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 Statues

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MessageSujet: Statues   Sam 18 Nov - 22:48

Personnage principal [Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien].
Repère spatiotemporel : quelques jours après le quatorzième anniversaire d'Akogare.

_______

Partie I.


Elle avait décidé que cela avait trop duré.

C’était venu un matin de ce printemps, soudainement et sans signe avant coureur. Une pensée aussi puissante qu’inébranlable qui s’est rapidement enracinée dans son esprit, dévorant tous les réseaux de ce dernier jusqu’à l’en faire souffrir. Elle s’est alors levée et a regardé dehors. Sa demeure était en bordure du village, contre les palissades. Elle pouvait voir la totalité de Konoha le soir, lorsqu’elle montait sur le toit. Mais aujourd’hui, le spectacle lui apparaissait terne, sans saveur.

Elle devait partir une nouvelle fois. Longtemps. Jusqu’à ce que la réussite l’embrasse enfin. Elle a rapidement empaqueté ses affaires, ne s’interrogeant pas plus avant. Des vêtements, son masque, de la nourriture. Et aussi la bague que Hasu lui a offerte. Elle est trop étroite pour la femme, elle appartenait à la plus jeune de ses sœurs, celle qui était muette. Elle est simple, un anneau d’argent avec une petite pierre mauve qui l’ornait. Mais Tael est attirée par ce bijou, il symbolise beaucoup pour elle.

Elle sort et ferme la porte. Son nouveau manteau est pourpre. Il cache son bras manquant et même si il ne brille pas par sa discrétion, le tissu reste d’excellente facture. L’apparence est, pour Tael, un facteur important, aussi préfère t-elle la soigner du mieux qu’elle peut. Ses cheveux volent librement, dans son dos. Les sentir à ce niveau là la trouble encore un peu, auparavant son masque les retenait. Mais elle préfère garder ses cheveux longs. De plus, les mèches rouges qui parcourent sa chevelure vont parfaitement avec le manteau.

Elle est à la porte du village lorsqu’une voix l’arrête.


[Mashiro] - Tael.

La femme se retourne, un sourire vague aux lèvres.

[Tael] - Mashiro.

Il sourit à son tour.

[Mashiro] - Tu nous montre enfin ton charmant visage.

Mashiro… Elle ne s’est jamais battue contre lui. Elle savait que la victoire serait pour elle impossible. Les personnes amoureuses, même les amours perdus, n’ont aucune chance contre lui. Cela importe peu, Mashiro n’est pas belliqueux. Sauf quand on touche à Akogare, pensa t-elle intérieurement.

[Tael] - Il semblerait que oui. Etonné ?

[Mashiro] - Agréablement, mais étonné oui. Je te pensais perdue.

D’un signe de tête, elle l’invite à faire un bout de chemin avec elle.

[Tael] - Je l’étais sans doute. Mais c’est quand on s’y attend le moins que l’on ouvre les yeux et que quelqu’un nous sort la tête de l’eau.

Tael lui jette un coup d’œil à la dérobée. Mashiro est une personne énigmatique. On ne peut jamais savoir l’étendue de ses connaissances sur les personnes qui l’entourent.

[Tael] - J’ai tué deux des trois sœurs.

[Mashiro] - Je sais.

Il se tait et ajoute, plus bas.

[Mashiro] - La vie les a gâché. Par leur mort, elles ont empêché que tu ne gâches la tienne. C'est tristement ironique.

Tael garde un silence calme durant plusieurs secondes. Elle sourit alors, et entreprit de lui conter l'histoire. Il la connaissait certainement, mais il ne l’interrompit pas. Il absorba tout comme un enfant studieux. Tael avait encore la gorge nouée à ces souvenirs. Devant ses yeux, elle revoyait le tableau de Shita.
Hasu.
Les deux femmes se rencontreront de nouveau, elle l’avait promis. Tael sourit. Il était peu probable que quiconque la retrouve sur le sentier qu’elle s’apprêtait à emprunter.

Lorsqu’elle acheva son histoire, Mashiro garda le silence un long moment.


[Mashiro] - C'est une bonne chose que ce soit une femme comme toi qui les ai tué. Elles combattaient la société entière. C'était un combat perdu d'avance, toutes puissantes fussent-elles. Elles souffraient trop. Leur combat n'était pas futile, juste perdu. Tu leur as donné une mort honorable, sabre en main. C'est peut-être ce qu'elles attendaient secrètement, une adversaire capable de les achever. Je ne sais pas.

Il se tût, avant de poursuivre.

[Mashiro] - Enfin. Qu'est-ce qui te fais prendre les routes ?

Ils marchaient calmement, à l'ombre des arbres. Tael s’était préparée à cette question. Pourtant, elle ne parvint à formuler l’objectif de sa quête avec des mots concrets. Mashiro n’insista pas.

Ils arrivèrent à un croisement. L’homme s'arrêta, une main posée sur la rose rouge qui brillait à sa ceinture.


[Mashiro] - Bien. Ca m'a fait plaisir de te revoir. J'espère que tu rentreras bientôt.

La femme secoue la tête.

[Tael] - Je crois que mon voyage sera long.

[Mashiro] - Dans ce cas, j'espère que ton voyage trouvera une fin heureuse.

Il sourit et lui fit un clin d'oeil. Il sait ce qu’elle recherche. Du moins, il s’en doute fortement. Il se tourne, et s'arrête un peu plus loin.

[Mashiro] - C'est bien que tu le fasses, Tael. C'est bien. Tu en as besoin.

[Tael] - Mashiro, attend.

Tael demeura immobile, sa main furetant dans son manteau. Elle avait oublié une dernière chose, à Konoha, afin de prévenir les effets de mon départ. Elle s’approche de Mashiro et lui tend une enveloppe close. Il se saisit du papier, ses yeux cherchant ceux fuyants de la femme.

[Tael] - Pour Akogare.

[Mashiro] - Akogare ? Bien, je la lui donnerai.

Tael hocha la tête et murmura tout bas :

[Tael] - Dis lui de ne l'ouvrir que si je meurs.

[Mashiro] - Ainsi, tu es prête à aller jusqu'au bout de ta quête. Je le lui dirai, tu peux partir tranquille.

Mashiro s'éloigna à pas lents, sous le regard de la femme. Elle sait qu’il sentira sa mort, elle ne se fait aucun souci. Elle se dit qu’Akogare a de la chance d’avoir un tel gardien près de lui.
Tael doit prendre de précautions. Il est possible qu’elle ne revienne jamais de ce périple. Elle ne refuse que certaines choses meurent avec elle. A l’égard d’Akogare, notamment.

Il est important, pour elle.

A son tour elle se tourne et s'enfonce dans la forêt. Immédiatement, elle brise la réalité et la modèle à sa convenance, de façon à accélérer son voyage. Elle aime cet état si rassurant, si plaisant. C’est dans ces moments-là qu’elle se sent invulnérable, maîtresse de sa vie et même de celle des autres. Ce pouvoir est l'une des seules armes qu'il lui reste aujourd'hui, son katana est toujours enfoncé dans un cimetière, au côté de celui de Hasu.
Elle souhaite ne pas avoir à se servir d'acier. Ne plus avoir à s'en servir. Les armes symbolisent trop dans son esprit, désormais. Elle souhaite se couper de cette vie passée. Et sa volonté reste son plus puissant atout.

Il fait nuit lorsqu’elle atteint la première étape de son expédition. C'est un petit hameau, bien à l'ouest de Konoha, encastré dans une falaise. Le chemin est sinueux, et le bruit assourdissant d'une cascade se fait entendre plus loin.
Elle est bien à Gamuro.

Elle descend avec précaution la piste fatiguée et terreuse. De vieux pêcheurs s'affairent autour de leur prise nocturne sans prendre garde la femme. Elle pénètre l'enceinte du village assoupi et cherche des yeux une auberge.

Tael ne sait pas précisément où elle doit aller, et quelle route emprunter. Ses prémonitions sont muettes. Pour le moment du moins. C'est pour cela qu'avant de commencer réellement son voyage, elle doit visiter une ancienne légende du passé. Si elle est toujours vivante. Ou plutôt, si elle a jamais existé.

L'auberge est pleine. Des senteurs diverses et épicées agresse insidieusement ses sens. Tael m'installe à l'écart, une jolie jeune femme vient prendre sa commande. Un thé. La serveuse semble fatiguée, mais sourit poliment avant de s'éloigner. Cette vie effraie Tael. Servir les mêmes personnes chaque jour, subir les mêmes remarques, les mêmes gestes déplacés.

Mais elle n’est pas ici pour remédier à ce problème. Elle sort une carte de son manteau et avec un crayon trace le chemin parcouru. Les itinéraires possibles sont soigneusement planifiés car les choses changent, et ce qui était là hier et peut-être tombé aujourd'hui. Toutefois, elle a une direction pour le moment.

La serveuse revient poser la théière. Elle prend tout son temps pour servir, peu désireuse de rejoindre l'agitation que ses déplacements occasionnent. La beauté n'est pas toujours un cadeau.


[Serveuse] - Vous allez à l'étranger ?

[Tael] - Oui, au nord-ouest d'ici.

Elle hoche la tête. Elle ne doit pas connaître grand-chose du monde après les maigres palissades de son village.

[Serveuse] - J'aimerai bien voyager. Enfin, habiter ailleurs. Mais je dois travailler pour le moment. Peut-être que l'année prochaine je pourrais partir.

Elle sourit.

[Tael] - Vous vous appelez ... ?

[Serveuse] - Akarui.

[Tael] - Je te souhaite de réaliser ton souhait, Akarui.

Tael lui sourit avec cette sincérité nouvelle. La jeune femme s'incline en la remerciant, se saisit de la théière et s'en va.
La soirée avance lentement. Finalement, Tael range ses affaires et part demander une chambre au gérant. L'argent n'est pas un problème aussi laisse t-elle un gros pourboire à Akarui. Elle en aura bien besoin.

Allongée sur le lit sommaire de l'établissement, Tael se demande si il n'est pas déjà trop tard. Après tout, elle ne l'aura pas attendu pour vivre. Elle n'est peut-être déjà plus de ce monde, et ce serait pour cela que les prémonitions de la guerrière se taisent. Peut-être. Mais elle veut en avoir le coeur net. Elle veut pouvoir se regarder dans une glace, et se dire qu’elle aura fait tout ce qui était en son pouvoir, même si elle a agit trop tard.

Tu le veux de tout ton coeur et tu ne connais plus le doute. Tu es devenue plus forte encore. Et tu le seras encore plus à la fin de ce voyage.

Car c'est ta fille que tu pars chercher.


Dernière édition par Akogare Hyuuga le Lun 26 Jan - 19:10, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Statues   Mer 6 Déc - 18:42

Tael se leva de bonne heure. Elle posa sur son lit les différentes cartes glanées au cours des années. Elle devait continuer plus au nord, jusqu’à atteindre une zone marécageuse mal définie. Une fois sur les lieux, commencera une séance de recherches laborieuses et pénibles. Mais, avant même de partir elle savait que ce voyage ne serait pas une promenade.

Elle rangea ses affaires et les emballa rapidement. L’auberge est silencieuse, des particules poussiéreuses volettent paresseusement sous le regard perçant des jeunes rayons. L’ambiance est différente lorsqu’elle est vide. Elle apparaît presque sinistre, désolée. Il n’y a que la jeune fille d’hier, agenouillée sur le parquet, s’escrimant à nettoyer une tâche d’alcool. Elle sourit et se relève en voyant Tael, plissant sa jupe.


[Tael] - Bonjour.

La femme lui rendit son sourire.

[Akarui] - Vous partez déjà ?

Tael hocha la tête.

[Tael]"En effet, j’ai à faire. Vous savez, j’ai eu une idée hier."

La jeune fille haussa les sourcils, sincèrement surprise. Tael poursuivit d’une voix égale.

[Tael] - J’habite un village, plus loin à l’est. C’est un village de guerriers et caché, aussi je doute qu’y entrer sera facile. Mais si vous désirez vous y établir, au moins pour un temps, je n’y vois aucun inconvénient.

Akarui ouvrit la bouche, mais demeura muette. Même si elle désirait partir, elle n’y avait jamais sérieusement songé. Tael sourit, lui tendant une carte.

[Tael] - Konoha n’est accessible qu’à ceux qui savent déjà où il se trouve. Sur cette carte, vous avez l’accès au village, derrière l’accès à ma maison. Vous avez dit vouloir partir dans un an ? Si le cœur vous en dit, allez là-bas. Si lorsque vous arrivez, je ne suis pas entrée, considérez la maison comme étant la vôtre."

Akarui bafouilla quelques mots, avant d’articuler péniblement.

[Akarui] - Merci... Je ne sais pas si j’aurais le courage d’accepter votre proposition, mais merci de me l’avoir demandé.

La femme sourit à nouveau, disant que ce n’était rien. Elle se dirigea vers la porte et jeta encore un œil derrière elle.

[Tael] - Remarque, tu es jeune. Goûte aux grandes villes avant. Elles ont un parfum délicieux, mais bien vite elles nous paraissent vides. Du moins, c’est ce que j’ai ressenti. Si les gardes t’interceptent, dis leur que tu es amie de Tael. C’est un nom que bien peu connaissent.

Elle hoche énergiquement la tête, de nouveaux remerciements quittant ses jeunes lèvres. Tael ne savait pas ce qu’elle deviendra. Mais elle avait en elle une petite étincelle, quelque chose d’intelligent et de gracieux, de fort et de doux à la fois. Ce serait du gâchis si elle ne pouvait apprécier la vie. Sa vie.
Tael sort après un dernier adieu. Elle savait qu’elle ne la reverrait pas. Une nouvelle prémonition. Sinistre ? Peut-être pas.

Le village était aussi calme que l’auberge. Ses pas se dirigèrent vers le seul son audible, la cascade. Le chemin était escarpé, en pente, des pierres coupantes tentant de la mordre. Mais le bruit se rapproche, de plus en plus écrasant, de plus en plus sourd. Enfin, elle aperçoit la rivière. Tael remonte son lit sans la réveiller. La cascade apparaît, gigantesque, majestueuse. De toute sa superbe, elle écrase la femme, la dévisage avec ce regard condescendant propre aux merveilles. Elle est à flanc de montagne, et Tael pourrait suivre les pierres jusqu’à son sommet ou tout proche.
Mais sa route est longue. C’est presque à regret qu’elle repart, laissant derrière elle une fille et une montagne d’eau.

C’est avec plaisir qu’elle manipulait une fois encore la réalité. Elle n’avait pas de temps à perdre. Et pourtant, elle sentait comme un tiraillement depuis quelques minutes. Un tiraillement qui lui murmurait de s’arrêter. Elle obéit, sans en savoir les raisons.
Tael se trouvait au milieu d’une route nue, terreuse. Il n’y avait rien alentour, excepté de rares oiseaux. Mais la sensation ne se dissipait pas.

Tu t’écartes du sentier, parce que tu sais que c’est ce que tu dois faire. Tu marches d’un bon pas, comme si tu savais parfaitement où tu allais et que c’était ton souhait le plus cher. Tu entends cette musique, dans ta tête. Elle emplie toutes tes pensées, elles rehaussent tous tes sentiments, les exacerbent et te les fait goûter. Et toi, tu te gorges de ce plaisir nouveau.

Pourtant, je te mets en garde. Ces sensations ne sont pas naturelles, quelqu’un essaye de se jouer de toi.
Mais tu es Tael. Tu es une des plus puissante guerrière à fouler cette terre sanglante. On ne te trompe pas, aussi talentueux soit-on.

Tael reprit possession de son corps et de ses sens. Oui Kaban, oui quelqu’un essaye de me tromper. Mais, quand on est repéré dans une tanière de loups, autant jouer le jeu tant qu’on n’a pas l’ennemi sous les yeux et qu’on ne peut l’évaluer. Elle suivit la musique, sans toutefois l’écouter. Elle est douce, envoûtante. Sucrée et délicieuse. Elle était obligée de se battre pour ne pas percevoir ces sons si beaux et si mélodieux.

Puis, la voix retentit. Douce, cristalline, caressante dans ses intonations. Elle l’enveloppa avec grâce, lui murmurant qu’elle était belle. Tael sourit sans le vouloir, sans parvenir à l’effacer de son visage, comme une cicatrice parfaite. Ses jambes avancent seules, elles se dirigent avec une avidité effrayante vers la voix, cette voix si profonde et claire.

Tael déboucha sur une petite clairière. Un homme était assis sur une fontaine asséchée mais verdoyante. Il était charmant, sans âge. Glabre, les cheveux grisonnant coupés court. La mâchoire bien définie, les traits francs et élégants. A sa main pendait un luth. Ses yeux verts la dévisageaient avec douceur, comme si elle était un fruit magnifique dans un jardin secret. Tael lui sourit, se surprenant à penser qu’elle souhaitait lui plaire, se mettre valeur pour qu’il l’apprécie et l’aime. Elle voulait qu’il lui sourie comme il le faisait. Elle voulait sentir ses lèvres contre les siennes, son souffle chaud dans son cou, elle voulait sentir sa main remonter le long de sa jambe.

Mais ton esprit est fort Tael, une roche inébranlable dans un océan déchaîné, une tour d’ivoire dans un monde de ténèbres. Les pouvoirs de l’homme te caressent, t’épousent, te pénètrent avec une puissante douceur. Mais ton esprit est plus fort.

Tu regardes à ses pieds. Une petite fille est assise, adossée à la jambe de l’homme. Elle a un joli sourire sur son juvénile visage, un sourire empli d’une innocence naïve, d’une douceur sincère. C’est elle qui chante. Tu lis les paroles sur ses lèvres, t’interdisant t’entendre cette sirène dans les bois. Elle parle de la vie, de la beauté, elle parle d’innocence et de joie. Son chant n’a aucune teinte, aucune objectivité. Il est beau, magnifique même, mais enfantin. Il a un charme puissant, redoutable, mais il a ses failles, ses failles d’enfants qui le font ressortir. Elle est coiffée d’une petite couronne argentée.

Tael lui sourit de nouveau. Son regard croisa celui de l’homme. Il savait que ses charmes étaient désormais inefficaces. Sans Kaban, elle se serait laissée abuser et aurait été heureuse de l’être. Mais, c’était fini désormais.


[Tael] - Bonjour.

[???] - Enchanté, Tael.

La petite fille ne s’arrêtait pas. Tu sais qu’elle est très attachée à l’homme.

[Tael] - Vous avez un nom ?

[???] - Un nom ? Bien sûr, plusieurs même, des centaines d’appellations différentes.

Il avait une voix chaude, autoritaire mais incroyablement douce. C’est une voix de commandant, sans aucun doute, capable de réchauffer des cœurs ou de mobiliser des forces.

[???] - Appelez moi Genji.

Tael hocha la tête.

[Tael] - Vous me connaissez ?

[Genji]"Je connais beaucoup de personnes, et peu me rencontrent. Pour être exact, celles qui me rencontrent ne me parlent pas comme vous le faites. Mais c’est toujours un plaisir."

Il se leva, la petite en fit autant. Leur lien était très étroit.

[Genji] - J’ai hésité à t’appeler. J’aurais aimé te garder quelques décennies, mais tu t’es joué de mes charmes et du chant de ma puce. Tu es puissante, Tael.

Tael ne savait pas ce que Genji voulait, mais il n’était pas hostile. Il était détendu, serein et confiant. Ce fut sur un ton posé qu’il déclara.

[Genji] - Ta quête m’intéresse. Pourtant, je te demande d’y renoncer. Cela vaut mieux pour toi.

[Tael] - Je sais ce qu’y est mon intérêt.

Il sourit.

[Genji] - A chaque fois que j’imaginais notre rencontre, j’entendais cette réponse sans appel, tranchante comme ta lame oubliée, déterminée comme sa maîtresse.

[Tael] - Vous vouliez m’emprisonner ici ?

[Genji] - Prison ? Ce n’aurait pas été contraignant. Tu te serais simplement assoupie contre moi, l’esprit bercé par ma puce et dans tes songes tu aurais trouvé le bonheur auquel tu aspires.

[Tael] - Un bonheur illusoire qui aurait éclaté comme une bulle au réveil.

Il sourit une nouvelle fois.

[Genji] - Ce réveil ne serait jamais venu. Le reste de ta vie aurait été commandé par tes souhaits les plus enfouis et les plus évident. Les cauchemars n’ont pas leur place quand ma puce chante.

La femme dévisagea la jeune enfant qui ne l’avait pas quitté du regard.

[Tael]"Elle est là depuis quand ?"

Genji secoua la tête et haussa gracieusement des épaules.

[Genji] - Je ne compte pas les années. Je n’en ai pas besoin. Elle est là depuis l’origine, éternelle, comme moi.

[Tael] - Qui êtes vous ?

Son sourire charmant se figea une nouvelle fois sur ses lèvres. Il s’approcha, la petite resta derrière. Sa main effleura la joue de Tael avec une douceur éthérée.

[Genji]- Qui je suis ?

Sa main s’arrêta sur sa poitrine, la femme sentait son cœur battre contre ses doigts. Il sourit, sa bouche caressa le lobe de son oreille. Son parfum l’enivrait, lui embrumait l’esprit. Avec une douceur maîtrisée, il murmura.

[Genji] - Je suis ce qu’il y a ici."

Il sourit en se reculant légèrement, se déplaçant sur le côté. Son bras s’ouvrit et dévoila la petite fille.

[Genji] - Je suis elle aujourd’hui, j’étais toi hier. Je suis du monde des esprits, de ceux que l’on nomme bakemono. J’accueille les âmes troublées, comme tu l’étais fut un temps.

Il retourna auprès de la petite fille.

[Genji] - Aujourd’hui, tu n’aurais pas ta place parmi nous. Mais je ne refuse jamais un repos aux personnes qui en valent la peine.

[Tael] - Tu es du monde des esprits ?

Il eut une moue séduisante, laissant entrevoir un agacement léger, comme devant une enfant insistante mais pourtant adorable.

[Genji] - Je n’aime pas le terme d’esprit. Je ne suis pas un fantôme, elle non plus, pas plus que toi tu ne l’étais avant de trouver la mort et de revenir parmi les vivants. Nous sommes sur un autre plan de compréhension, une échelle similaire et différente à la fois. Bakemono convient tout à fait. Nous ne sommes pas des monstres, et pourtant s’est souvent ainsi que l’on peut nous percevoir. Mais comme il existe plusieurs monstres, il existe plusieurs catégories. Moi, ce sont les âmes troublés et les amours perdus."

Tael désigna du menton la petite.

[Tael] - C’est une âme troublée ?

[Genji] - Non. Pas exactement. Elle aussi est sur une autre échelle. Elle me ressemble et elle deviendra ce que je suis aujourd’hui, lorsque j’aurais rejoint le monde d’après.

[Tael] - Vous allez mourir ?"

Genji se déplaça de nouveau, effleurant de ses doigts fins la surface de la fontaine. L’eau ne coulait plus depuis plusieurs années.

[Genji] - Mourir, non. Je vais partir, un jour, quand je serais las de cet endroit délicieux. Mais, je resterai au moins jusqu’à ce que ta quête s’arrête. Je m’en voudrais de manquer cela.

Sa main s’enfonça dans sa veste.

[Genji] - A ce propos, j’ai bien envie de t’épauler. Bien sûr, je ne peux agir sur le monde. Je suis cloîtré dans cette petite forêt sacrée, dans ce sanctuaire végétal. Passé ces limites, mon pouvoir est inexistant, et pire, je ne pourrais me maintenir. Mais, comme tu es là je peux te donner certaines choses."

Il revint vers Tael. Genji était un personnage étrange. Il n’était pas humain, c’était visible. Il disait avoir plusieurs noms, et la femme le soupçonnait d’avoir également plusieurs apparences. Il avait simplement prise celle qui était la plus susceptible de plaire à Tael : un bel homme charmant. Il lui tendit un objet.

[Genji] - C’est une flûte. Elle s’est brisée alors que j’en jouais, il y a longtemps. J’avais tenté de séduire un homme puissant, qui appelait la mort de toute sa voix. Mais, il a brisé mon enchantement avec une rare violence. C’est ma puce qui l’a calmé de sa voix, et il a fini par s’assoupir contre elle. J’ai gardé la flûte. C’est rare que mes instruments se brisent. Je pense qu’elle te sera plus utile qu’à moi."

Tael hocha légèrement la tête et prit solennellement l’objet présenté. La flûte était d’une facture excellente, incroyablement effilée, d’une matière transparente qui absorbe la lumière. Les trous qui l’habillaient étaient finement ciselés et leurs contours étaient bordés d’une peinture colorée et éclatante. La femme se demanda si un son pouvait encore en sortir, avant de la glisser dans son manteau.

[Genji] - Si tu es en grande difficulté, essaye d’en jouer. Le résultat sera improbable et totalement décalé je pense, mais il ne te fera jamais de mal. Mais, peut-être pas de bien non plus. Que veux tu, on ne contrôle pas toujours ce que l’on construit. Surtout quand l’objet est brisé.

Il sourit et haussa des épaules. La petite fille n’avait pas arrêté son chant. Tael leur fit ses adieux, mais avant qu’elle ne reparte, Genji l’interrompit.

[Genji] - Si quelqu’un te parle d’un collier doré, je te conseille de dire que tu ignores tout. L’or attise bien des convoitises, et certaines sont trop grandes même pour toi.

En partant, Tael ne quitta pas des yeux la petite fille. Elle lui adressa un sourire et un signe de main, surprise que Genji la laisse partir. Cela ne devait pas arriver souvent. Tael crut même deviner l’ombre d’un clin d’œil, mais déjà les arbres avaient recouvert la fontaine et leurs visages.

Elle repart.

MessageSujet: Bla2   Sam 13 Jan - 13:22

Tael ne s’était pas arrêtée. Manipulant la réalité avec soin, elle avait franchi de nombreuses terres. Elle suivait le même cap, et c’est sans problème qu’elle atteint les Marécages. Elle n’aimait pas ce lieu. Elle n’y était allée qu’une seule fois et déjà des souvenirs désagréables l’agressaient. Mais, il fallait qu’elle sache. Et comme ses pouvoirs étaient muets, il fallait qu’elle s’informe ailleurs.

Les arbres tortueux grimaçaient à son passage, dévisageant leur prochaine victime avec l’ombre d’un sourire pernicieux. Des volutes de fumée s’échappaient du sol spongieux, s’enfuyant de ce lieu maudit par les airs, évitant sans peine les griffes des végétaux agonisants. Elle avançait, empruntant le sentier mal défini, qui parfois se laissait absorber par l’eau noirâtre qui baignait les marais. Bizarrement, elle s’attendait à une odeur plus âcre et même si parfois il flottait dans l’air le parfum de la pourriture, l’ensemble était plutôt neutre.

Elle s’enfonçait alors que la nuit tombait lentement. Des lucioles s’allumaient une à une, éparses et joueuses. Certaines la suivaient, d’autres se laissaient porter par le vent frais. Tael ne savait pas exactement où aller. Ces lieux changeaient tout le temps, il était impossible d’être sûr de l’endroit que l’on traversait. Le sentier était mort sous ses yeux, sans prévenir aboutissant brutalement aux marais. Une forêt de joncs s’étendait à sa droite, la femme décida de se diriger dans cette direction.

Petit à petit, elle pénétrait plus loin dans les marécages. Elle ne cherchait pas leur cœur, ni un bord bien défini. Elle cherchait une petite cabane, une maison préservée par les arbres.
Elle voyagea ainsi jusqu’au matin suivant. Son manteau gouttait une substance collante et puante, mélange d’eau et de boue. Un sentiment latent de désespoir dominait dans ces lieux. Il est tapi dans les ombres, sournois, étreignant avec une passion malsaine le cœur du voyageur, le broyant de toute sa force pour mieux le laisser, pantelant et à l’agonie.
Tael ne pouvait s’empêcher de repenser à certaines choses, à des erreurs du passé qui lui avaient tant coûtées.

Mais tu secoues la tête, une nouvelle fois. Car, tu sais qu’une étrange magie baigne les lieux, une magie moqueuse et fouineuse, qui ressasse ta mémoire et l’utilise contre toi. Tu vois des images se dresser tout autour, tu vois mon visage fermé, mon visage mourrant. Mais souviens toi de mes rires et de mes baisers.
Ton esprit se pollue, tu tombes à genoux. Une sueur glaciale coule dans ton dos, trempe tes vêtements. Tu sens ta poitrine se serrer, la nausée venir. Des frissons soudains agitent ton corps en certains endroits, le long de ta jambe, puis plus haut, jusqu’à ton cou. Tu as ta main à terre, tes cheveux effleurent les marais. Des gouttes de sueur tombe le long de ton nez, de ton menton et même de tes cheveux. Tu glisses lentement, tes jambes sont déjà totalement immergées. Le piège de boue se referme sur toi. Tu as l’impression détestable que l’eau monte, mais c’est toi qui chutes. L’eau fangeuse mange tes hanches, touche avec obscénité l’extrémité de tes seins. Puis, tu as le goût qui s’insinue dans tes lèvres entrouvertes et tremblantes. Ton nez s’emplit également de cette substance, ton corps est pratiquement totalement recouvert par la vague de boue.

Et moi, je ne peux t’aider. Tu ne me réponds pas, tu ne m’écoutes pas. Tu te laisses tomber, rattrapée par ton passé qui dévore ton corps meurtri.

Mais tu n’es pas seule, Tael. Une main te tire par les cheveux, sans ménagement. Tu te débats, frappes l’étranger de ta seule main dégoulinante. Tu es peinte de noir, tes yeux sont dilatés, terrifiés. L’autre est ferme, il te frappe à la mâchoire et te retiens dans ta chute. Tu es plus lente, moins vive, et la boue t’entrave. Tu ne peux lutter, et tu n’essayes plus, ta volonté minée à sa base. Tu te laisses porter par l’autre.

Tael se réveilla. Elle ouvrit un œil prudent, clignant plusieurs fois devant l’agression de la lumière. Elle avait la tête lourde. Il y avait toujours ce goût boueux dans sa bouche, elle frissonna. Elle était nue, une couverture chaude dissimulant son corps. Elle bougea avec prudence, ses cheveux lui faisaient mal. La boue les avait collé. Elle touche son corps endolori. Ses côtes la brûlent, ses genoux et ses cuisses la démangeaient violemment, mais elle était trop épuisée pour se redresser. Même sa poitrine la faisait souffrir, comme si une main impitoyable serrait avec rage chacun de ses seins. Tael souffrait toujours de cette nausée insupportable, profondément ancrée dans son corps.

Un grognement, plus loin. La femme tourna les yeux vers lui, des images vives m’assaillirent avant que sa vue ne se stabilise. Il y avait une femme assise près d’un feu, un métier à tisser dans les mains. Elle avait les cheveux encore bruns, même si elle semblait âgée et quelques rides téméraires barraient son visage. Sans se tourner vers Tael, elle murmure.


[???] - Je te conseille de dormir gamine.

Elle avait du mal à se souvenir la dernière fois que quelqu’un l’avait appelé gamine. Elle était incapable d’ouvrir la bouche et frottait vainement ses cuisses entres elles, tentant maladroitement de dissiper la démangeaison. L’infection empire, bientôt ses doigts picotaient, puis ses avant-bras et finalement jusqu’à son épaule.

[???] - Arrête de t’agiter, tu vas tomber du lit. Et compte pas sur moi pour te ramasser encore une fois ! Allez gamine, dors, tu oubliera tes brûlures. Tu es dans un sale état.

Un gémissement rauque s’échappa de ses lèvres. Elle avait l’impression qu’un feu ardent avait élu domicile dans son corps, se délectant de ses jambes, de ses bras et de l’ensemble de son torse.
La femme se leva. Cela remontait à loin, le jour où Tael avait eu aussi mal qu’aujourd’hui. La femme releva la tête de sa patiente d’une main ferme, elle tourna sa bouche vers un récipient. Tael avala le contenu brûlant.


[???] - Tu dormiras mieux. Mais les blessures ne disparaîtront pas, je les soignerai quand tu iras mieux. Pour le moment, dors.

De longues minutes douloureuses s’écoulèrent. Mais, elle fini par s’endormir, vaincue par l’épuisement.

Lorsqu’elle se réveilla, elle vomi, une bassine avait été placée près de son lit. Tael s’y agrippa, à moitié tournée. Elle resta ainsi plusieurs minutes, vidée de toute énergie. Puis, par un effort de volonté, elle retomba sur le dos. La douleur ne tarda pas à se réveiller, toujours au même endroit, atteignant tout son corps en peu de temps. Elle gémit longuement, s’agitant de nouveau, frappant l’air de ses pieds.


[???] - Mais tu peux pas rester en place gamine ?

La femme s’approcha de nouveau. Tael avait les yeux vitreux, elle ne voyait qu’une forme floue et grimaçante.

[???] - Bon, je vais te soigner tout ça.

La femme s’éloigna, choisissant avec soin ses outils. Elle fit bouillir de l’eau, prépara des serviettes propres et diverses huiles et onguents. Elle déposa le tout à terre, sur le plancher nu. Avec une surprenante délicatesse, elle ôta la couverture de tael.

