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 Dans l'Ombre du Passé

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MessageSujet: Dans l'Ombre du Passé   Mar 14 Juil - 11:36

Ils n'étaient plus qu'à quelques mètres, si proches et encore si loins de leur trésor.

La chevelure noire de Zakeru masquait partiellement son regard sombre et pénétrant. Son visage creusé n’exprimait quant à lui aucune émotion malgré l’importance de l’instant. Légèrement en retrait par rapport à lui, un Kikuria encore jeune attendait, le cheveu brun et long attaché en queue de cheval haute, et le visage fin et lumineux.

L'ombre du maître atteignait quasiment les pieds de l'élève. Tous deux regardaient fixement l'imposante bâtisse abandonnée aux racines, aux plantes grimpantes, et recouverte d'une épaisse mousse verdâtre, qui se dressait devant eux. Imprimée sur les pupilles de l’élève, elle semblait progressivement recouvrir son enveloppe originelle, se débarrassant peu à peu de cette végétation encombrante et étouffante. Le Temple du Feu comme il l'imaginait au temps de sa splendeur.

A cet instant précis, Kikuria sentit l’excitation parcourir son corps. L'objet de leur convoitise attendait patiemment derrière ces murs ...

***


Les silhouettes de Zakeru et de Kikuria avançaient le long d’un chemin de terre bordé par des champs de riz sous un ciel océan. Le maître et l’élève marchaient au même rythme. En retrait, Kikuria fixait l’horizon trouble qui s’ouvrait devant lui. Il lui arrivait cependant de porter son regard sur les épaules de Zakeru puis de l’abaisser aussitôt comme si de rien n’était.

Leur route les avait conduis dans ces champs perdus au beau milieu des grandes plaines septentrionales de la nation du Feu. De pièce d’or en pièce d’or, les villageois des environs avaient finis par leur céder le nom d’un paysan installé quelque part dans ces plaines, qui d’après leurs dires était le dernier homme dans la région à avoir un jour foulé les marches du Temple du Feu. Même si l’information était à prendre avec des pincettes, Zakeru avait jugé la piste intéressante.

Parti sur les traces du paysan, le duo finit par mettre les pieds dans un vaste domaine agricole où ils ne tardèrent guère à trouver l’intéressé. Celui-ci était penché sur un abreuvoir, occupé à se rincer les mains quand les deux hommes s’arrêtèrent à dix mètres de là.

Kikuria tourna ses yeux vers son maître avec l’intime conviction qu’il s’apprêtait à lui donner des instructions. Ce qui fut en effet le cas. Un simple hochement de la tête de sa part suffit à Kikuria pour comprendre qu’il allait devoir mener les négociations, seul. D’un pas décidé, il avança. Zakeru, impassible, resta sur place.

[Kikuria] – Nous cherchons l’emplacement du Temple du Feu, pourriez-vous nous l’indiquer ?

Le paysan se redressa lentement en détaillant Kikuria de la tête au pied.

[......] – Je suis désolé mais je ne connais pas de temple de ce nom. J’ai du travail qui m’attend, bonne journée.

Kikuria regarda le paysan s’éloigner. Perspicace, il réalisa rapidement que l’homme n’était pas prêt à lui révéler son secret si facilement. Il déploya alors sa main droite, paume tournée vers le ciel, et y fit rebondir une bourse remplie à craquer de pièces d’or. Leur tintement atypique ne sembla pas intéresser son interlocuteur qui poursuivit son chemin.

[Kikuria] – Un paysan intelligent ne sacrifierait pas une seule seconde de son précieux temps pour se laver les mains, s’il savait qu’il les salirait tout juste après. Comme je vous crois intelligent, je dirais que vous mentez et que vous nous fuyez pour des raisons qui m’échappent.

L’homme se figea sur place.

[......] – S’il me plait de me laver les mains entre deux récoltes, je crois que cela ne vous regarde en rien. A présent, partez, j’ai à faire.

Un sourire glissa sur les lèvres de Kikuria.

[Kikuria] – Vous avez tout à fait raison, veuillez nous excuser pour cette indiscrétion. Comprenez simplement que mon compagnon et moi avons fait une longue route pour vous rencontrez, nous nous attendions donc à une plus franche coopération de votre part.

Cette fois-ci, le paysan se retourna et lui lança un regard noir.

[......] – Et d’où êtes-vous en droit d’attendre « une franche coopération » de ma part ?!

Kikuria fit faire un bond de plus à la bourse pour la mettre bien en évidence.

[Kikuria] – Nous sommes prêts à vous offrir un bon prix pour ...

[......] – Je ne veux pas de votre or ! Allez-vous-en !

Un soupire presque imperceptible s'échappa de la bouche de Kikuria. Sa patience commençait à être rudement éprouvée par cet inconscient. Jugeant donc qu’il était temps d’accélérer ses démarches, il sortit une seconde bourse qu’il déposa en évidence à côté de la première.

[Kikuria] – ... un très bon prix pour votre coopération.

Les yeux du paysan s’arrêtèrent momentanément sur les deux bourses. L’hésitation se lisait désormais dans son regard. Mais Kikuria n’avait pas encore abattu sa dernière carte, il avait simplement attiré l’attention de son interlocuteur. Il devait maintenant l’obliger à accepter. Et pour cela, il n’avait pas meilleure solution que de sortir une troisième bourse.

[Kikuria] – Je réitère donc ma question, nous cherchons l’emplacement du Temple du Feu, pourriez-vous nous l’indiquer ?

L’homme sembla hésiter un instant avant de céder définitivement.

[......] – Donnez-moi une carte et je vous dirais où se trouve le Temple du Feu.

