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 Appartement de Sho Nagoshi

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MessageSujet: Appartement de Sho Nagoshi   Mar 8 Avr - 12:07

¤,.°o°O The First Day O°o°.,¤

Une brise agréable parcourait les ruelles du village, soulevait poussière et faisait osciller quelques légers débris éparpiller ici et là. Le soleil était absent du ciel, caché qu'il était par d'épaisses toisons de nuages blancs et gris. L'air était frais et délicat comme une douce caresse de printemps. Les villageois de Kumo s'attelaient à leur tache respective et parfois même s'arrêtaient quelques instants pour discuter avec une connaissance de passage. Au milieu de toute cette ambiance, Sho se sentait étranger ou plutôt comme un enfant qui s'émerveillait de découvrir un monde totalement différent de celui où il avait vécu. Kumo était désormais sa nouvelle patrie. Une patrie qu'il devait simplement apprendre à connaître sous toutes ses coutures. Certes, cela s'avérerait un travail de longue haleine mais n'était-il pas venu en ce lieu pour apprendre ? C'est donc le pas léger, comme pour prendre le temps de découvrir chaque ruelle et s'imprégner de l'itinéraire qu'il devrait emprunter chaque jour pour allez à l'académie, que Sho se confondit à la foule et descendit par un long chemin de terre jusqu'au centre ville. Là-bas, tout était bien différent de ce qu'il avait put entrevoir jusqu'ici. Tout d'abord, la densité de population était tout autrement accrue du fait de la proximité de tous les commerces et toutes les institutions essentielles au bon train de vie des villageois. Secundo, les habitations et les constructions s'élevaient deux fois plus haut en hauteur tout autant qu'elles s'étendaient d'avantage en largeur. Enfin, si les autres quartiers du village par lesquels il était passé s'étaient montrés bruyant à leur manière ce n'était en rien comparable au brouhaha incessant qui régnait dans le centre ville.

Amusé par tant de cérémonies, Sho esquissa un maigre sourire aux coins de ses lèvres et se fraya un chemin au milieu de la foule jusqu'à l'office des logements auprès de qui il avait eut l'ordre de se présenter. Son entrée faîte à l'académie et le bandeau de Kumo en sa possession, il lui avait été demandé de rejoindre cet office pour pouvoir obtenir un logement digne d'un shinobi de son rang. Un rouleau attestant de son inscription en main, il entra dans la salle allouée à l'accueil et se présenta au comptoir où un homme d'une soixantaine d'années se tenait avachit sur sa chaise, les yeux fermés. Se demandant si ce dernier s'était assoupi ( quoi que l'heure approchait d'avantage de midi que de minuit ) Sho toussota légèrement pour faire valoir sa présence. Ce qui fut immédiatement accueillit par une réponse net et concise.

· Accueil · Nul besoin de vous faire entendre de la sorte, je vous savais présent dès que vous avez franchit la porte de mon office, jeune shinobi.

Surpris et néanmoins diverti, Sho échappa un petit rire étouffé et courba poliment l'échine pour saluer son interlocuteur dans les pures lignes de l'art. Politesse auquel le vieillard répondit tout aussi distinctement, mains jointes l'une contre l'autre.

· Sho · Veuillez m'excuser, je vous croyais endormi.

· Accueil · Endormi ? Voila une bien piètre image que vous me faîtes. Si d'apparence, je parais vieux et voûté, cela ne fait nécessairement pas de moi quelqu'un de faible au point de m'endormir à toute heure de la journée.

· Sho · Il est tout à fait vrai.

· Accueil · Bien ! Enfin nous nous entendons.

Sur quoi, le vieil homme se leva de sa chaise et saisit un trousseau lourd d'une cinquantaine de clés puis contourna le comptoir jusqu'à l'entrée de son office. Étonné par les manières de cet homme, Sho abaissa son regard émeraude sur le parchemin qu'il tenait dans sa main droite et se demanda soudainement pourquoi diable cet homme n'y jetait même pas un coup d'oeil. Intrigué et ne sachant trop comment s'y prendre, il lui demanda de sa voix naturellement calme et délicate:

· Sho · Ne regarderez-vous donc pas le parchemin de l'académie ?

· Accueil · Et pourquoi le regarderais-je ? Pour savoir que vous êtes un shinobi de ce village ? Allons ! Je n'ai nullement besoin de l'ouvrir pour le comprendre, le bandeau que vous tenez attaché à votre bras droit suffit amplement.

· Sho · Qui vous dis que je ne l'ai pas volé ?

· Accueil · | Rire | Votre shakra, mon jeune ami ... votre shakra. S'il est marqué d'un fort potentiel, il n'est toutefois pas assez expérimenté pour que vous prétendiez pouvoir dérober ce bien précieux à n'importe quel shinobi de Kumo.

· Sho · Peut-être l'ais-je hérité d'un homme mourant que j'aurai trouvé sur mon chemin ?

· Accueil · Vous changez trop souvent de versions, mon jeune ami. Vieux je suis mais perspicace je demeurerai toujours. Allons, suivez-moi, je vais vous conduire à votre appartement.

Son sourire toujours aussi tenace, Sho emboîta le pas du vieillard et le suivi dans les rues du centre ville. Pour une troisième rencontre, après le chuunin de l'entrée et le recruteur de l'académie, il devait avoué que celle-ci était de très loin la plus intéressante. Cet homme avait quelque chose de particulier. Une sorte de sagesse accomplie et mêlée d'autant de ruse qu'il désirerait en avoir. Ses longues mèches noires comme le jais tombant aléatoirement sur son visage, Sho marchait en retrait de lui, à un mètre ou deux tout au plus derrière lui, son regard toujours porté sur l'épaule droite du vieillard. Son sac en bandoulière et son allure gracile par les nobles tissus qui le recouvraient, donnaient au natif de la vallée verte une toute autre prestance que celle d'un shinobi lambda. Si bien que même le vieillard se retournait de temps à autres pour le regarder de la tête au pied. Ne s'en incommodant pas plus qu'il n'en fallait, Sho poursuivit sa marche au sein du centre ville, retenant plus ou moins la place de quelques enseignes qu'il viendrait plus que probablement à visiter dans de brefs délais. Finalement, le duo déboucha sur une ruelle large de moitié d'une rue du centre ville sur laquelle des arbrisseaux étaient implantés tous les vingt mètres environ. Là, le vieillard le conduisit jusqu'à une bâtisse aux façades jaunâtres et les nombreux appartements qu'elle renfermait. Celui qu'il lui confia portait le numéro 08 et donnait du côté de la rue.

Aux premiers abords, l'appartement ressemblait d'avantage à une chambre d'hôte qu'à un réel appartement mais c'était là tout de même assez conséquent pour Sho. En entrant, on apercevait, en face, deux grands baies vitrées qui donnaient sur la rue et un peu plus sur la gauche une porte qui ouvrait sur un petit balcon. Sur la gauche, jouxtant le mur, un bureau en bois basique sur lequel trônait un porte pinceau et un encrier vide. Sur la droite, dans l'angle que formait le mur qui portait les baies vitrées et celui de droite, un lit à première vue confortable aux draps mauves et blancs. Alors que le centre de la pièce demeurait, lui, totalement vide si on faisait abstraction du tapis rectangulaire en laine qui recouvrait en partie le plancher verni. L'air y était frais comme dans la vallée verte et Sho s'y sentit comme chez lui au premier pas qu'il y mit.

· Accueil · Certes, la décoration laisse à désirer mais je crois que pour le peu de temps que vous passerez dans cette pièce, cela ne sera d'une très grande importance.

· Sho · Non, en effet.

· Accueil · Ravi de l'entendre ! Tenez, voici la clé de votre appartement. Prenez-en grand soin car je ne m'amuserais pas à vous en faire des doubles à votre guise.

· Sho · J'y ferais attention, soyez rassuré.

· Accueil · Je l'espère bien, mon jeune ami ! Bien que vous me soyez sympathique, je ne vous accorderai pour autant aucune faveur.

· Sho · Nous nous entendons une nouvelle fois.

Répondit-il avec un sourire amusé aux coins de ses lèvres. Le vieillard eut un petit rire à son tour et lui donna son nom: Kôsuke Hondô. Par politesse autant que par souhait, Sho lui donna le sien en retour. Kôsuke acquiesça d'un hochement de tête en accompagnement d'un sourire bienveillant et lui souhaitant la meilleure des bienvenues à Kumo. Après quoi, il prit congé humblement, laissant le nouveau shinobi à ses seules pensées. Choses auxquelles il s'adonna en s'allongeant paisiblement sur son lit après s'être débarrassé de son sac, de son manteau de voyage et même de son haut. Vêtu de son seul hakama, il croisa ses bras sous sa nuque et contempla longuement le plafond en se remémorant tout ce qui venait de se dérouler dans sa vie. Son départ de la maison familiale, son arrivée à Kumo, l'entretient avec l'examinateur de l'académie et enfin la rencontre du vieux mais néanmoins perspicace Kôsuke Hondô. Tout autant d'évènements récents et frais dans sa mémoire. Le sourire plus radieux que jamais, Sho se coucha sur le côté et se laissa peu à peu aller aux rêves et fatalement ... au sommeil.




¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Mar 8 Avr - 13:25

[J'adore Smile - + 8 XP RP]

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Jeu 10 Avr - 0:29

¤,.°o°O Chapitre 1 : Vie et Survie O°o°.,¤

Épuisé par le long voyage et ce trop plein d'émotions nouvelles, Sho dormit toute l'après-midi et la nuit entière jusqu'aux aurores. Réveillé par les piaillements incessants de quelques oiseaux passagers, il se retourna un nombre incalculable de fois dans son lit à la recherche d'un peu de fraîcheur ou d'un regain de sommeil, en vain. Au bout d'une dizaine de minutes, lorsque tout espoir fut anéanti par les premiers rayons brûlant du jour, Sho se leva ou tout du moins s'installa un temps sur le bord du lit, la tête enfoui dans le creux de ses mains. La nuque abaissée, dos courbée, les paupières à demi closes, il finit par passer ses mains dans ses longs cheveux noirs de manière à les replacer vers l'arrière. Ce qui n'eut pas totalement l'effet escompté à la vue des quelques mèches rebelles restées devant ses yeux. Lentement mais sûrement, Sho ouvrit ses yeux et dut battre des cils une bonne dizaine de fois avant d'entrevoir autre chose qu'un flou total. A première vue, il devait être dans les 7h du matin à la manière dont le ciel se partageait entre le bleu encore foncé et une palette de couleurs chaudes allant du jaune à l'horizon jusqu'à un rouge pourpre aux frontières du bleu nuit. Plongé dans un silence presque étonnant, le village des nuages dormait encore paisiblement malgré les quelques exceptions dont certaines s'afféraient déjà à leur tache au coeur du centre ville. Sho pouvait par exemple entendre quelques bribes de paroles dans sa rue pendant 3 à 4 secondes puis ce son s'éteignait progressivement jusqu'à replonger l'endroit dans le silence le plus reposant qui soit, comme si un villageois s'était mit à parler tout seul le temps d'un instant.

