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 Les Murmures

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MessageSujet: Les Murmures   Mer 5 Aoû - 18:33

Haya s’éveilla dans un lit qui ne lui appartenait pas.

Ses yeux parfaitement ouverts à présent observaient depuis un moment le plafond à la peinture écaillée dans les coins. Une lourde lampe qu’elle ne se souvenait pas avoir déjà vue allumée pendait dans le vide, immobile et sereine, comme le reste des éléments de la petite chambre. En se concentrant un peu, Haya parvenait à sentir les fleurs du jardin au dehors, à travers les stores fermés. Un lent sentiment de paix s’insinuait en elle, un sentiment qui avait commencé à poindre la veille.

Davantage pour le voir que pour s’en persuader, Haya tourna la tête sur l’oreiller. Kinsuke dormait paisiblement à ses côtés, aussi nu qu’elle, sa poitrine se levant et s’abaissant avec une régularité mécanique. Elle lui toucha la joue du revers de la main puis se pelotonna contre lui, sa tête s’immisçant sur son épaule tandis que sa jambe remontait le long des siennes et qu’elle passait son bras autour de lui. Il ne se réveilla pas et elle ferma les yeux à son tour.

Pour une raison inconnue, Kinsuke avait décidé de l’aider à recouvrer sa voix. Ils se retrouvaient généralement le soir, quand ils avaient terminé ce qu’ils avaient à faire pour le village. Elle connaissait Kinsuke depuis plusieurs mois, il lui arrivait également de monter sur les toits du village à tout heure de la journée pour profiter d’un moment à soi, observer kiri dont le visage changeait à chaque heure. Mais elle n’avait appris son nom que dernièrement, quand il l’avait embrassée devant l’académie. Il était également chuunin, à la différence qu’il avait une équipe à sa charge. Il envisageait de rentrer dans les rangs des oinin. Kinsuke en profita pour combler ses lacunes, il lui avait expliqué qu’il s’agissait d’un ordre spécial chargé de traquer les déserteurs et de les abattre. Haya avait du mal à percevoir l’intérêt d’une telle organisation, kiri avait certainement suffisamment à faire avec ses ennemis directs sans devoir en déterrer des dizaines d’autres. Mais cela ne l’intéressait pas tellement. Depuis qu’elle allait chez lui, elle sentait qu’elle faisait quelques progrès diffus. Puis ils avaient commencé à faire l’amour, et c’était comme un prolongement naturel de leur relation, sans que cela ne signifie rien de sacré ou d’abouti. Haya ne pensait pas que… l’amour ou l’amitié pouvait lui redonner la voix, c’était quelque chose d’autre, de semblable, mais de légèrement nuancé. Ils pouvaient y concourir, mais ce n’était là le fond du problème. Lentement, laborieusement, comme au sortir d’une longue psychanalyse, Haya en était arrivée à réfléchir sur son mutisme.

Ce n’était pas la première fois qu’elle y pensait, bien sûr. Mais elle n’était jamais allée très loin dans ses réflexions car il y avait quelque douleur tapie qui la surprenait toujours et la forçait à reculer.

Après son passage aux archives, quelque chose a frappé Haya. Les mots exacts des ninjas (car elle savait qu’il s’agissait de ninjas) qui étaient venu sur les lieux où sa famille avait été détruite l’avaient frappé de plein fouet. Et quelque chose d’enfoui s’était brusquement débloqué.

Au moment où elle entendit cet homme raconter les lieux de son calvaire, des lieux dont elle n’avait pas pu saisir la finalité quand elle était étendue à terre plus qu’à moitié morte, son esprit s’était engourdi, dédoublé, comme si on lui racontait au loin la vie de quelqu’un d’autre. "Large entaille sur la poitrine". Haya porta machinalement sa main libre sur son ventre et remonta en effleurant à peine sa peau jusqu’à son sein gauche. "Beaucoup de sang", "cheveux collés au carrelage", "Figure tuméfiée"… C’était la première fois qu’elle avait un compte-rendu de la pièce à l’aube du crime. Quand elle s’est réveillée, vraiment réveillée, elle était à kiri depuis plusieurs semaines et si les cicatrices et les traumatismes de son corps demeuraient, les hématomes et le sang avaient disparu. Et puis, il y avait sa voix qu’elle avait visiblement laissée derrière elle.

Mais ce qui l’avait frappé, c’était les mots suivants. "Elle est en vie. Son cœur était arrêté. Elle a été battue il y a à peine huit heures. Elle a perdu énormément de sang. Elle devrait être morte au moins deux fois.". Avec la puissance de l’évidence, Haya comprit cette énigme comme si elle l’avait toujours su. C’était la première manifestation de son don, alors. Elle n’en connaissait pas beaucoup, vraiment pas beaucoup dessus, mais Iba et Hyô… l’homme de glace… les miroirs gelés d’Iba… quelque chose en elle s’était gelé, pour la maintenir en vie et au contact ami, l’emprise de la technique s’était relâchée ou alors c’était un hasard. Mais pourquoi alors tout au long de sa vie antérieure n’avait-elle eu aucun rapport particulier avec le milieu aquatique ? Elle ne se souvenait de rien qui aille dans ce sens… Il lui manquait des éléments.

Mais en réfléchissant à tout cela, Haya dut admettre qu’elle avait effectivement était traumatisée. Que l’impression de drame lointain, presque fantasmé, n’était pas une impression réelle mais une protection de son esprit pour la préserver. Mais il lui semblait en effet impossible qu’une adolescente de quinze ans traverse inchangée plusieurs heures de viols, de tortures, la vision du massacre de sa famille et la pensée nauséeuse et terrifiante qu’il n’y avait plus la moindre once d’espoir dans son monde. La sensation d’être condamnée et d’être traînée vers cette finalité, sans la moindre prise comme si sa vie s’écoulait sans elle. Le sentiment d’abandon… la terreur… plus prégnante encore que la douleur, mentale ou physique. C’était la raison pour laquelle Haya aurait pu dessiner le visage de chacun de ses tortionnaires. Leur visage, et tout le reste. Ils s’étaient imprimés en elle avec la netteté d’une photo. Son corps attendait qu’elle soit prête. Il voulait qu’elle admette son traumatisme, qu’elle lutte contre lui et qu’elle en sorte victorieuse. Elle avait laissé beaucoup de choses, dans sa maison. La confiance qu’elle avait dans le genre humain, beaucoup de ses joies, sa famille, la possibilité de revoir son père ou son frère, sa virginité, son corps d’adolescente, son esprit d’adolescente, sa vie d’adolescente. Son mutisme n’avait rien de différent de ses anciennes douleurs dorsales, quand elle était à moitié paralysée sur son lit et qu’elle ne pouvait entreprendre le moindre mouvement sans avoir les larmes aux yeux. C’était une manifestation différente, qui attendait qu’elle prenne le temps de reconstruire ce qui avait été cassé.

Elle sursauta presque en entendant la voix de Kinsuke.

Kinsuke – Tu as raison de pleurer Haya. Je pense que cela fait longtemps que ça ne t’es pas arrivé.

Il la serra fermement contre lui. Haya se laissa faire, sa tête sous son menton à présent tandis qu’il lui passait tendrement sa main dans le dos et jusqu’à sa nuque. Il la massait à peine, en silence, alors que ses larmes continuaient à rouler sur le torse de Kinsuke. Elle ne s’en était même pas aperçue. Cela ne faisait pas si longtemps que ça. Dans la salle des archives, elle avait pleuré de rage, de douleur et de peine mêlés. Mais avant cela… malgré les épisodes qui avaient émaillé ses derniers mois, elle ne se souvenait pas d’avoir autant pleuré que ce jour-là, couchée sur Kinsuke qui l’enlaçait avec une infinie tendresse.

Pleurer en présence de quelqu’un surtout, lui rappelait sa famille. Les crises de larmes, les bouderies, les chantages avec des yeux humides… Haya sourit, se redressa et embrassa longuement Kinsuke. Elle passa une main dans ses cheveux et laissa l’autre sur son épaule, l’embrassant avec un peu plus de vigueur chaque seconde. Quand ils se séparèrent, il lui essuya les joues et passa son pouce salé sur ses lèvres étirées en un beau sourire.

Kinsuke – Je vais préparer le petit déjeuner.

Il l’embrassa rapidement et Haya se laissa glisser sur le côté. Kinsuke sortit du lit et s’éloigna vers la cuisine. La jeune fille l’entendait s’affairer. Elle repoussa d’un pied nonchalant les couvertures et resta là, comme aux premières heures, à observer le plafond vaguement écaillé. Il mériterait un léger coup de peinture, à certains endroits. Un peu comme elle. Haya se redressa, sauta à terre et entra dans la salle de bain.

Chacun d’eux avait des choses à faire. Ils se retrouveraient à nouveau, plus tard.


Dernière édition par Haya Sasaki le Lun 26 Oct - 19:14, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Les Murmures   Sam 8 Aoû - 17:14

Un matin, Haya aperçut les cheveux de Benihime disparaître de la salle de classe. Elle se hâta sur ses talons et la rattrapa en lui saisissant le bras. La jeune fille se retourna brusquement, surprise et suspicieuse. Son visage se détendit en avisant Haya. Elle la salua d’un signe de tête et, ignorant les regards intrigués autour d’eux, Haya l’amena un peu à l’écart. Benihime se laissa faire docilement, sa curiosité facilement excitable éveillée.

Haya lui montra le papier qu’elle avait préparé plusieurs jours plus tôt.

Haya – Est-ce que tu pourrais me prêter à nouveau ton sceau ?

Benihime parcourut la ligne et leva les yeux.

Benihime – Sans doute oui. Je crois savoir pourquoi tu le veux, et j’aimerais te mettre en garde.

Haya se retint de froncer les sourcils. Elle était donc si limpide que ça ?

Benihime – Les rapports… comment dire… ils présentent des faits. C'est-à-dire que tout cela reste en dehors de l’émotion, en dehors de l’histoire et des personnes. Ce que tu lirais dans ces rapports pourraient faire vraiment mal et te laisser frustrée.

Haya baissa la tête. Son dernier passage dans les archives l’avait meurtrie cruellement. Mais si elle était allait plus loin, si elle avait poursuivi sa lecture, peut-être aurait-elle appris des choses qui l’auraient rassurées ? Haya se gronda mentalement. Elle ne pouvait à la fois chercher la vérité et la sécurité. Benihime la relança.

Benihime – Alors ?

Haya secoua la tête en silence, un sourire mélancolique aux lèvres.

Benihime – Très bien. Je pense que c’est une bonne décision. Tu trouveras d’autres moyens de savoir, d’accord ? Je dois filer. Prends soin de toi.

La silhouette mince de Benihime s’éloigna à contre-jour. Haya demeura là sans bouger, à ressasser la situation. D’autres moyens…

***


Kinsuke lui prit la main.

Kinsuke – Tu devrais le faire. Maintenant, tu es as la possibilité.

La jeune fille ne chercha pas à rencontrer son regard insistant. Elle regardait le ciel clair et les rayons du soleil opalescent qui baignaient le village. Kinsuke ne se laissa pas démonter.

Kinsuke – Si tu revenais sur ce qui s’est passé, sur les lieux où tout cela s’est déroulé, cela te ferait peut-être progresser.

Il serra un peu plus sa main. Haya refusait toujours de tourner la tête. Elle ferma ses yeux qui commençaient à la faire souffrir. Des éclats blancs dansèrent devant ses paupières.

Kinsuke – Tu n’es plus seule désormais. Tu as des amis qui se soucient de toi et qui veilleront à ne pas te laisser toute seule dans cette épreuve. Fais nous un peu confiance Haya.

Haya manqua sursauter. Elle dévisagea Kinsuke comme si elle le voyait pour la première fois, étonnée et perplexe. Brusquement elle ne savait plus ce qu’il convenait de faire. Elle n’avait jamais voulu que ses amis se sentent exclus de sa vie. Elle leur faisait confiance, vraiment. C’était injuste de l’accuser ainsi, simplement parce qu’elle ne pouvait pas exprimer sa confiance par des mots. Elle fronçait les sourcils, à présent levée sur un coude et Kinsuke dût deviner de la colère dans ses traits.

Kinsuke – Je ne dis pas que tu le fais exprès. C’est l’impression que tu donnes. Comme si rien n’avait changé.

Cette fois-ci Haya se mit totalement debout. Elle détourna la tête et se demanda si elle devait partir tout de suite, mais avant qu’elle n’ait pu ordonner ses pensées Kinsuke s’était rapproché. Elle recula d’un pas et lui jeta un regard peu amène. Son sourire ne fit que l’irriter davantage.

Kinsuke – Je ne voulais pas t’insulter Haya. Je suis navré.

Il s’éloigna brusquement et la laissa là, avec sa colère essoufflée et un sentiment de honte grandissant. Elle envisagea de le rattraper mais jugea que cela serait stupide et un peu pathétique de sa part. Elle se rassit sur le toit de l’habitation, puis se recoucha les yeux clos et une main sur le front. Kinsuke était un immonde petit manipulateur. Il savait qu’il était en train de perdre cette bataille, alors il l’a désamorcée pour qu’elle se sente bête et qu’elle analyse son attitude la tête froide.

Un immonde petit manipulateur…

Avait-elle réellement exclu ses amis de sa vie intime ? Elle n’en avait pas l’impression. Depuis longtemps maintenant, Haya leur avait raconté tout ce qui s’était passé, elle s’était confiée à eux en toute liberté, sur des événements douloureux et encore pénible, sur des questions importantes. Et pourtant, une voix qui avait le ton grave et vaguement ironique de Kinsuke lui murmurait : Mais tu n’attendais rien de nous, ni apitoiement, ni larmes, ni secours. Tu aurais été aussi intime d’un notaire. Tu ne partageais pas, tu racontais.

Finalement, Kinsuke avait été un peu plus doux qu’elle-même dans sa formulation. Mais il n’avait pas tort, elle n’attendait rien d’eux. Quand elle avait mal, elle le cachait toujours et partait s’isoler pour gémir de longues minutes. Savaient-ils ce qu’elle avait alors ? Etaient-ils déçus de son attitude, de cette distance qu’elle instaurait sans même s’en rendre compte ? Quand une question l’obsédait au point de la réveiller la nuit, elle cherchait la réponse toute seule, en… Haya grimaça. En utilisant les autres. Elle avait utilisé Shimuka lorsqu’elle était allée provoquer la flamme jaune, elle avait utilisé Benihime pour obtenir l’accès aux archives, et elle n’avait jamais pensé à dire merci, ou à leur expliquer, à leur dire pourquoi c’était important pour elle, ce qu’elle cherchait, et toutes ces choses qu’on dit à des amis. Est-ce qu’on peut perdre l’habitude d’avoir des amis ? Mais les mots de Kinsuke lui revenaient, implacables, quand il lui disait qu’elle avait perdu sa confiance en l’homme et que c’était là la seule cicatrice qu’il voyait en elle. Haya frissonna. Elle avait agit comme une petite conne et c’était là une impression tout à fait détestable.

