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 Dôjô Niten Ryû

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MessageSujet: Dôjô Niten Ryû   Ven 20 Fév - 19:27

La porte coulissa dans un léger bruit sur le bâtiment à l’architecture traditionnelle. Kehydan, encore perturbé, s’arrêta une nouvelle fois pour observer l’environnement qui l’entourait. Il aimait bien ce minuscule jardin qui accompagnait l’entrée à ce dôjô, à partir du lourd portail de bois qui cachait cet endroit aux yeux de tous. Avant de pénétrer dans cet endroit reculé, il avait remarqué un panneau mais n’avait pas pu lire l’inscription « Niten Ryû » peinte dessus.

Le jounin lui avait expliqué que le jardin reprenait simplement quelques – en insistant sur ce dernier mot – éléments du Feng Shui qui aidait à une bonne circulation des énergies entre les bonsais. Les personnes venant pratiquer dans cette école pouvaient ainsi commencer par se mettre en bonne condition spirituelle avant même d’entrer dans le bâtiment. Cette culture était étrangère au jeune garçon qui l’observait d’un œil curieux. Un moulin à eau artisanal, en bambou, semblait égrener les secondes à son propre rythme, hors du temps. Le son de l’eau ruisselante et l’écho du claquement du bois étaient curieusement apaisant.

Il inspira à fond et failli faire un pas en avant. À cet instant, Valiran l’arrêta d’un geste de la main, et lui fit signe de se déchausser. L’étudiant détacha ses sandales et monta les marches sans chaussures, avant de s’avancer sur les tatamis disposés au sol. Composé d’une unique et vaste pièce, ce dôjô permettait à plusieurs personnes simultanément de s’entraîner aux arts martiaux, en révisant des katas, en s’affrontant ou en méditant. Inculte dans tous ces domaines, l’étudiant ne savait pas que les katas étaient les mouvements de base propre à chacun de ces arts. Contre les murs, des sabres de différentes tailles et de formes et de matières variées – cela, il s’en rendait parfaitement compte grâce à sa vue devenue si particulière – permettaient à tous de travailler en diminuant les risques de se blesser, mais surtout, en évitant d’abîmer inutilement le tranchant de ses armes.

L’adolescent se laissa choir en soupirant et adopta une position en tailleur sous l’œil mécontent de Valiran. Mais il ne pouvait pas savoir, et le maître vieillissant devrait se comporter comme avec tous les élèves arrivant ici en tant que véritables novices. Mais le fait que
lui devienne un ninja… Cela n’était pas fait pour lui plaire. Il aurait souhaité, pour une fois, laisser ses sentiments le dominer ne serait-ce qu’un peu et déverser son amertume sur l’imbécile qui se tenait n’importe comment devant lui. Mais pas ici. Pas sous leur regard.

Il continua son avancé vers l’autel et s’assit en seiza, à genoux, se reposant sur ses talons, et s’inclina en direction de l’autel. Contre le mur de bois, un petit promontoire arborait les deux sabres que le maître fondateur de cette école, Musashi Miyamoto, utilisait avant sa mort. Contre le mur, deux portraits encadraient un parchemin vertical sur lequel était écrit la conclusion du maître « Choisissant le Vide comme Voie, vous verrez la Voie dans le Vide ». À droite, l’image du fier samurai, et à gauche, celle de l’insouciant mais terrible Ekwilan. La voix de Valiran, toujours incliné, retentit.


[Valiran] Toi aussi, salue.

De mauvaise grâce, Kehydan imita tant bien que mal la posture du Quatrième Sage. Il ne comprenait pas pourquoi il lui faisait faire ça, il n’avait pas envie de saluer cet autel qui ne vénérait a priori aucune des divinités qu’il connaissait… Mais il n’avait pas envie de contrarier l’homme imposant, et s’inclina donc. Ce dernier se retourna, s’installa face au jeune garçon et le salua à son tour. Il fut immédiatement imité. L’étudiant savait que certaines choses ne devaient pas être discutées. Pas encore.

[Valiran] Te voici dans le dôjô de la Niten Ryû, l’École des Deux Cieux. Ici, je te demanderai d’accorder tout ton respect aux deux hommes dont les portraits sont affichés derrière moi. Je suppose que tu n’es pas encore capable de distinguer les traits sur le papier, mais sache qu’il s’agit des deux fondateurs de l’école. Redresse-toi.

Kehydan se releva. Effectivement, il n’avait qu’à peine remarqué les éléments accroché au mur, il n’y voyait que des rectangles de papier.

