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 Les Âmes Damnées

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MessageSujet: Les Âmes Damnées   Mar 22 Sep - 22:55

Il est confortable de s’imaginer que le mal est quelque chose d’absolu qui prend racine très tôt, et qui croît à la façon d’un vieil arbre millénaire et corrompu. Hélas, le mal n’a jamais été aisé à appréhender, plus encore pour les âmes damnées qui se sont égarées au cours d’un long, long voyage.

Noya Fujissuke est né dans un village au nord du Pays du Feu. Il s’agissait d’un petit hameau tranquille, qui avait le privilège d’être protégé par Konoha et Taki. Le jeune Noya, qui ne goûtait pas à l’effort épuisant et répétitif des champs, caressa rapidement l’idée de devenir un shinobi. Il passa des soirées entières à essayer de déterminer le village caché dans lequel il aimerait étudier. Et puis, comme souvent en ces occasions, son destin fut précipité par un événement inattendu. Trois personnes entrèrent dans le village. Elles étaient sales et fatiguées, mais il émanait d’elles un curieux magnétisme. Les paysans les regardaient avec quelque chose que Noya identifia comme du respect.

L’un d’eux portait une armure entièrement ouvragée, en acier avec une épaulière rouge énorme. La pièce semblait particulièrement chaude mais l’homme, même une fois attablé, ne fit pas signe de désirer la retirer. Des estafilades couraient sur les plaques, anciennes blessures oubliées qui trouvaient peut-être une réponse dans la chair même de l’homme. Ce dernier portait une longue lance et le jeune garçon était certain d’y deviner des restes de sang séché, à la toute base du fer. Sa courte barbe et son air décidé, ainsi que son attitude générale, le désignaient comme le chef de ce petit groupe. Un autre homme était sensiblement plus jeune et il portait deux lames, dont une plus longue que l’autre. Elles étaient posées face à lui, sur la table, sa main refermée sur sa boisson fraîche. Il regardait dans le vide, l’air concentré plus qu’hagard. Ses doigts serraient compulsivement la boucle de sa ceinture. Le dernier homme était plus petit de taille et il jetait alentour des coups d’œil farouches. Une chaîne semblait enroulée autour de son bras, Noya se demanda comment il ne pouvait pas avoir mal au contact de l’acier qui s’enfonçait dans sa chair. Son armure était de cuir mais non moins travaillée, un cuir rouge et éclatant qui devait avoir une signification. Les discussions ne s’étaient pas interrompus, mais Noya les perçut à nouveau, sortant de sa torpeur.

Ces hommes l’impressionnaient et il ressentit au fond de lui une infinie admiration pour eux. Ils devaient avoir vécu des choses extraordinaires, des choses qu’un paysan ne pouvait guère rêver de voir un jour.

Ce jour-là, il s’approcha d’eux et s’inclina respectueusement devant l’homme à l’armure d’acier. Il leur avoua que c’était la première fois qu’il voyait des gens comme eux, même s’il avait entendu dire que non loin de son village, une ville de guerriers semblables croissait en population et en force. L’homme ne répondit rien, tout d’abord, peut-être vaguement amusé par le cran de ce jeune garçon. Il avait été habitué au fil de ses pauses à une distance entre les gens et son groupe, comme si personne ne voulait se mêler à eux. La vie des guerriers était faite de vide et de plein, comme la vie de beaucoup de personnes au demeurant.

[Nagisa] – Assied-toi, petit homme, et partage notre repas.

Noya écarquilla les yeux, les joues encore un peu rouges. Il s’assit précipitamment. Alors qu’il n’espérait guère mieux qu’un silence dédaigneux ou gêné, il était à présent assis en compagnie de trois guerriers, peut-être célèbres à travers plusieurs pays. Nagisa leva la main pour ordonner une nouvelle assiette.

[Nagisa] – Quel est ton nom ?

[Noya] – Noya Fujissuke.

L’homme hocha la tête.

[Nagisa] – Je m’appelle Nagisa Momoe, et ce sont là les frères Kazushi, Heichiro à gauche et Botan à droite.

Heichiro, celui aux sabres, lui adressa un hochement de tête tout en dévorant voracement la cuisse de poulet qu’il tenait dans sa main. Botan le dévisagea, intrigué. Noya s’inclina respectueusement devant chacun d’eux. Comme il l’imaginait, ces noms ne lui disaient rien.

[Noya] – Vous êtes des shinobi ?

Botan écarquilla les yeux puis éclata d’un rire franc, avant de se passer le dos de la main sur les lèvres.

[Nagisa] – Non, certainement pas. Nous considérons toutefois les shinobi comme des guerriers. Mais nous sommes des guerriers d’un type différent.

Noya fronça les sourcils sans comprendre. Un guerrier, c’était toujours aussi bien, quoi qu’il fasse !

[Botan] – Un shinobi fera passer le résultat avant la manière. Il n’hésitera pas à se couvrir de honte, à trahir, à tricher, à utiliser des petits tours de passe-passe. Son objectif est de remporter le combat quoi qu’il en coûte. Nous, nous vivons pour le combat. C’est lui qui nous importe, davantage que ce qu’il en découlera. Si on meurt, eh bien, on aura vécu quelque chose de grand, quelque chose qui contient toute notre vie !

[Nagisa] – Nous sommes des samouraïs.

Nagisa porta tranquillement sa tasse massive à sa bouche. Il but trois longues gorgées puis la reposa.

[Nagisa] – Nous venons d’un petit village à l’est et nous voyageons pour apprendre et découvrir.

[Noya] – Apprendre et découvrir quoi ?

[Botan] – La vie, surtout.

***

Les samouraïs restèrent deux mois complets dans ce petit village.

Lorsque Noya travaillait les champs, il abandonnait à son corps les efforts pour penser en paix à sa rencontre avec eux. Petit à petit son projet prenait des formes convaincantes : il voulait les suivre et être entraîner par eux. C’était ce genre de désir qui n’admettait pas la discussion, un désir fou et volontaire d’aller en avant quoi qu’il en coûte. Il s’imaginait des quantités de conversations où il essayait de convaincre les samouraïs qu’il faisait un bon disciple, il se voyait en train de les combattre pour prouver qu’il n’était pas maladroit la lame en main.

Quand Noya y pense aujourd’hui, car il pense toujours aujourd’hui, il se dit systématiquement que ce qu’il a appris en ces années lui servit toute sa vie. Peu avant le jour du départ des samouraïs, Noya vint les trouver à l’auberge dans laquelle ils se reposaient depuis leur arrivée. Seul Botan était présent, assis sur le perron à graisser sa chaîne. Il salua d’un signe de tête son jeune ami, qui n’avait eu de cesse de l’intriguer au fil des semaines. Ce n’était peut-être qu’une impression, mais il ressentait profondément toute la force de son regard et son maintien n’était pas celui d’un simple paysan. Ce garçon avait du potentiel, de la même façon que beaucoup d’autres personnes qu’il avait rencontré pendant ses voyages et jamais aucune d’entre elles n’avait été à la hauteur de cette intuition.

[Noya] – Bonsoir Botan-sama. Vous êtes seul ?

[Botan] – En effet. Nagisa et mon frère s’entraînent près de la rivière. Je n’aime pas tellement m’entraîner le soir, cela raidit le dos.

Noya s’assit sur la première marche de l’auberge, le regard tourné tour à tour vers le ciel rosé par le crépuscule et Botan qui travaillait patiemment sa chaîne. Au cours de longues conversations, Noya avait compris que l’arme des combattants n’était pas anodine, et qu’ils n’avaient pas choisis leurs armes de façon à être complémentaires entre eux. Ils s’étaient rassemblés parce qu’ils étaient complémentaires entre eux, ce qui était une perspective nouvelle et excitante aux yeux du jeune garçon.

[Noya] – Pourquoi manipulez-vous la chaîne, Botan-sama ?

L’homme ne leva pas la tête de son ouvrage, la mine concentrée.

[Botan] – Je ne pense pas que cela s’explique. Au départ, c’était pour l’allonge qu’elle me donnait puis peu à peu, elle s’est avérée la seule arme que j’étais capable de maîtriser le mieux possible.

[Noya] – Mais les samouraïs n’ont-ils pas tous des katana ?

Botan eut un sourire féroce. Une étincelle chancela dans ses yeux puis disparut aussi brusquement qu’elle était apparue.

[Botan] – Oh non... Les samouraïs sont des experts dans le maniement des armes en général. C’est l’appauvrissement de nos valeurs qui provoque cette pensée selon laquelle on ne peut manier que le katana. Mais il y a longtemps, toutes les armes étaient représentées et étudiées de façon égale, par des maîtres compétents qui nous ont tout légué et par des disciples attentifs qui n’en finissaient pas d’apprendre.

