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 Une Question de Conscience

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MessageSujet: Une Question de Conscience   Lun 1 Juin - 2:07

Il s’agissait de trois chuunin et d’un jounin. Le chef s’appelait Naikin Tadashi. Il avait été très populaire quand il était genin car, c’était ce que disait la légende, il avait tenu tête à son sensei lors d’un combat d’entraînement. Il était bon, vraiment. Les filles lui couraient après. Shimuka, qui était à Kiri depuis sa naissance, racontait qu’à chaque montée en grade son fanclub s’étendait et brassait toujours davantage de jeunes filles émerveillées. Il fallait l’avouer, Naikin avait une certaine tenue (un « charme » diraient les personnes objectives) qui ne le rendait pas tout à fait détestable. Des cheveux châtains décoiffés, vingt ans fraîchement sonnés et une certaine élégance naturelle qui lui permettait de remplir l’espace sans y attacher d’importance, comme quelque chose d’admis. Haya analysait tout cela avec un regard froid et sans émotion aucune, il fallait également en convenir.

Elle le détestait.

Car il y avait pire. A ses côtés resplendissaient trois autres personnes. Deux garçons et une fille. L’un des garçons se nommait Koshiro « Ko » Negame, un grand dégingandé qui avait misé l’essentiel de sa stratégie sur l’épaisseur de chacun de ses muscles. Il se vantait de pouvoir briser plusieurs arbres en un coup, ou quelque chose dans cet esprit. Non seulement il n’avait à proprement parler aucun intérêt, mais il se permettait en plus d’être d’une prétention virtuellement infinie. Haya aurait bien aimé avoir l’avis de Satoshi sur quelqu’un comme lui, pour savoir si être un crétin permettait également d’être un bon ninja. C’était quelque chose qui l’intriguait. Le deuxième garçon, Ryosen Rashoke était peut-être l’élément le plus haïssable de ce petit groupe. Il était beau garçon (cela aussi, Haya l’admettait en prenant sur elle) mais il avait porté l’arrogance à un tel niveau d’art que s’en devient physiquement insupportable. Il affichait toujours cette moue que les autres personnes des amphithéâtres avaient verbalisé « Ryosener » quand quelqu’un prenait un peu trop d’assurance. Il s’habillait toujours dans le même costume noir, avec cette cravate blanche, un véritable appel à la pendaison. Et Haya résistait au jour le jour, car en plus, Ryosen se permettait d’être réellement excellent. Il pratiquait la médecine, et on chuchotait qu’il avait obtenu certains enseignements de professeurs de Kumo, célèbres pour leur talent. Que cela soit avéré ou non, Ryosen se targuait d’être d’ores et déjà le meilleur médecin de tout Kiri. Et la dernière personne… non, Haya revenait sur ce qu’elle disait : c’était bien elle la pire du groupe. C’était un être… pourvu d’un esprit (puisque c’est ainsi qu’on veut bien le nommer) redoutablement retors et pervers, quelque chose de redoutable qui pouvait manipuler une salle entière. Benihime n’avait même pas à utiliser son corps pour parvenir à ses fins, sa langue traîtresse susurrait des arguments fallacieux qui suffisaient à enrober ses mensonges d’un miel empoisonné. Shimuka racontait à Haya que quand elle était jeune, c’était une véritable peste et que la maturité chez elle s’était avant tout manifesté par sa sexualité naissante mais que son esprit en était resté au stade d’enfant qui s’amuse. Elle jouait avec les êtres humains avec un entrain terrible et même ses professeurs la traitaient comme une menace potentielle. On aurait pu croire que le genjutsu s’offrait à elle, mais elle a décidé d’emporter son visage de chat dans la voie du ninjutsu.

Ce groupe était connu pour être une équipe efficace du village et tous à l’exception de Benihime s’occupaient d’une équipe de genin. Haya avait une pensée émue pour eux quand elle y songeait. Ils étaient connus pour être extrêmement solitaires, ne se tolérant que les uns les autres, et n’accordant que de rares moments au commun des mortels.

Pourtant, Haya avait des projets qui les concernaient.

Elle s’était fait la réflexion suivante. Quand on combat seul, on peut se donner à fond, mais on n’est jamais soumis à une pression à part la nôtre. Or, un combat comportait deux éléments (soi-même et l’adversaire) qui ne pouvaient se limiter à une seule personne. Et quand on combattait des amis, on n’allait pas jusqu’au bout. On ne mettait jamais, jamais sa vie en jeu car on s’arrêtait toujours avant de vraiment blesser. On s’arrêtait juste avant de briser quelqu’un.

Haya voulait pousser son entraînement plus loin. Elle ne faisait pas le poids face à la moindre de ces personnes. Elle n’arrivait même pas clairement à estimer lequel était le plus faible des quatre. Mais elle souhaitait les combattre ; encore, encore et encore. Car ainsi, elle serait obligée de progresser. Elle ressentirait les émotions qui la saisissaient lors d’un combat dangereux, lorsqu’elle est dominée. Cette sensation qu’elle recherchait comme on recherche un souvenir d’enfance, avec minutie et acharnement. Haya voulait se rapprocher de cette impression qui n’avait plus laissé dans son esprit qu’une marque insaisissable. Une fois mise en danger, une fois au bord du gouffre, elle espérait que la sensation revienne. Qu’elle la prenne intégralement et qu’elle lui permette d’utiliser de nouvelles ressources.

Elle les écraserait un par un.

Ils se donnaient quotidiennement rendez-vous dans une petite cour entre deux groupements de maisons. Il était rare qu’ils s’y entraînent, préférant dans ces cas les toits d’une des tours du village ou bien un des lacs, à l’extérieur du village. Haya s’était rendue dans la cour pour la découvrir vide, elle se dirigeait à présent vers le lac. L’air frais de l’après-midi lui caressait le visage mais ne parvenait pas à étouffer la boule d’anxiété qui croissait dans son ventre, comme un enfant monstrueux en gestation. Haya fronça les sourcils devant cette métaphore en se demandant distraitement qui serait le père. Certainement pas l’un de ceux qu’elle s’apprêtait à rencontrer.

Certainement pas, non. Elle serra la boucle de sa tunique mécaniquement. Au loin ne tardèrent pas à se dessiner les silhouettes qui combattaient. Haya attendit d’être un peu plus proche pour s’arrêter. Elle s’assit posément sur une petite butte herbeuse. Un chemin serpentait en contrebas jusqu’au lac.

La jeune fille voyait distinctement Ryosen appuyé contre un arbre, les bras croisés sur la poitrine et les yeux baissés. Benihime devait être adossée de l’autre côté, parce que quelques mèches de ses cheveux apparaissaient au gré du souffle du vent.

Sur le lac, Naikin affrontait Koshiro. Haya déglutit.

Des gerbes d’eaux suivaient leurs mouvements, les mouvements de Koshiro restaient à peine perceptible, il se déplaçait beaucoup plus que son adversaire mais ne parvenait pas à percer ses défenses. Avec comme de la négligence, Naikin repoussait ses attaques. Il montrait qu’il pouvait porter un coup décisif, mais il ne le faisait pas encore. Au fil des minutes, Haya sut que c’était le but de l’entraînement. Améliorer l’attaque de Koshiro d’un côté, et les capacités défensives de Naikin de l’autre. Néanmoins, le second ne semblait pas réellement poussé dans ses limites. Haya se fit la réflexion que pour réellement s’exercer, il aurait fallu un autre adversaire. Mais peut-être que Koshiro et Ryosen auraient été un parti trop délicat.

C’était l’une des premières fois qu’Haya contemplait un combat de haut niveau dans le cadre d’un entraînement. Bien sûr il y avait eu les affrontements menés par Iba, même si ce dernier n’avait pas eu le temps de réellement poser son jeu, mais ce n’était pas un entraînement alors ; sa vie – et celle d’Haya – étaient en jeu. Toutefois ici, la différence était invisible. Koshiro combattait avec l’envie de vaincre… non… de tuer Naikin. Cela se voyait dans les mouvements qu’il exécutait. Il savait qu’il devait élever son art pour toucher son adversaire ; sans cela, le combat aurait été à sens unique. Cela devait demander un curieux conditionnement que de se préparer à vouloir tuer quelqu’un avec qui on passe l’essentiel de son temps libre. Mais un enseignement important, sans aucun doute.

Haya sursauta quand elle vit que Ryosen la regardait. Il n’avait pas bougé et n’avait visiblement pas averti Benihime. Au lieu de cela, il était resté dans la même position mais la tête relevée. Haya se maudit d’avoir tressailli car cela ne lui aurait pas échappé. Il ne manifesta toutefois aucune émotion sur son visage, sauf peut-être un relent de curiosité. Haya reporta son regard sur le combat. Elle eut à peine le temps d’apercevoir le mouvement qui vit la victoire de Naikin. Ce dernier maintenait la tête de Koshiro contre l’eau. Il se noyait et se débattait. Haya fronça les sourcils avant de se faire la réflexion qu’il attendait que Koshiro concède la défaite. Le chuunin lui donna raison en cessant brutalement de combattre, immobile et soumis, et cela lui rappela la femelle qui après un court combat accepte de se faire féconder. Haya se promit d’arrêter les images et les métaphores.

Posément, Naikin se redressa et tourna son regard vers Haya. Si elle ne sursauta pas, elle se raidit. Lentement, Benihime sortit de sa cachette et mis sa main en visière pour observer à son tour la jeune fille. Seul Koshiro ne daigna pas lui faire cet honneur, occupé à s’ébrouer, une main dans les cheveux. Les trois équipiers s’alignèrent, leurs lèvres closes.

Haya se leva et elle aurait aimé, vraiment, être suffisamment puissante pour les engager immédiatement, tous les quatre, et les vaincre d’une manière éblouissante. Elle avait ce goût dans la bouche ; le désir de vaincre et la frustration de l’impuissance. A sa connaissance, seuls Hyô et Satoshi auraient pu réaliser ce genre d’exploit. Le premier disposait certainement d’un niveau plus avancé, mais le second avait une force réellement… bestiale, et Haya ne l’avait vu se battre qu’une fois (pas même sérieusement).

Elle commença à descendre le chemin et aucun des trois équipiers n’esquissa le moindre mouvement pour s’éloigner. Une nouveauté semblait être apparue et ils partageaient la curiosité de résoudre cette énigme intrigante.

Haya s’arrêta à un mètre d’eux. Naikin était à sa gauche, Ryosen au centre et Benihime à droite. La jeune femme (elle avait dix-huit ans) l’observait avec un intérêt réel, elle la dévorait presque des yeux. Ils ne parlèrent pas, attendant qu’Haya commence, puis Naikin sourit enfin.

Naikin – La muette promue. Dans l’équipe de Satoshi, si je ne m’abuse.

Haya n’acquiesça pas. Ryosen eut un mouvement d’épaule méprisant.

Ryosen – On raconte que Satoshi est bon pour garder les chèvres. Mais pour le reste…

Benihime – Satoshi dégage plus de testostérone en quelques secondes que toi en toute une vie. Ne parle pas de tes supérieurs sur ce ton. C’est… impoli.

Benihime s’était rapprochée d’Haya et la toucha du bout des doigts, les yeux plissés.

Ryosen – Parle-moi sur ce ton encore une fois, femme, et je plante ton corps contre cet arbre.

Benihime l’ignora pour effleurer les lèvres d’Haya de son index. Celle-ci recula nettement d’un pas et la jeune femme laissa retomber son bras contre elle.

Benihime – Tu es mignonne. Peut-être un peu trop pour te battre ? On ne dirait pas une vraie kunoichi quand on regarde ton visage. Mais dans la façon dont tu bouges ton corps ou dont tu nous regardes… C’est extrêmement intéressant.

Naikin – Cette fille a commis ou a subi des choses relativement dures effectivement. Cela, tu ne pourras jamais le cacher parce que tu le portes en toi, comme un parfum.

Benihime – Je n’arrive même pas à savoir si elle est forte ou non. A priori, je pense que même Ryosen pourrait l’avoir mais… C’est amusant. Définitivement. Satoshi a dû repérer le problème.

Ryosen – Ce qu’il y a de très bien avec les muettes, c’est qu’au moins elles savent fermer leur gueule.

Haya résista à la tentation de déglutir à nouveau. Sa gorge était sèche.

