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 Bouchère Passion

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MessageSujet: Bouchère Passion   Mar 31 Mar - 19:52

Il y a déjà longtemps.

Je suivais un à un mes pieds qui s’enfonçaient dans la fine couche d’herbe bordant le chemin. La terre ne m’intéresse pas. Elle est si peu friable. Tout est maintenu d’une main fébrile ici. Je sens la faiblesse de ces lieux, je sens la colère qui l’entoure et qui la cache. Les grandes steppes se sont étalées devant moi, je les ai traversé, simplement, par la force de mes jambes. Finalement, rien ne peut vraiment leur résister. Pas même cette montagne. Ce haut mont qui trône comme un roi, mais qui n’a rien de royal.

En vérité, c’est un bouffon qui rigole de son propre chapeau coloré.

De nombreux souvenirs peuplent et hantent sa mémoire. Zakeru était déjà un homme vieux. Il titillait avec deux de ses doigts sa barbe noire qui dépassait de son menton, lissant sa moustache bâtarde. Non, dans les temps de ce monde, Zakeru n’était qu’un homme dans le plein âge de la vie. Mais ses pieds avaient tant parcouru le monde, que du haut de sa quarantaine d’années, l’homme avait vu, tant de choses, il était passé, dans tant de lieux. Et souvent, il avait vaincu, tant d’âmes. Par la force des choses, il était cette puissance que peu pourraient détrôner, même aujourd’hui. La montagne qui se dresse devant lui comme maîtresse de ces lieux n’était finalement qu’usurpatrice, comme beaucoup d’autres lieux ou hommes qui s’étaient autrefois interposés entre Zakeru et sa cible. Une cible dont le viseur ne se séparait jamais.

Un œil sur la mort, un œil sur sa lame, les deux sur l’avenir.

Tant de désillusions, si peu de satisfaction, Zakeru était déjà mort, et il respirait pleinement l’air qui s’insufflait dans ses poumons, comme si le prochain soupir était le dernier. Alors jamais sa main ne tremblait, jamais son bras n’hésitait. Il avançait doucement, il avait tout son temps, mais bientôt, bientôt, il sera devant eux, et ils imploreraient sa pitié.

Pitié qu’il n’avait pas.

Kumo avait l’avantage de n’être verte que de ses immenses praires. Contrairement à Konoha, aucun arbre ne cachait sa destinée, et d’Ame, il ne retrouvait pas ce sentiment morbide qui couvrait chacune des âmes. Le temps s’effaçait devant lui et rien, non rien, ne saurait ombrer ses objectifs. Le plafond grisâtre qui gisait en dessous du ciel bleu redonnait aux Pays de la Foudre cet aspect triste et mélancolique. Zakeru savait.

Zakeru savait qu’il donnerait une bonne raison à ce village de pleurer.

Au plus profond de lui-même, l’homme au grand manteau noir imaginait déjà les répercussions de son geste. Il ne pouvait prévenir l’avenir, mais en jouant du présent, il tirait doucement sur les ficelles de demain. Et ces rênes-là, il en connaissait la substance. Kikuria était avide, c’était un homme ambitieux et sans la moindre conscience, il le connaissait finalement assez bien pour l’admettre : il avait fait du gamin, une machine de colère et de violence. De toutes les erreurs que le déserteur avait faites, celle-ci était sûrement la plus grande. Former un tel monstre, c’était annoncé sa propre chute. Et celle du monde avec lui. Tant d’années à espérer. Aussi solide que soit le Nuke-Nin, il s’était surpris à soupirer d’avoir placer autant de confiance en son jeune élève, tant d’espoir et tant d’illusions. Ouvrir les yeux n’est jamais facile. Mais d’habitude, il était celui qui déclenchait, et non celui qui subissait. Zakeru n’avait que trop réussi. Il avait fait de Kikuria son plus grand rêve. Lorsqu’enfin il comprit que sa Morphée le trahirait, que les mondes du fantasme deviendraient ceux du cauchemar, alors il l’abandonna. Mais déjà, Kikuria n’était plus homme qu’on délaisse.

Il est celui qu’on fuit.

Il s’était protégé de Konoha, pour un monde soi-disant meilleur. Aujourd’hui pourtant, il parcourait le monde un unique objectif en tête, une simple idée, celle de lui permettre de se détruire par lui-même. Et non par la main d’un autre.

