Toi l'Immortel
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Toi l'Immortel
[Long, long RP en cours, focalisé sur le père d'Haya et les différents éléments qui ont conduit aux événements relatés dans son BG. Je posterais de temps en temps, quand je pourrais. Bonne lecture et merci si vous lisez !]
Il y avait une vieille histoire, du domaine de la légende, une vieille histoire qu’on ne contait plus aux enfants. Elle était périssable, elle s’enfonçait dans l’oubli, et personne ne faisait l’effort de l’en tirer. Certaines choses valent mieux d’être ignorées. Mais hélas, il y a toujours quelqu’un pour poser son doigt sale sur cette page, et demander à ce qu’on la lui raconte. Si personne ne le fait, il y a fort à parier qu’il la lise lui-même.
Kade était un homme puissant d’un peu moins de quarante ans. Il avait fréquenté beaucoup de femmes différentes, amené à voyager énormément à travers le monde. Mais il n’était jamais véritablement tombé amoureux, parce que ce n’était pas l’objet de sa quête. Quand on est dans un couloir bondé, on ne voit que des visages sans noms. Quand on cherche quelqu’un en particulier, on le trouvera au milieu de ces visages. Il n’y avait pas l’amour parmi eux. Kade s’est néanmoins retrouvé à fréquenter une femme pendant plus de quatre mois et, peu à peu, ils se sont aimés. Elle s’appelait Hatsuyo, et elle était la mère de Kaoru, d’Haya et de Murazaki.
Il l’avait toujours su, Kade n’était pas destiné à une vie normale. Il aurait pu travailler aux champs, s’occuper des rizières, ou bien construire des bâtisses, avec son dos de lutteur et ses bras forts. Mais Kade était engagé auprès de Kiri depuis qu’il avait six ans. Il avait grandi dans ce village ninja, qui lui avait appris tout ce qu’il savait. Aujourd’hui, il lui rendait la pareille en le servait du mieux qu’il pouvait, aux quatre coins du monde, partout où on avait besoin de sa force.
Hazi – Tout est prêt désormais.
Kade ne répondit pas. Il observait le vieil homme rachitique, ramené sur lui-même comme un insecte qui aurait peur de la lumière. Il clignait des yeux de manière excessive, comme un tic, quelque chose d’incontrôlable. Il se passa la langue sur ses lèvres sèches, obscène, sans le quitter de son œil mort. Kade n’avait jamais beaucoup aimé Hazi. Il lui confiait des missions, des missions qui n’étaient en rien officielles, des missions dangereuses. Kade savait qu’il n’avait aucun garde-fou quand il était en contact avec ce petit homme, ce petit homme qui lui arrivait péniblement aux épaules quand il se tenait droit. Mais c’était son rôle. Il devait faire les missions dont personne ne voulait, que personne n’osait même formuler. Pour le bien de Kiri.
Kade – Vous ferez attention à mes filles. Vous avez intérêt. J’annulerai tout si elles sont en danger. Je ne plaisante pas.
Hazi sourit – une faille obscure, il lui manquait au moins deux dents.
Hazi – Notre homme est sur place depuis bien, bien longtemps. Il ne les laissera pas tomber. Tu le sais bien, eh ?
Kade n’en savait rien. Il était le seul à pouvoir les protéger. Haya était encore si petite, à peine huit ans. Il savait qu’en acceptant, il perdait sa femme, ses enfants et leur amour. Il le savait, et pourtant, il ne pouvait pas reculer. Il ne l’avait jamais voulu.
Kade – Combien de temps, cette mascarade ?
Hazi – Plusieurs années. Cinq, dix ? Suffisamment. Tu sauras quand passer à l’action. Tu l’as toujours su, eh ?
Hatsuyo avait un peu pleuré. Elle savait ce que cela signifiait. Ou plutôt, non, elle n’en savait rien, mais elle présumait. Kade allait partir. Il était évasif, il ne rentrait pas dans les détails, il abordait à peine la substance et pire, elle sentait qu’il mentait. Tu vas déserter, demanda-t-elle ? Il garda le silence. Un silence fort, pesant, qui bourdonnait à ses oreilles. Ils vont nous tuer, poursuivit-elle. Ils vont nous tuer à cause de toi. Kade avait secoué la tête. Ils ne te toucheront pas, dit-il. Je ne mettrais jamais les filles en danger, jamais. Tu avais promis Kade, tu avais promis de ne jamais prendre cette décision. Elle avait crié. Cela ne dépend plus de moi, Hatsuyo.
Haya les avait entendus ce jour-là, crier dans le salon. Mais elle n’avait pas bougé de son lit, à regarder les poutres de sa chambre.
Le lendemain matin, Kade était venu l’embrasser dans son lit. Il lui avait dit qu’il reviendrait bientôt.
Kade – Tu te souviens ?
Elle se souvenait.
Kade – Papa doit partir loin. Je reviendrais aussi souvent que possible. Pour m’occuper de vous. D’accord ?
D’accord.
Kade – Embrasse-moi. Tu prends soin de ta soeur, hein ? C’est bien Haya, je t’aime fort.
Et elle avait perçu quelque chose, mais elle n’avait pas su quoi.
Kade était assis dans un bureau sombre. Le volet était fermé, et aucun rayon ne filtrait sous le bois. Il n’y avait aucun autre bruit que celui du couteau qui s’épuise sur le métal, inlassablement. La porte s’ouvrit, mais l’homme ne leva pas la tête, absorbé par ce qu’il était en train de faire. Il avait reconnu le pas, léger, hésitant aujourd’hui, doux sur les dalles noires. La jeune femme ne dit rien, elle se plaça seulement face à Kade, les jambes croisées et la tête rejetée en arrière.
Elle attendait qu’il finisse.
Plusieurs fois au cours de sa vie, Kade s’était demandé ce que l’on ressentait au moment de barrer le signe de son village, pour marquer que ce village nous était désormais étranger. Il avait l’impression de brûler une photo de sa famille. De commettre un acte immonde, et réconfortant à la fois, un acte si parfait qu’il faisait peur. C’était la seule chose à faire, enfoncer le couteau et barrer ces vagues.
Kade observa son œuvre. Il leva finalement les yeux sur la jeune femme, des yeux creux et hagards.
Tsuna – Tu pars demain ? … Tu es sûr de ce que tu fais ? Non, bien sûr, tu n’es pas sûr.
Tsuna était la seule personne au courant, avec Hazi. Elle faisait partie de son équipe. Une force d’intervention, la Flamme Jaune, même si aucun des membres ne connaissait l’origine de ce nom. Ce nom fait partie de ces histoires qu’on ne raconte plus, il appartient à un passé oublié, un passé qu’on ne veut plus supporter. La Flamme Jaune existait depuis plus de vingt ans. C’était une force spéciale, unique dans tout le village, connue pour n’intervenir que lors de situations exceptionnelles, lorsqu’il n’y avait plus qu’elle dans laquelle déposée ses espoirs. Composée de trois membres parmi les meilleurs éléments du village, elle faisait trembler le Pays de l’Eau, trembler le monde entier. Mais les événements suivent un cours qui échappe aux acteurs. Il suffit qu’un rouage se grippe, et c’est la totalité de la machine qui s’enraye. Ce rouage se nommait Darucha. C’était un colosse. Largement plus de deux mètres, d’après les rapports et les dires de ceux qui l’ont connu. Un homme juste, froid mais toujours honnête. C’était un médecin d’exception, de ceux qui ne naissent qu’une fois tous les cent ans, un génie de la vie et de la mort, l’âme vibrante de la Flamme. Pour une raison inconnue, son chakra était de couleur jaune lorsqu’il utilisait ses techniques. On suspectait un sceau sur son corps, qui détenait une partie de sa puissance.
I - Vieille Légende d'Encre
Il y avait une vieille histoire, du domaine de la légende, une vieille histoire qu’on ne contait plus aux enfants. Elle était périssable, elle s’enfonçait dans l’oubli, et personne ne faisait l’effort de l’en tirer. Certaines choses valent mieux d’être ignorées. Mais hélas, il y a toujours quelqu’un pour poser son doigt sale sur cette page, et demander à ce qu’on la lui raconte. Si personne ne le fait, il y a fort à parier qu’il la lise lui-même.
Kade était un homme puissant d’un peu moins de quarante ans. Il avait fréquenté beaucoup de femmes différentes, amené à voyager énormément à travers le monde. Mais il n’était jamais véritablement tombé amoureux, parce que ce n’était pas l’objet de sa quête. Quand on est dans un couloir bondé, on ne voit que des visages sans noms. Quand on cherche quelqu’un en particulier, on le trouvera au milieu de ces visages. Il n’y avait pas l’amour parmi eux. Kade s’est néanmoins retrouvé à fréquenter une femme pendant plus de quatre mois et, peu à peu, ils se sont aimés. Elle s’appelait Hatsuyo, et elle était la mère de Kaoru, d’Haya et de Murazaki.
Il l’avait toujours su, Kade n’était pas destiné à une vie normale. Il aurait pu travailler aux champs, s’occuper des rizières, ou bien construire des bâtisses, avec son dos de lutteur et ses bras forts. Mais Kade était engagé auprès de Kiri depuis qu’il avait six ans. Il avait grandi dans ce village ninja, qui lui avait appris tout ce qu’il savait. Aujourd’hui, il lui rendait la pareille en le servait du mieux qu’il pouvait, aux quatre coins du monde, partout où on avait besoin de sa force.
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Hazi – Tout est prêt désormais.
Kade ne répondit pas. Il observait le vieil homme rachitique, ramené sur lui-même comme un insecte qui aurait peur de la lumière. Il clignait des yeux de manière excessive, comme un tic, quelque chose d’incontrôlable. Il se passa la langue sur ses lèvres sèches, obscène, sans le quitter de son œil mort. Kade n’avait jamais beaucoup aimé Hazi. Il lui confiait des missions, des missions qui n’étaient en rien officielles, des missions dangereuses. Kade savait qu’il n’avait aucun garde-fou quand il était en contact avec ce petit homme, ce petit homme qui lui arrivait péniblement aux épaules quand il se tenait droit. Mais c’était son rôle. Il devait faire les missions dont personne ne voulait, que personne n’osait même formuler. Pour le bien de Kiri.
Kade – Vous ferez attention à mes filles. Vous avez intérêt. J’annulerai tout si elles sont en danger. Je ne plaisante pas.
Hazi sourit – une faille obscure, il lui manquait au moins deux dents.
Hazi – Notre homme est sur place depuis bien, bien longtemps. Il ne les laissera pas tomber. Tu le sais bien, eh ?
Kade n’en savait rien. Il était le seul à pouvoir les protéger. Haya était encore si petite, à peine huit ans. Il savait qu’en acceptant, il perdait sa femme, ses enfants et leur amour. Il le savait, et pourtant, il ne pouvait pas reculer. Il ne l’avait jamais voulu.
Kade – Combien de temps, cette mascarade ?
Hazi – Plusieurs années. Cinq, dix ? Suffisamment. Tu sauras quand passer à l’action. Tu l’as toujours su, eh ?
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Hatsuyo avait un peu pleuré. Elle savait ce que cela signifiait. Ou plutôt, non, elle n’en savait rien, mais elle présumait. Kade allait partir. Il était évasif, il ne rentrait pas dans les détails, il abordait à peine la substance et pire, elle sentait qu’il mentait. Tu vas déserter, demanda-t-elle ? Il garda le silence. Un silence fort, pesant, qui bourdonnait à ses oreilles. Ils vont nous tuer, poursuivit-elle. Ils vont nous tuer à cause de toi. Kade avait secoué la tête. Ils ne te toucheront pas, dit-il. Je ne mettrais jamais les filles en danger, jamais. Tu avais promis Kade, tu avais promis de ne jamais prendre cette décision. Elle avait crié. Cela ne dépend plus de moi, Hatsuyo.
Haya les avait entendus ce jour-là, crier dans le salon. Mais elle n’avait pas bougé de son lit, à regarder les poutres de sa chambre.
Le lendemain matin, Kade était venu l’embrasser dans son lit. Il lui avait dit qu’il reviendrait bientôt.
Kade – Tu te souviens ?
Elle se souvenait.
Kade – Papa doit partir loin. Je reviendrais aussi souvent que possible. Pour m’occuper de vous. D’accord ?
D’accord.
Kade – Embrasse-moi. Tu prends soin de ta soeur, hein ? C’est bien Haya, je t’aime fort.
Et elle avait perçu quelque chose, mais elle n’avait pas su quoi.
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Kade était assis dans un bureau sombre. Le volet était fermé, et aucun rayon ne filtrait sous le bois. Il n’y avait aucun autre bruit que celui du couteau qui s’épuise sur le métal, inlassablement. La porte s’ouvrit, mais l’homme ne leva pas la tête, absorbé par ce qu’il était en train de faire. Il avait reconnu le pas, léger, hésitant aujourd’hui, doux sur les dalles noires. La jeune femme ne dit rien, elle se plaça seulement face à Kade, les jambes croisées et la tête rejetée en arrière.
Elle attendait qu’il finisse.
Plusieurs fois au cours de sa vie, Kade s’était demandé ce que l’on ressentait au moment de barrer le signe de son village, pour marquer que ce village nous était désormais étranger. Il avait l’impression de brûler une photo de sa famille. De commettre un acte immonde, et réconfortant à la fois, un acte si parfait qu’il faisait peur. C’était la seule chose à faire, enfoncer le couteau et barrer ces vagues.
Kade observa son œuvre. Il leva finalement les yeux sur la jeune femme, des yeux creux et hagards.
Tsuna – Tu pars demain ? … Tu es sûr de ce que tu fais ? Non, bien sûr, tu n’es pas sûr.
Tsuna était la seule personne au courant, avec Hazi. Elle faisait partie de son équipe. Une force d’intervention, la Flamme Jaune, même si aucun des membres ne connaissait l’origine de ce nom. Ce nom fait partie de ces histoires qu’on ne raconte plus, il appartient à un passé oublié, un passé qu’on ne veut plus supporter. La Flamme Jaune existait depuis plus de vingt ans. C’était une force spéciale, unique dans tout le village, connue pour n’intervenir que lors de situations exceptionnelles, lorsqu’il n’y avait plus qu’elle dans laquelle déposée ses espoirs. Composée de trois membres parmi les meilleurs éléments du village, elle faisait trembler le Pays de l’Eau, trembler le monde entier. Mais les événements suivent un cours qui échappe aux acteurs. Il suffit qu’un rouage se grippe, et c’est la totalité de la machine qui s’enraye. Ce rouage se nommait Darucha. C’était un colosse. Largement plus de deux mètres, d’après les rapports et les dires de ceux qui l’ont connu. Un homme juste, froid mais toujours honnête. C’était un médecin d’exception, de ceux qui ne naissent qu’une fois tous les cent ans, un génie de la vie et de la mort, l’âme vibrante de la Flamme. Pour une raison inconnue, son chakra était de couleur jaune lorsqu’il utilisait ses techniques. On suspectait un sceau sur son corps, qui détenait une partie de sa puissance.
Dernière édition par Haya Sasaki le Sam 24 Oct - 18:30, édité 3 fois

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
Un jour, au beau milieu d’une mission, Darucha vendit à l’ennemi ses deux amis. Ils furent exécutés sous ses yeux, sans qu’il ne réagisse. On n’avait pas pris le temps de leur poser des questions, ou de les torturer. La Flamme Jaune ne parlait pas, elle mourait en silence. Kaede ne quitta pas Darucha du regard, alors qu’on l’agenouillait pour lui ôter la vie. Elle lui demanda pourquoi.
Darucha – Il y a bien longtemps, un shinobi de Kiri a traqué et tué un de mes frères. Je n’ai pas le sens de la famille. Mais j’ai appris plus tard qu’on ne s’était pas contenté de le tuer lui, on avait massacré sa femme, ses enfants, les amis de sa femme, les amis de ses enfants. Tu sais, Kae, tu me connaissais à l’époque. Tu aurais pu me dire ce que tu allais faire. Tu aurais pu me faire partager ce poids. J’aurais pu te dissuader de le faire. De ne pas tuer ces enfants. Je les connaissais pas, peu importe. Mais ce n’est pas quelque chose qui se fait. On ne fait pas ça à un ami, hein, Kae ? Tu ne me respectes pas ? Si tu me respectais, tu m’aurais dit que tu massacrais ma famille – ma famille, Kae, ma famille. Est-ce que je massacre la tienne ? Non, et je ne le ferais pas. Tu me connais mieux que ça, Kae, hein. Baisse ton arme connard, tu ne la touches pas pendant que je lui parle ou je te bute toi et les enculés qui t’entourent, compris ? Kae, tu avais le choix de me mettre au courant. Quoi, oui, tu bafoues une règle. Mais mon respect, Kae, le respect que tu as pour moi, ne vaut-il mieux pas qu’une seule règle ?
Les hommes qui menaçaient Kaede reculèrent, plus pâles qu’ils ne l’auraient voulu. Darucha était célèbre. Sa légende se nourrissait de lui, chacun de ses gestes, même le plus banal, contribuait à l’augmenter. Ce qu’il faisait aujourd’hui l’inscrirait définitivement dans la légende. Il serait l’homme qui avait démantelé la Flamme Jaune, il serait à la fois la Flamme et le Jaune de cette équipe, à jamais, et dans tous les sens des termes. Le traître. Le fort. Celui qui prend les décisions dures.
Jaemon, l’homme à côté de Kaede, avait la bouche close. Il n’était pas aussi étonné que sa compagne. Juste déçu que cela se termine ainsi. Il avait rêvé d’une fin héroïque, sur un champ de bataille. Il avait rêvé de bataillons entiers venus s’écraser contre eux. Il avait rêvé de défendre Kaede d’une blessure mortelle, et d’avoir protégé Darucha d’un coup vicieux. Mais aujourd’hui, le coup mortel était au-dessus de sa tête, et ni Kaede ni lui ne seraient épargnés.
Darucha - Tu vois comme je te respecte, Kaede ? Encore aujourd’hui. Je préfère briser une règle, plutôt que de laisser l’hypocrisie s’installer entre nous. Tu ne voulais pas de cette vie, Kae, non ? Si tu me dis que cela ne fait rien de m’avoir menti, que tu n’as aucun respect pour moi, que tu n’en as jamais eu, alors je te laisserai partir. Librement. Je suis sincère, Kae, tu le sais bien. Si tu ne me respectes pas, à quoi cela rime-t-il ? Parle.
Kaede ne parla pas. Elle se souvenait de tout, bien sûr. Lorsqu’on lui avait confié cette mission, elle n’avait que seize ans. Elle était Oi-Nin pour Kiri, nouvelle Chuunin, prometteuse mais encore imparfaite. Comme une arme qui a besoin d’être aiguisée. Kiri l’avait envoyé s’aiguiser contre un criminel, un homme qui avait violé, tué, et trompé son monde. Elle se souvenait de son regard effaré, quand elle lui avait planté sa lame dans le ventre. Il avait laissé un souffle s’échapper, un souffle de désespoir pur, et Kaede avait pensé devenir folle un instant. Elle avait paniqué. L’homme était mort à ses pieds et elle avait pleuré, elle avait crié, elle avait supplié un quelconque dieu assez concerné pour la protéger d’elle-même. Elle disait, j’ai tué, j’ai tué, est-ce que je vaux mieux que lui ? Puis ses doutes s’étaient évanouis, sans qu’elle ne sache comment. Ils s’étaient évanouis parce que c’était ridicule. Cet homme était mort, et sa mission n’était pas finie. Alors elle se remit en route. C’était étonnant mais, encore aujourd’hui, la kunoichi revoyait le visage de chacun des membres de cette famille. Le fils, les deux filles, la femme, puis tous les amis. Elle avait les noms et les photos. Elle se souvenait. Elle rayait les noms avec un stylo bleu. Il n’y avait presque plus d’encre, elle se souvenait. Quand elle avait vu Darucha, elle s’était arrêtée net. Ce sera votre nouvel équipier, Darucha Gankarra. Un homme d’une force étonnante, vous serez surprise. Haha, vous semblez déjà sous le choc, allons, n’ayez pas peur de me serrer la main, je ne vais pas vous mordre. A cet instant, elle ferma les yeux.
Kaede – Je te respecte, Darucha.
Darucha hocha la tête. Deux fois.
Darucha - Je sais. Tu aurais menti sinon. Mais comme tu as déjà menti une fois, je ne t’en aurais pas tenu rigueur. Je ne suis pas un monstre, tu sais. Je suis un homme juste.
Ses yeux bleus se posèrent sur Jaemon. Les deux hommes se jaugèrent. Darucha avait toujours été meilleur, à l’entraînement, toujours il le mettait à terre en riant, sans efforts. Jaemon admirait cet homme, cette force de la nature, il admirait cette violence tranquille et paisible qui émanait de lui.
Darucha - Et toi, Jaemon. Tu n’as rien à voir à cette affaire. Tu peux partir si tu le souhaites. Regarde-moi. Regarde Kaede. C’est entre elle et moi. J’ai été obligé par ces imbéciles de t’amener avec nous, mais je peux les tuer, tu sais. Je ne fais pas ça pour l’argent. Regarde.
Il sortit les deux primes conséquentes qu’il avait reçues pour ce contrat. Il les lança dans les airs, où elles se dispersèrent joyeusement. Les hommes qui les entouraient commençaient à être inquiets. Commercer avec Darucha était de la folie. Il pouvait les tuer. Quand il voulait. Il ne le faisait pas encore. Mais la panique commençait à naître.
Darucha - Si tu veux la vie sauve, dis le. Dans la vie, il suffit de parler. Moi je m’en fiche que tu partes. Je ne t’en tiendrais pas rigueur. J’aurais toujours autant de respect pour toi. Je te respecte beaucoup tu sais, Jaemon. Si tu veux vivre, lève-toi et rejoins moi. Mais tu sais pourquoi je t’ai laissé venir ? J’aurais pu te dire de rester chez toi, si j’avais voulu. Mais tu sais pourquoi je ne l’ai pas fait ?
Jaemon secoua la tête doucement.
Jaemon – Non, je l’ignore.
Darucha - Parce que tu aimes Kaede. Tu ne veux pas la voir mourir, je pense, hein ? Ils peuvent te tuer en premier. Tu partirais l’âme en paix. Tu sais. Je porterais seul la charge de la mort de Kaede. C’est douloureux pour moi aussi. Mais je ne peux pas fermer les yeux sur certaines choses. Ce serait irrespectueux et injuste pour nous tous. On est amis, après tout. Tu comprends ?
Jaemon – Oui. Oui, je comprends.
Il avait la gorge sèche. Des pensées contradictoires envahissaient son esprit. Il était jeune. Il avait dix-sept ans. C’était pour Kaede qu’il avait fait tout son possible pour intégrer la Flamme Jaune. Tout son possible. Kaede avait vingt-cinq ans, elle était belle et forte, elle l’excitait. Il rêvait d’elle, même, la nuit. Il voulait la posséder, pour lui tout seul. Et Kaede le lui avait promis : quand tu pourras me battre, je me donnerais à toi sincèrement. Alors il la défiait tous les mercredis. Depuis six mois.
Il la regarda. Elle soufflait doucement. Ses yeux étaient de nouveau braqués sur Darucha. Elle ne disait rien, ses joues rougies par le froid semblaient témoigner de sa frayeur. Il voulait la protéger. C’était enfin le moment. Enfin le moment de la battre.
Jaemon – Mais je... Je ne veux pas mourir.
Darucha ne bougea pas, ne dit rien, dans un premier temps. Kaede ferma les yeux, mais aucune larme ne coula sur sa joue. Puis le colosse acquiesça profondément, et releva son jeune équipier. D’un mouvement sec, il brisa ses chaînes, et lui donna une tape amicale dans le dos.
Darucha - Tu ne mourras pas. C’est bon, Jaemon, là, tout va bien. Tu as fais le bon choix. Là… Ne pleure pas. Cela ne sert à rien. Tu devrais partir avant, hein, tu sais, ne te sens pas coupable. Tu as fais ce que tu as pu, tu n’es pas responsable. Là, tout va bien.
Jaemon pleurait. Ses épaules étaient secouées de sanglots, sans qu’il ne puisse les contrôler. Un homme parmi les gens qui les entouraient s’avança.
Homme – Ce n’était pas ce qui était prévu. Vous…
Darucha – ASSEZ !
Son rugissement figea sur place tout le monde. Jaemon arrêta de pleurer aussitôt, et recula de deux pas. Darucha avait refermé son poing sur l’homme qui l’avait interrompu.
Darucha – ASSEZ !, répéta-t-il. Ne t’avise pas de me traiter de menteur fils de pute, ne t’avise jamais de l’insinuer ou je te brise l’échine. Tu m’entends ? Jamais. Tu prendras ce que je te donne, et RIEN DE PLUS. Tu m’entends ? Des chiens comme toi ne méritent pas de tuer Kaede. Elle vaut mieux que cent d’entre vous. Tu as compris ? Tu m’as bien compris ?
Darucha le repoussa violemment à terre. L’homme se massa le cou, douloureux, et recula de plusieurs mètres supplémentaires.
Darucha – Pars Jaemon. Ne te retourne pas. Retourne à Kiri, ou fuis le village. Mais sache que je ne te jugerai jamais pour ce que tu fais aujourd’hui.
Jaemon dévisageait Kaede. Elle le regardait aussi. Ils ne savaient pas bien. Peut-être qu’elle espérait qu’il la libère. Peut-être qu’il espérait qu’elle le lui demande. Peut-être qu’ils ne parvenaient pas à communiquer.
Il s’enfuit. Personne ne bougea. Kaede le regarda disparaître avec ses derniers espoirs, et reporta son attention sur Darucha.
Darucha – Adieu Kae. Je suis désolé que tu aies fais des choix regrettables.
Kaede sourit tristement.
Kaede – Pas autant que moi.
C’était une histoire qu’on ne racontait plus, qui était tombée dans un oubli douillet. Mais lorsque Kade déserta, tout le monde se raconta à nouveau cette histoire. Le jaune de la Flamme avait à nouveau brûlé, le jaune de la trahison s’était enfui par les routes commerciales, et la flamme s’était éteinte.
Darucha – Il y a bien longtemps, un shinobi de Kiri a traqué et tué un de mes frères. Je n’ai pas le sens de la famille. Mais j’ai appris plus tard qu’on ne s’était pas contenté de le tuer lui, on avait massacré sa femme, ses enfants, les amis de sa femme, les amis de ses enfants. Tu sais, Kae, tu me connaissais à l’époque. Tu aurais pu me dire ce que tu allais faire. Tu aurais pu me faire partager ce poids. J’aurais pu te dissuader de le faire. De ne pas tuer ces enfants. Je les connaissais pas, peu importe. Mais ce n’est pas quelque chose qui se fait. On ne fait pas ça à un ami, hein, Kae ? Tu ne me respectes pas ? Si tu me respectais, tu m’aurais dit que tu massacrais ma famille – ma famille, Kae, ma famille. Est-ce que je massacre la tienne ? Non, et je ne le ferais pas. Tu me connais mieux que ça, Kae, hein. Baisse ton arme connard, tu ne la touches pas pendant que je lui parle ou je te bute toi et les enculés qui t’entourent, compris ? Kae, tu avais le choix de me mettre au courant. Quoi, oui, tu bafoues une règle. Mais mon respect, Kae, le respect que tu as pour moi, ne vaut-il mieux pas qu’une seule règle ?
Les hommes qui menaçaient Kaede reculèrent, plus pâles qu’ils ne l’auraient voulu. Darucha était célèbre. Sa légende se nourrissait de lui, chacun de ses gestes, même le plus banal, contribuait à l’augmenter. Ce qu’il faisait aujourd’hui l’inscrirait définitivement dans la légende. Il serait l’homme qui avait démantelé la Flamme Jaune, il serait à la fois la Flamme et le Jaune de cette équipe, à jamais, et dans tous les sens des termes. Le traître. Le fort. Celui qui prend les décisions dures.
Jaemon, l’homme à côté de Kaede, avait la bouche close. Il n’était pas aussi étonné que sa compagne. Juste déçu que cela se termine ainsi. Il avait rêvé d’une fin héroïque, sur un champ de bataille. Il avait rêvé de bataillons entiers venus s’écraser contre eux. Il avait rêvé de défendre Kaede d’une blessure mortelle, et d’avoir protégé Darucha d’un coup vicieux. Mais aujourd’hui, le coup mortel était au-dessus de sa tête, et ni Kaede ni lui ne seraient épargnés.
Darucha - Tu vois comme je te respecte, Kaede ? Encore aujourd’hui. Je préfère briser une règle, plutôt que de laisser l’hypocrisie s’installer entre nous. Tu ne voulais pas de cette vie, Kae, non ? Si tu me dis que cela ne fait rien de m’avoir menti, que tu n’as aucun respect pour moi, que tu n’en as jamais eu, alors je te laisserai partir. Librement. Je suis sincère, Kae, tu le sais bien. Si tu ne me respectes pas, à quoi cela rime-t-il ? Parle.
Kaede ne parla pas. Elle se souvenait de tout, bien sûr. Lorsqu’on lui avait confié cette mission, elle n’avait que seize ans. Elle était Oi-Nin pour Kiri, nouvelle Chuunin, prometteuse mais encore imparfaite. Comme une arme qui a besoin d’être aiguisée. Kiri l’avait envoyé s’aiguiser contre un criminel, un homme qui avait violé, tué, et trompé son monde. Elle se souvenait de son regard effaré, quand elle lui avait planté sa lame dans le ventre. Il avait laissé un souffle s’échapper, un souffle de désespoir pur, et Kaede avait pensé devenir folle un instant. Elle avait paniqué. L’homme était mort à ses pieds et elle avait pleuré, elle avait crié, elle avait supplié un quelconque dieu assez concerné pour la protéger d’elle-même. Elle disait, j’ai tué, j’ai tué, est-ce que je vaux mieux que lui ? Puis ses doutes s’étaient évanouis, sans qu’elle ne sache comment. Ils s’étaient évanouis parce que c’était ridicule. Cet homme était mort, et sa mission n’était pas finie. Alors elle se remit en route. C’était étonnant mais, encore aujourd’hui, la kunoichi revoyait le visage de chacun des membres de cette famille. Le fils, les deux filles, la femme, puis tous les amis. Elle avait les noms et les photos. Elle se souvenait. Elle rayait les noms avec un stylo bleu. Il n’y avait presque plus d’encre, elle se souvenait. Quand elle avait vu Darucha, elle s’était arrêtée net. Ce sera votre nouvel équipier, Darucha Gankarra. Un homme d’une force étonnante, vous serez surprise. Haha, vous semblez déjà sous le choc, allons, n’ayez pas peur de me serrer la main, je ne vais pas vous mordre. A cet instant, elle ferma les yeux.
Kaede – Je te respecte, Darucha.
Darucha hocha la tête. Deux fois.
Darucha - Je sais. Tu aurais menti sinon. Mais comme tu as déjà menti une fois, je ne t’en aurais pas tenu rigueur. Je ne suis pas un monstre, tu sais. Je suis un homme juste.
Ses yeux bleus se posèrent sur Jaemon. Les deux hommes se jaugèrent. Darucha avait toujours été meilleur, à l’entraînement, toujours il le mettait à terre en riant, sans efforts. Jaemon admirait cet homme, cette force de la nature, il admirait cette violence tranquille et paisible qui émanait de lui.
Darucha - Et toi, Jaemon. Tu n’as rien à voir à cette affaire. Tu peux partir si tu le souhaites. Regarde-moi. Regarde Kaede. C’est entre elle et moi. J’ai été obligé par ces imbéciles de t’amener avec nous, mais je peux les tuer, tu sais. Je ne fais pas ça pour l’argent. Regarde.
Il sortit les deux primes conséquentes qu’il avait reçues pour ce contrat. Il les lança dans les airs, où elles se dispersèrent joyeusement. Les hommes qui les entouraient commençaient à être inquiets. Commercer avec Darucha était de la folie. Il pouvait les tuer. Quand il voulait. Il ne le faisait pas encore. Mais la panique commençait à naître.
Darucha - Si tu veux la vie sauve, dis le. Dans la vie, il suffit de parler. Moi je m’en fiche que tu partes. Je ne t’en tiendrais pas rigueur. J’aurais toujours autant de respect pour toi. Je te respecte beaucoup tu sais, Jaemon. Si tu veux vivre, lève-toi et rejoins moi. Mais tu sais pourquoi je t’ai laissé venir ? J’aurais pu te dire de rester chez toi, si j’avais voulu. Mais tu sais pourquoi je ne l’ai pas fait ?
Jaemon secoua la tête doucement.
Jaemon – Non, je l’ignore.
Darucha - Parce que tu aimes Kaede. Tu ne veux pas la voir mourir, je pense, hein ? Ils peuvent te tuer en premier. Tu partirais l’âme en paix. Tu sais. Je porterais seul la charge de la mort de Kaede. C’est douloureux pour moi aussi. Mais je ne peux pas fermer les yeux sur certaines choses. Ce serait irrespectueux et injuste pour nous tous. On est amis, après tout. Tu comprends ?
Jaemon – Oui. Oui, je comprends.
Il avait la gorge sèche. Des pensées contradictoires envahissaient son esprit. Il était jeune. Il avait dix-sept ans. C’était pour Kaede qu’il avait fait tout son possible pour intégrer la Flamme Jaune. Tout son possible. Kaede avait vingt-cinq ans, elle était belle et forte, elle l’excitait. Il rêvait d’elle, même, la nuit. Il voulait la posséder, pour lui tout seul. Et Kaede le lui avait promis : quand tu pourras me battre, je me donnerais à toi sincèrement. Alors il la défiait tous les mercredis. Depuis six mois.
Il la regarda. Elle soufflait doucement. Ses yeux étaient de nouveau braqués sur Darucha. Elle ne disait rien, ses joues rougies par le froid semblaient témoigner de sa frayeur. Il voulait la protéger. C’était enfin le moment. Enfin le moment de la battre.
Jaemon – Mais je... Je ne veux pas mourir.
Darucha ne bougea pas, ne dit rien, dans un premier temps. Kaede ferma les yeux, mais aucune larme ne coula sur sa joue. Puis le colosse acquiesça profondément, et releva son jeune équipier. D’un mouvement sec, il brisa ses chaînes, et lui donna une tape amicale dans le dos.
Darucha - Tu ne mourras pas. C’est bon, Jaemon, là, tout va bien. Tu as fais le bon choix. Là… Ne pleure pas. Cela ne sert à rien. Tu devrais partir avant, hein, tu sais, ne te sens pas coupable. Tu as fais ce que tu as pu, tu n’es pas responsable. Là, tout va bien.
Jaemon pleurait. Ses épaules étaient secouées de sanglots, sans qu’il ne puisse les contrôler. Un homme parmi les gens qui les entouraient s’avança.
Homme – Ce n’était pas ce qui était prévu. Vous…
Darucha – ASSEZ !
Son rugissement figea sur place tout le monde. Jaemon arrêta de pleurer aussitôt, et recula de deux pas. Darucha avait refermé son poing sur l’homme qui l’avait interrompu.
Darucha – ASSEZ !, répéta-t-il. Ne t’avise pas de me traiter de menteur fils de pute, ne t’avise jamais de l’insinuer ou je te brise l’échine. Tu m’entends ? Jamais. Tu prendras ce que je te donne, et RIEN DE PLUS. Tu m’entends ? Des chiens comme toi ne méritent pas de tuer Kaede. Elle vaut mieux que cent d’entre vous. Tu as compris ? Tu m’as bien compris ?
Darucha le repoussa violemment à terre. L’homme se massa le cou, douloureux, et recula de plusieurs mètres supplémentaires.
Darucha – Pars Jaemon. Ne te retourne pas. Retourne à Kiri, ou fuis le village. Mais sache que je ne te jugerai jamais pour ce que tu fais aujourd’hui.
Jaemon dévisageait Kaede. Elle le regardait aussi. Ils ne savaient pas bien. Peut-être qu’elle espérait qu’il la libère. Peut-être qu’il espérait qu’elle le lui demande. Peut-être qu’ils ne parvenaient pas à communiquer.
Il s’enfuit. Personne ne bougea. Kaede le regarda disparaître avec ses derniers espoirs, et reporta son attention sur Darucha.
Darucha – Adieu Kae. Je suis désolé que tu aies fais des choix regrettables.
Kaede sourit tristement.
Kaede – Pas autant que moi.
C’était une histoire qu’on ne racontait plus, qui était tombée dans un oubli douillet. Mais lorsque Kade déserta, tout le monde se raconta à nouveau cette histoire. Le jaune de la Flamme avait à nouveau brûlé, le jaune de la trahison s’était enfui par les routes commerciales, et la flamme s’était éteinte.