L’homme s’exprimait avec comme un relent de regret dans la voix et sans savoir exactement d’où il tenait cette intuition, Noya sut que tout cela représentait un temps appartenant définitivement au passé. Tout à coup Botan lui parut plus âgé qu’il ne l’était, un peu fatigué et un peu vain peut-être aussi, mais encore plus passionnant. Car Noya en avait désormais la certitude ; il était fait pour ce monde-là.

[Noya] – J’aurais une requête à vous proposer.

[Botan] – Propose.

[Noya] – Je voudrais vous accompagner. Je vous servirai du mieux possible et si vous pouviez m’appr…

[Botan] – Je ne pense pas que cela soit possible, Noya.

Noya déglutit et ne poursuivit pas, attendant que Botan reprenne.

[Botan] – A l’heure actuelle, il ne reste qu’une poignée d’entre nous. Nous sommes pauvres, réduits à la misère. Notre fierté a été trempée dans la fange il y a bien des années. Notre honneur reste la seule chose que nous conservons, et nos armes, ses représentants. Mais c’est une vie que je ne peux conseiller à personne.

Il leva les yeux sur Noya et reprit sur le même ton.

[Botan] – Moi et mon frère avons grandi dans un ancien village de samouraïs. Les maisons ne tenaient plus debout, personne n’avait l’argent nécessaire pour ne serait-ce que réparer les toitures avant la saison des pluies. On mangeait la même nourriture chaque jour, une fois par jour. La misère, Noya, c’est ça notre vie. Nagisa nous a trouvé et il avait gardé une certaine richesse en tant que noble, mais aujourd’hui nous vivons comme des mercenaires lamentables, à brader nos talents pour des commanditaires et nous ne pouvons rien y faire.

[Noya] – Comment ?

[Botan] – Le monde change, la vie change. Nos ancêtres ont commis des erreurs, qui ont précipité leur chute. Et comme le monde des hommes ne peut survivre sans force militaire, nous avons peu à peu été remplacés par les shinobi. Nous appartenons au passé et nous ne sommes plus qu’une poignée.

Les informations parvenaient difficilement à son village. Tout était plus ou moins entouré de légendes et n’était relayé que par des rumeurs sporadiques. Le monde dans son immensité leur échappait et si cela pouvait s’avérer rassurant, parfois, Noya en ressentait une vive irritation. Il était né déjà dans un monde sans samouraïs et il n’avait jamais réellement été confronté à cette réalité parallèle qu’il y avait eu un passé avant le présent des shinobi. Mais le désir de connaissances, cette soif inextinguible qui lui dévorait les tripes à chaque coup de bèche, ce désir grandissait chaque jour un peu plus et un jour, il faudrait l’assouvir.

[Noya] – Et vous ne voulez pas que les gens oublient ce passé.

[Botan] – En effet. Nous avons été soumis aux travers de l’humanité. Nous n’y pouvons rien : nous payons ces erreurs. Alors nous emprunterons ce chemin repentant jusqu’à ce que notre valeur soit à nouveau reconnue ou que nous mourrions en essayant.

[Noya] – J’ai besoin de vous suivre. J’ai besoin de vivre avec vous, d’apprendre de vos voyages, d’apprendre ce que vous voudrez bien m’enseigner. Ce n’est pas un désir. C’est une nécessité.

MessageSujet: Re: Les Âmes Damnées   Mar 22 Sep - 22:55

Au moment de partir, son père le serra fort dans ses bras. Il avait accepté de laisser son fils partir vers l’inconnu et, se disait-il, vers la mort. Car quoiqu’il advienne, il ne pouvait ignorer que c’était là la dernière fois qu’ils se voyaient. Mais il l’avait toujours su, Noya n’était pas un paysan. Il était amené à être beaucoup plus, en bien ou en mal. Sa curiosité l’avait toujours effrayé. Elle embrasait tout ce qu’il touchait et même si leur petit village était préservé du reste du monde, il arrive que le monde vienne à lui.

C’était ce qu’il appellerait le destin.

Sa mère l’embrassa tendrement et posa sa tête juste sous son menton, comme elle faisait quand il était tout jeune. A présent âgé de quinze ans, il était presque aussi grand qu’elle mais il ne désirait pas repousser l’affection maternelle. Il avait toujours aimé ses parents, même avec ses besoins de liberté. Et il les aimerait toujours, car c’était là un sentiment amené à ne plus changer. Sa plus jeune sœur ne comprenait pas exactement ce qui se passait, elle avait seulement la sensation que c’était un événement important dans la famille. Noya se mit à sa hauteur et lui rappela de faire attention aux enfants et de ne compter que sur elle et ses proches. C’était ce qu’il lui répétait quand elle pleurait d’une méchanceté de petite fille. Sa grande sœur, l’aînée, le dévisageait comme si elle le voyait pour la première fois. Elle se demandait qu’elle allait être la vie de son frère, s’il allait mourir comme tous ces gens, éventré dans le caniveau d’un hameau de gourbis branlants. Alors elle l’embrassa comme on embrassa quelqu’un qu’on ne sera pas amené à revoir et auquel, au final, on ne pensera pas aussi souvent qu’on le devrait. Son plus jeune frère, celui qui avait toujours été beaucoup plus animé que lui devant les travaux de cultures, lui demanda de prendre soin de lui. Il jeta un coup d’œil sauvage aux nouveaux compagnons de son frère et il se sentit quelque peu rassuré.

Puis Noya quitta son village pour ne plus jamais y revenir.

***


[Noya] – Nagisa !

Le cri se répercuta dans la grotte, les grincements des pas continuèrent à racler le sol pierreux.

[Noya] – Nagisa !

Le jeune homme tomba à terre, hors de souffle, en proie à une détresse destructrice. Il était trop lent et trop épuisé. Sa main se crispa là où son sang coulait, chaud et foncé, l’une des multiples blessures que ce damné passage lui avait valu. Mais cela n’était rien encore face à ce qu’il voyait devant lui, avec ce goût terrible et moite de l’impuissance.

***


Le vieil homme réfléchissait. Ses doigts tiraient et relâchaient tour à tour sa petite barbe, le regard fixé sur un point indistinct du mur. Nagisa ne jugea pas utile d’ajouter quoi que ce soit ; il ne reviendrait pas sur le prix fixé. Finalement, le vieil homme haussa les épaules.

[Vieil Homme] – D’accord pour quarante mille ryos. Inutile de me le ramener en vie, sa tête suffira comme preuve.

Nagisa hocha sèchement la tête et sorti, imité par le reste du groupe. Il s’arrêta juste derrière la porte, la main posée sur sa ceinture. Il n’était pas tout à fait convaincu d’avoir fait une si bonne affaire. Quelque chose ne lui inspirait pas confiance ; que ce soit le vieux, sa façon de présenter la mission ou ses hésitations empruntées. Tout cela n’était pas naturel : personne n’aurait accepté ce prix, pas même quelqu’un d’aussi riche que lui.

[Heichiro] – Sa lèvre a tremblé. Il avait les pupilles dilatées du menteur. Sa respiration a largement augmentée juste avant que tu ne donnes ta réponse. Elle n’augmente normalement que lorsque tu fixes le prix.

[Botan] – Un piège ?

Ils murmuraient tout bas, pour être certain de n’être entendu par personne d’autre. Noya les observait sans rien dire, intrigué qu’ils aient pu accepter quelque chose qui leur hérissait à tous le poil. Nagisa se remit en marche, sans aucun doute pour s’éloigner de la porte. Ils traversèrent les longs couloirs avant de déboucher sur la petite cour déserte, au milieu de laquelle une fontaine avait éclos. Ils s’assirent autour, songeurs.

[Nagisa] – Je ne le pense pas. Nous ne présentons aucun enjeu. Mais il a menti sur les risques. Il ne s’attend pas à ce que nous revenions vivants.

[Heichiro] – Il veut probablement nous utiliser comme des appâts. Il n’y aura pas d’argent à donner à des cadavres.

[Noya] – Nous annulons alors ?

Nagisa sourit, son yari dressé à côté de lui. Le jeune Noya avait peu à peu pris de l’assurance et disait nous plutôt que vous, à présent. Depuis leur départ ils avaient cumulé les petits travaux de mercenaires, souvent simplistes, afin d’introduire en douceur ce monde auprès du jeune homme. Ils ne souhaitaient pas continuer comme si de rien n’était, comme s’ils n’étaient toujours que trois. Avoir intégré Noya indiquait qu’ils l’acceptaient et le respectaient pour ce qu’il était, et il n’était pas eux. Heichiro lui avait montré comment se servir correctement d’une lame, car le jeune homme avait montré quelque intérêt pour cette voie. Il était même doué, en considérant qu’il n’avait jamais touché une arme autre qu’une pelle au cours de sa vie. Ainsi, Nagisa, alors qu’ils traversaient une petite ville portuaire, lui avait demandé de choisir un katana auprès du forgeron. Il jugea la qualité de la lame correcte, pour l’entraînement ou pour plus tard.

