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 La Traque de Karasu

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MessageSujet: La Traque de Karasu   Mer 9 Sep - 0:07

Nul ne sait combien douce est la vengeance de celui qui a reçu l'injure


Le soleil était d'or et le ciel bleu parsemé de nuages blancs solitaires dans les yeux d'Hisato Abe. Ce juunin au regard sévère et aux cheveux cendrés n'était autre que le responsable du Centre de Communication du village caché de la Brume. Ses pas l'avaient menés à la plus haute tour de surveillance du village, là où siégeaient les unités d'élites chargées de retranscrire et de déchiffrer tous les messages codés qui pouvaient leur parvenir de l'extérieur. Hisato Abe s'était entretenu pendant une bonne demi-heure avec le chef de garde. Leur discussion avait principalement tourné autour des derniers horaires mis en place et d'une missive venue de Konoha. Hisato s'était ensuite accoudé à la rambarde extérieure pour profiter de la vue imprenable et ne l'avait plus quitté depuis.

Son oeil de lynx remarqua tout d'abord l'apparition d'un point noir dans le ciel azur. Un point qui progressivement se transforma en une tache de la taille d'une bille. Vingt années d'expérience dans les services de surveillance du village lui permirent d'identifier l'objet volant comme étant un oiseau messager. Deux chuunins en garde à ce moment là le remarquèrent eux aussi. Tous deux prirent place contre la rambarde, leurs yeux tournés vers le ciel.

Quand l'oiseau, en l'occurrence un pigeon voyageur, se posa sur la rambarde, Hisato lança un regard insistant au plus jeune des deux chuunins qui s'empressa aussitôt de lui tendre la missive conservée dans un petit boîtier situé autour du cou du volatile. L'autre chuunin se chargea ensuite de conduire l'animal dans une cage où il reçut eau et nourriture.

Hisato de son côté commença à décrypter le message. Ce qu'il découvrit le laissa sans voix.

Le village de Dozen venait d'essuyer trois décès inexpliqués.


***

Le bureau du Mizukage ne pouvait être plus éclairé.

Les rayons du soleil venaient frapper de plein fouet le dos de Shinji Azechi dont l'ombre s'étendait jusqu'à la porte d'entrée. Son visage fermé expliquait à lui tout seul la gravité de la situation. Face à lui, légèrement en retrait, Hisato Abe fixait le vide comme s'il était en proie à de violents doutes. A ses côtés, Kenji Eichino et Yukari Sabarito affichaient des visages indéchiffrables. Dans un coin de la pièce, Satoshi Kagehisa était également présent, tirant inlassablement sur sa cigarette comme si la nouvelle ne l'affectait pas le moins du monde.

C'est dans ce climat particulièrement lourd que Hyô Geïrou fit son entrée. Impassible, comme à son habitude, l'Homme de glace lança un bref coup d'oeil à Satoshi avant de diriger son attention sur Shinji Azechi. Il ne manqua pas de remarquer la présence notoire d'Hisato Abe, signe incontestable qu'un message potentiellement inquiétant était arrivé à Kiri.

Hyô – Vous m'avez fait demander ?

En guise de réponse, Shinji poussa dans sa direction la seule feuille mise en évidence sur le bureau.

Hyô s'avança et saisit ce qui était en réalité plus un feuillet qu'une véritable feuille. Le message était clair et ne laissait rien sous entendre. Le village de Dozen, sur l'île de Nagumo, s'était réveillé avec trois cadavres sur les bras. Deux adultes et un enfant retrouvés mort dans leur demeure familiale. Un seul indice était donné sur l'état des corps : l'extrême froideur de leur peau. L'information fit immédiatement tilt dans la tête d'Hyô. Karasu. Difficile il lui était d'expliquer pourquoi ce nom avait soudainement jaillit dans son esprit, mais une intime conviction le poussait à croire que le déserteur était étroitement lié à ces trois décès.

Shinji – Ce message nous est parvenu ce matin. Est-ce qu'il vous inspire quelque chose ?

Le ton était neutre. Hyô savait pertinemment que Shinji attendait une confirmation, non une réponse.

Hyô – Le message se veut très clair mais il ne nous informe que très brièvement sur l'état des corps et les circonstances. Je ne peux rien conclure sans ces éléments.

Il avait répondu en toute humilité. Il ne pouvait pas mentionner l'éventuelle implication de Karasu dans cette affaire. Cette hypothèse ne se basait que sur une impression. Son impression.

Yukari – Que suggérez-vous ?

Hyô n'était pas dupe. Le trio qui lui faisait face n'attendait qu'une seule chose de lui. Qu'il démontre son intérêt pour l'affaire.

Hyô – Nous devrions envoyer une équipe sur place pour établir un rapport détaillé.

Satoshi sourit discrètement. Il ne comprenait que trop bien l'intérêt des questions posées. Pas besoin d'être une flèche pour faire le lien entre l'extrême froideur décrite dans le message et le clan Aisu. Asahi voila le lien. Un lien que le trio d'anciens redoutait plus que tout. Non seulement parce que s'il était question de meurtres dans cette affaire cela voulait dire que l'organisation pouvait circuler librement dans le pays, mais surtout qu'ils devraient se résoudre à déclencher l'état d'alerte maximum pour éviter à Kiri un révère comme Konoha en avait connu un quelques mois plus tôt. Mais Hyô avait répondu intelligemment. Il savait que le doute subsisterait tant qu'un véritable rapport ne serait pas dressé par une équipe du village.

Kenji – Dans ce cas, Satoshi, vous mènerez votre équipe sur l'île de Nagumo. Vous établirez le contacte avec le maître des lieux, Eiji Nosaka, et vous nous rendrez compte de la situation dans les moindre détails.

Le ton était toujours aussi sec quand il s'agissait de Kenji Eichino, toujours. Hyô n'eut aucune réaction. Ses yeux continuaient de fixer le Mizukage terré dans son silence. Le trio voulait une réaction de sa part pour obtenir les réponses qu'il n'avait pas apporté en répondant à leurs questions. Mais ils se trompaient s'ils pensaient les obtenir de cette manière.

Satoshi – Ça ne va pas être possible.

Kenji s'apprêta à répliquer mais Satoshi poursuivit sur sa lancée.

Satoshi – J'ai d'autres projets pour cette équipe. Des trucs plus intéressants qu'une pêche aux cadavres. L'équipe d'Hyô est disponible. Elle fera ça mieux qu'aucune autre équipe.

Hyô aurait voulu sourire mais il se garda de le faire. Imperturbable, il se promit intérieurement de remercier Satoshi quand il en aurait l'occasion.

Kenji – Hyô n'a plus d'équipe.

Hyô reçut la réplique comme un véritable coup de couteau en plein coeur. Il savait bien que tôt ou tard on lui rappellerait qu'il avait encore une fois perdu la quasi totalité de son équipe. Même si les circonstances avaient été plus que particulières sur sa dernière sortie. Affronter trois membres de l'Asahi n'étant pas ce qui se faisait de plus simple ces derniers temps.

Satoshi – Théoriquement si. Il lui reste Iba. Deux hommes devraient amplement suffire pour dresser un rapport, non ? Un qui tient la plume et l'autre qui tient le papier.

L'ironie de Satoshi ne fit rire personne. Hyô vit une lueur glisser dans les pupilles du Mizukage. Quelques secondes plus tard, celui-ci croisait ses mains sous son menton. Le regard songeur, il adressa un coup d'oeil à chacun de ses conseillers auquel ils répondirent par un hochement de la tête.

Shinji – Très bien. Je vous charge vous et Iba Hiyori d'élucider cette affaire. Nous attendons de vous la plus grande discrétion au même titre que des réponses claires et précises sur ce qui a bien pu se passer à Dozen. Un bateau en partance pour l'île de Nagumo vous attendra à quai à 14 heures.

Hyô inclina la tête par simple politesse. Il se dirigea ensuite vers la porte du bureau sans dire un mot. Avant de la franchir, il croisa le regard de Satoshi. Tous deux se saluèrent ainsi, dans le plus beau des silences.


***

L'orphelinat de Kiri était une bâtisse imposante et austère au premier abord. Elle était le refuge de tous ces enfants abandonnés à un triste sort. Iba était l'un d'eux même s'il avait cessé d'être un enfant depuis longtemps. Hyô savait que le meilleur moyen de lui communiquer quelque chose était de lui laisser un message à l'accueil de l'orphelinat plutôt que de perdre un temps fou à le chercher aux quatre coins du village.

Le temps était compté, il ne pouvait pas se permettre de le chercher. Aussi avait-il rédigé un message simple et concis qu'il laissa au personnel de l'orphelinat en leur demandant de le transmettre expressément à Iba dès qu'il passerait par là.

Citation :
Prépare ton sac. Rendez-vous à 13h30 sur les quais, nous partons pour l'île de Nagumo.

Hyô.

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Sam 12 Sep - 0:53

La Traque de Karasu - Le commencement


Iba était en sueur et remontait doucement le chemin le menant à l’orphelinat de Kiri no Sato, quelques ouvrages sous le bras droit. Depuis ces derniers jours, il n’avait pas ménagé ses efforts pour parvenir à accroître ses compétences. Il apprenait avec une facilité déconcertante les techniques qui faisaient la fierté de son village. Il parlait avec les Eaux comme jamais auparavant et avec elles à ses côtés, sa maîtrise de l’élément croissait exponentiellement.

