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 Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)

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MessageSujet: Re: Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)   Jeu 19 Oct - 23:05

Rappel du premier message :

Pour la deuxième fois de la journée, Ine se retrouva devant une porte. Si la première fois elle avait hésité par intimidation, cette fois-là son coeur battait tellement fort qu'elle crût qu'il allait exploser. Elle s'en voulait presque, mais son excitation était si intense qu'elle faisait ressurgir en elle des sentiments passés. Elle repensa au cynisme de Zen devant ses réactions de petite fille, et se morigéna :

"Arrête tes bêtises, Ine-chan, sale petite gamine!"

Mais sa soudaine assurance était feinte. Elle faillit faire demi-tour quand la porte s'ouvrit violemment. Elle fit un bond sur le côté, dans un espoir vain de se cacher dans l'angle mort de celle-ci, mais une main aggripa son poignet avec une force peu commune.

"Tu es peu discrète, petite fille. Tu fais un bouquin d'enfer !"


L'homme ne semblait pas en colère, amusé même, mais une certaine méfiance, inquiétude peut-être même, lui barrait le front. Bien qu'il n'ait que vingt-cinq ans, d'près les souvenirs d'Ine, cela le vieillissait, mais pas dans le sens négatif du terme.

Incapable de prononcer un seul mot, Ine laissa Ren'ai la dévisager, l'air perplexe. Il finit par lâcher son poignet, et la prit dans ses bras sans pudeur :

"Ine-chan !"fit-il, visiblement heureux de la voir, "Bon sang que viens-tu faire ici petit bout de femme !"

Ecrasée contre la poitrine de son chuunin, Ine sourit à l'évocation de ce surnom qu'elle-même avait oublié. Il l'écarta un peu pour mieux la regarder, et remarqua d'un ton appréciateur :

"Tu as changé, petit bout de femme. Tu a l'air... libéré ! Que viens-tu donc faire à Kiri?" répéta-t-il.

"Je viens apprendre", répondit Ine, fière de lui dévoiler le bandeau qu'elle avait dissimulé dans sa besace, "apprendre pour devenir kunoichi, et protéger les miens ! J'ai bien retenu tes leçons, Ren'ai, et j'ai été acceptée à l'Académie de Kiri !"

Le visage de l'homme s'assombrit. Il l'empoigna par les épaules et fit, presque avec désespoir :

"Tu n'as pas fait ça, Ine ?!"

Interloquée, la jeune femme laissa tomber le bandeau qui heurta le sol dans un bruit métallique. Ren'ai l'envoya voler un peu plus loin d'un coup de pied rageur, l'air plus sombre que jamais. Sans lâcher l'aspirante, il la secoua sans ménagement :

"Ine, pourquoi avoir fait ça ? C'est à cause de moi, n'est-ce pas?"

Il la lâcha enfin et se prit la tête entre les mains :

"Ah ! Quel besoin avais-je de t'enseigner tout cela ?", se lamenta-t-il. Il rencontra le regard complètement perdu d'Ine. Le sien même montrait qu'il était au bord de la panique. Il murmura :


"Tu cours à ta perte, petit bout de femme. Fuis tant que tu en as encore le temps, et va retrouver tes parents. Au moins là-bas tu y seras encore en sécurité."



Il abandonna la jeune femme éberluée sur le pas de sa porte, et s'en retourna à l'intérieur de sa maison.


[première partie, les prochaines viennent dès demain^^]

AuteurMessage

MessageSujet: Re: Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)   Mar 27 Avr - 15:53

Ine : + 83 XP

Merci Smile

MessageSujet: Re: Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)   Dim 3 Avr - 18:02

~*Au fond d’son verre, (noyer) les sentiments *~

Naoki

Ine se trouvait avachie sur le canapé, la nuque posée en arrière sur le dossier molletonné. Elle contemplait, l’œil vide, une araignée parcourir le plafond tout en exhalant de longues volutes de fumée. La jeune femme soupira. Ses pieds nus se croisaient nonchalamment sur la table basse, reposant aux côtés d’un cendrier rempli de mégots.

Elle était fatiguée. Depuis la disparition de Ren’ai sa vie se résumait à un entraînement intensif en Genjutsu, Suiton et Fuuinjutsu qui lui creusait le visage. Incapable de dormir, elle passait ses soirées et ses nuits à contempler son plafond en fumant pour profiter des effets narcotiques du tabac. Elle buvait un peu aussi, pas plus que de raison mais juste ce qu’il fallait pour tenir comme elle n’avalait plus rien.

Les yeux rougis par la fatigue, cernés de profondes marques noires, la kunoichi repensa aux progrès considérables qu’elle avait fait. Elle savait aussi qu’elle ne pourrait plus continuer longtemps comme ça : ses doigts tremblaient déjà autour de sa cigarette. Naoyuki le lui avait fait remarqué le matin même, et l’adolescente métisse l’avait envoyée balader en refusant de l’aider davantage tant qu’elle ne se porterait pas mieux. Tetsuya avait rejoint sa cousine pour la calmer. Suzuka, elle, n’avait rien dit comme d’habitude, mais Ine avait bien vu que la jeune femme n’en pensait pas moins. La kiréenne souffla longuement, soulevant plusieurs mèches qui s’élevèrent en un tourbillon, consciente que, bientôt, elle perdrait le soutien de ses amis.

Elle n’y pouvait rien. Même Kiba avait commencé à s’éloigner d’elle.

C’est pourtant Kiba qui entra bientôt, sans frapper et poussant du pied la porte qu’elle n’avait pas pris la peine de fermer complètement. Il était suivi d’un tout petit bonhomme, intimidé mais pas assez pour se cacher derrière lui. Ine plissa les yeux. Aisu, pensa-t-elle immédiatement. L’enfant ressemblait trop à Tetsuya pour que l’on puisse en douter. Les mêmes traits, en plus enfantins, le même bleu glacial dans les yeux.

La jeune femme se redressa et se releva sans prendre garde au cendrier qu’elle venait de faire tomber d’un coup de talon. Détournant le regard de l’enfant, elle tourna la tête vers Kiba en fronçant les sourcils d’un air interrogateur. L’homme la dévisageait avec tristesse.

- Ne me regarde pas comme si je portais toute la misère du monde, s’emporta-t-elle, agacée, dis-moi plutôt ce que tu viens faire ici avec un Aisu.

