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 La Source de l'Inconnu

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MessageSujet: La Source de l'Inconnu   Mer 5 Aoû - 21:31

Le soleil s’était levé avec douceur, éclairant les carcasses encore fumantes dans l’air humide et frais de cette matinée. Puis, le temps a passé, effaçant les traces endeuillées de cette surprenante nuit. Cependant, les hommes resteront marqués par cette attaque. Quels qu’ils soient et peu importe la raison. Ainsi Syara pensait en observant Kehydan s’en aller, les mains enfoncées dans ses poches et les pieds trainant à terre.

Celui-ci se rendait, comme tous les jours depuis la soirée où le tournoi chuunin prit fin, là où Valiran-sama lui avait assuré se trouver régulièrement. Remarquez la périphrase. Le jeune garçon pensait avec précaution, évitant de remuer cette peur glacée qui le tenait sous son emprise. Il avait espéré obtenir des réponses du jounin, mais celui-ci avait finalement eu fort à faire. Les missions ne cessaient de pleuvoir, et l’aspirant n’avait pu le croiser en coup de vent qu’une seule fois. Il lui avait alors seulement conseillé de travailler les exercices qu’ils avaient vus ensemble, et l’instant d’après, pfuit, disparu.

Les cours l’ennuyaient, il ne s’était pas vraiment fait d’amis, le dôjô de son clan lui était interdit parce qu’il était trop faible, et l’entraînement solo lui paraissait si rébarbatif et répétitif… Quant à Syara, elle se promenait souvent avec des amies rencontrées dans ses cours, à moins qu’elle ne travaille un peu son histoire. Il passait donc ses journées à traîner dans les rues ou dans la forêt. Ce jour-là, il constata encore une fois l’absence de Valiran et se fondit dans la masse verdoyante et chantante des végétaux.

Il rejoignit son coin préféré, découvert au cours d’un détour près des cascades chaudes. Elles lui avaient parues violentes et bouillonnantes de rage, trop à l’image des shinobis, ce qui l’avait rendu enclin à pousser plus loin son exploration, près des montagnes où les visages des différents anciens dirigeants de Konoha étaient gravés. Il avait découvert alors une petite source bien plus tranquille et dont les courtes cascades semblaient légères et riantes.

Il s’allongea dans l’herbe et ferma les yeux. Le temps n’a aucune raison de s’arrêter… L’étudiant sentait qu’il lui échappait mais il avait l’impression d’être paralysé par un trop plein de sentiments contradictoires. Il somnolait déjà lorsqu’un jeune homme surgit à ses côtés et s’arrêta brusquement en l’apercevant, l’air interdit. Il s’approcha et l’observa, indécis. Il balança sa mèche de cheveux ornée de perles dont le tintement réveilla en sursaut le jeune Lyushan qui se redressa immédiatement.

La vingtaine passée, un débardeur laissant volontiers apparaître son corps musculeux, des cheveux volumineux dressés sur sa tête, retenus par un mince bandeau, et des yeux pour le moins étranges, tel fut la description que tira rapidement Kehydan.


- Yosh !

Stupidement, l’aspirant se demanda s’il s’agissait d’un cri de guerre, mais remarquant le large sourire de l’inconnu et sa main levée, il devina qu’il le saluait simplement à sa façon.

- Euh… Yosh !
- Alors comme ça t’as découvert mon p’tit coin perso ? Y a pas grand monde qui vient par là en général… T’as plutôt pas intérêt à foutre le bazar, t’auras droit à une bonne raclée autrement !
- Hein ? Nan, je viens juste là pour dormir et manger des pommes…
- Des pommes ? Huh…

Le silence plana un instant entre eux, et il en profita pour s’asseoir aux côtés de l’étudiant encore sous le choc d’avoir été ainsi tiré de son sommeil.

- T’es un Lyushan, non ?

Surpris que, pour la première fois, quelqu’un connaisse d’où il vienne, Kehydan n’osa pas prendre la parole et se contenta d’hocher la tête, sidéré par l’inconnu. Il dégageait une certaine aura qu’il n’avait jusqu’alors jamais rencontrée parmi les ninjas. Parce qu’il n’y avait aucun doute pour lui quant à sa profession en raison de tous ces muscles saillants. La plupart des shinobis semblaient soit contenir une force immense au fond d’eux, comme Valiran, soit ne rien laisser apparaître comme le professeur Nabara. Nul doute qu’elle devait être très forte, mais cela ne transparaissait pas. L’inconnu de la forêt – Kehydan trouvait se surnom très poétique – donnait plutôt l’impression d’être « cool », le genre à être tel quel et à dire merde aux autres, sans jouer de l’influence qu’il peut avoir, ni cacher ce qu’il est. Certains jouent de leur apparence pour impressionner et dominer leurs adversaires, d’autres pour être sous-estimés et avoir des occasions inespérées. Lui non. Peut-être n’en avait-il pas besoin…

- Vous êtes un ninja puissant ?

Un rire clair et fort répondit à la naïve question.

- Si on veut ouais… Mais ça dépend des adversaires.

Kehydan sourit. Pourquoi se sentait-il autant en confiance auprès d’une telle personne ? S’entendre bien, oui, de toute façon, l’aspirant aimait le contact des autres, mais là, il s’agissait d’autre chose. Probablement à cause de sa « force tranquille ».

- Alors vous n’avez pas peur, nan ?
- Drôle de question… T’as peur toi ?

Il avait envie de parler de tout ça, et en l’absence de Valiran, ce jeune homme devrait pouvoir répondre à ses questions, aussi fut-il franc.

- Un peu oui… Depuis l’autre nuit, je suis pas très rassuré, j’ai l’impression que j’arriverai jamais à réagir calmement et à être capable de me battre… Peur de mourir bêtement…
- Héhé… Un vrai Lyushan ! T’en fais pas pour ça, va… Tu sais, ces mecs que t’as vu réagir pour diriger la foule, ils ont pas fait au hasard ce qui leur passait par la tête ! Avant ça, ils ont bouquiné des stratégies, examiné des possibilités et quand ça arrive, ils ont déjà des plans tout tracés. Et quand on a quelque chose à faire et qu’on sait comment, direct on est plus calme… Quant aux combats… La peur a son utilité.
- Comment ça ?
- Bah on te l’a pas déjà dit ? C’est ce qui va décupler tes capacités, laisse l’adrénaline couler dans tes veines et te donner un sursaut d’énergie pour tenter de survivre. Rester tétanisé de peur, c’est ce qui arrive au début. Après, quand tu la connais et que tu parviens à la maîtriser, tu joueras avec elle.

Kehydan parut peu convaincu et afficha une moue sceptique.

- Je ne pense pas que Valiran-sama soit…
- Oh, mais laisse ce vieillard têtu et grincheux dans son coin… Il a pas raison sur tout… Tu sais, seuls les héros sont sans peur. Et les héros meurent toujours jeunes. Alors conduis-toi comme un mec normal. T’as peur ? Ok, logique, y a un danger. Et c’est parce qu’elle est là que tu vivras plus longtemps qu’un imbécile qui se rendras compte de rien. Il aura foncé dans le tas et donné sa vie. Génial. Maintenant il est enterré six pieds sous terre, et sert de bouffe aux vers et aux plantes. La vie est précieuse non ? C’est ce qu’on t’a sûrement enseigné dans ta famille, alors hésite pas à sauver ta peau. À moins que mourir pour les autres soit ton credo, mais j’trouve ça plutôt hypocrite.

Son petit discours eût l’effet escompté et l’enfant ne réagit pas tout de suite, laissant son cerveau s’imprégner de ces paroles. Après tout, il avait l’air d’avoir bien survécu en suivant ce genre d’idées. Les sourcils froncés, il tira sur une mèche de cheveux.