[Nagisa] – Certainement pas.

Il ajouta doucement.

[Nagisa] – Nous avons travaillé longtemps pour débloquer un contrat aussi ambitieux. S’il ne s’attend pas à ce que nous survivions… alors il suffira de survivre.

***


Les montagnes du Pays de la Foudre étaient impressionnantes. Le soleil matinal les découpait clairement dans le ciel, les cimes s’élevant bien au-dessus de la brume douceâtre dans laquelle évoluait le petit groupe. A mesure qu’ils approchaient de la localisation de la caverne, l’équipe s’était peu à peu refermée sur elle-même. Chacun profitait de son côté de la journée qui commençait. Une fois qu’ils auraient pénétré dans l’antre, il était plus que probable que cela leur prenne la totalité de la journée, si non plus.

Les rares informations qu’ils étaient parvenus à glaner faisait effectivement échos à une activité étonnante dans les alentours. Un marchand leur avait murmuré qu’il était certain que les contrebandiers avait repris leurs trafics. Il avait soupiré, las, avant de lâcher que le propriétaire de cette portion du pays était trop pauvre pour recourir aux services de Kumo.

Nagisa finit par s’arrêter légèrement penché en avant, un pied sur un rocher surélevé. Ses compagnons l’encadrèrent, le regard tourné dans la même direction. La caverne était bien là, une large gueule noire béante, mais sept personnes s’agitaient devant. Noya dénombra six caisses en bois cachées par les ténèbres de la grotte et trois de plus à l’extérieur.

[Nagisa] – Ils n’ont aucun signe distinctif…

[Botan] – Ils n’ont pas l’air de guerriers.

[Heichiro] – C’est parce que les guerriers sont cachés.

Il indiqua du chef une silhouette soigneusement camouflée dans un massif boiseux, sur la montagne. Un autre, situé de l’autre côté de l’entrée, fumait tranquillement.

[Botan] – Je me demande s’il s’agit de mercenaires ou bien de shinobi.

[Heichiro] – Cela ne change pas grand-chose en réalité.

Nagisa se tourna vers Noya. Il ne lui répéta pas que cela allait être dangereux et que comme avant chaque combat, il ne partait pas avec la certitude de la victoire. Mais il ne dit rien, car tout cela Noya l’avait compris lorsqu’ils avaient accepté la mission et il n’était pas parti depuis. Comme pour raffermir sa volonté, il caressa la garde de son katana. Il se sentait curieusement prêt à s’en servir contre ses ennemis, prêt à tuer. C’était singulier, comme sensation, mais elle croissait en lui et il pouvait presque discerner ses sens s’adapter à la configuration du combat.

[Nagisa] – Allons-y. Noya, tu restes avec Heichiro, on adopte la même tactique que d’ordinaire dans cette situation.

Les silhouettes se mirent en marche dans ce qui restait de forêt avant qu’elle ne s’ouvre sur les pieds de la montagne. Ils avaient dû un peu adapter leur schéma à cause de l’arrivée de Noya ; normalement Heichiro et Nagisa travaillaient ensemble, tandis que Botan couvrait les quelques points sensibles qu’ils pouvaient laisser exposer. Cette fois-ci, Nagisa irait seul, accompagné de Botan pour le couvrir et Noya resterait aux côtés de Heichiro.

Tout se passa très vite.

Nagisa fut le premier à être à découvert ; l’un des contrebandiers l’aperçut après qu’il eut fait une quinzaine de mètres. Il donna l’alerte quand Botan sortait, sa chaîne déroulée tenue dans les mains. Le cœur de Noya battait férocement contre sa poitrine tandis qu’il suivait à pas feutrés l’ombre de Heichiro. Ce dernier leva une main, ils s’arrêtèrent idéalement placé sur le flanc désorganisé des contrebandiers.

Les deux shinobi – car il s’agissait de shinobi, au vu de l’impressionnante flamme que l’un d’eux fit jaillir de sa bouche – avaient quitté leur cachette. Aucun renfort n’était à signaler. Heichiro sortit une lame, puis l’autre. Noya sortit la sienne et ils furent dehors, sous le soleil. Son compagnon abattit deux hommes très simplement, un mouvement donnant l’impulsion au second pour ne faire aucun geste de trop. Le sang s’écoula par gerbes discontinus, les corps retombèrent à terre les yeux écarquillés. Déjà Heichiro engageait l’un des shinobi. Noya pouvait voir que Botan avait grièvement blessé l’autre au sternum et désormais, il peinait à contenir Nagisa.

[Contrebandier] – Ce n’est pas Konoha putain !

[Heichiro] – Noya !

Noya releva brusquement la tête. Le shinobi contre lequel luttait Heichiro avait sorti sa propre arme, un long katana à la lame travaillée. Mais un contrebandier, plus loin derrière eux, courait en direction de la caverne, certainement pour donner l’alerte aux autres mercenaires. Noya s’élança à sa suite, sautant entre les cadavres. Il aurait pu ramasser en courant l’un des projectiles de ces hommes et abattre le fuyard dans le dos, mais Nagisa aurait désapprouvé. Il disait qu’il n’y avait que lorsqu’un ami risquait de mourir qu’il fallait se laisser aller aux extrémités et risquer son honneur dans la lâcheté ; car l’amitié ne souffre aucune tâche.

Noya bondit dans les airs. Sa main agrippa l’épaule de l’homme et il le tourna d’un même mouvement, avant de le percuter de plein fouet. Le contrebandier, malgré le choc, fut le premier à se remettre debout. Il s’ébrouait quand Noya ramassa son arme et sautait sur ses jambes. Le contrebandier sortit une longue dague noire et engagea le combat sans ciller. Par deux fois, Noya dut parer à l’extrême limite, son arme ayant une allonge trop longue pour lui permettre d’être pleinement à l’aise. Il manquait de pratique ; la dague lui mordit méchamment le flanc, mais le jeune homme en profita pour maintenir son ennemi par le cou et lui enfonça sa lame par les côtes, jusqu’au cœur.

Regarder de si près un homme agoniser, un homme qu’on a tué, est une expérience troublante. Noya vit ses yeux se voiler, sa bouche s’agiter dans des murmures inaudibles puis le corps se ramasser sur lui-même, prélude de la chute. Le combat était déjà terminé ; Nagisa s’approchait à pas vifs, Botan avait de nouveau enroulé sa chaîne autour de son bras et Heichiro avait rangé sa lame la plus petite. Il y avait encore du sang sur l’autre.

[Nagisa] – C’était des déserteurs de Konoha, de rang intermédiaire. Je crains que notre employeur n’ait pas jugé bon de nous avertir de la totalité de l’affaire.

[Heichiro] – Ce sont des armes.

Heichiro se tenait au-dessus d’une caisse.

[Heichiro] – Et des parchemins, ajouta-t-il.

[Nagisa] – Peu probable que Konoha ne souhaite pas récupérer ses affaires. J’espère qu’ils réfléchiront avant d’engager le combat contre nous, dans le cas où ils sont sur nos talons. Allons-y.

MessageSujet: Re: Les Âmes Damnées   Mer 23 Sep - 19:15

Je me souviens de chaque élément qui a composé ce voyage dans la caverne. Dès mes premiers pas à l’intérieur, j’avais cette peur qui m’a pris les tripes. Cette peur, je devais l’apprendre plus tard, n’avait rien de différent de celle qui nous prend à chaque combat contre un adversaire puissant. Je manquais simplement de l’expérience qui permet de la faire taire pour en tirer plus de force que de faiblesse. Mais j’avais des amis puissants et généreux, qui me permettaient de puiser dans leur force et dans leur courage.

Le courage, mon amie, le courage… La signification de ce mot, je ne l’ai apprise qu’à la suite de cet épisode douloureux car j’ai dû en trouver dans mon cœur pour me tenir éloigné de la faiblesse. Ces événements de ma vie, je ne les raconterai à personne, jamais. Je le sais. Ils n’appartiennent à personne d’autre qu’à moi. Mais je veux les partager avec toi. Parce que toi et moi, on se ressemble. La même force, la même rage, la même peur.

Ce même instinct de tuer.


