Partagez | 
 

 [Mission D] - Il était une fois, un Piano

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: [Mission D] - Il était une fois, un Piano   Mer 7 Oct - 12:53

-| Il était une fois, un Piano |-
.1.

Lézardant à l’ombre d’un arbre, une jeune femme emmitouflée dans une cape grise, chaude, et épaisse, observait les éclairs tomber sur les montagnes. Chaque coup de tonnerre donnait vie à la vallée, animant les lacs, créant les fantômes des géants des montagnes qu’étaient les gigantesques piques rocheux au loin. Ils paraissaient si petit dans la journée, mais il fallait plusieurs heures, parfois plusieurs jours, pour les atteindre ! Pour une fois, Seika avait décidé de changer ses habitudes, et de sortir en prévision de l’orage qui se préparait dans la soirée. Alors dans l’après midi, la Kunoichi avait mit ses vêtements sur son dos, prise sa cape, et embarqué une bâche de tente, dont elle ne se servait plus depuis longtemps, mais qui était encore en bon état. Son passage dans le village avait provoqué bien des haussements de sourcils, surtout lorsqu’elle c’était dirigé vers le versant nord, et qu’elle avait enjambé le petit muret donnant sur le terre-plein d’herbe qui se terminait en précipice. Il y avait là un vieux chêne toujours debout et qui avait fleuri après la bonne saison. Aujourd’hui ses feuilles, à peine sortie, commençait déjà à mûrir et à se flétrir, car l’hiver approchait à grands pas ! Seika c’était installée sous le vieil arbre, après avoir tendue la bâche entre les branches de telle façon à ce que cela forme un toit au-dessus de sa tête. Sa chevelure noire protégée des intempéries, la jeune femme c’était tout simplement allongée dans l’herbe fraîche, en attendant l’arrivée des nuages, et de l’orage nouveau qui allait retentir.

La veille, elle avait apprise deux nouvelles techniques de Ninjutsu, de façon assez épuisante psychologiquement. Du coup aujourd’hui elle c’était de nouveau reposée, et après avoir prit connaissance de la météo… Avait décidé de s’organiser cette petite soirée solitaire à lire les montagnes. Et elle n’était pas déçue ! Loin de là. Parfois, un éclair plus proche que les autres, c'est-à-dire sur la ligne de montagne à seulement quelques kilomètres en face d’elle, broyait la roche et laissait se répercuter sur les restes de la montagne les échos d’un éboulement rocheux. Quelle lutte étrange de la nature était-ce donc, pour qu’ainsi le ciel s’acharne sur la terre ? Car il n’y avait pas que les éclairs : nombre de menaces naturelles venaient du ciel. Elle avait lue à la bibliothèque que le pays du vent, au sud-ouest du pays du feu, était un grand désert très souvent parcourue par des tornades, sorte de cataclysme naturelle se mêlant au sable pour créer de véritables ouragans terrestres et aériens. Elle avait à peu près compris le principe de la chose, et ne pouvait qu’imaginer la magnificence d’un tel déchainement des éléments. De même, mais dans un registre plus humide, elle avait ouïe dire que tes ouragans encore plus violents que les tornades du désert se déroulaient sur la côte, et dans l’océan. La mer, la grande étendue d’eau. Des Ninjas qui étaient partis en mission hors du village ne c’étaient privés de passer près de la côte, ce dont elle n’avait jamais eu le plaisir : leurs récits lui faisait rêver d’y aller, et secrètement de voir l’une de ses tempêtes, car l’océan était bien plus proche de Kumo que le désert du pays du vent.

Un nouvel éclair s’abattit avec violence dans les montagnes. De son côté la jeune femme observait, avec attention, tout en absorbant visuellement et de façon auditive la puissance de la foudre. Ce n’était bien sur que des calcules simples, comme la distance de l’éclair par rapport à elle, ou encore la puissance du son qu’ils produisaient, mais cela suffisait à continuer de lui faire prendre le risque d’être ici, à admirer ce spectacle. Se sentait-elle seule ? Non pas du tout : la nature était en cet instant sa compagne, ainsi que le silence de l’humanité. Ici, face à cet orage, nul cris d’allégresses ne retentissaient, nul mots n’étaient prononcés, et aucun mouvement venant de la ville ne se faisaient entendre par-dessus la pluie, et le tonnerre. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et elle sentit l’électricité statique baisser d’intensité. Si elle n’avait pas été une pratiquante de l’art du Raiton, Shijima aurait vite ressemblé à un épouvantail, car tous ses cheveux se seraient dressés sur sa tête. Mais comme elle maîtrisait déjà les balbutiements de la foudre, elle arrivait en malaxant simplement son Chakra, à créer une sphère anti-électrique, qui dissipait l’électricité circulant dans l’air avec chaque éclair, se répercutant dans toutes les directions une fois écrasés au sol. De cette façon, on avait presque l’impression que la jeune femme était entourée d’une cage d’électricité. Il s’agissait en fait d’une réelle technique de Raiton, mais elle n’arrivait pas encore à bien créer d’elle-même l’électricité nécessaire à sa création, et n’y était arrivé que lorsque l’orage grondait. Seika doutait donc d’arriver à maîtriser une technique défensive d’elle-même. Mais qui sait, en persévérant, comme pour l’apprentissage de Henge et Bunshin, on était capable de tout !

C’est la pluie qui s’arrêta la première, alors que des grondements créaient encore bon nombre de grognements agressifs de la part des montagnes du pays de la foudre. Mais malgré que le rideau de pluie ait cessé, l’eau accumulé sur les feuilles et dans les gouttières du village, devaient continuer de s’écouler, provoquant une symphonie différente et plus douce que celle de l’orage. Et ce fût parce que la pluie s’arrêta, que la jeune femme entendit une rumeur monter du village. Une rumeur qu’elle n’arrivait pas à définir, sur laquelle elle n’arrivait pas à mettre de nom, mais qu’elle entendait de là où elle était. Son attention se détourna des derniers éclairs de la nuit, tandis qu’elle se relevait, enroulé dans sa cape grise, debout sous sa bâche, tendant l’oreille en direction du village, pour déterminer d’où venait cette mélopée…


Abandonnant sans s’en rendre compte la bâche derrière elle, ne gardant sur ses épaules que la cape grise pour la protéger de la morsure du froid, et des éclaboussures de l’eau de pluie, la Kunoichi grimpa le muret et se mit en route, à travers les ruelles du village, en direction de cette musique qu’elle entendait si distinctement dans la nuit. Une musique, qui lui rappelait quelque chose, quelque chose de lointain, et de confus, mais quelque chose qu’elle était sure d’avoir déjà entendue auparavant. Qu’importe, cette musique l’hypnotisait, et Seika desserra l’étreinte qu’elle entretenait sur ses bras pour se tenir chaud, avant de se mettre à courir à travers le village, se rapprochant peu à peu de l’endroit d’où provenaient ces sons. Et enfin, au détour d’un réverbère, la jeune fille entendit très distinctement la musique que quelqu’un était en train de jouer sur un instrument dont elle ignorait le nom, mais dont elle n’ignorait pas le son. Le son semblait venir d’un bar, dont l’enseigne ne lui disait rien : disons que Seika ne fréquentait jamais les bars, sauf en terrasse et seulement quand elle était invitée du coup…