Benihime sortit son arme en un geste qui ne lui prit pas plus de quelques millièmes et érafla sur toute sa longueur le bras de la jeune chuunin. Celle-ci, bien qu’elle ait vu le mouvement, n’avait pu se reculer à temps.

Benihime – Lente.

Elle s’élança en avant. Haya joignit ses mains pour réaliser une protection, mais elle sentit un choc dans le bas-ventre. Benihime la percuta à peine, s’arrêtant à quelques centimètres d’elle. Haya pouvait sentir l’odeur de ses cheveux, son front contre son épaule. Du liquide se répandait le long de ses jambes. Quand elle baissa les yeux, elle constata que la lame l’avait traversée de part en part. Elle cligna des yeux plusieurs fois et essaya de reculer, mais sans succès.

Benihime – Beaucoup trop lente.

Elle sortit brusquement la lame et donna un dernier coup qui sabra diagonalement le corps d’Haya, la faisant chuter en arrière. Un bredouillement indistinct quitta sa bouche tandis que Benihime s’éloigna, essuyant sur son bras le sang qui entachait son katana. La chuunin ressentait les premiers effets de la mort qui s’insinuait lentement en elle. C’était un sentiment très désespérant et à vrai dire, la première fois qu’elle le ressentait aussi vivement. Sans doute était-ce l’un des sentiments qu’on ressentait toujours vivement, comme s’il était sans cesse renouvelé. Personne ne vint remplir à nouveau son champ de vision, hormis un ciel bleu et gris, avec les pâles rayons d’un soleil qui transperçaient rarement l’épaisse couche moutonneuse.

Naikin – C’était plutôt court. Et ennuyeux. Bien, continuons.

Elle les entendit s’éloigner. Une partie lâche de l’esprit d’Haya se disait qu’ils n’avaient pas le droit de tuer un chuunin impunément. Que Satoshi serait averti, qu’une enquête serait menée et qu’il retrouverait les coupables facilement. Alors il… alors il…

Haya cligna des yeux. Elle espérait que quelqu’un viendrait. Comme dans les livres. Elle imaginait l’un de ses coéquipiers, parti à sa recherche pour un entraînement. Et puis, il se ferait tuer à son tour, à tous les coups. Haya posa les doigts sur sa blessure. Le sang lui ruisselait sur les doigts avec lenteur. Elle ne savait pas bien si cela était bon signe ou non. Toute réflexion faite, cela ne devrait pas changer grand-chose ; juste une agonie plus ou moins longue. C’était étrange de se dire qu’elle n’aurait pas de réponse pour son père… ou les raisons du massacre qui l’amena là où elle en était aujourd’hui. Tout ça… pour en arriver là. Transpercé par une quelconque… connasse… C’était stupide comme mort. Elle avait survécu à bien pire, à une nuit de viols, de tortures, de souffrance physique et mentale. Elle avait vu sa sœur égorgée sous ses yeux. Et là, elle ne voyait qu’un ciel morose qui lui renvoyait un regard à peine attendri. Non… Hyô avait promis de lui donner des réponses. Est-ce que le lien… qui les unissait… pouvait l’avertir qu’elle était en danger de mort ? Mais bien sûr, il serait en mission au loin. Alors il ne viendrait pas. Compter sur soi-même. Haya n’avait pas pensé que les choses se dérouleraient ainsi. Elle avait pensé les observer calmement pendant plusieurs jours, puis venir en défier un. Qui l’aurait mise à peu près dans l’état dans lequel elle se trouve, mais elle aurait alors assuré ses arrières. Quelle idiote. Ne rien avoir prévu, aucun filet de secours. Elle aurait pu donner rendez-vous à des amis ici. Mais non… Rien de rien.

Mais elle avait trouvé là… une merveilleuse… équipe… d’entraînement.


Dernière édition par Haya Sasaki le Sam 24 Oct - 20:04, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Lun 1 Juin - 12:18

Haya ouvrit péniblement les yeux dans une salle enténébrée et blanche. Elle reconnût l’hôpital grâce à l’odeur. La porte était entrouverte.

Shimuka – Elle est réveillée. Haya ?

Haya tourna la tête. Son esprit encore embrumé peinait à retrouver une conscience suffisante pour l’avertir de la présence d’autres personnes. Shimuka lui prit la main et la serra doucement. Elle était tout près, avec un masque d’inquiétude. Et ses côtés, le gros Sushi se balançait d’un pied sur l’autre.

L’adolescente leur sourit doucement.

Shimuka – Tu vas bien ? Tu te rappelles de ce qu’il s’est passé ?

Haya haussa les épaules. C’était difficile à dire. Elle savait ce qui s’était déroulé avant d’être éventrée, mais pas après.

Shimuka – Un groupe de genin t’a trouvé comme ça. L’un d’eux est immédiatement allé avertir l’hôpital avant même de s’avoir si tu étais encore vivante. Il y avait un médecin parmi eux qui a essayé de refermer ta plaie mais elle était trop importante. L’équipe médicale est arrivée dans les minutes qui suivirent, et ils t’ont amené ici. Ensuite…

Elle hésita. Sushi s’était rapproché.

Shimuka – Et ensuite… quelqu’un a averti Satoshi. Il était… vraiment furieux. Il était ici il y a quelques instants, c’était vraiment terrifiant. Bon il t’a traité de tous les noms et il reviendra bientôt. Je serais toi, je ferai semblant d’être toujours inconsciente.

Sushi – C’était la peur qui le rendait si furieux. Il craignait vraiment que tu sois morte, les médecins n’étaient pas très rassurants. Et il avait pu se rendre compte de lui-même. Même si aucun organe n’a était touché, tu es restée… mmh… inconsciente et baignant dans ton sang un long moment. C’était un miracle que tu aies encore un pouls quand les genin t’ont trouvé.

Encore, pensa Haya.

Shimuka – Quand on entendra Satoshi, vraiment, je te conseille de fermer les yeux. On sait jamais... Il pourrait y…

Satoshi – Ce ne sera pas nécessaire.

Il se tenait à l’encadrement de la porte, sa silhouette se découpait nettement même si elle n’était qu’à moitié ouverte.

Satoshi – Sortez.

Shimuka adressa un dernier regard à Haya (comme si j’allais encore mourir, se dit-elle) puis ils sortirent promptement. Satoshi referma la porte derrière lui. Il demeura immobile un instant, puis s’approcha de la fenêtre aux stores fermés. Haya se rendit compte pour la première qu’il faisait nuit et qu’il était vraisemblablement très tard. Lentement, il s’alluma une cigarette et ouvrit la fenêtre.

Satoshi – Je peux même pas gueuler et t’entendre bafouiller des excuses. Écris-moi le nom de celui qui t’a fait ça.

Il ferma les yeux et tira sur sa cigarette. Son oreille lui indiquait qu’Haya ne se pressait pas de s’exécuter.

Satoshi – C’est un ordre. Au cas où tu ne saches pas le déterminer d’après le timbre de ma voix.

Il tourna la tête vers elle. La jeune fille semblait vraiment dépassée, comme s’il lui racontait l’histoire d’une autre. Sa mâchoire se tendit.

Satoshi – Tu ne t’es pas faite agressée.

Ce n’était pas une question. Satoshi se rapprocha d’elle à la manière d’un félin, pris une chaise et s’assit à ses côtés.

Satoshi – Bien. Tu vas maintenant m’expliquer tout ce qui s’est passé, à ta manière lente et laborieuse, et tu as vraiment intérêt à me proposer quelque chose de cohérent.

Haya entreprit d’obéir à Satoshi, en écrivant chaque phrase. Satoshi lisait les billets un à un, sans l’interrompre esquissant (elle le remarqua à peine) un sourire à un moment donné. Il se leva quand il lut le nom du coupable, chiffonna le papier d’un geste impulsif.

Satoshi – Les petits salopards. J’avais vu cette merdeuse se battre, tu n’avais aucune chance sans préparation. Ils t’ont laissé crever… Cela ne se passera pas comme ça. Non, non. Je respecterai leur mode de communication et je les écraserai un à un pour les laisser agoniser. Depuis quand des crétins boutonneux se permettent de se mêler de mes affaires ?

Le discours de Satoshi fut entrecoupé de silence, comme s’il se parlait à lui-même, à voix haute. Haya avait observé ce phénomène à plusieurs reprises. Les gens qui l’avaient catégorisé comme muette se mettaient à parler pour deux. Il se tourna vers Haya qui lui tendait un papier.

Haya – Non.

Satoshi fronça les sourcils mais saisit le deuxième papier qu’elle lui tendait.

Haya – J’ai choisi de les rencontrer pour devenir plus forte. Je les déteste. Je les ai toujours détestés. Je les méprise. Je veux les battre moi-même, un par un, comme vous. Cela me prendra du temps et je sais qu’ils me laisseront mourir. Mais je ne me laisserais pas avoir deux fois. J’apprendrai.

Satoshi leva les yeux vers elle. Haya l’observait, pour voir sa réaction. Elle avait le troisième papier contre sa poitrine, mais elle attendait la réaction de son sensei.

Satoshi – Tu es une imbécile prétentieuse. Pour l’instant. Car quand tu auras atteint ton objectif, tu seras le génie de ta génération. Est-ce que tu as déjà parlé à Hyô ?

Haya hocha la tête, devinant l’insinuation derrière cette question.

Satoshi – Bien.

Je me souviens de cette homme, pensait Satoshi. Je me souviens de Kade « Sasaki » Kasen. Il était considéré comme un génie quand j’avais quinze ans et je me souviens de l’impression de puissance qui se dégageait de cet homme. Je me souviens de sa trahison qui a retentit comme un coup de tonnerre dans le village. Cette fille ne sait même pas qui était son père, un raciste, un agitateur, un traître. Mais un guerrier époustouflant. Et il avait ce côté fou et lucide, ce panache. Si ces jeunes imbéciles avaient combattu le jeune Kade… il lui aurait fallu un peu moins de dix secondes. Sa fille pourrait réussir. Mais je garderais un œil sur son projet. Je ne peux pas lui dire que j’accepte et je ne veux pas lui dire que je refuse, parce que c’est quand même une ambition superbe et un projet plein de… Hum… Cette petite cache décidemment bien son jeu. Comme on pouvait s’y attendre de la part de la fille de Kade…

Satoshi – On est entre nous, là. Je n’ai jamais été très porté sur tous les trucs administratifs et légaux. C’est ta chance. Disons que je vais te laisser faire ce que tu as à faire, mais que je ne te laisserais plus prendre des risques aussi stupides. Préviens tes coéquipiers de tes projets le plus tôt possible, mets-les dans la confidence. Ils pourront éventuellement te surveiller, même si aucun d’entre vous n’est de taille contre ces merdeux. Le reste, je m’en occuperais. Si quelqu’un venait à apprendre notre petit arrangement, nous aurions des problèmes. Mais cela, tu t’en doutes.

Il alluma une nouvelle cigarette pour remplacer celle qu’il avait laissé tomber dehors tout à l’heure. Ses yeux rougeoyèrent un instant puis disparurent dans la pénombre. Il acquiesça pour lui-même.

Satoshi – Ouais. On va faire comme ça.

Et c’est comme ça qu’ils firent.

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Lun 1 Juin - 16:37

Haya sortit de l’hôpital le lendemain de la visite de Satoshi.

Comme elle avait été directement soignée par l’art ninja, il ne restait plus rien de sa blessure (hormis une tunique déchirée). Elle n’avait pas souffert de fatigue mentale, par conséquent rien ne s’opposait à sa sortie immédiate. Et puis, l’hôpital… Haya y avait passé trop de temps durant l’année qui s’était écoulée. Elle s’y était réveillée à moitié morte déjà, et c’était un souvenir qu’elle aspirait aujourd’hui à étouffer. Sans désirer l’oublier, la jeune fille voulait passer à autre chose. Rêver à une nouvelle vie, comme cela semblait possible aujourd’hui.

Ses amis étaient venus la voir. Ils ne savaient pas exactement ce qu’il s’était passé. Haya prit la décision de les avertir de toute l’histoire. Satoshi lui avait demandé de mettre dans la confidence ses équipiers, mais Haya pensait également devoir prévenir certains amis proches. Ils ne laisseraient pas l’information s’écouler et la préserveront. Et un jour, cela servirait sans doute, comme la plupart des actions humaines. Haya fit retoucher son armure par Obari. Il ne dit rien en observant le trou, mais fronçait visiblement les sourcils. Il finit par s’atteler à la tâche sous les yeux de la chuunin, en disant que cela ne lui prendrait pas longtemps.