La progression était facilitée grâce aux nombreuses torches qui illuminaient le passage. Cette grotte était aménagée depuis peu, comme le trahissait la voie principale encore encombrée de roches inutiles. Les contrebandiers souhaitaient certainement s’implanter dans la montagne en attendant que les choses se tassent par rapport aux forces engagées contre eux. Les nombreuses traces de pas témoignaient de l’activité importante de ces derniers jours. D’une façon où d’une autre, ils étaient parvenus à acheminer les caisses jusqu’ici et ils avaient employé une partie de la nuit pour en entrer le plus possible.

Ce qui ne cessait d’inquiéter Nagisa, c’était le calme complet de cette section de galerie. Il était peu probable qu’il n’y ait que sept contrebandiers pour décharger tout ce matériel, et les shinobi avaient dû être plus que deux pour emporter tout ça depuis Konoha. Selon toute vraisemblance, un convoi était déjà parti en avant, les contrebandiers de l’entrée ne faisant que préparer le convoi suivant. Ainsi… ils avaient de fortes choses de le prendre par l’arrière ou au contraire de se faire surprendre par l’avant.

En guerriers accomplis, ils ne parlaient pas et cheminaient sans faire de bruit. Les cavernes sont traîtres et le moindre bruit peu se répercuter grandement, d’autant qu’ils allaient dans le sens du vent. La lumière d’une torche inhabituellement placée les avertit. Nagisa et Noya s’évanouirent dans l’ombre d’une colonne naturelle, tandis que Botan et Heichiro se positionnaient à l’opposé, agenouillés à terre derrière un rocher de belle taille. Les éclats de voix leur parvinrent avant que la lumière de la torche ne s’approche davantage.

[Inconnu] – … pas tarder.

[Inconnu] – On les emmerde !

[Inconnu] – … à dire.

[Inconnu] – Merdeux…

Nagisa conservait les yeux fermés. Les bruits de pas s’étaient rapprochés et il savait que s’il se penchait sur le côté, il aviserait désormais les formes ennemies. Mais cela serait un risque inutile, puisque les bruits de pas lui indiquaient très clairement qu’il y avait six personnes, dont deux qui marchaient très doucement. Il s’agissait peut-être d’enfant, peu probable, de femmes, possible, ou de shinobi, très probable. Ils étaient hélas tous les deux de son côté ce qui n’arrangerait pas Heichiro et Botan. Il ne comptait pas sur Noya pour l’épauler encore très efficacement et il devrait certainement le protéger. De plus, les hommes semblaient tirer quelque chose de volumineux ce qui risquait de couper le périmètre de combat en deux. Il avisa le regard de Heichiro qui avait dû parvenir à ses conclusions. Nagisa acquiesça, Botan se redressa brusquement, sa chaîne décrivit un bref arc de cercle et partit se ficher dans la gorge de l’un des shinobi. Ce dernier porta une main impuissante à sa blessure, le visage caché derrière un masque pourpre. Son compagnon regarda la chaîne, son partenaire, puis bondit en avant.

Nagisa le laissa engager Botan, jugeant que l’attaque surprise de Heichiro serait plus efficace que la sienne, sans compter que son arme s’y prêtait peu. De son côté, il bondit hors de sa cachette pour abattre systématiquement les quatre personnes qui traînaient un chariot improvisé en bois. Leurs hurlements étaient gênants et risquaient d’alerter toute la caverne de la présence d’ennemis, mais Nagisa commençait de toute façon à en avoir assez de ce silence oppressant. Son yari acheva le dernier homme qui se protégeait vainement des mains.

Heichiro sortit d’un geste sec ses deux lames du corps du shinobi. Il murmura qu’il devait avoir un grade légèrement plus élevé que ceux de l’entrée. Des bruits, au loin, indiquèrent qu'ils étaient repérés.

[Nagisa] – Bien. Notre objectif à partir de maintenant est de traverser la caverne le plus rapidement possible et de tuer notre cible.

[Botan] – Moi et Heichiro nous partirons en avant vers la vague qui s’approche. Vous arriverez ensuite en soutien pour surprendre nos ennemis.

Nagisa acquiesça une nouvelle fois et laissa ses compagnons courir au devant du danger.

[Nagisa] – A partir de maintenant nous allons rester ensemble. Frappe en priorités les flancs et les tendons de tes adversaires.

Ils se remirent en route d’un pas vif mais sans charger. Noya hésita, puis murmura.

[Noya] – Est-ce que tuer des adversaires désarmés est autorisé ?

[Nagisa] – C’est une fausse question. Les esprits fantaisistes diraient que non. La réalité, c’est qu’il n’y a pas de conception de l’honneur à tenir face à des adversaires qui n’en ont pas, et là est toute la difficulté du bon jugement. Face à un adversaire honorable, interdis-toi la lâcheté et prête-lui ton arme avant de le combattre. Face à des vauriens… cela ne servirait à rien d’autre que leur fournir la possibilité de te tuer en traître.

Des bruits de lutte leur parvinrent, Nagisa pressa le pas et ne parla pas davantage.

J’ai parfois l’impression que toute une vie pourrait se résumer par la traversée de cette caverne. C’était un événement banal, rien de très extraordinaire. Il ne s’y est rien déroulé d’autre que ce à quoi on pouvait s’attendre. Mais je suis passé par énormément d’émotions différentes.

De la peur, à la colère. De la colère, à la haine. De la haine, à la terreur animale. Et la souffrance, aussi.


Heichiro était blessé au cou et au genou, sa garde en était subtilement perturbée mais son frère le couvrait efficacement. Ils faisaient face à pas moins de quatre shinobi. Deux d’entre eux avaient sorti leurs armes, une femme entreprit de réaliser des signes avec ses mains et le dernier avait les muscles bandés et près à l’attaque.

Nagisa comprit qu’ils attendaient l’intervention de la femme pour attaquer. Ce serait un coup de déstabilisation, elle ne pouvait se permettre d’attaques trop ambitieuses qui risqueraient de fragiliser la structure de la grotte. Botan l’avait bien compris également. Sa chaîne s’enroula autour du bras de la femme et il tira de toute la force de son bras pour la jeter à terre. La lame de l’un des shinobi coupa nettement la chaîne en deux, elle retomba mollement à terre comme un serpent mort.

Un sacrifice nécessaire. Nagisa arriva sur le flanc du shinobi le plus massif. Si ce dernier réussissait à saisir le bois de son arme il parviendrait sans peine à le briser. En multipliant les attaques rapides il limitait ce risque mais cela l’empêchait de s’occuper de plusieurs adversaires. Il constata avec plaisir que Noya se positionnait exceptionnellement bien, de façon à couvrir son flanc. Il a du cran, pensa-t-il ; ses adversaires ne peuvent pas savoir qu’il manque d’expérience s’il fait croire qu’il est un guerrier redoutable. Il utilise sans le savoir la pensée des shinobi contre eux ; avec tous les enfants génies qu’ils entraînent, ils se méfieront de lui et le traiteront en égal. Cela signifiait également qu’ils attaqueraient pour tuer.

Mais Heichiro n’était pas déterminé à leur laisser le champ libre. Il s’avança dignement, une arme devant lui et l’autre le long de sa jambe. D’un geste sobre, il se mit en garde. La femme se redressa et avait saisi de multiples armes de jet au creux de sa main. L’un des hommes engagea le combat contre Heichiro, tandis que l’autre attaqua Noya. Botan ramassa la chaîne et secoua doucement la tête en la ramenant à lui. C’était l’un des avantage de son arme ; même réduite à un fil de fer, on pouvait encore s’en servir pour peu qu’on en avait le talent. Il arrêta quelques un des projectiles que lui envoya la kunoichi par un habile mouvement de son arme. Deux aiguilles trouvèrent toutefois son torse, juste sous le cœur.

Noya fut forcé de reculer pour éviter les mouvements experts de son adversaire, mais malgré il fut blessé par trois fois. Il parvenait à déterminer les points exposés au coup d’œil, mais il se révélait incapable de les exploiter. Ses épaules heurtèrent la paroi de la grotte, l’occasion qu’attendait le shinobi pour attaquer réellement mais de fins maillons argentés se nouèrent autour de sa gorge. Il tomba à terre et rua dans tous les sens pour essayer de se dégager, mais son sort était scellé. Lorsqu’il eut expiré, Botan se rapprocha en courant pour dénouer la chaîne.

[Botan] – Bien joué Noya.

La kunoichi reposait sur le flanc, la moitié du visage dévasté d’une façon inconnue, sa bouche encore ouverte d’un cri qui ne sortirait plus.

[Botan] – On va aider Nagisa, viens.

De nouveau équipé de sa chaîne, il avisa une nouvelle section de la caverne pour suivre leur compagnon.

[Noya] – Mais Hei...

Noya s’aperçut qu’Heichiro venait d’abattre l’un des shinobi et que le suivant était en mauvaise posture, boitant et les lèvres ensanglantées.

