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 Entre Doute et Confiance

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MessageSujet: Entre Doute et Confiance   Ven 25 Sep - 13:34

Shigeo se tenait droit, dans son bureau, devant la grande et large baie vitrée qui offrait à ses yeux une vue d’ensemble de Kumo. Le ciel était dégagé et la ville était baignée dans la douce lumière de l’astre solaire. Les mains croisées, dans son dos, et sa posture quelque peu rigide marquaient ostensiblement son état d’esprit : pensif, pour ne pas dire préoccupé. Il était l’intendant de Kumo et en tant que tel il était amené à faire des choix et prendre des décisions. Ils n’avaient que trop longtemps essayer de maîtriser un feu destructeur, plutôt que de chercher à l’éteindre. Il était plus que temps que le village des Nuages reprenne des initiatives et aille de l’avant.

Un commis vint l’informer que la personne qu’il attendait était arrivée. Un bref coup d’œil sur la petite horloge qui trônait fièrement sur son large bureau de chêne lui apprit qu’aujourd’hui ne ferait pas mentir la réputation d’excellence de son invité.

Shigeo – Faites le entrer.

Ses mains se crispèrent légèrement. Il pouvait encore tout arrêter et repenser ce qui avait été maintes fois débattu. Faisait-il ce qui était nécessaire pour son village ? Assurément, il le croyait et ne voulait en douter. En ce jour, Kumo prendrait une nouvelle direction, pour un renouveau que l’Intendant espérait grandiose, même si cela nécessitait de dépasser les tabous du passé. Le chuunin Sho Nagoshi franchit alors la porte et se présenta à lui, et cela malgré le fait que l’actuel chef du village caché du pays de la Foudre lui tourne le dos, pour continuer à contempler par delà sa fenêtre.

Shigeo – Prenez place, chuunin Nagoshi. Haita, vous pouvez nous laisser.

L’Immortel apparu alors, comme par enchantement, salua les deux interlocuteurs et indiqua qu’il attendrait à la porte. Un léger silence s’installa et Shigeo ne se retournait toujours pas.

Shigeo – Votre dossier est exemplaire et vos enseignements sont loués par nombre d’étudiants, toutefois, je m’interroge, l’intendant se retourna légèrement, juste assez pour voir Sho assis. De quel côté êtes vous Nagoshi-san ?

La question avait de quoi être déstabilisante, Shigeo se tourna de nouveau vers la fenêtre. Que dire du visage du chuunin, qu’il venait de voir à l’instant, pouvait-il s’y fier ? Il ferma les yeux, mais Sho ne put le percevoir. Il y a des choses que Kakumei ne devait pas apprendre ou dans le pire des cas, se le voir révéler le plus tard possible. Shigeo n’avait jamais aimé s’en remettre au hasard, au destin et d’un certain côté, il avait l’impression que c’était cela qu’il s’apprêtait à faire, d’un autre côté, il voulait avoir confiance en ses hommes, sinon comment pourraient-ils avoir foi en lui ?

Shigeo - De Kumo, si j’en crois les rapports … et mon instinct. Ce que m’apprêtes à vous révéler ne doit en aucun cas sortir d’entre ces murs, cette fois, il se retourna complètement pour faire face au chuunin.

Shigeo - Me suis-je bien fait comprendre ?, la question était plus rhétorique qu’autre chose, mais elle marquait l’importance profonde des propos à venir. Son regard plongea dans celui de Sho, et il ne trouva pas ce qu’il redoutait.

Shigeo - Il y a de cela quelques temps, le Yondaime fut tué par un traître, un membre d’Asahi, l’ancien Haut Sénateur Heihachi, alias Karan. Aujourd’hui nous savons de sources sûres que son assassin n’est plus de ce monde, toutefois il reste des zones d’ombre sur les motivations qui poussèrent ces deux hommes à se rencontrer et à s'affronter.

Shigeo récitait presque une suite d’évènements et les conclusions qu’ils appelaient, à force de les avoir pensées et analysées. Il avait volontairement tu la manière dont il avait appris la mort du Général d’Asahi.

Shigeo – A l’époque, la thèse avancée, était que le Yondaime avait été prévenu par une source inconnue du danger qu’encourait une de ses équipes. On peut naturellement penser que c’est Heihachi lui-même qui a donné cette information pour pouvoir se confronter à notre kage.

La voix de l’Intendant était emplie de gravité et plus que jamais on sentait l’importance du sujet. On touchait là à un révéré meneur du village, ses faits, sa réputation. Il était l’emblème du village des Nuages à l’étranger, si ses actions étaient entachées de honte, non seulement cela décrédibiliserait le village aux yeux de ses voisins, mais aussi la fonction même aux yeux des habitants de Kumo no Sato. Shigeo se passa la main sur les yeux et inspira un peu plus lourdement qu’à l’accoutumée.

Shigeo – Toutefois, il semblerait qu’à la lueur d’autres éléments, la vérité ne soit pas aussi reluisante. Kimimaro-sama était un voyageur, il ne pouvait rester dans son bureau, il ne tenait pas en place. Si, effectivement Heichachi l’a informé qu’il allait s’en prendre à une équipe de Kumo, pourquoi avoir agit seul ? Pourquoi n’avoir prévenu personne ? Il était pressé et a agi dans l’urgence, c’est ce que j’ai voulu croire jusqu’au bout, mais ce n’est plus possible, aujourd’hui.

Il se tut pour se laisser le temps de reprendre son souffle et surtout à Sho d’assimiler toutes ses paroles. Shigeo ne s’asseyait pas et continuait à fixer l’horizon, on pouvait sentir la honte de n’avoir su assister comme il l’aurait voulu le Yondaime. Ni même le Godaime, d’ailleurs.

Shigeo - Nous avons récemment appris que le Yondaime, peu avant sa mort, avait effectué une « sortie » de quelques jours , avec le rouleau d’invocation du village, et était revenu sans. S’il l’a caché quelque part pour le mettre en sécurité car il redoutait l'issue de l’affrontement avec Heihachi, cela signifie qu’il estimait que le village n’était pas capable de garder cette relique, sans lui. Cette hypothèse est réellement humiliante.

Shigeo se retourna vers Sho. Il s’assit pour faire face à son interlocuteur et le fixa du regard.

Shigeo – Je n’ose imaginer qu’il ne l’a pas caché…

En effet, Kimimaro aurait pu vendre le rouleau, l’échanger contre autre chose mais ces hypothèses étaient tellement saugrenues qu’ont ne pouvaient les formuler à voix haute. Elles indiquaient toutes que le kage était un traître à son village, mais valait-il mieux cela au fait qu’il dénigre si fortement les capacités de ses hommes, au point qu’il les estime incapable de veiller sur l’antique relique ?

Shigeo – Venons en à ce qui vous amène ici. J’ai lu les rapports sur les faits qui se sont déroulés à votre insu dans l’hôpital. Je souhaite que vous effectuiez une enquête à ce sujet. Sous ce couvert officiel, je souhaite que vous entamiez secrètement des recherches sur le rouleau disparu.

A voir le visage du chuunin, Shigeo était convaincu qu’il avait compris ce qu’on lui demandait et qu’il avait déjà des idées sur la marche à suivre, ce qui allait à ravir à l’Intendant.

Shigeo – Vous avez carte blanche pour constituer votre équipe et sur les investigations à mener.

Le chef de Kumo tendit alors un papier avec un nom écrit dessus.

Shigeo – Le Yondaime était extrêmement secret. Enquêter sur lui sera par conséquent très difficile. Nous n’avons qu’un nom comme début de piste et nous ne savons où il peut mener.

Sho put lire : Tahata no Amai (les Champs Sucrés). Shigeo, le regard déterminé et confiant, lui demanda alors s’il avait des questions avant de lui donner congé.

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 28 Sep - 19:46

¤,.°o°O Spécial : Quête O°o°.,¤
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Sho entra dans le bureau de l'Intendant. Ce dernier se tenait debout devant la grande baie vitrée, le regard porté au loin, comme s'il s'était perdu dans ses pensées.

L'eisei-nin s'arrêta à un mètre derrière la chaise destinée au visiteur. Il abaissa ses yeux et se demanda s'il était correct de sa part de rompre le silence le premier. Après tout, il venait de rentrer dans le bureau de la plus haute autorité du village pour la première fois de son existence. Le protocole était sans doute différent en sa présence. A défaut de le savoir, Sho préféra s'en tenir à ce qu'il faisait d'habitude. Aussi, inclina-t-il légèrement la tête en marquant sa présence.

SHO. Vous avez demandé à me voir Shigeo-sama ?

La réponse de l'Intendant fut spontanée. Il l'invita à s'assoire.

Sho vit le chef des Immortels – reconnaissable à son masque en forme de tête d'aigle – apparaître brusquement dans un coin de la pièce. La tête d'aigle s'inclina légèrement dans sa direction puis l'Immortel se dirigea vers la porte qu'il referma derrière lui. Sho n'avait même pas ressenti une seule goutte de chakra en entrant dans la pièce. Comment la présence d'un homme aussi puissant avait-elle pu lui échapper ? La réponse se trouvait certainement dans la question ... l'incroyable puissance de l'homme en question. Le visage figé, Sho prit place sur la chaise qui faisait face au bureau de l'Intendant.

SHIGEO. Votre dossier est exemplaire et vos enseignements sont loués par nombre d’étudiants, toutefois, je m’interroge. De quel côté êtes vous Nagoshi-san ?

En d'autres circonstances, Sho aurait certainement souri. Mais la remarque n'était pas aussi dénuée de sens qu'elle n'y paressait au premier abord. Bien au contraire, elle était révélatrice de bien des choses. Les yeux sans vie, Sho ramena ses bras sur les accoudoirs de la chaise. L'Intendant ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance ou non. C'était une évidence. Sachant cela, Sho préféra ne rien répondre. L'Intendant avait demandé à le voir pour une raison. Il ne pouvait pas se permettre de compromettre cette raison en répondant ouvertement à cette question. Il devait rester neutre, comme il l'avait toujours été. Il devait tout simplement laisser l'Intendant tirer ses propres conclusions.

SHIGEO. De Kumo, si j’en crois les rapports … et mon instinct. Ce que je m’apprête à vous révéler ne doit en aucun cas sortir d’entre ces murs ... me suis-je bien fait comprendre ?

Impassible, calme, Sho inclina la tête en guise de réponse. Il avait gagné sa confiance.

L'Intendant débuta alors un long récit ... long et surprenant récit.

SHIGEO. Il y a de cela quelques temps, le Yondaime fut tué par un traître, un membre d’Asahi, l’ancien Haut Sénateur Heihachi, alias Karan. Aujourd’hui nous savons de sources sûres que son assassin n’est plus de ce monde, toutefois il reste des zones d’ombre sur les motivations qui poussèrent ces deux hommes à se rencontrer et à s'affronter. A l’époque, la thèse avancée, était que le Yondaime avait été prévenu par une source inconnue du danger qu’encourait une de ses équipes. On peut naturellement penser que c’est Heihachi lui-même qui a donné cette information pour pouvoir se confronter à notre kage.

Asahi ... un nom que Sho s'était habitué à entendre depuis sa promotion. Pourtant, aujourd'hui encore, Asahi le surprenait. Sho n'avait bien évidemment aucune sorte d'adoration secrète pour cette organisation. Il la haïssait purement et simplement. Mais ce qui l'étonnait, c'était l'art et la manière avec laquelle l'organisation réussissait à étendre ses longs doigts empoisonnés dans quasiment tous les recoins du passé et du présent. Konoha avait été attaqué et voila qu'il apprenait que Kumo avait également souffert des folies d'Asahi. Le Yondaime était mort de leur main meurtrière, tué par un traître ... tué par un kuméen.

Peu à peu, le regard de Sho descendit jusqu'à s'arrêter quelque part entre le support du bureau et le sol. Un tas de pensées se bousculait dans sa tête.

Comment était-ce possible ? Comment cette organisation pouvait détruire aussi aisément ? Comment ? Il ne comprenait pas et à voir le visage de l'Intendant, celui-ci n'avait peut-être jamais compris lui aussi. L'Asahi était plus puissante et plus menaçante que n'importe quel village caché. Elle avait un coup d'avance sur eux car, d'une manière qui échappait totalement au contrôle des autorités, elle pouvait les infiltrer, savoir, connaître, juger, sans que rien ni personne ne découvre quoi que ce soit. Quand les dirigeants commençaient à comprendre, tout était déjà trop tard. Comment, et surtout qui, pouvait mettre fin à cette organisation ?

Les interrogations de Sho se volatilisèrent brusquement lorsque l'Intendant repris ses explications.

SHIGEO. Toutefois, il semblerait qu’à la lueur d’autres éléments, la vérité ne soit pas aussi reluisante. Kimimaro-sama était un voyageur, il ne pouvait rester dans son bureau, il ne tenait pas en place. Si, effectivement Heichachi l’a informé qu’il allait s’en prendre à une équipe de Kumo, pourquoi avoir agit seul ? Pourquoi n’avoir prévenu personne ? Il était pressé et a agi dans l’urgence, c’est ce que j’ai voulu croire jusqu’au bout, mais ce n’est plus possible, aujourd’hui. Nous avons récemment appris que le Yondaime, peu avant sa mort, avait effectué une « sortie » de quelques jours, avec le rouleau d’invocation du village, et était revenu sans. S’il l’a caché quelque part pour le mettre en sécurité car il redoutait l'issue de l’affrontement avec Heihachi, cela signifie qu’il estimait que le village n’était pas capable de garder cette relique, sans lui. Cette hypothèse est réellement humiliante.

Cette fois, Sho fronça très légèrement ses sourcils. Un détail l'intriguait. Le Yondaime était sorti du village en possession du rouleau d'invocation mais quelqu'un l'avait forcément vu, ou avait remarqué son absence, sinon comment l'Intendant aurait pu avoir accès à ces informations aujourd'hui ? Le détail intriguant était là. Pourquoi les témoins ou tout du moins les personnes conscientes de ces informations avaient-elles gardés le silence pendant si longtemps ? Quel que soit la réponse, ces informations mettaient gravement en cause les décisions du Yondaime voir même son intégrité. Sho ne pouvait croire que l'un des plus grands représentants de Kumo ait été impliqué dans une affaire de corruption, de vol, ou quoi que ce soit de criminel. C'était forcément impossible ... même si l'hypothèse restait toujours envisageable.

Sho croisa le regard grave de l'Intendant. Une fois assit, ce dernier lui exposa son idée sans le moindre détour. Il voulait que Sho mène une double enquête, l'une dissimulée dans l'ombre de l'autre. Personne ne devait savoir. Personne ne devait comprendre. Il lui fallait trouver des réponses et retrouver la trace d'un objet d'une importance capitale pour le village. Pour cela, l'Intendant le laissait libre d'agir et de choisir. Il ne lui donna qu'une seule base sur laquelle se reposer, une seule. Un papier sur lequel était écrit un nom que Sho n'avait jamais rencontré jusqu'à maintenant. Tahata no Amai ... les Champs Sucrés ...

Tout un plan s'échafaudait progressivement dans sa tête. Où chercher, où commencer, comment se préparer, il n'omettait rien. L'Intendant lui demanda finalement s'il avait des questions. Sho ne réfléchit que quelques secondes avant d'ouvrir la bouche.

SHO. J'en ai quelques unes.

L'Intendant l'invita à s'exprimer d'un léger hochement de la tête.

SHO. Est-ce que vous ne voyez aucun inconvénient à ce que je sollicite l'aide d'Akai Juutai sur cette affaire ?

SHIGEO. Aucun.

Sho le remercia sans le quitter des yeux. Il marqua un court silence d'une dizaine de secondes et reprit :

SHO. Combien de jours à durer l'absence du Yondaime approximativement ?

SHIGEO. Je suis incapable de vous répondre avec précision. Une semaine ? Peut-être un peu plus, un peu moins. Personne ne pouvait contrôler les sorties du Yondaime. Il n'était pas rare de mettre plusieurs jours avant de constater son absence.

Cette dernière réponse ne l'avança pas à grand chose. Il avait espéré, un moment, qu'en connaissant le nombre de jours d'absence du Yondaime il aurait pu dessiner un périmètre plus ou moins étendu autour du village où établir ses recherches. Mais il comprenait maintenant que seul le petit papier et le nom qui y était inscrit étaient susceptibles de le mener quelque part.

SHIGEO. Vous avez d'autres questions à me poser ?

Sho secoua la tête de gauche à droite. L'Intendant l'autorisa en conséquence à se retirer.

L'eisei-nin se leva, s'inclina, puis il se dirigea lentement vers la porte. Au moment d'apposer sa main sur la poignée de porte, il coupa net son mouvement et tourna légèrement sa tête vers la gauche sans pour autant jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule.

SHO. Aussi étrange que je puisse vous paraître, je suis de votre côté.

Ses mots résonnèrent encore bien longtemps après qu'il eut claqué la porte derrière lui.

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Dernière édition par Sho Nagoshi le Sam 10 Oct - 23:11, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Jeu 1 Oct - 17:41

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Le ciel était clément. Kumo profitait des derniers rayons de soleil avant l'arrivée des habituelles averses de l'automne. Une après-midi paisible en somme.

Sho marchait le long de l'artère principale en direction du nord. Le regard perdu dans le vide, il ne percevait plus rien de ce qui l'entourait. Commerçants, shinobis, agriculteurs ou voyageurs, il ne voyait rien. Toutes ses pensées étaient tournées vers sa mission. Retrouver le rouleau disparu ... ou plutôt le rouleau caché par le Yondaime, voila une énigme qui méritait qu'on y réfléchisse à deux fois avant d'espérer la résoudre.

Ce rouleau pouvait se trouver n'importe où. Il pouvait aussi bien se trouver dans un pays lointain qu'ici même, dans le village. Il n'avait quasiment aucune indication en sa possession. Il avait juste hérité d'un nom. Tahata no Amai ... Ça ressemblait très fortement au nom d'un lieu. De là à penser que ce lieu puisse être celui où le rouleau avait été dissimulé, c'était certainement trop facile. Beaucoup trop facile pour ne pas être suspect. Pour une raison ou pour une autre, ce nom avait forcément de l'importance. Il devait commencer par là et trouver le lien entre le Yondaime et ce lieu.

A côté de ça, il y avait aussi une autre affaire à régler. Celle du professeur Jûjiro Tsukushi.

L'attaque de la Salle d'Opération n°4 était encore clairement inscrite dans sa mémoire. Il n'avait rien oublié de cette affaire, pas le moindre détail. Il revoyait le visage d'Otojiro et d'Inoue, les deux sbires de l'imposteur qui s'était fait passé pour le professeur Tsukushi. Il revoyait l'explosion, l'intervention des forces spéciales du village, le combat sur le toit, et l'arrivé d'Akai. Il n'avait rien oublié. Le moindre petit détail était important. Il le savait. S'il voulait retrouver la trace du véritable professeur Tsukushi, il devait garder en mémoire chaque seconde de ce mystérieux jour. S'il voulait vraiment retrouver sa trace, Sho devait demander l'aide d'Akai. Seul, cette tâche lui demanderait trop de temps et d'énergie. Ce qu'il ne pouvait se permettre de sacrifier s'il voulait faire la lumière sur la sortie suspecte du Yondaime et la disparition du rouleau d'invocation du village.

?. Tu fais une drôle de tête aujourd'hui.

L'eisei-nin s'arrêta et jeta un regard autour de lui. Assise sur un banc à quelques pas de lui, Setsuko Oïshi le dévisageait.

SETSUKO. Est-ce que ça va ?

