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 Dans les Cavernes du Khâmen

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MessageSujet: Dans les Cavernes du Khâmen   Lun 15 Juin - 18:14

Les Cavernes du Khâmen



Ses mains d’enfant se posèrent sur le grand mur de pierre.

Marchant doucement, avançant pas après pas, Isei laissait ses doigts ricocher contre les imperfections de la roche qui soupesait le gigantesque toit de bois de l’Académie. Jouant de ses petits yeux, il envisageait la hauteur avec une certaine appréhension. Il avait passé-là, dedans, les premiers jours de sa vie shinobi. Une expérience comme une autre aura-t-il fini par dire à sa mère, mais il devinait bien qu’il n’en serait rien. Il avait déjà rencontré trois professeurs alors il serait sûrement à même d’en découvrir toutes les facettes avant de partir. L’objectif était le même pour tous : cette plaque de métal à l’effigie du village qui était censé représenté quelque chose pour eux. C’était l’honneur, la victoire, la force également, ses camarades y voyaient le plus souvent une marque de puissance et d’autorité, comme si l’orgueil d’annoncer son statut aux passants n’était pas déjà assez fort. Isei, quant à lui, ne ressentirait rien de tout cela. Comment le devinait-il ? Oh, il s’était étudié longuement, des heures entières, sur ses capacités, ses qualités et ses défauts. La lune avait ça de beau, elle était naturellement mystique. Quand l’aîné des Nagashi se jetait sur elle - et il faisait ainsi chaque matin et chaque soir - il se voyait, tout petit, en bas, sur son toit. Il avait la ferme intention de voler, de prendre ce recul nécessaire pour voir à quelque point il était éphémère dans l’histoire, dans le temps.

Un soir, Aeri était venue à lui, comme beaucoup d’autres soirs. Elle s’était assise à côté de lui et en tout amicalité elle s’était soudée autour de son bras et avait posé son menton dans le creux de son coup. Isei se souvenait toujours de leurs longues heures de silence et le son de son souffle qui chatouillait sa peau encore rose. Il le savait, il le lisait dans ses yeux : elle le pensait éloigné, elle le pensait parti, envolé, mais jamais il ne dépliait ses ailes. Il était là, allongé et il regardait la lune en pensant à elle. A Aeri, bien sûr. Finalement, l’astre lunaire n’était qu’un miroir qu’il utilisait seul, constatant à quel point il n’avait que onze ans. Mais elle le rejoint et à force de se reporter dans cette symétrie invariable, il n’avait d’yeux que pour elle.

Ce soir-là, Aeri avait rapporté son bandeau. Il était magnifique, d’un métal poli autour d’un morceau de tissu brun. Le signe de village revigorait un peu plus le superbe enseigne. Il l’avait simplement félicité avec un argument cynique, comme s’il était jaloux. Il ne l’était pas, non. Mais la plaque argenté reflétait la lune et l’éblouissait. Elle lui avait fait part de son bonheur et il l’avait rejeté, comme s’il était enchaîné et que jamais, oh non jamais, il ne pourrait vraiment lui dire « oui ». Isei se ressassa maintes et maintes fois dans sa tête cette scène et combien le bandeau de genin pouvait redorer le sourire d’une femme. Comment elle retirerait ses menottes et qu’elle l’emmènerait loin, très loin. C’était ça pour lui, ce qu’offrait une telle promotion.

La liberté.

L’aspirant termina de scruter le ciel bleu qui donnait à l’académie un air de jardin d’enfant, une magnifique pelouse sur laquelle on avait envie de passer ses journées à frapper dans un ballon puis à rentrer pour étudier, transpirant, en sueur, mais l’agréable sensation de transformer ces journées monotones en de superbes aventures pédagogiques. Il passa les grandes portes de bois et déboula dans le grand hall d’entrée où une atmosphère paisible y régnait et s’imprégner dans les regards comme dans les sourires. Quelques fonctionnaires allaient, ça et là, et d’autres étudiants courraient pour rejoindre les cours, en retard. Il était dix heures passé et Toraneko ne serait pas contente. Pas contente du tout. Mais après tout, il avait une bonne excuse. Son entraînement d’hier soir avait pris un peu plus de temps qu’il ne l’avait imaginé. Les minutes étaient passées sans que jamais elles ne s’arrêtent et l’enfant n’avait plus compté le nombre d’essais qu’il avait tentés, échec sur échec, jusqu’à ce qu’enfin la réussite vint reluire son visage transpirant. Malgré son affinité pour les illusions, affinité bien jeune et bien fragile en vérité, Isei n’avait pas délaissé son corps pour autant. Dans les rues et sur les toits des grands immeubles de Konoha, il courrait gaiment, endurant le plus possible les chocs que le relief lui ordonnait de subir. Les séances physiques n’avaient jamais été qu’une simple formalité même s’il ne s’imaginait pas encore frapper dans le vide à longueur de journée comme les cours de Taijutsu le conseillaient, et finir par ressembler à Minato. Il sourit à cette idée. Le chuunin avait l’air d’un sympathique bonhomme, mais il se demandait encore comment les chaises sur lesquelles il se laissait tomber après une intense série de pompes et d’abdominaux, résistaient à la charge et ne cédaient pas sous le poids des muscles noueux que sa peau cachait avec peine.

Il traversa le hall avec une tranquillité intrigante et dévisagea une à une les personnes qu’il croisait. S’engouffrant dans un couloir un peu plus sombre il déboula finalement devant la petite cour qui précédait l’un des amphithéâtres et s’apprêta à frapper sur la porte de bois qui le séparait de l’autorité façon Toraneko et de l’air vivifiant de l’Académie. Une main légère se posa alors sur son épaule et le surpris. La voix de Yamiyo s’éleva dans les airs et finit de faire taire la peur qui meublait le visage de l’aspirant. Il se retourna, arborant un sourire à la fois soulagé et joyeux. Sayuri lui avait dit quelques jours plus tôt que le professeur était occupé ailleurs. Elle n’avait pas précisé ni où, ni quand il reviendrait mais Isei ne s’attendait pas à revoir l’adolescent de si tôt. D’un hochement de la tête il souhaita le bonjour avec respect sans se défaire de se sourire nerveux qui lui collait aux lèvres.

Yamiyo - Salut bonhomme.

Il s’était souvenu de son nom. C’était une grande marque de respect que Sayuri avait eu beaucoup de mal à tenir - mais il ne lui en voulait pas vraiment. Cela ne faisait que renforcer la joie de l’aspirant shinobi à retrouver celui qui avait prononcé devant lui pour la première fois le mot « Genjutsu ». C’était aussi le premier à lire dans son cœur avec autant de justesse et si rapidement. Il se rappela que dans les premières fois pas forcément agréables, Isei ne s’était jamais senti aussi mal que ce jour-là, et que Yamiyo avait fait la connaissance du Nagashi le jour où sa vie basculait. Quiconque découvrait que le chakra coulait à flot côte à côte avec son sang, sentirait ce malaise un peu particulier. Chez certains, il se transformait sans retenue dans une forme de joie intense. Chez d’autres, les conséquences qui en découlaient étaient trop lourdes pour arborer ne serait-ce que l’esquisse d’un sourire. Le mensonge n’était pas chose appréciable. Isei ne l’accepta simplement pas.

Yamiyo - Tu comptes vraiment rentrer dans cette salle ? Tu sais quel monstre s’y cache ?

L’air étonné et amusé, Yamiyo rencontra avec une certaine retenue le « oui » hilare d’Isei. Il aborda une moue désabusée la porte et posant sa main sur la poignée, l’ouvrit. La surprise qu’il fit à Toraneko ne semblait pas être si heureuse qu’il ne l’avait imaginé. En fait, malgré leur statut social au sein de cette académie, la juunin n’avait jamais voulu voir en Yamiyo qu’un simple adolescent, un peu doué, certes, mais un adolescent tout de même. Avec tout ce que cela impliquait de dégradant et de jugements. Un jour, le Shimizu lui avait rétorqué dans un accès de colère qu’elle n’avait qu’à arrêter un peu de travailler, prendre le temps de faire quelques gosses et s’initier à la vie civile et à ses joies, ses peines et surtout ses charmes.

Retenue par l’attention de la demi-douzaine d’autres étudiants qui épiaient cette situation avec intérêt et amusement, la juunin ne dessina qu’une grimace immonde au rictus tendu et froid. C’était sa manière de répondre au « bonjour » hypocrite du sourire poussé mais bien joué du juunin ; sa manière de lui répondre autrement qu’en le terrassant en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Puis, se reculant d’un pas, elle trouva la bouille attendrie d’Isei. Il crut qu’elle exploserait.

Toraneko - Je peux savoir ce qu’il fait là, avec toi ?

Yamiyo s’avança de quelques pas mais ne referma pas la porte derrière lui. Il ne comptait pas rester.

Yamiyo - Simple concours de circonstances.

Toraneko - Il est en retard. Tu sais ce que ça signifie ?

Yamiyo - Allons, peut-être ne venait-il simplement pas.

Toraneko prit une pause fâcheuse, repliant ses bras sous sa petite poitrine et grimaça encore un peu plus. Isei ne pouvait supporter son regard, violent. Comme s’il lui lançait de furieux éclairs. Le sourire de l’adolescent s’éteint sur son visage et reprit son calme habituel. Malgré le bandeau de Konoha qui cachait ses yeux amorphes, Yamiyo saisissait les moindres émotions qui se dégageaient du grand amphithéâtre vide, ce qui rendait les choses bien plus faciles encore pour l’illusionniste.

Yamiyo - Je voulais te parler de quelque chose mais… je crois que j’ai oublié. J’emmène Isei, on va faire un petit tour.

Toraneko remarqua la mine surprise de son étudiant et en conclut facilement que, comme elle, il apprenait de vive voix l’entreprise du juunin. Elle ne dit rien et soupira, fatiguée. D’un hochement de la tête elle se retourna vers ses étudiants et reprit la phrase qu’elle avait coupée dans l’espoir de voir apparaitre la bouille d’Isei et de connaître la bonne excuse dont il était question. Aeri avait prévenu son ami, il en faudrait un béton. Et tous les deux ils l’avaient préparée, rendant l’étudiant plus en retard encore qu’il ne l’était déjà. Yamiyo sourit et sa main chercha sans peine l’épaule de l’enfant. Lorsqu’il la trouva, il l’entraîna vers la sortie et referma la porte derrière lui. Un fin filet d’air s’extirpa de sa bouche. Isei imaginait l’adolescent avec ses deux yeux fonctionnels, un gros clin d’œil à son égard. Il aurait aimé le remercier mais Yamiyo le précéda d’un « je t’en prie » amusé.