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
II – La Valse du Vieil Homme
Kade a tué pour la première fois à douze ans.
Il est né dans le village où, plus tard, il amena Hatsuyo et sa première fille, Kaoru. Il avait déjà pris les devants, en achetant une petite maison à l’extérieur, pour se ménager un coin calme. La forêt toute proche charriait de vives odeurs de pinèdes et de sève et, le matin ou les soirs d’automne, la brume qui se levait donnait une impression féérique, jamais sinistre. Kade n’était pas extrêmement loin de Kiri. Il pouvait rejoindre son village en moins de deux heures, sans trop se presser.
A cette époque, Hatsuyo était heureuse. Elle avait les yeux pétillants, le sourire facile, et ils faisaient avec plaisir l’amour, la nuit. Kaoru n’eut pas le temps de grandir qu’une nouvelle petite fille naquit. Ils l’appelèrent Haya.
Mais à ce moment là, le destin de Kade était déjà scellé.
Kade n’était pas strictement né à Kiri. Sa mère était arrivée aux portes du village, sa robe déchirée dévoilait ses mollets sanglants. Elle était blessait, d’après les rapports qui furent rédigés, à la tête, aux jambes (par des ronces, ou de très fines lames, ils n’en surent rien) et au ventre. Mais ce qui frappa les gardes, ce furent ses yeux. Ils étaient fous. Vieux d’un autre temps, ils transperçaient sans voir, sans s’arrêter. Ils survolaient à peine, ils cherchaient quelque chose, n’importe quoi. Pour s’accrocher. Elle tomba à genoux. Un enfant, pas plus deux mois, tétait tranquillement à son sein. Les gardes s’approchèrent. Kiri n’avait jamais été une terre d’asile. On tuait les faibles, ici, à ses portes. Mais il y avait une émotion indéfinissable dans les airs, autour de cette femme, comme une aura puissante qui interdisait la fuite ou la facilité. Ils la conduirent à l’hôpital. Les médecins étaient perplexes ; cette femme aurait dû mourir des jours plus tôt. Elle avait perdu énormément de sang, mais sans que rien ne puisse l’expliquer, elle ne s’était pas totalement vidée. Cela faisait pourtant presque une semaine, d’après l’état de la plante de ses pieds, qu’elle marchait sans s’arrêter, à la recherche d’un village. Le hasard du chemin avait voulu qu’elle trouve celui de Kiri, même si elle ne savait pas ce que c’était, comme village.
Elle mourut sans qu’ils ne puissent la sauver, et le sort de l’enfant fut confié à une jeune femme qui rêvait d’être mère, une bonne kunoichi, une bonne kunoichi stérile. Quelqu’un dit qu’ils n’avaient pas le droit d’abandonner l’enfant après un tel sacrifice de la mère. On trouva la phrase ridicule, et faible, pourtant, on accepta. Parce que c’était ce que tout le monde pensait.
La mère adoptive ne garda pas le secret très longtemps. L’enfant avait cinq ans, et elle s’assura qu’il comprenne bien que sa vraie mère, celle qui lui avait donné la vie, était morte pour le sauver cinq ans plus tôt. Et qu’elle l’avait recueilli, nourri, et aimé comme son fils. L’enfant sourit, et hocha la tête. Sa mère savait qu’il avait compris. Un an plus tard, il demanda à intégrer l’Académie, pour suivre les pas de sa mère. Indescriptiblement, celle-ci savait qu’il ferait un bon ninja. Il possédait des qualités évidentes. Une analyse rapide, malgré son âge, et cette maturité troublante, comme s’il n’avait rien oublié des malheurs de sa mère, comme s’il avait engrangé tout son savoir au moment où elle mourait.
Kade intégra l’académie en tant qu’étudiant. Il s’entraînait dur, avec la femme qu’il appelait maman et avec ses amis. Il était admiré, même s’il n’était pas le meilleur. On disait de lui qu’il ferait un bon chef, plus tard, qu’il avait toujours un temps de réflexion d’avance sur ses interlocuteurs. Le coup de trop. Comme au jeu de go. Il n’y jouait pas, autrement, il n’avait jamais compris la règle. Son corps gagna en force, et il manifestait une affinité particulière face à l’eau.
A dix ans, sa vie se transforma. On tapa à sa porte, et on lui annonça que sa mère était morte en mission. On ne lui donna pas de détails, et on le laissa là. Kade demeura où il était, les yeux dans le vague. Il se disait que cela faisait la deuxième maman qu’il perdait. Des sentiments nouveaux s’élevaient en lui. La confusion. Le doute et le trouble, aussi. La solitude. Il n’avait jamais ressenti cela. Kade n’était pas en colère. Il voulait savoir, en savoir un peu plus. Quand il se présenta à la morgue, on lui accorda le droit de regarder sa mère. Elle avait la gorge tranchée et, même si on avait nettoyé la plaie, cela lui donna un haut-le-cœur. Il l’embrassa sur le front et lui dit adieu. Il murmura qu’il serait digne de Kiri. Que Kiri reconnaîtra en lui son avenir, et que ce sera à travers lui que la puissance du village se réfléchirait. L’enfant ne savait pas ce qu’il disait, mais il le pensait sincèrement.
Ses aptitudes se révélèrent à lui. Il transformait l’eau en un élément destructeur et, des capacités qui auraient dû lui être interdites au vu de son jeune âge et de sa relative inexpérience, lui appartenaient. Son professeur l’observait avec intérêt. Il relevait ses forces dans son carnet rouge, Kade s’en souvenait de ce carnet. Un objet de fantasme. Que pouvait-il écrire ? Des rapports ? Des dessins ? Des plans, peut-être ?
A douze ans, il était genin, et participait à des missions faciles. Ils combattaient, gagnaient, et retournaient au village. Un jour, c’était pendant l’été, ils tombèrent sur un nukenin de Kumo. Ils se battirent contre lui, leur professeur le connaissait. Il s’appelait Nigentou. Et il était fort. Leur professeur se retrouva mis à l’écart, piégé par une technique inconnue. Ses équipiers avaient peur, ils paniquaient, mais Kade les rappela à l’ordre. Ils obéirent. Le second garçon tomba, l’épaule brisée.
Et ce fut à ce moment là, au moment où il fit l’épaule se démettre et un peu de sang projeté dans l’air frais du matin, qu’il la ressentit au fond de lui. La volonté de tuer. L’eau qu’il manipulait se regroupait autour de lui, comme une entité vivante, un quatrième adversaire, plus terrible encore. Un titan qui ramperait au sol, incapable de se dresser sans une montagne sur laquelle s’appuyer. Cette montagne s’appelait Kade. Nigentou fut emprisonné par les flots, et son corps désarticulé rebondit mollement à terre après qu’il eut rendu son dernier soupir.
Le professeur de Kade comprit aussitôt. Ce sujet, il l’avait traité à l’académie, quand il n’était encore qu’un chuunin. Une ancienne tribu nomade, antérieure à la levée de la palissade de Kiri. Une tribu qui avait la capacité de se faire commander des eaux. Ce n’était pas une simple manipulation, contrairement à l’art des ninjas d’aujourd’hui. L’eau n’était pas un élément mort, immobile, c’était un matériau vivant entre leurs mains ; un titan qui rampe. L’histoire s’éclaircit partiellement, même si rien ne le prouverait jamais. La mère de Kade avait été menacée de mort, battue, sans doute, à cause de ses pouvoirs. Qu’est-ce qui avait pu la trahir ? La naissance de son enfant, peut-être, tout simplement. Un instant de douleur intense, bref, et elle avait perdu un peu de son contrôle. L’envie de réutiliser son pouvoir la dévorait depuis tant d’années, tant d’années… Ce n’était pas comme si elle détestait ses pouvoirs. Ce n’était pas comme si ces années sans lui n’avaient pas été un déchirement de tous les instants, une torture longue, un oxygène empoisonné. Alors cela avait explosé. Et l’eau, reconnaissante, l’avait maintenue en vie. Avait bouché les plaies béantes qui auraient dû la tuer.
Et son fils avait hérité de ce trait. Pour poursuivre un peu la malédiction, ou prendre sa revanche sur elle. Ou bien par inconscience.
Kade ne fut pas bouleversé d’avoir tué. Cela faisait partie de sa formation. On fut satisfait de sa prestation, et réellement heureux des nouvelles apportées par son professeur. Avoir une telle opportunité, pour le village, était de l’or. Le mizukage de l’époque, Shinobu, pris sous son aile le jeune Kade. Il l’entraînait dans la cour de sa tour, avec patience, presque tous les jours. C’était un maître rude, mais avec son aide, Kade devint bien meilleur. Il nourrissait un rapport étrange avec Shinobu. Ce n’était pas un lien parental, même s’ils partageaient le même don. Mais plutôt une rivalité féroce, une envie de le dépasser, de montrer à sa mère (à ses mères) qu’elles avaient eu raison de lui faire confiance. De lui donner la vie.
Il passa chuunin à quatorze ans, après un tournoi particulièrement brillant. Un an plus tard, il rencontra Hazi. Dès le premier jour où il l’aperçut, Kade sut qu’il ne l’aimait pas. Un vieil homme, déjà courbé, déjà vicieux. C’était comme si une couche de poussière s’était assoupie sur lui. Oublié du temps, Hazi évoluait, intriguait, créait un monde qui lui était propre. Un monde où il était le maître, et un monde où il autorisa Kade à pénétrer.
Hazi – Le petit protégé de Shinobu-sama, je vois. Tu es plus grand que je ne le pensais.
C’était lui qui était petit, mais Kade ne dit rien.
Hazi – Le mizukage t’apprécie. Un brillant avenir t’attend.
Kade ne faisait pas mine de vouloir renchérir. Hazi poursuivait, de sa voix étrange, mielleuse et rouillée, comme un mécanisme antique et démodé qu’on essaierait de faire marcher à nouveau, juste pour voir. Et on entendait un son nostalgique, un son vieux et désagréable, qu’on aurait finalement préféré taire.
Hazi – J’ai suivi ton dossier avec intérêt, dans l’ombre. C’est comme ça qu’on fait le mieux, non ?
Son rire résonna dans la cour de la tour du mizukage. Il s’agissait davantage de hoquets successifs plutôt que d’un rire franc.
Hazi – Je m’appelle Hazi, et j’ai une mission pour toi.
Sa voix avait changé. Kade se tourna vers lui, les cheveux balayés par le vent matinal de Kiri. Ils se dévisagèrent, se défiaient en silence, dans le regard. Kade lui indiqua de poursuivre, mais le vieil homme secoua la tête.
Hazi – Rejoins-moi ce soir, devant le forgeron.
Le regard de Kade se perdit au-dessus de l’épaule du vieil homme.
Kade – Mizukage-sama.

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
Hazi était là.
Il discutait avec Obari, le forgeron, penché à sa fenêtre. Kade le salua d’un hochement de tête. Hazi continuait à discuter comme si de rien n’était, comme s’il ne connaissait pas le jeune homme, alors Kade comprit et fit semblant d’avoir quelque chose à faire. Hazi le rejoignit quelques minutes plus tard, et ils marchèrent ensemble dans les ruelles. Le vieil homme marchait doucement, bien que sans canne, comme s’il réfléchissait à chacun de ses pas. Ils marchaient en silence, et on aurait dit un jeune adolescent qui se promenait avec son grand-père. Ils ne croisaient personne, les sentinelles de faction étaient plus loin et, Kade le remarqua, Hazi les évitait avec soin.
Hazi – Tu es trop jeune pour le savoir, mais Kiri fait face à des choix difficiles chaque jours.
Kade – J’imagine oui.
Hazi eut encore son petit rire.
Hazi – Oh, je crains que non... Je vais t’expliquer. Le Pays de l’Eau est, de part sa géographie, un pays divisé. Il existe dix îles regroupées sous cette appellation. La communication étant ce qu’elle est, nous avons dû nous adapter. Ainsi, nous avons un daimyo qui réside sur l’île principale, celle-ci, est neuf autres qui résident sur les îles plus petites. Ainsi, nous pouvons déléguer le travail, et maximiser notre unité. Par la division. C’est un principe de base.
Il parlait doucement, mais sans chuchoter. Kade le suivait, la bouche close, et sans voir le rapport avec la raison qui l’avait amené ici. D’ailleurs, il n’arrivait pas à s’expliquer sa présence. La curiosité, sans doute.
Hazi – Mais chaque système a sa faille. Les daimyos ne peuvent pas être toujours d’accord avec la politique du daimyo principal. Et c’est normal : ils ont la même puissance, politiquement, du moins. Mais le daimyo principal a un atout : nous, Kiri, la force du Pays de l’Eau. Qui contrôle la puissance militaire d’un pays contrôle le pays. Mais là aussi, cette situation a des failles : on ne peut pas agir contre les autres daimyos ouvertement, cela relèverait de la guerre civile et même, du crime d’état.
Une torche illumina le visage d’Hazi, déformé par un sourire sinistre. Cette image s’incrusta dans l’esprit de Kade mais, sur le moment, il l’écarta.
Hazi – Viens on va s’asseoir. Pour discuter, simplement. Entre hommes.
Ils s’assirent sur un banc, adossé à une demeure vide. Cela se sentait, à cause des murs glaciaux, et sales. Mais Hazi balançait ses petites jambes gaiement, les mains posés sur son pardessus.
Hazi – Sur l’île directement au sud de la nôtre, au sud-ouest, la deuxième plus petite île, règne un étrange maître. C’est une personnalité sadique, oh, oui, et qui nous déteste. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises, lors d’événements officiels, ou non. Il a un visage long, et blafard, il est sinistre et mauvais comme la mort. Il y a six mois, il a organisé un tournoi inouï. Entre combattants. Il y avait une prime de plusieurs millions de ryos pour le gagnant. C’était des combats à mort, avec des armes réelles, ce qui est interdit par le daimyo principal. Qui ne porte pas le bandeau des ninjas n’est pas habilité à donner la mort. Les championnats doivent être amicaux. C’est ainsi. Civilisé.
Le vieil homme haussa les épaules.
Hazi – Mais Nagata est pervers. Il fait cela pour satisfaire ses appétits sanglants. Il aime la mort, comme un homme aime sa femme. Son concours a remporté un succès extraordinaire. On venait de partout dans le monde pour le voir. Et Nagata faisait passer le message suivant : vous savez que je suis riche, vous savez que j’ai une armée cachée à mes pieds, vous savez que si vous bougez, je mènerai une guerre si terrible, si sanglante, que le Pays de l’Eau ne sera plus qu’un sinistre souvenir. On a compris le message, et on n’a pas bougé. Dans un an, un nouveau concours est organisé. Il y en aura chaque année.
Pour la première fois depuis le début de la soirée, Hazi regarda son interlocuteur.
Hazi – Ce que je te dis aujourd’hui, très peu sont au courant. Ce que je vais te dire à présent, personne ne le sait, hormis moi, et toi. Pas même le mizukage, pas même ton maître.
L’intérêt de Kade était définitivement capté.
Hazi – Nagata est paranoïaque, et très bien informé. Il a des contacts performants, même à Kiri. Notre but est de tuer cet homme. Et tu seras celui qui le tuera. Mais pas maintenant, non, non. Tu le diras dans de nombreuses années.
Kade – Je ne suis pas assez fort aujourd’hui ?
Hazi – Pour commencer oui. Les personnes qui y participent sont des monstres. Mais je te l’ai dis, Nagata est paranoïaque. Il a déjà fait exécuter des personnes qu’il suspectait appartenir à Kiri, simplement parce qu’elles buvaient de l’eau à la fontaine et jouaient avec, pour te donner une idée. On construira une couverture solide, très solide, et on trompera le monde entier ; on trompera Kiri, pour son propre bien.
Kade avait les sourcils froncés.
Kade – Comment cela ?
Hazi sourit.
Hazi – Tu vas utiliser une branche que j’ai créée, une branche nationaliste à l’intérieur de Kiri. On l’appelle le Lotus Pourpre. Pendant vingt ans, tu as bien entendu, pendant vingt ans, tu t’enfonceras dans ce nationalisme. Tu saisis l’idée du nationalisme ? Je t’expliquerais plus en détail, mais c’est une branche très extrémiste. Tu feras des choses dégueulasses, tu iras en prison, tu seras puni, haï, tu seras méprisé et craint, peut-être, si tu t’y prends mal. Et au final, tu déserteras Kiri et tu attendras encore un peu avant de finalement rejoindre l’île de Nagata. Tu participeras au tournoi, et tu le tueras. C’est aussi simple que cela.
Tout ne se passa pas comme Hazi l’avait décrit, mais c’est le propre des histoires ; échapper à leurs conteurs pour se perdre ailleurs, quelque part où personne ne songera à aller les déterrer. Un endroit oublié, confortable, et propre à l’imaginaire. Mais Kade se contenta de hocher la tête, plus excité encore qu’il n’aurait pu l’imaginer. Il serra la main d’Hazi, et jura solennellement de mener à bien sa mission. Il signa avec son sang, et Hazi signa avec le sien. Il disait que c’était important. Qu’il douterait, parfois, et qu’il faudra lui rappeler cet engagement formidable. Sauver Kiri, sauver le pays de l’eau tout entier, et être un héros, dans le cœur de ceux qui savent. Même s’ils se comptent sur les doigts d’une main. Même si un jour, plus personne ne retiendra cette version de l’histoire, même si un jour, des gens devaient cracher sur sa tombe et maudire son nom de traître.
Même si un jour il devait tout regretter.
Kade – Je le jure, en mon nom, en celui de mes parents, en celui de mon village. J’accomplirais mon devoir, et si tel est mon destin, je l’accomplirais vivant. Je jure que rien ne me détournera de mon but, ni mes sentiments, ni mon corps, et que quoi qu’il arrive, le pays sera sauvé.
Il discutait avec Obari, le forgeron, penché à sa fenêtre. Kade le salua d’un hochement de tête. Hazi continuait à discuter comme si de rien n’était, comme s’il ne connaissait pas le jeune homme, alors Kade comprit et fit semblant d’avoir quelque chose à faire. Hazi le rejoignit quelques minutes plus tard, et ils marchèrent ensemble dans les ruelles. Le vieil homme marchait doucement, bien que sans canne, comme s’il réfléchissait à chacun de ses pas. Ils marchaient en silence, et on aurait dit un jeune adolescent qui se promenait avec son grand-père. Ils ne croisaient personne, les sentinelles de faction étaient plus loin et, Kade le remarqua, Hazi les évitait avec soin.
Hazi – Tu es trop jeune pour le savoir, mais Kiri fait face à des choix difficiles chaque jours.
Kade – J’imagine oui.
Hazi eut encore son petit rire.
Hazi – Oh, je crains que non... Je vais t’expliquer. Le Pays de l’Eau est, de part sa géographie, un pays divisé. Il existe dix îles regroupées sous cette appellation. La communication étant ce qu’elle est, nous avons dû nous adapter. Ainsi, nous avons un daimyo qui réside sur l’île principale, celle-ci, est neuf autres qui résident sur les îles plus petites. Ainsi, nous pouvons déléguer le travail, et maximiser notre unité. Par la division. C’est un principe de base.
Il parlait doucement, mais sans chuchoter. Kade le suivait, la bouche close, et sans voir le rapport avec la raison qui l’avait amené ici. D’ailleurs, il n’arrivait pas à s’expliquer sa présence. La curiosité, sans doute.
Hazi – Mais chaque système a sa faille. Les daimyos ne peuvent pas être toujours d’accord avec la politique du daimyo principal. Et c’est normal : ils ont la même puissance, politiquement, du moins. Mais le daimyo principal a un atout : nous, Kiri, la force du Pays de l’Eau. Qui contrôle la puissance militaire d’un pays contrôle le pays. Mais là aussi, cette situation a des failles : on ne peut pas agir contre les autres daimyos ouvertement, cela relèverait de la guerre civile et même, du crime d’état.
Une torche illumina le visage d’Hazi, déformé par un sourire sinistre. Cette image s’incrusta dans l’esprit de Kade mais, sur le moment, il l’écarta.
Hazi – Viens on va s’asseoir. Pour discuter, simplement. Entre hommes.
Ils s’assirent sur un banc, adossé à une demeure vide. Cela se sentait, à cause des murs glaciaux, et sales. Mais Hazi balançait ses petites jambes gaiement, les mains posés sur son pardessus.
Hazi – Sur l’île directement au sud de la nôtre, au sud-ouest, la deuxième plus petite île, règne un étrange maître. C’est une personnalité sadique, oh, oui, et qui nous déteste. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises, lors d’événements officiels, ou non. Il a un visage long, et blafard, il est sinistre et mauvais comme la mort. Il y a six mois, il a organisé un tournoi inouï. Entre combattants. Il y avait une prime de plusieurs millions de ryos pour le gagnant. C’était des combats à mort, avec des armes réelles, ce qui est interdit par le daimyo principal. Qui ne porte pas le bandeau des ninjas n’est pas habilité à donner la mort. Les championnats doivent être amicaux. C’est ainsi. Civilisé.
Le vieil homme haussa les épaules.
Hazi – Mais Nagata est pervers. Il fait cela pour satisfaire ses appétits sanglants. Il aime la mort, comme un homme aime sa femme. Son concours a remporté un succès extraordinaire. On venait de partout dans le monde pour le voir. Et Nagata faisait passer le message suivant : vous savez que je suis riche, vous savez que j’ai une armée cachée à mes pieds, vous savez que si vous bougez, je mènerai une guerre si terrible, si sanglante, que le Pays de l’Eau ne sera plus qu’un sinistre souvenir. On a compris le message, et on n’a pas bougé. Dans un an, un nouveau concours est organisé. Il y en aura chaque année.
Pour la première fois depuis le début de la soirée, Hazi regarda son interlocuteur.
Hazi – Ce que je te dis aujourd’hui, très peu sont au courant. Ce que je vais te dire à présent, personne ne le sait, hormis moi, et toi. Pas même le mizukage, pas même ton maître.
L’intérêt de Kade était définitivement capté.
Hazi – Nagata est paranoïaque, et très bien informé. Il a des contacts performants, même à Kiri. Notre but est de tuer cet homme. Et tu seras celui qui le tuera. Mais pas maintenant, non, non. Tu le diras dans de nombreuses années.
Kade – Je ne suis pas assez fort aujourd’hui ?
Hazi – Pour commencer oui. Les personnes qui y participent sont des monstres. Mais je te l’ai dis, Nagata est paranoïaque. Il a déjà fait exécuter des personnes qu’il suspectait appartenir à Kiri, simplement parce qu’elles buvaient de l’eau à la fontaine et jouaient avec, pour te donner une idée. On construira une couverture solide, très solide, et on trompera le monde entier ; on trompera Kiri, pour son propre bien.
Kade avait les sourcils froncés.
Kade – Comment cela ?
Hazi sourit.
Hazi – Tu vas utiliser une branche que j’ai créée, une branche nationaliste à l’intérieur de Kiri. On l’appelle le Lotus Pourpre. Pendant vingt ans, tu as bien entendu, pendant vingt ans, tu t’enfonceras dans ce nationalisme. Tu saisis l’idée du nationalisme ? Je t’expliquerais plus en détail, mais c’est une branche très extrémiste. Tu feras des choses dégueulasses, tu iras en prison, tu seras puni, haï, tu seras méprisé et craint, peut-être, si tu t’y prends mal. Et au final, tu déserteras Kiri et tu attendras encore un peu avant de finalement rejoindre l’île de Nagata. Tu participeras au tournoi, et tu le tueras. C’est aussi simple que cela.
Tout ne se passa pas comme Hazi l’avait décrit, mais c’est le propre des histoires ; échapper à leurs conteurs pour se perdre ailleurs, quelque part où personne ne songera à aller les déterrer. Un endroit oublié, confortable, et propre à l’imaginaire. Mais Kade se contenta de hocher la tête, plus excité encore qu’il n’aurait pu l’imaginer. Il serra la main d’Hazi, et jura solennellement de mener à bien sa mission. Il signa avec son sang, et Hazi signa avec le sien. Il disait que c’était important. Qu’il douterait, parfois, et qu’il faudra lui rappeler cet engagement formidable. Sauver Kiri, sauver le pays de l’eau tout entier, et être un héros, dans le cœur de ceux qui savent. Même s’ils se comptent sur les doigts d’une main. Même si un jour, plus personne ne retiendra cette version de l’histoire, même si un jour, des gens devaient cracher sur sa tombe et maudire son nom de traître.
Même si un jour il devait tout regretter.
Kade – Je le jure, en mon nom, en celui de mes parents, en celui de mon village. J’accomplirais mon devoir, et si tel est mon destin, je l’accomplirais vivant. Je jure que rien ne me détournera de mon but, ni mes sentiments, ni mon corps, et que quoi qu’il arrive, le pays sera sauvé.