Ine entrevit les yeux du gamin s’agrandir et elle regretta intérieurement la rudesse du ton qu’elle avait employé, et qui ne lui était pas adressée. Mais elle était en colère. Elle aurait voulu voir Kiba passer à autre chose plutôt que de s’acharner à tenter de la sauvegarder. L’homme sembla percevoir ses émotions et il revêtit son masque narquois qui ne la trompa pas. Il haussa les épaules en badinant :

- Un Aisu tu dis ? demanda-t-il en se tournant vers le gosse, Tu as peut-être bien raison. Je te présente Naoki. Il vient d’arriver au village et son passé rend difficile son intégration à l’orphelinat. Tu pourrais t’en occuper ?

Ine ouvrit la bouche, incapable de répondre. La demande la prenait totalement de court. Il lui fallut plusieurs minutes pour réaliser, et finalement elle s’approcha d’eux, attrapa Kiba par le bras et le conduisit dans la chambre attenante avant de refermer la porte derrière elle.

- Tu es fou ? Tu n’envisages quand même pas sérieusement cette option ?

- Et pourquoi pas ? Tu es seule dans cette maison et il a besoin de toi.

- Kiba je… Bon sang Kiba, regarde-moi !

- Je te vois, fit-il en contemplant avec regrets sa pâleur, sa silhouette amaigrie et les tremblements qui parcouraient son corps, et je sais que tu as besoin d’aide.

La jeune femme fixa son ami avec colère et répliqua, amère :

- Et tu voudrais que je m’attache à quelqu’un d’autre ? Non, je ne veux pas revivre ça !

Ine retira l’alliance qui ornait son annulaire gauche et la jeta violemment par terre. Puis quelque chose se brisa en elle et la kiréenne se mit à pleurer, pour la première fois depuis la disparition de Ren’ai. Elle qui avait toujours laissé couler ses larmes sans honte, l’évènement avait semblé assécher définitivement ses glandes lacrymales. Là c’en était trop. Kiba entoura la jeune femme entre ses bras et lui caressa délicatement la nuque pour apaiser ses tremblements.

- Tu t’en es bien sortie avec Taki… murmura-t-il doucement.

- C’est une chose de faire du baby-sitting…

Ine s’étrangla un peu et reprit, plus calme :

- …c’en est une autre d’élever un enfant. Alors le confier à une fille à problèmes... Elle s’arrêta un instant. … ce n’est pas vraiment lui rendre service. Je suis sûre que je lui ai fait peur, et je n’ai pas été très aimable.

- C’est un enfant. Sa première impression passera vite.

Kiba releva le menton d’Ine et repoussa tendrement une mèche collée à son minois trempé :

- Ecoute, au moins pendant quelques jours. Ça me laisse le temps de lui trouver une place en orphelinat et toi, ça te changera les idées. OK ?

Ine se mordit la lèvre inférieure, puis elle hocha la tête. Elle tenta de se recomposer un visage un peu plus frais avant de ressortir à la suite de Kiba et, pour la première fois depuis longtemps, le miroir lui renvoya l’image que voyaient ses amis. Horrifiée, la jeune femme referma la porte de sa chambre derrière elle et contempla l’état effarant du salon. Kiba disait quelques mots à Naoki, sans doute pour lui annoncer la nouvelle, mais ils étaient tous les deux éclipsés aux yeux d’Ine.

La bouche entrouverte, la respiration de la kiréenne s’emballa. Elle se revit, il n'y avait pas si longtemps que ça, arriver chez Ren’ai et c’était comme un retour en arrière. L’état de la maison n’avait pas grand-chose à envier à ce qu’elle était alors. L’air empestait la cigarette, les vitres étaient sales et la vaisselle s’amoncelait dans l’évier comme la poussière sur le sol. En tout cas ce n’était pas sain, et encore moins pour un enfant de dix ans.

Ine tordit ses mains sans vraiment s’en rendre compte. Elle alla ouvrir les volets pour aérer puis s’avança vers l’enfant :

- Euh, Naoki ? lui demanda-t-t-elle timidement, je peux te préparer du thé si tu veux, ou alors tu préfères un chocolat chaud ?

La jeune femme se tourna pour proposer la même chose à Kiba. Elle remit en place une mèche en considérant d'un air songeur la porte. L'homme avait déjà disparu.

MessageSujet: Re: Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)   Dim 10 Avr - 2:17

Il l'avait pris par la main, simplement, conduisant l'enfant dans cette cité qui n'aurait de cesse de l'émerveiller. Il avait adressé quelques mots au garde qui l'accompagnait, celui là même qui était resté muet tout au long de l'entretien, se contentant de jeter quelques regards furtifs à la joute verbale émotive qui se déroulait sous ses yeux. Ainsi il se retrouvait seul avec son bienfaiteur. Naoki n'était pas mal à l'aise plus que cela, la sentinelle avait tenté d'instaurer un léger lien de complicité entre eux, de part les quelques sourires en coin qu'il lui adressait, mais surtout par ce petit clin d'œil qu'il lui avait glissé avant de franchir les portes. Que lui réservait-il? Cela démontrait probablement son implication dans la future visite improvisée de la ville. Naoki se demanda un instant si c'était monnaie courante lors d'une arrivée impromptu d'un voyageur aussi jeune, ou s'il avait tout simplement eut de la chance. Il pencha pour la deuxième solution. Malgré ses airs distant et quelques peu narquois, la sentinelle avait du le prendre en pitié, ou en affection. mais quelles répercutions cela pourrait entraîner? De toute évidence, elles seraient bonnes, il se détendit alors un petit peu.