- Non, je ne veux pas mourir pour n’importe qui… Donc au final, vous avez peur ?
- Quand je dois faire face à de puissants adversaires, évidemment. J’aime bien ma vie…
- Mais, je comprends pas comment on peut se servir de sa peur…
- Hmm… Tu connais la technique de permutation ?
- La technique de ? Non, ça me dit rien…
- Cool, comme ça tu verras… Vas-y, lève toi!

L'étudiant suivit les mouvements du jeune homme et s'étira à son tour. Il se rendit alors compte qu'il était vraiment très grand, surtout si on comptait ses longs cheveux. Comment pouvaient-ils se dresser ainsi ? Un véritable mystère.

- Comment vos cheveux tiennent ? Et quel est votre nom ?
- Mes cheveux, c’est un secret et mon nom… C’est un secret aussi.

Il s’approcha de l’aspirant et plaça son bras autour de ses épaules, s’approchant de son oreille avec un air de confident.

- Tu vois, on va dire que je te laisse venir ici, et je vais même te rendre service et t’apprendre une technique. Par contre, en contrepartie, tu laisses mon identité tranquille. Ça te va ?
- Hmmm… Okay…

Bien qu’intrigué, Kehydan décida d’accepter les règles de son jeu. De toute façon, s’il avait insisté pour connaître son nom, il n’aurait probablement rien eu du tout. Mais cette histoire lui fit repenser à cette sensation de confiance qu’il n’avait pas l’habitude d’avoir pour des inconnus. Mais qui pouvait-il connaître ainsi ? Personne. Non, personne. Il devait se tromper, peut-être qu’il n’avait pas le droit d’enseigner cette technique ou qu’il avait d’autres obligations ailleurs. Il pouvait exister un bon milliers d'explications.

*Arrête de penser à ça, de toute façon, ça ne mène à rien.*


Dernière édition par Kehydan Lyushan le Lun 28 Sep - 17:09, édité 1 fois

MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Dim 23 Aoû - 22:53

Le jeune homme recula de quelques pas avec souplesse, foulant l’herbe douce, puis observa Kehydan de la tête aux pieds comme s’il le jaugeait. Il semblait prodigieusement amusé par la situation et ne cessait de sourire à la manière d’un grand enfant devant un nouveau jouet. L’étudiant attendait simplement que l’inconnu se décide à prendre la parole, taraudé intérieurement par de multiples interrogations. Il ne voyait pas en quoi apprendre une technique pouvait l’aider à appréhender la peur d’une façon différente. D’ailleurs, en quoi consistait-elle ?

- Dites, à quoi sert la permutation ?
- À permuter, bien sûr, répondit laconiquement le ninja. Avant la technique, qui n’est en soi, pas très importante, on va jouer à un petit jeu. Fais de ton mieux !

Il s’élança avec la grâce d’un faucon et fondit sur l’étudiant pétrifié par le rire dément du shinobi. Son bras droit prit son élan et se déplia tel un ressort fulgurant pour venir frapper la fine mâchoire de Kehydan. Celui-ci fut projeté dans les airs et s’écroula sur le sol, les yeux humides. Il tenta de se relever et, encore étourdi, s’immobilisa à quatre pattes. Une erreur, semble-t-il, puisque son agresseur en profita pour placer un puissant coup de pied dans le ventre. Pour la deuxième fois en quelques secondes, l’étudiant vola et s’écrasa dans un bruit sourd. Cependant, cette fois-ci, il resta recroquevillé sur la terre ferme.

- Tu t’es déjà battu ?
- Arrêtez… S’il vous plaît arrêtez! gémit-il.
- Lève-toi et réponds !
- Non !
- Alors je ne m’arrêterai pas !

Il s’approcha du corps de l’étudiant qui fut parcouru de soubresauts.

- Non ! Attendez, c’est bon ! Je me lève…

Sa peur transpirait dans chacun de ses mots. L’homme semblait plus sur le point de le traumatiser à vie que de lui apporter son aide amicale. Kehydan commença à regretter cette rencontre et pria pour pouvoir rentrer chez lui entier. Peut-être était-ce un sadique qui voulait seulement s’amuser. Il tenait plus ou moins debout, les jambes tremblantes, le dos voûté, les mains moites. Une envie de vomir persistait à cause du coup reçu dans l’estomac.

- Voilà, je… Je suis levé… Et non… Je ne me suis jamais battu…
- Hmm, ok. Tu as peur de moi ?

Le silence lui répondit. Kehydan tourna la tête sur le côté pour éviter un regard qu’il sentait pénétrant, alors même qu’il ne pouvait pas le voir.

- Apprends à avoir peur. Et utilise-la.

Comment s’en servir ? Il n’expliquait rien, vraiment nul comme enseignant… Cependant, l’aspirant n’eût pas le loisir d’y réfléchir plus profondément. Le rapace s’abattit une nouvelle fois sur lui, les serres en avant. Il sentait que le shinobi avait baissé la puissance de ses coups – il ne s’envolait plus – mais ne pouvait rien faire pour autant. Il encaissait, l’un après l’autre, et reculait en titubant, résigné. Son corps tout entier criait sa souffrance. Il avait envie de prendre ses jambes à son cou, de rentrer chez lui pour se mettre au lit avec une bonne bouillotte, une vingtaine de pommes dans une corbeille de fruits et la radio pour passer le temps en musique. Mais faire ça, ce serait céder à la peur. Peut-être qu’il devait simplement prendre tous les coups… Il ne parvenait plus à réfléchir convenablement, tout son cerveau occupé à gérer la douleur qui explosait dans chaque recoin de ses membres.

Soudain, un instant de répit. Kehydan remercia le ciel.


- Qu’est-ce que tu fous ?! C’est comme ça que tu utilises ta peur ?!

Ce ne fut qu’un court moment avant que sa joue ne prenne un nouveau coup. Il n’allait bientôt plus pouvoir prononcer le moindre mot, à ce rythme. Que pouvait-il faire ? Ah ! Si seulement il pouvait s’arrêter. Pour l’arrêter, il faut sans doute le frapper, l’assommer. Maladroitement, il ferma sa main droite et la lança sur son adversaire qui saisit son bras avant qu’il ne puisse atteindre sa cible et envoya valdinguer le gamin par-dessus ses épaules.

- Non ! Ce n’est pas une utilisation de ta peur, ça…

Il se retourna pour faire face à l’étudiant qui ne bougeait plus, le visage tourné vers le ciel. Il avait vraiment un aspect lamentable. Les larmes – de douleur et de crainte – avaient rendues son bandeau totalement humide. De la terre ici et là, un peu de sang aussi au coin des lèvres, la peau rougie virant au mauve et des cheveux blancs retombant lamentablement sur son visage. Première fois qu’il se prenait une rouste, à en voir son air abattu. Le jeune homme soupira. Sans doute y avait-il été trop fort. Il ne tirerait rien de bon d’un aspirant aussi passif. C’était à lui et à lui seul de faire le prochain pas. Pour l’heure, il se laissait entièrement dominer par sa frayeur. Non, il ne s’enfuyait pas physiquement. Mais il s’isolait mentalement, dans des pensées négatives sur ses capacités ou dans des rêves bienheureux.

- Dans une semaine, je pars en mission importante et longue. Pendant les prochains jours, je passerai ici aux alentours de quatorze heures. Si tu trouves des réponses, et que t’as envie de connaître la suite de cet entraînement, tu n’auras qu’à être au rendez-vous. Je n’ai pas de temps à perdre avec toi si tu n’as pas la volonté de faire quelque chose. Bon courage, et à bientôt j’espère. Autrement, nous ne nous reverrons probablement pas.