[Botan] – Il nous rattrapera, vite !

Noya s’empressa de rattraper le samouraï. C’est après être passé sous l’arche naturelle de la section de droite qu’il sut que quelque chose n’allait pas. Botan le savait également ; il n’était pas normal que Nagisa se soit éloigné à ce point. La sensation qui précède la douleur de la mâchoire de la bête qui se referme sur sa proie ; c’était ce moment de quelques secondes qu’ils ressentaient à présent. Quelques secondes avant le précipice.

[Noya] – Nagisa !

Sa blessure l’élançait.

[Noya] – Nagisa !

Nagisa était à genoux, sa lame enfoncée dans le corps de son ennemi encore agité de spasmes erratiques. Il soufflait douloureusement, et Noya réprima un cri en voyant le dos de son mentor couvert du sang de multiples shuriken. Botan se positionna sur le flanc de Nagisa, prêt à parer toute nouvelle attaque par les airs. Puis ils quittèrent les ombres. Dix, douze, vingt autres shinobi et contrebandiers mêlés, tous armés et avec ce même regard froid. Noya se retourna brusquement, mais c’était seulement Heichiro qui, tâché de sang et clopinant, en avait fini avec ses adversaires. Il posa une main sur l’épaule de Nagisa, comme pour estimer la gravité de son état.

L’un des contrebandiers s’avança.

[Contrebandier] – Qui êtes-vous au juste ?

[Heichiro] – Kanko Sanagi ?

[Contrebandier] – En effet.

[Heichiro] – Nous avons été engagé pour vous tuer.

[Contrebandier] – Tiens… Par Konoha ?

Botan estima rapidement les forces adverses. Ils n’avaient pas l’avantage, surtout si Nagisa ne parvenait pas à se relever. Brusquement le samouraï se retourna, sa chaîne tourbillonnante stoppant une nouvelle volée de shuriken. Il se fustigea de ne pas avoir été plus prudent ; Nagisa avait été blessé au dos, il était évident qu’un adversaire se trouvait à revers. Trois étoiles traversèrent le rideau de la chaîne, mais seule l’une d’entre elle trouva son chemin dans la main de Noya. Le jeune homme ne grogna pas, il se contenta de la retirer et de la jeter à terre. Leur ennemi sortit des ombres, une silhouette mouvante qui portait le bandeau rayé de Konoha sur la cuisse.

[Heichiro] – Non. Mais cela n’a aucune importance.

Et comme dans la vie… comme ça, l’accélération. Trois shinobi tombèrent sur Botan, cinq sur Heichiro et Nagasi. L’adversaire dans notre dos était le plus fort, sans doute. Je me souviens de son visage, pendant le combat son voile est tombé. Botan s’écroula le premier tandis que j’essayais au mieux de l’épauler. Puis Nagisa, plus loin, la moitié du torse arraché par le coup d’un ennemi. Heichiro se démena contre le reste et moi, je sombrais dans l’inconscience. La dernière image dont je me rappelle, c’est Heichiro sur un genou face au contrebandier qu’on devait tuer. Puis plus rien.

J’ai été réveillé par quelqu’un. J’entendais des bruits indistincts qui me remplissaient la tête. Incapable de discerner les paroles, je me suis aperçu que même si je désirais me débattre je n’aurais rien pu faire. Il y avait une femme qui portait le sigle de Konoha, mais pas barré cette fois-ci. Elle me parlait doucement. Je sais qu’elle me disait que mes compagnons étaient morts. Alors je me suis laissé retomber dans l’inconscience.

MessageSujet: Re: Les Âmes Damnées   Mer 23 Sep - 19:15

Pendant les premières années, je n’ai pas beaucoup aimé Konoha.

Je n’y pouvais rien j’imagine. Je crois que j’étais intimidé. Je me suis réveillé dans leur hôpital. Il y avait cette jeune femme qui ne cessait de s’occuper de moi. Je n’ouvrais pas les yeux, mais je savais que c’était une femme. Plus tard, elle s’est mise à me parler. Ça a duré quoi… deux jours, vraiment. Après j’ai voulu ouvrir les yeux et tout ce que j’avais vécu s’était réellement passé. Une équipe vint me trouver, mes sauveurs. L’homme portait un masque, mais pas les autres. Ils m’expliquèrent où j’étais, me demandaient si je me souvenais de quelque chose.

Je me souvenais de tout en fait. Ils m’apprirent que mes compagnons étaient tous morts et que leurs corps avaient été rapportés à Konoha. Je ne sais pas si c’était juste. Il s’agissait d’esprits libres et pire, ils n’aimaient pas beaucoup les shinobi. Mais égoïstement, j’étais heureux de les avoir si près de moi. Un peu comme un repère, parce que pendant ces années, j’avais l’impression d’évoluer sous un ciel noir sans les lumières de l’espoir, du bonheur ou de la satisfaction.

J’ai quitté Konoha, plus tard, et c’est la question que beaucoup se posent sur moi. Pourquoi est-ce que Noya Fujissuke, ce garçon si doué et si aimable, a-t-il trahi son village ? Eh bien, ce n’est pas le commencement de l’histoire et ça n’a rien d’exceptionnel en soi.

Je n’avais jamais appris la base du chakra, toutes ces choses. Je ne m’y suis pas intéressé lors de ma première année. Je ne cherchais pas à me faire d’amis, j’en avais, puis je ne les voyais plus et, gênés, ils finissaient par m’éviter. J’allais sur la tombe de mes compagnons presque tous les jours. Je restais assis là, pour leur témoigner mon respect. Rien d’autre. Puis au final, j’ai fini par faire des efforts. Des efforts énormes. Rapidement, j’ai rattrapé le retard accumulé l’année passée. Je suis devenu un gamin prometteur. J’avais presque dix-sept ans, les garçons et les filles de mon âge étaient tous de grade supérieur. Mais je n’étais pas inquiet. Une fois, j’ai affronté un Chuunin au sabre. Je me souviens la facilité avec laquelle je l’ai vaincu. Il était largement moins bon que Heichiro. C’est à ce moment que j’ai su avoir pris la bonne décision, j’ai persévéré. Tu sais, j’ai vraiment aimé mon passage à Konoha au final. J’ai appris à l’aimer. Konoha est un village reposant. J’en avais besoin.

J’avais vingt-quatre ans et j’étais Juunin. J’entraînais des jeunes… Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Peut-être qu’on les a tué. Peut-être qu’ils m’en veulent toujours. Bah. Ce sont des choses qui arrivent. On ne peut pas vivre et espérer que les autres restent égaux. Je remplissais mes missions avec zèle, mes élèves progressaient bien. J’avais des groupes d’amis, de travail ou à l’extérieur. C’était plutôt la belle vie. Mais tu sais… je ne pense pas qu’on puisse faire un trait sur son passé. Plus je vieillissais, plus j’étais obsédé par mes compétences. Je cherchais les félicitations, la tape sur la tête, comme on cajole un bon chien. Je travaillais pour ça. Et peu à peu, j’ai commencé à être aigri que mes talents et mes services ne soient pas davantage reconnus. Alors je progressais davantage encore. L’esprit humain se fait facilement floué : je savais que les autorités m’avaient parfaitement étudié et qu’elles trouvaient que c’était un bon moyen de me pousser à me dépasser. Ils avaient raison en un sens. Mais ça n’est pour rien dans ma décision de quitter Konoha. J’avais découvert pendant une séance de lecture de rapports confidentiels que l’attaque qui avait coûté la vie à mes amis remontait très haut. Quelqu’un à Konoha avait permis à ces hommes, aux déserteurs, d’obtenir ces caisses d’armes, de parchemins scellés, de pilules de combat et d’autres recherches secrètes. Il avait même suivi le trajet jusqu’au Pays de la Foudre qui devait leur permettre de temporiser. Son nom n’était pas clairement écrit juste ce « N. ». J’étais furieux, j’ai exigé d’avoir des éclaircissements. On m’a expliqué que cela dépassait de loin mes autorisations et que j’encourais gros à poursuivre. Je n’étais pas… haineux… envers Konoha, comme j’ai pu l’entendre. J’avais seulement compris que la politique, dès lors qu’elle menace les intérêts du village, est une ennemie coriace qui ignore le concept de vérité.

Je suis parti dans les mois qui suivirent. J’étais devenu puissant. J’avais servi en échange Konoha. Je ne me sentais pas redevable. La dernière chose que j’ai faite, c’est dire adieu à mes amis. Et j’ai voyagé longtemps. J’avais vingt-six ans.


Noya se sentait sale, fatigué et affamé. Il s’assit une nouvelle fois contre un arbre, la bouche ouverte dans une vaine tentative d’aspirer davantage d’air. Il devinait un village au loin, les fumées qui s’échappaient de la frondaison représentaient la preuve de son salut. Il en appela à ses forces pour se relever et poursuivre son chemin.

