Etsuko Kaori

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Etsuko Kaori

Message  Etsuko Kaori le Sam 11 Juil - 22:29

Nom : Kaori
Prénom : Etsuko
Âge : Ne sait pas exactement, entre 18 et 20 ans.
Village : Kumo
Grade souhaité : Chuunin si possible, genin sinon.
Kekkai Genkai : Aucune.
Techniques de départ : J'y réfléchis encore, mais je me spécialise en genjustu.

Description physique :

Si un jour vous croisez Etsuko, vous ne la remarquez pas immédiatement... En effet, si elle n'est pas particulièrement petite, elle est par contre très fluette, paraissant presque fragile. Ne vous attardez pas là dessus, puisque ce n'est qu' illusion : son corps est plus résistant qu'il n'y paraît. Sa silhouette est celle d'une jeune femme de son âge, sans exception remarquable. A la rigueur, si l'on y regarde de plus près, on peut remarquer quelques cicatrices plutôt récentes, mais ne sont-elles pas le lot normal de tout shinobi qui se respecte ?
Sa face, quant à elle, est plutôt triangulaire, avec un menton en pointe. Quelques années auparavant, elle disposait de joues bien rondes, mais ces dernières se sont estompées avec l'âge et la dureté de certains entrainements... Ces yeux foncés peuvent presque être considérés comme trop grands, comparés au reste de son visage, mais cela ne choque pas au premier regard. Le nez est effacé, les lèvres roses et charnues, la peau très claire. Le tout est entouré d'une masse de cheveux roux foncé.
La plupart du temps, vous attribuerez à la demoiselle une expression rêveuse. Elle semble souvent ailleurs, le regard pensif, l'attitude générale plutôt détendue, même si elle a presque toujours le dos très droit. Les vêtements sont pauvres et sans qualité, sans pour autant ressembler à des guenilles. Il est visible qu'ils ne constituent pas sa principale préoccupation, en tout cas...
Ajoutons que vous verrez rarement Etsuko sourire, même si elle n'a jamais l'air renfrognée.

Description mentale :

On dit généralement des shinobis qu'ils disposent d'une détermination hors du commun. A vrai dire, ce n'est pas vraiment le cas pour Etsuko. Oh, n'ayez crainte, lorsqu'elle tient vraiment à réussir quelque chose, elle sait y mettre les moyens, et elle est dotée d'une obstination sans faille quand il s'agit de ses étranges élucubrations... Mais dans le cas où le sujet ne l'intéresse que peu, elle se montre assez peu efficace. Pas qu'elle y mette de la mauvaise foi (d'ailleurs, cherchez bien en elle, vous n'y trouverez pas la moindre trace de mauvaise foi...), non, mais elle devient incroyablement désinvolte et étourdie.
Par contre, il y a quelque chose chez elle que l'on remarque quasi instantanément : sa joie de vivre ainsi que sa curiosité. Elle aime ce qui est lumineux, brillant, amusant, et a parfois tendance à regretter les ambiances trop solennelles. De plus, Etsuko dispose de grandes facultés d'adaptation qui font qu'elle se sent à l'aise presque partout, même lorsqu'elle ne le devrait pas (mais ici, on pourrait plutôt prêter ce trait à de l'inconscience...)
A côté de cela, on pourrait dire qu'elle est sociable. Enfin, prend rarement l'initiative de venir adresser la parole à quiconque (sauf pour les interroger, mais ce point sera abordé dans un instant...), mais si vous l'abordez, elle vous accueillera avec plaisir. Non pas qu'elle soit timide... Elle a plutôt l'habitude d'observer les gens autour d'elle plutôt que de parler sans cesse, et elle compte ses mots. Pourrait-on dire qu'elle manque de spontanéité pour autant ? C'est discutable, parce qu'elle a pris, depuis longtemps, l'étrange habitude de poser des questions plus ou moins farfelues à ses interlocuteurs. Ne vous étonnez donc pas si elle vous demande si, d'après vous, le ciel ne serait pas plus beau s'il était vert...
De plus, si la jeune fille sait être courageuse, elle reste plutôt prudente la plupart du temps, écoutant et appliquant le plus souvent les conseils qu'on lui donne. Elle aime prendre le temps de réfléchir avant d'agir et enchaînera les gaffes si vous la pressez trop. C'est qu'elle n'a pas l'intelligence pratique, un défaut qu'elle tente de combler au mieux sans pour autant réussir...
En conclusion, même si elle n'en a absolument pas conscience, la demoiselle semble parfois osciller entre sagesse et folie. Mais n'est-ce pas le cas pour tous ?