Il s’en alla purement et simplement avec sa démarche de prédateur, laissant Kehydan allongé dans l’herbe.

*Des réponses ? Pff… Je ne reviendrai certainement pas…*

Péniblement, il se releva et traversa tant bien que mal la forêt, quittant la source paisible et pourtant témoin de cet affrontement violent. Enfin, pouvait-on appeler affrontement ce qu’il venait de se passer ? Le jeune Lyushan ne s’était confronté à rien du tout, il avait simplement été brutalisé.

*Comment peut-il penser un seul instant que je reviendrai me faire tabasser ? Il croit peut-être que je suis maso ?*

Ses pensées tourbillonnaient d’une façon qui lui plaisait encore moins. Cette véhémence mécontente ne correspondait pas à ce qu’il était. Il n’avait jamais réellement détesté quelqu’un. Peut-être changeait-il ? Ou peut-être encore, ne se connaissait-il pas ? Car après tout, jamais il n’avait été frappé ainsi. Mais pour l’heure, cela le soulageait. En vérité, il se sentait surtout frustrée par l’incompréhension de tout ce qu’il s’était passé. Comment une simple discussion avait-elle dégénérée en ce sens ? Etait-ce ainsi que les ninjas réagissaient ?

- Pff… Cela ne me plaît pas…

Sa faible silhouette émergea en boitillant de l’ombre rassurante et fraîche des arbres. Il s’appuya sur un tronc rugueux pour se reposer un instan,t avant de reprendre la direction de chez lui. Il imaginait sans peine la façon dont les gens regarderaient un gamin dans son état. Et il repensait à son village natal. Personne n’abandonnerait quelqu’un mal en point dans la forêt, ni ne le regarderait passer dans les rues sans rien faire. Cependant, ici, à Konoha, il ne fallait pas compter sur l’aide des gens. Tous des inconnus. Il soupira et se mit en route. Il n’avait pas vraiment le choix à moins de dormir dehors à la lisière de la forêt.

MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Mar 29 Sep - 11:11

La nuit enveloppa Konoha avec délicatesse et l’enferma dans un monde de ténèbres. L’air s’emplissait d’une humidité qui le rendait lourd, tandis que de nombreux nuages se préparaient à déverser des torrents d’eau sur la ville. La lumière de la lune et des étoiles ne pouvaient parvenir jusqu’aux villageois, les plongeant dans une obscurité qui laissait Kehydan indifférent. Elle faisait partie de son univers, à présent, et plus encore aujourd’hui. Des lampadaires éclairaient les rues les plus fréquentées, d’autres profitaient de la chaleur filtrant à travers les fenêtres des tavernes animés. Cependant, l’aspirant lui, devait se créer sa propre lumière pour avancer… Il se promenait ainsi dans le village en s’enfonçant dans les ruelles les plus silencieuses et les plus froides.

Une colère noire habitait son cœur depuis la rencontre avec l’inconnu, celle qui s’était déroulée trois jours plus tôt. Dans un premier temps, elle s’était tourné contre cet homme qui l’avait frappé avec un tel acharnement, avant de se concentrer sur lui-même. Qu’est-ce qui pouvait bien clocher chez lui ? Il s’était perdu sur un chemin invisible qui traversait un gouffre infini et devait avancer à tâtons. Et plus il regardait en arrière, plus il se rendait compte de la folie pure de leurs projets.

Les informations qu’ils recherchaient resteront à jamais hors de leur portée. Comment avait-il pu espérer y arriver ? Avait-il fait cela pour lui ? Pour son frère ? Pour Syara ? Comment pouvait-il être aussi nul et douter en permanence ? Que voulait-il faire en se contentant de prendre des coups ? La douleur hantait encore son corps et rendait sa démarche raide. Cependant, il ressentait le besoin de s’éloigner de la jeune fille. Ils s’étaient disputés quelques heures avant. Peut-être s’inquiéterait-elle en ne le voyant pas rentrer… Ou peut-être était-elle encore terriblement énervée.

Kehydan savait qu’il avait été injuste avec elle. Elle désirait l’aider, lui témoigner son soutien. Mais son attitude protectrice avait éveillé en lui un sentiment de mépris pour lui-même. Il n’était même pas en mesure de se soigner tout seul alors qu’il est un futur eisei-nin. Un incapable. Il avait l’impression de s’être coupé lui-même les ailes en choisissant cette voix. Son insouciance s’envolait avec, et il ne lui restait plus que des regrets qui l’enchainaient fermement dans ses tourments…

La solitude avait quelque chose de rassurant en de pareils cas… Il avait la sensation de n’être que l’ombre de lui-même depuis, et de se découvrir des émotions cachées. Il ne voulait pas qu’on le voie ainsi, et fuyait en tentant de comprendre comment redevenir le jeune garçon qui ne se préoccupait que de ses pommes. Elles lui semblaient si acides, en ce moment. Il n’en était pas digne.

Le ciel gronda et le vent s’engouffra avec une force peu commune dans la ruelle, faisant voler ses cheveux vers l’avant… Et voilà, sa coiffure était foutue. Mais qu’importe ? Il frissonna un peu, cueilli par surprise par le froid pénétrant. Il essaya d’accélérer son pas, ignorant les élancements qui parcouraient son corps. Il pressentait que la pluie ne commencerait pas à tomber avant une heure ou deux. Cependant, ça serait plus pratique s’il pouvait trouver un hôtel et se mettre à l’abri auparavant. Rentrer chez lui ? Non, effectivement, il n’en avait pas la moindre envie. Il fuyait. Il le savait. Mais avait-il jamais prétendu être courageux ? Il repensa alors à sa conversation avec l’inconnu, à ce sujet, et secoua brutalement la tête. Ce mec n’avait rien à faire dans ses pensées.

Devant lui, il repéra un gamin planqué sous un porche, et décida de l’ignorer. Ce ne sont pas ses affaires. Pourtant, à Shenmuan, il ne l’aurait jamais laissé ainsi. Kehydan avança et le dépassa. Brusquement, l’enfant se releva et se jeta dans ses jambes. L’aspirant trébucha et tomba sur les pavés, réveillant ses bleus qui lui arrachèrent un gémissement. Cet épisode fit remonter en lui les souvenirs de son arrivée à Konoha. Un voleur ? Encore ? Il n’avait vraiment pas de chance, car ça n’était pas courant ici, en ville…Il mit la main à sa poche pour saisir sa bourse et rencontra celle de son assaillant qui se relevait en se confondant en excuse. Il attrapa son poignet et le serra avec une force qu’il ne soupçonnait pas en lui. Celle acquise au cours de ses longues et fastidieuses heures d’entraînement. Un cri déchira le silence de la nuit, mais l’aspirant ne lâcha pas et se releva doucement.


[Kehydan] Encore toi… Voici la troisième fois que nous nous rencontrons, sale voleur ! murmura-t-il en le dévisageant…

L’étudiant se tut un long moment, digérant ses propres paroles comme une trahison envers sa nature, si compatissante à l’origine. Qu’aurait-dit son frère en le voyant ainsi ? Une expression féroce anima le visage de son interlocuteur.