[???] - De toute façon, fallait s’y prendre maintenant sinon t’étais foutue ma grande. Tu as de la fièvre.

Ta tête glisse en arrière, alors qu’une longue plainte s’écoule de tes lèvres sèches. La femme passe un doigt léger le long de tes cuisses, ton poing se resserre autour du matelas avec force, tes ongles le déchirent. Tu cries quand elle appuie plus fermement.

[???] - C’est profond ma chérie. Le mal a rongé tes cuisses. Ton bras est touché aussi, moins profondément. Une moitié de ton charmant visage également. Tes seins et ton ventre ont absorbés le mal comme la terre la pluie. Tu es un vrai buvard ma chérie, et je te promets rien.

Pendant qu’elle parlait, la femme prenait des notes mentales et sélectionnait de sa main libre divers flacons. Tu ne t’évanouis pas, tu n’y arrives pas. Tu ressens la douleur s’éveiller violemment en réponse à la femme, la défiant de la faire partir de ton enveloppe. Tu te cambres, un cri inarticulé demeurant dans ta gorge. Tes jambes sont écartées de force par la femme, elle t’empêche de les frotter l’une contre l’autre. Elle pose son autre main sur ton abdomen et te repose contre le matelas.

[???] - Calme toi. Calme toi, petite. Pense à autre chose.

La femme ouvre une première fiole. Elle trempe deux doigts dedans et commence à déposer la substance sur tes jambes. De petits gestes circulaires et apaisants, mais qui te font toujours souffrir. Elle répète l’opération sur chacune des parties infectées de ton corps. Tu as de profondes marques noires, tes jambes sont sans aucun doute les plus touchées. Mais ton bras, le bout et la base de tes seins, la surface de tes côtes, la partie droite de ton visage et ton bassin sont également noirâtres. Patiemment, la femme les recouvre tous de la matière collante et luisante. Elle te murmure quelques mots parfois. Tu n’en saisis plus le sens.

La femme s’empare d’une autre flasque, plus large. Elle trempe sa main dedans, et te masse les jambes et le haut des cuisses avec soin. Tu ne saurais dire combien de temps dura l’opération. Tu sais qu’elle a pris un couteau, qu’elle t’a ouvert l’intérieur des cuisses et qu’elle a laissé ton sang s’écouler. Elle a bandé tes nouvelles blessures et, sur le reste des marques, a passé une dernière pommade.
Puis tu t’es évanouie.

Les brumes quittaient le regard de Tael, mais demeuraient dans son esprit endormi. Elle respirait plus facilement. Elle demeurait ainsi étendue, épuisée mais rassurée. La souffrance était moins rude, et elle peinait à se souvenir d’avant. Elle n’essaya pas, de peur de s’évanouir. Elle ferma les paupières, et se laissa bercer par les craquements joyeux du bois.


[???] - T’es aussi faible qu’une feuille morte, il suffit que le vent souffle un peu pour que tu te déchires.

La femme s’écarta. Tael observa la pièce dans laquelle elle était. Il n’y avait qu’une unique salle en vérité. Construite en bois, dans un beau désordre. Des étagères s’amassaient les unes contre les autres, chacune débordante de flacons et d’objets divers. De lourds coffres occupaient parfois les coins, de fines particules de poussières les recouvrant. Au plafond, en plus des quelques lumières, de nombreux outils et bouteille étaient suspendus. Tael préférait ne pas savoir ce qu’elles contenaient. Il y avait deux fenêtres closes donnant sur le marais.
A ses côtés trônaient de nombreuses flasques, une bassine propre et un certain nombre de serviettes blanches. Il y avait une odeur indéfinissable dans l’air, chargée également du feu de bois qui illuminait l’âtre.

Tael essaya de parler, mais sa bouche reste close. Elle avait les lèvres desséchées, la langue râpeuse.


[???] - Tu as soif ?

Elle ne pu que grogner affirmativement. La vieille femme se leva et sans un mot lui redressa la tête. Ses lèvres s’agrippèrent à la fine outre. Sa tête retomba lourdement en arrière.

Les doigts de la femme effleuraient ses cheveux, Tael la laissa faire.


[???] - Je te donnerai une brosse quand tu pourras en porter une. C’est amusant ces mèches rouges.

Elle resta ainsi un moment, avant que sa patiente ne s’endorme de nouveau. Trois jours s’écoulèrent à ce rythme. Tael était incapable de se mouvoir, et elle avait une impression de brûlure constante. La femme la massait chaque jour.

[???] - Je suis optimiste. Tu es solide comme gamine. Tes jambes resteront faibles quelques semaines, et le gris persistera. Mais le haut de ton corps et ton visage retrouveront leur teint originel d’ici quelques jours. Certaines zones sont plus sensibles, mais je pense que les pommades règleront le problème.

Tael se tourna vers elle. La vieille femme sourit tristement.

[???] - Je ne sais pas si l’information te concerne, mais il est probable que te ne puisses plus enfanter une fois remise. Ton bas-ventre a subit des dommages importants.

Tael absorba les informations nouvelles, puis ferma les yeux. Elle n’avait jamais pensé faire un autre enfant, pour la raison simple qu’elle ne se voyait avec aucun autre homme. Pourtant, cette nouvelle la dérangea, quelque part.

[???] - Ton visage a été touché, mais tes yeux sont épargnés ainsi que tes oreilles. Globalement, tu t’en tire bien.

Tael hocha faiblement la tête.

[???] - Je m’appelle Edea.


Dernière édition par Akogare Hyuuga le Lun 26 Jan - 19:06, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Statues   Lun 23 Avr - 0:19

[Suite de Tael.]

Cela faisait deux semaines que Tael était avec Edea. Elle pouvait désormais se lever et éprouver ses muscles endoloris à l’intérieur de la petite cabane. Les marques sur son corps disparaissaient peu à peu, la vieille femme affirmait que sous le soleil, elle s’évanouiraient totalement, même les plus profondes. Elles étaient optimistes. La douleur si soudaine n’était plus qu’un souvenir diffus, presque un rêve, avec la même impression de corps volage et insaisissable. Tael n’essayait pas de l’attraper.

Elle était assise sur une couverture étendue au sol, le dos contre les planches étonnamment chaudes de la pièce. Les yeux clos, elle écoutait les crissements des piloris et du bois sur lesquels la bâtisse était posée. Edea était agenouillée au milieu de petites pierres colorées et avec un soin minutieux, elle disposait sur le sol un carré de tissu blanc. Elle eut un grognement discret, Tael s’approcha.

La vieille femme ordonna les cailloux sur la surface préparée. Elle indiqua du doigt le point central, une bille rouge.


[Edea] – C’est toi.

Edea pouvait fournir des renseignements uniques sur d’innombrables choses. Tael avait traversé le marais pour cela. Elle savait qu’elle aurait besoin des indications de son hôte pour espérer avoir une chance de retrouver la trace de sa fille et déjà, elle avait payé le prix pour cette information.

[Edea] – Mais tu ne peux pas être seule, tu auras des alliés, et plus que tu ne le crois.

Elle déplaça une minuscule pierre bleue près de la rouge, ainsi qu’une autre, grise. Une dernière aux teintes rosées fut disposée non loin, s’en toutefois toucher les autres.

[Edea] – Je ne peux te dire où chercher, mais ne t’éloigne pas de l’eau.

Les jours s’écoulèrent, mais un matin Tael sentit qu’il était l’heure de partir. Elles étaient toutes deux sur le pas de la porte, l’air était tout de suite plus étouffant et nauséabond. Il y avait quelque chose de profondément mort dans ce marais. Elles n’échangèrent que peu de mots, Tael repartit en empruntant la voie des arbres.

Elle quitta le marais avec soulagement et rejoint le soleil. Elle courait sur les chemins déserts, ses muscles se remirent en marche rapidement. A chacun de ses mouvements, elle sentait comme un vertige la menacer, mais avec une joie grisante elle le surmontait à chaque fois. Quand elle se sût prête, elle recommença à manipuler la réalité. Elle la distordait avec précision et fut satisfaite de ne pas avoir perdu une once de talent dans cet art.

Fréquemment la guerrière s’interrompait à l’ombre d’un arbre et s’autorisait un bref repos. Elle redécouvrait son corps dont les capacités étaient encore bien minces, et elle se surprit à s’imaginer en situation dangereuse. Est-ce que, dans son état de faiblesse, l’un de ces mystérieux alliés mentionnés par Edea se dévoilerait ?

Sa vie durant, elle avait à plusieurs reprises dû s’en remettre aux autres pour avancer. Non pas qu’ils étaient plus puissants qu’elle, ou plus compétent dans un quelconque domaine. Simplement, parfois, Tael sentait le besoin de trouver un regard pendant ses voyages, de sentir quelqu’un se battre à ses côtés et d’unir ses forces avec cette personne, comme un alchimiste le ferait de deux métaux.

La femme s’arrêta aux abords d’une rivière. Elle nettoya chacun de ses vêtements, encrassés de boue et de poussière et où l’odeur pestilentielle des marais persistait. Elle en profita pour se baigner et se laver ses longs cheveux qui, par mèches entières, étaient collés les uns aux autres. Elle ouvrit une minuscule fiole de son manteau et se versa le contenu sur le corps, le léger parfum qui s’échappa la fit aussitôt sourire. Elle sortit après près d’une heure et s’étendit dans l’herbe près de ses vêtements qui séchaient, mollement balancés par le vent doux. Du doigt elle traça les rares lignes encore vaguement grisées qui traversaient sa peau. Deux lignes parallèles se disputaient les cuisses, mais autrement, le bilan fut rassurant.

Elle se rhabilla en vitesse. Il lui sembla que le relent répugnant s’était dissipé de son manteau. Le tissu de sa chemise lui collait à la peau mais elle préféra reprendre sa route.

Le jour suivant, elle arriva aux abords d’un village. Un jeune homme portait un sceau. Son regard rencontra celui de la guerrière qui lui adressa son plus charmant sourire. Il s’arrêta.

Tael s’approcha lentement, tout en observant les bâtiments devant elle.


[Tael] – Bonjour. Peut-être pourriez vous m’aider, je me demandais où j’étais exactement.

Le jeune homme haussa les sourcils, ses joues semblèrent s’empourprer légèrement.

[Homme] – Vous êtes à Kujiro.

[Tael] – Ah… La mer se trouve loin ?

[Homme] – La mer ? Euh, non, pas trop.

Il se tourna et indiqua la route qui traversait le village du bras.

[Homme] – Continuez votre route, suivez le sentier et vous trouverez la première ville portuaire. Mais, je vous le conseille pas. Même si les cités sont protégées, il n’est pas rare que les villages souffrent de bandits et pirates.

Tael sourit.

[Tael] – Ce serait fâcheux. Mais j’y jetterai un œil, merci.

Elle utilisait toujours la réalité à son compte. Aussi loin qu’elle se rappelait, elle avait toujours eu ce pouvoir de manipuler la réalité. Kaban et karasu l’avaient également. Elle avait mis énormément de temps avant de parvenir à l’utiliser correctement, aujourd’hui elle pouvait l’utiliser sans y penser. Cependant, karasu avait toujours était meilleur que Kaban et elle. Il plier la réalité à sa volonté et parvenait même à interférer sur le modelage de ses compagnons. Il disait que pour réussir, il fallait oublier sa propre réalité, oublier son existence et ses souvenirs pour se consacrer totalement à cet art. Tael n’avait jamais réussi à suivre ses conseils.

Quelques heures plus tard, elle sentit un vertige plus violent la surprendre. Elle décida de s’arrêter dans un bosquet, légèrement à l’écart du chemin principal. Elle ôta son manteau et s’endormit rapidement.

Un craquement.

Tael ouvrit les yeux, sa main s’était portée à sa taille. Elle sourit de ce vieux réflexe, quand bien même elle n’avait plus d’armes. Elle était étonnée d’une telle sensibilité. Ses yeux détaillèrent les alentours, incapables cependant de trouver la source de son réveil. La guerrière se rassura, il n’y avait rien qui puisse éveiller sa prudence.

Elle reprit sa route le lendemain matin.

Tu penses au moment très précis où ta fille se trouvera devant toi. Ce moment où tu devras prendre la parole, où tu devras justifier une absence de quinze années. Plus ? Tu ne sais pas, tu as perdu le compte. Tu n’as jamais essayé de savoir. Beaucoup seraient ceux à te juger mais qu’importe ? Ils ne sont pas toi. Tu es Tael.

Elle atteint la première ville deux jours plus tard, en fin d’après-midi.

MessageSujet: Re: Statues   Sam 5 Mai - 23:08

[Tael]

La porte d’entrée de la ville était encore ouverte malgré l’heure tardive. Tael pénétra par la large route pavée qui surlignait l’allée principale. De nombreuses lumières colorées se suspendaient aux toits et aux murs des bâtisses environnantes, sous formes de lampions ou de grandes guirlandes. Les habitants avançaient sans se voir, ils savaient où ils allaient.

Ce n’était pas la première fois que Tael côtoyait les villes. Elle y avait vécu quelques années auparavant, mais elle s’en était détournée au profit de Konoha. Elle aurait pu s’y accoutumer, cependant sa vie était ainsi faite qu’elle était condamnée à avancer toujours plus loin.

Le bruit des vagues excitait ses sens depuis quelques minutes, elle dirigea ses pas dans cette direction. Tael arrêta ses pas sur l’éminence rocheuse qui dominait la vaste plage. La mer était là et elle scintillait tristement sous les pâles rayons de la lune. De rares couples étaient toujours étendus à profiter de la solitude artificielle qu’ils trouvaient là. Tael ôta ses chausses et s’aventura sur la plage.

Le sable était encore chaud sous ses pieds, les coquillages crissaient doucement. Tael ferma les yeux un instant et s’assit. Ses cheveux dansaient autour d’elle tandis que les vagues s’écrasaient paisiblement sur la berge, avec cette fatalité fascinante. La femme se laissait bercer par les murmures qui l’environnaient. Pour la première fois depuis longtemps elle bénéficiait d’un moment pour elle. Ses doutes s’évanouirent d’eux-mêmes, son inquiétude suivit. Elle sentait une réserve de force tourbillonner au fond d’elle, cette réserve elle l’avait préparée depuis plusieurs années. Désormais, il s’agissait de l’utiliser.

Elle se leva apaisée. Les voyages trop longs la troublaient, mais toujours les hiatus citadins qu’elle se permettait la régénéraient. Alors qu’elle progressait parmi les larges rues, une enseigne attira son attention. Elle avait aperçu plusieurs affiches criardes et vulgaires qui ne convenaient en rien à ses exigences. La plupart des gens, de ce qu’elle avait remarqué, s’arrêtaient à la première gargote venue alors que pour un prix équivalent, des endroits remarquables éclosaient à l’abri de la masse.

C’était, aujourd’hui au moins, ce genre d’endroit que Tael cherchait.

Elle pénétra dans le bâtiment et sourit aussitôt. Architecture soignée, moderne sans paraître triviale, personnel souriant, le tout baignant dans une atmosphère sereine. Elle s’approcha du comptoir, un jeune homme la salua.


[Tael] – Bonsoir, je vous prendrai une chambre.

[Accueil] – Vous avez l’embarras du choix, peu de gens ont réservé cette semaine.

Elle s’en tira avec une chambre qui disposait d’une vue sur la plage. En montant les escaliers, elle trouva amusante l’idée de s’insérer dans un poncif touristique. Elle tourna sa clef dans la porte et entra. L’espace d’un instant elle s’interrompit, mais ses instincts de combattante reprirent le dessus. Elle n’était pas seule dans cette pièce. Les battements de son cœur s’accélérèrent sensiblement sans que son attitude ne diffère. Il était souvent plus commode de ne pas se montrer trop prescient quand on n’a pas toutes les cartes en main.

Tael ôta son manteau mais n’alluma pas la lumière. Elle ne tourna pas la tête, et se fia entièrement à ses autres sens. Aucune respiration, aucun mouvement mais elle sentait un regard posé sur elle. Il ne lui fallu que peu de temps pour trouver l’intrus, une ombre noyées dans ses semblables.

L’inconnu se sut découvert, sans toutefois esquisser le moindre geste. Tael sourit, rassurée.


[Tael] – Je n’ai pas l’habitude de me tromper de chambre.

La silhouette ne bougea pas. La femme alluma la lumière et se retourna vers le mur opposé. Une enfant la dévisageait sans cligner ses grands yeux bleus. Elle avait les cheveux sablés et des vêtements simples l’habillaient. Elle semblait sourire sans que cela ne soit affiché sur ses lèvres.

[Tael] – Tu attendais quelqu’un ?

La petite secoua la tête. Tael inclina la sienne sur le côté puis ouvrit la pote à sa gauche.

[Tael] – Je vais prendre une douche.

Elle se dévêtit sans prendre la peine de verrouiller sa porte. La petite fille ne lui voulait pas de mal. Elle prit un long bain et manqua s’assoupir sous la caresse de l’eau. Ni elle ni ses vêtements n’avaient particulièrement souffert du voyage, mais sentir l’eau l’entourer l’aidait à se concentrer. Un long moment après, la femme sortit dans une robe de chambre chaude. L’enfant était toujours là, elle s’était cependant mue à la fenêtre grande ouverte.

Son visage était légèrement relevé vers les cieux illuminés d’une clarté stellaire. Ses cheveux s’agitaient autour d’elle, comme animés d’une vie propre. Tael s’assit sur un coin de son lit et observa son reflet dans la glace.


[???] – Tu es plus jolie que je ne le pensais.

La petite fille pivota dans sa direction et fendit d’un large sourire.

[???] – Mais je croyais que tu ne viendrais plus.

Le visage de Tael ne trahissait aucune des pensées qui l’agitaient, elle avait appris avec le temps à composer un visage neutre lorsqu’il le fallait.

[Tael] – Tu as un nom ?

L’enfant hocha la tête.

[???] – Ashe. Et toi ?

Les lèvres de la femme s'étirèrent.

[Tael] – Tu ne sais pas tout de moi ? Je suis un peu déçue.

Ashe sourit derechef.

[Tael] – Tu peux m’appeler Tael.

Elle s’allongea plus à son aise dans son lit, ses paupières se fermèrent. Le matelas sur sa droite se courba, la petite était dessus. Sa voix, étonnamment douce pour son âge, articula les deux syllabes soigneusement.

[Ashe] – Ta-el. Mmh...

De longues secondes de silences furent interrompues par Tael.

[Tael] – Tu as de la famille ?

Elle ouvrit un œil. La petite fille s’était assoupie. La femme soupira, éteint la lumière puis se coucha à son tour après avoir tiré une couverture sur les épaules de l’enfant.


***


Il lui sembla ne s’être écoulé que quelques heures lorsqu’elle ouvrit de nouveau les yeux. Tael se redressa et aperçu Ashe au balcon.

[Ashe] – Je compte t’accompagner.

Etrangement, cela ne surprit pas la guerrière. Elle sentait que toutes mises en garde ne parviendraient à faire attendre raison à la petite. D’autant qu’un sentiment insolite l’assaillait désormais, à la lumière des jeunes rayons du soleil et de sa nuit de repos. Ashe, de tout son être, n’était pas commune. Et quand elle se tourna vers elle, un rayonnant sourire aux lèvres, cette impression explosa en elle.

[Tael] – Tu sais où je vais ?

Ashe secoua négativement la tête.

[Ashe] – Mais tu me montreras en chemin.

Tael ne put savoir exactement pourquoi mais elle ne s’y opposa en rien. Elles sortirent ensembles de l’auberge, personne ne s’étonna de les voir. Elle quittèrent la ville qui renaissait curieusement, quand bien même n’était-elle jamais réellement morte.

MessageSujet: Re: Statues   Mer 9 Mai - 15:16

Tael et Ashe s’étaient arrêtées aux abords d’une rivière, alors que le soleil s’évanouissait. Il faisait frais, le vent s’était levé un peu plus tôt dans l’après-midi sans toutefois les gêner dans leur progression. Tael était assise à même le sol avec dans son dos l’un de ces buissons qui pullulaient près des massifs montagneux. Elle avait les paupières closes et profitait calmement des sonorités qui animaient les bosquets. La petite fille quant à elle jouissait des flots pour se baigner.

Quand elle revint, elle souriait. La nuit n’était pas tout à fait tombée bien que plus aucun rayon ne se risquait au-dessus des pics, plus loin. Les cheveux ruisselant, Ashe se rapprocha de Tael. Elle posa sa main sur le bras de la femme et la regarda droit dans les yeux.


[Ashe] – C’est comme ça que je t’ai reconnue.

[Tael] – Mon bras ?

Elle opina, son visage sembla se durcir.

[Ashe] – Je t’ai vu perdre.

Tael se contenta de hausser les épaules et s’allongea à terre. La petite ne la quittait pas des yeux, la guerrière reporta son regard sur elle.

[Tael] – Même aujourd’hui, je n’ai pas encore la réponse.

Ashe inclina son visage sur le côté.

[Tael] – Tenshi m’était elle réellement supérieure ? J’aimerai bien me battre de nouveau contre elle.

La petite sourit et se coucha contre elle, acceptant le manteau de Tael sur ses épaules. Elles ne dirent rien un long moment, bercées chacune de leurs souvenirs, quand finalement, Ashe murmura.

[Ashe] – Même avec un seul bras ?

Tael ne répondit pas et laissa la petite s’endormir. Un sourire hantait toutefois ses lèvres. Pour elle, cela faisait un moment qu’elle avait dépassé les considérations numériques.

***


La sérénité de Tael s’effaça le matin du troisième jour. Les deux voyageuses n’avaient croisé que peu de personnes sur les chemins, en grande partie parce que la femme s’ingéniait à n’user que des sentiers détournés et plus courts. Toutefois, aujourd’hui, quelque chose l’angoissait. Elle avait appris à écouter ses instincts, quoique son expérience lui permettait de ne pas les laisser la dominer.

Ashe ne semblait pas l’avoir remarqué, mais Tael n’accordait que peu de crédit à ce qu’elle percevait de la petite fille. Elle n’était pas commune.

Elles s’étaient arrêtées dans la forêt, en pleine ascension d’un mont revêche. Ashe s’était écartée.


[Tael] – Attends-moi là. Je reviens.

Tael savait à présent où était celui qui tentait de les suivre. Il y arrivait admirablement. Elle quitta le sentier tracé pour couper à travers les arbres colossaux. Son manteau survolait les fougères et autres branches téméraires. Lorsqu’elle s’arrêta enfin, son regard se porta vers les cieux, cachés par l’épaisse ramure des végétaux.

[Tael] – Vous êtes inconséquent.

Sa voix se perdit, tandis que ses sens essayaient en vain de l’informer. Une ombre la fit sauter en arrière, sa main s’était naturellement portée à son flanc.

[???] – Désarmée, estropiée, lente.

Il y eut un éclair flou et coloré qui la foudroya puis un bref tumulte où les corps s’entremêlèrent.

Tael était encore intouchable.

Son adversaire se tenait plié en deux, à quelques pas d’elle alors qu’elle le dévisageait et se redressait. Il avait les traits jeunes, ses cheveux coupés ras le rajeunissaient encore. Son arme, un katana, était dressée devant lui. Il sourit tout en reprenant sa respiration.


[???] – Ton voyage s’arrête ici.

Il frappa l’air de sa lame, et propulsa sa main libre en avant. Tael fronça les sourcils mais ne parvint pas à éviter la vague puissante qui s’écrasa contre sa poitrine. Son souffle s’évanouit. L’homme reprenait. Tael utilisa les arbres tout autour d’elle pour s’élever de quelques mètres. Elle passa en revue les différentes actions qui pouvaient lui permettre de se sortir de cette situation étrange. Elle ne connaissait pas cet homme.

Quelque chose lui disait qu’il avait déjà épuisé une partie de son répertoire, mais par mesure de sécurité, Tael préférait ne jamais trop spéculer sur ses ennemis. Et ainsi, ne pas prendre de risque.

Elle retomba à terre, sa paume se posa sèchement sur le sol légèrement humide.


[Tael] – Kaonashi No Han ! Venez à moi, Sombres Guerriers !

L’homme se tourna, tendu à l’extrême et déjà prêt à lancer une nouvelle offensive. Mais l’attitude de la paume de Tael s’élevait de lentes colonnes mauves qui, bientôt, s’étendirent tout autour d’elle. Le regard brûlant de la guerrière ne le quittait pas. Une goutte de sueur roula sur sa joue et s’écrasa à terre. Elle se redressa alors et une explosion violette s’échappa.

Lorsque la fumée se dissipa, huit silhouettes encapuchonnées encadraient Tael. Elles étaient drapées dans de lourds manteaux rouges et quand elle ôtèrent leurs capuches, l’homme grimaça en apercevant les visages lises et vides de ses adversaires. Simultanément, elles sortirent leurs armes blanches.

Les cheveux de Tael dansèrent au moment où les Sans-Visages s’élancèrent contre l’homme. Ce dernier fut incapable de lire leur stratégie jusqu’au moment où ils furent sur lui. Il était doué, toutefois les Sans-Visages étaient une catégorie d’ennemis bien étrange. Tous étaient des guerriers que Tael avait par le passé occis et qui aujourd’hui ne pouvaient plus que la servir.

Certains lui avaient donné beaucoup de mal.

L’homme était lacéré en plusieurs endroits. Il tournoyait sur lui-même pour laisser à chaque fois de nouvelles lames le mordre. Il mit un genou à terre, le coin de sa bouche saignait.


[Tael] – Arrêtez-vous.

Les Sans-Visages interrompirent leur geste et se reculèrent d’un pas. L’un d’eux pivota vers Tael.

[???] – Si tu ne l’achèves pas, il reviendra.

Elle s’approcha et poussa doucement le corps massif du guerrier rouge. Celui-ci, comme de mauvais gré, s’écarta.

[???] – Tael. La pitié ne te sied pas.

Elle ne répondit pas et d’une poigne ferme remit l’homme sur ses pieds.

[Tael] – Tu es trop faible pour moi. Ne reviens pas.

Elle se détourna et fut aussitôt suivie par ses gardiens. Le plus grands d’entre eux siffla. Sa voix ne s’imposait pas à la façon des humains, elle agissait presque comme un parfum inodore qui berçait ceux qu’il effleurait.

[???] – Un jour, tu seras à nous toi aussi Tael. Et tu paieras.

Elle sourit.

[???] – Même pour un être aussi chétif tu as besoin de notre soutien. Nous ne répondrons plus qu’en cas de strict nécessité.

[Tael] – Sans-Visage, tu as déjà échoué à me vaincre. Quelque soit la configuration, tu échoueras de nouveau.

Un sifflement transperça les oreilles de Tael.

[???] – Nous étions seuls quand tu nous as abattus. Nous sommes nombreux désormais, grâce à toi. Tu as semé toi-même les graines de ton tourment. Prie pour ne jamais mourir.

[Tael] – Si je meurs, vous disparaîtrez. Et vous vaincre ne représenterait pas une tâche aussi délicate que tu ne le penses. Dis-toi bien que ni toi, ni aucun de ceux qui te suivent n’avaient encore vu mes capacités réelles.

Son sourire se renouvela.

[Tael] – Je n’en ai pas eu besoin pour vous.

Le Sans-Visage conserva le silence jusqu’à ce qu’ils arrivent à une petite clairière. Ashe était là, son regard azuré passait sur chacun d’eux et s’arrêta sur celui de Tael.

[???] – Pourquoi nous avoir appelés alors ?

[Tael] – Pour vous rendre votre liberté.

Ses yeux restèrent plantés dans ceux de la petite fille alors qu’elle poursuivait, devançant le Sans-Visage.

[Tael] – J’ai pris vos vies et j’ai mangé votre mort. Repartez-en paix pendant qu’il en ai encore temps.

Un silence lourd accueillit ses paroles, puis l’un des guerriers disparut dans un nuage mauve. Derrière lui, un vague murmure d’adieu retentit. Trois autres partirent ainsi, dans le dos de la guerrière. Deux autres s’inclinèrent doucement puis s’effacèrent. Tael sourit mentalement, ces deux-là lui avaient donné du mal.

Mais les trois autres demeurèrent. Le Sans-Visage qui, jusqu’alors avait parlé, s’exprima derechef.


[???] – Je ne te lâcherais pas Tael. Je reste à ton service. Et quand tu mourras, je serais là.

Il s’évapora à son tour. Tael se tourna vers les deux derniers. Ils étaient similaires aux autres, leur visage avait été comme gommés et ils n’avaient pas rangé leurs armes.

[???] – Nous acceptons l’indépendance. Mais nous l’emploierons pour te protéger. Et tu en as besoin.

Les deux silhouettes s’inclinèrent, une fumée violacée les effaça. Ashe ne dit rien, elle sourit simplement et se tourna pour emprunter le sentier qui s’enfonçait dans les bois. Tael la suivit.

Avant même que la nuit ne tombe, elles avaient atteint la première étape de leur voyage. Au bas d’une immense falaise, un petit village côtier prospérait. La définition ressemblait à ce qu’avait laissé entendre Edea. Elles ne descendirent toutefois pas immédiatement, Tael préféra monter un camp ici pour n’y descendre que le lendemain.

MessageSujet: Re: Statues   Dim 13 Mai - 19:18

Ashe ne posa aucune question jusqu’à un point avancé de la nuit. Elles étaient toutes deux éveillées, couchées sur le dos à observer la progression des nuages qui s’étiraient dans le firmament. Tael s’était ainsi placée afin d’avoir le village dans sa ligne de vue, si elle se tournait sur le côté. Les quais étaient encore animés, des lumières scintillaient et s’évanouissaient tour à tour. Quelque chose la poussait à descendre dès maintenant toutefois elle tempérait ses sentiments. Elle sentait qu’il fallait encore attendre un peu.

[Ashe] – Tu sais qui c’était ? Celui qui t’a attaqué.

[Tael] – Non. Rien n’indique qu’il me connaissait.

La petite fille se tut un long moment. Elle ferma les yeux et Tael la suspecta de s’être assoupie. Mais finalement, après de longues minutes, elle murmura.

[Ashe] – Et ceux qui t’accompagnaient ?

[Tael] – Des amis. Des anciens amis, pour être précise.

Elle renifla.

[Ashe] – Ils sentaient la mort.

La femme haussa les épaules, quoique dans sa position les effets fussent négligeables. Le sommeil grattait aux portes de son esprit, elle ne lutta pas plus avant.

[Ashe] – Tu n’as plus besoin d’eux maintenant.

Elle le savait ; peut-être l’avait-elle toujours su.

***


Les maisons autour d’elles avaient un aspect délabré et le bois qui les composait était rongé en de multiples endroits. C’était certainement l’œuvre du vent salin qui malgré l’heure matinale sévissait déjà dans les larges rues. Le manteau de Tael claquait sèchement, ce qui attirait quelques regards curieux sur cet étrange couple. Les habitants parlaient facilement et sans peur, mais aucun ne parvint à éveiller l’intérêt de la femme. Pourtant, elle était persuadée que quelque chose allait se passer dans le courant de la journée, quelque chose qui pourrait lui donner une nouvelle direction.

Elles s’assirent à la terrasse d’une petite auberge et commandèrent à boire et à manger. Ashe observait les flots que l’on devinait plus loin, entre les maisons resserrées. Ses pieds se balançaient faiblement et un scintillement attira le regard de Tael. A la cheville de la petite, une boucle argentée reflétait les rayons du soleil. Elle la toucha d’un doigt, Ashe sursauta.


[Tael] – Désolée.

La petite sourit.

[Tael] – Cela représente quoi pour toi ?

Elle leva son pied et caressa la boucle.

[Ashe] – Un souvenir.

Elle se tut un long moment, un homme vint apporter leur commande. Tael buvait lorsqu’elle reprit.

[Ashe] – De mes parents, je crois. Mais je ne me souviens pas d’eux, seulement de cette boucle.

Ashe reposa son pied à terre. Sa main remonta le long de sa jambe nue et s’arrêta sur le tissu qui enserrait le haut de ses cuisses. Elle haussa finalement les épaules et s’intéressa de plus près à son repas.

Tael se souvenait de ses parents et de son enfance. Avec les années, les détails s’étaient estompés pour ne plus laisser que des fragments, de vagues images qui papillonnaient toujours dans son esprit. Mais de ses parents, elle aurait pu dessiner leurs traits avec une précision parfaite. Ils avaient toujours vécu dans un petit village très au nord, sur un mont par ailleurs inhabité. C’était un village de guerrier et c’est très naturellement que Tael s’intéressa à son tour aux armes. Elle se souvenait encore des duels qui l’avaient opposée aux meilleurs combattants du village. Même ses maîtres ne parvinrent bientôt plus à mettre leur élève en difficulté. Ils disaient que c’était parce qu’elle ne faisait jamais de concessions, parce que quand elle se battait, elle mettait toute sa vie dans la balance, sans aucun regret.

Pourtant, elle se remémorait ses défaites avec plus de netteté que ses victoires. Non pas parce qu’elles étaient moins nombreuses mais parce que chacune d’elle avait peu à peu pris une symbolique propre. Kaban, son amant d’alors, avait réussi à la battre une unique fois. Elle sourit et toucha son cou, à l’endroit exact où l’acier froid de l’homme s’était posé.