Kikuria pivota sur ses talons et fit signe à son maître que l’affaire était conclue. Zakeru sortit un rouleau de sa poche et se décida enfin à quitter sa position. Quelques minutes plus tard, le duo repartait par la route par laquelle ils étaient arrivés.

[......] – Que comptez-vous faire au Temple du Feu, il est abandonné depuis des décennies, vous per ... argh

La voix du paysan s'interrompit brusquement dans un bruit d'étranglement. Une seconde plus tard son corps s'étalait de tout son poids sur le sol.

[Kikuria] – Je crois que cela ne vous regarde en rien. Adieu.

Murmura un Kikuria visiblement ravi.

***


... La relique de Konoha était là, cachée derrière cet enchevêtrement complexe et sauvage de pierre et de végétation. Nul doute que les antiques gardiens du Temple avaient dus employer tous les moyens en leur possession pour la protéger des mains malveillantes.

Kikuria sentit l’adrénaline monter en lui lorsque Zakeru se décida à gravir une à une les marches qui conduisaient au Temple. Quelque chose en son fort intérieur lui murmura de suivre son maître et de détruire le mur qui osait encore leur faire obstacle, mais une voix plus forte, plus affirmée, lui conseilla de ne pas bouger tant qu’il ne lui ferait pas signe d’avancer. Seulement, les minutes s’écoulèrent et Kikuria se lassa quelque peu de regarder la silhouette de Zakeru faire des va-et-vient devant ce qui n’était à ses yeux qu’un simple mur ; soit rien qu’il n’était pas capable de détruire en un seul coup.

[Kikuria] – Laissez-moi détruire un pan de ce mur et nous pourrons rentrer.

Le regard ferme de Kikuria était tourné vers l’homme qu’il considérait presque comme un père. Sa réponse tomba aussitôt, sans la moindre équivoque.

[Zakeru] – Et ainsi prendre le risque de voir s’effondrer tout l’édifice et de perdre la relique ? Non, il vaut mieux éviter. L’entrée doit bien être quelque part ... rejoins-moi et aide-moi à la trouver.

Kikuria fronça légèrement les sourcils, l'air mécontent. Zakeru n'avait-il donc pas confiance en lui ? Le même murmure que précédemment lui conseillait désormais d'agir de son propre chef s'il voulait prouver sa valeur, mais la voix plus forte, plus pressante, lui rappela qu'il devait la vie à son maître et qu'il était certainement plus sage de suivre ses directives.

MessageSujet: Re: Dans l'Ombre du Passé   Dim 19 Juil - 14:04

L’ombre du pouvoir, l’ombre de la force. La force impulsive, la force mentale, la force physique. La force sombre. Zakeru regardait avec un œil à la fois fier et intrigué son jeune élève triompher du présent, écraser le passé et plier l’avenir d’un seul regard. Sa poigne se referme avec encore un peu de maladresse. Tu verras, bientôt, bientôt, tel sera notre crédo : nous ne tremblerons plus.

D’un coup de pied rageur, Kikuria écrasa l’herbe luxuriante qui poussait ça et là, de part en part du chemin de terre qui les avait finalement mené jusqu’à l’entrée du sanctuaire. Il sourit, macabre reflexe. Si encore il avait ce plissement des lèvres réconfortant, d’un blanc agréable ; deux canines qui se cherchaient. Les cliquetis furent sonores.

[Zakeru] - Normal.

Zakeru grogna. Il en fallait plus pour les faire rebrousser chemin. Plus que la simple frayeur qui devait s’emparer d’un visiteur un peu trop téméraire lorsqu’il entendait les lourds rouages qui coulissaient vers lui. L’ouverture était noire. Une brise glaciale en émanait ; elle criait. Entre mon enfant. Entre que je suce jusqu’à la dernière goutte de ton sa…


¤¤¤



Sang. Zakeru en cracha une gerbe et s’effondra sur le sol détruit par le mélange boueux de la pluie et des pieds des hommes qui le précédaient. Leurs traces se dessinaient devant lui avec une discrétion qui laissait grandement à désirer. On n’est pas en guerre pour donner à son adversaire sa propre position, ronchonna-t-il tout bas. On est en guerre pour gagner, fils d’enfoirés. Une guerre pour tuer, plus une simple guerre de discours. Il rit. Oui, ces discours avaient été bien médiocres. Zakeru s’en souvenait, il avait suivi d’un œil aguerri chacun des deux camps, il les avait infiltré et s’était immiscé dans chacune de leurs opérations. C’était là qu’il les repérait tous, les guerriers de l’honneur, les hommes d’avenirs. Konoha n'en avait plus pour lui, aussi était-il parti. Kawa serait peut-être une bien meilleure pioche. Un bon gros pigeon qui revigorerait sa réputation. On peut faire confiance à Zakeru, c'est un militaire hors norme. Voila ce qui manquait dans la bouche de l'administration du village de la Feuille. Face à l'opulente puissance d'Iwa, le grand déserteur avait décidé de relever le défi et de leur prouver à tous qu'il était le meilleur.

Il regarderait les meilleurs dans les yeux, et par la même occasion ceux qui diraient au revoir à leur femme et à leurs enfants pour la dernière fois. Un baiser comme les autres sur le moment présent. Un baiser que jamais plus leur famille n’oublierait. Zakeru donnerait beaucoup pour donner chaque jour ce dernier gout sucré sur la peau d’une femme. Il lui donnerait de l’espoir, il partirait vers les nuages, là-bas, tout au loin, aux confins du monde humain, et il mourrait. Emportant avec lui la bagatelle d’un corps vierge féminin, réduit en cendre. Violer par un simple baiser.