Si sa nouvelle rencontre avec Karasu avait été douloureuse et lui avait appris qu’il n’était pas encore capable d’abattre cet adversaire, son entrevue avec Kenji, il y avait de cela une semaine, avait été destructrice. Il n’aurait jamais cru le vieil homme aussi fort, tant sur le plan martial, que sur le plan psychologique. Sans sombrer dans une critique péjorative de ses « performances », il analysait, avec une assiduité maladive ces évènements et ne doutait pas d’avoir été un opposant valeureux. Peut-être qu’en combat singulier, sur un champ de bataille, sur le plan de la puissance pure, il aurait pu l’emporter contre le conseiller du Mizukage, mais dans cette petite salle de la bibliothèque, les choses avaient été bien différentes. Ce qui s’était passé ce jour là et qui en avait découlé n’était pas sans avoir profondément marqué le jeune homme.

Il avait revu Hyô depuis leur combat à Konoha contre l’Asahi, mais encore une fois, il avait évité les sujets sensibles, comme si l’Homme de Glace attendant que se soit lui, Iba, qui parle le premier. Combien de temps encore pourrait-il tourner autour du pot et éviter cette discussion sur leurs origines communes ? Et leurs pouvoirs ? Hyô, à n’en pas douter, serait d’une excellente aide pour l’aider à mieux les comprendre et les maîtriser, pourtant, Iba l’avait négligé, presque ignoré, comme s’il ne voulait pas de son aide.

Toutefois en poussant son analyse plus profondément, il craignait Hyô, il avait peur de son regard, de son jugement, tout comme, enfant encore, il avait peur du regard de son maître Shinobu ou de son père. Ce regard approbateur qui atteste de la réussite ou qui au contraire, furieux, se détourne, pour ne pas voir plus longtemps, une cause de honte et de déshonneur.

L’Homme de Glace était une légende vivante à Kiri, le monde entier connaissait son nom et les jeunes shinobi dormaient en rêvant d’accomplir ses exploits. Les kunoichi se voyaient, pendu à sa cou, rendant verte de jalousie toutes leurs amies. Iba, lui, voyait un juge. Ses attaches au genre humain avaient disparu, happées par les affres du temps. La Faucheuse lui avait pris beaucoup, famille, maître, protecteur et l’avait contraint à être un asocial, un rebut, seul, déshonoré, portant l’horrible sobriquet de « Réprouvé ». Maintenant qu’il était si proche de quelqu’un qui aurait pu être son ami, un soutien ; une personne qui possédait une si forte ressemblance avec ce qu’il avait connupar le passé, un homme si charismatique, il avait peur …

L’orphelinat n’était plus loin, il prendrait une douche et continuerait à étudier en attendant le repas. Aujourd’hui peut-être pourrait-il manger avec les enfants ? Cela faisait longtemps qu’ils lui demandaient. Malgré ses pensées moribondes, l’Oï-nin se prit à aimer cette idée qu’il écartait souvent.

Il arriva à l’édifice qui l’avait accueillit depuis la fin de la guerre contre Suna. Le logement délabré que lui avait donné l’Académie, malgré son statut de paria, avait été détruit lors des affrontements contre les forces du pays du vent. En y repensant, il ne devait son entrée à l’Académie, ainsi que cet appartement de fortune qu’à Shinobu. Lui seul avait dû avoir l’influence nécessaire pour lui permettre d’obtenir ses avantages impensables pour toute personne de sa condition. Alors qu’il passait le hall d’entrée, la gouvernante l’arrêta. Le jeune homme la salua poliment.

Mme Kisako – Tu es encore dans un état déplorable. Tu devrais plus te ménager. Il avait grandi et pourtant elle continuait de le couver comme un de ses propres enfants. Malgré l’aspect puéril que cela pouvait recouvrir, Iba appréciait ce geste de bonté. Il répondit qu’il ferait plus attention à l’avenir, avec un sourire un peu plus appuyé.

Elle lui tendit un papier. Son visage avait l’air légèrement contrarié. Iba le prit, et lu ce qui était marqué dessus. Hyô le convoquait, ils partaient. Sa tête se détourna doucement sur l’intendante qu’il dépassait désormais de plusieurs têtes.

Iba – L’avez-vous lu ? Lui demanda-t-il. Elle lui répondit non, elle mentait, mais cela n’avait pas d’importance. Elle s’inquiétait pour lui.
Je vais devoir m’absenter pour quelques temps. Elle le dévisageait, comme on scrute un visage d’un mort que l’on tente de reconnaître sur une table de morgue, comme un dernier regard que l’on jette sur un corps dans un cercueil. Elle le regardait ainsi à chaque fois qu’il devait partir, certainement comme l’aurait fait une mère a qui on arrache le fruit de ses entrailles pour partir sur le front. Devançant ses recommandations, le jeune homme ajouta qu’il serait prudent.

Il prit la direction du dortoir, on lui avait aménagé une vieille mansarde, c’était petit, mais amplement suffisant pour le chasseur de déserteur. Il passa, avec la discrétion que les hommes de l’ombre se doivent d’avoir, dans les couloirs du bâtiment et ne se fit remarquer par personne, surtout pas des enfants. Il ouvrit la porte de sa chambre, elle semblait vide, s’il n’y avait eut ce lit qui trônait contre le mur.

Iba – Quelle utopie d’espérer tromper la vigilance d’un shinobi de votre trempe, Nimuro-san.

Nimuro – Allons, pas de cela entre nous, mon garçon. Tes visites sont assez rares pour que l’on se donnent la peine de les guetter.

Iba posa les livres empruntés à la bibliothèque sur son lit et fit de même, regardant l’ancien juunin, qui s’était mis dans l’angle mort de l’ouverture de la porte. Était-ce un de ces vieux réflexes dont les soldats ne peuvent se défaire ? Ou alors avait-il peur qu’en ayant détecté sa présence plutôt, Iba ait cherché à l’éviter ?

Iba – Je ne pourrais néanmoins pas rester longtemps, on me rappelle déjà. Sa voix ne trahissait pas d’émotion, mais Nimuro avait appris à comprendre ses absences d’intonation, qui ne protégeaient plus le jeune homme.

Nimuro – Vas-tu bien ? Les rumeurs vont de bon train et parle d’une altercation entre toi et Kenji Eichino. Avec cette assignation dans l’équipe de l’Homme de Glace et ce nouveau départ, je m’inquiète. Tu sais que si tu as besoin de parler, je suis là.

Iba – Je sais…Je t’en remercie. Concernant les commérages, ils sont ce qu’ils sont, rien de plus, rien de moins. Iba voulait éluder le sujet et son interlocuteur n’était pas dupe, alors qu’il allait rappuyer sa demande, le jeune homme relança.

Iba – As-tu des nouvelles de Sana-khan ?

La question fit plus mal qu’il ne l’aurait pensé au médecin invalide. Il s’en voulait d’avoir dit cela. Le faciès fermé de Nimuro trahissait l’inquiétude et les nuits tourmentées qu’il devait traverser.

Iba – Nous devrions descendre pour aider à préparer le repas.

***


Le repas s’était bien passé, les enfants avaient adoré sa présence, ses quelques tours de « magie » avec les Eaux,il avait bien aimé la neige dans la réfectoire, Mme Kisako moins. Avec Nimuro, ils avaient aussi compté les récits des valeureux aventuriers, puisant dans leur imagination et leur vécut pour construire l’improbable récit. Et puis une petite fille avait posé la question…

Petite Fille – Dis, Iba, qu’est-ce que c’est qu’un Réprouvé ? Un homme m’a dit que tu en étais un.

Cela avait jeté un silence puissant sur la tablée mais heureusement la gouvernante avait rapidement détourné la discussion et le repas avait repris son cours. Iba avait demandé à Nimuro s’il pouvait remettre les livres à la bibliothèque, ce dernier, avait accepté. L’Oï-nin était à l’heure, propre et équipé, pour son rendez-vous avec l’Homme de Glace. La légende de Kiri l’attendait déjà.

Il le mit au courant des informations qui étaient parvenues aux autorités du village. Il ne fallut pas longtemps à Iba pour comprendre ce qui s’était joué entre les dirigeants et Hyô, ainsi que la personne qui devait se cacher derrière les meurtres.

Iba – Karasu.

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Mar 15 Sep - 0:43

Le bateau était bien à quai. La silhouette d'Hyô était quasiment invisible à l'oeil du capitaine, perchée qu'elle était sur l'une des toitures qui surplombait les hangars du port. L'Homme de glace observait sans réellement observer. Ses yeux glissaient le long du quai, s'arrêtaient parfois sur un détail insignifiant, puis revenaient vers le navire qui leur avait été réservé à lui et Iba pour se rendre sur l'île de Nagumo. Karasu, ce nom ne quittait plus ses pensées. Au plus profond de lui-même, il espérait que tout n'était que le fruit de son imagination. L'Asahi ne pouvait et ne devait être lié aux trois décès de Dozen. Il n'y avait aucune raison pour que ce village soit ciblé par cette organisation, aucune. Tout comme il n'y avait aucune ressemblance dans le mode opératoire utilisé sur les lieux et celui utilisé à Konoha. Non, l'Asahi ne pouvait être résolument lié à cette affaire.