[Ashe] – Tu as des souvenirs sur toi aussi, non ?

Tael fut tirée de ses pensées, ses cils battirent un instant avant que son attention ne se reportât sur la petite fille. Elle hocha la tête.

[Tael] – Plusieurs oui. Mais tu dois les connaître.

La femme sourit. D’une façon ou d’une autre, Ashe avait de nombreuses informations sur elle. C’était peut-être l’une des raisons pour lesquelles Tael avait accepté qu’elle l’accompagne jusqu’ici. Mais elle n’essayait pas d’en savoir plus ; elle ne détestait pas les mystères.

Elles repartirent une fois leur repas terminé. Le soleil était haut dans le ciel, il devait être un peu plus de midi. Ashe était devant, ouvrant la marche vers la mer. A la vue des eaux, elle courut dans le sable et s’enfonça jusqu’à la taille. Elle se tourna vers Tael et, radieuse, lui demanda.


[Ashe] – Tu viens ?

Cette perspective ne la tentait pas outre mesure. Elle secoua la tête en souriant et s’assit sur un rocher. La petite haussa les épaules et plongea sous la surface. La prudence aurait voulu que Tael l’avertisse des dangers de nager ainsi vêtue, en dépit de la chaleur et des flots parfaitement calmes. Mais son instinct lui soufflait de se tenir tranquille. Quelques secondes plus tard, Ashe réapparut d’un bond, les bras le long du corps, puis elle plongea de nouveau.

Tael mit se temps à contribution pour réfléchir. Si rien ne se passait aujourd’hui, elle n’aurait d’autre choix que d’attendre. Elle était angoissée de ne pas être au bon endroit lorsque l’événement se déroulerait, elle tenta toutefois de se rassurer. Elle avait confiance en elle.

Ashe revint vers elle environ une heure plus tard, ruisselante mais heureuse. Tael lui proposa son manteau, elle accepta. L’eau coulait sur le cuir, les longs cheveux de la petite inondaient ses plis. Elles retournèrent à l’auberge et louèrent une chambre pour une journée.

Une fois arrivées dans la pièce, Ashe déposa le manteau pour se diriger vers la salle de bain. Tael se changea, revêtant une veste plus légère un pantalon qui s’arrêtait aux genoux et sortit de nouveau. Elle marcha longuement à travers le village. Lasse, elle s’assit sur une barrière devant l’un des plus grand bâtiment du village. Elle observait les rares passants et se demandait si un événement quelconque allait pouvoir agiter un tel endroit. Elle sentit la présence d’une personne et se tourna aussitôt.

Un homme s’adossa juste à côté d’elle. Il semblait jeune, sans qu’elle ne puisse toutefois lui attribuer un âge précis. Un bandeau rouge couvrait ses yeux et se perdait dans sa longue chevelure. Il n’était pas richement vêtu, une veste à moitié ouverte sur son torse que terminait une large ceinture également rouge, et un pantalon noir. Il sourit.


[???] – Je me demandais ce que faisait une jolie femme ici.

Il se tourna vers Tael.

[???] – Et comme je me doutais que vous ne viendrez pas de vous-même vers moi, j’ai préféré prendre les devants.

[color=green]Elle lui retourna son sourire.


[Tael] – J’attends, murmura t-elle.

[???] – Une activité originale.

[Tael] – Et inhabituelle.

Elle se tut. L’homme avait un visage fin et avenant.

[???] – Vous n’êtes pas d’ici, je me trompe ?

[Tael] – Non.

Elle ne jugea pas utile de fournir des informations à un étranger. Il n’en prit pas ombrage et hocha la tête.

Il changea de sujet.


[???] – Je m’appelle Kahei.

[Tael] – Tael.

Il lui effleura la main et opina de nouveau. Elle sourit.

[Tael] – Vous êtes aveugle de naissance ?

[???] – Oui. Vous n’avez qu’un bras de naissance ?

Tael ouvrit la bouche mais ne parvint pas à parler. Elle se reprit et murmura d’une voix égale.

[Tael] – Non. C’était un accident.

Il rit doucement, sans qu’aucune intonation moqueuse ne perce.

[Kahei] – Ne vous justifiez pas.

Il se recula d’un pas et se fendit d’une révérence gracieuse.

[Kahei] – Tael, ce fut un plaisir. Je vous suggère d’aller prendre quelque repos, les journées sont calmes par ici. Mais les nuits, parfois, réservent de surprenantes choses.

Il se détourna et s’éloigna d’un pas lent. Tael ne put détacher son regard de sa silhouette jusqu’au moment où elle disparut dans une ruelle.

Elle repartit à l’auberge. Ashe était à la fenêtre, elles parlèrent un peu avant que la femme ne s’enferme à son tour dans la salle de bain.


***


Elle se réveilla aussitôt. Ashe s’agita et ouvrit un œil alors que déjà Tael parcourait la chambre pour ouvrir la fenêtre et s’aventurer sur le balcon. Plus loin, sur les quais, un incendie dévorait un entrepôt.

[Tael] – Je reviens Ashe.

Sans même penser à son manteau, elle descendit les marches quatre à quatre et courut dans les rues. Des lumières s’allumaient sur son passage, des têtes sortaient des fenêtres et interrogeaient le voisin. Mais Tael continuait à courir sans s’arrêter, refermant les boutons de sa chemise.

Ses pas claquèrent sur les planches des quais. Elle évitait les marins qui criaient et s’enfuyaient.

Tael tourna la tête pour voir deux navires étranges. Le premier avait une planche de disposée qui permettait le passage de personnes armées. Le second était plus loin, sa silhouette sombre se découpait à l’horizon.

Il s’agissait de pirates. Tael le comprit lorsque les hommes en armes tirèrent une femme par les cheveux. Ils prenaient d’assaut les quais et embarquaient de force leurs occupantes geisha, massacrant toutefois les marins qui s’interposaient. L’un d’eux se plaça face à Tael, un sourire narquois déformait ses lèvres. Elle frappa sous son sternum. Il lutta pour reprendre son souffle, mais un coup bref dans sa carotide le délivra de tout effort. Tael poussait brutalement ceux qui se mettaient en travers de sa route.

Sur le pont avant du navire, un homme était dressé et donnait des ordres à ses hommes. Il avait dû remarquer le mouvement de Tael car déjà il faisait manœuvrer pour quitter les quais.

Trois guerriers barrèrent la route de la femme, leurs lances dressaient comme un défi muet. Elle le releva. De sa main droite elle saisit le milieu d’une pique et força dessus jusqu’à la briser. Son élan la projeta contre un autre homme, qu’elle gratifia d’un coup rapide du poing gauche dans les reins. Ils n’étaient que très légèrement protégés. Tael fit tournoyer son arme et, pivotant, elle l’enfonça dans la gorge du pirate le plus excentré.

Le bateau commençait à s’éloigner, la planche tomba à l’eau. Il était suffisamment petit pour pouvoir manœuvrer rapidement, et cela jouait en défaveur de Tael. Elle planta le fer de son arme sous le menton du dernier homme et le fit basculer d’une chiquenaude. Elle évita avec adresse les cadavres qui gisaient à terre et les larges flaques glissantes mais le bateau s’était déjà éloigné de plusieurs dizaines de mètres. Des tireurs essayèrent de l’atteindre, mais leurs projectiles étaient trop lents pour inquiéter la guerrière. Tael se détourna et aperçut Ashe, au côté de laquelle reposaient toutes leurs affaires.

La femme sourit.


[Tael] – Oui, j’ai l’impression que l’on part ce soir.

MessageSujet: Re: Statues   Jeu 17 Mai - 15:48

Un marin avait accepté de céder son navire pour une poignée d’argent. Tael avait préféré le lui acheter car elle se doutait que c’était son dernier passage dans ce petit village. Elle avait placé le mat, aidée par l’ancien propriétaire et la voile sombre était à présent gonflée par le vent, sans qu’il ne soit utile d’utiliser les rames. Il n’était pas dans ses intentions de rattraper les deux navires incendiaires, cela faisait longtemps qu’ils n’étaient plus en vue. Néanmoins, elle guidait son propre bateau selon la direction prise. Son instinct puissant s’était réveillé et, quand bien même il était incapable de retrouver précisément la piste de sa fille, il savait au moins où se situaient les pirates et où ils allaient.

Ashe était couchée sur le ventre, une main nonchalamment plongée dans l’eau. Elle semblait chantonner et agitait ses pieds en cadence. Tael sentit un sourire s’épanouir sur ses lèvres, elle s’assit et tendit l’oreille.


[Tael] – Je connais cet air.

Ashe lui jeta un coup d’œil et reprit d’une voix plus forte, comme pour inciter la femme à la suivre. Mais elle n’en fit rien, trop occupée à se laisser bercer par les mots. Quand la voix d’Ashe mourut, elles se dévisagèrent. Quelque chose s’était brusquement réveillé chez Tael, un pressentiment ou plutôt, la confirmation d’un fait qu’elle supposait depuis le début. Mais elle ne pouvait toutefois en être certaine. Pas encore.

Ashe se redressa sur un coude et leva son bras. Elle observa les gouttes d’eau glisser le long de son bras et retomber dans son cou, sur ses vêtements. Elle secoua la tête et s’assit.

Deux heures plus tard, le soleil se levait. Bientôt ses rayons se reflétèrent sur la mer et aveuglèrent les passagères. La petite se coucha dans le fond de la barque et s’assoupit. Se fiant à ses sens, Tael décida de suivre son exemple et s’endormit à son tour.

Elle n’aurait su dire avec exactitude ce qui l’avait réveillé. Le début de pluie, le mât qui grinçait ou tout simplement le tangage incessant du bateau. Mais ses grands yeux noirs s’ouvrirent et restèrent fixés sur les planches courbes un long moment, tandis qu’elle essayait de saisir tout bruit ou mouvement suspect. Quand elle se redressa, Ashe se reposait toujours et rien n’avait changé à l’horizon. Bleu et blanc.

Elle s’étira, et prit un soin particulier à sentir chacun de ses muscles récupérer la pleine possession de ses moyens. Sa main se posa sur son masque, toujours suspendu à son flanc et elle pianotait machinalement dessus. D’après Edea, son voyage commençait réellement ici, sur les flots. Elle avait précisé qu’il se terminerait de la même façon.

Tael observa la voile. Le vent était parfaitement régulier et les poussait, visiblement, dans la même direction. C’était étrange, sans doute, mais elle n’y prêta pas attention. En plissant les yeux, elle voyait des monts se dessiner au loin. Elle s’assit et patienta.

La végétation luxuriante était visible à présent, elle dévorait la montagne et s’étendait même sur la plage. Tael manoeuvra de façon à éviter les massifs rocheux qui pointaient hors des eaux basses et elle contourna ce flanc du mont afin de parvenir de l’autre côté. Immédiatement, elle avisa l’un des bateaux. Le plus énorme. Il avait jeté l’ancre à plusieurs dizaines de mètres de la berge. Tael voyait des silhouettes s’agiter dessus sans que rien ne soit cependant visible sur toute la longueur de la plage. Elle fit tomber la voile et la roula dans un coin de la barque. Avec attention elle frôla les roches aiguisées pendant que Ashe s’éveillait à son tour. La coque avant s’enfonça lourdement dans le sable.


[Ashe] – On ne va pas sur le bateau ?

Tael enjamba le rebord de la barque et saisit d’un même mouvement son manteau.

[Tael] – Non. Ils n’ont rien à moi.

[Ashe] – Ils ont capturé des personnes.

La femme leva les yeux vers elle et sonda son regard. Elle sourit finalement et hocha doucement la tête.

[Tael] – Je n’ai pas dit que nous n’irons pas.

Elle partit en direction de l’orée de la forêt, bientôt suivie par Ashe qui ne cessa de se retourner vers la mer et le navire qui la défiait en silence. Tael repassa son manteau. Ce n’était pas tant par frilosité que par prudence. Il n’aurait pas été très adroit de revendiquer son absence d’armement, en cas de rencontre importune.

Mais les bois semblaient déserts de toute présence humaine. Seuls quelques animaux se manifestaient de temps à autre. Ashe se rapprocha de Tael et agrippa le bord de son manteau, et ne le lâcha plus. La femme s’arrêta une dizaine de mètre plus loin, l’oreille tendue.


[Tael] – On est proche.

[Ashe] – Des gens sont passés par-là.

Elles s’engouffrèrent hors de l’étroit sentier suggéré et pénétrèrent plus profondément dans la forêt. Tael essayait d’ignorer les lianes et autres fourrés sauvages, et cette entreprise était rendue plus aisée grâce au passage évident de personnes armées. Elles n’avaient aucunement essayé de dissimuler leur intentions, sans doute étaient-ils persuadés que nul n’oserait s’aventurer à les suivre.

Bientôt elles débouchèrent sur une vague clairière et le ciel leur réapparut enfin. Mais les yeux de Tael furent attirés par l’entrée d’une cavité à même le sol. Elle s’avança jusqu’à elle et tendit la tête à l’intérieur, prudente. Aucune lumière et aucun son n’en réchappaient.


[Ashe] – Ca doit mener à la montagne.

[Tael] – Plus loin je dirais. La montagne ne doit être que la base principale, mais je pense que la forêt au-delà est peuplée de ces gens.

Tael s’avança dans les ténèbres. Pendant peut-être huit minutes, aucune lumière n’éclaira leur chemin. Elle gardait l’une de ses mains sur la paroi humide et à intervalle régulier, elle devinait sous ses doigts une poutre épaisse qui soutenait le plafond de bois. Ashe ne l’avait pas lâchée et la suivait, la respiration sifflante.

[Tael] – Tout va bien, Ashe ?

Tael se tourna sans s’arrêter. Il lui était impossible de distinguer nettement les traits de son visage, mais quand elle passa le dos de sa main sur sa joue elle sentit de nombreuses gouttes de sueur.

Elle referma son bras autour d’elle et poursuivit sa route. Un rai de lumière leur apparut enfin. La guerrière entrebâilla la porte et jeta un coup d’œil, les sens en éveil. La pièce était vide, des flammes vacillantes couraient sur les murs, portées par de lourdes torches en fer. Tael passa et tira doucement Ashe.

Elles étaient bel et bien dans les cavernes de la montagne, vraisemblablement taillées par les hommes. Ces grottes tortueuses se présentaient comme un dédale, et dès l’entrée, plusieurs voies étaient proposées. Tael suivit la plus proche. La lumière se réverbérait à l’infini contre les pierres luisantes et illuminait leurs pas sourds. Bientôt, des signes de vies se manifestèrent. Des paquetages ouverts, des pierres noircies, des restes de nourriture. Tael ralentit sa progression. Des échos de voix leur parvenaient, faibles tout d’abord, puis de plus en plus nets. Tael chercha des yeux un objet et jeta son dévolu sur un bâton d’un mètre à peine, carbonisé de moitié et peu pointu.


[Tael] – Parfois je regrette mon sabre.

Ashe sourit. Elle était pâle mais paraissait plus solide que dans les tunnels noirs. Tael se positionna au coin d’un tournant. Les bruits de pas se rapprochaient, ses ennemis étaient certainement trois. Seuls deux parlaient. Le troisième semblait légèrement excentré sur la droite, c’était lui qui apparaîtrait le premier à Tael.

Il était très jeune, peut-être une quinzaine d’année, et tenait nonchalamment un sabre rouillé. Il écarquilla les yeux au moment où il avisa la femme mais celle-ci le faucha de son arme improvisée, il poussa un cri de surprise. Elle fit tournoyer son arme pendant qu’il tombait et bondit aussitôt sur les deux autres hommes. Ils reculèrent chacun d’un pas mais furent incapables de stopper les attaques précises de Tael.


[Homme] – Alerte !

L’épieu lui transperça la gorge, il tomba à terre dans un odieux borborygme d’agonie. Elle se tourna lentement vers son dernier adversaire, un homme trentenaire qui la menaçait de son arme tenue bout de bras.

Soudainement il la laissa tomber et s’enfuit à toutes jambes à travers la caverne précédemment parcourue par le couple. Tael ne s’essaya pas à le rattraper.


[Ashe] – Qu’est-ce qu’on cherche ?

[Tael] – Je ne sais pas. Sortir d’ici pour commencer.

[Ashe] – Tu voyages toujours comme ça ? Sans savoir où tu vas ?

Tael observa l’adolescent qui faisait semblant d’être assommé et secoua faiblement la tête.

[Tael] – Non. D’ordinaire, je voyage pour tuer. Ce voyage-ci est différent. Sortons.

Ashe lui emboîta le pas en silence. Si Tael était si pressée de sortir, ce n’était pas dans une optique d’économiser son temps. Elle était inquiète de l’état de la petite Ashe qui luttait pour ne pas tituber. Elle avait les yeux mi-clos et de lourdes gouttes humides roulaient sur ses joues blanches.

Elle lui saisit la main et marchait rapidement en prenant soin d’éviter les nombreuses patrouilles. Heureusement elle n’avait pas que son seul sens de l’orientation pour la guider, son instinct puissant aiguillait chacune de ses enjambées. Les cavernes se suivaient dans une triste immuabilité et Tael commençait à se demander si la sortie existait. Elle n’arrivait pas à déterminer si elle descendait ou si elle montait depuis qu’elle était entrée.

Une salle sombre attira son regard, sur sa droite. Ashe s’arrêta contre le mur mal taillé. Sa main tremblait et elle haletait, la bouche entrouverte.


[Ashe] – Deux minutes… S’il te plaît.

[Tael] – Bien sûr.

De plus en plus, ce qu’elle avait suspecté se confirmait. Mais le plus urgent était de rapidement sortir de cette montagne sinueuse et traîtresse. Toutefois, Tael était aimantée par cette pièce noire. Elle y dirigea ses pas et une fois sur le seuil, elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Ashe avait une main posée sur son genou et l’autre contre la paroi, ses longs cheveux tombaient sur son front. Elle respirait avec difficulté mais elle redressa faiblement la tête et lui sourit.

Tael rentra. Le monde fut comme étouffé. L’égouttement interminable qui ponctuait chacune des galeries était inaudible, la lumière avait été absorbée pour laisser place à un univers totalement noir. Elle se tourna, mais l’entrée qu’elle avait empruntée n’était plus là. La femme jugea plus prudent de ne pas se mouvoir dans l’immédiat, quoiqu’elle se doutait que ses yeux ne s’habitueraient pas à cette obscurité-là. Elle leva les yeux. Une tache violette s’épanouissait au-dessus de sa tête, dévorant millimètre par millimètre ce qui pouvait être un ciel ou un plafond. Il lui était impossible d’estimer la distance qui la séparait de la marque.

La couleur convergeait vers elle, parfois si lentement que Tael se demandait si elle ne s’était pas arrêtée et d’autres fois si vite qu’elle pensait l’explosion inéluctable. Mais rien ne se produisit lorsque la tache passa sous elle et que tout ce qui l’entourait s’était teint de violet. Elle fit un pas, sur un sol bien matériel, puis un autre. Elle réitéra. Un nuage orangé venait d’éclore devant elle, elle avança dans cette direction. Ses doigts rencontrèrent la forme vaporeuse et une étrange sensation d’humidité traversa ses membres. Elle essaya de retirer sa main. En vain. Les battements de son cœur s’accélèrent doucement, elle ferma les yeux. Un objet glacial toucha sa peau, elle manqua sursauter et, par réflexe, se saisit de la chose. Celle-ci ne se débattit pas, bien au contraire, et épousa la forme de sa paume. Lentement, Tael retira sa main, les yeux baissés sur ce qu’elle tenait. C’était comme un hochet pour enfant, en plus lourd, peut-être. Une boule de verre surplombait une fine tige de métal blanc. Ce qui piqua son intérêt c’était ce qui était enfermé à l’intérieur de le sphère. Un étrange spectacle se répétait inlassablement, comme par magie. Une femme était couchée sur une longue table, endormie certainement. Quelqu’un était debout, près de sa tête. Ses lèvres bougeaient, puis, lorsqu’elles se fermèrent, il porta sa main sous les plis de son vêtement pour en sortir un long couteau effilé. Il poursuivit sa psalmodie, la femme ouvrit brusquement les yeux et cria. Mais l’arme entamait déjà sa course vers son cœur et s’y enfonça jusqu’à la garde. Il disparut, son image s’effaça en profitant d’une soudaine tempête blanche. Quand celle-ci se dissipa, la table était vide. Quelques secondes après, les deux participants reprenaient leurs positions.

Tael leva les yeux de l’objet et tourna sur elle-même. Une porte était réapparut dans son dos. Elle s’y engagea et rangea l’objet dans l’une de ses poches intérieure.

Ashe était toujours là à l’attendre.


[Ashe] – Qu’est-ce que tu faisais ?

[Tael] – Je ne saurais le dire. Une sorte de voyage, je suppose. Cela fait longtemps que je suis absente ?

[Ashe] – Une heure. Un peu plus.

Tael lui prit la main et sourit.

[Tael] - Il est temps de partir, viens.

Après de longues minutes de course, la caverne s’élargit jusqu’à déboucher sur un paysage forestier qui rompit avec la monotonie des pierres. Ashe sourit et courut droit devant elle. Tael la suivit, mais à l’instant même où elle posa le pied dehors, son cœur se serra si violemment qu’elle crut défaillir. C’était quelque chose qui ne lui était plus arrivé depuis des années, quelque chose qui signifiait qu’elle venait juste de commettre une erreur. Une de ces erreurs si graves que les notions dualistes de vie ou de mort explosaient et que seul demeurait l’impératif de se souvenir de l’une et de repousser l’autre.

MessageSujet: Re: Statues   Dim 20 Mai - 12:50

Ashe la devançait de quelques pas à peine, néanmoins un coup prodigieux au niveau de son crâne la projeta à plusieurs mètres sur sa droite. Elle cria peut-être, quoique le choc avait été si violent et soudain qu’elle avait dû s’évanouir avant même de s’effondrer. Elle glissa sur le flanc contre les rochers plats et son corps inanimé manqua basculer dans le vide. Tael s’arrêta brusquement, les jambes fléchies. Son regard effleura Ashe puis se concentra tout autour.

Elle était sur un promontoire qui suggérait l’entrée – dans le cas présent – de la caverne. Des escaliers naturels avaient été creusés au fil des saisons et ils descendaient jusqu’à une gigantesque forêt. Il semblait probable que ce soit la même que celle de l’autre côté de la montagne.

Tael regretta de ne pas avoir pris de lame. Mais peut-être était-ce une symbolique encore trop forte pour l’instant. Elle avait juré de ne plus porter d’arme de sa vie, mais de plus en plus, sa promesse se retrouvait compromise. Il y eut un mouvement en hauteur, elle bondit en avant. Sa main frotta contre le sol et, d’un habile sursaut, elle se remit sur ses jambes. Mais de dos. Elle pivota moins d’une seconde trop tard, une force colossale lui percuta les reins. Elle fut propulsée dans les airs. La surprise excitait son système nerveux, elle était incapable de recourir à la manipulation de la réalité. Elle retomba lourdement entre les roches. Ses cheveux tombaient devant ses yeux, elle se releva d’une impulsion et se tint accroupie, sonnée.

La guerrière avisa Ashe, plus haut. Elle s’élança jusqu’à elle, consciente d’être nettement exposée aux intentions de ses ennemis. Un homme puissamment bâti se posa auprès de la petite fille évanouit, dans une garde aussi parfaite que le permettait configuration des lieux. Tael ne décéléra pas, d’une torsion agile elle se saisit d’une pierre et, en prenant soin de dissimuler la trajectoire du projectile, elle l’envoya aux jambes de son adversaire. Ce dernier se permit un sourire et d’un mouvement lent de son pied dévia la pierre.

Cette ouverture fut suffisante à la femme qui, du plat de la main frappa derrière le genou de l’homme, lequel plia légèrement. Aussitôt elle se redressa de toute sa taille, dans le dos du guerrier. Elle l’entendit clairement inspirer profondément, lucide quant au coup qui se préparé. Il tomba à la renverse, sa lame glissa de ses doigts. Tael envoya son bras avec une célérité précieuse. Sa main se referma sur le manche de la lame. Elle sauta hors de l’emprise de l’homme qui, déjà, envoyait ses deux poings en représailles.

Tael perçut les bruits des bottes qui martelaient les cavernes et du coin de l’œil, elle avisa de nouvelles silhouettes se découpaient en bas. Elle était sereine ; elle était armée.

L’homme fit l’erreur de se mettre à sa portée. Elle frappa d’estoc puis de taille, son bras puissant écarta une fois la lame, la seconde lui entailla légèrement le haut de la cuisse. Tael s’approcha d’un pas, de deux, puis transperça totalement le genou gauche de l’homme. Il hurla mais d’un coup sec, elle lui sectionna la carotide. Il tomba dans un gargouillis étouffé, mais déjà la femme ne lui prêtait plus la moindre attention. Elle se baissa sur le corps inerte d’Ashe et, du bout des doigts, vérifia le pouls de l’enfant. Régulier. Elle ne pouvait cependant la soulever correctement avec un seul membre et pressée par le temps.

Sa respiration s’accéléra. Un coup d’œil par-dessus son épaule lui apprit que les renforts étaient arrivés. Ils étaient neuf, puis douze. Ceux qui venaient par le bas mettraient de longues secondes supplémentaires, par la faute du revêtement rocheux trop abrupt tout au long de l’ascension. Tael se redressa et se présenta à ses opposants, son katana pointé sur le côté. Elle se mit en garde doucement, tous ses sens se concentrèrent sur le combat à venir. Elle redevenait ce qu’elle avait été plus jeune, il n’y a pas si longtemps : la plus parfaite incarnation du combat et son amante, la mort.

Le premier pirate la sous-estima. Il portait haut son arme, Tael n’eut qu’à porter une attaque fulgurante à sa poitrine puis à recula, reprenant sa position originale. Une étoile sanglante se dessina sur le chemisier de l’homme qui s’écroula par saccades. Elle para les fers de deux autres guerriers et se mit finalement en mouvement. Elle progressait parmi les corps des hommes et ne portait que de rares attaques, mais qui toujours se soldaient par une chute.


[???] – Cessez, je vous prie.

Tael esquiva une lame aventureuse avant de fuir d’un bond le mur qu’elle percevait dans son dos. Combattre tant d’adversaires dans un endroit exigu n’était pas dans ses habitudes, néanmoins ses…

[???] – Assez. La petite mourra.

D’une rapide succession de sauts, Tael s’éloigna des guerriers pour se rapprocher de la sortie. Elle était debout et tournait le dos à la forêt. A sa gauche une silhouette se dressait, l’éclat d’une lame brillait.

[???] – Navré d’en arriver à de telles mesures.

Elle se tourna vers lui. C’était un homme un peu plus grand qu’elle, une soigneuse chevelure blanche encadrait son visage calme. Il lui glissa un coup d’œil et sourit, ses yeux étaient d’un bleu troublant.

[???] – La femme au masque. Intéressant. Peut-être feriez-vous un adversaire convenable.

[Tael] – Essayons.

[???] – Certes. Mais j’ai des ordres.

Sans élever la voix et sans les regarder, il interpella les hommes derrière Tael.

[???] – Désarmez-la et déshabillez-la.

Son katana lui fut confisqué, ainsi que son manteau et des mains envieuses se glissèrent sous son chemisier. Elle ne quitta pas les yeux bleus de l’homme.

[???] – Hideo.

Il rangea son arme et se baissa pour soulever, très délicatement, Ashe. Sans un mot de plus, il descendit la pente. Les gardiens de Tael la poussèrent en avant, chargés de ce qui avait été ses possessions. Ils se dirigeaient, elle s’en aperçut peu après, vers le second navire de la dernière nuit, celui qui avait incendié les entrepôts.

***


Le navire était exceptionnellement propre. Tael depuis près d’une heure avait eu tout le loisir de le contempler. Il était difficile de l’imaginer fendre les eaux pour égorger et piller, toutefois, les apparences étaient quelque chose dont la guerrière avait appris à se méfier. Au vu de son infirmité, les pirates avaient été gênés pour lui lier les mains. Hideo avait écarté le problème d’un vague geste de la main, déclarant qu’elle ne partirait pas sans Ashe.

Ce qui était vrai.

Elle demeurait donc assise en tailleur, les chevilles prisonnières d’une chaîne si serrée qu’il lui était impossible de ne serait-ce que ce redresser.

Hideo sortit de sa cabine, Tael put apercevoir le corps d’Ashe avant que la porte de se referme. Elle avait toujours une moitié du visage rouge de sang séché. La guerrière conserva cependant un visage inexpressif. L’homme aux cheveux blancs posa son regard sur elle. Il avait une main posée sur la garde de son arme. Le fourreau était réellement magnifique, d’un plus sombre que traversaient des lignes noires irrégulières. Il se dégageait une certaine unité entre le porteur et la lame, tellement que Tael se demandait si elle avait bien un pirate face à elle, ou un réel bretteur.


[Hideo] – La petite va bien.

D’un signe discret, il ordonna à ses gardes de s’éloigner. Il se rapprocha du pont et se positionna juste aux côtés de sa prisonnière. Il plaça ses mains sur le rebord lustré et contempla la mer un long moment. Son parfum, à peine suggéré, parvint aux narines de la femme. Alors sans même s’en rendre compte dans l’immédiat, elle murmura.

[Tael] – Vous ne pourrez me retenir.

Il n’esquissa pas le moindre mouvement, le regard rivé sur l’horizon. Quand il baissa les yeux, se fut pour étudier ses mains qu’aucun ornement ne ceignait.

[Hideo] – Je n’en ai pas l’intention.

Tael n’aurait su dire si elle avait d’abord senti la lame sur sa gorge, ou bien si la pensée d’une telle chose avait avant tout traversé son esprit. Aucun son n’avait filtré quand le sabre avait quitté son fourreau. La guerrière ne put s’empêcher de trouver cela impressionnant.

[Tael] – Intéressant. Peut-être feriez-vous un adversaire convenable.

Un violent choc à la base du navire le fit tanguer. La lame de l’homme n’avait pas bougé, il la rangea cependant. Aucun signe de nervosité ne traversa son visage. Ses hommes s’agitaient à travers le pont avant et se criaient des ordres.

Tael regardait les portes de la cabine au moment où elles s’ouvrirent à la volée. Elle fronça les sourcils. Des doigts s’agrippèrent au battant droit. La femme se sentit se raidir quand Ashe apparut. Une partie entière de son visage était sanglante, la blessure de son crâne semblait s’être rouverte. Ses vêtements avaient engorgé une grande partie du sang.

Elle avait la bouche entrouverte, elle haletait en chancelant. Mais elle se sépara du battant. Leurs yeux se rencontrèrent. Les siens étaient plus bleus encore, tellement qu’ils en paraissaient presque blancs. Elle prit une inspiration et unit ses mains.
Et l’eau tomba.
Une colonne monumentale s’écrasa sur la proue du navire. Le bois éclata sous la pression et le mât lui-même trembla. L’une des voiles glissa vers le sol, avec une espèce de grâce lente que sembla imiter Hideo lorsqu’il se projeta à la rencontre de la petite. Tael se leva, en criant, ses chevilles manquèrent se briser sous l’impulsion trop brusque. Elle retomba contre le sol, un réflexe chanceux lui permit de ne pas se briser le menton.

Hideo avait sorti son sabre. Ashe noua ses doigts et les eaux lui obéirent encore. Elles soufflèrent l’homme qui planta son arme dans le sol afin de freiner l’effet des flots terribles. Des cataractes d’eau surgissaient partout autour du navire, sans toujours chercher à s’écraser dessus, mais trois d’entres elles commencèrent à l’envelopper et retombèrent avec une nonchalance redoutable. Le bois gémit, le mât se brisa.

Ashe avait une paume ouverte devant elle, son autre bras tendu sur le côté gauche. Elle murmurait toujours, le tumulte aqueux empêchait Tael de savoir les mots qu’elle employait. Mais cela importait peu. A présent, elle savait qui était sa protégée. Cela expliquait autant de choses que ça en suggérait d’autres.

L’eau se calma finalement, le navire s’enfonçait doucement. Tael comprit que Ashe utiliser la mer pour le porter encore, le temps de descendre. Elle se tourna de tous côtés mais fut incapable de voir Hideo ou son sabre. Elles étaient seules sur le bateau. Une pluie fine vint nettoyer le visage d’Ashe qui sourit instinctivement.

Tael se leva avec prudence. La petite perçut certainement son mouvement puisqu’une lame liquide frappa la chaîne d’un coup unique, suffisant pour la faire éclater. La guerrière s’approcha, sans même essayer de dissimuler la surprise dans laquelle elle baignait.


[Ashe] – Tu savais ?

Tael hocha doucement la tête.

[Tael] – Presque, oui.

[Ashe] – Tu n’es pas fâchée que j’ai menti ?

La femme sourit.

[Tael] – On a tous nos secrets, je crois. Merci.

Ashe l’enlaça. C’était inhabituel sans doute, agréable aussi. Sa main s’appuya dans le dos de la petite, puis caressa doucement sa nuque, en prenant garde de ne pas toucher à sa blessure encore à vif. La voix étouffée d’Ashe lui parvint.

[Ashe] – Ton manteau est à l’intérieur.