[ ???] Je ne suis pas un sale voleur !
[Kehydan] Ne mens pas, tu m’as dérobé ma bourse une fois, et la seconde, un aspirant ninja de Konoha t’a empêché de fuir avec ton butin…

Il avait dit ça d’un ton triste, plus préoccupé par lui-même que par l’enfant. Que devenait-il ? Kehydan eut subitement envie d’arracher ce bandeau qui lui couvrait la vue, pour se précipiter face à une glace pour vérifier qu’il était toujours lui. Pour vérifier qu’Il existait toujours. Et parce qu’il avait besoin de Ses conseils, de Son aide… Or, il ne L’avait plus entendu depuis longtemps… Son frère… Sa moitié…

[ ???] Laisse-moi partir… Tu veux quoi ? Que je te rembourse ?
[Kehydan] Hmmm….? Oui, ça serait bien…
[ ???] Eh bien sache que…

Il se jeta brutalement en arrière et dégagea sa main avec violence, avant de faire face à l’aspirant.

[ ???] C’est impossible!

Il se retourna et détala rapidement, tandis que Kehydan hésitait entre le poursuivre et le laisser fuir. Après tout, il n’était pas parvenu à commettre son forfait. Il fit un pas en avant, et une silhouette trapue sauta du toit et se plaça entre le fuyard et le jeune Lyushan indécis. Sa vision s’était trop concentrée sur le gamin, et il en avait oublié les alentours, aussi il ne l’avait pas vu venir. La peur se noua dans son estomac.

Avez-vous déjà vécu ce genre de scène où votre frayeur vous paralyse et où vous voyez l’inévitable se produire. À cet instant, votre cerveau aussi, semble tétanisé, incapable de penser, et il assimile les images au ralenti, tout semble tellement lent. C’est de cette façon que Kehydan vit un énorme poing s’abattre sur sa mâchoire. Dès que l’impact eut lieu, les choses s’accélérèrent. Sa tête fut projetée en arrière et il recula de quelques pas. L’homme n’était pas tellement plus vieux que lui, mais il avait l’expérience des bagarres et s’apprêtait à le frapper à nouveau.


*Je ne fais pas le poids… Tout cet entraînement pour rien ? J’ai vraiment la poisse, me faire encore tabasser… Mais il tape moins dur que l’autre…*

Il se résignait déjà, mais l’évocation de l’inconnu fit renaître en lui la frustration de n’avoir pas su donner la bonne réponse, et lui rappela quelques unes de ses paroles. L’adolescent ne pouvait que perdre. Tenter de riposter aggraverait son cas. Mais il avait toujours la possibilité d’essayer de fuir. Et pour cela, il devait gagner du temps. Le poing s’approchait à nouveau de sa tête.

*Il ne faut pas que je me le prenne…*

Par une impulsion qu’il ne comprit pas tout à fait, il plaça ses bras en croix devant sa tête et eut la chance de parer son adversaire qui ne s’attendait pas à de la résistance et décida d’abréger les choses. Il se baissa et effectua une rapide balayette qui fit chuter lourdement l’étudiant sur le dos. La deuxième fois qu'il goûtait au sol du village, ce soir. L’autre prit alors la fuite, profitant de son étourdissement… Mais il n’avait de toute façon pas envie de se battre. Il commençait à comprendre. Dans ce genre de situation, agir par instinct ou réflexe était une nouveauté pour lui. Il se releva avec lenteur, les yeux perdus dans le vide, afin de rassembler tous les éléments de sa pensée en un tout cohérent, maintenu par la colle de sa découverte.

*J’irai le voir demain.*

Il tremblait. La perspective de la rencontre l'inquiétait. Il craignait d'avoir à souffrir à nouveau. Mais il sentait qu'il avait besoin de cela pour continuer sa route ici, à Konoha.
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MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Mer 28 Oct - 13:38

Kehydan (as Lyu :p) : +28 XP

J'aime =D

MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Mar 10 Nov - 2:10

[HRP cool =)]

La journée commençait plutôt bien, et Kehydan songea que cela ne pouvait être qu’un bon signe. Du moins, tentait-il ainsi de se persuader que tout se déroulera bien. Après cette nuit orageuse durant laquelle il avait trouvé refuge dans une petite auberge, le soleil s’était levé, déployant une chaleur réconfortante. L’aspirant s’était immédiatement senti de meilleure humeur que la veille. Les toits et les pavés étaient encore glissants, et les commerçants secouaient les stores restés sortis, à coups de manche à balai pour faire dégringoler l’eau accumulée. Les activités reprenaient vie tandis que l’étudiant se fondait dans la masse de ceux qui se rendaient à leur travail ou à l’école par cette matinée lumineuse. Il fit un détour pour remplir son sac à dos des pommes du marché de Konoha, et flâna entre les échoppes avant de prendre la direction de la forêt.

Il se fraya un chemin plutôt humide entre les végétaux trempés, mais qui se dressaient déjà de toute leur hauteur pour s’approcher du soleil qui les revigorait pleinement. L’étudiant débarqua rapidement auprès de l’eau vive et claire, en estimant qu’il devait déjà être près de onze heures. Il eût une petite pensée à l’intention de Syara qui devait se demander où il était passé. Il se contenta cependant de chasser ces idées et accrocha son sac à une branche suffisamment solide pour ne pas ployer sous le poids des fruits. Le sol et les rochers près de la source étaient encore trop mouillés pour qu’il les y dépose. Il passa le temps en mangeant et en effectuant quelques uns des exercices d’assouplissement conseillés par son maître, sans cesser de perdre de vue que l’inconnu devait arriver à quatorze heures.


*J’ai pas l’heure, c’est trop bête, et j’arrive pas encore à connaître l’heure à l’aide du soleil sans le voir, comme le fait Valiran… Et comme je suis stressé, inutile que je me base sur mes impressions… Le temps me paraît si long...*

Il guettait le moindre bruit venant du petit sentier à peine tracé à travers la forêt, en se demandant si finalement, le jeune homme n’avait pas renoncé à lui apporter son aide précieuse. Lorsque la terre fut à peu près sèche, il remonta son pantalon le long de ses mollets devenus légèrement pâles dans le rythme de la vie citadine à Konoha, quitta ses sandales et glissa ses pieds dans un petit bassin naturel formé par la source. L’eau fraîche clapotait doucement. Cela lui rappelait Shenmuan, où il aimait bien la retenue d’eau artificielle qui formait une sorte de lac. Il observa le cheminement du cours d’eau, depuis la paroi rocheuse jusqu’à ce qu’il la perde de vue dans la forêt et pensa avec amusement qu’il faisait de nombreux détours inutiles. Tant d’efforts vains pour finalement aller tout droit.

À cet instant, un bruit retentit parmi les buissons dans son dos, et il aperçut le jeune homme de la dernière fois. Ce dernier s’immobilisa, peut-être un peu surpris, et vînt rejoindre Kehydan, s’asseyant en tailleur près de lui. Ils restèrent ainsi en silence de longues minutes, prenant le temps d’écouter le murmure des esprits des arbres et de la rivière.


- Je ne sais pas si ce cours d’eau a été aménagé de très nombreuses années avant que je ne le découvre, ou s’il s’agit d’une formation naturelle, mais sa façon de s’écouler n’est pas banale.

Perplexe, l’étudiant observa vainement le tracé du ruisseau, sans saisir ce qu’il voulait dire. Il secoua la tête, trouvant le ninja plus insolite que jamais.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez…
- Il s’agit d’une métaphore, mais on n’est pas là pour en parler, hein ? On a beaucoup d’autres choses à faire… Et il est temps de commencer !

Il se releva brusquement, avec une sorte d’entrain joyeux qui inquiétait passablement le jeune Lyushan. Ce dernier l’imita, foulant le sol de ses pieds nus. Il se baissait pour remettre ses sandales, lorsque le shinobi inconnu saisit fermement son épaule d’une main. Ses doigts s’enfonçaient douloureusement, et le forcèrent à se redresser. Kehydan eût juste le temps d’apercevoir le poing fermé filer à toute vitesse jusqu’à son ventre. Il tituba de quelques pas sous l’impact, le souffle coupé. Des points noir et blanc assaillaient sa perception, témoignant du manque d’oxygène que ressentait son cerveau. Il s’obligea à contrôler sa respiration pour revenir totalement à lui.