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III – Les Fleurs ont Plusieurs Pétales
On n’intégrait pas le Lotus Pourpre. C’est le Lotus Pourpre qui nous intégrait. Toujours.
C’était comme la souche d’un arbre qui soutient un formidable édifice. Solide, noueuse, entrelacée. Elle ne voit que ses efforts et ne sait pas que d’autres souches portent également l’édifice. Elle pense qu’elle fait cela tout seul. Ah… Même les souches d’arbres peuvent se montrer prétentieuses. Imaginez le temps qu’il faudrait pour que deux souches communiquent entre elles. Une éternité. Et le temps qu’il faudrait pour qu’une souche fraternise avec un élément extérieur, une feuille, disons. A peine moins de temps. La souche tient sa force de son unité parfaite, que seule la hache ou le vent peut rompre, par accident ou à dessein.
Le Lotus Poupre était bien plus résistant qu’une bête souche. C’était un organisme séculaire, rompu aux rouages de la politique, de la finance, du pouvoir. Ses membres ? Inconnus, pour la plupart. Personne ne se réclamait du Lotus Poupre. Aujourd’hui, du moins. Attaqué à maintes reprises, la fleur fatale avait su se défendre et répondre aux agressions. Elle était devenue parfaitement hermétique, la coquille ronde et calleuse d’une noix. Toujours présente, à jamais invisible. Elle observait et espionnait tout. Les agissements les plus anodins, les personnalités les plus particulières. Non, on ne trompe pas le Lotus Pourpre. Pas quand on est un amateur. Qu’est-ce qui distingue un amateur d’un expert ? L’impatience. La pensée futile de penser que tout peut se régler d’un coup de tête, d’un coup de génie. Oh non. Une place pour le génie, une place pour le talent. Chacun à sa place.
Hazi était tout, tout sauf un amateur. Cela faisait des années qu’il étudiait cette organisation muette et sourde qu’on appelait Lotus Pourpre. Combien de personne à Kiri pour murmurer ce nom ? Trop peu. Seuls les gradés avaient une connaissance sincère de l’organisme. Il aurait voulu crier, mettre en garde, prévenir et détruire cette fleure nauséabonde, qui pousse seulement dans les marécages de mort ou sur la langue des grenouille agonisante. Mais il savait aussi que personne ne l’écouterait sans preuve.
Non, la justice des hommes est imparfaite. Et la justice de Dieu, eh bien… on l’attend toujours. Il fallait agir en homme. Utiliser son souffle pour éteindre cette bougie. La seule façon de procéder était d’intégrer le Lotus et de le détruire de l’intérieur. Comme une bombe à retardement. Le souffle, la bougie. L’incendie. C’était cela qui illuminait les yeux morts du vieillard, qui portait encore sa carcasse décharnée. Il se sentait mourir un peu plus chaque jour. Un sentiment étrange, qu’il était toutefois heureux d’éprouver. Les shinobi ont la fâcheuse habitude de mourir vite. C’est ce qui rend les opérations de longues haleines impossible. Et pourtant, le plan génial s’était dessiné dans son esprit malade bien avant qu’il éprouve les premières difficultés pour descendre les escaliers.
Hazi avait enfanté un monstre. Il l’avait vu muter, grogner « Papa » avec un sourire hideux, gémir de faim et hurler de rage. Le Lotus Pourpre, une idée tout aussi géniale, s’était abîmé dans ses mains. Et les pétales, tombés. Maintenant le fils prodigue avait banni de son esprit son père de cœur, et Hazi était incapable de rompre ce qu’il avait créé. C’est dur de tuer un fils, mais ça l’est plus encore quand le fils a plusieurs têtes et dispose d’une puissance plus grande que celle du père…
Kade ferait d’une pierre deux coups. Personne n’arrive à démanteler le Lotus, car il est discret comme la mort et plus puissant que le moindre des bureaucrates de cette triste terre. Mais si Kade réalisait son objectif initial… le Lotus mourrait du même souffle. Créer la division chez les chefs que l’on ne peut atteindre autrement, les laisser répandre leur propre sang, cachés aux yeux de tous, et venir constater le décès.
Kade ignorait cette partie-là du plan d’Hazi. Il n’avait pas à le savoir. Tout ce qu’il devait savoir aujourd’hui, c’était comment attirer l’attention du Lotus Pourpre, comment l’intégrer, et comment faire battre son cœur flétri. Le Lotus lui donnera la réputation dont il a besoin, la réputation d’un traître odieux, d’un homme sans cœur, d’un déserteur… Il aurait été simple de seulement déserter, oh oui. Simple et plus rapide. Mais Hazi n’était pas un amateur, non, non. Le Lotus a des entrées près de Nagata. L’intégration de Kade sera facilitée, sa couverture plus épaisse qu’une maison d’ivoire. Il n’aura plus qu’à tuer Nagata. Et se refaire une vie ailleurs, oui, sans doute…
Depuis sa rencontre avec Hazi, Kade étudiait chaque jour. Il apprenait par cœur des rapports sur Nagata, tout ce qui avait un rapport proche ou lointain avec lui. Des heures dans la bibliothèque, des heures à son bureau. Il cherchait comme l’aveugle cherche la lumière. A défaut de la trouver, il la crée lui-même. Hazi le lui avait dit, nous nous reverrons très rarement car les espions sont sur nos épaules. Mais cela n’empêchait pas le vieil homme de lui faire parvenir des tonnes d’informations, discrètement, sous le manteau. Hazi avait des hommes partout. Il gérait la vie de Kade à travers un gant de velours, sans attirer l’attention de personne. Et Kade se laissait guider, comme le couteau qui épouse si parfaitement son étui. Un couteau d’assassin, dissimulé, qui ne prend la lumière que trop rarement, mais qu’on sort à chaque fois pour une bonne et saine raison.
Kade amorça sa lente descente en enfers. Une descente vive, contrôlée par les vents et la force de son esprit. Il savait qu’il tombait à pic, il savait qu’il n’était pas l’aigle qui fond sur sa proie, ni le rayon de soleil qui caresse la peau. Il était seulement la feuille qui tombe de l’arbre, qui s’écrase et qu’on écrase à notre tour. Une feuille parmi dix, cent mille autres. Une feuille avec un poignard collé entre les veinures.
Shinobu prenait soin de lui. Ils étudiaient ensemble, de longues heures ou quelques minutes à peine selon l’emploi du temps du maître des eaux. Kade était suspicieux. Car il allait passer à l’action à présent. Il avait treize ans. Et cette volonté puissante d’aider le monde ninja autant qu’il l’avait aidé. Oui. Un sentiment terrifiant et excitant à la fois, un peu comme il imaginait son premier baiser avec une femme. Il avait peur de sentir le goût du sang, dans ce baiser-là, mais c’était un risque à courir.
Peu à peu, il transforma son attitude. Il prit le temps de faire en sorte que ce soit cohérent. Il se montrait froid avec ses amis, surtout envers ceux qui n’étaient pas nés à Kiri, ou ceux qui ne montraient aucune qualité particulière. Ils ne comprenaient pas. Ils écarquillaient les yeux, sous l’effet de la surprise, et riaient l’air inquiet, comme si cela n’était qu’une blague. Une blague qui se répétait de jour en jour et, peu à peu, ils laissèrent Kade. Ou Kade les laissa. La société est une ruche, et les personnes qui y vivent un peu de miel. Une attitude particulière attire la sympathie de certaines personnes. Peu à peu, l’environnement amical de Kade changea. Des personnes qui lui faisaient horreur lui serraient la main, et il répondait avec vigueur. Un simulacre de plaisir. C’était plus simple qu’il ne le pensait.
Il y avait cette phrase qui lui restait de sa mère : tu ne sais pas faire ça ? Eh bien, fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives réellement. Kade lui avait alors demandé si cela marchait avec tout. Sa mère avait secouait la tête, il s’en souvenait parfaitement, elle souriait alors. Et elle murmura : « Oh oui… Même avec les femmes ». Est-ce qu’on peut faire semblant d’aimer ? Oui. Est-ce qu’on peut alors vraiment tomber amoureux ? Probablement.
Est-ce qu’on peut vraiment aimer quelqu’un qui nous fait vomir ? Ah… Une nature change. Il faut être très prudent qu’on on met cette nature sous le feu. Il faut la surveiller pour ne pas qu’elle s’altère. Kade ne voulait pas se perdre. Mais pour une mission si longue, qui lui en tiendrait rigueur s’il devenait fou ?
Il avait deux amis. Kiro, et Fujishiru. Ensemble, ils tyrannisaient un quartier entier. Ils brûlaient des échoppes, tenues par certaines personnes. Ils cassaient la figure à des étudiants venus de l’étranger. C’était curieux de sentir leurs os se briser sous ses coups. Parce que Kade ne voulait pas vraiment le faire, même s’il riait en le faisant pour simuler du plaisir. Même s’il plaisantait à ce propos, le soir venu, avec ses amis.
Même s’il savait qu’il pourrait tuer sans en perdre le sommeil.
Les professeurs s’affolaient. La poudre s’enflammait. Un jour, un jeune homme d’un peu plus de vingt ans l’empêcha discrètement de passer dans le couloir. Ce n’était rien, à peine une présence, mais Kade releva aussitôt la tête, les yeux à moitié plissé. Le jeune homme le dévisageait sévèrement, avec une moue de dédain évidente.
Kade – …
Un chuunin. Il s’appelait Kenji Eichino.
Kenji – Tu empruntes une voie dangereuse, gamin.
Kade – Alors ne m’empêche pas de passer. Qui sait, je suis peut-être moi-même dangereux…
Kenji – Je pense que tu l’es. Personne ne t’empêche de passer. Tu es juste incapable de voir que tu as le choix.
Kade – Et que dirais-tu de faire le choix de fermer ta gueule, de ton côté ?
Kade sentit une présence autour de lui, indistincte, mais il comprit et ferma son esprit comme Hazi le lui avait appris. Kenji eut un mouvement insensible, comme un recul mais sans bouger.
Kade le dépassa sans un regard en arrière.
L’attitude de Shinobu ne changea pas. Il demeurait là, à faire ses leçons comme si de rien n’était. Comme s’ils entraient dans un nouveau monde. Et ils entraient à l’intérieur, en effet. Kade maîtrisait ses pouvoirs petit à petit, il les domptait avec la patience que l’on éprouve pour un nouveau-né. Il sentait sa force s’accroitre. Un bourgeon qui devient tige, amené à devenir arbre, un jour. C’était un doux sentiment.
Et pendant ce temps, alors que sa maîtrise des eaux devenait de plus en plus évidente, Kade allumait des incendies volontaires dans un Kiri sombre, éclairé seulement par les flammes renégates engendrées par lui et ses amis.
L’adolescent passa chuunin à l’âge de quinze ans. Son maître lui répétait de se tenir à carreau, de se calmer parce que rien n’était acquis chez les shinobi. Il lui disait que s’il devenait nocif pour le village, il se dispenserait de ses services. Mais Kade avait trop à offrir. Il ne perdait pas quand on lui donnait une mission. Il s’imposa en tant que chef d’équipe. C’était une qualité essentielle chez lui. Décider pour les autres. Mais pas pour lui. Chacun a ses propres paradoxes à gérer. Il rencontra Tsuna à cette époque. Elle le haïssait, cela se sentait. Les pores de sa peau respiraient sa haine pour lui. C’est pour ça qu’il lui fit l’amour. Elle resta six minutes sans rien dire, puis elle secoua très lentement la tête.
Tsuna – Mais qui tu es, bordel ?
*****
Kade arpentait le couloir uniforme de l’académie. Il ouvrit à la volée la porte d’une salle, sombre. Un volet à moitié fermé laissait une vague traînée de lumière transpirer. Six personnes se préparaient à l’intérieur, s’équipaient, comme dans des vestiaires. Les regards se tournèrent dans sa direction, et Kade put mesurer leur animosité rien que grâce à la brusque tension. Il se dirigea sans un mot vers son casier. Il retira sa veste, la laissa sur le banc, et se saisit d’un rechange. Tsuna était présente, dans le coin opposé. Elle le dévisageait sans se cacher. Non. Elle l’étudiait. La jeune femme avait trouvé une énigme. Son esprit lui disait une chose, et son corps lui en faisait ressentir une autre. Elle hésitait sur la politique à suivre. Kade, salaud ou menteur ? Finalement, cela revenait au même, mais sa curiosité était éveillée, comme on éveille le monstre d’une caverne sombre. Cela ne faisait pas partie du plan. Mais Kade n’y pouvait rien, il restait humain.
La haine, il pouvait la supporter car elle était nécessaire. Mais il étouffait. La panique menaçait de submerger son cœur. Aucun soutien nulle part. Que des regards inquiets, des sourires soumis. Il avait peur, oui, de la solitude. D’une trop grande solitude. Il ne voulait pas se perdre au final. Alors, il avait décidé de prendre les devants. Tsuna avait manqué lui cracher au visage à plusieurs reprises, mais la haine est une passion aussi dévorante, sinon plus, qu’un amour réel. Ils firent l’amour et ils partagèrent bien plus que Kade ne l’aurait cru possible. Pendant quelques instants, elle avait lu en lui.
Et ce qu’elle avait vu aiguisait un intérêt dangereux.
Kade se revêtit, et sortit aussitôt. Il entendit quelqu’un le suivre, et n’eut pas à se retourner pour reconnaître le bruit des pas de Tsuna. Elle lui attrapa le bras et le força à se retourner.
Tsuna – Tu ne m’as pas répondu hier. Qui es-tu ?
Les cheveux châtains, hier collés à son front à cause de la sueur, aujourd’hui bien coiffés de chaque côté de sa tête. Ses yeux bleus, presque gris, plissés comme si elle déchiffrait un code. Et ses lèvres chaudes, rassurantes hier, désagréables maintenant.
Kade – Celui qui t’a baisé.
Tsuna – Je crois que tu n’es pas le salaud que tu sembles être.
Kade – Je crois que tu n’es pas la salope que tu paraissais être. Nous nous trompons tous, j'en ai...
Elle l’arrêta et le plaqua contre le mur avec plus de violence qu’il ne l’aurait cru possible. Intéressant.
Tsuna – On raconte beaucoup de choses sur toi, Kade. Mais je crois que tu n’arriveras pas à tromper tout le monde, toujours. Et tu sais pourquoi ?
Kade – Dis toujours.
Tsuna – Parce que tu n’es rien d’autre qu’un foutu humain.
Et elle s'éloigna. Elle avait raison. Mais l'humanité est un problème qui peut être géré. Il suffit de savoir la faire lorsqu'elle le doit. L'oublier, pour parvenir à un stade supérieur.
Puis régresser, pour vivre.

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Koe – Fous-y le feu !
Il avait le souffle court d’avoir trop couru, ou de peur, Kade n’arrivait pas à le déterminer. Il alluma sans broncher la petite gourde au liquide inflammable et l’envoya aussitôt dans une petite fente. Il y eut un bruit de verre brisé, ses amis reculèrent, mais rien ne se passa. Puis, lentement, l’odeur de chaud vint lui flatter les narines et bientôt il put voir la fumée s’échapper. De vives flammes ne tardèrent pas à lécher la bâtisse, et on pouvait voir l’orange rougeoyant du feu sous le seuil du petit entrepôt.
Koe – Mec, mec, on y va !
Kade cligna des yeux, se tourna vers ses compagnons et les rejoignit au courant. Ils s’enfuirent au milieu des nombreuses ruelles, l’astuce étant de ne pas se faire prendre par l’une des quelques patrouilles de Kiri. Kade regarda derrière lui. Personne encore n’avait remarqué l’incendie. Il espérait que personne ne serait blessé, ou pire. Il savait que les propriétaires de l’entrepôt avaient leur boutique mitoyenne, mais il ignorait s’ils vivaient bien à l’étage ou ailleurs. L’odeur de la fumée ne tarderait pas à les éveiller.
Ils s’arrêtèrent dans une petite ruelle noire. Koe posa les deux mains sur ses genoux, pour chercher son souffle. C’était un petit être gras du ventre, mais curieusement maigre de visage. Il paraissait tout le temps fatigué, comme s’il avait fourni d’importants efforts pendant de longues journées successives. Ce qui n’était pas le cas. Il était le fils de l’un des politiciens les plus influents du village, Kon Mataka. Son compagnon et fidèle depuis ses plus jeunes heures était une aimable brute, serviable et limité, avec de gros sourcils épais comme jamais Kade n’en avait vu. Il était toutefois forcé d’admettre que sa carrure était impressionnante, avec des bras puissants et démesurés qui disposaient d’une allonge étonnante.
Koe – Kade, c’était énorme ! On aurait dû attendre l’explosion…
Koe se gratta la joue. Il respirait bruyamment. Ce n’était pas tout à fait un ninja. Pas tout à fait. Son père aurait voulu en faire un grand guerrier, mais son fils préférait combattre les chips. Kade acquiesça.
Kade – Avec de la chance, ils crèveront dans leur sommeil.
Koe – Ca ouais, mon pote !
Kade – Il va falloir que je rentre. Shinobu-sama souhaite que je m’entraîne avec lui demain.
Ils se séparèrent sur ces bonnes paroles, après de nouvelles félicitations de Koe. Quel petit être méprisable, ne put s’empêcher de penser Kade. Leur cible du jour, une malheureuse famille originaire du pays de la foudre. Ils s’étaient établis à Kiri, malgré les tensions qui existaient entre les deux villages, afin de faire prospérer leur marché. A présent, leurs biens étaient détruits. Kade s’assura que ses amis étaient loin pour revenir en arrière. L’alarme avait été donnée, et la famille agressée était dans la rue, atterrée, en chemise de nuit. Les hommes de la patrouille avaient déjà éteint l’incendie, ou presque. Kade n’avait pas jugé opportun de rappeler à Koe qu’utiliser du feu dans un village ninja à base d’eau n’était pas forcément la meilleure des stratégies. Au moins, certains de leurs biens seraient préservés. L’un des hommes, le capitaine probablement, discutait avec les marchands. Il était probable qu’il sache qui était derrière cela.
Le fameux Lotus Pourpre. Kade n’avait pas encore réussi à l’intégrer, mais il s’en approchait, il le sentait. Quand Koe l’invitait chez lui, ce vieux renard de Mataka prenait des nouvelles du mizukage comme si Kade en savait plus que lui. Il avait l’œil vif, le vieil homme. Et à coup sûr, il était trempé jusqu’au cou dans les agissements de ce mystérieux organisme. Hazi lui demandait des rapports de plus en plus fréquents. Le vieil homme était excité. Pourtant, s’il avait dit vrai, ils n’étaient même pas à la première étape. Intégrer le Lotus Pourpre ne lui apporterait rien.
Cela lui enlèvera tout. Ses anciens amis, les personnes auxquelles il tenait réellement, avaient déjà commencé à s’éloigner de lui, surpris par ses fréquentations. Ils allaient totalement disparaître de sa vie après cet acte de non-retour. Un long baiser empoisonné planté sur ses lèvres. Il ne pourrait pas résister. C’était le prix à payer pour que l’opération soit un succès et Kade, même s’il ne se l’expliquait toujours pas, sentait qu’il faisait là quelque chose de grand, de magnifique. Quelque chose que l’histoire retiendra.
Kade Kasen, héros du pays de l’eau.
Shinobu l’avait longtemps entretenu de ses pouvoirs. L’origine de sa famille remontait loin dans le temps, aussi loin que l’existence du village lui-même. Un clan de nomades, composée de plusieurs familles qui partageaient les mêmes pouvoirs. Il ne s’était toutefois pas autorisé à utiliser ce nom. Il avait simplement conservé Kade, et s’était ainsi qu’on s’adressait à lui.
Un jour, Shinobu disparut de sa vie. Cela faisait un moment qu’il se plaignait de maux de tête, en plein entraînement. Kade ne savait jamais exactement comment réagir, alors il attendait posément. Il avait à présent près de vingt ans. Le Lotus Pourpre l’avait accueilli, finalement, comme on accueille un fils. Ses exactions avaient finies par payer. Depuis qu’il était passé jounin, il évitait soigneusement de se voir confier une équipe. Le Lotus lui avait dit qu’il avait des projets pour lui.
Le Lotus… Il avait rencontré Nezu. Un homme méprisable. Intelligent, toutefois. D’une intelligence animale, c’était un mâle plus qu’un homme. Il guettait, utilisait, jouissait. Un homme fort. Un homme qui méritait la mort. Mais Kade se fondit en eux comme s’il avait enfin trouvé sa famille. Ah… cela n’était pas un sentiment dur à imiter. Car il aurait vraiment aimé trouver une famille. Pas comme celle-ci mais à partir d’un certain moment, n’importe laquelle ferait l’affaire. Juste le temps d’éprouver certaines émotions de joie, de déception, de partage. Juste quelques instants. Le Lotus était réellement une entité vivante à l’intérieur du village. Kade avait rencontré des personnes pour le moins… étonnantes. Le Lotus se retrouvait en effectifs réduits dans un sous-sol, difficile d’accès, dans un bâtiment près de la fontaine. Il fallait ouvrir une trappe qui s’annonçait comme une simple cave, puis trouver deux autres passages malicieusement dissimulés, l’un d’eux, le dernier, à base d’un chakra impossible à détecter. On lui avait bandé les yeux à chaque fois, mais Kade était plus malin que cela. Il avait laissé l’eau le suivre, et l’eau lui avait montré le chemin en retour.
Parfois, il se disait qu’il suffisait de tuer chacun de ses hommes. De retenir leur visage de pourri, et de les tuer. Un par un. Mais cela n’était pas si simple, Hazi le lui rappelait toujours. Le vieil homme, malgré la disparition de Shinobu, tenait bon. Les pressions s’accentuaient. Ses anciens ennemis du Lotus voulaient le voir mort, mais cet homme, Hazi, les enterrerait tous. Un vieux roublard. Il s’enquérait des noms des membres du Lotus avec gourmandise, son sourire édenté s’élargissant alors que certains de ses doutes étaient levés. Il murmurait que Nezu n’allait pas rester les bras croisés, l’occasion était trop belle pour lui. Shinobu écarté, il avait un boulevard pour s’introduire. Tout le monde le connaissait, et beaucoup le respectaient. Car c’était un homme qu’on pouvait admirer. Un homme puissant, comme on aime en voir quand on désespère.
Et en effet, Nezu sortait de sa tanière. Un jour, il posa sa main sur l’épaule de Kade. Ils étaient dans une riche salle, la demeure de Mataka. Nezu était arrivé un peu plus tôt dans la soirée, pour dîner. Il se déplaçait réellement comme un lion. Le pas majestueux, calculé, secouant la tête comme une crinière, le rire discret, l’œil vif.
Nezu – Kade… Je suis heureux de te rencontrer, et de pouvoir te parler.
Kade – Tout le plaisir est pour moi.
Nezu – Le travail que tu as mené tout au long de ces années est remarquable. Il est regrettable de voir si peu de gens se soucier du sort de leur propre village.
Kade – En prétendant le contraire, pour la plupart.
Nezu releva la tête à cet instant, et Kade sut qu’il l’avait mis de son côté. L’homme acquiesça avec lenteur.
Nezu – Exactement… Des hypocrites. Mais mon heure approche, sais-tu ?
Kade jugea opportun de ne rien dire. Il y avait de l’agitation derrière eux. Mataka approcha, et Nezu se détourna pour faire face au vieil homme. Koe était nulle part. Heureusement, il aurait attiré Kade au loin en espérant le sauver.
Les hommes se retrouvèrent dans le petit salon, autour d’une tasse de thé fumante. Nezu présentait fièrement Shotaru, un homme duquel on pouvait voir, rien qu’en le regardant, qu’il n’était qu’une coquille vide. Kade se sentit frissonner. Le pouvoir des mots était vraiment terrifiant. Il disait avoir trouvé là le remplaçant parfait pour Shinobu, un être capable, intelligent et vif. Oui. Dans une autre vie, peut-être. Les personnes se lançaient des sourires entendus. Et ce pauvre, pauvre Shotaru bombait le torse.
La soirée était déjà bien avancée quand Kade sortit de chez Mataka. On avait insisté pour le garder présent, et Kade avait accepté pour gagner des points. Il savait qu’ils essayaient de déterminer en lui quelle sorte de pion il pouvait être. Soumis, imprévisible, dangereux, utile… Kade montrait ses qualités comme autant de cartes dans sa manche, par d’habiles petits jeux de domination. C’était rien, vraiment. Quand il refusa à boire, on le servit néanmoins. Quand on lui proposa à manger, il savait qu’il ne pouvait dire non, mais il dit non néanmoins. Nezu sourit et remarqua que la boîte était vide. Il en fit chercher une autre.
Tsuna était là, adossée au mur. Elle le dévisageait. Depuis toutes ces années, ils s’étaient souvent revus. Ils travaillaient ensemble au sein de la prestigieuse et décriée Flamme Jaune, sur des missions périlleuses. C’était un peu sa seule amie. Celle qui avait percé les ténèbres, le voile de mensonges, pour toucher sa chair nue. Elle ne dit rien et cala son pas sur le sien. Après avoir fait l’amour, ils n’avaient jamais plus rien tenté. Kade avait rencontré d’autres femmes, sans parvenir jamais à s’attacher à elles. Aussitôt étendu sur la couche, les doutes l’assaillaient ; s’il était découvert, sa famille serait détruite, sa vie brisée, il n’aurait jamais la force de tout reconstruire. Aucun ami vers qui se tourner. Cela il le savait. Alors il repartait, souvent sans adieux, comme autant d’histoires inachevées.
Tsuna – Tu ne devrais pas fréquenter ces gens-là.
Kade la regarda. Il lui adressa un sourire énigmatique. Puis lui raconta tout. Tout, tout. Qui il était. Qui l’employait. Ce qu’il cherchait. Pourquoi il le cherchait. Les questions qu’ils se posaient. Qui faisait partie de quoi. Ses doutes, ses peurs, sa rage, sa déception. La crainte vorace d’être seul et abandonné quand il aurait besoin d’être soutenu. Là, Tsuna lui prit la main et l’attira contre elle. Ils s’étaient arrêtés auprès d’une petite maison abandonnée. Kade avait, par réflexe, vérifié à l’aide de l’humidité la présence d’intrus alentour avant de s’ouvrir comme la fleur rude qu’il était. Tsuna écouta tout, ne parla pas. Elle le tenait simplement dans ses bras. Son oreille reposait sur sa poitrine, et il se laissait aller au son de ce cœur qui battait doucement, sans s’emballer, sans que le monde ne s’écroule. Hazi ne serait pas fier de lui, ça non. Mais qu’Hazi aille se faire foutre, juste cette fois.
Quand le flot de parole mourut, Tsuna demeura là à le bercer. Elle lui dit qu’elle serait là le jour où il déserterait. Et qu’elle serait là, le jour où il reviendrait, pour plaider sa cause. Et qu’elle ne l’abandonnerait jamais, jamais. Parce qu’il était un être exceptionnel qui avait choisit une voie insupportable. Ils se séparèrent et Tsuna conserva leur secret.
Privé de son maître, Kade se retrouva à faire de nombreuses missions. Shotaru était devenu le… mizukage… de Kiri, et Nezu ménageait son protégé. Ils se voyaient de plus en plus fréquemment. Un jour, Kade s’arrêta au petit village de Shinagawa. Il se lia d’amitié avec un homme qui portait haut sa cinquantaine, Kajima.
Puis il rencontra Hatsuyo. Il oublia ses bonnes résolutions, et l’embrassa ; il oublia son souhait de ne pas s’attacher, et l’aima ; il oublia sa mission, et lui fit un enfant ; il oublia son devoir, et lui en fit un autre ; il oublia la vie, et l’appela Haya.
Il avait le souffle court d’avoir trop couru, ou de peur, Kade n’arrivait pas à le déterminer. Il alluma sans broncher la petite gourde au liquide inflammable et l’envoya aussitôt dans une petite fente. Il y eut un bruit de verre brisé, ses amis reculèrent, mais rien ne se passa. Puis, lentement, l’odeur de chaud vint lui flatter les narines et bientôt il put voir la fumée s’échapper. De vives flammes ne tardèrent pas à lécher la bâtisse, et on pouvait voir l’orange rougeoyant du feu sous le seuil du petit entrepôt.
Koe – Mec, mec, on y va !
Kade cligna des yeux, se tourna vers ses compagnons et les rejoignit au courant. Ils s’enfuirent au milieu des nombreuses ruelles, l’astuce étant de ne pas se faire prendre par l’une des quelques patrouilles de Kiri. Kade regarda derrière lui. Personne encore n’avait remarqué l’incendie. Il espérait que personne ne serait blessé, ou pire. Il savait que les propriétaires de l’entrepôt avaient leur boutique mitoyenne, mais il ignorait s’ils vivaient bien à l’étage ou ailleurs. L’odeur de la fumée ne tarderait pas à les éveiller.
Ils s’arrêtèrent dans une petite ruelle noire. Koe posa les deux mains sur ses genoux, pour chercher son souffle. C’était un petit être gras du ventre, mais curieusement maigre de visage. Il paraissait tout le temps fatigué, comme s’il avait fourni d’importants efforts pendant de longues journées successives. Ce qui n’était pas le cas. Il était le fils de l’un des politiciens les plus influents du village, Kon Mataka. Son compagnon et fidèle depuis ses plus jeunes heures était une aimable brute, serviable et limité, avec de gros sourcils épais comme jamais Kade n’en avait vu. Il était toutefois forcé d’admettre que sa carrure était impressionnante, avec des bras puissants et démesurés qui disposaient d’une allonge étonnante.
Koe – Kade, c’était énorme ! On aurait dû attendre l’explosion…
Koe se gratta la joue. Il respirait bruyamment. Ce n’était pas tout à fait un ninja. Pas tout à fait. Son père aurait voulu en faire un grand guerrier, mais son fils préférait combattre les chips. Kade acquiesça.
Kade – Avec de la chance, ils crèveront dans leur sommeil.
Koe – Ca ouais, mon pote !
Kade – Il va falloir que je rentre. Shinobu-sama souhaite que je m’entraîne avec lui demain.
Ils se séparèrent sur ces bonnes paroles, après de nouvelles félicitations de Koe. Quel petit être méprisable, ne put s’empêcher de penser Kade. Leur cible du jour, une malheureuse famille originaire du pays de la foudre. Ils s’étaient établis à Kiri, malgré les tensions qui existaient entre les deux villages, afin de faire prospérer leur marché. A présent, leurs biens étaient détruits. Kade s’assura que ses amis étaient loin pour revenir en arrière. L’alarme avait été donnée, et la famille agressée était dans la rue, atterrée, en chemise de nuit. Les hommes de la patrouille avaient déjà éteint l’incendie, ou presque. Kade n’avait pas jugé opportun de rappeler à Koe qu’utiliser du feu dans un village ninja à base d’eau n’était pas forcément la meilleure des stratégies. Au moins, certains de leurs biens seraient préservés. L’un des hommes, le capitaine probablement, discutait avec les marchands. Il était probable qu’il sache qui était derrière cela.
Le fameux Lotus Pourpre. Kade n’avait pas encore réussi à l’intégrer, mais il s’en approchait, il le sentait. Quand Koe l’invitait chez lui, ce vieux renard de Mataka prenait des nouvelles du mizukage comme si Kade en savait plus que lui. Il avait l’œil vif, le vieil homme. Et à coup sûr, il était trempé jusqu’au cou dans les agissements de ce mystérieux organisme. Hazi lui demandait des rapports de plus en plus fréquents. Le vieil homme était excité. Pourtant, s’il avait dit vrai, ils n’étaient même pas à la première étape. Intégrer le Lotus Pourpre ne lui apporterait rien.
Cela lui enlèvera tout. Ses anciens amis, les personnes auxquelles il tenait réellement, avaient déjà commencé à s’éloigner de lui, surpris par ses fréquentations. Ils allaient totalement disparaître de sa vie après cet acte de non-retour. Un long baiser empoisonné planté sur ses lèvres. Il ne pourrait pas résister. C’était le prix à payer pour que l’opération soit un succès et Kade, même s’il ne se l’expliquait toujours pas, sentait qu’il faisait là quelque chose de grand, de magnifique. Quelque chose que l’histoire retiendra.
Kade Kasen, héros du pays de l’eau.
Shinobu l’avait longtemps entretenu de ses pouvoirs. L’origine de sa famille remontait loin dans le temps, aussi loin que l’existence du village lui-même. Un clan de nomades, composée de plusieurs familles qui partageaient les mêmes pouvoirs. Il ne s’était toutefois pas autorisé à utiliser ce nom. Il avait simplement conservé Kade, et s’était ainsi qu’on s’adressait à lui.
Un jour, Shinobu disparut de sa vie. Cela faisait un moment qu’il se plaignait de maux de tête, en plein entraînement. Kade ne savait jamais exactement comment réagir, alors il attendait posément. Il avait à présent près de vingt ans. Le Lotus Pourpre l’avait accueilli, finalement, comme on accueille un fils. Ses exactions avaient finies par payer. Depuis qu’il était passé jounin, il évitait soigneusement de se voir confier une équipe. Le Lotus lui avait dit qu’il avait des projets pour lui.
Le Lotus… Il avait rencontré Nezu. Un homme méprisable. Intelligent, toutefois. D’une intelligence animale, c’était un mâle plus qu’un homme. Il guettait, utilisait, jouissait. Un homme fort. Un homme qui méritait la mort. Mais Kade se fondit en eux comme s’il avait enfin trouvé sa famille. Ah… cela n’était pas un sentiment dur à imiter. Car il aurait vraiment aimé trouver une famille. Pas comme celle-ci mais à partir d’un certain moment, n’importe laquelle ferait l’affaire. Juste le temps d’éprouver certaines émotions de joie, de déception, de partage. Juste quelques instants. Le Lotus était réellement une entité vivante à l’intérieur du village. Kade avait rencontré des personnes pour le moins… étonnantes. Le Lotus se retrouvait en effectifs réduits dans un sous-sol, difficile d’accès, dans un bâtiment près de la fontaine. Il fallait ouvrir une trappe qui s’annonçait comme une simple cave, puis trouver deux autres passages malicieusement dissimulés, l’un d’eux, le dernier, à base d’un chakra impossible à détecter. On lui avait bandé les yeux à chaque fois, mais Kade était plus malin que cela. Il avait laissé l’eau le suivre, et l’eau lui avait montré le chemin en retour.
Parfois, il se disait qu’il suffisait de tuer chacun de ses hommes. De retenir leur visage de pourri, et de les tuer. Un par un. Mais cela n’était pas si simple, Hazi le lui rappelait toujours. Le vieil homme, malgré la disparition de Shinobu, tenait bon. Les pressions s’accentuaient. Ses anciens ennemis du Lotus voulaient le voir mort, mais cet homme, Hazi, les enterrerait tous. Un vieux roublard. Il s’enquérait des noms des membres du Lotus avec gourmandise, son sourire édenté s’élargissant alors que certains de ses doutes étaient levés. Il murmurait que Nezu n’allait pas rester les bras croisés, l’occasion était trop belle pour lui. Shinobu écarté, il avait un boulevard pour s’introduire. Tout le monde le connaissait, et beaucoup le respectaient. Car c’était un homme qu’on pouvait admirer. Un homme puissant, comme on aime en voir quand on désespère.
Et en effet, Nezu sortait de sa tanière. Un jour, il posa sa main sur l’épaule de Kade. Ils étaient dans une riche salle, la demeure de Mataka. Nezu était arrivé un peu plus tôt dans la soirée, pour dîner. Il se déplaçait réellement comme un lion. Le pas majestueux, calculé, secouant la tête comme une crinière, le rire discret, l’œil vif.
Nezu – Kade… Je suis heureux de te rencontrer, et de pouvoir te parler.
Kade – Tout le plaisir est pour moi.
Nezu – Le travail que tu as mené tout au long de ces années est remarquable. Il est regrettable de voir si peu de gens se soucier du sort de leur propre village.
Kade – En prétendant le contraire, pour la plupart.
Nezu releva la tête à cet instant, et Kade sut qu’il l’avait mis de son côté. L’homme acquiesça avec lenteur.
Nezu – Exactement… Des hypocrites. Mais mon heure approche, sais-tu ?
Kade jugea opportun de ne rien dire. Il y avait de l’agitation derrière eux. Mataka approcha, et Nezu se détourna pour faire face au vieil homme. Koe était nulle part. Heureusement, il aurait attiré Kade au loin en espérant le sauver.
Les hommes se retrouvèrent dans le petit salon, autour d’une tasse de thé fumante. Nezu présentait fièrement Shotaru, un homme duquel on pouvait voir, rien qu’en le regardant, qu’il n’était qu’une coquille vide. Kade se sentit frissonner. Le pouvoir des mots était vraiment terrifiant. Il disait avoir trouvé là le remplaçant parfait pour Shinobu, un être capable, intelligent et vif. Oui. Dans une autre vie, peut-être. Les personnes se lançaient des sourires entendus. Et ce pauvre, pauvre Shotaru bombait le torse.
La soirée était déjà bien avancée quand Kade sortit de chez Mataka. On avait insisté pour le garder présent, et Kade avait accepté pour gagner des points. Il savait qu’ils essayaient de déterminer en lui quelle sorte de pion il pouvait être. Soumis, imprévisible, dangereux, utile… Kade montrait ses qualités comme autant de cartes dans sa manche, par d’habiles petits jeux de domination. C’était rien, vraiment. Quand il refusa à boire, on le servit néanmoins. Quand on lui proposa à manger, il savait qu’il ne pouvait dire non, mais il dit non néanmoins. Nezu sourit et remarqua que la boîte était vide. Il en fit chercher une autre.
Tsuna était là, adossée au mur. Elle le dévisageait. Depuis toutes ces années, ils s’étaient souvent revus. Ils travaillaient ensemble au sein de la prestigieuse et décriée Flamme Jaune, sur des missions périlleuses. C’était un peu sa seule amie. Celle qui avait percé les ténèbres, le voile de mensonges, pour toucher sa chair nue. Elle ne dit rien et cala son pas sur le sien. Après avoir fait l’amour, ils n’avaient jamais plus rien tenté. Kade avait rencontré d’autres femmes, sans parvenir jamais à s’attacher à elles. Aussitôt étendu sur la couche, les doutes l’assaillaient ; s’il était découvert, sa famille serait détruite, sa vie brisée, il n’aurait jamais la force de tout reconstruire. Aucun ami vers qui se tourner. Cela il le savait. Alors il repartait, souvent sans adieux, comme autant d’histoires inachevées.
Tsuna – Tu ne devrais pas fréquenter ces gens-là.
Kade la regarda. Il lui adressa un sourire énigmatique. Puis lui raconta tout. Tout, tout. Qui il était. Qui l’employait. Ce qu’il cherchait. Pourquoi il le cherchait. Les questions qu’ils se posaient. Qui faisait partie de quoi. Ses doutes, ses peurs, sa rage, sa déception. La crainte vorace d’être seul et abandonné quand il aurait besoin d’être soutenu. Là, Tsuna lui prit la main et l’attira contre elle. Ils s’étaient arrêtés auprès d’une petite maison abandonnée. Kade avait, par réflexe, vérifié à l’aide de l’humidité la présence d’intrus alentour avant de s’ouvrir comme la fleur rude qu’il était. Tsuna écouta tout, ne parla pas. Elle le tenait simplement dans ses bras. Son oreille reposait sur sa poitrine, et il se laissait aller au son de ce cœur qui battait doucement, sans s’emballer, sans que le monde ne s’écroule. Hazi ne serait pas fier de lui, ça non. Mais qu’Hazi aille se faire foutre, juste cette fois.
Quand le flot de parole mourut, Tsuna demeura là à le bercer. Elle lui dit qu’elle serait là le jour où il déserterait. Et qu’elle serait là, le jour où il reviendrait, pour plaider sa cause. Et qu’elle ne l’abandonnerait jamais, jamais. Parce qu’il était un être exceptionnel qui avait choisit une voie insupportable. Ils se séparèrent et Tsuna conserva leur secret.
Privé de son maître, Kade se retrouva à faire de nombreuses missions. Shotaru était devenu le… mizukage… de Kiri, et Nezu ménageait son protégé. Ils se voyaient de plus en plus fréquemment. Un jour, Kade s’arrêta au petit village de Shinagawa. Il se lia d’amitié avec un homme qui portait haut sa cinquantaine, Kajima.
Puis il rencontra Hatsuyo. Il oublia ses bonnes résolutions, et l’embrassa ; il oublia son souhait de ne pas s’attacher, et l’aima ; il oublia sa mission, et lui fit un enfant ; il oublia son devoir, et lui en fit un autre ; il oublia la vie, et l’appela Haya.