[Kehydan] Niten Ryû ? Qu’est-ce que c’est?
[Valiran] Une technique particulière de combat, mais tant que tu ne seras pas capable d’accepter certaines choses et de tenir un sabre, tu n’as guère besoin d’en savoir plus. C’est un art propre à notre clan, tu sais… Ici, tu pourras recevoir son enseignement, ainsi que toutes sortes de conseils vis-à-vis du monde ninja et de nos capacités particulières. Il y a toujours quelqu’un ici.

L’étudiant eût un sourire moqueur en entendant la dernière phrase. En arrivant ici, il n’y avait personne dans le dôjô. En tant normal, il aurait ignoré ce détail pour éviter les ennuis, mais quelque part, il était vexé du mépris exprimé par Valiran. Il aurait bien aimé en savoir plus, lui. Il ne voyait pas l’intérêt de taire ces choses-là.

[Kehydan] Vous êtes sûr? Pourtant, avant que nous arrivions, il n’y avait personne, ici. Et si je viens ici en pleine nuit ?
[Valiran] Et toi ? Es-tu bien sûr d’avoir observé ? Des disciples travaillent, méditent, vivent et dorment ici. Autrefois, ils dormaient dans le dôjô, mais seuls les plus extrêmes dans leur apprentissage continuent cette pratique. De nos jours, la plupart dorment dans l’annexe que tu n’as apparemment pas vu… Et visiblement, tu n’as pas remarqué non plus Matsuo, dans le jardin…

L’enfant rougit légèrement, sous l’effet de la honte ou de la colère, il ne savait pas très bien. Mais en cet instant précis, il détestait l’homme assis en face de lui. Intérieurement, il se dit qu’il n’arrivait pas à saisir sa personnalité. Parfois, il le trouvait sage et bienveillant, d’autres fois inquiétant, ou comme en ce moment, haïssable.

[Kehydan] Matsuo ? Ce n’est pas un prénom très Lyushan, ça…
[Valiran] Il arrive parfois, que certaines personnes de l’extérieur soient acceptées dans l’étude du Niten Ryû, mais ça reste exceptionnel il faut dire…

Ne trouvant rien à ajouter, Kehydan se contenta d’essayer de voir le plus loin possible, par la porte restée ouverte qui se trouvait alors dans son dos, le dénommé Matsuo. Mais rien à faire, sans doute était-il trop loin, hors de portée pour sa vision.

MessageSujet: Re: Dôjô Niten Ryû   Lun 2 Mar - 13:02

L’eau fit à nouveau basculer le moulin de bambou dont l’écho résonna jusque dans le dôjô où régnait un profond silence. Kehydan avait suivi Valiran sans trop réfléchir et, maintenant, il se demandait sérieusement ce qu’il voulait lui apprendre. Il avait parlé de bases, mais lesquelles ? L’homme semblait prendre son temps, il n’avait jamais été quelqu’un de pressé ou de volubile. En tout cas, c’est ainsi qu’il était toujours apparu aux yeux de l’étudiant. Fugacement, il se demanda à quoi il pouvait ressembler dans sa jeunesse, pourquoi il était devenu ninja. Il s’apprêtait à poser la question, lorsqu’un nouvel écho rompit le silence. Mais il s’agissait, cette fois, de la voix du jounin.

[Valiran] Je suppose que tu ne connais rien des règles auxquels se soumettent les ninjas.
[Kehydan] Des règles ?
[Valiran] Oui. D’après elles, un bon shinobi doit faire fi de ce qu’il ressent pour obéir aux ordres et atteindre son objectif efficacement, avec le moins de pertes possibles. Une machine de guerre sans états d’âme.

L’étudiant demeura impassible. Ce genre de choses… C’était un peu ce à quoi il s’attendait en venant à Konoha, après toutes les rumeurs qu’on lui avait susurrées durant son enfance. Un léger frisson parcourut son dos, sans doute un peu d’air frais venu par l’entrée grande ouverte du dôjô située derrière lui. Du moins, ce fut ce dont il tenta de se persuader. Les ninjas. On les décrivait comme des brutes sanguinaires, à la recherche de proies. Ils pourraient se tenir invisible, dans un coin de votre chambre, pour vous égorger durant votre sommeil, à la manière des loups terrés sous le lit des enfants. Ils vous attendaient au creux d’un détour, alors que vous rentrez tard, bien après l’heure préconisée par votre père ou votre mère. Même si en grandissant, ces contes s’estompent dans l’esprit des gamins, il n’en reste pas moins une crainte et une image qui oscille entre vérité et mensonge sous un seul qualificatif de ce métier.