Attaché à sa ceinture, le masque d'Anbu d'Hyô oscillait fébrilement dès qu'une brise s'engouffrait dans le port. Il le détacha et le contempla longuement en se demandant quel genre de mauvaises surprises l'attendaient. Kiri avait été contacté pour élucider trois décès inexpliqués. Kiri n'aurait jamais été contacté si ces gens n'avaient rien représentés pour la communauté. Il y avait forcément un non-dit. Il y avait forcément quelque chose, restait à savoir quoi.

A l'extrémité nord du quai, la silhouette d'Iba apparut enfin, telle une ombre au milieu d'un tableau de maître. Iba, le Réprouvé, comme il était appelé. Réprouvé ... le mot résonna encore et encore dans la tête d'Hyô, son visage figé dans une expression neutre. Un mensonge oublié pour maquiller l'impuissance d'une nation. Un mensonge nourrit par la stupidité de tous, mais payer par un seul. Que n'avait-il pas enduré à cause de ce seul sobriquet. Que n'avait-il pas souffert pour le prix d'un mensonge. Malgré ça, il avait surmonté les épreuves et traçait désormais un trait continu dans un avenir que le Destin essayait de rendre incertain. Il était le seul membre de son équipe à être sortit vivant des affrontements de Konoha. Il était le seul à être encore là.

Hyô descendit de son perchoir au moment où Iba se présenta devant le hangar. En croisant son regard, il se sentit retourner bien des années en arrière quand il n'était encore qu'un enfant. Il revit le visage crispé de Shinobu à quelques mètres de là et face à lui, cette profondeur, cette certitude qui habitaient le regard de son opposant et ami. Deux gouttes d'eau entraînées pour devenir des piliers de glace. Deux gouttes d'eau entraînées pour satisfaire le rêve d'un vieux fou. Voila ce qu'ils avaient été, rien de plus, rien de moins. Aujourd'hui, Shinobu reposait au panthéon des grands maîtres et son héritage s'était perdu dans les méandres de deux esprits figés qu'il avait voulu érigé au statut de chefs incontestés. Mais les fils du Destin restaient tortueux. Le jour viendrait où le rêve du maître referait surface. Ce jour, les deux goûtes d'eau se reverraient enfin dans le même miroir. Ce jour là, sous l'oeil du Malin, le monde verrait naître la légende des piliers de glace. Le regard d'Iba reflétait cette lueur, ce secret, cette légende. Hyô y voyait le passé recouvert par la brume et l'avenir pendu à l'extrémité d'une plume.

Hyô – Deux adultes et un enfant ont été retrouvés mort dans leur demeure familiale de Dozen. Le message transmis aux autorités fait écho de l'extrême froideur de leur peau.

Iba – Karasu.

L'intuition d'Iba était la même que celle qu'il avait eu en prenant connaissance du contenu de la missive envoyée par le maître de l'île. Cela n'avait peut-être pas une valeur hautement symbolique mais Hyô sentait que l'intuition d'Iba validait en quelque sorte la sienne. Il gardait néanmoins les pieds sur terre. Si par mésaventure, leur intuition s'avérait être la bonne, ils auraient très certainement fort à faire mais si elle s'avérait inexacte, Karasu disparaîtrait à nouveau aussi simplement qu'il était apparu. Une partie de lui voulait bien évidemment que la première solution soit la bonne et que leurs pas les conduisent de nouveau devant ce monstre de puissance pour mettre fin à ses jours. Mais une autre partie voulait que la seconde solution soit également la bonne et que jamais ils n'aient à recroiser sa route. Sans doute était-ce la peur de perdre de nouveau un coéquipier qui poussait Hyô à penser de cette manière.

Il hocha de la tête.

Hyô – Possible.

A ce moment précis, une silhouette imposante se présenta à eux comme étant le capitaine du navire sur lequel ils allaient voyager jusqu'à l'île de Nagumo.

Senichi – Bien le bonjour ! Vous êtes certainement les deux bonhommes que je dois conduire sur l'île de Nagumo ? Je me présente, je suis le capitaine Senichi Yamaga.

Senichi Yamaga ressemblait à un de ces colosses aux muscles ultra développés. Ses yeux étaient gris clair comme celui de ses cheveux. Sa mâchoire carré lui donnait l'air d'un monstre d'acier mais son tablier à rayures blanches et bleues par-dessus son ensemble bermuda / chemise à fleurs, lui donnait l'allure d'un petit patron de bar ami du Saké et de la franche camaraderie. Hyô échangea un bref regard avec Iba puis il reporta ses yeux sur Senichi, l'air profondément impassible.

Hyô – C'est bien nous.

Senichi – Allons bon ! Vous pouvez embarquer, il ne me reste que deux trois petites choses à régler et nous pourrons nous mettre en route. Vous avez le pied marin j'espère ?

Hyô ne soupira pas même si l'envie de le faire ne lui manquait pas. Faisant mine de n'avoir rien entendu, il se dirigea lentement vers le bateau à quai, laissant un capitaine intrigué qui ne manqua pas de faire peser son regard interrogateur sur Iba. Cet homme ne devait pas être du coin pour ne pas savoir à qui il avait faire au premier coup d'oeil. Ce qui en soit n'était pas plus mal. Mais demander à deux membres du clan Aisu s'ils avaient le pied marin relevait tout simplement de l'hérésie. L'eau n'avait aucun secret pour eux. Aucun. Mais sûrement les prenait-il pour de simples villageois sans la moindre expérience de la mer.


***

Une dizaine de minutes plus tard, lorsque les 14h retentirent, le navire du capitaine Yamaga quitta les quais en direction du nord avec à son bord deux shinobis dont il ne connaissait rien, pas même les noms.

Senichi – Vous êtes des drôles de types. Vous ne parlez pas beaucoup. En tout cas, ça ne me regarde peut-être pas mais je pense que vous avez mal choisi votre jour pour aller sur l'île de Nagumo.

Les yeux d'Hyô, qui étaient jusque là tournés vers la mer et l'horizon, s'arrêtèrent sur le visage carré du capitaine. Que voulait-il dire par " vous avez mal choisi votre jour " ? Faisait-il allusion aux trois corps qui avaient été retrouvé le matin même ? Peu probable. Afin de s'assurer qu'il ne s'agissait pas de cette raison là, Hyô fit mine de s'intéresser au discours de leur guide.

Hyô – Que voulez-vous dire ?

Senichi – Vous devez pas être au courant vous. J'ai une soeur moi qui habite sur l'île de Nagumo, elle m'a raconté qu'on a retrouvé des morts congelés tout près de chez elle.

La réponse du capitaine surprit Hyô même si rien ne filtra sur son visage. Les trois décès avaient été rendus publique ... enfin, s'il était bien question des trois corps pour lesquels lui et Iba faisaient le déplacement. Et si ce n'était pas le cas ... Hyô ne préférait pas envisager cette possibilité.

Hyô – Quand ça ?

Senichi – Ce matin. C'est étrange hein ? Menfin, j'ai ma petite idée sur ceux qui ont fait le coup.

Hyô échangea un regard avec Iba. La traversée allait être longue.

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Jeu 8 Oct - 16:19

Iba et Hyô étaient montés depuis quelques minutes. Ils avaient pris soin de cacher leurs attributs shinobi tels que leur bandeau ou leur masque. Il était inutile de révéler leur identité et les motifs de leur périple. Paradoxalement, le jeune homme se demandait si le fait de faire courir le bruit que des ninja expérimentés courraient derrière l'auteur des meurtres, pouvait amener l'assassin à faire un faux pas ? Si c'était quelqu'un d'inexpérimenté, sans doute. La peur le poussant alors à des actions inconsidérées. Toutefois, si comme il le pensait, Karasu était derrière ce massacre, cela ne servirait à rien, car il était mondialement recherché et avait depuis bien longtemps cessé de craindre les membres d'un village caché, de plus cela leur fermerait des portes. Tout le monde a quelque chose à se reprocher et personne ne souhaite que cela soit découvert, alors qui accueillerait à bras ouvert des enquêteurs du monde des ombres ?

Ils montèrent sur l'embarcation, qui aux vues de sa petitesse ne servait qu'à faire de courts aller retours entre les différentes îles du Pays de l'Eau. Le capitaine et seul membre d'équipage avait une allure massive, celle d'un homme puissamment bâti. Rapidement, Iba chercha à l'évaluer. Son style vestimentaire d'un goût que l'Oï-nin qualifierait de "décalé" jurait avec la carrure de l'individu. Avec méthode, le jeune homme chercha différents scénarios possibles quant au passé de leur interlocuteur. Combattant reconvertis dans le transport maritime ? Corsaire repenti ? Ou tout simplement la vie en mer l'avait forgé ? Cet examen passé, Iba en entama un autre et se demanda si l'individu pouvait représenter un risque quelconque pour lui ? Certainement, non.