Obari – C’était pendant un entraînement ?

Haya secoua doucement la tête.

Obari – Une mission ?

Haya répéta son geste avec encore un peu plus d’hésitation. Obari leva les yeux vers elle avant de revenir à son ouvrage.

Obari – D’accord. Un coup comme celui-ci aurait dû te tuer puisque tu étais seule. Aucun organe n’a pu être touché, mais tu devais perdre énormément de sang.

L’espace d’un instant, la jeune fille vit un sourire danser sur les lèvres du vieil homme. Il lui remit l’armure quelques minutes plus tard, Haya s’inclina devant lui et retourna chez elle. Elle avait eu le temps d’avertir Sokka de ses projets mais n’avait pas trouvé Liori. Cela ne changerait toutefois rien à sa journée. Elle se dirigea posément vers les portes du village et profita de l’air cette fois-ci beaucoup plus vif et piquant qui venait danser sur sa peau. Comme elle s’y attendait, des silhouettes désormais familières s’affrontaient sur la surface du lac.

Haya s’installa au même endroit que la dernière fois, les mains posées sur ses genoux. Benihime affrontait Koshiro, Ryosen et Naikin étaient sur la terre ferme. Le premier portait une longue estafilade le long du bras, le second affichait la même mine dédaigneuse qu’à l’ordinaire. Sur le lac, Koshiro se faisait une nouvelle fois dominer. Benihime était toutefois nettement plus sérieuse que ne l’avait été Naikin lors de l’affrontement précédent. Elle utilisait l’eau de façon ingénieuse pour déstabiliser son adversaire, lui bloquer les lignes de vision et frapper par petites touches d’harcèlement. Il était évident qu’elle s’apprêtait à porter une attaque décisive. Haya sentait les eaux qui tourbillonnaient, grondaient, comme autant de colosses assoupis. Une vague allait souffler Koshiro et ce dernier devait sentir que sa limite de temps s’écouler, tandis qu’il se révélait incapable de mettre clairement la main sur la jeune femme.

Haya rendit son regard à Naikin. Il murmura quelque chose et Ryosen tourna à son tour la tête vers elle. Ils n’eurent toutefois pas le loisir de s’y intéresser, car un cri de Koshiro indiqua qu’il venait d’être terrasser par son adversaire. La lourde carcasse du jeune homme s’écrasa sur la berge et glissa sur plusieurs mètres avant de s’arrêter finalement, la face contre la terre. Benihime revint à son tour auprès de ses équipiers, quoique d’une façon plus légère et gracieuse.

Tranquillement, Haya se redressa et entreprit de descendre le chemin de la colline. Benihime l’observait, impassible. Elle n’aurait pas été surprise que la jeune fille soit morte ou vivante ; elle ne devait y attacher aucun intérêt. Haya s’arrêta à un mètre d’eux, une nouvelle fois. Naikin jeta un coup d’œil derrière lui pour voir si Koshiro se relevait, puis reporta son attention sur l’adolescente.

Naikin – Tu n’as pas dû comprendre la dernière fois. Tu n’es pas la bienvenue ici. Ne le prends pas mal, mais tu ne représentes pas le moindre intérêt à nos yeux. Nous aimerions nous entraîner sereinement, sans toi.

Haya ne répondit pas (elle en aurait été incapable même si elle l’avait souhaité). Son regard se posa sur Ryosen et ne le quitta pas. Les yeux du jeune homme s’étrécirent tandis qu’il essayait de percer les desseins de celle qui lui faisait face.

Benihime – Les muettes doivent être un peu limitées. Je vais…

Elle avait posé sa main sur son arme mais la voix de Ryosen l’arrêta aussitôt.

Ryosen – Non. Je vais le faire. Ce serait redondant pour elle de mourir deux fois de la même façon. On a quand même une réputation à tenir.

Benihime haussa les épaules et laissa ses bras pendre de chaque côté de son corps. Naikin esquissa un mince sourire et s’en retourna à son poste d’observation. Koshiro, plus loin, s’était redressé et observait la scène d’un air goguenard.

D’un mouvement du menton, Ryosen indiqua le lac. Haya lui emboîta le pas et marcha sur l’eau. Aussitôt, une sensation rassurante remonta le long de ses jambes jusqu’au sommet de son crâne. C’était comme… retrouver son lit après une dure journée… ou son amoureux après une longue nuit d’attente. Quelque chose de doux, de rassurant et d’exaltant. Ryosen s’éloigna de plusieurs mètres ; les deux adversaires se faisaient face, et Haya remarqua avec plaisir que cette fois-ci ils ne s’étaient pas contentaient de l’écraser sur le rebord du chemin, comme un mégot gênant. Ils l’intégraient peu à peu à leur structure. La persévérance.

Ryosen – Prête ?

Il avait levé sa main devant lui, en un geste théâtral, et son regard se concentra sur Haya et seulement elle. Elle acquiesça, et commença aussitôt à utiliser son chakra. Cette précaution lui permit d’esquiver le premier assaut du jeune homme, plus rapide à l’engagement qu’elle ne l’aurait pensé. Mais ses gestes se ralentirent ; il n’était pas aussi vif qu’un expert en Taijutsu. Ses coups étaient plus lourds, et bien qu’ils conservent la précision des personnes talentueuses, Haya avait pour l’instant la possibilité de les éviter. La difficulté serait plus marquée quand Ryosen aura fini de tâter le terrain, mais d’ici là Haya aura dû poser son jeu.

Elle exécuta une protection similaire à celle utilisée lors du tournoi chuunin. Elle ne l’avait alors pas utilisée pour se protéger de la foudre, car cela n’aurait guère était efficace, mais pour éviter tout corps à corps. Son adversaire n’étant pas portée dessus, voir une protection l’aurait découragé d’essayer. Là, Ryosen était porté uniquement sur le corps à corps. Il adoptait un schéma semblable à celui de ses coéquipiers, Liori et Sokka, même si Haya n’avait jamais eu de session d’entraînement avec eux. Le poing du jeune homme frôla ses côtes et il le rabattit violemment sur la gauche pour la heurter de plein fouet. Haya posa une main à terre sous le choc et s’arrangea pour sauter plusieurs mètres plus loin. Hélas, Ryosen s’était préparé à la manœuvre et il la collait dans un corps à corps. Haya comprit qu’il essayait de lui mettre la pression. Il souhaitait imposer son jeu pour lui faire oublier le sien.

Elle ne le laisserait pas faire. Deux attaques frappèrent Ryosen, mais ce dernier n’y prêta pas réellement attention. Il positionnait son corps de telle sorte à absorber les dégâts car il savait d’où l’attaque pouvait partir. Etant sur une surface entièrement aqueuse, il se doutait qu’Haya n’essaierait pas de créer de l’eau d’elle-même. Haya bloqua le bras de Ryosen qui témoigna d’une force nettement supérieure à ce qu’elle aurait pensé. Il la souleva légèrement du sol et appuya son avantage. La jeune chuunin ne tarda pas à réagir : elle tendit son bras libre devant elle et aussitôt de l’eau commença à tourbillonner à l’intérieur. Elle maintint Ryosen contre elle qui hésita sur la conduite à tenir, frapper ou s’éloigner. La boule d’eau se matérialisa en multitude de balles d’eau qui le heurtèrent d’un même mouvement, le déséquilibrèrent et le firent reculer de deux pas. D’un même mouvement Haya saisit sa chaîne et la fit tournoyer face à elle pour l’empêcher d’avancer à nouveau trop ouvertement. Elle érafla son visage et laissa une légère marque rouge. Ryosen grogna, menaçant, se ramassa sur lui-même et s’élança brutalement. D’un mouvement fluide il attrapa la chaîne au vol et se campa sur ses jambes. Ses genoux se fléchirent tandis qu’il ralentissait son effort, tirant en arrière. Haya sentit aussitôt qu’elle n’aurait aucune chance dans cette lutte, aussi attendit-elle le dernier moment pour lâcher l’arme très simplement. Ryosen, trop appuyé en arrière, manqua chuter. Une nouvelle attaque vint le frapper à la hanche. Cette fois-ci, Ryosen posa une main dans l’eau. Il s’ébouriffa et eut un sourire mauvais, un sourire de prédateur.

Ryosen – Intéressant.

Haya profita du temps que lui laissait Ryosen pour reprendre son souffle. Elle sentait ses muscles tendus d’adrénaline, alors que le voile de la mort pesait sur elle. Lorsque Ryosen déciderait d’attaquer à nouveau, il serait sérieux alors. Le combat serait vraisemblablement écourté. La jeune fille avait beau chercher, elle ne voyait aucune issue favorable, aucun moyen de l’emporter. Bien sûr, il lui restait la surprise. Mais actuellement, Ryosen évaluait à la hausse le niveau véritable d’Haya. C’était notamment le problème du bluff, si on avait rien derrière pour assurer. Il avait de nouveau ce visage dédaigneux et sûr de lui.

Il se lança en avant et Haya utilisa une nouvelle carte qu’elle avait imaginée. Elle calcula rapidement la fréquence des pas de son adversaire (de son ennemi) qui était, comme à leur habitude extrêmement régulière et elle projeta la scène dans le futur pour imaginer la suite de la séquence. Elle malaxa du chakra et l’utilisa sur chacun des futurs pas ; Ryosen serait bientôt sur elle. Pourtant, il perçut une variation infime dans son déplacement qui, à mesure qu’il courait, s’intensifiait rapidement. Il siffla quelque chose entre ses dents, mais Haya n’attendit pas de savoir ce qu’il disait. Elle porta une attaque dans le genou de son adversaire afin d’intensifier encore sa lenteur.

Cela s’avéra néanmoins insuffisant ; Ryosen atteint le corps à corps et frappa violemment Haya au niveau du sternum. La jeune fille quitta la surface de l’eau et retomba dedans. Elle ne parvint pas à utiliser son chakra pour éviter de se mouiller et elle s’enfonça dedans largement. Elle sentit une main lui saisir la cheville et la hisser à l’air libre. Ryosen lui donna un coup de genou dans la bouche et l’envoya plus loin ou, cette fois-ci, Haya réussit à amortir sa chute avec du chakra. A cet instant, elle sut que le combat était perdu mais elle sut également qu’elle avait réussi à progresser.

Bien sûr, maintenant, elle allait se faire battre à mort mais cela ne changeait rien. L’ombre de Ryosen lui cacha le soleil alors qu’elle se savait incapable de se relever.

Ryosen – Tu as perdu ?

Haya acquiesça.

Ryosen – Bien. Adieu.

Et sans un mot de plus, le jeune homme s’éloigna. Haya cligna des yeux à plusieurs reprises puis se jeta sur le ventre afin de se redresser. Les autres membres de l’équipe de Naikin la dévisageaient placidement. En puisant un peu plus dans ses forces, Haya parvint à se mettre debout et s’éloigna en direction de la berge. Aussitôt, Naikin et Benihime se dirigèrent sur le lac de façon à livrer une énième bataille. Haya s’effondra contre un arbre et dégrafa le haut de sa tunique pour respirer davantage d’air.

Elle était vraiment crevée. Mais fière d’être encore suffisamment consciente pour maudire les membres de cette équipe. Cette Flamme Jaune.


Dernière édition par Haya Sasaki le Sam 24 Oct - 20:06, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Sam 6 Juin - 17:52

Ce matin, à l’amphithéâtre, Benihime était apparue seule. Elle s’assit dans les rangs de derrière, à moitié couchée sur sa table comme pour récupérer d’une courte nuit de sommeil. C’était un cours aux rangs clairsemés parce qu’un peu plus avancé que les cours basiques pour genin et étudiants. Mr. T s’excitait depuis dix bonnes minutes pour faire comprendre à un jeune chuunin que non, l’eau ne mouillait pas, elle humidifiait ; variation capitale au demeurant. Haya poussa discrètement Shimuka du coude et lui indiqua Benihime du regard. L’adolescente blonde se pencha discrètement en avant, la dévisagea un instant puis se recula en murmurant :

Shimuka – Ah… La voilà qui montre le bout de son nez.