Je souris.

Non, la loyauté n’était pas une valeur qu’il appréciait, sinon pourquoi serait-il parti du village ? Trahir était si aisé, si aliénateur. L’adrénaline qui se dégage d’un tel fait devient facilement une addiction, à laquelle on prend gout sans vraiment en avoir conscience. Tout devient si simple lorsqu’on a défié une fois les lois qui régissent ce monde. Zakeru n’avait foi qu’en lui-même. Il avait appris à faire confiance, c’est ainsi que son élève s’était révélé être un pion puissant, un pion dangereux, sur qui il n’avait aujourd’hui plus aucun contrôle. Alors rapidement le déserteur ne voyait de sûr, que la force de ses bras, la rapidité de ses deux jambes et son esprit sournois et hautain. Et la réussite de son entreprise, ne dépendait maintenant que de lui. Il y avait un moyen de stopper l’afflux de haine qui sévissait un peu partout, en secret, comme un escargot si petit et si lent qu’on le voit à peine bouger. Mais il est là, dans un coin de votre jardin et un jour il grossira, il se décuplera et vos salades ne viendront plus à bout de son appétit. Kikuria était ce genre d’homme.

Les portes de Kumo se dessinèrent enfin devant lui, son sourire se raffermit comme un esprit fou, un esprit espiègle qui jouissait d’arriver seul, inattendu, comme la surprise qu’il était. Oui, tremblez pleutres, tremblez de ma présence, et que jamais vous ne pourrez vous dressez entre vous et moi !

Le plan était simple. Il y avait quelque part au sein du village, une force qui changeait et qui aujourd’hui se dévoilerait. Les gens sont souvent surpris des trahisons, c’est parce qu’ils ne pensent pas que l’homme est mauvais en soit, parce qu’ils braquent leurs yeux sur un espoir vain. N’était-il pas le mieux placé pour l’admettre ? Il aura suffit à Zakeru de quelques jours pour comprendre. Saisir les relations qui convenaient, et trouver un nom. Qui le servirait. Son ancien élève était un fin tacticien et déjà son bras recouvrait des villages qui se disaient puissant. De peur il n’en avait pas, il était simplement étonné que tout aille si vite. Devant les portes de Kumo, il récupèrerait l’objet de toutes les secrètes convoitises, aux yeux et à la barbe d’un homme, qui déjà se tournait aux yeux et à la barbe d’un village.

[Zakeru] - Karan, cette relique-là, est à moi.

Sa langue lécha langoureusement sa lèvre inférieure, dévoilant au monde deux rangées de dents blanches et pointues

[Shisui] - Qui êtes-vous ?

Une voix saillante le sortit d’une torpeur dangereuse. Une voix qui parlait à son dos, couvert par ce grand manteau d’un noir sordide. L’homme, car s’en était un, n’avait pas tremblé devant l’imposante carrure de Zakeru, sa tête couverte par de longues mèches aux couleurs de la nuit, et ses larges bottes de marcheur.

Hu, je suis ton plus grand cauchemar.

[Zakeru] - Va savoir ; qui le demande ?

Il ne fit de sa position, qu’une nouvelle position grandissante. Son sourire s’élargit devant cette même assurance. Ecrase, morpion !

[Shisui] - Il n’est pas malin de négliger les interrogations d’un Jounin de Kumo.

[Zakeru] - Malin… mais faible ? Passe ton chemin, cowboy.

Il se retourna doucement, laissant le temps agir directement sur leur confiance en eux. Quelques secondes de plus pouvaient détruire un homme. Zakeru se languit de sa lenteur, oh oui, profiter de ces quelques instants de calme avant que les corps ne se mettent en mouvement, c’était si amusant. Son sourire ne se détachait pas de son visage. Un sourire tendu, presque démoniaque.

[Zakeru] - Ou crève.

Shisui toisa le déserteur, et ne broncha pas. Intérieurement, il bouillonnait d’une peur latente qui montait lentement de son estomac jusqu’à sa gorge. Pourtant son corps ne réagissait pas, comme si une solide carapace l’entourait et qu’aucun sentiment ne pouvait la percer. Derrière lui deux garçons perdaient leur regard dans les lointains paysages, n’osant même épier ce qui se dessinait comme un adversaire de taille.