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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IV – La Volonté N’en A Qu’un Seul
Voir ses filles grandir, son plus grand bonheur. Voir Hatsuyo dépérir, sa béance.
Elle savait tout, ou presque. Il n’avait pu lui mentir. Avec cet instinct, elle l’avait percé à jour. Les années s’étaient étirées, au cœur d’intrigues épaisses. A présent, Nezu dirigeait le village de Kiri à travers différents intermédiaires. Cela occupait une grande partie du temps de Kade, qui était obligé de quitter ses jeunes filles. Haya et Kaoru étaient adorables, pleine de vie et de charme. Pourtant, en les regardant, il se prenait parfois à espérer ne pas leur avoir donné assez de ses gènes pour transformer leurs vies. Elles méritaient mieux. Elles méritaient d’accéder au bonheur, à la stabilité. De trouver l’amour, d’avoir des émois d’adolescentes. De voler des baisers dans les jardins, et de rêver à leur avenir. Elles avaient le droit de vivre, enfin. Ce droit élémentaire pouvait leur être brusquement retiré à cause d’un gène de trop. Un gène de trop.
Kajima était un ancien shinobi. Kade l’avait senti chez lui. Un informateur de Kiri, à la retraite, en quelque sorte. Ils discutaient longtemps ensemble. Kade lui avouait craindre pour Hatsuyo, qu’un jour elle partirait sans se retourner, que sa tristesse paraissait un puits sans fond qu’il ne parviendrait jamais à combler. Elle le lui avait dit. J’ai épousé un vaurien, un menteur, un homme qui peut mourir demain. Je ne pleurerais pas le jour de ta mort, parce que tu es déjà mort quelque part, pour moi. Elle lui avait dit cela pour le blesser. Et elle avait réussi.
Ni Kajima ni Tsuna n’avaient de solutions à lui proposer. Tsuna lui avoua que le mieux, s’il l’aimait, était de réellement tout arrêter. Ce n’est pas trop tard, avait-elle murmuré à son oreille. Ce n’est pas trop tard. Tu peux aller voir Hazi, lui dire que tu arrêtes, que tu aspires à une vie honnête, avec une belle femme et de superbes filles. Lui dire que tu l’as bien mérité. Que Nagata survivra, mais que le Lotus Pourpre se flétrira. Mais Kade n’en fit rien. Il avait sacrifié beaucoup pour en arriver là. S’il partait maintenant, sa famille serait réellement en danger. Nezu était un homme puissant. Il saurait pour sa trahison, même si Hazi ne parlait pas. Et alors, Kade n’était pas sûr d’être assez fort pour les protéger. Jamais il ne permettrait qu’on touche à ses petites filles. Jamais, tant que sa poitrine aura assez de force pour se soulever.
Puis vint le jour de sa désertion. Il en avait parlé à Nezu et les autres. Leur pouvoir était encore solidement ancré, il fallait profiter de leur force pour leur faire croire qu’ils pouvaient se passer de lui. Le plan était en marche. Nezu avait appris pour sa passion au sujet de Nagata, le monstre sanguinaire de Yukan, la petite île. Il lui avait sourit et lui avait dit qu’il pouvait le faire entrer auprès de lui, peut-être, car ils se connaissaient. Kade avait seulement dit que cela serait une proposition à étudier. Tout était en place. Il suffisait de sauter le pas. Sauter le pas…
De nouvelles années s’écoulèrent. Hazi s’impatientait. Il sentait l’empreinte de la mort durcir dans son cœur. Avant de partir, il souhaitait savoir que tout était en ordre pour l’achèvement final, même s’il n’y assisterait pas. Sa longévité extraordinaire ne laissait d’étonner son entourage, mais Kade, pour l’avoir beaucoup fréquenté, savait que le vieil homme faiblissait.
Puis le jour arriva. Haya avait sept ans désormais, c’était une jolie petite fille qui gonflait son cœur de bonheur. Kaoru en avait douze, et elle était déjà amoureuse. Et la petite dernière, Musaraki, en avait cinq. Elle avait de grands yeux à faire fondre n’importe qui. Hatsuyo s’attachait à ses filles, mais Kade pouvait sentir son enthousiasme mourir. Ses enfants, pourtant, faisaient tout pour la rendre heureuse, sans même s’en apercevoir. Et il y avait Yuma également. Ce n’était pas leur fils de sang, Kade l’avait rencontré un jour en mission. C’était un shinobi de Kiri, lui aussi, bien qu’il ait pris ses distances avec le village. Il n’accomplissait plus de missions, il ne visitait plus le village. Personne n’allait à sa recherche. La vérité était qu’il avait déserté. Il ne le disait jamais ainsi. Mais Yuma partageait le sang de Kade. Il manipulait les eaux lui aussi, et avec talent. C’était comme son frère, son jeune frère. Et c’est pour cette raison qu’on ne l’avait pas poursuivi ; Shinobu refusait de donner la chasse à ceux qui appartiennent à sa famille. Il n’avait pas chassé son frère, après tout…
Kade se dit que cela n’avait que trop duré. Il contacta Hazi. L’homme le serra presque dans ses bras. Puis il contacta Tsuna. Quand elle entra, il était en train de rayer le sigle de Kiri de son bandeau. Elle le regarda faire en silence. Il observa le résultat de ses efforts, et la présenta à Tsuna. Celle-ci l’observa sans ciller.
Tsuna – Tu pars demain ? … Tu es sûr de ce que tu fais ? Non, bien sûr, tu n’es pas sûr.
Kade lui adressa un petit sourire.
Tsuna – Etrange, non ? Comme l’histoire se répète. Un nouveau traître dans la Flamme Jaune… Et encore une fois, le membre le plus puissant.
L’homme déglutit, et se plongea dans la contemplation de son bandeau. Il releva les yeux sur Tsuna.
Kade – J’imagine que c’est un coup du sort… Peut-être qu’un jour Darucha viendra me voir, et me demandera où est la justice dans ce que j’ai fait. Je ne saurais pas quoi lui répondre, je crois.
Tsuna se leva et fut sur lui avant qu’il n’ait pu faire un geste. Elle le serra fort contre elle, comme cette fois-là sur le banc, mais avec une force désespérée dans les bras, dans la poitrine, dans le visage. Elle se serra contre lui comme si elle voulait l’immobiliser, l’empêcher de faire ce qu’il regretterait toute sa vie. Elle pleurait. La sensation de ces larmes muettes couler dans son cou le fit frémir. Il posa ses mains autour d’elle, et lui rendit son étreinte. C’était la dernière fois qu’ils se voyaient. Kade respirait Tsuna. Ses cheveux, son parfum, la texture de sa peau, sa peur et son amour sincère pour lui.
Kade – Je ne veux pas mourir Tsuna… Je suis terrorisé à cette idée. Je… crois que j’ai fait trop d’erreurs. Je n’aurais jamais dû avoir cette maison, avec Hatsu, ni…
Il ne parvint pas à dire qu’il regrettait que ses filles soient nées.
Tsuna – Tais-toi. Ta femme et tes filles sont les seules éléments bons de ta vie. Chéris leur mémoire. Nous allons te protéger, Kade. Nous allons vraiment te protéger. Tu n’es pas seul. Les autorités de Kiri n’enquêteront pas chez toi. Parce que nous avons Kajima avec nous. Tu m’entends, Kade ? Tu pourras rester avec tes filles souvent, et partir seulement de temps en temps, pour accomplir ce qui doit l’être. Alors élève-les, et aime-les comme si c’était la dernière chose que tu devais aimer. Elles ont besoin de ta force plus que nous. Tu m’entends ?
Elle s’était reculée pour le regarder dans les yeux. Ses yeux, plus rouge qu’il ne l’aurait cru, et ses narines qui hésitaient à renifler. Tsuna posa son front sur sa poitrine, et se blottit tout contre lui. Ils restèrent ainsi un moment, un long moment peut-être.
Kade – Oui, je t’entends. J’espère que tu seras heureuse, Tsuna. Tu es quelqu’un de bien. Est-ce que je peux te demander quelque chose ?
Tsuna acquiesça silencieusement.
Kade – N’oublie pas mon nom. Et s’il m’arrive quelque chose, donne à ma femme et à mes filles la vie qu’elles devraient avoir.
Kade observa la rayure nouvelle sur son bandeau.
Kade – Une vie heureuse.
*****
La fuite ; personne n’était à ses talons. Il progressait rapidement, les sens en alerte. A mesure que les paysages défilaient, Kade repensait à tout ce qu’il quittait alors, tout ce qu’il ne reverrait jamais. La fontaine de Kiri, à laquelle il buvait après s’être entraîné. Le visage de Shinobu, tour à tour soucieux et paisible. Hazi, et son détestable sourire, Nezu et son aura malsaine. Les murs blancs et gris du village, les murs au sein desquels il avait grandi. Tsuna… Qui méritait mieux comme ami qu’un homme marqué du sceau du destin.
Kade arriva finalement Shinagawa. En rentrant, il embrassa Hatsuyo et rangea son bandeau dans un tiroir. Sa femme, un peu malade, le regarda faire avec surprise. Kade lui sourit et lui dit qu’il prenait quelques semaines de vacances. Il retrouva une étincelle qu’il avait crue perdue à jamais dans les yeux de sa femme, une étincelle qui se rapprochait de l’espoir. Néanmoins, cet espoir fut également trompé au fil du temps. Kade ne s’absentait pas souvent, mais il s’absentait longtemps. Plusieurs semaines passaient sans qu’il ne daigne réapparaitre.
Hatsuyo n’avait le droit à aucune explication et elle n’était pas sûre de vouloir les entendre. Kaoru devenait une belle jeune fille, et Haya essayait comiquement de ressembler à sa grande sœur. Elle s’occupait remarquablement de Murasaki, pour son âge, son attention était étonnante. Quand Haya fêta ses dix ans, Kade n’était pas là. Quand elle demanda pourquoi, Hatsuyo fondit en larmes. Elle ne parvint pas à s’en empêcher. Elle se souvenait encore des yeux de sa fille, qui l’observait sans comprendre, écarquillés et effrayés d’avoir dit quelque chose de mal. Hatsuyo aurait aimé la serrer contre elle pour lui expliquer, lui dire que son père était l’un de ces hommes qu’il fallait fuir, un triste héros. Les héros sont beaux dans les contes, mais terribles dans la réalité. Et douloureux… Mais elle ne dit rien, s’essuya les yeux, et changea de sujet. Et si tu ouvrais tes cadeaux, ma belle ? Alors Haya s’était levée et soulagée d’échapper à une situation qu’elle ne comprenait pas, elle découvrit avec plaisir ses cadeaux. Quand son père rentra, elle se jeta sur lui comme si de rien n’était et sans doute avait-elle oublié cet incident. Mais Hatsuyo en voulait à Kade de l’enfermer dans cette situation détestable. Sa rancœur pour lui croissait comme croit un champignon malsain.
Kade lui expliqua de toutes les façons possibles. Il lui disait qu’il devait travailler pour gagner de l’argent et leur permettre de vivre décemment, mais Hatsuyo lui répondait qu’elle préférait mille fois l’avoir lui plutôt que la maison. Elle lui rappelait ce qu’elle avait aimé chez lui, quand il l’avait embrassé, ce qu’elle aimait toujours aujourd’hui et ce qui la faisait souffrir. Et bien sûr, Hatsuyo savait que son époux souffrait autant qu’elle sinon plus d’infliger cela à la femme qu’il aimait, et à ses filles qu’il voulait voir grandir comme tout père. Et Kade savait que les arguments qu’il avançait (l’argent, le travail) étaient faux et mensongers. Il faisait cela pour se sentir vivre, pour aider le village qui l’avait aidé, pour accomplir quelque chose, quelque chose de grand. Il s’était renseigné sur Nagata. Cet homme était un monstre. Cela faisait des années qu’il pratiquait des bains de sang terribles, en toute impunité, et personne n’osait se dresser face à lui. Il tuait tout ; ses servants, des enfants, des guerriers. Tout ce qui lui faisait envie.
Kade allait le tuer. Kade serait celui qui retirait sa tête de son cou de serpent.
Hatsuyo mourut la première sans faire de bruits. Kade le sut tout de suite. Il avait vu suffisamment de cadavres pour savoir quand il en avait un devant lui. Elle s’était assoupie fatiguée la veille. Est-ce que le désespoir est une cause de mortalité ? Est-ce qu’elle a pu décider son cœur à ne plus battre, aura-t-elle réussi à vaincre l’instinct animal de la survie ?
Rien que pour le briser une dernière fois ?
Kade pleura ce jour-là. Il sentit à nouveau le goût salé de ses larmes, et cela remontait à loin dans ses souvenirs. Ses filles apprirent pour leur mère. Murasaki pleura, mais pas les deux aînées. Sans doute en voulaient-elles à leur mère d’avoir présenté ce triste visage toutes ces années. Yuma rentra ce jour-là. Il accueillit la nouvelle avec respect. Il savait ce que cela signifiait ; les filles auraient besoin de lui. Haya l’enlaça, et il lui caressa les cheveux. Il serait là pour elle.
Yuma – Je te dois au moins ça, Kade. Je veillerai sur elles quand tu devras t’absenter.
Yuma cacha son don avec les eaux, et rien ne le distinguait d’un jeune homme normal. Il jouait avec les filles, il leur arrivait de discuter des journées entières et il s’attacha davantage encore à elles. Quand Kade l’avait trouvé, il allait mourir. Mais le shinobi avait reconnu en lui l’un de ses frères. Il le protégea et Yuma put s’établir à Shinagawa, dans une petite maison en retrait du village, à la façon de Kade.
Ce dernier profita de ses filles autant qu’il le put. Ce qui était terrible, c’était qu’elles l’aimaient chaque jour un peu plus et que l’heure du départ approchait. Tsuna allait intervenir une dernière fois. Ils n’auraient pas le temps de se dire adieu. Car ils seront ennemis lorsqu’ils se verront au port. Il fallait que le mensonge soit parfait. Un mensonge trop parfait a tendance à ressembler à la réalité…
Quand Kaoru fêta ses dix-sept ans, Kade sut qu’il était temps de partir. Nagata avait annoncé la tenue d’un nouveau tournoi sanglant. Cette fois-ci, Kade y participerait. Cette fois-ci, ce serait le tout dernier. Sa mission touchait à sa fin. Vaincre ses ennemis, ne pas craindre sa destinée…
Un enfant, un héros, un souhait, un rêve, un cœur, une vie, une victoire, enfin.
Dernière édition par Haya Sasaki le Mer 22 Juil - 18:58, édité 1 fois

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V – Les Derniers Regards
Le port Dashida.
Anciennement, un repaire de ruffians et de pirates. Il s’agissait alors d’une tête de pont qui servait de passage à des bandes importantes, et qui leur permettait soit de rejoindre les îles, cibles aisées, soit de s’attaquer aux côtes de l’île principale. Une entreprise sensiblement plus dangereuse après la création de Kiri et de sa force armée, les ninjas. Finalement, le port Dashida fut brûlé par les forces kiréennes et reconstruit des années plus tard. Ce sont les honnêtes marchands qui en profitent aujourd’hui.
Et les déserteurs en fuite. Kade resserra sa capuche. Il pouvait sentir le bandeau dans sa poche intérieure. Immobile dans un coin sombre, il observait les allers et venues des badauds, ainsi que l’embarquement d’une troupe de marchands dans un bateau imposant. L’air frais de l’après-midi finissante lui caressait les joues.
En partant, il avait pris chacune de ses filles dans ses bras. Kaoru avait résisté, un peu, prétextant qu’elle avait passé l’âge mais lui murmurant de faire attention à lui. Cela le toucha plus qu’il ne le pensa. Haya ne se fit toutefois pas prier pour l’enlacer. Elle semblait souffrir de ses quelques absences, et elle savait que celle-ci durerait quelques temps. Kade avait promis ; pas plus de deux mois. Le tournoi durait un peu moins. Le temps de rejoindre l’île, il n’aurait pas même commencé. Et alors la partie commencerait. Murasaki avait cessé de bouder. Elle avait treize ans à présent. Kade s’était promis d’assister à son adolescence, la voir grandir et s’épanouir. La jeune fille lui dit qu’elle penserait à lui, puis Kade se redressa. Il prit Yuma par les épaules et l’amena contre lui. Tout bas, si bas, il murmura seulement :
Kade – Si quelque chose se passe mal, je te contacterai pour que tu prennes soin d’elles.
Yuma hocha la tête en silence, avant de lui souhaiter bonne chance et un bon voyage. Il savait bien sûr que son voyage ne serait pas bon, car il était prévu qu’il ne le soit pas. Se confectionner un masque lui avait pris presque vingt cinq ans à présent. Il n’allait pas se faire avoir pour quelques finitions.
Kade rejoignit sans mal Dashida. Le petit port au sud ouest de Kiri l’amènerait sur l’île maudite de Nagata. La ville en parlait beaucoup ; d’après les rumeurs, des bateaux entiers se dirigeaient là-bas pour assister au spectacle. On parlait des personnalités qui allaient prendre par aux combats, on vantait les mérites passés de certains autres. Kade avait longtemps étudié tout cela. Chaque année, avec la précision d’un horloger, Hazi lui faisait parvenir le nouveau rapport sur le massacre de Yukan. On y dénombrait les morts, les champions, les épreuves, toujours plus perverses et sauvages. Quelle serait l’épreuve, cette année, Nagata ? Qu’est-ce que tu invoqueras pour arrêter ma lame ?
Kade ne quittait pas le port des yeux. Ils apparurent. L’équipe de Kiri, dirigée par cette chère, cette très chère Tsuna. Celle-ci regardait alentour. Elle le cherchait. Elle voulait un petit moment d’intimité, même de loin, pour lui dire adieu avant de lâcher les chiens sur lui. Il fallait que tout soit parfait. Qu’il soit traqué jusqu’à la toute fin. Nagata, cet imbécile, marcherait.
Kade s’avança. Je suis désolé, Tsuna. Nous n’aurons pas le temps de nous saluer. Chasse-moi, désormais. Je vous attends. Il laissa sa capuche tomber dans son dos. Tsuna l’avisa à ce moment. Leurs yeux se croisèrent. Son amie lui adressa un sourire sincère et aimant, dans lequel Kade pouvait lire bonne chance, car tu en auras besoin dans l’antre du démon. Elle secoua insensiblement la tête et cria, la voix ferme et tranchante. Les shinobi réagirent promptement. L’un d’eux dégaina sa lame ; ils s’élancèrent.
Kade – Suiton… Naikai. (Mer Intérieure)
D’un geste ample, Kade battit sèchement l’air. Le sol trembla. Deux shinobi ralentirent, pas le troisième. Le pont principal explosa sous l’impulsion d’une pointe d’eau dense, qui éventra également le port. Les pierres jaillissaient de leur gangue, retombaient des dizaines de mètres plus loin. L’eau se répandit tout autour de Kade en d’énormes flaques. Les mains de ce dernier se joignirent.
Kade – Reculez, imbéciles.
Tsuna fondit sur lui. Tout devait être parfait.
Kade – Adieu, amie, murmura-t-il si bas que lui-même ne fut pas certain de s’être exprimé à haute voix.
Des geysers d’eaux explosèrent là où reposaient les flaques. Ils balayèrent deux des shinobi, puis se redressèrent comme de longs serpents malveillants. Kade ne quittait pas Tsuna du regard. Elle s’était arrêtée, la tête levée comme si elle contemplait le couperet du bourreau. La kunoichi baissa le menton pour regarder une nouvelle fois son ami. Les shinobi l’appelaient par son nom. Attention, attention ! Il va te tuer, disaient-ils. Bouge ! Bouge de là !
Kade – BOUGE DE LA !
Les eaux l’écrasèrent sans qu’elle ne puisse esquisser le moindre geste. Les dalles sautèrent sous le choc, et Kade entendit distinctement un cri survoler le tumulte. Le corps de Tsuna rebondit des dizaines de mètre plus loin, plus mort que vif. Elle remua un peu pour se tourner vers lui. Kade secoua la tête ; elle était têtue. Il rabattit son manteau et s’élança en direction de l’un des bateaux déjà au loin. Le pont avant se rapprochait, ou ce qu’il en restait. On lui donnait la chasse, une nouvelle fois, pour venger le chef tombé au combat. Kade sauta sur la surface de l’eau, et courut sur l’eau encore agitée.
Kade – Suiton, Suishi. (Noyade)
Sans regarder les shinobi, Kade poursuivit sa route. Seuls ses pas étaient audibles désormais, et le cri d’horreur derrière lui confirma ses soupçons. La chasse était finie, le gibier s’enfuyait. Il arrêta sa technique avant que ses poursuivants ne meurent et bondit sous la proue du navire. De là, il se tourna une nouvelle fois vers Dashita. La masse de personnes assemblées pour observer les shinobi était impressionnante, pour un si petit village. Tsuna était restée à terre, mais elle vivrait. Kade ferma les paupières. Demain, il serait à Yukan. Toute sa vie tendait vers cet instant unique. Un instant sans gloire, sans éclat. Son nom serait à jamais maudit par Kiri et les classes dirigeantes. Il avait pris le nom de Sasaki pour préserver ses enfants, si jamais cela se passait mal. Beaucoup le connaissaient, hélas. Si jamais un shinobi s’aventurait chez lui, à Shinagawa, et découvrait des photos de lui… alors sa famille ne serait plus en sécurité. Tout, mais pas ninja, mes chéries. Tout. Je me suis battu pour payer la dette que j’avais envers Kiri. Le village me détestera et sans le savoir, me bénira en même temps. Si cela doit se passer ainsi, alors c’est très bien. Mais ne vous aventurez pas là où j’en suis, car vous perdriez bien plus que votre seule vie. Vous perdriez votre mémoire, vos amis, votre famille, l’essence de votre vie. Vous deviendrez la vaine coquille que je suis, la coquille qui doit accomplir son destin pour à nouveau se mouvoir.
Kade dormit dans une petite cache, bercé par le son des vagues qui frappaient doucement la coque du navire. C’était un bateau marchand, cela ne faisait aucun doute. Personne ne l’avait vu arriver, curieusement. S’ils avaient vu l’explosion, ils ne s’étaient pas souciés de savoir ce qui se passait ensuite. Cela évitait d’avoir à les menacer. Kade était concentré, quand l’aube se leva. Les terres approchaient. Yukan, l’île du démon. L’esprit de Nagata planait sur ce petit lopin de terre depuis trop longtemps.
Nagata avait commencé à gouverner très tôt. On dit que ses parents le choyèrent dans ses premières années, mais quand sa mère mourut, son père commença à sombrer. Il ne s’occupait plus de son fils, et le soleil de ce dernier s’éteint. Il avait toujours été un petit garçon tumultueux. La perversité, chez lui, n’apparaissait pas autrement que chez d’autres enfants similaires. Il éprouvait du plaisir à écraser les doigts de ses amis, et de couper les cheveux des filles. Mais on raconte qu’un jour, son père discuta avec lui dans son bureau. Ils parlèrent longuement et si la discussion ennuya le petit garçon, il n’en montra rien car de tels moments étaient rares. Lorsqu’il sortit, il s’appuya contre la porte, soulagé d’en avoir fini. Puis il entendit le corps tomber. Poum… Il s’en souvenait parfaitement. En rentrant, il découvrit son père, les yeux ouverts, la gorge béante et le sang… le sang partout. Il s’agenouilla calmement, et observa son père mourir. La gorge de l’homme gargouilla plusieurs longues secondes, avant que sa poitrine ne cesse de battre. Nagata toucha la joue de son père et sut qu’il était mort à son tour. L’île était gérée par sa famille depuis longtemps. Après l’enterrement, il comprit que cela lui appartenait. Il comprit que la vie de ces hommes et de ces femmes qui venaient lui présenter leurs condoléances, lui appartenait.
A lui tout seul.
Le bateau amarrait. Kade jugea le moment opportun pour prendre congé, et se laissa tomber dans l’eau. Il marcha dans l’ombre du navire jusqu’au pont, passa dessous, et rejoignit la grève. Il se fit la remarque qu’il n’avait pas imaginé Yukan ainsi. Il s’attendait à voir d’épais nuages noirs, des mines abattues, des morts dans les rues. Rien de cela. Juste le visage normal d’une île normale. Mais Kade était passé par trop d’illusions pour se laisser berner. Les sourires de façades ne parvenaient pas à le convaincre. Au loin, au dessus d’un haut promontoire rocheux, apparaissait les murs du palais de Nagata. Rouge et or, ils s’élevaient vers les cimes sans parvenir à les toucher. La route étroite et sinueuse qui y menait semblait plus proche qu’elle ne l’était en réalité. Kade n’était pas pressé de l’atteindre, aussi décida-t-il de s’arrêter sur la terrasse d’une petite auberge.
Il la sentait. L’odeur de la mort. Fragrance délicate et empoisonnée. Des visages goguenards se tournèrent dans sa direction, puis se désintéressèrent. Ces trois-là participeraient au tournoi, c’était certain. Oh, il y avait bien plus à gagner que juste de l’argent, même si le montant de la somme suffise à justifier la plupart des ambitions. Le vainqueur devenait quelqu’un d’important, avec des terres et des serviteurs s’il le désirait. Parfois, Nagata exauçait l’un de ses souhaits. On disait qu’il pouvait tout accomplir, que ce soit grâce à sa richesse ou grâce à son influence. Il avait des contacts dans le monde entier. C’était un œil et des oreilles, il savait tout ce qui se passait dans le pays et alentour, il connaissait toutes les plus grandes légendes, et même les plus petites. Il brassait énormément de guerriers exceptionnels, et beaucoup de carrière s’achevaient brutalement à Yukan. Tout ça pour sa distraction, comme s’il jouait avec des petites figurines de bois. Kade serra la lame accrochée à l’intérieur de son manteau. Son wakizashi reposait sur la table, et la longue faucille dans laquelle il excellait demeurait toujours à son flanc. On s’était beaucoup demandé pourquoi il n’utilisait pas d’armes plus impressionnantes. Pourquoi il n’avait pas posé ses mains sur les shakujo, ou même sur un katana. Pourquoi privilégier une lame courte, quand on peut en avoir une deux fois plus longues. Ah… Car il était bon dans le wakizashi, et mauvais dans le katana… Et qu’il ne désirait pas avoir affaire aux démons. Pas de pacte qu’il ne pourrait pas tenir. Pas la même erreur que son maître.
Kade finit sa boisson, laissa quelques pièces puis se redressa. Avec une lenteur étudiée, il récupéra son arme qu’il disposa à sa ceinture. Il ne lui restait plus qu’à se présenter aux portes du château. Dans quelques jours, tout cela serait fini. Plus de combat, plus d’enjeux. D’une lame dans la gorge, bien des choses dépendaient. Le geste sûr. Les portes de rapprochaient. Entrouvertes, comme une invitation à la damnation. Kade ne se détourna pas. Des personnes le suivaient, désireuse également de s’inscrire. Il les vaincrait. Il se rapprocherait de Nagata, et le tuerait. Car cela devait se passer ainsi.
Homme – Vous êtes ?
Kade – Kade Kasen.
Le garde sourit.
Homme – Vous avez mis un sacré bordel à Dashida ! Kiri avait la haine. Nagata a dit que vous viendriez. Entrez.
Et moi, j’ai dit que Nagata mourra.