Ne voulant pas entrer à l’intérieur et être vue, la jeune femme concentra son Chakra qu’elle avait passée presque toute la soirée à malaxer, et sentit le sol adhérer plus facilement aux semelles compensés de ses chaussures. La Kunoichi leva la jambe et posa le pied droit sur le mur, auquel il adhéra. Puis le elle leva du sol le pied gauche, et le posa à côté de son conjoint. Accroupie, Shijima se dirigea à pas de loup jusqu’au sommet d’un petit mur qui devait donner sur une cour intérieur qui devait appartenir au bar. Et c’est là qu’elle le vit. Une grande partie du bar semblait être à ciel ouvert sur le jardin intérieur, où une sorte de salon de thé couvert se dressait, sans panneaux ni auvents. C’est là qu’un étrange assemblage de bois, et visiblement de cordes, se trouvait. L’objet, imposant, prenait la moitié de la place du salon à lui tout seul. Un homme, vêtu d’une tunique blanche avec des motifs brodés et bleus, était assit face à l’étrangeté, et appuyait avec une agilité incroyable sur des petites rectangles blancs et noires. Et à chaque fois qu’il appuyait, un son sortait du bois. Chaque touche semblait être reliée à un petit levier qui venait frapper délicatement des cordes tendues : c’étaient-elles qui produisaient ces sons si distincts. Dans un crescendo de notes, l’homme mit fin à la musique, et s’immobilisa. Qu’est ce qu’il lui arrivait ? Mais apparemment, cela faisait parti du spectacle car les clients du bar, qui n’avaient pas une seule fois pipés mots de tout le récital, c’étaient à présent levés, et applaudissaient à tout rompre celui qui avait produit cette magnifique mélopée. Seika aurait applaudie elle aussi, si elle n’avait pas été accrochée au mur en cet instant : cet instrument de musique était tout simplement incroyable ! Mais déjà, des personnes sortaient du bar en discutant de ce qui venait de se passer. D’un bond, et en tout discrétion, la jeune femme se retrouva dans la rue, et elle s’adossait dans à une porte, dans l’ombre, pour écouter ce que disait un couple de quinquagénaires qui discutaient avec le sourire de la soirée.

[???] « Vraiment magnifique cet instrument ! Je n’en avais encore jamais entendu, et ça valait le coup d’attendre ! »

[???] « Oui, ce « Piano » c’est quelque chose, et cet homme qui jouait ah, comment s’appelle-t-il déjà ? »

[???] « Mitsurugi Takeo, oui tu as raison, il était vraiment incroyable : être capable de jouer de cet instrument, et aussi bien ! Ca doit demander des années d’apprentissage ! »

A partir de là, Seika n’écouta plus la conversation, et se contenta de sortir de l’ombre et de marcher comme si elle ne faisait que passer. Repassant au carrefour donnant sur le bar, elle regarda l’enseigne et nota le nom du lieu « Le Repère Bleu ». Drôle de nom pour un bar, enfin bref, elle avait les informations requises pour s’intéresser à tout ceci le lendemain ! Parce que pour l’heure, d’une il était minuit passé, de deux elle avait oublié sa bâche sur l’arbre, et malgré la drôle d’utilisation qu’elle en avait faite, cela pourrait encore lui resservir plus tard. D’un pas vif, la jeune femme regagna le muret nord et sauta par-dessus, toute excitée à l’idée de retourner écouter le « Piano » le lendemain. Piano ça désignait quoi en fait ? L’instrument ou la mélodie que jouait l’homme à la tenue blanche, le dénommé Mitsurugi Takeo ? Les bras chargés de la bâche trempée, la jeune femme rentra chez elle, plus qu’impatiente de se réveiller le lendemain…

---|-¤-|---

Il était à peu près huit heures lorsque la jeune femme à la chevelure d’ébène se présenta au Centre des Missions du village caché, près des remparts et de l’entrée principale du village. Le bâtiment de plein pied était déjà rempli de si bonne heure, ce qui était rare. Mais avec les orages et la saison de pluies précédent l’hiver, il y avait toujours du travail pour des Ninjas. Et justement, la Chuunin venait pour trouver du travail. Souriante, son bandeau accrochée en pendentif autour du cou, Seika traversa la foule de Shinobis discutant de choses et d’autres pour arriver devant le panneau des ordres de missions et des missions à prendre. Croisant les doigts, la jeune femme explora les papiers à la recherche des Missions de Rang D, papier qu’elle finit par dégoter. Mais ce fût une déception : le bar « Le Repère Bleu » n’avait pas déposé de contrat de missions pour les Ninjas du village. Dommage, elle aurait pu approcher plus facilement le fameux Piano et son propriétaire comme ça, si elle avait pu travailler là-bas. Perdue dans ses pensées, et cherchant dors et déjà une nouvelle solution pour aller au bar et en apprendre plus sur cet instrument de musique, elle n’entendit qu’à la troisième reprise la voix d’un Jounin lui demandant gentiment de s’écarter de devant le panneau. Ce dernier tenait de nouvelles feuilles, surement de nouveaux ordres de missions qui venaient d’arriver. A tout hasard, Shijima attendit qu’il ait finit d’accrocher sa paperasse. Cette petite attente angoissée fût récompensée ! D’un geste vif, la jeune femme arracha presque un papier portant l’encadré « URGENT ». Dessus il était inscrit une demande de contrat pour le village : le bar recherchait une serveuse pour deux soirs, leur serveuse habituelle cloué au lit à cause d’une vilaine toux choppé pendant l’orage la veille au soir.

C’était sa chance ! Le Jounin qui avait accroché le papier venait à peine de s’assoir que déjà, Seika lui sautait presque dessus en lui tendant la feuille. En deux temps trois mouvements, l’affaire était conclue. Le comportement de la jeune femme était étrange, même pour elle, et surtout très différent de la neutralité qu’elle offrait d’habitude au monde. Elle se mit d’ailleurs à rougir, une fois le papier lui confirmant sa mission en main, en pensant qu’elle c’était limite donnée en spectacle devant le responsable du Centre. Secouant la tête, elle battit en retraite et sortit de l’endroit trop bondée à son goût, pour se diriger vers la fraicheur du jour, transparaissant faiblement à travers le plafond gris qui semblait recouvrir le monde. Qu’est ce qui lui prenait bon sang ? Sur le coup elle ne se reconnaissait pas… Mais elle avait le sentiment, l’intime conviction, qu’elle devait approcher cet instrument, et que grâce à lui… Son cœur serait apaisé…

L’ordre de mission tout fraichement arrivé faisait état, sous le libellé d’Urgent, de la nécessite pour le Ninja qui l’accepterait de venir avant l’ouverture nocturne du bar dont la spécialité était justement de proposer des sortes de spectacles musicaux à ses consommateurs pendant les soirées. Et oui, elle avait accepté le contrat sans le regarder de plus près : Seika devait se rendre jusqu’au bar « Le Repère Bleu » et passer la journée, ou moins de temps si finalement elle révélait inapte à accomplir cette tâche, à s’entrainer pour la soirée à jouer les serveuses. Une serveuse, mon dieu, elle allait jouer les serveuses ! En espérant que ce soir encore, Mitsurugi joue du Piano l’histoire d’hypnotiser la clientèle. La jeune femme avait toujours eu beaucoup d’aprioris sur ce genre d’établissements, et maintenant qu’elle s’en souvenait, la première excitation d’approcher l’objet de sa pseudo-folie passée, elle avait vraiment des doutes sur le fait d’avoir seulement envie de travailler là-bas… Mais une Kunoichi n’avait qu’une parole, et cela l’aurait déprécié au niveau de l’administration de rentrer dans le bâtiment seulement cinq minutes après en être sortie en trombe pour finalement dire qu’elle ne voulait pas de ce contrat. Non, elle allait assumer son choix, et puis ça lui ferait une nouvelle expérience. Shijima inspira profondément, et serra dans son poing ganté de blanc et de métal le morceau de papier, tout en se répétant mentalement : « Je ne suis pas maladroite, je ne suis pas maladroite, je ne suis pas maladroite… ».