Il ne posa pas de question et le suivit. C’était avec une joie sincère qu’il avait retrouvé celui qui avait lu son cœur avec tant de justesse, mais la joie se disloquait en un bonheur intense lorsqu’il apprit qu’il l’emmènerait avec lui pour cette longue journée et le sauverait du supplice que son retard lui causerait auprès de son professeur. Parfois, le Nagashi oubliait que Yamiyo était également un enseignant. Son âge, sa gentillesse accouplée d’un calme à toute épreuve et la talent que lui avait conféré sa cécité faisait de lui plus un ami qu’un homme qu’il ne côtoierait seulement pour en retirer le plus de connaissances possibles. Etait-ce réciproque ? Yamiyo ne faisait-il qu’aider un aspirant ninja en peine, et en colère ajouta-t-il pour lui-même ? Ou voyait-il lui aussi, la possibilité de créer plus de liens qu’il n’en fallait au maître et à l’élève pour progresser ?

Yamiyo - Tu peux avoir confiance en moi, tu sais. Je n’ai que dix sept ans et malgré mon statut, je suis encore un enfant. Pas un enfant maternel, mais un enfant du grand monde shinobi. Il y a tant de choses que tu ignores, bien plus encore que je ne connais pas.

C’était, en soi, un syllogisme à la conclusion alambiquée mais Isei ne le coupa pas.

Yamiyo - J’ai dans ma tête bien plus de questions que tu n’en as, Isei. C’est pour cela que j’ai encore moins de réponses. Mais tu verras, toi aussi un jour tu changeras. Et tu découvriras qu’une fois sorti de la protectrice chape de tes parents, tu deviendras l’enfant du monde. Je suis juunin, est-ce que ça fait de moi un élément moteur pour autant ?

Il ne lui laissa pas le temps de répondre et ajouta d’un sourire amusé

Yamiyo - Non, bien sûr. Alors toi et moi, laissons de côté les protocoles d’usage. Je serais le maître, toi l’élève, mais il n’y aura rien d’autre que la technique qui nous différenciera. En guise de ma bonne foi je vais t’amener là où peu ont réussi à aller.

Isei répondit d’un sourire et se laissa faire. Ils traversèrent le centre-ville dans une marche rapide et arrivèrent enfin devant la grande Mairie de Konoha où les bureaux de l’Hokage se protégeaient derrière un grand dôme de bois rouge. Il n’était pas sûr de bien comprendre ce que Yamiyo comptait faire mais il avait confiance en lui. Pour le moment du moins. Et puis, il lisait en lui comme dans un livre, le doute n’avait donc pas de place. Il ne trouvait rien de honteux à douter, mais il ne voulait pas qu’il ressente cette hésitation dans son esprit. Parce que Isei n’avait qu’un souhait : que Yamiyo se livre à lui autant que ce dernier pouvait pénétrer son esprit et y débusquer les moindres souvenirs. D’un côté, c’était dangereux et malsain, mais sa confiance pour lui ne diminuait pas pour autant. Ils passèrent finalement derrière le grand bâtiment et continuèrent leur marche sur un chemin étroit et sinueux qui s’infiltrait dans la roche. Il était si fin qu’une personne n’ayant pas connaissance de ce passage ne saurait le trouver. Il se mêlait à la roche si bien que par endroit, Isei les crut perdu. Mais Yamiyo ne cessait de marcher et malgré sa cécité il n’hésitait pas, avançant un pied, puis l’autre, lentement. Parfois le Nagashi se retournait et contemplait Konoha, toujours un plus petit à chaque fois. Le soleil se rapprochait dangereusement d’eux et sa lumière les éblouissait un peu plus vivement à chaque pas. Puis Yamiyo s’arrêta, soudain.

C’était une toute petite plate-forme de roche qui leur donnait une vue sublime sur le village et sur ses forêts environnantes. De là-haut, on voyait une bonne partie du pays du feu, jusqu’aux grandes montagnes, un peu plus loin. Elles ressemblaient à de petites dents de lait, qu’on pourrait arracher avec deux doigts seulement, mais il n’en était rien. Leur souffle s’étaient perdu au fil de leur ascension alors le juunin décida de faire une petite pause avant de continuer. Il raconta quelques histoires à propos de cet immense rocher qui berçait Konoha chaque matin et chaque soir d’une ombre fraîche et agréable. Il expliquait qu’elle était l’œuvre de très anciens shinobis qui l’avaient crée afin de parer à d’éventuelles attaques, comme un gigantesque mur naturel. Et puis tout là-haut, les autorités avaient accès à de multiples tours de contrôles qui passaient les forêts au crible fin. Lorsqu’ils sentirent leurs poumons se remplir puis se vider à leur volume maximum, Yamiyo décida qu’il était temps de poursuivre leur périple. Mais à la grande surprise, ils ne montèrent plus. Tous deux s’enfoncèrent dans l’obscurité d’un fin passage à même la roche. Ses parois irrégulières et dangereusement aléatoires prouvaient bien que l’étroite grotte n’avait rien d’humain et qu’elle était bien produit de la nature. Ils s’enfoncèrent doucement entre les mailles de pierre blonde et ne cessèrent jamais de respirer l’air humide du chemin calcaire. Quelques minutes, la lumière les éblouit finalement. Elle dévoilait en fait, un véritable paradis naturel dont personne ne pouvait imaginer l’existence…

MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Mar 16 Juin - 13:43

Yamiyo - Bienvenue dans les Carvernes du Khâmen, Isei-kun.

L’inaccessible chemin, l’ascension spectaculaire, la terrasse de roche tout à fait naturelle, le tunnel creusé par le temps et par la nature, les marches que les hommes avaient façonné à leur image, pour un résultat qui valait la peine de se donner à fond dans cette entreprise. Isei écarquilla les yeux, Yamiyo sentit sa joie mêlée à la surprise totale. L’enfant avait devant lui le plus bel endroit qu’il n’ait jamais rencontré. Il se souvenait pourtant des jardins de Konoha, des parcs qui peuplaient le village, parfois discrets mais souvent superbes, et les talus de l’académie, ses grands arbres, ses pare-terres de fleurs et sa pelouse tondue minutieusement, rien n’avait de comparable avec ce qu’avait appelé Yamiyo, le Khâmen. Ce nom lui était inconnu mais l’image qu’il en porterait dorénavant, elle, resterait graver à jamais dans sa mémoire. Le juunin s’écarta du passage et laissa finalement son étudiant pénétrer les lieux.

Ils étaient sortis du labyrinthe de roche une dizaine de minute après y être entré. Ils avaient marché tranquillement, sans qu’aucun problème ne se pose, se suivant l’un l’autre dans l’obscurité du tunnel. Puis Yamiyo avait sourit et Isei releva la tête pour remarquer qu’au fond, il y avait de la lumière. Mais quelle lumière… Il découvrit une petite mare au milieu d’une clairière de roche. Juste au dessus, le toit de roche s’était effondré et ils pouvaient voir le ciel, quelques dizaines de mètres plus haut. Et cette lumière descendait directement dans la goule et se reflétait dans l’eau azurée et pure. Quelques poissons trainaient par là, inexplicablement gros, et des oiseaux se posaient sur les branches de petits arbres qui entouraient la clairière et profitaient de l’onde pour satisfaire leur soif naturelle. Entre les troncs pas plus gros que leurs bras, de nombreux buissons aux grandes feuilles vertes sortaient de sous terre, peuplant le camaïeu de baies rouges, bleus et jaunes ; quelques tulipes et d’autres jonquilles poussaient rapidement, étalant de magnifiques et gigantesques feuilles orangées, rouges ou jaunes. La lumière qui perforait l’eau et qui y ricochait s’en imprégnait, si bien que l’incandescence qui faisait de ce lieu, un espace magique, empruntait toute sorte de couleur. Isei écarquilla les yeux et crut plonger dans un rêve dont il n’avait jamais eu connaissance. Ce lieu existait-il ? Au sourire de Yamiyo, oui, il en conclut qu’il était bien réel, caché dans les grandes falaises de Konoha.

Yamiyo - Ces cavernes ont un long, très long passé. Mon senseï m’y avait emmené, il y a longtemps maintenant, j’avais à peu près ton âge. C’était son maître lui-même qui avait commencé la tradition et jamais le Khâmen ne tomba entre des mains sales. Il fait partie de mon patrimoine.

Il sourit un peu plus et ajouta

Yamiyo - Notre patrimoine.

Isei - Tout ça est naturel ?

Le juunin pouffa d’un rire amusé.

Yamiyo - Oui. Si l’homme avait construit un tel lieu, je ne douterais plus de sa nature. Heureusement, personne n’est capable de crée telle beauté. Je suis aveugle, mais chaque fois que je pénètre ici, c’est comme si je retrouvais la vue. Le Khâmen est un site magique, je lui dois beaucoup.

Je luis dois énormément, pensa-t-il pour lui-même.

Ils finirent par s’avancer, pas à pas, évitant de perturber le cycle naturel qui se décomposait ici, et qui semblait un peu plus fragile qu’au dehors. Yamiyo s’assit prêt de la mare et y plongea ses pieds, déchaussé. Avec un certain plaisir il s’allongea sur ses coudes et soupira de bonheur. Parfois Isei si le juunin n’enviait pas les hommes, leur regards, leurs deux yeux globulaires. Il le lui avait expliqué, c’était une illusion, un mensonge des sens et la cécité révélait la vérité sur l’humanité. Les couleurs, les textures, la peur, le courage, trop de sentiments dépendaient directement de leurs capacités à interpréter visuellement une situation. Un mendiant évoque le dégout, l’odeur pestilentielle qui en dégage rappelle la pauvreté et provoque la pitié. Un corps mort demande vengeance, l’absence d’âme fait apparaitre la tristesse. Les choses fonctionnaient ainsi pour Yamiyo. Il le savait, il avait appris à comprendre les sentiments, à sentir les émotions et les ressentiments. Au simple souffle d’un homme il lisait son cœur comme un autre aurait lu son regard. Les yeux pleurent. Le cœur lui, crie.

Isei grimpa sur quelques rochers et plongea son regard dans l’eau, transparente et si belle. L’eau provenait sûrement de la pluie qui s’écoulait le long de la cheminée de roche les grands jours d’intempéries. Puis il remarqua très vite un petit dégagement où l’onde coulait doucement. Elle s’enfonçait lentement dans les minéraux rocheux et les creusait, les polissait pour élargir son chemin. Dans un milliers d’année, ce petit trou pas bien plus gros que son doigt serait un véritable canal et la magie qui émanait du Khâmen ne serait plus. Eteinte, comme beaucoup d’autres endroits féeriques de ce monde. Et si la nature ne faisait pas son travail assez vite, l’homme trouverait le moyen de polir la surface du monde à son image et détruirait la fontaine d’une jouvence nouvelle. Et Konoha, peut-être bien aussi.