Ils commencèrent la visite du village, suivant les échoppes qui s'amoncelaient sur leurs routes tels les cubes de bois avec lesquels il jouait lorsqu'il était tout enfant. L'homme avait raison, le village ne ressemblait en rien à une caserne entourée par des palissades de rondins taillés en pieux. C'était une petite ville et les commerçants s'y entassaient au même titre que les shinobis. Ce fonctionnement fascina Naoki, son père lui avait parlé des différentes façons dont les pays avaient été gérés par alors. Ils avaient réussi à concilier le côté militaire et celui commercial. Car une masse importante de soldat, utilisée pour s'entraîner en attente d'un conflit coûtait très cher, et c'était la capacité d'adaptation des shinobis qui rendait tout cela possible. L'évolution de leurs capacité au fil des siècles, leur diversification dans les différents domaines avaient permis à ces hommes de devenir des sortes de citoyen-soldats. Leur utilisation au cours des diverses missions permettait au village de s'approprier une manne financière non négligeable, tout en conservant leurs entraînements, condition indispensable de préparation en cas de conflit. Naoki savait déjà tout cela, son père lui en avait expliqué les fondamentaux, sa question à la sentinelle n'était que rhétorique. Un passage obligé pour un futur membre qu'il s'était imposé. Sa mère lui avait répété maintes et maintes fois que lorsque l'on désire s'accaparer l'attention de quelqu'un, il suffit de le questionner. Mais voir tout cet engrenage de ses propres yeux fascinaient l'enfant, il pouvait analyser ses rouages un à un, et déterminer ses répercutions sur l'ensemble. Ainsi les shinobis étaient au cœur du système, et les divers marchands gravitaient autour, profitant des périodes d'oisiveté du village pour faire du profit. De plus, le fort taux de mortalité chez les shinobis, dut au danger que pouvait représenter certaines missions, rendait l'ensemble plus stable encore.

Naoki se sentit rapidement en confiance dans ce village ou la brume omniprésente rendait les déplacements difficiles. La nature des différentes bâtisses n'étaient visibles qu'à quelques pas, et même si l'orientation et le manque de repère dans une ville qui lui était inconnue aurait du le perturber, il ne s'en souciait guère: il était devenu invisible. Il se rendit rapidement compte que lors de leurs marches, ils n'attiraient que peu l'attention. La sentinelle marmonnait quelques indications que Naoki retenait du mieux possibles. Il lui montra du doigt l'armurerie auquel était adossée une bibliothèque, l'ironie de leurs placements respectifs fit sourire l'enfant bien qu'il garda sa réflexion pour lui, ne désirant pas paraître impoli. Ils parcoururent ainsi le village, tranquillement, presque complice, la sentinelle se montrait affectueuse autant que son caractère détachée pouvait le permettre. Il n'avait cessé de lui tenir la main, une main gigantesque et chaude que Naoki perturbé ne pouvait s'empêcher de serrer. Il n'avait plus donner la main à quiconque depuis ses six ans, son père qui avait le désir de le voir grandir le plus rapidement possible le laissait en presque totale autonomie. Son verbiage avait été acquis ainsi, habitué à entendre un langage d'adulte autour de lui, il n'avait pu garder ce discours enfantin fait de babillages et autres tics que peuvent avoir les gosses à son âge. Si ses paroles n'était pas claires et argumentées, son père ne lui répondait pas, aussi simple que cela. Et lorsque l'on ne côtoie qu'une personne aussi longtemps, le manque de communication se fait vite ressentir, nous poussant à nous dépasser et à nous adapter. Mais cette main puissante et chaleureuse dans la sienne lui rendait peu à peu son enfance perdue, il sentait à nouveau ce besoin constant d'être rassuré, épaulé.

Ils arrivèrent à une grande bâtisse, déformée par la brume qui rendait l'ensemble plus impressionnant encore. Il pouvait distinguer quelques fenêtres éclairées et au loin, les cris d'enfants qui résonnaient dans sa tête. Ils s'assirent sur un muret de pierre et contemplèrent l'endroit que Naoki n'avait eu aucun mal à reconnaître. Tel était sa destination, il n'était pas particulièrement anxieux mais ressentait une boule au ventre qu'il ne pouvait comprendre. Pour quelle raison son instinct le poussait-il à faire marche arrière? Ces cris l'attiraient, il en était persuadé. Mais il était tiraillé en deux entre l'envie de jouer avec les premiers représentants de son âge, et une gène palpable en la léthargie qu'il ressentait dans ses jambes lorsqu'il y pensait. Cette main toujours nichée dans la sienne lui fit comprendre son malaise, il ne voulait pas partir, il ne voulait plus être seul. Il avait trouvé un homme qui lui prodiguait de l'attention et ne désirait rien en retour. C'est à ce moment là qu'il perçu les paroles de son père avant son départ, son père qui lui avait demandé de ne pas lui tenir rigueur de cette éducation, de cette relation qu'ils avaient partagé. L'enfant était alors persuadé que l'affection exposée était réservée aux femmes, et cette sentinelle malgré son air narquois affiché lui avait démontré une sollicitude qu'il n'avait rien fait pour mériter. Comment exprimer les sentiments qui s'emparèrent de lui à ce moment, comment décrire cette douce mélancolie qui prit possession de son esprit? Il cherchait encore à l'expliquer lorsque la sentinelle l'interrompit dans sa rêverie introspective, abrégeant ce léger temps de latence entre la joie encore naissante de la découverte de l'affection paternelle et le fatidique moment de l'abandon.

« - C’est à toi de me dire si tu veux y aller. Si non, j’ai peut-être une solution pour toi.


Ces paroles firent chanceler Naoki, abrutissant son cerveau de la multitudes de question qui parvenaient à son esprit. Il répondit pourtant sans réfléchir.

- Je ne sais pas monsieur...

Il avait mis quelques instants à comprendre la portée des dires de l'homme assis à ses côtés. Son esprit alors perturbé par sa précédente réflexion n'en retira qu'une explication: l'homme acceptait de l'accueillir chez lui. Naoki ouvrit la bouche pour répliquer, un intense espoir s'allumait en lui comme une flamme brûlante qui consumait sa raison. Il s'apprêtait alors à s'engouffrer dans cette brèche tendue par le garde lorsque la pudeur revint au galop, emportant avec elle tout le lyrisme et la magie du moment. Cet homme l'avait déjà refusé, il ne pouvait interpréter ses propos à sa guise, et risquer de le contrarier. S'imposer chez lui de cette façon était bien trop gênant, il devait attendre sa proposition. Qui d'ailleurs ne viendrait pas. Tout ceci n'était que le fruit de son désir, la vision qu'il pouvait avoir était déformée par ce qu'il espérait entendre. L'angoisse monta lentement tandis que le petit garçon restait silencieux. Il canalisa ce sentiment en jouant avec ses mains nerveusement, balançant ses pieds, les laissant rebondir contre le mur tandis qu'il réfléchissait.