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
Annonceur – Kade Kasen, meurtrier et déserteur de Kiri, qui a anéanti une équipe d’intervention à lui seul pour venir se présenter à Yukan, opposé au géant de Tohoku, l’homme aux mains blanches, le tueur, le monstre : Hishida Kinuri !
Kade ne l’écoutait pas. Il continuait à babiller sans se lasser, à chauffer le public. Les cris, l’excitation, l’odeur de transpiration ; les yeux de son ennemi. Hishida était bien aussi grand qu’on le disait, il devait dépasser Kade de plus d’une tête. Aussi large qu’une porte, impression renforcée par son habitude de rester les bras croisés, il toisait son le Kiréen avec dédain.
Sora, la servante de Kade, ôta timidement la toge cérémonielle de son maître. Elle lui tendit, selon la tradition, son arme – un wakizachi très simple, à peine orné d’un kanji qui symbolisait l’équilibre. Kade observa du coin de l’œil la servante d’Hishida peiner à traîner le gigantesque bâton noir de son maître. Un vrai chef d’œuvre, on disait que son propriétaire ornait d’une spirale son bâton à chaque mort.
Un vrai enchevêtrement insensé.
Kade se tourna lentement vers Nagata Hideyoshi. L’homme le dévisageait, comme s’il était interloqué. Il se fendit d’un sourire malsain.
Annonceur – Et… EN AVANT ! Du sang, des tripes, du plaisir ! Que le plus mauvais crève éventré !
Kade tira son arme d’un mouvement sec, et fonça.
Femme – Nous allons vous fournir une servante, vous savez comment marche le tournoi, un peu ?
Kade – Non. Je pensais qu’on tuait des gens.
La femme eut un sourire poli.
Femme – Pas ici, mais plus tard, oui. Non, voici Sora. Cela fait plusieurs années qu’elle s’occupe de guerriers pour cette occasion, si vous avez des questions n’hésitez pas. Elle est là pour vous servir mais, je vous en prie, ne la frappez pas. Le dernier lui a fait sauter des dents, l’horreur.
Kade détailla rapidement la jeune fille qui se tenait en retrait. Elle était habillé très cérémonieusement d’un yukata rose très seyant, quoiqu’un peu vulgaire ; il laissait exagérément les seins ressortir et semblait si serré à la taille qu’il serait surpris que la dénommée Sora puisse seulement souffler un mot.
Kade – Je n’en ai pas l’intention. Après tout, on ne chie pas dans son lit, à ce qu’on dit.
Il salua la femme censée coordonner les événements, et s’éloigna en direction de sa chambre. Il remarqua, légèrement agacé, que Sora le suivait en silence. Elle ferait une très bonne assassin. Discrète, timide, on n’y faisait presque pas attention – hormis un regard distrait et automatique de mâle. Sans doute cela entrait-il dans ses possibilités. Ce serait ennuyant de l’avoir dans les jambes tout le temps. Elle risquait de percevoir quelque chose. Kade n’était pas un imbécile, connaissant Nagata, aucune chance que cette timide jeune fille soit simplement sa putain. Elle était l’œil du maître dans sa chambre.
Il serait aveugle.
La porte s’ouvrit sans forcer. La pièce elle-même était agréable : fenêtre sur la petite cour parfaitement entretenue de l’extérieur, le soleil se réfléchissait doucement sur le parquet lustré, une couche propre et confortable était étendue dans un coin. Quelques meubles, également luisants et vides, reposaient discrètement contre les murs. Kade déposa son arme sur une petite armoire, et retira son manteau qu’il tendit à Sora. La jeune fille le saisit promptement et le rangea dans un placard. Elle indiqua qu’elle pouvait le laver aussi. Ne voyant pas quoi répondre, Kade ne dit rien.
Il s’assit sur sa couche, en tailleur, et prit le soin d’observer cette intruse. Elle ne devait pas avoir plus de dix-neuf ans. Comme ça, il lui aurait donné dix-sept. L’âge de Kaoru… Le silence s’installa mais, sans se l’expliquer, Kade ressentit le besoin de discuter.
Kade – Tu as quel âge ?
Sora – Vingt ans.
Kade – En vrai…
Sora – Dix-huit.
Kade acquiesça puis, après une hésitation, demanda :
Kade – Tu pensais que j’aimerais te savoir plus âgée ?
Sora haussa les épaules, faussement gênée, mais son sourire indiquait qu’elle était bien plus professionnelle qu’elle ne voulait bien le montrer.
Sora – Certains sont plus excité quand je leur dis que j’ai seize ans, d’autre vingt-deux, ça dépend.
Kade – Tu ne représentes pas le moindre intérêt sexuel pour moi. Je n’ai pas besoin d’une putain.
Sora écarquilla les yeux, choquée puis vexée, bien qu’elle essayât de le cacher. Elle ne répondit rien, s’attachant à regarder ailleurs. Kade étudiait sa proie ; il fallait la cerner avant de savoir qu’en faire. Aussi n’en avait-il pas fini avec elle.
Kade – Tu as déjà tué quelqu’un.
Sora – Non !
Kade – Si. Tu ne t’en rends pas compte, mais tu interagis étrangement avec les gens. Comme si tu détenais un pouvoir sur eux. Tu essayes de jouer à la servante, mais tu es une meurtrière. Crois-moi, tu ne détiens pas le moindre pouvoir sur moi.
Sora eut peut-être son premier vrai sourire ; un sourire frais et ironique à la fois, un sourire de belle garce, mais d’une douce ; une garce qu’on pouvait serrer dans ses bras sans s’attendre à sentir une lame s’enfoncer dans son foie.
Sora – Si c’était le cas, vous essaieriez un peu moins de vous en persuader.
Kade – Correct. Je veux savoir qui va rester à ma porte toute la nuit, pour savoir si je vais pouvoir dormir ou pas, cette nuit. D’après ce que je vois, tu ne présentes aucun danger pour moi, mais je n’ai jamais aimé sous-estimé qui que ce soit.
Sora – Vous avez raison. Je suis tout pour vous, vous devez me croire ; votre amie, votre gardienne, votre amante, votre mère, votre servante. Tout ce que vous voulez.
Kade regarda dehors. Certains des concurrents profitaient du soleil, dans le jardin. Sensation singulière que de se dire que demain, ils mourraient peut-être de sa main !
Kade – Une poupée qui parle... On n’arrête pas le progrès.
Sora souriait. Elle s’était considérablement détendue pendant la conversation, dévoilant peu à peu son vrai visage. Kade savait, d’instinct, que c’était là son vrai visage, et non un nouveau masque. Sora ne semblait pas suffisamment intelligente pour cumuler les masques. Du moins, c’était la sensation qu’elle laissait. Cacher son génie est difficile, les génies sont souvent peu portés sur l’humilité. Ils se sentent obligés de montrer à tous combien ils sont exceptionnels. Un génie de la dissimulation finira par se trahir, pour des yeux avertis et c’est pour lui tout le piquant.
Mais Sora n’était pas un génie. C’était une jeune fille sans avenir, qui avait vécu un calvaire abrutissant et qui, pour les années à venir, continuerait à dépérir plus vite que de raison. A trente ans, si elle arrive jusque là, elle ne vaudra plus rien et sera donné aux chiens du propriétaire, une fois qu’un client l’aurait frappé trop fort.
Sora – Je vous aime bien. Vous êtes honnête. J’espère que vous gagnerez.
Tu dis ça à tout le monde, même à ceux qui t’ont cassé le dos…
Hishida, suspendu ; la grâce d’un instant. Le mouvement, ample, généreux. Le bâton l’évita de peu.
Kade passa sa manche sur sa bouche. La transpiration collait à ses vêtements. Il serra mécaniquement son arme. Elle ne lui serait pas utile face à ce type d’adversaire. Hishida restait vif malgré sa masse et s’approchait n’était pas une bonne solution.
Tant pis pour les apparences. Kade n’était pas prêt à tout abandonner par souci de discrétion.
Kade – Suiton… Jobasha Samusan.
Les yeux de Kade s’étaient teints d’une lueur bleue surnaturelle, d’une pureté troublante. Il demeura là, tandis que l’air se refroidissait autour de lui. Hishida fronça les sourcils, mais ne bougea pas. Lentement, le sol se recouvrit d’une importante couche de gel. Des acclamations fusaient dans la foule ; ils adoraient les techniques ninja, surtout celles qu’ils ne connaissaient pas.
Ces paysans vulgaires ne risquaient pas de connaître la légende des Trois Cavaliers du Gel.
Les silhouettes émergèrent de la terre blanche. L’une, à la gauche de Kade, énorme, équipée d’un bouclier rond aussi haut qu’un homme. Son visage était dépourvu de détail, mais il avait une apparence humaine. Il exhalait un souffle gelé de tout le corps, les esprits les plus sensibles sentaient probablement sa méchanceté authentique leur hérisser la peau. Il frappa avec force son bouclier à six reprises et poussa un hurlement terrifiant. Une nouvelle forme apparut. Du même bleu gelé, équipé cette fois-ci d’une épée colossale, l’homme était tout aussi grand. A la droite de son invoqueur, il se tenait campé sur ses jambes, prêt à frapper, vigilant comme la tour des sentinelles. Sa figure ressemblait davantage à un homme ; on pouvait distinguer un semblant de sourire sauvage sur ses lèvres glacées.
Un dernier cavalier émergea, derrière Kade. Plus large que les deux autres, il paraissait prier sereinement. Ce qui semblait être un trident reposait à ses côtés, partiellement enfoncé dans le sol. D’une voix sérieuse et gutturale, il déclara solennellement :
Zochoten – Zochoten, Roi Gardien du Sud.
Les deux autres répondirent de concert.
Jikokuten – Jikokuten, Roi Gardien de l’Est, grogna celui qui portait le sabre.
Komokuten – Komokuten, Roi Gardien de l’Ouest.
Hishida observait cela d’un air interdit. La technique, imparfaite, ne lui permettait pas de profiter de la force du dernier des Rois Gardiens, celui du nord, Tamonten. C’était regrettable, la vraie puissance de la technique se révèle, dit-on, lorsque chaque Roi est présent. Il s’agissait là du plus ancien héritage que son sang pouvait lui donner, une technique créée par la famille Kasen, une technique redoutable, mais Kade était confiant. Il ne pouvait pas battre Hishida autrement, sans trop puiser dans ses réserves. Il ne lui servait à rien de conserver sa puissance. Il fallait qu’on le craigne, qu’on le sache sérieux, qu’il amuse et intrigue Nagata.
Kade – Rois, honorez le serment scellé du sang de ma famille. Exterminez mes adversaires, cette fois encore.
Jikokuten – Votre désir…
Il s’approcha d’un pas.
Jikokuten – ... EST UN ORDRE !
Kade ferma les yeux et serra les dents. Le gel remontait lentement dans ses membres. Ce n’était pas un froid anodin. C’était celui de la mort. Il rongeait peu à peu sa chair, avec la patience du vers qui sait qu’il a toute l’éternité. Quand il atteindrait son cœur, Kade appartiendra aux Cavaliers, à jamais. Ils l’absorberaient, afin de se partager sa force. Le gel montait de plus en plus vite, comme s’il retenait le parcours, comme s’il apprenait à déjouer les pièges. Il était tranquillement logé sur la cuisse de Kade.
C’était un peu comme pénétrer dans une eau glaciale. C’est désagréable, et le seul moyen de contourner cette gêne est de s’enfoncer brutalement dans l’eau, sans y penser. Il devait combattre cette envie naturelle. Ne pas ouvrir la porte de son cœur au gel, mais le combattre de toute la force de sa volonté. Un mouvement, et il mourrait. Il restait par conséquent immobile, les yeux clos, se remettant entièrement aux Trois Cavaliers pour empêcher Hishida de l’atteindre. Il n’y avait plus d’adversaires, plus de tournoi, plus de mission.
Rien que le gel et son esprit, deux forces auxquelles il était impossible de résister.
Je ne mourais pas aujourd’hui. Vous m’appartenez. Obéissez-moi, encore une fois.
Kade ne l’écoutait pas. Il continuait à babiller sans se lasser, à chauffer le public. Les cris, l’excitation, l’odeur de transpiration ; les yeux de son ennemi. Hishida était bien aussi grand qu’on le disait, il devait dépasser Kade de plus d’une tête. Aussi large qu’une porte, impression renforcée par son habitude de rester les bras croisés, il toisait son le Kiréen avec dédain.
Sora, la servante de Kade, ôta timidement la toge cérémonielle de son maître. Elle lui tendit, selon la tradition, son arme – un wakizachi très simple, à peine orné d’un kanji qui symbolisait l’équilibre. Kade observa du coin de l’œil la servante d’Hishida peiner à traîner le gigantesque bâton noir de son maître. Un vrai chef d’œuvre, on disait que son propriétaire ornait d’une spirale son bâton à chaque mort.
Un vrai enchevêtrement insensé.
Kade se tourna lentement vers Nagata Hideyoshi. L’homme le dévisageait, comme s’il était interloqué. Il se fendit d’un sourire malsain.
Annonceur – Et… EN AVANT ! Du sang, des tripes, du plaisir ! Que le plus mauvais crève éventré !
Kade tira son arme d’un mouvement sec, et fonça.
*****
Femme – Nous allons vous fournir une servante, vous savez comment marche le tournoi, un peu ?
Kade – Non. Je pensais qu’on tuait des gens.
La femme eut un sourire poli.
Femme – Pas ici, mais plus tard, oui. Non, voici Sora. Cela fait plusieurs années qu’elle s’occupe de guerriers pour cette occasion, si vous avez des questions n’hésitez pas. Elle est là pour vous servir mais, je vous en prie, ne la frappez pas. Le dernier lui a fait sauter des dents, l’horreur.
Kade détailla rapidement la jeune fille qui se tenait en retrait. Elle était habillé très cérémonieusement d’un yukata rose très seyant, quoiqu’un peu vulgaire ; il laissait exagérément les seins ressortir et semblait si serré à la taille qu’il serait surpris que la dénommée Sora puisse seulement souffler un mot.
Kade – Je n’en ai pas l’intention. Après tout, on ne chie pas dans son lit, à ce qu’on dit.
Il salua la femme censée coordonner les événements, et s’éloigna en direction de sa chambre. Il remarqua, légèrement agacé, que Sora le suivait en silence. Elle ferait une très bonne assassin. Discrète, timide, on n’y faisait presque pas attention – hormis un regard distrait et automatique de mâle. Sans doute cela entrait-il dans ses possibilités. Ce serait ennuyant de l’avoir dans les jambes tout le temps. Elle risquait de percevoir quelque chose. Kade n’était pas un imbécile, connaissant Nagata, aucune chance que cette timide jeune fille soit simplement sa putain. Elle était l’œil du maître dans sa chambre.
Il serait aveugle.
La porte s’ouvrit sans forcer. La pièce elle-même était agréable : fenêtre sur la petite cour parfaitement entretenue de l’extérieur, le soleil se réfléchissait doucement sur le parquet lustré, une couche propre et confortable était étendue dans un coin. Quelques meubles, également luisants et vides, reposaient discrètement contre les murs. Kade déposa son arme sur une petite armoire, et retira son manteau qu’il tendit à Sora. La jeune fille le saisit promptement et le rangea dans un placard. Elle indiqua qu’elle pouvait le laver aussi. Ne voyant pas quoi répondre, Kade ne dit rien.
Il s’assit sur sa couche, en tailleur, et prit le soin d’observer cette intruse. Elle ne devait pas avoir plus de dix-neuf ans. Comme ça, il lui aurait donné dix-sept. L’âge de Kaoru… Le silence s’installa mais, sans se l’expliquer, Kade ressentit le besoin de discuter.
Kade – Tu as quel âge ?
Sora – Vingt ans.
Kade – En vrai…
Sora – Dix-huit.
Kade acquiesça puis, après une hésitation, demanda :
Kade – Tu pensais que j’aimerais te savoir plus âgée ?
Sora haussa les épaules, faussement gênée, mais son sourire indiquait qu’elle était bien plus professionnelle qu’elle ne voulait bien le montrer.
Sora – Certains sont plus excité quand je leur dis que j’ai seize ans, d’autre vingt-deux, ça dépend.
Kade – Tu ne représentes pas le moindre intérêt sexuel pour moi. Je n’ai pas besoin d’une putain.
Sora écarquilla les yeux, choquée puis vexée, bien qu’elle essayât de le cacher. Elle ne répondit rien, s’attachant à regarder ailleurs. Kade étudiait sa proie ; il fallait la cerner avant de savoir qu’en faire. Aussi n’en avait-il pas fini avec elle.
Kade – Tu as déjà tué quelqu’un.
Sora – Non !
Kade – Si. Tu ne t’en rends pas compte, mais tu interagis étrangement avec les gens. Comme si tu détenais un pouvoir sur eux. Tu essayes de jouer à la servante, mais tu es une meurtrière. Crois-moi, tu ne détiens pas le moindre pouvoir sur moi.
Sora eut peut-être son premier vrai sourire ; un sourire frais et ironique à la fois, un sourire de belle garce, mais d’une douce ; une garce qu’on pouvait serrer dans ses bras sans s’attendre à sentir une lame s’enfoncer dans son foie.
Sora – Si c’était le cas, vous essaieriez un peu moins de vous en persuader.
Kade – Correct. Je veux savoir qui va rester à ma porte toute la nuit, pour savoir si je vais pouvoir dormir ou pas, cette nuit. D’après ce que je vois, tu ne présentes aucun danger pour moi, mais je n’ai jamais aimé sous-estimé qui que ce soit.
Sora – Vous avez raison. Je suis tout pour vous, vous devez me croire ; votre amie, votre gardienne, votre amante, votre mère, votre servante. Tout ce que vous voulez.
Kade regarda dehors. Certains des concurrents profitaient du soleil, dans le jardin. Sensation singulière que de se dire que demain, ils mourraient peut-être de sa main !
Kade – Une poupée qui parle... On n’arrête pas le progrès.
Sora souriait. Elle s’était considérablement détendue pendant la conversation, dévoilant peu à peu son vrai visage. Kade savait, d’instinct, que c’était là son vrai visage, et non un nouveau masque. Sora ne semblait pas suffisamment intelligente pour cumuler les masques. Du moins, c’était la sensation qu’elle laissait. Cacher son génie est difficile, les génies sont souvent peu portés sur l’humilité. Ils se sentent obligés de montrer à tous combien ils sont exceptionnels. Un génie de la dissimulation finira par se trahir, pour des yeux avertis et c’est pour lui tout le piquant.
Mais Sora n’était pas un génie. C’était une jeune fille sans avenir, qui avait vécu un calvaire abrutissant et qui, pour les années à venir, continuerait à dépérir plus vite que de raison. A trente ans, si elle arrive jusque là, elle ne vaudra plus rien et sera donné aux chiens du propriétaire, une fois qu’un client l’aurait frappé trop fort.
Sora – Je vous aime bien. Vous êtes honnête. J’espère que vous gagnerez.
Tu dis ça à tout le monde, même à ceux qui t’ont cassé le dos…
*****
Hishida, suspendu ; la grâce d’un instant. Le mouvement, ample, généreux. Le bâton l’évita de peu.
Kade passa sa manche sur sa bouche. La transpiration collait à ses vêtements. Il serra mécaniquement son arme. Elle ne lui serait pas utile face à ce type d’adversaire. Hishida restait vif malgré sa masse et s’approchait n’était pas une bonne solution.
Tant pis pour les apparences. Kade n’était pas prêt à tout abandonner par souci de discrétion.
Kade – Suiton… Jobasha Samusan.
Les yeux de Kade s’étaient teints d’une lueur bleue surnaturelle, d’une pureté troublante. Il demeura là, tandis que l’air se refroidissait autour de lui. Hishida fronça les sourcils, mais ne bougea pas. Lentement, le sol se recouvrit d’une importante couche de gel. Des acclamations fusaient dans la foule ; ils adoraient les techniques ninja, surtout celles qu’ils ne connaissaient pas.
Ces paysans vulgaires ne risquaient pas de connaître la légende des Trois Cavaliers du Gel.
Les silhouettes émergèrent de la terre blanche. L’une, à la gauche de Kade, énorme, équipée d’un bouclier rond aussi haut qu’un homme. Son visage était dépourvu de détail, mais il avait une apparence humaine. Il exhalait un souffle gelé de tout le corps, les esprits les plus sensibles sentaient probablement sa méchanceté authentique leur hérisser la peau. Il frappa avec force son bouclier à six reprises et poussa un hurlement terrifiant. Une nouvelle forme apparut. Du même bleu gelé, équipé cette fois-ci d’une épée colossale, l’homme était tout aussi grand. A la droite de son invoqueur, il se tenait campé sur ses jambes, prêt à frapper, vigilant comme la tour des sentinelles. Sa figure ressemblait davantage à un homme ; on pouvait distinguer un semblant de sourire sauvage sur ses lèvres glacées.
Un dernier cavalier émergea, derrière Kade. Plus large que les deux autres, il paraissait prier sereinement. Ce qui semblait être un trident reposait à ses côtés, partiellement enfoncé dans le sol. D’une voix sérieuse et gutturale, il déclara solennellement :
Zochoten – Zochoten, Roi Gardien du Sud.
Les deux autres répondirent de concert.
Jikokuten – Jikokuten, Roi Gardien de l’Est, grogna celui qui portait le sabre.
Komokuten – Komokuten, Roi Gardien de l’Ouest.
Hishida observait cela d’un air interdit. La technique, imparfaite, ne lui permettait pas de profiter de la force du dernier des Rois Gardiens, celui du nord, Tamonten. C’était regrettable, la vraie puissance de la technique se révèle, dit-on, lorsque chaque Roi est présent. Il s’agissait là du plus ancien héritage que son sang pouvait lui donner, une technique créée par la famille Kasen, une technique redoutable, mais Kade était confiant. Il ne pouvait pas battre Hishida autrement, sans trop puiser dans ses réserves. Il ne lui servait à rien de conserver sa puissance. Il fallait qu’on le craigne, qu’on le sache sérieux, qu’il amuse et intrigue Nagata.
Kade – Rois, honorez le serment scellé du sang de ma famille. Exterminez mes adversaires, cette fois encore.
Jikokuten – Votre désir…
Il s’approcha d’un pas.
Jikokuten – ... EST UN ORDRE !
Kade ferma les yeux et serra les dents. Le gel remontait lentement dans ses membres. Ce n’était pas un froid anodin. C’était celui de la mort. Il rongeait peu à peu sa chair, avec la patience du vers qui sait qu’il a toute l’éternité. Quand il atteindrait son cœur, Kade appartiendra aux Cavaliers, à jamais. Ils l’absorberaient, afin de se partager sa force. Le gel montait de plus en plus vite, comme s’il retenait le parcours, comme s’il apprenait à déjouer les pièges. Il était tranquillement logé sur la cuisse de Kade.
C’était un peu comme pénétrer dans une eau glaciale. C’est désagréable, et le seul moyen de contourner cette gêne est de s’enfoncer brutalement dans l’eau, sans y penser. Il devait combattre cette envie naturelle. Ne pas ouvrir la porte de son cœur au gel, mais le combattre de toute la force de sa volonté. Un mouvement, et il mourrait. Il restait par conséquent immobile, les yeux clos, se remettant entièrement aux Trois Cavaliers pour empêcher Hishida de l’atteindre. Il n’y avait plus d’adversaires, plus de tournoi, plus de mission.
Rien que le gel et son esprit, deux forces auxquelles il était impossible de résister.
Je ne mourais pas aujourd’hui. Vous m’appartenez. Obéissez-moi, encore une fois.