On ne menace pas Shisui Hyuuga, on ne menace pas un important membre de Kumo. Son visage tendu indiquait tout le respect que le ninja imposait. Au fond de lui, il craint, mais jamais il ne le montre. Comme si la protection des deux étudiants qui se cachaient derrière lui primait sur l’importance de sa propre vie.

[Zakeru] - Hyuuga… Shagen n’a donc pas perdu de temps, n’est-ce pas gamin ?

[Shisui] - Qu’importe. Tes paroles ne sont ni sages, ni respectueuses. Ton aura déteint sur nos âmes. Tu n’es pas le bienvenu ici, sache-le.

Un monstre ? Oui, l’idée lui plaisait. Shagen Hyuuga, dernier Raikage, avait alors donné naissance à un fils. Bien, bien, Zakeru n’avait pas de temps pour les enfantillages, mais d’un revers de la main, il pouvait balayer de la surface de ses terres, la dernière et unique lignée de Hyuuga qui peuplait Kumo. Deux éléments, si impuissants. Les mèches blanches, le teint pâle, les yeux vides, Shisui était resplendissant. Il restait une créature bizarre et fière.

Hilarant.

[Shisui] - Va-t’en.

[Zakeru] - J’ai à faire, bonhomme.

Et je suis déjà en retard. Se battre avait toujours été un de mes passe-temps favoris, qu’importe l’insecte qui me faisait front. Le plaisir avec lequel j’écrase les fourmis avec la seule force de mon pouce, me fait frémir, et jamais je ne m’en lasserais. Echapper à cela… non, je ne pouvais pas. De toute manière, eux, ne me laisseraient pas ce plaisir. Ce déplaisir.

La main de l’imposant déserteur plongea dans les méandres de son grand manteau noir. Shisui tendit son bras, les deux étudiants derrière lui arrêtèrent de trembler. Et de respirer. Zakeru disparu. Les têtes se tournèrent dans tous les sens, la confusion prit leurs esprits, et devant leurs visages défigurés par l’incompréhension et par la peur, il sourit. Kyô, le premier étudiant cria. Shisui se retourna, et vit la lame bleutée plantée à même ressortir de l’épaule de son élève.

[Zakeru] - Elèves médiocres… professeur médiocre.

[Shisui] - Tu as donc tant à apprendre ?

[Zakeru] - Qu’aurais-tu à m'enseigner que je ne connaisse pas déjà ?

Il afficha un sourire conquérant. Shisui ne répondit pas. Curieusement, il resta coi devant Kyô, qui tombait. Il vivait encore, et il fallait faire un choix. Vivre et le sauver. Ou le sauver… et mourir.

[Shisui] - Le respect. Seulement le respect.

Zakeru gloussa.

Il retira violemment son épée et termina d’achever la chute de sa première cible, du plat du pied. Il n’était pas mort. Pas encore. Le Hyuuga se mit en mouvement, prenant une pose que Zakeru ne connaissait que trop bien. S’il touchait alors sa quête ne serait qu’un peu plus difficile encore. Shisui s’élança, le Byakugan tiraillant déjà son visage.

Beuh, que c’était laid.

[Zakeru] - Doton, Doryuuheki.

Entre les touffes d’herbe, la terre s’éleva devant le Nuke-Nin, une terre d’abord boueuse, puis bientôt compacte, assez résistante pour mettre à l’épreuve le plus puissant des ninjas. L’étudiant à sa gauche entama une série de signe. Ne pas le laisser faire… Il tendit son seul bras libre, toujours caché contre la terre et fit étinceler ses grandes dents. Aucune lumière cependant ne pouvait permettre une telle clarté. Sauf celle de l’éclair…

[Tani] - Rait…

[Zakeru] - Raiton Daishino.

L’odeur de la peau brûlée. La Foudre avait ça de bien qu’elle prenait le corps et jamais ne le lâchait. L’étudiant sombra, entouré d’une vague électrique. De la paume de la main jusqu’à sa tête, un éclair puissant et massif s’était étreint jusqu’à sa cible, comme si rien n’avait pu l’arrêter. Shisui apparut. Il aperçut Tani, à terre. Mort.