- Je ne sais pas ce que je dois vous dire. Je pourrais y aller mais… j'ai peur, je n'ai jamais vu autant de gens vivre ensemble. Et je n'ai jamais vécu avec autant de gens.

Il avait commencé à s'ouvrir. Les mots avaient coulé sans qu'il puisse les retenir, il s'était libéré de ce flot de pensée qui le hantait, du moins en partie. Mais il ne pouvait s'exprimer aussi librement, il était piégé. Il ne pouvait s'enlever de la tête l'image de la sentinelle fronçant les sourcils à sa demande, et anéantissant immédiatement l'espoir qui se lirait sur son visage si aisément. Lui en faire part indirectement, l'homme saisirait cette occasion à la volée, ou bien il la laisserait passer comme une mouche insignifiante, insecte indigne d'intérêt.

- Pas maintenant, pas aussitôt... J'imagine que chacun désire quelqu'un rien qu'à soit. C'est ce que je ressens pourtant, même s'ils m'attirent autant qu'ils m'effraient.

Il avait lui avait laissé une marge de manœuvre suffisante pour l'emprunter, à lui d'en faire ce qu'il voudrait.

-Ah les gosses, ‘savent jamais ce qu’ils veulent !

Et l'espoir s'envola aussitôt. Son visage devint rouge de confusion, les sentiments se confondaient, mélange de peine et de colère envers lui même. Il s'était laissé emporter par l'instant, et maintenant il s'en voulait. Il s'en voulait de s'infliger cette peine inutile, de laisser ses espoirs si fou briser son esprit si fragile, il s'en voulait tellement... Il changea instinctivement de posture, amenant ses genoux sous son menton, se protégeant du monde environnant. L'homme ne lui avait pas parlé pour lui même, sa « solution » était tout autre. Pour la première fois depuis qu'ils étaient face à la bâtisse, Naoki put réfléchir convenablement. Cette pensée parasite l'avait fui avec la honte qui l'accompagnait, il était désormais libre de l'entrave. Certes, il se sentait encore secoué, mais il n'avait plus besoin d'échafauder des dizaines de plans par minutes pour arriver à ses fins, il avait perdu. Il se concentra donc sur la suite des événements, tentant par là même de savoir ce qui allait lui arriver. Il allait sûrement être envoyé vers une vieille du village, une qui ramassait les enfants comme certaines ramassent les chats, cherchant le réconfort dans la multitudes de cris qui envahiraient la maison. Ou alors chez un jeune couple, qui n'arriverait pas à avoir d'enfant. Son père et lui avaient déjà abordé ce sujet, les trois réponses qu'ils en avaient tirés était l'orphelinat, la vieille folle au village, et le jeune couple. L'orphelinat était à présent exclu de ses démarches, il l'avait lui même refusé.

- Je suis désolé. Je voulais juste dire, j'accepte de vous suivre. Emmenez-moi voir la dame.

Il accrocha du regard la sentinelle, attendant la confirmation.

- Je ne t’ai pas parlé de dame. Qui te dit que je vais t’emmener chez une femme ?

Il était resté suffisamment vague pour convenir aux deux autres solutions, et à l'homme de lui répondre directement pour une fois. Naoki ne décrocha pas ses yeux du visage, qui était désormais quelque peu moqueur. Mais l'homme esquissa un rire léger tandis qu'il ébouriffait ses cheveux.

- Allez viens bonhomme ! et prie pour qu’Ine veuille bien de toi.

Il s'était levé, tendant la main à Naoki, l'invitant à le suivre. Il accepta de remettre son avenir dans cette puissante main chaude qui lui était tendu, et qui allait la léguer à une autre.
« Va pour la vieille folle aux chats ...» se dit Naoki tandis qu'ils reprenaient leur chemin.



************


La porte était entrouverte et l'homme entra sans frapper. Naoki se glissa derrière lui comme une ombre, profitant de l'espace pour regarder l'intérieur de la maison. Enfin, le terme était inexact. Bien qu'il y eut quelques signes de la vie ordonnée et décorée avec goût qu'elle avait pu avoir, l'endroit semblait miteux. L'air frais dehors ne pouvait cacher l'odeur de cigarette et de renfermé omniprésent dut aux quelques cendriers qui gisaient ça et là. L'enfant reporta son regard vers la jeune fille qui était allongée sur un canapé. Des cernes marqués sous ses yeux injectés de sang, elle semblait fébrile même si l'expression qui habitait ses yeux était toute autre. Elle ressemblait à une bête sauvage tant l'agressivité qui l'habitait était palpable. Elle fixait la sentinelle, ses prunelles grises ne quittaient pas les yeux de celui qui protégeait de son corps l'enfant. Presque haletante, elle s'adressa à l'homme en se relevant, faisant tomber au passage un cendrier qui trônait sur la table du salon, libérant un nuage de cendre nauséabond. Le ton assassin qu'elle employait fit frémir le jeune garçon qui se cacha un peu plus derrière Kiba.

« -
Ne me regarde pas comme si je portais toute la misère du monde, s’emporta-t-elle, agacée, dis-moi plutôt ce que tu viens faire ici avec un Aisu.

Et alors que l'homme se retournait vers lui, déplaçant légèrement sa jambe pour entrevoir son visage qui s'était figé de stupeur. Les yeux écarquillés, le jeune Aisu en question fixait la jeune femme, devenue dans son esprit une sorcière aux pouvoirs télépathiques. Qui était-elle? Comment avait elle pu deviner? La raison de sa présence ici était déjà flou lorsqu'ils avaient passé le pas de la porte, elle ne ressemblait en rien à une des vieilles dames dont son père lui avait parlé. A en juger par la bouteille qui traînait dans la cuisine, ce devait être une alcoolique solitaire qui noyait dieu sait quelle peine dans la boisson et l'exclusion sociale. Mais la découverte de la nature de ses dons héréditaires changeait toute la donne. Quel était ce test que le village lui faisait passer? Naoki se recroquevilla un peu plus, pendant que la sentinelle, qui l'avait probablement trompé, l'examinait rapidement.

- Un Aisu tu dis? Tu as peut-être bien raison. Je te présente Naoki. Il vient d’arriver au village et son passé rend difficile son intégration à l’orphelinat. Tu pourrais t’en occuper ?