Néanmoins, il n’était pas trop tard pour se rattraper alors qu’une idée germait dans son esprit.

Haya quitta son promontoire et sauta d’un bond dans une ruelle abandonnée par les passants, à l’ombre du village. Elle la remonta rapidement et se dirigea vers une demeure six rues plus haut. Elle gravit les escaliers et tapa à une porte grise. Il y eut un long silence puis des pas précipités et une voix indistincte qui s’élevait de derrière. Shimuka ouvrit la porte, son visage s’illumina d’un petit sourire en reconnaissant Haya et ses yeux s’écarquillèrent quand son amie la serra dans ses bras, très fort. Shimuka lui caressa le dos doucement.

Shimuka – Hé bien… Tu es tombée amoureuse de moi pendant la nuit ou bien… ?

Haya sourit de toutes ses dents mais ne s’écarta pas tout de suite. Elle recula la tête sans lâcher son amie et l’observa un moment dans les yeux. Shimuka inclina légèrement la tête, intriguée plus que surprise.

Shimuka – Enfin, entre ma belle, je vais chercher à boire, installe-toi.

Haya pénétra dans le salon qu’elle connaissait bien à présent. Elle entendait la porte d’entrée se fermer quand elle s’assit sur le canapé. Shimuka revint dans la pièce, ouvrit son frigidaire, chercha un moment et sortit une bouteille. Elle revint vers Haya avec deux verres qu’elle remplit aussitôt.

Shimuka – C’est de la framboise. Tu sais le goût que ça a la framboise toi ? J’ai vu ça dans le magasin et je me suis dit que si Takeo faisait une excentricité, il ne fallait pas le décevoir et lui acheter sa bouteille.

Haya trempa ses lèvres dans le verre et but une longue gorgée. La fraîcheur de la boisson agrandit son sourire. Shimuka hocha la tête d’un air appréciateur.


Shimuka – Hé pas mauvais !

Elle reposa son verre et rendit son regard à Haya. Elle ne semblait pas presser de demander la raison de cette venue soudaine. Haya sortit toutefois une lettre de sa tunique et la posa sur la table. Shimuka lui jeta un œil mais ne la saisit pas.

Shimuka – Une lettre pour moi ?

Haya acquiesça et la poussa dans sa direction pour lui signifier qu’elle pouvait la lire dès à présent. Shimuka ne se fit pas prier et parcourut des yeux la lettre. Haya commença à se tortiller nerveusement puis se reprit lorsqu’elle s’en aperçut. C’était certainement le genre de choses qu’on préférait dire de vive voix, mais elle n’était pas sûre qu’elle en aurait eu le courage alors. Il est parfois pénible de dire à quelqu’un qu’on l’aime quand on le pense réellement, qu’il s’agit d’un sentiment vivace et qu’on ne peut se contenter de quelques mots faciles. Shimuka reposa la lettre, se passa la langue sur les lèvres et dévisagea Haya.

Shimuka – Je suis très touchée Haya.

Elle rit gauchement.

Shimuka – Mais tu es bête, je n’avais pas besoin d’explications quand tu le faisais. Tu ne dois pas en être consciente mais tu parles à tes amis, que ce soit tes actions ou tes gestes, on comprend ce que tu cherches. Et si on ne comprend pas, on te fait confiance. C’est de l’amitié aussi, de comprendre le silence et d’avoir confiance quand même.

Haya sortit quitta Shimuka en fin d’après-midi. La bouteille de framboise gisait par terre, vide. Le crépuscule couvrait le village alors qu’Haya remontait les rues d’un pas tranquille. Les commerçants avaient rentré leurs marchandises, les passants se raréfiés et on croisait parfois une ou deux patrouilles vigilantes. La jeune fille se sentait bien, soulagée et heureuse. Son cœur se trouvait allégé comme il ne l’avait plus été depuis longtemps maintenant. Ce n’était pas seulement Shimuka, pas seulement la prise de conscience qu’il y avait désormais des gens autour d’elle qui l’aimaient, qu’elle avait à nouveau un foyer, des proches et un présent. C’était aussi qu’elle savait comment procéder pour retrouver une vieille amie qu’elle avait négligé et qui refusait à présent de la laisser entrer. Haya savait qu’elle parlerait bientôt et elle se prenait à se demander comment serait sa voix, si elle serait marquée par cette année de mutisme. Il y avait quelque chose d’étonnant à ne pas se souvenir de sa propre voix, mais elle n’y avait jamais prêté attention auparavant. Il lui revenait en tête des épisodes ou elle parlait, mais elle ne se souvenait alors que des paroles et non du ton sur lequel elles étaient prononcées. Un sentiment furieux d’excitation remonta de son ventre jusqu’à sa poitrine.

La porte de son appartement s’ouvrit sans un bruit. Haya ne prit pas la peine d’allumer la lumière et se dirigea directement dans sa chambre. Elle se déshabilla en vitesse et se glissa sous sa couverture, les yeux fixés sur le plafond et en sachant exactement ce qu’elle devait faire le lendemain.

MessageSujet: Re: Les Murmures   Mar 11 Aoû - 16:23

Shinji Azechi se grattait d’un air distrait la barbe. Il laissa son regard vagabonder à travers la fenêtre mais ne prononça pas un mot. Ils étaient seuls dans la petite pièce, chichement aménagé. Il y avait un certain côté spartiate dans l’agencement des rares meubles et la disposition des encore plus rares décorations murales. Le bureau, en revanche, était un amas de papiers divers et de colorations diverses, avec par-dessus les objets les plus insolites (Haya détermina deux kunai, mais aussi un jouet pour enfant et des pièces de go), si bien qu’Haya se demandait comment il pouvait s’y retrouver. Devant lui, un parchemin illisible et écorné était déployé. Il tapotait sans y penser dessus.

Haya se redressa un peu.

Shinji – Je comprends ton désir de t’y rendre. Tu n’as en ce moment aucune obligation envers ton équipe et tu es parfaitement libre de ton temps. Toutefois, je ne suis pas convaincu que ta sécurité soit optimale.

Haya fit un effort pour ne pas trahir le moindre signe de déception. En arrivant ce matin, elle ne doutait pas un instant de la réussite de son entreprise. Mais lorsqu’elle fut introduite dans la pièce du mizukage par une femme dont elle ne se rappelait plus le nom, son optimisme s’était en quelque sorte craquelé. Shinji avait l’air aimable et (eût égard de son poste de mizukage) tout à fait charmant, mais pour une raison qui lui échappait lorsqu’elle lui montra un papier où elle se présentait et où elle posait sa requête, elle vit son visage se rembrunir quelque peu.

Shinji – Bien sûr, après une année, il est peu probable que tes ennemis se trouvent toujours là-bas. Tu as beaucoup appris au cours de cette année et je ne doute pas que tu puisses te défendre. Mais…

Il laissa sa phrase en suspens et la consulta rapidement du regard. Haya comprit qu’il essayait de déterminer jusqu’où s’étendaient ses connaissances sur ce qu’il s’était passé l’année précédente et sur son père. Il plissa légèrement les yeux.

Shinji – J’ai connu ton père, tu sais. Tu as exactement les mêmes yeux. Exactement les mêmes… Je n’étais pas encore sanin à l’époque, mais je l’ai vu à plusieurs reprises lancer ce regard, celui que tu as en ce moment et qui dit : je ne demande pas une autorisation, je vous informe d’un fait. Je crois que tu partirais même si je te l’interdisais, d’une manière ou d’une autre, et que tu assumerais les retombées sans daigner te sentir coupable. Est-ce que je me trompe ?

Haya secoua lentement la tête. Elle sentit ses joues rosir légèrement : à l’instant où Shinji commençait à exprimer ses réticences, son cerveau établissait déjà une nouvelle solution à exploiter pour parvenir malgré tout à ses fins. Les lèvres de Shinji s’étirèrent en un sourire fatigué.

Shinji – C’est ce que je me disais. Inutile, alors, de te faire barrage. Présente-toi demain matin aux portes du village à sept heures. On te donnera quelques indications à ce moment et tu seras libre de partir.

Le visage d’Haya s’illumina d’un sourire resplendissant. Elle s’inclina respectueusement et se détourna. Avant qu’elle n’atteigne la porte, la voix de Shinji l’arrêta.

Shinji – Je te demanderais toutefois d’être extrêmement prudente. Ce n’est pas tant l’endroit où tu te rends qui pose problème, mais ce que tu peux en déduire. Si tu découvres une vérité, garde-la pour toi et tes amis. N’oublie pas que tu n’es pas originaire de kiri et que le village a eu une histoire avant la tienne. Il y a beaucoup de forces différentes en jeu, à l’intérieur même du village. Tu as dû t’en rendre compte, lors de la guerre.

Il pencha légèrement la tête et Haya prit cela pour une autorisation de disposer. Elle referma la porte derrière elle et s’y appuya, les yeux clos. Ses épaules s’affaissèrent légèrement alors que la pression la quittait aussi brusquement qu’elle était apparue. Elle ne saisissait pas bien où voulait en venir Shinji (elle comprenait seulement qu’il savait ce qu’elle trouverait au bout du compte et que cette vérité, kiri semblait la connaître également), mais elle ne doutait pas que cela lui apparaîtrait au bout moment. Cela devait certainement faire écho à ce que lui avait déclaré Benihime. « Quand tu auras découvert tes pouvoirs, quand tes coéquipiers sauront que tu as ses pouvoirs et quand ils auront répétés que tu les as, quand Kiri saura lentement que tu les as… tu auras besoin de nous ».

Elle repoussa tout cela dans un coin de son esprit. Ces paroles s’éclaireront lorsqu’elles trouveront un écho dans la réalité, en attendant il ne s’agissait que d’une perte de temps. La perspective de retourner dans le village où elle était née et où elle avait vécu quinze ans l’emplissait d’une joie puissante et sauvage. Elle ne savait pas à quoi ressemblerait sa maison, peut-être quelqu’un l’aura-t-il brûlé, peut-être qu’elle est à présent en ruine, mais il y aurait quand même la marque de sa présence sur ce sol. Et même s’il n’y avait plus de marque, Haya n’aurait aucune peine à la retrouver. Pour la première fois depuis le massacre de ses sœurs, elle allait pouvoir leur rendre hommage. Retrouver des souvenirs… des images du passé. Et reprendre le contrôle du présent.

Le reste de la journée se passa sans heurt. Haya rendit visite à Shimuka pour lui dire au revoir et par un coup de hasard, elle recevait justement Mie et Sushi. Ils passèrent l’essentiel de la journée ensemble, sans chercher à faire semblant de travailler. Ils ne s’inquiétèrent pas pour le voyage d’Haya (car le village n’était qu’à quelques heures de kiri et que la route était parfaitement sûre, grâce à l’influence du village de la brume). Elle ne savait pas combien de temps elle y resterait, peu certainement. Peut-être deux jours. Shinji n’avait pas précisé de limite à sa permission, il se pouvait que son rendez-vous du lendemain soit à ce sujet. Quand ils se séparèrent, il ne devait pas être plus de six heures. Sushi la serra contre son merveilleux ventre et lui tapota le dos en lui enjoignant de prendre soin d’elle. Haya l’embrassa sur la joue et serra Mie contre elle.

Mie – J’espère que tu trouveras ce dont tu as besoin Haya. A bientôt.

Haya marchait dans la rue sans se presser, en profitant de la brise vespérale qui se levait. Elle observait autour d’elle les murs qu’elle avait appris à connaître, avec ses toits lisses et rugueux. Pour la première fois elle allait vraiment quitter kiri. Elle l’avait déjà quitté pour une mission, mais là c’était quelque chose de personnel. Et puis, pour la première fois aussi, Haya profitait des privilèges de son nouveau grade, à savoir une plus grande autonomie. Elle avait pris le soin d’avertir Satoshi, pour éviter qu’il ne l’accuse de quoi que ce soit. Il lui avait simplement répéter d’être prudente. Avant qu’elle ne reparte il lui avait souhaité bonne chance et ils avaient presque partagé un sourire (Haya étant la seule à avoir souri).

Elle tapa à la porte et quelques secondes plus tard, elle s’ouvrit largement. Kinsuke était en peignoir et se passa une main dans les cheveux. Ils s’embrassèrent, le jeune homme l’invita à entrer et ferma la porte derrière lui.

Kinsuke – Bon, bon, rien n’est prêt je n’ai même pas fait à manger.

Ils préparèrent à manger ensemble, comme un vrai couple, à partager des sourires, des petites bouchées taquines, des souvenirs aussi. Haya ne le considérait pas à proprement parler comme son petit ami ni comme un amant. C’était une relation un peu différente, qui n’avait pas besoin d’être nommée explicitement. Quelque chose comme… le partage d’une confiance. Il y avait ça dans les couples qu’elle voyait autour d’elle, et dans les amitiés aussi, mais c’était le fondement de leur relation et la différence se faisait probablement ici. Haya percevait de façon indistincte qu’ils ne seraient pas amenés à vivre ensemble tous les deux, qu’ils s’aimeraient sans amour mais elle n’en ressentait aucune tristesse ni aucune mélancolie. Kinsuke le savait également et ils continueraient à se voir, à partager leur confiance, à discuter, à faire l’amour aussi, comme deux enfants qui essaieraient de voir s’ils parvenaient à le créer. Elle était curieuse de découvrir cela et il n’y avait là aucune place pour un regret.

Kinsuke – On va arrêter là sinon on ne va jamais manger. Hmm. Je vois que tu ne m’as pas attendue pour en arriver à cette conclusion.

Haya baissa les yeux sur sa racine à moitié épluchée. Elle esquissa un vague sourire d’excuse et alla se coucher sur le canapé de tout son long. Kinsuke leur servait deux verres. Il les posa sur la table, elle n’écoutait pas ce qu’il disait mais devinait qu’il parlait de sa permission. Elle se redressa pour attraper son verre, trinqua et but une longue gorgée tandis que Kinsuke s’asseyait à son tour. Haya laissa retomber sa tête sur ses genoux, la main dans le vide et les yeux tournés sur le visage de Kinsuke. Il lui caressait les cheveux et Haya s’endormit avant même d’avoir mangé quoi que ce soit.