Haya acquiesça.

Bien que Shimuka ne soit pas passée chuunin, Haya lui avait demandé de venir précisément pour cet instant. Elle lui avait déjà dit qui avaient été ses agresseurs, mais elle souhaitait qu’elle les voie directement. Il lui était impossible en l’état de mettre au point un plan cohérent. Il lui était possible de les prendre un par un et de les défier ainsi. Elle pouvait également se rendre régulièrement à leurs sessions d’entraînements et les y défier. Toutefois, ce plan présentait un désavantage de poids : ils pouvaient très bien la laisser pour morte une seconde fois, car leur mauvaise humeur s’intensifierait graduellement suite aux « visites » de la jeune fille. Mais elle réussirait à imposer sa présence et à s’entraîner avec eux ; à chaque fois qu’ils essaieraient de la tuer, elle apprendrait un peu plus. Haya était décidément très fière de son idée. Elle lui était venue en les observant, eux précisément. La réflexion que Kiri, sans être un village pire que les autres, hébergeait ce genre d’individu et qu’ils représentaient l’une des forces vives de la structure était une interrogation pour elle. Plutôt que d’ignorer le phénomène, elle avait pensé à l’utiliser pour elle-même. Un entraînement avec des personnes qui veulent vraiment tuer était intéressant à exploiter.

Son choix s’était par conséquent porté sur la dénommée Flamme Jaune, l’équipe de Naikin et de ses sbires.

Benihime releva légèrement la tête lorsque Mr. T, victorieux de son débat avec son élève, se dressa debout sur la table pour y discourir plus à son aise. Haya détourna son regard de la jeune femme pour écouter son professeur. Une fois le cours terminé, la chuunin et son amie se levèrent et remontèrent les marches. Benihime sortit promptement. Silencieusement, elles la suivirent à l’extérieur. Le soleil tapait fort ce matin, et Haya plissa les yeux pour ne pas être aveuglé.

Pour sa troisième rencontre avec la Flamme Jaune, Haya avait décidé d’être prudente. Après tout, cela faisait partie de son contrat avec Satoshi. Elle avait le droit de continuer sa petite lubie à la condition d’assurer ses arrières – et ses avants, et ses flancs, car on n’est jamais trois prudents au milieu de quatre tueurs patentés. Si tout se déroulait comme la jeune fille l’imaginait (et tout se déroulerait comme elle l’avait imaginé, car il serait injuste qu’un plan aussi simple soit voué à l’échec), non seulement elle survivrait mais en plus elle prendrait l’initiative sur sa survie future.

Shimuka lui lançait des coups d’œil inquiets. Eh bien, visiblement, il y avait au moins une personne ici pour douter de l’efficacité du plan d’Haya. Elle lui adressa un sourire rassurant.

Shimuka – Tu sais, moi, je te fais confiance. Juste que… Ils sont peut-être quatre, tu es seule, je ne sais pas…

La jeune chuunin se mordit la lèvre. Elle aurait préféré dire à Shimuka la totalité du processus qui allait se dérouler, le nombre de garde-fous qu’elle s’était ménagée, mais au moment de lui écrire tout cela elle avait été terriblement lasse et angoissée. Parce qu’au fond d’elle-même, Haya était terrifiée par la perspective de mourir une nouvelle fois, la troisième.

Elle conservait un souvenir épouvanté de la première. Elle était morte avec sa famille et par un coup du sort incroyable, elle en avait réchappé. Tout cela, pour mourir une seconde fois ici, à Kiri, abattue par une gamine blonde qui, sur une échelle psychologique, serait établie comme attardée. Mais c’était un procédé plus complexe qu’il n’y paraissait. Aller vers la mort pour s’endurcir à son contact et ne plus jamais… jamais… ressentir la terreur de la première fois. Haya s’imaginait un jour plus puissante, tellement plus puissante, tant qu’elle effraierait la mort elle-même. Avant d’en arriver là, il lui fallait apprendre et, encore une fois elle ne savait pas pourquoi, Haya apprenait mieux au contact de personnes qu’elle voulait sincèrement et de tout son cœur voir mortes.

La jeune fille essayait de ne pas analyser cela. Depuis qu’elle était à Kiri, elle n’avait jamais ressenti de haine ou de colère vis-à-vis de ceux qui avait égorgé ses sœurs, qui l’avait violée et laissée pour morte. Elle ne savait pas pourquoi, mais son esprit s’interdisait toute position sur cette question. Il n’en était pas touché, pour la préserver sans doute, pour ne pas l’impliquer davantage. Et Haya avait peur de voir s’animer une sourde haine, quelque chose de corrosif, quelque chose de prodigieux dans ses proportions. Elle avait peur de devenir un monstre. Elle savait qu’elle pouvait tuer et qu’elle apprenait à le faire chaque jour. Oh, ce n’était pas un concept qui la dérangeait ; elle était sûre qu’au moment d’agir, elle ne se poserait pas de questions. C’était inscrit en elle : la volonté de survivre, peu importait comment on en sortait, physiquement ou mentalement. Non… ce qui l’effrayait, c’était la façon dont les gens la regarderaient si elle devenait l’un de ces monstres. Au fond d’elle-même, avec toute la lucidité qu’une adolescente peut avoir, elle se sentait capable de se métamorphoser en cette Bête. Il suffisait de haïr sans comprendre ; une fois, ce serait suffisant.

Alors Haya fréquentait ses personnes qui ne représentaient rien pour elle mais qu’elle détestait tout de même pour savoir si elle serait capable, le moment donné, quand elle les aurait vaincues, de ne pas prendre leur vie comme on cueille une fleur parfumée. Elle se testait, se lançait un défi. Parce que l’envie de tuer serait présente, cela elle ne l’ignorait pas. Mais tout résidait dans l’action, dans la décision de s’obéir ou de se désobéir. Peut-être que Satoshi avait compris l’importance de ce qu’elle faisait. Peut-être ne voyait-il que l’intérêt pratique d’avoir une lame plus aiguisée dans sa poche.

Mais eux… Eux comprendront le processus qui les aura mené à poser le genou devant elle. Ils comprendront cela et s’en étonneront et ils se souviendront de l’adolescente qu’ils avaient laissé pour morte en se disant qu’il aurait été alors très simple de s’assurer qu’elle était bien morte. Ils comprendront que quand on fait face à plus fort que soit, il ne faut jamais, jamais, se croire supérieur.

Parce qu’on ne l’est pas.

Shimuka – Hum…

Haya s’arrêta et cligna des yeux. Elle avait marché sans regarder autour d’elle, à la façon d’un automate. Tranquillement, elle réprima un frisson. Benihime venait de disparaître à l’angle d’une maison et toutes deux savaient qu’au-delà, c’était le repaire premier de la Flamme Jaune, à l’intérieur même de Kiri. Haya avait filé Ryosen la semaine dernière pour s’assurer qu’il vienne ici chaque semaine. Ils ne s’entraîneraient probablement pas, aujourd’hui, ou pas complètement.

La chuunin observa son amie à ses côtés qui acquiesçait pour elle-même.

Shimuka – Bien. Je ne serai pas loin si jamais il… enfin, non, il viendra. Quand même, tu te donnes que cinq minutes de survie face à l’un d’entre eux ? Je serais là.

Elle était nerveuse, c’était évident. Haya lui prit l’avant-bras et le serra doucement, pour la rassurer. Shimuka la prit dans ses bras. La jeune fille sourit et se laissa aller contre son amie. Ce n’était pas comme si elles n’allaient jamais se revoir. Enfin, pour être honnête, c’était une possibilité mais tout de même assez minime. Finalement Shimuka s’écarta et partit s’asseoir un peu plus loin. Haya, de son côté, se dirigeait vers l’endroit où Benihime avait disparu.

Ils étaient là tous les quatre ; Naikin discutait avec Koshiro, Ryosen jouait tout seul à un jeu de carte (visiblement) et Benihime faisait quelques passes avec son arme toujours dans son fourreau. Haya vérifia distraitement la présence de sa chaîne, qui tintait à son flanc. Benihime tourna gracieusement un talon en arrière, le bout de son arme pointé sur la jeune fille.

Benihime – Nan… Tu es amoureuse duquel hmm ? Ryosen ? Avec ses bonnes petites joues joufflues ?

Haya décrocha du pouce son arme qui vint se ficher dans sa main. Sa jeune adversaire eut un sourire carnassier ; le genre de ceux que pourrait esquisser le lion qui aperçoit sa proie s’il en était capable. Naikin s’interrompit pour jeter un œil à la scène. Il fronçait légèrement les sourcils. Haya nota qu’il n’aimait pas l’imprévu. Cela devait gêner sa notion du contrôle. Il se reprit très vite et se composa un visage détaché et impassible, comme s’il savait à l’avance ce qui allait se dérouler. Et il n’avait peut-être pas tort.

Koshiro croisa les bras sur sa poitrine et observa ce qui s’annonçait comme un nouveau combat. Ryosen daigna lever les yeux, mais les baissa presque aussitôt sur ses cartes. La disposition de l’équipe ne convenait pas tout à fait à Haya. Elle avait espéré combattre à nouveau Ryosen, qui paraissait être à sa portée. Benihime quant à elle semblait largement trop forte. Après les avoir observé combattre, Haya en était arrivé à cette conclusion : Naikin, Benihime, Koshiro, Ryosen, où Ryosen serait le plus faible. Cela ne signifiait pas grand-chose à leur niveau, néanmoins il était absurde de commencer par quelqu’un qui approchait presque son chef, un juunin.

Benihime – D’habitude on nous évite tu sais. Tu cherches quoi exactement ?

Haya n’avait pas de réponse à apporter. Elle ne pouvait pas parler.

Benihime – Il doit bien y avoir une raison quand même…

Le doute… Haya n’en était pas totalement responsable. Elle avait simplement utilisée, presque instinctivement, leur réputation contre eux. Quand on est un paria volontaire, il n’y a rien de plus étrange que quelqu’un qui se colle à vous. Haya l’avait observé auprès des personnalités de grades supérieurs. Satoshi aimait être seul ou bien choisir sa compagnie. Il aimait disposer d’un environnement qu’il avait accepté et quand il refusait cet environnement, il partait. C’était la même chose pour Hyô, en plus professionnel et en plus profond à la fois, d’après ce qu’elle avait pu lire sur lui. Mais cette Flamme Jaune ne savait pas encore comment traiter l’élément nouveau Haya Sasaki. Alors ils réagissaient comme si c’était un nouveau jeu, sans l’expérience d’un Hyô ou d’un Satoshi qui l’aurait simplement poliment ignoré. Difficile de forcer quelqu’un à se battre contre soi, mais c’est aisé de le provoquer.

Benihime s’était détendue. Elle rangea posément son arme à ses flancs.

Benihime – D’accord, d’accord ! Je te casserai pas la main pour que tu me l’écrives. Je vais commencer… tout doucement.

Benihime réunit ses mains et murmura tout bas le nom de la technique. Très rapidement, de fins filaments de brouillard se matérialisèrent de nulle part. Haya serra les dents et envoya brusquement son arme contre Benihime ; elle ne rencontra que le vide et la ramena aussitôt à elle, sans accroc. La brume s’était considérablement épaissie en quelques secondes à peine. Si son adversaire ne lui faisait plus face, elle devait préparer son attaque. Haya n’était pas habituée à combattre dans ses conditions. Elle savait que la plupart des spécialistes kiréens étaient devenus excellents.

Haya tourna sur elle-même, les sens aux aguets. Son cœur battait sensiblement plus vite, l’adrénaline commençait à faire son office. La jeune fille raffermit sa prise sur le manche de son arme et se tourna près d’une seconde trop tard ; la lame de Benihime lui entailla sauvagement le genou, par derrière. Son adversaire disparut et la dernière image que vit Haya fut la lame d’un katana qui goûtait de son sang. Elle clopina sur une jambe en avant, les dents serrées. Ce n’était pas bon. Une autre attaque de ce type et elle se révélerait incapable de marcher. La technique semblait simple à appréhender ; un signe, densifier l’humidité environnante, et le brouillard était créé. Néanmoins, savoir comment procéder ne lui donnait aucune indication sur la meilleure façon de s’en protéger.