Mais le puissant déserteur n’avait pas la puissance divine de revivre. S’il pouvait, il tomberait mille fois au combat. Il emporterait mille femmes et mille enfants avec lui. Et chaque fois il reviendrait sur le champ de bataille, la lame noire tâchée de sang superbement équilibrée dans sa main et la fureur comme lueur dans le noir de son regard. Zakeru avait des fantasmes comme cela qu’il nourrissait. La masturbation de l’âme, c’est un plaisir dont les hommes solitaires comme lui ne peuvent se passer. Mourir, renaître. Mourir, renaître. Il deviendrait le phœnix de ce monde.

Un oiseau de feu qui violerait le monde de son cri strident ; il en était tombé amoureux.

La pluie reprit. Elle battait les grands bois avec une force destructrice que l’on ne trouvait qu’ici, dans les forêts sombres du Pays de la Pluie. Zakeru jura contre cette « salope » et posa son regard sur son thorax qui se gonflait et se dégonflait à la mesure de sa respiration. Etrangement, il ne se lamenta pas de l’inactivité qui régnait sur ces lieux, lui qui cherchait le combat depuis des jours. Le combat, et un peu de sang également. Zakeru avait des besoins dont il était le seul propriétaire. Il ne les partagerait avec personne, comme une promesse qu’il s’il s’était fait à lui-même, le ciel comme témoin.

Et ce putain de ciel le châtiait aujourd’hui, il lui crachait à la gueule. Zakeru n’avait pas fauté, alors il encaissa les coups et s’assit dans l’herbe, trempé jusqu’à l’os.

Kawa et Iwa s’affrontaient depuis des jours. Des semaines, en fait, que le conflit trainait. Zakeru leur avait finalement proposé une solution. Le corps dépecé et carbonisé qui gisait là, à quelques mètres de lui reposant sous les lames de tristesse, n’était pas une meilleure réponse à son alternative. Ame, le village de la Pluie avait été choisi par les deux camps comme un terrain de jeu adéquat. Il était « parfait », ajouta le grand déserteur pour lui-même. Les armes de shinobi avaient ravagé les terres boueuses du pays, les villages brûlaient encore sous la pluie, les femmes reposaient leurs corps endoloris après les multiples viols que la guerre leur infligeait, comme un crime contre l’humanité.

Un crime admis, contre l’humanité. Les conséquences de la justice des hommes, voilà ce que c’était. De « simples » dommages collatéraux. Zakeru déploya un sourire rageur et dévoila deux lignes de grandes dents blanches et acérées. Durant quelques minutes il resta là, assis, les genoux pliés à l’intérieur de ses coudes et sa tête qui plongeait entre ses deux épaules noueuses et puissantes. Puis il décida sur un rien de repartir. Il était temps de se remettre en marche, temps que cette terre porte sa lourde carrure et que les hommes pleurent de peur sous sa fureur.

Le chemin était vide. La forêt s’était tue depuis bien longtemps déjà et pourtant, le cri qui perça ses oreilles était bien réel, lui. Peut-être que l’enfant qui s’était agrippé à son pantalon l’avait-il poussé, même. Zakeru sourit.

[Zakeru] - Dégage, pauvre mouche insouciante.

L’enfant cria mais ne lâcha pas. Le puissant homme rit à plein poumon mais devant l’inconscience de l’enfance, il perdit très vite patience. « Il est temps de partir », cette phrase faisait écho dans sa tête et le rendait malade.

[Zakeru] - Fils de chien, demande à ta putain de te ramener avant que…

Il rit un peu plus fort.

[Zakeru] - Tu comprends rien à ce que je dis, hein ?

Eh Non. Pauvre con.

Le son de l’acier qui découpe l’air exprime toujours la terreur. Zakeru aimait cette sensation, lire le regard de sa future victime, plonger à même ses prunelles et découvrir le noir de son âme. Ce côté qu’il allait dévorer à pleine dent. Le reste ne serait qu’un maigre détail pour le tranchant de sa lame.

Elle scintilla dans le ciel. Le reflet du katana noir transcenda la scène. Le rouge des pupilles de l’enfant redora le contraste tant apprécié par le déserteur. Tiens, finalement, il aurait bien plus qu’un simple coin d’ombre à croquer dans cette âme…

Le sharingan de l’enfant n’était qu’un vaste don qu’il ne maîtrisait pas, cela se sentait. Le rouge flou se mêlait à une virgule noire dégoulinante. Mais la puissance qui émanait de la petite taille du gosse l’accula facilement. Il lui suffisait de baisser le bras et il continuerait de marcher tranquillement vers de nouvelles batailles. Il ne le fit pas. Le ciel l’avait effectivement puni.

Zakeru rangea sa lame. De peur ? Il n’en ressentait aucune. Et s’il ne le pensait guère souvent, en croisant le regard horrifié mais intriguant du gamin, il ferait sûrement une exception à sa règle. Le moment présent était révolu ; il était temps de penser un peu à l’avenir….


¤¤¤



Ils finirent par entrer. Dans leur main ils portaient la lumière d’une torche, un feu avide d’oxygène. Kikuria avait beaucoup changé depuis lors première rencontre. Mais étonnement, il restait ce môme étourdissant d’insouciance. Zakeru n’avait fait qu’abolir la peur dans ses yeux. Le reste appartenait à Kikuria, en totalité.

Le chemin était sinueux. C’était un simple tunnel cubique, délimité par d’imposants murs de pierre sur lesquelles reposait une dense couverture de verdure. La mousse, le lierre, le temps avait laissé à la nature le soin de colmater ses péchés passés. Le duo plongeait dans la plaie sans y prendre gare avec une pointe d’insolence. Le sanctuaire se réveillait peu à peu.

[Kikuria] - Elle est là, quelque part. Je la sens.