Elles restèrent serrées l’une contre l’autre un long moment. L’eau ne manifestait pas son impatience, elle était à présent totalement docile après le déluge. Une fine pluie continuait de tomber autour du navire éventré.

Tael se mit finalement sur un genou. Elle souriait.


[Tael] - Un jour on parlera toutes les deux.

Pour la première fois depuis longtemps, ses lèvres rencontrèrent la peau nue d’une autre personne. Elle effleura la joue d’Ashe puis se releva. Elle pénétra dans la cabine, son manteau reposait sur le sol. Elle le saisit et chercha dans ses poches. Elle en sortit l’étrange hochet trouvé plus tôt, qu’elle glissa immédiatement dans son chemisier. Ses doigts s’arrêtèrent également sur son sabre, de piètre qualité, certes, mais suffisant pour ce qu’elle comptait en faire. Il serait bien temps de faire de l’esthétique plus tard.

Tael revint auprès de l’enfant qui ne l’avait pas lâché du regard. Elle se dirigea lentement sur ce qui restait du pont avant.


[Tael] – Les choses doivent changer, je suppose, non ?

Ashe se contenta d’appuyer sa main sur le bas de son dos. Elle sourit et lâcha son grand manteau pourpre, lequel rejoignit les eaux. Il ne coula pas tout de suite, sans doute par le fait de la petite fille. Mais les vagues l’engouffrèrent et bientôt, la ombre sombre disparut.

Tael demeura un moment immobile puis se passa la main dans les cheveux. Elle ferma les yeux et se détourna.


[Tael] – Et bien, allons-y.

[Ashe] – Je veux aller aider les prisonniers d’abord.

Tael hocha la tête et n’eut pas le cœur de lui dire qu’ils étaient sans doute morts depuis un moment.

[Ashe] – Leurs esprits. Il ne faut pas les laisser dans la mer, ils n’y seront pas bien.

[Tael] – Tu as raison.

Elles libérèrent des esprits pendant une journée entière. Et peut-être davantage.

MessageSujet: Re: Statues   Sam 16 Juin - 22:34

Partie II.


Tael sut qu’elle rêvait à l’instant même où la galerie apparue. Elle était sombre, mais moins que dans ses souvenirs. Jusqu’où remontaient-ils, déjà ? Quel était le nom de cet endroit ? Elle renonça à s’en rappeler car elle savait que cela signifierait la fin du songe. Elle marchait d’un pas lent, un escalier se présenta à elle, elle l’emprunta. Il était droit et s’enfonçait dans le noir. Une porte se découpa malgré l’obscurité, plus bas. Tael l’ouvrit. La luminosité soudaine ne la surprit pas. Des dalles colorées et fluorescentes couvraient la pièce aux dimensions colossales. Les reflets se réverbéraient au plafond et contre les murs, ce qui créait des tableaux mouvants et changeants sur la pierre. Curieusement, la couleur ne s’arrêtait jamais sur sa peau ou sur ses vêtements.

La femme poursuivit son chemin. La chaleur l’enveloppa, et des langues orangées venaient lui lécher les jambes, s’entortiller presque amicalement autour d’elle. Elle avisa trois silhouettes qui lui tournaient le dos, beaucoup plus loin. Elles ne se rapprochaient jamais. Quelque chose s’activa dans l’esprit de Tael. Une épreuve. Elle l’avait réussie il y a bien longtemps, tellement que sa mémoire l’avait repoussée dans un coin de son inconscient.

Dès qu’elle sut quoi faire, les dalles cherchèrent à l’empêcher de poursuivre, mais sans qu’aucune marque d’animosité ne traverse leurs langues douces.

Elle luttait mais les silhouettes étaient toutes proches désormais. Tael posa sa main sur l’épaule de l’une d’elle. Lentement, elle la tourna.

C’était sa mère.

Il s’agissait de la plus parfaite image qu’elle avait conservé dans son esprit. Une belle femme au port gracieux et au visage souriant, visage que les rides avaient longtemps fuies, avant de s’imposer discrètement aux coins de ses yeux.

Elle enlaça sa fille et l’embrassa dans le cou.


[Mère] – Tu es enfin là ! Depuis le temps que je t’attendais.

Tael referma son bras sur elle. Le parfum de sa mère lui monta aux narines et raviva de nouvelles scènes dans sa tête.

[Tael] – Je ne pensais pas te trouver là.

[Mère] – Oh, je t’ai cherché bien sûr. Longtemps. J’ai même eu peur de ne jamais rentrer. Tu es devenue très puissante, assez pour maîtriser les barrières de ton esprit même dans le sommeil.

Tael déglutit. Etrangement, le compliment sonnait comme un doux reproche.

[Mère] – Mais tu dois être fatiguée, non ?

[Tael] – Assez, effectivement.

[Mère] – Cherche dans les eaux. C’est un élément trompeur. Fais attention à la petite.

Ashe ? La trahir ? Son image s’infiltra parmi ses pensées. Il était peu probable qu’elle ait troublé ses sens ou son instinct. D’un autre côté, Tael ne savait rien sur l’étendue de ses pouvoirs. Mais elle repoussa ces pensées : Ashe ne représentait aucun danger, et si elle se trompait, ce ne serait jamais qu'une erreur de plus.

Des lignes chamarrées s’entrelacèrent le long des jambes puis de l’ensemble du corps de sa mère et, brusquement, elle disparut. Tael fit un pas pour se mettre au centre des deux autres ombres. Elle hésita un instant, mais l’une d’elle se désigna seule et toucha l’épaule de la femme. Le contact était froid sans pour autant être désagréable.

L’ombre leva la tête et sourit. Ce regard céruléen, cette peau doucement hâlée. Et ces longs cheveux blonds. Tael lui retourna son sourire.


[Tael] – Hasu. Tu es… ?

[Hasu] – Non, je suis bien vivante ne t’en fais pas.

Elle eut un vague signe de la main.

[Hasu] – Loin, mais vivante. Je rejoindrais mes sœurs plus tard, j’ai encore quelque chose à faire ici-bas.

[Tael] – Je comprends.

Les deux guerrières se considérèrent un long moment et le contour du corps d’Hasu commença à s’effacer. Tael mit plusieurs secondes à se rendre compte que des larmes envahissaient ses yeux sombres.

[Hasu] – Bats-toi pour vivre. On est seules à deux. Nous nous tiendrons compagnie.

Elle sourit et ajouta, plus bas.

[Hasu] – Alors, on n'est peut-être pas condamnées à la solitude. Si ?

Une des larmes de Tael roula sur sa joue. Hasu se pencha délicatement vers elle. Sa langue chaude remonta jusqu’à son œil, demeura, puis s’éloigna lentement. C’était karasu.

[Karasu] – Je t’ai toujours désirée. Ma belle Tael.

Son sourire facétieux étirait ses lèvres au moment où son corps explosa brutalement en milliers de plumes noires. Celles-ci, lorsqu’elles retombèrent sur les dalles bariolées, se désagrégèrent en autant d’étincelles. Tael, interdite, ne bougeait plus. Une main se posa sur son épaule et descendit jusqu’au creux de ses reins.

Quand Tael se tourna, il n’y avait plus personne. Et à l’instant même où un nom traversa son esprit, elle sentit le monde autour d’elle fondre.


[Ashe] – Tu es réveillée ?

Ses paupières s’ouvrirent. Ashe s’écarta d’un pas alors que la femme s’asseyait. Elle perçut, surprise, de la sueur sur son front et la sensation glacée lui arracha un frisson. La petite fille lui sourit.

[Ashe] – Je ne pensais pas que tu pouvais faire des cauchemars toi aussi.

Ses lèvres s'étirèrent davantage.

[Ashe] – Qui est-ce que tu crains ?

Tael se passa un bout de tissu sur le visage et murmura.

[Tael] – Rien de précis. Juste… des impressions, que je pensais mortes depuis longtemps.

Elle ne faisait aucun effort pour, mais toutes les phrases prononcées, toutes les sensations éprouvées lui revenaient à l'esprit et piquaient sa peau.

Elles se remirent en route peu de temps après. Ashe expliqua à la guerrière qu'elle avait demandé à l'eau de les conduire sur une plage nue, beaucoup plus loin. Mais à mesure qu'elles progressaient, quelque chose caressait doucement la conscience de Tael. Elle n'était jamais venue ici, elle aurait pu le jurer, mais l'atmosphère que dégageaient les lieux la dérangeait. Ce n'était jamais qu'un large banc de sable qui s'étendait à perte de vue, avec sur leur gauche une forêt tropicale plus dense que toutes les autres qu'elles avaient croisées.

Et soudainement Tael s'arrêta, la main levée.

Elle tendit l'oreille et ferma les yeux.

Ashe fronça les sourcils à l'instant même où la guerrière la projetait dans le sable, d'un violent coup de pied. D'un même mouvement elle stoppa la lame de son adversaire, sa main fermement serrée autour de sa garde. Le visage souriant, l'ennemi recula d'un pas mais Tael ne desserra pas sa prise. Il hocha la tête plusieurs fois de suite et un nouveau personnage apparut de son dos.


[???] – Tu avais raison Tousen. Une bien belle guerrière. D'une seule main en plus !

[Tael] – Ton nom.

[???] – Oh, la demoiselle est fâchée.

Tael serra si fort le poignet de l'homme que ses phalanges blanchirent.

[Tael] – Ton nom.

[???] – Geisei, pour te servir. Car j'ai peur qu'avec mes compétences actuelles, je ne puisse prétendre à beaucoup plus.

Le dénommé Tousen fit un pas de côté et adressa un sourire serein à la guerrière. Cette dernière porta son regard noir sur le bel homme, habillé de riches étoffes. Son bras gauche apparaissait nu, seulement une sorte de foulard rouge entourait son biceps.

[Tousen] – Allons, allons, Geisei a simplement senti en vous un défi intéressant et, ayant le sang chaud, il vous a agressé bien imprudemment. Pas de mal, j'espère.

Tael se retourna et desserra sa prise. Ashe s'était redressée pour épousseter ses vêtements. Elle leva la tête puis s'approcha.

[Tael] – Ca va ?

La petite fille acquiesça en souriant légèrement. Sa main cessa de masser machinalement son ventre, là où elle avait été frappée.

[Geisei] – Et toi, tu es ?

Tousen plissa insensiblement les yeux et joignit ses mains devant lui.

[Tael] – Je m'appelle Tael.

[Tousen] – La Tael ?

Tael haussa les épaules.

[Tael] – Tael suffira.

[Tousen] – C'est amusant. J'aurais juré que vous étiez morte.

[Tael] – Contente de vous faire rire. Au revoir.

Tael posa sa main sur l'épaule d'Ashe et, au passage, lui effleura très discrètement la joue, comme pour s'excuser. La voix rauque de Tousen l'arrêta.

[Tousen] – Je me souviens de Kaban. Un guerrier acceptable. Trop fougueux et impatient cependant. Un peu comme Geisei, talentueux mais incapable de se concentrer.

A chacun des mots prononcés, Tael s'était raidie un peu plus. Ashe la dévisageait et ses sens étaient comme agressés par le tumulte qu'elle pouvait discerner dans les yeux de la femme.

Celle-ci se tourna très lentement.


[Tael] – Vous connaissiez Kaban ?

[Tousen] – Exact. La cicatrice qui était sur son torse, elle est de moi.

[Tael] – Il était malade, vous n'avez aucun mérite.

Le coin des lèvres de Tousen se dressa à peine.

[Tousen] – Certes. Et le sachant, il n'aurait cependant même pas dû essayer de me défier. Mais c'était un sot impatient, j'aurais pu le tuer ce jour-là. Et vous n'auriez pas été là, comme ce fut le cas lorsqu'il est mort.

Tael leva les yeux vers Geisei.

[Tael] – Ton arme.

Le regard de l'homme passa de Tousen à la femme qui tendait la main vers lui.

[Tousen] – Donne-la.

Il obéit. Tranquillement, Tael sortit la lame de son fourreau, bientôt suivit de son adversaire.

Ils s'étudièrent en silence, Ashe et Geisei se reculèrent ensembles. La petite fille n'était pas inquiète, pas totalement du moins. Elle avait confiance en Tael, mais elle décelait chez ce Tousen un incroyable pouvoir. Ce n'était pas tant ses proportions gigantesques que sa maîtrise parfaite qui l'impressionnait.

Tael le sentait elle aussi.

Mais elle se disait que cela serait beau, quelque part, de mourir de la main de quelqu'un qui avait vaincu son amant. Comme si la boucle parvenait à l'une des conclusions possibles. Pas la meilleure, mais au moins à une conclusion. Elle savait que ce guerrier n'avait rien à voir avec la mort de Kaban et pourtant, c'était comme un spectre dans son esprit.


[Tousen] – Ah. C'est un plaisir de combattre une guerrière de votre stature.

[Tael] – Plaisir partagé.

Elle bondit en avant. De folles étincelles illuminèrent son visage quand les lames se rencontrèrent.

MessageSujet: Re: Statues   Sam 23 Juin - 16:26

Trois minutes déjà et des nuages denses de sable s'élevaient dans les airs. Cela n'empêchait ni Tousen ni Tael de poursuivre le combat. Et celle-ci était toujours davantage impressionnée par le talent de son adversaire. C'était plus que des techniques entérinées par les années, mais un véritable prolongement de son être. Il se battait et était pleinement conscient que sa vie était dans la balance.

Et cela lui plaisait, quoiqu'il trempait à peine ses lèvres dans cette délectation-là. Tout était très mesuré, très précis, même ses mouvements étaient calculés pour économiser un souffle, une demi seconde.

Il attaqua.

Tael fit jouer sa lame entre ses doigts et contra, baissa l'arme de son adversaire en forçant sur son bras et se déplaça rapidement pour plonger de nouveau. Tousen se fendit et recula d'un bond simple. Ils se regardèrent un instant, les battements de cœur de Tael se calmèrent et elle exécuta son attaque en la calquant sur eux.

Elle se fit la réflexion qu'elle avait toujours était silencieuse quand elle se battait. Elle ne trouvait aucun réconfort, aucun courage au son de sa voix. Cela ne faisait que la priver d'une inspiration.

Elle perçut une faiblesse dans la garde de Tousen et s'y engouffra. Lorsque ce dernier rabattit son bras en avant, Tael avait déjà reculé.

Tousen sourit et attrapa de sa main libre une mèche de cheveux fraîchement coupés.


[Tousen] – Ah. C'est ta limite ?

Tael grogna doucement.

Elle revoyait défiler dans sa tête toutes les passes d'armes qui avaient traversées sa vie. La plupart étaient destinées à n'être plus jamais réalisées, d'autres étaient devenues la base de son style actuel. Lorsqu'elle avait perdu son bras droit, elle avait crié. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas poussé de cri que cela l'avait elle-même surprise.

Mais même si elle était depuis obligée de se battre avec le gauche, sa force était restée inchangée. Car sa lame était elle. Les limites entre l'acier et la chair se confondaient et devenaient floues.

Elle attaqua, Tousen recula d'un pas et se fendit d'un mince sourire.

Plus loin, Ashe se mordit faiblement la lèvre. Le sang de Tael s'écoulait lentement le long de sa jambe, s'épandait dans le sable.


[Geisei] – Elle est forte. Mais elle va perdre au prochain mouvement, regarde bien petite.

Ashe ne lui jeta pas un seul regard. Elle ne pouvait pas intervenir pour aider Tael. Si la guerrière avait accepté le duel, c'était pour une raison de cœur, pas pour sa survie.

[Tael] – Tu es prêt ?

Tousen ne bougeait pas, sa garde demeura basse.

Il fit le premier mouvement, un pas sur la droite et Geisei sourit.

Tael disparut ; son katana s'enfonça jusqu'à la garde dans les côtes de Tousen. Ce dernier regarda, incrédule, l'acier rouge qui se dressait fièrement à travers lui. Il pouvait même le sentir, s'il se concentrait un peu, à l'intérieur de son organisme, soigneusement infiltré entre ses organes pour n'en effleurer aucun. Il toussa faiblement, quelques gouttes de sang s'échappèrent de ses lèvres closes.


[Tael] – Bien.

Elle ôta d'un geste sec sa lame, Tousen tomba sur les genoux. Une nouvelle gerbe de sang suinta de sa bouche alors qu'il luttait pour respirer. Il sourit et ses doigts lâchèrent le manche de son arme.

[Tousen] – J'ai vu le mouvement. A peine, mais je l'ai vu.

[Tael] – Très bien, mais ne parle pas.

Elle essuya sa lame sur son genou puis la tendit à Geisei, lequel, interdit, resta plusieurs secondes sans esquisser le moindre geste.

[Geisei] – Tousen…

Tousen ne mentait pas. Il avait vu le mouvement de Tael. Il l'avait vu tordre la réalité pour se déplacer à travers elle et pour le faucher en plein élan. Elle avait juste attendu qu'il ait un maigre déséquilibre, si léger qu'il n'aurait pas même été un handicap pour toute attaque normale. Mais la vitesse du mouvement de la femme avait brusquement souligné toutes les équations en cours dans leur environnement. Le souffle du vent, le crissement du sable ou bien ce léger contrepoids, cet appui subtil sur la jambe gauche qui avait permis à Tael d'attaquer le flanc droit.

[Tousen] – C'est pour ça que Kaban arrivait à te battre parfois, non ?

Tael ne dit rien.

[Tousen] – Il ne savait pas que tu savais utilisé ce pouvoir pendant les combats. Et toi, tu ne voulais pas l'utiliser sinon il aurait été dans mon état.

Il tourna la tête vers elle et son sourire sanglant la fit frémir.

[Tousen] – A cette époque, tu n'avais pas la froide assurance d'aujourd'hui. Tu aurais pu le tuer et tu ne voulais pas prendre le risque, non ?

Geisei se saisit finalement de son arme. Il regardait son maître dont le sang s'écoulait avec toujours plus d'empressement.

[Tael] – Je dois y aller.

[Tousen] – Mais lui, il savait. Son frère, il savait tout.

[Tael] – Adieu. Ashe, on part.

Karasu avait toujours été incroyablement perspicace pour tout ce qui gravitait autour de Tael ou de son frère. Les pouvoirs de Tael ne lui étaient pas étrangers car sa maîtrise à lui dans le domaine de la réalité était si forte qu'il percevait toute fluctuation. Même au beau milieu d'une bataille il aurait pu suivre les mouvements de Tael.

[Tousen] – J'ai une proposition.

Pour la seconde fois, Tael s'arrêta.

[Tousen] – J'ai perdu et je l'assume pleinement. Prends mon arme et prends Geisei avec toi.

[Tael] – Je n'ai besoin ni de l'un ni de l'autre. Ad…

[Tousen] – Tael.

Quelque chose dans sa voix la fit se retourner. Elle avait une sensation étrange qui lui picotait la peau et qui s'infiltrait dans son organisme.

[Tousen] – Tu n'es pas assez forte pour vaincre tes propres démons. Tu les a alimenté toute ta vie, ils sont beaucoup trop gros désormais. Ils te dévoreront.

Les yeux de Tael descendirent jusqu'à la lame de Tousen, encore découverte et à moitié recouverte par le sable. Elle savait qu'accepter signifiait ne plus pouvoir revenir en arrière. Et refuser signifiait, sans doute, l'accomplissement d'un désir inconscient. La mort, mais la mort lâche. Tael voulait mourir enveloppée d'une excuse confortable. Mourir comme elle avait vécu, en fermant les yeux et en se berçant d'illusions.

C'était plaisant et elle y aspirait vraiment.

Elle s'agenouilla doucement face à Tousen. Il avait la respiration sifflante mais elle savait qu'il ne mourrait pas de ses blessures. Il dissimulait quelque chose, mais quelque chose teinté d'une espèce de bonté presque paternelle.

Ses doigts se posèrent sur la garde, Tousen sourit et se pencha à son oreille. Son murmure était si bas, si caressant qu'elle ferma les yeux.


[Tousen] – Qu'est-ce qui t'a fait changé d'avis ? Le souvenir de Kaban, ton désir de retrouver ta fille disparue ou bien la volonté de ne pas abandonnée cette petite-là, celle qui voyage à tes côtés ?

Tael n'avait pas la réponse. Elle se redressa et son regard rencontra celui de Geisei. Il sourit largement.

[Geisei] – Hey, moi je veux bien venir. Je sais pas ce que tu cherches, mais ça me va.

Il ajouta à l'attention de Tousen.

[Geisei] – Porte-toi bien Tousy. Quand tout sera fini, je te retrouverai.

[Tousen] – Oui, oui, je n'en doute pas.

Tout était précipité, leur arrivée, leur combat, leur départ. Sans qu'elle ne parvienne à décrire ce que c'était, Tael sentait qu'une chose venait d'exploser à l'intérieur de son être. Une vérité s'était craquelée et de gros fragments s'empressaient de chuter. Elle marchait d'un pas vif, suivit d'Ashe et de Geisei. Elle rangea sa nouvelle lame dans son fourreau et se l'attacha à la taille.

Elle repensait aux actes récents qui avaient émaillé sa vie.


[Geisei] – Takara Irie. C'est le nom de cette plage.

Tael se retourna et vit Ashe penchée vers le sol, et dont les doigts se refermaient sur une fine chaînette dorée. Geisei grimaça.

[Geisei] – Petite, lâche ça, vraiment. La plage est abominablement riche, il y a ici des trésors pour qui des aventuriers se tueraient, mais ils appartiennent au sable.

Ashe ne l'écouta pas et porta le collier au niveau de son visage. Elle avait les sourcils légèrement froncés.

[Ashe] – Ma mère avait le même.

Tael tendit l'oreille, il y avait eu un bruissement de feuilles dans la forêt. Et un autre. Geisei referma sa main sur l'épaule de la petite fille et la propulsa en avant. Tael avait déjà sortit son arme pour dévier les projectiles qui fendaient les airs dans leur direction.

[Geisei] – Ils ne nous lâcheront pas les salauds.

Tael sauta derrière eux et s'appliqua à distordre la réalité. Elle traversa plusieurs kilomètres entre la zone du conflit et leur destination nouvelle puis s'arrêta, le souffle court. Les usages étaient trop rapprochés et avaient une application trop complexe pour qu'elle puisse en abuser davantage. Déjà, des vertiges la menaçaient. Elle murmura, sans exiger de plus amples informations sur leurs agresseurs.

[Tael] – Dépêchons-nous.

Ashe avait toujours dans sa main le collier et elle hésitait sur la conduite à tenir. Tael se contenta de la pousser gentiment du dos de la main.

[Tael] – On y va.

Le paysage avait sensiblement changé. Plus de surfaces boiseuses, plus de sable, il n'y avait pas même la mer en vue. Ils progressaient sur un sol rocheux, d'un gris sombre et l'atmosphère était plus chargée qu'au bord de l'eau.

[Geisei] – On approche du temple.

Il désigna un point au sommet d'une falaise, beaucoup plus haut. Tael l'interrogea du regard. Il haussa les épaules.

[Geisei] – Je n'en sais pas plus. Il y aurait eu une guerre près d'ici et depuis, ce temple serait presque vide de fidèles.

Plusieurs heures plus tard, le temple ne s'était pas rapproché. Ils gravissaient une pente de plus en plus raide, Ashe était pâle et ses mouvements étaient rigides. Geisei la soutenait discrètement et Tael se demandait si gravir cette falaise était une si bonne idée désormais. Au moment où elle allait finalement retourner sur ses pas, elle avisa un petit sentier bien entretenu sur sa droite. Elle s'y engagea.

[Geisei] – Ah, quelle bonne idée ils ont eu les moines… Pas étonnant qu'ils n'aient plus de fidèles.

Une ombre s'abattit devant eux. Peu superstitieuse, Tael doutait qu'un châtiment divin était venu les punir de leurs paroles profanes. Et effectivement, il s'agissait seulement d'un homme, peut-être un peu plus grand et plus large que la moyenne, mais bien humain néanmoins. Ils s'arrêtèrent et se dévisagèrent.

L'homme bloquait l'étroit passage par sa seule corpulence et, les bras croisés sur la poitrine, il ne semblait pas décidé à s'écarter. Des chaînes brisées pendaient à chacun de ses poignets, il s'agissait certainement d'un ancien prisonnier des pirates.


[???] – Il n'y a plus de moines ici depuis de nombreuses années.

[Tael] – Vous êtes ?

Il hocha sa lourde tête.

[???] – Eko. Je sais où vous voulez aller et je souhaite vous y conduire.

MessageSujet: Re: Statues   Lun 25 Juin - 19:32

Eko avait des traits durs et de vieilles cicatrices étaient clairement visibles. L'une d'elle traversait sa joue droite de l'oreille jusqu'à la commissure de ses lèvres. Il était impressionnant, même désarmé, avec ses épais cheveux noirs lâchés dans son dos et ses yeux qui, à cause de sa corpulence improbable, paraissaient plus petits qu'ils ne l'étaient en réalité.

Il hocha la tête.


[Eko] – Je connais ses terres et vous devez les traverser.

[Tael] – Qu'est-ce que tu connais de mes buts ?

[Eko] – J'en sais suffisamment.

Tael se doutait qu'il ne lui disait pas tout, mais c'était sans importance. Elle ne pouvait pas exiger d'un homme tout juste rencontré un inventaire complet de sa vie. De plus, quelque chose dans ce que dégageait l'homme la rassurait et il était très certain qu'elle puisse s'en remettre à lui.

Geisei murmura à son attention, très bas pour qu'elle soit la seule à l'entendre.


[Geisei] – C'est une bonne idée de le prendre. Ces terres ne sont pas agréables, s'il sait où aller on gagnera du temps.

Eko hocha la tête.

[Eko] – L'homme a raison. En route.

Interdit, Geisei secoua la tête et emboîta le pas à Tael, laquelle préférait s'en remettre à son instinct pour ce genre de choix. Ils poursuivirent leur ascension et dans les hauteurs, Ashe reprit des couleurs. Elle ne parlait pas, trop concentrée sans doute à maintenir le rythme de ses équipiers. Geisei restait derrière elle.

Le vent soufflait violement. Le temple était à une cinquantaine de mètres. Il n'y avait plus que des vestiges désormais, des poutres pourries étaient éclatées au sol et des pierres avaient souffert du passage du temps.


[Eko] – Quand je suis arrivé sur cette île, ce temple était déjà à terre.

Ils poursuivirent leur progression à travers les landes tristes et stériles qui s'étendaient sans vouloir finir. Eko marchait en tête, Tael le suivait et derrière elle, Geisei soutenait Ashe.

[Geisei] – Et tu viens d'où toi ?

[Eko] – Je ne sais pas.

Il devait s'attendre à cette question, vu la vitesse à laquelle il avait répondu. Ils ne prononcèrent plus un seul mot jusqu'au moment où ils quittèrent le désert de roches.

[Tael] – Notre destination ?

Eko pointa du doigt un massif lointain.

[Eko] – Quelque part par-là. Derrière.

[Geisei] – Qui es tu ?

Le colosse se retourna brièvement et haussa les épaules.

[Eko] – Je pourrais te retourner la question.

Tael ralentit subtilement son pas pour laisser Geisei passer devant elle pour poursuivre sa conversation. Elle posa sa main sur l'épaule d'Ashe qui sourit faiblement.

[Ashe] – Je vais bien, ne t'en fais pas.

Elle s'interrompit pour reprendre son souffle et ajouta.

[Ashe] – Je n'aime pas trop les hauteurs, c'est tout.

[Tael] – Ni les cavernes.

[Ashe] – Oui. Ni les cavernes.

Elle sourit.

Il leur fallut deux heures avant qu'Eko ne s'arrête de nouveau. Tael se tourna, la falaise était désormais loin derrière et le vieux temple délabré avait disparu. La végétation était revenue peu à peu, par petits buissons épars tout d'abord, bientôt remplacés par des arbres fiers.

Le sentier qu'ils avaient suivi se poursuivait au milieu de ces derniers.


[Eko] – On est bientôt arrivés.

[Geisei] – Ici ? Qu'est-ce qu'on cherche ?

[Tael] – Une piste ou quelque chose qui puisse nous guider.

Geisei grogna, dubitatif.

[Geisei] – Il n'y a rien par ici.

[Eko] – Il y a ce qu'elle cherche elle.

Ils s'avancèrent. Le massif boiseux s'intensifia tout autour d'eux, le long de la fine route serpentine. Les ombres s'étendaient. Tael était repassée en tête mais elle s'arrêta brusquement.

[Geisei] – Quoi ?

[Tael] – Je sais pas.

Elle s'écarta pour leur permettre de se mettre à son niveau. C'était comme une petite clairière, le sol était soigneusement dallé et une entrée noire se dressait au milieu des arbres. Quelques mètres devant elle, quatre statues se tenaient immobiles. Tael s'approcha, la main sur sa lame.

Elles étaient en ordre de grandeur, de la plus petite à la plus grande, mais en y regardant de plus près, la femme découvrit qu'elles représentaient les âges d'une vie humaine. Un enfant tout d'abord. Il était droit, richement habillé dans une sorte de longue robe. Son visage était étrange, l'artiste l'avait sculpté mélancolique et froid. La seconde statue exposait une adolescente, mal peignée et sauvage, elle était fière dans la pierre, une dague entre les doigts. Une voleuse ou quelque chose dans le genre. La troisième était un homme mûr, une quarantaine d'année et une longue lance dans les doigts. Un gibier mort trônait à ses pieds. La dernière statue présentait les traits d'un vieillard, mais un vieillard gigantesque. Plus de deux mètres, sans aucun doute, les bras croisés sur sa poitrine et ses sourcils broussailleux accentuaient sa sévérité apparente.


[Geisei] – Et bien.

[Ashe] – Ces statues sentent mauvais.

Tael se tourna vers la petite fille.

[Ashe] – Eloignons-nous vite. Vite !

Tael recula précipitamment. Les yeux de l'enfant venaient de s'ouvrir.

[???] – Quel bruyant petit déchet.

L'adolescente suivit aussitôt et agita sa tête.

[???] – Ouais ! A voir sa petite tête d'ange, j'ai bien envie de lui étirer les lèvres. A grands coups de lames, ouais !

Geisei avait son arme dans la main, pointée tour à tour sur l'un et l'autre des intervenants.

[Geisei] – Tael, va dans la caverne, on se charge de ces deux-là.

Tael sortit sa lame de son fourreau.

[???] – Non. Vous ne passerez pas.

[???] – Ouais ! L'estropiée sera la première à clamser, ouais !

Elle fit un pas en avant, Tael s'élança en direction des escaliers de la grotte. Elle évita l'attaque de l'adolescente et l'ignora pour s'enfoncer dans les ténèbres.

[???] – Un bras en moins, ça aide à l'équilibre, ouais !

[???] – Laisse-la. Elle se fera écraser en bas. Je m'occupe du petit déchet. Prends les deux autres.

***


Tael arriva rapidement en bas. Des lumières bleutées apparaissaient à mesure de sa progression. Au loin, des éclats métalliques retentissaient. Elle espérait qu'ils s'en sortiraient tous. Cette pensée la surprit. Depuis combien de temps exactement ne s'était-elle pas souciée sincèrement du devenir d'un être ? Elle ne parlait pas des sœurs de Hasu, ou même de Hasu elle-même. Leur échange avait été si bref, si délicieusement volé qu'elle ne pouvait rien en réclamer.

[???] – Ah, une question intéressante.

Elle s'arrêta au milieu d'une salle circulaire. Une lumière aveuglante jaillit des murs et du plafond. Tael recula, la main devant les yeux. Elle sentit un souffle dans son dos.

[???] – Et bien ? Où est passée ta main ?

Ses doigts se saisirent de son arme.

[Tael] – Ne t'en fais pas pour ma main, elle est bien là.

Elle rouvrit les yeux. La pièce était totalement vide, pas le moindre meuble, seulement cette lumière agressive et trop blanche.

Aucun adversaire.


[???] – Tu as beaucoup changé, Tael.

Ses dents grincèrent.

[Tael] – Tu te caches ?

Un violent coup, par derrière, la fit mettre genou à terre.

[???] – Je pose les questions.

La lame de Tael glissa hors de son fourreau. Elle surveillait chaque recoin, y compris le plafond, comme elle l'avait fait des milliers de fois par le passé. Mais cette fois-ci il n'y avait personne.

[???] – Il semblerait qu'il n'y ait pas que le bras qu'il te manque.

La morsure de l'acier perfora sa cuisse. Le sang s'écoula sur le sol noir et son cri étouffé fit rire son adversaire.

[???] – Ah ! c'est faible.

La lame sembla s'enfoncer davantage encore dans son muscle, mais Tael ne voyait par le moindre début de métal. Elle essaya de se dégager mais le douleur était elle bien présente. Sans réfléchir, elle frappa au hasard autour d'elle.

La lame sembla se retirer, Tael glissa en arrière.


[???] – Dommage que cela doive se finir très vite, hein, Tael. Ca nous aurait rappelé le bon vieux temps.

***


[???] – Il est fort le gars, ouais !

[???] – Tu es rouillé. Ce n'est qu'un déchet lui aussi.

[???] – Peuh, tu as pris la gamine toi. T'es un merdeux, ouais !