Histoire :


« Assieds-toi. Je veux bien te dire qui je suis, mais cela risque de prendre du temps, parce que, tu vois, je n'ai pas encore suffisamment d'expérience derrière moi pour faire la part des choses entre ce qui est importance et ce qui ne l'est pas. Je vais donc tenter de te conter ce que j'ai vécu jusqu'ici, mais je crains que tu t'ennuies un peu. Ma vie n'est pas aussi passionnante que celle de ceux qui ont la chance de voyager perpétuellement. Cela dit, pour toi, parce que tu as l'air épuisé et que tu sembles avoir besoin que l'on t'accorde du temps, je vais faire mon possible pour te narrer mon histoire de façon à ne pas t'ennuyer. Mais je t'en prie, si je m'attarde trop sur des détails inintéressants et sans importances, n'hésite pas à me le signaler, je ne saurais pas forcément m'arrêter quand il le faut.

Je suis née dans la cité de Kumo, il y a de cela un peu moins d'une vingtaine d'années. Je ne saurais te dire combien exactement, on ne compte pas les dates chez moi. J'étais la deuxième enfant viable de ma famille, et il n'y en eu pas d'autre après moi.

Mon enfance s'est donc déroulée dans les quartiers pauvres de la cité, entre jeux avec les autres enfants et apprentissages auprès de mes parents, avec mon grand frère. Ma mère est issue d'une très vieille famille, autrefois puissante, qui fut déchue à la suite de nombreux problèmes financiers. Elle a donc fini par s'unir avec un homme des basses classes, un de ceux qui nettoient les thermes. Inimaginable quelques années auparavant ! Mais il s'agissait d'un mariage d'amour, et, même si son salaire n'était pas très élevé, mon futur père avait les moyens de subvenir aux moyens d'une famille. J'ai donc grandi dans un environnement aussi agréable que possible, et j'ai appris à lire – laborieusement, mais comme ma mère avait la chance d'avoir bénéficié d'un enseignement des plus complets, elle a pu nous en faire profiter.

Mais reprenons. Les années se sont écoulées tranquillement. Mon frère, dont j'étais de trois ans la cadette, est entré en apprentissage auprès d'un tisserand. Pas moi, parce que j'étais une fille et que, de toute façon, je n'aspirais pas à exercer une telle profession. En effet, au cours des années, il s'est développé en moi la curieuse habitude de chercher à comprendre les autres, de les écouter, de les observer, et de chercher à cerner ce qui motivait leurs actions et leurs paroles. N'est-ce pas là une vaste et difficile entreprise ? Je n'en avais pas encore capté la démesure, j'étais encore trop jeune pour cela. Me voilà donc qui, lorsque j'étais âgée de près d'une dizaine d'années, me cachait parfois dans les recoins de la maison, ou de magasins, afin d'examiner les expressions faciales, les gestes effectués, le ton des voix employés. J'y mettais parfois une obstination qui effrayait mon frère, le seul qui se rendait vraiment compte de mon étrange occupation...

Qui étais-je, et qui étaient-ils, eux ? Pourquoi sortaient-ils de chez eux, pourquoi adressaient-ils la parole aux personnes rencontrées ? Quels étaient les liens intimes qui pouvaient les lier, quelle était la distance qu'ils imposaient en eux, de quelle nature étaient leur barrière ? J'étais, à force, animée d'un furieux désir de lire dans leurs pensées. Je précise ici, à tout hasard, que je n'ai jamais réussi (et de toute façon, toi qui a beaucoup voyagé, as-tu rencontré quelqu'un en étant capable ?), et ce n'est pas faute d'avoir essayé – et d'essayer encore !

Parfois, je sortais de Kumo et j'allais me promener dans la montagne, grimpant sur les rochers, me réjouissant du soleil lorsqu'il était là, baignant mes pieds dans les ruisseaux qui coulaient joyeusement entre les pierres. Oh, je n'allais pas bien loin, après tout j'ai toujours eu, malgré tout, un peu peur de m'aventurer dans des zones trop éloignés de ma cité natale. Je profitais en général de ces balades pour réfléchir aux dernières observations que j'avais opérées, et, parfois, pour les mettre en lien entre elles : le silence de la nature est tellement reposant ! Dans l'agitation de la ville, il m'était parfois impossible de réfléchir à mon aise, et il m'est arrivé de rester des journées entières assise sur un de ces gros rochers surplombant toute une vallée, me penchant sur les étranges comportements de mes congénères.