Aujourd'hui était un nouveau jour; le second que Sho passait à Kumo. S'il avait dans l'idée d'allez à l'académie pour suivre son premier cours de l'année, il s'était toutefois réveillé bien assez tôt pour profiter d'une petite balade en ville s'il le désirait. De ce qu'on lui avait expliqué à l'inscription, l'académie était composé de quatre amphithéâtres, un pour chaque spécialité ninja. Le natif de la vallée verte avait dors et déjà décidé que sa spécialité serait la médecine. Une discipline qu'il pensait noble et capable d'une grande utilité pour le village caché du pays de la foudre. La médecine requérait une maîtrise accomplie du chakra. Chose qu'il se pensait capable de réaliser à force de travail et de persévérance. C'est ainsi qu'il décida, une fois debout et fraîchement étiré, que ces trois voir quatre prochains jours seraient alloués à l'apprentissage et au façonnage d'une technique de médecine. Un léger sourire aux lèvres, il fit quelques pas vers sa petite table de chevet et se pencha pour plonger une main dans le sac de voyage qu'il avait laissé choir sur le sol. De ce sac, il sortit une pomme à la peau jaune comme l'or qu'il croqua gaiement avant de se hisser sur le petit balcon extérieur. Courbé, ses avant-bras posés sur les rambardes, Sho jeta son regard émeraude sur les kilomètres de bâtiments et de verdures qui s'étendaient devant et tout autour de lui. Par moment, un léger vent frais venait effleurer son dos nu et lui procurait un intense frisson de bien-être.

Arrivé à la moitié de son fruit, Sho entendit des pas s'approcher en contrebas. Un bref coup d'oeil et il reconnut la silhouette du vieux Hondô accompagné par un individu âgé approximativement du même nombre d'années. Tous deux semblaient absorbés dans leur discussion et ne levèrent à aucun moment leur regard vers lui. Passant sous le balcon sans le remarquer, ils poursuivirent leur marche au centre de la ruelle. Sho continua de les suivre du regard, ses pupilles logées dans le coin gauche de ses yeux au début et maintenant lovées dans le coin droit. Mais alors qu'il pensait être passé inaperçus, le vieux Hondô leva le bras en l'air et s'écria.

· Kôsuke · Mes salutations Nagoshi-kun !

· Sho · Mes salutations Hondô-sama !

Ce vieillard avait décidemment plus d'un seul tour dans son sac. Il semblait capable de tout voir, tout entendre et même tout comprendre sans jamais éveiller les soupçons. Autant de signes qui ne pouvaient trompés sur sa sagesse infinie. Le sourire aux lèvres, Sho regarda les deux hommes disparaîtrent au coin de la rue et s'attarda encore quelques instants sur la pomme qu'il tenait dans sa main droite. Quand enfin il l'eut croqué dans sa totalité, il quitta le balcon et revint s'assoire sur son lit ( en jetant, au passage, le coeur immangeable du fruit dans un bac en bois réservé à cet effet ). Là, il hissa son sac de voyage sur ses genoux et en extirpa tout ce qui ne lui serait d'un quelconque intérêt pour les jours à venir. Vêtements, parchemins vierges et pinceaux, Sho retira tout sauf les quelques vivres que sa mère avait prévu pour son voyage. Soit quelques pommes, du pain rectangulaire enroulé dans des torchons et quelques tablettes de chocolat dont il se demandait encore comment elle avait put les obtenir. Son sac de provision fait, Sho recouvrit le tout d'un haut de rechange et d'un drap plié en huit avant de le refermer à l'aide d'une corde. Ceci fait, il reposa son sac sur le sol et s'empara des rouleaux de bandelettes noires qu'il venait tout juste de sortir de son sac. Soigneusement il les déroula et se les enroula autour de son torse puis finalement autour de ses bras de manière à ce que tout son tronc en partant de la taille jusqu'au cou en fut recouvert.

Si cela pouvait paraître étrange aux premiers abords, pour Sho, il en était d'une toute autre nécessité. En effet, depuis quelques années déjà, il couvait une maladie étonnante mais néanmoins douloureuse et pénible. Une maladie qui avait eut raison de sa peau dans des circonstances encore inconnues à sa connaissance. Son dos et son torse étaient tous deux entaillés d'innombrables cicatrices. Des cicatrices qui se rouvraient et saignaient abondamment à certaines occasions ou plutôt dans certaines conditions comme lorsqu'il était envahit par le stress. C'est pourquoi il faisait emploi de ces bandages en attendant le jour où il trouverait une technique capable de régénérer totalement les tissus fragilisés de sa peau. Mais ce jour n'était pas encore arrivé et il lui faudrait certainement vivre encore de nombreux jours avec cette " armure " de fortune ou plutôt ce bouclier dressé à l'encontre du regard d'autrui. Être nouveau dans un tel village apportait déjà son lot de regards étranges, il n'avait nullement besoin d'en recevoir d'avantage à ce propos. Bref, Sho enfila ensuite un haut noir sans manches par dessus son bandage et le scella, à la taille, à l'aide de sa ceinture de lin blanc. Après quoi, il se leva et passa son sac en bandoulière par son cou pour clore les préparatifs.

Fin prêt à partir, il sortit de son appartement et en ferma la porte à clé. Clé qu'il dissimula ensuite dans un pan resserré de sa ceinture. Le pas léger, comme à son habitude, Sho se dirigea vers la sortie lorsqu'il tomba nez à nez avec un garçon à la maladresse avérée. En effet, celui-ci était parcourut de tremblements et semblait avoir grand mal à ramasser toutes les oranges qu'il avait sûrement malencontreusement fait tomber dans l'escalier principal de l'immeuble. En avance sur son temps, Sho se courba et l'aida à ramasser la totalité des fruits en un temps record. Gentillesse qui fut accueillit par un sourire maladroit de la part du malhabile.

· Maladroit · Heuu... mer ... merci ... infi .... infiniment ... pour pour ... votre aide ... mon .... monsieur

· Sho · Sho, suffira amplement.

· Maladroit · Mer ... merci mon ... monsieur Sho

Ajouta-t-il en bégayant toujours de la sorte. Amusé mais nullement moqueur, Sho se courba poliment pour saluer ce garçon aux manières peu habituelles. A première vue, il devait avoir une douzaine d'années tout au plus sous cette chevelure d'un blond incroyablement ébouriffée. Ses yeux étaient ronds et d'un vert plus foncé que ne l'était les siens. Propre comme un sous neuf et couvert de quelques bracelets en or, Sho se dit qu'il devait être issu d'une noble famille des environs sans douter un seul instant qu'il ait put les voler, au vu de la maladresse affligeante dont il faisait preuve. En voulait se relever, il manqua, en effet de peu, de renverser à nouveau le sac d'oranges qu'il tenait pourtant de ses deux mains.

· Sho · Comment t'appelles-tu ?

· Maladroit · Li Hung, monsieur.

· Sho · Enchanté de faire ta connaissance, Li. J'aurai aimé discuter d'avantage avec toi mais j'ai malheureusement à faire. Peut-être à une prochaine fois ?

Le garçon répondit positivement d'un hochement de tête et Sho accueillit la réponse avec un sourire bienveillant.

· Sho · Ha ! Et j'oubliais. La prochaine fois que nos chemins se croiseront, Sho suffira ... plus de monsieur d'accord ?

· Li · D'accord

Et ainsi Sho mit-il fin à cette nouvelle rencontre, disparaissant dans les rues du centre ville comme une ombre empressée.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤


Arrow Académie de Kumo, Amphithéâtre de Médecine

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Jeu 10 Avr - 8:14

Toujours aussi fan ^^ ...
Sho: + 8 XP RP

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Mar 10 Mar - 1:39

¤,.°o°O Chapitre 7 : Croître et Grandir O°o°.,¤
« Stratégie et Jeu de Go »
-1-

Une légère brise, à peine perceptible, glissait dans les ruelles de Kumo en cette fin de journée. Le soleil venait tout juste de revêtir sa belle parure orange à l’amorce de sa disparition sous l’horizon. Le ciel bleu commençait tout juste à tourner à l’encre et les rues à se vider lorsque la désormais habituelle partie de Go du vendredi soir débuta entre Sho et le vieux Hondô - le tout premier homme qui lui avait offert son amitié à son arrivé dans le village.

L’appartement était plongé dans la pénombre. Seules quelques rayons de soleil réussissaient encore à percer les stores pour former des lignes parfaitement parallèles sur le sol. Assis au centre de la pièce principale, Sho et Kôsuke Hondô se faisaient face, séparés par un goban - une table de jeu carrée sur laquelle sont tracés 19 lignes parallèles à l’horizontale et à la verticale. Plusieurs pierres blanches et noires attendaient d’être saisit au centre du plateau. Comme le voulait la tradition, Kôsuke en prit une poignée et Sho dû choisir d’en saisir une, selon qu’il pensait que la main de Kôsuke contenait un nombre impaire de pierres, ou deux, s’il penchait pour un nombre paire. S’il venait à avoir raison, il serait le premier à débuter la partie et jouerait les pierres noires.

Ce jour là, Sho ne saisit qu’une seule pierre. La chance lui donna raison puisque la main de son vieil ami ne contenait que cinq pierres.

· KOSUKE · Voyons voir de quelle manière tu arriveras à t’en sortir aujourd’hui.

La voix enrouée du vieux Hondô venait de résonner avec une politesse qui ne lui était que trop singulière. Sho accueillit ces mots avec un léger sourire.

· SHO · J’ai bien peur que cela se termine comme la dernière fois.

Le ton était légèrement provocateur. Kôsuke savait très bien qu’il ne fallait pas y voir une quelconque arrogance ou la moindre once d’orgueil, mais simplement quelques mots de plus pour égayer cet instant particulier. Une gorgée de thé vert pour s’éclaircir les idées, le regard oscillant entre l’aire de jeu et le regard de son jeune opposant, Kôsuke se sentait prêt à entrer dans la partie. Une partie qu’il avait perdu la semaine passée.