L'enfant sourit. Il avançait calmement en direction d'Ashe, les mains dans les poches, alors que l'adolescente croisait déjà le fer avec Geisei.

[???] – Cette gamine est intéressante. Amusant, non ? Un déchet intéressant. C'est comme retrouver un jouet perdu dans sa poubelle, ça fait plaisir.

[???] – Ouais, fous-la dans un bac à sable, c'est sa place ouais !

Geisei attaqua, plus pour la faire taire que pour la blesser réellement. Eko demeurait en arrière, les yeux posés sur chacun des intervenants, ses gigantesques poings croisés de chaque côté de son corps.

L'adolescente exécuta un déplacement rapide sur le côté, se baissa sans s'arrêter et planta sa lame dans le mollet de Geisei. Celui-ci parvint, avec quelque chance, à éviter de prendre le coup trop directement. Et lorsque son agresseur remonta sa lame pour lui ouvrir la jambe comme elle éplucherait un légume, seulement une fine estafilade en résulta.

Il s'écarta rapidement.


[???] – Ouais pas mal ! Lent, mais pas mal ! Je vais prendre plaisir à t'éclater, ouais ! Zip ! Comme ça, coupé en deux, ouais, en deux !

Elle bondit sur lui, ses ongles lui lacérèrent la peau avant qu'il ne puisse esquisser le moindre mouvement.

[???] – Ou en petits cubes, ouais, je crois que ce sera plus drôle encore.

Le regard d'Ashe ne déviait pas de l'enfant. Il devait avoir son âge. Elle reculait en silence.

[???] – Je suis Kisuke. Enchanté, déchet. Je le marquerai sur ton épitaphe.

Ashe joignit ses mains devant elle et ferma les yeux.

[Kisuke] – Ah. Moi qui me trouvait incroyablement galant. Pas même un merci. Dommage et adieu.

Il se téléporta devant elle et plongea son poing dans le ventre d'Ashe. Il s'enfonça dans la chair, et cela le fit sourire. Mais il fronça aussitôt les sourcils.

[Kisuke] – Et bien, pas de bruit ? Aya je suis tombée sur une muette complète finalement. C'est ça qu'il te faudrait, même son corps ne dit rien.

[Aya] – Ta gueule ouais !

Les paupières d'Ashe se relevèrent. Une colonne d'eau s'éclata au sol, juste à côté d'elle. Kisuke se téléporta plus loin.

[Kisuke] – Le déchet m'a mouillé Aya. Tu vas pleurer, petite chose. Crois-moi, on sera mouillé tous les deux.

[Ashe] – Pousse-toi de mon chemin, je dois passer.

[Kisuke] – Je t'en prie, approche.

L'eau se concentra le long du corps d'Ashe, recouvrant avec lenteur la moindre parcelle de peau. Les arbres autour d'elle s'asséchaient rapidement, leurs feuilles jaunies tombaient à mesure que la masse d'eau augmentait.

[Kisuke] – Aya, mon déchet semble savoir se défendre en fait.

[Aya] – Ouais mais boucle-la.

Ashe relâcha l'eau sur le corps de l'enfant. Quand celui-ci se téléporta, le liquide suivit sa nouvelle destination, se scinda en deux puis en quatre nouvelles colonnes qui s'entrecroisaient pour l'atteindre.

[Aya] – Putain réveille le vieux, Kisuke ! Ta gamine va nous écraser !

***


Tael soufflait douloureusement. Elle essuya du revers de sa manche le sang qui lui maculait la joue. Elle n'osait plus ouvrir son œil droit de peur que le sang ne le lui brûle à nouveau. Elle inspirait profondément.

[???] – Tu me déçois beaucoup Tael. Je pensais que tu étais devenue plus forte. Tu as simplement vieilli.

Des images tournaient dans la tête de la femme. Le son de cette voix, ses intonations et même les mots choisis. Mais aussi cette façon de se battre, de frapper toujours aux mêmes endroits, tout lui rappelait quelqu'un. Le nom s'enfuyait et cela ajoutait à sa colère grandissante.

[???] – Comment as-tu pu m'oublier, Tael ? On a partagé tellement de choses. Nos rêves, nos vies et même nos corps. Je pensais que tout serait gravé dans ta mémoire.

Elle écarquilla les yeux et le filet de sang s'engouffra dans sa bouche entrouverte.

[???] – Oh ! tu te souviens.

[Tael] – Kaban ?

MessageSujet: Re: Statues   Jeu 28 Juin - 15:36

[Pour ceux qui lisent, l'histoire de Tael arrive à sa fin Smile]

Kisuke sortit finalement son arme. C'était une fine lame presque aussi grande que lui. Ses mouvements, lorsqu'il ne se téléportait pas, étaient étrangement gracieux et malgré sa petite taille il n'avait rien de maladroit ainsi armé. Il frappa discrètement la statue de l'adulte puis celle du vieil homme, le géant.

L'eau le suivait, furieuse et désormais une myriade de colonnes s'abattaient au sol et s'épousaient dans les airs, toutes répondaient aux ordres muets de la petite fille qui se dressait debout, à terre, parfaitement immobile. Seuls son regard suivait Kisuke.


[Kisuke] – L'eau est un élément très lent. Pour être honnête, même le vent aurait du mal à me rattraper.

Ashe observa la statue de l'adulte ouvrir les yeux. Il portait deux katana effilés sur chacune de ses épaules et une gigantesque boucle d'oreille ornait l'un de ses lobes. Elle leva une main et d'un coup, l'eau cessa toute agitation.

[Ashe] – Ah.

Elle sourit ; et fit un mouvement en avant, l'eau la suivit docilement.

[???] – 'Tain merd'les goss' ! 'ncapab' d'm'deux !

[Aya] – Ouais mais ta gueule le vioc' ! On pige pas ce que tu craches.

[???] – J'dis qu'z'êtes des p'tits 'ranleurs, 'mieux ?

Deux secousses firent trembler la terre. Le vieil homme se redressa de toute sa taille.

[???] – Taisez-vous et écrasez-les. Maintenant.

Eko s'approcha du centre de la bataille, ses pas lourds s'écrasaient dans les nombreuses flaques. Il s'arrêta devant le géant.

[Eko] – Je prends le gros.

Le vieil homme dévoila ses dents.

[???] – J'ai trouvé le plus gourmand de la petite bande.

De fines gouttes tombaient sur les participants, chacun observait l'autre. Ashe finit par relâcher les eaux en les maniant avec sa main.

***


Un rire joyeux répondit à Tael.

[Kaban] – Oui, c'est ça. Tu as mis le temps, j'ai eu peur que ton cerveau ait subi des dégâts lui aussi.

La femme, toujours agenouillée, était traversée de nombreux souvenirs. Tout à coup, il lui revint que Kaban ne lui avait plus parlé depuis longtemps maintenant. Avant ils communiquaient toujours ensemble, il était toujours là, à veiller sur elle. Avant quoi, déjà ?

[Kaban] – Oui, pousse un peu le raisonnement.

Avant Ashe. Avant tous les autres. Maintenant elle était avec ce qui se rapprochait le plus d'amis. Elle avait toujours voyagé seule, sans personne pour l'aider d'autre que Kaban et ses conseils. Quand elle avait commencé ce voyage, il était là pour la rassurer. Elle ne s'était pas même aperçue de son absence.

[Kaban] – Ton ingratitude est blessante. Tellement de temps, il suffit que tu trouves des personnes avec qui avancer pour que tu m'oublies. Et tu as porté mon enfant ?

Il rit, Tael sentit ses doigts se relâcher et tout son corps s'affaisser.

[Kaban] – Quelle mère admirable, vraiment.

Tael entendit sa lame rebondir par terre.

[Kaban] – Heureusement que la maladie m'a abattu. Heureusement que tu m'as abandonné tout de suite.

[Tael] – La ferme !

Elle s'était relevée, ses muscles tremblaient.

[Tael] – Tu n'existes pas.

Sa voix irrégulière et mal maîtrisée déclencha un nouveau rire chez son adversaire. Ce dernier sembla poser sa main sur son épaule, il était derrière lui. Lentement, le poids descendit jusqu'au bas de ses reins. Elle avait déjà vécu cette scène, en rêve.

Et cette fois-ci, le nom explosa dans son esprit.


[Kaban] – Tu peux te mentir à toi-même, mais pas à moi. Tu ne l'as jamais pu.

***


Les deux colosses se rencontrèrent. Leurs poings s'annulèrent. Le vieil homme était de deux têtes plus grand qu'Eko, il utilisa cet avantage pour l'écraser. Sa main se saisit de sa nuque et la pressa avec force. Eko contracta tous ses muscles pour se défaire de son emprise mais le vieil homme tint bon.

Il murmura.


[???] – Uruku, retient ce nom.

Ashe sautait à travers le champ de bataille pour esquiver les attaques de ses deux adversaires. Elle était rapide, mais déjà la sueur perlait sur son front et ses réflexes se faisaient moins vifs.

[???] – K'suke ! Tiens c'te p'tite p'tain ! Qu'j'la d'coupe !

[Kisuke] – Tout ce que tu veux, mais ne parle plus. Ca me déconcentre, dans ma tête j'essaye de recomposer les mots et…

[???] – B'cl-là ! C'tin ! La p'tain 'chappe !

Ashe passa entre les deux guerriers, son doigt se posa doucement sur le front de l'adulte. Elle poussa à peine et ce dernier partit s'écraser dans un tronc.

[Ashe] – Vous êtes encore suffisamment humain pour conserver de l'eau en vous. Amusant.

L'épée de Kisuke décrivit un arc de cercle derrière elle, elle disparut instantanément dans une falque d'eau pour réapparaître dans une autre, plus loin. Elle eut un petit rire joyeux.

[Ashe] – Ah oui, très amusant, vraiment.

[???] – 'Tain, 'tasse d'm'rde ! 'ai 'craser, 'ale 'ute d'm'rde, t'm'tend ? T'm'tend !

[Kisuke] – Naiko, tu t'énerves, c'est mauvais pour ton coeur.

L'adulte se relevait en glissant dans l'eau, ses gestes furieux le ralentissaient énormément.

[Naiko] – M'p'lle pas par mon nom ! 'culé !

[Ashe] – Tu es trop bruyant Naiko.

Il fit un pas en avant, et dévia en beuglant l'un des pics d'eau qui fondait sur lui. Il approchait, Kisuke se décida à lui apporter un soutien discret. Il se téléporta dans le dos d'Ashe et frappa de toute sa force. La lame découpa la petite fille en deux sans que cela ne la fasse sourciller.

Elle murmurait doucement des mots inaudibles, les mêmes que ceux que Tael avait déjà entendu il y avait quelques temps, sur la plage.

Kisuke réitéra son geste à plusieurs reprises, il finit par essuyer les petites gouttelettes qui l'éclaboussaient.


[Kisuke] – Et bien, et bien.

Naiko frappa de ses deux lames en mêmes temps, un rictus sauvage sur le visage.

[Naiko] – C'est d'la flotte c'te salope ? 'Tain cass'ouille ces gonz'sses.

[Ashe] – Seikou Bakuretsuzan ! [Explosion de la Sainte Lumière]

[Naiko] – M'v'ait dit ça mon ex 'ssi. L'est morte d'puis.

Le ciel s'illumina et un pilier éclatant percuta Ashe qui, les bras tendus vers le sol, continuait à murmurer des mots.

[Kisuke] – Charmante évocation de ton passé Naiko. Très touchante.

[Naiko] – 'Culé, j'vais… !

Les éclairs quittèrent le corps d'Ashe pour rebondir dans les différentes flaques autour d'elle, elle grimaça en se mouvant pour saisir solidement les poignets de Kisuke et de Naiko. Elle tomba sur un genou, Naiko la frappa de ses bottes et les coups firent cracher la petite fille.

[Naiko] – L'est s'lide, l'est s'lide ! 'pe là !

[Kisuke] – Pardon ?

Naiko reprit son enchaînement de coup, son genou percuta le nez d'Ashe qui se brisa sèchement. Elle cria mais ne lâcha pas.

[Naiko] – L'est s'lide la p'tite 'ute ! T'peux la t'per quoi !

[Kisuke] – Oh ! bien v…

Les soucis de communication entre Naiko et Kisuke causèrent leur perte. Les rayons éblouissants se concentrèrent de nouveau sur Ashe, son hurlement fut couvert par le grondement terrible qui s'ensuivit et ses deux prisonniers ne parvinrent pas à se libérer.

Quand tout cessa, les eaux retombèrent au sol brutalement. La lumière s'évanouit. Ashe était à terre, les paupières closes et le visage ensanglanté. Deux statues l'encadraient, fêlées de la tête aux pieds. Une lézarde courut de leur ventre jusqu'à leur front mais elles ne s'écroulèrent pas.

Aya grogna quelque chose, et même sans l'avoir entendue, Geisei connaissait déjà la syllabe prononcée.


[Geisei] – Ashe !

L'adolescente se retourna vers lui, furieuse.

[Aya] – Ouais bien fait pour elle si elle est crevée ! Ouais !

Elle sauta sur lui, virevoltante et plus agile encore qu'auparavant. Une longue balafre coupa la joue de Geisei, il battit en retraite sur la branche d'un arbre mort. Le végétal gronda, Aya se précipita sur lui et d'un coup de coude le fit imploser.

Eko avait réussi à se baisser, il avait profité de l'explosion lumineuse qui l'espace d'un instant surprit le géant. Ses muscles à lui étaient tellement tendus qu'il jaillit hors de la prise de son adversaire sans avoir à rien à faire.

Ils luttaient à mains nues, Eko parvint à exécuter une clef sur Uruku et à le déséquilibrer légèrement. Avant que le vieil homme ne se rétablisse, il frappa avec rage son genou et entendit très clairement un os bouger.

Uruku grogna doucement, et l'oreille d'Eko pressée contre le dos du guerrier bourdonna un long moment après.

Le géant donna à l'aveugle un coup de pied derrière lui, qui atteint Eko dans l'estomac. La violence du choc lui donna immédiatement la nausée, mais il dût se mouvoir pour esquiver le poing démesuré d'Uruku.

Eko exploita la position de son adversaire pour l'immobiliser dans un corps à corps. Leurs gigantesques bras se serrèrent mutuellement et ils demeurèrent là, sans plus bouger, leurs muscles excessivement bandés et luisants.


***


Kaban se déplaçait dans la pièce. Elle le savait parce qu'il parlait. Elle se concentrait pour ne pas entendre les mots qui jaillissaient sans fin de sa bouche.

Un coup d'épée la fit retomber sur les genoux. Elle posa sa main à terre. La lame du guerrier invisible s'immisça dans la chair tendre de son autre genou, par derrière.


[Kaban] – Tu vas avoir du mal à te redresser ma belle.

L'acier lui fouetta à trois reprises le dos, elle tomba sur le ventre. Elle avait le goût de son sang dans la bouche et sa lame était loin désormais, à plusieurs mètres.

[Tael] – Kaban...

Elle secoua faiblement la tête.

[Tael] – Tu ne peux pas être lui… Il ne ferait pas cela.

La guerrière sentit la pointe de l'arme effleurer son dos et s'enfoncer sous son omoplate. Elle gémit et serra le poing, impuissante.

[Kaban] – Ah ? Ma main, tu reconnais ma main ?

Un souffle chaud lui caressait la nuque. Des doigts couraient sur sa peau nue, sous sa chemise. Ils appuyaient légèrement sur les larges blessures qui ponctuaient chaque parcelle de son corps et à chaque fois, la fraîcheur insupportable faisait crier Tael. Kaban écarta ses cheveux et des lèvres glaciales embrassèrent le bas de son cou puis sa joue.

Elle émit un borborygme étranglé.


[Kaban] – Mes lèvres, tu reconnais mes lèvres ?

Il poursuivit ses caresses quand subitement, sa lame traversa le cou de Tael jusqu'à son flanc gauche. Elle s'agita mais Kaban la maintint solidement au sol. Il souffla doucement sur son œil et lui embrassa de nouveau le front.

[Kaban] – Ah ! tu reconnais ma lame.

Elle grogna mais davantage de sang s'écoula de ses plaies. Il appuya sur son arme.

[Kaban] – Tu vois moi, je suis là quand tu meurs.

MessageSujet: Re: Statues   Lun 2 Juil - 18:42

Tael ferma les yeux à plusieurs reprises. Quand ils étaient ouverts, elle voyait la lumière disparaître derrière un voile de ténèbres. Elle avait peur. Son sang chaud la terrifiait. Il gouttait de tout son corps. Son poumon s'en remplissait lentement, elle suffoquait et essayait d'en cracher autant que possible. Elle agita mollement ses jambes, mais toute vigueur les avait quittées.

Elle tombait aujourd'hui. Les choses s'imbriquaient logiquement. Elle était partie réparer une erreur du passé, elle mourrait rattrapée par une autre. La fuite ne servait définitivement à rien à part à se rassurer momentanément, à respirer un coup et se persuader qu'on peut encore le faire.

Tael essayait de se persuader que ce n'était pas Kaban, que Kaban était mort il y a plusieurs dizaines d'années. Et que jamais, jamais il ne lui dirait des choses comme celles-là. Jamais il n'aurait cherché à balayer les quelques remparts maladroits qu'elle avait dressés contre son passé. Il n'aurait jamais voulu la blesser doublement, dans l'esprit et dans le corps.

Elle bougea la tête et la lame se déplaça un peu plus dans son cou.


[Kaban] - Non ne bouges pas. Tu te fais du mal ma belle. Je veux juste que tu meurs, ne gâches pas ta beauté.

Non, ce n'était pas Kaban. Tout cela était un piège, un piège adroit dans lequel elle s'était engouffrée. Trop pressée. Kaban était mort. Et s'il ne lui parlait plus c'est parce qu'il était heureux qu'elle ait trouvé des personnes à qui parler.

Elle savait que ce serait son dernier mouvement. Mais elle était heureuse de le faire. Elle ferma les yeux, son état de faiblesse ne lui permettait aucune erreur. Elle fit des appels faibles et comme elle s'y attendait, la créature sur son dos ne réagit pas. Il ne pouvait pas savoir qu'elle manipulait la réalité parce qu'il n'était pas Kaban.

Tael disparut. Elle s'empara de son arme, et se téléporta là où elle se trouvait auparavant. Son bras frappa sèchement en direction du sol, sa lame rencontra une surface solide, mais aucune résistance. La créature réapparut très lentement, sa tête roula plus loin. Tael regardait droit devant elle, mais elle s'écroula sur les genoux et le choc plongea l'arme plus profondément dans son cou. Elle aurait pu la toucher désormais.

Elle ferma les yeux et tomba à la renverse.

Dans le couloir opposé, elle entendait encore des bottes marteler le sol. C'était des assassins qui venaient l'achever, ils étaient nombreux. Elle ne pourrait pas dire adieu à tout le monde, mais elle le pensait. Elle ne lâcha pas son arme, c'était ainsi qu'elle devait mourir. Tout cela était si loin désormais, elle ne s'y attacha plus.


***


Aya dansait autour de lui. Elle n'avait aucun style et c'était dans cette confusion de membres qu'elle devenait élégante. C'était une élégance presque souillée, presque contrefaite mais Geisei l'admirait quelque part. Il avait été éduqué dès son plus jeune âge par les meilleurs bretteurs du pays. Il avait voyagé et défié les plus grands. Tousen notamment. Il avait perdu contre ce dernier, si sévèrement en vérité qu'il avait manqué tout arrêter.

Les armes n'étaient pas sa vie, et la déception était si vive que son orgueil en avait été piqué. Il était un très jeune adulte à l'époque, encore prisonnier des passions féroces de l'adolescence. Tousen lui avait posé une main sur l'épaule, un sourire rassurant aux lèvres.


[Tousen] – Tu es bon, mais très pressé, très hâtif. Prends le temps d'exécuter chaque mouvement, savoure-le. Dis-toi que tout ce que tu entreprends peut être ton dernier geste. Alors savoure-le.

Geisei avait grimacé.

[Geisei] – Mes maîtres m'ont dit que j'avais un style très propre.

[Tousen] – Oui, tout à fait. Très propre. Mais tu n'assumes pas ta propreté. Tu la balances rageusement parce que tu es pressé d'en finir, de me montrer ce que tu vaux. Mon avis n'a pas à t'intéresser. Le seul objectif que tu dois avoir, c'est de me tuer. Proprement.

Tousen lui avait fait un clin d'œil.

[Tousen] – Moi j'ai toujours été très désordonné quand j'ai commencé. Puis j'ai appris à me maîtriser et depuis je peux progresser sereinement. Tu seras encore plus fort que moi avec l'expérience parce que toi, tu es naturellement ordonné.

Aya haletait, elle se passa une main sur les lèvres.

Elle secoua sa chevelure brune et lança un coup d'œil furieux à Geisei. Il la trouvait séduisante comme cela, sa courte lame contre sa cuisse nue et l'avant-bras sous ses lèvres pleines. Elle était en colère, et cela la rendait belle.


[Aya] – Arrête ça, ouais. Tu vas me faire rougir.

Elle sourit dangereusement et bondit sur lui.

[Aya] – Et arrête de fuir, bats-toi ouais !

Sa main libre tapa le sol, elle pivota sur elle-même pour frapper le haut de la cuisse de Geisei. Il aurait certainement pu parer le coup, mais il ne pouvait se déterminer à blesser Aya.

Eko et Uruku étaient parfaitement immobiles, comme s'ils étaient redevenus tous les deux des statues d'ivoires. Seuls les épaisses gouttes de sueur qui coulaient sur leurs corps indiquaient une activité.


[Aya] – T'as pas de jambes !

[Geisei] – Ouais ?

Aya s'interrompit et fronça les sourcils. Elle mit plusieurs secondes à se rendre compte que Geisei la taquinait.

[Aya] – Ouais, je vais te les casser comme ça tu penseras à autre chose qu'à des blagues pourries.

[Geisei] – Ah ouais ?

Il rit et l'adolescente serra son couteau dans sa main.

[Geisei] – Excuse-moi mais j'aime beaucoup la façon dont tu parles.

[Aya] – Te fous pas te moi !

Elle se jeta sur lui et exécuta une chaotique succession de mouvements. Geisei parait avec soin, ses yeux rencontraient parfois ceux d'Aya. Il sourit.

[Geisei] – Non je t'assure. J'aime vraiment.

Il esquiva la lame et riposta, effleurant la joue de la jeune fille.

[Geisei] – Ca s'accorde bien avec ton caractère je trouve.

[Aya] – Attends…

Elle baissa son bras.

[Aya] – Tu me dragues là ?

[Geisei] – Ouais.

Elle sourit et il crut presque voir de la joie gonfler ses joues.

[Aya] – C'est ma ligne ça. Ouais.

Ils reprirent leur combat, Aya papillonnait autour de lui et harcelait ses flancs et son dos, mais lui se contentait de la repousser.

[Aya] – Ouais au fait, j'ai pas encore entendu tes arguments.

Geisei l'interrogea du regard, elle disparut derrière lui et posa une main sur son épaule. Sur la pointe des pieds elle lui murmura à l'oreille.

[Aya] – Séduis-moi, ouais, ça me fera rire.

Elle lui planta sa lame dans le bassin et lui déposa un léger baiser sur la joue avant d'esquiver sa riposte.

[Aya] – Je te trouve mou, mauvais point, ouais !

Plus loin, Ashe bougea faiblement. Elle se redressa douloureusement, chaque os blessé ou brisé criait. Son nez semblait ne pas vouloir s'arrêter de saigner, son évanouissement ne lui avait apporté aucun secours. Elle cligna des yeux à deux reprises et attendit que sa vue sa stabilise. Eko et Uruku étaient toujours aux prises l'un de l'autre, figés et inconsciemment elle savait que le prochain coup d'un des deux serait mortel. Aya et Geisei se battaient à travers tout le champ de bataille.

Et devant elle, Naiko et Kisuke étaient toujours pétrifiés. Elle se leva en s'appuyant sur Naiko, mais fut prise d'un vertige et crut qu'elle allait défaillir de nouveau mais la sensation s'effaça.


[Geisei] – Ashe descend dans la grotte, je m'occupe de la demoiselle.

Ashe se retourna vers la caverne mais n'esquissa aucun geste avant d'être sûre de pouvoir se mouvoir sans risque.

[Aya] – Quoi, t'as une autre fille dans ta vie ? T'as perdu d'autres points là, ouais !

[Geisei] – Mais non elle est trop jeune, tu vois bien.

[Aya] – Qu'est-ce que tu insinues ? Que je suis vieille, c'est ça hein ? Ouais, tu vas morfler.

Ashe se déplaça et descendit les marches une à une, solidement appuyée à la paroi. Bientôt l'argumentation pleine de sensibilité de Geisei s'étouffa. D'autres voix lui parvinrent, elle sentait qu'elle devait se dépêcher mais au moindre faux-pas elle tomberait. Et dans son état, le réveil serait improbable.

Des bruits de pas nombreux retentirent un peu plus loin. A peine à quelques mètres. Elle accéléra. Ses côtes protestèrent, elle toussa et de nouveaux flashs sombres envahirent sa vue. Mais elle poursuivit parce qu'elle voyait Tael au sol, exposée à la lumière comme un trophée macabre ; et son sang qui ruisselait, une mare rouge s'étendait sous elle et dans toute la pièce.

Une quinzaine d'hommes en armes étaient à l'autre bout du couloir. Ils arrivaient près de Tael. Celle-ci regardait Ashe, et elle lui sourit en murmurant quelque chose.

Le regard d'Ashe passa des hommes à Tael, elle mesurait la distance qui les séparait.

Ses yeux bleus brillèrent d'une teinte nouvelle, plus sombre qu'à l'accoutumée.

Elle murmurait rapidement des phrases, tout bas, sa gorge lui brûlait, elle manquait des syllabes mais elle poursuivait. Ses bras se levèrent devant elle, des flammes bleues explosèrent autour d'elle. Le sol demeurait marqué du fluide contenu. Il se massa aux pieds d'Ashe, quelques guerriers s'arrêtèrent pour regarder. Leur capitaine les frappait pour les faire avancer.

La petite fille continuait de murmurer, sa voix écorchée gagnait en force. Quand le fluide lui pressa les côtes elle ne laissa pas le moindre gémissement ternir son incantation. L'eau ainsi solidifiée rampa sur son visage, il se teinta de bleu. Les premiers guerriers armaient leurs bras pour frapper Tael. Elle ne bougeait pas et observait la petite fille.


[Ashe] – Seisatsu Yodatsu ! [Pouvoir sur la Vie et la Mort]

Elle hurla les deux derniers mots. Des torrents balayèrent la caverne, pénétrèrent la chair d'Ashe sans lui faire le moindre mal. Les guerriers écarquillèrent les yeux, leurs os implosèrent et leurs cris d'horreur furent étouffés par la matière de ce fluide. La salle et les couloirs environnants se teintèrent de bleu. Ashe s'affaiblissait mais elle maintint la technique, même une fois ses ennemis réduits en chairs sanglantes.

Elle marchait malgré l'épuisement en direction de Tael. Les fluides bleus s'activaient tout autour d'elle à réparer les tissus déchirés ou les os détériorés. Sa conscience s'endormait lentement, elle savait qu'elle puisait trop profondément dans ses réserves. Elle se laissa tomber à genoux, Tael la regardait toujours.

Cette fois-ci, se fut Ashe qui lui toucha les joues.

Des gouttes de son sang tombaient sur le front de Tael mais elles ne se quittaient pas des yeux. Les doigts de la petite fille s'arrêtèrent autour de la garde du katana ennemi, elle le retira calmement. Le sang ne jaillit pas, les fluides se mirent en œuvres pour cicatriser la plaie. Puis ils se dispersèrent de nouveau sur tout le corps. Ashe ne parvint pas à mener le processus à terme, elle s'écroula sur le corps de la femme qui posa sa main dans ses cheveux.

Et pour la première fois, cela ressembla à une étreinte.

MessageSujet: Re: Statues   Ven 6 Juil - 15:06

[Aya] – Alors on fatigue ? Lopette, ouais !

Geisei s'appliquait à ne pas gratifier de trop d'entailles sa jeune adversaire. De plus, il la soupçonnait de s'essouffler. C'est parce qu'elle parlait trop.

[Geisei] – On devrait s'arrêter pour discuter.

[Aya] – C'est ce que je disais ouais, tu faiblis.

Elle était dans le dos du guerrier, il savait qu'il ne pourrait pas se retourner à temps. Si elle désirait l'abattre, il lui suffisait de lui planter sa lame dans sa colonne vertébrale. Le bout du poignard courut le long de la ligne sans s'y ficher. La voix calme d'Aya le surprit, elle l'avait habitué à ses cris joyeux et sauvages.

[Aya] – T'as perdu, ouais.

[Geisei] – On dirait.

Ils restèrent là, immobiles pendant de longues secondes. Elle le bras tendu contre son dos et lui la tête haute et souriante.

[Aya] – Dis-le tu en meurs d'envie.

[Geisei] – On dirait que tu as gagné, ouais.

Un bruit sur leur droite attira leur regard. Uruku avait fait un pas en avant pour resserrer sa prise, gêné par la sueur abondante. Eko saisit l'opportunité pour attaquer, ses mains attrapèrent la gorge du vieil homme et un bruit sec s'ensuivit.

Uruku tomba à terre. Ses traits reprirent leurs teintes d'origines et bientôt, il ne bougea plus.


[Aya] – Ouais ! Le combat le plus chiant du monde vient de finir !

[Geisei] – Ton ami est mort tu sais.

La joie d'Aya ne s'embarrassa de telles pensées, elle agita sa main libre.

[Aya] – Uruku mourir ? Merde ses rhumatismes l'aurait déjà emporté ce vieux tas. Nan, on n'est pas concerné par ce genre de choses.

[Geisei] – La mort ?

[Aya] – Ouais c'est ça. Il faudrait casser nos statues pour ça et c'est pas possible. Même la petite elle pourrait pas.

Elle rangea son arme, Geisei se tourna vers elle. L'adolescente essaya d'éviter son regard, sans succès, elle lui sourit maladroitement.

[Aya] – Ouais j'ai plus envie de me battre, ça me gonfle à force. Pis t'es trop nul, c'est vexant.

[Geisei] – Qu'est-ce que tu vas faire alors ?

Elle désigna du menton ses compagnons.

[Aya] – Comme eux. Je vais me retransformer en statue à attendre les prochains types qu'ont bousillera.

[Geisei] – Une vie palpitante.

Déjà, les jambes de l'adolescente se grisaient.

[Aya] – Au fait, dis à la petite que si elle redit que je pue, je la bute.

Elle pointa un index vindicatif vers lui.

[Aya] – Pigé ?

[Geisei] – Ouais !

[Aya] – Crétin, je te buterai aussi, ouais.

Il posa une main sur sa hanche nue, la pierre hésita à recouvrir cette surface puis s'y aventura. La sensation était étrange, mais il resta là, à dévisager la jeune fille.

[Aya] – Qu'est-ce tu fous ?

[Geisei] – Je reviendrais te chercher.

Elle rit puis reposa ses yeux sur lui, une brève lueur les traversant tous deux.

[Aya] – Ouais, le dernier qu'a dit ça je l'ai buté quand il a essayé. Et il y…

Geisei lui déposa un baiser dans le cou avant de l'enlacer, même si la majorité de son corps était transformé en pierre désormais. Elle ne résista pas et se tut. Quand il redressa la tête, sa gorge et ses cheveux eux-mêmes se métamorphosaient.

[Geisei] – On poursuivra notre combat alors.

Elle détourna les yeux, la pierre l'engloutit tout d'un coup. Le guerrier se retira d'un pas puis haussa les sourcils. Il posa une main sur son épaule puis s'éloigna vers Eko.

[Geisei] – On descend ?

[Eko] – Oui.

Geisei soupira.

***


Ils étaient tous assemblés dans une des nombreuses alcôves de la caverne. Tael était couchée à terre, Ashe endormie contre elle. Elle regardait les minuscules stalactites qui recouvraient la voûte. La lumière était faible, bleutée comme à l'entrée.

Geisei était assis un peu plus loin, face à Eko. Ils parlaient à voix basse, si bien que si elle ne se concentrait pas les mots lui échappaient. Ashe remua doucement avant d'enfouir sa tête plus profondément contre Tael.


[Tael] – Tu es réveillée ?

La main de la petite fille remonta le long du ventre de la guerrière pour se rapprocher de son visage.

[Ashe] – Oui… Tu vas mieux ?

Tael sourit et la serra tendrement puis lui embrassa le sommet du crâne.

[Tael] – Grâce à toi, merci.

[Ashe] – J'ai cru que c'était fini.

[Tael] – Je l'ai cru aussi.

Elles furent interrompues par une exclamation de Geisei qui se rapprocha d'elles, prêt à leur fournir milles soins et autant d'attentions.

[Tael] – Merci, je vais bien. Juste un peu fatiguée.

[Geisei] – Aucune importance, on a le temps de se reposer ici. Personne ne viendra nous y chercher.

Il s'écarta et retourna auprès d'Eko. D'après ce qui lui parvenait, Geisei l'entretenait d'un cruel dilemme qui le tourmentait. Et son interlocuteur le dévisageait d'un air grave et attentif, sans jamais l'interrompre.