Setsuko était la première personne dont Sho avait fait la connaissance à l'académie. Elle était sans doute sa meilleure amie, bien que la concurrence fût quasi inexistante à ce poste. Par respect plus que par volonté, il se risqua à lui avouer une partie de la vérité, l'autre appartenant au domaine du secret et de l'interdit.

SHO. Une mission qui me tracasse un peu.

Setsuko haussa un sourcil.

SETSUKO. Je suppose que tu n'es pas autorisé à m'en dire davantage ?

Sho hocha de la tête en guise de réponse.

SETSUKO. Je vois ...

Lire la déception sur le visage de Setsuko laissa un arrière goût amer à Sho. Il n'avait jamais vraiment eu de secrets pour elle. Il n'avait jamais ressenti le besoin de lui cacher quoi que ce soit. Les circonstances voulaient pourtant que le secret soit gardé sur l'objectif de sa mission. Il n'y pouvait rien. Absolument rien. Les règles étaient les règles. Il devait s'y tenir.

SHO. Je suis dé...

SETSUKO. Stop. Ne va pas plus loin. Je ne veux pas d'excuses. Tu as des consignes et tu fais bien de les suivre. Dis-moi juste si je peux faire quelque chose pour toi ?

Setsuko sourit en prononçant ces mots. Sho l'imita en abaissant ses yeux.

SHO. Il y a bien une chose que tu peux faire pour moi. Me dire si tu as vu Akai Juutai aujourd'hui.

La kunoichi leva les yeux au ciel d'un air songeur.

SETSUKO. Mmm ... si mes souvenirs sont exacts tu pourras la trouver à l'académie, elle y donnait deux cours de rattrapage en début d'après-midi.

Parfait. L'académie ne se trouvait pas très loin. Avec un peu de chance, il aurait le temps de s'entretenir avec Akai et de faire quelques recherches à la bibliothèque.

SHO. Merci.

SETSUKO. Allez dépêche-toi d'y aller si tu ne veux pas la louper. On se reverra à ton retour de mission.

Sho accentua la courbe de son sourire et acquiesça. En passant devant son amie, l'eisei-nin tapota son genou d'un geste amical avant de disparaître vingt mètres plus loin, dans une ruelle adjacente.

Le chemin qu'il parcourut pour rejoindre le portail de l'académie lui parut très long. Bien qu'en réalité, il ne lui en coûta que dix minutes de marche supplémentaire. Sho était totalement absorbé par ses pensées au point de ne plus savoir combien de temps s'était écoulé depuis son départ du temple. C'est l'ombre de l'imposante bâtisse de l'académie qui le ramena brusquement à la réalité. C'était comme si la température venait de chuter de trois ou quatre degrés d'un seul coup.

Sho s'arrêta devant le grand portail en fer forgé. Ses yeux se mirent à glisser sur chaque arrête, chaque contour, chaque recoin du bâtiment. Il se revoyait au même endroit, quelques années plus tôt, au premier jour de son entrée dans les rangs de Kumo. Ce jour là, le ciel était quasi identique et l'académie était tel qu'elle était restée. Il pouvait presque revoir le visage de celles et ceux qu'il avait croisé dans les couloirs de l'académie. C'est en se présentant au premier cours de médecine de cette année là qu'il avait rencontré Setsuko et Akai. Setsuko comme élève de même année et Akai comme professeur. Deux rencontres qui s'étaient soldés par une profonde amitié.

Soudainement, son regard fut attiré par une silhouette longiligne. Elle descendait les marches de l'académie d'un pas régulier. Il y reconnut la silhouette d'Akai dont les longs cheveux noirs faisaient penser à une cascade de jais.

La belle et froide juunin s'arrêta à deux mètres de lui.

SHO. J'ai besoin de toi.

Elle le fusilla du regard l'espace de quelques secondes.

AKAI. Tsukushi ... tu es toujours disposé à le retrouver, n'est-ce pas ??

Sho acquiesça et Akai tourna ses yeux vers le portail d'un air tendu.

AKAI. La brigade d'interrogation et de torture n'a rien obtenu des trois prisonniers. Ils ne parleront jamais. Sans informations, sans indices, comment comptes-tu t'y prendre pour le retrouver ?

Sho devait avouer qu'il n'avait pas trouvé le temps d'y réfléchir. A froid, il y avait bien une piste qui se distinguait : celle du genjutsu.

SHO. Je n'y ai pas encore réfléchi. Considère seulement que je suis en mission pour Shigeo-sama, qu'il m'a laissé carte blanche pour former mon équipe, et que j'ai pensé à toi comme coéquipière.

AKAI. Tu me flattes ... l'implication de l'Intendant est néanmoins très surprenante ... ce qui me pousse à croire que tu ne me dis pas tout.

La perspicacité de cette femme ne le surprenait plus. Mais le temps n'était pas encore venu pour lui d'aborder l'histoire de la disparition du rouleau d'invocation. Il avait ses propres recherches à mener avant cela. Il ne pouvait pas se baser sur des hypothèses, il lui fallait absolument du concret.

SHO. Tu as vu juste mais pas maintenant, je ne peux pas encore t'expliquer. Je peux compter sur toi ou pas ?

Akai sourit, le regard toujours tourné vers le portail.

AKAI. Bien sûr que tu peux compter sur moi. Quand est-ce que nous partons ?

SHO. Je ne sais pas. Mais quand je serais fixé, je te préviendrai.

La juunin le fixait désormais d'un air amusé comme pour essayer de lui en soutirer davantage.

AKAI. Très bien. Je serais au laboratoire si tu me cherches.

Sho plongea son regard insipide dans le sien. C'était en quelque sorte une manière détournée de la remercier. Sans rien ajouter, il la contourna et poursuivit son bout de chemin. Akai resta sur place quelques instants puis, comme si de rien n'était, elle quitta l'enceinte de l'académie.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 12 Oct - 13:07

¤,.°o°O Spécial : Quête O°o°.,¤
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Le grand hall d’entrée était vide, terriblement vide, même l’accueil avait été déserté par ses deux secrétaires. Un détail étonnant qui laissait croire à une réunion importante dans le bureau du directeur ou quelque chose qui s’en rapprochait. Après tout, Akai venait bien de quitter les lieux, c’est donc que si réunion il y avait, elle ne devait pas être si importante que ça pour ne pas requérir la présence des enseignants. Quoi qu’il en soit, Sho n’avait absolument pas besoin d’une secrétaire pour trouver son chemin à travers le dédale de couloirs que constituait l’académie. Depuis le temps qu’il avait intégré les rangs de Kumo, le chuunin instructeur avait largement eu le temps d’apprivoiser chaque recoin de cette immense bâtisse, au point de ne pas connaître une seule zone d’ombre sur le plan des étages étalé en grand sur un panneau incliné au beau milieu du hall.

L’académie n’avait pas de secret pour lui, il savait où trouver ce qu’il était venu chercher. La salle de littérature se trouvait dans l’aile gauche du bâtiment. On y accédait par un couloir étroit perpendiculaire à la grande allée qui partait du hall jusqu’à l’extrémité ouest du bâtiment. Son chemin était donc tout tracé, il n’avait qu’à suivre l’allée sur une trentaine de mètres et tourner à droite pour marcher encore sur peut-être cinquante ou soixante mètres avant de tomber sur l’écriteau tant convoité. Lettres rouges sur fond blanc, il était impossible de se tromper, la bibliothèque publique de l’académie se trouvait bien là.

L’intérieur était composé d’innombrables rangées d’étagères séparés par des allées d’une trentaine de mètres chacune. Dès l’entrée, le visiteur tombait sur un grand bureau circulaire au centre duquel la bibliothécaire – une jeune femme aux longs cheveux enflammés portant des lunettes en forme de demi-lune – attendait de recevoir la moindre requête. Tous les livres et documents disponibles étaient classés de manière thématique. Ces thèmes étaient désignés par de petites pancartes fixées au début de chaque rangée d’étagères. Histoire, géographie, politique, économie, mémoire, biologie, botanique, anciens manuscrits, archives etc. tout était là, ou presque. Il était en effet coutume de dire que les livres les plus sombres produis par la pensée humaine ne se trouvait pas sur ses étagères mais autre part dans le village, prisonniers d’un endroit surveillé par des yeux avisés. Heureusement pour Sho, ce qu’il était venu chercher ne semblait pas relever de ce domaine, tout du moins l’espérait-il.

Habitué parmi les habitués, il ne prit pas le soin de se présenter à la gardienne des lieux. Il lui offrit simplement un léger sourire en guise de salutation – sourire qu’elle lui rendit aimablement – puis il contourna son bureau pour rejoindre les rangées les plus à droite de la salle, là où une pancarte grisâtre indiquait le début de la section géographie. Si Sho savait ce qu’il cherchait, à savoir une trace des Champs Sucrés dans un texte ou par chance sur une carte, il ne savait cependant pas où chercher exactement. Il lui était impossible de situer ne serait-ce que très globalement cet endroit. Impossible de dire s’il se trouvait dans le pays ou à l’étranger. Il ne pouvait non plus se baser sur son nom pour le repérer sur une carte car d’après lui il ne devait s’agir que de quelques parcelles de terre, rien qui ne soit repérable à l’échelle d’une région. Bien sûr, il existait ici toute sorte de feuillets où le moindre bout de terre de ce monde était cartographié avec plus ou moins d’exactitude selon les régions du globe concernées. Mais par quelle région pouvait-il commencé ses recherches ? Il n’en avait aucune idée. Sa logique voulut qu’il se concentre en premier lieu sur le pays, aussi saisit-il une large reliure où on pouvait lire en lettres noires La Foudre du Nord au Sud.

Pendant près de dix minutes, l’eisei-nin essaya de survoler tant bien que mal la soixantaine de pages disponibles sans rien y trouver. Le nom de Tahata no Amai n’apparaissait nul part. Les cartes qui y étaient réunis ne couvraient qu’une échelle régionale, impossible dans ces conditions d’y trouver la moindre indication sur un lieu qui ne devait, de par son nom, mesurer que quelques hectares, tout au plus, de superficie. Sho prit son mal en patience et s’attaqua à une reliure doublement plus épaisse que la première. Cartes d’ici et d’ailleurs, le titre était probant mais le contenu beaucoup trop riche pour que Sho y décèle précisément ce qu’il cherchait. Ce qui était en réalité un classeur, plus qu’un livre, rassemblait pas moins de deux cent cartes couvrant le sud du Pays de la Foudre, celui de la Neige, des Marais et du Son. Autant dire un matériel beaucoup trop conséquent, une sorte de gigantesque botte de foin où Sho ne pouvait espérer trouver son aiguille en un temps record.

Calme malgré l’urgence à laquelle il devait faire face, l’eisei-nin jeta un coup d’oeil des deux côtés de l’étagère sur laquelle il reposa l’épais classeur. Le nombre d’ouvrages à sa disposition était beaucoup trop important. Cela lui prendrait des heures, voir des jours entiers, à y chercher un simple petit nom, en partant du fait qu’il soit inscrit quelque part, ce qui n’était pas encore prouvé. Il n’avait pas beaucoup de solutions à sa portée pour palier à cette interminable et peut-être infructueuse attente. Il n’avait qu’une chose en tête, partir au plus vite sur les traces du Yondaime. Il n’avait donc d’autres choix que de demander l’aide de la bibliothécaire même s’il s’en saurait bien passé pour une question de confidentialité. Mais qu’importe dans le fond, elle aussi était de Kumo. D’une certaine manière, elle aussi préservait les secrets du village. Si quelqu’un pouvait répondre à ses recherches, c’était bien elle.

Le pas léger, l’eisei-nin revint vers le bureau circulaire au centre duquel la gardienne des lieux semblait plongé dans une lecture passionnante. Comme si elle l’avait senti s’approcher, elle décolla le nez de son livre et le regarda sans aucune appréhension dans ses yeux.

BIBLIOTHÉCAIRE. Je peux faire quelque chose pour vous Nagoshi-san ?

La jeune femme le fixait dans l’attente d’une réponse. L’eisei-nin s’accouda au bureau qui faisait presque office de comptoir et lui répondit illico :

SHO. Oui, j’aimerai réussir à situer un endroit dont quelqu’un m’a parlé. Malheureusement, je n’ai réussi à le trouver dans aucuns des livres que j’ai feuilletés. Peut-être pourriez-vous m’aider à en retrouver la trace quelque part ? Si quelqu’un est susceptible d’y arriver, c’est sûrement vous.

Il avait volontairement préservé certaines zones d’ombre dans sa requête, notamment sur l’identité de son informateur ou encore sur les raisons qui le poussaient à vouloir retrouver cet endroit. Aussi sympathique que pouvait être la bibliothécaire, il n’avait pas à lui révéler ces informations, tout simplement parce qu’elles relevaient toutes d’un degré d’implication beaucoup trop grand pour cette kunoichi. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la bibliothécaire était bien une kunoichi affectée à la surveillance et au traitement des précieux récits du village. Elle avait reçu la même formation que Sho et que tous les autres shinobis du village en matière de méthode de combat et de manipulation du chakra, à ceci près qu’elle avait également hérité d’une aide particulière auprès du directeur de l’académie afin d’apprendre les méthodes de protection poussées en cas d’attaque des installations. La jeune femme était une juunin accomplie à la tête d’une équipe de trois chuunins chargés de l’entretient et de la surveillance de cette bibliothèque. Elle n’était donc peut-être pas en droit de savoir la raison pour laquelle Sho était devant elle, mais elle avait toute la liberté de se douter que sa requête était étroitement liée au bon fonctionnement d’une mission.

BIBLIOTHÉCAIRE. Ça ne doit pas être bien sorcier, ne vous-en faites pas, quand on sait chercher, on finit toujours par trouver l’objet de sa quête. Maintenant, dites-moi, quelles indications avez-vous sur cet endroit ?

L’eisei-nin releva sensiblement la tête en gardant son regard fixé bien droit dans celui de la bibliothécaire.

SHO. Je n’ai qu’un nom.

Celle-ci sourit et hocha légèrement de la tête.

BIBLIOTHÉCAIRE. C’est un bon début.

SHO. Tahata no Amai, les Champs Sucrés.

Elle prit un air songeur en abaissant ses yeux sur son bureau. C’était comme si elle était entrain de fouiller dans les méandres de sa mémoire en espérant y retrouver une trace de ce nom. Il n’y eut cependant pas de sursaut, ni de coup d’éclat qui aurait laissé croire qu’elle l’avait déjà entendu quelque part. Elle se leva simplement de sa chaise, s’inclina respectueusement devant Sho, et lui dit :

BIBLIOTHÉCAIRE. Attendez-moi ici.

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MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 26 Oct - 17:30

¤,.°o°O Spécial : Quête O°o°.,¤
4

La torture déliait bien des langues.

L'anbu était adossé contre le mur, son masque blanc pendant à sa ceinture. Le couloir était désert, et baignait dans une pénombre relative. Seule source lumineuse, l'extrémité rougeoyante de la cigarette qu'il s'amusait à fumer, histoire de se détendre.

Des journées comme celle-ci il en avait rarement vécu de plus pénible. Pourquoi les mecs qu'il ramenait ici refusaient toujours de parler ? Ils était déjà très cons de se faire attraper alors pourquoi ils n'avouaient pas tout de suite au lieu de subir toutes ces tortures ? Il n'avait jamais compris leur philosophie. C'était sans doute parce qu'ils n'en avaient pas. Ils n'étaient que des insectes de bas étages bossant pour des reines et des rois tapis dans l'ombre. Rien de plus. Des moutons même pas foutus de bien faire le ménage derrière eux. Des shinobis ratés, sans avenirs, payés pour servir des personnes sans scrupules, il n'y avait rien de plus pitoyable.

Un rayon de lumière blanche perça à l'extrémité du couloir. Une porte s'ouvrit et se referma derrière une silhouette finement sculptée. Ses pas légers résonnèrent dans tout le couloir et s'arrêtèrent face à lui. Il ne se donna même pas la peine de lever ses yeux pour reconnaître celle qui venait de le rejoindre. Sa démarche et son parfum subtil parlaient pour elle.

AKAI. Tu as du nouveau ?

Akai Juutai, une plante aux courbes alléchantes. C'est qu'elle ne cachait pas grand chose sous le peu de tissus qui la recouvrait. Mais il n'était pas stupide, il ne la toucherait jamais, même si on le lui ordonnait. D'une parce qu'il avait trop de respect pour elle et de deux parce qu'un seul de ces baisers suffirait à le tuer. Il ne fallait pas se méprendre sur son physique, elle avait plus d'une corde à son arc la belle petite amazone.

? La fille a parlé mais l'autre résiste encore.

AKAI. Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

L'anbu cracha un nuage de fumée.

? Elle nous a parlé d'un repère au nord du pays de la neige où elle aurait été enrôlée par un inconnu. Elle dit ne pas l'avoir rencontré directement mais par le biais d'un intermédiaire. Le professeur Tsukushi pourrait peut-être se trouver là-bas. On essaye d'en apprendre un peu plus, mais la pauvre est déjà bien amochée. Je ne suis pas sûr qu'elle tienne encore longtemps.

Akai tourna son regard vers l'autre extrémité du couloir.

AKAI. Le pays de la neige ....

Elle parlait si bas, comme si elle se murmurait ces mots à elle-même. L'anbu arrivait à peine à distinguer les contours de son visage dans la pénombre, mais il la sentait songeuse. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle l'était mais s'il avait appris quelque chose auprès d'elle, c'est qu'il valait mieux ne pas se mêler de ses histoires. Aussi, se contenta-t-il de tirer sur sa cigarette en levant ses yeux vers le plafond.

AKAI. Je vais devoir m'absenter pendant une période indéterminée. Si tu en apprends davantage, je veux que tu me préviennes.

Il ramena ses yeux sur elle.

? L'araignée quitte son antre, comme c'est étrange.

AKAI. J'accompagne Sho en mission. Préviens-moi, c'est compris ?

L'anbu sourit et acquiesça. On n’y voyait peut-être pas grand chose mais il savait qu'elle capterait le mouvement de sa tête. Il l'entendit tourner sur ses talons et ensuite se diriger lentement vers la porte. Sacré Akai. Elle voulait qu'il le prévienne, et il le ferait. Après tout, ils ne s'étaient pas amusés à se coller ces sceaux gris pour rien.

? Ce gars te ressemble pas mal tu sais.

Le ton était détaché. Un nouveau nuage de fumée fendit l'air.

AKAI. Tu ne peux pas imaginer à quel point.


¤¤¤


Le regard de la bibliothécaire voguait d'étagère en étagère. Ses yeux déchiffraient les reliures à une allure démentielle. Il lui fallait moins d'une minute pour parcourir une étagère longue de deux mètres.

Elle était née ici, à Kumo, dans le quartier le plus au nord du village, là où d'imposantes bâtisses en bois côtoyaient le versant des montagnes. A l'age de six ans, elle était entrée à l'Académie, tout comme d'autres. Mais à leur différence, elle avait rapidement acquis de grandes prédispositions en matière de genjutsu. Elle s'entraîna très dur pendant des années et des années pour prouver sa valeur. A l'age de 14 ans, elle se distingua de tous ses camarades au cours d'une mission d'infiltration particulièrement délicate où elle réussit à dérober un rouleau extrêmement précieux sous le nez de l'ennemi. Plus tard, alors qu'elle jouissait d'une excellente réputation parmi les chuunin de sa promotion, elle fut remarquée par le directeur de l'Académie en personne, le célèbre Osamu Date. L'homme la prit sous son aile et lui inculqua nombre de secrets et de moyens de défense. C'est à cette époque qu'elle commença à s'intéresser aux légendes perdues du village, et à toutes sortes d'autres récits historiques. A 20 ans, on lui offrit le titre de juunin et le poste de bibliothécaire en chef à l'Académie. Déjà à cette époque, elle se trimbalait toujours avec un livre sous le bras. Aujourd'hui, peu de récits échappaient à sa curiosité, vraiment très peu.