· KOSUKE · Tu es peut-être un brave chuunin à présent, mais je reste le plus sage des deux. Alors méfie-toi ou il se pourrait bien que tu viennes à reconsidérer ces paroles dans quelques temps.

Sho porta son gobelet rempli de thé jusqu’à ses lèvres sans quitter son adversaire du regard. Il attrapa en même temps sa première pierre de la partie et la déposa ensuite sur l’une des 461 intersections du goban en gardant ses yeux fixement tournés vers son opposant.

Pendant près d’une dizaine de minutes, chacun d’eux déposa à tour de rôle ses pierres sur le plan de jeu dans un silence quasiment religieux. Comme de véritables chef de guerre, ils leurs arrivaient de mettre en place certaines manoeuvres pour s’emparer des pierres adverses - la seule manière de prendre une ou plusieurs pierres à son adversaire étant d’entièrement les encercler avec ses propres pierres - ou de sacrifier certaines de leurs pierres pour mieux piéger l’autre au coup suivant. Au terme des dix premières minutes de jeu, Sho comptait seulement cinq pierres blanches capturées contre sept noires à la faveur de Kôsuke. Le sexagénaire avait beau dominé ce début de partie, il restait concentré et ne décollait, pour ainsi dire, même plus le nez de son jeu. De son côté, Sho ne manquait jamais une occasion de sourire devant l’extrême concentration de son vieil ami bien qu’il savait pertinemment que ce dernier n’avait pas besoin de le regarder directement pour savoir comment il réagissait. Kôsuke Hondô avait un don pour sentir ce genre de choses. Il pouvait aisément passer une heure à discuter avec vous sans jamais vous adresser le moindre regard. Malgré ça, il était tout à fait en mesure de vous faire remarquer le moindre changement dans votre regard, le moindre rictus, ou encore la moindre variation de votre humeur. Cela expliquait certainement pourquoi il était un adversaire si coriace au jeu de Go.

En deux coups, Sho réussit à s’emparer d’une pierre adverse et à mettre en danger un autre groupe de pierres dans le quart nord-est de la table. Kôsuke commença à se racler la gorge en fixant attentivement le placement de ses pierres à cet endroit.

· KOSUKE · Pourquoi n’es-tu pas resté à Konoha pour la reconstruction ?

Sho arrêta net son mouvement en cours - à savoir celui de sa main droite refermée sur le gobelet qu’il comptait amener à ses lèvres. Ses sourcils se froncèrent légèrement comme si cette question lui semblait tout d’un coup déplacée après un si long silence.

· KOSUKE · Bien sûr, si cela te gène d’y répondre, je comprendrais aisément ne t’en fait pas.

Le tintement sourd qui marqua le contact délicat entre le font du gobelet et le sol fit également office de gong pour signifier une pause dans le déroulement de la partie. Sho avait désormais le regard tourné vers le bord de la table le plus proche de lui. Répondre à cette question n’aurait pas du le gêner ... hors ce n’était vraisemblablement pas le cas. C’était comme s’il devait affronter une réponse à laquelle il ne pouvait se résoudre. Konoha avait été frappé de plein fouet par l’Asahi. Les dégâts avaient été considérables aussi bien en terme de vie humaine qu’en terme matériel. Les hautes instances de Kumo avaient requis la présence d’un maximum de personnes pour aider à la reconstruction du village, mais Sho, lui, n’avait pas répondu à l’appel.

· SHO · Konoha a souffert de terribles pertes mais je savais que mon devoir n’était pas d’y rester. Ceux qui ont osés s’attaquer à la nation du feu ont sûrement autant de libertés de s’y atteler ici.

Kôsuke avait désormais ses grands yeux bleus tournés vers Sho.

· KOSUKE · Si les plus grands shinobis des trois principales nations de ce monde n’ont pas réussis à mettre un terme à cette menace que crois-tu que tu pourrais faire de plus ici ?

La question aurait put en étonner plus d’un mais Sho ne nourrissait aucune illusion. Il savait bien qu’il n’était pas de taille à affronter ne serait-ce que la moitié d’un de ces individus. Pourtant, il était là ; dans son village. Il était là dans l’espoir qu’il pourrait servir à quelque chose non pas dans son propre intérêt mais dans celui du village. Sûrement était-ce là ce que les plus anciens appelaient la volonté des enfants de la Foudre. Cette volonté qui s’était évanoui dans leur mémoire au fil du temps. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’hommes et de femmes portaient cette conviction en eux-mêmes. Une conviction qui les poussait chaque jour à se surpasser un peu plus pour atteindre les sommets. Sho était revenu dans ce but.

Avec sa légèreté habituelle, Sho plaça une nouvelle pierre noire sur le goban tout en adressant un sourire radieux à son invité.

· SHO · ... je pourrais grandir pour espérer les atteindre.

Le regard du vieillard s’illumina l’espace d’un instant avant que ses yeux ne s’abaissent sur la table de jeu. Un sourire bienveillant se dessina aux coins de ses lèvres et la partie reprit son cours d’un commun accord sans même qu’ils eurent à échanger le moindre mot de plus. Kôsuke plaça une pierre blanche près d’un groupuscule de pierres noires. Sho répliqua en posant sa pierre sur l’intersection située à gauche de celle que venait de combler Kôsuke.

· KOSUKE · Comprends ceci, les choses qui sont en mouvement ne peuvent être arrêter. Où et quand ils frapperont de nouveau ? Personne ne peut le présager. Mais tous autant que vous êtes, vous pouvez les empêcher de se mettre en marche.

Et alors qu’il prononçait ces mots, Kôsuke plaça une nouvelle pierre de l’autre côté du groupuscule.

En assistant à ce coup, Sho réalisa soudainement qu’il allait perdre quatre de ses pierres dans les deux prochains tours. La première pierre de Kôsuke n’avait servit qu’à distraire son attention sur un point donné de la table alors que la deuxième, elle, avait servit à le piéger. S’il avait anticipé, il aurait certainement put éviter les pertes qui allaient survenir dans quelques instants. En réalisant ceci, il comprit le message que le vieux Hondô avait essayé de lui communiquer. L’attaque de Konoha n’était que le premier coup de l’Asahi. Un premier coup visant à distraire leur attention tandis qu’ils mettaient discrètement en place le second, beaucoup plus dévastateur. Une fois les préparatifs terminés rien ni personne ne pourrait les arrêter. En revanche, si l’alliance de Konoha, Kiri, et de Kumo, réussissaient à mettre la main sur leur plan avant qu’ils ne puissent l’exécuter, ils seraient défaits ...

Un sourire brandit triomphalement sur le visage d’un vieil homme ... la lumière faite sur un point d’ombre dans l’esprit d’un jeune homme ... cette partie de Go valait bien le détour.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Jeu 12 Mar - 2:17

¤,.°o°O Chapitre 7 : Croître et Grandir O°o°.,¤
« Stratégie et Jeu de Go »
-2-

Durant les vingt minutes qui suivirent, les deux hommes enchaînèrent les placements purement stratégiques – le but du jeu de Go étant au final de posséder le plus grand nombre d'intersections dans son camp. Le silence qui régnait entre chacun de leur coup laissait fortement penser qu'il s'agissait là bien plus que d'une partie pour lui accorder tant de réflexions. En réalité, Sho aussi bien que le vieux Hondô y trouvait un intérêt plus grand que celui de jouer pour le plaisir. Le jeu de Go, au même titre que le Shogi, avait été conçu pour occuper les stratèges qui servaient de généraux aux armées d'antan. A travers ces jeux, ils développaient considérablement leur sens tactique et aboutissaient parfois même à de nouvelles stratégies de guerre simplement en jouant avec leurs homologues. D'une certaine façon, le processus était identique dans le cas présent. Sho et Hondô apprenaient – Hondô moins que Sho, mais il apprenait tout de même.

Les traits de lumières autrefois étendus sur le parquet décoraient à présent le mur faisant face aux fenêtres. Ils avaient perdu de leur brillant au fil des minutes et ne ressemblaient plus qu'à de vague trait de cendre. Pour palier à l'amenuisement de lumière, Sho prit la précaution d'allumer les lampes qui dormaient aux quatre coins de la pièce principale. Il en profita également pour remplir les gobelets d'un thé doux et légèrement parfumé avant de se rassoire autour de la table. Un bref coup d'oeil en direction de l'horloge et il nota qu'une bonne heure s'était écoulé. Kôsuke Hondô, lui, était toujours aussi concentré sur son jeu mais n'avait bien évidemment pas manqué de remercier Sho pour le service.

Une agréable effluve de thé vert stagnait à présent dans la pièce. Son tour passé, Sho se laissa très légèrement basculé en arrière en prenant appuis sur ses bras. Ses yeux perçant s'arrêtèrent un instant sur le visage de Kôsuke avant de se plisser très légèrement comme si quelque chose venait soudainement de traverser son esprit.

· SHO · Vous craignez le danger ..

Alors qu'il s'apprêtait à poser une pierre blanche de plus sur le plateau, Kôsuke s'arrêta net. Lentement, il leva les yeux vers Sho en affichant un air qui n'était habituellement pas le sien. Il mêlait une dose d'appréhension à une pincée de doute.

· KOSUKE · Quel danger ?

Aucune marque de déni. Kôsuke venait de confirmer ce que Sho avait fini par comprendre. Les deux questions qu'il lui avait posé quelques minutes plus tôt à propos de son départ de Konoha et de ses prédispositions à lutter contre l'Asahi, dissimulaient en réalité un message beaucoup plus profond qu'il n'y paressait. Un message que Sho venait inconsciemment de déchiffrer. Si Kôsuke lui avait posé ces questions c'est qu'il avait jugé son départ de Konoha et son souhait de lutter contre l'Asahi dangereux. Il aurait préféré le savoir à Konoha car il savait très bien que le village caché de la feuille était désormais plus sûr que tous les autres villages du monde – si Konoha avait été la véritable cible de l'organisation, il aurait été réduit en cendre au cours de cet assaut. Leur objectif, quel qu'il soit, était ailleurs. Kumo était donc bien plus exposé que ne l'était Konoha à cause du doute qui subsistait autour de leur mystérieux but. Combattre l'Asahi relevait plus de la folie que du courage pour l'heure, Kôsuke l'avait compris. Pour la première fois depuis son arrivé, Sho réalisa que quelqu'un se souciait davantage de lui qu'il était possible de se soucier d'un fils.

C'est donc avec une extrême bienveillance qu'il lui déclara :

· SHO · Ils ne m'atteindront pas.