Elle mit quelques instants à réagir, son visage s'affaissa alors qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer une phrase qui ne vint pas. Elle entraîna l'homme dans une chambre qu'elle ferma derrière elle, laissant Naoki aussi désemparé qu'elle pouvait l'être. Il avait juste passé le pas de la porte et regardait l'endroit un peu plus attentivement, se représentant la possible vie qui l'attendait ici, « pour peu qu'elle veuille de moi... » se disait-il. A en juger par sa réaction, la demande l'avait prise de court, ce n'était donc pas prévu par le village. Quelle était cet endroit? Pourquoi devait-il vivre avec elle? Elle avait suffisamment de mal à s'occuper d'elle même pensa-t-il en souriant, alors un jeune garçon en plus... Peut être avait-elle perdu un enfant et la sentinelle lui en proposait un en échange. Il les entendait derrière la porte, elle s'emportait contre l'homme, visiblement furieuse même s'il ne saisissait pas le sens de ses paroles. Il expira longuement, sentant la fatigue le gagner à nouveau, il n'avait cessé de marcher depuis qu'il s'était levé, et cette pause des plus étranges rappelait à son esprit la lourdeur de ses membres. Pourtant la tension était toujours présente, et il ne pouvait ignorer les jeux auquel se livrait le destin avec sa propre vie. Il pensait pouvoir souffler lorsqu'il avait été accepté dans le village, mais il se retrouvait ballotté de nouveau, et présenté ainsi à une jeune fille qui ne paraissait pas vouloir de lui. Et ils parlaient encore, suspendant le temps, laissant grandir l'angoisse qui en devenait inquiétante. Il inspirait de plus en plus rapidement, il n'aurait jamais du refuser l'orphelinat. Il s'était livré à l'orgueil, ce n'était que justice après avoir succombé, à cette envie de reconnaissance, de contact et d'affection.

Naoki ouvrit brusquement les yeux: c'était pourtant si simple à comprendre. L'homme ne l'avait mené là que pour apporter de la stabilité à la jeune femme. Elle devait être sa petite-amie et s'éloignait d'elle probablement à cause de son alcoolisme. Il n'était qu'un message que l'homme passait, un appel à un futur commun comblé grâce à la présence d'un être à protéger, à aimer. Une histoire de quelques jours, avant de repartir à l'orphelinat. Ces démonstrations de complicité ne faisaient que servir ses intérêts, ses projets. Il devait avoir été aperçu comme un cadeau du ciel, lui et sa naïveté enfantine, et il se livrait avec une telle facilité. Quand à expliquer la découverte de son secret, il n'en avait aucune idée...
La sentinelle ressortit bientôt de la chambre, se dirigeant vers l'enfant, seul. Et Naoki serra les dents, persuadé que l'absence de la jeune fille était un signe de lâcheté. Mais il s'agenouilla au niveau du petit Aisu, la regardant dans les yeux.

« C'est arrangé, tu pourras rester là pendant quelques jours bonhomme. J'irais faire un tour à l'orphelinat pour voir s'il y a des places. En attendant je te confies à elle. Elle s'occupera bien de toi. Fais attention à elle en contrepartie, elle n'est pas très stable en ce moment.


Naoki acquiesça, il ne dormirait pas dehors ce soir. Et puis il reverrait la sentinelle, peut être arriverait il à maintenir ce lien, à l'amplifier, à s'insérer dans leurs relation. Qu'ils le gardent.

- Je ferais attention à elle. Ne vous inquiétez pas."

Et il se tourna vers elle, elle ouvrait les volets, aérant la pièce, puis revint vers l'enfant. Songeuse pensa-t-il, elle paraissait aussi mal à l'aise que lui, elle n'était peut être pas alcoolique en fin de compte.

"
Euh, Naoki ? lui demanda-t-t-elle timidement, je peux te préparer du thé si tu veux, ou alors tu préfères un chocolat chaud ?

L'enfant surpris, se mit à rougir sans savoir pourquoi.

- Je ne connais pas le chocolat... C'est comme le thé?

- Non, c'est à base de cacao et de lait. Je t'en fais un pour que tu goûtes, si tu n'aimes pas ce n'est pas grave, je te referais du thé.

L'enfant se tourna vers la sentinelle, pour lui demander confirmation. Mais elle avait disparu, laissant la porte entrouverte, pour passer sous silence son départ probablement. Ainsi il se retrouvait seul avec sa protectrice.


- Chocolat alors dit il. Ne désirant pas perturber son intention première, et puis se renseigner sur un produit sans le prendre ensuite était malpoli. Et puis si ce n'était pas à son goût, il en subirait les conséquences.

Elle restait silencieuse tandis qu'elle faisait chauffer le lait. Le portant à ébullition avant de le retirer rapidement du feu. Elle s'appliqua ensuite à brasser méticuleusement, de façon à mélanger cette étrange poudre au lait qui en prenait la teinte brune. Elle se retourna à nouveau vers lui, toujours perdue dans ses pensées, légèrement absente, et lui tendit la tasse chaude et fumante. Empressé de faire bonne impression, il déposa ses lèvres et les retira immédiatement. Le liquide était brûlant, mais il laissait sur ses lèvres une impression de douceur. Sucré pensa-t-il, et délicieux. Il souffla les vapeurs, jouant avec la fumée qui s'en dégageait avant d'en reprendre une gorgée. La sensation dans son palais le laissait somnolent et enchanté, il plongeait peu à peu, fermant ses yeux alors que la demoiselle lui demandait ses impressions. Mais il s'était déjà endormi, laissant la tasse sur la table basse, plongeant sur le canapé, les yeux fermés. La sensation de bien être, de sécurité l'avait emporté, la fatigue avait repris ses droits.





**************





Il ouvrit les yeux, le soleil bien que peinant à percer la brume environnante était plutôt haut dans le ciel. Il se releva brusquement. Il était dans une chambre bien rangé, dans un lit propre, les draps sentait le frais. Il s'assit sur le bord du lit, tentant de se remémorer la veille. Il était pourtant persuadé que la dernière image qu'il avait eu était celle du salon de la jeune fille, et qu'il avait bu du chocolat. Il estima rapidement les lieux qui l'entourait, la chambre était sobre, une commode dans un coin de la pièce, le lit sur lequel il était assis, un bureau vide à quelques pas. Il ouvrit les volets, humant l'air humide et lourd présent au dehors, avant de les refermer brutalement. Aucune idée de la raison pour laquelle il avait fait cela. Une impulsion subite? Une envie de respirer l'air extérieur? Comme s'il n'avait jamais senti la brume, lui qui habitait sur la plage... Il se dit qu'il devait être bien perturber pour se permettre des gestes aussi inutile. La fille devait l'attendre avec le repas dans le salon cuisine, il en sentait vaguement les effluves qui avaient traversés les murs.