Khâmen. Ce nom l’inspirait même s’il ne savait pas à quoi s’en tenir. Cela ressemblait à un lointain personnage, un être aussi puissant que les couleurs de cette clairière de roche, qui aurait bâti de ses mains de constructeur et de créateur chacune des parcelles des cavernes et à sa mort aurait transmis ses pouvoirs au site, afin de se défendre de l’extérieur et d’offrir à ceux qui y pénétraient avec succès un cadeau inestimable. Isei sourit et se dit qu’il aborderait le sujet en temps voulu avec son professeur.

Isei - Yamiyo-senseï, comment puis-je être certain qu’il ne s’agit pas d’une de vos magnifiques illusions ?

A cette idée, il sourit.

Yamiyo - Le jour où je serais capable de créer cela, je ne serais plus là, à parler avec toi bonhomme.

Isei - Et moi je n’aurais plus besoin de vous alors ?

Il répondit en rigolant :

Yamiyo - Oui, c’est à peu près ça.


Isei n’arrivait pas à imaginer ce jour-là, si il devait réellement se produire. Tout ce que Yamiyo pourrait lui apprendre serait là, entre ses mains. Il serait sûrement bien plus gradé qu’il ne l’était actuellement. Etrangement cet avenir-là lui plaisait. Yamiyo lui plaisait et malgré sa cécité il restait un formidable exemple. Pouvait-il copier ce chemin-là ? Isei en doutait et quelque part au fond de lui, il devinait que le juunin n’avait pas eu une vie facile. En fait, il se demandait vraiment si les ninja pouvaient avoir ce genre de vie-là. C’était tout de même une expérience poussée à l’extrême, où les entraînements peuplaient les journées, des heures et des heures durant. Et lorsqu’ils ne s’entraînaient pas assez, ils mourraient jeunes, très jeunes. Tout cela Isei l’ignorait et Yamiyo ne cessait de sourire devant l’ignorance de l’enfant dans lequel il se retrouvait curieusement. Le juunin avait insisté pour qu’on lui expliquer, qu’on lui ouvre le monde avec violence. Il pensait qu’un choc suffirait, qu’il s’en remettrait et qu’il serait à jamais immuniser contre la misère humaine et ses déchets. Et puis il avait perdu la vue, et subit toute sorte de souffrances. Des souffrances qui ne venaient que de lui, par cette colère interne et rugueuse qu’il délaissait sur tous ceux qu’il croisait, trébuchant ça et là.

Heureusement, Yamiyo avait rencontré des gens qui avaient fait attention à lui et qui l’avaient aidé. Il avait retrouvé sa confiance perdu en lui-même, et en tous les autres. Cela signifiait aussi, apprendre à ne pas toujours défaire l’homme de ses bons côtés. Et se laisser, parfois, guider par un brin de naïveté qui ne fait jamais vraiment beaucoup de tort… Il leva un doigt tendu et se redresse subitement.

Yamiyo - Hé, on est pas là pour patauger dans l’eau. Le but c’était tout de même de parfaire ta formation.

Isei ouvrit les yeux qu’il avait fermé quelques minutes auparavant et s’assit sur son rocher, un peu en hauteur.

Yamiyo - Ca va peut-être te paraître étrange, mais la technique que je vais t’apprendre n’a rien à voir avec celles que tu imagines. Il y a des bases comme cela que tout bon shinobi doit connaître sur le bout des doigts.

Yamiyo se leva et s’étira longuement. Puis il sortit ses pieds de l’eau et se tint-là, debout, juste devant l’onde plate et azurée. Lorsque ses bras se rabattirent le long de son corps et qu’il finit de bailler, se mit en mouvement et fit un pas en avant. Isei suivait avec attention son professeur, sans comprendre réellement ce qu’il entreprenait, l’objectif de son déplacement. D’autant qu’il allait replonger dans l’étang, sans même s’en rendre compte. Il ne pouvait concevoir que sa cécité lui faisait défaut, même les yeux fermés l’étudiant pourrait sentir la présence de l’eau, là, juste devant lui. Pourtant Yamiyo ne s’arrêta pas et sa jambe se leva, droite. Son pieds se posa sur la surface de l’eau et ne plongea pas. Il restait collé sur l’horizon transparent, rejoint par l’autre jambe. Il écarquilla les yeux. Il lui fallait bien cela, mais une nouvelle fois il se rendit compte à quel point la vue était trompeuse. En théorie, ce qu’il venait d’exécuter était tout bonnement impossible pourtant l’adolescent se tenait droit, sur l’étang. Il marchait sur l’eau et il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer. La faible dose de chakra qui émanait de lui sortait de ses pieds mais Isei ne pensait pas rationnel que leurs simples capacités de shinobi puissent permettre de défier les lois de la nature.

Le Shimizu se relança et se mit à marcher, puis à courir. Il effectuait de temps à autres des petits bonds qui l’enfonçaient de quelques centimètres dans l’onde mais toujours il rebondissait dessus et flottait comme une bouée remplie d’air. Quelques pirouettes et d’autres galipettes amenèrent même Isei à sourire devant le spectacle qu’il lui offrait. Puis, stoppant le processus il se tourna vers l’étudiant et d’un hochement de la tête, le mit au défi de l’imiter. Isei sourit à l’idée de s’effondrer dans l’étang, les deux bras devant, les pieds toujours au contact du fond rocailleux de la zone aqueuse. Il retira sa veste et son haut brun puis défit ses claquettes pour se rapprocher de Yamiyo. Son pied s’avança vers la cible et il y trempa son pousse, avec le même entrain qu’à l’accoutumée.

Isei - Elle est bonne.

Yamiyo haussa les épaules et sourit un peu plus.

Yamiyo - Oui, heureusement pour toi.

MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Mer 17 Juin - 2:37

Isei se laissa dicter par sa propre conscience et son instinct de survie, chose qui ne lui avait jamais fait défaut. Entraver par des illusions qui faisaient de lui un homme parmi les hommes, marcher sur l’eau ressemblait étrangement à défier l’autorité de dieu et à se lever face à lui et lui couper les deux pieds de sa magnifique chaise pour le faire basculer de sa stèle d’honneur et ainsi prendre sa divine place. La physique avait ses règles, la nature en avait d’autre et le chakra restait cet élément exceptionnel que peu d’étudiants étaient amenés à cerner au cours de leur première session à l’académie.

Aeri subissait le succès de plein fouet et la veille au soir, elle et son équipe était partie s’entraînait quelque part dans la grande forêt du pays du feu. Ils ne partaient pas loin assurait-elle. C’était une simple expérience afin de sortir de l’enclave que formaient les grands murs de pierre du village et de son dôme de chakra. Ils s’entraîneraient toute une semaine durant et elle reviendrait ensuite, sûrement exténuée et éteinte. Peut-être n’aurait-elle-même plus la force de monter sur les toits pour regarder la lune, mais il la porterait, il le lui avait promis.

Isei, malgré ses nombreux défauts, avait confiance en eux. Pas en leur relation, non c’était bien trop prématuré pour parler même de véritable amitié mais curieusement ils tenaient l’un à l’autre et se revoir ne serait pas un supplice. En fait, il souffrait plutôt de la savoir loin, et lui seul dans ses modestes exercices au chakra. Elle était douée, il le devinait, dans ses yeux pourtant humbles. Alors chaque soir ils se racontaient leur journée, du commencement jusqu’à leur rencontre et ils comptaient les points. Souvent Aeri l’épatait, expliquant le fonctionnement de techniques dont il ne se rappelait plus le nom, mais Isei faisait beaucoup de progrès avait-elle notée pour elle-même. Il travaillait dur et chaque soir elle caressait avec sa main de soie, la nuque éreintée du jeune enfant. Il n’avait que onze après tout, et tout comme Yamiyo, Aeri avait parfaitement conscience de ce que cela demandait pour lui. Physiquement d’abord, parce que le corps d’un enfant n’était pas prêt à endurer de telles séquences. Et psychologiquement, évidemment.

Il travaillait sans relâche mais Yamiyo avait fait en sorte que cela soit plus agréable qu’à l’accoutumée. A première vue, l’aspirant avait placé son regard inquiet sur l’étang et avait retiré son pied de la surface liquide de l’étang. Avec attention, Isei avait essayé de calquer son professeur mais l’eau avait eu raison de lui : sa jambe s’était enfoncé dans l’eau jusqu’au mollet. Son chakra s’était évaporé très rapidement et Yamiyo avait sourit d’une telle séquence. Ce n’était pas la meilleure, bien entendue. Bientôt il l’obligea à mettre les deux pieds, joints. Isei aurait réellement aimé croiser le regard confiant du juunin mais de regard, il n’en avait pas, sinon cette plaque de métal qui recouvrait ses yeux perdus dans l’obscurité pour tout jamais. Alors Yamiyo ne cessait de sourire calmement, d’adopter une attitude sereine et apaisante, comme il avait l’habitude de faire en réalité. Tout son calme se retrouvait dans sa démarche, lente mais assurée, et dans son sourire, confiant.

Le bruit de l’onde l’amusa. Il s’accroupit à la surface de l’étang d’un cyan lumineux et étincelant puis plia ses jambes. Il souleva ses bras et posa un à un ses coudes sur ses genoux fins et osseux. Isei avait souvent renouvelé ses appels pour son professeur mais celui-ci ne bronchait. Comme s’il paraissait important que l’aspirant ne trouve par lui-même les réponses à cette énigme et comme si celle-ci ouvrirait les portes de bien d’autres problèmes auxquels il faudra également trouvé des réponses. La nécessité de la réussite lui sauta finalement aux yeux et Isei décida de manier son chakra avec un peu plus de concentration et de précision. Toraneko était une bien piètre pédagogue, personne ne doutait cela, mais les valeurs qu’elle inculquait n’étaient pas les plus idiotes qui soient. Sa communication laissait à désirer et si, comme Sayuri, elle mettait un peu plus d’envie à partager ses savoirs, toujours dans le travail, le respect et la concentration, peut-être n’aurait-elle pas à essuyer de durs revers quoi que peu fréquents. Isei n’avait pas décidé de faire l’impasse sur ses cours même sa situation actuelle le discréditait complètement à ses yeux. Comme toute femme, Toraneko avait son honneur et comme tout membre de l’espèce humaine, il était difficile d’y passer outre.