Sho apparut au bout de la rangée.

SHO. Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ?

? Non, mais je me suis souvenu d'un conte de mon enfance ... Attendez ..

Sho tourna ses yeux vers l'endroit où les mains de son interlocutrice s'amusaient à tâter les livres comme si elles jaugeaient leur contenu. Il n'arrivait pas encore à comprendre le lien entre un conte et la requête qu'il lui avait formulé, mais il la laissa faire. Peut-être que quelque chose allait jaillir de tout ça.

? ... Ha voilà ! Il doit se trouver là-dedans.

La bibliothécaire saisit un livre très épais à l'aspect terne et déchiré. Elle revint vers lui en le feuilletant soigneusement comme si c'était une pièce d'orfèvrerie.

? Cet ouvrage contient quasiment tous les contes et légendes entourant notre village, aussi bien avant que après sa création. Je ne me souviens plus vraiment de l'histoire, mais en parcourant ce rayon je me suis souvenu de la couverture d'un livre que ma mère me lisait quand j'étais plus petite. Le dessin représentait un petit garçon et une sorte de démon se faisant face. Je ne sais pas pourquoi je m'en suis souvenu mais je suis certaine que cela à un rapport avec ce que vous cherchez.

Sho ne voyait toujours pas le rapport. Intrigué, il faisait oscillé son regard entre le visage concentré de la bibliothécaire et les feuilles jaunis qu'elle tournait. Malgré son aspect miteux, le livre contenait un nombre incalculable de textes figés dans une écriture fine et soignée. Sho n'arrivait pas à la déchiffrer correctement mais il nota le soin et la délicatesse apportés par l'auteur. Seulement, que pouvait-il faire de tout ça ? Ce n'étaient que des contes, de l'imaginaire, rien qui ne puisse se rapporter à un lieu existant. Tout du moins c'est ce qu'il croyait.

? Rrrraa où est-ce qu'il est ... marmonna la bibliothécaire. Il est forcément là, quelque part.

Bien qu'il n'était pas convaincu, Sho posa sa main sur le recueil. La bibliothécaire leva aussitôt son nez pour le regarder derrière ses lunettes rectangulaires.

SHO. Laissez, je vais le retrouver.

Sa voix suave sembla faire son effet car la bibliothécaire relâcha immédiatement son étreinte. Il la gratifia d'un sourire puis il tourna le livre dans ses mains. Le premier texte sur lequel il posa les yeux relatait le voyage d'un ermite dans un paysage montagneux, peuplé de petites créatures toutes plus étranges les unes que les autres. Le second texte, lourd de plusieurs paragraphes, évoquait l'histoire d'un samouraï qui se croyait au-dessus de toutes les lois et qui trouva la mort par un malheureux coup du sort. Il n'avait pas le temps de lire chaque conte et chaque légende de ce recueil, c'était impossible. Aussi ne fit-il que survoler quelques paragraphes ici et là, en se dirigeant vers les tables de travail.

La bibliothécaire se dirigea vers son bureau et en revint quelques minutes plus tard avec deux petites tasses de thé vert. Confortablement installé sur une chaise rembourrée, Sho était tellement plongé dans sa lecture qu'il ne releva sa présence que lorsqu'elle tira vers elle la chaise qui lui faisait face.

? Tenez, ça vous aidera.

Elle posa une tasse devant lui, puis elle s'installa sur la chaise. Sho inclina respectueusement la tête pour la remercier. Sa présence ne le dérangeait pas le moins du monde. Elle était une érudite de tout premier plan, elle voulait forcément savoir. C'était presque un devoir pour elle de s'assurer qu'il trouverait ce qu'il était venu chercher. Alors il ne pouvait la renvoyer derrière son bureau, l'idée de le faire ne lui effleura même pas l'esprit.

SHO. Il m'est déjà arrivé d'entendre certaines légendes du village mais je ne pensais pas qu'il en existait autant. C'est incroyable.

? Ce recueil ne les regroupe pas toutes, vous savez. Il en existe d'autres, éparpillés un peu partout dans le pays.

Sho redressa la tête.

SHO. Vous plaisantez ?

? Non. C'est la stricte vérité.

Sho plongea son regard dans le vide, les sourcils légèrement froncés.

SHO. Vous êtes certaine que le conte dont vous m'avez parlé se trouve dans ce livre ?

? Ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas à voyager aux quatre coins du pays pour mettre la main sur lui, il est forcément dans ce livre.

L'information ne le rassura pas totalement. Il fallait dire qu'il ne savait même pas pourquoi il cherchait ce conte. La bibliothécaire pensait qu'il avait un rapport avec le lieu qu'il cherchait, mais lui n'y croyait pas.

SHO. Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?

La bibliothécaire posa sa tassé de thé sur la table puis elle se pencha légèrement en avant pour s'y accouder. Les mains jointes sous son menton, elle le fixa d'un air à la fois autoritaire et amusé.

? Vous n'y croyez pas n'est-ce pas ?

Elle ne lui laissa même pas le temps de répondre.

? Si j'en suis certaine c'est parce que cet ouvrage a été écris par Ryushi Manabe.

SHO. Qui est-ce ?

La bibliothécaire reprit sa tasse de thé entre ses mains. Elle la porta jusqu'à ses lèvres, avala une gorgée, puis elle abaissa ses bras sur ses cuisses.

? L'auteur kuméen qui a publié le plus grand nombre d'ouvrages après le tristement célèbre, Urasa Yûmito.

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MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Sam 31 Oct - 0:38

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Le conte était bien là où la bibliothécaire l'avait annoncé. Incomplet, il narrait un fragment de la vie d'un enfant courageux et téméraire partit à l'aventure pour affronter une terrible force maléfique. Le texte abordait brièvement le combat entre les deux entités mais se faisait plus précis sur son issue. Aucun vainqueur, aucun triomphe, juste une longue chute de neige qui changea à jamais le lieu du combat. L'auteur poussait un peu plus loin la fantaisie en décrivant aussi bien le scintillement particulier des rayons du soleil au contact de cette neige, que le parfum singulier qui s'en dégageait. Un régal imaginaire mais un mets de moindre importance pour qui recherchait la vérité.

L'homme entra seul dans la pièce. Aucune lumière, aucune lueur, le noir complet habitait l'endroit. L'habitude le poussa à avancer dans cette obscurité pesante sans se soucier de ce qu'il pouvait rencontrer. Il fit sept pas en avant et s'arrêta devant le mur qui délimitait le fond de la pièce. La paume de sa main droite se colla contre la paroi anormalement chaude. Plusieurs rouages se réveillèrent dans une série de grognements tous plus inquiétant les uns que les autres. Des motifs noirs apparurent sur le mur jusqu'à la formation d'un rectangle noir haut de deux mètres pour un mètre et demi de large. Comme s'il était soumis à une magie très ancienne, la partie droite du rectangle s'enfonça dans le mur, révélant l'entrée d'un passage secret. L'homme s'y faufila et laissa la porte noire se refermer d'elle-même. Il grimpa ensuite les marches d'un escalier en colimaçon et arriva dans ce qui était certainement la pièce la plus étonnante qui soit. Livres et potions à profusions, plantes et insectes venimeux préservés, montagnes de tuyaux et de ballons en verre, tables couvertes de traités et de schémas, et un bureau, un simple bureau en bois dissimulé dans le fond. La pièce mesurait sept ou huit fois celle par laquelle il était passé juste avant. Il y régnait une ambiance peu rassurante, une pénombre mouvante, comme s'il s'agissait là de la tanière d'un redoutable prédateur.

Il avança, lentement, en regardant un peu partout. L'endroit semblait vide ; ce qui n'était pas sans le surprendre. Arrivé devant le bureau, il nota qu'aucun mot ne lui avait été laissé, aucune justification à son absence. Voilà qui compliquait un tout petit peu les choses.

C'est en tournant sur ses talons qu'il la vit. Elle se tenait droite sous l'arche qui servait d'entrée. Dire, qu'il ne l'avait même pas entendu arriver ...

AKAI. Je ne m'attendais pas à te voir aussi rapidement.

SHO. Mes recherches ont été brèves.

AKAI. Je vois.

Akai Juutai s'avança dans son antre, le dépassa, puis elle s'installa derrière son bureau après avoir allumé la petite lampe qui y trônait. La lumière éclaboussa la pâleur de sa peau et ses yeux d'un noir profond et envoûteur. Elle leva son regard vers lui en s'affalant contre le dossier de sa chaise.

AKAI. J'ai quelques nouvelles pour toi, mais si tu veux les entendre il va falloir que tu me parles de la mission que tu t'es vu confié par l'Intendant.

Sho décida de ne pas croiser son regard, il se contenta de sourire.

SHO. Quelle serait ta réaction si je te disais que le Yondaime a dissimulé le rouleau d'invocation du village avant sa mort ?

L'expression d'Akai ne changea pas. Fidèle à elle-même, la belle empoisonneuse se contenta de le regarder comme elle l'avait toujours regardé. C'est à dire avec ce regard froid et presque calculateur. Un regard qui ne s'était adouci qu'une seule fois en sa compagnie.

AKAI. Kimimaro-sama avait la fâcheuse tendance de s'absenter du village sans prévenir personne. Il était perspicace même s'il agissait parfois trop brusquement. S'il a vraiment dissimulé ce rouleau, j'ose croire qu'il avait une bonne raison de le faire.

Le sourire toujours pendu à ses lèvres, Sho repensa à Karan, ou le Haut Sénateur Heihachi selon le bon vouloir de chacun. Le traître qui avait mis fin aux jours du Yondaime. Directement ou indirectement, ce membre d'Asahi était forcément lié à la disparition du rouleau. Sho avait pour mission de comprendre ce qui c'était passé dans la tête du Yondaime et de retrouver le rouleau perdu. Les autorités ne pouvaient plus continuer à se poser des questions, il leur fallait obtenir des réponses aussi claires que possible.

SHO. Shigeo-sama m'a demandé d'enquêter sur cette disparition et de retrouver le rouleau. Il ne m'a donné qu'un seul indice, le seul en sa possession. Il s'agit vraisemblablement d'un lieu : les Champs Sucrés.

AKAI. Je n'en ai jamais entendu parler.

Sho s'en était douté, personne ne semblait avoir entendu parler de cet endroit. Le pas léger, il marcha vers le mur situé à la droite du bureau et s'y adossa en silence.

Akai le suivit du regard.

AKAI. Est-ce que tu as trouvé quelque chose à ce sujet ?

SHO. Non, rien. J'ai fait quelques recherches à la bibliothèque de l'Académie, mais je n'ai trouvé aucun texte où ce nom apparaissait clairement. La bibliothécaire m'a en revanche parlé d'un conte qu'elle aurait lu étant enfant. Elle me l'a fait lire mais je t'avouerais que je n'y ai vu aucun rapport avec l'endroit que nous recherchons.

Akai fronça les sourcils en croisant ses mains sur ses cuisses dénudées.

AKAI. Comment peux-tu dire qu'il n'y a aucun rapport si tu ne sais même pas ni à quoi peut ressembler cet endroit ni où il est censé se trouver ? Je connais bien Minamoto-chan, si elle t'a parlé de ce conte, c'est qu'elle y a vu un rapport. Un rapport peu évident même pour elle, mais un rapport tout de même. Nous devrions creuser cette piste, après tout nous n'avons rien d'autre.

Perplexe, Sho abaissa son regard en direction du sol. Akai avait raison, il n'avait aucune piste, aucun élément. Peut-être était-ce fou de suivre l'instinct d'une bibliothécaire qui n'avait jamais entendu le nom des Champs Sucrés, mais dans le fond c'était la seule piste qu'ils avaient en leur possession.

SHO. L'homme qui a écris ce conte s'appe...

AKAI. Ryushi Manabe, l'interrompit-elle.

Sho lui lança un regard interrogateur qui ne manqua pas de la faire rire.

AKAI. Tous les kuméens de ma génération ont lus les contes de Manabe-san. Aux dernières nouvelles, il habiterait dans la première forêt que l'on rencontre en longeant la route principale ; au pied du plus grand arbre, dans une petite masure à peine discernable du tronc. On pourrait lui rendre une petite visite ?

Sho acquiesça. Il n'avait de toute façon rien à perdre en essayant.

SHO. Nous partirons demain à l'aube. Nous éviterons le bain de foule.

Akai sembla être d'accord avec son idée.

SHO. Maintenant parles-moi de tes nouvelles.

Le visage d'Akai changea, comme si un voile sombre était passé par dessus. La belle juunin se leva et se dirigea vers la plus proche des trois grandes tables placées au centre de la pièce. Elle tourna autour pendant quelques secondes, puis elle s'arrêta net pour se pencher en avant et prendre appuis sur ses bras. Son décolleté devenant plus plongeant qu'il ne l'était déjà au naturel.

AKAI. La fille, Inoue, a parlé. Apparemment, il existerait un repère au nord du pays de la neige. C'est là-bas qu'elle aurait été enrôlée pour servir un homme qu'elle dit n'avoir jamais rencontré. Le professeur Tsukushi pourrait se trouver là-bas.

Sho fronça les sourcils. Les frontières du pays de la neige se trouvaient à un jour de course de Kumo et il n'avait aucune idée de la localisation précise des Champs Sucrés. Il n'était même pas capable d'affirmer si le professeur Tsukushi était encore envie ou non. L'affaire était plus que corsée. Il devait prendre des décisions rapides et cohérentes.

SHO. Nous irons voir Manabe-san puis nous aviserons ensuite.

Akai se redressa et croisa ses bras sur sa poitrine.

AKAI. C'est toi le chef d'équipe.


¤¤¤


Kumo dormait paisiblement à l'ombre des nuages. L'air était lourd, presque trop lourd pour une aube d'automne. A l'horizon, l'astre du jour était invisible bien que le ciel semblait s'éclaircir de minute en minute. Kumo dormait paisiblement à l'ombre des nuages mais certains de ses enfants étaient déjà debout depuis plusieurs heures. Ces enfants là étaient perchés sur le mur d'enceinte, tapis dans les montagnes, dissimulés aux quatre coins du village pour en préserver les accès. Il en existait d'autres, bien sûr, mais eux n'étaient pas en poste ce matin là. Parmi eux, il y avait une juunin à la peau pâle et aux longs cheveux noirs qui se trouvait adossée au mur soutenant les portes du village. Akai Juutai, la terrible juunin en charge de l'enseignement de la branche Eisei à l'Académie.

Pour ceux qui étaient habitués à la voir, Akai était le genre de femme à porter des tenues très légères sans la moindre intention de provoquer, mais simplement parce qu'elle aimait se sentir libre même en portant des vêtements. Ce matin là pourtant, elle avait opté pour une grande cape de voyage grise munie d'un large col qui dissimulait son cou. Pas la moindre tenace de minishort ou de haut très léger avec décolleté plongeant, tout du moins en apparence, car c'était bien ce qu'elle portait en dessous de son imposante cape. La belle s'était également procuré un sac en bandoulière où elle avait certainement enfouis quelques poisons et autres pilules à effets variables.

Les bras croisés, le regard vague, elle attendait patiemment qu'il apparaisse.

La silhouette de Sho se découpa dans l'artère principale premièrement sous la forme d'une brume grise, puis d'une ombre noire. Arrivé sur la petite place qui couvrait l'entrée du village, l'eisei-nin révéla son habituel hakama noir, sa ceinture de lin noir où un nodashi et un katana attendaient leur heure, sa veste rouge brique au col relevé, son torse entièrement recouvert de bandelettes blanches, et un étrange chapeau conique qui lui tombait dans le dos. Lui aussi avait opté pour un sac en bandoulière où il conservait le nécessaire de voyage.

AKAI. Toujours à l'heure.

SHO. Toujours en avance.

Akai sourit légèrement. Elle se décolla du mur et passa une main sous la lanière de son sac pour le replacer correctement quand elle s'arrêta sur un détail.

AKAI. Un chapeau ? Encore une autre de tes folies, je suppose.

SHO. Il pourrait m'être utile.

AKAI. Je me demande bien à quoi.

Sho sourit et leva le nez vers le ciel. Il en contempla l'ombre encore bleu encre pendant une dizaine de secondes avant d'abaisser brusquement son regard mielleux sur Akai.

SHO. A ça.

Un tintement de perle se fit entendre. L'eisei-nin remonta le chapeau de paille munie d'une longue tresse de perles blanches sur sa tête. Pinçant le rebord entre son pouce et son index, il enfonça le chapeau jusqu'à que son ombre recouvre ses yeux.

Une goutte puis deux, puis quatre, et dix ... le déluge. Akai se retrouva rapidement trempée de la tête au pied même si cela ne sembla pas la déranger outre mesure. Sho, lui, vit juste son hakama prendre l'eau.

AKAI. Fais le malin ... nous verrons bien si ton sens inouï du détail nous servira plus tard. Allons-y avant que les conditions ne s'aggravent davantage.

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MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 9 Nov - 19:10

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La pluie accompagna les pas des deux shinobis en dehors du village. Sho marchait en tête, son regard scrutant le panorama dans l’ombre de son chapeau. Akai se trouvait légèrement en retrait par rapport à lui, et le fixait de temps à autres comme si elle cherchait à s’assurer qu’il était toujours là. Dans ses yeux d’un noir profond, on pouvait lire un brin de fierté, la fierté que pouvait ressentir un professeur à l’égard de son élève.

Dire qu’elle avait rencontré Sho quand il n’était encore qu’un aspirant, qu’elle l’avait vu grandir, qu’elle l’avait vu s’améliorer et se surpasser pour devenir l’homme respecté qu’il était aujourd’hui. Elle le revoyait assit dans son amphithéâtre, la tête tournée vers la fenêtre. Elle le revoyait répondre à son énigme, là où tous les autres habitués de ses cours n’avaient rien su répondre. Tout cela semblait si lointain désormais. Sho avait pris la tête d’une équipe, il était devenu chuunin en réussissant ses deux épreuves à l’examen chuunin de Konoha, et il s’était mué en un eisei-nin de tout premier plan même si personne ne savait vraiment de quoi il était capable. Ce mystère impénétrable qu’il s’amusait à véhiculer, voilà bien la seule chose qu’il avait gardé de ses plus jeunes années.

Elle esquissa un sourire et reporta son regard droit devant elle.

Sho menait le duo sur la route principale qui reliait Kumo aux montagnes. Sa tête était vide de questions. Il pouvait presque entendre le silence couvrir les battements de son coeur. Il avait un but désormais ; rencontrer Ryushi Manabe et prier pour qu’il puisse l’aider à retrouver la trace des Champs Sucrés. Pour le moment, il ne lui servait donc à rien d’émettre des suppositions ou de se poser d’autres questions. Le mystère de ce lieu était forcément bien gardé vu le peu de monde qui semblait le connaître. S’il voulait le percer, il lui fallait se montrer patient sans jamais perdre de vue que le professeur Tsukushi attendait peut-être des secours aux frontières du pays de la neige.

Quoi qu’il fasse, le temps lui était compté.