[Ashe] – J'ai mal au ventre.

[Tael] – Tu as plusieurs côtes cassées ma petite chérie. J'ai réussi à soigner partiellement ton nez, mais on ne peut qu'attendre pour le reste, désolée.

[Ashe] – C'est la première fois que j'ai quelque chose de cassé.

Elle sourit tristement, Tael lui caressa les cheveux.

[Tael] – Tu es très courageuse.

Ashe se déplaça pour soulager ses peines. Elle se mit sur le dos, contre Tael, sa tête sur l'épaule de la guerrière. Celle-ci déposa avec soin sa main sur le bassin de la petite.

[Ashe] – Pas autant que toi, j'aimerais te ressembler.

[Tael] – N'essaye pas. Regarde ma main, on dirait une main d'homme tellement elle est habituée à tenir une lame.

Ashe posa ses doigts sur sa main et ferma les yeux.

[Ashe] – C'est parce que tu ne peux plus la toucher que tu dis ça. Ta main est douce.

Elles ne dirent rien pendant un moment, à écouter les bruits continus de la caverne ou bien la voix grave de Geisei.

[Ashe] – D'où tu viens ?

Elle pencha la tête sur le côté, leurs yeux se rencontrèrent.

[Ashe] – Je voudrais mieux te connaître.

Tael entreprit de lui faire partager son passé. Elle venait d'un village très loin d'ici, même si elle ne savait plus exactement où c'était, ici. Kurutta, le village des guerriers. C'était au creux d'une montagne, un milieu curieusement agréable malgré les conditions qui pouvaient apparaître difficiles. Ils étaient peu nombreux dans ce village, moins de cinquante. Mais c'était un endroit paisible. Les épées chantaient toute la journée, sans interruption jusqu'au soir. Ils travaillaient sur leurs corps et sur leurs esprits, ils cherchaient la perfection.

[Tael] – On nous avait pas dit que c'était une quête sans fin. C'était mieux ainsi, on l'a appris seuls.

Tael lui raconta tout ce qui lui venait à l'esprit. Quand elles s'endormirent, elle fut soulagée de ne pas rêver, ou en tout cas de voir ses songes s'évanouir aimablement au réveil. Ashe était étendue sur le dos à ses côtés. Elle se redressa, seul Geisei était présent.

[Tael] – Où est Eko ?

[Geisei] – Il revient. Il a cru entendre un bruit et il est allé voir, rien d'inquiétant.

Tael hocha la tête. Elle se leva prudemment et s'étira sans ressentir le moindre mal, hormis celui causé par le sol déchiqueté qui lui avait torturé le dos. Mais plus de marques de son sanglant combat.

[Geisei] – Qu'est-ce que tu vas faire une fois que tout sera fini ?

[Tael] – Je ne sais pas. Tout dépend de la fin, mais j'espère que je pourrais m'installer quelque part et vivre avec ma fille. Et mes amis.

Elle sourit.

[Tael] – Et toi ?

Il eut un évasif haussement d'épaules.

[Geisei] – Je pense que je voyagerais avec Tousen à nouveau. Il est impressionnant.

[Tael] – Pourquoi tu as accepté de m'accompagner ? Rien ne t'y engageait.

Il sourit et détourna la tête, comme si le sujet le gênait.

[Geisei] – Et bien… Tousen savait que tu passerais par-là.

Tael haussa les sourcils.

[Geisei] – Et il savait que tu aurais besoin d'aide. Il t'a combattu, conscient qu'il ne pourrait pas gagné, puis il t'a fourni une lame et un soutien supplémentaire.

Il eut un sourire contrit.

[Geisei] – C'est un calculateur et moi j'étais impatient de me battre à tes côtés. Tu es célèbre tu sais.

Tael s'assit face à lui et croisa les jambes, le dos contre la paroi fraîche de la caverne.

[Tael] – Je suis heureuse que tu sois venu.

[Geisei] – Merci.

Eko revint dans l'alcôve plusieurs minutes plus tard.

[Eko] – Il n'y avait personne finalement.

[Geisei] – Ouais je te l'avais bien dis.

[Tael] – Il faut qu'on parte ?

Eko paru étonné de sa question. Il secoua sa large tête.

[Eko] – Non pas nécessairement. C'est toi qui décide quand on part.

Tael sourit.

[Tael] – Tant mieux, j'aimerais qu'on reste là encore un peu à discuter.

[Eko] – Combien ?

[Tael] – Quelques jours. Une semaine disons ?

Eko s'assit à son tour.

[Eko] – Entendu. Il n'y a pas de problème, les cavernes sont vides. J'irai chercher de la nourriture.

[Geisei] – Tu t'inquiètes pour Ashe ?

[Tael] – Oui. Elle avait de la fièvre. Elle n'aime pas trop les cavernes et son corps a été malmené.

Geisei se leva.

[Geisei] – On va s'installer dehors alors. A l'entrée.

Eko lui jeta un coup d'œil. Ce dernier se justifia précipitamment.

[Geisei] – Il y a un ruisseau pas loin, c'est Eko qui l'a dit. Ce sera plus commode.

[Tael] – Alors allons-y.

Tael était heureuse et elle goûtait à la sensation de cette joie douce qui la baignait. Elle souriait en soulevant doucement Ashe et elle souriait des justifications bourbeuses de Geisei face à Eko. Elle savait que tout cela finirait bientôt, alors elle s'y abandonnait ; et cela lui faisait un bien tel qu'elle l'aurait cru impossible quelques mois plus tôt.

MessageSujet: Re: Statues   Sam 14 Juil - 14:41

Ils patientèrent une semaine.

Un matin, Tael allumait le feu. Ashe la regardait faire, elles étaient seules à être réveillée. La femme regarda un long moment son masque, à terre. Elle voulait l'oublier, mais c'était comme s'il était enchaîné à elle. Ashe lui avait sourit.


[Ashe] - Fais ce dont tu as besoin, non ?

Tael n'avait pas répondu tout de suite. Elle avait posé ses doigts sur les rebords de son masque et l'avait caressé. Les souvenirs s'en échappaient, fuyants et brutaux. Elle le leva au niveau de son visage et sourit à son tour.

[Tael] - Oui. Tu as raison.

Elle jeta le masque dans les flammes et elles le regardèrent se consumer, ensembles.

Ashe n'avait pas entièrement récupérée, mais elle insistait pour ne pas retarder davantage ce qui devait être leur dernier mouvement. Ils marchaient le long des couloirs, accompagnés de cette étrange lumière bleutée. Eko dirigeait la marche, il avait depuis longtemps repéré les lieux. Il les conduisit à une salle relativement vaste, circulaire. La poussière, invisible, était cependant immédiatement suffocante.


[Geisei] – Cette caverne ne me manquera pas.

[Ashe] – A moi non plus.

Geisei soutenait la petite fille par le bras, plus par mesure de prudence que par réelle nécessité.

Tael s'avançait et observait les lieux. Il n'y avait rien ici qui puisse leur donner la moindre indication. Quelques meubles brisés, des étagères remplies de livres écornés et ternes.


[Geisei] – On va devoir lire les bouquins, là ?

Il grogna.

[Geisei] – Si c'est le cas, je préfère partir de suite.

Tael posa sa main sur le seul meuble dont elle ne pouvait déterminer l'utilité. A son contact, elle comprit qu'il s'agissait de pierre, sculptée d'un seul bloc dans ce matériau glacial. Il y avait des rainures au-dessus et, au centre, un creux en forme de cercle.

[Tael] – Ce ne sera pas nécessaire.

Elle plongea sa main dans son chemisier et en ressortit ce qu'elle avait pris pour un hochet, dans la montagne il y avait quelques temps déjà. Sans trop savoir comment s'y prendre, elle le plaça dans ce qui devait être son emplacement d'origine. Quand elle tira dessus, l'objet refusa de sortir. Elle se recula, hésita et ouvrit la bouche mais avant qu'elle ne parle la pièce trembla.

[Eko] – Mauvaise idée. Le vent arrive.

Il désigna le plafond et tous regardèrent dans cette direction. Le tremblement s'intensifia.

[Tael] – Rapprochez-vous autour de moi.

Ils s'exécutèrent. Ils purent voir la première fissure craqueler la voûte, puis une myriade d'autres plus fines mais beaucoup plus longues s'étendre et s'immiscer entre les dalles.

[Geisei] – Ca va s'écrouler.

[Tael] – Oui.

Geisei hésita une seconde, puis ajouta.

[Geisei] – Et on est dessous.

[Tael] – Oui.

[Geisei] – Bien. Je voulais juste être sûr que tout le monde était bien au courant.

Une pierre se déchaussa et s'écrasa sur une étagère. La voûte trembla davantage. Tael saisit Ashe par la taille et la rapprocha d'elle. Elle se pencha à son oreille.

[Tael] – Tiens toi à moi. Et prends ça.

Elle lui remit une bague.

[Ashe] – Pourquoi ?

[Tael] – Elle est trop petite pour moi.

C'était la bague qu'Hasu lui avait donnée. Un fin anneau qui avait appartenu à la plus jeune des Trois Sœurs.

[Ashe] – Merci.

Tael ne répondit pas et leva les yeux. Les pierres tombaient et bientôt, comme l'avait prédit Eko, le vent arriva. Il dévasta le plafond et, comme s'il était pourvu d'une conscience propre, stationna au-dessus d'eux sans les toucher autrement qu'en faisant claquer leurs vêtements.

[Tael] – Bien. On va y aller.

[Geisei] – Où ?

Tael sourit.

[Tael] – Ne t'en occupes pas.

Les dernières pierres qui chutaient s'immobilisèrent dans les airs. La femme ferma les yeux et tordit la réalité. Elle marchait vers le vent, et avec elle tous ses compagnons. Le vent gronda, furieux d'être piégé. Il reculait à mesure qu'elle progressait.

Il s'enfuit, elle le suivit.

Le front trempé de sueur, des vertiges la menaçaient. La vitesse du vent importait peu, sa réalité était la sienne. Mais tracter ses compagnons était particulièrement épuisant. Comme si elle devait les porter sur ses épaules, sans considération pour l'espace, juste l'effort était présent. Le vent essayait de l'attaquer, parfois, mais il comprit rapidement qu'il ne pouvait pas gagner ici.

Ils s'arrêtèrent en même temps. Le vent prit de la hauteur et disparut. Tael tomba à genoux, haletante. Ashe regardait autour d'elle, les lèvres entrouvertes.


[Ashe] – Comment tu as fait ?

Geisei cligna plusieurs fois des yeux et se passa une main devant, agressé par la luminosité éclatante. Ils étaient près d'une cascade et aux côtés d'un bois.

[Tael] – J'ai suivi le vent. Mais c'était un être humain.

La petite fille fronça les sourcils.

[Ashe] – Un humain ?

[Tael] – Oui. C'est comme ça que je l'ai ressenti, comme si un humain avait pris l'apparence du vent pour nous attaquer.

Tael releva la tête. C'était la cascade de Gamuro, le premier village par lequel elle était passée en quittant Konoha. Le village devait être tout proche, elle caressa un instant l'idée d'aller le visiter une dernière fois. Passer voir Mashiro, et Akogare. Juste pour le serrer dans ses bras et revoir Tenshi.

Elle se redressa totalement.

[Tael] – Je suis passé par-là au tout début de mon voyage. J'aurais pu le finir avant même de le commencer.

[Geisei] – Ouais, mais je t'aurais pas rencontré.

Elle sourit et hocha la tête.

[Eko] – Il faut aller dans le village ?

[Tael] – Non, derrière la cascade.

Geisei posa sa main sur son sabre.

[Geisei] – Tu vas utiliser la réalité ?

Tael se remit en marche en suivant l'étroit sentier de pierre, celui qui se rapprochait au plus près de la cascade.

[Tael] – Ce ne sera pas nécessaire. Nous sommes attendus.

Ils ne posèrent pas plus de questions et gravirent la pente. Le bruit de la cascade leur parvint brusquement, bien qu'il n'ait été qu'une vague rumeur jusqu'alors. Geisei grimaça et parla, mais sa voix fut étouffée.

La pente s'interrompait brutalement. Eko posa sa main sur l'oreille de Tael et rapprocha ses lèvres.


[Eko] – Le son est creux derrière l'eau. Il y a un passage.

Tael hocha la tête. De là où ils étaient, il était impossible de voir quoique ce soit par-delà le rideau écumeux. Ils se regardèrent. Avant qu'ils ne puissent l'en empêcher, Ashe avait déjà levé une main vers la cataracte. Celle-ci gémit et sa progression fut brisée. La petite fille utilisa l'eau pour s'en faire un pont entre leur bord et celui qui était apparu, de l'autre côté.

Ils passèrent rapidement, Ashe relâcha la cascade.


[Tael] – Ce n'est pas prudent Ashe.

La petite fille posa sa main autour de sa taille et avança. Elle ne répondit pas.

[Eko] – C'est étrange.

[Tael] – Oui. On est observé.

Geisei retira sa lame de son fourreau et la posa sur son épaule.

[Geisei] – Je ne sais pas qui sont tes ennemis, Tael. Mais on s'en occupera.

Ils marchèrent sur le sol rocheux, le bruit tonnant de la cascade s'estompait déjà. Tael marchait en tête, avec Ashe appuyée contre elle. Ils cheminaient lentement, sans se soucier des regards qui pesaient sur eux. Ils quittèrent l'antichambre et suivirent un très petit couloir, lequel ne tarda pas à déboucher sur une salle rectangulaire aux proportions beaucoup plus larges.

Six hommes habillés de pourpre se tenaient devant une grande porte.

MessageSujet: Re: Statues   Lun 16 Juil - 11:55

[Début du message précédent édité, suite à un oubli.]

[Tael] – Ah.

Elle leva les yeux, une alcôve permettait de voir la salle suivante.

[Tael] – Je dois passer.

[Geisei] – Je m'occupe des six, vous passez.

Eko leva un sourcil.

[Eko] – Tu es sûr ?

Geisei sourit largement et quelque chose de rassurant brillait dans ses yeux. L'envie.

[Geisei] – Tu ne m'as vu me battre que contre la nana de tout à l'heure. Et elle était jolie. Pas eux.

Il s'avança, une main le long du corps et l'autre resserrée autour de son sabre.

[Geisei] – Suivez-moi et passez.

Ils l'écoutèrent. Les six hommes ne bougèrent pas, ils tenaient tous leur arme. Geisei attendit d'être à une quinzaine de mètre pour s'incliner.

[Geisei] – Messieurs, vous avez l'honneur de m'avoir pour adversaire. Je vous défie tous les six. Ecartez-vous.

Ils s'exécutèrent. Tael, Ashe et Eko s'enfoncèrent dans cette allée. Ils ne furent pas attaqués. Cela indiquait deux choses. Ils savaient qu'ils allaient gagner contre Geisei, et ils savaient que Tael allait au devant de dangers plus grands encore. Elle se tourna vers le jeune homme. Il avait ouvert son kimono, ses épaules et le haut de sa poitrine étaient fièrement exposés.

Elle lui sourit et se détourna.

D'un coup sec, Eko ouvrit la porte.


[Ashe] – Oh…

La salle était nettement plus haute que la précédente. Des torches de différentes couleurs – verte, rouge, jaune ou violettes – couraient sur les murs, ce qui donnait à la salle une atmosphère presque mystique.

La pièce était vide. La porte se referma avec un bruit sourd. Leurs pas résonnaient étonnamment sur les dalles froides.

Deux silhouettes se détachèrent des ombres sont que rien ne le laisse présager. Tael les reconnut.


[Hideo] – Je vous attendais.

Ashe fronça les sourcils. L'homme présenta la salle d'un ample geste du bras.

[Hideo] – Pas d'eau ici, petite. Juste de l'acier et de la pierre.

Il sortit son arme, et Tael hésita. Hideo était certainement trop fort pour Ashe ou pour Eko, quoiqu'elle ne sache pas de quoi ce dernier était capable. Elle-même aurait du mal contre lui. Et c'était sans compter l'autre.

[???] – Je t'ai loupé dans la forêt. J'aime pas les arbres.

C'était le jeune aux cheveux courts qui l'avait agressé il y a plusieurs semaines désormais. Les Sans-Visages l'avait probablement sauvé ce jour-là, l'homme possédait d'étranges pouvoirs. Mais aujourd'hui, elle était armée.

Derrière eux, une nouvelle porte, encore plus haute. Elle devait continuer.

Avant qu'elle ne puisse faire le moindre mouvement, l'homme était sur eux. Il chercha le flanc d'Ashe, mais Tael para sa lame.


[Tael] – Gamin.

Elle riposta, les aciers se longèrent mais ce fut celui de la femme qui rencontra la chair. Eko le saisit par l'épaule et l'envoya au loin, contre un pilier.

[Hideo] – Ne la sous-estime pas Tsaharu.

Tael s'avançait vers le jeune homme, encore inconscient. Hideo secoua la tête et courut à sa rencontre. Elle esquiva son attaque, répliqua mais son adversaire était rapide. Les échanges étaient brefs, la femme voulait le tuer et en finir le plus vite possible. Elle se rapprocha du pilier, reculant sous les assauts d'Hideo. Tael entendit Tsaharu se redresser, dans son dos. Elle vit même, du coin de l'œil, Eko se précipiter vers eux. Le coup partit. Mais curieusement, elle ne fut pas touchée. Ce fut à cet instant qu'elle perçu la fumée violette.

[???] – Ah ! la lâcheté. C'est un sentiment rassurant.

[???] – Ironique, tu ne penses pas ? Qu'un sentiment causé dans et par l'insécurité puisse nous faire sentir au calme.

Hideo recula d'un pas. Deux formes drapées dans des manteaux rouges lui tournaient le dos. L'une d'elle se tourna, son visage n'existait pas mais il semblait radieux.

[???] – Ils sont deux ! Ils sont deux ! On va bien s'amuser.

C'était le plus petit des deux, il arrivait à peine à la poitrine de Tael. Deux lames battaient ses flancs, longues et effilées. Le second, beaucoup plus grand, plus de deux mètres, portait une lame colossale. Elle était en ce moment plantée dans le sol et la pointe de l'arme de Tsaharu était fichée en son centre.

Les Sans-Visage étaient venus honorés leur promesse.


[???] – Je serais tenté de dire que la lâcheté, fondamentalement, est rattachée à ce qui fonde notre essence. C'est-à-dire une force négative qui se nourrit de nos peurs, de nos doutes et de notre absence de confiance – en nous et en les autres.

[???] – Ah, je ne suis pas d'accord. On ne devient pas lâche, pas plus qu'on ne né ainsi. Même des gens terrifiés, qui ont subi de lourds traumatismes peuvent se révéler courageux. C'est d'ailleurs à force d'expérience que le courage apparaît : ce n'est qu'une balance qui nous souffle les actions qui doivent être entreprises et celles qui, trop dangereuses ou inutiles, doivent être évitées.

Le petit ricana et se tourna totalement vers Hideo. Pendant leur conversation, les deux ennemis s'étaient éloignés de quelques pas, hésitants quant à la conduite à adopter.

[???] – Tael ! Ah, Tael ! Je suis très content de te voir, toutefois, je te prierais de nous laisser ces deux individus. S'il te plaît, belle gourmande, partage un peu.

[???] – Ne le prends pas mal, mais nous préférons philosopher tous les deux. C'est notre petite habitude.

Tael ouvrit la bouche, puis hocha la tête.

[???] – Ah ! Délicieuse, absolument délicieuse ! Petit hochement de tête divin, inclinaison féminine, presque coquette, qui nous invite à écorcher ces deux gentilshommes.

[???] – Oui, très sexy, très sexy. Et puis, cette façon que tu as de tenir ta lame Tael, je t'assure elle crée en moi des images très douces mais, hélas, c'est tout à fait déconcentrant. Et ta bouche, ta bouche entrouverte appelle au baiser !

Tael referma ses lèvres en un sourire fin.

[???] – Oh, coquin. Tu vas la faire rougir. Non ? Même pas un peu ? Un tout petit peu ? Tael, délici…

Tsaharu l'attaqua. Il l'éloigna du plat de la lame.

[???] – Quelle impolitesse ! J'allais déclamer un poème enflammé à notre succulente Tael ! Il n'y a rien de plus injuste qu'un ignorant.

[???] – Oh ! Je connais, je connais cette ligne ! C'est dans un livre ?

[???] – Du théâtre oui.

Tael recula, Eko et Ashe l'attendaient près de l'autre porte.

[Eko] – On peut les laisser seuls ?

[Tael] – Ils sont très bons. Un peu dissipés, c'est tout.

MessageSujet: Re: Statues   Mar 17 Juil - 18:25

[???] – Tael, de combien de temps as-tu besoin ?

[Tael] – Autant que tu peux m'en accorder.

[???] – Quelle réponse intelligente !

Le petit Sans-Visage testa la garde d'Hideo. Il ne frappa qu'une fois et hocha la tête.

[???] - Tu auras ton temps Tael. Va !

Tael et ses deux compagnons ignorèrent les échanges métalliques et passèrent la porte. Mêmes proportions que la précédente, à peu de choses près. Cette fois-ci, il n'y avait pas de quatrième porte devant eux, juste un long couloir verdâtre. Ils se dirigèrent vers lui, pendant que les battants de bois se refermaient. Tael s'aperçut que son cœur battait plus rapidement.

Eko grogna.


[Eko] - Attention.

Les chaînes à ses poignets tintèrent sourdement. Tael ralentit son pas, sa main se posa sur son katana.

[Tael] – Ashe, derrière moi.

Ashe eut à peine le temps d'obéir que des ombres colorées s'abattaient tout autour d'eux. L'une d'elle apparut face à la femme. Celle-ci fronça les sourcils.

[Tael] – Vous ?

***


Geisei para les deux lames d'un unique mouvement. Sa jambe s'appuyait sur les dalles trop lisses. Ses quatre autres adversaires le contournaient déjà. Il attendit trois secondes supplémentaires et se retira, écartant d'un geste l'une des lames ennemie. Il fit deux pas de côtés, très rapides, et frappa de toute l'ampleur de son bras la cuisse d'un autre homme. L'attaque manqua, Geisei se rétracta aussitôt.

[Geisei] – Pas mal. Mais est-ce que vous voulez vraiment continuer ?

Pour toutes réponses, trois lames bondirent vers sa poitrine. Il sauta et la pointe de son sabre pénétra dans le pied d'un homme. Celui-ci grogna.

[Geisei] – Je ne vous demande pas ça par politesse. Mais…

Il sentit la brûlure curieusement glaciale de l'acier dans sa jambe. Il haussa les sourcils et jeta un coup d'œil derrière lui. Un ennemi s'apprêtait à frapper à son tour. Geisei essaya de se mouvoir mais la lame dans son dos l'en empêchait. S'il bougeait, l'un de ses organes pouvait être endommagé. Le sabre ennemi se rapprochait.

[Geisei] – Trop pressé, eh ?

Il s'avança d'un pas, l'acier lui rongea le corps mais avant que l'ennemi ne puisse aggraver sa blessure, Geisei était déjà hors de portée.

[Geisei] - Je prendrais ça pour un non.

***


[???] – Ne le prends pas mal, mais je trouve ta vision furieusement iconoclaste.

[???] – Tiens donc.

Le plus grand frappa de toute la puissance de son bras le sol devant Tsaharu. Le guerrier recula précipitamment, mais déjà il se faisait de nouveau agresser.

[???] – Ne le prends pas mal, hein.

[Mugen] – Aucune inquiétude. J'aime quand tu es honnête.

Le dénommé Mugen poussa Tsaharu du bout de sa lame contre le mur. Pendant ce temps, le petit virevoltait tout autour d'Hideo qui le repoussait inlassablement.

[???] – Je vais approfondir ma pensée. Tu semblais, dans ta démonstration oublier le facteur de la passion.

Mugen rit joyeusement.

[Mugen] – Oh ! oui ! la passion. J'aime ce mot. Pas-si-on. Il roule sur la langue. Enfin, si j'en avais une.

[Tsaharu] – Comment peux-tu rire, monstre ?

Mugen posa son arme sur l'épaule et se saisit le menton.

[Mugen] – Eh bien, puisque tu évoques notre condition, sache qu'elle n'est guère reluisante. Avant, nous étions beaux comme des dieux, vraiment. Qu'est-ce qu'on pouvait s'aligner comme nanas, hein, Kanko ?

Kanko esquiva la lame d'Hideo d'une simple torsion dorsale et riposta au niveau du cœur. Le guerrier dût reculer, encore.

[Kanko] – Si je me souviens ! A ce propos, tu te rappellede cette nuit à la taverne du… merde, c'était quoi son nom…

Mugen frappa du plat de son arme l'épaule de Tsaharu. Le jeune homme partit s'écrouler plus loin. Il se redressa sur un genou, chancelant.

[Kanko] – Ah, oui, San Mando. C'était à San Mando.

Tsaharu ferma les yeux et projeta une formidable force contre Mugen. Ce dernier vola à travers la moitié de la salle et s'écrasa contre les dalles, lesquelles se déchaussèrent sous son poids. Il y eut un surprenant silence.

[Tsaharu] – Je suis le vent, je frappe sans être vu, je suis toujours là où l'on ne m'attend pas.

Mugen se redressa, appuyé sur son épée. Il se releva totalement et laissa échapper une exclamation.

[Mugen] – Oui ! Avec les deux gonzesses, c'est bien ça ? La très belle et la pas trop jolie ? Même que j'avais la très belle.

[Kanko] – Avant qu'on échange…

[Mugen] – Oui. La très belle n'était finalement pas très excitante. Un peu trop passive, j'avais l'impression de gémir pour deux, voire pour toute la taverne. Et puis, elle mettait les dents.

Les épaules de Tsaharu s'affaissèrent. Il se remémorait tous les adversaires qu'il avait terrifiés, en les frappan comme il l'avait fait. Même cette Tael avait été étonnée. Sa mâchoire se contracta, sa silhouette s'effaça rapidement et il devint le vent.

[Tsaharu] – Je vais mettre les dents aussi maintenant.

[Kanko] – C'est vrai. Elle était maladroite. Pleine de bonne volonté, mais timide et maladroite.

Tsaharu se précipita sur Mugen, lui lacéra la chair et les habits puis prit un peu de hauteur. Le guerrier vermeil était immobile. Il toussota.

[Mugen] – Timide, c'est le mot. Ca lui coupait toute imagination.

Hideo réussit à s'infiltrer dans la garde de son petit adversaire. Il frappa à trois reprises, mais aucun fluide ne s'écoula. Kanko sauta en l'air.

[Kanko] – Pourtant avec son corps, elle poussait la mienne jusqu'à des confins encore inconnus.

Mugen secoua la tête et la leva vers Tsaharu.

[Mugen] – Quel gâchis, hein ? Si jolie et si nulle. Allez, viens par-là toi.

***


L'homme sourit.

[???] – J'en ai peur.

Tael sortit son arme.

[Tael] – Depuis le début c'est vous ?

Il haussa les épaules.

[???] – Quel début ? Tu as commençais à t'immiscer dans mes affaires au port. Je ne sais pas pourquoi, mais tu m'as poursuivi jusqu'ici.

L'homme portait un bandeau sur les yeux. Tael se souvenait de la rencontre avec Kahei. Elle attendait une indication pour sa quête, il l'avait abordé et puis elle était allée se coucher. Pendant la nuit, le village dans lequel elle se trouvait avait été attaqué par des pirates. Par lui.

[Tael] – Tu as ma fille.

L'homme n'esquissa pas le moindre mouvement, il semblait réfléchir. Il finit par sourire.

[Kahei] – J'en doute.

Il se détourna et écarta les rangs de ses gardes. Tael fronça les sourcils et fit un pas. Des lames se propulsèrent à sa rencontre.

[Kahei] – C'est une très mauvaise idée, Tael. Tu peux faire demi-tour, je n'ai nulle rancœur contre toi.

Tael fut poussée par Eko, lequel envoya son bras colossal contre les lames ennemies. Il saisit l'homme le plus proche, le leva au niveau de son visage et lui écrasa le nez d'un coup sec avant de l'envoyer s'écraser contre les autres.

Kahei s'éloignait dans le couloir.


[Ashe] – On te rejoint.

Ashe était dans le dos d'Eko, aucun adversaire ne s'intéressait à elle, trop occupé à contenir la prodigieuse force de l'homme.

Tael hocha la tête brièvement et courut devant elle. Un ennemi jugea opportun de l'intercepter, sa tête rebondit deux fois sur le sol. La femme s'enfonça à la suite de Kahei.

Eko fit carillonner ses chaînes. Il savait ce que voulait la petite fille dans son dos, c'est-à-dire attirer l'attention de tous pendant qu'elle rassemblait la force nécessaire pour les balayer. Mais Ashe sentit un coup heurter son crâne. Des larmes apparurent au coin de ses yeux tandis qu'elle chutait lentement. Elle chercha son agresseur, mais il n'y avait personne.

Elle comprit alors que c'était simplement son corps qui lui indiquait qu'il ne pouvait plus faire davantage d'efforts.


***


Tsaharu fut obligé de reprendre sa forme humaine. Sa lèvre saignait, et une large balafre déchirait son torse. Mugen l'ignora et se tourna vers son compagnon. Kanko était très rapide, mais cet Hideo était très doué. Peut-être un peu trop prudent, il était impressionnable. Il n'y avait peut-être rien de pire, dans un combat. Cette soudaine faiblesse où l'on en vient à douter de sa propre force, où l'on préfère éviter la défaite plutôt que d'atteindre la victoire.

[Kanko] – … Toute la journée du lendemain, on l'a passée à la taverne si je me souviens bien.

[Mugen] – Correct. Il faisait beau temps et on avait une mission genre importante, en plus, les deux nanas étaient reparties.

Il se tourna vers Tsaharu.

[Mugen] – Toutefois je suis pas sûr qu'elles soient parties en marchant droit, si tu vois le truc.

Le jeune homme grogna une syllabe inaudible.

[Kanko] – Mais ce jour-là, il y avait cette minuscule fille qui chantait avec son groupe.

[Mugen] – Ouais, très dynamique la nana, elle souriait et riait tout le temps. Elle mettait le feu dans ce petit bouge misérable.

[Kanko] – Elle était très drôle en plus. Elle sortait avec l'un de ses musiciens, le gros balourd aux cheveux courts

Mugen jeta un regard appuyé sur Tsaharu.

[Mugen] – Un peu comme toi, le visage peut-être plus long. Enfin laid quoi, comparés à nous.

[Kanko] – Sans offenses bien sûr.

Tsaharu attaqua.

[Mugen] – Démonstration pratique : la vérité blesse...

L'homme sauta dans les airs et abattit son arme sur Mugen. Celui-ci envoya brutalement sa lame dans les cieux, transperçant l'abdomen du jeune guerrier.

[Mugen] – … mais elle n'est pas la seule.

***


Tael déboucha sur un espace au plein air. Des arbres résineux s'élevaient partout et ignoraient la rivière et la roche. Kahei l'attendait sur un petit promontoire rocailleux, son bandeau rouge barrait son visage souriant.

Il tenait une très longue lame à la main.


[Kahei] – C'est dommage. Une si jolie femme. Tael. Ta-el. C'est ton vrai nom ?

[Tael] – Oui.

[Kahei] – Pourquoi es-tu venue Tael ?

Elle s'avançait toujours, à pas lents.

[Tael] – Ma fille.

Il secoua la tête lentement.

[Kahei] – Nous n'avons pas d'enfants ici. Les esclaves sont revendus presque immédiatement. Alors, pourquoi es-tu venue Tael ?

Elle ne répondit pas.

[Kahei] – Tu peux repartir Tael. Nous n'avons pas à nous affronter, ce serait inutile.

Il baissa la lame de son arme.

[Kahei] – Je suis sincèrement désolé pour ta fille, mais elle n'est pas chez nous et ne l'a jamais été. Si tu ne recules pas, alors nous nous battrons.

Il la pointa de son arme.

[Kahei] – Et personne ne viendra t'aider ici, dans mon sanctuaire.

Tael sourit.

[Tael] – Célébrons la rencontre de deux héros alors. Tous les deux.

MessageSujet: Re: Statues   Lun 23 Juil - 12:55

Geisei chercha de sa main libre la blessure que ses ennemis lui avaient infligée. Il sentit son sang chaud coulait entre ses doigts et secoua la tête.

[Geisei] – Embroché, huh ?

Quand il attaqua, il n'avait rien perdu de sa vitesse, ses mouvements étaient plus amples, plus brefs aussi. Il créait autour de lui un cercle libre. Cela lui demandait beaucoup d'efforts et sa blessure s'élargissait, le liquide se répandait aussi bien dans son dos que sur son ventre. Ce n'était cependant pas une blessure mortelle, quand bien même elle avait pénétré d'un bout à l'autre.

Seule la quantité de sang versé pouvait influencer son état.


[Geisei] – Un, deux.

Il bondit sur un pied puis sur l'autre, tourna sur lui-même et planta son arme dans la poitrine de l'home qui l'avait suivi. Il tomba face contre terre.

[Geisei] – Cinq contre un, pas trop fatigués ?