J'observai les papillons, aussi. Connais-tu biens les papillons ? Non ? Je m'en doutais. Peu d'humains ont pris la peine de se pencher sur leur cas. Ce sont pourtant des êtres passionants, aussi fragiles que magnifiques. Ah, comme parfois, j'aimerais m'envoler aussi haut qu'eux ! Sais-tu que lorsqu'il sort de son cocon, un papillon est humide, et que sa première action est de voler vers le soleil afin que les rayons sèchent ses ailes ? Nous aussi, les humains, en quelque sorte, sommes perpétuellement à la recherche de la lumière, tu ne trouve pas ?

Mais ne crois pas que je suis restée, jusqu'à là, à « rien faire », selon les mots de mes parents ! Oui, je t'en parlerai peut être plus tard, si nous avons le temps, mais eux n'approuvaient pas tout ce temps dépensé, perdu, à « rêvasser ». Enfin, je n'étais pas contrariante, à l'époque, et j'ai fait comme ils l'entendaient : c'est ainsi qu'aux alentours de mon douzième hiver (encore une fois, les indicatifs d'année peuvent être erronés, à peu de choses près...), j'entrai, à mon tour, en apprentissage. J'étais au service d'une couturière qui vivait à quelques rues de chez nous, dans le but d'y apprendre les rudiments du métier et de pouvoir, plus tard, subvenir à mes besoins si mon futur mari n'y suffisait pas.

L'activité que l'on me proposait ne me déplaisait pas. Si l'on a besoin de beaucoup de concentration pour fabriquer des atours luxueux, ce que l'on nous demandait parfois, la majorité des commandes concernaient des vêtements plus rudimentaires, nécessitant surtout un peu d'habileté. J'avais donc, le plus souvent, tout loisir à penser, et je m'acquittais au mieux des tâches que l'on me donnait. Malgré cela, mon travail n'était pas toujours satisfaisant : selon ma patronne, je passais, justement, trop de temps à penser. J'en devenais rêveuse et distante, et je prenais rarement part aux conversations, préférant les écouter de loin. L'ennui, c'est que j'en devenais parfois incapable de tenir une conversation avec un client : non pas par timidité, mais juste parce que j'avais parfois tendance à trop chercher à analyser ses paroles. Il est même arrivé, deux ou trois fois, qu'au lieu d'exécuter au plus vite sa demande, je reste lui poser moult questions concernant sa vie, ses centres d'intérêts, et, surtout, les raisons qui le menaient à vivre comme il le faisait.

Car cette énigme me taraudait depuis quelques temps (il fallait bien qu'elle me traverse l'esprit un jour, non ?). Je n'en avais pas trouvé la réponse moi même, et ayant une grande confiance envers les personnes plus âgées, donc plus expérimentées que moi, j'étais convaincue qu'eux l'avait, la réponse. Si eux ne l'avaient pas eue, d'ailleurs, qui d'autre ? Et de toute façon, sans objectif, comment les plus âgés d'entre nous auraient-ils pu mettre de l'énergie dans leur labeur quotidien ? Non, pour moi, il était réellement évident que chacun savait, à partir d'un certain âge, pourquoi il vivait dans ce monde, et je comptais bien sur les autres pour m'aider à savoir ce que moi, je pouvais bien y faire.

Mes interrogations restèrent, en général, vaines. A mon immense déception, il se trouve que la majorité des personnes que j'ai pu rencontrer n'ont aucune idée de ce qu'ils font ici. Non, ils déambulent, ils parlent, ils crient, ils gesticulent dans tous les sens, ils se critiquent entre eux, ils dorment, ils s'épuisent au travail, ils donnent des ordres aux autres, mais... Ils ne semblent pas s'être déjà posés la question de leur présence. Parfois, je me disait qu'ils ressemblaient un peu aux fourmis, ces petits insectes rampants qui naissent avec une mission à accomplir tout au long de leur existence, qui suivent toujours le même chemin, mais qui sont totalement déroutés lorsque l'on pose une feuille ou un morceau de bois en travers de leur trajectoire. Oui, voilà, ils étaient tous telles des petites fourmis, ignorant complètement l'existence d'autres fourmilières et repoussant tout ce qui n'appartenait pas à leur mission première. Seulement, eux, ils semblaient même ignorer la nature de cette mission, ce qui faisait qu'ils agissaient de façon quasi-mécanique de leur venue au monde jusqu'à leur mort. Ne trouve-tu pas cela dommage, toi qui reste assis à m'écouter silencieusement ?