Tueurs.

Des assassins qui ôtent la vie pour de l’argent. Quelle satisfaction, quelle estime de soi peut-on obtenir dans le meurtre ? La sensation d’avoir passé une bonne journée de travail, d’avoir accompli quelque chose de bien, les shinobis en sont-ils pourvus ? N’est-il pas plus valorisant de travailler une journée entière pour créer quelque chose de ses propres mains ? Pour échanger et tisser des liens ?

Destructeurs !

Ils ne savent que détruire ! Incapables de construire quoi que ce soit. Le mépris. Voilà le sentiment qu’insufflent les shinobis aux yeux de la grande majorité des membres du clan Lyushan. Kehydan, en y repensant, sentait cette chaleur l’envahir. Mais aussi, et surtout, le mal-être propre à ceux qui marchent sur cette voie, alors qu’ils sont issus de ce clan aux traditions si particulières. En venant ici, il était devenu tout aussi méprisable que ces ninjas. Il ne s’en rendit pas compte, mais durant le court laps de temps que dura le silence, ses mains, reposant sur ses cuisses, s’étaient serrées jusqu’à former des poings fermes et ses sourcils s’étaient dissimulés sous son bandeau tant ils étaient froncés. Son impassibilité avait disparue. Valiran savait ménager ses silences vis-à-vis du jeune garçon afin de deviner ses pensées. Il le connaissait bien.


[Kehydan] Et qu’arrive-t-il à ceux qui refusent cela ? À ceux qui ne se débarrassent pas vulgairement de leurs sentiments ?

Le jounin ne s’attendait pas vraiment à cette question. Il sourit, aimablement.

[Valiran] En vérité, peu nombreux sont ceux capables de s’en défaire totalement, même en dehors du clan. Contrairement à ce que l’on pense, ils mènent ce combat contre eux-mêmes en permanence. Il faut s’en détacher le plus possible. Nous, Lyushan sommes, bien souvent, des ninjas moyens, dépassant rarement le grade de chuunin et restant très attachés à des croyances qui ne concernent pas les shinobis. Et comme Konoha ne veut pas de nous comme instructeurs, craignant que nos idéaux ramollissent les étudiants, nous exécutons des missions basses en rang.

Il s’accorda, avant de répondre d’une voix grave et profonde, comme peinée par un souvenir lointain.

[Valiran] Quant à ceux qui se laissent submerger dès lors que la situation s’y prête… Ils connaissent une fin tragique. J’espère que tu as en toi la détermination nécessaire pour ne pas laisser ce sort t’assaillir.

L’enfant hocha la tête dans un mouvement qui se voulait plein de convictions, mais qui ne révélait que craintes et hésitations. À vrai dire, il ne voyait pas exactement où se trouvait la différence dans les deux cas que son enseignant venait de citer. Mais il sentait pourtant que c’était fondamental et doutait de sa capacité à surmonter ses faiblesses. La mort et la peur que cela engendre. Il en avait discuté quelque peu, avec Akizuchi, un peu plus tôt dans la journée.

[Valiran] Je t’ai parlé de chuunin, mais tu n’as pas réagi… Cela veut-il dire que tu sais ce dont il s’agit ?
[Kehydan] Non, pas vraiment… Je suppose que c’est une sorte de classement, non ?
[Valiran] Oui. On parle de grades, en l’occurrence. Le chef d’un grand village ninja comme Konoha est appelé Kage. Ici, on donne le titre de Hokage, mais dans d’autres villages, cela sera différent. À Kiri, tu auras le Mizukage et à Kumo le Raikage. Sauf que dernièrement les conditions ont changé, et Konoha, par exemple, est dirigé par un conseil. Il y a les Sanin, des ninjas dont la force est légendaire, des Anbus qui forment une escouade d’élite, des Jounins, autrement dit des shinobis de classe supérieure et des Chuunins pour ceux de force moyenne. D’ailleurs, il va bientôt y avoir un tournoi en ville afin de désigner quelques Chuunins parmi les différents villages cachés. À cette occasion, il y a des ressortissants des différents villages cachés. Les Genins sont les apprentis ninjas et les étudiants sont ceux qui n’ont pas démontré qu’ils possèdent les capacités requises pour devenir shinobi.
[Kehydan] Je suis donc un étudiant ?
[Valiran] C’est exact. Certains shinobis décident de devenir Oi-nin, pour traquer ceux qui ont déserté leur village, emportant avec eux des secrets qui ne doivent pas se répandre. Ces derniers sont appelés Nukenins.
[Kehydan] Et vous ? Vous êtes quoi ? Chuunin ?
[Valiran] Moi ? Jounin. Je suis le Quatrième Sage, tout de même…