Les portes du village ne tardèrent pas à se dessiner, mais elles paraissaient si usées et délabrées que Noya songea un instant avoir rêvé ces fumées. Toutefois, il avisait des gens qui l’observaient avec des yeux creux mais comme fauves, leurs corps solidement charpentés et parfaitement droits trahissant un long entraînement aux armes. Noya notait cela sans s’y arrêter, car ce n’était que des éléments sans beaucoup plus de substances. Il pénétra dans le village et supporta le regard muet de ces gens, sans desserrer la mâchoire.

Il trouva une petite boutique, auprès de laquelle il acheta un repas simple mais réconfortant. Une chose dont il n’avait pas à se soucier, l’argent, qu’il avait accumulé pendant ces missions et ces années de service. Il en avait laissé une large portion sur place, pour ceux que ça intéresserait. Avec son katana et des vêtements chauds, Noya se sentait paré à toutes les situations.

Les gens se désintéressèrent de lui après qu’il eut fini son repas. Le cours des choses continuait, dans la monotonie. Le déserteur n’eut pas à cœur de demander où il se trouvait ; sans doute quelque hameau sans espoir qui avait poussé des suites des nombreuses guerres qui avaient agité les pays. Ils avaient le visage de survivants et les allures de guerriers. Noya se fit la réflexion qu’il s’agissait peut-être d’anciens shinobi d’Iwa qui avaient quitté le village après ses problèmes internes. Il décida de passer la nuit ici puis de repartir au matin.

Il se leva tranquillement, régla ce qu’il devait et traversa le village sans se presser, observant alentour la pauvreté que ne cachait pas la fierté des habitants. Les maisons tenaient difficilement debout, en partie grâce au climat tempéré du Pays du Feu, les palissades n’étaient plus que des souvenirs, le bois pourri se disputait aux charognards. Noya trouva la fontaine. Il se passa de l’eau sur le visage pour en retirer la crasse, en prenant soin de ne pas salir l’eau de la fontaine.

[Inconnue] – Qui t’a permis d’utiliser cette eau ?

La voix, féminine, n’était pas ouvertement hostile mais la menace sourdait subtilement de son ton. Sans se retourner, Noya s’essuya les mains l’une contre l’autre.

[Noya] – Personne.

Il se retourna, ses doigts se refermant sur son arme. Une jeune femme lui faisait face, les yeux froncés et les bras croisés sur sa poitrine. Sa peau marquée par le soleil avait pris une teinte de cuivre, ses cheveux attachés et ses vêtements amples et légers indiquaient qu’elle travaillait quotidiennement pour ce village. Néanmoins, deux armes pendaient à sa ceinture.

[Inconnue] – Et qu’est-ce qui t’a fait croire que tu en avais le droit ?

[Noya] – Ma bouche sèche.

Il ne jugea pas utile d’ajouter quoi que ce soit d’autre, mais il ne pouvait pas non plus se contenter de détourner le regard. Cette femme, il le savait, profiterait de l’ouverture pour l’attaquer. L’excitation du combat lui saisit le cœur. Oubliée la fatigue, oubliée l’aspiration à un bain.

[Noya] – Je crois que… je vais t’écraser maintenant.

La femme ne répondit pas et ne sortit pas son arme lorsque Noya adopta la garde apprise auprès de Heichiro. Elle conserva les bras croisés à le juger sévèrement et l’homme ressentit du mépris à son égard. Il attaqua soudainement et frappa au niveau de l’épaule, pour s’assurer qu’elle ne puisse plus manipuler efficacement sa lame. Il fut interrompu brusquement et cracha un peu d’air, ses poumons soudainement vides. Il baissa les yeux, le manche du wakizashi de la femme venait de lui percuter le sternum.

Il recula d’un bond. Son adversaire conserva sa position, les jambes fléchies et la main désarmée tendue dans le vide, prête, il le voyait, à saisir la lame longue si le besoin s’en faisait sentir. Mais c’était une précaution, car elle ne semblait pas déterminer à dévoiler le tranchant de son arme.

[Inconnue] – Prétentieux shinobi… Je manipulais des armes quand ta bouche sèche parasitait encore le sein de ta mère. Vous avez grandi dans le confort de votre supériorité, une supériorité acquise en attisant la haine et en trahissant les âmes les plus nobles de ces pays.

[Noya] – Qui es-tu ?

[Inconnue] – Cela ne te regarde pas, chien ! Je te laisserai vivre pour cette fois, car on a juré de ne pas verser le sang dans ce village. Mais dégage d’ici et ne reviens plus jamais, toi et tous les autres.

[Noya] – Je suis seul. J…

[Inconnue] – Cet échange est terminé.

Elle remit l’arme à sa ceinture et se détourna vivement. Noya la regarda remonter la rue, en se massant doucement le sternum. Un coup si puissant à une distance si courte… et à une telle vitesse… Singulier. Alors Noya comprit, son regard rencontrant celui de tous ces gens qui avaient assisté à la scène. C’était des samouraïs. Tous autant qu’ils étaient. Nagisa les avaient évoqué, ces bidonvilles minables dans lesquels subsistent ce qui reste des samouraïs. Certains vendent leurs services comme des putes, les autres préfèrent encore la grande misère plutôt que de renouer avec cette société qui les avait vu s’écrouler. Mais cela n’expliquait pas la sauvagerie de la jeune femme pour les shinobi. Le style de combat n’avait pas été abordé, elle avait parlé de haine et de trahisons. Peut-être n’y avait-il pas de réponses mais sans savoir exactement pourquoi, Noya décida de passer la nuit ici jusqu’à ce que quelqu’un accepte de lui en apprendre davantage. C’était la première fois qu’il avait la chance de renouer avec des gens qui avaient peut-être connu Nagisa et Botan et Heichiro. Il ne la laisserait pas filer à cause de cette menace.

Et même… il avait le désir fou et puissant de combattre réellement cette femme, lorsque son corps serait reposé et son esprit apaisé.

MessageSujet: Re: Les Âmes Damnées   Jeu 24 Sep - 22:29

Après une nuit de sommeil dans ce qui avait autrefois été une taverne, Noya ressortit dans le petit village. Plusieurs habitants étaient déjà levés pour vaquer à leurs travaux. Sa journée de la veille avait été écourtée par l’intervention de la femme et à cette pensée, l’homme se remémora sa promesse de croiser le fer avec elle. Il dépassa les palissades pour trouver la rivière que les villageois utilisaient vraisemblablement pour se laver et obtenir de l’eau potable en quantité. Il ne lui fallut pas marcher longtemps, à peine sortit d’un nouveau petit bois il entendit le gloussement joyeux de l’eau. Il laissa son arme dans le creux d’un arbre mort et retira le haut de sa tunique. Cela faisait longtemps qu’il aspirait à un bain revigorant et cette rivière vive semblait tout indiquée. Il apercevait parmi les quelques troncs qui le séparait d’elle un scintillement éclatant qui saluait le soleil levant.

Sans plus attendre, Noya s’approcha. D’autres que lui avaient eu la même idée ; une silhouette de dos ne tarda pas à se dévoiler. L’homme préféra s’éloigner légèrement pour laisser à chacun l’intimité dont il avait besoin. Quand il y pense aujourd’hui, c’est encore l’une des rares choses qui parvienne à lui arracher un sourire. Il tomba nez à nez, littéralement, face à la jeune femme de la veille qui sortait de la rivière. Elle s’immobilisa parfaitement, sans chercher à dissimuler sa nudité. Noya détourna la tête ; il ne l’aurait pas imaginé. C’était un corps de guerrière dans tout ce qu’il y a de plus terrible. Des blessures qui ne partiraient sans doute jamais, une épaule légèrement brûlée, une nette coupure qui lui barrait un sein, une plaie ancienne sur le biceps droit et deux autres beaucoup plus récentes à la hanche et au-dessus du nombril. L’homme se baissa pour ramasser la serviette que la femme souhaitait certainement récupérer, et lui envoya sans regarder. L’inconnue l’attrapa sans desserrer les lèvres, se la fixa autour de la poitrine et continua son chemin vers ses affaires. Noya fit un pas quand il entendit le son caractéristique d’un katana. Il n’eut toutefois pas le temps d’agir, la pointe de ce dernier s’enfonça doucement dans son cou. Une goutte de sang perla.

[Inconnue] – Je vais devoir te tuer.

[Noya] – Pour avoir vu ton corps ? C’est un peu puéril.

[Inconnue] – Va chercher ton arme. Réglons cela.