Kôsuke garda son regard fixer dans le sien. Aucune émotion ne transparaissait sur son visage. Au bout de quelques secondes, il finit par abaisser ses yeux sur la pierre blanche qu'il tenait dans sa main droite. Sho quitta ses appuis pour reprendre une posture assise conventionnelle. Le silence dans lequel était plongé son vieil ami le laissait songeur. Il y avait autre chose. Il y avait une autre raison au fait qu'il se soucie tant de ce qui pouvait lui advenir. Sho n'eut guère plus d'une vingtaine de secondes pour y réfléchir que la voix enrouée de Kôsuke s'éleva de nouveau pour rompre le silence.

· KOSUKE · Tu me rappelles mon fils. Il avait ce même détachement, cette mystérieuse assurance, et cette facilité pour décrypter les autres. Comme toi, il était un bon élément pour les forces du village.

C'était donc ça.

· SHO · Il est mort ?

· KOSUKE · Non, enfin je n'en sais rien à vrai dire. Ça fait six ans qu'il a quitté le village de son propre chef.

Sho savait pertinemment ce que quitter le village voulait dire. Le fils de Kôsuke était un déserteur. Il devait d'ailleurs très probablement exister une page qui lui était entièrement dédiée dans le Bingo Book de Kumo. Kôsuke devait s'être fait à l'idée qu'il ne reverrait jamais son fils vivant. Il n'y avait pas plus grande douleur pour un père que de se demander si son fils respirait encore quelque part sur le globe. L'ignorance, la rupture totale de contacts, tout ceci avait sûrement laissé un trou béant au fond de son âme. L'honneur de la famille Hondô avait également du en pâtir. Sho n'osait imaginer l'épreuve qu'avait été celle de son vieil ami d'affronter le regard des autres et leur jugement. La fierté collective qui régnait à Kumo n'avait probablement pas aidé les Hondô dans leur déshonneur.

Déserter ... c'était mourir. Tous shinobis le savait.

· SHO · Vous n'y êtes pour rien. Chaque homme est libre de faire ce que bon lui semble même si cela peut aller à l'encontre des lois. Vous ne pouviez et ne pouvez toujours pas influencer les décisions qui ne vous reviennent pas de droit. Acceptez-le.

Le ton de Sho était détaché et ferme à la fois. Son regard et son léger sourire, eux, contribuaient à témoigner la profonde amitié qu'il pouvait ressentir envers le vieil homme.

· SHO · Je ne suis pas votre fils. Mon coeur est tourné vers l'horizon mais ma vie est liée à ce village. Je ne le trahirai pas.

· KOSUKE · Je sais.

Kôsuke poussa un profond soupire, s'amusa à faire sautiller la pierre dans sa main, puis il leva son regard pétillant vers Sho et lui adressa un sourire qui se voulait heureux. Sho savait qu'il ne l'était pas complètement mais il comprenait ce qu'il souhaitait exprimer à travers lui. Avec un détachement sans égal, le jeune chuunin attrapa son gobelet et le leva vers son ami.

· SHO · A Kumo.

Le vieil homme l'imita dans la foulée.

· KOSUKE · A Kumo et sa jeunesse dorée.

Sho accentua la courbe de son sourire et avala une gorgée de thé avant de reposer son gobelet sur le parquet. Désireux de faire oublier tout ça à son plus vieil ami, il poursuivit sur une note provocatrice.

· SHO · Dépêchez-vous de poser cette pierre, Hondô-sama, ou la nuit passera et nous serons toujours là.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Mer 18 Mar - 0:28

¤,.°o°O Chapitre 7 : Croître et Grandir O°o°.,¤
« Stratégie et Jeu de Go »
-3-

Le silence retomba irrésistiblement comme si tout ce qui venait d'être dit n'était plus qu'un vague souvenir pour les deux hommes. Seul le tintement des pierres contre le bois était resté d'actualité. La partie approchait alors de l'heure et demi de jeu. Une demi-heure c'est tout ce qu'il leur restait pour tenter de prendre l'ascendant. Plus concentré que jamais, Sho passait désormais trois à cinq minutes à réfléchir ou plutôt à élaborer une stratégie susceptible de le conduire à la victoire. Chacun de ses coups se voulait si important qu'il déclenchait toujours un tic nerveux chez Kôsuke - signe que les évènements ne semblaient pas se dérouler en sa faveur.

Sa stratégie était simple au premier abord : déborder son adversaire de tous les côtés pour le pousser à l'erreur, quitte à perdre quelques pierres dans l'opération. Pour l'heure, cette stratégie n'avait pas encore faite ses preuves mais Sho avait déjà repéré une faille dans la disposition des pierres blanches. Une faille qu'il allait exploiter à son avantage. Mais pour cela, il devait distraire l'attention de son adversaire vers un autre point de la table. Si possible, un point où Kôsuke pouvait lui dérober quelques pierres tandis qu'il porterait le coup fatal. Aussi furtivement que possible, Sho scruta la table d'un coin à un autre tout en faisant rebondir une pierre noire dans sa main droite. La recherche ne mit que quelques dizaines de secondes au total. Sho arrêta ses yeux sur un regroupement de pierres du côté droit de la table. Il y était clairement mis en difficulté par une imposante masse de pierres blanches encadrant cinq de ses propres pierres. Sachant ce coin perdu d'avance, il mit son plan en exécution et déposa une pierre noire au plus près des lignes ennemies.

Kôsuke sembla étonné par la manoeuvre à en juger l'expression qui glissa momentanément sur son visage.

Comme il l'avait espéré, Sho le regarda tomber dans son piège au bout de cinq autres tours. Il avait prit un risque, avait perdu sept pierres dans l'affaire, mais il avait eut le temps de placer une pierre stratégique proche de la faille alors que son vieil ami l'avait encerclé à droite de la table. Le résultat fut sans équivoque : 7 pierres noires prisonnières contre 24 blanches, il avait réussi son coup ! Maintenant que le terrain était dégagé, il ne lui restait plus qu'à combler le vide nouvellement créé en plaçant ses pierres dans la faille. Le camp de Kôsuke n'était plus sûr. Son flanc gauche venait d'être percé. Les pertes s'avéreraient plus terribles encore que ces 24 pierres, il le savait bien.

Prit d'un sourire amusé, il conclut.

· KOSUKE · Il semblerait que le cours de l'histoire vienne de basculer.

Sho redressa ses yeux ambrés vers ce dernier.

· SHO · Rien n'est encore perdu.

Depuis que le rang de chuunin instructeur lui avait été attribué, Sho avait considérablement mûri. Il avait consolidé son sens des responsabilités, avait appris à écouter les autres, à comprendre leur point de vue, mais il avait également apprit l'humilité et la reconnaissance. Cette maturité s'exprimait brillamment dans cette partie de Go. Il avait beau avoir prit l'ascendant sur la partie et une option non négligeable sur la victoire, il n'oubliait pas à qui il faisait face et n'oubliait pas non plus qu'une guerre ne se remportait que lorsque l'adversaire décidait lui-même de la déroute.

· KOSUKE · Je te remercie pour ton amabilité mais tout bon général doit savoir reconnaître sa défaite.

Sho n'acquiesça pas. Il se contenta tout juste de porter une gorgée de thé jusqu'à ses lèvres. Son parfum s'engouffra dans son corps par les narines. Il se sentit quitter son appartement pour les vallées escarpées du sud du pays. A perte de vue, il voyait des monts verdâtres aux arrêtes quasiment droites. Nichées en contrebas, il pouvait clairement distinguer les plantations de théiers et les silhouettes des paysans qui vouaient leur vie à en récolter et traiter les feuilles. Le monde sauvage de ces étendues s'évanouit brusquement. Sho était revenu à la réalité et fixait Kôsuke d'un air encore absent. Pendant un laps de temps plus ou moins long - il n'avait aucune idée du temps qu'avait occupé sa petite escapade spirituelle - il s'était surprit à rêver de liberté. Il ne se sentait bien évidemment pas incarcéré à Kumo mais il y avait toujours un moment où l'homme rêvait à des étendues plus grandes, plus calmes et silencieuses que celles qu'il connaissait. Le grand air lui manquait mais il savait qu'il ne tarderait pas à le retrouver avec son équipe. La mission de rang C qui les attendait les mènerait au-delà des remparts du village et des montagnes qui le bordaient.

Kôsuke avait suivi le voyage spirituel de son protégé sans le déranger. Il l'avait sentit errer dans des méandres qu'il ne pouvait discerner malgré son vieil age et la sagesse qu'il avait acquis. Il ne se posa aucune question préférant s'abandonner au plaisir du thé. Ce n'est qu'une fois son gobelet vidé de son contenu qu'il déposa sa dernière pierre sur le plan de jeu. La partie prenait fin avec ce coup. Deux heures s'étaient écoulés.

Comme le voulaient les règles du Go, les deux joueurs devaient alors combler les intersections qui n'appartenaient ni à l'un ni à l'autre entre leur camp. Après quoi ils devaient enlever les pierres mortes - les pierres qui se trouvaient être dans le camp adverse - et ajoutaient toutes les pierres faîtes prisonnières au cours de la partie dans le camp ennemi ( de manière à lui faire perdre autant d'intersections qu'il avait perdu de pierres durant la partie ). Ce n'est qu'au terme de ces étapes que le nombre d'intersections présentes dans chaque camp étaient comptabilisés pour connaître le gagnant.

Ce soir là, Sho l'emporta par 64 à 42.

· KOSUKE · Une fois de plus, je m'incline devant ton adresse ou serait-ce ta fourberie ?

Sho rit de bon coeur. Glissant une main dans ses cheveux pour dégager les quelques mèches qui venaient de glisser devant ses yeux, il répondit sur un ton jovial.

· SHO · Il s'agit probablement d'un peu des deux.

Le vieil homme dressa un sourire ravi. Difficile de savoir si c'était à cause de la réponse de Sho ou bien par ce qu'il se sentait heureux d'avoir passé si bon moment en sa compagnie. Le décès de sa femme, trois ans plus tôt, l'avait contraint à une certaine solitude. Une solitude qu'il surmontait tant bien que mal en sollicitant ses amis. Une conversation au détour d'une rue, une invitation à dîner dans sa demeure, une partie de Go chez un bon ami, Kôsuke cherchait un peu de joie partout où il était susceptible d'en trouver. Il donnait beaucoup de son temps aux autres et faisaient office de figure mythique dans son quartier. Il connaissait tout le monde. Il était d'ailleurs peu vraisemblable qu'un seul kuméen n'ait jamais entendu parlé de lui. Bref, il était ce genre de personne emblématique auquel on finissait toujours par s'attacher. Sho lui devait son intégration au village et plus que ça encore, une amitié tenace et véridique. De confiance, il ne pouvait qu'en éprouver à son égard car Kôsuke n'était décidemment pas homme à faire le mal autour de lui. Son vieil age et son état de santé lui enlevaient toute soupçon de fréquentations étranges. Il n'était qu'un homme parmi la foule, mais quel homme !