Il feinta, frappa doucement sur le bras de son adversaire et se déplaça autour de lui. Ses yeux surveillaient chacun des mouvements ennemis, il faisait de son mieux pour ne jamais avoir personne derrière lui.

Il se demandait ce que ferait Tousen dans sa position. La réponse ne le rassura pas : Tousen aurait déjà gagné. Geisei se trouvait lent, lourd. Ses gestes étaient faibles, il ne parvenait pas à y insuffler la force nécessaire.

Il se concentra. Il était plus puissant que cela, il avait abattu des hommes et des femmes beaucoup plus impressionnants.

De plus, il n'avait pas envie de voir sa vie s'achever ici. Geisei posa son arme contre son genou fléchi.


[Geisei] – Tousen, salaud, tu aurais pu me l'apprendre entièrement.

Il sourit et se leva.

[Geisei] - Mais on verra bien le résultat.

***


[Kanko] – Eh bien vous savez quoi ?

Hideo n'ouvrit pas même la bouche. Il ne pouvait éviter d'entendre le flot de paroles incessant, mais son esprit bien ordonné l'écartait comme ce qu'il était : un parasite. Pourtant, il ne parvenait à prendre l'ascendant sur Kanko. Trop vif, il était partout. Une chance qu'il ne prenne pas ce combat au sérieux.

[Kanko] – C'était le soir, à peu près dix-neuf heures. Elle chantait, on était quelques uns à l'applaudir. Elle avait une bouche, oh ! à faire pâlir, euh…

Mugen toussota et proposa.

[Mugen] – Tamoko Hufi ?

Kanko rit et dût même interrompre son attaque pour se tenir les côtes. Hideo n'hésita pas et porta une attaque, le petit guerrier l'écarta par pur réflexe.

[Kanko] – Oh oui ! oui, à faire pâlir Hufi. Et pourtant, la Hufi, je vous assure qu'elle réveillerait la libido d'un moine mort et ascète.

Tsaharu tenait difficilement debout. Il se répétait que s'il perdait, c'était à cause de la taille de l'épée de son ennemi. C'était quoi, ce sabre ridiculement grand ? Il était aussi large que ses cuisses jointes, et pratiquement plus long que lui.
Hideo porta une attaque de flanc, la lame s'enfonça, mais Kanko ne sembla pas s'en soucier.


[Kanko] – Elle s'approche de nous…

[Mugen] – Oui, de nous.

Tsaharu se mit en garde, Mugen lui accorda un coup d'œil mais se désintéressa aussitôt.

[Mugen] – Avec son décolleté échancré jusqu'au nombril.

[Kanko] - Mmh, oui, presque. Enfin bref, elle s'approche et nous sourit en nous disant que c'est sa pause.

Mugen laissa son arme sur son épaule et envoya Tsaharu s'écraser contre le mur d'une main.

[Mugen] – Elle nous demande si on veut chanter avec elle, parce qu'on a de jolies voix.

[Kanko] - Tu oublies de préciser que tu lui as répondu, fort à propos : "jalouse ?" Voyou.

Hideo fronça les sourcils. Le corps de son adversaire était solide, mais il ne saignait pas. Cependant, il était forcément blessé. Pourquoi se souciait-il se peu de son état ? Il porta une attaque au niveau de la poitrine, Kanko para maladroitement et la pointe de la lame pénétra son abdomen.

[Mugen] – Vrai. Ah. C'est sans doute grâce à ça que quelques heures plus tard…

[Kanko] – Tais-toi ! Ne raconte pas la fin. Oh, tu vas tout gâcher.

Il se tourna vers Hideo.

[Kanko] – Vous avez deviné la fin, dites ?

[Hideo] – Non. Je n'écoute pas.

[Kanko] – On peut poursuivre, tant mieux.

Hideo hésitait. S'il relâchait son pouvoir, il risquait d'y avoir de très importants dégâts dans l'antre de son supérieur. Kahei n'aimait pas le désordre. Mais il était évident que ses attaques étaient parfaitement inutiles.

[Kanko] – Donc, nous, confiants, on lui dit qu'on est ok.

Hideo avait cessé de se battre, contrairement à Tsaharu qui s'était relevé et qui harcelait les flancs de Mugen. Mais le géant se contentait de le repousser d'une main.

[Kanko] – On chante avec elle. Faut dire, on était bons chanteurs, même si on était plus versé dans la chanson paillarde. Mais on connaissait ses chansons par cœur, elle était toute contente.

Mugen finit par refermer son poing autour du cou de Tsaharu. Le jeune homme s'agita dans tous les sens, furieux. Le géant l'approcha de son visage. D'une voix dangereusement basse, il lui demanda.

[Mugen] – Tu vas écouter l'histoire tranquillement, oui ou non ?

Il le secoua dans tous les sens et, devant l'absence de réponse, l'envoya de toutes ses forces dans le mur.

[Kanko] – Tu abîmes le public là, Mug. Bon. Son lourdaud de petit ami nous fusillait du regard. Je le comprends, Mugen avait sa main sur le bras nu de sa nana et il avait tendance à la laisser un peu trop longtemps.

Mugen haussa les épaules.

[Mugen] – Tu l'as dit, elle était ravie.

Hideo joignit ses mains et ferma les yeux. Quelques secondes plus tard, les piliers de la pièce frémirent. Les Sans-Visages ne s'en soucièrent pas.

[Kanko] - Oui, elle s'appuyait aussi plus que de raison contre nous. Non, rassurez vous, elle n'était pas saoule. Quelques minutes plus tard, on lui propose d'aller se reposer dans notre chambre.

Mugen soupira.

[Mugen] – Elle venait de vivre peut-être les moments les plus excitants de sa vie, son accord était fatal. Mais…

Une pierre tomba et éclata les dalles sous son poids. Kanko leva les yeux vers la voûte.

[Kanko] – Son lourdaud de copain avait tout entendu. Dans l'esprit de la nana, il n'existait même plus. Mais il allait tout faire foirer, vous savez, culpabilité, responsabilité, ces conneries.

Tout un pan du plafond céda. Mugen se rapprocha de son ami et ils observèrent ensembles la chute des pierres.

[Mugen] – Kanko a attiré la fille dans l'escalier. Elle allait protester, en disant que son copain était juste là. Mais j'ai pris le copain et je l'ai balancé par la fenêtre. Paf ! coup droit. On a même pas entendu la chute.

Le flot de leur parole se ralentissait à mesure que les pierres tombaient.

[Kanko] – Oui… Je l'ai prise par la main et j'ai dit : "quel copain ?" Elle s'est tourné, la lumière jouait sur ses mèches, j'avais très envie d'elle. Elle était hagarde, Mugen a dit : "ah, il a dû partir avec la bonne femme qui était là-bas". Et j'ai ajouté : "elle lui faisait des œillades pendant qu'il jouait, ça en devenait gênant.

[Mugen] – Alors son copain s'est de nouveau effacé de son esprit. Elle a monté les marches en riant, on parlait. C'était bien.

Un pilier s'effondra. Le bruit qu'il émit lorsque la base se sépara du tronc résonna un long moment, prélude de sa chute. Les autres suivirent un par un, le bruit retentissant empêchait quiconque de parler.

[Hideo] – C'était passionnant. Vraiment. Mais maintenant, nous devons vous quitter. Notre maître nous attend.

[Mugen] – Ce n'est pas encore fini.

Hideo recula très rapidement, c'était presque irréel. Les pierres qui étaient tombées s'élevèrent de quelques centimètres au-dessus du sol.

[Hideo] – Si, ça l'est.

Les pierres fondirent sur eux.

***


La masse d'hommes appuyait contre lui, il saignait à plusieurs endroits. Mais Eko se redressa de toute sa taille et emprisonna la tête d'un guerrier dans sa main. Il la tordit jusqu'à entendre distinctement les os craquer.

Il jeta un bref coup d'œil à Ashe. Il crut que la jeune fille s'était évanouie.

Mais elle était toujours consciente. La douleur avait commencé de son crâne, pour couler le long de sa colonne vertébrale d'où elle atteint chaque muscle. Elle cherchait, mais aucune source d'eau ne semblait directement disponible. Si elle avait été plus près de la cascade, la question ne se serait pas posée et la douleur se serait retirée.

Mais pour le moment, la seule eau qu'elle détectait était celle enfermée dans le corps des gardes. Il serait possible, bien sûr, de la faire exploser et le sort de tous serait réglé. Cependant cela demandait une dose d'énergie qu'Ashe ne possédait plus. Le fait même de réfléchir lui coûtait des souffrances.

Eko murmura des mots inaudibles. Il frappa le sol du pied, une fine lézarde courut. Du dos de la main il écarta ses plus proches agresseurs. Ashe s'agita lorsqu'un des hommes baissa les yeux sur elle. Il fit un pas dans sa direction, mais Eko lui brisa le bassin.


[Eko] – Laissez l'enfant.

Dès qu'il eut finit de parler, une barrière pourpre les sépara de la foule ennemie. Surpris, ils essayèrent leurs armes dessus mais le voile coloré absorbait leurs attaques une à une. L'acier s'enfonçait d'un ou deux centimètres, jamais plus, peu importait la force du coup.

Eko s'agenouilla.


[Eko] – Ashe, tout va bien ?

Elle sourit.

[Ashe] – Fatiguée.

L'homme la tourna prudemment sur le dos. Ses côtes n'étaient pas intactes. D'autres guerriers étaient apparus dans la salle, la boule pourpre n'isolait pas le son. Ils étaient très nombreux, une cinquantaine. Ashe respira profondément à plusieurs reprises, puis murmura.

[Ashe] – Je sais comment on peut sortir de là. Mais je suis trop faible, j'aurai besoin de toi.

***


Les rayons du soleil se reflétaient à chaque fois que leurs katana se rencontraient. Parfois, quelques étincelles étaient libérées et partaient s'éteindre sans hâte dans l'herbe. Kahei restait toujours très droit, il ne manquait jamais ses sauts et ses attaques visaient immanquablement un organe vital.

Tael ne lui accordait aucun répit, elle appuyait sur sa garde, exploitait tous les avantages, mêmes infimes, qui se présentait à elle. C'était peut-être son tout dernier combat. Mais cela semblait insuffisant, Kahei ne se fatiguait pas. Ses gestes étaient calculés, trop précis pour ne pas trahir une pratique plus qu'assidue du sabre.

Sa façon de se battre rappelait à Tael celle de Tenshi, la femme qui lui avait ôté son bras droit.

Le bandeau de Kahei flottait dans les airs.


[Kahei] – Les légendes ne mentaient pas, on dirait. Tu es très forte.

Il réfléchit en esquivant la lame de la femme.

[Kahei] – Oui, peut-être l'une des plus grandes guerrières de ce monde. Tu pourrais défier n'importe lequel de ces prétendus ninja.

Tael se fendit et recula d'un pas.

[Tael] – Ils ne m'intéressent pas.

[Kahei] – Si Konoha s'était fait attaqué, l'aurais-tu défendu ?

La femme se mit en garde, l'esprit et les muscles tendus.

[Tael] – Je me serais battue, oui.

[Kahei] – Tu aurais inversé le cours de l'histoire, tu le sais ?

Tael sourit tristement.

[Tael] – L'histoire est faite pour être inversée. Sinon, on ne ferait que la subir.

Kahei attaqua, la violence de l'assaut fit reculer la guerrière. Il exécuta un mouvement, Tael le perdit des yeux.

Elle tomba sur un genou et baissa la tête. Elle saignait.


[Kahei] – Rapide mais pas assez.

Tael contempla la tache vermeille s'étendre sur son chemisier. Elle n'avait pas même senti le coup s'enfoncer dans sa chair. A trois reprises, elle cligna des yeux.

[Kahei] – On va vite terminer cela.

Tael passa ses doigts sous le tissu imbibé, chercha un court moment et retira sa main. Elle tenait un petit instrument détérioré.

[Kahei] - Hum ?

Elle le porta à ses lèvres et siffla. Longuement. C'était la flûte qui, bien des mois plus tôt, lui avait été confiée par Genji.

Tael attendit.

MessageSujet: Re: Statues   Jeu 26 Juil - 19:35

Rien ne se passa toutefois. Kahei haussa les épaules.

[Kahei] – Tant pis.

Il abattit son sabre. Tael modifia la réalité pour se retrouver à quelques mètres de lui, debout, sa propre arme dressée. L'homme fronça les sourcils.

[Kahei] – Tiens…

Tael réitéra l'opération pour attaquer cette fois-ci, mais à sa grande surprise, Kahei bloqua son attaque. Elle ne se découragea pas et était déjà de l'autre côté, à frapper encore. Mais à chaque fois, l'épée de l'homme bloquait ses efforts.

[Kahei] – [color=brown]Je n'ai pas d'yeux, Tael. De naissance. Ta capacité, très intéressante s'il en est, n'agit que sur les sens visuels.


Il frappa.

[Kahei] – Cela pourrait t'être utile si j'étais plus lent.

Il fut brusquement très près d'elle et elle perçut son souffle contre sa joue.

[Kahei] – Ce n'est pas le cas.

Le tranchant de son katana l'effleura et, lorsqu'elle se dégagea, lacéra plus profondément son torse. Tael grogna et y porta son poignet. Elle perdait beaucoup de sang.

***


Ashe entendit le son perçant de la flûte. Elle se redressa sur un coude et attendit que l'instrument se taise. Elle ne pouvait dire exactement comment, mais elle savait que c'était Tael. Avait-elle besoin d'eux ?

Elle se mordit la lèvre.


[Eko] – J'ai entendu aussi. Mais tu es sûre de vouloir faire ce que tu as dit ?

La petite fille ne dit rien, puis hocha lentement la tête.

[Ashe] – Je le crois. Il faut le faire.

Eko acquiesça en silence. Avec son aide, Ashe se mit sur ses pieds. Elle ferma les yeux.

[Ashe] – J'aurais besoin de toi. Tu ne m'abandonneras pas ?

L'homme sourit.

[Eko] – Ne dis pas de bêtises. Mais… comment tu feras pour revenir ?

Ashe baissa la tête. Elle se tut un peu trop longtemps, et son sourire n'avait rien de convainquant.

[Ashe] – Ce n'est pas…

[Eko] – Ashe. Comment ?

Elle évita son regard, sa main toujours appuyée sur son puissant torse.

[Ashe] – Je ne reviendrais pas. Si je me retransforme en eau, je le resterais. Je n'aurais de conscience que pendant quelques secondes, ce temps me servira à te dégager le chemin.

Ses yeux bleus rencontrèrent ceux de l'homme. Il fronçait les sourcils.

[Ashe] – Tu sauveras Tael, hein ? Tu lui diras combien elle a été importante pour moi, combien j'aurais aimé mieux la connaître ?

[Eko] – Je peux battre ces hommes seul. Tu restes derrière moi, et je les détruis. Fais moi confiance, tu n'as…

Elle secoua la tête.

[Ashe] – Non. Si tu relâches ta force ici, et tu ne pourras pas l'éviter, la caverne ne tiendra pas.

Les épaules d'Eko s'affaissèrent. Il comprit qu'il ne pourrait plus faire changer d'avis la petite fille.

[Eko] – Et après ? Une fois que tu as libéré le chemin ?

[Ashe] – Tu iras aider Tael.

[Eko] – Oui, mais toi ?

Elle eut un petit sourire d'excuse.

[Ashe] – Je te l'ai dit, je redeviendrais de l'eau. Je reprendrais ma forme d'origine.

Eko croisa les bras sur sa gigantesque poitrine. Il eut un grognement sourd.

[Eko] – Tu as parlé de ta mère, un jour, de tes parents.

[Ashe] – Je parlais de la mer. Même Tael l'ignore mais je t'en prie, dépêchons-nous.

L'homme secoua la tête mais ne discutas plus. Il posa ses doigts sur la barrière, les coups d'épées s'intensifièrent.

Il ferma les yeux. Il avait déjà connu une situation similaire, il aurait préféré ne plus jamais devoir assumer la mort d'un enfant.

C'était l'ami de son jeune frère. Ils avaient été capturé par la milice d'un village adverse et attendaient au fond d'une geôle. Leur gardien passait tous les jours donner à manger. Ils étaient seuls et parlaient, pour s'occuper. En raison des dommages qu'il avait causé, Eko avait été attaché, ses deux poings et ses chevilles étaient figés par des fers épais.

Il n'y avait pas de chemin de sortie.

Mais ils réussirent à mettre un plan au point. Eko écoutait les bruits en haut, il avait l'oreille fine, et il s'assurait que personne ne descende sans prévenir. L'enfant était suffisamment agile pour passer par les barreaux, ceux du haut de sa cellule. Il était venu crocheter les serrures qui emprisonnaient Eko.

Toutefois la garde avait été alertée par le bruit des chaînes. Ils descendirent, Eko n'était pas encore sorti de sa prison, l'enfant allait déverrouiller ses mains. Les gardes ont couru alors qu'Eko tirait sur ses chaînes. Il a essayé de cacher l'enfant derrière lui, l'un des hommes a ouvert la porte et s'est avancé. Il a planté le bout de sa lance dans la cuisse d'Eko, l'enfant s'est écarté et ils l'ont transpercé de leurs armes. Les chaînes ont cédées.

Il a tué ceux qui se dressaient sur son chemin et a ramené le corps inerte de l'enfant à son village.

Puis il est parti.

Ashe conservait les yeux fermés.


[Eko] – J'ouvre ?

Elle acquiesça.

[Ashe] – Merci Eko.

Ses paupières se levèrent sur son regard troublant. Elle sourit.

[Ashe] – Tu as beaucoup de vertu et de courage.

Eko ne répondit pas et la barrière disparut. Il se demanda, alors que le visage d'Ashe coulait à ses pieds, si son courage pouvait réellement être comparé à celui de la petite fille. Certainement pas. Bientôt, Ashe ne fut qu'une flaque. Les soldats ennemis observèrent cela, méfiants, et ne pensèrent pas même à attaquer Eko.

L'eau se déforma, gagna en hauteur et en volume. Un pilier qui se tortillait sur lui-même prit forme et se déversa sur les rangs ennemis. Ils évitaient consciencieusement Eko, l'effleurant parfois sans y laisser la moindre goutte.

Les soldats hurlèrent et se dispersèrent dans toute la salle, mais l'eau les traquait et les fauchait, sans pitié.

Eko demeura le seul debout.

Ce qui restait d'Ashe voleta dans les airs un moment puis, presque délicatement, tomba au sol et s'y répandit en larges flaques.


***


Les pierres les renversèrent. Ils n'essayèrent même pas de les esquiver, elles étaient trop nombreuses.

Ils disparurent derrière l'énorme monticule et la poussière s'éleva jusqu'à la voûte dévastée. Hideo observa son œuvre un instant et, critique, poussa un petit soupir.


[Hideo] – C'est grossier mais cela fera l'affaire. Je ne sais pas ce qu'ils étaient, mais ils étaient résistants. Tsaharu. En route.

Tsaharu se releva. Chacun de ses muscles le faisait souffrir et il devait avoir plusieurs os brisés. Mais il aurait bien le temps de se reposer pendant le prochain raid, il aimait particulièrement l'ambiance des navires. Le léger tangage, propice au sommeil. Et le vent, partout, souverain. Oui, c'était bon.

[Tsaharu] – Je comprenais rien à ce qu'ils disaient en plus.

Ils se détournèrent.

[Mugen] – Alors on va reprendre.

Une voix, plus proche des deux hommes, s'éleva à son tour.

[Kanko] – Oh non. Trop long. Concluons, concluons.

Kanko quitta les roches sous lesquels il était enseveli. Il se dépoussiéra et examina soigneusement chaque pli de sa robe.

[Kanko] - On en était à la partie du lit en plus.

[Mugen] – Oui le lit ! Ah ! le lit…

Mugen poussa du pied les dalles qui l'écrasaient. Il se dégagea et traîna sa lourde épée derrière lui. Il se passa une main sur le sommet du crâne.

[Mugen] – Ah, plus de cheveux. Dur.

Hideo referma la bouche. Il réfléchissait à toute vitesse. Aucune créature dans ce monde n'était immortelle. C'était un concept contraire à celui de l'humanité. Mais il ne connaissait rien au sujet de ces êtres. Si elles étaient, ou avaient été, humaines.

[Mugen] – Figurez-vous que cette petite chanteuse a été la seule que l'on se soit faite à deux.

[Kanko] – Ouais, la première et la dernière.

[Mugen] – Pas que ça ce soit mal passé, hein.

[Kanko] – Loin de là même, ce fut l'une de nos meilleures soirées.

Tout en parlant, ils s'approchaient. Mugen épousseta son vêtement de sa main libre et pointa à bout de bras son arme sur Hideo.

[Mugen] – Enfin, les détails de la soirée ne doivent pas vous passionner, hein ?

[Kanko] – Oui. Vous manquez cruellement de conversation. Faire s'écrouler le toit, quelle idée grotesque !

[Mugen] – Je vous donne la version courte : à sept heures du matin, on n'était toujours pas couché et on a passé la journée suivante dans la chambre jusqu'à ce que la serveuse vienne prendre de nos nouvelles.

Kanko fit jouer ses lames entre ses doigts.

[Kanko] – Suite à quoi on a eu le dîner au lit, et on a continué nos ébats.

[Mugen] – Voilà, maintenant, adieu.

***


Geisei savait que l'un de ses ennemis courait à sa rencontre, l'épée en l'air. Il courait vite, mais il garda les yeux fermés. Il répétait mentalement la technique, encore et encore. Elle était approximative, il ne l'avait vue totalement que deux fois, chaque fois Tousen en avait exécuté une version parfaite.

Il se mit en garde.

Son corps répondait parfaitement, il n'était pas fatigué. Il ne souffrait pas même de sa blessure à la poitrine. Il sentait tout, les pas des ennemis sur les dalles, le vent très léger dans son dos, les roches qui tremblaient doucement. Sa lame qui se levait. Il rouvrit les yeux.

Les hommes étaient disséminés dans toute la salle. Seuls deux s'étaient lancés à sa rencontre.

Il décida de ne pas attendre davantage. Le problème de l'hésitation est son caractère exponentiel : il se nourrit lui-même et prend une ampleur impossible à surmonter.

Alors que c'était très simple en vérité. Juste nouveau.

Il courut. Son épée tapait contre son épaule droite. Sa main libre se tendit en avant. Il fallait juste réussir à encaisser un coup, un seul. Ne pas le prendre dans une zone qui l'handicaperait et s'en remettre entièrement à lui pour survivre.

C'était une technique que Tousen aimait beaucoup parce qu'elle était gentiment ironique. Et Tousen aimait la mort ironique.

La lame ennemie mordit sa cuisse. Geisei avait modifié sa course d'un pas pour que son nerf ne soit pas touché. Le coup s'enfonça peu profondément, moins de dix centimètres. La douleur cependant fouetta les sangs du guerrier.

C'était parfait. Il trancha la gorge de celui qui l'avait frappé, dégagea sa jambe, tourna sur lui-même et planta de dos son arme dans l'estomac du second. Il poursuivit sa rotation et ignora les deux corps qui chutaient sans un bruit au sol. Déjà, il sentait son esprit s'endormir.

Son corps poursuivait ses mouvements. La technique de Tousen était une utilisation détournée de l'hypnose. L'être humain était souvent plus habile à manipuler les esprits des autres plutôt que le sien propre. Geisei avait appris, en s'obligeant à la rigueur, à ordonner son esprit, à taire ses émotions et à maîtriser son corps. Pour le moment, il exigeait que son cerveau s'endorme pendant dix secondes.

Tout devint noir et tous les sons s'évanouirent.

Geisei avait l'impression de marcher sur une ligne très étroite et très fine. Si jamais il venait à se questionner sur des questions purement matérielles comme celle de savoir où étaient ses ennemis ou comment les atteindre dans ce noir, il savait que tout disparaîtrait et qu'il resterait immobile, là, le cerveau parfaitement éteint.

La technique consistait à contourner les contraintes imposées par le cerveau. Ce n'était plus lui qui régissaient quoique ce soit, les transmissions nerveuses étaient interrompues pendant le temps demandé par l'utilisateur.

Et son corps ne répondait plus à aucune des normes de la possibilité humaine. Ainsi les blessures à son ventre et à sa cuisse cessèrent de saigner, il se déplaça beaucoup plus vite et frappait sans même à avoir à bouger le bras. Il ressentait ses ennemis sans se fier à aucun de ses sens.

Et avant que le décompte ne s'arrête, Geisei s'immobilisa.


***


Malgré sa maîtrise de la réalité, Tael ne parvenait à rivaliser avec la vitesse de son adversaire. C'était étonnant. Mais alors qu'elle se battait, elle se souvenait de ses duels précédents. Elle revoyait Tenshi, avec son long bâton. Elle revivait la perte de son bras. Quand elle combattait contre la guerrière aux cheveux mauves, Tael était incapable de manipuler correctement la réalité. Elle pouvait l'exploiter parce qu'à cette époque, Akogare était faible et pleins de doutes. Mais ils se battaient dans sa réalité à lui.

Aujourd'hui, elle était capable de mettre les arbres à genoux et d'inverser le cours de l'eau. Pourtant Kahei conservait toujours une microseconde d'avance sur ses mouvements.

C'était comme poursuivre un fantôme. Et soudain, Tael s'interrompit. La lame de Kahei traversa sa poitrine à trois reprises, mais elle ne bougea pas.

Comme poursuivre un fantôme. La femme déglutit, son sang s'accumulait au fond de sa gorge. Elle le laissa se répandre sur son menton. La vérité, si tenue qu'elle en paraissait irréelle flamboya devant elle l'espace d'une seconde. Si elle ne la saisissait pas maintenant, elle disparaîtrait et se cacherait à jamais derrière la douleur.

Mais Tael la saisit.

Sa fille n'existait pas. Elle était morte en bas âge, elle était morte là où elle l'avait laissé, devant une porte. Personne ne l'avait découverte, elle n'avait jamais marché.

Elle avait poursuivi un fantôme, le dernier, et ce fantôme là se tenait derrière elle, lié à elle par une lame nue.

MessageSujet: Re: Statues   Dim 29 Juil - 12:47

Mugen et Kakon essuyèrent leurs lames. Hideo bougeait encore faiblement, il rampait sur le sol sous le regard des guerriers vermeils. Son compagnon en revanche était mort, proprement coupé en deux par un coup de taille de Mugen.

[Mugen] – Tu bâcles le travail Kakon.

Ce dernier secoua la tête.

[Kakon] – Pas du tout. Je voulais qu'il assume le fait d'avoir dégueulassé le terrain avec son plafond. Maintenant, pour ramper, ça risque d'être dur.

[Mugen] – Délicieusement cruel.

Les deux guerriers se tournèrent l'un vers l'autre.

[Kakon] – C'était notre dernier combat ?

[Mugen] – Sans doute… On est mort. Pff.

Kakon allait répliquer mais une brève tension de l'air le fit taire. Il leva les yeux, imité par Mugen. Bientôt, une nouvelle forme apparue.

[Mugen] – Pas toi… Oh… Déçu. Je voyais l'autre monde comme quelque chose d'excitant, pas avec toi.

Kakon peina lui aussi à dissimuler sa déception, trahie par un profond soupir.

[???] – Tael est mourante. J'ai juré d'être là quand elle tomberait, j'ai vécu pour ce jour.

[Mugen] – Vécu, vécu, c'est vite dis…

[Kakon] – Mourante ? Il semblerait qu'on se soit un peu trop amusé avec ces deux-là.

Mugen hocha la tête et marcha en direction de la porte, suivit par les deux formes rouges.

[Mugen] – Tael, mourir. Peuh, conneries.

***


Geisei ouvrit les yeux. Son corps fut pris de spasmes puissants et impossibles à réfréner, il laissa ses muscles protester à leur gré. Son épée rebondit à terre et il s'écroula à son tour. Les cadavres déchiquetés de ses ennemis occupaient une moitié de la salle. Beaucoup de sang. Le guerrier avait vaguement la nausée, mais il ne parvenait à déterminer si c'était la soudaine perception suffocante de l'odeur du sang ou bien les convulsions qui la lui causait.

Il se redressa sans attendre que son corps se rétablisse. Il avait puisé très loin dans ses réserves, mais il en avait suffisamment encore pour rejoindre Tael.


***


Kahei ôta son arme du corps de la guerrière. Il l'observait.

[Kahei] – Eh bien ? Pourquoi te laisses-tu mourir ?

Davantage de sang s'écoula de sa bouche, Tael fit l'effort de cracher. Elle se tourna très lentement et Kahei s'aperçut qu'elle avait les yeux rouges. Il fronça les sourcils mais ne dit rien.

Les guerriers se dévisagèrent un moment, quelques secondes. Puis Kahei frappa la poitrine de la femme, une nouvelle fois. Elle n'essaya pas de parer et reçut le coup, sous le cœur.


[Kahei] – Bats-toi.

Sa lame descendit sur le ventre de la femme et pressa doucement sur sa peau. Une perle de sang apparut.

[Kahei] – Bats-toi !

Une violente vague d'angoisse le submergea. Ce n'était pas normal, son cœur battait plus vite. Elle devait se battre. Il s'apprêtait à planter son arme, il voulait qu'elle crie, la pousser à se lutter de nouveau – à se défendre au moins. Mais avant qu'il ne commence même à appuyer, un coup prodigieux abaissa sa lame. Il leva les yeux et croisa deux yeux bleus, glaciaux.

[???] – Tael. Bats-toi.

Tael tourna la tête. Elle mit plusieurs secondes avant d'écarquiller les yeux.

[???] – Bats-toi. C'est ton dernier combat. Pense aux gens que tu as tués. Tu leur dois une mort digne, une mort de guerrière. Prends ton arme, et BATS-TOI !

Tael se réveilla brusquement. Elle avait raison, il fallait se battre. Elle releva son arme, Kahei quitta les yeux bleus pour rencontrer ceux, noirs, de son adversaire.

La guerrière se déplaçait plus vite. Elle ignorait ses blessures ou le sang qui gonflait ses vêtements. Sous le regard de la nouvelle arrivante, elle se battait avec tout son talent. Tout ce qu'elle avait accumulé jusqu'à alors, tout lui revenait. Et elle était belle, vraiment belle. Ses larmes cessèrent à mesure qu'elle virevoltait, qu'elle sautait et qu'elle frappait. Même le sang n'avait plus le temps d'imprégner le tissu ou sa peau, il volait au sol.

Hasu sourit.


***


La porte s'ouvrit, Eko arma son poing et le baissa aussitôt. Mugen et Kakon regardèrent autour d'eux.

[Mugen] – Pas mal. Peut-être un peu théâtral, genre apocalypse, mais pas mal.

Kakon invita du bras Eko à poursuivre sa route vers la porte.

[Kakon] – Tael a besoin de nous.

Le colosse hocha la tête et se détourna. Ils marchèrent tous les quatre de concert.

***


Son katana glissait entre ses doigts. Mais elle serrait si fort qu'ils auraient pu se briser. Kahei arborait une large entaille sous son bandeau, sur la joue droite. Hasu parvenait à peine à les suivre du regard, elle manquait la majorité des mouvements. Elle entendit des bruits de pas derrière elle, mais ne daigna pas se retourner.

Elle déclara simplement.


[Hasu] – Laissez la régler ça.

Le Sans-Visage dernièrement apparu continua à marcher. Hasu lui jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule.

[Hasu] – On s'arrête.

[???] – Dégages.

Il sortit de son sa robe un katana très épais, il ressemblait davantage à un hachoir qu'à une arme commune. Hasu haussa un sourcil.

Elle attendit le coup, se déplaça sur le côté et appuya avec son pied sur le bras du Sans-Visage.


[Hasu] – Je protége Tael. C'est-à-dire pas seulement son corps, mais aussi son honneur de guerrière. Si tu interviens, je te tue.

Elle se pencha sur lui et posa une délicate main sur son épaule.

[Hasu] – Je ne plaisante pas. Si tu veux la voir mourir, tais-toi et regarde.

Elle retira son pied puis, plus lentement, sa main. Son regard retourna auprès des deux guerriers.

Tael esquiva une lame qui visait son épaule et se projeta en avant pour riposter. Elle délivrait de puissants coups, sans jamais fatiguer son bras. Kahei gardait les sourcils froncés, totalement concentré sur sa tâche. Elle ne pouvait dire s'il était le meilleur combattant qu'elle avait rencontré. La notion de mieux s'était, elle s'en rendait compte aujourd'hui, effacée au fil des ans. Alors, lorsque son katana faucha Kahei dans son élan, lorsqu'elle le planta contre un arbre, elle ne s'estimait pas meilleure. Pas même plus chanceuse ou plus vivante. Non. Mais elle était soulagée. Comme si brusquement, tout explosait et qu'il ne restait que ce lien, une lame et deux corps.

Elle coupa ce lien et retira son arme. Tael chancelait en reculant. Kahei glissa sur les genoux, ses yeux se fermèrent. Il n'était pas tout à fait mort.


[Kahei] – Pourquoi… ? Es-tu venue ?

Tael sentit ses lèvres s'étirer. Sur sa gauche, des pas retentissaient.

[Tael] - Une erreur. Je croyais que... mes fantômes étaient ici.