Zakeru sourit faiblement, satisfait.

[Zakeru] - Ah ?

Répondit-il inutilement. La quête de pouvoir de son élève l’intéressait assez pour toujours le remettre en question. Ah, répéta-t-il, plus bas.

Kikuria tendit la main dans le vide et fit luire son regard vitreux et transperçant.

[Kikuria] - Oui juste ici, à portée de main. C’est comme s’il suffisait de tendre le bras pour… pour m’en emparer, déplier mes doigts pour la faire mienne, poser mes lèvres sur sa coupe d’or et boire jusqu’à la dernière goutte de son…

[Zakeru] - Tu parles trop. Avance.

Et boire jusqu’à la dernière goutte de son pouvoir.

MessageSujet: Re: Dans l'Ombre du Passé   Lun 27 Juil - 22:18


Pourritures. Par quelle sorte de folie des hommes se revendiquant comme sages avaient pu décider de conserver une relique d'une si grande puissance dans une bâtisse aussi poisseuse ? Pourritures, chiens de malheur, que pensaient-ils en la cachant dans cet endroit ? Qu'elle serait en sécurité ? Pauvre d'eux et de leurs croyances. Rien ne pouvait arrêter l'ascension glorieuse de Zakeru et de Kikuria vers les plus hauts sommets. Rien. Les illustres protecteurs du temple auraient-ils seulement pu imaginer qu’un jour de tels hommes fouleraient les dalles de leur antre ? Probablement pas, à en juger les nombreuses faiblesses du cocon protecteur au centre duquel ils avaient placés la relique.

Torche en main, Kikuria et Zakeru avançaient dans un silence relatif. A la lueur des flammes, leurs ombres se découpaient grossièrement sur les murs, comme les réincarnations de deux démons cherchant à percer les secrets de la pierre. En retrait par rapport à son aîné, Kikuria sentait les palpitations monter dans sa poitrine comme si son coeur était devenu un détecteur de relique dont le rythme s’accélérait à mesure qu’il s’en approchait. Si seulement ce n’était que ça. Il avait tant rêvé de l’instant où il poserait la main sur ce précieux trésor que son excitation s’était étroitement mêlée à ses désirs les plus enfouis. Il approchait, il le savait, il le ressentait. Il approchait d’une source de pouvoir incontestable ; la seule, l’unique.

Si ses émotions étaient plus vives que jamais, Kikuria n’avait pas pour autant perdu de sa vivacité. Alors que quelques centimètres devant lui, Zakeru s’arrêtait brusquement en tendant son bras droit à l’horizontal pour lui obstruer le passage, il l’imita en sentant un presque imperceptible courant d’air sur sa droite. Comme si leur cerveau s’était connecté l’un à l’autre, les deux hommes s’abaissèrent au même moment ; tout juste avant qu’un vieil engrenage ne déclenche une volée de kunais empoisonnés depuis le mur placé à leur droite. Affûtés comme des couteaux malgré le nombre incalculable d’années qu’ils étaient restés dissimulés derrière ce mur, ils sifflèrent au-dessus de leur tête et transpercèrent le mur de gauche comme s’il n’était qu’un simple voile. Ce détail n’échappa aux yeux perçants de Kikuria.

[Zakeru] – Un vulgaire tour de magie. Avançons.

Un vulgaire tour de magie qui aurait ôté la vie aux moins méfiants.

Les deux hommes ne s’attardèrent pas à l’endroit du méfait. Kikuria plongea une main sous sa longue cape noire et en sortit un kunai qu’il planta ensuite entre deux dalles. Un simple indicateur si jamais ils devaient revenir sur leurs pas au terme de leur quête.

Plus loin, le duo tomba sur un carrefour. De là, deux couloirs partaient à 45°, le premier vers la gauche et son identique réplique vers la droite. Mais une fois de plus, l’oeil de l’élève se lia à l’expérience du maître. Réunis, ils descellèrent la supercherie en faisant glisser la lueur de leur torche vers les deux couloirs. Si la mousse qui recouvrait le chemin par lequel ils étaient arrivés s’était, avec le temps, orné de belles ramifications de lierres, celle qui poussait sur les parois des deux couloirs n’en avait pas hérité comme si le lierre s’était arrêté à ce carrefour. L’idée germa rapidement dans l’esprit de Kikuria ; l’idée selon laquelle tout n’était qu’une histoire d’illusion. Un autre tour de magie visant pourtant à piéger les plus crétins de ce monde.

Un sourire naissant aux coins des lèvres, Kikuria fit glisser la langue de feu brûlant à l’extrémité de sa torche vers le mur situé à sa droite. La végétation s’enflamma aussitôt. Seulement, le bûcher improvisé ne sembla pas poursuivre sa route plus loin que le carrefour. Un mur invisible l’empêchait de se propager dans le couloir droit qui s’offrait pourtant à lui. Pourritures. Pensaient-ils les piéger avec ces tours de passe-passe ? Les retenir ? Kikuria réprima un rire à cette idée. Zakeru, de son côté, pointa les deux couloirs de ses index. Deux rayons d’un blanc argenté s’échappèrent de ses doigts et transpercèrent l’image des deux couloirs. Aussitôt le piège transpercé, les couloirs disparurent derrière une explosion de poussière noire. A l’endroit où le carrefour se scindait en deux, le sol se déroba, laissant apparaître une rivière de lave à une cinquantaine de mètres en contrebas.

[Kikuria] – ... et ils osent parler de grandeur.