Et tout en se répétant ce qu’elle voulait être comme une prière à elle-même, peut être en espérant que son corps agirait indépendamment d’elle et ne serait effectivement pas maladroit, la jeune femme se remit à marcher dans le village. Elle essayait de faire le plus attention possible au sol : il restait nombre de flaques visqueuses créées la veille avec l’orage. Mais d’ailleurs, sans se dire pour autant qu’elle n’avait pas besoin de faire attention à ses vêtements : elle allait devoir porter les vêtements de la maison ! Non attendez… Seika redéploya le bout de papier en marchand et relut le petit message di commanditaire à l’adresse de la personne qui viendrait remplacer la serveuse. S’il s’agissait d’un homme, était-il marqué, ce dernier n’aurait qu’à venir habiller d’un pantalon uni et d’une chemise blanche, par-dessus laquelle il porterait un par-dessus aux couleurs de l’établissement. S’il s’agissait d’une femme, pas besoin de porter de vêtements particuliers : elle serait entièrement relookée sur place. Seika porta la main à son front : mais dans quoi c’était-elle lancée ?

MessageSujet: Re: [Mission D] - Il était une fois, un Piano   Mer 7 Oct - 13:13

-| Il était une fois, un Piano |-
.2.

La jeune femme arriva rapidement au carrefour donnant sur le mur du bar restaurant, sa robe blanche toujours immaculé, battant ses délicates chevilles tandis qu’elle approchait de l’entrée. Si le message avait été reçu si tôt, cela voulait aussi dire que le patron du lieu devait déjà être là. Ah oui tien, elle n’avait même pas regardé quel était son nom sur le contrat. Elle avait vraiment la tête ailleurs aujourd’hui, et ça n’allait pas la réussir si ça continuait. La jeune femme déplia une nouvelle fois le papier et chercha le nom du commanditaire… Un certain « Hao Kenjiro », totalement inconnu pour elle. Seika prit une grande inspiration, replaça sur son épaule une mèche de cheveux noirs, et posa un pied sous le porche du bar et son enseigne, qui, avec le nom, portait une petite peinture artisanal représentant un lac, ce qu’elle n’avait pas remarqué dans l’obscurité la veille. La jeune femme s’avança et frappa à la porte à double battant marquant l’entrée de l’établissement, et pour le moment close. Des bruits de pas de l’autre côté lui apprirent qu’elle avait bien été entendue, et une voix masculine lui parvint de l’intérieur.

[???] « Qu’est ce que c’est ? »

[Seika] « Monsieur Hao ? »

[Hao Kenjiro] « Oui c’est moi, que voulez-vous ? »

[Seika] « Bonjour monsieur, je m’appel Shijima Seika, et je viens répondre à votre contrat déposé ce matin aux Ninjas du village, vous avez besoin d’une nouvelle serveuse pour la soirée non ? »

Silence. Un cliquetis lui apprit que le gérant était en train de déverrouiller la porte pour lui ouvrir, ou du moins pour la rejoindre sous le porche. Une petite surprise pour elle lorsque le gérant apparu enfin : il s’agissait d’un homme maigre, loin de la carrure de tenancier qu’on voyait d’habitude dans ce genre d’établissements, des cheveux mi-longs blonds, des yeux bleus et un regard un peu fuyant, jamais vraiment fixé sur quelque chose. Bien que là, il se fixait sur cette femme face à lui, et sur sa chevelure noire, ses courbes, son sourire, ses yeux. La jeune femme n’eut pas à attendre bien longtemps avant qu’il l’invite à rentrer et à enlever ses chaussures. A gauche de l’entrée, une ouverture éclairée donnait sur une partie du bar réservé aux salariés. Tout en enlevant ses chaussures, Hao lui expliqua rapidement la géographie des lieux.

[Hao Kenjiro] « Ce local est utilisé par les videurs du bar, au nombre de deux : Jin et Matsuda. C’est aussi que le barman et les serveuses peuvent laisser leurs affaires. Il y un vestiaire pour vous au fond de la pièce pour vous changer, mais on verra ça plus tard. Seika se releva et suivit le gérant dans le bar inanimé, où toutes les chaises retournés se trouvaient sur les tables. Comme vous le voyez mon établissement à une grande capacité, qui avoisine les 150 clients, quota que nous remplissons régulièrement grâce à la spécialité du « Repère Bleu » : la musique. J’organise très souvent des représentations musicales d’artistes itinérants, jouant autant avec virtuosité, qu’avec originalité. Ce soir, ce sera la dernière représentation de Mitsurugi Takeo, un Pianiste. Voyant la mine un peu étonné de la Kunoichi, il continua. Un Pianiste est un joueur de Piano, un instrument que je vais vous montrer. Ca vient de la capitale, c’est très peu rependu, et c’est encore plus dur d’avoir réussi à l’amener jusqu’au village, mais ça valait le coup : on a fait salle pleine deux soirs d’affilés. Et je compte bien sur un maximum d’entrée ce soir ! Ils arrivèrent près d’un store coulissant que le gérant poussa, révélant la grande cour intérieur, et le salon de thé où reposait le Piano. Le store peut s’ouvrir sur plusieurs mètres regardés. Hao lui fit la démonstration, et comme elle l’avait vu la veille, quasiment tout le bar pouvait ainsi avoir accès à la terrasse de cette façon. Le Piano c’est cet imposante caisse de bois là bas, par un système de cordes tendus, il produit des sons divins lorsqu’on les frappe avec de tous petits leviers, actionnés par des touches blanches et noirs. Oui, en gros c’est ce qu’elle avait conclu hier soir en observant Mitsurugi jouer. Bien, la suite de la visite ! »

Hao, suivit de près par la jeune femme qui avait eu un peu de mal à détacher son regard de l’instrument de musique, et qui prenait à présent garde à ne pas bousculer les pieds d’une chaise, ce qui aurait provoqué un fracas de bois des plus désagréables dans le silence de l’établissement. Le gérant l’emmena au fond du bar, qui se devait comme son nom l’indiquait, d’être un établissement de boissons, et donc de posséder un comptoir. L’homme aux cheveux blonds passa derrière et attrapa une bouteille derrière lui ainsi qu’un petit verre de porcelaine, dans lequel il versa un peu du contenu de la bouteille. Aussi continua-t-il ses explications, surprenant une nouvelle fois Seika qui y allait d’originalité en originalité aujourd’hui –autant par son propre comportement, que par la découverte de cet établissement et de son patron, qui se trouvait être aussi le barman !-.