Kahei hocha la tête très lentement, comme s'il espérait économiser un souffle.

[Kahei] – Ah… Ils étaient en toi, hein ? J'ai les miens aussi.

Il chuta. Tael, elle, demeura sur les genoux, tourna la tête et croisa les yeux d'Hasu. Celle-ci l'embrassa et la serra dans ses bras. Elle ne se recula pas et murmura dans ses cheveux.

[Hasu] – Je te suivais. Depuis longtemps. Parfois la nuit, je venais à côtés de toi pendant que tu dormais. Tu faisais de sales rêves, même quand la petite était avec toi.

Eko tressaillit mais il ne dit rien.

[Hasu] – Je t'avais perdu et j'ai entendu la flûte. Je suis venue immédiatement.

Tael sourit.

[Tael] – Tu as repris les armes pour moi ?

Hasu rit brièvement, un hoquet l'interrompit.

[Hasu] – Oui. On est des guerrières toutes les deux. C'est comme ça qu'on doit vivre, non ?

Les yeux de Tael se fermèrent. Sa voix était très faible.

[Tael] – Oui… comme ça.

Hasu se recula. Elle tenait le visage de son amie dans ses deux mains, son front contre le sien.

Les Sans-Visages se placèrent en demi-cercle autour des deux femmes. Mugen et Kakon gardaient la tête basse et les mains jointes devant eux, contrairement au troisième qui, les bras sur sa poitrine, contemplait de haut Tael.

Geisei apparut finalement. Il s'appuyait sur son épée, Eko partit le soutenir. Réticent, il demanda.


[Geisei] – Alors ?

Eko ne répondit pas. Son visage fermé fit frissonner Geisei. Ils s'approchèrent tous les deux du petit groupe.

[Hasu] – Ce jour-là, sur les tombes de mes sœurs, on aurait dû jurer de ne plus regarder en arrière aussi.

[Tael] – Oui... Les armes n'étaient pas... le problème en définitive. C'était juste nous.

Eko remit Geisei à Mugen, lequel le prit instantanément sous son bras. Le guerrier s'approcha de Tael et posa ses doigts sur son épaule. Tael leva les yeux sur lui et sourit, heureuse de voir qu'il s'en sortait qu'avec quelques taches de sang sur le torse.

[Eko] – Tael… Ashe…

Il cherchait ses mots. Le sourire de Tael ne disparut pas.

[Eko] – Ashe n'est…

[Tael] – Chut... ce n'est qu'une enfant. Ils croient... toujours que leurs secrets sont... impénétrables, c'est très touchant.

Il la dévisagea sans comprendre. Hasu s'éloigna de quelques pas et demeura accroupie. Ils restèrent là et une flaque d'eau s'immisça entre eux. Tael sourit et posa ses doigts dessus.

[Tael] – Reviens Ashe. Tu n'es pas perdu, tu as juste... besoin d'être guidée. Tu es un esprit... de l'eau, pas l'eau elle-même. Reviens... à moi.

Sous ses doigts, le corps d'Ashe se composa. La petite fille referma ses doigts sur la main de Tael puis lui sauta au cou, ses larmes coulaient sur son visage et glissaient sur la peau de la femme. Elle tremblait.

[Ashe] – Comment tu savais ?

Tael lui rendit du mieux qu'elle put son étreinte.

[Tael] – Tu serais resté de l'eau si... personne ici ne t'attendait. Moi... je t'attendais et je tiens à toi. La bague que je t'ai donné, c'était... pour que tu te perdes pas et que tu me retrouves.

Ashe reniflait pour reprendre son souffle, Tael la laissa pleurer.

[Ashe] – Mais toi ?

[Tael] – Je suis soulagée... Et non, plus rien ne pourra me sauver désormais.

Les pleurs d'Ashe redoublèrent.

[Ashe] – Pourquoi tu m'as fait revenir ? Si c'est pour partir ?

Elle ajouta, si bas que seule Tael put l'entendre.

[Ashe] – Qui m'attend si tu pars ?

Tael ferma les yeux un très bref instant.

[Tael] - Je ne pourrais pas t'expliquer... l'extrême soulagement que j'approuve en te... sentant là, contre moi, bien vivante. Quand ma fille est née, je n'ai pas éprouvé ce sentiment.

Elle lui caressa les cheveux.

[Tael] - Tu comprendras quand... tu seras dans ma situation. Je t'ai vraiment aimée sans réserve.

Ses forces la quittaient. Elle gardait les yeux fermés. Elle sentait leur présence à tous. Ashe, Hasu, Eko, Geisei… Mugen et Kakon… Et même Henoru. Il avait tenu sa promesse. Être là à la fin. Elle en était sincèrement touchée.

[Tael] – J'aurais aimé mieux vous connaître.

Elle ne lutta pas plus et se laissa tomber au sol. Sa tête rencontra la roche doucement, mais elle ne sentait pas la pierre lui meurtrir la tête. Elle ne saisissait que la chaleur réconfortante d'Ashe et, parfois, ses larmes qui éclataient sur sa peau.

C'était vraiment très doux.

Tael aurait aimé mourir de la main d'Hasu. Elle savait que la femme avait apporté son katana, celui qu'elles avaient enterré toutes les deux, dans le cimetière. Elle aurait aimé sentir son acier dans ses entrailles et voir la main, la main halée d'Hasu la tenir, et appuyer. Mais elle ne pouvait lui demander cela. Elle ne voulait pas qu'elle souffre encore. Ses pensées perdirent en consistance. Ce n'était plus que des sensations, et c'était bon.

Eko posa une main sur l'épaule d'Ashe et s'agenouilla à ses côtés. La petite fille s'appuya sur lui et s'abandonna contre son torse. Il referma ses bras colossaux sur elle. Hasu caressa les cheveux désordonnés de Tael. Elle ne respirait plus. Elle déposa un baiser sur son front et se redressa. Henoru hocha la tête.


[Henoru] – Notre dette est payée Tael. Bon repos.

Il se détourna, hésita et ajouta.

[Henoru] – Tu l'as bien mérité.

La brume violette l'enveloppa et il disparut.

[Hasu] – L'un de vous a un moyen de nous amener là où je le lui indique ?

Ashe hocha la tête. Hasu lui essuya l'une des larmes qui roulait sur sa joue et sourit.

[Hasu] – Très bien. On va lui offrir ce qu'elle mérite.

MessageSujet: Re: Statues   Sam 11 Aoû - 15:53

Il était encore tôt, c'était le milieu de l'après-midi. Ashe les avait conduit par la voie des airs jusqu'à l'endroit où Hasu avait enterré ses deux sœurs. Le cimetière était à flanc de colline, sur le côté opposé de la mer. Ils s'étaient arrêtés de l'autre côté. Les tombes n'étaient pas visibles, il n'y avait que le sable, les arbres et la mer.

Le corps de Tael avait été brûlé sur la plage, porté haut sur un lit de pierres puis ses cendres avaient été rassemblées d'une une urne vide.


[Mugen] – Vous devriez les laisser s'envoler.

Devant l'hésitation d'Hasu, il ajouta.

[Mugen] – On pourra toujours venir ici se recueillir.

Hasu rouvrit l'urne mais ne la déversa pas. Ashe s'essuya les yeux.

[Ashe] – Dans l'eau ?

[Hasu] – Oui.

Elle laissa les cendres s'échapper, la petite fille les recueillit sur une large surface aqueuse. Hasu agita un long moment l'urne, puis la lâcha à son tour sur le plateau que proposait Ashe, laquelle dirigea le tout au-dessus de la mer. Elle les y déposa avec douceur.

Ils restèrent sans rien dire un moment puis gravirent en sens inverse la colline. Ils s'assirent à son sommet, Ashe restait contre Eko et tenait la main d'Hasu.


[Kanko] – Et dire que c'est elle qui m'a tué. Ca ne nous rajeunit pas.

Ashe sourit faiblement.

[Ashe] – Comment ?

[Kanko] – On pourrait te raconter l'histoire de notre mort pendant des heures, mais je ne me sens pas suffisamment de force pour parler autant.

[Mugen] – Et c'est une histoire assez gênante. On était saoul, on a essayé de… enfin, voilà, quoi.

Le silence retomba. Les Sans-Visages furent les premiers à se lever.

[Mugen] – Bon… on va y aller nous. Je suppose qu'on va pouvoir se reposer maintenant.

Kanko grogna.

[Kanko] – Pas certain d'aimer ça.

[Eko] – Vous allez disparaître ?

Mugen haussa les épaules. Il avait abandonné son arme dans la mer et comme Kanko avait trouvé l'idée très bonne, il avait fait de même.

[Mugen] – Je ne sais pas comment ça se passe. On ferme les yeux et on disparaît, comme Henobu. Mais où ?

[Kanko] – Gageons qu'il y aura des femmes.

[Mugen] - Et qu'on reprendra notre visage d'origine.

Il s'inclina devant les autres.

[Mugen] – Adieu. Promis, on vous garde une place.

Kanko acquiesça.

[Hasu] – Adieu…

Ils disparurent dans des veloutes mauves. Geisei observa la fumée s'élever et disparaître. Il se leva à son tour et soupira.

[Geisei] – Bon, et bien…

Il serra Eko contre lui puis embrassa Ashe chaudement. Il lui frotta les épaules, et l'embrassa de nouveau.

[Geisei] – Fais attention à toi, hein ?

[Ashe] – Promis.

Elle sourit largement. Il hocha la tête et se tourna finalement vers Hasu. Ils s'observèrent un court instant puis il l'enlaça à son tour. Elle se détendit très légèrement contre lui.

[Hasu] – Euh, au revoir.

[Geisei] – Geisei. Mon nom c'est Geisei.

Elle sourit.

[Hasu] – Au revoir Geisei, et merci pour tout.

[Geisei] – Au plaisir !

Il se recula, hésita, et baissa la tête vers Ashe sans toutefois la regarder.

[Ashe] – Oui ?

[Geisei] – Et bien... Je me demandais si tu pouvais me conduire à un certain endroit... Avec tes pouvoirs.

Ashe haussa les sourcils.

[Ashe] – Dis moi où.

Il se baissa et elle sourit.

[Ashe] – Tu y seras, marche sur la flaque là.

Il rit et s'exécuta. A peine se fut-il stabilisé qu'il prit de la hauteur. Ceux en bas lui firent de grands signes de mains. Ils le regardèrent disparaître au loin.

[Hasu] – On va partir nous aussi, non ?…

La femme se leva. Elle passa une main dans ses cheveux blonds et sourit de nouveau.

[Eko] – Tu vas poursuivre seule ?

[Hasu] – Je ne sais pas. Pourquoi ? ...

Eko se redressa et avec lui Ashe.

[Eko] – Je voudrais voyager avec toi.

Hasu plissa insensiblement les yeux, se mordit la lèvre et détourna les yeux.

[Hasu] – Et la petite ?

[Ashe] – Je veux venir aussi.

La femme sourit à nouveau.

[Hasu] – On dirait une petite famille, non ?

Ashe rayonna.

[Ashe] – C'est qu'on doit en avoir besoin alors.

Hasu lui posa une main sur l'épaule.

[Hasu] – Oui. Ca doit être ça.

Ils contemplèrent un moment la mer, silencieux, puis lui tournèrent le dos. Ils marchèrent droit devant eux, à travers le cimetière puis dans la plaine. Ils parlaient doucement, et riaient aussi. Ils ignoraient où ils iraient, mais cela n'était finalement plus aussi important qu'ils l'avaient cru jusqu'alors.

MessageSujet: Re: Statues   Dim 12 Aoû - 15:40

La petite clairière était calme. Les oiseaux bondissaient joyeusement d'une branche à l'autre et piaillaient forts. Toute la forêt retentissait de leur joie.

[Naiko] – V'la fermez, b'de 'culés ?

Les autres statues étaient figées là où les arbres s'écartaient. L'endroit était parfait, le vent frais mais jamais froid et les nuits agréables. Mais le problème venait toujours des oiseaux.

[Kisuke] – La poésie, Naiko, la poésie. C'est notre salut à tous.

[Naiko] – B'cl-la ! 'Tin. Les zoziaux m'gonflent.

Naiko bougea faiblement, quoique la pierre ne se brisât pas. Il soupira.

[Naiko] – T'jours crevé le vioc ?

[Aya] – On s'en fout, ouais !

[Kisuke] – Bien dit.

Le silence retomba. Il ne se passait plus rien.

[Kisuke] – Je sens un élancement dans ma cuisse droite.

La jambe de Naiko gagne en consistance et se fracassa contre celle de Kisuke. Il rit bruyamment.

[Naiko] – Va mieux ?

Aya soupira.

[Aya] – Je préférais les oiseaux...

[Kisuke] – Ouais…

[Aya] – Ta gueule.

Le silence à nouveau. Les oiseaux avaient fui sous les insultes et les vociférations de Naiko, désormais seules les branches grinçaient, parfois. Uruku était le seul à être réellement retransformé en pierre. Mais s'il ne le faisait pas, il pourrait en mourir. Il n'était même pas conscient de ce qu'il réalisait : c'était son organisme qui réagissait à sa place. Kisuke le disait tous les jours pourtant.

[Kisuke] – Il est trop vieux ce gros.

Mais ils profitaient tous du fait qu'il soit inconscient pour dire du mal sur lui. Il avait la mauvaise habitude de briser des os lorsqu'il était contrarié. Et son âge, outre ses rhumatismes, était un sujet hautement périlleux.

Kisuke s'endormit. C'était l'un des nombreux inconvénients de leur état, ils n'avaient pas un contrôle parfait. Aya n'était pas certaine que l'immortalité ou l'absence de tout besoins soient des raisons suffisantes pour excuser leur ennui. Parce que personne ne passait par cette forêt.

De fait, personne ne se doutait qu'elle existe.

Et puis ils l'entendirent. Enfin, au moins elle, Naiko s'était également assoupi. Quelqu'un approchait. Aya jubilait, quoiqu'elle s'appliquât à conserver sa forme solide. Elle pourrait se battre seule, en un contre un, pour laver l'affront de sa défaite précédente.

Oui, c'était une très bonne idée.

Elle ferma les yeux. La personne approchait. Elle ne pouvait retenir un sourire. Quelques pas encore, et elle ajouterait un mort à son compte.

Quand elle fut à portée, elle ouvrit les yeux et bondit, son poignard levé.


[Aya] – Crève, ouais !

Elle chancela, sa surprise coupa net son élan. L'individu la rattrapa, un sourire joyeux aux lèvres.

[Geisei] – Je comptais te réveiller avec un baiser, comme dans les livres.

Elle se redressa et chercha à reculer, mais Geisei ne la lâcha pas. Il crut la voir rougir alors qu'elle évitait son regard.

[Aya] – Crétin, dégages, je veux pas te voir.

Elle redevint instantanément un épais bloc de pierre. Geisei haussa un sourcil et l'embrassa. Il laissa ses lèvres un long moment sur celles, glaciales et craquelées, de la jeune fille, puis il se rapprocha de son oreille.

[Geisei] - Ah ouais ?

Elle ne répondit pas et ne bougea pas plus. Il rit et se détourna.

[Geisei] – Tant pis alors.

Il s'éloigna de plusieurs pas.

[Naiko] – D'gages c'nnard. C'fait largué par la môme, 'xc'lent !

[Kisuke] – Oui. C'est très réjouissant tout ça.

L'adolescente reprit sa forme originelle, de chair et de sang. Elle bondit en avant et referma ses bras sur Geisei. Il s'arrêta, elle se berça contre lui, la tête entre ses omoplates.

[Aya] – Je plaisantais ! Je veux partir avec toi.

[Geisei] – Hmm ?

Elle reposa son pied par terre.

[Aya] – Je croyais que tu n'allais pas revenir.

Il se tourna vers elle.

[Geisei] – Oh ? Pourquoi ?

[Aya] – Eh bien... Je suis pas jolie, moins forte que toi et même pas sympa. Me suis dis que tu te moquais.

Geisei fit mine de réfléchir.

[Geisei] – Je suis sûr qu'après une bonne douche tu seras tout à fait recommandable.

Elle ouvrit la bouche puis le poussa violemment contre un arbre.

[Aya] – Je vais te pourrir, ouais !

Geisei l'attira à lui, ils s'embrassèrent. Aya se tourna ensuite vers ses anciens compagnons et agita la main.

[Aya] – A plus les emmerdeurs ! On se reverra peut-être, ouais !

L'homme la prit par la taille pour l'attirer à lui et ils s'enfoncèrent dans les bois.

[Aya] – Où on va ?

[Geisei] – Dans une taverne.

[Aya] – Ah ouais ?

Il hocha la tête.

[Geisei] – J'ai soif ouais. Et on dormiras bien.

Aya se tût un moment puis rit. Geisei appréciait ce rire, plus encore que lorsqu'il était tout enrobé de moquerie.

[Aya] – C'est habile de choisir l'auberge. Pour notre première nuit d'amour, ce genre de choses. Ouais, subtil.

[Geisei] – Oh ? Tu me prêtes des intentions Aya. Mais puisque tu le proposes si aimablement, prenons un moyen de transport que m'a prêtée une amie, ce sera plus rapide.

Aya le pinça.

[Aya] – Une amie ?

Geisei lui lança un regard de biais et soupira.

[Geisei] – Une amie de dix ans.

Elle hocha la tête, satisfaite.

Kisuke et Naiko les regardèrent partir. Kisuke se gratta le sommet du crâne.

[Kisuke] – Qu'est-ce que je vais faire de vous deux ?

Naiko le dévisagea.

[Naiko] – 'Sais pas. Mais j'pense… Si l'type est r'venu, c'est qu'y z'ont niqué c'lui qu'nous a foutu c'mme ça.

Il s'interrompit puis reprit.

[Naiko] – Donc, on peut s'casser.

Kisuke était littéralement foudroyé. Naiko... Naiko exprimer une idée intelligente… Naiko parler pour formuler une bonne nouvelle. Non, le sommeil le guettait de nouveau.

[Kisuke] – Tu as raison…

Ils se dévisagèrent ; puis bondir en même temps en avant.

[Kisuke & Naiko] – C'toi qui t'occupe du vieux !

Ils disparurent et ne s'arrêtèrent plus.

MessageSujet: Re: Statues   Lun 13 Aoû - 17:45

[Garde] – Comment avez-vous trouvé le village ?

Akarui se mordit la lèvre. Elle se tenait devant l'imposant ninja, lequel portait haut son bandeau de Konoha. Il avait les bras croisés sur la poitrine et ses lèvres demeuraient figées.

[Akarui] – C'est une amie qui… enfin, une amie… je ne la connaissais pas vraiment mais…

[Garde] – Pas vraiment, hein ?

Akarui était très gênée. Elle avait répété ce qu'elle dirait tout au long de son voayge, soit depuis deux jours. Cependant, elle avait l'esprit totalement vide suite aux quelques questions du garde. Elle avait miraculeusement trouvé Konoha et là…

[Akarui] – Eh bien… comment dire… c'était Tael, elle s'appellait Tael.

[Garde] – 'Connais pas.

Il détourna les yeux, signifiant que la conversation était close.

[Akarui] – S'il vous plaît, j'ai quitté mon travail et ma famille pour venir ici.

[Garde] – 'Pas mes affaires.

Quelqu'un toussota derrière lui. C'était un homme grand, habillé tout de blanc. Il posa une main amicale sur l'épaule du garde et tapota plusieurs fois dessus.

[???] – Non, tout va bien. Cette jeune femme peut entrer.

L'homme fronça les sourcils, hésita, se tourna vers Akarui et lui indiqua de passer. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, mais curieusement il ne s'en souciait pas. La jeune femme ne se fit pas prier et trottina aux côtés de l'homme en blanc. Celui-ci lui indiqua le chemin et s'inclina.

[???] – Je suis Mashiro. Un ami de Tael. Venez.

[Akarui] – Merci beaucoup !

Mashiro la conduisit jusqu'à l'ancienne maison de Tael. Depuis le temps, elle était époussiérée et abandonnée. Plus d'un an après son départ, la guerrière n'était pas réapparu.

[Mashiro] – Voilà, c'était sa maison. Bienvenue à Konoha !

[Akarui] – Merci encore. Vous savez si Tael reviendra ? J'aimerais la remercier.

Mashiro lui ouvrit la porte et l'invita à entrer. Il sourit gentiment.

[Mashiro] – Je crains que Tael ne passe plus par-ici. Mais rassurez-vous, je suis sûr qu'elle est très bien là où elle est.

Fin.


Dernière édition par le Ven 31 Aoû - 20:08, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Statues   Jeu 23 Aoû - 13:31

Quatre ans plus tard.

Akogare ouvrit les yeux. Il ne reconnaissait pas ce plafond blanc, ni même la position de cette fenêtre qui laissait passer trop de rayons – beaucoup trop. Il cligna plusieurs fois des yeux, les derniers vestiges de ses rêves heureux s'effaçèrent avec paresse. Le jeune homme sentit un contact contre sa jambe et, au moment où il s'aperçut qu'il était nu, les souvenirs de sa soirée s'imbriquèrent brutalement.

Il sourit.


[Akogare] – Salut Sime.

La jeune femme grogna.

[Akogare] – Hmm, je crois me souvenir que ton copain reviens à midi, non ?

Elle se redressa brusquement, les yeux écarquillés. Le sourire du jeune homme s'étira. Elle se passa une main dans les cheveux et cherchait péniblement sa montre. Ce laborieux effort lui fut épargné car trois coups retentirent contre sa porte d'entrée. Akogare rit doucement.

[Akogare] – Mon sixième sens s'affine on dirait. Ou bien c'est le septième je ne sais plus.

Tout en parlant, il avait quitté le lit et enfilait ses vêtements. Il était assez inhabituel qu'il s'attarde chez des femmes. Il préférait partir au cours de la nuit, ou bien de les inviter chez lui. Cela évitait ce genre de déconvenues. Mais quand son regard se posa sur Sime, toujours couchée dans son lit, la poitrine qui dépassait légèrement, il savait qu'il avait pris une excellente décision.

[Sime] – J'aurais dû dire cinq heure.

Deux nouveaux coups.

[Akogare] – T'aurais dû dire jamais. Regarde à côté de quoi tu vas passer.

Il s'immobilisa dans une pose séduisante et Sime fut incapable de réprimer un rire.

[Sime] – Tu repasseras ce soir ?

[Akogare] – Non.

Il cligna de l'oeil et termina de boutonner sa chemise. Sime eut une moue vaguement boudeuse puis se fendit d'un sourire radieux.

[Sime] – Tu devrais te dépêcher.

[Akogare] – Ouais, ouais. Bonne journée.

Il se pencha et s'arrêta à quelques centimètres de ses lèvres. Elle l'embrassa. Ses doigts effleurèrent son épaule, elle grogna doucement.

[Sime] – Tu m'appelles ?

Il se recula en souriant mais ne répondit pas. Il s'éloigna de la jolie blonde dont les jambes venaient de quitter le confort du lit, et se pencha à la fenêtre.

[Sime] – J'arrive !

Akogare jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule. Sime venait de s'emmitouffler dans sa chemise de nuit et trottinait en direction de la porte.

Il sauta.

Sans même s'en apercevoir, il prit la route pour aller chez lui. C'était une petite maison blanche au toit violet, parfaitement placé dans le vilage – au centre. Quelques ninja le saluaient, d'un hochement de tête ou d'une accolade et, pour les plus intimes, d'un petit sourire charmant.

Les plus sévères fronçaient les sourcils. Mais Akogare savait que les récriminations avaient changé avec le temps. Ce n'était plus ni sur sa tenue ni sur ses retards - ou rarement - que s'exprimaient les griefs. Aujourd'hui c'était plus quelque chose du genre : "J'espère qu'il n'était pas avec ma fille, sinon..."


[Eiko] – Enfin !

Akogare fit mine de ne pas avoir entendu mais ne pressa pas le pas. Une main se resserra sur son avant-bras, il se tourna et écarquilla les yeux d'une manière très réussie.

[Akogare] – Oh ! Eiko. Comment…

[Eiko] – Cinq heures Akogare. Rendez-vous à cinq heures devant les portes. Tu te souviens, hier, le briefing ?

Akogare poursuivit sa marche et Eiko le suivit. Il fit semblant de réfléchir.

[Akogare] – Mmh… D'hier, je me souviens surtout d'une merveilleuse poitrine sur laquelle je me suis endormi, mais…

La Jounin grogna et son camarade s'interrompit. Le Hyuuga posa une main sur sa taille et se pencha à son oreille.

[Akogare] – Il faut que j'aille chez moi. On est le six. Je dois voir quelqu'un, c'est important.

Il bondit sur un toit et adressa un salut fort peu militaire.

[Akogare] – On se revoit plus tard !

[Eiko] – Ne précise pas l'heure. Ca va m'énerver.

Akogare partit – mais ne s'enfuit pas, ou si peu. Il ouvrit sa porte. Mashiro l'attendait, assis sur son lit.

[Mashiro] – Salut.

Le jeune homme ferma la porte derrière lui et ouvrit les volets. Il s'étira longuement et s'assit sur une chaise.

[Akogare] – Elle est morte, hein ?

Mashiro hocha la tête.

[Akogare] – Depuis longtemps ?

[Mashiro] – Trois ans, à peu près.

Ils ne dirent rien pendant un long moment, à simplement s'observer. Finalement, Akogare soupira.

[Akogare] – J'avais fait un rêve à ce moment-là. Il me disait que quelqu'un de proche était mort, une grande guerrière. J'avais pas pigé que c'était elle.

[Mashiro] – Tael a laissé quelque chose pour toi.

Le Hyuuga plissa les yeux.

[Akogare] – Ah ?

[Mashiro] – Oui. Mais, euh, eh bien... Je l'ai égaré chez San.

La perplexité se peigna sur les traits d'Akogare.

[Akogare] – Rappelle-moi de ne pas te confier mes cendres.

Il se leva.

[Akogare] – Je vais le chercher alors. C'est quoi ?

[Mashiro] – Un mot. Comme celui que tu avais laissé chez tes parents, avant de partir il y a... pfiou, longtemps.

Il rit.

[Mashiro] – Il est dans un des placards. Dans la chambre de la petite.

Akogare posa la main sur la poignée de la porte et hocha la tête.

[Akogare] – Bien. Merci.

[Mashiro] – Je vais, hum, t'attendre ici. Prends ton temps.

Il sortit et prit le chemin en sens inverse. San avait conservé la maison de ses parents, eux avaient déménagé dans un autre quartier de la ville.

Il connaissait le chemin par cœur. Il prit un instant pour considérer tout le chemin qu'il avait parcouru depuis la première fois qu'il avait emprunté cette route. C'était assez impressionnant. Sept années plus tard, il n'avait plus grand-chose à voir avec le petit garçon terrifié. Il sourit intérieurement.

Il tapa deux fois à la porte. Il n'avait aucune appréhension, la main posée sur le mur et l'autre dans la poche. Il entendit des pas courir sur le sol, une voix étouffée, puis la porte s'ouvrit. Il sourit et San le regardait. Elle lui retourna son sourire.


[Akogae] – Salut !

Il l'embrassa sur chaque joue, même si elle n'aimait habituellement pas ça et recula d'un pas.

[San] – Salut… Euh, entre je t'en prie.

Il s'exécuta, elle referma la porte derrière lui. Le regard d'Akogare tomba sur le ventre de la jeune femme.

[Akogare] – Encore trois mois, hein ?

Elle rayonna.

[San] – Deux ! Je le sens bouger la nuit. Et même le jour d'ailleurs. Dès que je veux me reposer en fait.

Akogare sourit.

[Akogare] – Meo dort ?

[San] – Non non, il est parti travailler. Tu veux boire quelque chose – viens !

Il secoua la tête.

[Akogare] – Non, te déranges pas. Je dois juste prendre un truc en-haut.

[San] – Oh ? Eh bien, suis-moi.

Elle s'avança vers l'escalier et grimaça.

[San] – Généralement, juste après que j'ai fini de monter les marches – quand je vais dormir donc – le bébé se réveille.

[Akogare] – Quoi, tu vas dormir là ?

Elle lui lança un regard qui lui avait presque manqué et sourit. Ils avançèrent côtes à côtes. San s'était mariée avec Meo. Elle avait invité Akogare, qui avait protesté vivement en disant qu'il n'aimait *pas* les mariages. Mais il était quand même venu. Au moins pour voir le mari. Un homme sympathique, très joyeux. Il avait été un peu craintif de la réaction du Hyuuga, certain qu'il aurait quelque rancune contre lui. Ce n'était pas le cas et même, cela l'avait étonné qu'on puisse s'imaginer une telle chose.

[San] – C'est pas rangé. Désolée.

[Akogare] – Ne t'excuse pas. J'aurais bientôt fini.

Elle resta à la porte et lui s'avança vers les placards. Il s'agenouilla, de dos, et ouvrit le battant. Il fit semblant de chercher le temps de se remémorer les instants passés.

[San] – Tu devrais passer plus souvent tu sais. Enfin, tu dois pas avoir trop de temps.

Akogare rit.

[Akogare] – Oh si, j'en ai. Je t'appelle quand même pas mal, non ?

Elle haussa les épaules et ne répondit pas. Le jeune homme ne mit pas longtemps à trouver le papier qu'il cherchait – jauni, mais il n'avait pas pris l'humidité. Il ne le lut pas tout de suite. Il voulait être seul. Il savait qu'il devait être seul. Il se releva lentement et soupira.

San le regardait toujours. Il s'approcha d'elle et se pencha sur son ventre.


[Akogare] – Quand je pense à tous les gens qui doivent te faire le coup…

[San] – Quel coup ?

[Akogare] – Se baisser pour parler à ton nombril.

Elle gloussa.

[Akogare] – Tu y crois toi, qu'un bébé ça entend ce qu'on dit ?

Elle hocha la tête.

[Akogare] – Bien…

Il posa sa main sur son ventre et se pencha davantage encore, jusqu'à ce que ses lèvres frôlent le vêtement tendu.

[Akogare] – J'aurais pu être ton père, mais heureusement pour toi, c'en est un autre.

[San] – Tu aurais fait un très bon père.

[Akogare] – C'est ce qu'elles disent toute quand je quitte leur lit. Mais vous ne m'aurez pas, prédatrices ! je me protège.

Il se redressa et ils se regardèrent. San sourit.

[San] – Pauvre Akogare, hein ? Traqué par les femmes.

[Akogare] – Les jolies seulement. Les autres, je leur fais peur. Allez, à plus.


***


Akogare rangea le papier dans sa poche. Il soupira. Autour de lui, ses coéquipiers s'agitaient. Lentement, il mit son masque en place. C'était un visage de loup, avec de fines rayures bleues sur les joues.

[Yoshimo] – On est en retard.

[Akogare] – Hum. Ouais.

[Ten] – La faute à qui ?

Elle gloussa.

[Akogare] – C'est pas comme si c'était urgent.

La langue de Yoshimo claqua séchement.

[Yoshimo] – Six heures du matin. Pas deux heures de l'après midi. Tu vois la différence ?

[Akogare] – Euh. Non.

Il sauta sur la branche la plus proche.

[Akogare] – Allez les enfants. On se bouge !

Il partit. Yoshimo, les bras croisés sur sa poitrine, grogna.

[Ten] – Fais pas cette tête-là ! Aller sécuriser une route, c'est pas une question de minutes.

[Yoshimo] – Si c'était moi qui était en retard, tu ne dirais pas ça.

La jeune femme, malgré son masque de tigre, ne chercha pas à dissimuler sa surprise.

[Ten] – Bien sûr. Tu es toujours à l'heure.

Elle gloussa une nouvelle fois puis partit. Yoshimo la suivit.

Hyuuga Akogare,

Je suppose que j'aurais été soulagée si j'avais pu te le dire directement. Mais je pense que certaines personnes sont faite pour ne jamais être soulagées. Tu n'es pas de celles-ci. Quand je me suis introduite dans ton esprit, je ne me souciais pas de ta survie. Je voulais celle que tu abritais, je voulais Tenshi.

J'avais été présomptueuse. Quand tu t'enfuya la seconde fois, pendant le combat où j'ai perdu mon bras, je lui ai demandé pourquoi elle te défendait. Pourquoi elle s'obstinait à fuir avec toi, alors que je lui proposais de me rejoindre moi, de m'habiter pour qu'elle puisse réveler sa force au monde réel. Elle m'a dit que c'était par amour pour ce que tu étais, et pour ce que tu deviendrais. C'était simplement pour l'avenir qu'elle refusait ma proposition. Ton avenir, et celui des personnes que tu rencontreras. Elle savait que j'étais l'une des seules personnes au monde à pouvoir la sortir de ton esprit, et elle savait que si elle me repoussait elle terminerait comme elle était née : prisonnière.

J'ai mis longtemps à comprendre. Mais je suis heureuse d'être morte avec cette connaissance. Je voudrais te remercier de m'avoir montré qu'il était possible de ne pas gâcher nos nouvelles chances. Et comment on prenait son avenir en main, comment on pouvait refuser son destin. Le tien était de mourir, le mien d'être ignorante. Au final, c'est moi qui suit morte et toi qui sait.
C'est mieux ainsi.

Tael.
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