Mais je me suis égarée. Je m'en excuse... Où en étais-je ? Ah oui, mon apprentissage. Je fus vite renvoyée, justement à cause de mes divagations. La couturière trouva une fille plus jeune que moi, qui restait mieux concentrée, travaillait plus vite, mais, surtout, n'engloutissait pas les clients sous ses questions inutiles. Mes parents furent profondément déçus. Ils ne se mirent pas en colère, considérant que leur attristement me peinait suffisamment pour que je n'eus pas besoin d'autre punition. En réalité, j'étais préoccupée par autre chose : personne ne semblait savoir répondre à mes questions, ce qui voulait dire que j'allais devoir trouver les réponses moi même.

Après mon renvoi, je passais quelques jours à me balader dans la cité de Kumo, goutant de nouveau au plaisir de la liberté et de l'observation continuelle. Je découvris, à ma grande surprise, que les habitants des quartiers les plus riches ne sont guère différents de nous : ils semblent avoir les mêmes préoccupations, les mêmes tourments, les mêmes passions. Le fait d'avoir de l'argent ne change donc pas les gens, ils restent des fourmis attirées par le sucre...

Etsuko Kaori
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Re: Etsuko Kaori

Message  Etsuko Kaori le Sam 11 Juil - 22:31

Je dépensais ainsi quelques journées entières à déambuler sans but dans les rues, observant les papillons et questionnant sans honte ceux que je croisais. J'aimais savoir pourquoi ils allaient au marché, qu'est-ce qui les poussait à aller travailler, ou encore s'ils préféraient les myrtilles aux fraises des bois. Ces questions, et beaucoup d'autres, font partie de celles que tout un chacun se doit de se poser un jour, tu ne trouves pas ? On me répondait parfois, mais pas toujours. Il se trouve que les gens semblent préférer les fraises des bois, mais je ne comprends pas pourquoi : qu'est-ce que les myrtilles peuvent bien avoir en moins ? D'ailleurs, au passage, j'aime les myrtilles, alors si tu as envie de m'offrir quelque chose, tu sauras où trouver ce qui me fera plaisir. Mais revenons à ce que je te racontais. Je questionnais à tords et à travers, donc, mais on m'envoyait souvent paître, invoquant parfois ma folie ou je ne sais quoi d'autre. C'était à croire que les gens n'aiment pas qu'on les pousse à réfléchir plus qu'ils ne le font naturellement. N'est-ce pas dommage ?

Je finis par me trouver une autre place en apprentissage. Non, en fait, ce n'est pas moi qui l'ai trouvée, il faut dire que je n'avais pas du tout en tête ce genre de préoccupation. Tu sais, c'est mon frère qui m'a déniché ce travail. Tu connais les petites chèvres des montagnes, celles qui ont le poil dru et le pied sûr ? Oh, quel fichu caractère elles ont toutes ! Et bien, comme tu le sais surement, leur lait est riche et leur viande succulente quand elle est bien cuite. Il y en a plusieurs éleveurs à Kumo, et j'ai pu travailler pour l'un d'eux. Ma tâche n'était pas difficile, je devais les conduire chaque matin aux pâturages, soigner les blessures les plus légères, signaler les autres à mon supérieur, puis surveiller le troupeau toute la journée. Cela te paraît terriblement ennuyeux, n'est-ce pas ? Et bien sache que je m'y suis plu bien davantage que dans l'atelier de couture dans lequel j'avais occupé mes journées quelques semaines auparavant. En effet, la présence des autres gardiens de bêtes m'était agréable et la compagnie des chèvres est amusante. Ces animaux feraient n'importe quoi pour avoir le droit d'aller brouter un peu plus loin, sais-tu ? Mais leurs cornes sont parfois dangereuses, leurs sabots de même, et je me suis blessée plusieurs fois ; c'était sans gravité, cependant.

J'ai passé plusieurs semaines en leur compagnie : je m'y plaisais. En effet, une fois le troupeau installé dans le pâturage, il m'était aisé de penser autant que je le voulais, et ce pratiquement sans interruption jusqu'au soir. En plus, il y avait les papillons... Je les observais à mon gré, admirant leur belles couleurs, leur parlant parfois. S'ils me répondaient ? Non, jamais. Mais je suis certaine que c'était par timidité.