Isei s’était étalé une nouvelle fois plein corps au fond de l’eau et se demanda si réellement d’honneur il était question. Yamiyo semblait prier, invoquer il ne savait quel esprit, tout seul dans son coin sur l’onde. L’heure passa rapidement et Isei ne semblait pas progresser. Il n’était pas plus désordonnée ni plus démotivée qu’au début de l’entraînement mais il pataugeait, simplement. Le juunin décida finalement de prendre la parole, ayant pour conséquence directe de faire tomber son élève de surprise. Pour la énième fois.

Yamiyo - Dis-moi, comment te représentes-tu le village ?

Isei se releva et passa une main dans ses cheveux afin de les défaire des nombreuses gouttes d’eau qui les alourdissaient. Surpris par la voix de son professeur et par la question en elle-même, il le contempla quelques secondes, l’onde jusqu’aux genoux. Yamiyo ne paraissait pas tendu ni intrigué. Dans son sourire il y avait toujours la même envie d’étonnement, de nouveauté et de changement dans la plus silencieuse et le plus calme des situations. Le Nagashi hésita quelques secondes, réunissant son esprit parti dans l’étude du chakra et de son application sur l’eau et regroupa quelques idées. D’un signe de la main, il lui indiquait qu’arrêter ses exercices pour parler n’était pas une bonne idée et qu’il ne dormirait pas mieux en sachant qu’il faudrait remonter les marches du Khâmen pour continuer son entraînement le lendemain.

Isei - Je n’en sais trop rien. C’est une entité qui nous a toujours protégés, ma famille et moi, qui nous a proposé un toit, un travail et de quoi vivre paisiblement.

Yamiyo sourit un peu plus, satisfait de cette réponse sincère.

Yamiyo - C’est noble de ta part de me répondre avec honnêteté, Isei-kun. Mais, ta vision de Konoha n’a-t-elle pas évoluée depuis quelques jours ?

Isei - Vous parlez sûrement de mon entrée à l’Académie.

Yamiyo - Probablement, oui.

Le chakra afflua dans ses pieds sans qu’il n’en fasse réellement attention. La surface, comme endormie, rendait la chose un peu plus facile qu’elle ne l’aurait été sur une des rivières zigzagantes dans les grandes forêts du village, mais ne donnait pas à l’aspirant toutes les clés nécessaire à son entière réussite. Pourtant Isei cessait peu à peu de se laisser dicter par son chakra et déporta lentement son énergie sur ce qui semblait intéresser son professeur : c'est-à-dire lui. Ses envies, ses passions, ses craintes et ses haines, ce qu’il ressentait, et comment il le ressentait ; ce n’était pas qu’il aimait que l’on s’intéresse à sa personne, mais il appréciait le geste et concevait cela comme une véritable marche de plus dans leur relation un peu moins protocolaire que celle qu’il avait tissée avec Toraneko ou avec Sayuri - qui malgré son charme certain, restait une dangereuse et lointaine tigresse.

Isei - Je ne devrais pas répondre à cette question.

Un tel choix étonna Yamiyo.

Yamiyo - Pourquoi cela ?

Isei - Parce que je considère qu’un ninja doit servir son village, et qu’il serait légitime que celui-ci lui donne toute sorte de missions. Dans cette ambiance-là, avoir un avis sur ce qui ressemble à un supérieur n’ait jamais bon.

Il souffla et reprit sa respiration habituelle, lente, calme.

Isei - En tant que civil, vous connaissez ma position. J’ai peur de ne plus en être un.

Yamiyo - En tant que militaire…

Isei - En tant que militaire, je n’ai pas à porter de jugement sur mon village. Je le sers, et on attend que je fasse mon travail avec sérieux et concentration.

Yamiyo finit par sourire, une nouvelle fois satisfait par la réponse de son élève. Non, il ne portait pas d’à priori sur son contenu, mais désirait plus que tout savoir si ce dernier resterait honnête envers lui où s’il déguiserait sa réponse en un raisonnement basique et commun à nombre d’entre de ces collègues qui étaient, de manière simple et brève, que Konoha était cette terre sainte que tous avaient attendus, et qu’ils avaient trouvés dans leur joie la plus intense. Ils vénéraient le village sans pouvoir dire pourquoi mais Yamiyo sentait bien que dans leur cœur à tous, il le haïssait. La position d’Isei restait quant à elle très flou. Si l’aspirant était clair dans ses propos il semblait que cette situation pouvait évoluer à tout moment, en bien ou en mal. D’un certain point de vue, il s’était déchargé de toute responsabilité en cachant son avis sous une couverture officielle. Mais Yamiyo avait préféré interpréter cela comme de la pure ignorance.

Le jeune homme n’avait simplement pas pu lui dire avec exactitude ce qu’un enfant qui découvrait depuis quelques jours à peine les méandres de l’art du combat et de la vie de shinobi pouvait penser de son village. Alors il en était resté sur cette réponse plutôt favorable. Konoha avait beaucoup fait pour nombre de familles du Pays du Feu, qui aujourd’hui encore, lui étaient redevable d’avoir sauvegardé, sinon leur vie, au moins leur honneur. Le chakra du Nagashi mit un terme à sa réflexion. Il renforça le sourire du juunin qui n’ajouta rien mais qui sentait ce changement se propulser au sein même de l’organisme de son élève. Ce dernier rompit le silence qui avait rapidement repris ses droits. Le Khâmen laissait très peu de place à l’écho, comme s’il absorbait les moindres notes du son et ne laissait à l’octave aucune chance de s’y propager.

Isei - Si ce n’est pas trop indélicat de ma part Yamiyo-senseï, j’aimerais beaucoup vous retourner la question.

Le bougre, il apprenait vite ! Le juunin s’étira langoureusement se reporta sur le Nagashi.

Yamiyo - Tu peux, bien sûr. Mais je ne te promets pas d’y répondre.

Isei - Ce sera de vous à moi, et ne sortira pas de ces cavernes. Comme le tombeau de nos secrets.

Il aimait énormément cette idée. Comme s’il l’avait péché dans son esprit, au plus profond de son âme. Yamiyo avait toujours espérer trouver le bon filon pour perpétuer l’histoire du Khâmen. Et comme son professeur s’était lié d’amitié avec lui, quelques années auparavant, Yamiyo atteignait enfin un objectif qu’il s’était donné. Les cavernes du Khâmen prenaient leur importance dans sa vie et dans celle d’Isei. Il leur devait bien ça.

Yamiyo - Très bien, je satisferais ta curiosité.

Son sourire s’éteint et ses lèvres lui adressèrent quelques mots dictés avec sérieux et avec précision. Lentement, le juunin exprima son point de vue sans délaisser son contrôle sur le chakra d’Isei.

Yamiyo - Konoha m’a également beaucoup aidé. C’est une question que tu as du te poser, Isei-kun, et si tu n’as pas osé l’élever jusqu’à moi, je vais cependant y répondre. Il inspira longuement. Je n’ai pas toujours été aveugle. Lorsque j’étais enfant, un peu plus jeune que toi, j’avais mes yeux et je buvais le monde, ses couleurs, ses naissances et ses décès. Et puis je suis tombé malade et j’ai tout perdu. On a très vite découvert que ma maladie ne pourrait être soignée, pas même par les médecins envoyés par Konoha. Konoha m’a accepté tel que j’étais et m’a redonné un peu d'espoir.

Il inspira lentement et finit par ajouter

Yamiyo - Je n’ouvrirais jamais plus les yeux, mais grâce à toutes ces années de travail, j’ai retrouvé la vue. Et c’est le plus inestimable cadeau que l’on m’ait fait. Je dois beaucoup au village pour cela.

Il n’eut pas le courage d’ajouter que c’était ce qu’il faisait en ce moment-même, et pour encore de nombreuses années par le travail de professeur l’avait finalement conquis. Ce n’était plus vraiment une dette, ni un tribut, aussi moral soit-il, mais bien un service que Yamiyo rendait au village et qu’il se promettait à lui-même. Une chance comme une autre de partager son expérience avec d’autres et de faire d’eux les meilleurs éléments possibles. Et les meilleurs hommes qui soient, surtout. Puis le juunin leva le visage vers celui d’Isei, et l’affligea d’un grand sourire dévoilant une rangée de petites dents blanches. Il se tenait debout. Sur l’eau, bien sûr. Isei, surprit lui-même d’une telle avancée se défit de la stabilité de son chakra qui avait provoqué sa réussite et tomba au beau milieu de la mare du Khâmen. Une dernière fois.

Yamiyo s’étira encore un peu, comme accablé d’une fatigue nerveuse, et reprit la parole, amusé.

Yamiyo - Il y a une leçon à tirer de tout cela bonhomme : le chakra n’est pas nécessairement quelque chose que tu dois contrôler par toi-même. Laisse ton instinct mener la baguette, laisse-le te guider. Toi et moi avons beaucoup parlé, mais en te détournant de ton objectif principal tu as finalement trouvé la clé de la réussite. Tout n’est pas physiquement écrit, tout n’est pas logique, en tant qu’aveugle je peux te l’assurer avec sincérité.

Isei sourit et finit par fermer les yeux. Il remonta doucement à la surface, propulsé par une force qu’il découvrait pour la première fois. Son chakra s’était finalement habitué à la présence de l’eau et sans être véritablement dosé par sa propre volonté, il s’y était acclimaté. L’étudiant sourit, puis se déporta au bord de la rive où il s’assit, laissant ses mollets flotter au bord de l’étang. Avec une certaine touche de plaisir.

Il était déjà midi, et le soleil pénétrait le Khâmen de toute sa splendeur. Il était juste au dessus d’eux, ses rayons traversant le ciel pour descendre en ligne droite sur leurs visages calmes et reposés. La journée ne faisait que commencer.
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MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Mer 17 Juin - 10:23

Isei : +42 XP

MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Dim 21 Juin - 13:22

Midi sonnait. Les fleurs s’ouvrent et s’épanouissent, les arbres étendent leurs longues ramures et les feuilles vertes couvrent le sol de la lumière. Une odeur douce et fine s’immisce entre les ruelles, monte dans le ciel et enivre le plafond bleu de ses pincettes roses, jaune et oranges. Konoha charme. La vie n’en est que plus agréable pour tous. L’eau qui coule en bas des falaises scintille de milles feux. Chaque goutte reçoit les rayons du soleil comme un cadeau. Elles les reflètent et les partage avec le monde qui les entoure toutes. Un océan de plaisance illuminé par l’espoir, voilà ce qu’était le village, Isei aimait se le rappeler de temps à autre.