[Shisui] - Qui es-tu ?

[Zakeru] - Eh, je croyais que tu le savais.

Pour la première fois, il le vit sourire. Un sourire malin.

[Shisui] - Qui es-tu… vraiment.

Le déserteur ne répondit pas. Pendant une seconde, un simple seconde, il se persuada qu’il ne le savait pas.

Tu ne m’auras pas en paroles vaines et traîtres.

Un sourire victorieux s’afficha sur ses lèvres. Les mains du Hyuuga s’étaient teintes d’un bleu dangereux. Foutu connaissance du chakra, foutue famille, œil de malheur. Le visage du déserteur se refroidit. Après le plaisir de la faiblesse, voila celui de la force. Il était moins explicite, mais tellement meilleur. Ses yeux se posèrent sur Shisui, il répondit. Le jounin savait que pour lui, la fin s’avérait proche. Il savait qu’il ne sortirait pas de ce combat vivant. Un vieux match nul se profilait devant lui, un match nul macabre.

Seule option.

[Zakeru] - Katon, Kasumi Enbu.

Le brouillard entoura le Hyuuga. Il se rapprocha, sans qu’aucun autre mur de roche ne put l’en empêcher. Les deux hommes se retrouvèrent enfouis dans une cavité sombre et poussiéreuse, où les cendres et les fumées recouvraient tout.

[Shisui] - Ce brouillard cache tes vérités. Moi, il me les dépose sur un plateau. Un plateau d’argent.

Une forme molle et bleue se dessinait dans la fumée. Shisui sourit doucement, ne préférant pas s’avancer trop vite. Pourtant, c’était bien son adversaire qui se mouvait devant lui. Un adversaire de chakra, une cible trop facile à saisir ici…

[Shisui] - Hakke Kyushou.

D’une main il prit le collet de Zakeru. L’autre visa le buste du grand homme. Sa paume frappa avec une rare précision les abdominaux de son adversaire. Le souffla coupé, le déserteur fut éjecté du disque de fumée, une douleur intense le prenant au ventre.

Ses doigts se rapprochèrent, et doucement, ils claquèrent. Le flux d’énergie se contracta, le noyau de braise se mit à rougir et bientôt, ah, bientôt, Shisui ne serait plus qu’un simple tas de cendre. Le sourd bruit de l’explosion couvrit même l’orage qui grondait un peu plus loin. Shisui cria, pourtant personne ne pouvait l’entendre.

[Shisui] - Kaiten.

La peau noircie par les cendres et par les flammes, le Hyuuga se releva et chercha le regard perdu de Zakeru. En vain. Sa lame fila, effilant légèrement sa peau. Il roula sur le sol, léchant l’herbe roussie. Il vit un pied fouetter ses genoux, puis tout devint flou. Même la puissante flamme qui grésillait un peu plus loin, et qui arrivait sur lui à toute vitesse. Il sombra.

Zakeru s’arrêta. A l’intérieur, les cloches résonnaient déjà. Il avait momentanément oublié ce pourquoi il était venu jusqu’ici. Il baissa la tête, et soupira. D’un coup de pied sur la tempe de Kyô, il l’acheva. Puis se rapprochant de Shisui, il s’accroupit, et haleta quelques paroles.

[Zakeru] - Tu m’as fait perdre mon temps. N’oublie pas Zakeru.

Il sourit, vainement. Le soleil commençait déjà à se coucher, au loin, derrière les fines collines du Pays de la Foudre. A l’intérieur des grands murs qui entouraient Kumo, une musique redondante sortait les gens de leur calme habituel. Trop tard… Zakeru n’entra finalement pas. Il restait coït devant les deux grandes portes, imaginant l’émulation qu’avait provoqué la traîtrise de Karan, et ce qu’elle portait comme conséquence. Toutes les forces se mouvaient un peu partout, il devenait impossible de faire un pas sans être repéré. Et le pion de Kikuria était déjà parti, loin, très loin. Trop loin maintenant. Emportant dans ses bras, le présent d’une puissance future. Relique d’une nouvelle poigne qui lui échappait.

Echec. Bouchère passion qui l'avait prit et repris, fureur éternelle que le temps avait trompé... Soit. Zakeru avait encore tant de pions à avancer, qu’il n’en fut pas vexé.
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