- Alors, tu as une réponse ?
- Je suis… revenu… Alors, oui… Mais, cessez… de me frapper, s’il vous plaît… murmura-t-il, sa voix hachée par sa respiration sifflante.
- Ha, pour ça… Je suis pas un bon prof. Ce sont mes méthodes, et c’est tout. Tu veux te barrer ?

Il leva la tête, une expression méprisante figeant ses traits tandis qu’il dominait l’aspirant ninja, le regardant de haut. Celui-ci refusa pourtant de reculer et secoua la tête négativement.

- Non.
- Pourquoi cela ?

Il le frappa à nouveau, cette fois-ci au niveau de la joue du jeune garçon qui esquissa un geste de protection, mais trop tard. Il resta debout tant bien que mal. Puis un répit silencieux. Posant délicatement ses doigts sur sa peau rougie et endolorie, l’étudiant baissait la tête, comme s’il n’osait pas regarder son interlocuteur dans les yeux, fuyant son regard, alors que lui-même avait perdu le sien.

- Vous voulez… M’enseigner quelque chose. Je ne suis pas sûr de comprendre, mais ça me semble important.
- Alors tu ne me défies pas comme la dernière fois ?
- C’était un geste stupide...
- C’est bien de le reconnaître, mais pourquoi cela ?
- Il n’y avait pas la moindre chance pour que je réussisse à vous toucher, et encore moins à vous blesser. Ma peur et la douleur me paralysaient, je ne pouvais plus réfléchir, et il n’y a que ça qui me soit venu à l’esprit. C’était plutôt désespéré, et cela n’avait pas vraiment de lien avec le fait d’utiliser sa peur…
- Et pourquoi ça ? N’en serait-ce pas une utilisation ?

Décontenancé, Kehydan se redressa légèrement, encore craintif.

- Non, je ne crois pas...
- Tu crois, ou t’en es sûr ?
- Je… J’en suis certain. La peur ne sert pas à cela. Vous l’avez dit : la peur sert à survivre. Et agir ainsi, ne m’ouvrait aucune porte de sortie. Au contraire, cela ne pouvait que vous agacer.
- Tu as une idée de ce qu’il fallait faire alors ?
- Oui, je pense qu’il fallait…
- Tss… Ferme-la. Et montre-moi.

Incontestablement, un homme d’action, ce shinobi. L’aspirant se raidit dans l’attente des coups qui allaient pleuvoir, bien décidé à faire de son mieux pour montrer sa « réponse ». Néanmoins, il n’avait aucune expérience dans la lutte et doutait de pouvoir se mouvoir suffisamment vite.

Il inspira un grand coup et cessa de réfléchir à ce qu’il était capable ou non de réaliser, se concentrant uniquement sur son adversaire qui s’approchait de lui, tel une ombre menaçante. Un frisson étrange courut le long de son échine. Ses jambes ancrèrent solidement ses pieds au sol.

Il avait peur. Cet homme qui paraissait n’avoir aucune pitié et n’avait aucun remord à frapper un gamin. Ses attaques étaient fulgurantes et cuisantes. Il le craignait, il redoutait cet instant. Mais il avait compris ce qu’il lui restait à faire. Cette frayeur coulait dans ses veines, faisait battre son cœur si fort que le sang cognait contre ses tempes, résonnant dans sa tête comme le tam-tam incessant des tambours de guerre. Il avait la délicieuse sensation de prendre pleinement possession de ses facultés de perception, lui offrant un champ de vision plus étendu que jamais, mais qu’il réduisit pourtant, presque à regret, se concentrant sur l’inconnu et uniquement lui.

Il s’agissait là de la première fois qu’il avait envie de réagir et d’affronter quelqu’un physiquement. Même moralement, il avait toujours été faible, préférant la fuite ou la soumission. Et il l’était encore, et même ici, puisque sa volonté de confrontation était limitée à l’encaissement. Le ninja face à lui banda ses muscles et projeta son poing.

Un éclair.

Une certitude.

Ses pensées s’affolèrent. La tête ! Il vise la tête. Il ferma les yeux, les épaules contractées et mis ses bras en croix devant son visage pour se protéger. Le coup percuta ses avant-bras qui furent irradiés de douleur avant de glisser à travers, contre son nez qui parut exploser. Quelques picotements dans les narines, et un liquide chaud coula jusque sur le bord de sa lèvre supérieure, hésita un instant comme suspendu, avant de répandre finalement son goût âpre dans la bouche de Kehydan.


- Oh… C’est déjà mieux.

Les coups suivants, le Lyushan n’eut pas le temps de réagir pour se défendre, cependant, contrairement à la séance précédente, il guettait l’instant où il pourrait échapper au feu nourri de son adversaire. Il avait un objectif, une idée sur laquelle se concentrer. Régulièrement, il esquissait des gestes de défense qui peinait à contrer ces poings féroces, mais il gardait la sensation d'une réussite. Il avait compris.

Il finit par esquiver une attaque en se jetant sur le sol, puis roula précipitamment pour s’éloigner et se relever. Un second répit. Son souffle court étreignait sa poitrine, mais il sentait en lui une onde d’excitation insoupçonnée, une énergie survoltée. L’inconnu sourit.


- Alors, tu apprécies ce petit « combat » ?

Il lança sur Kehydan exactement le même coup. Celui qu’il avait presque stoppé au début. Et l’étudiant s’en rendait compte. Mais il ne bougea pas d’un poil. Cette sensation agréable ressentie un peu plus tôt s’envola. Il ne restait plus que les douleurs, le sang qui coulait encore de son nez, la fatigue qui embrasait ses muscles. Et un amer sentiment de trahison qui paralysait ses âmes.

Il ressentit à peine la violence de l’attaque qui lui avait été portée. Son corps défaillit, le libérant de la souffrance physique et son esprit se réfugia à l’ombre fraîche de l’inconscience si profonde… Et si proche de la mort.

MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Sam 16 Jan - 18:40

Kehydan s’était évanoui bien plus tôt qu’il ne l’aurait cru. Contemplant son élève pour quelques heures, étendu à ses pieds, l’inconnu balança sa mèche de cheveux aux perles bleutés. Leur tintement attirait le regard curieux des oiseaux perchés à la cime des arbres. Un tic qu’il possédait depuis de longues années, et qu’il tentait de le réprimer en présence du jeune Lyushan. Mais celui-ci ne paraissait pas l’avoir remarqué, même si le shinobi confirmé ne pouvait en retenir les notes légères lorsqu’il bougeait. Peut-être le garçon avait-il oublié, enfoui ces souvenirs. Peut-être s’était-il trop concentré sur ses mouvements. Ou alors c’était l’autre. Difficile de savoir. Mais sa présence ici le rendait perplexe.

Le temps passait si vite…
Trop vite, même.

Et ce gamin n’en avait pas idée.
Il l’empoigna alors sans le ménager par le col de ses vêtements et, d’un geste bref, plongea la tête de l’étudiant dans le petit bassin naturel.

À trois reprises.

***

Un brouillard noir embourbait son esprit, égaré dans le marécage des souvenirs dont il avait oublié le chemin. Après l’obscurité profonde de l’inconscience, vint la douce lumière des rêveries. Le soleil brillait, au loin, et se rapprochait avec patience, jusqu’à ce que l’éblouissement en soit presque intolérable. Il distingua alors, dans cette blancheur éclatante, une rangée de dents et la forme d’une coiffure familière.