Lorsqu’elle se réveilla, elle était serrée contre Kinsuke, en sous-vêtements. Elle s’étira en silence et réprima un bâillement. Le soleil n’était pas encore levé. Elle sortit du lit discrètement. Sur la table du salon l’attendait son repas de la veille, avec un sachet de provision et son sac de ‘voyage’. Haya s’assit un sourire aux lèvres, huma le plat qu’elle avait vaguement préparé la veille et plongea ses baguettes dedans.

Elle fit rapidement sa vaisselle et vérifia ses sacs. Son sac contenait son armure travaillée par Obari, sa chaîne qu’elle maniait avec le talent d’un céphalopode, ses pilules, de quoi écrire, des affaires de rechange, de l’argent, une carte et son nécessaire de maquillage. Elle espérait que Satoshi ne tomberait jamais dessus, il aurait assurément une ou deux remarques fielleuses, mais il devait bien comprendre que les filles sur lesquelles s’excitait son imagination n’étaient pas dépourvues du moindre artifice, kunoichi ou pas. Elle attrapa cette boîte et se dirigea vers la salle de bain. Elle prit une longue douche. Son expérience de mission précédente lui avait appris que les douches étaient en quelque sorte un privilège hasardeux, et malgré le fait qu’elle ait déjà été couverte de boue de la tête aux pieds, ou même toute poisseuse de sang, elle tenait à profiter des douches tant qu’elle le pouvait.

Elle se maquilla soigneusement, les yeux et les joues, comme tous les jours. En sortant, elle était tout habillée et prête à partir. Haya fixa encore sa chaîne à sa ceinture, passa ses pilules dans une poche entre sa poitrine et rangea son sac de provision dans son sac de voyage. Elle le posa à l’entrée et s’agenouilla près du lit. Tendrement, elle passa ses doigts sur le visage de Kinsuke et l’observa un moment dormir. Elle rencontra ses lèvres puis son front. Il était curieux de se dire que si un inconnu s’était approché aussi près, il serait déjà levé et pratiquement prêt au combat. Mais sans doute son cerveau estimait-il que le danger était inexistant à cet instant. Haya se releva, attrapa son sac et sortit.

Le village était à peine éveillé. Il devait être tout juste sept heures. Les portes ne tardèrent pas à se dessiner derrière les dernières maisons du village.

En débouchant directement sur les portes, elle tomba sur Benihime et Ryosen qui se murmuraient des choses à voix basse, avec quelque véhémence. Haya s’arrêta net, les yeux écarquillés. Benihime tourna la tête vers elle, lui adressa un large sourire et se précipita d’un pas enthousiaste vers elle.

Benihime – On a appris hier que tu partais en permission. On s’est proposé pour t’accompagner.

Elle hésita insensiblement.

Benihime – Si tu veux de nous bien sûr.

Haya resta saisie de longues secondes avant de hocher vivement la tête. Elle se sentait touchée, troublée et terriblement contente de cette attention. Benihime acquiesça, rassurée.

Benihime – C’est Ryosen qui a insisté, tu le connais, la perspective de passer plusieurs jours avec deux filles, ça lui titille les hormones.

Ryosen toussa sèchement.

Ryosen – Je me dois d’apporter une petite nuance. Benihime m’a fait un chantage éhonté pour que je me réveille ce matin.

Il fixa Haya d’un air tout à fait sérieux.

Ryosen – Enfin, je ne suis pas en train de dire que nous avons passé la nuit ensemble.

Benihime – Hmm... On devrait partir, marmonna-t-elle en attrapant Haya par le bras. Tu aurais dû voir la tête de Shinji quand je lui ai demandé à t’accompagner. Il se disait : « oui non, quand même, deux membres de la Flamme Jaune… » Et moi je lui ai dit : « mais non j’amène ce NAZE de Ryosen, elle sera encore plus efficace sans lui ». Même lui a reconnu la pertinence de l’argument.

Ils marchaient tranquillement vers les portes du village, Haya entre eux deux.

Ryosen – Tu sais, j’ai songé à ce que tu m’as dit à propos de mourir noyée. Je pense qu’il serait intéressant que nous l’expérimentions de façon un peu plus pratique, dès que tu vois un tonneau n’hésite pas à y laisser ta tête, j’appuierais dessus.

Même la pensée de passer plusieurs heures au milieu de cet échange ne parvenait pas à entamer l’enthousiasme énorme d’Haya.


Dernière édition par Haya Sasaki le Sam 24 Oct - 20:14, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Les Murmures   Mar 18 Aoû - 15:59

La petite troupe s’était arrêtée auprès d’une rivière pour manger quelque chose. Haya sentait que le village était proche, même si en vérité c’était Benihime et Ryosen qui la dirigeaient.

Benihime avait quitté ses sandales et remonté son pantalon jusqu’à ses genoux pour tremper ses pieds dans l’eau fraîche et claire. Haya la rejoignit avec son repas. Ryosen avait fermé les yeux, les mains posées sur son ventre, et la jeune fille sourit en l’imaginait vingt ans plus tard, la bedaine souveraine et le visage détendu après un bon repas.

Benihime avait les mains enfoncée dans l’herbe, et louchait sans vergogne sur les brochettes d’Haya. Celle-ci lui en proposa une et Benihime accepta d’un air sucré, comme si son avidité avait été impeccablement dissimulée.

Benihime – Hé bien, pour te dire la vérité, même si ma première idée a été de t’accompagner j’ai hésité après avoir réfléchi. Je me suis dit que tu préférerais peut-être te trouver seule une fois dans le village, pour retrouver tes souvenirs. Je veux dire, c’est personnel comme quête. Et puis je me suis dit que c’était à toi de nous dire si tu voulais de nous, mais que notre rôle c’était au moins de te proposer notre aide.

Haya secoua la tête en signe d’assentiment. Elle était heureuse qu’ils soient venus, mais elle ne trouva pas de façon simple pour l’exprimer. Sans doute Benihime n’en avait-elle pas réellement besoin. Elle jouait avec le bois de la baguette à bouger les cailloux dans l’eau, d’un air à la fois absent et très concentré. Haya lui toucha doucement l’épaule et lui présenta un nouveau papier.

Haya – Pourquoi as-tu essayé de me tuer, si tu t’intéressais mon père… ou à moi ?

Benihime ne marqua pas la moindre trace de gêne, comme l’aurait imaginé Haya. Elle ne répondit toutefois pas tout de suite.

Benihime – Je n’ai pas vraiment essayé de te tuer. Il n’y avait rien de personnel. Je me disais juste que tu étais une petite emmerdeuse venue nous faire la morale sur à quel point on était méchant. J’ai été intriguée par toi, parce que tu avais l’air faible et forte à la fois, comme une puissance en formation. Et après, Naikin m’a dit qui tu étais… la fille de Kade, tout ça. Mais au départ j’en savais rien. Il y a des différences entre les situations de départ et les évolutions, je…

Haya lui indiqua qu’il n’était pas nécessaire de continuer. Benihime souhaitait certainement lui dire que ses sentiments actuels avaient beaucoup changé (comme ceux d’Haya), et qu’elle ne l’appréciait pas à cause de son père mais à cause de ce qu’elle était. Ou quelque chose dans cette idée. Il était inutile de le dire à voix haute, Haya le comprenait bien. Ils repartirent rapidement après et, lorsqu’ils parvinrent aux abords du village, Haya sentit son cœur se serrer et battre plus fort à la fois. L’air même était semblable à celui qu’elle avait respiré pendant quinze ans, elle s’en rappelait désormais avec une clarté troublante. Brusquement, l’envie de faire demi-tour lui traversa le corps et Haya dût fermer les yeux pour la chasser. Il fallait y aller. Laisser le passé dicter sa vie, c’était s’avouer vaincu et poser le genou à terre devant lui. Haya ne pouvait se le permettre. Benihime restait immobile à sa droite.

Ils reprirent la route, beaucoup plus lentement.

Les premières maisons se dessinèrent sans hâte. Ils pénétrèrent dans le petit village, des visages se tournaient vers eux. Certains les saluaient de la tête, méfiants et prudents. Haya les reconnaissait tous et, en rencontrant leurs yeux, elle les vit s’écarquiller.

Une femme s’approcha, avec une hésitation très marquée. Benihime la dévisageait sans se cacher. Haya sentait presque son corps tendu, prêt à réagir à ce qui se présenterait. Pourquoi pensait-elle qu’ils pouvaient être attaqués ici ? Avait-elle… Haya sourit. La femme s’approcha en courant et l’attrapa dans ses bras en la serrant fort, si fort que tout l’air de ses poumons semblait s’évanouir.

Otome – Haya ! Haya c’est bien toi ? On m’avait dit que… j’étais sûre que tu étais morte !

Haya sentit un frisson d’horreur naître dans sa colonne vertébrale.

Bien sûr.

Kiri n’avait jamais dit qu’une des filles avait survécue à la nuit du cinq décembre. Ils avaient dissimulé l’information pour s’assurer que ses assassins l’oublient de manière définitive. En revenant ici… Haya se faisait connaître. Le bruit courrait, un tel miracle ferait le tour des villages. Ce massacre, Hakame le lui avait dit, avait fait grand bruit dans la région. Et un an après, l’une des filles revient à la vie. Haya échangea un regard avec Benihime. La jeune fille lui souriait aimablement. Elle n’ignorait pas ce qu’Haya avait en tête désormais, et cela ne l’inquiétait pas.

Otome s’écarta légèrement mais ne la lâcha pas.

Otome – Mon dieu… Une année entière… Il n’y a pas une journée où je n’y pense pas. Je… comment as-tu survécu Haya ?

Haya s’apprêta à répondre quand elle s’aperçut qu’elle était muette. Elle referma la bouche.

Benihime – Elle est muette maintenant.

Otome tourna la tête vers Benihime, puis revint sur Haya. Elle l’observait avec une grande pitié dans l’œil.

Otome – Ah… Bien sûr. Tu veux venir au bar ?

Elle l’interrogeait du regard, elle puis Benihime mais celle-ci regardait ailleurs à présent. Haya secoua doucement la tête, en se forçant à sourire. Elle lui fit comprendre qu’elle voulait d’abord retourner à sa maison. Otome dissimula habilement une grimace et acquiesça. Elle lui murmura de revenir la voir et Haya le lui promit. Tout lui paraissait changé. Les visages des personnes, qui la détaillaient maintenant avec une curiosité indécente, les petites maisons grises, et l’odeur dans les airs se teintait d’un parfum nauséabond. Ryosen se pencha sur elle et lui saisit le bras avec presque de la douceur dans le geste.

Ryosen – Détends-toi. Nous sommes avec toi maintenant. Tes ennemis, quels qu’ils soient, n’entendront pas parler de toi immédiatement.

Il l’arrêta et la regarda droit dans les yeux. A mesure qu’il parlait, il se redressait.

Ryosen – Qu’ils sachent qu’Haya Sasaki est toujours vivante. Qu’elle a retrouvé les siens et qu’elle suit les traces de son père. Ils ont une peur malade de ton père, Haya, parce qu’il les valait cent fois. Et ils auront une peur malade de toi, parce que tu portes les marques de leurs tortures dans ton corps et qu’ils ne savent pas que ton cœur est bon. Mais pas faible pour autant…

Haya acquiesça d’un air absent. Elle frissonna encore, puis se remit en route. Non, ils ne viendront pas tout de suite. Ils allaient simplement être sur leur garde. Peut-être n’y croiront-ils même pas. Mais la peur s’immiscera en eux. Ils avaient peur de son père… Haya s’arrêta à nouveau. Elle ne savait toujours pas si son père était mort mais… elle évita le regard de Benihime. Mais s’ils n’étaient pas morts eux-mêmes… si son père ne les avait pas tué… et s’il n’était pas revenu à kiri pour retrouver sa fille… Haya essaya de combattre le désespoir qui la menaçait en se disant que peut-être son père lui-même ignorait qu’elle était en vie et qu’à cause de sa désertion, il n’avait pu la retrouvé à kiri. Mais quand il apprendrait qu’elle était vivante… Son cœur se mit à battre plus fort. Il se trouvait peut-être ici même, dans ce petit village ! Haya avança de nouveau sur le sentier qu’elle avait emprunté tellement de fois avec un optimisme nouveau, un optimisme qui lui permit de ne pas voir le regard profondément désolé de Benihime.

Et puis, sa maison apparut. Le petit muret était écroulé, probablement suite à une violente tempête comme il y en avait parfois. Leur vieille balançoire était fendue en deux et la planche pendait mollement au gré du vent. Haya l’effleura du doigt, le regard fixé sur la maison. La porte était restée défoncée, une fenêtre gisait brisée, de la mousse avait poussé sur le seuil et dans les coins et une couche de poussière recouvrait l’autre fenêtre visible. Hormis cela, rien n’aurait pu indiquer que la maison était inhabitée depuis un an. Rien, hormis cette pesante odeur de mort qui lui empoisonnait le ventre. Haya ramassa un bris de verre et le garda en main. Elle ne se rappelait pas du moment où il avait été cassé, mais cela avait dû se passer lors du cinq décembre. Haya porta sa main à sa bouche. Il n’y avait aucune odeur véritable, mais alors qu’elle était sur le pas de la porte le parfum de cette nuit lui remplit à nouveau les narines, cette odeur poisseuse de sang, de terreur bestiale, de sueur. Elle fit un pas, puis pénétra totalement.

L’obscurité était presque complète. La lumière qui traversait les fenêtres ressortait blafarde et terne. Elle était suffisante, toutefois, pour montrer que quelques voleurs étaient passés par là depuis la dernière fois à moins que ce ne soit kiri ou les habitants du village voisin qui aient récupérés la plupart des photographies ou des objets entreposés. Elle était suffisante également pour découvrir les longues tâches de sang imprimaient dans le sang, encore un peu rouge, mais d’un rouge malade. Dans le parquet défoncé, Haya revoyait la tête déformée de sa sœur aînée, tranchée brutalement sous ses yeux et le sentiment d’impuissance terrifiée qu’elle avait ressenti alors la submergea à nouveau. Haya porta encore une fois sa main à ses lèvres, mais elle était à présent sur le point de vomir.