L’astre du jour élevait ses rayons d’or sur les grandes plaines du Pays de la Foudre quand les deux amis quittèrent la route principale pour un petit sentier, plus rapide, qui la longeait sur une centaine de mètres avant de biffurquer vers l’est et de descendre une légère pente jusqu’à une forêt implantée au pied de la montagne. Cette forêt était l’antique retraite des spécialistes en taijutsu du village. La légende voulait même que ce soit en son coeur que les mouvements spéciaux du village aient vu le jour. Mais depuis plusieurs années, elle avait été délaissée au profit du confort des dojos implantés un peu partout au coeur du village. La nature y avait retrouvé ses droits, masquant à tout jamais les marques laissées par le passage des Hommes. Seule une petite maisonnette en bois avait résisté à cette époque pour devenir la demeure d’un des plus grands auteurs kuméens. D’après Akai, cette maisonnette se trouvait au pied du plus grand arbre de la forêt dont le sommet de la chevelure verdâtre était visible à des kilomètres à la ronde.

Lorsqu’ils commencèrent à négocier la légère pente qui devait les conduire à la forêt, Sho et Akai s’arrêtèrent, comme s’ils étaient retenus par l’incroyable vision qui s’offrit à eux. La montagne se dressait dans toute sa splendeur, son sommet sculpté dans une pierre grise reflétant la lumière du jour. A ses pieds s’étendait une épaisse forêt sauvage où les nuances de vert étaient si nombreuses que certaines d’entre elles n’avaient très certainement jamais été observées jusqu’à aujourd’hui. Au centre de la forêt s’élevait un arbre imposant. Il était si massif que le restant de la forêt semblait avoir été configuré autour de lui.

AKAI. Voilà notre arbre.

SHO. Il ne nous reste plus qu’à trouver son locataire.

Le sourire d’Akai s’allongea et le duo se remit en marche.

¤¤¤


Sho était accoudé à la rambarde de son balcon. Son regard balayait le paysage de Kumo d’est en ouest. Voilà cinq ans qu’il habitait ce village, cinq ans qu’il portait son bandeau et qu’il réalisait des missions pour le compte de personnes qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam. Dans quelques heures, il allait repartir pour une autre de ces aventures sans la moindre appréhension malgré la gravité de la situation. Un rouleau d’invocation caché par un kage, un éminent médecin kidnappé, il y avait tout de même de quoi en faire pâlir plus d’un. Mais pas lui. Sho ne se sentait pas concerné. Il était incapable de se l’expliquer. Il allait simplement se contenter de remplir sa mission dans la mesure du possible, comme il l’avait toujours fait.

Trois coups résonnèrent à la porte et chassèrent ses pensées les plus enfouies. Il alla ouvrir et sourit en voyant qu’il s’agissait de son vieil ami, Kôsuke Hôndo.

KÔSUKE. Bien le bonjour Nagoshi-kun !

SHO. Bonjour Hôndo-sama.

Sho lui fit signe d’entrer.

KÔSUKE. C’est une belle journée qui s’annonce, mais si j’en crois les dernières nouvelles, elle ne sera pas aussi belle pour toi.

Sho referma la porte derrière lui puis il se dirigea vers l’un des fauteuils ornant son salon. Il s’installa et invita son ami à faire de même. Il remarqua que celui-ci tenait une boite en carton dans ses mains. Depuis qu’il connaissait Kôsuke – soit depuis son premier jour à Kumo – il s’était demandé comment ce vieil homme s’y prenait pour tout savoir. Rien n’échappait à sa vigilance, ou à son incroyable curiosité, rien. Pas même les ordres de missions dont il était impossible qu’il en connaisse l’existence. Kôsuke Hôndo savait à peu près tout ce qu’il y avait à savoir sur son village. Aussi, Sho ne chercha pas à nier quoi que ce soit.

SHO. Je vais avoir l’occasion de me dégourdir un peu les jambes, je prends ce qui vient comme un bon exercice.

KÔSUKE. Je n’en doute pas un seul instant.

SHO. Mais dites-moi, qu’est-ce qui peut bien vous avoir conduit à ma porte à part cet irrémédiable désir de me narguer ?

Kôsuke rit de bon coeur.

KÔSUKE. J’ai quelque chose pour toi mon garçon. Le temps risque d’être très mauvais à partir de demain, alors j’ai pensé que ça pourrait te servir.

Sur ces mots, Kôsuke se leva difficilement puis il ouvrit la boîte qu’il tenait entre ses mains. Sho y découvrit, avec un étonnement gardé, un chapeau conique coiffé de quelques perles.

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La pluie avait probablement cessé de tomber ou peut-être était-ce le toit de la forêt qui les protégeait, en tout cas Sho avait délaissé son chapeau conique. L’air à l’intérieur de la forêt était humide et lourd. Il était difficile d’y respirer. Heureusement, les deux eisei-nin étaient habitués à endurer pires contraintes. Aussi n’éprouvèrent-ils aucune difficulté à s’enfoncer dans la forêt à un rythme soutenu. Tout ça avant que la dite forêt ne leur réserve la surprise de se muer en un enchevêtrement complexe de troncs, de racines, et de lianes, rendant le terrain impraticable.

Sho s'arrêta près d’une racine presque aussi épaisse que son torse. La lumière peinait à percer la canopée, et rendait l’étude du terrain encore plus compliquée qu’elle ne l’était déjà. Il leva le menton vers la cime des arbres et trouva une autre voie, sans nul doute plus rapide que la voie terrestre mais qui leur coûterai, en contrepartie, un effort plus soutenu.

SHO. Utilisons la voie des airs, elle nous fera gagner du temps.

Akai acquiesça et tous deux décolèrent du sol pour rejoindre une branche située à huit mètres du sol.

Leur périple les obligea à s’enfoncer toujours plus loin dans la forêt. Finalement, ils débouchèrent dans une immense clairière au milieu de laquelle se trouvait le plus grand arbre des bois. Une petite maisonnette se trouvait bien à ses pieds – bien que décoré de telle manière qu’il était difficile de savoir si elle n’était en réalité pas un prolongement du tronc. Un panache de fumée blanche s’échappait d’un cylindre rouillé sur son toit. Quelqu’un habitait bien dans cet endroit insolite.

Akai dépassa Sho et s’arrêta quelques pas plus loin, l’air contemplative.

AKAI. Manabe-san a toujours été un peu spécial, mais j’avoue qu’il me surprend particulièrement sur ce coup là. Qu’est-ce que tu en penses ?

Sho s’avança jusqu’à la porte et y toqua à deux reprises, avant de se tourner vers Akai.

SHO. Qu’il ne faut pas être claustrophobe pour vivre dans cette maison ?

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MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Mer 6 Jan - 17:52

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RYUSHI. C'est ouvert !

Sho ne se posa aucune question. Il ouvrit la porte sur son passage et la referma derrière Akai. L'intérieur de la maisonnette semblait aussi miteux que son extérieur. Il n'y avait qu'une seule et unique pièce où on trouvait lit, chaise, petite table, un réchaud et une cheminée incrustée dans le mur du fond. Les murs étaient à peine décorés que de quelques articles de journaux déchirés, des armes blanches rouillés ou brisés, et quelques livres poussiéreux posés sur une étagère légèrement de travers. On s'y sentait particulièrement à l'étroit mais cela ne semblait pas gêner le propriétaire des lieux.

Le vieil homme était assis devant la seule fenêtre de la bâtisse. Il se balançait sur un vieux rocking-chair, un drap sur les genoux et un chat blottit contre son ventre. Son visage était si ridé qu'il semblait que son expression s'était évanoui dans les méandres du temps. Sho n'avait jamais vu pareil homme auparavant. Il lui paressait presque regarder une falaise vieille de plusieurs centaines de milliers d'années ; indéchiffrable, écorché, mais bien vivant. Et comme pour paraphraser cette impression, le vieil homme éleva de nouveau la voix, transportant en elle un rouage défectueux semblable au râle d'une bête sanguinaire.

RYUSHI. Cela fait bien longtemps que je n'ai plus reçu la visite de personne ... trop longtemps ... mais j'espérais que cela aurait duré encore un peu. Malheureusement, vous voilà.

Ryushi Manabe tourna lentement son regard vers les deux kuméens.

RYUSHI. Que voulez-vous ?

L'accueil se voulait froid. Une manière comme une autre de faire savoir à ses invités qu'ils n'étaient en aucun cas les bienvenus. Akai se garda gentiment de prendre la parole. Légèrement en retrait par rapport à Sho, elle était décidée à le laisser agir à sa guise. Après tout, c'était à lui d'accomplir la mission que lui avait confié l'Intendant, à personne d'autre. Elle n'était qu'une valeur ajoutée, se fit-elle en souriant intérieurement. Sho, lui, restait de marbre face au vieillard. Il ne lui était jamais venu à l'idée de tomber sur un personnage aussi sénile. Le poids des années y était certainement pour quelque chose ; tout comme le long exil que l'homme c'était offert, loin de Kumo, de la civilisation, loin de tout.

Malgré tout, Sho prit la parole instinctivement et exposa la raison de sa venue d'une voix qui ne trahissait aucune émotion, ni aucun ressentiment à l'égard du vieil homme.

SHO. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que nous venons de Kumo. En revanche, j'aimerai que vous me parliez d'un conte que vous avez écris et qui narre un combat entre deux entités .. un combat qui se serait soldé, d'après votre récit, par une longue chute de neige. J'ai également un nom pour vous ... Tahata no Amai, couramment appelé les Champs Sucrés, cela vous rappelle-t-il quelque chose ?

Le vieil homme n'eut aucune forme de réaction. Il se contenta de répondre tout naturellement.

RYUSHI. Cela remonte à des temps dont il ne m'est plus permis de me souvenir. Ma mémoire me fait cruellement défaut. Le poids des années a eu raison de moi. Mais peut-être qu'avec quelques années de moins je pourrais me souvenir plus nettement de votre charabia indéfinissable ...

En prononçant ces mots, Ryushi pivota légèrement sur sa chaise pour croiser pour la première fois le regard de Sho. Sans réellement comprendre comment, l'eisei-nin se sentit aussitôt épier de toute part, comme s'il était assailli par des centaines de regard tous plus mesquins les uns que les autres. Dans les yeux du vieillard brillait une lueur d'intérêt qu'il n'eut aucun mal à reconnaître. Ryushi Manabe voulait obtenir quelque chose de lui en échange des informations qu'il recherchait ; cela il en était désormais sûr et certain. Sa mémoire ne lui faisait pas défaut, il l'avait bien compris. Bien au contraire, il savait parfaitement de quoi il en retournait. Étrangement, cela ne semblait pas représenter un grand secret à ses yeux puisqu'il semblait attendre quelque chose en retour. Peut-être la suite était-elle à prendre avec des pincettes ? Pour l'heure, Sho n'en avait pas encore décidé.

Dans le doute, il se tourna vers Akai qui se contenta d'hausser les épaules comme pour lui répondre " continues, de toute façon nous n'avons que cette piste ". Ramenant son regard couleur ambre dans celui du vieillard, il entama ce qui ressemblait fortement à un échange de bon procédé.

SHO. Que voulez-vous en échange des informations que nous vous demandons ?

Là, Sho sentit tout le poids de son regard s'effondrer devant les yeux du vieil homme. Le chat bondit de ses genoux, et Ryushi en profita pour se tourner complètement vers Sho. Le poids s'agrandit et l'eisei-nin le sentit peser sur son âme toute entière comme un sac de ciment qu'on aurait accroché à son buste pour le ralentir. Ici, tu ne peux pas fuir. C'est ce qui revenait sans cesse dans son esprit. Une lueur de démence glissa dans le regard du vieil homme et sa voix s'éleva dans sa demeure comme celle d'un serpent avide d'une nouvelle proie.

RYUSHI. Je suis sûr que tu en as une idée, petit homme.

Un silence presque malsain s'installa entre les trois protagonistes. Sho ne broncha pas, son regard enfoui dans celui de son hôte. Ce dernier lui laissa le temps d'un court répit avant de reprendre de la même manière :

RYUSHI. Ce que tu cherches est là...

Il désigna son cerveau, en appuyant son index contre sa tempe. Il se laissa ensuite aller à un sourire presque narquois tant il débordait de malice et de plaisir inavoué.

Cet homme avait perdu la tête, pensa Sho. Plus les minutes passaient, et plus l'eisei-nin commençait à croire que son chemin ne l'avait amené nul part si ce n'est devant un vieux fou à peine capable de décoller ses fesses de sa chaise. A bien le regarder, cela devait faire déjà plusieurs jours qu'il ne s'était pas nourri. Sho n'hésita pas à penser que la nourriture n'était pas ce qui se faisait de mieux dans les parages et que la faim avait rendu la folie de cet homme presque indigeste. Il avait beau ne lui inspirer aucune confiance, il n'avait pourtant aucune autre piste à exploiter. Cet homme était sa seule chance de retrouver les champs sucrés et d'accéder à un autre chapitre de l'histoire cachée du Yondaime Raikage. Aussi fou soit-il, il devait lui arracher les informations qu'il avait en sa possession. Auquel il était bon pour retourner bredouille à Kumo.

RYUSHI. Je n'ai pas assez bu, je n'ai pas assez festoyé, je n'ai pas assez forniqué, je n'ai pas assez vécu. Ce salaud de temps m'a pris mes belles années et m'a laissé décrépir dans cette masure. Il est fourbe et vil, il m'a pris en traître et je n'attends plus personne maintenant, ci ce n'est celui qui fauche le blé trop mûr.

Comme si une force invisible cherchait à contraster la vérité, l'homme retrouva brusquement ce calme atypique et sa voix normale. La fatigue semblait s'être de nouveau abattue sur ses maigres épaules, le laissant seul, comme un vieux déchet abandonné sur une chaise à l'abris du vent mais pas du temps qui passe. A cet instant, Sho ressentit de la pitié, autant que de l'incompréhension. L'homme qui se tenait devant lui jonglait sur plusieurs tableaux et pourtant celui-ci restait le plus véridique. La vieillesse incarnée se trouvait là, sous ses yeux, abandonnée au fin fond d'une forêt hostile.

De nouveau la voix enrouée de Ryushi résonna faiblement dans la pièce, tandis que ses yeux fatigués retournaient contempler la fenêtre et ce qu'il pouvait voir de l'extérieur.

RYUSHI. Je veux parcourir de nouveaux le monde et rédiger comme aux premiers jours des pamphlets fades sur le retour du printemps. Je veux rédiger un conte. Encore un, mais je n'en n'aura pas le temps avant mon dernier sommeil. As-tu cela dans ta besace, shinobi ? Du temps pour un vieux fou ?

Sho sentit son corps se raidir. L'affaire devenait complexe mais avait-il seulement le choix ? Deux chemins s'ouvraient devant lui et pourtant aucun d'eux ne semblait plus sensé que l'autre. Il se sentit à la fois condamné et libéré. Condamné par le temps mais libéré par l'idée de progresser dans la quête qui lui avait été confié. De nouveau il se tourna vers Akai qui cette fois-ci prit quelques secondes de réflexion avant d'hocher de la tête pour lui faire comprendre qu'il devait suivre son instinct. Quoi qu'il fasse, elle le suivrait de toute façon.

Se retournant vers le vieil homme, Sho lui répondit alors :

SHO. Le temps nous manque à tous ... mais qui serais-je si je n'acceptai pas d'en apporter un peu du mien à celui qui n'en a que trop peu devant lui ? Le peu de temps que j'ai à ma propre disposition est à vous.

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MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 17 Mai - 19:27

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Ryushi jeta un regard intéressé à Sho avant de ramener ses yeux sur son livre. Soudainement, le monde bascula sous les pieds de Sho. Il vit le sol s’effriter et un rayon de lumière aveuglante s’échapper des fissures. Une seconde plus tard, il se retrouvait au beau milieu d’un sentier perdu dans un univers vaporeux. Le monde était comme il l’avait toujours été à ceci près qu’une brume lumineuse recouvrait le panorama aussi loin qu’il était possible de porter son regard. Sho eut à peine le temps de comprendre ce qui lui était arrivé que le vieil homme lui fit savoir qu’il ne fallait sous aucun prétexte s'éloigner du sentier. Et que s’il s’y essayait, il ne pourrait plus rien pour lui.

Mal à l’aise, Sho jeta un regard circulaire autour de lui avant de remarquer que Ryushi s’avançait dors et déjà sur le sentier.

RYUSHITout conte commence par un "Il était une fois ...". Le notre n'est pas une exception.

Quelque chose ne tournait pas rond, Sho pouvait le sentir au poids qui grandissait peu à peu dans son estomac. Il pouvait sentir d'imperceptibles changements dans l'air. Des changements qui se manifestaient également en lui. Une voix dans sa tête lui disait de fuir ce vieux fou quand une autre lui rappelait le devoir qu’il avait envers l’Intendant.

RYUSHIIl était une fois un étrange duo qui parcourait le monde en quête d'un secret oublié. Ils venaient de quitter une petite bourgade où ils avaient passé la nuit, pour reprendre de nouveau la route.

Malgré son ressentiment, Sho emboîta le pas de Ryushi. Après une dizaine de pas, un mouvement d’air le fit soudainement virevolter. Un village venait d’apparaître comme s’il avait toujours existé mais que la brume s’était dissipée conformément à l’histoire de Ryushi. Plusieurs colonnes de fumée s’échappaient des chaumières. Sho voulut se tourner vers Ryushi pour lui poser une question quand il remarqua que son visage était moins fripé que lorsqu’ils se trouvaient encore dans sa mansarde. Le vieil homme fit quelques pas dans sa direction. Il marchait aisément là où quelques instants auparavant il semblait incapable de se lever.

RYUSHIAides moi à trouver l'inspiration.

Sho resta un moment sans voix. C’était comme si une partie de son cerveau refusait de comprendre ce qui lui arrivait. Lui qui était d’habitude si réfléchit peinait maintenant à entendre ses propres pensées. Ses lèvres s’animèrent toutefois d’elles-mêmes, sans doute soutenues par un lointain souvenir de son entrevu avec l’Intendant.

SHOTous deux étaient en quête des Champs Sucrés, lieu d’un affrontement légendaire…

De nouveaux mouvements d’air se firent ressentir tout autour de Sho. Devant lui, le vieil homme sembla rajeunir à vu d’œil. Sho lui donnait dix ans de moins désormais. Etait-ce un mirage ? Etait-il entrain de rêver ou pire enfermé dans un de ces jeux d’esprit pour le moins tordus ? Le temps lui manquait irrémédiablement pour réfléchir à toutes ses questions. Devant lui, la route changea. L’univers tout entier changea. Il était prisonnier d’une vision où chaque mot, chaque phrase donnait vie à une réalité toujours plus angoissante.

RYUSHIComment trouver un lieu qui n'existe peut-être pas ? Dont l'apparence peut avoir sans cesse changé ? Telles étaient les questions qui les assaillaient sans cesse.

Les deux hommes continuaient d’avancer à mesure que la route se dessinait de plus en plus clairement devant eux. Sho pouvait sentir le nœud resserré autour de son estomac. Ce poids insoutenable se muait progressivement en un pressentiment douloureux. Il ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose ne tournait pas rond, que quelque chose avait certainement échappé à sa vigilance. Ryushi ne lui disait pas tout. Il lui cachait forcément quelque chose. Il en était convaincu.

RYUSHIMais toute histoire n'a-t-elle pas son fond de vérité, ne doit-elle pas son existence à un véritable fait ?

Avant de poursuivre l'histoire, Sho voulait en avoir le cœur net. Il se tourna vers Ryushi et lui demanda pourquoi il avait cette impression désagréable, presque étouffante, que sa vie était aspirée alors que lui semblait rajeunir. Dans la foulée, il ajouta une autre question à l’équation, espérant qu’elle le ferait réagir.

SHOCherchez-vous à me piéger ?