[Hao Kenjiro] « Voilà toute ma vie si je puis dire : ce comptoir. L’établissement appartenait à mon père, qui n’est pas barman mais ébéniste. C’est lui qui a créé tout le mobilier et ce comptoir, il y a de cela cinq ans. En fait et endroit, il l’a obtenu en paiement d’une commande en retard, en intérêt du retard de la personne. Une histoire amusante d’ailleurs : un homme lui avait commandé une table de bois pour chez lui. Il s’agissait d’une sorte de bourgeois, qui avait demandé un travail ahurissant à mon père à effectuer sur la table, tout en demandant expressément que celle-ci soit très résistante malgré le nombre très important de gravures qu’il devait y avoir. Sauf que voilà, travailler le bois de cette façon, ça l’affaiblit, et mon père n’était pas sur que le tronc de base tienne le coup, aussi avait il prit un bois très épais, bref. Bien entendu le prix allait avec la qualité de l’ouvrage. Le bourgeois, qui finalement n’était peut être pas si riche que ça, demanda à payer en plusieurs fois : il paya la première mensualité, puis la seconde, mais après, plus rien. Mon père apprit plus tard qu’il avait déménagé à la capitale. C’était un coup dur, car son travail lui avait prit du temps, et il y avait perdu au change. Et puis il y a cinq ans, l’homme est revenu : habillé tout de soi et de brocard bref, un vrai petit noble, et il apprit à mon père que, grâce à lui et à sa table, il était aujourd’hui riche. Un tremblement de terre avait secoué la capitale et, alors que sa maison commençait à s’écrouler, il c’était caché sous la table de mon père, et sa résistance, mise à rude épreuve, avait suffit à le protéger des débris et d’une mort certaine. Ce qui n’avait pas été le cas de son oncle, qui a sa mort n’avait laissé aucun hérité pour reprendre sa fortune, qui avait été laissé à son neveux, le fameux petit bourgeois. Il a payé toutes les traites d’un coup, et lui a laissé cet endroit pour le remercier et se faire pardonner de ce retard. Mais mon père n’en avait que faire… C’est alors que j’ai eu l’idée de faire de ce lieu un bar, mais un bar selon mes envies, et voilà où j’en suis depuis cinq ans : je ne roule pas sur l’or, mais je ne vis pas mal non-plus, et j’aime ce travail, et j’adore la musique. Comment allier l’utile à l’agréable… »

Son récit était fini, et la jeune femme, qui était resté adossé au comptoir, un coude sur celui-ci, lui fit un grand sourire. Hao avait bu quelques petites coupes du liquide qui de loin devait ressembler à du saké. Souriant aussi à la jeune femme, il eut alors un geste malheureux : son coude glissa sur le bois ouvragé et lisse, et la petite coupe décolla pour passer devant la Kunoichi et aller logiquement s’écraser sur le bois du sol du bar. Réactive, la jeune femme réussit à l’attraper, même si elle en perdit elle-même l’équilibre et se retrouva à genoux par terre. Au moins la petite porcelaine était sauve. Le gérant siffla d’un air admiratif.

[Hao Kenjiro] « Bon, je ne sais pas si vous y arriverez, mais c’est un bon début mademoiselle Shijima. Auriez-vous déjà une expérience dans le commerce quelconque ? »

[Seika] « Et bien… Seika se releva, après avoir comprit que le gérant avait fait exprès de faire glisser la coupe pour voir si elle réagissait assez vite. J’ai déjà tenu un commerce, mais jamais je n’ai effectué ce genre de travail… »

[Hao Kenjiro] « Et bien on va arranger ça ne vous en faite pas ! Hao sortit de derrière le comptoir et ouvrit une porte donnant sur un escalier, et probablement sur l’étage supérieur de cette partie du bâtiment. Chérie ? Tu peux descendre s’il te plait, le village nous as envoyé une Kunoichi ! »

Chérie ? Probablement sa femme. Rien d’étonnant à ce qu’un tel homme, au visage peut être un peu moins gracieux que le reste de sa silhouette, mais tout à fait charmant, soit marié. Ses cheveux bonds volèrent autour de sa tête tandis qu’il se retournait vers Seika en souriant. Quelques secondes plus tard, une femme vêtue d’un kimono d’intérieur, une paire de sandale aux pieds, apparue. Alors que son mari avait le teint jovial et vivant, sa femme, des cheveux aussi noirs que ceux de Seika mais mi-long comme son époux, avait un teint très pâle, presque maladif. Et surement était-ce vraiment de maladie qu’elle souffrait, car elle se mit à tousser, et son mari fût en une seconde près d’elle pour serrer ses bras autour de son corps et la soutenir. Lorsque leurs regards se croisèrent, la jeune femme sentit quelque chose se réveiller en elle, comme lorsqu’elle avait entendue la Piano la veille au soir, comme une impression dé déjà vu floue.

[Hao Kenjiro] « Mademoiselle Shijima, je vous présente mon épouse, Anko. Anko, voici Shijima Seika, Kunoichi du village, qui va je pense remplacer Mina ce soir et demain soir, le temps qu’elle reprenne des forces. »

[Seika] « Enchantée madame Hao, c’est un honneur de pouvoir travailler dans votre établissement. »

[Hao Anko] « Oh, il s’agit surtout de l’établissement de mon mari, je ne suis pas pour grand-chose dans sa création… Ravie de vous rencontrée mademoiselle Shijima. »

[Hao Kenjiro] « Chérie ne soit pas trop modeste, sans toi et ta gestion infaillible, cet établissement serait déjà un tas de ruine ! Tu te souviens quand tu es venue écouter ce joueur de luth il y a cinq ans, peu après l’ouverture ? »

[Hao Anko] « Oui je m’en souviens très bien… Elle étouffa un rire et déposé un baiser sur la joue de son mari. Heureusement que tu m’as plu, sinon je t’aurais laissé tout seul à gérer ça ! »

[Hao Kenjiro] « Haem oui certes… Il se mit à rire à ce souvenir, plissant les yeux, avant de s’adresser de nouveau à la Kunoichi qui observait tout ceci d’un œil amusé, toujours souriante, les mains le long du corps. Anko va se charger de ton éducation en matière de service ! Quand à moi je m’en vais m’occuper de mon entrepôt près des remparts, j’ai une commande à réceptionner dans… »

[Hao Anko] « Si tu lui as raconté comment cet endroit a été créé de A à Z mon chéri, alors tu es en retard. »

[Hao Kenjiro] « AHHH !!! A plus tard mesdames ! »

Le gérant se mit à courir à travers le bar pour passer en trombe la porte d’entrée qui se referma en claquant derrière lui. Sa femme se passa la main sur le front en secouant la tête, un sourire aux lèvres, face au comportement de son mari qui semblait vraiment tête en l’air parfois. Ils avaient l’air heureux tous les deux. Comme Ina et Aichi… Sakura avait peut être raison : peut être les Hommes étaient-ils fait pour vivre en couple ? Mais dans la nature, tous les couples ne marchaient pas, comme chez les Hommes. Pourquoi pensait-elle à ça maintenant ? Elle avait encore cette impression de déjà vu, comme un exemple enfoui dans sa mémoire mais qui refusait de faire surface. Pourtant il était là, juste sous le rideau de souvenirs qu’elle connaissait par cœur. Mais ils étaient encore plus profonds, encore plus lointain, que ceux datant de l’académie Ninja, et de ses premières années au village caché de la foudre. Quel était se frémissement… ? Seika revint à la patronne, qui venait de faire quelques pas dans sa direction. L’œil inquisiteur, elle fit doucement le tour de la Kunoichi revêtue de sa robe et de son débardeur de cuir, ainsi que de ses gants. A force de « Hum » elle finit par mettre Seika mal à l’aise : elle n’aimait pas être trop détaillé non-plus ! Finalement Anko, derrière elle, examina sa chevelure d’ébène, comme la sienne, et demanda gentiment.

