contre le mur taché de sang.

Puis il y eut ce petit battement. Elle redressa vivement la tête, les sens en alerte et prête à bondir. Son cœur souhaitait sauvagement que les meurtriers reviennent sur leurs pas, et qu’elle puisse alors les détruire tous, jusqu’au moindre fragment de leur âme maudite. Si cela ne soulagerait pas sa peine, la mort des filles en serait peut-être adoucie. Mais il n’y avait rien. Alors Yomi se mit à analyser cette sensation, qui mêlait un espoir renaissant et une impression familière. Son regard se posa sur la dernière des filles de Kade, celle qui était couchée sur le dos. Elle s’en approcha doucement et posa ses doigts sur sa jugulaire.

Elle était bien morte. C’était ce qu’indiquait son corps. Mais un sourire fou étira les lèvres de Yomi. C’était extrêmement léger, mais c’était présent. Elle passa son doigt sur la blessure qui traversait son torse et elle perçut une très douce décharge. C’était elle qui avait lu son courrier. L’écriture des Aisu avait éveillé son don qui, d’une façon ou d’une autre, était parvenu à la maintenir en vie jusqu’à présent. Le corps restait bien mort, mais le cerveau et les organes vitaux devaient être gelés à présent, ainsi que les hémorragies principales. Elle ne saignait plus non parce qu’il n’y avait plus de sang en elle, mais parce que ce dernier se retrouvait piégé en elle et canalisé de sorte à ne pas la noyer de l’intérieur.

Yomi poussa un soupir amer, de soulagement mêlé à cette même rage sourde. Une sur trois… quelle pitoyable victoire. Mais elle ne laisserait pas cette enfant se débrouiller, sa promesse tenait toujours. La femme se redressa et se transporta dans le village. Elle ferma les yeux et détecta une source de chakra plus importante, un shinobi sans aucun doute, mais pas quelqu’un de sa famille. Elle tapa à sa porte, malgré l’heure extrêmement tardive, et ne cessa pas jusqu’à ce que la lourde plaque de bois ne s’entrebâille. Un vieil homme la dévisageait, l’œil furibond et les yeux plissés.

Yomi – La maison de Kade Kasen a été attaquée. Ses filles ont été massacrées. Je dois partir à la recherche des meurtriers, je vous laisse prévenir Kiri.

Kajima – A… Attendez !

Yomi s’arrêta sur les marches et se retourna.

Kajima – La petite Murasaki ? Et Haya ? Et Kaoru ? Vous parlez de ces filles ?

Yomi secoua tristement la tête.

Yomi – Je ne connais même pas leurs noms. Mais elles méritent d’être bien traitées à présent. Prévenez Kiri.

Yomi disparut dans un miroir. Elle ne voulait pas en parler davantage. Son esprit tournait, prit de vertiges étonnants. Il lui fallait prendre du repos. Elle ne comptait pas pourchasser les meurtriers de ces filles. Maintenant qu’il y avait une survivante, ce n’était plus à elle de décider de leur sort. Haya le ferait lorsqu’elle sera suffisamment forte pour faire ce choix. Car Yomi le sentait, c’était vers kiri qu’il fallait orienter sa venue. Comme en son temps, elle avait orienté bien malgré elle la venue de Kade. La boucle se répétait, avec une inlassabilité monocorde… Et kiri accueillerait un nouveau joyau brut et sauvage, un nouveau maître des eaux qui, comme chacun d’eux, ferait trembler les murs de l’histoire de ce petit village… Haya deviendrait peut-être une guerrière, peut-être un soldat fidèle, peut-être une traîtresse, mais elle vivrait et c’était là le plus important.

Yomi se fit alors une promesse silencieuse, de celle qu’on fait à la nuit et au vent mais qu’on sait tenir car elles entrent soudainement dans la vie même de celui qui la fait. Elle se fit la promesse de garder toujours un œil sur sa jeune protégée et de la regarder croître en force. Elle ne laisserait pas kiri tuer la seule des filles qu’elle était parvenue à sauver. Et en effet, seuls le vent et la nuit entendirent ce serment solennel et solitaire, ainsi qu’une créature sombre et muette que l’on appelait Byakuei.