Le départ se fit sans encombre et Iba se posta sur non loin du commandant, le regard porté sur la mer, cependant. Son esprit tournait à plein régime depuis l'annonce d'Hyô. Il émettait des hypothèses incongrues qu'il rejetait presque aussitôt. Ces morts, c'était Karasu, sans aucun doute possible. Si les propos colportés étaient fondés, ce ne pouvait être que lui. Le shinobi ne voyait personne pour imiter ainsi la marque du déserteur. Dérivant dans ses raisonnements, il en vint à penser qu'il n'avait pas toujours pas osé parler véritablement à Hyô. Concrètement, ce n'était pas grand chose, mais pour le garçon, cela semblait être une terrible difficulté.

Le capitaine tenta d'engager la conversation et fit référence aux morts de l'île. Ni une, ni deux, cela fit "tilt" dans l'esprit de l'Oï-nin. Heureusement pour lui, les années d'expérience lui avait appris à masquer ses trop vives émotions et à répondre calmement avec les idées claires. Iba ne doutait pas qu'Hyô avait aussi saisi l'ambiguïté de la chose, d'ailleurs il questionna prudemment le chef du navire à ce sujet.

Une idée sur ceux qui ont fait le coup ? Baratin ? Possible. Après tout il ne savait pas quand les meurtres avaient été commis, mais par contre les corps avaient été retrouvés ce matin. Il se posait à Iba un problème de temps. Comment le capitaine pouvait-il être au courant s'il fallait presque huit heures pour se rendre de Uke à Nagumo ? En supposant que les corps aient été découvert au lever du jour, soit vers six heures du matin, le capitaine ne pouvait se trouver avec eux à cet instant et disposer de l'information, d'autant qu'Iba doutait que l'on puisse faire, sans trace de fatigue visible, un aller Nagumo-Uke aux aurores et repartir dans la foulée.

Le capitaine devait donc être à Uke même ce matin (ou tout du moins dans les environs immédiats). Si comme il le prétendait sa sœur l'avait prévenu, elle avait dû lui envoyer un courrier le matin même. Toujours pour cause de temps, elle devait donc se trouver proche de la zone "sensible".

Senichi – Ça n'a pas l'air de vous intéresser, et vous avez bien raison. Il ne faut pas se mêler de ce genre d'histoire. Généralement, ça ne vous apporte que des problèmes.

Deux minutes plus tard.

Senichi – Maintenant que j'y pense, vous ne m'avez pas donner vos noms toute à l'heure. Pas vrai ?

Piège ? Toujours difficile à dire. Prudence est mère de sûreté. Iba se retourna pour faire face à son interlocuteur. Il esquissa un très léger sourire et marqua son visage d'un air éveillé et quelque peu enthousiaste. L'Oï-nin se souvenait avoir beaucoup travailler devant sa glace son jeu d'émotion, tout comme bien avant, il avait entreprit d'apprendre à les masquer le mieux possible. C'est donc le plus traîtreusement du monde qu'Iba répondit.

Iba - Désolé, je suis un peu perdu. C'est la première fois que je quitte Uke, ça fait quelque chose.

Ce n'était pas faux, mais le ton avenant et engageant l'était. Hyô, qui le connaissait légèrement, devait en avoir conscience et surtout saisir la subtilité de la manœuvre. Le capitaine aurait certainement son opinion, mais par sa méconnaissance serait incapable de trancher.

Iba - C'est vrai que nous ne sommes même pas présenté, dit-il sur un ton gêné. L'homme ignorait l'identité d'Hyô, était-il un ermite ? Enfin l'esprit fourbe du jeune homme en profita pour imaginer alors un piège retors, tandis que ces yeux plongèrent sur le capitaine, guettant la moindre de ses réactions.
Je m'appelle Toshiro Aisu et voici mon cousin, Kei.

L'Oï-nin comptait savoir si leur nom de famille évoquait quelque chose pour le capitaine. Si oui, il prendrait le temps de le questionner plus en détail. Si non, il savait pertinemment que l'homme parlerait autour de lui de sa journée, des deux personnes qu'il avait transporté et de leur nom. Si le meurtrier avait tué des membres de leur clan, peut-être tenterait-il de nouveau le coup ? Iba marqua un temps d'arrêt pour laisser répondre son interlocuteur tandis qu'Hyô suivait la conversation en silence, pour le moment.

Iba - Mais reprenez, vous alliez nous dire ce que vous pensiez de cette sinistre affaire, derrière cette phrase avaient des allures de politesse, le ton était engageant, mais pouvait-on se douter qu'il était faux ? Iba se complaisait dans ce jeu d'acteur uniquement parce qu'il y voyait des renseignements à glaner, sinon, il y a fort à parier qu'il n'aurait pipé mot du voyage.

Hyô marqua lui aussi une posture indiquant qu'il était à l'écoute du capitaine, sans trop l'accentuer toutefois, pour ne pas en faire trop ou alors dévoiler un trop vif intérêt.

[C'est un peu court, mais je ferais mieux les prochaines fois =)]

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Lun 12 Oct - 19:33

Iba – C'est vrai que nous ne sommes même pas présenté, je m'appelle Toshiro Aisu et voici mon cousin, Kei.

Hyô n'haussa même pas un seul sourcil lorsque Iba se risqua à poser un nom sur leur visage. Il était Oï-nin, cela impliquait forcément une retenue et des responsabilités. Il était donc tout aussi libre de s’y tenir que de n’y accorder aucune attention. Révéler leur véritable origine représentait un danger même si le capitaine semblait peu familier au monde dont lui et Iba étaient issus.

A première vue, leur guide ne semblait pas jouer un rôle convenu à l’avance, il paressait sincère dans ses propos. Néanmoins, révéler le nom des Aisu pouvait entraîner quelques difficultés futures. Hyô imaginait le capitaine entrer dans une taverne de l’île après leur voyage et au vu de son franc-parler, le voir raconter à qui voulait l’entendre qu’il avait conduit deux bonhommes, Toshiro et Kei Aisu sur l’île, deux types pas très bavards soit dit en passant. Si les commanditaires des meurtres se trouvaient encore sur l’île – ce qui semblait peu probable bien que rien n’était vraiment impossible – et qu’ils apprenaient d’une manière ou d’une autre que deux Aisu venaient d’accoster, il y avait fort à parier qu’ils ne fermeraient pas l’oeil durant les 72 heures à venir.

Senichi – Toshiro et Kei ... ok ! Je vais essayer de m’en souvenir héhé.

Hyô n’écoutait même plus. Il réfléchissait. Était-ce l’orgueil qui avait poussé Iba à agir de cette manière ? Il n’y croyait pas. Il était mieux placé que quiconque pour savoir que certaines situations demandaient que l’on prenne des risques pour en dénouer les fils. C’était sans doute ce que Iba essayait de faire en agissant de la sorte. Il voulait des réponses aussi claires que possible. Même si Hyô jugeait qu’il était sans doute un peu trop tôt pour prendre des risques, il laissa une chance à son subordonné d’aller jusqu’au bout de son idée. Advienne que pourra.

Le bateau naviguait à toute allure sur les eaux troubles qui séparaient l’île principale du pays de celle de Nagumo. Encore très haut dans le ciel, l’astre du jour continuait de descendre en direction de l’horizon qu’il finirait par rejoindre d’ici quelques heures. Hyô ne semblait pas distrait par le spectacle, il se demandait jusqu’où lui et Iba devraient se rendre pour comprendre ce qui s’était déroulé à Dozen. La marque des affrontements de Konoha était encore là, au plus profond de lui. Il savait qu’il ne pouvait encore quantifier la puissance des membres d’Asahi avec une profonde exactitude. Même Karasu semblait échapper royalement à tous ses pronostics. Si ces individus se trouvaient mêlés à cette histoire, il n’y aurait plus d’échappatoires cette fois-ci, ce serait eux ou son duo avec Iba.

Senichi – Votre nom me dit quelque chose, Aisu hein ? Je l’ai déjà entendu quelque part, mais je ne me souviens plus où ... saleté de mémoire !

L’Homme de glace reporta son regard sombre vers le capitaine. L’homme lui tournait le dos, accroché qu’il était à la barre. Ainsi, il avait déjà entendu ce nom quelque part ... étonnant pour quelqu’un qui ne les avait même pas reconnu.

Senichi – Mais vous inquiétez pas pour elle, j’oublie peut-être beaucoup de chose mais pas les routes maritimes. Je m’y balade depuis que je suis tout petit, elles sont gravées à jamais là-dedans.

Le capitaine désigna son cerveau en tapotant sur son crâne.

Fait rarissime, Hyô dessina un semblant de sourire sur son visage au moment où le capitaine jeta un regard par dessus son épaule. Il voulait se donner un air sans doute un peu plus sympathique et abordable de manière à aider Iba dans sa tâche. Mais il devait avouer que sourire, même aussi légèrement qu’il était entrain de le faire, lui laissait un goût profondément amer au fond de la bouche. Ils étaient lancés sur les traces d’une affaire particulièrement complexe au prime abord mais ils devaient sourire à une personne qui n’avait peut-être jamais mis un pied dans le centre-ville de Kiri. La scène avait forcément de quoi les désoler.

Iba - Mais reprenez, vous alliez nous dire ce que vous pensiez de cette sinistre affaire.

Le capitaine reporta son attention devant lui. Hyô effaça aussitôt son sourire. Senichi ne les regardait plus et le chemin entamé par Iba ne prêtait plus à sourire, même pour l’homme le plus joyeux du monde.