Ryushi s’arrêta. Pendant une dizaine de secondes, il resta immobile avant de se tourner complètement vers Sho. Pas un seul murmure, il abaissa simplement son regard sur lui. Intuitivement, Sho suivit la direction décrite par ses yeux quand la vision qui s’offrit à lui le frappa d’horreur. Ses mains … en réalité il eut bien du mal à les considérer come tel … ses mains n’étaient plus recouvertes par une peau encore douce et légèrement duveteuse, non les mains qu’ils regardaient étaient recouvertes d’une peau légèrement vieillie, rugueuse, et où des veines un peu trop épaisses gonflaient la surface à certains endroits.

RYUSHI N'as-tu pas dis que tu me donnerais de ton temps ?

Sho fronça les sourcils.

SHOMes mots exacts étaient " un peu " de mon temps.

Il leva les yeux vers Ryushi. On pouvait aisément y lire de la colère et du mépris envers l’homme qui l’avait amené dans cet antre de malheur.

SHOExpliquez-moi ce qu'il se passe ici et pourquoi j'ai cette impression de mort qui me tenaille un peu plus à chaque pas ? C'est votre monde, c'est donc vous qui en avez établis les règles. La moindre des politesses serait d'expliquer à votre invité où vous le menez et sous quelles conditions... si vous refusez de m’expliquer clairement les règles du jeu, il se pourrait que le jeu tourne en votre défaveur, je le regrette.

Subitement, une ampoule s’éclaira quelque part dans son esprit. Pendant un bref instant, la colère fit place à l’inquiétude.

SHOLe garçon du conte... celui qui combattit dans les Champs Sucrés... C'était vous n'est-ce pas ?

Ryushi prit un regard surpris puis un brin nostalgique. Il semblait perdu dans ses pensées.

RYUSHICe n'est qu'un conte, Sho.

Difficile de savoir s'il répondait à la question ou bien s’il pensait à voix haute. La seule chose qui fit tilt dans l’esprit de Sho était qu’il l’avait appelé par son prénom pour la première fois depuis le début de leur entretien. Impossible de savoir si cela voulait dire quelque chose ou non, si Sho avait mis le doigts sur une information cruciale ou non. Tout ici n’était qu’inconnu. De son côté, Ryushi le fusilla de nouveau du regard. Il paraissait avoir la soixantaine maintenant. Il ne souriait pas et n’exprimait pas grand chose tout compte fait. Il semblait pourtant lucide pour une fois.

RYUSHITout ceci n'est qu'un conte. Je t'ai donné les seules péripéties que je connaissais et tu as accepté, je ne t'ai obligé à rien et le reste m'est inconnu. C'est toi qui es venu me voir. Tu devrais te concentrer sur la suite de l'histoire car déjà le temps joue contre toi.

Sho frissonna.

RYUSHITous les contes ne finissent pas bien. Celui des Champs Sucrés a une morale amère.

Un sourire presque malsain apparut sur son visage.

RYUSHI Souhaites-tu toujours continuer ?

Pour la première fois depuis bien longtemps, Sho se sentait pris de cours. Il n'appréciait guère le perpétuel mystère que son interlocuteur s’amusait à faire planer sur leur discussion. Tout était ci incertain dans sa bouche. Tout semblait si tragique que Sho commençait à perdre patience. Il était venu le chercher pour trouver des réponses claires à ses questions mais rien de ce qu’il avait appris jusqu’à maintenant ne lui avait permis d’avancer d’un iota. Le fait que ce pauvre fou ne réponde pas clairement à ses questions, qu'il ne lui explique rien, le poussa à abandonner son étrange petit jeu. Après tout, il l'avait dit lui-même : " Je t'ai donné les seules péripéties que je connaissais et tu as accepté, je ne t'ai obligé à rien et le reste m'est inconnu ". Alors que pouvait-il véritablement attendre de cet homme ?

Rien… enfin pour l’instant.

SHONon.

Le vieil homme hocha la tête. La vision, la brume, l’univers tout entier se dissipa dans un halo de lumière aveuglant. Quand Sho rouvrit les yeux, il était revenu à l’intérieur de la mansarde. Ryushi était assis dans son rocking-chair, son livre ouvert dans les mains. Il avait gardé cet aspect de sexagénaire plutôt bien pourtant et lui, de quadragénaire précoce à en juger la réaction d’Akai. C’est à peine si elle avait réussi à étouffer son cri d’effroi.

Pour elle, il ne s'était passé qu'une fraction de secondes. Elle se sentait nauséeuse… elle ne comprenait pas ce qu’il venait de se produire. Comment Ryushi avait-il pu rajeunir en un claquement de doigts et pourquoi Sho avait-il au contraire vieilli ?

Malgré le chaos dans lequel il nageait depuis son retour dans le monde réel, Sho n’était pas inquiété par sa vieillesse accélérée. Son esprit tournait de nouveau normalement. Il tournait même si bien que ni Ryushi ni Akai ne vit venir la suite. Le frottement de la lame contre son fourreau grinça à peine que déjà le katana se retrouva sous la gorge de Ryushi. Dans le monde réel, Sho était celui qui fixait les règles. Plus rien ne le retenait prisonnier de Ryushi. Il le regarda du coin de l'oeil et dessina un sourire qui s'apparentait étrangement à celui que le vieil homme lui avait servi quelques instants plus tôt.

SHOVous avez obtenu assez de temps pour repousser votre dernier sommeil. Je crois avoir rempli ma part du marché qui était de vous accorder un peu de mon temps. Vous avez désormais tout le loisir de remplir la vôtre, celle de me raconter l'histoire des Champs Sucrés et de me dire où les trouver.

Sho commençait tout juste à perdre patience. Aucune expression ne se lisait plus sur son visage. Il était froid, aussi froid qu’un prédateur sur le point de décapiter sa proie. Il appuya un peu plus la lame de son katana sur le cou. Elle s'enfonça lentement à la limite d’en trancher la peau.

SHOMa patience commence à s'égrainer... un conte n'est jamais écris que par la main de l'homme, et cet homme c'est vous.

Sho adressa un hochement de tête à Akai avant de désigner le livre que Ryushi tenait entre ses mains. La belle s'empressa d'arracher le bouquin des mains du vieil homme.

SHOVotre mémoire a rajeuni en même temps que vous, je vous conseille vivement de la forcer à ce souvenir de ce que vous avez écris et comment vous en êtes venu à écrire cette histoire. Toute histoire n'a-t-elle pas son fond de vérité, ne doit-elle pas son existence à un véritable fait, n'est-ce pas ce que vous m’avez dis ?

RYUSHI J'ai écris ce conte, c'est vrai. J'y décris un lieu blanc comme s'il on avait mis du sucre sur la terre, mais il n'y a jamais eu d'enfant, pas plus qu'il n'y a eu de démons et encore moins de champs sucrés. Au cours de mes voyages, j'ai dû entendre un récit de voyageur narrant ce décor mystique et je m'en suis inspiré. Si ce lieu a déjà existé, je suis incapable de le retrouver par mes propres moyens. Ce livre peut montrer ce que l'on souhaite voir et même plus, si tant est qu'on sache lui parler. Il n'écoute que moi …

Ryushi regardait Sho différemment désormais comme s’il comprenait bien qu'il n'était plus vraiment dans la meilleure des positions. Intuitivement, Sho commençait à croire que son prisonnier n’avait peut-être plus toutes ses facultés mentales ou bien qu'il était assez bon menteur pour ne pas lui révéler ce qu'il savait exactement sur cette histoire. Quoi qu’il pouvait en être réellement, Sho avait affaire à une situation de plus en plus obscure. Comme pour confirmer cette vérité, la langue de Ryushi se délia encore un peu.

RYUSHICe livre est la meilleure et la pire chose qui me soit arrivé. Avec lui, tout n'es qu'un conte, une fable ... Il peut montrer des mirages, le futur, le passé et tant d'autres choses. Je ne comprends pas pourquoi vous chercher un endroit fictif ?

Il pleurait presque désormais. Sho le regarda en gardant ses sourcils légèrement froncés. Quelques instants plus tôt, il disait ne rien savoir et voilà que maintenant sa langue se déliait sous la menace. Sho ne savait plus quoi croire.

SHOPour quelqu'un qui ne se souvenait de rien, il semblerait que la réalité soit tout autre. Vous dîtes que votre livre peut vous replongez dans le passé, reprenez-le et retrouvez le voyageur qui vous a inspiré ce décor. Retrouvez ce qu'il vous a dit. Vous n'aurez plus besoin de moi pour y retourner, vous m'avez subtiliser beaucoup plus que convenu.

RYUSHICela ne peut pas fonctionner ainsi.

Il semblait très sûr de lui et en même temps, terrifié. Il regardait Akai avec autant d’angoisse que d’intérêt.

RYUSHI Je dois emmener quelqu'un avec moi à chaque fois, une seule fois. Sinon pourquoi serais-je resté tant d'années dans cette mansarde ? Si je pouvais si facilement fuir cette vie de misère ?

La main de Sho se resserra un peu plus sur la garde de son katana.

SHOQuand j'étais avec vous dans votre fameux " conte " un village est apparu et une route s'est tracée devant nous. Où étions-nous ?

Ryushi semble plus que jamais inquiété par la situation. Il avait certainement fini par comprendre que Sho ne plaisantait plus. Il ne semblait plus vraiment à son aise. Loin de là. Pourtant il n’était toujours pas prompt à donner aux deux kuméens les informations que Sho avait durement payé.

RYUSHIJe ne sais pas où sont les Champs Sucrés. Je ne l'ai jamais su. Seul le conte sait où il est ! Seul le conte le sait. Vous avez arrêté ce dernier, c'est perdu, vous ne pouvez plus y retourner. Je ne peux emmener qu'une seule fois, une personne.

Il paniqua légèrement.

Une goutte de sang coula le long de son cou.

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MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Mar 18 Jan - 17:21

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… mais la lame du katana refusa de lui trancher nette la gorge.

Sho ramena l’arme le long de son corps avant de la ranger dans son fourreau. Il adressa un vague regard à Akai et sortit de la mansarde pour prendre un bol d’air chargé d’humidité, mais beaucoup plus respirable que ne l’était celui à l’intérieur de la petite bâtisse. Le jour déclinait à vue d’œil ou peut-être était-ce le toit de la vieille forêt qui empêchait la lumière de passer correctement ? L’eisei leva ses yeux vers la canopée en se demandant ce qu’il était venu chercher ici. Ryushi était un vieux fou qui espérait encore arracher un dernier sursaut à sa misérable petite vie. Sho doutait d’obtenir la moindre information à son contact.

Il devait trouver autre chose, une autre manière de lui soutirer la localisation qu’il était venu chercher.

La porte de la mansarde grinça à nouveau. Akai sortit et s’approcha de lui, l’air grave. Elle le dévisagea puis détourna son regard en plissant légèrement les yeux comme si elle contenait sa colère.

Akai – Qu'est ce qu'il s'est passé… là-bas ?

Sho devinait clairement dans le regard fuyant de son mentor qu’elle n’avait pas apprécié ce qu’il venait de se passer. Il n’avait aucune idée du temps qu’il s’était écoulé pour elle pendant qu’il avait vagabondé dans le monde irréel du vieux fou. Mais il pouvait comprendre que cela avait quelque chose de déroutant de voir son coéquipier disparaître et réapparaître avec quelques années de plus sans que cela n’ait d’explications logiques. Lui même ne se l’expliquait pas avec beaucoup de convictions. Le livre de Ryushi contenait un pouvoir incommensurable. Il en était désormais certain et doutait presque d’en trouver les limites.

Sho – Le livre semble répondre aux questions qu’on lui pose. Je ne sais pas comment t’expliquer ça, il faut le voir pour le croire, mais cette vieille branche possède un objet qui peut nous aider pour peu que nous sachions quoi demander.

Akai lui jeta un regard en coin et baissa les yeux, la mine à nouveau neutre.

Akai – Pourquoi as-tu vieilli prématurément ? As-tu appris quelque chose… là-bas ?

Sho afficha un sourire que lui-même ne s’expliqua pas. Peut-être tout simplement parce qu’il trouvait cela amusant qu’Akai s’inquiète pour lui.

Sho – Le livre répond aux questions, il trace des paysages, des souvenirs, en échange d’un peu d’espérance de vie. Si cette espérance de vie vieillit le questionneur, elle rajeunit proportionnellement le possesseur du livre. C’est pourquoi nous devons nous méfier. Ryushi a tout à y gagner dans cette histoire. Mais nous n’avons pas le choix, nous devons réessayer et tester les limites du livre en espérant qu’il nous en apprendra un peu plus sur les Champs Sucrés.

Akai – Et si le livre n’avait finalement rien à nous apprendre ?

L’eisei leva de nouveau les yeux.

Sho – Nous sommes perdus.

L’expression d’Akai resta intacte malgré la gravité de la situation. Les deux shinobi étaient condamnés à jouer au jeu d’un vieux fou en possession d’un artéfact extrêmement puissant. Ils n’avaient pas d’autres pistes à suivre, pas d’autres chemin à entreprendre. Les rares informations qu’ils avaient réussi à réunir les avaient conduis ici et nul part ailleurs. Sho était conscient du risque, peut-être plus encore que ne l’était son mentor. Mais l’Intendant lui avait confié une mission importante. Une mission nécessaire pour redorer le blason de Kumo. Sho ne devinait pas encore la raison pour laquelle le Yondaime avait caché le rouleau d’invocation du village à l’insu de tous, y compris de ses protégés, mais il commençait à se dire que la tâche de le retrouver serait peut-être plus compliquée que l’Intendant ne l’espérait.

Sho – Retournons à l’intérieur.

Akai le retint par le bras.

Akai – Attend. Tu l’as aussi bien entendu que moi, il ne peut emmener qu’une personne à la fois, une seule fois. Je veux voir ce que ce livre a de si spécial. Il faut que j’essaie.

Sho – C’est très dangereux..

Akai – Je côtoie le danger depuis que je suis enfant. J’ai moins de soucis à me faire que tu n’en as.

Sho secoua la tête en souriant avant d’acquiescer. Il ne pouvait concrètement rien faire contre l’obstination d’Akai à vouloir agir plutôt que continuer à être spectatrice d’une scène qui lui déplaisait. Dans la foulée, la kunoichi forma une série de taos avant de disparaître dans un nuage de poussière. Quelques secondes plus tard, elle réapparaissait en double. Un kage bunshin, murmura Sho instinctivement. La vraie Akai lui adressa un clin d’œil et se volatilisa. Son kage bunshin suivit Sho à l’intérieur de la mansarde où Ryushi Manabe les attendait avec une certaine appréhension.

Akai – Amenez-moi avec vous.

Un fin sourire anima le visage du vieillard. Il rouvrit le livre sans se poser de questions et aussitôt le monde s’effaça, tout du moins pour lui et le kage bunshin d’Akai.

Pour Sho, l’attente dura un peu plus d’une minute avant qu’il ne ressente de nouveau la désagréable sensation d’être soumis à une illusion permanente. Il ferma les yeux et les rouvrit, espérant se confronter à un cauchemar, quand la vérité lui sauta aux yeux. Il était dans un champ de coton, un immense champ de coton où une autre silhouette l’attendait. Un homme de taille moyenne aux cheveux d’un blanc presque trop pur. Sho le reconnut aussitôt pour avoir déjà aperçu son portrait dans le bureau de l’Intendant. Kimimaro Kaguya… le Yondaime Raikage se tenait à quelques centimètres de lui seulement. Une vive et triste illusion à la fois ; fragment d’une gloire passée.

Ryushi – Il y a quelque chose qui ne va pas avec vous…

L’eisei percevait bien la voix du vieil homme quelque part derrière lui, mais il se sentait trop captivé par la vision du Yondaime pour en détourner le regard.

Akai – Je sais ce que vous voulez obtenir de moi mais je ne vous donnerai rien sans rien obtenir de vous.

Cette fois-ci, Sho pivota sur ses talons et jeta un coup d’œil derrière lui. A quelques mètres de là, le kage bunshin d’Akai n’avait pas pris une ride – à sa grande surprise – Ryushi non plus ne semblait pas avoir rajeunis. Pourtant la vision laissait clairement entendre qu’Akai avait formulé la question juste, la seule qui avait permis l’apparition du Yondaime.

Akai – Me suis-je fait comprendre ?

Elle le désigna lui et le Yondaime du regard. Plus étrange encore, Ryushi ne trouva rien à y redire. Pourtant Sho était persuadé que le vieillard avait découvert la supercherie en voulant puiser un peu de l’espérance de vie d’Akai. Alors pourquoi ? Pourquoi les laisser faire et pourquoi l’avait-il de nouveau attiré dans ce monde s’il avait pourtant assuré avec fermeté qu’il ne pouvait y amener qu’une seule personne à la fois et ce à une seule reprise ?

Akai lui fit un clin d’œil, comme si elle lisait à cet instant dans son esprit et qu’elle lui faisait comprendre de poursuivre leur tâche sans se soucier du reste. Perplexe, Sho reporta son attention sur la silhouette du Raikage et formula la seule question qui lui venait instinctivement à l’esprit :

Sho – Que cherchez-vous ?

La vision évolua avec la question. Le décor changea peu à peu, offrant une nouvelle perspective aux trois spectateurs et plus particulièrement encore à Sho. Le Yondaime se frayait un chemin dans le champ de coton, en se saisissant d’un peu de cette matière première en souriant. Il semblait heureux, vraiment heureux. Sho se demandait bien pourquoi et surtout à quand remontait cette vision au juste. Il essaya de distinguer nettement les détails de ce qui ressemblait à une vision bien réelle, mais pourtant fausse, quand son regard fut attiré par une bâtisse à quelques mètres de là. Une bâtisse comme on pouvait en trouvé un peu partout en campagne à ceci près que celle-ci possédait un toit de chaume et que son enseigne attaquée par le temps laissait deviner deux kanji. Le premier, bien lisible, signifiait « repos ». Le second, délavé et à peine visible, ressemblait à celui qu’on utilisait communément pour la composition des mots « voyage », « sérénité » ou encore « marche » mais il était quasiment impossible de savoir lequel était le bon.

Après quelques pas, le chemin du Yondaime se poursuivit à l’intérieur de la bâtisse que Sho savait désormais être une auberge. Les éclats de quelques conversations lui parvinrent, mais très vite, son attention se porta sur un autre détail. La fatigue le tenaillait, il se sentait plus lourd qu’il ne l’était vraiment, comme si un poids considérable pesait sur ses épaules et ses chevilles. En moins de temps qu’il lui en avait fallu pour suivre les traces du Yondaime, il sut que le petit jeu de Ryushi commençait à se retourner dangereusement contre lui.

Akai – Où se situe cette auberge ?

Mais la vision ne changea pas.

Sho – Pourquoi le Yondaime est-il venu ici ?

Toujours rien.

L’eisei tourna difficilement sa tête vers le vieillard encore loin derrière et l’interrogea du regard. Celui-ci se contenta d’un sourire alors que ses traits continuaient de rajeunir… dangereusement. Sho réfléchit à un stratagème pour tester l’extrême limite du livre, après avoir réalisé que Ryushi ne comptait vraisemblablement pas leur laisser la vie sauve. Il leur prendrait leur vie, toute leur existence sans la moindre hésitation. Le déclic se fit à cet instant critique..