Sho le regardait sans le regarder. Ses pensées s'étaient à nouveau volatilisées. Il revoyait les traits crispés de son père et ce léger sourire qui venait recouvrir son visage lorsque la journée c'était, à son sens, bien déroulée. Le vieux Hôndo avait un peu ce même type d'expression à la fois calme et joviale, froide et souriante.

· KOSUKE · Je crois que j'ai bien assez abusé de ton hospitalité pour ce soir.

Quand l'eisei-nin retrouva ses esprits, Kôsuke était déjà debout.

· SHO · Vous pouvez rester autant de temps que vous le voudrez, vous êtes toujours le bienvenu ici.

Le vieillard accentua son sourire, se courba poliment devant son hôte, puis il se dirigea à petits pas vers la porte. En une fraction de secondes, Sho s'était levé et s'était empressé de tenir la porte à son vieil ami. Les deux hommes se saluèrent dans les règles de l'art en échangeant, au passage, quelques taquineries sur la prochaine partie de Go programmée pour la semaine prochaine. Puis ils se quittèrent sur un sourire et Sho referma la porte quand Kôsuke eut atteint le bout du couloir. Un bref regard en direction de la table de jeu et Sho appuya sur l'interrupteur à côté de la porte. L'appartement bascula dans le noir et les rayons argentés de la lune purent se faufiler entre les stores et ainsi projeter des traits fantomatiques sur le plancher. Calme, détendu, Sho se fraya un chemin dans cet obscur décor jusqu'aux portes coulissantes qui donnaient sur le balcon.

Un calme plat régnait sur le village. Même le vent s'était tu.

Sho s'accouda aux rambardes et regarda avec une profonde admiration le magnifique panorama nocturne qui s'offrait à lui. En contrebas, la silhouette du vieux Hondô se fondit dans l'ombre projetée par le bâtiment d'en face et disparu.

Une soirée banale. Un calme profond. Kumo avait beau dormir, des yeux perçants à la couleur de miel veillaient ... ils veillaient toujours.

[ FIN ]

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Mer 18 Mar - 10:58

Sho : +36 XP

MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Mar 6 Avr - 0:36

1

Ces dernières années sont passées vite… trop vite. Kumo a changé et moi avec. Certaines personnes parlent de maturité, moi, de crise existentielle. Avec les années on apprend à voir les choses différemment. Sans même s’en rendre compte, on aborde la vie sous un autre angle. On prend conscience que certaines choses valent plus que d’autres et qu’on serait prêt à tout donner pour les préserver. On réalise qu’on est plus qu’un pion propulsé au centre d’un grand échiquier, qu’on vaut plus qu’un homme lambda. Finalement, on comprend qu’on a de la valeur, beaucoup plus de valeur que ce qu’on veut bien nous enseigner à l’académie. On a de la valeur pour les gens qui nous aiment mais encore plus pour ceux qui croient en nous.

Kumo est toujours ce village discret. Mais quand je le regarde, je ne peux m’empêcher de croire que quelque chose à changer en son sein. Une force nouvelle coule dans ses veines. Une détermination qu’il ne possédait pas auparavant. De nouvelles générations grandissent dans l’ombre des légendes de ce pays, et je sais que tôt ou tard elles finiront par les égaler, voir peut-être même de les surpasser. Le temps me confirmera ou non.

Alors que le ciel commence à s’assombrir au-dessus ma tête et que mon regard fuit vers les montagnes, j’ai une pensée pour toutes les personnes qui ont jalonnés ma vie durant ces quatre dernières années. Je revois le visage de Sawako, celui de mon père, du vieux Hondô, et même de ce pauvre Li. Ceux-là sont revenus à la poussière en laissant un vide incommensurable derrière eux. D’une manière qu’il m’est difficile de raconter, leur disparition m’ont blessés, chacune d’entre elles à sa propre manière. Mais d’un autre côté, elles m’ont obligés à grandir et à voir tout ce qui m’entourait d’une autre façon. C’est sans doute ce qui m’a permis de remarquer les sentiments que me portait Setsuko ; sans doute ce qui m’a permis de l’aimer à ma façon.

Parmi les Chuunin du village, on me disait trop introverti, trop mystérieux, trop distant. Parmi les Juunin d’aujourd’hui, on me voit comme quelqu’un d’altruiste et de bienfaisant. Ce que j’étais sans doute déjà avant mais qui ressort plus que jamais maintenant. Je ne m’explique pas ce changement même si je crois que Setsuko, Tsukusho, Yuuki, Akai et les autres y sont pour beaucoup. Mais malgré tous ces sourires, cet apparent bien-être se défile parfois sous quelques travers de mon passé. La colère qui était la mienne autrefois a laissé quelques résidus néfastes. On dit qu’on ne se débarrasse jamais totalement de ce qu’on a été. Si c’est vrai, alors les sceaux tatoués sur mon corps sont comme des vestiges de ce passé tourmenté.

Mais peu importe ce que je suis devenu ou ce que j’étais autrefois… quelque chose a irrémédiablement changé en ce monde. Je ne sais pas si c’est parce que je le regarde d’un œil différent mais il me semble voir naître une infime lumière au loin… une lueur cernée par les ténèbres.

Je ne sais pas si je suis de ceux qui nourrissent l’ombre ou la lumière mais comme toutes les guerres, cet affrontement trouvera son issue dans la douleur…



Un léger panache de fumée s’échappa de sa bouche. Avec une lenteur atypique, Sho rangea son crayon et referma son livre avant de lever un regard songeur vers les arrêtes du temple du Raikage. Beaucoup de temps s’était écoulé depuis son dernier entretient avec l’Intendant. « Beaucoup trop de temps, pensa-t-il ». Il se revit, quatre ans plus tôt, assis dans son bureau à discuter des secrets du Yondaime. Une discussion qui avait donné suite à l’une des plus grandes missions secrètes ordonnées par le village.

» Je savais que je te trouverais ici.

Sho rangea ses effets sous un pan de kimono. Il tira sur sa longue pipe et relâcha un très léger nuage de fumée.

» Ta perspicacité me tuera, fit-il en souriant ironiquement.

Les pas de Tsukusho résonnèrent sur les tuiles avant de vibrer sur la plateforme où Sho se trouvait assis.

» Toru m’envoie. Elle souhaiterait que tu la remplaces à partir de demain.

» Raison ?

» Elle part en mission avec son équipe, répondit Tsukusho. Un étrange conflit à régler au Pays du Thé.

Sho leva le nez en l’air. Son regard perçant glissa sur les nuages parcourant le ciel bleu. Toru Hataka enseignait aux plus jeunes aspirants du village. Sho l’avait rencontré trois années plus tôt au cours d’une mission de sauvetage. Son équipe avait secouru celle de Toru, piégée dans les montagnes par une organisation locale que Sho avait rapidement identifié comme étant Shirogaito. Depuis, lui et Toru étaient devenus bons amis. A tel point que Toru n’hésitait jamais à lui confier sa classe lorsqu’elle devait s’absenter.

» Quelle est ta réponse ? Lui demanda Tsukusho.

» Dis-lui de faire attention et de ne pas se préoccuper pour sa bande de têtes brûlées, je m’en occuperai, répondit Sho d’un air détaché.

» Je lui transmettrai le message. Yuuki m’a également demandé de vous inviter toi et Setsuko samedi soir. Elle s’essaye à une nouvelle recette depuis trois jours… c’est insoutenable.

Le sourire de Sho s’étira.

» Tu fais un drôle de messager ces derniers temps, fit-il remarquer en tournant ses yeux vers son camarade.

Tsukusho haussa les épaules avant d’abaisser ses yeux sur un groupe de gamins courrant dans la rue en contrebas.

» Je parlerai à Setsuko de votre invitation, fit Sho. Elle décidera.

» C’est toujours elle qui décide, fit remarquer Tsukusho.

Sho étouffa le fourneau de sa pipe puis il se dressa sur ses deux jambes. Un léger vent d’ouest glissa sur son torse à moitié découvert.

» Elle a une poigne de fer. Tu ne crois tout de même pas que je vais aller à l’encontre de ses décisions, si ? Elle serait capable de me plonger dans le coma si je ne faisais pas attention.

Les deux amis se regardèrent puis rirent de bon cœur. Peu après, ils se séparèrent. Tsukusho prit la direction de l’académie et Sho, celle de sa demeure. Sur sa route, ce dernier croisa quelques visages bien connus avec qui il échangea quelques mots. Parmi eux, Genki, le chef de salle du Chien Fou avec qui il discuta longuement des dernières nouvelles du monde extérieur ( il arrivait à Sho de croire que Genki en savait plus à ce sujet que la plupart des hauts gradés du village ).

Finalement, Sho rentra chez lui près d’une heure après avoir quitté Tsukusho. Il n’habitait plus ce petit appartement proche du centre-ville mais une maison traditionnelle dans un quartier plus au nord. Lui et Setsuko s’y étaient installés un an plus tôt. La bâtisse était somme toute assez conventionnelle. Elle s’élevait sur deux étages et alliait béton et poutres de bois apparentes ; le tout dans des tons beige et noir. Le hall d’entrée franchis, Sho s’engouffra dans le salon où flottait une odeur d’encens. Il s’affala dans le canapé et sortit son carnet qu’il feuilleta fébrilement.

» Te voilà enfin, susurra une voix doucereuse.

Sho sentit ses lèvres frémirent quand les doigts de Setsuko descendirent sur son torse.

» Où étais-tu passé ?

» Sortis prendre l’air, répondit Sho en caressant l’avant-bras de celle qui partageait son quotidien depuis trois ans.

Celle-ci se pencha et déposa un baiser sur sa joue. Elle en profita pour subtiliser son carnet dans la foulée. Sho n’eut aucune réaction. Il la regarda simplement raser les murs en lisant page après page ce qu’il avait écris plus tôt dans la soirée.

Après deux tours complets, elle s’arrêta face à lui, le visage grave.

» Tu fais encore ce cauchemar, pas vrai ?