Senichi – ... hmm vous avez raison je m’égare, alors reprenons où nous en étions ... alors les morts congelés ... oui ! Je vous disais que j’avais ma petite idée sur ceux qui avaient fait le coup. Si vous voulez mon avis, c’est ces maudits pirates qui pointent à nouveau le bout de leur nez. Si vous leur devez de l’argent à ces types là, c’est comme si vous étiez déjà mort. J’ose pas imaginer ce qu’ils ont du faire à ces pauvres gens ...

Hyô lança un bref regard en direction d’Iba. Des pirates ? Cet homme avait-il perdu la tête ou bien parlait-il en connaissance de cause ? La question était plutôt préoccupante. La menace pirate avait été écartée depuis un sacré paquet d’années. Pourtant, le capitaine en parlait comme s’il était habituel d’en rencontrer tous les jours. Intrigué par cette bien étrange version des faits, Hyô se permit de donner un petit coup de pouce à Iba en veillant toutefois à camoufler au mieux l’intérêt qu’il pouvait porter à ces propos.

Hyô – Est-ce que nous sommes susceptible de croiser leur route ?

Les épaules du capitaine tremblèrent de rire.

Senichi – De qui ? Des pirates ? Oh non non, ils sont moins nombreux maintenant. Finie l’époque où ils pillaient les côtes, désormais ils mettent le pied à terre et se fondent à la population. Ils ressemblent d’ailleurs plus à des brigands qu’à de véritables pirates, vous n’avez rien à craindre.

Des pirates brigands, voilà qui rendaient les choses un peu plus claires.

Hyô ne voyait aucun rapport entre la congélation des victimes et les moyens conventionnels utilisés par les brigands ou les pirates. Comment des hommes condamnés à piller et à voler pour survivre auraient pu congeler trois personnes ? Leur implication dans cette affaire était hautement improbable, voir impossible. Non, ça ne pouvait pas être eux. Hyô s’apprêtait à reporter son attention sur l’océan défilant à perte de vue quand quelque chose fit tilt dans sa tête. Et si le capitaine désignait autre chose par brigands ? Après tout, il avait été incapable de le reconnaître. Partant de cette constatation, comment aurait-il pu distinguer un membre de l’Asahi ou leur sous-fifres d’un groupe de brigands ? Son vocabulaire et ses connaissances ne semblaient pas couvrir cet écart d’après ce que Hyô en avait compris depuis le début de leur voyage.

Le regard songeur, il regarda Iba en fronçant ses sourcils pour le faire réagir sur cette étrange histoire de brigands. C’était à son tour de mener la danse.

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Jeu 10 Déc - 17:54

Comme le jeune homme l'avait prévu, Hyô n'esquissa pas la moindre réaction alors qu'il énonçait le nom d'Aisu. L'Oï-nin n'en attendait pas moins de l'Homme de Glace. Il était par ailleurs convaincu qu'il avait bien compris où il voulait en venir. Cela faisait maintenant des années que les forces kiréennes courraient après Karasu et même s'il ne doutait de ses capacités, ni de celles de son partenaire, leurs chances de se retrouver promptement face au membre d'Asahi étaient minces.

La phrase d'Iba avait été mûrement réfléchie et elle se révélait être extrêmement retorse. Elle était active sur plusieurs plans. Le premier était bien entendu les connaissances du capitaine, mais aussi sa sincérité. Le shinobi n'avait rien pu remarquer de faux dans le visage et les expressions de son interlocuteur. Se faisait-il bluffer ? Non, Hyô aussi écoutait la conversation, si le maître du navire mentait, il était fort probable que l'un des deux Aisu l'eut décelé grâce à leur expérience.

L'homme n'avait pas non plus établi de lien entre les congélations des pauvres victimes et le nom d'Aisu. Ce dernier ne lui évoquait qu'un "vague" souvenir. Soit, Iba ne pousserait pas plus loin, une telle instance deviendrait suspecte et il avait appris à ne jamais sous-estimer quiconque. Il y aurait bien quelqu'un dans une quelconque taverne pour le lui rappeler les origines du nom "Aisu" lorsqu'il évoquerait le transport de ces deux étranges passagers. La rumeur serait alors lancée et Hyô et lui deviendraient des "cibles". Cette tactique était à double tranchant, il faudrait se montrer sur ces gardes (quoiqu'ils l'étaient déjà) ou plutôt redoubler de vigilance, mais cela leur permettrait aussi de faire venir à eux leurs adversaires, sans avoir à leur courir après.

Peut-être changeraient-ils d'apparence une fois à quai en prenant ensuite soin de laisser des traces pour être retrouvés, mais dans un endroit qu'ils auraient au préalable choisi pour pouvoir tendre une embuscade à leurs "chasseurs".

Toutefois l'implication de jumeau du sandaime mizukage dans ces meurtres était quand même basé sur une hypothèse branlante. En effet rien ne disait que les morts congelés l'avaient été parce qu'ils étaient des Aisu, on pouvait imaginer qu'il s'agissait d'une coïncidence. La rationalité du garçon lui ordonnait de garder cela dans un coin de son esprit, mais une autre part de lui ne voulait pas en entendre parler.

C'était Karasu, l'auteur de ces actes et bientôt il devrait en répondre.

Le navire fendait les flots et le temps semblait clément. Si tout le trajet pouvait se dérouler dans de telles conditions, le voyage serait des plus agréables. Son regard se perdit un instant au loin, vers le grand horizon. Là-bas se trouvait Nagumo, Dozen et l'assassin de son maître. Souvent il se demandait si son désir était sain ? Il savait pertinemment qu'il ne se battrait pas pour Kiri no Sato face à cet homme, se battrait-il pour la mémoire des siens ou alors pour lui, pour assouvir une vengeance et vider sur un homme son trop plein de ressentiments ?

Il connaissait la réponse et l'acceptait en tant que telle, sans se cacher derrière des excuses condescendantes comme la justice. Quel mortel peut se permettre de juger un autre ? Ni Hyô, ni lui, ni personne. A bien y réfléchir, la justice était un concept vain dépassé par la raison. Karasu ploierait sous la raison de l'Oï-nin car, à ces yeux, le nukenin n'en avait plus aucune de vivre.

Le capitaine expliquait que des pirates (ou plus exactement des brigands) étaient à l'origine des meurtres. Un règlement de compte pour de l'argent ? Était-ce le résultat des "on dit" ou bien avait-on maquillé la scène du crime ? Difficile de savoir sans s'être rendu soit même sur place. Cela signifiait peut-être que Karasu avait des hommes de main ? Peut-être n'avait-on vu qu'un groupe composé majoritairement de flibustiers et que l'on avait amalgamé le déserteur à ces derniers ? Iba faisait une croix sur un équipement qui aurait pu permettre à de simples combattants de créer assez de glace pour donner la mort. Il y avait bien les billes de glace, mais elles coûtaient tellement chères qu'il doutait qu'on en ait acheté assez pour tuer plusieurs personnes avec.

Ce serait toutefois un point à contrôler dans les armureries de Nagumo et aux alentours de Dôzen.

Il n'était pas à exclure que Karasu se soit aussi entouré de nukenins de secondes zones, dans ce cas, il était possible que ces derniers connaissent des jutsu, mais en aucun cas ils n'auraient pu produire une affinité de glace. A moins que Karasu se soit associé avec d'autres Aisu pour abattre certains des siens ? Non, c'était impossible. Le ressentiment de Karasu était bien trop fort à l'encontre des siens, connaissant l'individu, il préfèrerait agir seul pour avoir le " plaisir " de tuer lui-même les membres de sa famille.

Par contre, il n'était pas impossible qu'il est recours à du menu-fretin pour les petites tâches et éviter ainsi de se salir les mains trop souvent, ce qui le rendrait plus difficile à traquer.

Iba - Vos propos me surprennent. Je croyais que seuls les ninja étaient capables de contrôler les éléments ?

De nouveau, Iba peint son visage de surprise, presque candide, essayant de paraître le plus crédible possible aux yeux du capitaine. Il décida de pousser la chose un peu plus loin.

Iba - Se pourrait-il que parmi les brigands, certains soient de terribles déserteurs des villages cachés ? J'avais entendu dire qu'on les reconnaît avec leurs bandeaux qu'ils ont rayé ? Je dois vous confesser que ces histoires ont toujours beaucoup attisé mon attention et mon imagination.

La dernière phrase n'était pas anodine. Le jeune homme tendait une perche à son interlocuteur et il espérait qu'il l'attraperait. Si le capitaine connaissait d'autres récits similaires ou possédaient plus de détails, peut-être s'essayerait-il à les conter à ses deux passagers pour leur faire la conversation.

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Jeu 17 Déc - 19:34

Le navire continuait de voguer sur les flots tel une flèche d'argent lancée sur une mer d'encre. Le capitaine Yamaga tenait la barre d'une poigne de fer, sa chemise à fleur frétillant sous l'impulsion du vent. Hyô était assis à l'arrière du navire, non loin d'Iba. Ses yeux presque aussi sombres que ne l'étaient les fonds marin parcouraient le panorama dans l'attente que la pointe de Nagumo jaillisse brusquement à l'horizon. Dans sa tête – bien à l'écart des indiscrétions – plusieurs questions se bousculaient sans pourtant trouver de réponses concrètes. C'est Iba qui le premier se risqua à poser l'une d'entre elles à leur guide.