[Hao Anko] « Vous avez vraiment des cheveux magnifiques… Je peux ? »

[Seika] « Euh, oui allez-y… Dit-elle, pas très sûre d’elle. »

La femme, qui devait avoir en fait le même âge à peu près que le gérant, s’approcha et saisit délicatement une mèche noir de ses cheveux pour la caresser entre ses doigts, jaugeant surement des soins que la Kunoichi y avait apportée. Après une minute d’examen capillaire minutieux, elle finit par déclarer sur un ton bas.

[Hao Anko] « Je suis agréablement surprise… Je pensais que si un Ninja répondait à l’annonce, il n’aurait surement pas été très soigneux avec son apparence. Mais vous Shijima, vous êtes vraiment parfaite. Et si mon mari me demande de m’occuper de vous, c’est que vous allez surement faire l’affaire ! Cette pauvre Mina en sera presque jalouse quand elle saura que c’est une femme aussi belle qui l’a remplacée pendant deux soirs… »

[Seika] « Je vous en prie, vous pouvez m’appeler Seika, madame Hao. »

[Hao Anko] « Seulement si vous m’appelez Anko : pas de madame Hao avec moi, ça me donne un style que je n’aime pas. »

Seika faillit demander pourquoi, mais se ravisa : mieux valait garder ses interrogations pour elle pour le coup. Anko l’invita à la suivre, et elles retournèrent toutes les deux au local des salariés, surement pour aller faire un tour aux vestiaires et voir si le bar possédait un complet lui allant…

MessageSujet: Re: [Mission D] - Il était une fois, un Piano   Jeu 8 Oct - 13:02

-| Il était une fois, un Piano |-
.3.

[Hao Anko] « Allez Seika sort de là ! »

[Seika] « Mais, mais, je suis vraiment obligé de porter ça ?! »

[Hao Anko] « Oui, c’était dans le contrat tu te souviens ? »

Seika en aurait presque pleurée : oui c’était dans le contrat mais rien ne l’avait préparé à devoir s’habiller comme ça bon sang ! Il fallait un état d’esprit particulier pour porter ce genre de vêtements, et ce n’était absolument pas son cas. Rouge pivoine, la jeune femme enleva le crochet fermant le vestiaire et sortit doucement, la tête baissée, le regard ne fixant que ses pieds, maintenant chaussés d’escarpins noirs, et de bas noirs. Les dits bas, étaient retenus par une porte jarretelle noire lui aussi, qui malheureusement contrastait avec ses sous-vêtements blancs. Elle portait avec ceci une robe courte lui tombant à peine sur le haut des genoux, et qui, si elle se penchait en avant, révélait… Arf non ! Seika se retourna et se cacha le visage de ses mains. Anko s’approcha d’elle et posa une main réconfortante sur son épaule.

[Hao Anko] « Allez Seika ne t’en fais pas, prend-le comme un jeu ! Et puis, avec ou sans cette tenue, tu ne passes pas inaperçu aux yeux des hommes tu sais. »

[Seika] « Oui... Réussit-elle à articuler. Mais ce n’est pas une raison pour… »

En soubrette ! Elle était habillée en soubrette. Et le pire, c’était qu’il n’y avait vraiment qu’elle qui trouvait ça dégradant ! Si Sakura et Ina avaient été là, elles auraient ris et l’auraient admirée pour sa beauté. Mais Shijima s’en fichait d’être belle ou pas dans cette tenue, c’était juste trop, trop, trop gênant ! Seigneur qu’elle avait honte… Comme un automate dont les mécaniques n’auraient pas été huilées depuis longtemps, Seika suivit Anko qui la tirait par la main. La séance d’essayage leur avait bien prit une heure, pour trouver une tenue de soubrette à sa taille. La plupart étaient taillés ou des bonnets plus gros que les siens, mais ils avaient finalement contournés le problème, et la voici à présent vêtue de cette façon, à marcher dans ce bar dont elle n’avait que faire, puisqu’elle n’était là que pour la Piano, qu’elle espérait approcher et même toucher à un moment ou à un autre. Mais qu’est-ce qui lui avait prit aussi de répondre à ce contrat hein ? Elle aurait pu tout aussi bien attendre le soir et venir sympathiser avec le Pianiste pour pouvoir atteindre l’instrument. Mais ce faisant, elle n’aurait surement été qu’une admiratrice parmi d’autre, et cette image qu’elle aurait donnée d’elle… Elle préférait encore jouer les soubrettes, et toc ! Même si le rouge n’arrivait pas à quitter ses joues… Les deux femmes retournèrent près du comptoir du bar. Devant Seika, les stores étaient toujours ouvert et son regard se perdit une seconde sur la silhouette massive du Piano… Avant d’être rappelée à l’ordre par sa patronne.

[Hao Anko] « Arrête de rougir comme ça ! Anko s’étouffait presque à se retenir de rire devant la mine si peu réjouit de Seika. Il faut que tu t’entraines maintenant à faire le service, prendre les commandes des consommateurs, ou même les amener à leurs places. D’habitude, c’est une formation qu’on fait en une semaine pour les petites nouvelles, malheureusement on n’a pas une semaine alors ce sera une formation accélérée, en espérant que tu ais naturellement le talent nécessaire pour jouer ce rôle. »

Seika en doutait. Et une mauvaise langue dans sa tête lui murmura qu’en tout cas, elle avait toutes les compétences physiques pour faire ce job. Roh tais-toi, toi. La jeune femme se tapota les joues et sautilla sur place avant de secouer la tête, sous l’œil étonné d’Anko Hao. Elle devait se calmer, rester neutre et souriante, comme d’habitude. Elle inspira profondément, et releva la tête en la penchant de côté, les yeux plissés, avant de déclarer.

[Seika] « C’est bon, allons-y ! »

---|-¤-|---

Ne pas stresser, ne pas stresser, continuer de garder l’équilibre et de sourire. La seule réelle information que son cerveau avait acquise durant l’après-midi passée à s’entrainer au travail d’une serveuse, c’était que Seika ne le ferait plus jamais, mais alors vraiment plus jamais. Ce métier allait finir par lui déclencher une crise de bouton si elle le faisait trop de fois, et rien que d’y penser, elle en avait des sueurs froides au sens propre du terme. Ok, ça lui ferait une expérience, mais elle préférait encore être envoyée pour tabasser des gens que de faire ça. Certes, ce n’était pas très glamour ce qu’elle pensait là, mais elle ne faisait que le penser, cacher derrière le sourire qu’elle adressait aux clients du bar qu’elle était en train de servir. Et puis, ce qui l’énervaient surtout, c’était le fait que, dès qu’elle approchait d’une table pour déposer des consommations ou prendre des consommations, tout le monde se taisait et les éléments mâles du cercles de personnes se taisaient brusquement, la bouche légèrement entre ouverte. Pour un peu elle aurait écrasé quelques bouteilles de Saké sur quelques crânes, l’histoire de leur apprendre à lécher la vitrine.