Des doigts froids saisirent sa main libre, et Ryosen demeura à ses côtés, le visage fermé et les yeux pétillants d’une rage contrôlée. Benihime regardait par terre également, et quelque chose chez elle montrait à Haya que ce n’était pas la première fois qu’elle venait ici.

La table gisait dans un coin, brisée. Elles s’étaient barricadées vainement derrière, en se disant naïvement que peut-être ils ne monteraient pas en haut et qu’ils ne trouveraient jamais leur petite sœur, Murasaki. Qu’ils ne savaient pas combien elles étaient, que c’était juste des bandits. Mais en les violant, ils répétaient leurs noms, ils se les échangeaient… Elle se souvenait qu’ils appelaient son père ‘Kane’, et non pas ‘Kade’. Ils ne représentaient rien, ils ne savaient probablement même pas qui ils chassaient exactement. Des sous-fifres. Haya souhaitait décapiter la tête pensante, celle qui avait donné l’ordre de tuer trois petites filles.

Maudis-ton père autant que nous maudissons ta famille. Encho Daisuke. J’étais ici, pensa-t-elle en regardant les planches. Encho Daisuke. J’aurais ton sang sur mes mains, Daisuke, et je recueillerai le dernier de tes souffles. Je savourerai ce moment. Pas parce que tu mourras, tu n’es pas important pour moi, mais parce que tu possèdes quelque chose qui m’appartient. Et tu n’es pas autorisé à me le voler. Vous étiez six, ce soir-là, alors je tremperais six fois mes mains dans vos chairs ouvertes. Je ne suis pas cruelle. Vous ne souffrirez pas. Ce n’est pas une vengeance… on ne se venge pas d’une planche qui nous tombe sur le pied. On la remet à sa place.

Votre place est sous terre.

MessageSujet: Re: Les Murmures   Sam 22 Aoû - 19:41

Haya marchait à pas lents dans la pièce. Des images de plus en plus violentes la frappaient, et Ryosen la suivait sans dire un mot et elle ne lâchait pas sa main, non, non, elle la serrait furieusement mais il ne la retirait pas non plus. Haya n’était jamais remonté en haut. Elle n’avait jamais su réellement ce qui était arrivé à sa plus jeune sœur et elle ne voulait jamais le savoir. Elle gravit lentement les marches, la flamme jaune sur ses talons. Le couloir s’ouvrait devant elle, avec sa chambre tout d’abord. Haya dépassa le seuil et découvrit qu’elle avait presque totalement été préservée. Tout au plus avait-on soulevé le matelas et fracassé un placard pour s’assurer que personne ne s’y cachait. Elle regarda les rares photos suspendues, ses vieux vêtements qui sentaient très fort le renfermé, son lit sur lequel elle avait nourri de tout autre rêve que ceux qu’elle nourrissait à présent. Elle ramassa les photos et les rangea dans sa veste, puis elle sortit et continua. La chambre de Kaoru venait ensuite. Peu touchée également, dans les mêmes proportions que celle d’Haya. La pièce était un peu plus grande mais légèrement moins bien éclairée. Des vêtements gisaient à terre, foulés au pied sans ménagement. Le petit bureau sur lequel Kaoru écrivait parfois était intact. Haya s’assit sur la chaise et ouvrit avec d’infinies précautions les tiroirs. Quand elle était jeune, Kaoru interdisait formellement à ses sœurs de toucher ses affaires ou même de rentrer dans sa chambre. Un jour, Haya l’avait surprise sur le lit avec un homme. Elle avait vivement fermé la porte et était retournée se cacher dans la sienne, persuadée que sa sœur serait dans une rage folle. Mais elle ne montra jamais qu’elle avait vu Haya. Les tiroirs contenaient des bibelots dérisoires d’adolescente, des feuilles griffonnées et plissées, des paquets de bonbons, une peluche qu’elle avait quand elle était toute jeune, d’autres photographies et même des dessins. Haya sentit les larmes couler sur ses joues, elle aperçut trois cadres sur le bureau, bien en face d’elle, qui représentaient sa mère et son père enlacés, Haya seule avec les sourcils froncés, et une photo de Murasaki qui riait par terre. Kaoru ne prenait jamais le temps de montrer qu’elle les aimait, mais personne n’en avait jamais douté. Son courage, avant de mourir… ce regard qu’elle lui a lancé… Haya le revoyait aussi distinctement que si elles l’avaient échangé une heure plus tôt. Un regard qui lui disait de garder espoir, de ne pas avoir peur, le regard d’une grande sœur qui l’aimait tendrement et qui mourait, comme ça. Haya ne toucha pas aux photos. Ses doigts se refermèrent sur un petit carnet à dessin qu’elle glissa dans sa veste. Avant de sortir, Haya s’inclina un long moment devant la chambre et elle remerciait sa sœur en silence, pour ce qu’elles avaient vécu et partagé ensemble et pour cet espoir qu’elle lui avait donné, comme un ultime cadeau.

Haya ne pourrait jamais céder à la facilité. Céder à la haine… C’était si facile de haïr, si naturel… Elle devait haïr ces gens, les haïr avec toute la force de son cœur, toute la frustration d’avoir vu sa vie brisée, son déroulement étranglé par leur poigne barbare. Mais cela serait nier le présent de Kaoru. Elle lui avait donné de l’espoir en souhaitant qu’elle survive, et elle avait survécu. Mais il y avait autre chose, de plus profond ; Kaoru aurait voulu l’espace d’un instant faire oublier tout cela à sa sœur, pour qu’elle continue à vivre la vie qu’elle avait toujours vécu. Et dans cette vie, il n’y avait aucune place pour la haine.

La chambre de Kade, chambre qu’il avait partagé avec Hatsuyo, la mère d’Haya, venait ensuite. Elle avait été fouillée, mais Haya devinait là le travail des ninjas. Ils cherchaient les causes du départ de Kade ? Les avaient-ils trouvées ? Le lit était défait, les vêtements étalés à terre, il n’y avait plus rien sur les murs. Les livres avaient été retournés dans tous les sens, les étagères démontées soigneusement et les objets entreposés par terre. Haya ramassa une bague en argent, toute simple. C’était l’un des bijoux de Kade, mais il ne le mettait pas souvent. Il s’agissait peut-être de sa bague de fiançailles. Haya la passa à son doigt, mais la bague était bien trop large. Elle la glissa à sa poche. Il y avait encore des affaires à sa mère. Haya se souvenait qu’elle ne l’aimait pas beaucoup, mais ce n’était pas aussi facile. Sa mère… souffrait en silence, et c’était cela qu’Haya ne comprenait pas. Elle était incapable de déterminer son mal, de lui en parler… Quand elle est morte, Haya s’était sentie soulagée. Et même plusieurs années plus tard, elle ne ressentait pas de peine. A présent… son père avait aimé cette femme et il avait transformé sa vie, jusqu’à la tuer… Qui de l’amour ou de la culpabilité l’avait poussé à conserver des boîtes entières lui appartenant ? Certainement un mélange amer des deux. C’était en tout cas celui que ressentait Haya. Parmi les objets posés à terre, une petite boîte en bois verni attira son attention. En l’ouvrant, elle devina qu’il s’agissait d’un cadeau de Kade à Hatsuyo. Un petit tigre en argent ouvragé, qui ne semblait être ni un collier ni quoi que ce soit qui se porte, lui jetait un coup d’œil sauvage du fond de la boîte, la patte tendu en geste de défi ou d’amitié. Haya la rangea dans sa poche également. Elle s’assit sur le lit et se renversa en arrière. Pour la première fois, Ryosen lâcha sa main. Il se la caressa de l’autre d’un air distrait et Haya perçut ses propres doigts engourdis à force de serrer. Benihime s’assit par terre, dos au mur, la tête posée sur les genoux. Il n’y eut plus de bruit, plus rien que la réalité de Kade qui venait à eux.

Haya se redressa, la mine triste. Les souvenirs l’agressaient. Elle parcourut une nouvelle fois la pièce, trouva une montre à gousset, avec une photo de son père et de sa mère, avec un enfant dans les bras. Haya ne parvenait pas à déterminer qui, mais c’était probablement Kaeru. Ils semblaient plus jeunes, surtout sa mère qui était détendue et éclatante. Elle s’était affadie avec les années, mais Haya commençait à en comprendre la raison. L’existence que lui proposait Kade de devait pas être exactement ce qu’elle avait eu en tête, et sa conclusion encore moins. Elle la rangea également dans sa poche.

Cette maison était son héritage. Les dernières traces de ses parents, de sa famille, de sa vie d’antan. Pourquoi les voleurs l’avaient-ils épargné ? Ils ne devaient pas être nombreux à fréquenter les lieux, ou bien l’odeur de mort avaient repoussé même ces charognards. Elle se leva, aussitôt imitée de Benihime, et sortit.

Avec une appréhension terrible, Haya se dirigea vers la dernière porte qui l’intéressait ; la chambre de sa plus jeune sœur, Murasaki. C’était un sentiment qu’elle ne s’expliquait pas. Elle n’était jamais revenue voir les autres pièces, pourtant c’était la chambre de sa sœur qui lui paraissait la plus lointaine et la plus angoissante. Elle savait ce qu’avait enduré Kaeru, parce qu’elles l’avaient enduré ensemble, dans la même pièce. Mais Murasaki était isolée, seule dans sa chambre, cachée et il était impossible qu’elle ait survécu bien qu’Haya se refusait à l’admettre catégoriquement. Elle poussa la porte entrebâillée, attendit un instant que ses yeux s’habituent à la douce obscurité puis entra. Un rai de lumière coupait la chambre sèchement et bien qu’il n’éclairât pas grand-chose, Haya ne put détacher son regard des tâches sombres sur le sol et du lit éventré à coup de couteau.

Elle se tourna vers Benihime, avec l’intention de quitter les lieux aussitôt mais elle se força au calme une nouvelle fois. Elle était venue jusqu’ici pour voir tout cela, pour ressentir son passé jusqu’au plus profond de sa chair. Il n’y avait plus de lutte, plus de refus, juste le sentiment que tout cela s’était bien déroulé et qu’il lui serait impossible, à jamais, de revenir dessus. Alors Haya se détourna à regret pour observer la chambre. Elle s’obligeait à l’imaginer telle qu’elle l’était un an auparavant, avec les murs un peu rosés, qu’elles avaient peint toutes les trois avec Yuma, leur frère aîné. Le bureau, fabriqué par Kade pour son anniversaire, était intact, très bien rangé. Haya et sa sœur restaient généralement l’une sur le lit et l’autre par terre, couchée à parler de n’importe quoi. Des questions plus précises harcelaient la conscience d’Haya. Qu’est-ce que leur père avait pu faire de suffisamment grave pour qu’ils puissent massacrer sa famille, jusqu’au dernier ? Elle ramassa sur l’étagère un pendentif que Murasaki s’était choisi la seule fois où ils avaient visité une grande ville, près des côtes, Haya était incapable de se souvenir de son nom.

Elle garda le petit collier tout simple en main et tourna les talons. Dehors, elle ferma les yeux et resta immobile. Les deux membres de la flamme jaune discutaient à voix basse, quelques pas en arrière. Haya aurait souhaité avoir la force de brûler la maison, c’était un désir qui la hantait grandement mais elle se refusa à le demander. Les choses devaient suivre leur cours naturel, il n’était pas nécessaire de les brusquer. Quand Haya jeta un œil par-dessus son épaule, Benihime en profita pour lui parler.

Benihime – Les tombes de tes sœurs sont plus haut. Si tu souhaites leur rendre hommage.

Haya acquiesça d’un air absent. Elle imaginait bien que ses sœurs avaient été enterrées près d’ici. Elle devait encore leur dire adieu, et leur parler un peu, après si longtemps. La jeune fille se laissa guider et aperçut au loin les plaques. Elles reposaient à même le sol, parallèles, au flanc d’une petite colline. Parfois elles venaient se baigner dans la rivière à quelques mètres d’ici. C’était une bonne idée de les avoir déposées là. Haya s’inclina longuement, puis resta debout sans bouger. Elle passa finalement ses doigts sur les plaques ; Murasaki Sasaki, Kaeru Sasaki – cinq décembre. Je reviendrai vous voir.

Elle aurait bien laissé son collier à Murasaki, mais si un passant le voyait il le volerait et pire, s’il pensait qu’il y en avait d’autres sous terre… Elle préféra n’en rien faire et emboîta le pas à Benihime et Ryosen, qui prirent la route du village.

Haya ne s’attendait pas à le revoir. Elle ouvrit de grands yeux en apercevant son dos si reconnaissable, bien que plus droit que dans son souvenir. Sa longue crinière argentée ne pouvait toutefois la tromper ; Kajima, le vieux conteur avec sa maison qui puait l’oignon. Pour la première fois de la journée, un sourire étira les lèvres de la jeune fille. Avant qu’elle n’ait pu s’approcher davantage, l’homme se retourna brusquement. Ses yeux vifs fusillèrent Benihime puis Ryosen, circonspects, puis tombèrent sur Haya. Il y eut une lueur incrédule puis un violent sentiment de joie détendit son visage. Il se rua sur elle et la souleva en la saisissant à bras-le-corps, comme il ne l’avait jamais fait. Haya laissa sa tête reposer contre ses joues rugueuses, humides de larmes, tandis qu’il la serrait avec force dans ses bras. Il la reposa à terre mais ne la lâcha pas, détaillant chaque parcelle de son visage.

Kajima – Haya, Haya, Haya… On m’avait bien dit que tu étais vivante, mais je n’osais le répéter à personne. Je serai bien passé te voir depuis, mais un pauvre vieux qui va à Kiri, c’est un peu suspect, hein… Et Hakame veillait sur toi. Il a bien veillé sur toi, hein ? Ce garnement… Il me répétait que tes blessures étaient trop profondes pour que tu survives, mais moi je savais que tu n’allais pas mourir.

Haya fit un effort pour cesser d’écarquiller les yeux. Elle ignorait comment Kajima avait pu en savoir autant sur des affaires qui semblaient propre à kiri. La voix de Ryosen retentit à ses côtés.

Ryosen – Vous êtes Kajima… On nous avait dit que vous étiez à Nagumo. Vous étiez ici tout ce temps ?

Kajima quitta à regret sa contemplation d’Haya pour se redresser de toute sa taille. La jeune fille remarqua pour la première à quel point il était impressionnant quand la vieillesse ne pesait plus sur ses épaules.

