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 [Mission de rang D] Conteur de merveilleux

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MessageSujet: [Mission de rang D] Conteur de merveilleux   Jeu 20 Aoû - 19:11

A la bibliothèque du village caché des nuages, le silence s’était fait. Rêvant encore de l’histoire précédente, les enfants attendaient sagement une autre lecture, la découverte d’un nouvel univers qui, bien que fictif, les émerveillerait, débriderait leur imagination, les emporterait loin dans l’onirisme, et transcenderait la morne et insipide existence que leur imposait quotidiennement les adultes. Chacun attendait en silence, suspendu aux lèvres, pourtant encore closes, du jeune jounin. Hypnotisé par le récit, il en oublierait leur réalité présente et plongerait dans le merveilleux. Ishiki était ravi par la tournure que prenait les évènements : il aurait pu paraître étonnant de voir un shinobi accomplir une telle mission, il n’en était rien : en réalité Ishiki avait officié en tant que diplomate et avait mainte fois déjà charmer des enfants de Daimyo avec des contes allégoriques ; cette méthode n’était pas fortuite, elle avait toujours porté de beaux fruits. Merveilleux.

Aujourd’hui, il était heureux de pouvoir transmettre la Connaissance à de petits kuméens, Yoritomo-Tashi avait été un grand sage de son clan et c’était un honneur de dispenser un pan de son savoir aux jeunes pousses du pays de la Foudre. Généralement, les Cetana évitait de divulguer leurs écrits, mais là il s’agissait d’une retranscription spéciale de Dangennes, conçue à des vues pédagogiques. Ici, il pourrait répandre le savoir dans un terreau fertile. Essaimer les bonnes graines dans le bon humus, tel était l’intention d’Ishiki et la raison qui l’avait motivé à venir ici remplir cette mission.

Faisant appel à ton son savoir rhétorique, le jeune jounin diplomate entama la lecture :




* * *



    « C’était, dit le sage Yoritomo-Tashi, aux temps disparus où la multitude des dieux incarnait dans chacune de ses personnalités, les vertus ou les passions humaines. Chacun d’eux prétendait détenir le secret du bonheur des êtres, dont les jours s’écoulaient sur la terre. Tous assuraient que leur pouvoir était prépondérant. Et la voûte azurée retentissait parfois du bruit de revendications, aussi véhémentes que péremptoires. Un seul point, cependant, réunissait toutes les approbations. Un principe unique centralisait toutes les adhésions. Celui du rôle de la force, dans la domination de la puissance.

    Aussi les célestes rivaux résolurent-ils de s’en rapporter à la décision du juge suprême, dont les attributions consistaient dans l’art de peser judicieusement les âmes de ceux qui délaissaient le chaos terrestre pour entrer dans une vie supérieure.


    [Un immortel] – « Il est incontestable que la suprématie m’est acquise de droit et je puis à l’instant vous démontrer ma force inégalable. »

    À ce moment un éclair fulgurant zébra la nue. Une lueur sanglante teinta l’azur ambiant et un fracas, insoupçonné jusque-là, glaça tous les dieux d’épouvante. Les nuées qui les portaient semblaient s’entrechoquer et s’entrouvrir comme des gouffres, prêts à happer une proie, et, pendant quelques brèves parcelles d’éternité, les personnages célestes pensèrent douter de leur invulnérabilité.

    À peine le détenteur de la foudre avait-il laissé tomber sa factice colère, que le dieu des tempêtes répliqua :


    [Dieu des tempêtes] – « Ma force est encore plus redoutable. Regardez en bas, vers la plaine liquide.»

    À peine avait-il achevé ces mots, que l’on vit la mer se couvrir, comme d’autant d’écaillés luisantes de vagues ourlées d’écume. Bientôt sous la voix grondante de la tempête elles semblèrent être un troupeau furieux de blanches cavales, à la crinière mouvante.

    Puis l’escadron grossit et grandit, semblant se ruer à l’assaut des plus hautes montagnes ; il menaçait d’escalader le ciel. Et bientôt, des mains se tendirent vers le dieu des tempêtes, dans une attitude implorante... Il fit un geste : Alors la vague, soudain calmée, s’épandit en larges ondulations, qui, paresseusement, vinrent mordre le sable des grèves, en un mouvement berceur. Dans le silence oppressé qui suivit, une voix s’éleva alors :


    [?] – « La puissance ne gît pas seulement dans la manifestation de la force brutale, qui ne peut que détruire et non créer. Elle réside surtout dans l’art de soumettre les hommes et de les maintenir volontairement, sous une loi, dont ils recherchent la douceur, au lieu d’en redouter la violence. »

    Approchant une flûte de ses lèvres, il en tira des sons si captivants que tous restèrent en extase.