Quant aux autres gardiens, ils n'étaient pas bien loquaces. Eux aussi, mes questions les faisait grogner. Par exemple, aucun ne semblait discerner l'importance de savoir qui, du papillon de jour ou du papillon de nuit, cherche le mieux la lumière. Car si le papillon de nuit semble vivre dans le noir, tu as surement, toi aussi, remarqué que dès que l'on allume une lampe à huile, il vient voleter autour, sans s'arrêter, et ne s'en éloigne plus ? Ne peut-on donc pas dire qu'il est particulièrement doué pour trouver la luminosité ? Son cousin de jour ne fait-il pas pâle figure à côté de lui ? Mais, me diras-tu, s'il es le plus doué, pourquoi ne vit-il pas le jour ? C'est une bonne question, et c'est pour cela que je la posais aux autres gardiens de chèvres... Étrangement, ça ne semblait pas les intéresser.

J'avais d'autres questions. Mis à part leur demander pourquoi ils se levaient tous les matins, je les questionnais au sujet des animaux que nous gardions. Et les chèvres, pourquoi vivent-elles ? Je suis allée leur demander en personne, à vrai dire, mais elles ont toutes refusé de me répondre. Moi, je sais pourquoi c'est intéressant pour moi qu'elles vivent, puisqu'elles me nourrissent. Mais elles ? En même temps, leur tâche n'est pas bien fatigante, alors, tu penses, elles doivent rarement se poser la question.

Mais je m'égare encore. Sais-tu que je n'ai pas non plus fait long feu auprès des éleveurs ? Et d'ailleurs, c'est un peu à cause de ce que m'avait dit cet homme. Un jour que j'observai deux papillons en plein vol nuptial, j'ai laissé deux jeunes béliers se battre, comme ils le font toujours. Sauf que là, l'un d'entre eux a brisé, d'un coup de sabot, une planche de bois pourri qui faisait partie de la barrière de leur enclos, et s'est enfui, entrainant quelques autres chèvres avec lui. Ils n'ont jamais été retrouvés (peut être ont-ils nourri un ours, ou un loup ? Ou alors peut être que leur vie leur paraissait trop monotone et qu'ils ont juste décidé d'aller voir du pays ? Je ne sais pas.), et, bien sûr, ça n'a pas plu à celui qui m'employait. Je me demande encore pourquoi, après tout, pourquoi les chèvres seraient plus intéressantes que les papillons ? L'argent, m'a-t-il dit. Les papillons ne lui rapportent rien. Toujours le sucre des fourmis, tu vois... En tout cas, dès le lendemain, j'étais de retour en ville, amenant une part de honte en plus à mes parents.

J'approchais alors, je pense, de ma quatorzième année, et, faute d'avoir trouvé mieux à faire (enfin, personnellement, cela me convenait parfaitement...), j'avais repris mes longues observations en ville. Je continuais à tenter d'analyser les personnes rencontrées, sans forcément leur adresser la parole. Je pris l'habitude de m'asseoir dans le parc et de laisser mes yeux se poser sur les gens qui le traversait, examinant consciencieusement leur façon de se mouvoir, leurs arrêts, le déplacement de leur regard, les paroles échangées avec ceux qui les accompagnaient. De nouveau, le lien que les humains pouvaient avoir entre eux me fascinait. Quelque part, ne trouve-tu pas incroyable que nous vivions tous dans le même monde ? Et ne trouve-tu pas encore plus fou le fait que nous puissions échanger entre nous ? N'est-ce pas merveilleux ? Je trouve cela délicieusement exaltant et très effrayant à la fois. Car si nous pouvons communiquer, nous pouvons aussi nous toucher, nous blesser. Nous pouvons interférer sur l'état mental ou physique d'un autre être vivant, qu'il soit humain ou pas. Tout ceci reste dans la mesure de nos possibilités, bien sûr, mais... Les questions enflaient dans ma tête, sans que je ne puisse toujours y trouver réponse.