Haya ferma les yeux. Elle réagissait comme une imbécile. L’eau ne l’avait jamais laissé tomber jusqu’à présent. Ce n’était pas un hasard. Elle tendit son esprit, dans l’espoir de saisir l’humidité. Elle distinguait des mouvements épars, comme pendant les étés où elle était en robe et qu’une douce brise agitait l’ourlet sur ses jambes. Puis elle se concentra davantage et le brouillard devint comme une extension de son corps. Ceux qui le parcouraient, autant de brises qui dansaient paisiblement. Et l’une d’elle, une bourrasque, approchait rapidement. Haya se tourna instinctivement et bloqua le katana avec sa chaîne. Sa force ne saurait rivaliser avec celle de Benihime, qui maniait de plus belle façon son arme, aussi n’essayât-elle pas de lutter honorablement. Elle profita de l’immobilité surprise de la lame pour enrouler sa chaîne autour d’elle et tira vers le bas de toutes ses forces. Benihime, toute proche, grogna, sa lame inexorablement attirée au sol. La jeune femme lâcha le manche de son katana et, furieuse, donna un coup dans le nez d’Haya, alors déséquilibrée. De l’énergie jaillit de sa main, de l’eau, et Haya posa ses doigts dessus.

Elle sentit très clairement l’eau l’électriser, comme si elle venait tout juste de mettre ses doigts dans la prise. Mais c’était une sensation presque caressante, pas violente. L’énergie contenue dans la main de Benihime disparut et Haya rencontra son regard stupéfait.

Benihime – Tu devrais être morte… Comment as-tu… ?

Haya lui donna un violent coup de tête qui, bien que maladroit, renversa en arrière Benihime. Cela serait insuffisant pour gagner mais l’heure avait tourné. Les cinq minutes étaient bientôt écoulées. Elle envoya de l’eau s’écraser sur son adversaire, mais celle-ci roula sur le dos et se redressa à la manière d’un félin. Sa lèvre saignait abondamment.

Benihime – Tu n’as aucun style. Mais c’est reste efficace. Maintenant…

Maintenant ça allait commencer. Haya le savait depuis le début. Elle avait gagné du temps sur ce que Benihime la sous-estimait. A présent, elle allait l’écraser comme on écrase un moustique importun. Bruyant, pénible mais si petit.

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Sam 6 Juin - 20:28

La jeune femme récupéra son arme, à terre, et donna un coup dans le vide ; de multiples gouttelettes ruisselèrent. Elle s’élança, sa lame se revêtant d’une couche colorée et indéterminée. Haya distinguait également quelque chose à ses pieds, mais elle n’arrivait pas à savoir quoi. Il lui serait difficile d’éviter ce coup. Le suivant en revanche… Le katana lui érafla le ventre une première fois, puis revint pour le percer cette fois-ci. Haya ne réfléchit pas et essaya de le saisir, à l’instinct. Non seulement ses doigts glissèrent sur la surface métallique, mais le chakra lui brûla le bout des doigts. La lame transperça son armure mais s’arrêta contre son nombril. Haya se recroquevilla sur le tranchant et, comme ne manqua pas de lui rappeler Benihime, bien que cela soit une position très peu professionnelle elle l’empêcha d’être ouverte comme un poisson.

Haya chercha une solution autour d’elle, rapidement. Benihime assura sa prise, c’était comme si ses gestes étaient au ralenti. Ses doigts qui serrent un à un le bout du katana, prêts à donner une impulsion finale pour la terminer comme ils l’avaient commencé alors. Le brouillard donnait au visage de Benihime un air inquiétant. Elle avait, pour la première fois, un visage de guerrière. C’était impressionnant, vu de si près. Sans chercher à réfléchir, Haya relâcha brusquement son chakra autour d’elle et une petite explosion résulta de cet élan. Surprise ou soufflée, Benihime dû reculer de plusieurs pas. Sa riposte n’allait pas tarder, elle profiterait de l’ampleur de son bras pour tenter de l’égorger. Haya sentit son genou se dérober sous elle et elle aurait volontiers poussé un juron si elle en avait été capable. La première blessure reçut, au genou, prélevait son dû dans ses forces et l’obligeait à poser une main à terre. Son adversaire n’hésita pas. Elle se projeta en avant, le katana haut, et Haya savait que cette fois-ci, elle n’éviterait pas le coup.

Deux pas.

? – Haya...

Le brouillard disparut brusquement. Benihime apparut dans une luminosité rare, comme si un rayon du soleil s’était personnellement déposé sur elle. Celle-ci s’arrêta immédiatement, baissant le bras armé et s’arrêtant en une enjambée, la bouche entrouverte.

Lentement, Hyô baissa la main. Il se tenait aux côtés d’Haya, son autre main posée sur son arme à ses côtés. Son regard froid ne quittait pas celui de Benihime. Il s’en détacha pour rencontrer celui des autres participants ; Naikin, Koshiro, Ryosen, tous muets et visiblement perplexes. Haya se redressa, réprimant une grimace, mais n’osa pas rencontrer le regard d’Hyô. Sa présence glacée se faisait sentir dans chacun des os de son corps.

Hyô – … Sasaki.

Hyô savait qu’il avait été piégé par la jeune fille. Cela se sentait dans son ton. Il était neutre, mais d’une neutralité puissante et presque, presque forcée. Il n’était pas en colère. Peut-être déstabilisé de s’être fait… manipulé… par une si jeune fille. Elle avait demandé à le voir pour parler de sa famille. C’était ce que disait le mot qu’elle lui avait fait parvenir. Cela l’avait intrigué. Et elle lui avait donné rendez-vous ici, alors qu’elle savait pertinemment qu’elle serait alors en danger de mort.

Hyô – Je me trompe, ou bien était-ce un coup pour tuer.

Ce n’était pas une question, pourtant Benihime eut l’audace de secouer la tête.

Hyô – Alors je me trompe.

La voix glaciale d’Hyô paralysa toute l’assistance. Haya se demandait si son mouvement avait réellement été intelligent. Ses adversaires savaient qu’elle avait tout manigancé, et ils la trouveraient lâches. Pire, Hyô était également au courant et elle risquait de s’être aliénée une personne qui disposait peut-être de précieuses réponses.

Hyô – Sasaki.

Il se détourna brusquement et s’éloigna. Le regard d’Haya était fiché dans celui de Benihime. Celle-ci rangea son arme et secoua doucement la tête.

Benihime – Beaucoup… de cran.

Elle se détourna à son tour et rejoignit ses compagnons. Haya se redressa totalement, toucha sa blessure au ventre puis rejoignit Hyô qui s’éloignait. Ils passèrent en coup de vent devant Shimuka qui observait, médusée, son amie disparaître dans une rue plus loin.

Hyô marchait rapidement, les bras le long de son corps. Il s’arrêtait finalement dans un coin et se tourna aussitôt vers Haya.

Hyô – Je te déconseille de recommencer cela.

Ses épaules se détendirent insensiblement.

Hyô – Je sais ce que tu peux ressentir car je l’ai également ressenti il y a des années de cela. Tu t’es tournée vers moi pour une raison. Tu savais que je viendrais. Tu as parlé de ta famille parce que tu sentais, sans savoir pourquoi, que cela m’intéresserait. C’est intelligent et je n’en attendais pas moins de toi. Néanmoins…

Il n’avait pas dévié le regard une seule fois depuis qu’il s’était arrêté.

Hyô – Tu ne devrais pas progresser en aveugle ainsi. Parle à Tsuna Shono. Après nous parlerons. Il y a une raison à tes actions, une raison qui t’échappe encore. Parle à Tsuna Shono.

Hyô lui adressa un signe de tête et repartit tranquillement. Haya s’assit contre le mur, le cou plein de sueur. Cela ne l’avançait pas beaucoup, mais au moins Hyô ne lui vouait pas une haine farouche. Néanmoins, cela aurait été un exploit quand même. Tsuna Shono… Haya n’avait fait aucun effort depuis qu’Hyô lui en avait parlé une première fois. Elle n’était pas sûre de vouloir tout de suite… savoir.

La jeune fille se releva, s’étira de tout son long et se mit en marche pour retrouver la pauvre Shimuka.


Dernière édition par Haya Sasaki le Sam 24 Oct - 20:07, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Jeu 11 Juin - 23:21

Ce matin, Haya avait reçu l’ordre de mission.

C’était un contretemps dans la planification de son plan. Kinsuke était un autre contretemps. Elle n’avait pas revu le jeune homme depuis qu’il l’avait embrassé et n’était pas vraiment sûre d’en avoir envie. Elle réglerait cela après sa mission, avec toute l’impulsivité dont est certainement capable une adolescente. En revanche, la mission tombait mal. Déjà, elle allait certainement manquer à la Flamme Jaune. Elle devait encore aller les voir pour continuer à s’entraîner avec eux. La mission partirait en fin de semaine, ce qui lui laisserait le temps de s’entraîner de son côté mais également avec ses nouveaux amis aux mœurs sanguinaires. Une semaine, cela lui laissait le temps d’emmagasiner quelques petites choses.

Et pour Kinsuke, et bien, le contact de ses lèvres serait quand même moins utile qu’une nouvelle façon de tuer un homme (et c’était suffisamment terrible comme pensée pour ne pas s’y attarder !).

Ainsi, Haya passa-t-elle cette première journée à s’exercer de son côté pour se libérer l’esprit. Elle s’endormit comme la masse épuisée qu’elle était et se réveilla le lendemain avec de nouveaux objectifs. Elle prit une douche rapidement, attrapa des vêtements et passa son armure sur ses épaule avant de sortir. Si elle ne se trompait pas dans l’horaire, car elle les avait traqué chaque jour et chaque heure, la Flamme Jaune devait se trouver aux lacs actuellement. La jeune fille ne comprenait pas pourquoi ils ne modifiaient pas leur emploi du temps, car ce serait certainement la façon la plus simple de l’éviter. Sans doute ne désiraient-ils pas l’éviter… Avec un frisson d’angoisse, Haya se fit la remarque que ce devait être là l’excuse des filles qui traquent sans vergogne leurs hommes.

Le village était déjà bien réveillé, avec des patrouilles entières de shinobi qui traversaient les ruelles et des passants qui marchaient à pas vifs vers une activité quelconque. Quand on voyait ce genre de spectacle, simple et sans prétention, Haya ne pouvait s’empêcher de se dire que tout de même, il fallait avoir un grain pour aller volontairement au devant de la souffrance et de l’humiliation plutôt que de se poser sur un banc, là, et fermer les yeux en profitant du timide soleil. Mais quoi qu’on en dise, les plus forts (que ce soit des génies ou non) sont toujours ceux qui pratiquent le plus. L’expérience, Haya s’en rendait compte à présent, permettait d’accomplir ce que l’instinct seul se révélait incapable de surmonter. Il fallait un peu des deux ; et Haya cherchait précisément le premier de ces éléments.

Elle aurait pu continuer plusieurs mois en se reposant simplement sur l’évidence, que l’eau communiquait d’une certaine façon avec elle (d’une façon que tous ne pouvaient pas comprendre, mais de toute façon Haya communiquait d’une façon que tous ne pouvaient pas comprendre). Ce serait toutefois de la faiblesse de tenir pour acquis quelque chose qu’on ne saisit pas entièrement. Tsuna Shono serait un autre élément qui lui permettrait d’accéder à cette expérience. Quoique d’une manière détournée…

La Flamme Jaune était bien sur les lieux d’entraînements. Il n’y avait toutefois que Benihime et Ryosen, qui étaient tranquillement assis dans l’herbe. De là où était Haya, Ryosen était assoupi contre l’arbre. Haya s’approcha doucement. Benihime leva la tête à son approche mais son visage conserva une impassibilité de façade. Elle leva un doigt sur ses lèvres et Haya s’arrêta. La jeune femme sourit en se relevant discrètement. Son katana pendait à ses côtés. Benihime saisit Haya par le bras (sans le lui tordre, nota-t-elle distraitement) et l’attira un peu plus loin, sans se presser.

Benihime – Il dort. Il faut dire que je l’ai épuisé…

Elle sourit, fronça les sourcils et secoua la tête.

Benihime – On s’est battu, hein. Va pas croire que… Bref.

Le regard d’Haya passa de Benihime à Ryosen, incrédule. La jeune fille l’attira plus loin encore, en la prenant toujours par le coude. Elle lui ordonna de s’asseoir et elle s’exécuta également.