Yamiyo resta en bas. Il suivait à l’oreille l’escalade de son jeune élève qui montait, mains et pieds nus, la grande cheminée que l’eau creusait depuis le début des temps et montrait au Khâmen les plus belles instances de la vie. Isei avait insisté : il voulait atteindre sa cime. Yamiyo avait sourit et n’avait opposé aucune objection à cette entreprise. La vie était une suite de découvertes et d’expériences. Celle-ci serait sûrement l’une des plus belles qui soient. Isei posa la paume de sa main sur le plateau des grandes falaises de Konoha et expira le peu d’air qui gonflait ses poumons. Satisfait, il retrouva le sol rocailleux qui soupesait son corps avec une certaine pointe de satisfaction et s’y assit, les jambes balançant leurs petits pieds dans le vide du Khâmen. Il resta là quelques minutes, à observer Konoha, ce petit insecte dans un océan de verdure. Oui, le village était risible vu de si haut. Seule la tour Hokage pointait le bout de son nez avec une insolente prétention. Son toit rouge et bombé se détachait de la centaine d’immeubles droits et carrés qui se morfondaient dans l’horizon. Le soleil tendait son doigt vers le Nagashi, adressant un bref sourire chaleureux. Il descendit alors de descendre et de ne pas profiter plus de ce que le Khâmen offrait sur son crâne, cime superbe.

Yamiyo ouvrit son sac et sortit quelques bol et une boite de plastique qui, lorsqu’il l’ouvrit, dégagea une alléchante odeur de bouillon de légumes frais et de nouilles cuites à la vapeur. Les boulettes de riz qui accompagnaient l’agneau juste grillé faisaient finalement pâle figure, mais Isei se délecta de les laisser fondre dans sa bouche. Yamiyo profitait d’autant plus des saveurs qu’il lui était impossible de poser ses yeux sur les condiments et de jouir de la blanche rondeur du riz, du brun mielleux de l’agneau ou du jaune terne des nouilles rectangulaires, larges mais courtes. Mais tout aveugle qu’il était, sa langue, ses doigts, son nez, chacun de ses sens se mettait en émoi pour capter la moindre émotion, saveur, le moindre parfum, arôme. Chaque texture se décomposait entre ses doigts fins et sur sa langue rosée. Isei posait son regard sur l’adolescent et souriait du plaisir qu’il prenait à se nourrir. Quelle était l’utilité de manger quelque chose qui n’était pas beau ? Ou qui ne sentait pas bon ? Mais dont tous assurent de la perfection de son gout ? Isei ne trouvait pas. Alors il respectait un peu plus Yamiyo pour la confiance qu’il donnait à son flair et à son toucher, son ouïe.

Les deux ninjas trempèrent s’assirent sur l’eau et finirent de manger avec sérénité et tranquillité.

Isei - Vous m’avez beaucoup parlé de vous Yamiyo-senseï.

Yamiyo sourit et avala une nouvelle boulette de riz avec plaisir.

Yamiyo - C’est vrai. Mais je sais beaucoup sur toi aussi. Qu’attends-tu de moi ?

Isei - Que vous m’appreniez encore un peu plus que ce que vous êtes vraiment.

Yamiyo - Il n’y a rien de plus intéressant que ce qu’un ninja devient au fil du temps. Mon histoire est personnelle, elle ne te concerne pas. Pour le moment en tout cas. Par contre, j’ai encore beaucoup à partager avec toi.

D’un menton, il désigna une zone un peu plus caverneuse, à l’abri du ciel, des vents et des courants froids. A l’ombre du soleil, l’antichambre de roche ferait un lieu idéal pour un quelconque camp. Isei sourit à cette idée même s’il ne préférait pas comprendre ce que cela signifiait vraiment.

Yamiyo - Je vais être franc avec toi, dit-il la bouche pleine. Etre ninja, ce n’est jamais un idéal. Et quand il l’est tout de même, cet idéal s’évanouit très vite, ou se transforme en un cauchemar dont on bataille pour sortir. Vous… Vous voyez tout de vos yeux d’enfants, de vos mains d’académiciens. Et nous, professeurs, nous devons vous former pour que vous obteniez ce bandeau.

Du bout du doigt, il pointa l’insigne du village qui cachait ses deux yeux éteints.

Yamiyo - Mais ça… C’est bien trop lourd pour un simple enfant. Tout ce que cela impliqué, nous ne vous y préparons pas. Alors… Il arrêta de mâcher quelques secondes et se figea. Alors si je ne peux pas t’ouvrir les yeux, ce qui serait stupide de ma part, je vais faire en sorte que tu aies les clés pour comprendre ce monde par ton propre regard.

Isei - Que voulez-vous dire ?

Yamiyo avala une grande cuillère de bouillon de légume dans lequel plongeaient ses nouilles. Puis il afficha un large sourire dévoilant ses deux rangées de dents et conclut fièrement.

Yamiyo - Je vais faire de toi une véritable machine de guerre, Isei-kun, annonça-t-il en haussant peu à peu la voix. Je vais t’enseigner tout ce que je sais, jusqu’à ce que tu puisses tuer un homme sans l’aide de personne, jusqu’à ce que tu puisses te défendre de toutes les attaques que ce monde te portera.

Isei - Je ne comprends pas votre discours, Senseï…

Yamiyo défit son visage et reprit l’air calme et tranquille qui le caractérisait tant et qui semblait mettre en confiance son jeune élève. Il lui avait certainement peur et c’était ce qu’il voulait. Ouvrir les yeux, l’aveugle devait-il le lui proposer, lui qui n’avait jamais pu regarder le monde par ses couleurs, ses teintes, ses ombres et ses lumières ?

Yamiyo - Nous allons rester ici de longues journées. Nous allons nous entraîner et faire de gros efforts, physiques et spirituels. Ce sera épuisant, ce sera haletant, mais je veux faire de toi une force que personne ne pourra ignorer. A ce moment-là, et à ce moment seulement, tu pourras te faire ta propre idée de ce monde.

C’est tout ce que je te souhaite, murmura-t-il tout bas.

Ils finirent rapidement leur repas. La tension qui s’était évanouie aux pieds des falaises de Konoha reprenait ses droits. Isei sentait son professeur absent, sans vraiment comprendre l’objectif d’une telle ambition. Ses seules rencontres avec lui avaient été d’une sagesse et d’une tranquillité qui l’avaient assagi. Le Nagashi devait beaucoup à son professeur. Peut-être même lui devait-il la vie, mais ce renversement de situation remettait au gout du jour des questions qu’il pensait enfoncée à jamais.

Cette vie qu’il mène, ce sont des séries de retournements. Yamiyo en connaissant tant qu’il ne pourrait les listes tous. L’air sérieux, il se leva. Lentement, il posa ses affaires sur le sol et avala une dernière boulette de riz. D’un pas léger il revint sur l’eau calme et plate et tendit son bras gauche. Isei essaya de se concentrer et d’oublier les paroles que l’adolescent avait prononcées, mais ce n’était pas ce qui paraissait le plus facile. La soudaine expulsion de chakra le prit au dépourvu et il imita son professeur en se levant. La lumière envahit le Khâmen et l’éblouit durant quelques secondes. Lorsqu’elle se tût, Isei jeta son regard sur ce bras, où la main avait condensé tout le chakra qui s’était diffusé alors. Un shuriken composé de bien plus grandes pales sortit de nulle part. Le juunin le faisait tourner dans sa main, chatouillant sa paume blanche. Puis ses deux pieds se tendirent et dans une lente rotation, le fuuma shuriken fut propulsé vers Isei, béat.

L’arme disparut dans un nuage de fumée. L’enfant n’aurait pas réagit, il serait resté là, et aurait attendu que les grandes lames de la mort ne le découpe. Mais Yamiyo avait attendu bien assez longtemps pour que sa création ne s’efface pas une fois lancé. Le chakra se dissipa et Isei reprit ses esprits.

Qu’est-ce que c’était ?

Yamiyo - Voila une façon concrète d’utiliser son chakra. Modeler les lignes, les remplir, réaliser physiquement un objet avec ton propre chakra, ça ouvre des horizons. Ici, le but est de créer une arme de type shuriken afin de la lancer sur ton adversaire.

Il retendit son bras et lentement concentra son chakra. Dans sa main il émanait cette puissance bleue que Yamiyo ne pouvait pas voir à proprement parler, mais qui le rendait si habile avec. Dans un nuage de fumée, un shuriken plus petit que le précédent, apparut dans le creux de sa main. Il ressemblait en tout point à celui qu’Isei avait acheté quoi qu’il doutait de son réel impact. Sentant cette petite pointe d’hésitation dans le souffle de son élève.

Un sourire meubla son visage blanc et jeune. Il s’empara de l’arme avec hâte, de sorte que le chakra ne se libère pas trop tôt, et l’enfonça dans son bras. Quelques gouttes de sang se mêlèrent à l’onde, bleue.

Isei écarquilla les yeux, abasourdi.

Yamiyo - C’est une arme, tout ce qu’il y a de plus réel. Tu dois simplement l’utiliser… très rapidement. Sinon le chakra s’évaporera et ton adversaire… ne subira que le souffle de cette explosion.

Le Nagashi faillit sourire mais il n’en prit pas le temps. Il se mettrait à l’action et, imitant son professeur, se leva sur l’eau et tendit son bras gauche.

Le chakra, fluide imprévisible et aléatoire, il était là, il le sentait venir. Il ressemblait à cette grande marmite de riz au curry que cuisinait sa grand-mère lorsqu’il était petit : elle lui rappelait avec insistance qu’il importait peu de connaître la puissance du feu, il faudra simplement l’arrêter au bon moment.

Tout est question de timing.

MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Sam 27 Juin - 20:14

Alors petit vaurien, on continue de ne jamais écouter ce que disent les adultes ? Hé, nous t’avions prévenu pourtant, nous avions émis nos craintes face à tes limites. Ces mêmes limites qui te poussent aujourd’hui à te demander : es-tu vraiment fait pour cela ? Es-tu prêt à devenir ninja ? Cela implique de ne vivre que pour soi-même, d’apprendre à tuer et recevoir la mort. Philosophie moderne, hé !

Si c’est ça, le doute, alors Isei en rit. Il repoussa d’un revers de la main imaginaire l’hésitation qui l’assaillait et donna un peu plus de place à la confiance, ce sentiment qui repousse les limites. Parlons-en, tiens, de ces limites. Le chakra en offrait de belles, mais aussi puissant et aléatoire soit-il, il reste une simple monnaie que l’on contrôle, que l’on diffuse et dont on se sert pour parvenir à ses fins. Le monde avait décidé de l’utiliser à bon escient, et c’était déjà assez beau pour ne pas être totalement vrai. Isei n’était pas certain d’assimiler cette vision des choses, mais l’idée était là, bien ancrée.

Ce monde n’était définitivement pas mauvais.