L’étudiant remua sans relever le ton moqueur. Il n’avait pas l’habitude de s’asseoir ainsi et la discussion ne semblait pas prête de prendre fin. Il aurait pourtant voulu les étendre et les délasser de cette inconfortable position. Et puis il devait se forcer à bien écouter ce qu’il disait, pour retenir les informations mentionnées. Il espérait ainsi éviter de passer pour un idiot, et remercia Hyuon de l’avoir doté d’une grande force de mémorisation qu’il avait travaillé en répétant les anciens contes oraux de son clan. Mais il regrettait d’avoir une concentration peu docile. Discrètement, Kehydan bougea un peu ses orteils.

*Je vais finir par avoir des fourmis dans les pieds à force…*

[Valiran] Les villages ninjas bâtissent leur fortune sur les missions qu’ils exécutent pour des commanditaires extérieurs, ou non. Les habitants de ces villages ont l’habitude de déposer des demandes pour un oui ou un non, ce qui, d’une certaine façon, nous arrange dans le but de former les apprentis shinobis. Le fait de rater ou réussir une mission influencera sur la réputation de Konoha, et les daimyô, ceux qui se montrent les plus généreux, se basent sur ces réputations pour choisir le village qui recevra sa demande. Il est donc important de ne pas confier n’importe quelle mission à n’importe qui. Du coup, certaines d’entre elles ne sont pas accessibles à certains grades. À ton niveau, tu pourras peut-être faire une rang D… Une petite rang D… Quand tu auras pris de l’expérience en tant que genin, tu testeras des rangs C à l’occasion… Les autres rangs sont B, A et S pour les plus difficiles. Autant dire que t’es loin de pouvoir exécuter ces dernières…

Kehydan n’avait jamais vu Valiran parler autant, et à en juger par son ton monotone, c’était un discours qu’il avait l’habitude de servir à tous les jeunes désirant suivre cette même voie. L’enfant trouvait que ce manque évident de motivation rendait l’apprentissage plus difficile et son attention propice à s’endormir.

[Valiran] Les ninjas travaillent souvent en équipe, et je t’ai fait intégrer l’une d’entre elles. Tu auras donc deux coéquipiers, ainsi qu’un sensei, une jounin, qui t’aideras à travailler. D’ailleurs, tu as rendez-vous demain avec tes compagnons, à midi et à l’académie. En fait, normalement, ta sensei aurait du être présente, mais elle est occupée.
[Kehydan] Oh, c’est cool ça ! Je préfère travailler avec des gens plutôt que seul…

Son intérêt fut ravivé par les propos de son maître. Il avait hâte de se rendre le lendemain à l’académie pour rencontrer ses camarades. Il aimait bien prendre du recul sur lui-même de temps en temps et s’isoler, mais Kehydan restait fondamentalement quelqu’un qui aimait faire de nouvelles rencontres et se lier d’amitié avec toujours plus de personnes.

[Kehydan] Et comment se passent les cours à l’académie?
[Valiran] En fait, ce n’est pas comme à Shenmuan. Si tu n’as pas envie de bosser, tu n’y vas pas. Si t’as envie de progresser, tu y vas. De nombreux cours sont dispensés là-bas en permanence, alors même si tu ne tombes pas forcément sur celui que tu souhaitais à l’origine, il y aura toujours de quoi t’occuper. D’ailleurs en parlant de ça, il te faut choisir une spécialité d’enseignement.
[Kehydan] On peut choisir la médecine ?

Valiran, qui s’apprêtait à énumérer les spécialités, fut coupé dans son élan et se tut un moment. Timidement et conscient d’avoir rompu les habitudes du Quatrième Sage, Kehydan ajouta.