Iba – Vos propos me surprennent. Je croyais que seuls les ninja étaient capables de contrôler les éléments ?

Intérieurement, Hyô sourit. Iba venait de mettre le doigt sur un détail pour le moins étrange. Le capitaine prétendait que des brigands étaient à l'origine des meurtres commis à Dozen. Hors, de ce qu'ils en savaient, les victimes avaient été découvertes presque glacées. Une telle prouesse ne pouvait être à la portée de n'importe qui. Les commerçants utilisaient peut-être la glace pour préserver le poisson, ils n'avaient pourtant aucune connaissance assez poussée pour garder des corps humains dans une sorte de gel permanent et cela dans une maison où la température devait largement dépasser le zéro. Conclusion, de simples brigands ne pouvaient pas être à l'origine de ces meurtres, à moins qu'ils ne s’agissent en réalité de ninjas. Ce qui réduisait considérablement le champ de recherche puisque seuls les Aisu étaient capables de contrôler la glace.

Noyé dans un mystère sans fond, Hyô reporta ses yeux vers le capitaine au moment où celui-ci se gratta la nuque en respirant profondément. Iba poussa un peu plus loin sa question, apportant des nouveaux éléments de réponse.

Senichi – hmmmm ... c'est vrai que maintenant que j'y pense, il m'est déjà arrivé d'entendre que ces gens étaient parfois accompagnés par des personnes ayant des pouvoirs que les hommes normaux n'ont pas. De là à savoir s'ils ont des bandeaux rayés sur eux, je ne peux pas vous répondre mon bon monsieur. Je n'en ai jamais vu de mes propres yeux.

Hyô, coutumier du silence, imita le capitaine qui semblait s'accorder une longue réflexion. Des nukenins, il avait vu juste. Il restait néanmoins une énorme zone d'ombre dans cette affaire. Une très énorme zone d'ombre. Les groupes de brigands alliés aux déserteurs dont parlait le capitaine étaient-ils vraiment liés aux cadavres trouvés à Dozen ? Et si c'était le cas, alors quel rôle avaient-ils eu à jouer ? Quel(s) Aisu – si tant est qu'il y en est eu un seul dans ces groupuscules – aurait pu prendre part à cette histoire ?

La piste que leur proposait leur guide semblait très incertaine, bien qu'intéressante vu le nombre de questions qu'elle soulevait.

Senichi – En tout cas, écoutez bien ce que je vais vous dire. De près comme de loin, il vaut mieux ne pas se frotter à ce genre de compagnie. Mon grand-père me disait souvent " dans un grand cercle, on peut toujours caser plusieurs petits cercles. Alors méfies-toi des groupes, quel qu'il soit, il y en a toujours de plus petits et de plus secrets à l'intérieur ".

Pour la première fois depuis le début du voyage, Hyô jugea les paroles du capitaine plus qu'avisées. Il avait raison. Quel que soit le mal que lui et Iba allaient devoir démasquer, ils ne devaient pas oublier que s'il était question d'Asahi alors il serait aussi question de petits groupuscules disparates. L'Homme de glace n'attendait plus rien de la part du capitaine. Il leur avait permis d'aborder de nouveaux éléments d'enquête. Bons ou mauvais, cela n'avait pas d'importance à ses yeux. Le contexte de ces décès serait forcément trouble.

Dans l'horizon, la pointe de Nagumo venait d'apparaître.

Senichi – Nagumo nous voilà !

***


La chambre était plongée dans la pénombre. Sur le lit, une silhouette recroquevillée était en proie à un sommeil agité. Elle ne cessait de se tortiller dans tous les sens. C'était comme si les démons d'un ancien temps étaient venus la narguer au coeur même de son antre. Son souffle se fit plus saccadé au fil des minutes avant de s'arrêter brusquement. Des images troubles se matérialisèrent dans ses rêves devenus cauchemars. Un homme implorant la pitié d'une silhouette ténébreuse ... une femme étendue sur le sol, un filet de sang glissant le long de sa joue ... un rivage frappé par la force des vagues ... des yeux lumineux dans la nuit ... puis le néant.

Dans l'ombre de la nuit, l'homme se réveilla en sursaut, la sueur dégoulinant sur son front ridé.

***


Bien au-delà des mers, Hyô et Iba mirent le pied à terre dans un petit port marchand de l'île. Près de l'entrepôt central, Hyô remarqua aussitôt la silhouette longiligne du maître des lieux, Eiji Nosaka. Ne s'attardant pas davantage sur le quai, il salua poliment le capitaine Senichi et le remercia pour ses précieux conseils. Iba et Hyô quittèrent ensuite le quai d'un pas lent mais décidé. Senichi Yamaga resta à bord de son bateau à décharger les quelques marchandises qu'il avait transportées jusqu'à Nagumo. Il garda un bon souvenir des cousins Aisu même s'ils ne s'étaient pas montrés particulièrement bavard au cours de leur traversée. Un vieil adage disait que ce qui était dis dans l'écho des vagues ne parvenait jamais jusqu'aux rivages. Toshiro Aisu et son cousin Kei n'existèrent que sur les mers et jamais plus on entendit parlé d'eux. Ils demeurèrent tapis dans la mémoire de Senichi Yamaga pour le restant de leurs jours et jamais il n'en toucha un seul mot à qui que ce soit.

A quai, Hyô et Iba furent accueillis par Eiji Nosaka et deux de ses conseillers dont les noms n'avaient pas grande importance. Eiji Nosaka ressemblait à un puissant seigneur d'antan. Il avait ce genre de visage autoritaire et doux à la fois, une effigie de la puissance au service de la sagesse. Le sourire aux lèvres, il baissa légèrement le menton pour saluer ses deux invités de marque.

Eiji – Soyez les bienvenus sur l'île de Nagumo. Je suis heureux de voir que Kiri n'a pas hésité à envoyer ses meilleurs éléments.

S'il savait, pensa Hyô. Dire que Kiri n'avait pas hésité était un doux euphémisme mais qu'importe.

Hyô – Merci monsieur.

Eiji – Je crois que vous avez pris connaissance du dossier ? Je regrette qu'il n'ait été plus conséquent pour vous permettre de vous faire une idée plus précise de ce qui vous attends, mais j'ai ordonné que rien ne soit fait ou décidé tant qu'une équipe compétente ne tirerait pas de conclusions.

Hyô – Vous avez bien fait. Même si je ne vous cacherais rien en vous disant que votre dossier a soulevé beaucoup de questions sans réponses.

Eiji – Nous espérons tous que vous saurez trouver ces réponses.

Hyô lança un regard à Iba. Ici, ils n'étaient plus des inconnus. L'Homme de glace et le Réprouvé étaient des noms de nouveau d'usage.

Eiji – Nous vous avons préparé une chambre dans la meilleure auberge de la ville. Le voyage a du être long et peut-être même éprouvant ? Voulez-vous que je vous y conduise tout de suite ou voulez-vous voir les corps en premier ?

MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Mer 30 Juin - 21:56

Ils étaient arrivés. Iba avait peut-être semé les graines de sa perte. En se désignant lui-même comme un Aisu, ainsi qu’Hyô, il avait complètement éventé leur couverture. Il était possible que le capitaine n’en tienne pas compte, mais si le bruit se répandait, cela pourrait devenir intéressant.

Ce n’était pas prudent, c’était orgueilleux, présomptueux. Au travers de cette information consciemment lâchée au creux de l’oreille du marin, Iba envoyait un défi à Karasu. Et cette fois, l’oï-nin serait prêt. Il ne craignait pas d’affronter en duel le membre d’Asahi, encore moins si Hyô était à ses côtés. Ses forces avaient grandi et aujourd’hui, il se sentait capable de faire face à son ennemi, même avec ces terrifiants pouvoirs dont il avait fait l’amère découverte à Konoha.

Là où le bat blessait, c’était que Karasu pouvait employer des petites mains, pour ne pas salir les siennes. Ne pas s’impliquer directement. Non. Cela n’avait pas de sens, Karasu haïssait ceux qui manifestaient une affinité avec les Eaux, il tuait, à n’en pas douter, lui-même tous les candidats potentiels qui pourraient accéder au statut potentiel de maître des Eaux. Iba avait lu des rapports et s’était forgé sa propre analyse du personnage. Sa liaison compliquée avec son jumeau et le ressentiment qu’elle avait créée avait façonné la mentalité de Karasu.

Toutefois, le jeune homme savait qu’il raccourcissait un peu les choses. Un individu tel que le général de l’Eau pouvait être ainsi résumé. Iba espérait ne pas oublier d’éléments importants dans ses tentatives de description de l’état mental de sa cible. Il n’en avait que peu discuté avec Hyô, en fait, un peu comme tout le reste, les deux hommes ne s’adressaient que peu la parole, surtout lorsque cela se rapprochait du sujet « tabou » : leurs pouvoirs héréditaires.