Vrai. On aurait pu créer des groupes terroristes, user du chakra à des fins personnelles et former des bataillons entiers prêts à commettre le génocide de ces imbéciles qui ne n’ont la main mise sur rien. Même plus sur leur vie. On découvrirait le gêne de la puissance, on le clonerait et on l’accouplerait avec plein d’autres micro-substances telles que l’ambition, l’orgueil, la violence. Ce chakra n’existait pas, les scientifiques qui le berneraient non plus, et tous ces villages qui se cachaient derrière leur talus naturels et la réputation qu’incarne leur nom fait obstacle au simple projet qui serait : allez petit, apprend, et tue-le. Tue-le bien comme il faut. Demain tu verras, ce monde sera pour toi.

Isei sourit une nouvelle fois. Puis une troisième, sûrement parce que Yamiyo essayait de décoder chacune de ses sensations, chacun de ses mouvements, devinant avec pertinence qu’il se tramait dans la tête de son élève une bataille morale dangereuse. Mais il n’y arrivait pas, et cela le mettait en rogne. Oui, c’était assez amusant pour qu’Isei en exprime une certaine fierté.

Le chakra effleura plusieurs fois la peau de sa main. Il s’y condensa avec plus ou moins de précision mais le Nagashi n’arriva jamais à ses fins. Plusieurs fois un nuage de fumée lui avait redonné ce semblant d’espoir qu’on aspire tous à voir brûler dans nos yeux, pour qu’enfin, de violence en violence, dangereuse pulsion meurtrière, le talent et le génie se découvrent, et que d’un seul mouvement de la main, refermant sa poigne sur l’autre avec une telle force, on aperçoit la sentence finale et victorieuse de l’ennemi, mort derrière soi.

L’eau les soutenait dans leur inlassable combat, sans que jamais elle ne fléchisse, ou ne les sente vaciller. L’exercice devenait donc plus complexe. Se maintenir à la surface faisait partie de l’entraînement en lui-même. Faire en sorte de séparer son chakra en deux doses équivalentes afin de travailler sur deux projets différents relevait de l’épreuve. Je n’aurais jamais assez d’énergie pour maintenir les deux, lui avait-il lancé au bout de quelques heures. Et, techniquement, ce n’était pas une mauvaise remarque. Yamiyo lui sourit et se jeta sauvagement dans l’eau. Le choc remua l’étang d’habitude calme et causa le remous qui ferait que, décidemment non, concentrer son chakra en deux endroits différents ne serait pas une tachd facile. Les mains du juunin cherchèrent aveuglément la surface et lorsque sa tête sortit des profondeurs, il reprit soudainement sa respiration.

Yamiyo - Tu te trompes bonhomme. Tu penses que tu ne sauras jamais maintenir deux telles techniques, mais elles sont ridicules en comparaison à ce que je te sais capable de faire.

Il sortir de l’eau et s’assit doucement sur le rebord rocheux mais poli.

Yamiyo - Contrairement à beaucoup d’autres aspirants, tu possèdes une immense réserve de chakra. Elle est enfouie, quelque part en toi et il n’y a rien de plus normal. Un jour tu sauras comment puiser à pleines mains dedans. Il s’étira langoureusement. Alors ne te fais pas de soucis et patiente.

L’avenir. Comment le lisait-il si bien ? Peut-être n’était-ce pas du tout ce qui allait se passer et que Isei ne possédait que de très faibles capacités, ce qui ne prévalait rien de bon quant à l’art qu’il décidait de pratiquer. Le Genjutsu. Toraneko le leur avait expliqué : rien de physique, tout dans l’esprit. Et l’esprit demande de l’énergie. Enormément d’énergie.

Le jour tombait plus vite que nulle part ailleurs dans le Khâmen. Lorsque le soleil passait midi, il arrosait de multiples cavités qui éclairent tout au long de l’après-midi la clairière principale. Mais une fois le soleil atteignant l’horizon, ses rayons s’essoufflaient et l’intérieur même des falaises tombait dans un noir d’abord agréable, bientôt des plus ténus. Il faisait encore relativement clair, mais Yamiyo s’allongea rapidement et se laissa porter par le son de l’eau qui goutte le long des parois de calcaire. S’il n’était pas aveugle, Isei devinerait avec facilité qu’il s’endormait vers des cieux plus agréables ; mais son bandeau sur les yeux, il n’est alors question que d’une simple position de repos.

Le faible sifflet d’air qui s’extirpait de sa bouche lui mit cependant très vite la puce à l’oreille.

La nuit passa très vite. Quelques heures, à peine. Les fleurs se rouvrirent, les arbres s’étendirent de toute leur superbe majesté, et le parfum envoutant qui émanait de cette nature endormie se réveilla peu à peu. Le juunin parut contrarié, toisé par la nature reine. D’un bond, il se leva. Repositionnant son bandeau juste au dessus de son petit nez aquilin, le contact des rayons du soleil dégagea chez lui la confirmation qu’il était bien ce matin-là, ce matin nouveau, annonciateur d’une journée nouvelle. Le chakra se condensait à ses côtés avec cette petite touche inhabituelle et surprenante qui faisait toujours plaisir. L’ombre du shuriken le mit en alerte ; il recula d’un pas.

Le « pouf » sonore s’éteint sur le mur de roche juste derrière lui. Isei se laissa tomber dans l’eau, exténué.

Isei - Fini. J’en peux plus.

Yamiyo - J’ai dit que c’était terminé ?

Moue dubitative. Grosse envie de lui coller mon poing dans la tronche en ayant pleinement conscience qu’il l’éviterait avec une agilité qui lui est propre. On ne peut pas tout avoir dans la vie. J’avais les mains, il avait les réflexes et l’ascendant, donc.

Isei - J’ai passé la nuit à réaliser cette… minuscule… étoile… de métal… qui n’existe… pas.

Yamiyo - Félicitations.

Ah, tout de même.

Yamiyo - Mais il n’y a rien d’exceptionnel à cela. En fait, une nuit c’est un peu long même, je pensais que tu trouverais le temps de dormir un peu, pour que cette journée soit aussi riche d’enseignements que la précédente.

Mon poing se serre. Rofl, prendre ça pour des encouragements. Encouragements. Encouragements. Merde, il vient de faire fondre le peu de motivation qui me restait : sa propre satisfaction.

Le juunin entame un espèce de rire saugrenue, presque moqueur qui laisse Isei de marbre, figé par une incompréhension latente.

Yamiyo - Allez ça va, j’ai très bien dormi si ça t’intéresse.

Merci. Merci milles fois.

Yamiyo - Une nuit, c’est très bien. On va enchaîner sur une petite technique qui ne te posera normalement que très peu de problèmes après ce que tu viens d’assimiler.

Isei - Cool.

Dormir…

Isei - En quoi consiste-t-elle ?

Yamiyo - C’est à peu près… la même. Plus simple, probablement.

J’adore sa logique.

Yamiyo sortit un petit shuriken d’une poche extérieure de son pantalon de combat et le tint en équilibre sur son index. Il faisait cela avec une saisissante facilité, lui dont le premier sens faisait défaut. Tournant autour de son ongle comme une toupie sur un parquet ciré récemment, la petite étoile de métal reflétait les quelques rayons de lumières qui traversaient les nombreuses cavités du Khâmen. Lorsqu’il atteint sa pleine vitesse, Yamiyo décida de le lancer, ce qu’il fit avec une adresse qui, elle, lui était particulière. Dans un nuage de fumée et une légère étincelle de chakra fluide et volatil, un second shuriken apparut d’on ne sait où. Isei avait bien idée, oui, surtout après ce que l’adolescent lui avait montré de cette capacité à cloner les armes de combat à distance.

Elles s’enfoncèrent dans le mur de calcaire. La seconde finit par disparaitre de la même manière qu’il était apparu.

Ca ne devait pas être bien difficile. Je n’y repasserais pas ma prochaine nuit cependant.

Yamiyo - Même méthode, sauf que tu as là le sujet devant tes yeux prêt à être… copié. En aucun cas tu ne pourras créer un clone différent de l’original cependant.

Trop simple sinon, pensa-t-il si fort que le jeune Nagashi en sourit.

D’une main, il s’empara de l’arme. Le courant froid qui poussait son dos hors de l’eau le surprit. Dans un tremblement succin et soudain, il sortir de l’eau et regarda son propre reflet dans la lame. Elle était, certes petite, mais vive, légère et stable. Son tracé dans le vent restait équilibré quelque soit la trajectoire et les données plus ou moins variables qui l’entouraient. Son pouce flirta avec le tranchant d’un noir grisé, et s’y retira très rapidement sous l’effet d’une possible coupure.

Yamiyo - Tu imagines les ravages que tu pourrais faire en copiant deux ou trois fois une arme plusieurs fois plus grande et plus pénétrante que ce simple… petit shuriken moribond ?

Evidemment. La puissance qui émanait de ce combo me frappait de clarté. J’en avais presque peur.

Isei - A peu près, oui.

Yamiyo - Alors essaye, finit-il par conclure, la mine sérieuse.

La concentration en chakra était à quelque chose près la même que la technique précédente, l’objectif se ressemblant point pour point. La difficulté résidait simplement dans le fait qu’il faille copier rapidement un objet en mouvement et en interaction avec l’environnement, mais le socle de cette copie était déjà toute donnée ce qui allégeait la chose d’une concentration un peu plus abondante. Il suffisait de reproduire le shuriken et pour cela il n’était plus nécessaire de créer des limites de chakra, de moduler sa concentration sur les bords et de modeler son intensité dans l’air pour créer de toute pièce une arme nouvelle et utilisable à souhaite. Il la lancerait, et puis dans sa course, il dédoublerait l’étoile de métal. Le premier essai ne fut pas concluant mais Yamiyo ne rajouta rien au silence qui s’était proclamé roi dans le Khâmen - et qui le rendait tant calme et agréable.

D’un geste ample du bras, le juunin lui renvoya l’arme. Isei se concentra, saisit le shuriken et sans réfléchir, l’envoya vers son professeur. Là il ancra profondément ses pieds dans le sol blanc et réalisa deux signes en liant rapidement ses mains. Chèvre. Ce dernier tao était une référence pour tous les aspirants de l’Académie. Isei apprit très vite que de manière générale, il était d’une grande aide, donner au chakra la forme souhaitée et s’il ne mâchait pas tout le travail - ce qui ne serait pas bien amusant en vérité - il permettait d’en faire une petite partie qu’on ne refusait jamais. Bientôt, le Nagashi s’était promis d’oublier ce maudit signe dont il dépendait. Ce qu’il détestait, dépendre de quelque chose ou de quelqu’un… Dans un nuage d’une fumée opaque, l’arme se confondu et lécha la peau du juunin qui n’avait fait qu’un pas pour esquive l’attaque.