Il leva les yeux de la fenêtre, pour estimer l'heure qu'il était: un peu moins de midi. Il n'avait jamais dormi autant, se faisant lever bien plus tôt par son père qui le sortait du lit au sens propre du terme s'il voulait prolonger un peu sa nuit. Il se sentait en pleine forme pourtant, le voyage de ces derniers jours n'avait pas laissé tant de traces, ou la nuit les avait toutes effacés. Il renifla, ses affaires elles faisaient office de preuves quand à leur longue route: il était collant, mal à l'aise. L'envie de nager se fit sentir, et il s'ébouriffa les cheveux, en rêvant de ses contacts matinaux avec la mer. Il plongeait dedans directement, évacuant les traces de son sommeil sur ses yeux et sur son corps, qui fondaient au contact de l'eau salée. Il désirait tellement un bain. Mais la fille l'attendait probablement. Il s'arrangea un instant, poussant la porte avec précaution, pour se faire le plus discret possible.

Elle était occupé à la cuisine. L'endroit avait changé radicalement, si lui s'était levé bien tard, elle n'avait pas suivi son exemple et en avait profité pour remettre la maison en ordre. L'air ne sentait plus la cigarette, et il vit les cendriers posés sur le rebord extérieur de la fenêtre, l'odeur âcre de la cendre avait été remplacé par celle, plus douce, de l'huile et de pâte frite. Son estomac gronda bruyamment alors qu'il observait la vaisselle qui avait disparu de l'évier, le sol qui se faisait impeccable et la jeune fille qui le regardait avec insistance depuis quelques secondes. Il sourit timidement, gêné de l'attention alors qu'elle s'avançait vers lui, doucement, la spatule à la main qui faisait office de baguette de chef d'orchestre tant elle jouait avec nerveusement. Sa voix se fit douce alors qu'elle se baissait légèrement pour s'adresser au petit garçon.


« Je t'ai préparé des crêpes si tu as faim. Tu as bien dormi?


Le garçon acquiesça positivement, les lèvres pourtant collés. Les yeux un peu écarquillés, il fixait sans le vouloir la jeune fille qui lui faisait face. Il ne comprenait pas. Elle ne ressemblait en rien à la personne qu'il avait eu en face de lui auparavant, qui était-elle? Pourquoi se comporter de cette façon? Quelle était cet endroit. Il remit toutes ces questions à plus tard, l'important à ce moment était d'éviter de passer pour un automate, ou un muet. Qui plus est, son ventre criait famine.

- Je veux bien manger madame...

Elle fronça les sourcils, légèrement mécontente.

-Mademoiselle si tu y tiens, sinon appelle moi Ine. Et tutoie-moi, je n'ai pas l'âge.

Il hocha de nouveau la tête, mais resta cette fois-ci silencieux. Elle le prit par la main, l'entrainant près de la table de la cuisine, lui apportant une assiette de crêpes avec un peu de sucre également. Ses lèvres se retroussèrent alors qu'elle lui demandait :

- Tu veux du chocolat aussi? Je ne sais pas si tu as vraiment apprécié, tu t'es endormi avant de le goûter.

Le garçon baissa immédiatement la tête. Au moins il savait comment il s'était retrouvé dans la chambre, elle l'avait probablement porté.

- Désolé, j'étais fatigué. Je ne me suis pas rendu compte que je m'endormais...

Elle rit franchement, dissipant sa gène.

- Ne t'en fais pas, je comprends ce n'est pas grave. Tu avais fais un long voyage?

Il fit signe que oui. Souriant nerveusement.

- Plutôt oui, nous sommes partis avec papa tôt le matin de l'auberge, il voulait qu'on arrive très vite au village.

- Il n'est pas avec toi?

Son visage se ferma, instantanément. Que pouvait-il lui dire?

- Non, il m'a laissé devant. Votre ami s'est occupé de moi par la suite.

Elle semblait mal à l'aise de s'être tenté sur ce terrain. Elle partit s'occuper du chocolat, le silence qui s'en suivit était légèrement tendu. Elle revint vers lui quelques instants plus tard, un peu gênée. Pendant qu'elle versait le lait chocolaté dans une tasse, il leva les yeux vers elle, demandant d'une voix douce mais pourtant assurée. Le timbre en devenait presque désagréable venant d'un enfant.

- Pourquoi avez-vous dis que j'étais un Aisu? »

MessageSujet: Re: Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)   Jeu 28 Avr - 18:30

    Watagumo Ine (NIVEAU 14)
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    Naoki Aisu (NIVEAU 3)
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MessageSujet: Re: Habitation du Chuunin Ren'ai (Ine)   Jeu 26 Mai - 18:27

Le gamin s’était endormi. Ine s’en trouva soulagée lorsqu’elle le constata, d’abord parce que rien ne l’avait préparée à l’arrivée d’un enfant dans sa vie. Même temporaire, la chose avait de quoi effrayer quand on se savait plus capable de se gérer soi-même sans dommages. Mais elle imaginait sans mal les intentions de Kiba. Elle avait cru qu’il s’était éloigné d’elle : elle s’était lourdement trompée. La jeune femme ne parvenait toutefois pas à être en colère envers son compagnon, même en sachant qu’il l’avait habilement manipulée une fois de plus. Elle regarda Naoki assoupi et envia la sérénité qui avait envahi ses traits.

Pendant un long moment Ine n’osa pas bouger, de peur de réveiller l’enfant. Le fil de ses pensées s’emmêlait et se démêlait à une allure folle, sans qu’elle puisse en tirer rien de bien utile pour juger de sa situation. Ce n’est que lorsqu’elle baissa ses yeux sur ses mains tremblantes qu’elle se rendit compte que son cœur battait la chamade et que le manque de nicotine faisait siffler sa respiration.