Mais ce faisant, elle aurait déshonoré Kumo, par un comportement aussi mesquin. Il était vrai que d’habitude elle n’était pas affectée par les regards des hommes, mais c’était un tout : Shijima, malgré une journée presque entière à porter ces vêtements de soubrette, n’arrivait toujours pas à s’y faire, et de plus… Non elle n’arrivait à se faire à l’idée de rien du tout là ! Elle n’arrivait même plus à réfléchir depuis une heure qu’elle avait passé à virevolter dans une salle pleine avec des plateaux, jouant de finesse et de pas de danse pour passer entre les tables et atteindre les clients. Heureusement qu’elle était une Kunoichi d’ailleurs : la jeune femme, au bout d’une dizaine de plateau renversé pendant l’entrainement, avait fini par se décider à utiliser son Chakra pour faire adhérer les éléments du plateau, ou même ses pieds, entre eux et au sol. C’était à se demander comment faisaient les autres sens avoir cette capacité… Elle manquait un peu beaucoup d’agilité, c’était une évidence avec cette mission somme toute assez difficile, mais sa maîtrise du Chakra compensait ses déficiences physiques, enfin si l’on pouvait parler de déficiences… Seika se redressa de la table sur laquelle elle c’était penchée, souriante, pour déposer trois petites bouteilles de Saké. Ne pas penser, ne surtout rien penser. Ne pas penser qu’en me penchant comme ça, c’est limite comme si je mettais mes fesses et le reste sous le nez des gens derrière moi, et surtout qu’ils doivent adorer ça. Elle c’était retenue de dire ceci au gérant à son retour de son entrepôt : vous m’avez bien eu. « Faire un bar selon mes envies » tu parles. Autant mettre vraiment des danseuses à poil sur une estrade bordel ! Oh du calme Seika, tu as failli perdre ta concentration au niveau du pied droit ! M’en fou totalement, qu’ils aillent au diable, je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie. Le rouge lui montant une nouvelle fois aux joues, et son regard redevenant électrique et capable de trancher à lui seul toutes personnes qui aurait été assez folle pour l’importuner, la jeune femme se dirigea vers le comptoir et profita de l’absence de client face à Kenjiro pour laisser filtrer, d’un ton tremblant de rage, ses véritables sentiments face à tout ceci.

[Seika] « Je pourrais avoir, un verre d’eau s’il vous plait. Hao s’exécuta en deux tours de main et le verre d’eau fût devant elle en quelques secondes. Merci. »

Hao Kenjiro, bien que souriant, avait sentit dès qu’il était rentré chez lui que ça n’allait pas, que quelque chose coinçait vraiment avec la Kunoichi, et qu’elle n’arrivait pas à considérer tout ceci comme un jeu. Impossible de lui retirer de la tête l’impression dégradante qu’elle retirait de ce travail. Malheureusement il était déjà tard, et impossible d’embaucher quelqu’un d’autre en si peu de temps : il c’était donc préparé psychologiquement à une catastrophe dans la soirée, qui mettant soit dit en passant beaucoup de temps à arriver. Plus tard dans la nuit, en y repensant, il se dit que plus qu’une catastrophe, c’était un véritable miracle qu’elle leur avait donné. Mais je m’avance un peu trop dans le récit qui entre enfin dans sa phase intéressante pour Shijima : après plus de trois heures de service intensif et non-stop, on approchait de vingt-trois heures. Et cela signifiait quelque chose pour tous ici, et plus particulièrement pour la jeune femme. Mystérieusement absent du bar durant la journée, Mitsurugi Takeo n’était apparu que de façon somme toute assez discrète à l’entrée. Les deux videurs l’avaient renseigné sur l’identité de cette femme à la longue chevelure d’ébène parcourant la salle, souriante, radieuse. Après quoi, l’artiste avait disparu, surement resté dans le vestiaire pour se changer et revêtir la même tenue que la veille. A présent c’était l’heure, et il ne tardait plus à la jeune femme : que tous ces salopards se calment en écoutant du Piano, et qu’elle puisse enfin faire une pause. D’après Anko Hao, c’était selon toute vraisemblance ce qui allait arriver, aussi croisa-t-elle les doigts en reposant le verre d’eau sur le comptoir.

[Hao Kenjiro] « Allez courage, je vais aller faire mon petit show introductif dans cinq minutes, tu pourras baisser la lumière de la salle quand je te ferais signe ? Vu que c’est sa dernière représentation ici, j’aimerais bien vraiment hypnotiser les clients ce soir avec cette musique. Alors que la jeune femme acquiesçait, le barman posa brusquement trois nouvelles bouteilles d’alcool de riz aux motifs ouvragés. Pour la quatre. »

Ok, ok, pour la quatre. Alors que la jeune femme s’approchait de la table numéro quatre, qui ne portait aucun numéro apparent, elle s’imagina abattre avec violence et véhémence les consommations sur la tête des trois loustics qui la fixait en souriant d’un air salace. Et oui, faisait aussi parti de l’apprentissage accéléré qu’elle avait reçu, la mémorisation du plan du bar, et de l’emplacement de chaque table. De tout ce qu’elle avait du faire durant la journée, c’était peut être la chose qui lui avait parue la plus simple de toutes ! Pas besoin de réfléchir, juste enregistrer un plan mental : c’était tout à fait à sa portée ça. Ce qui ne voulait pas dire qu’elle n’était pas capable de réfléchir loin de là, juste que pour aujourd’hui du moins, la réflexion n’était pas au programme. Elle fatiguait, c’était indéniable, et cette fatigue rongeait ses résistances mentales. Heureusement, après avoir servi les trois gus, elle se retourna, marcha jusqu’à l’interrupteur de la lumière électrique de la salle, et attendit, les yeux fermés. Comme prévu, Kenjiro était déjà monté au créneau, et se trouvait maintenant sur la terrasse ouverte, les yeux de plus d’une centaine de personnes rivés sur lui.

[Hao Kenjiro] « Mesdames, messieurs, cela fait maintenant cinq ans que cet établissement ouvert propose nombres de représentations musicales. Et sur ces cinq années, les visages connus que je vois parmi vous, et moi-même aurons eu l’occasion de partager une passion : cette passion, n’est ni l’alcool, ni les femmes, bien qu’on des connaisseurs aussi dans la salle ! Nombres de convives éclatèrent de rire et plus d’un verre fût levé à l’évocation du penchant pour l’alcool de pas mal de personnes, et de nombreux regards se tournèrent vers elle. Seika se contenta de sourire poliment et d’attendre le signal, pressée d’en finir. Et c’est dans ce partage de cette passion, que le Repère Bleu vous propose ce soir la dernière représentation du Pianiste Mitsurugi Takeo, venu expressément de la capitale pour nous offrir la joie d’écouter et de découvrir ce fameux instrument qu’est le Piano ! Au nom de l’ensemble de l’équipe du Repère Bleu, je vous souhaite une bonne soirée. »