    Les notes semblèrent d’abord voltiger, comme autant de papillons légers. Puis la mélodie s’élargissant, emplit l’espace azuré, tantôt triste et lasse, tantôt vibrante et forte, se tordant en une plainte déchirante pour s’épanouir en triomphale splendeur. Longtemps après que le dernier son fut éteint, les immortelles faces reflétèrent le charme, dont le pouvoir avait subjugué tous les dieux.

    Tous ? Non. Il était un de ces incréés, dont l’attitude impénétrable n’avait pas varié. Il n’avait point été ébloui par les éclairs. L’assaut des vagues n’avait point amené en ses yeux placides la moindre trace d’inquiétude. L’enchantement des sons ne semblait point avoir suscité en lui l’émoi dont tous vibraient encore. Le juge se tourna vers lui :


    [Juge suprême] – « Es-tu donc affecté de la surdité et de l’aveuglement, qui sont uniquement, jusqu’à présent, réservés aux méprisables mortels ?

    [?] – « J’entends et je vois.

    [Juge suprême] – « Et tu n’as pas été troublé ? Ton cœur n’a pas battu plus vite sous l’empire de l’épouvante ? Ton âme n’a pas frémi sous l’influence de l’enchantement ? »

    [?] – « Tu te trompes, ô juge suprême ! Mon cœur a battu, mon âme a frémi. »

    [Juge suprême] – « Et ton visage ne s’est assombri d’aucun reflet, ne s’est illuminé d’aucun rayon ? »

    [?] – « Non, car je suis le Calme, celui qui sait si bien discipliner ses impressions, qu’elles lui sont asservies, tandis que vous tous n’en êtes que les maîtres dérisoires, puisqu’il vous est impossible de les dominer.
    À quoi sert-il de commander aux éléments, si une mélodie peut, en provoquant l’extase, faire tomber la foudre des mains amollies par l’admiration attendrie ?
    Quelle peut être la puissance définitive de celui qui, possédant le pouvoir de fascination, tremble devant la colère des choses ?
    »

    Il se tut. Alors le juge suprême des âmes déclara :

    [Juge suprême] – « C’est à lui, dit-il, qu’appartient la toute-puissance. En lui gît la véritable force. Il fait mieux que de commander aux éléments : il ordonne à ses passions de faire silence. Il ne se livre pas aux vaines démonstrations d’un inutile pouvoir, qui bientôt chancelle devant l’apparition d’un pouvoir contraire. Il résiste à toutes les suggestions, dont l’origine lui semble vaine et indigne de frapper un esprit averti. En revanche, il les perçoit toutes et en retire la somme d’émoi qui lui semble souhaitable.

    Puisque vous vous fiez à mon jugement, je vous le dis en vérité : Le Calme est notre maître à tous.
    »

    Les millénaires qui depuis, ce jugement, se sont effondrés dans l’abîme du temps, n’en ont point affaibli l’intégrité lucide et forte. Oui, l’antique légende dit vrai : Le calme est notre maître à tous. On pourrait même assurer que, de toutes les entités dont il est question dans ce récit symbolique, le calme est la seule dont la puissance se soit affirmée.
    »




* * *


Dernière édition par Ishiki Cetana le Jeu 20 Aoû - 19:24, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Conteur de merveilleux   Jeu 20 Aoû - 19:15

* * *


    « Sur la route qui mène aux proches environs de Kohoha, il est un bois de lataniers, dans lequel les voyageurs s’arrêtent volontiers, pour jouir de l’ombre propice, avant d’affronter de nouveau l’aridité des chemins vêtus de poussière et éclaboussés de brûlants rayons. Un homme, qui revenait chez lui après une absence assez longue, s’y était assis dans le but de recouvrer quelques forces, en étendant ses membres fatigués ; en même temps il dégustait en paix la dernière portion de riz, composant les provisions du voyage.