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Re: Toi l'Immortel
Les Trois Cavaliers n’étaient pas des menteurs.
Ils pourraient faire durer un combat inutilement, pour torturer celui qui les avait dérangés de leur long sommeil. Ils pourraient simuler la difficulté. Mais ce n’était pas dans leur nature. Ils avaient deux ordres, très simple : la destruction des adversaires, la protection de l’invoqueur. Et cela prenait également en compte sa survie. Un combat lors duquel l’utilisateur mourait n’était pas une victoire ; une fête, car ils en sortaient plus fort, mais un deuil car un ami périssait et qu’ils n’avaient pu accomplir leur mission suffisamment rapidement.
Jikokuten avait la particularité d’être impatient. Le bâton noir d’Hishida tint bon face au sabre gelé aux proportions démesurées, ce qui était en soit source d’étonnement. La matière dans laquelle il avait été sculpté devait être très rare.
Hishida était d’un côté rassuré de n’avoir affaire qu’à un unique ennemi, mais de l’autre il se savait incapable d’en venir à bout. Une sensation de terreur sourde s’était emparée de lui. Tout à coup, il aurait voulu abandonner, supplier pour qu’on l’épargne et accepter le coup fatal. Mais c’était trop tard pour regretter ; désormais, son instinct de survie contrôlait chacun de ses mouvements. Une bête acculée se découvre des talents redoutables.
Komokuten observait la scène en silence. De sa voix profonde et crissante, il murmura tout bas :
Komokuten – Notre présence est étrange, petit homme. Cet adversaire est puissant, mais insuffisamment pour nécessiter notre présence. Pourquoi ?
La voix n’était pas exactement désagréable, mais on avait la curieuse impression qu’elle n’existait pas réellement. Comme si elle venait d’un autre monde, comme si c’était la traduction d’un langage inconnu. Kade grimaça.
Komokuten – Oh, pardonnez-moi. J’oubliais la difficulté que vous avez à nous faire venir. Ce qui ne fait qu’augmenter ma surprise.
Le géant se passa une main sur son absence de menton.
Komokuten – Vous ne prévoyez pas de mourir prochainement, tout de même ?
Kade – C’est une… possibilité.
Komokuten – Intéressant. Je me demande si quelqu’un pourra continuer à nous déranger quand vous serez mort petit homme. Sans vouloir vous offenser. C’est un plaisir de vous servir et de ressentir votre force.
Kade ne parvint pas à articuler la moindre réponse. Le gel reprenait laborieusement sa route.
Zochoten – Cela ne nous regarde pas.
Je voudrais profiter d’un avantage psychologique. Si les concurrents savent que je peux convoquer une telle puissance, ils seront à la fois plus prudents et plus effrayés. De la peur naît la maladresse. J’en profiterais pour me frayer un chemin jusqu’à cette pourriture. Je me suis battu toute ma vie pour ce moment. Vingt longues années. Si je dois mourir en le faisant, je veux me dire que j’ai tout fait pour y parvenir. Y compris risquer ma vie et vous la livrer.
Komokuten – C’est si… intriguant. J’apprécie beaucoup ces sorties. Kusagi a beaucoup changé toutefois, depuis la dernière fois.
Zochoten – Nous sommes à Yukan.
Komokuten – Peut-être. La géographie…
La gigantesque statue eut comme un mouvement d’épaule.
Zochoten – Nous pouvons le faire ici et maintenant, Kade. Demande-le nous et tu seras libéré. Demande-le nous, et nous nous occuperons de lui puis te transporterons chez toi. Demande-le nous, et tu seras obéis.
Kade n’en avait pas le droit ; malgré la tentation, il ne pouvait pas demander aux Rois Gardiens de tuer Nagata. Il ne pouvait pas se permettre d’être accusé de cette mort. Cela devait se passer silencieusement, sans que Kiri ne puisse être accusé. Les conséquences politiques d’un tel acte pouvaient embraser une nouvelle fois le Pays, causer des milliers de morts. Il n’en avait pas le droit, et pourtant, il en avait désespérément envie.
Désespérément envie de survivre à cette mission et de rentrer chez lui, en vie, entier.
Le cadavre d’Hishida.
Sora – Quelle était cette technique ? Ce matin…
La jeune fille était assisse par terre, ramassée sur elle-même, alanguie. La tête penchée, elle jouait distraitement avec un défaut du parquet, une mèche de ses cheveux devant ses yeux. Kade, lui, demeurait adossé au mur, les yeux clos. La nuit était tombée rapidement, davantage qu’à Kiri. Possible que ce ne soit qu’une impression. On avait allumé des braseros dans la petite cour et le couloir restait illuminé de petites bougies aromatiques, si bien qu’on n’avait pas exactement l’impression d’être le soir. Comme si le château était prisonnier d’un maléfice éternel, une journée sans fin, avec toujours les mêmes massacres, les mêmes émotions, ces pulsions humaines.
Kade – Jobasha Samusan. Une technique compliquée.
Sora sourit.
Sora – Et je suis trop bête pour comprendre ?
Absent, Kade grogna indistinctement. Son arme reposait à côté de lui. La jeune fille ne semblait pas désirer le laisser seul. Il pouvait lui ordonner de sortir, mais il n’en ressentait ni le désir ni la volonté. Son parfum, même s’il provenait d’une fleur vénéneuse, l’apaisait. Son esprit se disait que ce n’était peut-être pas qu’une impression, et que la présence de Sora anesthésiait bel et bien ses sens. C’était une possibilité. Prendre des risques inutiles ne faisait pas partie de ses habitudes. Son chakra bouillonnait tranquillement en lui et ses dons ne l’avaient jamais abandonné.
Sora – On m’a souvent dit que j’étais bête.
Kade – Parce qu’ils ne savaient pas que tu as tué plus de fois qu’ils s’étaient douché.
La faiblesse de sa voix le surprit, mais pas assez pour l’obliger à relever ses paupières. C’était une sensation bizarre, qui ne lui était toutefois pas étrangère et qu’avec l’âge, il avait appris à apprécier. La sensation de ne pas tout contrôler, d’être soumis à quelque chose d’extérieur comme lorsque l’on s’apprête à faire l’amour à une femme, et d’intellectualiser ce ressenti dans son esprit, un écho du plaisir. Autopsier son propre plaisir ; il ignorait si de nombreuses personnes étaient dans ce cas, mais ça ne lui était pas désagréable.
Sora – Arrêtez de dire ça... Je n’ai jamais tué personne.
Elle parlait plus fort. Non. Elle était plus proche. Les battements de son cœur s’accélérèrent. Quelqu’un dans sa tête lui demandait d’ouvrir les yeux. Il était engourdi du corps, abruti de l’esprit. Cela lui rappelait la fois où lors d’un combat, il avait été projeté contre un arbre à grande vitesse. Le choc l’avait complètement assommé.
Kade – Tu mens pauvrement. Tu veux que je te dise ?
Sora – Oui, murmura-t-elle, et cette fois-ci Kade perçut son souffle chaud sur sa joue.
Il ouvrit les yeux brusquement et frappa Sora à la gorge. Il maintint sa prise et les doigts de l’adolescente lâchèrent la dague qu’elle tenait. Paisiblement, le shinobi la renversa sur le dos ; incapable de contrôler le moindre de ses mouvements, elle ne pouvait résister. Il se plaça au-dessus d’elle et l’observa, tandis que ses yeux pétillaient d’une terreur animale. Ses narines se contractaient brutalement à mesure que l’air venait à manquer. Sora agita faiblement la main, puis gémit.
Kade – Je crois que tu me demandais ce qu’était Jobasa Samusan pour savoir si je représentais un risque actuellement. La réponse est oui. Le jour où une enfant me tuera dans ma chambre n’est certainement pas arrivé. Peut-être que tes amis vont tuer quelques uns de leurs « maîtres », mais pas moi.
Il relâcha sa prise, mais laissa sa main sur le visage rouge de Sora. Elle cracha un peu d’air et de bave, son corps se secouait de légers tremblements. Par réflexe, elle porta ses doigts à sa gorge, comme pour éprouver une blessure qui n’existait pas. Kade secoua la tête et se recula.
Kade – Tu es jolie quand tu meurs. Tu devrais essayer plus souvent.
Sora rampa sur un mètre pour s’éloigner de l’homme. Elle se retourna finalement sur le dos et s’accroupit péniblement. Elle le dévisageait, incrédule.
Sora – Vous ne me tuez pas ?
Kade – Allons… Tu es une petite lionne. Les petites lionnes savent quand elles sont trop faibles pour un autre prédateur. Et les prédateurs tuent rarement les petites lionnes. Parce qu’elles ne se mangent même pas.
Jikokuten retira sa lame du corps d’Hishida. L’homme s’effondra très simplement, mort avant d’atteindre le sol. La foule, d’abord interdite, ne tarda pas à se déchaîner. Ils applaudissaient, riaient, huaient tout à la fois. Le géant de glace contempla ce spectacle sans savoir exactement ce qu’il faisait là, ni ce qu’il avait accompli. Il avait seulement tué un être faible qui menaçait le Sang.
Il se tourna vers Kade, toujours immobile, et porta son regard plus loin. Les pensées du Sang indiquaient cet homme, qui trônait, ravi, sur un siège finement travaillé. Mais il n’avait pas le droit de le tuer, il le percevait nettement.
Zochoten – Notre travail est terminé. Je sens que nous nous reverrons bientôt.
Komokuten – Tu sais Kade, ce Monstre dont nous avons parlé l’autre fois… Il se fait plus pressant. Ne lui répond pas, je te prie. Nous le tuerions volontiers s’il faisait partie du même plan que nous, mais ce n’est pas le cas.
Kade ne répondit pas, mais il savait hélas à qui ils faisaient référence. Le Mort-Vivant, c’était ainsi qu’ils en parlaient entre eux. Une bête dangereuse, d’une engeance exécrable liée à sa famille comme la boue l’est à la botte. Lui-même le sentait rôder autour de lui, corbeau attiré par la mort.
Kade – Vous avez… ma confiance… et mon sang… Pas lui.
Les Cavaliers acquiescèrent en silence et, après un dernier regard vers la foule qui scandait des mots incertains, redevinrent flaque, puis glace, puis rien.
Kade tomba à genoux, la tête lourde. Quelques instants plus tard, il sentit l’étreinte de Sora et ne put s’empêcher de se reposer sur elle, juste quelques secondes.
L’adolescente était adossée à l’opposé de lui, les yeux grands ouverts, sa tunique toujours un peu trop ouverte sur sa jeune poitrine, la dague à ses pieds nus. Elle semblait plus apeurée qu’il ne l’aurait pensé. Cette nuit ne semblait pas vouloir être reposante.
Kade – C’est un jeu décidemment pervers. Je croyais au départ que Nagata satisfaisait le plaisir de la foule, mais en fait, c’est seulement le sien. Combien de concurrents assassinés dans leurs lits, après s’être endormi sur leur putain ? Et combien de filles mortes, peut-être torturées auparavant par seule vengeance ? Un drôle de jeu, assurément.
Sora eut un sourire crispé.
Sora – Auquel vous ne prenez pas complément part.
Kade ne la quittait pas du regard.
Kade – En effet. Tu as peur de ce qui va t’arriver maintenant que tu as échoué, mmh.
Il se tut, puis reprit, plus bas, comme s’il se parlait à lui-même.
Kade – Je te prédis une vie plus heureuse, bientôt, si tu fais les bons choix.
Sora ramena ses jambes sous son menton, mais ne dit rien. Elle observait obstinément le sol. Kade se leva enfin pour s’appuyer à la fenêtre. La soirée était fraîche. Des gardes patrouillaient dans la cour, conscients du massacre qui se déroulait en ce moment dans les quartiers des participants. On entendait des crissements, ou des échos indistincts de temps à autre. Peut-être n’était-ce que son imagination, mais il en doutait.
Kade – Ce soir tu dormiras avec moi. Demain, je serais le seul à avoir encore une servante. Demain, tu me rendras un service.
Il retira sa veste et la laissa sur le rebord de la fenêtre. Nagata était joueur ; il ne tenterait pas de tuer deux fois en un soir. Le jeu devait durer. Seuls les plus forts y survivront. A cet instant, il devait stimuler son imagination en pensant à tous ces cadavres, à ces canaux de sang qui se déversaient sous son toit.
Sora s’était levée, hésitante. Sans un mot, Kade humidifia l’air qui l’entourait pour éteindre les bougies suspendues au plafond, et se coucha dans le matelas confortable et étroit. La jeune fille s’agenouilla à ses côtés, se passa une main dans les cheveux.
Sora – Vous voulez qu’on… enfin… qu’on…
Kade – Demain, le service, demain.
La jeune fille acquiesça et se glissa sous les couvertures, son dos contre Kade. Elle tremblait doucement et ce n’était certainement pas à cause de la douceur de la soirée. Qui était réellement Nagata ? On vantait sa cruauté, fantôme qui voilait sa silhouette de mystères. Sora le craignait. Pour elle-même, pour ses proches ? Pour les longues heures de torture qui l’attendent dès demain, lorsqu’elle se présentera courageusement aux côtés de son « maître » afin de lui donner son arme ? Demain, petite lionne, nous serons tous libérés d’un poids. Demain, Nagata verra le soleil se coucher mais il ne se lèvera plus jamais pour éclairer son triste monde.
Kade posa sa main chaude sur le bras de Sora et, si elle tressaillit, ne le repoussa pas et se renfonça au contraire contre lui. Il lui caressa son bras nu, puis enserra sa taille et l’enlaça avec comme de la tendresse dans le geste. La jeune fille se détendit et ferma ses paupières. Ses cheveux sentaient bel et bien la Kava, une plante parfaite pour assoupir les vieilles personnes.
Quelle enfant…
Ils pourraient faire durer un combat inutilement, pour torturer celui qui les avait dérangés de leur long sommeil. Ils pourraient simuler la difficulté. Mais ce n’était pas dans leur nature. Ils avaient deux ordres, très simple : la destruction des adversaires, la protection de l’invoqueur. Et cela prenait également en compte sa survie. Un combat lors duquel l’utilisateur mourait n’était pas une victoire ; une fête, car ils en sortaient plus fort, mais un deuil car un ami périssait et qu’ils n’avaient pu accomplir leur mission suffisamment rapidement.
Jikokuten avait la particularité d’être impatient. Le bâton noir d’Hishida tint bon face au sabre gelé aux proportions démesurées, ce qui était en soit source d’étonnement. La matière dans laquelle il avait été sculpté devait être très rare.
Hishida était d’un côté rassuré de n’avoir affaire qu’à un unique ennemi, mais de l’autre il se savait incapable d’en venir à bout. Une sensation de terreur sourde s’était emparée de lui. Tout à coup, il aurait voulu abandonner, supplier pour qu’on l’épargne et accepter le coup fatal. Mais c’était trop tard pour regretter ; désormais, son instinct de survie contrôlait chacun de ses mouvements. Une bête acculée se découvre des talents redoutables.
Komokuten observait la scène en silence. De sa voix profonde et crissante, il murmura tout bas :
Komokuten – Notre présence est étrange, petit homme. Cet adversaire est puissant, mais insuffisamment pour nécessiter notre présence. Pourquoi ?
La voix n’était pas exactement désagréable, mais on avait la curieuse impression qu’elle n’existait pas réellement. Comme si elle venait d’un autre monde, comme si c’était la traduction d’un langage inconnu. Kade grimaça.
Komokuten – Oh, pardonnez-moi. J’oubliais la difficulté que vous avez à nous faire venir. Ce qui ne fait qu’augmenter ma surprise.
Le géant se passa une main sur son absence de menton.
Komokuten – Vous ne prévoyez pas de mourir prochainement, tout de même ?
Kade – C’est une… possibilité.
Komokuten – Intéressant. Je me demande si quelqu’un pourra continuer à nous déranger quand vous serez mort petit homme. Sans vouloir vous offenser. C’est un plaisir de vous servir et de ressentir votre force.
Kade ne parvint pas à articuler la moindre réponse. Le gel reprenait laborieusement sa route.
Zochoten – Cela ne nous regarde pas.
Je voudrais profiter d’un avantage psychologique. Si les concurrents savent que je peux convoquer une telle puissance, ils seront à la fois plus prudents et plus effrayés. De la peur naît la maladresse. J’en profiterais pour me frayer un chemin jusqu’à cette pourriture. Je me suis battu toute ma vie pour ce moment. Vingt longues années. Si je dois mourir en le faisant, je veux me dire que j’ai tout fait pour y parvenir. Y compris risquer ma vie et vous la livrer.
Komokuten – C’est si… intriguant. J’apprécie beaucoup ces sorties. Kusagi a beaucoup changé toutefois, depuis la dernière fois.
Zochoten – Nous sommes à Yukan.
Komokuten – Peut-être. La géographie…
La gigantesque statue eut comme un mouvement d’épaule.
Zochoten – Nous pouvons le faire ici et maintenant, Kade. Demande-le nous et tu seras libéré. Demande-le nous, et nous nous occuperons de lui puis te transporterons chez toi. Demande-le nous, et tu seras obéis.
Kade n’en avait pas le droit ; malgré la tentation, il ne pouvait pas demander aux Rois Gardiens de tuer Nagata. Il ne pouvait pas se permettre d’être accusé de cette mort. Cela devait se passer silencieusement, sans que Kiri ne puisse être accusé. Les conséquences politiques d’un tel acte pouvaient embraser une nouvelle fois le Pays, causer des milliers de morts. Il n’en avait pas le droit, et pourtant, il en avait désespérément envie.
Désespérément envie de survivre à cette mission et de rentrer chez lui, en vie, entier.
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Le cadavre d’Hishida.
*****
Sora – Quelle était cette technique ? Ce matin…
La jeune fille était assisse par terre, ramassée sur elle-même, alanguie. La tête penchée, elle jouait distraitement avec un défaut du parquet, une mèche de ses cheveux devant ses yeux. Kade, lui, demeurait adossé au mur, les yeux clos. La nuit était tombée rapidement, davantage qu’à Kiri. Possible que ce ne soit qu’une impression. On avait allumé des braseros dans la petite cour et le couloir restait illuminé de petites bougies aromatiques, si bien qu’on n’avait pas exactement l’impression d’être le soir. Comme si le château était prisonnier d’un maléfice éternel, une journée sans fin, avec toujours les mêmes massacres, les mêmes émotions, ces pulsions humaines.
Kade – Jobasha Samusan. Une technique compliquée.
Sora sourit.
Sora – Et je suis trop bête pour comprendre ?
Absent, Kade grogna indistinctement. Son arme reposait à côté de lui. La jeune fille ne semblait pas désirer le laisser seul. Il pouvait lui ordonner de sortir, mais il n’en ressentait ni le désir ni la volonté. Son parfum, même s’il provenait d’une fleur vénéneuse, l’apaisait. Son esprit se disait que ce n’était peut-être pas qu’une impression, et que la présence de Sora anesthésiait bel et bien ses sens. C’était une possibilité. Prendre des risques inutiles ne faisait pas partie de ses habitudes. Son chakra bouillonnait tranquillement en lui et ses dons ne l’avaient jamais abandonné.
Sora – On m’a souvent dit que j’étais bête.
Kade – Parce qu’ils ne savaient pas que tu as tué plus de fois qu’ils s’étaient douché.
La faiblesse de sa voix le surprit, mais pas assez pour l’obliger à relever ses paupières. C’était une sensation bizarre, qui ne lui était toutefois pas étrangère et qu’avec l’âge, il avait appris à apprécier. La sensation de ne pas tout contrôler, d’être soumis à quelque chose d’extérieur comme lorsque l’on s’apprête à faire l’amour à une femme, et d’intellectualiser ce ressenti dans son esprit, un écho du plaisir. Autopsier son propre plaisir ; il ignorait si de nombreuses personnes étaient dans ce cas, mais ça ne lui était pas désagréable.
Sora – Arrêtez de dire ça... Je n’ai jamais tué personne.
Elle parlait plus fort. Non. Elle était plus proche. Les battements de son cœur s’accélérèrent. Quelqu’un dans sa tête lui demandait d’ouvrir les yeux. Il était engourdi du corps, abruti de l’esprit. Cela lui rappelait la fois où lors d’un combat, il avait été projeté contre un arbre à grande vitesse. Le choc l’avait complètement assommé.
Kade – Tu mens pauvrement. Tu veux que je te dise ?
Sora – Oui, murmura-t-elle, et cette fois-ci Kade perçut son souffle chaud sur sa joue.
Il ouvrit les yeux brusquement et frappa Sora à la gorge. Il maintint sa prise et les doigts de l’adolescente lâchèrent la dague qu’elle tenait. Paisiblement, le shinobi la renversa sur le dos ; incapable de contrôler le moindre de ses mouvements, elle ne pouvait résister. Il se plaça au-dessus d’elle et l’observa, tandis que ses yeux pétillaient d’une terreur animale. Ses narines se contractaient brutalement à mesure que l’air venait à manquer. Sora agita faiblement la main, puis gémit.
Kade – Je crois que tu me demandais ce qu’était Jobasa Samusan pour savoir si je représentais un risque actuellement. La réponse est oui. Le jour où une enfant me tuera dans ma chambre n’est certainement pas arrivé. Peut-être que tes amis vont tuer quelques uns de leurs « maîtres », mais pas moi.
Il relâcha sa prise, mais laissa sa main sur le visage rouge de Sora. Elle cracha un peu d’air et de bave, son corps se secouait de légers tremblements. Par réflexe, elle porta ses doigts à sa gorge, comme pour éprouver une blessure qui n’existait pas. Kade secoua la tête et se recula.
Kade – Tu es jolie quand tu meurs. Tu devrais essayer plus souvent.
Sora rampa sur un mètre pour s’éloigner de l’homme. Elle se retourna finalement sur le dos et s’accroupit péniblement. Elle le dévisageait, incrédule.
Sora – Vous ne me tuez pas ?
Kade – Allons… Tu es une petite lionne. Les petites lionnes savent quand elles sont trop faibles pour un autre prédateur. Et les prédateurs tuent rarement les petites lionnes. Parce qu’elles ne se mangent même pas.
*****
Jikokuten retira sa lame du corps d’Hishida. L’homme s’effondra très simplement, mort avant d’atteindre le sol. La foule, d’abord interdite, ne tarda pas à se déchaîner. Ils applaudissaient, riaient, huaient tout à la fois. Le géant de glace contempla ce spectacle sans savoir exactement ce qu’il faisait là, ni ce qu’il avait accompli. Il avait seulement tué un être faible qui menaçait le Sang.
Il se tourna vers Kade, toujours immobile, et porta son regard plus loin. Les pensées du Sang indiquaient cet homme, qui trônait, ravi, sur un siège finement travaillé. Mais il n’avait pas le droit de le tuer, il le percevait nettement.
Zochoten – Notre travail est terminé. Je sens que nous nous reverrons bientôt.
Komokuten – Tu sais Kade, ce Monstre dont nous avons parlé l’autre fois… Il se fait plus pressant. Ne lui répond pas, je te prie. Nous le tuerions volontiers s’il faisait partie du même plan que nous, mais ce n’est pas le cas.
Kade ne répondit pas, mais il savait hélas à qui ils faisaient référence. Le Mort-Vivant, c’était ainsi qu’ils en parlaient entre eux. Une bête dangereuse, d’une engeance exécrable liée à sa famille comme la boue l’est à la botte. Lui-même le sentait rôder autour de lui, corbeau attiré par la mort.
Kade – Vous avez… ma confiance… et mon sang… Pas lui.
Les Cavaliers acquiescèrent en silence et, après un dernier regard vers la foule qui scandait des mots incertains, redevinrent flaque, puis glace, puis rien.
Kade tomba à genoux, la tête lourde. Quelques instants plus tard, il sentit l’étreinte de Sora et ne put s’empêcher de se reposer sur elle, juste quelques secondes.
*****
L’adolescente était adossée à l’opposé de lui, les yeux grands ouverts, sa tunique toujours un peu trop ouverte sur sa jeune poitrine, la dague à ses pieds nus. Elle semblait plus apeurée qu’il ne l’aurait pensé. Cette nuit ne semblait pas vouloir être reposante.
Kade – C’est un jeu décidemment pervers. Je croyais au départ que Nagata satisfaisait le plaisir de la foule, mais en fait, c’est seulement le sien. Combien de concurrents assassinés dans leurs lits, après s’être endormi sur leur putain ? Et combien de filles mortes, peut-être torturées auparavant par seule vengeance ? Un drôle de jeu, assurément.
Sora eut un sourire crispé.
Sora – Auquel vous ne prenez pas complément part.
Kade ne la quittait pas du regard.
Kade – En effet. Tu as peur de ce qui va t’arriver maintenant que tu as échoué, mmh.
Il se tut, puis reprit, plus bas, comme s’il se parlait à lui-même.
Kade – Je te prédis une vie plus heureuse, bientôt, si tu fais les bons choix.
Sora ramena ses jambes sous son menton, mais ne dit rien. Elle observait obstinément le sol. Kade se leva enfin pour s’appuyer à la fenêtre. La soirée était fraîche. Des gardes patrouillaient dans la cour, conscients du massacre qui se déroulait en ce moment dans les quartiers des participants. On entendait des crissements, ou des échos indistincts de temps à autre. Peut-être n’était-ce que son imagination, mais il en doutait.
Kade – Ce soir tu dormiras avec moi. Demain, je serais le seul à avoir encore une servante. Demain, tu me rendras un service.
Il retira sa veste et la laissa sur le rebord de la fenêtre. Nagata était joueur ; il ne tenterait pas de tuer deux fois en un soir. Le jeu devait durer. Seuls les plus forts y survivront. A cet instant, il devait stimuler son imagination en pensant à tous ces cadavres, à ces canaux de sang qui se déversaient sous son toit.
Sora s’était levée, hésitante. Sans un mot, Kade humidifia l’air qui l’entourait pour éteindre les bougies suspendues au plafond, et se coucha dans le matelas confortable et étroit. La jeune fille s’agenouilla à ses côtés, se passa une main dans les cheveux.
Sora – Vous voulez qu’on… enfin… qu’on…
Kade – Demain, le service, demain.
La jeune fille acquiesça et se glissa sous les couvertures, son dos contre Kade. Elle tremblait doucement et ce n’était certainement pas à cause de la douceur de la soirée. Qui était réellement Nagata ? On vantait sa cruauté, fantôme qui voilait sa silhouette de mystères. Sora le craignait. Pour elle-même, pour ses proches ? Pour les longues heures de torture qui l’attendent dès demain, lorsqu’elle se présentera courageusement aux côtés de son « maître » afin de lui donner son arme ? Demain, petite lionne, nous serons tous libérés d’un poids. Demain, Nagata verra le soleil se coucher mais il ne se lèvera plus jamais pour éclairer son triste monde.
Kade posa sa main chaude sur le bras de Sora et, si elle tressaillit, ne le repoussa pas et se renfonça au contraire contre lui. Il lui caressa son bras nu, puis enserra sa taille et l’enlaça avec comme de la tendresse dans le geste. La jeune fille se détendit et ferma ses paupières. Ses cheveux sentaient bel et bien la Kava, une plante parfaite pour assoupir les vieilles personnes.
Quelle enfant…