Kajima – En effet. Un vieux à bien besoin d’un peu de repos, et Nagumo est un peu trop humide pour moi.

Ryosen ne chercha pas à masquer son scepticisme. Kajima reporta son attention sur Haya.

Kajima – Venez chez moi, il faut que nous parlions.

MessageSujet: Re: Les Murmures   Ven 9 Oct - 18:27

L’odeur d’oignons lui avait terriblement manqué. Elle ne s’était pas atténuée avec les mois écoulés. Ils s’installèrent à table, Kajima leur servit une étonnante boisson qui ne semblait pas alcoolisée et qui sentait étonnamment bon. Le vieil homme s’installa au bout de sa table et but une longue rasade.

Kajima – Haya, qu’est-ce que tu sais de ce qu’il s’est passé ?

La chuunin haussa les épaules. Malgré tous les éléments épars qu’elle avait assemblés, elle n’était guère plus avancée.

Kajima – Bien ce que je pensais. Maintenant que tu es revenue, il va être temps pour toi d’être totalement au courant de toute cette histoire. Mais d’abord, laisse-moi te dire ce que je suis. J’ai toujours été un juunin au service de Kiri, même aujourd’hui et malgré le fait que je sois officiellement en retraite. Non, non ma petite chérie… je ne surveillai pas ton père. Du moins, pas dans ce sens là. J’en suis navré, mais cela ne t’aiderait en rien que je te raconte cela maintenant. Je te laisserai quelque chose dans ce sens, mais patience.

Haya ne comprenait rien mais préféra ne pas le montrer. Kajima, au service de kiri… Elle le dévisageait en essayant de l’imaginer au sommet de sa force, mais l’image prégnante d’un vieil homme irascible et courbé sur sa chaise ne la laissait pas faire. Un instant, elle avait senti ses entrailles geler en imaginant que c’était Kajima qui les avait trahi et que c’était kiri qui avait massacré ses sœurs. Cette hypothèse n’était toutefois pas totalement écartée, Haya préférait ne plus accorder trop de confiance dans le récit des gens.

Kajima – La vérité, c’est qu’il n’existe aujourd’hui que trois personnes qui connaissent la totalité de l’histoire. La première, c’est Shinji Azechi, notre mizukage. Il sait tout, et cela grâce à un petit bonhomme du nom de Hazi, qui est mort depuis un moment. La deuxième personne, c’est Tsuna Shono. Elle faisait équipe avec ton père. La dernière s’appelle Yomi. C’est elle qui m’a averti, la nuit où… bref. Tu devrais trouver l’une de ces personnes et elles te raconteront tout. A ce moment-là, la situation t’apparaîtra très clairement et tu sauras que certaines de tes découvertes s’avéraient plus profondes qu’elles ne le paraissaient.

Haya saisit son carnet et écrivit en larges caractères : "Où est Yuma".

Kajima secoua la tête d'un air désolé.

Kajima – Je ne l'ai pas revu. Je crois toutefois qu'il est retourné dans votre maison très peu de temps après l'événement. Il n'est pas venu me voir. Peut-être était-il parti à la recherche de Kade, ou à la vôtre…

Haya sentit ses épaules s'affaisser. Elle ne fit aucun effort pour se redresser.

Kajima – Ton père était un homme courageux. Il a toujours été fidèle à Kiri, il s'est sacrifié pour le village, pour que vous ayez une vie paisible. Il n'imaginait pas qu'il vous condamnerait. J'aurais dû être là pour combattre vos adversaires, pour vous protéger. C'était ma mission, et je ronflais comme un vieillard.

Haya ne trouva rien à dire pour atténuer la note amère de sa voix. Ce qu'il disait (et elle se faisait horreur à le penser) était vrai, il aurait dû être là. Haya se souvenait avec une implacabilité terrible le sentiment d'isolement total, inexorable. C'était comme avoir la tête maintenue sous l'eau, on se rattache au seul espoir d'aspirer un peu d'air. Mais elles n'en avaient pas reçu.

Ryosen – Kade n'a pas réellement déserté ?

Kajima – J'en ai trop dit, déjà. Ce n'est pas à moi de vous l'apprendre. Haya découvrira la vérité et si elle souhaite la partager, elle le fera. Je ne peux rien faire de plus.

Presque pour lui-même, Ryosen murmura.

Ryosen – Il n'y avait rien dans les archives… ce doit être très important.

Kajima – Haya… te souviens-tu des fois où je passais te voir ? Cela m'étonnerait, je suis passé que deux fois à Kiri pendant que tu étais dans le coma. C'est un courrier qui m'a appris que tu avais survécu, mais je ne suis pas revenu. Je savais que le village était sous surveillance.

Haya s'apprêta à secouer la tête négativement quand une image, ou plutôt une voix, lui revint en mémoire. Une phrase caverneuse et triste, d'une nuance exactement similaire à celle de Kajima en ce moment.

Combien de temps que vous êtes dessus ?

Trois semaines. Elle était dans le coma quand elle est arrivée. Elle se réveille parfois et replonge. C’est étrange.

Oui. Informez-moi en cas de changement. Même si… même si elle meurt. Informez-moi en priorité.


Elle acquiesça alors avec une extrême lenteur. Elle s'étonnait de se souvenir de cet échange, alors qu'elle devait être profondément enfoncé dans le coma. Mais c'était quelque chose d'irrégulier en effet, parfois elle apercevait la lueur de la chambre à travers ses paupières closes, bien qu'elle n'ait pas eu la force de les lever elle savait qu'elle était toujours en vie.

Haya et la flamme jaune quittèrent Kajima peu après. Sur le chemin, Haya demanda à ses gardiens l'autorisation de demeurer un peu dans ce village, d'y passer au moins la nuit, dans l'auberge d'Otome.

Benihime – Bien sûr. Kiri est averti que cela pourra nous prendre quelques temps.

Haya observa la nuit tomber paresseusement, en proie à toute sorte de réflexions. Elle partageait sa chambre avec Benihime, tandis que Ryosen reposait dans la pièce adjacente. Elle l'entendait se déplacer à travers la cloison. Lasse, Haya rejoignit son lit et s'étendit. Benihime éteignit la lumière en soufflant sèchement dessus et lui souhaita une bonne nuit.

La jeune fille se mordit l'intérieur des joues, plissa les yeux, mais ne parvint pas à empêcher les larmes de rouler au coin de ses yeux. D'abord silencieux, ses sanglots se répercutèrent sinistrement dans la pièce et incapable de se reprendre, Haya se laissa aller à la plus complète vulnérabilité, immobile dans son lit. Il y eut un petit craquement, puis une main lui toucha le front et lui caressa doucement les cheveux. Un corps chaud se glissa au côté du sien, et Benihime la prit tout contre elle, lui appuyant la tête sous son menton. Haya éclata de plus bel, tandis que Benihime lui murmurait des mots dont le sens où lui échappait mais dont le ton suffisait à le témoigner. De temps à autre, elle lui embrassait la joue ou le front, lui frottait le dos et les bras, comme s'il s'agissait de sa fille qui venait tout juste de se réveiller d'un cauchemar horriblement long. Elle finit par s'endormir le corps secoué de frissons, mais Benihime la garda longtemps contre elle, ses yeux sombres tournés vers la fenêtre bien après qu'Haya se soit assoupie.

Ils repartirent le lendemain à midi.

MessageSujet: Re: Les Murmures   Lun 12 Oct - 18:33

Haya parvint à prononcer ses premiers mots une semaine plus tard.

Sa journée avait été épuisante, d'une certaine façon. Elle s'était entraînée en matinée avec ses amis, puis ils étaient partis manger d'excellente humeur dans l'un des petits restaurants de kiri. Ils s'étaient séparés alors, et Haya retourna immédiatement chez elle. Elle avait plusieurs projets en tête. Ce n'était pas réellement de l'excitation, mais plutôt la certitude que cette fois-ci, c'était bon. En premier lieu, elle irait parler avec Tsuna Shono. La débusquer ne devrait pas être très difficile, la kunoichi ne faisait rien pour rester cachée. Elle ne faisait simplement rien de plus pour être retrouvée. Grâce à elle, Haya espérait que le voile qui entourait divers éléments de sa vie et de celle de sa famille se dissiperait. Ensuite, elle lirait le mot que Kajima avait écrit à son attention, avant qu'elle ne reparte pour kiri. Et enfin, elle irait voir le responsable de son équipe, Satoshi Kagehisa pour obtenir une permission de visiter Nezu. Depuis son coup d'état manqué mais sa guerre civile réussie, il croupissait dans la prison du village. Il ne suffisait pas de se pointer devant la porte pour parvenir à communiquer avec lui, mais Satoshi devait avoir l'autorité nécessaire. Autant que possible, elle souhaitait que le mizukage ignore ses intentions. Il devait certainement l'avoir à l'œil depuis son séjour dans son village pour assurer sa sécurité, sans aucun doute, mais cela risquerait de l'entraver. S'il y avait bien quelqu'un qui pouvait ne pas la trahir dans ce non-dit, c'était Satoshi. Peut-être sera-t-il assez curieux pour voir où elle va.

Grâce à Nezu, elle espérait en apprendre un peu plus sur un doute qui l'avait saisi depuis sa discussion avec Kajima. Son dernier projet était de prendre le temps d'aller voir Hakame, celui qui l'avait pris en charge à son arrivée à kiri, pour discuter avec lui du fond des choses. Elle redoutait un peu ce moment, car il était assez clair qu'Hakame l'évitait à présent.

Mais pour l'instant, la fin de sa journée était parfaitement libre. Elle hésitait entre se faire couler un bain et barboter une heure ou deux pour se relaxer, lire un bouquin qui traînait sur sa table de chevet ou sortir se promener. Il était encore tôt, aussi Haya décida-t-elle qu'il était encore temps de faire ses trois activités, en commençant par le bain.

Elle en ressortit un peu étourdie de chaleur, emmitouflée dans une grande serviette blanche. Haya se prépara avec soin, ressortit une vieille jupe qu'elle n'avait pas remise depuis son arrivée à kiri et chercha d'autres vêtements aux couleurs douces. Fin prête, elle sortit dehors. Quelque part, à mesure que sa force grandissait, elle assumait davantage de se maquiller ou de revêtir des habits un peu plus personnels que sa tenue courante qui, bien que magnifique et très finement ouvragée, lui donnait l'impression de s'habiller toujours pareil. A l'origine, elle était un peu mortifiée à l'idée de mettre du maquillage, terrifiée à l'idée que l'on se moque d'elle. Mais c'était un fait : quand on a appris à tuer quelqu'un de manière toutes plus originales les unes que les autres, on dédramatise un peu la confrontation avec un moqueur. Et puis, Benihime aussi se maquillait, sans compter que l'attention exercée d'Haya avait remarqué le maquillage discret de Lya couler à cause de la transpiration.

Elle croisa Akio au loin, et s'engouffra instinctivement dans une ruelle pour l'éviter. Il était très certainement adorable, mais elle ne souhaitait pas encore qu'il souligne gracieusement le fait qu'elle était muette. Et elle l'imaginait en plus les yeux baissés sur ses jambes, ce qui la mettait vraiment très mal à l'aise (plus encore que quand on lui faisait remarqué qu'elle était muette). D'un pas oisif, Haya déambulait du côté des entrepôts. De vastes hangars s'étendaient sous ses yeux, la plupart ouverts avec des tonnes de cargaisons dans la grande cour, et plus encore à l'intérieur. Il s'agissait principalement de vivres et de matériels de première nécessité, d'après ce qu'Haya avait cru comprendre. Elle fut quelque peu surprise de voir deux équipes de ninjas qui s'entraînaient ici, à l'abri des regards. Une large mare à leurs pieds, les jeunes gens s'en donnaient à cœur joie. Haya estimait leur âge à douze ans en moyenne, une équipe de genin probablement. Elle écarquilla les yeux en apercevant Kinsuke qui reprenait l'un des enfants sur son exécution ratée de dragon, sourit légèrement et se rapprocha à une distance de cinq mètres environ. Elle s'installa au sommet d'une caisse en bois dur, les jambes dans le vide et les mains derrière elle.

Le jeune homme la remarqua en se redressant, elle lui adressa un petit sourire. Kinsuke s'inclina galamment puis retourna auprès d'un autre de ses élèves. Haya essaya de s'imaginer dans le même rôle. C'était troublant, de se dire qu'on formait une nouvelle génération. Plus performante, peut-être, que la précédente, de nouvelles armes pour le village. Que fallait-il leur apprendre ? Que leur avait appris Satoshi ? Il ne s'attachait pas à leur donner de structure de pensée. Il ne leur avait jamais dit, par exemple, qu'ils devaient toujours écouter leur supérieur alors que toute organisation militaire est basée sur ce principe. Est-ce que Kinsuke le leur avait dit ? Haya n'était pas sûre qu'il y ait une bonne ou une mauvaise méthode. Elle se souvenait qu'un jour, un jeune homme lui avait demandé sa définition des ninjas. Haya lui avait répondu qu'un ninja, c'était quelqu'un qui faisait les choix que personne d'autre ne pouvait faire. Elle le croyait toujours. Si on lui en donnait l'ordre, Haya massacrerait peut-être une famille entière. Malgré le fait qu'elle ait vécue dans sa chair et dans son esprit cette expérience. Simplement parce qu'on lui en donnait l'ordre… C'est pourquoi elle ne pouvait s'autoriser à se sentir supérieure à ses tortionnaires. Bien sûr, ils s'étaient montrés monstrueux, cruels jusqu'au bout de leur être…Ils auraient pu leur épargner les tortures, mentales et physiques, les tuer proprement et sans les faire souffrir jusqu'à ce qu'elles les supplient d'épargner leurs vies. Mais chacun a sa méthode… de faire ce qu'on lui a demandé de faire.

Elle ne leur cherchait pas d'excuse. Mais elle s'appuyait férocement sur les faits. Leur mission était de les tuer ; ils y sont parvenus, et ils se sont fait plaisir pour y parvenir. Mais il était également vrai qu'elle, Haya, avait survécu. Il était désormais dans la nature des choses qu'elle les tue à son tour. Et si elle ne montrera pas de pitié dans sa tâche, elle n'essaiera pas de se montrer plus cruelle qu'elle ne l'est. Si elle en avait la force…

Kinsuke – Haya ?

La jeune fille se redressa vivement. Kinsuke lui embrassa le genou et lui attrapa doucement les jambes.

Kinsuke – Je préfère ce visage-là.