Benihime – Les autres sont en mission mais moi je suis punie. Et Ryosen, bah il est trop nul pour partir en mission alors il fait croire qu’il reste avec moi, genre je vais coucher avec lui parce qu’il est gentil. Il est con Ryosen, quand même.

Haya se demanda à quel moment exactement la relation qui l’unissait à Benihime s’était transformée en… amitié. Non, elle avait beau se consulter intérieurement, elle avait toujours envie de la voir morte. Néanmoins… Non. C’était inexact. Elle désirait la vaincre pour progresser, mais pas la tuer. Pourquoi n’avait-elle plus envie de la tuer ? Elle était là, juste à côté d’elle, avec son parfum entêtant, ses lèvres boudeuses, son regard vague et distant. Elle était beaucoup de choses qu’Haya n’aimait pas. Mais elle se disait qu’un jour, elle finirait peut-être par ressembler à certains égards à cette fille, quand elle manipulerait les autres pour s’amuser, pour se divertir un peu et qu’elle serait suffisamment puissante pour écraser beaucoup, beaucoup de monde.

Benihime – Oh c’est pas l’histoire avec Hyô. J’ai failli tuer un autre chuunin… En pleine réunion. Mais il m’avait mis une main sur la cuisse ! Si ! Enfin, le genou, mais bon on va pas chipoter parce qu’il est maladroit. Du coup, je suis écartée des missions jusqu’à nouvel ordre.

Benihime attrapa une fleur pour jouer avec et Haya (complètement paralysée) l’écoutait babiller inlassablement.

Benihime – C’était quand même bien vu de faire venir Hyô. T’es moins cruche que tu ne le parais. Honnêtement, je t’aurais tuée.

Sans rire ?

Benihime – Bon, comme on est toutes les deux, pourquoi tu nous fais ça ? Il y a une raison ?

Haya se rappela que son corps pouvait se mouvoir et expira un bon coup. Elle attrapa son carnet et Benihime grogna.

Benihime – Comment tu fais avec ton chéri quand il te dit des mots doux ? Tu sors ton calepin ?

Ne voyant pas bien quoi répondre, Haya préféra continuer comme si de rien n’était.

Benihime – Tu dois être une fille très physique alors. Je te présenterai Koshiro.

Haya commença à écrire sans tenir compte de son interlocutrice (qui continuait à parler). Quand elle lui présenta finalement le carnet, Benihime cessa peu à peu de parler pour se concentrer sur sa lecture. Voilà un grand avantage de la discussion par carnet : l’autre se tait.

Haya – Je vais vous battre un par un. Pour m’entraîner et parce que je ne vous aime pas. C’est plus enrichissant de frapper quelqu’un qu’on pourrait tuer.

Benihime releva les yeux sur Haya et ses lèvres se tendirent d’un mince sourire.

Benihime – Tu as quelque chose de la guerrière dans la façon de te battre. C’est… pas gracieux mais avec une étonnante volonté de survivre.

Elle haussa les épaules.

Benihime – Et puis, tu apprendras à m’apprécier parce que je suis une fille… en tout point adorable. On pourrait devenir de bonnes amies. Bon peut-être pas, mais quelque chose comme ça. Regarde, je m’ennuie, mon compagnon de jeu il craint, alors on peut s’entraîner ensemble. Promis, j’essayerai de résister à la tentation de t’éventrer ou de voir ta jolie petite frimousse rouler à mes pieds.

Haya acquiesça.

Benihime – Comme je suis joueuse, on va mettre une petite règle au point. Si tu arrives à me toucher au nombril, je t’apprendrais une technique. Si c’est moi qui y arrive, tu répondras à une de mes questions. Ca marche ?

Une question ? Haya ne voyait pas bien ce qu’elle pouvait désirer cacher. Ce serait sans doute quelque chose en rapport avec sa liaison avec Hyô (ou tout autre histoire un peu sordide). La jeune chuunin espérait avec horreur qu’ils ne s’imaginaient pas des choses… invraisemblables. Mais ce n’était probablement pas que ça. Dans le ton de Benihime, Haya savait qu’elle cachait quelque chose. Plus exactement, elle avait le timbre empressé et excité de celle qui est en train de faire une bonne affaire.

Certes, le pourcentage de chances qu’elle touche une quelconque partie protégée de son adversaire était mince.

Les adolescentes se levèrent et se dirigèrent en silence vers le lac. Haya avait récupéré son carnet car, de toute évidence, elle en aurait bien besoin. Plus loin, elle aperçut que Ryosen, loin de dormir, les observer du coin de l’œil.

Ils avaient vraiment couché ensemble ? …


Dernière édition par Haya Sasaki le Dim 5 Juil - 21:45, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Dim 5 Juil - 21:44

Haya – Non, je ne couche pas avec Hyô… Ni avec Satoshi… … Et j’ai obtenu ma promotion tout à fait normalement… … …

Cinquième question à laquelle elle devait répondre. Toutes plus déplacées les unes que les autres. Haya avait du mal à voir l’intérêt que pouvait avoir Benihime à savoir si elle était intéressée par les filles ou l’âge auquel elle avait embrassé quelqu’un pour la première fois… Elle n’était néanmoins pas dupe. En multipliant les questions qui ne demandaient pas de réflexion, elle s’apprêtait à en venir à ce qui l’intéressait réellement (à moins, ce qui était également possible, qu’elle n’ait planifié de la violer quand elle serait trop épuisée pour ne serait-ce que bouger, mais Haya préférait s’en tenir à l’idée d’un plus grand but).

Benihime – Beaucoup de points de suspension, hmm… On cache des choses à Beni ?

Elle gloussa d’une façon qui fit regretter à Haya de ne pas avoir la force de l’assommer.

Haya s’était faite arnaquée. Elle était incapable de ne serait-ce qu’envisager d’effleurer un point du ventre de son adversaire. Celle-ci se préservait avec une efficacité redoutable, qui témoignait de longues heures passées à s’entraîner au combat avec ce genre d’exercices. Benihime lui adressa un sourire moqueur.

Benihime – Je savais bien que j’allais m’ennuyer sur un plan purement… physique, justement. Alors bon, faut bien que je me divertisse aussi. Tu vois, sans t’offenser, tu es un peu bête. J’utilise mon katana. Bah je fais ce que je veux. Toi, tu réponds avec ta chaîne alors que tu sais à peine la tenir. Utilise plutôt l’eau, j’ai cru voir que tu n’étais pas maladroite avec. En plus, ça éclabousse, tu pourras faire preuve de mauvaise foi même si tu m’as loupée !

Elle secoua la tête, dépitée.

Benihime – Ah, les jeunes… Il faut même leur dire comment tricher…

Haya ravala sa fierté, mais Benihime avait raison. C’était ridicule de continuer avec la chaîne. Un jour, Haya se paierait les services d’un spécialiste pour savoir quoi faire avec cette arme qui, jusqu’à présent, n’avait jamais su que s’enrouler autour de son bras et se bloquer sous son lit. Elle la rangea donc à son flanc et commença aussitôt une série de signes. Benihime chargea, son katana derrière elle et amorça un mouvement circulaire. La technique d’Haya lui toucha l’épaule, mais elle enfonça de toutes ses forces son genou dans le ventre de son adversaire qui s’écroula contre elle. Benihime gloussa à nouveau en rattrapant la jeune fille pliée en deux.

Benihime – Allez respire. Tu manques d’imagination quand même. Tu devrais savoir que j’adore donner des coups de genoux, même si c’est plus marrant avec des garçons. Deviennent tout rouge. Alors, ma question…

Haya, sonnée par le coup, s’écarta en titubant de la chuunin. Elle était sûre d’avoir un hématome au ventre à l’heure qu’il était.

Benihime leva un doigt triomphant.

Benihime – Je sais ! Maintenant que nous avons pu nous rendre compte que ta vie sexuelle était aussi passionnante que celle d’un hérisson, que peux-tu me dire sur… ton père par exemple.

Haya écarquilla les yeux. Le ton sur lequel elle avait posé cette question était différent. C’était cela, la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début. Son père… Quel intérêt ? Haya redoutait de répondre à cette question. Elle écrivit simplement :

Haya – Il s’appelle Kade.

Haya avait failli mettre le verbe au passé. Benihime ne leva pas la tête avant un moment. Un étrange sourire voletait sur ses lèvres. Elle acquiesça pour elle-même.

Benihime – Intéressant. Quel père est-il ?

Haya – Un bon père.

Benihime – Tu n’as pas envie d’en parler non ?

Haya – Pas particulièrement...

Benihime – Réponds à une dernière question et je t’apprendrai deux techniques, sans conditions.

Benihime se passa la langue sur les lèvres, comme si elle essayait de réfléchir à une bonne formule. Finalement, sa question prit Haya complètement de court.

Benihime – Est-ce que tu aimais ton père ?

Haya acquiesça avant de réellement intérioriser la question. Elle avait toujours aimé son père. Et elle savait que ce sentiment ne changerait plus. Quoiqu’il ait fait. Elle le savait avec une certitude complète et terrible, une lucidité sur ses sentiments qui auraient pu la déstabiliser. Mais de la même façon que certains savent qu’ils haïssent leurs parents, Haya savait qu’elle aimait son père.

Benihime – Bien. C’est important, je crois. Je vais t’apprendre à augmenter ton affinité avec l’eau de deux façons. Comme j’ai peur de m’ennuyer, on va continuer à se battre.

Haya, même si elle avait encore une fois la désagréable impression d’être une poupée désarticulée, hocha la tête pour manifester son assentiment. Etre entraînée par Benihime, c’était une perspective qui lui avait totalement échappée. Elle était persuadée que, trop occupées à s’écharper, elles n’auraient jamais rien à échanger. Mais de toute évidence, la chuunin était sur une piste et Haya en était l’indice.

Benihime – J’ai vu que tu te débrouilles comme une moule dans le brouillard. Je ne m’y attendais pas, c’est au programme des genins normalement. Tous les kiréens savent se battre dans le brouillard, vraiment ! Même Ryosen. Hum… Regarde et apprend, petite naine aux cheveux rouge.

Benihime unit ses mains en un signe unique et presque aussitôt, une brume diffuse s’éleva du lac en-dessous d’elles. Haya observa le phénomène mais sa… sensei… la rappela à l’ordre.

Benihime – Regarde moi, pas l’eau.

Haya leva la tête, mais le spectacle n’avait guère avancé depuis le signe initial. Benihime avait toujours les mains jointes et l’air faussement détaché et sérieux à la fois. Quand elle laissa ses bras retomber le long de son corps, le brouillard s’était considérablement épaissie, si bien que seule sa silhouette demeurait visible et encore, Haya devait plisser les yeux.

Benihime – Angoissant hein. Mon prof – un salaud, vraiment, heureusement il a crevé – a failli me tuer quand il m’a appris cette technique. Il m’a coupé les nerfs… un… à… un. J’avais envie de le tuer… waouh… tu peux pas imaginer. Ou peut-être que si ?

Elle s’approchait, Haya le sentait à sa voix qui devenait plus proche. Elle n’était pas inquiète. C’était un sentiment singulier, mais elle avait la sensation de partager une expérience intime avec Benihime. Aussitôt, la jeune fille s’arrêta sur cette impression pour l’analyser. Son interlocutrice essayait de créer quelque chose, au-delà de la technique qu’elle faisait semblant de lui apprendre. Elle partageait un épisode douloureux de sa vie, une épreuve qu’elle avait surmontée. Et elle sondait Haya, avec une douceur subtile.

Haya sourit. Ainsi, Benihime était intéressée par son passé. Elle voulait connaître son épisode traumatique à elle. Mais c’était idiot. Peut-être que cela marchait sur quelqu’un doué de parole (quoique cela restât à prouver), mais quelqu’un qui devait rédiger la moindre de ses pensées… Non c’était autre chose. Elle n’essayait pas de la manipuler.

Benihime – Déplaçons-nous dans le brouillard. On va jouer à un nouveau jeu. Essaye de maintenir le brouillard avec ton propre chakra, puis essaye de me rattraper. Je vais aller très… très lentement.