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
Un
On racontait beaucoup d’histoires sur Nagata Hideyoshi.
Certaines n’étaient que tissus de mensonges chiffonnés, d’autres n’étaient que des contes cruels et populaires transformés. Mais beaucoup étaient vraies et ce n’était pas vraiment les moins horribles. Il y a trois ans, le Pays de l’Eau tout entier avait été agité par une sordide affaire, qui avait eu lieu juste avant l’un des grands tournois. C’est le cas Saede Yukada. Il s’agissait d’une jeune servante qui n’avait pas plus de seize ans et qui, par les hasards de la vie, s’était retrouvée intégrée au château Hideyoshi. Elle ne menait pas la belle vie, bien sûr, mais elle n’était pas malheureuse pour autant. Une partie de son argent servait à sa famille, perdue dans un quartier abandonné du vain village de Yukan.
Pour une raison ou pour une autre, Nagata s’intéressa à elle. Il la vit peut-être se laver dans l’arrière-cour, ou bien il la remarqua pendant qu’elle récurait les sols. Lentement, il referma sa serre sur Saede. La jeune fille, vive, ne souhaitait pas se laisser faire. Mais les événements sont injustes ou plutôt dépourvus de justice. Ils s’empilent les uns aux autres, inlassablement, et se moquent bien de savoir qu’ils viennent de briser quelqu’un. Saede se rapprochait de plus en plus des quartiers privés de Nagata. Une semaine ; elle nettoyait la salle à manger. Deux semaines ; le couloir. Trois semaines ; l’antichambre. Quatre ; la chambre. Son destin était si prévisible qu’on pourrait arrêter l’histoire ici. Mais ce serait ignorer ce qui en fait le sel : la caractérisation de Nagata. Kade en était persuadé ; il fallait comprendre et intégrer le monstre qu’on chasse pour en venir à bout. Il voulait comprendre Nagata. Aussi, l’histoire continua-t-elle.
Le tournoi allait commencer. C’était un grand événement pour l’ensemble du château, servantes comprises, qui avaient été mises à rude épreuve pour tout préparer. C’était la veille du premier combat. On sentait l’odeur de la mort dans tout le château, elle imprégnait les murs, languissait sur les chairs et s’évanouissait dans les airs. Nagata devenait agité et violent avec ses proches. Ce matin-là, il avait frappé l’un de ses conseillers jusqu’à lui briser le menton. Néanmoins, il parvint à achever les préparatifs sans que rien de fâcheux ne survienne. On dit alors que c’était le calme avant le déchaînement de la tempête, car un cyclone particulier vivait dans le corps de Nagata. Un monstre dans le monstre, un cannibale qui dévorait encore et encore, toujours, insatiable. Il entra dans sa chambre. La nuit venait de tomber, quatre bougies étaient allumées. Saede essuyait le sol, car elle savait son maître extrêmement vigilant sur la propreté. Il ne tolérait la saleté que dans les arènes ou dans des lieux qui s’y prêtent. A l’instant où il entra, les deux hommes qui le suivaient sentirent la tension monter sans pouvoir s’arrêter, monter si haut qu’ils ne parvenaient plus à savoir où ils étaient. Saede cessa son travail et leva les yeux sur son maître. Elle bredouilla qu’elle avait bientôt fini et qu’elle allait le laisser se reposer, mais personne ne l’entendit.
Nagata – Dehors.
Il s’en faut de peu pour dénouer des destinées. Trois mots pour un juge ; un peu plus pour un guerrier ; un seul pour Nagata. Les hommes sortirent en sachant que ce que Yukan ressentait ce matin en se levant allait se réaliser dans quelques minutes, dans leur dos. Ce drame suspendu allait descendre, s’écraser et tuer tous ceux qu’il toucherait, excepté l’immortel Nagata Hideyoshi. Ils n’entendirent pas les cris d’horreur, ni les râles d’agonie. Personne ne les entendit.
Nagata s’avança. Il ne l’avait pas quittée des yeux. Saede recula, toujours agenouillée, puis elle secoua doucement la tête, deux grosses larmes ruisselant sur ses joues. Elle ne voulait pas y croire ; non, ce drame n’est pas le mien. Il doit forcément toucher quelqu’un d’autre. Mais la partie encore rationnelle de son esprit la contredisait, la torturait. Elle lui soufflait que tout cela était prévisible, que l’araignée avait travaillé sa toile depuis plus d’un mois. Et qu’à présent, elle allait savourer son repas.
Lentement.
Il caressa le visage de la jeune fille et essuya l’humidité à ses yeux. Un sourire cruel étirait ses lèvres. Sans hésiter, il la jeta à terre et écrasa soigneusement son visage contre le sol. Il ne parlait pas, mais les suppliques de Saede s’échappaient en désordre.
On parla longuement de ce qu’il restait du corps de la jeune fille, mutilée de toute part tant qu’il n’en restait plus grand-chose ni d’humain ni de reconnaissable. Nagata murmura simplement que ce n’était pas lui et qu’il s’agissait là d’un drame odieux. Il avait sourit, alors, et avait ajouté : « un de plus ». Les îles condamnèrent ce meurtre et la famille de la victime exigea une enquête. Elle ne survint jamais, même si les shinobis de Kiri abordèrent bel et bien les côtes de Yukan. Ils retournèrent chez eux sans rien à donner à leurs supérieurs.
Nagata – Ces fils de chienne… Ils rentrent la queue entre les jambes. On tue des centaines de personne par année sur cette île et ils s’émeuvent pour une paysanne ? Hypocrites. L’opinion publique, c’est là votre seule arme ? Je vous en montrerai d’autres. Je vous parlerai de façon à être intelligible. Je vous ferai regretter. Yukan est une terre de non-droit. Les décrets d’Uke ont été annulés depuis longtemps. Mais ils ne peuvent en être sûrs. Ils ne peuvent infiltrer mon île.
Quand on parle de Nagata, on évoque aussi sa ténacité à punir les fautes de chacun. Un garde qui n’est pas à son poste ? Exilé. Un enfant qui vole ? Les mains coupées. Une table sale ? Serviteur fouetté jusqu’à l’os.
Alors on se prend à rêver. Comment se jugerait-il lui-même ?
Je ne suis pas là pour la justice. Je ne suis pas là pour sauver cette île. Je ne suis pas là pour rendre service.
Je suis là pour tuer cet homme, car chacune de mes actions depuis vingt-quatre ans à présent m’ont conduit à cet instant unique. Vingt-quatre ans pour réaliser cet objectif fou et qui dépasse, de très loin, ce que j’avais d’abord pensé : exécuter Nagata Hideyoshi.
Exécuter le traître du Pays de l’Eau.
Deux
Kade haleta, grogna, puis se redressa. Le sang maculait sa poitrine entaillée par les lames ennemies. L’un d’eux reposait à ses pieds, l’autre demeurait à distance, privé de son bras droit. Le kiréen donna un coup dans le vide, projetant de multiples tâches de sang dans le sable chaud. La foule scandait des noms vagues, des entités inconnues, des idées folles de bêtes sanguinaires.
Kade sentait le regard de Nagata sur lui. Il sentait sa folie lécher son corps comme une maladie le corps d’un mourant. Son intérêt était piqué depuis Jobasha Samusan. Il l’épiait, voulait découvrir d’autres secrets. Mais cette fois-ci, Kade maintenait la distance, comme une amante facétieuse qui après s’être fait désirer souffle le froid. Dans son esprit, les rouages étaient nets et huilés ; une mécanique sentimentale adaptée à la mort par gradation. La poétique de la disparition. Une lente progression jusqu’à atteindre la tête ; mouvement magnifique, final.
Il s’élança sur son adversaire, dansant au milieu de l’arène pour éviter les projectiles trop nombreux qui sifflaient à ses oreilles, qui sifflaient et l’effleuraient comme de doux pétales dans un champ printanier.
Quand ils étaient entrés ce matin, lui et Sora, la foule avait retenu sa respiration. Kade avançait la tête droite, le regard serein et Sora le suivait, pâle comme une ressuscitée, terrifiée. Elle n’arrivait pas à lever les yeux au-delà des chevilles de son maître.
Ce matin, elle avait été la seule servante à se présenter dans l’arène pour donner à Kade son arme et retirer sa veste.
Le bain de sang de la veille avait fait le tour de la ville. Les badauds avaient plaisanté de la bonne idée de Nagata pour s’amuser. Transformer les servantes en assassin, quel génie ! La garde baissée après l’amour ou de fatigue, de nombreux concurrents avaient vu leur aventure s’achever sans grâce et sans éclat, dans des couvertures poisseuses de sueur et de sang. Quelle honte… Ils n’étaient plus que vingt-cinq, après quatre jours de tournoi, ce qui était bien loin des cent-soixante six participants du départ.
Les murmures s’étaient élevés. On se demandait comment une servante avait pu survivre car si Kade était encore vivant, c’était qu’elle avait échoué à lui prendre la vie. C’était parfait. Kade connaissait la bête qu’il chassait. Elle était plus effrayée qu’effrayante, paranoïaque et folle. Il fallait utiliser ces défauts pour les tourner à son avantage. Le mécanisme était déjà en place, au-dessus de leurs têtes, menace noire à l’œil unique.
Kade décapita son adversaire. La tête vola puis roula sur plusieurs mètres avant de s’arrêter contre les tribunes. On accueillit sa victoire par des cris d’une joie sauvage, tandis que le kiréen se reculait. Quand on joue aux échecs, ce n’est pas des pièces qu’on se méfie, mais de son adversaire. Par conséquent, on n’essayait jamais de se demander quel était le plan du fou ou du cavalier, mais celui de l’homme qu’on avait en face. Il y avait deux joueurs pour cette partie ; Kade et Nagata. Son intelligence ne l’avait jamais trahi. C’était de la tactique millimétrée, mise en place pour une seule personne. Les chances d’erreurs existaient toujours, car la vie a cela de particulier de ne jamais se dérouler tel qu’on s’y serait attendu. C’est pour cela que rien ne serait négligé.
C’est pour cela qu’on l’avait choisi lui, Kade Kasen, plutôt que n’importe qui d’autre. Parce qu’il ne pouvait pas perdre à ce jeu.
Trois
On racontait beaucoup d’histoires sur Nagata Hideyoshi.
Certaines n’étaient que tissus de mensonges chiffonnés, d’autres n’étaient que des contes cruels et populaires transformés. Mais beaucoup étaient vraies et ce n’était pas vraiment les moins horribles. Il y a trois ans, le Pays de l’Eau tout entier avait été agité par une sordide affaire, qui avait eu lieu juste avant l’un des grands tournois. C’est le cas Saede Yukada. Il s’agissait d’une jeune servante qui n’avait pas plus de seize ans et qui, par les hasards de la vie, s’était retrouvée intégrée au château Hideyoshi. Elle ne menait pas la belle vie, bien sûr, mais elle n’était pas malheureuse pour autant. Une partie de son argent servait à sa famille, perdue dans un quartier abandonné du vain village de Yukan.
Pour une raison ou pour une autre, Nagata s’intéressa à elle. Il la vit peut-être se laver dans l’arrière-cour, ou bien il la remarqua pendant qu’elle récurait les sols. Lentement, il referma sa serre sur Saede. La jeune fille, vive, ne souhaitait pas se laisser faire. Mais les événements sont injustes ou plutôt dépourvus de justice. Ils s’empilent les uns aux autres, inlassablement, et se moquent bien de savoir qu’ils viennent de briser quelqu’un. Saede se rapprochait de plus en plus des quartiers privés de Nagata. Une semaine ; elle nettoyait la salle à manger. Deux semaines ; le couloir. Trois semaines ; l’antichambre. Quatre ; la chambre. Son destin était si prévisible qu’on pourrait arrêter l’histoire ici. Mais ce serait ignorer ce qui en fait le sel : la caractérisation de Nagata. Kade en était persuadé ; il fallait comprendre et intégrer le monstre qu’on chasse pour en venir à bout. Il voulait comprendre Nagata. Aussi, l’histoire continua-t-elle.
Le tournoi allait commencer. C’était un grand événement pour l’ensemble du château, servantes comprises, qui avaient été mises à rude épreuve pour tout préparer. C’était la veille du premier combat. On sentait l’odeur de la mort dans tout le château, elle imprégnait les murs, languissait sur les chairs et s’évanouissait dans les airs. Nagata devenait agité et violent avec ses proches. Ce matin-là, il avait frappé l’un de ses conseillers jusqu’à lui briser le menton. Néanmoins, il parvint à achever les préparatifs sans que rien de fâcheux ne survienne. On dit alors que c’était le calme avant le déchaînement de la tempête, car un cyclone particulier vivait dans le corps de Nagata. Un monstre dans le monstre, un cannibale qui dévorait encore et encore, toujours, insatiable. Il entra dans sa chambre. La nuit venait de tomber, quatre bougies étaient allumées. Saede essuyait le sol, car elle savait son maître extrêmement vigilant sur la propreté. Il ne tolérait la saleté que dans les arènes ou dans des lieux qui s’y prêtent. A l’instant où il entra, les deux hommes qui le suivaient sentirent la tension monter sans pouvoir s’arrêter, monter si haut qu’ils ne parvenaient plus à savoir où ils étaient. Saede cessa son travail et leva les yeux sur son maître. Elle bredouilla qu’elle avait bientôt fini et qu’elle allait le laisser se reposer, mais personne ne l’entendit.
Nagata – Dehors.
Il s’en faut de peu pour dénouer des destinées. Trois mots pour un juge ; un peu plus pour un guerrier ; un seul pour Nagata. Les hommes sortirent en sachant que ce que Yukan ressentait ce matin en se levant allait se réaliser dans quelques minutes, dans leur dos. Ce drame suspendu allait descendre, s’écraser et tuer tous ceux qu’il toucherait, excepté l’immortel Nagata Hideyoshi. Ils n’entendirent pas les cris d’horreur, ni les râles d’agonie. Personne ne les entendit.
Nagata s’avança. Il ne l’avait pas quittée des yeux. Saede recula, toujours agenouillée, puis elle secoua doucement la tête, deux grosses larmes ruisselant sur ses joues. Elle ne voulait pas y croire ; non, ce drame n’est pas le mien. Il doit forcément toucher quelqu’un d’autre. Mais la partie encore rationnelle de son esprit la contredisait, la torturait. Elle lui soufflait que tout cela était prévisible, que l’araignée avait travaillé sa toile depuis plus d’un mois. Et qu’à présent, elle allait savourer son repas.
Lentement.
Il caressa le visage de la jeune fille et essuya l’humidité à ses yeux. Un sourire cruel étirait ses lèvres. Sans hésiter, il la jeta à terre et écrasa soigneusement son visage contre le sol. Il ne parlait pas, mais les suppliques de Saede s’échappaient en désordre.
On parla longuement de ce qu’il restait du corps de la jeune fille, mutilée de toute part tant qu’il n’en restait plus grand-chose ni d’humain ni de reconnaissable. Nagata murmura simplement que ce n’était pas lui et qu’il s’agissait là d’un drame odieux. Il avait sourit, alors, et avait ajouté : « un de plus ». Les îles condamnèrent ce meurtre et la famille de la victime exigea une enquête. Elle ne survint jamais, même si les shinobis de Kiri abordèrent bel et bien les côtes de Yukan. Ils retournèrent chez eux sans rien à donner à leurs supérieurs.
Nagata – Ces fils de chienne… Ils rentrent la queue entre les jambes. On tue des centaines de personne par année sur cette île et ils s’émeuvent pour une paysanne ? Hypocrites. L’opinion publique, c’est là votre seule arme ? Je vous en montrerai d’autres. Je vous parlerai de façon à être intelligible. Je vous ferai regretter. Yukan est une terre de non-droit. Les décrets d’Uke ont été annulés depuis longtemps. Mais ils ne peuvent en être sûrs. Ils ne peuvent infiltrer mon île.
Quand on parle de Nagata, on évoque aussi sa ténacité à punir les fautes de chacun. Un garde qui n’est pas à son poste ? Exilé. Un enfant qui vole ? Les mains coupées. Une table sale ? Serviteur fouetté jusqu’à l’os.
Alors on se prend à rêver. Comment se jugerait-il lui-même ?
Je ne suis pas là pour la justice. Je ne suis pas là pour sauver cette île. Je ne suis pas là pour rendre service.
Je suis là pour tuer cet homme, car chacune de mes actions depuis vingt-quatre ans à présent m’ont conduit à cet instant unique. Vingt-quatre ans pour réaliser cet objectif fou et qui dépasse, de très loin, ce que j’avais d’abord pensé : exécuter Nagata Hideyoshi.
Exécuter le traître du Pays de l’Eau.
Deux
Kade haleta, grogna, puis se redressa. Le sang maculait sa poitrine entaillée par les lames ennemies. L’un d’eux reposait à ses pieds, l’autre demeurait à distance, privé de son bras droit. Le kiréen donna un coup dans le vide, projetant de multiples tâches de sang dans le sable chaud. La foule scandait des noms vagues, des entités inconnues, des idées folles de bêtes sanguinaires.
Kade sentait le regard de Nagata sur lui. Il sentait sa folie lécher son corps comme une maladie le corps d’un mourant. Son intérêt était piqué depuis Jobasha Samusan. Il l’épiait, voulait découvrir d’autres secrets. Mais cette fois-ci, Kade maintenait la distance, comme une amante facétieuse qui après s’être fait désirer souffle le froid. Dans son esprit, les rouages étaient nets et huilés ; une mécanique sentimentale adaptée à la mort par gradation. La poétique de la disparition. Une lente progression jusqu’à atteindre la tête ; mouvement magnifique, final.
Il s’élança sur son adversaire, dansant au milieu de l’arène pour éviter les projectiles trop nombreux qui sifflaient à ses oreilles, qui sifflaient et l’effleuraient comme de doux pétales dans un champ printanier.
Quand ils étaient entrés ce matin, lui et Sora, la foule avait retenu sa respiration. Kade avançait la tête droite, le regard serein et Sora le suivait, pâle comme une ressuscitée, terrifiée. Elle n’arrivait pas à lever les yeux au-delà des chevilles de son maître.
Ce matin, elle avait été la seule servante à se présenter dans l’arène pour donner à Kade son arme et retirer sa veste.
Le bain de sang de la veille avait fait le tour de la ville. Les badauds avaient plaisanté de la bonne idée de Nagata pour s’amuser. Transformer les servantes en assassin, quel génie ! La garde baissée après l’amour ou de fatigue, de nombreux concurrents avaient vu leur aventure s’achever sans grâce et sans éclat, dans des couvertures poisseuses de sueur et de sang. Quelle honte… Ils n’étaient plus que vingt-cinq, après quatre jours de tournoi, ce qui était bien loin des cent-soixante six participants du départ.
Les murmures s’étaient élevés. On se demandait comment une servante avait pu survivre car si Kade était encore vivant, c’était qu’elle avait échoué à lui prendre la vie. C’était parfait. Kade connaissait la bête qu’il chassait. Elle était plus effrayée qu’effrayante, paranoïaque et folle. Il fallait utiliser ces défauts pour les tourner à son avantage. Le mécanisme était déjà en place, au-dessus de leurs têtes, menace noire à l’œil unique.
Kade décapita son adversaire. La tête vola puis roula sur plusieurs mètres avant de s’arrêter contre les tribunes. On accueillit sa victoire par des cris d’une joie sauvage, tandis que le kiréen se reculait. Quand on joue aux échecs, ce n’est pas des pièces qu’on se méfie, mais de son adversaire. Par conséquent, on n’essayait jamais de se demander quel était le plan du fou ou du cavalier, mais celui de l’homme qu’on avait en face. Il y avait deux joueurs pour cette partie ; Kade et Nagata. Son intelligence ne l’avait jamais trahi. C’était de la tactique millimétrée, mise en place pour une seule personne. Les chances d’erreurs existaient toujours, car la vie a cela de particulier de ne jamais se dérouler tel qu’on s’y serait attendu. C’est pour cela que rien ne serait négligé.
C’est pour cela qu’on l’avait choisi lui, Kade Kasen, plutôt que n’importe qui d’autre. Parce qu’il ne pouvait pas perdre à ce jeu.
Trois

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
VI – Le Temps de l’Erreur
Le Guerrier à l’Âme Rouge.
La seule chose qui parvienne à terrifier Nagata Hideyoshi. Jour et nuit, un refrain obsédant, névrotique. Il en cauchemardait la nuit, s’en réveillait en sueur le matin et y songeait en journée. Une légende entendue alors que ses parents étaient encore en vie. Ils recevaient une troupe inconnue, venue du nord, des artistes indépendants sans nom et sans patrie. Leurs représentations firent grand bruit, tant la qualité était époustouflante. Les habitants de Yukan disaient volontiers qu’ils arrivaient de bien plus loin que le Pays de la Foudre, bien plus au nord, dans des lieux encore inexplorés.
Au moment de partir, la famille noble des Hideyoshi vinrent pour les saluer et leur souhaiter bon voyage. Leur navire appareillait prochainement. Le jeune Nagata, huit ans à peine, insista pour les accompagner jusqu’au port. Les artistes acceptèrent de bon cœur. Nagata portait un amour innocent à l’une des artistes, une jeune femme magnifique, qui racontait des histoires ensorcelantes. Son regard, particulièrement, ne laissait d’étonner. Deux grands yeux d’un bleu impossible, trop pur et trop profond pour appartenir à une mortelle. Nagata la tenait par la main très familièrement, la femme en semblait ravie. Quand il lui demanda son nom, elle prit une mine songeuse et finit par hausser les épaules.
Yomi – On m’a appelé Yomi, en référence à l’endroit d’où je viens. Tu n’arriverais pas à prononcer mon vrai nom, alors appelle-moi Yomi.
Une fois arrivé au port, les artistes chantèrent une dernière ballade aux badauds présents pour assister à leur départ. C’était une chanson douce et mélancolique, qui parlait d’un temps oublié des hommes et de l’histoire, un temps de suspension destiné à être perturbé. Il était aussi question d’une menace sourde, mais Nagata ne la comprit pas bien. Les artistes rangèrent pour la dernière fois leurs instruments, s’inclinèrent respectueusement puis gravirent la rampe qui leur permettait d’accéder au pont du navire, un à un.
Yomi revint auprès de Nagata et s’agenouilla face à lui pour se mettre à sa hauteur. Elle le serra tendrement dans ses bras, lui déposa un baiser sur la joue puis le dévisagea. Ses yeux étaient troubles, mais pas de larmes. Comme si elle voyait au-delà de Nagata. Elle secoua lentement la tête.
Yomi – Ton avenir est étonnant. Je n’aurais pas pensé que tu serais ainsi. Mais on n’y peut rien faire. Il faut que tu prennes garde à quelque chose, Nagata.
Le garçon ne comprenait pas où Yomi voulait en venir, mais le ton de sa voix lui indiquait que cela était très sérieux.
Nagata – Oui…
Yomi – Le Guerrier à l’Âme Rouge. J’ai vu son ombre sur toi, une ombre teintée de sang et d’une haine glaciale. Quand tu le verras, fais-le exécuter. Tu risques plus que la mort, Nagata, en te confrontant à lui. Bien plus que la mort.
Nagata – Je ne comprends pas…
Le sourire de Yomi se renouvela, comme si elle n’avait rien dit. Elle ébouriffa les cheveux de Nagata et déposa un baiser sur son front.
Yomi – Rien. Prends-soin de toi. Adieu Nagata. Je ne pense pas que nous nous reverrons. Je ne le souhaite pas.
Encore aujourd’hui, Nagata se souvient de ce dos désiré qui s’éloignait lentement. Il se souvient aussi du signe de main de Yomi, ainsi que de son sourire radieux quand elle s’était retournée. Elle lui fit un petit clin d’œil, puis disparut de sa vue.
À jamais.
On pourrait se dire, bêtement, que Yomi n’avait qu’à mettre en garde Nagata contre ce qu’il allait devenir. Elle aurait pu lui dire de ne pas se transformer en qui il était. Car de toute évidence, elle en savait long sur lui, par quelque moyen que ce soit. Elle en savait long sur de nombreuses personnes et gardait le silence. C’était ainsi.
Si vous aviez le pouvoir, est-ce que vous l’utiliseriez ?
Vous ne l’avez pas, alors taisez-vous.
*****
Sora était assise dans la chambre de Kade, comme à son habitude lorsque la nuit commençait à tomber. Elle observait son maître prendre soin de son arme, un court wakizashi, très simple dans son apparence mais très finement réalisé. Elle pouvait le nier autant qu’elle le voulait, elle était versée dans la connaissance des armes. Ainsi que dans leur utilisation. Cela ne s’était pas passé comme elle l’avait imaginé, Sora n’avait jamais souhaité toucher des lames et s’en servir. Elle n’essayait pas de se déculpabiliser, sur le moment, elle avait toujours fait ce qui devait être fait.
La survie…
Un instinct animal, essentiel à l’homme, sans lequel il aurait disparu. Il est normal de vouloir aller toujours plus loin, de vouloir rester en vie. On s’accroche à des lambeaux avec la force que donne le désespoir. Sora ne voulait pas tuer, mais elle ne voulait pas mourir non plus. A partir de là, qui pouvait la juger ? Qui pouvait déclarer être capable de se débarrasser de sa vie pour ne pas prendre celle d’un autre, qu’il soit salaud ou ange ? Pas dans ce monde-ci, non, pas dans ce monde-ci.
Kade observa sa lame à la lumière des lampions, puis murmura quelque chose d’inaudible avant de la ranger dans son écrin. Il jeta un coup d’œil à Sora. Elle l’imagina surpris de la voir toujours là, mais son visage n’en manifesta rien. Elle aurait voulu lui parler, l’atteindre. Peut-être que son destin n’était pas si loin, peut-être n’en avait-elle pas été dépossédée ? Cet homme… Sora le sentait. Il cachait des choses. Il avait un dessein particulier en venant ici. Pour le moment, il avait surclassé ses adversaires, malgré ses récentes blessures. Il était plus fort qu’il ne voulait bien le montrer. Plus fort que ce Jobasha Samusan… Kade fronça légèrement les sourcils, Sora détourna aussitôt la tête, rougissante.
Kade – Est-ce que tu arrives à simuler le rouge aux joues ?
Elle grogna doucement.
Sora – Non… Arrêtez de croire que je suis fausse…
Il sourit, d’un sourire plus amical qu’elle ne l’aurait cru possible.
Kade – Mais tu es fausse. C’est étrange et je n’arrive pas à me l’expliquer, mais avec toi je me sens obligé de dire la vérité. Pourtant, j’ai menti toute ma vie. Mais pas à toi.
La manipulation était un art délicat et subtil, mais Kade n’avait plus rien à apprendre. Cela ne lui venait jamais sur un coup de tête. Il imaginait toujours ses interactions avec les autres sur une planche de travail, sur le long terme. Quand il regardait quelqu’un, il se demandait comment il allait pouvoir lui être utile. C’était… une voix dans son esprit, qui prenait cela en compte mais qui ne le réutilisait pas toujours. Quand il avait vu Sora, il s’était instinctivement dit qu’il allait être très sincère avec elle, pour que la jeune fille pense qu’il l’était réellement.
Il fallait simplement qu’elle pense avoir l’initiative. La flatter. Elle le dévisageait à présent comme si elle le voyait pour la première fois, la surprise se disputait à la gêne dans son regard. Sora finit par détourner les yeux une nouvelle fois pour tirer sur l’ourlet de son yukata.
Sora – Vous vous moquez de moi encore.
La note de peur qu’il perçut dans sa voix lui fit un singulier effet. Kade s’était efforcé de laisser cela de côté, de l’ignorer le temps de finir ce qu’il avait à faire, mais c’était bien là le ton d’Haya quand elle lui reprochait de partir trop souvent. Un ton boudeur et effrayé, qui allait plus loin qu’il n’y paraissait. Kade se disait alors que sa fille était trop petite pour savoir ce qu’il faisait réellement, pour savoir qu’il parcourait le pays pour remplir tel ou tel contrat pour Kiri. Mais désormais, il avait la conviction qu’Haya en savait plus que cela. Qu’elle n’avait jamais été totalement dupe ni totalement au courant, comme une aveugle qui marche sur une route pavée de soleil. Cela le mit mal à l’aise.
Kade – Si tu le dis...
Poussé par un brusque élan de nostalgie, Kade ouvrit sa chemise. Sora leva les yeux vers lui tandis qu’il cherchait doucement, sans se presser, comme s’il renâclait à cette perspective. Il savait que ce n’était pas une bonne chose, que cela allait altérer son jugement. Mais il se saisit néanmoins des photos de sa famille et aussitôt, une boule se forma dans sa gorge. Il n’y avait que trois photographies, l’une où il était avec Hatsuyo et Kaoru bébé, une autre avec une grande Haya qui jouait avec Murasaki, et la dernière où il était entouré de ses trois filles. Il leur avait demandé cette photo quelques jours avant de partir pour Yukan…
Sora – Qu’est-ce que c’est ?
Kade lui lança un regard courroucé. Elle n’avait pas le droit d’intervenir dans ce monde ! Il devait rester préservé de toute la saleté qui l’entourait, de cette crasse odieuse et nauséabonde qui recouvrait cette île maudite. Sora recula insensiblement et Kade s’adoucit immédiatement.
Kade – Ma famille. Mes filles…
Sora eut un sourire hésitant.
Sora – Tu es un bon père ?
Il demeura silencieux plus longtemps qu’il ne l’aurait voulu. Finalement, il murmura tout bas :
Kade – Je les aime et elles m’aiment.
Il s’arrêta là. Kade Kasen n’avait pas été un très bon père. Ses filles sont venues au monde alors qu’il était déjà engagé dans une mission de vie et de mort. Cette ombre inconnue avait toujours planée sur elles sans qu’elles ne le sachent. Il n’avait pas été honnête avec elle. Cela serait réparé. Il leur raconterait tout, car aujourd’hui il avait acquis la conviction qu’elles comprendraient, qu’elles auraient toujours pu comprendre et qu’elles ne méritaient pas ces trop nombreux mensonges. Cette pensée l’apaisa, et sa main s’étendit sur sa cuisse, dévoilant les photos.
Peut-être que s’il n’avait pas été si heureux et tranquille, il aurait avisé le regard horrifié de Sora lorsqu’elle avisa la première photographie. Peut-être aurait-il remarqué que son rythme cardiaque et sa tension corporelle venaient juste d’exploser. Peut-être que la fausseté renouvelée de sa voix l’aurait frappé.
Sora – Vous avez beaucoup de chance. Beaucoup de chance.
Quatre