[Kehydan] Votre amie en avait parlé à notre arrivée…
[Valiran] Hmm, oui, c’est possible. Je vais quand même te dire les voies qui s’ouvrent aux jeunes ninjas. Il y a le Taijutsu pour ceux qui veulent se servir de leurs poings, le Genjutsu pour les futurs maîtres des illusions, et le Ninjutsu pour ceux qui aiment déchaîner les éléments. Après, certains types de ninjutsu te sont aussi accessibles… Comme celui de combat ou celui non-élémentaire…

Le mot « combat » décida Kehydan immédiatement sur son choix. Quelque part, il imaginait que dans le ninjutsu non-élémentaire, les techniques seraient moins combatives, même s’il se doutait que cela ne lui servirait pas à broder des pulls façon grand-mère… Quant à la médecine. Cela lui convenait sans aucun doute bien mieux que le reste, et il trouvait ça plus intéressant. Valiran lui demandant s’il voulait peut-être abandonner la voie que traçait son clan, mais l’étudiant secoua la tête. Il était un Lyushan. De bout en bout. Et même s’il bafouait certaines de ses croyances, il voulait rester le plus près possible de sa grande famille. Des siens.

MessageSujet: Re: Dôjô Niten Ryû   Jeu 7 Mai - 13:18

Kehydan : +20 XP

MessageSujet: Re: Dôjô Niten Ryû   Mer 1 Juil - 0:40

[Valiran] Beaucoup de ninjas issus de notre clan se spécialisent dans la Médecine, même s’il faut avouer que le Ninjutsu se rapproche plus de nos capacités. Mais notre nature, notre éducation, nous pousse à soigner, pas à tuer. Et il faut aussi savoir en prendre compte.

L’homme laissa ses mots en suspend dans l’air, songeur. Kehydan respira bruyamment. Attendre dans cette posture lui déplaisait profondément. Il sentait ses jambes engourdies et n’aspirait qu’à les déplier afin de faire quelques pas. L’attention de l’homme aux yeux bandés se reporta avec mécontentement sur le jeune garçon. Il aimait à ce que les choses filent droit. Sentant l’humeur de Valiran, l’étudiant essaya de renouer la conversation.

[Kehydan] Et, euh… Vous avez quelle spécialité ? Valiran-sama ? se dépêcha-t-il d’ajouter, veillant à paraître ainsi respectueux dans le but de l’apaiser.

[Valiran] Je me suis surtout intéressé au Ninjutsu, de mon côté, et...

Un instant passa, puis il sembla renoncer. L’enfant l’écouterait à peine s’il s’expliquait plus. Il n’avait visiblement qu’un unique désir : se dégourdir les pattes. Il s’était montré plus indulgent avec d’autres, mais Kehydan… Il adressa en silence une prière aux Dieux Dragons et s’excusa auprès du sien. Quand il avait accepté la mission de conduire les ninjas de son clan, il s’était promis d’être impartial et juste. Cela valait aussi pour cet énergumène. Il allait donc essayer d’être moins rude, moins bourru, d’autant qu’il faisait visiblement des efforts.

[Valiran] Allons marcher un peu, fit-il dans un soupir.

Kehydan sauta sur ses pieds et vacilla légèrement sur ses jambes cotonneuses avant de retrouver son équilibre. Il se chaussa à nouveau avant de sortir.


[Kehydan] Ah chouette! Vous restez souvent assis de cette façon ? Parce que c’est super fatiguant… J’aurai jamais cru que s’asseoir pouvait l’être…

Désapprobateur, le Quatrième Sage lui répondit sèchement.

[Valiran] Oui, ça arrive souvent. Et tu ferais mieux de t’y habituer…

Penaud, le garçon ne répliqua pas et se contenta de s’ouvrir au jardin qui l’entourait. Il se demandait où se trouvait le dénommé Matsuo. Impossible de le repérer malgré ses efforts, il ne pouvait voir suffisamment loin, ni assez clair. Valiran s’avança sur le sentier, suivi du jeune garçon.

[Valiran] Le monde t’apparaît aujourd’hui différemment. Tu te sers de ton Œil Intérieur, celui que ton Dragon veut bien mettre à ta disposition. Tu sais ce qu’on dit. Nous sommes leurs descendants, ils nous ont transmis certaines de leurs capacités, de leur savoir. En retour, nous devons avoir la foi. Et ils nous guideront. Ainsi, tu as choisi une des voies les plus difficiles qui soit parmi celles que t’offrait le clan. Mais elle est contraire à l’enseignement sacré des Dragons. C’est pour cela qu’il faut montrer ta détermination et te foi en portant ce bandeau. Ainsi, ton Dragon continuera de guider tes âmes, et te montrera le chemin.