Alors, le plus silencieusement qu’elle le pouvait, la jeune femme se leva, attrapa le paquet de cigarettes sur la table et sortit de la maison sur la pointe des pieds. Dehors, de gros nuages gris s’amoncelaient dans le ciel. Ils n’étaient pas particulièrement menaçants mais avec sa nouvelle sensibilité à l’eau, exacerbée par l’entraînement avec Naoyuki, la kunoichi « sentait » qu’ils annonçaient une pluie très prochaine. Malgré cela, Ine s’assit sur son palier et s’adossa à la porte d’entrée. La fraîcheur de l’air avait instantanément calmé sa crise de tremblements et, soudain, elle sentit qu’elle était sur le point de s’endormir. C’était une sensation qu’elle avait cru avoir oublié depuis quelques semaines, alors que, même fatiguée, le sommeil la fuyait comme la souris le chat. Maudit sois-tu Kiba, songea la jeune femme en esquissant un sourire. Sa tête ballotait légèrement et finalement, Ine abandonna l’idée de la cigarette. Les premières gouttes commençaient déjà à frapper le sol lorsqu’elle se décida enfin à rentrer pour se mettre à l’abri.

Mais, de nouveau confrontée à l’enfant qui dormait, une vague angoisse lui noua l’estomac. Ine savait qu’elle avait tendance à fuir les responsabilités, et que pour ça elle ferait probablement une très mauvaise chuunin. Ce n’était pourtant pas dans sa nature d’abandonner ceux qui avaient besoin d’aide, et ce petit-là avait besoin d’elle. La kunoichi soupira. Elle ne pouvait pas décemment laisser Naoki dormir dans un canapé où se côtoyaient odeurs de cendres, d’alcool et de poussière.

La maison n’était pas grande, mais depuis que Ren’ai avait aménagé une petite aile pour leur chambre, la pièce qu’ils avaient occupée avant était restée vide. L’endroit était petit et sobre. Quelques meubles, une commode, un bureau, un lit, se disputaient le peu d’espace, encore réduit par les affaires qui traînaient au sol. Ine passa un doigt sur le plateau du bureau, grimaça. Résolue à accueillir l’enfant dans de bonnes conditions, elle se pencha pour ramasser le linge qu’elle réunit en un tas devant la porte. Elle ouvrit la fenêtre pour chasser l’odeur de renfermé, dépoussiéra, rangea les quelques effets qui avaient appartenu à son amant. Lorsqu’elle eut fini de refaire le lit avec les derniers draps propres qui lui restaient, la petite chambre était transfigurée et rafraîchie par la brise nocturne.

Satisfaite, Ine réprima un bâillement. La partie délicate, celle qui consistait à transporter Naoki dans son lit, était encore à venir. Dans le salon, l’enfant avait glissé sur le côté, si bien qu’il était désormais à demi allongé sur le canapé. La jeune femme passa une main sous sa nuque et une autre sous ses genoux avant de le soulever doucement. S’il remua et grogna un peu dans son sommeil, Naoki ne se réveilla pas. Basculant son poids contre sa poitrine, Ine contourna avec précaution le canapé, évita habilement le chambranle de la porte et finalement le déposa sur le lit où elle entreprit de le débarrasser de son lourd manteau qu’elle posa sur la chaise du bureau. En rabattant le drap sur le jeune garçon, Ine ne put s’empêcher de sourire, d’un air douloureux mais tendre. Elle dégagea d’une caresse une mèche un peu trop longue qui gênait la respiration de l’enfant, puis elle s’éloigna de quelques pas de chat. Terrassée par la fatigue, la jeune femme se laissa glisser le long du mur. Ses yeux étaient déjà fermés lorsqu’elle atteignit le sol. Elle s’endormit instantanément.

~*~

En se réveillant Ine mit plusieurs minutes à se débattre contre l’état brumeux dans lequel le sommeil l’avait poussée. Elle eut envie de rire, se remémora au dernier moment qu’elle n’était plus seule et manqua s’étouffer pour réprimer son accès d’hilarité. Le temps de se calmer, ses yeux s’habituèrent à la pénombre qui baignait la chambre. Un rai de lumière filtrait entre les volets mal fermés. Il éclairait l’enfant toujours endormi comme un petit roi et Ine réalisa soudain que les hommes avaient tous la même expression lorsqu’ils dormaient. Fronçant les sourcils, la jeune femme chassa immédiatement cette pensée de son esprit. Son petit ménage de la veille n’était rien comparé au chantier que constituait le reste de la maison. Son regard embrassa la triste pagaille alors qu’elle refermait soigneusement la porte derrière elle. Heureusement la matinée n’était pas très avancée et Naoki semblait parti pour dormir plusieurs heures encore.

Ine ne s’autorisa un moment à elle que lorsque tout fut récuré du sol au plafond. Les fenêtres, restées ouvertes toute la nuit, avaient débarrassé l’air de l’odeur de tabac. Elle arrêta net son geste alors qu’elle portait la cigarette à ses lèvres et décida finalement d’aller prendre une douche. L’eau glacée lava son corps mais aussi, elle en eut l’impression, son esprit. Alors qu’elle se rendait en serviette dans la chambre, restée elle intacte depuis la disparition de Ren’ai, Ine remarqua l’alliance qui reposait sur le sol. Elle l’avait jetée la veille dans un accès de colère. La jeune femme passa quelques minutes à la considérer de haut avant de s’accroupir. De l’eau gouttait de ses cheveux sur le sol, entourant l’anneau. Elle finit par avancer la main pour le ramasser, le tourna entre ses doigts. Les mariages entre shinobi étaient assez peu communs. Avant la proposition de Ren’ai, Ine n’y avait elle-même jamais trop réfléchi. Elle n’était pas de ces filles qui n’attendent que ça, une grande cérémonie, une belle robe blanche et la bague au doigt. Chez elle, le mariage signifiait moins souvent l’amour qu’un arrangement entre deux familles, et cela était d’autant plus vrai lorsqu’on était la fille unique d’un cultivateur qui possédait quelques parcelles de rizières.