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
Kade tomba à genoux lourdement, le souffle court. Sa main refusait de desserrer sa prise sur son arme ensanglantée, tant la tension de son corps était présente. Il releva douloureusement la tête pour s’assurer que son adversaire était bien mort. Ces derniers jours avaient été mouvementés et les participants manifestaient pour la plupart d’étonnantes capacités qui leur valait de longues séries de victoires. Plus il avançait sur ce chemin parsemé de cadavre, plus Kade entrevoyait l’ampleur de ce que réalisait Nagata. Ce n’était pas seulement un tournoi macabre, avec du sang, du pain et des filles pour tout le monde. Ce qu’on observait depuis bientôt deux semaines, c’était une sélection naturelle.
Les forts survivaient, les faibles mouraient. Les quelques blessés grièvement se voyaient offrir ce que l’on nommait des places d’honneur, et qui revenaient en pratique à une garde exclusive et puissante. Nagata violait consciemment la Loi d’Uke, loi qui interdisait catégoriquement aux gouverneurs d’île d’entretenir une armée. Une stratégie redoutable et subtile, qui jouait sur les mots et les apparences. Ces… places d’honneur… ne portaient pas d’armes, mais ils n’en restaient pas moins les lames les plus affûtées de tous les pays. De véritables légendes venaient s’affronter ici pour des buts divers. Et certaines rejoignaient Nagata dans son sinistre projet, quel qu’il soit.
Sora était à ses côtés pour l’aider à se relever. Kade se laissa faire, plus faible qu’il ne l’aurait cru. Ses jambes le portaient à peine. Il avait sa journée devant lui pour se préparer au combat du lendemain. Selon les résultats des autres participants, il allait finalement disputer la grande finale. Il n’avait plus longtemps à patienter avant de débarrasser le monde de Nagata Hideyoshi. Sora avait un visage soucieux, Kade se demanda s’il avait aussi mauvaise mine. Son adversaire était relativement mal tombé, contrairement aux apparences. Il s’agissait d’un Senjago du Pays du Feu, un shinobi, comme lui. Et même si certains esprits pourraient penser que l’eau bat forcément le feu, c’est qu’ils ne sont jamais tombés sur un Senjago immortel et acharné à remporter son combat. Un instant, Kade avait finalement dû en appeler au Jobasha Samusan pour s’assurer la victoire. Le gel avait atteint son aine à présent… Il espérait sincèrement ne plus jamais revoir le visage transparent des Rois Gardiens. A mesure que le gel gravissait les laborieux échelons de son métabolisme, les pensées qui l’agitaient étaient de plus en plus glaçantes et noires. Dès qu’il prononçait les mots, Jobasha Samusan, une sensation d’intense désespoir s’emparait de lui et ne le quittait plus jusqu’à dissipation, voire plusieurs minutes après. Il n’y a pas de pouvoir sans contrepartie ou restrictions… Mais Kade demeurait confiant. Si cette mission se déroulait correctement, il n’aurait plus à invoquer les Trois Cavaliers.
L’homme s’effondra sur sa couche. Sora délassa sa tunique et la déposa soigneusement à terre. Elle s’appliqua à panser ses blessures, et Kade imagina une louve s’occuper de son chasseur de compagnon. La jeune fille passa ses doigts sur une estafilade au torse et une autre plaie, plus profonde celle-ci, qui lacérait son flanc jusqu’à sa hanche. Elle murmurait doucement, mais le shinobi peinait à percevoir les mots qui quittaient sa bouche. Il ferma les yeux.
Sora attendait dans le couloir, le cœur serré et la mine sombre.
Elle venait de quitter Kade qui, sans aller beaucoup mieux, s’était endormi profondément. L’anxiété se disputait à l’excitation dans l’esprit de la jeune fille. Ce n’était presque rien, mais elle gardait ses doigts posés sur la petite image comme pour se rassurer de son existence. Sa vie n’avait pas été aussi tranquille qu’elle l’avait espéré, enfant. Lentement, elle s’était étiolée à la façon d’un long rêve troublé, avec cette même sensation de ne pas contrôler toutes ses décisions. Naître à Yukan n’avait rien d’une bénédiction. C’était la promesse d’une vie pauvre et pénible, à pêcher les maigres poissons des côtés ou à cultiver des champs réticents. On pouvait également s’engager en tant que marchands ou marins, mais il s’agissait là de métier peu adaptés aux femmes, du moins c’était l’avis général.
Une fille disposait de deux choix : un mariage heureux avec un riche parti ou bien les champs. La plupart se mariaient avec des paysans et à défaut de vivre une vie exceptionnelle ils jouissaient d’une certaine tranquillité. Celles qui parvenaient à percer à l’intérieur des murs du château devenaient des nobles par extension, bien que la majorité desdits nobles les considère davantage comme des putains que comme des personnes de rang égal. Sora s’était retrouvée dans cette situation à quinze ans, son père étant mort lors d’une bête tempête sa famille crevait de faim. En tant qu’aînée, elle avait dû aller à l’essentiel. Son joli visage parvint à séduire l’un des nobles de l’entourage de Nagata, le maître de l’île en personne. Il se révéla un parti respectueux et, quelque part, doux.
Il mourut toutefois quelques mois seulement après leur union et sa famille eut tôt fait d’évincer Sora d’une quelconque dotation. Ce fut à cet instant que Nagata la recueilli. Quand elle y repense, elle imagine l’ombre de l’aile d’une chauve-souris, hideuse et repoussante mais chaude, si chaude… Il la prit comme servante, ce qui devint bientôt un travail plutôt diversifié. Elle devait tour à tour séduire, coucher ou assassiner différentes personnalités. Quelque chose lui souffla qu’elle venait de résoudre la mort mystérieuse de feu son mari… Néanmoins ce mode de vie lui rapportait suffisamment d’argent pour sa famille. Et elle y trouvait un certain plaisir de sentir le pouvoir couler sur ses doigts. Un jour alors qu’elle lavait une terrasse, Nagata en personne vint s’appuyer au balcon. Il murmura faiblement qu’il n’y avait rien de plus beau qu’une vierge en sang, ou qu’une rose pervertie. Sora se contenta de trouver la phrase banale, mais n’osa pas répondre quoi que ce soit. Ce soir là, Nagata lui ordonna de le rejoindre dans sa chambre et elle crut qu’il allait la tuer, mais il ne fit que la prendre jusqu’à n’en plus pouvoir et c’était la dernière fois qu’ils s’étaient parlés.
La porte coulissa doucement et Sora bondit sur ses jambes. Elle entra prestement et referma le volet derrière elle. Nagata était assis face à elle, bien qu’elle ne parvienne à voir que son dos nu, pâle et osseux. Il semblait respirer difficilement. Sora, habituée aux rituels de son maître, ne craignait pas excessivement de faire un impair, bien que le risque soit toujours présent face à une personnalité aussi lunatique. Elle s’approcha et se plaça derrière lui, à un mètre de distance, agenouillée elle aussi. Nagata ne parla pas tout d’abord puis d’une voix sourde, grinçante, il murmura :
Nagata – Sora Shishida…
La jeune fille réprima un frisson et déglutit.
Nagata – Parle.
Il semblait agacé. Sora balbutia deux mots inaudibles puis se reprit :
Sora – J’ai des nouvelles qui pourraient vous intéresser.
Nagata ne réagissant pas, elle précisa doucement :
Sora – Au sujet du Guerrier à l’Âme Rouge.
Nagata fut sur elle avant qu’elle ne puisse seulement lever la tête. Il la renversa au sol violemment, plaqua son avant-bras sur sa gorge et l’autre lui pressa la poitrine, diagonalement. Sora s’agita faiblement, tout air ayant quitté ses poumons, tandis que des points noirs envahissaient sa vue.
Nagata – Jamais... Ce nom… Jamais…, postillonna-t-il douloureusement.
Sora gémit comme pour s’excuser, mais Nagata ne fit pas mine de se reculer pour autant. Elle aperçut la lumière folle de ses yeux s’éclipser, il lâcha tout d’abord son sein meurtri puis se laissa aller en arrière, ses bras pendant le long de son corps malingre. Il resta sur elle en la dévisageant froidement, comme l’oiseau de proie observe son gibier. Sora porta une main à son cou et ajusta pudiquement sa tenue dérangée, sans oser parler.
Nagata – Il existe ? Je savais qu’il viendrait. Mon rouge ennemi. Une armée pour l’affronter, une armée pour me protéger. De qui ais-je peur ?
Sa voix se transforma subitement en celle d’un petit garçon geignard.
Nagata – J’ai peur de Yomi. Quand est-ce que tu reviens ? Je sais que tu me hais. J’ai changé. Yomi, reviens !
Sa main caressait la joue de Sora. Il se pencha sur elle et huma, de ce qu’elle pouvait en dire, ses cheveux. Il se redressa brusquement et menaça de la gifler. L’adolescente ferma les yeux, dans l’attente du coup, mais celle la voix froide la frappa.
Nagata – Parle. Je le reconnaîtrais si c’est lui.
Sora rassembla son courage malmené et murmura précipitamment :
Sora – C’est mon maître. C’est lui le… Regardez l’image, l’image.
Elle introduisit une main tremblante dans sa tunique pour en ressortir une photographie qu’elle présenta à Nagata. Il l’observa soigneusement. Il y avait un homme au centre, puissant, avec à ses côtés une petite fille blonde, et une plus grande, qui reposait sa tête sur sa large épaule. Il y avait une dernière fille, sur la tête de laquelle l’homme posait une main paternelle. Elle souriait. Et ses cheveux… Nagata ne vit plus que cela. Le Guerrier à l’Âme Rouge… Depuis tout ce temps, il cherchait le plus grand tueur de ce temps, persuadé que le Rouge renvoyait au sang. C’était trop bête… De simples cheveux roux ? Pourtant, il le sentait au plus profond de lui. Les mots magiques de Yomi se débloquèrent en lui. Ses doigts froissèrent la paisible photographie.
Le Guerrier à l’Âme Rouge était le père de cette petite.
Le Guerrier à l’Âme Rouge était Kade Kasen, finaliste de ce tournoi.
Cinq
Les forts survivaient, les faibles mouraient. Les quelques blessés grièvement se voyaient offrir ce que l’on nommait des places d’honneur, et qui revenaient en pratique à une garde exclusive et puissante. Nagata violait consciemment la Loi d’Uke, loi qui interdisait catégoriquement aux gouverneurs d’île d’entretenir une armée. Une stratégie redoutable et subtile, qui jouait sur les mots et les apparences. Ces… places d’honneur… ne portaient pas d’armes, mais ils n’en restaient pas moins les lames les plus affûtées de tous les pays. De véritables légendes venaient s’affronter ici pour des buts divers. Et certaines rejoignaient Nagata dans son sinistre projet, quel qu’il soit.
Sora était à ses côtés pour l’aider à se relever. Kade se laissa faire, plus faible qu’il ne l’aurait cru. Ses jambes le portaient à peine. Il avait sa journée devant lui pour se préparer au combat du lendemain. Selon les résultats des autres participants, il allait finalement disputer la grande finale. Il n’avait plus longtemps à patienter avant de débarrasser le monde de Nagata Hideyoshi. Sora avait un visage soucieux, Kade se demanda s’il avait aussi mauvaise mine. Son adversaire était relativement mal tombé, contrairement aux apparences. Il s’agissait d’un Senjago du Pays du Feu, un shinobi, comme lui. Et même si certains esprits pourraient penser que l’eau bat forcément le feu, c’est qu’ils ne sont jamais tombés sur un Senjago immortel et acharné à remporter son combat. Un instant, Kade avait finalement dû en appeler au Jobasha Samusan pour s’assurer la victoire. Le gel avait atteint son aine à présent… Il espérait sincèrement ne plus jamais revoir le visage transparent des Rois Gardiens. A mesure que le gel gravissait les laborieux échelons de son métabolisme, les pensées qui l’agitaient étaient de plus en plus glaçantes et noires. Dès qu’il prononçait les mots, Jobasha Samusan, une sensation d’intense désespoir s’emparait de lui et ne le quittait plus jusqu’à dissipation, voire plusieurs minutes après. Il n’y a pas de pouvoir sans contrepartie ou restrictions… Mais Kade demeurait confiant. Si cette mission se déroulait correctement, il n’aurait plus à invoquer les Trois Cavaliers.
L’homme s’effondra sur sa couche. Sora délassa sa tunique et la déposa soigneusement à terre. Elle s’appliqua à panser ses blessures, et Kade imagina une louve s’occuper de son chasseur de compagnon. La jeune fille passa ses doigts sur une estafilade au torse et une autre plaie, plus profonde celle-ci, qui lacérait son flanc jusqu’à sa hanche. Elle murmurait doucement, mais le shinobi peinait à percevoir les mots qui quittaient sa bouche. Il ferma les yeux.
*****
Sora attendait dans le couloir, le cœur serré et la mine sombre.
Elle venait de quitter Kade qui, sans aller beaucoup mieux, s’était endormi profondément. L’anxiété se disputait à l’excitation dans l’esprit de la jeune fille. Ce n’était presque rien, mais elle gardait ses doigts posés sur la petite image comme pour se rassurer de son existence. Sa vie n’avait pas été aussi tranquille qu’elle l’avait espéré, enfant. Lentement, elle s’était étiolée à la façon d’un long rêve troublé, avec cette même sensation de ne pas contrôler toutes ses décisions. Naître à Yukan n’avait rien d’une bénédiction. C’était la promesse d’une vie pauvre et pénible, à pêcher les maigres poissons des côtés ou à cultiver des champs réticents. On pouvait également s’engager en tant que marchands ou marins, mais il s’agissait là de métier peu adaptés aux femmes, du moins c’était l’avis général.
Une fille disposait de deux choix : un mariage heureux avec un riche parti ou bien les champs. La plupart se mariaient avec des paysans et à défaut de vivre une vie exceptionnelle ils jouissaient d’une certaine tranquillité. Celles qui parvenaient à percer à l’intérieur des murs du château devenaient des nobles par extension, bien que la majorité desdits nobles les considère davantage comme des putains que comme des personnes de rang égal. Sora s’était retrouvée dans cette situation à quinze ans, son père étant mort lors d’une bête tempête sa famille crevait de faim. En tant qu’aînée, elle avait dû aller à l’essentiel. Son joli visage parvint à séduire l’un des nobles de l’entourage de Nagata, le maître de l’île en personne. Il se révéla un parti respectueux et, quelque part, doux.
Il mourut toutefois quelques mois seulement après leur union et sa famille eut tôt fait d’évincer Sora d’une quelconque dotation. Ce fut à cet instant que Nagata la recueilli. Quand elle y repense, elle imagine l’ombre de l’aile d’une chauve-souris, hideuse et repoussante mais chaude, si chaude… Il la prit comme servante, ce qui devint bientôt un travail plutôt diversifié. Elle devait tour à tour séduire, coucher ou assassiner différentes personnalités. Quelque chose lui souffla qu’elle venait de résoudre la mort mystérieuse de feu son mari… Néanmoins ce mode de vie lui rapportait suffisamment d’argent pour sa famille. Et elle y trouvait un certain plaisir de sentir le pouvoir couler sur ses doigts. Un jour alors qu’elle lavait une terrasse, Nagata en personne vint s’appuyer au balcon. Il murmura faiblement qu’il n’y avait rien de plus beau qu’une vierge en sang, ou qu’une rose pervertie. Sora se contenta de trouver la phrase banale, mais n’osa pas répondre quoi que ce soit. Ce soir là, Nagata lui ordonna de le rejoindre dans sa chambre et elle crut qu’il allait la tuer, mais il ne fit que la prendre jusqu’à n’en plus pouvoir et c’était la dernière fois qu’ils s’étaient parlés.
La porte coulissa doucement et Sora bondit sur ses jambes. Elle entra prestement et referma le volet derrière elle. Nagata était assis face à elle, bien qu’elle ne parvienne à voir que son dos nu, pâle et osseux. Il semblait respirer difficilement. Sora, habituée aux rituels de son maître, ne craignait pas excessivement de faire un impair, bien que le risque soit toujours présent face à une personnalité aussi lunatique. Elle s’approcha et se plaça derrière lui, à un mètre de distance, agenouillée elle aussi. Nagata ne parla pas tout d’abord puis d’une voix sourde, grinçante, il murmura :
Nagata – Sora Shishida…
La jeune fille réprima un frisson et déglutit.
Nagata – Parle.
Il semblait agacé. Sora balbutia deux mots inaudibles puis se reprit :
Sora – J’ai des nouvelles qui pourraient vous intéresser.
Nagata ne réagissant pas, elle précisa doucement :
Sora – Au sujet du Guerrier à l’Âme Rouge.
Nagata fut sur elle avant qu’elle ne puisse seulement lever la tête. Il la renversa au sol violemment, plaqua son avant-bras sur sa gorge et l’autre lui pressa la poitrine, diagonalement. Sora s’agita faiblement, tout air ayant quitté ses poumons, tandis que des points noirs envahissaient sa vue.
Nagata – Jamais... Ce nom… Jamais…, postillonna-t-il douloureusement.
Sora gémit comme pour s’excuser, mais Nagata ne fit pas mine de se reculer pour autant. Elle aperçut la lumière folle de ses yeux s’éclipser, il lâcha tout d’abord son sein meurtri puis se laissa aller en arrière, ses bras pendant le long de son corps malingre. Il resta sur elle en la dévisageant froidement, comme l’oiseau de proie observe son gibier. Sora porta une main à son cou et ajusta pudiquement sa tenue dérangée, sans oser parler.
Nagata – Il existe ? Je savais qu’il viendrait. Mon rouge ennemi. Une armée pour l’affronter, une armée pour me protéger. De qui ais-je peur ?
Sa voix se transforma subitement en celle d’un petit garçon geignard.
Nagata – J’ai peur de Yomi. Quand est-ce que tu reviens ? Je sais que tu me hais. J’ai changé. Yomi, reviens !
Sa main caressait la joue de Sora. Il se pencha sur elle et huma, de ce qu’elle pouvait en dire, ses cheveux. Il se redressa brusquement et menaça de la gifler. L’adolescente ferma les yeux, dans l’attente du coup, mais celle la voix froide la frappa.
Nagata – Parle. Je le reconnaîtrais si c’est lui.
Sora rassembla son courage malmené et murmura précipitamment :
Sora – C’est mon maître. C’est lui le… Regardez l’image, l’image.
Elle introduisit une main tremblante dans sa tunique pour en ressortir une photographie qu’elle présenta à Nagata. Il l’observa soigneusement. Il y avait un homme au centre, puissant, avec à ses côtés une petite fille blonde, et une plus grande, qui reposait sa tête sur sa large épaule. Il y avait une dernière fille, sur la tête de laquelle l’homme posait une main paternelle. Elle souriait. Et ses cheveux… Nagata ne vit plus que cela. Le Guerrier à l’Âme Rouge… Depuis tout ce temps, il cherchait le plus grand tueur de ce temps, persuadé que le Rouge renvoyait au sang. C’était trop bête… De simples cheveux roux ? Pourtant, il le sentait au plus profond de lui. Les mots magiques de Yomi se débloquèrent en lui. Ses doigts froissèrent la paisible photographie.
Le Guerrier à l’Âme Rouge était le père de cette petite.
Le Guerrier à l’Âme Rouge était Kade Kasen, finaliste de ce tournoi.
Cinq

Haya Sasaki- Chuunin de Kiri

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Re: Toi l'Immortel
Sora attendait à ses côtés, bien droite. Tendue, se dit-il, sans s’attacher davantage à cette pensée.
Mais il y avait ce vieil instinct de loup en lui. Quelque chose ne se déroulait pas comme prévu. L’ouverture de la finale du tournoi était imminente, Sora allait bientôt s’avancer à ses côtés et ils passeraient la voûte nacrée qui les séparaient de l’arène. Kade fronça les sourcils. Une cloche tinta discrètement, annonçant l’approche des guerriers. Le shinobi se départit de son lourd manteau et passa l’arche, Sora sur les talons.
Deux gardes marchaient de concert avec son adversaire.
Kade – Mmh… Merci Sora.
L’adolescente sursauta puis se reprit.
Sora – Comment cela ?
Kade lui accorda un regard et lui adressa un sourire sincère.
Kade – Merci de m’avoir trahi.
Garde – Kade Kasen, lâchez votre arme immédiatement.
Kade – Je ne vois pas pourquoi.
Il sentit un frisson gravir son échine. L’homme qui lui faisait face était un colosse, un véritable géant. Âgé, il n’en conservait pas moins une carrure redoutable, les bras croisés sur sa gigantesque poitrine. Et Kade le connaissait…
Darucha Gankarra.
Son ancêtre, en quelque sorte, puisqu’il avait été le créateur de la fameuse Flamme Jaune. Curieuse coïncidence, décidemment, que chacun des chefs de cette équipe finisse par déserter et rejoindre cette île maudite. Darucha secoua lentement la tête.
Darucha – Enfant... Ne fais pas ta mauvaise tête. Nous savons ce que tu projettes. C’est une folie.
Kade – Quelle est ton argumentation, Gankarra ?
L’homme ne parut pas surpris. Sa mâchoire se crispa.
Darucha – Je n’ai besoin de nulle justification. Nagata représente la lueur qui pourra éclairer la noire obscurité des shinobi.
Kade – Peuh… Ainsi parla le meurtrier de sa coéquipière.
En un instant Darucha fut sur lui. Kade recula de plusieurs pas, posa son coude contre l’épaule du géant et appuya de toutes ses forces. L’homme l’ignora superbement, le saisissant par la taille pour l’envoyer s’écraser plusieurs mètres plus loin. Du sable s’engouffra dans sa bouche alors qu’il se relevait déjà. Mais une main le saisit par le bas de sa veste et il vola à nouveau.
Il s’écrasa une nouvelle fois à terre. Les options défilaient dans son esprit sans qu’il ne s’arrête sur aucune ; assez ! Darucha l’attrapa sans ménagement et aperçut le sourire narquois de son adversaire. Sans un mot, il l’envoya dans les airs et Kade sembla être avalé par le vide. Il réapparut derrière Nagata, qu’il saisit par la gorge. Darucha se précipita vers lui, aussi vif qu’un vieux lion. Kade se laissa tomber en arrière, à l’ombre d’un nouveau miroir, et tout le monde fut témoin de cet improbable enlèvement.
Kade réapparut dans la chambre de Nagata. Il repoussa l’homme d’un coup de pied dans le bas du dos et tira sans un bruit sa lame. Le silence était ici total, à l’opposé du tumulte de l’arène. Nagata se réceptionna lourdement à terre. Il se retourna brusquement mais ne rampa pas pour se mettre hors d’atteinte. Il observait son agresseur avec une fascination détestable, comme s’il se demandait à quel moment exactement l’histoire avait pris un tour si particulier.
Nagata – Je savais que tu viendrais.
Kade – Tu savais que quelqu’un viendrait te tuer.
Nagata secoua la tête. Il avait un visage très maigre et allongé, avec des yeux d’un noir profond et troublant. Cela lui rappelait le regard d’un enfant.
Nagata – Je savais que toi tu viendrais. Tu es le Guerrier à l’Âme Rouge. Le seul homme qui me tuera jamais.
Kade exécuta un nouveau pas, consciencieux. Peu importait le babillage de cet homme mourant. Nagata chercha dans sa poche et tendit l’image qui paralyse Kade de l’intérieur. Une sensation similaire au gel du Jobasha Samusan ; celui de la mort qui rampe et qui crisse. Il vit Haya, sa chère petite fille qui souriait gaiement à Yuma, Kade s’en souvenait bien, à Yuma qui la taquinait gentiment pour qu’elle sourie.
Nagata – J’avais toujours pensé que notre rencontre serait éclatante. Je suis déçu que la surprise ait été gâchée. Hélas, Darucha t’a déjà condamné.
L’homme, qui n’avait toujours pas pris la peine de se relever désigna le ventre de Kade. Quand il posa la main dessus, il ne sentit rien, alors Nagata rit d’un rire sonore et excité et désigna une nouvelle fois la même direction. Avec un effroi glacial, le shinobi porta la main à son dos pour sentir un liquide poisseux qui n’était pas exactement du sang. C’était de l’encre. Quand Kade ferma les yeux, il peine à trouver un filon de chakra, maigre, si maigre, dans son abdomen.
Kade – Je n’ai pas besoin de cela pour te tuer, chien.
Darucha – Mais tu en auras besoin pour me vaincre, enfant.
Le colosse se tenait à l’encadrement de la porte. Kade ne l’avait pas même aperçu. Ses sens étaient brouillés. Il percevait clairement le ralentissement de son cœur, la dilatation de ses pupilles et le raidissement de ses muscles. Un salopard de médecin. Kade lâcha son arme, non par volonté mais il se rendit compte avec horreur que la force avait quitté son avant-bras. Un miroir… Darucha s’approcha. Un miroir… Avec la lenteur du vainqueur, il releva Nagata. Un miroir… Puis s’approcha de lui.
Le visage impassible de Sora passa à travers la porte. Kade aurait aimé lui sourire mais les muscles de sa mâchoire lui refusaient ce plaisir mesquin.
Une légende raconte que lorsqu’Ohashi a attaqué Yukan, pendant la guerre qui opposa les gouverneurs, l’horizon était recouvert de petits points noirs. Autant de navires pour une si petite île ! Alors l’un des dirigeants de Yukan soupira et souffla qu’il aurait suffit de compter jusqu’à six pour que s’en soit fini de leurs espoirs.
Six.
Mais il y avait ce vieil instinct de loup en lui. Quelque chose ne se déroulait pas comme prévu. L’ouverture de la finale du tournoi était imminente, Sora allait bientôt s’avancer à ses côtés et ils passeraient la voûte nacrée qui les séparaient de l’arène. Kade fronça les sourcils. Une cloche tinta discrètement, annonçant l’approche des guerriers. Le shinobi se départit de son lourd manteau et passa l’arche, Sora sur les talons.
Deux gardes marchaient de concert avec son adversaire.
Kade – Mmh… Merci Sora.
L’adolescente sursauta puis se reprit.
Sora – Comment cela ?
Kade lui accorda un regard et lui adressa un sourire sincère.
Kade – Merci de m’avoir trahi.
Garde – Kade Kasen, lâchez votre arme immédiatement.
Kade – Je ne vois pas pourquoi.
Il sentit un frisson gravir son échine. L’homme qui lui faisait face était un colosse, un véritable géant. Âgé, il n’en conservait pas moins une carrure redoutable, les bras croisés sur sa gigantesque poitrine. Et Kade le connaissait…
Darucha Gankarra.
Son ancêtre, en quelque sorte, puisqu’il avait été le créateur de la fameuse Flamme Jaune. Curieuse coïncidence, décidemment, que chacun des chefs de cette équipe finisse par déserter et rejoindre cette île maudite. Darucha secoua lentement la tête.
Darucha – Enfant... Ne fais pas ta mauvaise tête. Nous savons ce que tu projettes. C’est une folie.
Kade – Quelle est ton argumentation, Gankarra ?
L’homme ne parut pas surpris. Sa mâchoire se crispa.
Darucha – Je n’ai besoin de nulle justification. Nagata représente la lueur qui pourra éclairer la noire obscurité des shinobi.
Kade – Peuh… Ainsi parla le meurtrier de sa coéquipière.
En un instant Darucha fut sur lui. Kade recula de plusieurs pas, posa son coude contre l’épaule du géant et appuya de toutes ses forces. L’homme l’ignora superbement, le saisissant par la taille pour l’envoyer s’écraser plusieurs mètres plus loin. Du sable s’engouffra dans sa bouche alors qu’il se relevait déjà. Mais une main le saisit par le bas de sa veste et il vola à nouveau.
Il s’écrasa une nouvelle fois à terre. Les options défilaient dans son esprit sans qu’il ne s’arrête sur aucune ; assez ! Darucha l’attrapa sans ménagement et aperçut le sourire narquois de son adversaire. Sans un mot, il l’envoya dans les airs et Kade sembla être avalé par le vide. Il réapparut derrière Nagata, qu’il saisit par la gorge. Darucha se précipita vers lui, aussi vif qu’un vieux lion. Kade se laissa tomber en arrière, à l’ombre d’un nouveau miroir, et tout le monde fut témoin de cet improbable enlèvement.
*****
Kade réapparut dans la chambre de Nagata. Il repoussa l’homme d’un coup de pied dans le bas du dos et tira sans un bruit sa lame. Le silence était ici total, à l’opposé du tumulte de l’arène. Nagata se réceptionna lourdement à terre. Il se retourna brusquement mais ne rampa pas pour se mettre hors d’atteinte. Il observait son agresseur avec une fascination détestable, comme s’il se demandait à quel moment exactement l’histoire avait pris un tour si particulier.
Nagata – Je savais que tu viendrais.
Kade – Tu savais que quelqu’un viendrait te tuer.
Nagata secoua la tête. Il avait un visage très maigre et allongé, avec des yeux d’un noir profond et troublant. Cela lui rappelait le regard d’un enfant.
Nagata – Je savais que toi tu viendrais. Tu es le Guerrier à l’Âme Rouge. Le seul homme qui me tuera jamais.
Kade exécuta un nouveau pas, consciencieux. Peu importait le babillage de cet homme mourant. Nagata chercha dans sa poche et tendit l’image qui paralyse Kade de l’intérieur. Une sensation similaire au gel du Jobasha Samusan ; celui de la mort qui rampe et qui crisse. Il vit Haya, sa chère petite fille qui souriait gaiement à Yuma, Kade s’en souvenait bien, à Yuma qui la taquinait gentiment pour qu’elle sourie.
Nagata – J’avais toujours pensé que notre rencontre serait éclatante. Je suis déçu que la surprise ait été gâchée. Hélas, Darucha t’a déjà condamné.
L’homme, qui n’avait toujours pas pris la peine de se relever désigna le ventre de Kade. Quand il posa la main dessus, il ne sentit rien, alors Nagata rit d’un rire sonore et excité et désigna une nouvelle fois la même direction. Avec un effroi glacial, le shinobi porta la main à son dos pour sentir un liquide poisseux qui n’était pas exactement du sang. C’était de l’encre. Quand Kade ferma les yeux, il peine à trouver un filon de chakra, maigre, si maigre, dans son abdomen.
Kade – Je n’ai pas besoin de cela pour te tuer, chien.
Darucha – Mais tu en auras besoin pour me vaincre, enfant.
Le colosse se tenait à l’encadrement de la porte. Kade ne l’avait pas même aperçu. Ses sens étaient brouillés. Il percevait clairement le ralentissement de son cœur, la dilatation de ses pupilles et le raidissement de ses muscles. Un salopard de médecin. Kade lâcha son arme, non par volonté mais il se rendit compte avec horreur que la force avait quitté son avant-bras. Un miroir… Darucha s’approcha. Un miroir… Avec la lenteur du vainqueur, il releva Nagata. Un miroir… Puis s’approcha de lui.
Le visage impassible de Sora passa à travers la porte. Kade aurait aimé lui sourire mais les muscles de sa mâchoire lui refusaient ce plaisir mesquin.
Une légende raconte que lorsqu’Ohashi a attaqué Yukan, pendant la guerre qui opposa les gouverneurs, l’horizon était recouvert de petits points noirs. Autant de navires pour une si petite île ! Alors l’un des dirigeants de Yukan soupira et souffla qu’il aurait suffit de compter jusqu’à six pour que s’en soit fini de leurs espoirs.
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Re: Toi l'Immortel
VII – Le Temps de la Punition
? – Nous suit-il toujours, Byakuei ?
La créature gronda. Son humeur variait, ces jours-ci. Elle avait toujours une netteté précise dans son esprit, comme un rêve dont on se souviendrait au réveil, quelque chose d’intangible mais de bien présent. Byakuei était profondément liée à elle, d’une façon que peu de personnes encore vivantes pouvaient concevoir. Finalement, la créature lâcha
Byakuei – Il est tout proche. Laisse-moi le combattre.
? – Hors de question.
Elle avait ses raisons, bien sûr, de refuser la facilité. Cela faisait désormais six mois qu’elle était poursuivie par cette étonnante silhouette, une ombre grise et noire qu’elle n’avait aperçu qu’à deux reprises. A chaque fois, il s’en était fallu de peu pour qu’elle s’échappe. Il fallait inventer une nouvelle ruse chaque jour et la femme commençait à être fatiguée. Il serait simple en effet de l’affronter et de l’écraser ici, dans ce bois maudit et clairsemé. Même sans grande compétence dans ce domaine, Byakuei le ferait pour elle. Et c’était là tout le problème. Comme chaque créature vivante, Byakuei aspire à la survie et à la liberté, dans cet ordre. Il a assurément la puissance de préserver la première, mais la seconde lui échappait.
Byakuei – Tu n’arriveras pas à temps en ce cas.
? – Je suis celle qui peut être en plusieurs endroit en même temps. Ce n’est pas qu’un titre.
La femme semblait moqueuse. Byakuei gronda une nouvelle fois, mais sans plus d’effet. Elle jeta un coup d’œil derrière elle, mais comme elle s’en doutait le chasseur était encore loin.
Lentement, avec quelques difficultés, un miroir translucide et pâle apparut face à elle.
? – Ce chasseur est un adversaire étonnant. Plus j’utilise mes pouvoirs, plus sa puissance inhibante s’aiguise. Je ne suis toutefois… pas certaine… que cela suffise… contre moi.
Le soleil brilla un instant dans ses yeux bleus, bleu noyé dans le bleu.
Puis elle disparut.
*****
Il s’agissait d’une petite enclave mauve. Une odeur de terre saisissante s’en échappait et le revêtement carrelé ne parvenait à masquer la réalité ; cela faisait un moment que Kade avait compris qu’il se trouvait sous terre. En se fiant uniquement à son instinct il l’aurait senti car c’était quelque chose qu’il n’avait jamais apprécié. Une femme était assise à plusieurs mètres de lui, ses jambes nues négligemment pliées, tandis qu’elle l’épiait, oiseau de proie qui cherche la faille. Kade soutenait son regard sans broncher, les bras prisonniers d’une épaisse gangue d’airain ou d’un autre matériau semblable. De lourdes chaînes à terre permettaient à la fois de le maintenir agenouillé et d’alléger le poids terribles de ces entraves.
En entendant la porte s’ouvrir, la femme ne tourna pas la tête. Elle continuait d’observer Kade avec un amusement non feint, ses yeux noisette pétillants de malice. Son visage légèrement ovale et ses traits lisses et comme juvéniles témoignaient d’un âge peu avancé, néanmoins, de longues années d’analyses sur le terrain avaient considérablement amélioré les connaissances de Kade en la matière. Elle devait avoir plus de quarante ans, à dire vrai, mais n’avait jamais porté le moindre enfant. Le shinobi fut incapable de savoir pourquoi son esprit avait relevé ce détail.
Nagata et Darucha, un pas en arrière, descendaient calmement les marches blanches. Il y avait de l’appréhension dans la démarche de Nagata et du… dégoût… dans l’attitude de Darucha. Dégoût envers qui ? Kade suivit son regard et observa les mouvements de son corps ; dégoût pour la femme inconnue. Elle était belle, pourtant. Pas seulement bien faite de sa personne comme c’était le cas pour des femmes plus jeunes, mais belle, avec une harmonie et une élégance distante et désintéressée. Mais il était également très certain que cette femme, qui qu’elle soit, était profondément malsaine.
Elle resta assise à l’approche de Nagata. Kade ne put s’empêcher de froncer les sourcils. C’était inhabituel.
Femme – Il est charmant, cet homme. Nous n’avons pas échangé un mot en deux heures mais nous avons beaucoup partagé.
D’une voix beaucoup plus tranchante elle poursuivit :
Femme – Pourquoi m’avoir demandé de venir ?
Nagata – Mais… c’est le Guerrier à…
La femme eut un reniflement de dédain.
Femme – Balivernes d’une putain. Non. Pourquoi m’avoir demandé de venir ?
Au mot putain, le corps de Nagata s’était raidit d’une façon extraordinaire. Un instant, Kade crut qu’il allait frapper la femme au visage, car son poing s’était serré jusqu’à blanchir ses articulation et il avait eut un mouvement imperceptible vers l’avant. La haine déchargée dans l’atmosphère était également très prégnante, brusquement, presque corrosive. Impossible que la femme ne l’ai pas remarqué. Elle l’ignora pourtant superbement et pointa le bout de sa chaussure sur Kade.
Femme – Vous devriez le tuer immédiatement de toute façon. Il est dangereux, cela, c’est évident. On lit dans son regard une imminente volonté de tuer et… de survivre. Vous ne devriez pas l’acculer ainsi. Une bête acculée nécessitera le triple de chasseurs pour être mise à bas.
Nagata – J’aimerais que vous le soumettiez à l’épreuve.
La femme posa un index fin sur ses lèvres, réprimant un grand sourire. Elle jeta un nouveau regard à Kade, comme pour jauger ses chances.
Femme – Intéressant. Quelle réponse souhaitez-vous obtenir ? A part lui faire mal, il doit bien y avoir un but.
Nagata – Il a effectivement des réponses à m’apporter. Je ne sais encore rien de qui l’envoie et de qui est au courant de ses agissements. Les éléments sont volontairement contradictoire.
Les lèvres de la femme se plièrent en une moue déçue.
Femme – C’est un shinobi, et un shinobi de haut niveau qui plus est, il ne vous répondra jamais. Je doute que l’épreuve marche sur lui. Mais on peut tenter. Oui… Oui, on va essayer. Juste… pour le plaisir de le briser.

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