Kehydan aurait bien voulu échapper à cet assommant discours, mais il ne voulait pas contrarier le Jounin. Il tentait de ne pas s’endormir ni de se préoccuper d’autre chose, comme la colonne de fourmis qui s’était brusquement transformée en fuite paniquée parce que… Non, voyons, que disait Valiran ? Ah, ouais, des trucs qu’il connaissait déjà depuis bien longtemps, pff… Il s’était soudain immobilisé devant lui.

[Valiran] Tout cela, je te conseille de ne pas chercher à l’expliquer aux gens de l’Extérieur. Ils ne comprennent pas toujours très bien ça. Enfin, c’est un conseil, certains peuvent se révéler intéressés…Mais ce ne sont pas leurs croyances. Ils ne jurent que par le chakra et ont du mal à saisir la façon dont nous fonctionnons.
[Kehydan] Le… chakra ?

Ce mot, inconnu aux oreilles de Kehydan, le désintéressa totalement de la mouche parasite occupée à semer la folie chez les fourmis.

[Valiran] Oui. Les ninjas sont capables d’exécuter des techniques prodigieuses en utilisant le chakra. Il s’agit d’une force produite par la synergie de deux énergies. La première, corporelle, est dégagée par les cellules de notre corps, tandis que la deuxième est spirituelle, produite par le fruit de nos expériences et de nos efforts. Les shinobis s’arrêtent généralement à cette définition.

Le jeune garçon attendait la suite avec une relative impatience. Cette notion restait plutôt abstraite pour lui, même s’il voulait savoir ce qu’il y avait à voir au-delà des ninjas. Comme pour beaucoup, sa « religion » lui conférait un sentiment de supériorité vis-à-vis des autres. Les Lyushan pouvaient communiquer avec les esprits des Dragons, s’approchant de la Vérité du monde. Celle avec un grand V.

[Valiran] L’énergie spirituelle est, en vérité, issue de nos âmes. Les expériences et efforts nous font évoluer et touchent au domaine des esprits, d’où son nom, même s’il semblerait que la plupart des shinobis ont oublié cela. Beaucoup pensent que nous n’avons qu’une âme et un corps, et parfois un esprit. Enfin, pour eux, ce que nous pensons et croyons n’a que peu de sens, il ne faut pas s’attacher à ce qu’ils peuvent dire…

Brusquement, alors qu’il n’avait laissé à son élève que la possibilité de contempler son dos imposant, il se retourna et lui fit face. Kehydan en sursauta presque, et une expression de méfiance se peignit sur son visage infantile. Il n’aimait pas les surprises. Juste le calme d’une vie sans ennui. Quelle idée stupide… Devenir ninja… Il y pensait, régulièrement. Souvent même, depuis qu’il se trouvait à Konoha.

[Valiran] On appelle « malaxer » le fait de mélanger les deux énergies et de créer le chakra. Les shinobis se servent de signes pour canaliser sa puissance et lui donner la forme de techniques. C’est un exercice très rigoureux, qui demande une précision subtile dans le dosage et une intense concentration afin d’obtenir le résultat voulu. Mais attention, en combat, cette concentration peut être fatale si on oublie ce qu’il se passe autour. Enfin, tu n’y es pas encore, je crois que de toute façon, tu auras du mal à atteindre cet état idéal.

Valiran semblait moqueur, voire méprisant, tandis que Kehydan fit la moue en retour, et releva la tête, plein d’assurance.

[Kehydan] Ne vous avancez pas trop, Valiran-sama. Nous verrons le moment venu.

Un léger rictus secoua le coin des lèvres de l’homme.

[Valiran] Eh bien, voici le moment. Malaxe ton chakra.
[Kehydan] Han ? Maintenant? Je fais comment?
[Valiran] D’abord, tu te concentres. Ensuite, joindre tes mains peut t’aider à boucler la boucle, réunir les deux énergies. Sent-les. Mélange-les.

Au fur et à mesure qu’il parlait, il montrait l’exemple. Kehydan frissonna en ressentant la puissance qui se dégageait de son maître. Des volutes de fumée d’un vert sombre, semblable aux aiguilles des pins, se dégageait petit à petit de lui. Mais il ne pouvait distinguer la couleur. Il ne voyait que la composition de l’air changer autour de Valiran, comme soudainement chargée de particules qu’il n’avait pas encore remarquées.

[Valiran] Essaye, toi aussi.