    Mais, après s’être rassasié, la sensation de bien-être fut si douce, qu’il se laissa aller au sommeil, malgré sa résolution de ne point s’arrêter plus longtemps car le bois passait pour être un endroit, dangereux aux abords de la nuit, à cause des vagabonds qui venaient y chercher un refuge, et, à l’occasion, guetter une proie, sous la forme d’un marchand attardé.

    Depuis quelques heures déjà, le disque brillant de l’astre, après s’être mué en un globe sanglant, était disparu dans un incendie factice, et la lune, brusquement débusquée de l’abri des lataniers, éclairait le sommeil profond du voyageur, quand un homme vint à passer son kimono brodé
    d’or luisait dans l’entrebâillement de son manteau et il portait une lourde sacoche.

    Après un mouvement de recul et un geste de défense esquissés, il sourit et se rapprocha du dormeur. C’était un de ses voisins et il n’eut pas de peine à deviner que ce dernier avait été terrassé par la fatigue, car il le connaissait assez pusillanime et ne doutait pas de la frayeur qu’il aurait à son réveil, en se voyant isolé dans la nuit, au milieu du bois, si justement redouté.

    Cette idée l’amusa tellement qu’il résolut de s’offrir le spectacle du désarroi du poltron, oubliant le souci de sa propre sécurité.

    Il se dissimula donc derrière les minces colonnes des arbres et s’apprêtait à provoquer le réveil du voisin en lui lançant de minces branchages, lorsqu’un bruit insolite lui fit dresser l’oreille : des pas étouffés résonnaient faiblement.

    Bientôt, sous la lumière d’argent, il reconnut un malandrin qui s’apprêtait à mettre à mal l’imprudent dormeur.

    Son courage et son amitié le portèrent vers lui et il y parvint au moment où l’éclair d’un poignard s’enfonçait dans les vêtements de l’homme sans défense. Le bras du malfaiteur, violemment tiré en arrière, ne put accomplir le geste définitif. Une égratignure seulement piqua le dormeur, qui se dressa affolé, tandis que le meurtrier fuyait et que le compatissant voisin s’empressait auprès du blessé.

    Mais celui-ci était environné de peur. Sa nature pusillanime ne lui permettait pas de discerner autre chose que les poussées de l’instinct : Défaillant, hagard, incapable de réunir ses pensées, il ne vit point l’homme fuir.

    Il ne songea pas à l’invraisemblance de l’attaque d’un homme riche, jusque là juste et bon envers lui, pauvre hère, dont le butin entier ne représentait pas ce que son opulent ami pouvait dépenser en une journée.

    Il ne vit pas la lueur de compassion, brillant dans les yeux du sauveur, il n’entendit pas les paroles secourables qu’il lui prodiguait.

    Son désordre mental était à son comble. En lui, la brute seule subsistait et, d’un geste, ne dépendant que de l’automatisme, il enfonça son poignard dans le cœur de celui qui l’avait sauvé de la mort, se couvrant ainsi du sang de son bienfaiteur.

    Le jour était déjà levé lorsqu’il entra dans la ville. Sa démarche insolite, les taches pourpres qui étoilaient ses habits le signalèrent à l’attention. Dans le même moment, on découvrit le cadavre du riche marchand. Il n’en fallut pas davantage pour perdre le poltron.

    Il eut beau raconter l’agression dont il avait été victime, tout le monde prit son récit pour une fable, d’autant mieux qu’au cours de la nuit le marchand avait était délesté de tout son or.

    Il dut donc subir le supplice du pal et mourut sans avoir compris que son défaut de calme, en apportant en lui un bouleversement exagéré, l’avait rendu mentalement aussi aveugle que ceux dont les yeux sont fermés à la lumière du jour. »



* * *



Ce fut un silence religieux qui accueillit la fin de la lecture. Observant les visages songeurs des petits kuméens réunit pour la session de lecture à la bibliothèque du village caché de la foudre, un sourire radieux éclaira le visage du jeune jounin. Manifestement, la mission avait été un succès.

MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Conteur de merveilleux   Ven 28 Aoû - 15:00



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Ishiki :
+ 35 XP (bonus mission inclus)
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Originale comme mission et très sympa à lire. Hihi pauvres enfants, ils acquiescent à la fin mais le langage soutenu d'Ishiki fait qu'à mon avis ils ont pas tout compris ^^
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MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Conteur de merveilleux   

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