- Frérot… murmura-t-il mollement dans les limbes de son rêve.

Il se sentait tellement cotonneux… Il voulut tendre le bras vers lui, mais son corps ne lui obéissait plus, trop lent, trop fatigué, si près et tellement loin… En face de lui, le sourire s’élargit avec bienveillance, rapidement chassé par l’inquiétude. Ses sourcils se froncèrent légèrement d’une façon presque suppliante, et ses mains chaudes saisirent les bras engourdis de Kehydan.


- Prend garde… L’Ombre…

Des tentacules aussi glacées et sombres que les profondeurs des océans l’enveloppèrent brutalement, répandant leur froid mortel dans le corps du rêveur, comme pour l’éloigner de l’apparition. Mais elles le relâchèrent légèrement, et il en profita pour se jeter en direction du petit fantôme avec une vigueur renouvelée.

- L’Ombre ?

Une seconde fois, il fut happé dans un étau qui glaçait le sang dans ses veines et oppressait ses poumons. Les sons lui parvenaient assourdis, comme propagés dans l’eau au lieu de l’air. Les lèvres en face remuaient en vain avec précipitation.

- Il te guette ! C’est…

La troisième vague fut définitive et le submergea totalement, l’arrachant une nouvelle fois à son frère bien-aimé, sans lui laisser l’occasion d’entendre ses conseils.


***

Le voile se déchira brutalement, laissant le jeune garçon pantelant dans l’herbe où il suffoquait, son visage et son cou trempés. De violents frissons le parcoururent, sans qu’il puisse déterminer si c’était dû à la légère brise sur sa peau humide ou à son rêve étrange. Ses visions s’estompèrent rapidement, et la douleur reprit sa place au sein de la réalité. Penché au-dessus de lui, le ninja l’observait attentivement. Il se mit debout et haussa les épaules.

- Bon, jt’explique. Hum… En fait, je sais pas vraiment comment ça marche… Faudrait voir avec un médecin pour ça, mais en gros l’adrénaline sécrétée pendant un combat te permet d’obtenir une sorte de surplus d’énergie par rapport à d’habitude. Mais ça n’a pas que des avantages. Déjà, ça peut pas durer très longtemps. Et ensuite, l’ennui dans tout ça, c’est que ton cœur bat plus vite, donc tu saignes plus que d’habitude. Pour ça que tu t’es évanoui, jpense… Mais, vas-y, assied-toi un peu.

Kehydan obéit sans y faire attention et se redressa en restant coi, l’esprit un peu hébété. Les images floues de son rêve s’échappaient, tandis qu’il repensait à la façon dont il s’était évanoui. La dernière question qu’on lui avait posé résonnait dans sa tête... Et dans son cœur.

Lui? Apprécier un combat? Kehydan, l’insouciant petit bonhomme du clan Lyushan ? Un fervent croyant en la sagesse de l’enseignement des Dragons ? L’innocent petit frère des sœurs jumelles Kara-Kara ? Impossible. Et pourtant. S’il voulait être honnête avec lui-même… Inconscient de son trouble, l’inconnu poursuivit ses rapides petites explications.


- Bref, tu transformes ta peur en énergie pour survivre. Parfois, d’autres priorités passent devant sa survie. Sauver une personne chère. Remplir une mission d’importance capitale pour préserver son village et ses habitants. Vouloir prouver qu’on est plus fort, qu’on est le meilleur. C’est un choix qui t’appartient. Un choix qui te fait prendre plus de risques, et qui se nomme parfois courage. Mais le plus souvent, c’est de l’inconscience pure.

Le silence passa, perturbé par un écureuil perché dans un arbre voisin, soigneusement occupé à en décoller l’écorce, afin de boire la sève sucrée qui monte jusqu’aux feuilles verdoyantes.

- J’ai réfléchis un peu, ça m’arrive, parfois… Et tu vois, les peurs dont tu m’as parlé la dernière fois – mourir, incapacité à survivre – sont communes à la majorité des mortels. Mais je n’pense pas que ce soit ta véritable peur. En vérité, t’es effrayé à l’idée de changer. Tu ne veux pas grandir et tu t’enfermes dans ton passé. Tu ne veux pas aller en cours ni t’entrainer parce que tu es terrorisé, presque paralysé à l’idée de devenir ninja et de vivre au rythme des combats, voire des meurtres.

Kehydan se sentait presque assommé, tant il était troublé. Les évènements se succédaient rapidement, sans lui laisser un instant de répit. Quitte à choisir, il préfèrerait continuer à se faire taper dessus physiquement. En lui, ses âmes tremblaient comme des feuilles d’automne malmenées par les bourrasques qui précédaient la tempête. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il avait raison. Cela lui en coûtait de l’admettre, et lui prit de longues minutes écoulées en silence. Mais il ne voulait pas changer. Depuis ce jour, sans qu’il s’en aperçoive, son temps s’était figé et il s’efforçait d’y rester. Sans succès. Car rien ne l’arrête, et que chaque seconde, chaque minute qui passe modifie ce que nous étions. Une évolution perpétuelle que certains tentent de provoquer, de s’y baigner au rythme de la vie, ou de freiner de toutes leurs forces. Encore étourdi par son évanouissement, il se contenta de serrer ses lèvres pâles.

- La technique que je veux t’enseigner peut être apprise de façon traditionnelle. Voir des profs, écouter, appliquer, blah, blah, blah… Mais ma manière à moi, tu l’as comprise, non ? Je te demanderai donc de changer, au moins durant l’heure à venir. Pour apprendre, au-delà d’une technique, à te connaître toi-même un peu mieux. Après, tu auras encore le temps de réfléchir à tout ça. Evidemment, tu peux toujours abandonner et rentrer te terrer chez toi. Que choisis-tu ?

Simple enfant accablé par ses peines, l’étudiant enfouit sa tête entre ses mains en ramenant ses genoux contre son torse aux vêtements parsemés de gouttes de sang. Effectivement, il avait pas mal saigné du nez… Mais… Que faire, que faire, que faire… ? La même interrogation le hantait encore et encore. Mais elle ne datait pas d’aujourd’hui. Ce doute, cette peur… Il les choyait, tout comme son pendentif, enfreignant ainsi les interdits de ses croyances. C’était tout ce qui lui restait de son frère. Son sourire était-il feint ? Au début, oui. Mais aujourd’hui, il ne saurait jurer de sa duperie ou de sa sincérité.

Soudain, il releva la tête. Ce choix-là, finalement, était assez simple. Il n’avait qu’à le prendre comme une sorte de test, d’expérience. Rien n’était définitif. Cela ne pouvait que l’aider à dissiper cet épais brouillard sur son chemin. Non, a priori, rien de problématique à accepter. Mais sera-t-il en mesure de se donner à nouveau au maximum ? Rien n’était moins sûr. Goûter à la confrontation n’avait fait que cristalliser ses craintes au sujet du changement qui s’opérait en lui.


*Se battre… Non ! Juste, apprendre une technique. De toute façon, quoiqu’il arrive, jamais je ne pourrai vraiment aimer combattre… C’est impossible.*

Il se campa solidement sur ses deux jambes, et croisa les bras. Cette discussion avait refroidi son corps après l’exercice, et il se voyait mal reprendre l’entrainement, alors même qu’il se sentait un peu patraque à cause de sa perte de conscience. Malgré tout, il savait que c’était maintenant ou jamais. Il détourna la tête, comme pour cacher sa honte d’enfreindre une nouvelle fois les enseignements des Dragons, et ce même s’il avait payé le prix inhérent à sa condition. La perte de sa vue…

- Très bien, allez-y, entrainez-moi…

Les mots se bousculèrent dans sa bouche et sortirent précipitamment, comme pour ne pas laisse le temps à sa langue d’hésiter et de changer d’avis. Sa voix peu assurée fit sourire de toutes ses dents l’inconnu. Des dents qu’il avait féroces.