Le murmure cynique de Kikuria dressa un sourire énigmatique sur le visage de son maître. Si la grandeur d’une nation, et par la même occasion son orgueil, l’avait amené à mettre en place des pièges d’une telle dérision en comparaison du danger que lui et Zakeru représentaient, c’est que cette nation ne valait pas le centième de l’attention qui lui était porté. Le Feu, un trop grand nom pour un pays si faible. Le véritable Feu, celui qui serait capable d’ensevelir le monde sous un torrent de cendre, ce Feu là dormait paisiblement à l’intérieur même de Kikuria. Il coulait dans ses veines comme un poison contre lequel il était seul à être immunisé. Un Feu qui se répandrait inexorablement, un jour.

[Zakeru] – Rien d’étonnant jusqu’à maintenant.

Comme si ce temple n’avait aucun secret pour lui, Zakeru pointa son index droit vers la plus grande dalle située au centre du carrefour. Celle-ci se retourna et laissa apparaître un escalier de pierre s’enfonçant dans les ténèbres.

Les ténèbres s’évanouirent au passage de leur torche. Les deux hommes s’enfoncèrent vers le coeur palpitant du temple. Kikuria pouvait presque sentir l’odeur de la relique embaumée l’air environnant. Elle était proche, plus proche à chaque pas qu’il agençait. La suite de leur périple confirma à Kikuria que les gardiens du temple, aujourd’hui disparus, n’avaient pas imaginés qu’un jour leur antre serait mis à nu devant la puissance d’êtres d’une supériorité incontestable. Zakeru et lui étaient ces êtres. Invincibles, immortels.

Les pièges se succédèrent, graduellement plus complexes, mais toujours rien qui ne puisse ne serait-ce que les inquiéter. Il eurent ainsi à traverser un pont jugé invisible au-dessus d’un lit de pieux tranchants, une salle truffée de notes explosives dissimulées sous les dalles piégées d’un damier géant, un long couloir où stagnait un brouillard si épais qu’il était impossible de distinguer quoi que ce soit à moins de vingt centimètres et dont la seule manière d’en réchapper était d’emprunter un passage secret qui ne se dévoilait qu’en répondant à l’énigme gravée sur les murs, et finalement une salle où ils furent soumis à diverses illusions d’une horreur indescriptible.

En sortant tout sourire de cette salle, les deux hommes arrivèrent dans une impasse où leurs torches s’éteignirent d’elles-mêmes. Plongés dans le chaos le plus absolu n’était qu’un jeu de plus à leurs yeux. Un jeu auquel Zakeru décida rapidement de mettre fin.

[Zakeru] – A toi.

Une lueur s’insinua dans le regard ténébreux de Kikuria.

C’est avec une délectation toute particulière qu’il s’avança, colla la paume de sa main contre la pierre froide et poreuse, avant d’y injecter un peu de son chakra ardant d’impatience. Comme s’il était incapable de soutenir la pression exercée par cette véritable force de la nature, le mur se fissura puis s’effondra dans un gigantesque vacarme. Un épais nuage de poussière s’éleva dans les airs, ne changeant rien au chaos environnant.

C’est alors qu’il la vit.

Au début, elle lui apparut comme une faible lueur rose qui peu à peu s'amplifia. A mesure que le nuage de poussière se dissipait, elle révéla sa véritable apparence sous une robe rouge écarlate. La relique de Konoha. Larme de sang au sommet d’un monticule de terre. Joyau de beauté plus précieux que le plus gros des rubis. Quelle plus belle relique que celle qui ressemblait un éclat de cristal imbibé de sang ? Aucune, au goût de Kikuria. La relique était entourée par des faisceaux de lumière s'échappant des quatre coins de la pièce, tel des projecteurs braqués sur elle. Comme si elle ne redoutait rien ni personne, elle lévitait au-dessus du monticule de terre en attendant qu’une main hasardeuse ne vienne s’emparer d’elle.

Mais la main de Kikuria n’était en rien hasardeuse. Elle la désirait.

Bien que les deux hommes avaient prouvés leur valeur, le temple ne leur avait pas pour autant révélé tous ses secrets. Ils le comprirent lorsqu’ils furent tous deux entrés dans la vaste salle circulaire de la relique. Au total, pas moins d’une dizaine de brasiers s’allumèrent succinctement tout autour d’eux. L’oeil aguerrit de Kikuria nota les contours de quelques visages au milieu de ces flammes. Il s’agissait là d’esprits anciens revenus sous forme de feu éternel. Un autre tour de magie que les protecteurs du temple avaient mis en place pour dissuader les éventuels fouineurs. Un sourire malsain se dessina sur le visage de Kikuria lorsqu’il soutint le regard de trois esprits voletant vers lui d’un air menaçant. Ne comprenaient-ils pas que la peur ne coulait aucunement dans ses veines ?

[Esprits] – Partez, âmes maudites. Cette demeure n’est pas la votre. Partez, si vous ne voulez pas rejoindre le monde des morts.

Les esprits s’étaient exprimés d’une seule et même voix. Une voix lointaine, glaçante, et incisive, qui semblait provenir des murs, du sol, du plafond et même de la relique.

Âmes maudites ...

[Kikuria] – Débarrassons-nous de ces pitoyables étincelles, elles ne sont là que pour nous faire perdre notre temps.

Zakeru acquiesça. Les deux hommes déchaînèrent alors une avalanche d’offensives qui se soldèrent toutes par un échec cuisant. Leurs attaques, aussi bien menées à l’épée qu’au ninjutsu, ne firent que traverser les êtres de feu alors que ces derniers étaient capables de cracher d’innombrables souffles enflammées qui, s’ils n’avaient pas été brillamment esquivé, auraient brûlés la chair de n’importe quel homme jusqu’aux os. Pour la première fois depuis son entrée dans le temple, Kikuria dut reconnaître que ses défunts protecteurs n’étaient peut-être pas que de simples magiciens dépourvus du moindre intérêt. Néanmoins, il possédait un avantage certain sur eux : une arme dont il n’avait pas encore eu besoin de se servir jusqu’à maintenant. Une arme qui ferait toute la différence.