Mais je m'appesantis peut être un peut trop sur tout cela, et je crains de t'ennuyer. Dis-le moi, surtout, si je deviens trop lourde avec mes étranges lubies ! Non, je vais passer à la suite. Un jour, mon frère me proposa de l'accompagner à une manifestation pour lequel il avait eu des places : un tournoi. As-tu déjà entendu parler de ce genre de chose ? De l'extérieur, ça a l'air atrocement barbare. En fait, l'objectif est de mettre plusieurs personnes dans une arène, et de les laisser se battre jusqu'à ce qu'ils soient tous tombés ! Sauf un, bien entendu, qui est déclaré vainqueur. Et bien, mon frère m'a emmenée à l'un de ces tournois, en m'expliquant que cela faisait partie du métier de ces gens de s'exposer ainsi aux coups. Connais-tu le mot shinobi ? Oh, bien sûr, toi qui a tant voyagé... Je ne t'expliquerais donc pas qui ils sont. Pour ma part, j'en avais déjà un peu entendu parler, mais davantage comme des légendes que de toute façon, nous ne verrions jamais, plutôt que comme des hommes et des femmes qui s'envoyaient des attaques sous les applaudissements d'un public enthousiaste et parfois déchainé.

Le tournoi commença donc. De la curiosité, je passais à l'ébahissement, puis à l'incompréhension totale. Comment faisaient ces gens pour accomplir de tels prodiges ? Ils semblaient faire apparaître des éclairs sous leur mains, sautaient à de telles hauteurs qu'on aurait cru qu'ils volaient, se déplaçaient à des vitesses hallucinantes. Oh, quels sentiments passèrent par mon esprit en ces instants... J'étais époustouflée, et, plus que tout, je voulais comprendre comment ils y arrivaient. Mais je n'avais encore rien vu...
Le dernier couple qui combattait avait une allure différente des autres. En effet, aucun d'entre eux ne semblait porter d'arme sur lui, et ils paraissaient plus fluets, plus fragiles que tout ceux passés avant eux. Alors que j'étais sur le point de demander à mon aîné comment ils allaient bien pouvoir se battre, l'un d'eux produisit une chose qui me laissa coite : en effet, en quelques secondes, et à une dizaine de mètres de distance, il avait réussi à plonger son adversaire dans une transe qui l'avait fait tomber au sol. Comment cela était-il possible ? Plus encore que les autres, cet affrontement me stupéfiait. Quelques instants plus tard, l'homme au sol s'était relevé (comment avait-il pu reprendre connaissance aussi rapidement ?) et je ne compris pas très bien la suite du combat. Toujours était-il qu'il semblait que ces deux là s'envoyaient des attaques mentales. Mentales, oui ! Lorsque je me décida enfin à questionner mon frère à propos de ce qui s'était passé, ce fut son voisin, un homme que nous ne connaissions pas, qui nous répondit :

« Du genjustu. Ces hommes sont des illusionnistes. »

Etsuko Kaori
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Re: Etsuko Kaori

Message  Etsuko Kaori le Sam 11 Juil - 22:33

Je ne comprenais pas vraiment de quoi il était question, mais je retins les mots. Ah, tu sens que nous arrivons au nœud de mon histoire, n'est-ce pas ? Tu as raison, nous nous en approchons, mais avant je veux te préciser quelque chose. Tu sais, ici, dans mon quartier d'origine, personne (du moins à ma connaissance...) n'était jamais devenu shinobi, ou même, n'y avait jamais songé. Quelle idée saugrenue, en même temps ! Non, c'est tout au plus si nous connaissions leur existence. Oh, on en parlait, tu sais, les exploits de certains étaient reconnus partout et de nombreux contes y font référence... Mais ça n'allait pas plus loin. Ils étaient, ou sont, un peu comme des êtres de légendes. On savait plus ou moins qu'il y en avait une grosse poignée à Kumo, mais nous ne les avions jamais vu en vrai, comme nous ne connaissions personne qui avait eu en tête l'idée de s'inscrire à leur académie. C'est qu'il faut payer tout ça, aussi... Je savais vaguement qu'en général, seuls les enfants de grande famille devenaient shinobi, et c'était tout.

Mais je m'attarde encore une fois sur des détails inutiles. Donc, après avoir admiré les combats dans l'arène, je n'avais qu'une envie : parler avec un de ces shinobis, et si possible un illusionniste. Je savais plus ou moins où se situait le quartier dans lequel vivait la grande majorité, et il ne fut pas bien difficile de s'y rendre. Je m'assis donc, un matin, devant l'académie. Oh, quel bel édifice... Sincèrement, si tu as le temps de t'attarder un peu à Kumo, prends le temps d'aller le voir, il vaut bien le coup d'œil ! Je m'étais donc installée juste devant l'entrée, et j'ai attendu. En observant les personnes qui pénétraient dans l'académie et en sortaient, j'ai pu remarquer que la plupart ressemble parfaitement au reste du commun des mortels : du moins, c'est ce que mes comparaisons ont conclu. Cependant, les plus expérimentés semblaient épris d'une autre flamme que celle que j'avais remarqué sur les autres habitants de Kumo. Et... Je ne sais comment t'expliquer, mais certains dégageaient une étrange aura, comme s'ils étaient emplis de puissance contenue et maitrisée. Ne trouve-tu pas cela terriblement fascinant ? Non, peut être pas, en effet, après tout, tu en as vu, des choses... Je continue ?