Sho savait très bien de quel cauchemar elle voulait parler. Celui où il se retrouvait pris en embuscade dans une forêt dense en compagnie d’Hideo, Sawako, Setsuko, Tsukusho, Yuuki et Akai, par des dizaines et des dizaines d’ombres noires. Ce cauchemar se soldait toujours de la même manière. Tous ses compagnons trouvaient la mort tandis que lui seul survivait. Leurs corps inanimés étaient ensuite balancés par les ombres dans le courant d’une cascade sans fin, sous son regard impuissant. Ce cauchemar ne cessait d’hanter ses rares nuits de sommeil depuis quatre ans. Il revenait sans cesse à la charge. Si bien que Sho hésitait à fermer l’œil certaine nuit, de peur de se réveiller avec l’horrible sensation d’avoir tout perdu.

» Ce n’est rien ne t’en fait pas.

» Tu as toujours été un piètre menteur Sho Nagoshi, fit Setsuko en fermant brusquement le carnet entre ses mains.

» Et toi une piètre meneuse d’interrogatoire Setsuko Oïshi, rétorqua Sho en souriant.

Malgré la fermeté de son regard azur, Setsuko ne réussit à contenir très longtemps son envie de sourire. Sho se leva, lui prit le carnet des mains et le jeta aussitôt par-dessus son épaule.

» Ce n’est pas important, réaffirma-t-il en lui ouvrant ses bras.

D’abord réticente Setsuko enroula finalement ses bras autour du cou de Sho.

» Fais attention à ta santé mentale ou je me verrai contrainte de te coller la rouste de ta vie, lui murmura-t-elle avant de l’embrasser délicatement et de blottir sa tête contre son torse.

Sho grimaça en s’imaginant les conséquences d’un tel acte.

» Au fait, Yuuki et Tsukusho nous ont invités à dîner samedi soir…

Les premiers rayons de la matinée perçaient à travers la fenêtre de la salle de bain. Sho n’avait une fois de plus pas fermé l’œil de la nuit. Il se tenait debout devant le lavabo à regarder son propre reflet dans le miroir. Ses cheveux étaient plaqués en arrière et n’avaient pas perdus de leur couleur. Son regard avait gagné en profondeur et s’apparentait presque à celui d’un rapace avide de chair. Les traits de son visage étaient plus affinés, sa mâchoire plus soulignée. Le haut de son torse laissait entrevoir une musculature plus robuste que ce qu’elle n’avait été par le passé. Le bas de son torse était soigneusement enveloppé sous une épaisse couche de bandage, dissimulant le dernier sceau gravé à même sa peau. A ce jour encore il ressentait parfois la douleur serpenter sur son ventre.

Dans le miroir, Sho arrêta son regard sur le petit losange violet qui dormait paisiblement au milieu de son front. Il sourit.

Après s’être passé un peu d’eau sur le visage, il descendit dans le salon pour déguster un merveilleux thé vert acheté à un commerçant du coin. Setsuko ne tarda à faire son apparition dans un peignoir en satin. Somnolente, elle se glissa dans ses bras et y demeura le temps qu’il fallut à Sho pour terminer tranquillement sa tasse.

» Ne soit pas trop dur avec eux. Ce ne sont que des enfants, dit-elle en s’adossant contre l’armature de la porte tandis que Sho enfilait ses sandales sur le perron.

» Et pour ceux qui mordent, je m’y prends comment ?

» Tu fais ce que tu veux mais tu laisses leurs petites dents pousser tranquillement à leur place.

Sho l’embrassa, lui rendit son sourire, puis il quitta sa demeure pour l’académie. Il ne rencontra quasiment personne sur le chemin à part quelques commerçants mal réveillés. A l’instar des rues, l’académie était presque vide. Sho pouvait entendre ses pas résonnés dans les couloirs qu’il emprunta pour se rendre à la salle des professeurs.

Lorsqu’il ouvrit la porte, les éclats de nombreuses conversations lui bondirent littéralement au visage. Si l’académie paraissait vide, il n’en était visiblement rien de la salle des professeurs. Tous les enseignants étaient présents à quelques exceptions près. Sho salua la plupart des visages qu’il croisa en se frayant un chemin jusqu’au bureau de Toru. Il glissa sa main sous le tiroir central et saisit la petite clé accrochée en dessous ( une question d’habitude ). Il l’entra dans la serrure du deuxième tiroir gauche, le tira vers lui, et récupéra la liste des élèves dont elle s’occupait habituellement.

Encore quelques brèves salutations sur le chemin du retour et il quitta la salle des professeurs pour l’aile ouest de l’académie où l’attendait la salle de classe où officiait Toru.

» Sho-sama, l’interpella un garçon haut comme trois pommes aux cheveux hirsutes devant la porte de la salle de classe. C’est vous qui allez nous donner cours aujourd’hui ?

» On dirait bien.

» Toru-sensei est encore partie en mission ?

Sho ouvrit la porte.

» C’est la version officielle, en effet, répondit-il avant de s’abaisser à la hauteur de son jeune interlocuteur. Moi je crois plutôt qu’elle s’est offerte de longues vacances. Avec tout ce que vous lui faîtes subir au quotidien, elle le mériterait. Il se redressa et ébouriffa la chevelure du petit bonhomme. Allez entre. Les autres ne devraient pas tarder à arriver.
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Chapitre 11 ^ Nouvelle page


MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Jeu 22 Avr - 18:21

2

Accoudé à la rambarde, Sho sortit sa pipe et commença à y fourrer quelques feuilles séchées quand une femme aux longs cheveux noirs s’accouda à côté de lui.

» La vie de professeur doit te paraître beaucoup plus compliquée maintenant ?

Sho n’eut à tourner la tête pour reconnaître la voix et les manies d’Akai Juutai.

» On dirait que plus ils sont petits plus ils sont difficiles à contrôler , répondit-il en cherchant un briquet dans les poches avant de sa veste.

Akai rit de bon cœur. Elle pivota sur ses talons et appuya le bas de son dos contre la rambarde.

» Imagine ce que j’ai du endurer à ton époque ; encore que Setsuko et Yuuki réussissaient à vous calmer, toi et les autres.

» Je te rassure, ça n’a pas changé d’un poil.

Sho coinça sa pipe entre ses dents et tourna sa tête vers Akai. L’Akai de toujours, la véritable Immortelle comme il la surnommait. Elle n’avait pas changé avec les années. Elle avait toujours ce visage fin et ce teint blafard qui lui donnait l’allure d’une magnifique plante venimeuse. Sho avait d’ailleurs appris qu’un voyageur de passage s’était malheureusement approché un peu trop près d’elle alors qu’elle dînait au Chien Fou. Enivré par sa beauté, il avait tenté de se noyer dans son décolleté avant de sombrer brusquement dans un coma profond. Depuis, il était cloué à un lit quelque part dans une aile de l’hôpital.

» Comment se porte ton nouveau sceau ? Demanda Akai.

» Bien , répondit Sho après avoir lâché un nuage de fumée blanche. Je pense être en mesure de pouvoir l’utiliser maintenant.

» Quelque chose me dit que tu ne t’arrêteras pas à ça.

Sho acquiesça.

» Je compte rendre prochainement une visite au vieux Okamoto. Il est la seule personne du village à connaître le répertoire des sceaux de blocage au complet.

» Tu es maître de ton corps mais prend garde au prix à payer.

Akai et son irrémédiable besoin de me couver, se dit Sho. Il ne pouvait concrètement pas lui en vouloir d’agir ainsi. Elle était celle qui lui avait quasiment tout appris depuis qu’il vivait à Kumo. Leur relation était complexe, tintée de froideur parfois comme de francs moments de camaraderie. Mais à leur manière, ils s’aimaient autant qu’un frère et une sœur pouvaient s’aimer. Ils faisaient partis de la même famille tous les deux, celle des éternels incompris.

» Je connais mes limites ne t’en fais pas. J’ai eu une excellente prof qui me les a apprises.

Cette réplique sembla piquer l’ego d’Akai dont le sourire s’étira sensiblement alors qu’elle fermait les yeux pour mieux sentir le vent souffler sur son visage.

» Les temps changent et nous avec.

Sho laissa un nouveau panache de fumée se mêler au vent avant de leva la tête vers le ciel.


Turn Back to the Past ₪₪₪

Sho abaissa la tête. Du haut de la falaise, la vallée s’ouvrait à ses yeux sans aucune pudeur. Accroupis à côté de lui, Tsukusho était plongé dans ses pensées. Plus loin, Satoru scrutait l’horizon, sa main plaquée au-dessus de ses yeux pour se protéger du soleil. L’équipe exceptionnelle dont ils faisaient tous trois partis, avait quitté Kumo douze heures plus tôt pour secourir une équipe piégée dans les montagnes du nord. Leur mission était simple : ramener tous les membres de l’équipe en vie. A cet effet, Kumo avait envoyé un médecin expérimenté et deux spécialistes des opérations éclaires.

» Rien à signaler de mon côté, s’exclama Satoru. 

Satoru était un garçon de vingt ans aux longs cheveux bruns et aux yeux vert pomme. On le disait presque aussi rapide et agile que Shina Okamoto, la célèbre experte en assassinat.

» Rien ici non plus , ajouta Tsukusho en se redressant. Nous ferions mieux de nous dépêcher.

» Je propose que nous traversions la vallée au pas de course pour ensuite réduire l’allure à l’approche de la montagne , dit Sho. Nous devons économiser nos forces au vu d’un éventuel affrontement.

Tsukusho et Satoru échangèrent un bref regard puis hochèrent de la tête.

Comme Sho l’avait pressenti, l’affrontement fut inévitable. Quand ils arrivèrent sur place, ils trouvèrent l’équipe de Toru Hataka ligotée autour d’un pieu en bois au fond d’une large crevasse. Trois hommes drapés de blanc les surveillaient. Sho les reconnut à la bande grise qui couvrait leurs yeux. Il ne s’agissait de nul autres que des sbires de Shirogaito, une organisation profondément enracinée dans le pays.

Du haut de la crevasse, l’ombre de Sho descendit le long de la paroi jusqu’au visage ensanglanté de Toru. Elle leva aussitôt la tête mais ne vit qu’une ombre noire auréolée d’un soleil aveuglant. En moins de temps qu’il en fallut aux hommes de Shirogaito pour comprendre ce qui était entrain de se dérouler au-dessus d’eux, Tsukusho et Satoru les prirent en étau. Pendant ce temps, Sho resta spectateur dans un but bien précis : mater l’éclaireur adverse qui ne tarderait pas à apparaître. Aucune équipe ne fonctionnait sans éclaireur, surtout pas celle qui se trouvait en bas de cette crevasse. Si trois hommes avaient pris la charge de surveiller leurs proies fraîchement capturées alors un quatrième sondait forcément les environs.