Haya la sentait déjà s’éloigner. Elle utilisa son chakra pour maintenir la technique et, assez maladroitement reconnut-elle, elle y parvint. Par endroit, le brouillard se levait brusquement et de temps à autre on pouvait entendre le ricanement mesquin de Benihime. Néanmoins, celle-ci permit à la jeune fille de prendre son temps pour contrôler ces sensations nouvelles avant de réellement commencer à jouer.

Haya se mit en mouvement. A mesure que ses pas foulaient la surface lisse du lac, des images s’imposaient à son esprit sans qu’elle ne sache pourquoi et n’y puisse rien faire. Elle revoyait le visage de sa sœur, à la seconde qui précédait sa mort. Ce visage, Haya le savait, la suivrait toute sa vie. Des émotions très fortes l’avaient bouleversé sur l’instant car elle n’ignorait pas ce qui allait se passer, mais des émotions, cette nuit-là, elle en avait trop eu et le phénomène s’était un peu retrouvé noyé par les traumatismes. Mais quand sa sœur l’avait regardé, après avoir été battue et violée, elle semblait si paisible, si rassurante… Son visage était détendu, ses yeux n’étaient plus écarquillés de terreur mais c’était simplement… sa grande sœur, qui ne voulait pas l’effrayer. Est-ce que je déteste ces gens ? Je ne dois pas être normale, car je n’arrive pas à les détester. Pourtant, j’ai vécu cette nuit, j’en ai été marquée et j’ai vu ma famille se faire anéantir. Mais si on doit comprendre avant d’aimer, on doit comprendre avant de haïr. Haya en était absolument certaine. Ces gens étaient toujours en vie, quelque part, car leurs existences lui appartenaient à elle à présent. Et fatalement, elle irait les chercher pour comprendre. Et haïr, peut-être, une dernière fois.

Haya s’arrêta. Elle irait trouver Tsuna, comme le lui avait demandé Hyô. A l’heure actuelle, elle ne se sentait pas la force de combattre les fantômes de ce passé. Mais ce n’était pas un sujet d’angoisse. Au fil des mois, la chuunin avait vu quantité d’aspirants, de genin et de grades supérieurs qui étaient uniquement tournés vers la vengeance. C’était une soif maladive et corrosive, qui seule parvenait à les faire aller de l’avant. Mais ce n’était pas ainsi qu’Haya avait été élevée. Son père lui avait toujours dit de vivre pour le présent, parce que c’était déjà son passé. Le jour où ce passé prend le pas sur le reste… on devient une sorte de fantôme soi-même.

Benihime – On rêvasse ?

Haya saisit sa chaîne et frappa dans la direction opposée d’où venait la voix. Elle perçut un brusque mouvement en arrière et ressentait de la même façon les pas de Benihime qui s’éloignait. Ils se répercutaient doucement sur le lac, comme si l’eau trahissait ses mouvements. Sans se presser, Haya se dirigea vers l’endroit où s’était arrêtée son adversaire. La technique commençait à lui faire mal à la tête, elle avait été lancée à un niveau supérieur à celui qu’elle pouvait tenir en temps normal et cela lui demandait beaucoup d’énergie.

Benihime réapparut face à sa jeune adversaire, quoique pas beaucoup plus qu’elle, et elles se jaugèrent du regard avec un air de défi. Les épaisses volutes de brume passaient et s’évanouissaient tour à tour.

Benihime – Convaincant. Plus ou moins. Mais tu es curieusement précise, pour ton niveau. Tu n’es peut-être pas une si grosse crasse que ça…

Haya la dévisagea sans bouger, de peur que ce ne soit une feinte et que le combat reprenne réellement. Même si les muscles de Benihime étaient clairement détendus à cet instant, la jeune fille ne doutait pas qu’elle puisse chercher en elle les ressources pour bondir en avant et la tuer une nouvelle fois. Mais Benihime n’en fit rien. Elle désigna d’un geste de la main la rive clairsemée et l’endroit où Ryosen se reposait.

Benihime – Je dois m’entraîner avec le petit bonhomme. Tu ne m’as pas assez fatiguée pour qu’il me touche mais… bon allez, je te pardonne, mais seulement parce que je suis une fille sympa. Nous nous reverrons demain.

Là-dessus, elle s’éloigna, sa silhouette longiligne et féline déjà sur tournée vers une nouvelle proie. Haya se permit un involontaire soupir de soulagement. Elle avait survécu et aucun secret extraordinaire ne lui avait été extorqué par la force des armes.

C’était déjà ça de pris. Mais elle n’en avait pas encore terminé, loin de là.

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Dim 12 Juil - 13:08

Benihime l’attendait près de l’étal d’un traiteur. Elle mangeait (engouffrait) plusieurs boulettes de riz et dévorait des yeux le reste des marchandises. Haya s’arrêta à quelques pas, prudente, et la chuunin qui lui avait demandé de venir se tourna vers elle pour lui adresser un grand signe de main.

Benihime – Chalut.

Haya hocha poliment la tête, estimant que le repas revêtait un aspect important pour son interlocutrice et que celle-ci avait la possibilité de la tuer avec le bois de la brochette qu’elle s’apprêtait à terminer. Benihime posa une quantité suffisante de ryos sur la table et repartit la bouche et les mains pleines, avec en outre un petit sachet rempli de victuailles. Une fois rassasiée, tandis qu’elles remontaient la rue pour sortir du village, Benihime poussa un long soupir de pure satisfaction.

Benihime – Honnêtement, il n’y a rien de mieux que manger. Même tuer les gamines rousses c’est moins bien.

Elle lui jeta une œillade discrète pour voir sa réaction, mais elle ne put voir que le visage pâle et concentré de sa « collègue ». Quelque part, Benihime trouvait cela fascinant d’être muet. Elle ne pouvait s’empêcher d’être impressionnée par les quantités d’informations qu’Haya se retenait de trahir et elle était persuadée que cela était dû en grande partie à son handicap. Elle ne l’enviait pas, mais elle trouvait cela intéressant comme réaction. Benihime se demandait bien comment elle aurait réagi si ça lui était arrivé. C’était certainement une question stérile, quelque chose qu’on ne savait que quand ça se passait. Pourtant, sa vie n’avait pas été évidente mais… non, elle n’arrivait pas vraiment à saisir l’état d’esprit dans lequel était Haya. L’ignorance est une bénédiction et heureusement, la plupart des shinobi devaient la partager. Mais il n’y a aucune chance que les ninja de grade supérieur, Hyô notamment, ignorent qui était le père de cette petite. Ni ce qu’il avait fait, en bien et en mal. Mais kiri l’avait recueilli et pendant leur combat, Benihime avait senti immédiatement pourquoi. Elle partageait les talents de son père, c’était évident. Une affinité particulière à l’eau, qui rendrait jaloux n’importe quel spécialiste des arcanes suiton. Benihime sourit. C’est vrai que c’était rageant de se dire que cette fille arriverait à son niveau en deux fois moins de temps, si ce n’est moins encore. Mais elle n’y pouvait rien changer.

Benihime – Je sais que tu nous détestes.

Haya lui jeta un coup d’œil. La chuunin semblait songeuse, comme si elle abordait un sujet profond mais parfaitement clair.

Benihime – Et c’est intéressant.

Pour l’avoir testé rapidement, Benihime savait qu’Haya ne savait rien sur son père. Du moins, elle n’avait rien eu de concret même s’il était vraisemblable qu’elle nourrisse des doutes à présent. Elle avait découvert ses pouvoirs, inhabituels, et Hyô avait dû la mettre sur la voie. Il n’avait pas dû lui donner la réponse toutefois, cela ne lui ressemblerait pas. Alors maintenant, tout dépendait de la fille : elle avait encore la possibilité de fermer les yeux et de construire sa vie selon son souhait, pas selon son passé. C’est le moment où elle deviendra adulte, en quelque sorte, ce choix essentiel de rejeter son passé et tout ce qu’il contient (joies, peines, douleurs ; on pourrait croire que la vie serait aisée sans souvenirs des échecs et des douleurs mais Benihime refuserait de vivre ce genre de semi-vie), ou au contraire l’intégrer à elle et l’utiliser pour grandir, pour apprendre, pour pardonner ou venger, ou les deux à la fois comme les deux tranchants d’une même lame.

Mais le plus intéressant c’était le fait, du pur hasard elle en était sûre, que les pas d’Haya l’aient menés auprès de la flamme jaune, ancienne unité de son père. Auprès de la seule équipe du village qui connaissait l’identité de son père. Comme un ultime geste de poudre aux yeux, le dernier tour du magicien, Kade avait modifié son nom (trop célèbre à kiri et dans le pays) en Sasaki. Ainsi sa fille avait été préservée de la haine. Quand elle saura, si elle désire savoir, ce sera le moment où tout le monde saura car elle ne cherchera pas à le cacher. Ce sera l’instant où elle devra être géniale ou être détestée, bien que les deux ne soient pas incompatibles, comme la flamme jaune pouvait l’attester.

Ce sera l’instant où tout le monde saura qu’Haya Kasen est la fille de l’un des pires traîtres du village, Kade Kasen, nukenin S de Kiri no Sato, ancien chef de la flamme jaune.

Naikin était seul sur le terrain d’entraînement habituel. Il lisait une carte et la comparait à des notes, d’après ce qu’Haya parvenait à estimer. Il leva les yeux sur les filles qui s’approchaient mais ne se leva pas.

Benihime – Encore des hentai ?

Naikin – Tu pars à Yagi prochainement, Sasaki ?

Prise au dépourvu, Haya hocha mécaniquement la tête. Dans deux jours, elle avait son rendez-vous avec Satoshi qui s’ouvrirait sur sa première vraie mission pour le compte du village. Finis, les petits services, quoiqu’Haya ne rechignerait pas à recommencer de temps à autre, pour se tenir l’esprit occupé. Mais elle inaugurait son nouveau statut avec une mission de niveau supérieur, B, alors qu’elle n’avait jamais exécuté la moindre mission C. Il s’agissait peut-être d’un test des autorités, pour voir ce que valait la nouvelle équipe mais plus vraisemblablement, Kiri manquait d’effectifs pour accomplir les missions, trop occupé par des recherches sur Kakumei ou Asahi.

Naikin – J’ai besoin que tu me ramènes quelque chose. Je devais y aller la semaine prochaine mais la Flamme Jaune risque d’être retardée à Nagumo.

Benihime – C’est beau Nagumo.

La jeune fille avait posé ses affaires au pied de l’arbre et commençait quelques exercices d’assouplissements. Naikin l’ignora pour la seconde fois superbement.

Naikin – Le fils du seigneur Yagi devrait avoir un parchemin pour moi. Transmets-lui ce message et il te donnera ce que je veux. Tu peux lire le parchemin, mais ne laisse personne d’autre le regarder ni se l’approprier. Ce sera ta responsabilité. Tu es d’accord ?

Haya tendit la main et attrapa le message de Naikin. « Je suis toujours partant, Naikin Tadashi.
En réponse à ta devinette : la puissance des hommes dépend essentiellement de leur volonté, mais leur volonté ne dépend que d’eux. Quelqu’un animé de sa seule volonté ne peut faire face aux réalités, il ne pourra que le vouloir
».

Naikin – Ce n’est rien de dangereux ni rien d’illégal, c’est pour cela que tu peux le lire, pour t’en assurer. Si cela te semble suspicieux, laisse le parchemin au fils du seigneur. Mais cela m’arrangerait de l’avoir.

Là-dessus, il retourna à l’étude de sa carte. Il s’agissait du pays de l’eau, mais il y avait également une autre carte, un agrandissement d’une zone qu’Haya ne parvint pas à définir. Elle savait simplement qu’il s’agissait des côtes d’Uke, mais lesquelles précisément, elle l’ignorait.

Benihime – Allez amène-toi, je vais t’apprendre à faire pleuvoir. C’est pas mal utile. Et si tu ne mets pas de bandages sur ta poitrine, tu auras une technique spéciale. Enfin, pas toi, mais plus tard peut-être.

*****

Naikin réfléchissait, les yeux perdus dans le combat que se livraient Haya et Benihime.