Une arme dont la couleur primaire rappela vaguement celle de la relique lorsque ses paupières se rouvrirent sur des yeux injectés de rouge et ornés de si présomptueuses virgules noirâtres.

[Zakeru] – Derrière ce mur, là. Je les sens. Occupes-les un moment.

Le murmure de son maître réveilla une sensation dérangeante dans le creux de son estomac. Une fois de plus, il l’avait devancé. Ses belles virgules ne lui étaient plus d’aucune utilité maintenant que l’énigme était percée. Kikuria se résolut à suivre les instructions, son désir de s’emparer de la relique reprenant tous ses droits sur ses sentiments les plus enfouis.

Zakeru dessina une brèche dans le mur à la seule force d’une fine lamelle de chakra. Sans perdre de temps, il s’y faufila et découvrit la source de toute cette mascarade. Des cercueils. Des cercueils par dizaine dont les socles étaient recouverts d’inscriptions de toutes sortes et de sceaux notifiés sur des carrés de papier ternis par le temps. Aucune émotion ne parcourut son visage lorsqu’il les fit tous imploser comme de grossières boîtes en carton. Aucune.

A quoi bon respecter la mort.

Les silhouettes de feu disparurent dans la salle circulaire, laissant momentanément Kikuria seul avec la relique. Ses pupilles retrouvèrent leur profondeur habituelle et s’arrêtèrent sur l’objet de leur convoitise. Plus rien ne le séparait désormais de la relique. Plus rien. Leur triomphe était total. Kikuria escalada le monticule de terre alors que Zakeru réapparaissait sur sa droite. Ses longs doigts glissèrent autour de la gemme plus rouge qu’elle ne lui était apparue de loin. La caresse de ses doigts sur ses contours soyeux ne dura qu’un bref instant. Un bref instant durant lequel son impatience se brisa en mille morceaux devant son plus grand désir ...

... le pouvoir.

MessageSujet: Re: Dans l'Ombre du Passé   Mar 11 Aoû - 17:30

On ne peut rien construire d’autre dans le néant que ce qui ne renforce pas le néant lui-même. Zakeru se leva ce matin-là avec cette idée dans le creux de sa tête. Du haut de l’immeuble où il couvait, il toisait Konoha. Sa main puissante caressa doucement sa nuque engourdie par la courte nuit dont il sortait à peine et finit par s’emparer du bandeau de métal qui reposait sur la table basse. Son appartement de fonction résidait sur un toit, au sommet de Konoha. Lorsqu’il passait les grandes fenêtres de verres, il débouchait sur une terrasse de pavés blancs qu’il aimait compter de temps à autres. C’était sa manière de lui rappeler combien il était mortel et que ses deux pieds touchaient bien le sol. La tour de l’Hokage se dessinait au loin, comme un bouton rouge qu’on arrive jamais à éclater. Le puissant juunin attacha son bandeau autour de son bras musculeux et sauta.

Chaque pas vers la tour Hokage ressemblait à une nouvelle montagne grimpée par le plus puissant des hommes comme s’il ne s’agissait que d’une simple marche de pierre. Orgueilleux et fier, Zakeru n’avait aucune appréhension à déambuler dans les ruelles de Konoha, drapé de son insigne de juunin et des habits reconnus du Haut Conseil. Il n’était permis à quiconque d’y pénétrer ainsi et pour autant qu’il sache, le privilège qu’on lui avait accordé quelques semaines plus tôt, ne saurait plus se répéter une autre fois. L’ambiance qui régnait au rez-de-chaussée de la mairie n’avait pas changé : l’anarchie dans laquelle Konoha était plongée se faisait d’autant plus sentir à mesure que Zakeru montait les escaliers. Il croisait parfois les regards intrigués ou simplement désespérés de juunins qu’ils côtoyaient il y avait deux mois encore. Les désillusions de la caste militaire le touchaient et jouaient en sa faveur. Le paradoxe semblait moralement lourd, mais Zakeru n’eut cure de ses soucis de conscience. L’idée était qu’il pourrait tous les sortir du chaos dans lequel Kuronishi les avait embourbés, et qu’ainsi il possédait implicitement chacune de leur vie. Qui possède les clés de l’avenir, se perd dans les lianes du présent. Le grand katana noir du juunin les couperait une à une jusqu’à ne plus voir que le décor simpliste du destin.

D’une main confiante il poussa la grande porte de la salle du Conseil. Quelques personnes trainaient çà et là, dans les lueurs d’un soleil estival qui portait cependant les éclats tristes d’une nostalgie impossible. Zakeru fit un pas et pénétra dans la grande pièce, puis s’arrêta, un petit sourire hautain sur son visage. Le siège tout en face de lui, au bout de la table ovale, était vide. L’image lui revenait ainsi chaque jour, chaque matin lorsqu’il passait cette porte, et chaque soir, lorsqu’il tournait la tête vers elle pour une dernière fois. Désertée. Il soupira et passa une main rassurée dans sa tignasse noire. Aujourd’hui encore nous pourrons causer tranquillement. C’était le seul point commun qui le reliait à Keira, assise gentiment à la droite du grand trône. Elle ne souriait pas. A vrai dire, elle ne sourit jamais. Plongée dans des papiers couverts d’encres, la conseillère restait studieuse. Une lionne parmi les lionnes. La dévoreuse, qu’on l’appelle. Zakeru s’avança doucement et se laissa tomber sur son siège, à deux places de Keira. Il plaça ses mains de part et d’autre de sa tête et s’étendit langoureusement.