Kenjiro tourna son regard vers elle et lui fit un petit mouvement de la tête, tandis que partout, les murmures se succédaient, chacun attendant impatiemment d’entendre, ou de réentendre, cet artiste de la capitale comme le décrivait le gérant. La Kunoichi tourna la molette de la lumière électrique, qui baisse d’intensité, jusqu’à atteindre une ambiance très tamisé. En même temps, elle déclencha comme le lui avait montré Anko dans la journée un petit système fort sympathique qu’ils n’utilisaient que pour les grandes occasions, comme la dernière représentation d’un artiste ayant fait salle pleine par exemple. Le système, très bien huilé, se mit en branle dès que la jeune femme appuya sur le bouton, puis s’écarta de l’interrupteur pour replacer le rideau mural servant à le cacher. Shijima s’avança et s’installa à droite du comptoir, bien en face du salon de thé, possédant ainsi une vue panoramique du petit jardin qui était bien plus original que ce qu’elle avait pu voir la veille. Le spectacle, car on pouvait bien parler de spectacle, commença alors : cela commença par une petite lumière voulue tremblotante sur le coin droit du jardin, puis une autre, et une autre, suivant un tracé au sol qui faisait penser à celui d’une petite route, bordant une rivière, dont l’eau coulait paisiblement. Partant du mur, un autre réseau de petites ampoules se mirent à s’allumer, tremblotante. Puis un troisième, partant de sous la terrasse et se dirigeant vers le salon de thé. Puis deux autres réseaux partant de la droite du jardin s’activèrent aussi, parallèles, et plus lumineux. C’est par là qu’arriva Mitsurugi, revêtu de son costume blanc brodé de bleu. Souriant, il se contenta de marcher naturellement et un peu lentement jusqu’au salon en suivant le petit chemin composé de dalles de pierre au sol, son pas rythmé par l’allumage des petites lumières vacillantes. Ce timing surement prévu pour l’occasion, était plutôt bien réalisé. Toutes les lumières atteignirent le pavillon au même instant lorsqu’il l’atteignit. Mais l’originalité ne s’arrêtait pas là, et les yeux écarquillés comme tous ceux n’ayant jamais vu ce jeu de lumière, Seika observa avec admiration le pavillon s’illuminer à son tour, révélant un gigantesque jeu de néons bleus installés en trompe-l’œil dans le bois, comme autant de fresques. Alors que le Pianiste s’installait sur son petit blanc recouvert de cuir sur lequel il allait être assit pendant plus d’une heure, les lumières gagnèrent brusquement en intensité, et dans un magnifique finale un trait de lumière parti de tous les extrêmes du jardin pour filer vers le salon, éteignant au passage toutes les ampoules après les avoir éclairés, puis grimpant à l’assaut du labyrinthe de néons bleus, pour enfin se concentrer dans un grand tourbillon de lumière bleuté et provoquer un flash qui, avec l’obscurité, se fit aussi impressionnant qu’aveuglant pour certains. Pour ce petit spectacle d’ouverture, qui replongea le salon dans l’obscurité, la salle trembla, d’un seul coup. La jeune femme en sursauta de surprise : ce fût un tonnerre d’applaudissement, au moins aussi puissant que l’orage de la veille, qui accueillit le début de la représentation, et l’originalité de ce jeu de lumière que leur avait offert le Repère Bleu qui finalement, portait plutôt bien son nom. Alors que les applaudissements fusaient encore, ils regagnèrent en intensité lorsqu’une lumière tamisé s’alluma dans le pavillon, révélant Mitsurugi, debout derrière son instrument, et s’inclina devant son public. Il tendit les mains, paumes ouvertes, en avant, pour faire silence, avant de déclarer d’un ton emprunt d’une joie presque enfantine.

[Mitsurugi Takeo] « Avant de commencer cette dernière représentation de mon passage à Kumo, j’aimerais vous remercier, tous, de vos encouragements : c’est grâce à vous que j’ai prit confiance en moi, et que je vais retourner à la capitale prouver mes talents aux Pianistes les plus reconnus ! Et je remercie aussi toute l'équipe du Repère Bleu, pour m'avoir permis de partager avec vous cette expérience. Et je vous reviendrais, je vous le promets, une fois que mon talent aura atteint un niveau tout autre. De nouveaux applaudissements accueillirent cette déclaration, tandis que le jeune homme, puisqu’apparemment il était jeune, s’inclinait de nouveau et s’installait au Piano. »

Cela commença par quelques notes…

Tous les regards convergeaient vers l’instrument de musique et l’homme en train de faire courir ses doigts sur ses touches, déclenchant peu à peu une symphonie de sons, s’alliant les aux autres avec une beauté qui laissait tout le monde sans voix : les clients, le gérant, les gardes, tout le monde tendaient l’oreille, et laissait filer loin de leurs cœurs et de leurs esprits leurs pensées, pour se remplir de cette musique incroyable. Même la jeune femme, qui pourtant était capable de rester lucide et maître d’elle dans les pires situations, comme elle l’avait montrée ce soir, ne pensait plus à rien. Le son de cet instrument balayait tous ses souvenirs, ouvrait comme un rideau chaque couches de son être, sans qu’elle en ressente aucune douleur particulière : comme si la fonction du Piano avait été depuis toujours de l’aider à ne plus penser à rien. Bien entendu elle se doutait que les effets de la musique devaient être différents pour chacun, mais peu importe. Ayant encore un peu le contrôle de son corps, elle tourna la tête sur sa gauche et regarda comment réagissait le gérant. Ce dernier, n’était plus derrière le comptoir, mais devant la porte ouverte de l’escalier menant à l’étage : enlaçant sa femme dans son dos, il déposé un doux baiser sur ses lèvres, et serra tendrement sa main, avant de se remettre tous deux à n’avoir d’yeux que pour le spectacle. La Kunoichi les imita, et bientôt, au-delà de la musique, au-delà des rideaux de souvenirs épars qui étaient en elle, Seika sentit naître une douleur dans sa poitrine. Comme si, sous tous ces souvenirs, quelque chose essayait de s’extirper, enterré profondément en elle. Oui, c’était cette sensation, la même que lorsqu’elle avait entendu pour la première fois l’instrument, après l’orage de la veille. Mais pourquoi, pourquoi est-ce que ça faisait mal tout d’un coup ?

Un liquide chaud frôla délicatement ses joues, et Shijima sut, sans avoir à lever les mains, ou à se regarder dans une glace, qu’elle pleurait.

Ses jambes n’arrivèrent plus à supporter le poids de sa douleur si longtemps enfermé en elle, enterré, et que cette musique mettait à nue. Mais ce viol mental n’en était pas hein, et c’était elle qui laissait enfin ressurgir la douleur qu’elle avait enfouie au faire et à mesure de son existante. Une douleur, qu’elle garderait en elle, mais qu’elle arriverait à supporter, peu à peu. Et là, oui, maintenant, la douleur laisse place à une douce chaleur. Enlacée par les sons, son âme mise à nue vibrait, et peu à peu, dissipait lentement, comme de la glace fondant au soleil, tout un pan de noirceur qui obscurcissait son cœur. Mais la plus pesante des noirceurs, était celle qu’elle ne pouvait pas soigner, car elle faisait d’elle ce qu’elle était. Cependant, peu à peu, les souvenirs les plus heureux de sa vie ressurgissait, chassant ces dernières images qu’elle avait eu d’eux à leur mort : leur première rencontre, leur premier repas au restaurant de Ramens tous ensemble, leur premier entrainement, et puis les longues discussions avec Sakura, les jeux avec Matsuo, les apprentissages avec Sazaki-Sensei… Depuis combien de temps ne c’était-elle plus souvenue de leurs visages souriant, de leurs paroles amicales et réconfortantes ? Tout ceci avait été balayé par leur dernières expressions, à leur mort, et ces dernières paroles, que Matsuo lui avaient prononcés, en faisant référence à une discussion qu’ils avaient eu un jour tous les deux, et où il avait promis, sur le ton de la fanfaronnade, de sauver les filles si jamais il devait leur arriver malheur, quitte à en mourir : « J’ai tenu ma promesse… A toi de tenir la tienne, Seika… ». Et à présent, oui, à présent, grâce à cette musique, elle se souvenait de cette promesse qu’elle avait oubliée… Une promesse, qu’elle avait faite avec ses deux camarades à Sazaki lorsqu’il les avait acceptés dans son équipe comme Sensei : « Vous devez me promettre que vous deviendrez fort, avec ou sans moi, pour un jour réussir à sauver ceux qui n’ont pas la force de se battre ! ». Ce jour là, elle n’était pas assez forte, et c’était pour ça qu’elle se tenait pour responsable de leurs morts à tous les deux. Mais malgré cette culpabilité, Seika c’était pardonnez, et c’était promis de ne plus avoir peur.