Comme son enseignant, il inspira à fond, et… Il aurait bien voulu fermer les yeux pour mieux se concentrer, mais son Œil Intérieur l’en empêchait. C’était un œil sans paupière, qui toujours veille. On raconte que chez ceux qui ne l’utilisent pas couramment, il est à l’origine des intuitions, des pressentiments. Comment faire abstraction de tout ce qui l’entourait ? Hasard, il avait l’impression de sentir tout autour de lui avec une conscience aiguë. Sentant le « regard » de son maître, il joignit malgré tout les mains, et choisit de focaliser son attention dessus, pour mieux ignorer le reste.

Un long moment passa. Il ne ressentait pas la moindre énergie. Que faire ? Valiran remua alors. Il passa sa main dans une sacoche à la ceinture et en ressorti une bourse. Kehydan, les yeux bandés, n’aurait su dire de quoi elle était faite s’il n’avait pas retrouvé une odeur familière. Celle des bourses médicinales qu’on trouve dans le sous-sol du temple, près des chambres de l’Omniscient. Peau de daim recouverte de feuilles de sorbier et fermé par un fil en nerf de sanglier. Il en ressorti ce qu’il semblait être une racine à moitié racornie qui empestait l’air. Il en découpa un bout avec ces drôles de couteaux ninja appelés Kunai. L’enfant ne les aimait vraiment pas. Mauvais souvenirs.


[Valiran] Tu vois, tu n'y arrives pas. Mange. Tu comprendras. Mais il te faudra saisir vite et te concentrer, ça ne durera que quelques minutes.

L’étudiant saisit la racine et la tourna entre ses doigts avec hésitation. Leur clan possède de nombreux secrets en rapport avec les plantes, mais ne les partage pas. La plupart des membres, de toute façon, n’y connaisse pas grand-chose. C’est un art réservé à l’Omniscient et ses disciples, les personnes comme Kehydan n’ont pas à en savoir plus, aussi ne posera-t-il pas de questions. Cependant, de ce fait, une certaine méfiance due à l’inconnue faisait battre le cœur du jeune garçon. Mais bon. Valiran-sama ne voulait pas le tuer, non ? Sûrement une drôle d’expérience, mais rien de dangereux, pensa-t-il sur un ton qui relevait presque de la prière. Et il enfourna le bout de racine dans sa bouche.

MessageSujet: Re: Dôjô Niten Ryû   Mer 1 Juil - 0:46

La texture était râpeuse et terreuse contre sa langue. Quand ses petites dents se déchiquetèrent la plante, elles libérèrent un goût âcre empli d’amertume.

*Vraiment dégueulasse…*

Il avait envie de vomir et retint un hoquet tant bien que mal. Il se força à avaler, et les effluves dégagées lui firent tourner la tête. Il tomba à quatre pattes, l’estomac tourmenté, et se commença à se sentir très étrange. Son Œil Intérieur parut posséder une étrange acuité. Les couleurs – bien qu’elles ne correspondent pas à celles du monde vu avec des yeux normaux – étincelaient et l’aveuglaient presque. Il voyait tout : chacune des subtilités qui différencient les matériaux, chacune des aspérités présentes sur la surface, mais aussi en profondeur. Même Matsuo, occupé au fond du jardin à ramasser des feuilles mortes.

Sa tête lui faisait mal et sans s’en rendre compte, il se tortillait, se débattait au sol. Puis il cessa de bouger et son corps se détendit sur les graviers qu’il avait remués. Il pouvait percevoir tellement de chose en cet instant, il trouvait cela déroutant et son esprit n’avait de cesse de s’intéresser tour à tour à des éléments différents. Son attention voyageait de plus en plus vite, jusqu’à se concentrer sur plusieurs choses simultanément. Il s’agissait là d’une sensation enivrante et insoupçonnée.

Un aperçu de la puissance de l’Œil une fois maîtrisé. Il en prenait conscience. Il se souvint alors des paroles du Quatrième Sage, de pourquoi il vivait cela. Mais dans cette ivresse tournoyante, la tentation de laisser son esprit vagabonder était grande. Il tenta de se concentrer sur con corps, qu’il percevait en même temps que le reste de son environnement. Sensation étrange. L’espace semblait tordu, déformé et les dimensions apparaître sous un autre angle. D’une façon inimaginable pour ceux qui ne voient qu’avec leurs deux yeux.