Iba avait fait une sorte de pari, mais en poussant un peu sa réflexion, il convint que son attitude n’avait pas été la meilleure. Il avait voulu sauté les étapes. Il était chasseur de déserteurs et par conséquent, il se devait d’agir comme tel. Il devait collecter des informations sur sa proie, pour la connaître bien mieux qu’à l’heure actuelle et ainsi pouvoir l’appréhender. Il avait sous-estimé Karasu, avec Hyô à ses côtés, le nukenin aurait sans aucun doute la sagesse de les isoler de les attaquer séparément. Il avait forcément un contrôle sur son ressentiment envers les siens, sinon, il n’aurait jamais pu survivre toutes ces années, dans le monde hostile des hors-la-loi.

Eiji Nosaka, leur hôte, les attendait à quai. Après de rapides présentations et quelques amabilités d’usage, Hyô et Iba décidèrent de se rendre directement sur les lieux du crime. Le temps ne jouait pas pour eux et des détails pouvaient disparaître en quelques heures.

Alors qu’ils prenaient la direction de la maison meurtrie, Iba glissa quelques mots à Hyô dans le langage du clan, sans qu'Eiji les surprenne. Il s’excusait et reconnaissait avoir été trop pressé. Il n’aurait finalement pas dû prendre une telle initiative. Hyô hocha la tête et ne dit rien de plus. Le trajet se passa sans encombre et ils furent vite à destination.

D’aspect extérieur, la bâtisse était anodine, faite en bois. On pouvait distinguer les usuels dragons sur les arêtes du toit. Six marches permettaient d’accéder à la porte d’entrée. Alors qu’il reste quelques bons mètres avant d’arriver devant ces dites marches, Iba se baissa et étudia le sol. Il était légèrement meuble, la rosée l’avait humidifié mais des traces étaient encore clairement visibles. Celles de deux jambes et une canne, représentées par des marques de semelles et des sortes de renfoncements dans le sol.

Hyô – Qui a trouvé les corps ?

Eiji – Le voisin. C’est un vieil homme …, Iba hocha la tête en signe d’approbation, les traces concordaient. Il y en avait bien d’autres, mais elles étaient trop vieilles ou trop dégradées pour être réellement exploitables.

Hyô – Il n’a touché à rien ?

Eiji – Il nous a assuré que non. Rien n’a été touché, ni déplacé. Pas même les corps.

Il faudrait aller poser des questions à ce vieil homme. Les deux ninja se dirigeaient vers l’entrée. Il faudrait aussi faire le tour du bâtiment. Peut-être trouveraient quelques indices intéressants ?

Iba tourna doucement le loquet de la porte d’entrée. Elle s’ouvrit d’elle-même, apparemment en parfaite état. On n’avait pas forcé l’entrée, ce qui donnait deux hypothèses, soit on avait fait « volontairement » entrer le ou les assassins, soit ils avaient accédé à l’intérieur de la maison pour une autre entrée.

Il faudrait vraiment faire ce tour complet de l’habitation, ensuite.

L’entrée était saccagée, des poteries étaient fracassées sur le sol. Un grand tapis couvrait le parquet de bois roux et menait à ce qui devait être le salon, droit devant eux. Il y avait deux portes, une à droite et une à gauche. Elles étaient fermées. Le tapis était couvert de tâches de sang, tout comme le mur de gauche. Finalement, il y avait fort à parier que l’on avait simplement frappé à la porte et que l’un des membres de la famille était tout aussi simplement venu ouvrir.

Une des commodes qui longeait le mur de l’entrée était renversée sur le sol. Les quelques cadres de photographies qui devaient se trouver dessus, jonchaient négligemment le sol. Le verre de l’un d’entre eux était brisé, ce qui attira l’attention d’Iba, qui posa un genou à terre et se saisit de l’image noire et blanche, à demi emprisonnée dans son carcan de bois. On pouvait voir un homme d’une soixantaine d’années, souriant.

Qui es-tu, vieil homme ?

Eiji ne semblait pas en mesure de répondre. Iba mit l’image grisâtre dans une de ses poches de veste. Le temps des révélations viendrait. Hyô s’en allait à pas de loup dans le salon, pour voir la scène du crime, il s’arrêta sur le pas de la pièce. Ce qui le frappa en premier lieu, fut l’aspect ordonné et propre de cette salle. Le combat ne devait pas avoir eu lieu là, ce qui signifiait que l’on avait déplacé les corps. Pourquoi ?

Iba retournait avec précaution la commode tombée, il tira les tiroirs, ne trouvant que des choses sans intérêt, hormis une paire de clés, qu’il conserva. Prudemment, il s’en alla rejoindre son coéquipier et lui donna sa trouvaille.

Ensemble, ils se tenaient juste à l’entrée du salon, droits, le regard perçant. On aurait dit qu’ils n’osaient pas rentrés dans la pièce de peur de briser quelque chose et de le perdre à jamais. Aussi étrange que cela puisse paraître, Iba et Hyô n’échangeaient pas un mot, non qu’ils voulaient garder pour eux leurs réflexions, mais parce qu’ils n’en ressentaient pas le besoin. Chacun accumulait des données, portaient ses conclusions et le moment venu, les deux enquêteurs mettraient leurs découvertes en commun. Cela évitait que les idées de l’un influencent trop fortement les réflexions de l’autre.

Quasiment en même temps, les deux hommes se retournèrent pour s’en aller à l’entrée. Pourquoi n’avait-il pas investi la pièce ? Eiji les dévisageait, quelque peu décontenancé par leur attitude.

Hyô – Que savez vous de cette famille ? Avait-il des soucis particuliers ?

Eiji – Pas que je sache, c’était une famille comme les autres. Les parents vivaient principalement de leur commerce de denrées au marché qui se tient non loin d’ici. Leur fils allait à l’école, avait quelques amis … une famille normale.

Si elle avait été si « normale », ni Hyô, ni lui, ne seraient présents aujourd’hui. Une petite voix susurrait au jeune homme que se pouvait être un coup du sort, un déséquilibré qui avait frappé. Iba réfutait en bloc cette hypothèse, c’était l’œuvre de Karasu, directement ou indirectement. Il le sentait ou plus exactement il le croyait dur comme fer, car pour le moment aucun élément ne venait corroborer sa thèse.

L’homme de Glace se tourna vers l’une des portes du couloir. Elle était verrouillée. Il se saisit des clés que lui avait données son partenaire un peu plus tôt. Aucune ne convenait. Il serra alors la poignée et l’air devint subitement glacial. La serrure gela quasiment instantanément, tout comme le verrou. Hyô cessa alors d’utiliser ses pouvoirs et poussa d’un coup sec. Le verrou sauta sans aucune résistance, s'émiettant en petits morceaux de glace, sur le sol.

La porte s’ouvrit alors doucement : il s’agissait de la chambre des parents.


MessageSujet: Re: La Traque de Karasu   Sam 17 Juil - 12:42

La porte n’avait pas grincée. Elle avait juste été légèrement poussée par Hyô, et avait complètement pivoté sur son axe, jusqu’à atteindre la butée, près du mur. Tout comme les deux shinobi avaient scruté le salon, ils s’arrêtèrent sur le pas de la salle et firent courir leur regard.

Il y avait quelque chose de très impressionnant dans cette approche. Bien qu’Iba ne soit guère âgé et Hyô, à peine plus, on pouvait clairement dire que les deux hommes étaient des experts. Leur formation les rendait méthodique, leur caractère, précautionneux, et leur sagacité, redoutables.

Iba – C’est trop parfait …

Effectivement ce l’était. On avait commis trois meurtres dans cette maison et la chambre était impeccable. On aurait dis une maison d’exposition. Il s’agissait d’une pièce spacieuse, composée d’un lit deux places, fait, qui leur faisait face, avec sur chacun de ses côtés, un chevet à tiroir.

Ensemble, tel un seul homme, les maîtres des Eaux firent un pas pour entrer dans la pièce. Eiji les regardaient faire. Il les voyait de dos. Que ressentait-il à ce moment ? Etait-il impressionné ? Etait-il étonné ? Un frisson d’excitation parcourait l’échine d’Iba. Rien ne lui échapperait, non, il ne laisserait rien lui échapper. Il était plus que temps de prendre les devants et de ne plus souffrir de l’avance continuelle qu’avait leur adversaire sur eux.

Il y avait un petit fauteuil sur leur gauche, trônait dans un coin de pièce. Le mur gauche était entaillé d’une fenêtre donnant sur le jardin, tandis que son homologue de droit se voyait apposé un tableau, représentant un dragon affrontant une vague. Une table de maquillage adossée à ce même mur et une grosse armoire en bois noir à la droite de l’entrée de la pièce finissait de compléter le mobilier.

Le temps de l’observation était fini, toujours silencieusement, les deux guerriers de l’ombre s’en allèrent à leur tâche respective. Hyô arriva à la fenêtre et vérifia si elle n’avait pas été forcée.

Hyô – Rien sur la fenêtre.

Iba acquiesça du chef, sans donner un regard à son interlocuteur, juste pour lui signifier qu’il avait bien reçu l’information. Ils n’avaient pas besoin de plus pour communiquer. Iba, quant à lui, décrocha le tableau. Rien derrière, il passa néanmoins la main sur ce morceau de mur, délicatement, pour essayer d’y déceler quelque chose d’anormal. Cela se révéla bien infructueux. Il tata l’objet, quelques petits coups secs sur le dos. Un son normal lui revint.

Pas de double fond.