Sho n’eut à scruter les parages que le dit éclaireur se téléporta sur son flanc droit et lui décocha un violent coup de katana qu’il évita à l’aide d’une permutation. La seconde suivante Sho effectuait un shûmpo d’une rare précision qui se termina au son d’une lame transperçant la chair et du sang rouge se répandant sur la tunique blanche de son adversaire. Il savait bien que celui-ci ne trouverait pas la mort s’il était rapidement secouru mais son coup suffisait pour le moment à le mettre hors d’état de nuire. Il avait plus urgent à faire. En bas, ses deux compagnons étaient en infériorité numérique.

La deuxième fois que Toru leva la tête en l’air, elle vit une silhouette blanche dégringoler de la crevasse et s’écraser à quelques mètres d’elle. Le corps resta inerte. Une fraction de seconde plus tard, elle voyait une autre silhouette se matérialiser en retrait du terrible combat qui se disputait entre kuméens et membres de Shirogaito. Elle le détailla de la tête aux pieds. Il portait un long manteau de voyage aux couleurs de Kumo. Il avait des cheveux rouges ébouriffés et portait un casque où brillait la plaque kuméenne. Mais ce qui lui sauta le plus aux yeux se fut son regard. Il brillait comme l’ambre et lui rappelait le regard des rapaces qui survolaient parfois le village.

» La fête est terminée , s’exclama Sho.

Un à un, il fit sauter les boutons de son manteau. Une ouverture se dessina du haut de son col jusqu’à sa taille, laissant apparaître son torse couvert de bandages. Dans un bruissement imperceptible, il ôta ses bras des interminables manches qui lui tombaient jusqu’à mi-cuisse tandis que Tsukusho et Satoru se téléportaient dans son dos pour détacher leurs camarades. Les deux membres de Shirogaito encore debout ( le troisième ayant rendu l’âme le dos brisé contre une paroi ) mirent toutes les chances de leur côté et firent affluer d’innombrables arcs électriques le long de leurs bras avant d’abattre une pluie d’éclairs sur Sho. Mais ils ne virent qu’une lumière rouge descendre des bras de leur opposant et une barrière rouge engloutir leur terrible assaut.

Quand la lumière rouge se dissipa, ils eurent à peine le temps de comprendre ce qui s’était passé que plusieurs cercles bleutés apparurent en lieu et place des six kuméens avant qu’ils ne disparaissent brusquement.

» Merci , murmura fébrilement Toru alors que Sho enchaînait les techniques de soins sur elle et ses deux coéquipiers loin, très loin, du lieu de l’affrontement.

» De rien.

» Moi c’est Toru H…

» Toru Hataka je sais , l’interrompit Sho en souriant légèrement. Moi c’est Sho, Sho Nagoshi.

» Ça ira pour moi, occupe-toi d’eux, ils sont beaucoup plus amochés que moi , fit Toru en voulant le repousser.

» Je ne savais pas que tu étais médecin toi aussi , plaisanta Sho en insistant. Ils sont amochés en surface mais rien de bien grave, toi en revanche, tu as été touché en interne. Alors arrête de jouer les durs. Tu n’as pas besoin de jouer la robuste devant moi. On fait tous partis du même village ici.

Toru le dévisagea mais se résolut finalement à le laisser faire.


₪₪₪ Turn Back to the Present

La cloche annonçant la reprise des cours retentit du sous-sol jusqu’au toit de l’académie où Sho et Akai se tenaient.

» Il est temps d’y retourner , s’exclama Akai.

» Malheureusement , ajouta Sho.

Akai lui adressa un sourire puis elle se dirigea vers la seule porte qui permettait de redescendre dans les étages. De son côté, Sho étouffa le fourneau de sa pipe avant de prendre le même chemin que son amie.

En entrant dans la salle de classe, il découvrit les mêmes garnements qu’il avait quittés vingt minutes plus tôt. Au troisième rang, l’un d’eux, un garçon au visage de fouine, s’amusait à pincer le bras de sa voisine dont le calme relatif ne laissait rien présager de bon. Un rang plus bas, deux gamines collées l’une à l’autre dessinaient des formes étranges sur un vieux parchemin en jetant par moment des regards autour d’elles, comme si elles complotaient. Au premier rang, un filet de bave coulait de la bouche d’un garçon aux cheveux broussailleux endormi sur son bras droit.

Bien qu’ayant remarqué tous ces petits détails qui faisaient de sa classe une classe à part, Sho marcha jusqu’à son bureau sans faire de remontrance à personne. Arrivé derrière son bureau ( ou plutôt celui de Toru ) il s’adossa contre le tableau et s’amusa à faire claquer le bouchon en métal de son briquet. Progressivement, les bavardages diminuèrent. Un à un, tous les regards se tournèrent dans sa direction même ceux des élèves les plus agités et les plus endormis.

» Bien , s’exclama Sho en affichant un sourire amusé. Je crois que nous allons pouvoir nous intéresser aux affinités primaires désormais. Est-ce que l’un de vous saurait me les citer ?

Une main se leva au deuxième rang.

» Oui Nanao ?

La jeune fille se tortilla légèrement sur son banc avant de prendre la parole.

» Il en existe cinq : la foudre, le vent, l’eau, le feu et la terre.

Sho acquiesça.

» C’est exact. Comme je vous l’ai dis toute à l’heure, chacun de vous possède l’une de ces affinités et donc une prédisposition à utiliser un répertoire de techniques plus qu’un autre. Celles et ceux dont l’affinité primaire est le feu auront plus de facilité à utiliser le répertoire Katon.

» Le Pays du Feu ne veut pas que nous l’utilisions , s’exclama un garçon au regard sévère au quatrième rang. Je plains la personne qui aura cette affinité.

Perspicace mais pas tout à fait, se dit Sho. La vérité était en réalité un tout petit peu plus complexe que ça.

» Ce n’est pas vraiment ça Kazunari. Le Pays du Feu comme le nôtre se doit de protéger ses enseignements. Mais par temps de paix, il arrive très souvent que les répertoires des villages cachés soient consultés par des personnes extérieurs à ces villages, des personnes dont l’honneur aurait été reconnu.

» Et si la guerre éclate ? Comment on s’y prend ?

Sho se retint de rire. La franchise des enfants le surprendrait toujours.

» Si la guerre éclate… et bien j’espère pour chacun d’entre vous que vous aurez capturés assez d’éclairs pour les faire tomber sur nos ennemis.
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MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Lun 17 Mai - 15:15


Une fois le cours bouclé et les élèves relâchés, Sho resta un long moment songeur derrière son bureau. Inconsciemment ses mains se rejoignaient et se séparaient dans un mouvement de va-et-vient permanent quand son esprit tentait tant bien que mal d'analyser la question que Kazunari lui avait posé durant le cours. Si la guerre éclatait réellement un jour – ce qui était loin d'être improbable au vu des circonstances actuelles – comment les kuméens et lui-même s'y prendraient pour déjouer leurs adversaires ? La maîtrise de la foudre comme celle de la médecine serait insuffisante face à n'importe quel adversaire de taille – et Dieu sait qu'il en courrait un grand nombre en liberté ces temps-ci. Un village tout entier ne pouvait pas baser sa réussite sur sa seule capacité à manier à la perfection quelques répertoires de techniques qui correctement assemblés donneraient lieu à un feu d'artifice de puissance. Un village de l'acabit de Kumo devait avoir un plan bien établit.

Sho eut soudainement un sourire en pensant que plusieurs exemplaires de ce plan miracle devait très certainement dormir dans les cartons de l'Intendant.

Les piaillements des oisillons dehors et les quelques rayons dorés qui réussissaient à frapper la baie vitrée encastrée sur sa droite lui donnant envie de sortir prendre l'air, il quitta la salle de classe et repassa par la salle des professeurs pour remettre la liste des élèves de Toru à sa place quand une voix glaçante le tira de sa réalité.

SHINATu as un instant ?

Sho releva le menton alors qu'il essayait tant bien que mal de remettre la clé de Toru dans sa cachette secrète. Bizarrement, il ne fut pas tellement surpris de croiser le regard perçant d'Okamoto Shina. Depuis qu'il était entré en contact avec son père – le chef de la famille Okamoto – il avait pris l'habitude de croiser sa route plusieurs fois par semaine.

SHOBien sûr.

SHINAMon père s'étonne de ne plus te voir depuis quelques temps, est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas ? Un problème avec le dernier sceau ?

Un sourire fendit les lèvres de Sho.

SHOTout va bien, il n'a pas à s'inquiéter. Je pensais d'ailleurs lui rendre une petite visite dans le courant de la journée pour discuter de choses et d'autres. J'aurais l'occasion de le rassurer moi-même.

Shina croisa les bras sur sa poitrine et soutint son regard sans rien dire pendant deux ou trois minutes.

SHOQuoi ?

SHINAMénage-le. Il n'a pas ton âge. Il a déjà bien assez vécu et mérite une retraite paisible loin, très loin, de son ancienne vie.

Sho était surpris de voir que Shina était doué de sentiments ; elle qui d'habitude ne laissait jamais rien filtrer. Malgré tout, il comprenait sa réaction et ne souhaitait pas non plus ruiner la santé de son père. Le vieil homme l'avait déjà bien assez aidé en lui confiant les schémas de deux sceaux particulièrement puissants et en lui apprenant à s'en servir convenablement. Il n'avait pas l'intention de lui en demander davantage malgré le véritable puits de savoir qu'il était à ses yeux.

SHOJe te promets de ne plus rien lui soutirer. Il m'a déjà beaucoup appris et je lui en suis plus que reconnaissant.

SHINATu as toujours tenu tes promesses alors je te fais confiance.

Elle lui adressa un clin d'oeil et disparut précipitamment de son champ de vision.

Plus tard, Sho s'engouffra dans l'artère principale du village suivi par une légère traînée de fumée blanche qui s'échappait à intervalle de temps régulier de sa bouche. A cette heure, le centre-ville vibrait au rythme de la foule condensée entre les deux plus grandes avenues du village. Quelques commerçants criaient à qui voulait bien l'entendre les bonnes affaires du jour quand les autres parlaient affaire avec les divers fournisseurs qui se présentaient, charrette en main, à leur porte. Plus discrets, les armuriers se tenaient souvent droits comme des i derrière leur comptoir, fixant avec une insistance presque dérangante la porte d'entrée de leur boutique. Ici et là, les ninjas se mêlaient aux agriculteurs et aux bergers sans autre distinction que leur bandeau luisant à la lumière du soleil. En ce lieu, le monde paressait en paix, même aux yeux de Sho, alors que dehors, au-delà du mur d'enceinte, de nombreuses menaces le guettaient d'un oeil avide.