- Parfait ! Pour commencer, tu vas faire quelques échauffements et étirements, afin de te remettre en condition. Ensuite, nous parlerons sérieusement.

MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Dim 17 Jan - 17:12

L’échauffement avait une vertu bénéfique sur la condition de Kehydan, mais elle ne dissipait ni la fatigue, ni la douleur des coups. Sa concentration et ses réactions en étaient grandement émoussées. C’est sans grand espoir qu’il comptait sur son professeur improvisé pour le ménager.

- Bon, les choses intéressantes vont commencer. Vu que tu n’as reçu aucun entraînement pour l’esquive, je ne vais pas être trop dur…Mais je ne serai pas gentil non plus, sinon, il n’y a plus aucun intérêt pour moi ! D’abord, montre-moi comment tu malaxes ton chakra, que je vois un peu ton niveau…

Sans répondre, l’étudiant s’exécuta et joignit ses mains. Il se concentra longuement afin de sentir le flux d’énergie irradier ses méridiens et se répandre dans tout son corps.

- Hum. Je vois.

Plutôt content d’avoir réussi ce petit exercice, le Lyushan sentit un peu de confiance en lui revenir et sourit en direction du shinobi. Après tout, cela pouvait se passer aussi bien que ses précédents entraînements avec ses autres professeurs.

- Soyons franc : c’était carrément nul… Mais bon, faut pas en attendre beaucoup d’un étudiant de ton gabarit… Bref…

Au ton de sa voix, Kehydan comprit que l’inconnu était plutôt déçu de sa constatation, et son moral redescendit aussitôt plus bas que terre. Son cœur se serra et il déglutit avec un peu plus de difficulté que d’habitude. Lui qui pensait réussir plutôt bien cet exercice… En fait, il aurait bien été incapable de dire en quoi sa maîtrise du malaxage était « carrément nulle ». Son nez se fronça légèrement. Comment pouvait-il progresser s’il lui disait juste que sa prestation était mauvaise ? L’inconnu s’était inexplicablement mis à fouiller les fourrés aux alentours. En d’autres conditions, cela l’aurait certainement intrigué, mais sa morosité le laissait indifférent aux extravagances de son enseignant. Les bras croisés, il restait immobile, observant mollement ses mouvements.

- Tu attends quoi pour m’aider ?! Allez, viens, je cherche des rondins de bois, y en a toujours qui trainent dans la forêt, tous les jeunes ninjas en utilisent un jour ou l’autre pour… Ah ! Voilà.

Il balança auprès de Kehydan des morceaux de tronc d’arbre qui roulèrent jusqu’à ses pieds avec douceur.

*À quoi est-ce que ça rime encore…?*

Le grand gaillard se frottait les mains avec satisfaction, se débarrassant de la mousse et de la terre qui s’étaient déposées sur ses pommes au contact du bois encore un peu humide.

- Bon, c’est simple : la permutation consiste à échanger son propre corps avec un autre objet. Comme ça.

Kehydan sursauta lorsqu’il apparut brusquement juste devant lui, à la place du rondin qui se retrouvait désormais à l’emplacement qu’occupait le shinobi une seconde plus tôt. Il recula prudemment, de peur qu’il ne se remette à le frapper par surprise, pour « l’entraîner », ou pour le punir de poser une question stupide.

- Et… ça sert à quoi ? demanda-t-il, perplexe.
- À esquiver, voyons ! Pense à tout à l’heure, quand nous nous affrontions. Tu arrivais à esquiver ou parer certains coups, mais d’autres étaient impossibles à éviter. Dans ces moments-là, il faut utiliser la permutation, appelée aussi « kawarimi ». Encore qu’au corps à corps, ce n’est pas forcément pratique. C’est pour ça que pour la suite, nous allons utiliser des projectiles.

Kehydan blêmit en voyant les shurikens que brandit l’inconnu juste sous son nez.

- Vous allez me lancer… ça ? Sur moi ?

Une note d’incrédulité dans la voix de Kehydan arracha un sourire moqueur à son interlocuteur.

- Exactement !

Il s’éloigna à nouveau pour reprendre ses distances.

- Commençons si tu veux bien.
- Mais vous ne m’avez pas expliqué pour la technique… ?!
- Ah… C’est simple, tu fais ce signe – il s’exécuta en même temps – et tu visualises dans ta tête en genre d’échange entre ton corps et un des rondins de bois. C’est plus facile avec des rondins, parce qu’on imagine plus facilement le bout de bois à la place de son buste, pour apprendre c’est l’idéal, mais tu peux le faire avec d’autres trucs après… Ah et puis, avale-ça !

Il sortit d’une de ses poches un petit boitier composé de plusieurs compartiments, et fit sauter le couvercle de l’un d’entre eux d’un geste brusque de son pouce. Sa curiosité piquée, l’étudiant tendit la main et obtint une sorte de gélule qu’il observa avec attention.

- Qu’est-ce que c’est ?
- Une pilule militaire de soin. Tu dois être un peu fatigué, ça va te requinquer.
- Vous n’essaieriez pas de me droguer quand même ?!
- Mais non… C’est assez courant, tu n’auras qu’à aller faire un tour à l’annexe de l’hôpital, un de ces quatre, et tu verras. En attendant, prends-la, tu verras tu iras mieux. Mais si tu devais en ingérer plusieurs durant un combat, prépare-toi à avoir quelques effets négatifs, c’est puissant comme remède !

Kehydan hésita un instant, et porta la gélule à sa bouche. Sa gorge était si sèche qu’il eut du mal à l’avaler, mais il en ressenti presque immédiatement les effets. Sa surprise s’estompa rapidement alors que ses idées se dessinaient plus clairement dans son esprit. Ses muscles ne le faisaient plus souffrir, et ses hématomes se dissipèrent. Cependant, son estomac resta noué. Il commençait à comprendre où l’autre voulait en venir. Les mêmes pensées tournaient inlassablement en boucle, à une vitesse vertigineuse.

*Impossible… Je n’arriverai jamais à exécuter cette technique sans m’entraîner auparavant… Même s’il me balance des armes tranchantes dans la tête, je n’y arriverai pas mieux… Et puis son explication, franchement, c’était ultra pourrie… Il est taré, la seule chose qu’il va réussir à faire, c’est me tuer… *

- Tu es prêt ?

Kehydan eût envie de dire non et de s’enfuir en courant, mais les mots restèrent bloqués dans son gosier et ses jambes devinrent de plomb. Sans attendre de réponse, le ninja face à lui lança une première étoile. Paralysé par ses réflexions, l’étudiant ne bougea pas d’un pouce. Un filet de sang coula le long de sa joue et vint chatouiller son cou. Ses doigts caressèrent la coupure superficielle avec délicatesse. Une seconde étoile ninja fendait l’air dans sa direction.

*À droite !*

Il plongea sur sa droite, et roula dans l’herbe quelques mètres plus loin où il fut accueilli par un kunai qui se planta sous son nez. Tiens ? Curieux ce kunai, il a une bande de papier attachée à son anneau… Et ça commence à sentir le cramé...

Il se releva précipitamment et s’éloigna de l’arme qui produisit une légère détonation en le projetant en arrière. Désormais, une odeur de roussi émanait des vêtements et des cheveux de Kehydan qui reculait en toussotant.