Il lui sourit et pointa un pouce en direction de ses élèves. Haya remarqua qu'ils s'étaient également rapprochés alors qu'elle sombrait dans ses pensées sinistres.

Kinsuke – Ils ne me croient pas quand je leur dis que tu es la meilleure dans le maniement des eaux.

Haya lui rendit son sourire mais le maudit intérieurement : la meilleure… elle espérait qu'ils n'avaient jamais vu Hyô faire quoi que ce soit, sinon il risquait d'y avoir un silence plutôt humiliant. Elle se laissa glisser contre Kinsuke et se réceptionna gracieusement. Elle observa la masse d'eau à terre.

Kinsuke – Je pense que tu peux tenter le ménage, murmura-t-il à son oreille.

Haya joignit ses mains et la sensation de fraîcheur intérieure lui parcourut l'ensemble du corps. Au terme d'efforts pénibles, elle parvenait à maîtriser avec un peu plus de fermeté l'étendue de ses dons. Lorsqu'elle l'utilisait, l'air ambiant se rafraîchissait nettement, à l'instar de ce que faisait Hyô.

Une importante couverture d'eau s'éleva du sol. Haya la fixait avec intensité, puis ferma les yeux pour mieux visualiser ce qu'elle avait en tête. Elle sentait que l'eau formait peu à peu les formes entrevues. C'était près de six ans plus tôt ; un petit manège qu'une troupe ambulante avait laissé à disposition des enfants. Elles en avaient fait toute la soirée, jusqu'à en avoir les fesses douloureuses. Elle se rappelait de tout, la forme des chevaux et des hippocampes qui servaient de sièges, la grosse colonne rouge centrale, et ce mouvement grisant d'élévation et de descente. Haya rouvrit les yeux et le découvrit, ce manège qui lui avait fait passer une merveilleuse nuit en compagnie de ses sœurs et de ses parents. Son père avait essayé de s'asseoir sur cet hippocampe, qui avait grincé de façon menaçante, et sa mère l'avait gentiment grondé. Alors il avait installé Hastuyo sur ce cheval… non… celui-ci, il était noir, et même si elle tenait uniquement parce qu'elle serrait à s'en blanchir les mains la fine colonne, ils avaient tous partagé un long rire.

Le manège s'écrasa au sol dans un joyeux bruit de chute. Haya rétablit son équilibre et jeta un coup d'œil derrière elle. L'autre équipe s'était arrêtée pour observer l'étonnante création, puis il y eut quelques applaudissements et des questions précipitées auxquelles Haya ne comprit rien. Kinsuke profita de la diversion pour annoncer que la séance était finie pour aujourd'hui, qu'ils se retrouveraient demain et que non, la jolie dame ne serait sans doute pas là.

Kinsuke l'attrapa par la main, et ils se promenèrent dans les rues qui s'assombrissaient peu à peu, avant de s'illuminer artificiellement grâce aux quelques lampions qui embellissaient les maisons. Haya se dit qu'ils ressemblaient décidemment à un vrai couple, et elle se demanda ce qu'en penserait ses proches. Benihime sauterait sur l'occasion pour entretenir Haya des garçons, Satoshi observerait cela d'un œil Hyôesque, Liori se demanderait peut-être si c'était un concept nouveau et prometteur, ou seulement une lubie éphémère…

Lorsqu'ils arrivèrent à l'appartement de Kinsuke, il était un peu moins de minuit. Ils dînèrent longuement, Haya prit une rapide douche puis rejoignit Kinsuke dans le lit sans prendre la peine de se rhabiller. Ils se séparèrent, côte à côte, quelques temps après. Kinsuke lui demanda si cela la gênait qu'il fume, elle secoua la tête puis se tourna sur le flanc pour l'observer. Elle posa une main lascive sur son torse et ils ne dirent rien pendant un moment. Haya ne cessait d'être étonnée de la décontraction de Kinsuke. La perspective d'être coincé avec une muette après lui avoir fait l'amour devait être désagréable, tout de même. Mais il n'essayait pas de se réfugier dans le sommeil, ou de trouver une activité nouvelle pour combler le silence. Et la sensation d'être toute nue, littéralement, sans le moindre carnet pour communiquer aurait dû l'angoisser elle, mais elle ressentait à la place un calme placide et satisfait, un sentiment qui n'était pas étranger à celui qui la saisissait à chaque fois après l'amour.

Kinsuke – Comment est-ce que tu te sens, Haya ?

La jeune fille se mit sur un coude, les sourcils légèrement froncés en signe d'incompréhension.

Kinsuke – Je veux dire, de façon générale. Après ton séjour dans ton village.

Haya haussa les épaules puis eut un geste évasif de la main. Elle allait mieux ; plus en paix avec elle-même. Et elle connaissait la suite de son parcours, ce qui était un élément rassurant.

Kinsuke – Je vois. Il y a quelque chose de subtilement différent en toi, tu sais.

Haya inclina la tête, incertaine. Alors seulement Kinsuke se tourna vers elle, un large sourire aux lèvres.

Kinsuke – Comme si… tu avais retrouvé une vieille amie et que tu t’étonnais de toujours aussi bien t’entendre avec.

MessageSujet: Re: Les Murmures   Jeu 22 Oct - 23:40

Ce ne fut rien d’exceptionnel, rien qui ne sorte de l’ordinaire.

Haya - J’aimerais beaucoup… oui.

Peut-être l’avait-elle toujours su en réalité, qu’elle n’était pas muette. Cela a déjà dû arriver, que certaines personnes perdent totalement l’usage de la parole suite à un traumatisme, jusqu’à la fin de leur vie comme si la parole avait été un rêve vaporeux. Mais ce n’était pas son cas. La vérité, c’est qu’Haya ne voulait pas parler. Ce n’était pas une décision consciente, mais une réaction probable de son esprit (quelque chose qu’elle ne saisissait pas complètement, mais qu’elle comprenait de façon instinctive), pour se défendre ou la protéger. C’était un choix de vie, pas replié sur soi-même mais jamais absolument ouvert, jamais dans l’échange évident mais dans la parade.

Ce n’était pas son choix de vie.

Et comme s’il avait fallu prendre simplement conscience de ça, simplement se décider à parler ou à rester muet, Haya murmura ces deux mots sans se sentir très différente. Elle entrouvrit les lèvres, un peu surprise peut-être mais à peine. Sa voix était rude, rauque et un abîmée. Elle s’adoucirait avec le temps, mais le timbre resterait bas et profond. Haya ne se souvenait pas de cette voix, mais elle n’en était pas sûre : c’est rarement quelque chose dont on peut se rappeler, curieusement.

Kinsuke s’était redressé, les sourcils haussés et Shimuka l’avait regardée comme si elle ne l’avait jamais vue.

*****


Haya contemplait les objets qu’elle avait récupérés chez elle. Le cahier de dessin reposait sur son bureau, ainsi que le collier de Murasaki, les photos et la boîte avec le tigre en argent. Elle portait l’anneau de son père suspendu à une chaîne autour du cou, et la montre restait dans sa poche. Elle n’en avait pas strictement l’utilité, mais elle regardait de temps en temps les visages apaisés et heureux de ses parents et ils lui transmettaient un peu de cette tranquillité. Au dos de la photo, Haya avait gravé quelques mots : « Si tu cherches la vengeance, creuse deux tombes ». Un avertissement qu’elle s’adressait à elle-même, pour ne jamais s’éloigner du chemin. Elle ne pouvait s’autoriser ce sentiment ; elle ne cherchait ni la justice, ni le repos, ni la vengeance de la mémoire de sa famille. Elle avait juste besoin de les affronter à nouveau, de prendre le cours de sa vie en main et jamais, plus jamais, laisser des personnes décider de ce que serait son avenir. Ils avaient provoqué son départ pour kiri, ils étaient responsables de ce que serait sa vie quelque part.

Ils assumeront cette responsabilité. Elle leur fera comprendre la part de leur implication dans leur propre destruction. C’était important pour se détacher du lien qui l’unissait à elle, un lien qui la faisait se sentir encore un peu sale, qui lui rappelait des choses d’une manière horrible. Haya voulait penser à sa famille sereinement. Elle ne voulait plus voir ces cadavres ensanglantés.

La jeune fille jeta un œil au début de liste posé sur sa table de chevet. Elle passa un doigt dessus et murmura en prenant de longues, longues pauses.

1 - Encho Daisuke - ?
2 -
3 -
4 -
5 - Nagata Hideyoshi - Yukan


Haya - Encho… Je me souviens de ton nom. Et de bien d’autres choses… Tu seras le premier... Tu me donneras le nom de tes amis. Tu me regarderas dans les yeux… Tu essayeras de retrouver la terreur du cinq décembre… Je te laisserai chercher… Puis tu mourras. J’espère que j’aurais la force de ne pas te torturer. De ne pas… me transformer. Tu es un modèle Encho. Un modèle que je dois éviter… J’ai vu beaucoup de choses de toi… Je sais que tu es un lâche. Je l’ai su dès l’instant où je t’ai vu… un lâche sans grande prétention, c’est pourquoi tu me donneras le nom de tes amis. Dans le vain espoir que je te laisserai en vie, que je marchande avec toi… Mais tout le monde n’est pas aussi pathétique que ça Encho… Je ne peux pas… marchander quelque chose d’aussi important, quoi que tu puisses me donner. Parce que tu n’as rien de plus précieux que ta vie Encho, et tu le comprendras quand tu me reverras.

*****


Benihime - Ne relâche pas ton bras. Tu dois frapper jusqu’à le sentir mort sous toi.

Haya recula néanmoins, en serrant son bras contre elle. Elle s’était arrêtée de frapper à cause de la douleur, pas parce qu’elle pensait qu’il était mort. La fatigue la rendait d’humeur un peu maussade, mais elle se retint tout de même de faire remarquer à Benihime qu’elle sentait déjà que le mannequin était mort sous elle…

Benihime - Tu as déjà tué quelqu’un ?

Haya hocha la tête une fois.

Haya - Oui.

Benihime - Est-ce que cela te perturbe ?

Haya - Pas vraiment en fait, non.

Benihime lui adressa un sourire.

Benihime - Tu sais que ce n’est pas normal ?

Haya - Sans doute pas non… Mais je n’arrive pas à ressentir quelque chose de spécial. Je ne suis pas naïve… j’apprends à tuer tous les jours. C’est comme si tu demandais à un bûcheron s’il sentait qu’il coupait un arbre. Il y a des chances pour que ce soit le cas.

Benihime grimaça.

Benihime - Je préférais quand tu étais muette en fait…

Haya sourit et s’essuya la sueur qui perlait sur son front.

Haya - Est-ce que tu voudrais bien m’affronter ?

Benihime - Tu n’as pas encore le niveau.

Haya fit de son mieux pour cacher sa déception. Même si elle connaissait la réponse, elle aurait tout de même espéré entendre quelque chose d’autre. Benihime lui avait interdit de faire quoi que ce soit tant qu’elle n’est pas capable de faire jeu égal avec elle. Haya ne lui avait pas parlé de ses projets macabres, mais sa collègue disposait d’un certain instinct pour ce genre d’affaires.

Benihime - Par contre tu devrais essayer avec Ryosen. Tu n’es pas encore à son niveau mais tu devrais pouvoir le surprendre.

Haya - Très bien. Continuons à assassiner le mannequin alors.

*****


Ryosen - J’aime bien ta voix. Je me doutais que tu aurais une voix moins nasillarde que celle de Beni.

Haya - Heu, contente de te faire plaisir…

Il acquiesça, comme si quelque part, il lui avait fait un honneur en la complimentant, puis menaça de retourner à ses affaires.

Haya - Ryosen, est-ce que tu voudrais m’affronter ?

Le jeune homme marqua un temps d’arrêt, la dévisagea en plissant légèrement les yeux puis haussa les épaules, réticent.

Ryosen - Tu es un brin trop faible pour que je puisse me donner à fond. Ce ne serait pas intéressant pour toi, et encore moins pour moi. Désolé et bonne journée.

Il se détourna et Haya serra les dents. Comment pouvaient-ils savoir qu’elle était faible rien qu’au jugé ? Cela transpirait-il à ce point ?

Haya serra le poing et l’envoya en direction de Ryosen ; un dragon le percuta à l’épaule et l’envoya s’étaler par terre sur plusieurs mètres. Haya se mit tranquillement en position de combat tandis que Ryosen jetait un œil furieux par-dessus son épaule. Il se redressa en prenant tout son temps, sans la quitter du regard. Un sourire en coin apparut sur son visage.

Ryosen - Voilà le genre d’attitude que j’aime. Je me demande comment tu réagis quand un homme refuse tes avances : tu le violes ?

Il marqua alors un temps d’arrêt, et Haya manqua éclater de rire. Il se souvenait qu’elle avait été elle-même violée et que les plaisanteries à ce sujet n’étaient peut-être pas tout à fait pertinentes. Elle ne perdit pas de temps à rassurer son cœur troublé pour créer une boule d’eau dans sa main, qui s’éleva avec la force d’un torrent de montagne et partit s’écraser sur Ryosen. Elle l’entendit maugréer puis il fut sur elle, traversant les flots sans marquer le moindre signe de faiblesse, le bras légèrement en arrière en position de frapper. Haya analysa rapidement la façon dont il se tenait et prit le parti qu’il frapperait avec son autre bras, celui qui semblait au repos mais qui était tout de même extrêmement tendu et comme chargé de chakra. Son intuition fut la bonne et lui permit d’écraser une nouvelle colonne d’eau derrière sa nuque.

Ryosen ne partit pas son équilibre mais dût reculer de plusieurs mètres pour le conserver totalement ; Haya ne le laissa récupérer et envoya sa chaîne dans ses pieds, pendant que la retombée de l’eau gênait sa vision. Elle toucha quelque chose, puis sentit que cela ne se passait pas exactement comme elle l’aurait souhaité. Lorsque l’eau se fut écartée, Haya découvrit Ryosen qui tenait négligemment sa chaîne dans sa main. Il secoua doucement la tête.

Ryosen - Tu ne devrais pas utiliser cela sans le maîtriser un peu mieux. Si j’étais un garçon méchant, je ferai ceci.

Il tira brusquement sans prévenir, et Haya n’aurait pas imaginée qu’elle aurait pu être projetée avec tant de force en avant. Elle vola sur plusieurs mètres avant de s’aplatir lourdement par terre, la poitrine soudain privée d’air. Avant qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, elle entendit Ryosen juste au-dessus d’elle.