Lors de mon deuxième jour d'observation, j'osai aborder l'un de ces êtres. En fait, si je suis allée lui parler, c'est parce qu'il s'agissait de l'un des deux illusionniste que j'avais vu combattre et que je voulais lui demander, à lui, ce qu'il faisait en ce monde. Je ne m'attendais pas vraiment à le voir sortir de l'académie, mais il était là, et je me suis empressée derrière lui. Il marchait vite, et je dus courir pour le rattraper, et lorsque je fus à sa hauteur, il s'arrêta. Je l'observai de plus près. Il était jeune, bien plus jeune que je ne l'aurais pensé. Je ne peux même pas te garantir qu'il avait l'âge que j'ai aujourd'hui... Par contre, il avait le visage extrêmement fatigués, malgré ses yeux vifs et alertes. Me jaugeant du regard, le jeune homme soupira :

« Que veux-tu ? »

« Vous poser une question. »

Il sembla se retenir de lever les yeux au ciel. Peut être que je n'étais pas la seule à le harceler d'étranges interrogations ? Malgré l'agacement qu'il semblait contenir en lui, il me répondit avec amabilité :

« Et quelle est-elle ? »

Le calme et l'impression de puissance, toujours, m'impressionnaient, de même que sa voix douce et posée. De plus, je ne parvenais à effacer de mon esprit le fait que cet homme qui me faisait face était celui que j'avais vu combattre quelques jours plus tôt, à coups d'illusions, usant d'un art aussi fascinant qu'effrayant...

« Je voudrais, monsieur, savoir pourquoi vous faites ce que vous faites. Enfin, pourquoi vivez-vous ? Que faites-vous ici ? Avez-vous un but ? A quoi cela vous mène-t-il de frapper vos camarades par l'esprit ? »

Sous le coup de l'émotion, je m'étais emportée. Lui resta quelques instants interdit. L'avais-je énervé, comme la plupart des gens à qui j'avais posé la question ? Je cherchais chez lui des signes de colère (à force d'observer les gens, on finit par reconnaître au premier coup d'œil les sentiments de son interlocuteur...), mais n'en trouvait pas. Levant le regard vers son visage, je découvris qu'il semblait pensif. Lorsqu'il me répondit, ce fut d'une voix encore plus calme qu'auparavant :

« Je pourrais te dire que c'est pour protéger ceux que j'aime ainsi que ma patrie. Je pourrais aussi te dire que c'est pour me prouver que je vaux quelque chose, pour me dépasser et pour dépasser les autres. Beaucoup de mes camarades répondraient de cette manière, j'imagine. Mais... Pas pour moi. En fait, je crois que si je 'fais tout ça', comme tu dis, c'est surtout parce que j'aime pratiquer mon art. J'éprouve de la joie, du bonheur en l'exécutant, sais-tu ? Non, tu ne peux pas comprendre. »

Je m'étais renfrognée, vexée par sa dernière phrase, mais je retins ses paroles. Alors que j'avalais doucement son discours, l'homme me donna une tape amicale sur l'épaule avant de s'éloigner. Je fus tentée de le suivre, mais quelque chose me retint : il avait pris la peine de me répondre, je n'allais pas l'importuner davantage, si ? Et il m'avait donné matière à réflexion.

Cette homme aimait son art. Moi, je n'avais pas d'art à aimer (et de toute façon, les gens disposant d'aussi peu de moyens que mon père ne les dépensaient pas dans les arts, c'était considéré par tous comme du gaspillage inutile...). Cependant, ce à quoi j'avais gouté ces derniers jours m'enivrait. Au fil des heures, puis des semaines, une idée germa en moi : et si j'essayais, moi aussi, de m'initier aux illusions ? Et si moi aussi, je devenais shinobi, afin de découvrir encore et encore la puissance des esprits ? Qui sait, peut être que ceux qui maitrisaient l'art savaient même fouiller dans les têtes de leur entourage ? L'idée me réjouissait d'avance. Je pourrais ainsi continuer à comprendre les gens... De jour en jour, le projet enfla en moi, et je finis par en parler à mes parents.