*Absolument, définitivement taré !*

Les shurikens s’enchaînèrent alors sans répit, et s’il avait le malheur de toucher terre, un kunai accompagné d’un parchemin explosif s’invitait tout près de lui. Lorsque les armes s’approchaient de lui une par une, il parvenait plus ou moins à les esquiver, selon la vitesse que son adversaire leur octroyait. Mais en quelques secondes à peines, il pouvait lui jeter trois à quatre de ces étoiles. Impossible pour lui de les éviter toutes, ce qui l’amenait à utiliser « en urgence » la fameuse technique de permutation. Autant dire que urgence ou pas, ça ne changeait pas grand-chose à son goût…

Au début, le temps que l’étudiant prenait à malaxer son chakra était bien trop important. Avant même d’exécuter le signe nécessaire, il se retrouvait à terre, transpercé par les pointes tranchantes. Il diminua alors son temps de malaxage, mais cela n’arrangeait rien du tout et ne rendait ses tentatives que plus médiocres encore. Il tremblait de peur à l’idée que son enseignant ne se trompe et ne le rende handicapé à vie, sinon pire.

Une nouvelle salve le projeta à terre, où il resta recroquevillé sur lui-même, dans l’attente d’une explosion qui ne vint pas.


- Rah, tu es fatiguant, à la fin… À ne jamais savoir ce que tu veux… Décide-toi, et implique-toi lorsque nécessaire. Allez, relève-toi vite, je vais finir par perdre patience.

Kehydan serra les dents. Il fallait bien l’avouer, il s’était montré mou lors de cette séance. Découragé avant même de commencer, et persuadé qu’il n’y arrivera pas. Ce qui était arrivé la fois précédente. Et au final, il était parvenu à un semblant de réussite. Autant faire de son mieux, et donner tout ce qu’il a, plutôt que de trembler sur ses jambes en priant. Sinon, si tout devient réellement désespéré, il s’enfuira. Il se redressa.

- C’est bon, je suis prêt.
- Ok, ben attends 2minutes, j’ai pas l’option shurikens illimités...

Force est de constater qu’il en avait lancé, des shurikens… La petite clairière en bordure de la source en était parsemée. Et puis, Kehydan avait réussi à en éviter les trois-quarts – même s’il ne se faisait pas d’illusions en combat réel – tandis que les autres ne lui avaient infligés que des dommages superficiels. Il se sentit un peu rassuré au sujet de l’habilité de son adversaire à éviter qu’un malheur ne se produise. Mais aussi sur ses capacités d’esquive qui avaient fortement progressé en peu de temps. Grâce à cet inconnu.

L’apprenti ninja inspira un grand coup : il lui fallait retrouver l’état d’esprit dans lequel il se trouvait en arrivant ici. Il se fit plus attentif. Le premier projectile d’une longue suite siffla à ses oreilles, mais ne le toucha point. Une première victoire. Puis trois d’un coup. Il fut sur le point de s’exclamer « déjà ?! », mais se reprit très vite. Un flux de chakra inonda son corps et ses mains formèrent le signe incantatoire. Toutes ses pensées, tout son esprit se tendirent vers un seul et unique objectif.


*Le rondin, le rondin, le rondin, le rondin…*

Il relâcha brutalement la technique.

Mais ce fut un échec. Il y croyait fort, pourtant. Il avait même eu l’impression que son chakra ne s’était pas évaporé dans une mauvaise manipulation. Les shurikens avaient mordu profondément la chair de ses avants bras, une fois de plus, et il s’était senti déséquilibré, au point de s’effondrer par terre. Dépité, il mit un moment à se relever.


- Eh bah, c’est quoi cette tête ? C’est pourtant pas mal, pour une première réussite…
- Hein ?
- Tu n’as pas réussi à esquiver, mais tu as permuté, tu n’es plus très loin ! Allez, on reprend, debout !

Observant attentivement l’environnement, Kehydan comprit qu’effectivement, il s’était téléporté à l’emplacement exact du rondin qu’il visait. Un sourire étonné égaya son visage. Il se campa fermement sur ses jambes, prêt à recommencer cet exploit : il ne lui manquait plus que la rapidité. Il manqua son coup encore plusieurs fois, en se précipitant parfois trop ce qui nuisait au dosage de son chakra. Mais il gagnait du terrain à chaque fois. Une intense satisfaction, d’un genre inconnu, le gagnait : celle de parvenir à relever les défis en s’acharnant encore et encore. Les projectiles semblaient finalement se dédoubler sous l’effet de la fatigue. La volonté de l’étudiant commençait à s’émousser à force d’échecs.

- Allez, concentre-toi, tu y es presque !
- J’en ai marre, on tourne en rond…
- Pas du tout… De toute façon, ce sont mes derniers shurikens, on arrête après ça ! Alors fais un effort pour finir l’entraînement en beauté.

L’aspirant soupira, et se reprit. Il n’y en a plus pour longtemps, se disait-il. Son Œil Intérieur se fixa sur son assaillant, prêt à informer Kehydan des attaques qui allaient venir. Mais il ne s’attendait pas à ce que le ninja lance tous ses shurikens restant en un seul jet. Les battements de son cœur se suspendirent l’espace d’un instant. Parmi les projectiles, plusieurs visaient sa tête et sa poitrine. Et tout autour, un habile réseau de shurikens qui ne cherchaient pas à le blesser, mais à l’emprisonner, à le couper de toute issue. Renonçant à ses lamentations habituelles, il laissa son instinct guider ses mouvements. Il cessa totalement de réfléchir : il n’en avait plus le temps. Avait-il suffisamment malaxé ? Encore un peu plus, ou un peu moins ? Le signe était-il bien exécuté ? Se concentrait-il suffisamment sur le rondin qui devait lui sauver la vie, ou du moins lui éviter de finir avec un œil en moins ? Même s’il ne s’en servait plus, cette idée lui aurait déplu. Mais il ne se posa même pas la question. Ses gestes intuitifs, basés sur les expériences passées, se firent plus fermes et plus assurés.

Une sensation de déséquilibre.

Et le dos de son sensei qui fixait encore du regard les shurikens partis se perdre dans la forêt.


- J’ai… J’ai réussi !

Son visage exprimait une joie stupéfaite.

- Ouaip, pas mal.

L’étudiant en restait sans voix, oscillant entre l’envie de le remercier et celle d’exprimer sa colère pour son geste fou.

- Bon allez, j’ai à faire mine de rien… À la prochaine, et continue de bien t’entraîner.

Cette déclaration n’aida pas Kehydan à retrouver l’usage de ses cordes vocales. L’inconnu disparu derrière l’épais feuillage d’un arbre, et l’adolescent se décida sur ce qu’il devait lui dire. Il s’élança à la suite du shinobi et le rattrapa rapidement.

- Attendez ! Je voulais vous remercier pour le temps que vous m’avez consacré. J’ai l’impression d’avoir un peu avancé, grâce à vous. Alors à la prochaine ! Mais vous devriez retourner à la source : vous avez oublié vos shurikens là-bas…

Kehydan lui fit un grand sourire et partit en courant. Il était temps de rentrer à la maison. Syara lui passera sûrement un savon. Mais il s’en fichait. Au pire, il ferait un kawarimi avec un coussin qui prendra toutes ses baffes à sa place. Et puis, il se sentait plus serein, à présent.

*Outch !*

Il faudra également veiller à bien soigner toutes ces plaies… Il en avait bavé, aujourd’hui…

MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   Mer 20 Jan - 20:51

Lyu : +30 XP - Technique validée

C'est al meilleure l'option shuriken illimités :')
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MessageSujet: Re: La Source de l'Inconnu   

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