Noya secoua la tête, ignorant le katana qui se fichait un peu plus à chaque mouvement. Il se détourna. Le frisson de l’excitation lui remonta la colonne vertébrale. Comme à chaque fois avant un combat la difficulté inconnue, son esprit se calmait et se mettait en condition à lui assurer la survie. Son instinct s’aiguiser ; cet instinct de tueur qu’il avait travaillé au fil des ans. Il ramassa son arme d’un geste sec et s’en retourna sur ses pas.

La femme l’attendait. Elle ne s’était pas rhabillée, les sourcils toujours légèrement froncés. Pieds nus, elle se rapprocha de la berge caillouteuse.

[Noya] – Je ne trouve pas cela correct que tu combattes ainsi.

[Inconnue] – Tais toi.

Noya retira ses sandales et la suivit. Elle le dévisagea sans mot dire, la pointe de sa lame vers le bas. Ses cheveux trempés dégouttaient sur son visage. Noya se mit en garde. Sa conscience percevait les oiseaux qui piaillaient, l’eau qui ruisselaient, les feuilles qui bruissaient et même les voix, beaucoup plus loin. Mais son attention était uniquement focalisée sur son adversaire, les mouvements de sa main, légers mais présents, la lueur sombre de ses yeux, le pli résolu de sa bouche. Leurs lames se rencontrèrent une fois, deux fois, puis ils se séparèrent. La jeune femme se mit à marcher, son katana toujours pointé vers le bas. Elle s’élança, feinta, le frappa du plat de la lame dans le flanc, retira son arme et l’enfonça d’un même élan dans sa cuisse sur une dizaine de centimètres. Noya la frappa au visage pour qu’elle se désengage mais avant qu’il ne lui donne un deuxième coup, il sentit avec horreur sa main sabrée lui échapper. Il craint un instant la voir tomber par terre, membre mort, mais il n’y eut rien qu’une gerbe de sang aléatoire. Son bras se mit à trembler tandis qu’il reculait. Elle était rapide. Sans pitié, elle appuya son avantage. Noya n’eut pas le temps de changer de main et dût continuer avec son membre blessé. Ses coups manquaient de force. Quand la jeune femme frappa de toute sa puissance rassemblée le plat de son arme, elle lui échappa des mains et partit s’encroûter dans le sable pendant que celle de son ennemie traversait son corps. Elle appuya et le plaqua contre un arbre, son bras libre pressant sur sa gorge.

Il sentit son souffle chaud sur son visage, tandis qu’il portait sa propre main sur celle de la femme, sans réelle force.

[Inconnue] – Tu vas mourir maintenant, imbécile.

[Noya] – ... Nom ?

Un peu de sang coula sur son menton et s’écrasa sur la joue de son adversaire.

[Inconnue] – Je m’appelle Soru. Soru Roshouki.

Noya grogna et posa la main sur sa taille. Elle fronça les sourcils, mais ne chercha pas à se dégager. Il aurait pu la repousser avec du ninjutsu ; mais cela aurait été insultant.

[Noya] – Noya. Fujissu.. ke.

Le visage de Soru se tendit. Elle demeura immobile un instant avant de retirer brusquement sa lame et d’appuyer avec sa main sur la blessure sur de Noya qui suintait d’un sang sombre et tiède.

[Soru] – Merde. Imbécile. Celui de Nagisa ? Crétin.

Soru le tira à elle, et le shinobi fut surpris de voir à quel point elle le supportait. Mais pour la deuxième fois à près de dix ans d’écart, Noya perdit connaissance avec la voix d’une femme dans les oreilles.

MessageSujet: Re: Les Âmes Damnées   Jeu 24 Sep - 22:29

J’ai encore la marque de ton katana… Juste là. C’est… émouvant, quelque part, de voir le corps d’un guerrier. On peut deviner sa vie. Il y a des blessures d’ennemis, d’autres d’amis, d’autres encore de traîtres… toute une vie gravée dans sa chair. Jusqu’à la blessure fatale, la touche finale de l’artiste. Oui…

Je savais que tu étais à mon chevet. Je t’entendais t’entraîner dans la tente, ou me parler. Tu m’ordonnais de ne pas mourir car cela aurait été impardonnable, pour toi comme pour moi. Je me souviens de tout cela parce que j’avais une fièvre insupportable. Comme une vis qui me vrillait le corps, du crâne jusqu’aux pieds. J’avais perdu l’habitude de ces choses. A Konoha, quand j’étais blessé, un médecin me prenait en charge. Pas de fièvre, pas de délire. Juste beaucoup de fatigue et un gros repos. Mais vous m’aviez soigné avec ce que vous aviez, comme si j’étais l’un des vôtres. C’est vrai, j’étais l’un des vôtres. J’ai fini par me réveiller. Peu de temps après, j’avais recouvert ma mobilité.

Ce que je n’ai pas osé te demander alors, c’est pourquoi tu n’avais pas frappé pour tuer, à la rivière. Ta lame avait évité chacun de mes points vitaux, sans quoi tu n’aurais pu me sauver avec toute la volonté du monde, mais le coup était néanmoins suffisant pour me mettre hors combat. Cela n’a plus d’importance. Tu n’es pas obligée de répondre.


Noya était adossé contre un bout de palissade, les yeux mi-clos à profiter du soleil. Cela faisait près de deux semaines qu’il séjournait dans ce village et chaque jour il retrouvait un peu plus de sa personnalité. Il osait à peine s’entraîner avec Soru, tant son ennui poli était évident. Elle ne devait pas utiliser le dixième de ses connaissances pour le vaincre et alors, systématiquement, il se demandait où et comment elle avait pu en apprendre autant. Soru était à peine plus jeune que lui, mais il redouterait même de l’affronter quand elle était adolescente tant le fossé devait être important. Elle ne répondait pas à ses questions, aussi avait-il cessé de l’ennuyer avec ça.

Les jours passèrent, puis les mois et Noya ne désirait toujours pas partir. La maigre communauté l’avait recueilli, il travaillait à leurs côtés. La nuit, il dormait chez Soru. Elle vivait seule dans une maison qu’elle aurait pu aussi bien avoir assemblée elle-même tant elle paraissait simple. Mais elle restait agréable. Avec le temps, ils discutèrent beaucoup. Il l’appelait « mon amie ». Noya lui raconta sa vie auprès de Nagisa, Botan et Heichiro. Il ne fit pas l’impasse sur l’épisode de la caverne, il lui apprit que ces anciennes connaissances étaient mortes aujourd’hui. Soru ne dit rien quand il précisa qu’ils étaient à présent à Konoha. Il parla très rapidement de sa vie à Konoha et resta évasif.

[Noya] – Parfois je me dis que j’ai commis une faute grave en désertant Konoha. Quelque chose de déshonorant.

Soru tourna la tête vers lui. Il discernait son regard dans le noir, mais ne put déchiffrer son expression. Elle parla lentement.

[Soru] – Non… La servitude, quand on la ressent comme une servitude, est déshonorante. Plus nous serons forts, moins nous serons exposé à cette servitude. C’est ce que nous devons éviter pour ne plus jamais répéter nos erreurs.

Ils se turent un moment.

[Noya] – Parle-moi de toi.

[Soru] – Plus tard. J’ai sommeil. Bonne nuit.

« Plus tard »Je ne savais pas que j’allais attendre six ans… Après trois ans passés dans ce village, j’ai fini par le quitter. Nous nous sommes dit adieu et cela m’a rappelé la fois où j’ai quitté ma famille. Mais cette fois-ci, j’avais la sensation que nous nous reverrions. Tu m’as demandé de prendre soin de moi, que j’étais plus fort désormais. C’était vrai dans beaucoup de sens différents ; j’avais acquis de nouvelles bases de combat, j’avais appris beaucoup de choses sur la vie, j’étais en paix avec moi et avec les autres, et j’avais des amis qui me ressemblaient. Je t’ai demandé quand est-ce que nous nous reverrions. Un de tes rares sourires et : « quand tu auras encore besoin de moi, Noya ».