Ryosen - Et ça, si j’étais vraiment très méchant.

Il envoya à trois reprises son pied contre son crâne, le gravier s’enfonça profondément dans ses joues et Haya crut que sa tête avait explosée sous les impacts. Un liquide chaud lui glissa sur le cuir chevelu, mais la jeune fille essaya tout de même de se mettre hors de portée ; peine perdue, Ryosen l’attrapa par le bas de la tunique comme il l’aurait fait pour un jeune chiot un peu pénible, la fit brièvement tourner et l’envoya à nouveau dans les airs. Haya gronda lorsqu’elle percuta le mur et retomba d’un bon mètre plus bas, sur le sol rude. Un craquement sonore lui fit comprendre que ses os ne supporteraient pas longtemps ce traitement.

Son rythme cardiaque augmentait à mesure qu’elle percevait les pas de Ryosen se rapprocher d’elle. Aucun plan ne lui venait, elle ne voyait pas de moyen de s’en sortir. Il lui fallait une technique, quelque chose pour l’écraser, pour l’écraser, pour l’écraser.

Ryosen la souleva en l’attrapant par les cheveux et la secoua faiblement comme une poupée de chiffon. Haya se mordit les joues pour ne pas gémir, mais les grimaces de douleur sur son visage étaient suffisamment éloquentes.

Ryosen - Et là, je t’achève.

Son poing percuta à pleine puissance son abdomen, Haya se sentit cracher du sang, le corps envoyé en arrière alors que Ryosen la relâchait. Elle rencontra une nouvelle fois le mur, après avoir presque exécuté un tour complet sur elle-même par la seule force du coup. Elle fut assommée sèchement, et la douleur qui avait explosé dans chaque parcelle de son corps se tut enfin.

MessageSujet: Re: Les Murmures   Mar 27 Oct - 21:11

Benihime - Donc… J’imagine qu’il a accepté.

Haya - Oui…

Benihime la regardait dans les yeux, mais Haya se bornait à regarder sa jambe plâtrée. Elle voyait son pauvre pied en train d’appeler à l’aide, et son autre jambe lui répondait « ne t’inquiète pas, mon genou est à moitié tordu, on est dans le même bateau ! ». Ses côtes avaient été guéries à l’aide de chakra, juste à temps pour lui éviter une hémorragie interne. Le choc sur son abdomen avait littéralement explosé son foie, et Haya ne voulait même pas savoir comment ils s’y étaient pris pour la sauver. C’était sans doute quelque chose de très banal. Son bras droit était également bandé, et elle portait de légères marques sur le visage qui n’avaient pas totalement disparues avec le chakra. Elle devait revenir plus tard pour qu’il finalise sa guérison. Les médecins lui avaient dit que son crâne avait une fissure assez impressionnante quand ils l’ont reçu, et que son nez avait éclaté. Il ne restait rien de ces blessures. Le plâtre et les bandages, c’étaient pour aider les muscles et les os le temps qu’elle revoit les médecins.

Benihime - A ce point là ?

Haya haussa les épaules et afficha un petit sourire misérable.

Haya - Disons que j’ai opposé autant de résistance qu’un enfant de deux mois, à peu près.

Benihime ne dit rien. Elle est désolée pour toi, et elle te trouve pathétique.

Benihime - C’est assez impressionnant.

Haya - Oui je sais que je m’y…

Benihime - Qu’il ait frappé si fort... Ryosen a pu vouloir dire deux choses… Soit abandonne, tu es trop faible et tu n’y arriveras jamais. Soit tu m’impressionnes et je te traite en égal, parce que tu le mérites. Et je crois que de nous tous, à part peut-être Naikin, Ryosen est celui qui veut le plus te voir aboutir.

Haya conserva le silence un moment, puis murmura tout bas.

Haya - J’étais quand même nulle. Le combat a duré moins de deux minutes.

Benihime - Et alors, tu vas abandonner ? Tss… Attend que tes blessures soient guéries, puis retourne le voir, encore, et encore, et encore. Tu vas souffrir Haya, parce qu’il te brisera à chaque fois avec la même force. Mais tu puiseras dans cette force pour te renforcer à ton tour.

Benihime sourit.

Benihime - Bon en fait je savais que Ryosen t’avait pliée. Mais il m’a dit lui-même que tu l’avais impressionné, pas par tes prouesses, mais par ton cran. Au moment où tu es tombée inconsciente, il s’est penché sur toi pour réparer les lésions les plus graves, l’hémorragie et ta commotion à la tête, puis il t’a transporté directement à l’hôpital. Tu auras tout le temps l’impression de mourir, mais tu peux être sûre que nous ne te laisserons jamais mourir. Je t’ai déjà dit qu’on était prêts à mourir pour toi ; et ce ne sont pas des mots en l’air.

*****

Ryosen se leva en l’apercevant. Il l’observa approcher. Naikin leva la tête, la salua du chef puis remit son bras sous sa nuque et retourna à sa contemplation du ciel.

Haya - Bonjour.

Ryosen - Salut. On va sur le lac, on va emmerder Naikin.

Naikin - Non, restez. J’ai envie de voir comment tu te débrouilles.

Haya leva les yeux au ciel. Déjà que j’étais à peine stressée, tu as bien raison.

Haya - Très bien.

Ryosen - Tu sais, je connais quelqu’un qui pourra t’apprendre à manipuler ta chaîne un peu mieux. Elle est très sympa.

Haya - Ah, bonne idée. Je ne pense pas faire de la chaîne quelque chose de très important, mais ça peut toujours dépanner.

Ryosen la gratifia de l’un de ses nombreux sourires ironiques, puis retira sa veste.

Naikin - Tu as quand même peur de te salir.

Ryosen - Non, je sais que je vais me salir. Ne serait-ce que parce qu’elle me crache du sang au visage…

Haya jeta un coup d’œil à la dérobée à Naikin qui l’observait sereinement, assis en tailleur, les mains posées sur ses genoux. Il semblait authentiquement intrigué.

Ryosen - Quand tu veux Haya.

Haya déglutit, puis força son esprit à se concentrer sur l’instant présent. Ryosen n’avait pris aucune pose qui puisse trahir ses intentions, il attendait qu’elle fasse le premier pas. Il n’était pas extrêmement rapide, mais il savait se montrer réactif et il disposait d’un instinct très aigu (vraisemblablement forgé à partir de centaines de combats de plus qu’elle).

Haya réunit ses mains et une flaque d’eau retomba par terre ; Ryosen ne bougeait toujours pas. Une petite alarme retentit dans l’esprit de la jeune fille ; ting, ce n’est pas normal. Elle écarquilla les yeux et se jeta en avant d’un bond, grâce à une détente qu’elle s’ignorait. Elle sentit le coup souffler sur la peau de son dos ; elle se réceptionna maladroitement, le coude en avant, puis roula sans plus réfléchir sur le côté avant de se redresser tout aussi brusquement, la chaîne tendue pour bloquer un nouveau coup. Elle perçut Ryosen qui chargeait à présent ; le salaud avait prévu un kage bunshin dans son dos. Il devait disposer d’une grande résistance, vu la constitution de l’original. Ce qui lui laissait un adversaire capable de lui briser chacun des os de son corps, et plus résistant qu’elle ne l’aurait souhaité, plus un adversaire qu’elle pouvait difficilement espérer vaincre.

Absolument génial. Haya se força à ne pas penser à la très désagréable sensation des os qui se brisent et du désemparement qui jailli alors dans son esprit, pour se concentrer sur la situation présente. Elle rompit le contact et recula de plusieurs pas, juste assez pour envoyer une attaque sur le clone qui s’avachit un peu mais ne disparut pas dans une éblouissante explosion. Ryosen ne souriait pas ; il l’observait d’un air approbateur, prêt à chargé. Haya réfléchissait à toute vitesse ; elle avait les moyens de s’en sortir. Pas de gagner, pas de vaincre Ryosen, mais au moins de ne pas finir à l’hôpital. Elle s’appliqua à créer un revêtement visqueux devant le clone qui courait, lequel s’empêtra dessus ; Ryosen la contournait rapidement. Une boule d’eau se forma dans sa main qui prit comme la dernière fois la forme d’un torrent furieux qui balaya littéralement le clone. Il partit fracasser un arbre et disparut finalement pour de bon. Haya ne relâcha pas ses efforts, et fut rassérénée par la pensée que le clone avait demandé beaucoup de chakra à son adversaire. Il avait une base fragilisée, c’était le moment de frapper avec force.

Haya tendit la main vers le lac, un peu éloigné, mais elle se concentra pour faire amener à elle une grosse vague inoffensive. Elle lança pas moins de cinq attaques sur Ryosen, dont les déplacements s’en retrouvaient gênés, et dont le visage trempé marquait un certain agacement. Il secoua la tête et écarta d’un mouvement furieux du bras un nouvel assaut. Haya observa le chakra de son bras, qui l’avait préservé du choc, et sourit intérieurement. Il ne devait plus avoir beaucoup d’énergie pour être aussi mécontent de l’utiliser. Mais il ne fallait jurer de rien ; elle ne le croirait qu’une fois qu’il la regarderait couché sur le dos.

Hélas, son plan ne se passa pas aussi bien que prévu. Haya avait épuisé une bonne moitié de ses propres réserves, et Ryosen avait moins besoin de chakra qu’elle. Il parvint à lui placer deux coups suffisants à la déstabiliser complètement, et elle se rappela que lors du dernier combat tout été parti d’un malheureux enchaînement de coups, et de son incapacité à reprendre le jeu en main. Ryosen appuyait son avantage. Il chercha à l’attraper par le cou mais ses doigts se refermèrent sur ses cheveux. Il tira quand même violemment sur le côté, de sorte qu’Haya manqua tomber à genoux, une partie de ses cheveux dans les mains du tortionnaire de l’aire capillaire. Dans une brusque inspiration, Haya se laissa tomber à genoux. Ryosen fronça à peine les sourcils, puis il se dit qu’elle devait ressentir le contrecoup des chocs précédents. Mais alors qu’il escomptait l’achever promptement, Haya se redressa tout contre lui, son genou hélas pour Ryosen cruellement bien placé. Elle remonta de toutes ses forces en s’appuyant sur ses épaules, recula à peine puis le renvoya une nouvelle fois dans ses parties pour être sûre que le message soit passé.

Elle rompit le corps à corps et recula, haletante et le corps tremblant d’excitation et de fatigue mêlées. Ryosen n’était pas complètement à genoux, il avait les jambes tordues bizarrement et la tête tournée vers le sol. Il serrait avec une telle force son poing qu’Haya fut certaine d’entendre un doigt se briser net. Il détendit brusquement ses muscles et poussa un hurlement de rage et de douleur, le visage en direction du ciel.

Ryosen - BENIHIME… Je te… hais.

Haya ne comprit pas ce qu’il voulait dire, mais elle fut stupéfaite qu’il puisse encore articuler après avoir probablement senti ses deux intimes lui remonter au bord des lèvres. Ils restèrent sans rien faire pendant une minute pleine, à se regarder dans les yeux, pantelants. Haya sentait qu’il fallait pousser un peu pour prendre un avantage, mais elle n’en trouvait pas exactement la force.

Ryosen secoua la tête et se redressa sans un grognement. Il allait attaquer, aussi Haya le devança-t-elle avec une technique bénigne, qui obligea Ryosen à charger. La jeune fille fit alors apparaître le champ collant, et Ryosen s’empêtra à peine, mais suffisamment pour le déséquilibrer. Elle créa une nouvelle fois la boule d’eau puis les torrents, qui firent tomber le médecin dans la flaque. Elle abattit une nouvelle colonne sur lui, verticale, puis recommença. Sa limite n’était plus loin, sa vision se troublait de noir et d’éclairs blancs. Ryosen, pourtant, se releva avec la même constance qu’un… emmerdeur. Il se tourna sur le ventre puis se leva d’une impulsion violente.

Des gouttes d’eau ruisselèrent sur son visage ; il fit craquer son cou, posa la main sur son torse et une lumière verte illumina ses mains.

Haya - Ca, non !

Haya fonça sur lui, sans plus de considération pour la prudence. Ryosen ouvrit les yeux pour l’observait approcher, mais ne marqua aucune intention de reculer. Déjà certaines de ses plaies se refermer. Le vent s’engouffrait dans ses cheveux trempés, alors que sa main se chargeait de quelque chose qu’elle ne prit pas la peine d’analyser. Elle le plongea dans le torse de Ryosen puis tomba à la renverse sur lui. Il dut annuler sa technique, pour amortir le choc. L’une de ses mains se glissa sur la hanche d’Haya pour essayer de la dégager, mais ils retombèrent lourdement. Haya se redressa, sa sorte de lame à la main puis la plongea à nouveau vers Ryosen. Ce dernier attrapa ses poignets d’une seule main et pressa, pressa si fort que sa main se chargea de chakra et qu’Haya laissa échapper un long gémissement rauque. Il la repoussa fermement puis la maintint à genoux tandis qu’il se relevait bon gré mal gré. Haya gardait les yeux fermés sous la douleur, mais elle s’obligea à regarder ses poignets avant que les os ne cèdent. Si elle perdait ses poignets, elle n’aurait plus aucune chance de battre Ryosen, sauf en le mordant ce qui était une stratégie assez déplorable. Mais Ryosen la tenait trop fermement, et il utilisa sa main libre pour lui délivrer une gifle prodigieuse qui l’aurait jetée à terre s’il ne la serrait pas. Sa lèvre éclata ; ses mouvements étaient complètement limités, elle ne pouvait pas utiliser d’eau. Haya leva la tête vers Ryosen, qui s’apprêter à serrer encore un peu pour lui briser définitivement les deux poignets d’un coup. Il respirait difficilement ; il récupérait. Haya serra les dents et plaqua sa langue contre son palais pour ne pas la mordre. Elle se redressa d’un coup, en profitant de l’impulsion de ses cuisses pliées et heurta de toutes ses forces la mâchoire de Ryosen du haut de son crâne. Elle sentit sa bouche céder, mais elle sentit surtout ses deux poignets se briser dans la manœuvre et tandis que Ryosen reculait de plusieurs pas hasardeux et rapides, totalement déséquilibré et prêt à tomber, Haya s’écroula à terre en essayant d’étouffer de formidables hurlements. Ryosen finit par tomber à terre, incapable d’amoindrir sa chute tant il restait assommé par le coup.