Contrairement à ce à quoi je m'attendais, ma nouvelle lubie ne leur déplut pas. Il ne levèrent ni les bras, ni les yeux au ciel, ne prétendirent pas que je courrais à ma perte, et aucun d'entre eux n'éleva la voix. En fait, ils étaient plutôt ravis : pour une fois que je me lançais de moi-même dans une voie ! De plus, il faut tenir en compte le fait qu'un shinobi est bien payé. Alors, si je pouvais rapporter de l'argent... Je crois que ma mère était un peu déçue de savoir que j'amoindrissais ainsi mes chances de me marier et d'avoir des enfants dans les années à venir, mais elle ne le montra pas.

Vas-y, n'hésite pas à me couper la parole. Ah, oui, en effet, j'ai dit tout à l'heure que nous pensions que ces études coutaient cher. Et bien, vois-tu, nous avions tord lorsque nous pensions ça. Il fut, en vérité, plutôt facile de m'inscrire à l'académie. J'étais un peu (oh, juste un peu...) plus âgée que la majorité de mes condisciples, mais cela ne me dérangeait pas.

Tu sais, comme je m'y attendais, le genjustu est une discipline passionnante. On a jamais fini d'en apprendre, et l'esprit humain est encore plus tortueux que je ne le pensais... Justement, cela m'a poussée à être encore plus consciencieuse que je ne l'étais avant dans mes observations. Si tu savais ce que l'on apprend sur les gens en provoquant une illusion en eux... Non, vraiment, je me plais ici. Je t'en parlerai bien davantage, mais, sais-tu, ce que j'ai appris ces dernières années fait partie de secrets jalousement gardés, on n'en parle pas à une personne extérieure.

J'ai donc passé... Je ne sais depuis combien de temps exactement je suis shinobi.. Cela doit faire quatre, ou cinq ans. L'ennui, tu vois, avec moi, c'est que je reste encore trop rêveuse. J'ai du mal lorsqu'il faut agir vite, lorsqu'il est nécessaire d'être réactif. Si tu savais comme je suis devenue gaffeuse... Ce n'est pas vraiment ma faute, en fait, j'ai besoin de prendre le temps de réfléchir à mes actions et, lorsque l'on me presse trop, j'ai tendance à faire n'importe quoi. Oui, tu as raison, cela peut être très handicapant, mais j'ai encore la tête sur les épaules, alors pourquoi ne l'aurais-je pas demain ?

Je n'ai, par contre, toujours pas trouvé réponse à toutes mes questions. Je ne sais toujours pas ce que je fais ici, mais ce n'est pas bien grave, au fond. Ou si ? Je ne sais plus. J'ai compris que les gens étaient particulièrement divers, et que, si je n'avais pas le temps de tous les étudier, l'observation restait un passe-temps plein de surprises. Par contre, tu sais, un de mes senseï m'a appris un jour qu'il était malvenu de vouloir fouiller dans leurs pensées. Pense-tu, toi aussi, que c'est violer leur intimité ? J'hésite encore, pour ma part... J'avoue que je n'avais pas vraiment vu les choses sous cet angle.

Mais on m'appelle, regarde. Je me dépêche, ils vont m'attendre... Puisse-tu trouver, toi aussi, les réponses à tes questions ! »

Etsuko Kaori
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Re: Etsuko Kaori

Message  Iba Hiyori le Dim 12 Juil - 12:28

J'aime beaucoup ton style. Ta façon d'interpeller le lecteur, c'est assez novateur et change des présentations que l'on a coutume de voir ici.

Dans le scénario, rien de choquant, loin de là. On sort des sentiers battus et c'est vraiment sympa à découvrir.

Sur le plan français, je n'ai vu que peu de fautes (et vu que j'en fais un paquet avant de me relire, je vais pas trop revenir sur ce point Very Happy)

Bref, c'est excellent ! Tu es acceptée à Kumo au rang de chuunin. Félicitations !

Je suis à ta disposition si tu as des questions à me poser sur les règles sur Ryoma, ou tout autre point qui te viendrait à l'esprit. Je te conseille vivement de prendre contact avec Sho Nagoshi (le modérateur qui s'occupe de Kumo) ainsi qu'avec les autres joueurs, par MP, pour leur proposer de faire du jeu à plusieurs.

Ton intégration dans une équipe se fera prochainement, cela dépendra surtout de ton implication et de ta présence sur le forum. Encore bienvenue sur Ryoma et bravo pour ce sans faute.

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Iba Hiyori
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