Devenue kunoichi la question semblait se régler d’elle-même. Même son père, tout en paraissant le regretter, l’avait compris lorsqu’elle était rentrée au village à la mort de sa mère. La demande de Ren’ai l’avait prise au dépourvu mais elle n’avait pas refusé. Il n’y avait eu de cérémonie qu’un coucher de soleil partagé sur les lacs gelés des terrains d’entraînement, et personne hormis Kiba et la petite Taki, Naoyuki et Tetsuya ainsi que les autorités compétentes de Kiri n’était au courant. Ine se mordit la lèvre inférieure, serrant l’alliance dans le creux de sa main. Désormais il ne restait de ce mariage qu’un anneau d’or blanc poinçonné qui prenait la forme d’une vague. Et cette leçon, cruelle, apprise à ses dépends : les unions entre shinobi étaient assez peu communes, parce que l’un des deux disparaissait souvent prématurément…

Ine passa la bague à son annulaire gauche et se redressa pour aller s’habiller. Le soleil approchait de son zénith, Naoki ne tarderait sans doute plus à se réveiller. En fouillant dans les placards désespérément vides la jeune femme réussit à réunir de quoi faire des crêpes pour le déjeuner. S’activer à faire la pâte lui donna même faim, une nouvelle première fois pour les dernières semaines qui s’étaient écoulées. Ine en avait fait près de la moitié lorsqu’elle entendit le garçon arriver derrière elle. La tête qu’il faisait en découvrant la maison transfigurée était presque comique et elle s’amusa à l’observer. Lorsqu’il s’en aperçut il lui sourit un peu, visiblement gêné. Elle s’avança à son tour vers lui, presque aussi timide.

- Je t’ai préparé des crêpes si tu as faim. Tu as bien dormi ? demanda-t-elle.

L’enfant hocha la tête, ce qu’elle choisit de prendre pour un oui. Il avait l’air un peu égaré, comme s’il ne la reconnaissait pas. Il finit par marmonner quelques mots, que oui il voulait bien manger Madame. Elle jeta un coup d’œil furtif à sa bague. Bien que l’anneau le justifiât, elle n’aimait être appelée ainsi. Voyant l’expression du jeune garçon, elle essaya de rattraper d’un ton plus doux l’air contrarié qu’elle avait arboré.

- Appelle-moi Ine, et tutoie moi je n’ai pas l’âge.

Ine conduisit Naoki à la table puis lui ramena des crêpes encore tièdes, du sucre et lui proposa un chocolat chaud. Le bonhomme, apparemment embêté, s’excusa de s’être endormi la veille sur le canapé. Ine ne put s’empêcher de rire. Alors qu’il commençait à manger elle lui posa quelques questions sur son voyage, pour apprendre à le connaître un peu, mais Naoki y coupa court rapidement lorsqu’elle lui parla de son père. Les lèvres d’Ine tremblèrent légèrement et elle détourna le regard. L’homme avait abandonné son fils aux portes de Kiri. La kunoichi se leva et tourna le dos à l’enfant en faisant mine de s’occuper du chocolat chaud pour cacher l’écœurement qu’elle ressentait face à un tel comportement. Mais l’homme devait avoir ses raisons pour le faire, s’efforça-t-elle de se persuader en son for intérieur. Embarrassée d’avoir dressé si vite de telles conclusions, elle évita le regard de l’enfant en lui servant son chocolat.

- Pourquoi avez-vous dit que j’étais un Aisu ?

Surprise, Ine dévisagea le garçon. Dans le ton qu’il avait employé, dans le vouvoiement délibéré elle avait cru déceler un brin d’insolence. Elle fut un instant tentée de répliquer, mais elle choisit de rester silencieuse. L’enfant avait toutes les raisons de se défier d’elle. Elle n’avait pas été particulièrement aimable à son arrivée, son aspect physique actuel lui paraissait sans doute effrayant et la métamorphose de son comportement avait de quoi susciter de la méfiance. Ine s’installa avec calme face à Naoki, qui la fixait toujours. Elle prit son temps, saupoudrant à son tour une crêpe de sucre, la porta à ses lèvres, mâcha consciencieusement. Lorsque le garçon parut abandonner l’idée d’avoir une réponse, elle commença enfin :

- Je l’ai deviné. Ce n’était pas très difficile en fait. Une amie à moi possède les dons des Aisu, mais ils s’opposent à ce qu’elle entre dans les secrets du clan parce que son métissage les fait douter sur sa légitimité. Son cousin, lui, n’en a cure de l’Hyuuton, par contre il a les traits crachés des Aisu. Des cheveux si blonds qu’ils en paraissent blancs, les mêmes yeux que toi… Je n’ai pas connu Tetsuya enfant mais je jurerais qu’il te ressemblait étant petit.

Elle fit silence un moment, pensant à Naoyuki et au jeune médecin. Ils avaient presque formé une équipe avant que l’évènement ne vienne tout gâcher. Depuis les choses allaient assez mal, parce qu’ils avaient essayé de la soutenir et qu’elle avait refusé de les impliquer. Parcourant la pièce des yeux Ine songea que ses amis seraient probablement heureux de voir un peu de fraîcheur dans la maison. S’ils revenaient jamais…

Le regard d’Ine revint croiser celui de Naoki.

- Pourquoi me poses-tu cette question ? Ce n’est pas vrai ?

L’enfant ne répondit pas. Ine haussa les épaules : même ombrageux, Naoki était encore un ange comparé à Taki la furie. Arashi. Les lèvres d’Ine s’étirèrent en un sourire affectueux. Un coup d’œil à Naoki lui révéla qu’il la dévisageait toujours. Elle plissa le front, laissant apparaître un instant son malaise, puis aussi vite sembla se détacher de l’insistance du garçon. Elle se déporta en arrière sur sa chaise et reprit son monologue en souriant :

- Si c’est un secret autant te dire tout de suite que d’autres que moi le devineront. A commencer par tes professeurs à l’académie. Parce que tu veux bien devenir shinobi n’est-ce pas ?

Nouveau mutisme, mais Ine ne se démonta pas. Elle se leva, rabattit sa chaise sous la table et se dirigea vers l’évier pour se laver les mains.

- Je vais devoir aller faire quelques courses, les placards sont vides, lâcha-t-elle sans regarder Naoki, à dessein. Je pourrais t’accompagner pour ton inscription à l’académie si tu le souhaites, ou tu demanderas à Kiba de le faire si tu préfères. En attendant tu peux faire comme chez toi ici.

Attrapant quelques sacs, la jeune femme se prépara à sortir.
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