Ici, protégés de tout en apparence, les kuméens vivaient paisiblement. Sho comme nombre de hauts-gradés du village savaient pourtant que tout pouvait s'effondrer du jour au lendemain. Un seul nom suffisait à semer le trouble dans leur esprit : Asahi. La terrible organisation qui en quelques minutes avaient réussi à mettre, en partie, à feu et à sang Konoha continuait de faire peser le doute sur les principaux villages cachés. Leur silence ne laissait présager rien de bon. L'ombre d'une attaque aussi soudainement et efficacement menée que celle de Konoha planait sur la tête de tous les daimyos et kages du monde. Sho pouvait aisément imaginer la crainte qui était la leur depuis que l'organisation avait jailli des ténèbres pour frapper la toute puissance des trois grandes nations ninjas réunies en un seul et même lieu.

Mais finalement ça n'avait pas grande importance à ses yeux. Le jour où la guerre sonnerait aux portes de Kumo ou d'un allié, il se battrait, point à la ligne. Il n'y avait pas de tergiversions possibles. Il était né pour mourir au nom de Kumo. La seule liberté qu'il lui restait était de choisir le récit qui serait fait de sa mort.

Ses lèvres toujours resserrées sur sa pipe et ses mains fourrées dans les poches de son pantalon, Sho entra dans le quartier le plus calme du village. Toutes les familles les plus influentes y étaient installés. Elles rivalisaient d'ailleurs d'extravagance pour ce qui était de posséder le plus grand domaine ou à défaut la plus grande demeure. Bien qu'il pouvait comprendre la raison d'une telle compétition, Sho pensait que c'était une perte de temps. Il y avait plus important à faire que de se livrer à une querelle purement matérielle. Dire qu'à l'autre bout du village le quartier Asakura agonisait à petit feu sous le pieds des puissants et de la petite corruption. Le monde avait réellement quelque chose de mal fait car même les villages cachés ne pouvaient empêcher que ne se développent des inégalités à l'intérieur même de leur zone d'influence. C'était sans doute le propre de l'humanité que d'engendrer un clivage entre riches et pauvres ou entre oubliés et influents, ce quelque soit le lieu. Sho en savait quelque chose. Il avait vu le jour dans des contrées éloignées où cette séparation était toute aussi prononcée qu'à Kumo. Le monde tournait ainsi et il y avait fort à penser qu'il continuerait à tourner de cette manière pendant encore très longtemps.

Après une bonne dizaine de minutes, Sho s'arrêta devant l'entrée d'un gigantesque domaine ressemblant de près comme de loin à un château de l'aire samouraïs. Comme si sa présence avait immédiatement attiré l'attention des serviteurs, l'imposante porte coulissante de l'entrée s'ouvrit sur une toute petite silhouette. Yui Ukita, l'aide d'Osamu Okamoto.

SHOBonjour Yui-san.

YUIBonjour maître Nagoshi. Je suppose que vous êtes venu voir Osamu-dono ?

Sho acquiesça.

YUIIl se détend dans les jardins. Vous savez comment il est dès que le moindre rayon de soleil vient frapper le domaine. Suivez-moi.

Sho sourit et emboîta le pas à la servante. Pour savoir comment Osamu Okamoto était, il le savait. Le vieil homme avait beau porter sur ses frêles épaules le poids d'un grand nombre d'années, il n'avait pas oublié que les plus petits plaisirs de la vie étaient probablement les meilleurs. A chaque fois que Sho s'était entretenu avec lui, Osamu l'avait traîné dans les jardins du domaine. Il n'était pas le genre d'homme à rester enfermer chez lui, la faute à des décennies de service dans les forces spéciales de Kumo. Osamu Okamoto avait parcouru le territoire des cinq grandes nations ninjas à l'époque où son masque d'Anbu inspirait encore la peur partout où il posait le pieds. Le monde entier l'avait surnommé la panthère rouge avant que la notoriété n'en vienne à révéler sa véritable identité. Depuis, Osamu le Rouge avait enterré les armes et laissé sa succession à ses descendants : Shina et Ogai. Mais si une chose était bien vrai, c'est que sa retraite forcée n'avait en rien enrouée son esprit, bien au contraire. Osamu savait pertinemment ce qu'il faisait et ce quelque soit la situation à laquelle il devait faire face.

OSAMU Je commençais à croire que tu ne reviendrais jamais me voir.

Sho venait de faire irruption dans les jardins privés de la famille Okamoto. Osamu l'accueillit par un sourire avant de lui désigner la place libre sur le banc juste à côté de lui.

SHOVous savez bien que le village est en ébullition ces temps-ci. J'étais très occupé jusqu'à maintenant.

Sho prit place à côté de son hôte quand Yui rejoignait l'arrière du bâtiment par un petit chemin pavé.

OSAMU ... et je constate que tu es toujours aussi mauvais menteur.

Il commençait à s'habituer à cette remarque. Setsuko l'adorait tout particulièrement.

OSAMUComment te portes-tu depuis notre dernière entrevue ?

SHOTrès bien.

OSAMUJ'ai toujours apprécié ton sens du minimalisme.

Un sourire fendit les lèvres de Sho tandis que ses yeux glissaient le long des avant-toits.

SHOJe n'ai jamais été un grand bavard. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles vous appréciez tant ma présence.

Le vieil homme glissa une main dans sa barbe parfaitement bien taillée en tentant de retenir ses rires.

OSAMUIl est vrai que s'il est une chose à porter à ton crédit c'est bien le fait de m'éviter le supplice des conversations trop longues ou trop ennuyantes.

Ne pouvant plus se retenir, Osamu rit longuement en se cramponnant à sa canne. Sho l'imita dans une version beaucoup moins enrouée. Pendant une bonne minute, les deux hommes partagèrent un fou rire provoqué par un souvenir commun. Quelques mois plus tôt, alors que Sho le rencontrait pour la toute première fois, Osamu avait tenu une conversation interminable avec l'une de ses voisines, la doyenne d'une longue lignée de ninjas spécialisés dans l'élaboration d'antidotes. Sho se souvenait avoir passé pas moins de cinq heures en compagnie de Yui et de Shina dans une pièce annexe en attendant de pouvoir être reçu. Quand son tour fut enfin venu, il le trouva affalé dans son canapé, l'oeil vitreux, comme si tout le poids du monde s'était abattu sur ses épaules et que la fatigue l'avait condamné à cette drôle de posture. Sho se souviendrait toujours de cette image : la tête d'Osamu oscillant dangereusement comme si elle hésitait à quitter son cou, ses yeux clignant frénétiquement, ses paupières devenant de plus en plus lourdes jusqu'à se fermer totalement.

Quand le fou rire fut passé et que les deux hommes retrouvèrent leur calme, un doux vent d'ouest leur ramena un parfum d'orange saupoudré d'un quelque chose qu'ils n'auraient su clairement identifier.

OSAMUC'est une belle journée pour se détendre tu ne trouves pas ?

SHOJ'aimerai pouvoir me détendre aussi souvent que vous.

OSAMUTu as encore beaucoup à donner avant de te retrouver dans ma condition. Si tant est qu'on puisse parler de condition...

Sho tourna la tête et dévisagea Osamu. Il vit comme de la nostalgie se refléter sur son visage.

OSAMUJe me souviens encore des bruits qu'on pouvait entendre à la nuit tombée dans la forêt de Konoha, le fracas des vagues sur les côtes de Kiri, et même le sifflement des tempêtes de sable dans le Pays du Vent. Je suis peut-être vieux ; la mémoire me fait sans doute plus défaut qu'avant mais je n'oublierai jamais la vie qui a été la mienne. Même si cette vie m'a amené à faire des choses qu'il serait peu recommandable d'évoquer entre personnes civilisés.

Le vieil homme leva le menton, tournant son regard vers le fond du jardin où la cime des arbres laissaient les montagnes se découper au loin en toile de fond.

OSAMUProfite de ta jeunesse au lieu d'attendre tes vieux jours pour le faire. La vieillesse est parfois douloureuse et nous prive des innombrables détails que notre jeunesse n'aurait jamais laissé s'échapper.

Sho acquiesça avant de lui-même tourner son regard vers le panorama époustouflant qui s'offrait à lui depuis ce banc. Les montagnes s'élevaient dans toute leur grandeur, lointaines et proches à la fois. Lointaines dans ses yeux mais proches dans son coeur car nul kuméen ne vivait sans une pensée quotidienne pour ces montagnes légendaires où toute l'histoire de Kumo était inscrite à même la roche.

SHOPuissiez-vous avoir raison.

OSAMUEt ton sceau, où en est-il ?

Sho frotta automatiquement son ventre.

SHOIl se porte au mieux. Je suis en mesure de l'utiliser correctement désormais.

OSAMUBien, très bien même ! Nous allons pouvoir passer à autre chose.

L'air embarrassé que Sho venait soudainement de prendre ne pouvait tromper personne, surtout pas le vieux Okamoto.

OSAMUQui a-t-il ?

SHOC'est que je ne voudrai pas vous faire perdre plus de temps que je ne vous en ai déjà fait perdre. Votre santé ne vous permet plus de subir autant de séances d'entraînement aussi longues et soutenues que celles auxquelles nous nous sommes prêtés il y a quelques temps.

OSAMUTu es soudainement devenu plus bavard... étrange... très étrange même, si seulement je ne connaissais pas ma propre fille. Shina est venu te parler n'est-ce pas ?

Sho savait bien qu'il ne servirait à rien de mentir. Osamu était le genre de personne à obtenir la vérité en un clin d'oeil. Aussi, hocha-t-il de la tête avant de noyer son regard dans le vide.

OSAMUMa fille se fait beaucoup trop de souci pour moi...

SHO... et elle a raison.

Osamu le fixa longuement sans rien dire avant de prendre une profonde inspiration et de soupirer dans la foulée.

OSAMUPeut-être avez-vous tous les deux raison...
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☆ Post 3 ☆
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MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   Mer 23 Juin - 15:00



    Sho : +63 XP

    En attendant une prochaine inspiration.

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MessageSujet: Re: Appartement de Sho Nagoshi   

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