[Zakeru] - Il n’est toujours pas là ?

Keira releva la tête, subitement déconcentré et haussa un sourcil énervé. Elle décrit l’homme du regard et découvrant Zakeru, fit un sourire moqueur et lourds de sarcasmes qu'elle n'avait pas le courage d'exprimer, puis se replongea dans ses papiers.

[Zakeru] - Tu sais que j’ai tout de même le droit de savoir ce que fout mon… patron ?

Elle grimaça et grogna quelque chose d'incompréhensible mais dont Zakeru se passerait bien d'entendre. Soupir.

[Keira] - Tu devrais connaitre Yondaime Kuronishi. Il va où il veut lorsqu’il le souhaite. Et sincèrement, ça m’arrange. Laisse-moi travailler maintenant.

Zakeru sourit. Effectivement. Depuis maintenant quelques temps, l’Hokage allait et venait sans que personne ne sache vraiment ce qu’il faisait de son temps - libre, d’autant plus improbable. En attendant, Keira et le Haut Conseil gérait le village un peu comme ils pouvaient. L’organe politique avait pris alors un poids conséquent et restait le seul maître cohérent et de raison à Konoha. C’était peut-être pour cela que Zakeru avait tant désiré y pénétrer. Creuser dans le néant pour l’agrandir un peu plus. Parce qu’il paraissait inutile de déranger Kuronishi plus qu’il ne l’était déjà : l’homme souffrait d’une folie inconnue et il ne sortait de lui que l’idiotie des hommes qui oublient qu’avant de se battre, il faut une raison.

Keira rangea ses papiers en un tas distincts et s’assit sagement dans son siège de conseillère. Trois autres hommes plus âgés vinrent la rejoindre et d’un ton grave, ils annoncèrent le début de la séance.

[Keira] - Nos rapports indiquent que la fermeture de l’Aile Ouest de l’Hôpital n’est pas bien perçue. Certains professeurs ont dors et déjà porté des réclamations à nos oreilles, mais il semblerait que les communications soient quelque peu… Bref. Yondaime Hokage a ordonné la suspension des travaux de médecine et l’arrêt de l’enseignement de l’Eisei-Nin. Nous pouvons ajouter à cela le rapport sur la gestion de l’Académie qui vient de tomber et qui…

Elle hésita.

[Keira] - Et qui révèle une organisation sommaire, voire inexistante.

[Zakeru] - Il faut impérativement remettre les équipes à l’ordre du jour. Et refondre les professorats.

[Eiji] - Sans cela nous serions, effectivement, dans une situation encore plus catastrophique qu’elle ne l’est actuellement.

Zakeru posa son regard froid sur le vieil homme et le toisa lentement de ses deux yeux noirs et profonds. Il n’était pas question de laisser le village aux mains d’un imbécile comme Kuronishi, cependant ni Keira, ni aucun autre membre du Haut Conseil n’avaient réussi à obtenir le moindre progrès sur ce plan-là. Alors comme tous les autres conseillers, Zakeru profitait des nombreuses absences de Yondaime pour gouverner le village à leur sauce. Les rêves du juunin paraissaient enfin avoir un sens. Ses plus grandes théories prenaient formes et il voyait enfin Konoha comme une véritable structure architecturale dans laquelle il pourrait retirer du bout du doigt la première pierre. Pour apposer la sienne.

[Keira] - C’est impossible. Vous le savez bien.

Eiji ronchonna, son acolyte ne dit cependant rien. Zakeru épia le silence qui se faisait et qui renforçait un peu plus encore l’autorité de la puissante femme. De cela, il n’en était pas question.

[Zakeru] - Si vous avez une meilleure solution…

[Keira] - Les seules équipes que nous avons sont sur le terrain. Il faut à tout pris reprendre contact avec Kumo. Kiri et Iwa ne semblent également pas être des cibles trop lointaines. Tout n’est pas perdu et il est encore temps de rétablir un semblant de gestion dans nos relations avec l’extérieur. C’est ce qui, à mes yeux, parait le plus cohérent, et c'est ce que nous ferons.

Zakeru pouffa de rire. Il se leva et les toisa tous quelques secondes. Deux mois seulement qu’il était là, mais chaque minute qu’il avait passé assis sur son siège dans la salle du Conseil avait eu l’éclat d’une heure. Il leur parlait comme un chef, il les regardait de la même hauteur et avec la même prestance que Keira n’avait su le faire en plus de temps encore. Zakeru n’avait pas eu peur de sauter les pieds liés dans le gouvernail politique de Konoha. Ce monde, pensait-il, est encore plus dangereux qu’un champ de bataille. Et il ne s’était jamais vraiment trompé. Keira en était sûrement le plus bel exemple. Dans son esprit, les théories politiques s’écrivaient avec la même facilité que les mots se suspendent à la plume d’un auteur.

[Zakeru] - Mensonges. Nous n’avons que faire de Kumo et de leurs sbires ! Ils n’ont rien fait d’autre que de profiter de notre situation. Nous ne serons pas forts, avec eux, nous seront simplement en sécurité. Mais pour combien de temps ? Combien de temps avant que le monde se rende compte que Konoha n’a qu’une belle gueule d’hypocrite mais rien dans le ventre ?

Eiji ne sourit pas à la métaphore mais parut intéressé. Quelques secondes seulement, jusqu’à ce que Keira ne rappelle son bon sens à l’ordre.

[Eiji] - Que voulez-vous dire, Zakeru-sama ?