Valiran se baissa, un air interrogateur gravé sur le visage. Kehydan sentait la puissance de la plante disparaître doucement. Vite ! Son corps ! Ses âmes semblaient échapper à son contrôle, aussi pria-t-il son Dragon de l’aider à les maîtriser. Il aperçut alors le flot d’énergie coulant en lui. Deux courants qui s’opposaient et s’attiraient tels des aimants. Irrésistiblement, en les voyant, il éprouva le besoin de se fondre en eux, pour les ressentir. Ce fut bref. Un dixième de seconde, presque. Mais l’étudiant fut certain de ne jamais oublier cette impression qui s’estompa si rapidement. Sa vision se réduisit drastiquement à ce qu’il avait l’habitude de percevoir depuis quelques jours.


[Valiran] Alors ? Tu as compris ?

Encore sonné, le jeune Lyushan hocha lentement de la tête, avec une expression d’intense stupéfaction qui lui donnait un air abruti.

[Valiran] Tant mieux. Tu n’en aurais pas eu plus, c’est une plante extrêmement rare. Elle se révèle rapidement nocive pour l’organisme en dépit de l’étrange bien-être qu’elle procure. Certains en deviennent fous. L’Omniscient peut en manger régulièrement, pour interroger les Dragons, car il connaît quelle autre plante contre ces effets négatifs. Mais il ne veut pas partager ce savoir. C’est déjà bien qu’il m’ait appris l’utilisation de cette racine et qu’il m’en procure. Je n’en connais même pas le nom. Maintenant, essaye de malaxer ton chakra.

Tout était parfaitement limpide, désormais. Il savait comment faire. Ses mains jointes, il appela ses énergies à se mélanger et lui aussi, réussit à produire ces particules qui flottaient dans l’air. En bien plus faible quantité que le Quatrième Sage, mais il était lui-même impressionné de sa réussite. Il n’était peut-être pas si bon à rien que ça…

[Valiran] C’est bien. Tu connais la base pour les techniques, désormais. Maintenant, dis-moi, lors de cette sorte de transe, qu’est-ce qui t’a le plus parlé ?
[Kehydan] Le sabre, celui juste en face de l’entrée du Dôjô.

Sa voix sonnait étrangement rauque, mais la certitude de la réponse assurait à son ton un maintien relatif, malgré le fait qu’il se sente chamboulé.

[Valiran] Normal. Tant mieux. Je vais à présent te parler des pouvoirs spécifiques de notre clan, basés sur notre Œil et notre chakra. Nous pouvons contrôler une matière semblable à l’acier, mais inexistante à l’état naturel. Pour utiliser cette maîtrise, les Dragons nous ont accordé la possibilité de modifier la nature des choses, durant un certain laps de temps. Toute notre vie, au maximum, à condition d’être puissant. Utiliser cette capacité sur des minéraux ne pose aucun problème. En revanche, sur des cellules d’animaux, de plantes ou d’êtres humains, les pertes sont irréparables, car ces cellules meurent.

Nos forgerons ont appris à faire un usage limité de ce pouvoir dans le but d’atteindre la perfection dans leur art. On peut dire qu’ils y sont arrivés. Tu sais que les métaux n’ont pas d’âmes, seulement un Dragon. Mais les sabres de notre clan, appelés Ryushantô, sont dotés d’une âme polie par nos forgerons. Et ils réagissent à notre Œil Interne.


Il se pencha sur une fleur qu’il caressa du bout des doigts, parut renifler l’air et toucha sa joue. Il hocha la tête.

[Valiran] Il est temps d’arrêter la discussion. Je crois t’avoir déjà beaucoup appris, et il se fait tard.

L’étudiant acquiesça, mais intrigué, tenta une dernière question.

[Kehydan] Comment savez-vous qu’il se fait tard ?
[Valiran] De nombreux indices, autres que la course du soleil dans le ciel, te l’indiquent. Mais il faut les connaître et savoir les observer, les interpréter. Cela vient au fil du temps. Bonne soirée. Et un conseil : reviens régulièrement t’entraîner.

Un peu surpris par la fin abrupte de la conversation, Kehydan attendit que son maître disparaisse dans son antre pour reprendre le chemin de son appartement. Il repensant à la racine, et secoua la tête. Non, ce n'était pas quelque chose qu'il saurait expliquer, même à Syara. Les émotions de cette journée ne sont en tout cas pas prêtes de s’effacer. Se reprenant, il n'oublia pas de passer faire les commissions qu'elle lui avait demandé. Autrement, il risquait de subir de nouvelles émotions moins agréables...

MessageSujet: Re: Dôjô Niten Ryû   Jeu 6 Aoû - 15:14

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