Il avait eu de la chance d’avoir un rapport à remettre lorsque Satoshi s’était vu informé de cette mission à Yagi. Shinji et lui ne s’étaient pas éclipsés pour en discuter, la curiosité de Naikin en avait été tout de suite piquée : ils voulaient qu’ils entendent ce dont ils parlaient. Ils abordèrent les points principaux de la mission (des pirates, ce qui était habituel mais pas à Yagi et pas en ces temps-ci) et les effectifs. Satoshi estimait que son équipe était prête à cette mission. Shinji lui avait répondu que pour l’instant, ils n’en savaient rien, puisque Satoshi n’avait pas eu le temps d’observer leur comportement. Satoshi avait eu un mouvement de la main. Il disait avoir été agréablement surpris par le sens stratégique d’un « Sokka » que Naikin ne connaissait pas, et que quand ce dernier aurait pris confiance en lui il serait un élément important pour le village. Ils abordèrent ensuite le cas d’un Satsubatsu, également membre de l’équipe et pour l’heure désigné comme étant le chef. Satoshi avait déclaré ignorer ce qu’il valait réellement en combat, et il avait affirmé sa volonté à vouloir le tester de façon plus agressive. Un combat contre Satoshi était assurément une façon agressive de tester quelqu’un… Puis ils avaient parlé du dernier membre de l’équipe, Haya Sasaki. Satoshi ne s’était pas retourné, mais Naikin savait que ces mots lui étaient adressés.

Satoshi – Elle prend des risques mais ses progrès sont impressionnants. Elle s’est donné des buts. Mais elle ignore encore beaucoup de choses. Je sais que tu la mises avec moi dans l’éventualité où on découvre qui était son père.

Shinji – Ton nom suffira à lui éviter des problèmes. Et elle a des amis avec elle. Mais si elle est de la trempe de son père…

Satoshi – Elle assurera son autorité toute seule, oui. Je sais qu’Hyô la suit de loin.

Il eut un sourire amer.

Satoshi – Non, je n’arrive pas à me faire du souci pour elle.

Naikin avait tout de suite sut ce que voulait lui dire Shinji. Il voulait qu’il garde lui aussi un œil sur Haya. Il n’avait pas besoin de demander.

Personne ne touchera à la fille de Kade Kasen. Absolument personne.

Alors Naikin avait su pour ce voyage à Yagi. Il voulait être sûr qu’elle rencontre le fils du seigneur Yagi. Elle ne s’en souviendrait pas, bien sûr, mais lui si. Il l’avait tenu dans ses bras quelques semaines après sa naissance, alors que les seigneurs de Yagi récompensait Kade pour un service exceptionnel et gratuit. Haya ne pourra pas fuir encore longtemps. Cette mission l’assurera qu’il lui faut savoir la vérité tout de suite. Alors elle grandira, d’une façon ou d’une autre ; c’était imminent. Et Naikin voulait y assister. On ne peut jamais réellement observer une fleur éclore ou le soleil se lever, ce sont des processus trop lents pour le cerveau et l’attention de l’homme. Mais il verra cette fleur-là éclore et le soleil la réchauffer.

Naikin savait tout cela. Parce qu’il savait tout sur l’homme qui s’appelait Kade Kasen, ce prédécesseur cent fois maudit.

*****

Haya manqua tomber suite à un vertige plus violent que les autres. Benihime harcelait ses défenses, sans chercher à la blesser mais en la déconcentrant suffisamment pour l’empêcher de concentrer ses forces.

Benihime – Tu dois être plus ferme dans ton jeu. Tu me laisses faire ce que je veux et tu te contentes de t’adapter à mes actions. Cela pourrait fonctionner si nous étions de niveau équivalent mais je suis plus forte que toi, alors attaque !

Haya secoua la tête pour chasser les carrés noirs qui se succédaient inlassablement. Ils s’évanouirent un instant. Elle ne voyait pas en quoi la pluie pourrait l’aider à repousser les attaques de son opposante, qui disposait d’un « jeu », comme elle disait, beaucoup plus varié et puissant que le sien. Comme si elle lisait dans ses pensées, Benihime renchérit :

Benihime – Concentre-toi sur tes qualités plutôt que sur les miennes. Si ta qualité était le feu, tu devrais en trouver une autre mais ce n’est pas le cas. Tu as d’autres atouts à faire valoir, montre-les moi.

Les idées défilaient dans l’esprit d’Haya, mais aucune qualité que ne possédait pas son adversaire ne lui vint. Des cheveux roux ? …

Benihime – Eh bien… c’est pas gagné.

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Jeu 16 Juil - 19:59

La pluie tombait drue à présent.

Haya se tenait à quelques mètres de Benihime, droite malgré les douleurs qui agitaient son corps. Ses cheveux lui tombaient devant les yeux et se collaient à son visage, mais elle ne détournait pas la tête de son adversaire. Elle ouvrit la bouche pour recracher un peu de sang, mais ne s’accorda aucun mouvement supplémentaire.

Benihime était agenouillée, l’œil droit fermé à cause d’un mauvais coup de coude. Elle surveillait cette jeune fille qui était encore à des lieux de l’égaler ou de seulement pouvoir représenter un intérêt. Mais elle ne s’y trompait pas ; il y avait de la force en elle et c’était quelque chose qui dépassait ses facultés naturelles. Cette fille avait des qualités. Les gens qui la jugeraient sur son sang… sur les actes de son père… ces gens ne pourraient pas la battre car ils regarderont le miroir plutôt que le reflet.

La jeune blonde secoua doucement la tête. Son opposante ne méritait pas qu’elle sorte son arme.

Mais au-delà de cela, le combat était terminé.

Elle se releva et immédiatement, Haya se ramassa sur elle-même prête à attaquer. Benihime sourit. Lentement, elle posa son doigt sur ses lèvres.

Benihime – Shh… Ecoute… La naissance d’une guerrière.

Elle lui adressa un clin d’œil et se détourna en direction de la berge. Haya se détendit progressivement, le regard posé sur la silhouette tranquille. Elle se passa une manche sur le visage et y aperçut le sang encore frais et humide. Une guerrière… peut-être était-ce ce qu’elle cherchait. Il y a une différence entre être un bon shinobi et un bon guerrier. Haya le saisissait maintenant. Les actions et les pensées d’un shinobi ne lui appartenaient pas. Elles étaient utilisées pour le plus grand bien par les castes dirigeantes. Le guerrier conservait toujours une réserve sur ses actions et ses pensées… il suivait un chemin que seule sa force lui permettait d’assumer, et les castes utilisaient cette force, essayaient de la canaliser pour leur profit ; mais les buts d’un guerrier survolent tout cela. Il se bat pour un nom, une idée, un idéal, une personne : quelque chose qui lui appartient.

La tête renversée en arrière, Haya profitait du contact rafraîchissant de la pluie sur son visage. C’était une belle journée. Quel dommage de la gâcher avec un rhume…

La chuunin rejoignit à son tour le rivage, le bras engourdi par l’effort. Les gens n’en avaient pas conscience, mais réaliser des signes avec les doigts glissants relevait de l’exploit. Heureusement que ce n’était pas une science extrêmement précise. Benihime s’était adossée à un arbre, à une distance raisonnable de Naikin qui lisait toujours ses travaux. Haya hésita sur ce qu’elle devait faire. Elle n’avait pas l’impression, loin de là, de faire partie de leur groupe (et elle avait toujours autant envie de les massacrer l’un après l’autre) et cela lui paraissait peu approprié de rester une fois l’entraînement terminé.

Mourir était quand même une honorable solution pour s’épargner ce genre de situation.

Benihime lui épargna le malaise en lui faisant un signe de la main, comme si elle se rappelait brusquement qu’elle existait. Haya s’approcha, détrempée, pour s’asseoir non loin. Elle s’attendait à de nouvelles piques, ou quelque chose dans cet esprit, mais son interlocutrice parvint à la surprendre.

Benihime – Pourquoi est-ce que tu recherches la puissance ?

Haya s’apprêta à répondre quand elle se posa la question. Hyô lui avait dit qu’il y avait une raison qu’elle ignorait pour expliquer sa façon d’agir. Et au fil des jours, cela lui semblait vraisemblable. Ce n’était pas seulement la sensation d’avoir un train de retard sur les autres chuunin, ce n’était pas non plus la volonté d’impressionner qui que ce soit. Ce n’était pas non plus pour donner une leçon aux membres de la flamme jaune. Elle répondait à un besoin plus profond, comme si elle marchait sur des pas qu’un guide mystérieux aurait préparés à son attention.

Le carnet d’Haya était inutilisable, mais Benihime lui en jeta un autre sur les genoux.

Haya – Je ne sais pas.

La jeune fille la jaugea du regard pour essayer de déterminer si elle mentait. Elle sourit intérieurement : bien pratique d’être muet, décidemment.

Benihime – Tu risques ta vie sans savoir pourquoi ? C’est une attitude imbécile.

Haya – Je ne sais pas encore.

Benihime – Mais Hyô pourrait t’apprendre bien plus que moi. Ou ton professeur. Qu’est-ce qui fait que tu nous fréquentes, et pourquoi Satoshi te laisse faire ?

Haya ne vit pas quoi répondre à part avouer à nouveau son ignorance, mais quelque chose dans le ton de Benihime lui fit comprendre que celle-ci en savait plus qu’elle ne le disait. Elle posait les questions pour déterminer jusqu’où s’étendait l’incompréhension d’Haya. Cette situation commençait à l’agacer, que tout le monde en sache plus qu’elle c’était pour ainsi dire normal, mais qu’ils le lui fassent comprendre à chaque fois… Elle n’ignorait pas ce qu’elle devait faire, chercher Tsuna, ce genre de choses, mais il n’appartenait qu’à elle de le faire au bon moment.

Benihime – Je vais te dire pourquoi. Quand tu auras découvert tes pouvoirs, quand tes coéquipiers sauront que tu as ses pouvoirs et quand ils auront répétés que tu les as, quand Kiri saura lentement que tu les as… tu auras besoin de nous.

Haya hésita à écrire mais se dit qu’elle n’avait rien à perdre au final.

Haya – Pourquoi ? Mes pouvoirs sont dangereux ?

Le visage de Benihime ne changea pas. Elle se radossa à l’arbre, puis détourna la tête. Après un temps elle murmura :

Benihime – Non… Ou peut-être, mais ce n’est pas le problème. Ce salopard de Satoshi… savait qu’on allait se lier, d’une façon ou d’une autre. Et il sait pourquoi nous nous battrons pour toi. Parce que, que tu le veuilles ou non, nous sommes alliés maintenant, Haya Sasaki.

Benihime croisa le regard de Naikin. Il demeura silencieux, mais elle sentit qu’il approuvait ces paroles. Lui plus que tous les autres, peut-être, mais cela ne signifiait plus rien. Car leur motivation ne souffrait pas de ces considérations. Quand la jeune fille reporta ses yeux sur elle, Haya y vit une flamme effrayante briller. Un mélange improbable de colère et de tendresse.

Benihime – Et tu apprendras que c’est un avantage précieux. La Flamme Jaune ne s’éteint jamais…

Elle hésita un instant, puis ajouta, presque sur un ton prudent :

Benihime – Je vais te donner un nom. Libre à toi de savoir ce qui se cache derrière, aux archives. Darucha Gankarra. Ca ne te dit rien ? Normal tu n’es pas kiréenne de souche. Mais ici… presque tout le monde le connaît. Et je crois qu’il est important pour toi de connaître le début de son histoire.

La jeune fille chercha dans sa tunique et lui remit un petit sceau très simple, un rond pourpre qui dessinait en filigrane une flamme dorée. Elle la donna à Haya.

Benihime – C’est le sceau de notre équipe. Tu pourras accéder à toutes les archives avec ça, vu que ce sont des secrets militaires qui dépassent ton niveau d’accréditation. Si tu pouvais éviter d’y foutre le feu, ça me retomberait dessus… Une fois que tu en auras fini, Naikin voudra te parler de ton père.

MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   Jeu 30 Juil - 23:43

Haya : +134 XP - Techniques validées.

Je vais te faire part d'un excellent jeu de mot qui vient de me venir. Prépare-toi bien car il est vraiment excellent... Non "prépare-toi bien" ne signifie pas "pars en courant en te cachant les yeux".

Haya-Kiri.

HAHAHA.

Harakiri.

HAHAHA.

Excellent hein ? Pardon ? J'ai tout pourri ton sujet ?! Plus sérieusement, très bonne session d'entraînement, j'aime beaucoup ces nouveaux personnages et j'ai l'impression qu'on les reverra de temps en temps =)
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MessageSujet: Re: Une Question de Conscience   

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