Le corps d’Haya était agité de soubresauts puis, n’y tenant plus, elle laissa explosa un hurlement de douleur rageur. Ryosen reprit ses esprits à cet instant. Il n’avait plus totalement la force de se relever, et il aspirait à rester couché là à attendre que la douleur l’oublie. Mais il s’obligea à ramper jusqu’à Haya. Il lui attrapa les poignets, ce qui déclencha une nouvelle plainte de la part de la jeune fille puis ferma les yeux et laissa son chakra réparer les os brisés. La douleur s’intensifie brusquement, puis s’atténua aussi vite. Ryosen conserva les yeux clos, incapable de seulement dégager ses mains. Il savait qu’il venait juste de franchir sa limite et qu’au moindre de ses mouvements à présent, il sombrerait dans une inconscience bienvenue mais un peu déroutante.

Mais tomber inconscient pour avoir apaisé les douleurs de la fille de Kade, ça restait quand même une foutue bonne raison de tomber inconscient.


Dernière édition par Haya Sasaki le Lun 1 Mar - 19:49, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Les Murmures   Ven 30 Oct - 20:09

Lors de son séjour à l’hôpital, Haya prit le temps de réfléchir.

Elle avait déjà fait son choix ; traquer et tuer chacun de ceux qui avait participé au massacre de sa famille. Néanmoins, cela posait beaucoup de questions. Il était impensable qu’elle opère seule. Une chuunin nouvellement promue, inexpérimentée et sans la moindre relation intéressante mettrait des années avant d’aboutir à quoi que ce soit. Mais Haya disposait de beaucoup plus d’atouts que ses seules capacités.

Elle sourit et se renfonça dans son oreiller. Les noms de chaque personne à qui elle allait demander son aide défilaient dans sa tête et la jeune fille s’endormit avec la pensée rassurante d’être entourée d’amis. Et d’être sur la bonne voie.

*****

Naikin la regardait avec une lueur dans les yeux qui aurait pu s’apparenter à de la fierté. Il se frottait distraitement la paume, alors que tous les regards s’étaient tournés vers lui. Ryosen ne cachait pas son enthousiasme, un large sourire aux lèvres, les bras croisés sur la poitrine. Koshiro souriait également, un sourire plus fin mais les poings serrés, comme cela lui arrivait quand il était sous le coup de l’émotion (soit, assez rarement). Benihime, aux côtés d’Haya, rayonnait littéralement.

Naikin - Je savais que Kade était quelqu’un de bien. J’en étais absolument convaincu.

Il se redressa de toute sa taille.

Naikin - Un grand homme pour kiri. Tu peux nous faire confiance Haya. Nous ne te mettrons jamais en danger en révélant qui était ton père et si un jour quelqu’un te voulait du mal, crois-moi, il me trouvera sur sa route.

Haya sourit. Elle espérait malgré tout être assez puissante pour s’occuper de quelqu’un qui lui voulait du mal, sinon sa stratégie risquait de disparaître. Mais elle comptait s’entraîner avec encore plus de volonté et encore plus de rigueur. Elle allait devenir puissante, beaucoup plus qu’elle ne l’était actuellement car la puissance, dans le jeu auquel elle voulait jouer à présent, était un facteur capital. Ce n’était toutefois pas le seul, et Haya en avait conscience également, car malgré sa puissance Kade n’était pas parvenu à quelque chose de définitif.

Haya - J’aurais également quelque chose à vous demander.

Naikin l’interrogea du regard.

Haya - Je compte très bientôt me lancer à la recherche des hommes qui ont tué mes sœurs. Et plus encore, je compte mettre un terme à la vie de Nagata Hideyoshi. J’aurais toutefois besoin d’aide dans cette tâche car je ne dispose de rien de plus qu’un nom.

Naikin - Bien sûr que nous allons t’aider. J’attendais impatiemment le jour où tu nous le demanderais.

Il consulta Benihime du regard et revint sur Haya.

Naikin - Quel est le nom ?

Haya - Il s’appelle Encho Daisuke.

Naikin regarda ses camarades tour à tour, puis secoua la tête.

Naikin - Cela ne me dit rien… Pendant nos missions, nous essaierons de nous renseigner sur cette personne. Cela pourrait prendre du temps, selon son degré de discrétion. De plus…

Il haussa les épaules.

Naikin - Il est possible qu’il ait appris que tu étais en vie. Si c’est le cas, il redoublera de prudence. Mais nous ferons de notre mieux.

Ryosen - Est-ce que tu as des renseignements sur lui ? C’est un ninja ?

Haya secoua la tête.

Haya - Non. Ce n’était pas un professionnel.

Benihime - On fera de notre mieux.

*****

Satoshi l’observait derrière un épais écran de fumée. Ses yeux rougeoyaient étrangement à la faible lueur de la cigarette, alors qu’ils étaient assis l’un en face de l’autre dans un bar bondé. Il heurta sa cigarette contre la table pour en retirer la cendre et se frotta le nez de sa main libre.

Satoshi - C’est contraire aux ordres que j’ai de Shinji. Il sait que ce que tu prévois est un risque potentiel, alors il m’a demandé de te surveiller.

Satoshi porta sa cigarette à ses lèvres et tira longuement dessus.

Satoshi - D’un autre côté, il sait également qui je suis et j’ai de la sympathie pour ton projet. Si tu veux les revoir, les fils du pute qui t’ont mis dans cet état méritent d’être retrouvés.

Haya soupira intérieurement. Satoshi l’avait déjà soutenu à deux reprises dans ses projets, la première fois lorsqu’elle tentait d’approcher la flamme jaune, et le seconde lorsqu’elle avait souhaité parler à Nezu. Il semblait être intéressé par ses desseins et là, il en appréciait la portée, l’objectif final.

Satoshi - Je t’aiderai, dans la mesure de mes moyens. Je ne connais pas cet Encho Daisuke, mais je suis fréquemment en mission et disons que j’ai quelques accointances dans des milieux peu recommandables. Des accointances qui me doivent plusieurs années de dettes et qui seront ravies de m’apporter un peu d’aide.

Il acquiesça légèrement.

Satoshi - Tu peux compter sur moi, gamine.

Haya - Merci beaucoup.

Satoshi - Néanmoins, tu dois me promettre d’être extrêmement prudente. Shinji n’a pas tort de souhaiter te protéger. Les risques sont critiques.

Haya - Nagata ne m’effraie pas.

Les lèvres de Satoshi s’étirèrent en un sourire ironique.

Satoshi - Nagata… non. Mais les gens sauront que tu cherches. Ils sauront qu’on cherche pour toi. Nagata sera au courant, c’est vrai. Et ceux qui sont derrière lui le seront même avant. Mais plus grave, les gens d’ici seront au courant.

Haya fronça les sourcils.

Haya - Kiri ?

Satoshi - Oui, kiri. Ton père est vraiment haï. Il y a beaucoup de fausses rumeurs qui courent sur lui, et même si moi je ne connais pas toute l’histoire et que je n’ai pas connu personnellement Kade, je sais qu’elles sont fausses. Des gens importants se demanderont pourquoi tu recherches Encho. Puis ils sauront qu’Encho est lié à Nagata. Puis ils se demanderont pourquoi tu t’intéresses à Nagata. Puis ils comprendront qui tu es, et ils te trahiront.

Haya - Qui, ils ?

Satoshi haussa les épaules.

Satoshi - Qui sait ? La moitié de kiri environ. Le lotus pourpre. Kakumei. Tu vas te faire beaucoup d’ennemis, et des ennemis puissants. Ce sera une période difficile, je ne sais pas trop ce que ça donnera. Mais une fois que tu seras découverte, il deviendra impératif que Nagata meure.

Haya - Est-ce que kiri pourra nous aider ?

Satoshi secoua la tête, éteignit sa cigarette et en ralluma une autre dans le même élan.

Satoshi - Strictement interdit par le daimyo. Si Shinji fait cela, le village devient scélérat. C’est impossible. Nous avons l’interdiction formelle d’agir contre les gouvernements des îles du pays de l’eau sans ordre direct du daimyo, et le daimyo ne nous donnera jamais cet ordre. Il ne veut pas risquer une nouvelle guerre civile généralisée. Il est beaucoup trop prudent. Alors on ne peut rien faire, juste attendre que Nagata fasse une erreur qui nous donnerait une excuse.

Haya hocha lentement la tête.

Haya - Mais les erreurs… ça se crée…

Satoshi - Exact.

*****

Haya était allée voir ses amis les uns après les autres. Elle savait qu’elle aurait besoin du maximum de personnes sur ce projet, mais elle savait également que se faisant, elle les mettait en danger. Mais ils ne marquèrent pas la moindre hésitation, et cela troubla Haya. Cela faisait plus d’un an qu’elle fréquentait des ninjas. Elle en avait dix-sept maintenant et elle avait eu tout le loisir d’observer des profils variés. Beaucoup de ninja poursuivaient, d’une certaine façon, le même but qu’elle, à savoir tuer une certaine personne. Mais Haya ne se sentait pas proche d’eux, elle ne pensait pas que son projet pouvait être rattaché aux leurs.

« Si tu cherches la vengeance, creuse deux tombes ». Elle ne l’oubliait pas. Ce n’était pas ce qu’elle cherchait, elle ne souhaitait pas trouver la paix dans la mort de quelqu’un d’autre. Elle était déjà en paix, à l’heure actuelle, avec des amis prêts à se battre à ses côtés au sein d’un village qui l’avait acceptée. Non, elle ne trouverait pas la paix dans ce projet, loin de là. Mais s’il aboutit, si elle arrive au terme, alors Kade reposera enfin en paix, lui. Son nom sera lavé de l’injustice qui pèse sur lui et Haya pourra dire fièrement qu’elle est la fille de Kade Kasen. Un héros de kiri… En devenant kunoichi, Haya n’avait pas gagné le droit de dire qui devait vivre ou mourir. Elle en avait toutefois gagné le pouvoir. Elle en voulait terriblement, bien sûr, aux hommes qui avaient violé et tué ses sœurs, à Encho dont elle pouvait presque parfois sentir l’odeur poisseuse autour d’elle. Elle leur en voulait au point de les tuer, mais c’était à cause d’eux qu’elle en avait gagné le pouvoir. Il fallait tout simplement… qu’ils prennent leurs responsabilités. Elle aviserait quand elle sera face à eux.

Haya serra sa veste autour de ses épaules, dans le froid matinal de kiri. Elle attendait dans le recoin d’une rue pas loin des portes du village. La jeune fille avait rendez-vous et il n’avait pas été évident, pour elle, d’aller le demander. Elle redoutait la réponse plus encore que lorsqu’elle avait posé la question à Satoshi.

Hyô - Bonjour Haya.

Haya leva les yeux précipitamment. Hyô l’observait à deux mètres de distance, plus grand qu’elle d’une bonne tête. Il jeta un œil derrière lui puis reporta son attention sur la jeune fille.

Hyô - Tu souhaitais me parler.

Haya - Bonjour…

Il la mettait légèrement mal à l’aise. Son regard, surtout, fixe comme s’il l’étudiait. Il inclina la tête subtilement.

Hyô - Parle sans crainte.

L’homme se rapprocha de quelques pas et la rejoignit totalement dans le recoin. Il lui avait dit qu’il devait partir en mission très prochainement pour retrouver quelqu’un de notre sang. Haya aurait préféré attendre un peu avant de l’avertir, mais le temps jouait contre elle.

Haya - J’ai parlé à Tsuna Shono.

Hyô ne manifesta son intérêt par aucun mouvement.

Haya - Je veux retrouver les hommes qui m’ont... qui ont tué mes sœurs. Je veux tuer Nagata Hideyoshi, pour que la vérité apparaisse.

Haya se mordit l’intérieur des joues. Cela sonnait si puéril à présent ! Hyô l’observait avec le même visage impassible qu’à l’ordinaire. Il acquiesça à peine.

Hyô - C’est un choix que tu devais faire. Comment comptes-tu procéder ?

Haya - Je n’ai que le nom d’Encho Daisuke pour l’instant. Je vais commencer par lui, je le chercherais pendant mes missions et pendant mes permissions. La flamme jaune, mes amis et Satoshi m’aideront.

Haya crut déceler une lueur d’amusement dans le regard d’Hyô à la mention du nom de Satoshi.

Hyô - Je t’aiderai également à retrouver cet homme. J’ai des… facilités. Toutefois, comme je te l’ai dit, je vais bientôt partir dans une longue mission. J’ai fait ce choix, moi aussi.

Il s’interrompit une seconde et poursuivit.

Hyô - Je devrais envoyer des rapports à l’administration pour montrer ma progression. Je rajouterai au dos de chaque papier des informations te concernant. Tu devrais être la seule à pouvoir les lire, puisque je parlerai directement à ta qualité de maître des eaux. Demande à la flamme jaune, ou à Satoshi, de te procurer ces lettres confidentielles. Ils ont tous deux l’autorité nécessaire.

Haya - Merci beaucoup.

Hyô - Iba étant avec moi, il aurait été l’un des rares à pouvoir lire ces passages mais mieux vaut jouer de prudence.

Haya ouvrit la bouche, la referma, puis ajouta.

Haya - Iba va bien ?

Si Hyô fut décontenancé par la question, il n’en montra absolument rien.

Hyô - Je le présume, bien qu’il faudrait lui poser la question à lui.

Il plissa très légèrement les yeux.

Hyô - Je t’aiderai sans condition, néanmoins tu dois me promettre de ne pas mettre ta vie en danger inutilement. Tu vas courir des risques en défiant Nagata, et je ne suis pas certain que ta sécurité soit totalement assurée à kiri à ce moment-là, mais avant d’en arriver là tu dois te montrer très prudente.

Haya acquiesça.

Haya - Je le promets.

Hyô et Haya se séparèrent peu de temps après. La jeune fille resta dans les ruelles un moment, les mains dans les poches de son pantalon tandis que les fils de ses projets se mettaient en relation. Elle ne perdrait pas à ce jeu, pas encore. Elle s’était entraînée pour être prête cette fois-ci, pour ne pas perdre à nouveau des personnes qui lui étaient chères plus que tout. Haya ne se mettrait pas en danger…

Elle ne mettrait pas non plus ses amis en danger.

[Fin.]

MessageSujet: Re: Les Murmures   Jeu 4 Mar - 12:12

Haya : +162 XP

Super session, particulièrement le dernier texte qui rappelle un peu les western où le personnage va chercher tous ses amis pour faire un gros coup. Très complet =)
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MessageSujet: Re: Les Murmures   

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