Le temps que le livre prenait à la victime pour nourrir Ryushi était exactement le temps qui s’écoulait pour répondre à la question de la victime. Le nombre d’années que Sho avait perdu dans cette histoire, était exactement le nombre d’années qui devait le séparer de la scène que le livre avait enclenché. Il était impossible aux yeux de l’eisei de savoir comment le livre s’était approprié cette vision, comment il avait pu suivre les traces du Yondaime sans que personne n’en sache mot à Kumo. Pourtant, la vision semblait bien puiser dans la réalité et Sho ne pouvait que se résoudre à croire qu’elle l’était bien. Au stade dans lequel il se trouvait, il n’y avait plus de choix, plus de doute, il avait eu sa réponse et il devait à présent trouver un moyen de quitter ce jeu de malheur et s’éloigner le plus loin possible de Ryushi et de son livre maudit.

L’idée que le livre répondait au temps qui s’écoule lui fit entrevoir une brèche qu’il espérait être une limite.

Sho – Qu’est-ce que Kimimaro Kaguya serait devenu s’il était encore en vie aujourd’hui ?

L’incohérence était là. Kimimaro Kaguya n’était plus et ses souvenirs avec. Aussi puissant soit le livre, il était dans l’incapacité de calculer le temps qui séparait la mort du Yondaime de ce jour, tout comme il était incapable de dessiner son avenir. Dans les yeux de Sho, l’horizon commença à disparaître, comme aspirée. Suivirent la silhouette du Yondaime puis l’auberge toute entière, à croire que tout n’était que fétu de paille. La vision s’effondrait et de lourds tremblements se firent ressentir de part et d’autre de la voie principale, celle que ni lui ni Akai ne devaient quitter sous aucun prétexte.

Le visage de Ryushi Manabe était désormais jeune d’une trentaine d’années, mais l’incompréhension et une part de folie commençait tout juste à se dessiner le long de ses traits rajeunis. A quelques mètres derrière lui, la voie s’effritait mètre après mètre, la promesse qu’elle finirait par disparaître totalement comme tout le reste. Instinctivement, Sho et le kage bunshin d’Akai se mirent à courir le plus vite possible, apeurés par le destin qui semblait leur être réservé par le livre. Mais très rapidement, l’eisei sentit le poids des âges sur ses épaules, une fatigue telle qu’il ne pouvait courir comme il le souhaitait, comme si l’effort ne pouvait se prolonger au-delà de trois foulées. Ryushi courait sur ses talons avec l’agilité d’un shinobi parfaitement entraîné, la rage et la haine inscrites distinctement sur son visage crispé. Sho ne pouvait l’entendre parler, mais il devinait à son regard et à son visage qu’il le maudissait.

Le kage bunshin d’Akai était bien loin déjà et Sho doutait de pouvoir le rattraper avant que Ryushi ne lui bondisse dessus.

Le monde n’était plus. Seule la voie subsistait.

Alors Sho attendit la Mort comme une proie attend qu’un prédateur beaucoup trop fort pour elle bondisse sur elle pour en finir. Courir il ne le pouvait plus.. il se sentait trop vieux. Akai disposait de toutes les informations qu’il fallait pour espérer poursuivre l’enquête, lui avait rempli sa part du marché, même si au plus profond de lui, le désespoir de mourir ici, dans cet endroit infâme, lui arracha les tripes de douleur et d’abattement.

Dans un dernier réflexe de shinobi, il esquiva le jeune Ryushi alors que celui-ci lui bondissait dessus en espérant lui arracher la gorge. La silhouette roula hors de la voie et disparu. Sho rejoignit le kage bunshin d’Akai qui s’était mystérieusement arrêté quelques mètres plus loin. Là, il comprit que la voie prenait fin et que son histoire personnel prenait également fin. Il eut un dernier regard pour celle qui lui avait tout appris, lui sourit comme pour la remercier, et en fermant ses yeux laissa une perle d’eau glisser le long de sa joue droite et s’éteindre au sol comme sa vie allait à présent s’éteindre.


Il ouvrit ses yeux et la lumière du jour l’aveugla, bien qu’elle fut faible dans la petite pièce où il se trouvait. Quand ses yeux s’y furent habitué, il vit un tas de sable s’écoulant d’un vieux rocking-chair appuyé près d’une fenêtre unique, pleine de crasse et de moisissure qui laissaient entendre, comme le reste du mobilier, que cet endroit n’avait plus reçu le moindre coup d’éponge depuis bien des décennies. Il fronça les sourcils, se demandant où il était. Le bruit du sable s’écoulant sur le sol l’empêchant de se concentrer convenablement, il chercha la porte du regard quand celle-ci s’ouvrit à la volée sur une femme à la peau blanche comme neige et à la chevelure de jais. Elle le dévisagea avec d’énormes yeux ronds, visiblement essoufflée. Il entendit un nom remonter depuis les profondeurs de sa mémoire, alors qu’un sourire heureux venait illuminer le visage de celle qu’il savait être Akai Juutai.

Sho Nagoshi avait vaincu la mort.

[Fin de la Première Partie]
¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Sam 22 Jan - 20:16

Sho : + 196 XP (bonus level inclus)

Shigeo (as Iba) : + 10 XP

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 7 Fév - 17:25



Au camp des lucioles.

L’air était lourd. Mais il ne s’en souciait pas. Les feuilles au-dessus de sa tête remuaient à peine. Mais il ne s’en souciait pas. Les minutes s’écoulaient encore et toujours. Mais il ne s’en souciait pas. Son regard fixait inlassablement l’entaille dessinée le long de son pouce. Mais il ne s’en souciait pas. Les perles de sang filaient le long de sa peau et s’arrêtaient, prisonnières, dans le creux de sa main. Mais ça non plus il ne s’en souciait pas. Ce n’était jamais plus qu’une blessure volontaire. Jamais plus qu’un détail qu’il serait capable d’effacer d’un claquement de doigts. L’expérience qu’il avait vécu, elle, était bien plus difficile à effacer. Il abaissa le menton et aussitôt une pluie de cheveux s’échoua devant sa vue. Plus de trace de sang, plus d’entaille, juste le murmure de ses pensées. Lentement, il bascula sur le côté puis s’allongea dos au sol, l’herbe grasse faisant office de matelas de fortune.

Voir la mort, l’effleurer du bout des doigts, était une expérience marquante et non moins terrifiante. Comprendre que tout pouvait s’arrêter d’une seconde à l’autre, le comprendre réellement était terrifiant. S’accrocher à n’importe quoi, vouloir vivre plus que de son vivant, voilà à quoi ressemblait la mort. L’impression d’impuissance extrême, de libération et de soumission aussi. Une autre prison, mais pas de verre. Sho déplaça une mèche de cheveux de son visage et rouvrit ses grands yeux d’or au regard de la nuit étoilée qui s’ouvrait à lui entre deux arbres. Ses poumons se chargeaient de cet air étonnement lourd. L’air d’une forêt trop ancienne. Un lieu qu’on devinait chargé de souvenirs pour lui et son mentor comme pour d’autres. Akai avait gardé le silence depuis qu’ils avaient quitté la mansarde de Ryushi. A l’atterrissage dans cette clairière, elle s’était tout de suite mise en quête de bois sec pour le feu. Elle l’avait allumé seule puis s’était assise face au vent, les genoux dans les bras. Elle n’avait pas quitté cette position depuis.

Sho cligna des yeux et bascula sa tête contre son épaule. Son regard chercha la silhouette d’Akai et la trouva recroquevillée près du feu, les yeux à demi-clos. Elle aussi avait rencontré la mort, mais pas de la même manière. Sa position, son regard, tout laissait croire que la mort s’était rappelée à elle. Elle n’en était pas à sa première rencontre et il commençait à croire que la marque que celle-ci avait laissé en elle était plus profonde qu’on ne pouvait l’imaginer. Il soupira discrètement en fermant ses yeux. Quand il les rouvrit, son regard fut tout de suite attiré par une petite bille lumineuse. La bille fila sous son nez et disparu derrière un arbre. Pendant une poignée de secondes, Sho fixa l’endroit où la bille avait disparu dans l’espoir qu’elle réapparaîtrait. Mais ce ne fut pas le cas. L’eisei-nin ramena ses yeux sur le bout de ciel étoilé et soudainement une, puis deux, puis trois billes se dessinèrent dans son horizon. Elles improvisèrent une danse au milieu des étoiles et le poussèrent à se dresser sur ses bras. Un sourire fendit ses lèvres. Des lucioles...

Akai – C’est de l’ombre la plus profonde que la lumière jaillit... C’est ce qui se dit dans les contes pour enfants.

L’eisei-nin se rallongea, les bras croisés derrière sa nuque et les yeux grands ouverts. Le banc de lucioles flottait au-dessus de sa tête, suivant des directions désordonnées, chaotiques même. Rapidement, il ramena son attention sur Akai qui, elle aussi, avait relevé la tête pour regarder le spectacle. Rien dans son expression ne la faisait croire plus apaisée, tout juste plus songeuse. Il connaissait ce bout de femme depuis bien assez longtemps pour savoir que ce n’était jamais plus qu’un état passager et qu’elle terrerait tous ses sentiments au plus profond d’elle à défaut de s’en débarrasser complètement. Lui dans tout ça, n’avait qu’à attendre que la tempête passe.

Sho – Tout dépend de l’ombre.

Akai tourna son visage dans sa direction et se contenta d’un lourd silence pendant quelques minutes. Finalement, elle détourna le regard et s’abandonna à un soupire las.

Akai – Je vais rentrer seule.

Sho ramena solidement sa tête sur son cou et profita encore un peu du ballet improvisé par les lucioles. Il connaissait si bien son mentor qu’il savait déjà où elle voulait en venir en prétextant vouloir rentrer seule. D’une façon ou d’une autre, Akai Juutai était une femme d’action. Attendre, les bras croisés, n’était pas le genre d’activités auxquelles elle aimait s’adonner. Elle se devait d’être toujours occupée, que ce soit par l’entretien de plantes sous serres, la rédaction de nouveaux cours pour l’Académie, ou encore la tenue de tractations douteuses dans les couloirs les plus obscures de Kumo. C’était sans doute l’une de ses méthodes pour oublier ce qu’elle devait impérativement oublier. Sans cesse concentrer son attention sur autre chose pour reléguer ses souvenirs le plus loin possible. La moralité de ces agissements était sans doute discutable, mais les résultats étaient réels. Akai savait oublier. Et de fait, elle oublierait un jour ou l’autre l’inaction dont elle se sentait à présent coupable. Alors que lui avait délibérément risquer sa vie, elle s’était réfugiée derrière un kage bunshin, faute de mieux. Voilà ce qu’elle se reprochait et voilà bien une chose pour laquelle il ne pouvait pas lui en vouloir.

Elle avait choisi la prudence à juste titre. Il s’était simplement retrouvé empêtré dans quelque chose de trop grand pour lui. La différence était là, mais en rien elle ne pouvait être considéré comme une faute. Mais Sho comprenait dans une certaine mesure qu’elle en soit une pour Akai. Elle croyait sans doute qu’il était encore le jeune élève qu’elle se devait de protéger et d’endurcir jour après jour. Pouvait-il lui en vouloir de penser encore de cette manière ? Probablement pas. Aussi longtemps qu’ils vivraient, elle resterait son sensei, et lui son éternel élève. Il y a toujours quelque chose à apprendre… Et ça, ce n’était pas simplement mentionné dans les contes pour enfants.

Sho – Quel est ton plan ?

La kunoichi leva le nez, huma l’air, puis se redressa sur ses deux jambes.

Akai – Je peux faire jouer quelques uns de mes contacts pour obtenir la localisation de l’auberge. J’ai bon espoir que l’un d’eux pourra nous aider. Si jamais cela s’avère infructueux, je rendrai une petite visite à Shigeo-sama. Ayant un droit de regard sur toutes les archives de l’ANBU, il est notre meilleure carte pour tirer profit des informations que ce vieux débris et son livre maudit nous a laissé.

Sho devait reconnaître que l’idée était simple et efficace. Perdus au fin fond d’une forêt éloignée de toute civilisation, ils n’avaient aucune chance de poursuivre leur piste. Il fallait impérativement repasser par Kumo et y localiser l’auberge. Les moyens pour y arriver facilement étaient nombreux, et il avait pleine confiance en Akai pour mener ces recherches à bien. Si le bon sens voulait que Shigeo-sama soit le mieux disposé à les aider, Sho comprenait la raison pour laquelle Akai ne le plaçait pas dans ses choix prioritaires. L’Intendant travaillait à des projets plus grands ces derniers temps. Des projets pour lesquels, il mobilisait régulièrement un grand nombre de personnes à travers des réunions et des discussions interminables. Le monde bougeait, Kumo devait s’y adapter et Shigeo-sama était le seul qui avait la pleine autorité de mener à bien ces adaptations. Le déranger pour cette affaire – aussi importante soit-elle – n’était pas une bonne idée dans le climat actuel.

Sho – Tu as l’air sûre de ton coup. Je suppose que je n’ai rien à redire sur ta décision ?

Akai lui adressa un sourire en coin.

Akai – En effet. Tu n’as rien à redire. Contente-toi simplement de quitter cette forêt et de me retrouver dans deux jours aux gués d’Harue. Je t’y retrouverai avec les informations manquantes.

Sho se redressa en position assise, les mains en appuie dans l’herbe. La rivière Harue n’était pas si loin d’ici s’il se fiait à ses connaissances géographiques. A une demi-journée de marche s’il ne se trompait pas. Le temps à tuer serait donc long, un peu trop à son goût.

Sho – L’attente risque d’être longue, mais je trouverais bien quelque chose à faire.

Le sourire de la kunoichi réputée dans tout Kumo pour ses poisons s’accentua à l’écoute de ses mots. Elle avait tout prévu. De son sac, elle tira un rouleau qu’elle lui lança dans la foulée. A sa réception, Sho sut que quelques heures d’entraînement ne seraient pas de trop pour tuer le temps. S’armant d’un sourire, il hocha simplement de la tête pour la remercier. Akai secoua sensiblement la tête et enfila la lanière du sac sur son épaule, le plaquant contre sa taille de sa main gauche.

Akai – Séparons-nous un moment.

L’eisei-nin acquiesça.

Sho – Je te fais confiance.

Akai se laissa gagner par un petit rire alors qu’elle retroussait ses manches.

Akai – Ce n’est pas comme si tu avais le choix.

Elle n’avait pas vraiment tort. Elle voulait partir, accomplir sa mission, et revenir comme pour se racheter de n’avoir été que spectatrice lorsqu’il s’était retrouvé piéger dans le monde de Ryushi. Si telle était sa décision, il n’était pas en son pouvoir de la discuter. Akai était une Juunin reconnue dans le village. Elle avait développé un réseau beaucoup plus conséquent que lui. Il était donc logique qu’elle retourne au village à sa place. Et logique qu’il reste à s’entraîner à l’ombre des arbres en attendant de pouvoir la retrouver sur les rives de la rivière Harue.

Akai – Kaerimichi no Fuuin Jutsu !

La main droite grande ouverte, Akai posa un genou sur le sol et aussitôt un cercle de lumière bleue s’y matérialisa et la happa quasiment dans la foulée. Akai retournée à Kumo, Sho se laissa gagner par un soupire et s’en retourna à son matelas de verdure. Les lucioles étaient toujours là, voltigeant dans tous les sens sans éteindre leur lumière si singulière. L’obscurité n’était pas loin, mais Sho se plut à suivre des yeux ce qui s’apparentait bien à des étoiles échouées dans un monde plongée dans la noirceur.


Dernière édition par Sho Nagoshi le Mar 22 Fév - 17:18, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 14 Fév - 21:56

Au moment de rouvrir les yeux, Sho fut aveuglé par un puissant rayon de lumière blanche. Gesticulant en tout sens, il lui fallut plusieurs poignées de secondes pour s’habituer à la lumière d’un soleil à son zénith et se redresser sur ses deux jambes. Quelques étirements, le craquement de quelques articulations enrouées, un coup d’œil sur sa gauche puis sur sa droite. Rien, il était seul. L’eisei-nin laissa échapper un bâillement avant de se mettre en marche. La veille, Akai avait déniché un véritable parterre de baies sauvages à une cinquantaine de pas du campement ; un parterre qu’il comptait bien visiter pour faire le plein de provisions sucrées. Sur le chemin, il repéra le lit d’un ruisseau presque asséché dont il mémorisa quasi instinctivement la position.

De retour au campement, l’eisei-nin déposa les baies dans une boite vide qu’il laissa bien à l’ombre des arbres, dans un petit lit d’herbe fraîche. Il attrapa son sac de voyage dans la foulée, son nodachi et retourna aux abords du ruisseau asséché. Là-bas, il commença par se laver les mains puis le visage avec le peu d’eau que pouvaient offrir les flaques survivantes. Après s’être assuré que réellement personne ne se trouvait dans les parages, il se déshabilla et se lava sommairement le corps avant de se sécher avec une serviette propre. De son sac de voyage, il extirpa un haut noir qui lui collait à la peau du haut de son cou jusqu’à son bas ventre, un pantalon d’un noir cendré comme en portait la plupart des shinobi, et un épais foulard violet taillé en triangle et décoré d’un étrange demi-cercle blanc qu’il noua autour de sa taille. Sho paracheva le tout en chaussant des sandales montantes après avoir enroulé une série de bandage violet autour de sa jambe droite et d’y avoir suspendu un petit étuis contenant les quelques pilules dont il s’était armé pour le voyage.

Un sourire satisfait pendu aux lèvres, l’eisei-nin rentra au campement et abandonna son sac de voyage dans un coin après s’être munis du parchemin qu’Akai lui avait laissé. Il en déroula le contenu sous son regard d’ambre et se demanda combien de temps il lui faudrait pour maîtriser correctement la technique qui y était scellée. Levant le nez en l’air, il se persuada que le temps qui le séparait du retour d’Akai serait amplement suffisant s’il y mettait la forme.

Pendant quelques minutes, Sho se consacra à l’étude du parchemin. Il analysa chaque mouvement décrit, chaque impulsion de chakra minutieusement calibrée, chaque particularité dans ses moindres détails, puis il évalua sommairement ses réserves de chakra avant de peser le pour et le contre. Apprendre était une chose, apprendre vite en était une autre, il le savait mieux que quiconque. Son souhait était d’utiliser un kage bunshin pour un entraînement plus efficace et plus rapide, mais pouvait-il réellement prendre le risque de s’affaiblir dans sa situation ? Akai aurait certainement trouvé sa réponse insensée si elle avait été présente, mais Sho ne se sentait pas la force de l’attendre sans rien faire.

Bien décidé à puiser dans ses réserves de chakra malgré tous les dangers qui étaient susceptibles de se présenter à lui, l’eisei-nin forma une série de taos et laissa apparaître son parfait double dans un panaché de fumée blanche. Il inclina la tête, comme s’il se trouvait face à une personne bien réelle et le kage bunshin fit de même avant de se masser la nuque.

Sho – Attaque-moi.

Un sourire se dessina sur le visage du kage bunshin.

KB – Tu es sûr ?

Sho – Certain.

Le kage bunshin acquiesça et marqua un mouvement vers l’arrière pour encrer ses appuis dans le sol.

KB – Nodachi… autre ?

Sho – Ce que tu veux, ça n’a pas d’importance.

En moins de temps qu’il en fallait habituellement pour battre des paupières et rouvrir grand les yeux, le kage bunshin se rua sur Sho en formant une série de taos que ce dernier n’eut aucun mal à reconnaître. Jinsei Noshi… Sho arma aussitôt le contre. Ses mains s’animèrent et une bulle de chakra se dessina autour de lui. Malheureusement la rapidité d’action lui fit défaut et la bulle éclata avec l’impacte. Quelques entailles s’ouvrirent le long de ses mains, signe que le Jinsei Noshi l’avait touché, mais pas assez pour sérieusement le blesser.

Sho – Pas mal.