Il remit l’objet à sa place et commença à fouiller la table de maquillage, tandis qu’Hyô se dirigeait vers l’armoire noire, qui se révéla être une penderie. Des vêtements accrochés à des cintres se trouvaient à l’intérieur. Ils étaient tous bien rangés, pas de désordre apparent, correctement posés sur leur reposoir en fil métallique.
Hyô se saisit alors des affaires et les sortit de leur armoire pour les poser délicatement à même le sol. Il y avait là tout ce que l’on pouvait trouver dans n’importe quelle armoire de n’importe quelle maison : des pantalons, des hauts de cotons, des kimonos, dont un très jolies, en soie noire, brodé d’argent. L’Homme de Glace continua son inspection du montage en bois sombre, en extrayant quatre paires de chaussures.

Trois pour madame et une pour monsieur.

Deux paires semblaient avoir été peu utilisées, elles étaient d’une très bonne facture, sûrement pour leurs soirées un peu « chic ». Les deux dernières paires n’avaient rien de bien particulier et après examen, la penderie ne contenait rien. Bien qu’il n’y fût pas obligé, l’Anbu remit les affaires à leur place. Elles l’auraient gênées dans sa recherche d’indices pensa premièrement Iba, puis il se ravisa. Lui, il aurait pensé ainsi, Hyô avait certainement fait cela par respect pour les morts.

Peut-être y avait-il un peu des deux …

La fouille de « l’atelier maquillage » ne donnait rien de concluant. A moins que l’on ait caché quelque chose dans les minuscules flacons de certains produits de beauté, mais le jeune chasseur de déserteurs en doutait fortement.

Etrangement, il y avait là des bijoux et autres objets de valeur, mais l’état de la chambre indiquait très clairement que le ou les agresseurs n’étaient pas rentrés ici. S’il s’agissait d’un simple homicide pour voler, la porte aurait été forcée et le mobilier dévasté, à la recherche du moindre objet avec une valeur pécuniaire.

Iba – Ceux qui ont fait cela sont venus pour tuer. Ils n’avaient pas d’autres objectifs.

D’un imperceptible hochement de tête, son coéquipier confirma cette déduction. La thèse du meurtre prémédité et par conséquent de l’implication de Karasu se confirmait petit à petit.

Hyô s’approcha alors des oreillers, il s’assura qu’il n’y avait rien en dessous, ni dedans. Il vérifia aussi les chevets, qui ne contenaient que des romans sans intérêt, une boîte de pilules pour le mal de gorge. En somme, toujours rien. Il commença à retourner le matelas pour continuer son inspection, tandis qu’Iba se rapprochait doucement des murs.

Leurs recherches n’avaient rien donné jusqu’à présent, mais le jeune homme se souvenait de la cache de Nezu dans sa maison. D’ailleurs, il se souvenait bien de sa partenaire, Haya, lors de cette folle intrusion dans la demeure du meneur de l’opposition au Mizukage. Il se demandait ce qu’elle devenait en ce moment ? Etait-elle à Kiri, en mission ? Elle avait des capacités latentes, peut-être les mêmes pouvoirs que l’Homme de Glace et lui. Cela le terrifiait un peu et l’intriguait énormément, ils n’étaient pas beaucoup, ils étaient éparpillés sur le globe, alors retrouver un de ses « frères » cela faisait toujours quelque chose.

En ce sens, Iba ne pouvait comprendre les agissements de Karasu.

S’il en saisissait les motivations, cela lui semblait incompréhensible tant c’était dément. La famille, il n’y avait rien de plus important. Ne sait-on réellement ce qu’on a lorsqu’on l’a perdu ? A ce jour, Iba le savait, amèrement, il vendrait patrie, savoirs, santé pour revoir ceux qu’ils avaient tant aimés. Il mettrait le monde à feu et à sang, s’il le devait, il se ferait moine pour prier chaque jour que les Dieux font, de lui rendre ceux qui lui manquaient tant.

Comment un homme pouvait-il se tenir debout en se battant contre une telle force ? Où trouvait-il le courage de voir le soleil se lever de nouveau ? Encore et encore.

Iba s’était préparé, il allait tuer Karasu. Ce n’était plus une question, c’était une certitude, une simple question de temps. D’une certaine manière, il allait tuer un membre de sa famille …

Une famille qu’il aurait tant voulu chérir jusqu’à ces derniers jours…

N’y avait-il pas là un paradoxe grossier ? L’Oï-nin se refusait à l’idée même d’y penser. Karasu tuait, il tuait les siens, ceux qui lui ressemblaient, pour tuer encore et encore son frère détesté. Iba arrêterait cela, il y mettrait terme. Il ferait justice. Il se ferait justice, car aujourd’hui, il voulait croire qu’il avait la force pour être la justice, implacable et mortelle.

Mais Iba, la justice, elle, est aveugle.

Le jeune homme frappait, désormais, des petits coups sur les parois de la chambre, postant son oreille contre la surface plane et écoutant les sons qu’il produisait. Il finit par entendre un bruit incongru, un bruit creux. Il y avait quelque chose derrière le mur et ce n’était certainement pas une pièce visible. Son intuition s’était révélée payante. Hyô comprit immédiatement ce qu’Iba venait de découvrir. Il reposa prestement le matelas, sans réellement refaire le lit et vint se poster à ces côtés.

Ensemble, ils cherchaient un « actionneur », quelque chose qui permette de faire bouger le mur. S’il y avait bien une petite salle derrière, les habitants devaient pouvoir y accéder. Toutefois les deux ninja avaient beau chercher du toucher, ce sens ne devait pas être assez développé chez eux.

Qu’à cela ne tienne !

Les deux maîtres des Eaux chargèrent le mur de condensation, si bien que, quelques secondes après, il était couvert de grosses goulettes d’eau. Il ruisselait complètement. Utilisant une fois de plus leurs dons, ils essayèrent de faire s’infiltrer le liquide incolore dans les parois du mur. Ce procédé mit en lumière les délimitations d’une fine encoche. Iba tira dessus.

Il y eut un grognement sourd, alors que le mur reculait de quelques centimètres, pour ensuite disparaître sur un côté. Iba jeta un coup d’œil à Eiji. Celui-ci les dévorait du regard, tout du moins c’était son impression.

Depuis combien de temps étaient-ils dans la maison ?

Dix minutes, tout au plus. Et il venait de trouver une salle secrète. Comme il disait lui-même plutôt, Kiri no Sato n’avait pas lésiné sur les moyens. Enfin, on ne pouvait pas vraiment parler de salle secrète, mais plus de placard à balai, avec quelques étagères et des rouleaux entassés, ci et là.

Un seul retint l’attention des deux hommes. Un rouleau avec une rune Aisu …

Cette fois c’était sûr, les habitants de cette maison avaient été tué parce qu’ils étaient de potentiels dépositaires des pouvoirs du clan. Hyô l’ouvrit.

Citation :
Les jours passent et ne ressemblent pas par ici. J'ai toujours l'impression tenace d'être suivi, épié. Quelque chose me dit que les ténèbres s'amoncèlent au-dessus de nos têtes. Surtout, ne prenez aucun risque inconsidéré. Continuez de vivre normalement. Surveillez-Le, il est encore fragile malgré les progrès époustouflant dont vous m'avez fait part dans votre dernier courrier. N'oubliez pas qu'il est notre plus grand espoir.

Avec toute mon amitié, D.

P.S : faîtes savoir à qui vous savez que le Ch. est plus somptueux encore que ce que je pouvais imaginer.

Suivi, épié ? Karasu ? Un subalterne ? Ne prenez pas de risque ? Celui de révéler votre identité. Oui, se devait être cela. Qui était donc ce D ? Le vieil homme sur la photographie noire et blanche ? Ou alors était-ce le « qui vous savez » ? Et les progrès de qui ? Parlait-on de l’enfant qui habitait ici ou de quelqu’un d’autre ?

Beaucoup de questions, dont il allait falloir trouver les réponses.

Hyô – Saviez vous si les habitants de cette maison hébergeaient quelqu’un d’autre ?

Eiji – Selon toutes vraisemblances, ils vivaient à trois, uniquement, sous ce toit.

Le « Ch », que pouvait-il donc signifier ? Château ?

Iba – Y a-t-il des lieux touristiques connus dans les environs ?

La question surpris quelque peu son interlocuteur, qui lui répondit qu’il y avait bien le vieux port, mais qu’il ne savait pas si l’on pouvait considérer cela comme un lieu « touristique ».

L’Homme de Glace rangea le parchemin avec lui. Il était hors de question de le laisser derrière eux. Après avoir vérifié qu’ils ne manquaient rien d’autres d’important, les deux hommes refermèrent la salle cachée et prirent quelques minutes pour remettre en forme, le lit et la pièce. Il était probable que les assassins reviennent, d’un, il fallait éviter de leur dévoiler ce qu’ils avaient fait et de deux, préparer le terrain.

Iba déplaça légèrement le lit double pour que Hyô puisse y poser alors un sceau jaune d’alarme sur le sol. Ils le masquèrent ensuite avec le lit double. Ainsi il ne pouvait être vu. Promptement, ils sortirent de la salle et fermèrent la porte, deux pas plus loin, les deux shinobi faisaient de nouveau face à une nouvelle porte, pour une nouvelle pièce.
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