*****


Tsuna – A partir du moment où Kade est parti pour Yukan, j’ai perdu tout contact avec lui. A cet instant, j’ignorais tout de ce qu’il était advenu de ton père et j’aurais pu ignorer jusqu’à sa mort sans Yomi. Elle me narra la totalité de l’histoire, telle que je te l’ai restituée. Je… Je suis vraiment désolée de t’apprendre cette nouvelle. Mais ton père aurait aimé que tu connaisses la vérité, et je suis désolée, vraiment, de ne pas être venue te chercher plus tôt mais j’avais peur de cette vérité.

Haya garda le silence, comme elle l’avait fait pendant une année complète. Une année de repli, de craintes et de douleurs, mais aussi de joies sincères, en compagnie d’amis fidèles et épaulée de mentors droits. Ainsi, au moment de l’intégrer à kiri, ils savaient qui était son père, Kade Kasen, un traître aux yeux de tous et un héros pour une poignée de confidents. Haya s’interrogea intérieurement. Est-ce que ce qu’elle avait entendu atténuait son amour pour son père ? Il avait causé la destruction de toute son enfance, de sa mère à ses sœurs, ainsi que de sa maison et de l’ensemble de son mode de vie. Il avait bouleversé son avenir et traumatisé son présent. Il était mort à l’étranger, au nom d’un kiri qui lui cracherait dessus, et il avait oublié de regarder ses filles grandir. Il les avait privé de cet amour si important pour des enfants ou de jeunes adultes, et même plus tard. Mais Haya continuait à aimer férocement son père, car elle savait qu’il les avait toujours aimées passionnément et qu’au moment de mourir, toutes ses pensées étaient tournées vers elles. Et il devait avoir peur, si peur, qu’elles ne meurent également… Il avait payé chèrement son erreur, en voyant ses derniers instants privés de la paix dans laquelle ils auraient dû baigner. Il était mort terrorisé et plein de remords et si elle pouvait lui parler ne serait-ce qu’une seconde, c’est ce qu’elle lui ferait comprendre en lui souriant et en l’embrassant, comme lorsqu’il rentrait de longues journées d’absences, sans reproches ni colère. Parce qu’il était vain de croire qu’elle avait plus souffert que lui.

Haya – Merci beaucoup Tsuna. Merci d’avoir eu la patience et le courage de me raconter cette histoire. C’est important pour moi, de savoir. Mais je ne pourrais jamais avoir du ressentiment pour mon père. Je ne le tiens pas responsable, même s’il l’est sans doute. Je ne déteste pas non plus kiri pour lui avoir assigné cette mission. Et je ne déteste même pas mes assassins ni les siens.

La jeune fille sourit et Tsuna fut étonnée de la maturité de ce simple sourire.

Haya – Maintenant, je vais pouvoir avancer. Et je crois vraiment que certaines choses changeront. Je crois vraiment que cette mission en suspens sera achevée et qu’au final, comme souvent, le sang nettoiera ces vieilles plaies. Les oublier ne suffit pas… et aller de l’avant signifie de quitter en paix son passé. Mon père fait partie du passé et j’ai bien peur qu’il n’ait pas trouvé la paix encore.

Haya se leva et serra dans ses mains celle de Tsuna. La femme ne sut pas quoi dire et resta muette, rendant à la jeune fille son étreinte.

Haya – Il la trouvera bientôt.

[Fin.]

Haya Sasaki
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Re: Toi l'Immortel

Message  Iba Hiyori le Dim 2 Aoû - 16:42

Que dire, les mots me manquent...

"J'ai adoré" fait pâle figure comparé à mes sentiments. Sans avoir peur des mots, ce récit fait office de mythe, de saga, de légende sur ce forum. C'est bien bas que je baisse mon chapeau et je ne peux qu'applaudir un tel talent. J'ose espérer que je ne serais pas le seul à avoir guetter avec impatience chacune des sorties de Toi, l'Immortel et avoir dévorer avec délectation la moindre de ses lignes pour les relire encore plusieurs fois.

Que d'épique ! Des dialogues qui mettent en ébullition ma pauvre imagination tel Jikokuten affirmant :" Yomi est humaine. Je ne le suis pas."

Tu l'auras compris, je suis charmé, mais qui ne l'est pas après cette lecture ?

Puisses-tu nous gratifier encore longtemps de contes aussi merveilleux. De tout cœur, merci Smile

Haya : + 362 XP (bonus chuunin inclus)

Iba Hiyori
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