Le kage bunshin releva la tête, ses mains encore appuyées contre le torse de Sho. Il força son sourire.

KB – Tu ne trouves pas ça amusant d’apprendre une technique qui a été inventé par des konohéens pour endiguer les forces kuméennes de l’époque ?

Sho dégagea les mains du kage bunshin et le repoussa à distance en frappant sa poitrine du plat de la main.

Sho – Tu n’oserais pas me traiter de traître j’espère ?

KB – Je suis toi. Je ne me permettrais aucune injure à moi-même.

Le sourire de Sho s’affina devant son reflet. Discuter avec son double, un double qui pensait comme lui, réagissait comme lui, était une expérience pour le moins déconcertante surtout quand on était de nature à avoir la réponse plutôt facile.

Sho – Ne retient plus tes coups, attaque !

Le kage bunshin hocha de la tête et dégaina la terrible lame noire de son nodachi. La danse qu’il exécuta avec l’arme ne pouvait pas tromper l’œil de celui qui l’avait peaufiner avec le temps. L’Art de la Chute du Faucon… Le configuration de cette attaque était différente de la première. Si cette danse, nodachi en main, était d’une lenteur nettement plus prononcée que ne le demandait la préparation du Jinsei Noshi, sa puissance la surpassait de loin. Le temps de se concentrer sur le coup à venir et Sho comprit qu’il n’aurait pas le temps d’activer la sphère à temps. Dans un sursaut, l’eisei-nin eut tout juste l’opportunité de dégainer son nodachi et contrer le coup du bout de la garde. L’impacte le fit reculer de quelques centimètres.

KB – Agir vite ne prévaut pas sur l’anticipation, n’est-ce pas ?

Sho abaissa ses yeux sur les sillons dessinés dans la terre par son recule. L’anticipation, oui, il n’y avait aucun doute, il ne possédait pas meilleure arme. Aussitôt dit aussitôt fait, Sho repoussa l’offensive en faisant glisser sa lame contre sa sœur jumelle. Il planta dans la foulée son nodachi dans le sol et exécuta les taos nécessaires au relâchement de la bulle de chakra. Cette fois-ci, la bulle scintilla dans un halo de lumière verdâtre, délimitant un périmètre d’un mètre autour du corps de l’eisei-nin.

Le kage bunshin se rua de nouveau sur lui et frappa mais la bulle et la défense naturelle de l’eisei-nin réussirent à contenir la puissance du coup.

Sho – Nous voilà bien avancés..

KB – .. Incapables de nous blesser.

Sho tendit sa main droite vers la paroi de la bulle. Ce qui la fit aussitôt volé en éclats. Le kage bunshin amorça un nouveau mouvement mais Sho abaissa aussitôt sa main sur la garde du nodachi pour le bloquer.

Sho – Pas de ça entre nous.

KB – Tes désirs sont des ordres.

Le kage bunshin rangea le nodachi dans son fourreau et s’inclina respectueusement avant de disparaître dans un nouveau nuage de fumée. Sho retourna auprès de sa véritable lame qu’il déterra, nettoya du bout des doigts, avant de la ranger dans son fourreau.

Lorsqu’il releva de nouveau la tête, le soleil avait bien descendu dans le ciel azur. Si le crépuscule était encore loin, l’heure du déjeuner était quant à elle bien passée. Sho retourna malgré tout s’asseoir à l’ombre des arbres, son nodachi appuyé contre son épaule gauche. Il dévora les quelques provisions qu’il avait amené de Kumo, accompagna la fin du repas de quelques baies bien mûres, puis se reposa en relisant encore et encore le parchemin d’Akai pour mieux saisir la théorie. Il s’imprégna également de l’histoire de la technique et de celle de ses créateurs, Hotaru et Kazuhisa Goshi, de lointains adversaires de Kumo à l’époque du Nidaime Raikage, Hidoshi Tarega… loin, très loin, des intrigues qui poussèrent, bien des années après, le Yondaime à dissimuler un parchemin si capital aux yeux de Kumo.

Citation :
Demande de validation : Kyuu no Bouei - Sphère de Défense ( Ninjutsu Non-élémentaire )

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Lun 21 Fév - 13:11

La pluie s’abattait sur lui comme un torrent d’eau divin. Assit en tailleur sur un rocher, la nuque abaissée, Sho demeurait immobile, les yeux à demi-clos. La largeur de son chapeau de paille et l’absence de vent faisaient que les gouttes d’eau tombaient rarement sur son hakama. Sho pouvait presque les entendre se former au bord de son chapeau puis se briser quelques centimètres plus bas sur la pierre lisse et froide.

Harue… Une comptine locale racontait que les gués n’avaient pas existé en tous temps, mais qu’ils s’étaient formés après l’affrontement de deux grandes kunoichi. L’une venait d’Iwagakure, l’autre de Kirigakure. La comptine ne racontait pas pourquoi les deux femmes s’étaient affrontées à cet endroit ni pourquoi elles en étaient venues à se détester au premier regard. Elle chantait simplement que trois jours durant, la terre avait tremblé et que la rivière Harue s’était mise à danser. Au matin du quatrième jour, la foudre avait subitement fendu le ciel et la région avait aussitôt retrouvé son calme. Le corps des deux kunoichi s’étaient volatilisés. Les gués d’Harue furent les seuls vestiges de leur affrontement.

Sho tourna légèrement la tête pour entrevoir le fil de la rivière Harue couler vers le sud est. A cette époque de l’année, la rivière atteignait son débit le plus important. Les neiges du nord du pays fondaient à vu d’œil et le cours d’eau se chargeait à sa source pour ensuite dévaler le pays tout entier afin de rejoindre la mer. La pluie qui s’abattait sur la région depuis la veille au soir avait naturellement gonflé le lit de la rivière, noyant les gués dans un flux d’eau constant. La traversée était impossible à moins, bien sûr, de posséder quelques dons pour malaxer le chakra.

Sho cligna des yeux puis les ramena droit devant lui. Un peu plus loin, à l’endroit où l’Harue décrivait un virage presque à quatre-vingt degrés, il aperçut une silhouette sur l’autre berge. Il s’agissait vraisemblablement d’un vieil homme à voir sa petite taille, son dos courbé, et sa tenue caractéristiques des paysans de la région. Il traînait une petite charrette à bout de bras, courbé comme si le poids du monde reposait sur ses épaules. Sho le regarda disparaître quelques mètres plus loin, happé par le mur de pluie.

La tresse de perle attachée à son chapeau conique tinta sensiblement lorsqu’il leva la tête pour entrevoir le ciel. Le crépuscule imbibait déjà bien les nuages. La nuit ne tarderait plus à tomber. Sho pouvait d’ailleurs voir la lumière faiblir minute après minute. Tôt ou tard, il ne serait plus qu’une ombre assise sur un rocher. Une ombre que Akai aurait bien du mal à distinguer si elle ne se dépêchait pas de le rejoindre.

Une heure s’écoula quand la silhouette de la kunoichi se matérialisa de l’autre côté de la rivière Harue, non loin de l’endroit où le vieil homme et sa charrette avaient disparu. Akai tenait une lanterne dans la main et semblait vêtue d’une épaisse cape de voyage. Sho leva son bras pour la saluer. Akai y répondit en secouant la lanterne à la hauteur de son visage. Une poignée de secondes après, elle se tenait debout devant lui, le visage ruisselant de perles d’eau aux reflets de miel.

Sho – Tu as l’air épuisé.

Akai soutint son regard sans ciller. Il y avait de la fatigue dans ses yeux, mais aussi l’expression d’une profonde faiblesse qui fit se relever Sho brusquement au moment où les appuis de la kunoichi se dérobèrent.

Sho – Akai !

Avec la plus grande lenteur, il l’aida à s’allonger sur l’herbe trempée, s’agenouillant près de sa tête pour la soutenir de ses deux mains. La lanterne posée dans l’herbe continuait de repousser la pénombre grandissante.

Akai – C’était…

Sho – Économise ta salive. Tu auras tout le temps de me raconter ce qu’il c’est passé, plus tard.

La mine d’Akai était horrible. Sho la devinait plus pâle qu’à l’accoutumée. En observant son front, il lui sembla même distinguer des gouttes de sueurs au milieu des perles laissées par la pluie. Rapidement, il laissa la nuque d’Akai reposer sur une seule de ses mains et de l’autre fouilla son sac pour en tirer son manteau de voyage. Après l’avoir placé sous la nuque de son mentor, il chercha les dernières provisions qu’il avait conservé et la gourde d’eau.

Sho – Boit un peu.

Il versa quelques lampées d’eau dans sa bouche et lui proposa ensuite quelques baies à croquer. Akai mâcha en silence, les yeux clos et légèrement tremblants.

Sho – Est-ce que tu te sens de marcher un peu ? La pluie pourrait bien ruiner ta santé. Il y a un bosquet par..

Akai – Ça ira..

Interrompu, Sho sourit et porta le bras d’Akai autour de sa nuque avant de l’aider à se relever en ceinturant sa taille. Attrapant la lanterne et leur nécessaire de voyage de sa main libre, Sho porta Akai jusqu’au premier arbre qui se présenta sur leur chemin. Il l’aida à s’asseoir contre le tronc et forma un petit tas avec son manteau sur laquelle s’asseoir. Face à elle, séparé de quelques mètres avec au centre la lanterne, il attendit.

Akai – Shigeo-sama… réunis une troupe… vision..

Les épaules d’Akai s’affaissèrent, signe de l’effort colossal que parler pouvait lui demander. Sho fit basculer son chapeau conique dans son dos et croisa simplement son regard avant qu’il ne s’éteigne sous ses paupières trop lourdes.

Sho – Repose-toi. Nous aurons tout le temps de discuter demain.

Akai marmonna quelque chose d’incompréhensible puis sa tête se figea sur son épaule. En suivant simplement sa respiration, Sho sut qu’elle s’était endormie pour de bon. Et si sa curiosité l’aurait poussé à la réveiller pour avoir le fin mot de l’histoire, le bon sens le fit plutôt s’éloigner de leur campement de fortune pour la laisser se reposer en paix. Lorsqu’il leva de nouveau les yeux en l’air, une nuit opaque et froide s’était installée. Une épaisse couche nuageuse obstruait la lumière des étoiles et de la lune. Le vent soufflait à peine. Sho pouvait entendre les eaux de l’Harue s’écouler à quelques pas de là. Une étrange sensation s’empara alors de lui…

… comme si la respiration d’une bête gigantesque glissait sur sa nuque.


Le lendemain, Akai se réveilla peu après l’aube au crépitement d’un bon feu et d’une bonne odeur de poisson grillé. Agenouillé près du feu, Sho s’afférait à le préparer. Son regard rencontra le sien et un fin sourire anima momentanément ses lèvres.

Sho – Bonjour.

Akai – Combien de temps j’ai dormi ?

Sho – Trop longtemps.

Akai se redressa en se massant le front. Elle prit appuis contre l’arbre puis elle agença quelques pas incertains avant de trouver son équilibre.

Akai – Tu dois me trouver pitoyable.

Sho – Non, juste endormie.

Akai cessa de se masser le front et s’agenouilla près du feu, elle aussi. Sho remarqua que la fatigue avait pratiquement disparu de son regard, mais que sa faiblesse subsistait. A défaut de mettre en avant sa curiosité, Sho préféra reporter son attention sur la cuisson du petit-déjeuner. Akai ne semblait même pas l’avoir remarqué. Son regard était perdu dans le vague.

Akai – Je sais où trouver l’auberge.

Sho retira le poisson du feu et commença à le décortiquer dans un bol. Savoir qu’Akai avait réussi à obtenir la localisation de l’auberge était un véritable soulagement pour lui. Mais il n’en montra rien. La nuit passée l’avait poussé à s’interroger sur les moyens de protection que le Yondaime avait du mettre en place pour conserver le rouleau d’invocation. Il était arrivé à la conclusion que si le Yondaime avait réellement caché le rouleau d’invocation en dehors de son village, c’est bien qu’il avait trouvé un endroit beaucoup mieux protéger. Existait-il seulement endroit plus sûr qu’un village caché de l’envergure de Kumogakure ? Si la réponse était oui, alors Sho redoutait d’affronter les mécanismes de défense d’un tel lieu. Ryushi avait failli lui arracher sa vie ; ce rouleau méritait-il seulement de la risquer d’avantage ?

Akai – Tu as peur ?

Sho reprit le contrôle de ses baguettes et émietta le poisson sans le quitter des yeux.

Sho – Je me demande jusqu’où cette mission nous mènera. J’ai failli perdre la vie rien que pour obtenir le souvenir de cette auberge et le lien entre les Champs Sucrés et le Yondaime. J’ai du mal à concevoir la suite.

Akai – Shigeo-sama a clairement été étonné d’apprendre que tu avais réussi à obtenir ces informations tout seul. C’est pourquoi il m’a permis de faire la rencontre d’un groupuscule un peu particulier pour t’aider à localiser l’auberge.

Sho cessa de remuer ses baguettes. Il releva la tête et croisa le regard de son mentor sans un sourire, s’attendant au pire.

Sho – Quelque chose me dit que cette rencontre est à l’origine de l’état dans lequel tu t’es retrouvée hier.

Akai acquiesça sobrement.

Akai – Encore maintenant, je ne sais pas qui ils sont et comment ils sont capable d’une telle chose. Ce que je sais, c’est qu’ils ont percé mon esprit en une fraction de seconde et qu’ils n’ont eu aucun mal à retranscrire ce que toi et moi avions vécu dans le monde de Ryushi. Le Conclave a longuement observé chaque détail. Il t’a longuement observé, Sho. Puis cette fille, Kasandara… a soudainement fait savoir que l’auberge se trouvait au-delà des montagnes du sud-est, blottit entre ces dernières et la mer.

Sho dévia son regard vers le feu. Le Conclave avait débloqué des moyens importants pour leur permettre d’avancer. Devait-il considérer cette aide comme un signe de confiance à son égard ou bien une nécessité, pour le Conclave, de mettre rapidement la main sur le rouleau d’invocation ? Sho hésita longuement, se demandant même si cela changeait réellement quelque chose à son objectif. Puis son esprit vagabonda encore quelques instants, cherchant à comprendre quel était le réel pouvoir de cette mystérieuse Kasandara et de son groupe. Mais à regarder la mine d’Akai, il ne poussa pas sa réflexion plus loin. Peu importe ce qu’ils étaient, leur aide avait été plus que précieuse.

Sho – C’est un vaste territoire. Les recherches pourraient bien durer plusieurs jours.

Akai – Kasandara m’a dis de suivre un sentier depuis le versant sud de l’Hitokage, un chemin de terre façonné par les animaux emmenés en transhumance dans les montagnes.

L’Hitokage… Le plus haut sommet du sud. Sho était méfiant de nature, mais quelque chose, son intime conviction sans doute, lui dictait de suivre cette piste, aussi étrange soit-elle. Les plaines situées entre l’Hitokage et la mer n’étaient pas réellement habitées. Il devait bien y exister quelques fermes et peut-être même quelques petits villages, mais Sho doutait de l’existence d’une auberge dans une telle région. Il avait du mal à croire que des voyageurs puissent trouver un intérêt à la traverser. Mais il se trompait peut-être.

Sho – Comment tu te sens ?

Akai s’étira en faisant craquer sa nuque.

Akai – Une fois que ces morceaux de poisson seront dans mon ventre, mieux.

Sho sourit et reprit sa tâche sans plus se soucier du reste pendant un moment. Il sortit un second bol de leur nécessaire de voyage et divisa équitablement le repas malgré les protestations d’Akai qui disait n’avoir guère plus besoin de quelques bouchées.

Peu avant la mi-journée, leurs ombres virent celle de l’Hitokage grandir à l’horizon.

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Mar 29 Mar - 13:28



L'auberge des sévisses.

Akai – Nous ne sommes plus très loin.

Akai se souvenait encore parfaitement du jour où la crinière rougeâtre de Sho était apparue pour la première fois dans son amphithéâtre. Il s'était installé à l'écart des autres, dans une rangée parfaitement vide. Elle l'avait immédiatement remarqué au manque d'intérêt qu'il avait porté à son cours. Il n'avait pratiquement eu aucun regard pour elle, probablement parce qu'il n'avait encore eu vent de sa réputation à ce moment là. Elle l'avait volontairement oublié, mais au fil du cours il n'avait pas plus manifesté d'intérêts pour ses propos que pour le reste. Mais contre toute attente, il s'était distingué ; non seulement par son culot mais par l'intonation de sa voix. Il y avait quelque chose de profondément détaché dans cette voix. Une neutralité à toute épreuve qui lui avait rappelé ses plus jeunes années. Sho lui était apparu comme la parfaite réplique masculine de ce qu'elle avait été : une gamine impertinente qui avait rapidement acquis la valeur du silence. Elle l'avait senti, chaque réplique du tout jeune eisei ; en réalité un parfait novice ; était apparue arrogante aux yeux des autres élèves, mais lui n'y avait porté aucune attention. Il avait répondu juste, là où tous les autres s'étaient lamentablement plantés. Rien de plus, rien de moins, quoi qu'en imaginait les élèves présents. Depuis ce jour, elle n'avait cessé de suivre son évolution, de le guider, de l'entraîner, et de le renforcer. Sho était une partie d'elle, un petit frère qu'elle se sentait obligée de protéger. Elle ne se l'était jamais expliquée. Il n'y avait peut-être pas d'explication en réalité.. elle avait simplement recueilli un garçon seul en qui elle s'était reconnue.

Le garçon avait bien grandi. Maintenant qu'elle le regardait en coin, elle se surprenait même à le trouver plus vieux. Son regard surtout, plus doux, plus sage, plus expérimenté, plus humain sans doute. Son rideau de froideur était toujours là, mais sous une forme différente, plus effacée, moins rentre-dedans. Akai sourit. Finalement, elle commençait à comprendre pourquoi Shigeo Koyama avait choisi Sho pour cette mission. Il n'était pas homme à abandonner. C'était inscrit dans sa nature. Une nature qu'elle avait elle même façonnée au fil des années. L'Intendant devait en être conscient. Sho Nagoshi n'était pas seulement Sho Nagoshi, un shinobi comme un autre tout compte fait. Sho Nagoshi était le seul élève qu'Akai Juutai, la plante vénéneuse de Kumo, avait pris sous son aile. Le seul qui lui avait survécu. Et pour lui survivre, Sho lui avait véritablement survécu car Akai n'était pas le genre de femme à se soucier de la morale. Implanter un poison dans le corps de son élève, le savoir mourant, et lui demander de survivre, voilà les méthodes qu'elle employait. Le faible ne pouvait que périr, le fort survivre. Sho avait survécu à tout cela et il était devenu fort, très fort, sans pourtant posséder aucun don génétique ni aucune prédisposition particulière pour les arts shinobi.

Sho – Il n'y avait pas autant de champs dans mon souvenir.

Et pour cause, nombre d'années s'étaient écoulées depuis les visions de Ryushi. Le panorama avait évolué et avec lui la végétation. Les spores des cotonniers s'étaient répandus peu à peu, colonisant de nouveaux territoires. La main de l'homme ; qui aurait du représenter une menace de taille pour l'habitat naturel ; n'avait pas agis en ces lieux. La région s'était dépeuplée au fil du temps et la nature y avait pris tout ses droits.

Akai s'arrêta.

Akai – Là-bas.

Sho suivit l'index pointé de son mentor. Une masse sombre s'élevait à l'horizon. Difficile de dire s'il s'agissait de leur auberge ou bien d'une chaumière quelconque perdue au milieu de nul part. L'eisei releva le contour de son chapeau conique pour jeter un regard circulaire. Rien. Le bâtiment qui s'ouvrait à l'horizon était bien le tout premier qu'ils croisaient depuis qu'ils avaient quitté les sentiers de l'Hitokage.