Yamiyo - Boarf, deux essais. Pas drôle.

Hein ?

Il rit.

Yamiyo - Tu sais, dans notre branche, la patience et la concentration sont des qualités nécessaires et que j’apprécie particulièrement. Je n’aime pas vraiment presser les choses, mais j’avais oublié à quel point ces techniques étaient si… faciles.

C’est sûrement un génie. A dix sept ans, on n’est pas juunin et professeur à l’académie sans posséder une brève touche de talent. D’autant que l’adolescent est aveugle. Mais bordel, qu’est-ce qu’il reste grisant.

L’arme revenait dans les mains du Nagashi, un fin sourire narquois sur le bord des lèvres. Le shuriken retraversa l’air et se dédoubla, une nouvelle fois. Mais Isei, toujours ancré sur son socle de pierre, effectua quatre signes de plus. Son chakra se morfondit dans l’air et pénétra violemment dans l’esprit du juunin, sans qu’il ne montre un signe de conscience particulier.

Isei - Tejina, dit-il se bas que Yamiyo ne put l’entendre.

L’écho du chakra se répandit dans tous les Khâmen. Et Yamiyo sourit.
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MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Sam 27 Juin - 21:11

Isei : +28 XP

MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Jeu 2 Juil - 0:50

On a tous notre petit jardin secret, cette magnifique clairière entourée d’un ruisseau azur où flottent quelques pétales de roses blanches ou noires. Ce lieu magique à l’air pur. Les arbres y sont épais et touffus, mais jamais ne s’offusquent de la présence du soleil. Ce soleil même, qui illumine l’herbe verte et fraîche, il donne au rouleau vert ce semblant de sérénité. Il chatouille la peau mais ne pique jamais. Une petite brise d’air frais nous entoure, elle nous lèche doucement la nuque mais jamais elle n’effraie. Le contact froid qu’on sent près de nos chevilles, ce sont les pierres grisées et blanches qui entourent un morceau de terre brûlé. Là, le feu égaille nos soirées, il les rend à la mesure du site dans lequel on les vit. Notre petit jardin secret est un pays unique. Chacun le confectionne, chacun le façonne et souvent, très souvent, on s’y retrouve avec plaisir.

Isei avait toujours eu son jardin secret. Il y entassait ses plus beaux secrets, ses découvertes et ses expériences, toutes magnifiques. Il y avait là le récit d’une vie et c’est certainement ce qu’il trouvait de génial dans son parc à lui : chaque soir le relire un peu pour penser à ce que son imagination inventera demain. La seule crainte qui se défilait à l’horizon était qu’on le pille. Qu’on entre-ouvre le livre de sa vie et qu’on y plonge avidement le regard, des mains sales déchirant chacune des pages. Ce serait impardonnable.

Yamiyo - Pourquoi as-tu choisi de pratiquer l’illusionnisme, Isei-kun ?

Il n’en savait rien. Lui, non. Mais inconsciemment Isei répondait à énormément de question qu’il se posait lui-même, que son père lui posait, que le monde lui demandait de poser. Parfois, il aimerait simplement avoir les réponses, parfois il préfèrerait qu’on ne les lui pose pas. C’était ça, grandir ? Avoir la possibilité d’esquiver, de feinter et de voir dans un point d’interrogation une nouvelle porte de sortie ?

Isei - Je n’en sais trop rien.

Yamiyo sourit et secoua ses petits pieds blancs dans l’étang. L’eau, habituellement plate, se crispa, quelques ondulations à peine visibles se défilant à sa surface.

Yamiyo - Il y a toujours une raison. On fait tous des choix, un jour ou l’autre. Pourquoi t’es-tu dirigé vers cette voie, ou pourquoi n’es-tu pas allé vers les autres, c’est exactement la même chose. Ce qui importe c’est l’explication.

Yamiyo était un fabuleux professeur. Patient, calme et généreux, il écoutait sans cesse les gens. Parfois, il les écoutait même sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte. Oui, Yamiyo ne pendait pas à la bouche de ceux qui l’entourent, il sonde chacun de nos cœurs, chacune des âmes avec respect. Sa cécité y était pour beaucoup, du moins était-ce qu’il avait expliqué à Isei. La sagesse, ce n’est pas inné, ça se comprend, on la rencontre, on lui parle puis on l’adopte. Yamiyo prenait une place dans son jardin secret ; Isei rêvait d’être comme lui. Il ne savait ni comment, ni pourquoi, mais quelque chose l’attirait. Cette place s’étendait chaque jour un peu plus. Elle encerclait celles de ses parents et bientôt, elle les étoufferait.

Isei - Cela ne demande-t-il pas des sacrifices, n’implique-t-il pas le doute, le regret, l’échec ?

Yamiyo sourit.

Yamiyo - Si, bien sûr.

Isei - Alors qu’y a-t-il de positif à prendre une décision si celle-ci n’amène avec elle rien… rien de bon ?

Le juunin laissa sa tête tomber entre ses deux épaules, dévoilant un coup blanc et fin. Son sourire s’accentua d’une petite teinte de satisfaction. Si son regard était encore, il l’aurait sûrement posé sur lui et Isei aurait pu lire dans ses deux pupilles tout l’espoir que Yamiyo portait en lui.

Il soupira, et continue de battre des pieds quelques secondes. Puis il soupira encore et se décida enfin à délivrer Isei de ce terrible silence.

Yamiyo - C’est ce qui nous rend vivant, Isei.

Il s’était finalement tourné vers lui, et ses lèvres avaient remué langoureusement ces quelques mots, comme s’ils étaient brassés, décomposés et puis réécrit dans une langue si belle qu’elle ne pouvait qu’être écoutée. On n’écrit pas la vie, finalement. On la boit, la sent et la ressent mais ce ne sont que de simples sentiments. De simples sentiments qui rendaient la vérité si complexe. Du haut de ses onze ans, Isei ne comprenait pas l’absolue conviction qu’avait Yamiyo à lui expliquer qu’il n’y avait pas de choix que l’on ne puisse pas regretter. La simple idée de se voir croquant dans cette poire rend finalement la pomme qu’on a entre les mains si abjecte qu’on la laisse de côté. Et on se réfugie dans un nuage irréel. Un jardin secret.

C’était peut-être bien ça, l’enfance. Ce drap charnel qui nous entoure et dont on a pleinement conscience. Mais on s’y sent si bien. Le duvet est doux et chaud, protecteur. Il nous couve, nous et notre petite clairière magique où sont entassés les moindres souvenirs de notre existence. Les bons, le plus souvent. Les mauvais sont rapidement refoulés dans une case de la mémoire que l’on verrouille mais que l’âge abime, que le temps rouille et qui cède, quelques années plus tard. Yamiyo ne voulait pas creuser le paradis du Nagashi, il savait à quel point c’était important pour lui, comme pour tous les autres enfants de son âge. Au plus profond de lui-même, il le regrettait, lui et son insouciance, sa candide nature.

L’âge ne nous rend pas plus fort. Il nous donne simplement quelques clés pour éviter de nous essouffler en tours de magie.


¤¤¤



Yamiyo - Plus de chakra. Tu dois concentrer plus de chakra, plus fluide, limpide. Brise mon esprit, Isei, brise-le. N’hésite pas.

C’était rare, mais Yamiyo se fit surprendre. Il fut lui-même étonné qu’une telle chose soit possible. Si un jour cela devait arriver, il espérait en mourir, devant un personnage plus fort que lui. Mais non, la providence lui avait offert un élève plein de richesse et lui, comme quelques deux autres personnes, avaient fait du calme plat de l’âme du juunin, une véritable tempête. Heureusement, la bourrasque ne souffla qu’une petite seconde. C’était déjà trop, soit, mais Yamiyo en sourit.

Isei avait effectué la seule altération qu’il connaissait, celle que Toraneko lui avait enseignée, quelques jours auparavant. Il remarqua avec une certaine satisfaction qu’il l’arborait à merveille. Mais pour lui-même, il préféra mettre en doute les qualités d’enseignement de sa confrère plutôt que le talent de son jeune élève.

Yamiyo - Essaye de te concentrer sur moi et non sur ton arme. Ensuite, tu pourras la lancer.

Isei sourit. Il aimait cela. Son chakra s’évanouit dans les puissantes cavités du Khâmen. Isei écouta son écho avec une oreille attentive. C’était ce que lui demandait Yamiyo après tout, l’écouter, à travers son propre chakra. Contrairement à Toraneko, le juunin n’avait crée aucune barrière mentale et se laissait pénétrer à la guise du Nagashi. Ils ne cessaient de courir, mais plus rien ne se mettait en travers de la route de l’enfant, sinon quelques roches polis par le temps et le sourire amusé de son professeur. Alors il comprit.

Il pénétra l’esprit de Yamiyo avec une facilité effrayante. Isei regarda son âme s’étaler devant ses yeux dans un calme plat, un calme déconcertant. On pourrait lire en lui aussi, aussi aisément ? On pourrait scinder ses rêves, ses souvenirs ? Quelqu’un arriverait à comprendre ses envies, ses passions ? L’image de Yamiyo enfant, dix ans plus tôt, lui indiqua que oui. Il crut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Isei - L’illusion…

Il déglutit difficilement.

Isei - …est la seule voie qui puisse préserver mon âme.

Quelques larmes perlèrent ses yeux durant quelques secondes, puis disparurent. Yamiyo sourit, heureux. La vérité lui faisait toujours plaisir. A sa manière, ouvrir les yeux était un défi de tous les jours, mais ceux des autres étaient tellement plus passionnants.

Isei avait ce jardin secret auquel il tenait énormément. Jamais il ne laisserait quiconque s’en approcher. Même si pour cela, il fallait tuer.

MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Sam 4 Juil - 15:55

Il y a souvent dans nos croyances un peu de naïveté. Comme une voix qui nous susurre la vérité - une vérité - qu’on entend à peine - qu’on entend tout de même - mais dont on rit au nez. S’il fallait toujours vérifier ce que en quoi on croit, aucun homme sur cette bonne terre ne prendrait jamais de risque. Dans l’équation, le facteur humain restait un nombre entre un et cent. C’est peu, diraient certains. Certes. La probabilité qu’il soit le bon reste tout de même infime. Un petit centième pour éviter la lame qui se profile entre vos deux yeux, un autre petit centième pour enfin conclure avec cette si jolie femme que vous charmez depuis des jours. Un ridicule centième qui rend la vie si belle.

Palpitante.