À partir de là, j’ai voyagé longtemps. Après notre rencontre, j’avais envie de progresser beaucoup plus. Je ne saurais t’expliquer, mais la sensation d’avoir perdu beaucoup de temps comparé à tous ces jeunes me dévorait. Alors un jour je suis tombé sur une expédition de Konoha, par pur hasard, dans une petite ville. Ils m’ont reconnu et ont immédiatement engagé le combat. Je pense que je ne les aurais pas tués s’ils ne m’avaient pas reconnu. Konoha croit que je m’intéresse à lui, que je nourris quelque rancune à son encontre. C’est faux. Kikuria m’a demandé de rester dans ce pays parce que c’était celui que je connaissais le mieux, le village n’avait plus de secrets pour moi. N’anticipons pas. Il y avait un Hyuuga dans cette équipe, c’était celui qui m’avait reconnu – le chef – et ses élèves. Je les ai tous tué. C’était leur combat, leurs règles. S’ils voulaient vivre, il ne fallait pas l’engager. Je sais que beaucoup ne comprendraient pas… Cet homme est mort dans mes bras. Il me demandait pourquoi j’avais quitté Konoha, je ne voyais pas quoi lui dire. J’ai répondu que c’était pour respirer, qu’il n’y avait pas d’intention hostile. À sa demande, je l’ai achevé. Puis j’ai réfléchi. J’étais tout près de Kumo, un village réputé pour la qualité de ses médecins. Et les yeux des Hyuuga sont des objets qui m’avaient toujours intrigué dans ma quête de puissance. Avec cet atout, je gagnerais quelques millièmes de secondes lors de mes duels. En vérité, je te le confesse parce que tu es ma seule amie, je voulais te battre plus que tout. C’était un accomplissement pour moi, la revanche de mes années perdus sur ton pur génie. Bah. Je crois aujourd’hui que j’aurais pu tricher de n’importe quelle manière, cela aurait été très peu noble et tu m’aurais quand même humilié.

Dans tous les cas, j’ai laissé le cadavre dissimulé aux alentours du village et je l’ai soigneusement infiltré. Il y avait un médecin, Urasa, un sombre esprit réputé génial par ses pairs, retors par les autres. Il ne me dénonça pas, même s’il me reconnut et fut intrigué par ce que je lui proposais. J’ai payé très cher, mais il a accepté de faire l’opération. J’ai obtenu les yeux du Hyuuga. Ce furent les semaines les plus horribles de mon existence. La souffrance… horrible. Je sais, c’est le prix de la tricherie, ne me regarde pas comme ça. Mais à mesure que la douleur s’intensifiait, je sentais le pouvoir résonner en moi. D’abord rebelle, il s’atténuait et se calmait presque. Je pleurais souvent du sang la nuit, sans pouvoir rien n’y faire. Urasa me laissa me débrouiller. Je partis me réfugier plus loin dans le pays, mes pas me menèrent dans cette fameuse caverne. Elle était désaffectée, totalement. J’y suis resté longtemps. Je mangeais ce que je trouvais et je buvais à la rivière. La brûlure de mes yeux cessa. Je maîtrisais mal ce nouveau pouvoir et même plusieurs années plus tard, je ne peux pas bien le contrôler. Mais pour ce que je m’en sers, cela suffit, je l’utilise rarement.

Un peu avant ça, j’ai rencontré Kikuria au cours d’un de mes voyages. J’ai été attiré par sa force. La première chose que je me suis dit en le voyant ce fut : « Soru le détesterait ». Moi-même, je ne l’aimais pas beaucoup. Il aspirait à trop de pouvoir d’un coup, il en était corrompu. Tu l’as remarqué toi aussi. Il est soumis à son pouvoir, il ne le maîtrise pas contrairement à ce qu’il prétend. Il est… la marionnette de sa propre ambition. Mais cela ne nous concerne pas. En son nom, au nom de cette aube nouvelle, j’ai tué un Hokage et un Raikage, un Hyuuga de Konoha. J’ai tué, de fait, beaucoup d’autres personnes. De tous les âges. Mais j’ai toujours scrupuleusement respecté les codes du combat. Le meurtre n’était pas gratuit, c’était toujours un combat. Pourtant, à mesure que le sang coule, on peine à se trouver noble d’une quelconque façon. J’ai abandonné cette idée. Je veux seulement vivre selon ce code. Et je pourrais vivre tant que je ne verrais pas le mépris dans ton regard ou dans celui des autres samouraïs. Parce que je souhaite ne pas trahir la mémoire de mes amis passés, ni de mes amis présents.

Et puis, je suis venu te chercher. On m’a dit que tu avais quitté le village depuis plusieurs années alors je t’ai suivi. J’ai enquêté longtemps mais je savais que nos chemins se recroiseraient. Et quand j’ai vu cette silhouette de dos, tout engoncée dans une armure complète, j’ai souri.


Noya s’approcha calmement. La personne dans l’armure observait le coucher du soleil, une main sur la hanche et l’autre balançant à ses côtés. Derrière son casque, elle souriait également, les yeux clos ; c’était lui. Elle reconnaissait ses pas, son allure, cette espèce d’arrogance qu’il a rien qu’en se déplaçant. Il se mit à ses côtés en silence, et chacun d’eux goûta l’émotion qu’ils ressentaient à se retrouver ensemble après tant d’années, à se reconnaître sans s’être encore regardé dans les yeux, instinctivement, comme de vieux amis que rien ne saurait séparer.

Soru retira son casque, la première fois en présence de quelqu’un depuis très longtemps. Elle laissa Noya la serrer dans ses bras et lui rendit son étreinte. Il avait vieilli, curieusement, ses traits étaient tirés et son regard avait également changé. Mais c’était toujours lui.

L’allure de Soru ne s’était pas grandement transformée. Toujours la même teinte de peau bronzée, les mêmes lignes plus claires qui témoignaient d’anciennes plaies et ses yeux noirs pétillants dans lesquels il trouvait un peu de cette paix qu’il avait longtemps cherchée.

[Soru] – Tu me cherchais.

[Noya] – Je crois que j’ai quelque chose qui pourrait t’intéresser.

Ils s’assirent à même le sol, et Noya aborda la proposition qu’il était venue lui faire. Intégrer Asahi, une organisation de shinobi renégats qui se préparait à passer à l’attaque à une plus grande échelle. Soru fronça les sourcils, ses doigts à présent dégantés glissant doucement sur le fourreau de son arme.

[Soru] – Je respecte tes choix d’associations, Noya, mais jamais je ne rejoindrais de pitoyables shinobi.

Noya sentit dans son ton qu’elle était un peu déçue qu’il ait seulement pensé à lui proposer cela. Il sourit.

[Noya] – Un jour, tu m’as avoué ton désir de voir le monde des shinobi arriver à son terme, de leur faire ce qu’ils avaient fait aux samouraïs.

[Soru] – En effet.

[Noya] – Seulement, les samouraïs sont peu nombreux. Tu es forte, mais tu es isolée dans cette bataille. Utilise l’ambition des shinobi qui veulent asservir les leurs pour réaliser ce vœu. Kikuria va massacrer beaucoup de gens. Il va démanteler une organisation tentaculaire qui est certainement à l’origine du destin funeste des samouraïs, une organisation qui a de tout temps dirigé le destin des hommes.

[Soru] – Tu raisonnes comme un shinobi...

Noya acquiesça doucement.

[Noya] – Oui. Mais si tu avais une chance d’employer ta force à l’accomplissement de tes objectifs, en l’unissant à ceux qui peuvent servir tes intérêts… est-ce que tu la laisserais s’écouler parce qu’elle te rapproche de tes ennemis ? Quand je t’ai demandé pourquoi ton village était si près des pays ninja, tu m’as dit que plus tu étais proche de tes ennemis, plus tu te sentais forte. Tu seras définitivement très forte.

Et tu as accepté. Kikuria m’a félicité pour avoir recruté quelqu’un d’aussi puissant. Tu l’as impressionné à Konoha. Je sais que cela n’est pas facile pour toi, comme situation. Mais je te fais confiance pour toujours prendre les bonnes décisions, quoi qu’il arrive. Je suis le seul aujourd’hui à connaître ton identité, à savoir qui se cache derrière cette armure complète. Tu as raison de te préserver. Parce que nous allons au devant d’ennemis puissants et qu’il ne faudrait pas qu’une lame s’insinue par derrière… Mon histoire, Soru, n’a pas grand-chose d’intéressant. Il n’y a pas de revirement haineux, je n’ai pas de motivation essentielle. Quoi, ma famille n’a pas été massacrée, mes amis n’ont pas été assassinés dans leur sommeil. J’ai eu une vie juste. Je suis fier de te compter comme amie. Mais je dois répondre à mon propre chemin désormais. Ne me regarde pas comme ça. Pendant l’attaque à Konoha, j’ai défié un shinobi. Je dois désormais honorer ce défi. Je souhaite que tu sois mon témoin. Tu es la seule personne en qui j’ai une totale confiance pour respecter les anciennes règles du défi. Mon adversaire ? Il les respectera. Parce que de toute façon, il ne voudra pas t’affronter après m’avoir trahi. Ce n’est pas un imbécile.

Mais tout cela, toute cette histoire, personne n’en saura jamais rien. Hormis cette silhouette fière et immobile, ce samouraï intégralement couvert qui se tenait aux côtés du guerrier tandis qu’approchait son adversaire à l’heure du défi, Hyuuga Akogare.
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