Sho – Je ne ressens rien. Pas la moindre goutte de chakra.

Akai leva les yeux au ciel en prenant une profonde inspiration. Rien. Elle non plus ne ressentait rien.

Akai – Cet endroit est désert, plus personne n'a foulé cette terre depuis des mois, voir des années.

Difficile il était de dire s'il s'agissait d'une bonne nouvelle ou non. Bonne nouvelle car cela signifiait entre autre qu'ils n'auraient guère à souffrir d'une rencontre malvenue ; Sho avait toujours en tête son bien mauvais séjour chez Ryushi. Mauvaise nouvelle car cela sous-entendait peut-être que le parchemin ne se trouvait pas en ce lieu ; dans l'hypothèse où le Yondaime Raikage l'aurait bien évidemment caché en un lieu méconnu, protégé par quelques barrières de chakra habilement placées. L'auberge constituait néanmoins la seule piste qu'ils avaient en leur possession. Les Champs Sucrés étaient à portée de main, restait à découvrir pourquoi ce lieu plus qu'un autre était tombé dans l'oreille de Shigeo Koyama et pourquoi il servait, entre autre, de point d'encrage à la vaste traque qu'il avait fomenté. Le duo ne s'attarda pas longtemps sur ces questions et poursuivit son chemin en veillant à s'approcher précautionneusement de la bâtisse.

C'était bien l'auberge que le livre de Ryushi leur avait recraché. Elle avait perdu de sa superbe, comme si elle aussi avait du affronter les affres du temps et avait finalement du s'incliner face à la force des éléments. Son aspect miteux vu de l'extérieur n'était en rien comparable à l'intérieur, mais il avait le don de faire entendre que les lieux étaient à l'abandon depuis bon nombre de mois. Les mauvaises herbes pullulaient tout autour de la bâtisse et quelques plantes grimpantes avaient déjà commencé à investir certains murs, sans grand succès. Le bois des murs porteurs commençait à pourrir. Sho leva les yeux vers l'enseigne et malgré le fait que le vent et la pluie aient passablement fait déteindre la peinture d'époque, il réussit à deviner le contour des kanji gravés dans sa mémoire.

Akai jeta un bref coup d’œil à l'enseigne et s'arrêta devant la porte d'entrée entrouverte.

Akai – Méfions-nous à partir de maintenant. Les lieux abandonnés ne le sont jamais sans raisons.

Sho acquiesça et le duo s'engouffra à l'intérieur. La première chose qui s'imposa à eux fut l'odeur nauséabonde de renfermé, mêlé à un alliage entre l'effluve d'alcool et de bois moisi. Portant la main à son visage pour atténuer la puissance de l'odeur, Sho avança prudemment dans une direction, Akai dans une autre. La vaste pièce principale avait été saccagé, comme en attestait le mobilier renversé, mais l'épaisse pellicule de poussière au sol et sur les meubles laissait entendre que cela remontait déjà à longtemps. Comme le fit remarquer Akai, les vitres n'étaient pas cassés, sauf une qui était percée d'un trou capable d'accueillir une vulgaire pierre comme on pouvait en trouver partout à terre. L’œuvre de gamins sans doute ? Sho détailla la pièce. Une scène faisait face à l'entrée. Dans le coin supérieur gauche, trois portes et un escalier. Dans le coin inférieur droit, le bar et son comptoir. Le reste de l'espace avait du être occupé par de nombreuses tables et chaises qui gisaient aujourd'hui un peu partout en désordre.

Les deux shinobi étudièrent la couche de poussière, cherchant la moindre irrégularité qui pouvait attester d'un passage récent, mais rien hormis quelques pas d'enfants. Il existait bien des irrégularités, mais pas assez prononcées, et surtout trop nombreuses, pour distinguer le fouineur du flot continu de passants que l'auberge devait accueillir en son temps. D'un commun accord, le duo se répartit les secteurs de recherche. Akai monta sur la scène quand Sho tourna autour du bar. Il observa au sol plusieurs éclats de verre, d'innombrables bouteilles cassées. Le comptoir avait été saccagé. Mais aucun élément concret ne lui permettait de deviner s'il s'agissait d'un saccage fait sous l'impulsion d'une masse ; il imaginait aisément une foule de soulard piller ce genre de trésor ; ou bien s'il s'agissait de toute autre chose, une bagarre qui aurait mal tourné, ou des pillards plus récents, qui auraient sévis après l'abandon de l'auberge par exemple, dans l'espoir qu'ils y trouveraient quelque chose ? Le parchemin peut-être ?

Sho divaguait, la faute à l'horrible odeur qui imprégnait son organe olfactif.

Akai, de son côté, suivit son instinct et s'aventura sur la scène. Très rapidement, son regard fut attiré par une irrégularité dans la couche de poussière. Une trace rectangulaire gisait au centre de la scène. Akai s'accroupit et tapota le bois en plusieurs endroits de la trace. Elle toqua à quatre reprises, deux fois à l'intérieur du rectangle, deux fois à l'extérieur. L'intérieur sonnait creux. Il devait probablement s'agir d'une trappe. Une trappe qui devait mener à des coulisses cachées ou tout autre chose.

La kunoichi passa un doigt sous son menton et tenta d'analyser la situation à partir des éléments dont elle disposait. Le lieu était abandonné depuis longtemps, très longtemps. Il ne subsistait vraisemblablement aucune trace de présence humaine dans cet endroit. Cela n'excluait pas la présence de quelques mécanismes dissimulées ici et là. Un shinobi était formé à ce genre d'analyse, parfois poussive, voir paranoïaque, mais pourtant nécessaire à la bonne réalisation des missions. Un shinobi qui mettait les pieds dans un lieu inconnu et qui ne se tenait pas sur ses gardes à chaque pas posé, était un shinobi à l'espérance de vie raccourcie. Du haut de son expérience, Akai savait pertinemment qu'il existait bon nombre de manières de la piéger elle et Sho dans cet endroit. Ryushi Manabe paressait être un vieillard rongé par la solitude et la folie, il n'en avait pourtant pas paru dangereux au premier abord. La suite, elle aussi bien que Sho la connaissait.. Il ne fallait pas se fier aux apparences, encore moins quand on était lancé sur les traces d'un Raikage aujourd'hui disparu, et dont les secrets restaient aussi nombreux que ses voyages à travers le monde.

Tandis qu'Akai recherchait une alternative dans son panel de techniques, Sho porta son attention sur une série de feuillets harponnée au comptoir pour une bonne moitié, et répandue sur le sol pour l'autre. Avec soin, il tenta de réunifier la pile et d'en analyser le contenu. Le temps avait aussi fait son oeuvre sur ces feuillets. Sho releva des noms, des paires de noms, parfois des groupes plus grands, et les dates des passages. Difficile de savoir s'il avait entre les mains une centaine de notes de service, de facturations douteuses, ou un simple carnet d'appel dont il avait du mal à saisir l'intérêt dans un tel endroit. La seule chose qui lui sauta vraiment aux yeux, était la redondance de certains noms, voir groupes de noms, qui réapparaissaient pratiquement toujours ensemble à la même date. Sho posa la pile de papier sur le comptoir, sans se soucier du léger nuage de poussière qu'il souleva par son geste, et se perdit un instant dans le vide pour réfléchir. Une auberge conventionnelle pouvait voir passer des dizaines de clients, voir des centaines d'entre eux, sans en noter le nom. Tout ce qui importait à l'aubergiste était habituellement les entrées et les sorties d'argent, alors pourquoi cette pile de feuillets ici ? Pourquoi avoir répertorié tous ces noms et les dates de passage ? Cela ne ressemblait pas au travail d'un aubergiste lambda, comme cette auberge ne ressemblait pas à une auberge lambda. Il se passait ici quelque chose que ni Sho ni Akai ne pouvaient encore comprendre. L'auberge n'était pas un lieu de passager, ou de repos, pour les voyageurs de la région. Non, elle était beaucoup plus que ça. A voir ces feuillets, Sho pariait pour un point de rencontre pour quelques organisations douteuses ou non, ou pour des interlocuteurs réguliers ; entre informateurs et informés peut-être même bien ? Sho n'avait rien de bien concret sous la main pour étayer ces hypothèses. Tout du moins pas encore.

Akai – Il y a quelque chose là-dessous. Quelque chose que le propriétaire des lieux voulait conserver à l'abri des regards.

Sho sortit de sa bulle et releva la tête.

Sho – Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Akai – Constate par toi-même, il y a une trappe ici.

Sho rejoignit la scène et remarqua aussitôt le rectangle tracé dans la poussière. A ne pas en douter, il devait bien s'agir d'une trappe. Mais au beau milieu d'une scène, une trappe pouvait servir à bien des égards. Elle pouvait dissimuler des mécanismes secrets utilisés pour les représentations d'artistes en tout genre. Elle pouvait communément mener aux coulisses ou bien même à une réserve.

Akai – Qu'est-ce que tu en penses ?

Sho – Qu'on devrait essayer de l'ouvrir.

Akai sourit et tendit sa main droite vers la trappe quand un frisson la retint. Le bras tendu, elle fronça les sourcils. Ce frisson n'avait rien d'humain. Il n'était pas né à l'intérieur de son organisme mais l'avait effleuré comme si une bouche invisible avait soufflé sur sa peau.

Akai – Je me demande si c'est une bonne idée.

Sho avait remarqué l'hésitation qui avait parcouru le bras d'Akai, un instant plus tôt, mais n'avait pas ressenti le même frisson. A vrai dire, il n'avait rien senti du tout. C'est pourquoi il fronça les sourcils.

Sho – Il y a un problème ?

Akai – ... de taille.

La main d'Akai effleura le bois poussiéreux. Un enchevêtrement de nervures rougeâtres apparu. Hakudatsu Kanjinafuuin ... Le Sceau de la Privation Essentielle...

MessageSujet: Re: Entre Doute et Confiance   Ven 17 Juin - 13:20

Sho - Je savais qu'il nous serait utile.

Sho déposa la paume de sa main droite sur la trappe. Une douce lumière violette enveloppa ses doigts et se répandit le long des rainures du sceau pour le neutraliser. Akai attrapa l'anneau de métal et tira précautionneusement la trappe vers elle.

Une vive odeur de mort remonta dans ses narines.

...

Ils étaient dans une vaste salle bien éclairée, dans les sous-sols du temple du Raikage. La lumière des néons découpait des ombres bien nettes sur le sol et sur les murs d'un gris uniforme. Akai survolait une carte du pays posée à plat sur la table, ses yeux noirs filant d'un bord à l'autre sans s'offrir le moindre repos, tandis que Sho réapparaissait les bras chargés de rouleaux. L'eisei-nin poussa un soupire et déposa le tout sur la table voisine.

Akai - Tu as trouvé quelque chose ?

Sho - Peut-être bien. Tous ces rouleaux contiennent de vieux sceaux inutilisés depuis un bon moment, certains pourraient peut-être nous servir. Et de ton côté ?

Akai haussa les épaules.

Akai - C'est la quatrième carte que je consulte et toujours rien. Je crois que nous n'avons pas le choix. Que nous le voulions ou non Ryushi est notre seule piste.

Sho - L'idée d'avoir à parlementer avec un vieil homme en marge du village depuis des années ne me réjouit pas.

Il vit Akai sourire.

Akai - Tu n'as jamais aimé parlementer avec qui que ce soit.

L'eisei-nin déroula le premier parchemin. Il contenait le croquis d'un sceau de forme ovale et un texte d'une vingtaine de lignes. Sho le lut d'une seule traite et replia le parchemin après avoir compris que le sceau en question permettait de percevoir les pensées et les sentiments du possesseur. Un brin inutile, sachant qu'il n'était pas sensible aux sceaux de communication et d'échange.

Le contenu du deuxième parchemin se montra un poil plus intéressant: un sceau de soutien qui empêchait une personne d'être éloignée du scelleur. L'option pouvait s'avérer payante, en cas d'embuscade par exemple, mais Sho doutait de lui trouver une autre utilité. De plus, son utilisation impliquait de graver le nom de la cible sur son torse, et Sho se voyait mal expliquer à Aishuu pourquoi le nom d'une autre femme était gravé sur son torse. Il préférait éviter ce genre de situations embarrassantes, desquelles une femme trouvait toujours le moyen d'en ressortir triomphante. L'eisei-nin sourit et prit un autre parchemin.

Le troisième fut le bon. A le dérouler, Sho remarqua qu'il était un peu plus long que les deux premiers ; pour cause, le sceau mis cette fois-ci à l'honneur était un sceau d'annulation. Il pouvait pratiquement effacer tous les sceaux, indépendamment de leur puissance, voir de leur type. Le mode d'emploi s'en trouvait considérablement rallongé par rapport à ce qu'il avait lu jusque là. Son nom était Hadano Fuuin, un sceau de destruction de premier ordre qui surpassait pourtant bon nombre de techniques plus avancées. Tous les sceaux violets possédaient une part de force assombrie, angoissante, qui poussait à la méfiance. Sho aimait à ne pas les utiliser pour cette raison. La voie de la destruction s'opposait à la voie de la survie, qu'il suivait à travers la médecine défensive, s'amuser à jongler entre les deux était un jeu dangereux.

Il leva les yeux vers Akai, songeur.

Sho - Tu as connu le Yondaime, tu crois qu'il aurait été assez fourbe pour placer des sceaux sur le rouleau d'invocation ?

Akai - Sur le rouleau d'invocation, non, c'était un bien trop précieux pour lui et pour le village. Par contre, il est très probable qu'il en ait tapissé toute la cachette pour renforcer la sécurité. S'il n'avait rien d'un fourbe, il était néanmoins très lucide sur ce qu'il faisait.

Sho opina.

Sho - Un sceau pour les annuler ne sera pas de trop.

Akai tira une chaise pour elle et souffla bruyamment.

Sho - Tu jettes l'éponge ?

Akai - Disons que je ne vois aucune raison de continuer à perdre mon temps. On ne trouvera aucune trace des Champs Sucrés sur une carte. Demain nous nous rendrons chez Ryushi Manabe et en fonction de ce qu'il nous dira, on avisera.

Elle leva les bras en l'air pour s'étirer avant de se tasser sur sa chaise.

Sho - En clair, l'un de nous va pouvoir dormir paisiblement cette nuit tandis que l'autre va s'amuser à maîtriser un nouveau sceau.

Akai - Allons, tu sais bien que je ne dors plus depuis belle lurette.

...

Les eisei-nin basculèrent leur tête en avant pour regarder à l'intérieur du passage, une main sur le nez pour atténuer l'horrible odeur qui s'en dégageait. Ce qu'ils y découvrirent les laissèrent songeurs. Quatre cadavres étaient regroupés au centre d'un amoncellement de boites de conserve vides, de barils vides, et d'autres détritus qui laissaient penser que la trappe ouvrait sur ce qui était autrefois une réserve de nourriture et d'alcool. Les corps, ou tout du moins ce qu'il en restait, avaient dépassé le stade de la putréfaction et ne présentaient plus que des squelettes auxquels pendaient encore des restants de tendons segmentés. Les vers et les ras avaient sans doute pris soin de tout nettoyer.

Akai - A vue d’œil, je dirais que nous avons là une famille toute entière.

Sho plongea une main dans sa sacoche et en sortit une écharpe qu'il noua autour de son visage.

Sho - Descendons pour voir ça de plus près.

Akai - Je n'aime pas profaner les tombes.

Il s'agenouilla au bord de l'ouverture et en tata les proches contours jusqu'à trouver ce qu'il cherchait. Il tira sur un fil et l'intérieur de la réserve s'éclaira aussitôt d'une lumière jaunâtre.

Sho - J'aime à imaginer qu'il faut être tordu pour laisser mourir des enfants dans un endroit pareil.

Du coin de l’œil, il vit Akai nouer un foulard autour de son cou et le rehausser pour voiler son nez.

Akai - Apprend que les enfants font toujours d'excellents témoins.

Ils descendirent par une échelle aménagée dans la réserve. Celle-ci devait mesurer un peu plus de neuf mètres carrés. En comptant les centimètres occupés par les diverses étagères, Sho calcula grosso modo six mètres carré de surface habitable. L'appellation était sinistre.

Très vite, les eisei-nin se mirent en chasse d'indices. Sho se pencha sur le premier corps, le plus petit, celui d'une fille d'une dizaine d'années. Le squelette présentait quelques porosités au niveau des vertèbres cervicales et deux fractures à l'intérieur des mains. Outre ces détails, le squelette souffrait d'une importante décalcification, signe que la victime avait manqué d'eau et sans doute de nourriture plusieurs jours avant sa mort. Akai était penchée sur le corps du père de famille, son regard louchait sur la coupure grossière au niveau du tibia droit. L'homme s'était apparemment tranché la jambe ou quelqu'un s'en était chargé pour lui. La première option se confirma quand Akai retrouva le bout de tibia et le pied manquant sous une étagère.

Sho leva les yeux au plafond, observa attentivement les murs, et remarqua les nombreux sillons gravés dans le bois par des griffes bien humaines. Le supplice avait du être interminable. Ils avaient petit à petit perdu tout espoir de ressortir.. avaient consommé tout ce que la réserve pouvait contenir de nourriture et d'alcool avant de sombrer dans une longue et lente agonie. L'eisei-nin étudia une étrange série de taches disposées à des hauteurs différentes. En s'approchant, il comprit qu'il s'agissait de sang séché, du sang qui avait été projeté à très grande vitesse.

Il s'épongea le front. L'atmosphère de la pièce était étouffante.

Sho - On dirait que le désespoir les a conduis au pire.

Akai releva sa longue chevelure et l'attacha dans son dos avant d'acquiescer.

Akai - Je crois qu'après avoir tout consommé dans cette réserve, le père s'est tranché la jambe pour faire vivre la femme et les filles. Il est probablement mort de ça. Les survivantes ont tenu quelques jours de plus...

Sho - ... et à voir les giclées sur les murs, la mère a fini par trancher la gorge de ses filles avant de se donner la mort.

Akai se pencha sur le corps de la mère et confirma la version en pointant sa cage thoracique. Le sternum était élimé ; le dernier coup avait été porté au cœur.

Sho s'accroupit dans le coin de la pièce qui lui offrait le meilleur angle de vue sur la scène morbide et la sortie. Les coudes appuyées sur les genoux, il étudia chaque coin de la réserve et s'attarda finalement sur les vêtements en haillons qui recouvraient à peine les squelettes. Tout semblait indiqué que cette famille n'avait aucune maîtrise du chakra. Ils étaient morts sans pouvoir opposer de résistance à leurs bourreaux ( Sho imaginait aisément qu'il avait fallu plein d'un homme pour les traîner tous ici ). L'eisei-nin n'oubliait pas que le sceau de la privation essentielle avait suffi à sceller leur destin. La question était la suivante: si les bourreaux étaient ouverts aux arts shinobi, pourquoi ne les avaient-ils pas tué sèchement ?

Sho - Pourquoi leur offrir une mort si indigne...

Akai se mit debout et leva les yeux vers l'ampoule suspendue au plafond.

Akai - Ils devaient tenir l'auberge. Ils savaient des choses, tous les aubergistes connaissent les histoires qui se murmurent sous leur toit. Peut-être ont-ils préféré mourir ici plutôt que de révéler ce qu'ils savaient à leurs agresseurs ? Ces derniers espéraient peut-être qu'un enfermement prolongé délierait leur langue ?

Sho se pinça la lèvre.

Sho - J'ai un mauvais pressentiment.

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