[Zakeru] - Qu’il est temps de rappeler nos hommes, de reprendre l’enseignement, de s’armer et de se préparer à mourir. Konoha est notre seul objectif, les autres n’ont cure de nos problèmes, je n’aurais cure des leurs. Il y a des temps pour les diplomates. Mais aujourd’hui nous avons besoin d’hommes capables de former une nouvelle génération de shinobi.

Pour la première fois, il vit Keira sourire. D’un geste de la tête, Zakeru les interrogeait. Sa stratégie paraissait radicale à tous ceux qui pouvaient l’écouter. Mais il suffisait de s’y plonger pour comprendre qu’il n’y a plus de crimes lorsqu’il n’y a plus d’hommes, et qu’il n’y a plus de mauvaises décisions quand toute raison dépérit.

[Keira] - Il n’en est pas question. Nous ne sacrifierons pas nos relations pour jouir de la puissance militaire de notre village. Il n’est pas question de devenir l’autorité, mais seulement de la contenir, le temps que les choses reprennent leur sens. Que le temps éclot sur un avenir meilleur.

[Zakeru] - Nous n’avons que trop attendu, Keira-sama, cria-t-il, en frappant soudainement la table de bois sous sa main, avec une force incontrôlée.

Keira resta assise. D'une voix criarde, elle plissa ses lèvres et susurra quelques mots railleurs.

[Keira] - Bien sûr, Zakeru-sama. Certains impatients deviennent Kage en agissant ainsi. Mais certainement pas vous.

L'image de Kuronishi laissant son poing rageur tomber sur la table de son bureau dans un accès de colère leur revint, à tous, en mémoire. Eiji crut sourire mais il ne le fit pas. La situation lui paraissait trop grave, et malgré le sarcasme de Keira, il était plus qu'en accord avec elle : Zakeru devenait gênant. Et aucun d'eux ne ferait une seconde fois l'erreur de placer au sommet de Konoha un homme violent et rageur. D'ailleurs Keira n'en avait jamais voulu et avait appuyé le nom de Benkei assez souvent pour se défaire de l'autorité abusive de Kurosnishi. Et s'il ne s'occupait pas lui-même du cas du juunin, alors la conseillère le ferait pour eux. Et il ne pouvait souhaiter cela à personne.

[Eiji] - Je comprends votre empressement, Zakeru-sama. Mais il n’est pas dans notre intérêt de penser aux possibles guerres maintenant. Même armés et entraînés, nous ne tiendrions jamais face à trois villages alliés face à nous.

Keira ne le laissa pas respirer et reprit la parole, lancée.

[Keira] - Eiji a raison. Apprenez à garder votre fougue passion du combat pour vous le temps que votre jeunesse comprenne le mot sagesse.Elle se tourna vers Eiji et ses deux acolytes. Envoyez les équipes comme convenu.

D’une faible voix, elle ajouta que la séance était terminée. Zakeru se rassit doucement au fond de son siège et plongea son regard loin devant lui, dans un point vide de contenu. Il transperçait les murs, les temps, les ères et les sensations. Il se perdait, simplement. Le juunin suivit du regard Keira sortir de la grande salle et contempla le temps d’un bleu opale qui se dessinait à l’horizon, à travers les grandes vitres du Haut Conseil. Il était temps de partir.

Pas dans ce misérable immeuble où il vivait. Non, bien plus loin. Vers des destinations plus prometteuses que la décadente cité de la feuille. Trop de fois il s’était fait remettre à sa place, trop souvent on lui avait demandé de patienter un peu, d’attendre que le temps passe, coule et qu’on aviserait ensuite de la bonne conduite à faire. Et chaque fois qu’il prenait la parole, les yeux se levaient, et les oreilles se tendaient, attentives. Et chaque fois qu’il prenait la parole, Keira le coupait finalement, et comme une femme de raison, on l’écoutait et on la suivait. Zakeru était trop jeune pour tant attendre. Il partit donc. Mais un jour il leur montrerait qu’il ne faut jamais compter que sur soi-même. On le remplaça. Très vite, en vérité. Le Haut Conseil ne cesserait pas de vivre pour un maillon manquant. Un jeune et récent maillon, qui plus est. On chercha Zakeru, mais jamais on ne le trouva. L’homme était parti dans son grand manteau noir, voguant sur les chemins du monde, en quête de puissance et de savoir. Ses pieds menaient là où l’instinct le leur demandait, sans raison apparente. Et le déserteur appris très vite qu’il posséderait ce qu’il voulait dans l’instant même où il l’imaginerait. Et le visage de Keira et Kuronishi se dessina dans son esprit. Il souriait, moqueur, à chaque fois. Lorsque Zakeru tomba pour la première fois sur un morceau de parchemin faisant référence à la Main de Dieu, il crut voir une nouvelle opportunité s’ouvrir à lui. Pour un avenir, sinon meilleur, un avenir pour lui. Sa quête devint alors obsession et bientôt il apprit qu’en réunissant les cinq reliques mystiques que le monde portait en son sein, il obtiendrait un pouvoir infini.

Il n’en demandait pas tant. Juste assez pour assouvir un féroce appétit.

¤¤¤

Kikuria marchait tranquillement, Zakeru à ses côtés, songeur. Sur le visage du jeune homme, un sourire défait mais satisfait s’était dessiné. Kikuria ne doutait que très rarement. Mais au contact de la gemme qui gisait dans la poche de son manteau, il sentait enfin le rêve se durcir sous l’air froid de la réalité. Elle était là, bien réelle. Sa poigne. Sa destinée. Leur passion.

[Zakeru] - Ce n’est que le début, dit-il, devinant les pensées de son élève. Notre rêve est en marche et personne ne peut arrêter ce qui n’est pas réel.

Personne, répéta-t-il pour lui-même. Kikuria acquiesça, l’esprit léger.

Comblé.
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