C’était peut-être la plus grande leçon de Yamiyo. Il ne la cédait que rarement, mais lorsque la céder faisait partie de ses plans, alors le cours de morale se transformait en une véritable philosophie de la vie. Répondre au pourquoi, ou au comment, voilà l’un des nombreux défis de la vie. Certains diraient qu’il suffit de laisser le temps faire les choses de lui-même, de combler peu à peu les trous pour qu’enfin de l’enfance, l’adulte ne se souvienne que du sein de la mère qui l’a porté, ou des coups que lui donnait son père. L’un comme l’autre, c’était plutôt malsain. Pourquoi attendre que la providence ne cède ses pions, pourquoi ne pas faire le premier pas, agir, tendre la main lorsqu’on pose une question, se jeter dans l’eau sans en connaître ni la profondeur ni les courants ? Pourquoi ne pas mourir pour savoir si l’on vit vraiment ? Peut-être parce que cela peut rapidement devenir mortel. Et la boucle se boucla.

Isei lécha le mur de la paume de ses mains. Sur le plafond rocheux, il scrutait son professeur qui courrait, sur le sol. Il se détacha de la paroi rocheuse et accéléra, la tête à l’envers.

Isei - Est-ce une bonne réponse ?

Yamiyo - Est-ce « la » bonne réponse, c’est ça la question, répliqua-t-il immédiatement.

Quelle était la différence ? Merde, encore une autre question. Elles défilent, je n’en peux plus. Pourquoi personne ne veut y répondre ? Mon père, ma mère, ils se cachent tous derrière quelque chose, dérobant la vérité de son socle moteur. J’ai mes propres interrogations de ce que représente ce monde pour moi, de ce que je suis et de ce que je vais devenir, parce que le passé m’importe finalement peu. Je connais parfaitement ce que j’étais, et si je semble ignorer apparemment beaucoup de ce que Nagashi porte réellement sur son dos, comme bagages, je n’en ai cure. Ce qui n’est pas pardonnable, c’est qu’on me mente.

Etait-ce « la » bonne réponse, répéta-t-il au plus profond de lui-même. Cela signifiait-il qu’il ne pouvait pas y en avoir plusieurs, qu’un fait ne pouvait s’expliquer que d’une seule façon, la meilleure apparemment. Isei secoua la tête de droite à gauche lentement, comme s’il voulait se persuader qu’il se trompait. Yamiyo courrait toujours, et il courrait vite. L’enfant évitait tant bien que mal les irrégularités de la roche mais comme un débutant, son chakra ne lui permettait pas de survoler les cavernes du Khâmen. L’eau avait fait son petit beau de chemin mais sur le plafond, elle n’avait pas poli, elle s’était cristallisés en d’immenses stalactites de terre et de poussières. Il se faufilait en eux avec la même préoccupation : était-il juste envers lui-même ?

Yamiyo - Allons, ce n’est qu’une formalité. Et contracte un peu plus ton chakra, il est encore un peu mou.

C’était vrai. Isei, attiré par ses propres songes et par l’éventualité de découvrir de nouvelles techniques, se méprenait quant à la possibilité d’allier les deux dans une course effrénée, la tête à l’envers, les pieds sur le plafond d’une immense caverne qui plus est. Le juunin ne manqua pas de le lui faire remarquer. Il corrigea instantanément le tir. Isei cligna soudainement des yeux, décrivant sa cible avec quelques empreintes de chakra qu’il avait laissé sur elle, il la suivait et ne la lâchait jamais des yeux. Il s’imprégna totalement de l’aura de son professeur et se concentra dessus.

Le shuriken partit une nouvelle fois. Yamiyo était bien trop rapide et attentif pour céder à la panique aussi ne fit-il qu’un bref pas sur le côté, désaxa ses épaules et s’écarta de la trajectoire de l’arme.

Yamiyo - Kso…

Oui, son pied aurait du se décaler d’une demi douzaine de centimètres sur la droite. Il aurait entrainé avec lui son buste et lorsque son épaule tomberait légèrement, ce serait tout son corps qui se déporterait. L’étoile d’acier lui frôlerait le bout du nez, mais après tout, ce sont ces risques qui rendent l’exercice si palpitant. Tout cela aurait du arriver. Mais l’air du Khâmen se densifia, bientôt il suffoquerait. L’impression que ses pieds s’enfonçaient peu à peu dans la roche était désagréable mais il la combattit du mieux qu’il put. L’ambiance chaude et humide qui régnait subitement dans les cavernes mettait ses mouvements à l’épreuve. Comme si on décidait de lui coller à la peau plusieurs dizaines de kilos de chaires en plus.

Yamiyo sourit.

Yamiyo - Je connais cette sensation…

Isei releva doucement la tête, intrigué.

Isei - Hein ?

Pourquoi ne bougeait-il pas ? Pourquoi Yamiyo restait-il là, sur place. L’adolescent s’envolait au moindre coup de vent, comment se faisait-il qu’il donne l’impression d’avoir pris un tel poids qu’il ne put le déplacer correctement. L’étoile de chakra qu’il avait lancé sur son senseï fissurerait sa peau s’il n’esquivait pas. Ce ne serait pas une blessure bien grave, mais il ne lui était jamais vraiment venu à l’idée qu’un jour il puisse ne serait-ce que le toucher. Conscient qu’une bonne majorité des aspirants ninja vénéraient leurs professeurs, l’enfant n’arrivait pourtant pas à imaginer que cela se passerait ainsi. Il était si lent…

Yamiyo se dégagea au dernier moment. Son chakra s’évanouit doucement dans la nature et la fraicheur du Khâmen se colla peu à peu sur sa peau. Il soupira, heureux de retrouver ce lieu magique tel qu’il l’avait toujours connu. Isei posa les deux mains sur la roche et bascula ses jambes au dessus de sa tête. L’aura bleuté qui le maintenait au mur se dissipa et d’un bond il posa les deux pieds sur le sol.

Isei - Vous avez un problème Shimizu-senseï ?

Yamiyo - On dirait bien oui.

Son sourire ne disparut pas.

Yamiyo - Et malheureusement, il semblerait que ce soit… toi.

Isei n’exprima aucune émotion. Son visage brun était retenu par une pression qui devenait, à mesure que les secondes s’écoulaient, insoutenable. Son regard, effrayé, cherchait en vain celui de l’adolescent jusqu’à ce qu’il rappelle qu’il avait une nouvelle fois oublié que Yamiyo était un aveugle et que dans son regard il ne trouverait absolument rien, sinon le blanc du froid, le noir du vide et le gris de la neutralité. Bref, rien de bien intéressant pour une personne en quête de sentiments. De sentiments et d’explications. Le Nagashi ferma les yeux.

Ressentir autrement qu’en épiant le monde de nos prunelles corrompues, c’était la première leçon du juunin. Jeter son dévolu sur les choses qui nous entourent par un aspect totalement nouveau, bien que surprenant, n’était jamais facile. Il lui suffirait de lire son cœur. Mince, il avait déjà tellement de mal à lire le sien, comment pourrait-il deviner que dans l’âme de Yamiyo coexistait un mélange de plaisir et de satisfaction et non l’envie sadique de faire de chacun de ses élèves un morceau de viande. Manichéenne logique, certes, mais les choses étaient à peu près ainsi dans la tête d’Isei où le noir et le blanc se mêlait avec hétérogénéité. Yamiyo lui avait dit qu’il fallait faire un choix mais Isei n’avait jamais vu que deux solutions, deux idées, deux conseils ; le bien ou le mal.

Il souriait.

Isei - Au risque de me répéter… Hein ?

Yamiyo soupira.

Yamiyo - Les techniques que tu viens d’utiliser se ressemblent énormément. Tejina est une altération temporelle.

Isei - Qu’est-ce que ça signifie ?

Yamiyo - Il existe quatre types d’illusions. Le domaine des souvenirs utilise le profond de ton âme, le domaine de la douleur est une souffrance spirituelle, le domaine des émotions reste plus physique et déclenche dans ton cortex cérébral toute sorte de dysfonctionnements qui ont des conséquences plus ou moins dangereuses.

Il reprit calmement sa respiration.

Yamiyo - Enfin le domaine du temps joue sur l’interprétation et l’approximation des cadences par l’œil humain. Tejina réduit le nombre d’image que ton adversaire voit, aussi tu peux lui cacher un certain nombre d’informations. Les deux autres techniques que tu viens d’utiliser donnent à l’adversaire d’être plus lourd, plus lent, comme si le temps s’arrêtait quelques millièmes de secondes. Ce sont des petites choses qui sont très importantes dans un combat.

Isei s’assit et soupira de soulagement. Il ne mourrait pas dans les bras d’un adolescent fou aujourd’hui. Curieusement, il pensait à cela, alors que les découvertes qu’il avait faites aujourd’hui restaient très certainement les plus grandes de sa vie. Mais dans un petit coin de son esprit le Nagashi pensait déjà à l’avenir. Très loin dans le futur, lorsqu’il serait à la place de Yamiyo, il repenserait à cette sensation de bonheur qu’il devrait vivre ici, et tout cela lui paraitrait si loin, si vide de sens. Combien d’aventures allait-il vivre jusqu’à ce jour ? Combien d’expériences viendraient se greffer sur celles-ci pour peu à peu les recouvrir. Et il oublierait ces si appréciables séances avec Yamiyo Shimizu.

Yamiyo - Alors, tu as réfléchi ?

Isei cligna des yeux, comme s’il se réveillait, endormi dans un monde extérieur. Dans son propre monde.

Isei - Hein ?

Yamiyo - La bonne réponse, tu l’as trouvé ?

Isei haussa les épaules.

Isei - Je ne sais pas. Je ne pensais pas à cela.

Ah, répondit Yamiyo. Un « ah » discret dont les seules traces résidaient dans le mouvement rond de ses lèvres.

Isei se préoccupait de l’avenir. Peut-être parce que l’avenir lui-même le préoccupait et qu’il le redoutait. Et puis il se souvint de cette clairière, de ce lieu magique qui siégeait tout au fond de son âme ; son jardin secret, cette part de lui que jamais il ne voudrait voir saccager, piller. C’était-ici, pensa-t-il. C’était ici qu’ils continueraient de vivre, qu’ils ne cesseraient de sourire et qu’ils joueraient comme au bon vieux temps. Isei oublierait très vite qui il était, qui il est aujourd’hui. Il oublierait Yamiyo, et probablement Aeri. Mais un jour il retournerait au plus profond de lui-même et il redécouvrirait ce qu’il avait été, ses amis, ses ennemis, ses parents, ses professeurs et ses grands amours. C’était ce pourquoi il devait léguer sa vie. Il protégerait la mémoire de tout un monde.

Il finit par sourire, convaincu.

Isei - Je suis sûr d’avoir fait le bon choix Shimizu-senseï.
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MessageSujet: Re: Dans les Cavernes du Khâmen   Dim 5 Juil - 17:43

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