Je tiendrais ma promesse, mes promesses. Bien sur, ce souvenir retrouvé ne changerait rien à son comportement, à sa neutralité et ses sourires sans réels sentiments, car comme je vous l’ai dit, la pire des noirceurs est celle qui vous est propre, et naturelle, et c’était sur la douleur que c’était basée sa vie, et sur la solitude : dans le fond, c’était normal que tout soit plus ou moins « faussé » pour la jeune femme. Mais, là, tout de suite, elle se sentait bien, ou mieux, plus en paix avec ses souvenirs. Cela ne l’empêcherait pas de se rappeler leurs visages, ses dernières paroles, mais à présent cela ne l’affecterait plus de la même façon, et même si elle serait toujours coupable à ses propres yeux, cela ne serait qu’un nouveau moyen de sentir naître dans son cœur une flamme de détermination bien plus grande encore. Oui, dans les yeux de la Kunoichi brillaient la flamme de la détermination, pas une étincelle non, un brasier ! Un brasier dont elle se nourrirait, au même titre qu’elle se nourrit du calme et de la solitude, pour continuer d’avancer, de travailler à un monde meilleur, et de pouvoir un jour sauver ceux qui ne pouvaient pas lutter contre l’adversité.

MessageSujet: Re: [Mission D] - Il était une fois, un Piano   Ven 9 Oct - 20:08

-| Il était une fois, un Piano |-
.4.

Lorsque la dernière note retentit, il y eut quelques secondes de battements, comme si le monde ne parvenait pas à se réveiller de cet étrange rêve musical qui l’avait bercé pendant plus d’une heure. Personnes n’avaient plus prononcés un mot, ni touchés à ses consommations, car ils en étaient incapables, incapables de faire autre chose que d’écouter cette musique envoutante : pendant une heure, plus de cent-cinquante personnes avaient été sortis du temps, et de la réalité, par la pianiste qui les avaient plus qu’éjecter de l’instant présent. Cette présence mentale revenait peu à peu à tous, et lorsque Mitsurugi se leva, pour saluer son public encore sous le choc, ce fût une nouvelle vague d’applaudissement et de vivat d’admirations qui déferlèrent sur lui. Tous les clients étaient debout et frappaient dans leurs mains avec puissance, en le sifflant d’admiration. L’artiste s’inclina bien bas devant eux, et ne put s’empêcher de laisser rouler une larme de joie sur sa joue. Ce qui était normal : personne ne pouvait être insensible à un tel flot de reconnaissance et d’amour. Le Pianiste s’inclina une dernière fois, avant de descendre dans la salle, et de venir serrer les mains des clients. Tous désiraient le toucher, lui adresser quelques mots, et Seika ne put que rester en retrait, attendant que tout ceci se finisse. La jeune femme quand à elle c’était relevée, et, une main posée sur le comptoir, observait les gens s’agglutiner autour de Mitsurugi. Ce dernier serrait les mains, répondait aux sourires, les yeux brillants de joies, promettant de revenir dès qu’il serait un artiste nationalement reconnu. Même Shijima aurait voulu lui dire quelques mots, le remercier d’avoir joué de façon aussi divine, ce qui lui avait permis d’évacuer, un peu. Mais elle se contenta de sourire et commença à souhaiter le bonsoir aux clients qui rentraient chez eux à présent. Tous ne parlaient que de cette symphonie magnifique qu’ils avaient entendue, et il était clair que ce souvenir resterait en eux pendant longtemps, très longtemps.

Même les « ivrognes » c’étaient calmés et on aurait pu croire qu’ils étaient sobres, lorsqu’ils s’inclinèrent devant la jeune femme en soubrette à la sortie du Repère Bleu. Sauf qu’aucun ne réussit à bien prendre la marche et il y eut plus d’une cascade d’hommes s’affalant la tête la première dans la poussière. Mais ils se relevaient, riaient ensemble, et partaient, bras dessous bras dessous, en chantant de concert et en fredonnant des extraits de Piano. La jeune femme aussi avait la musique dans la tête, mais elle se contenta de sourire et de finir cette journée de travail comme il se devait. Mitsurugi Takeo quand à lui, restait avec le couple Hao, discutant surement de ce dernier concert, et des questions financières à régler avant son retour à la capitale. Les deux videurs prirent congés et partirent à leur tour. Kenjiro commanda à la Kunoichi de s’occuper du rangement et du ménage dans la salle, tandis que lui-même nettoyait le comptoir, et que sa femme réglait quelques détails financiers de son côté, invitant l’artiste au visage toujours illuminé de joie mais fatigué, à prendre une chaise et un verre. Il accepta la première et déclina le second. Alors que la jeune femme ramenait les verres vides, à moitié pleins, et les bouteilles, elle se demanda si elle ne devrait pas poser une question à l’artiste, une question qui lui tournait dans la tête, faisant d’une part écho à ce qu’elle avait ressenti en écoutant cet instrument, mais d’autre part faisant écho à une interrogation très ancienne, qu’elle n’avait plus eu depuis des années. Malgré sa tenue, à laquelle elle ne faisait d’ailleurs plus attention depuis qu’elle était sortie de sa torpeur provoqué par le Pianiste, Seika déposa son dernier plateau de verre au comptoir, prit son courage à deux mains, et se rejoignit l’artiste qui, dos à la salle, se contentait de regarder le jardin, ou le ciel, épuisé cela ne faisait aucun doute. La Kunoichi, souriante, se racla la gorge avant de lui parler.

[Seika] « Haem… Mitsurugi tourna la tête vers elle, souriant. Monsieur Mitsurugi, je peux vous poser une question ? »

[Mitsurugi Takeo] « Bien sur mais excusez-moi… Il se gratta la tête d’un air penaud. Je n’ai pas retenu votre nom tout à l’heure… »

[Seika] « Il n’y a pas de mal, je me nomme Shijima Seika, je suis une Kunoichi de classe moyenne du village, et je remplaçais la serveuse habituelle pour la soirée. Je voulais vous demander… Le Piano, cet instrument, ça fait combien d’années qu’il existe ? »

[Mitsurugi Takeo] « Vous voulez dire le mien ? Ou historiquement ? »

[Seika] « Historiquement. »

[Mitsurugi Takeo] « Alors attendez que je me souvienne… Les jambes croisées, un coude sur le ventre soutenant sa main droite qui frottait de manière pensive son menton, il finit par trouver la réponse à la question de la jeune femme. Historiquement, on attribue le premier modèle de Piano à un artiste itinérant du Pays de la Forêt. L’histoire dit qu’il était harpiste, et que sa passion pour le bois l’amena à créer un premier instrument capable, en faisant résonner des cordes de harpe, de produire des sons nouveaux et totalement inconnus. Il semblerait qu’au cours de ses voyages, d’autres artistes ce soient inspirés de sa création, pour en créer des modèles différents. Le premier « vrai » Piano dans sa forme actuel, nommé par les connaisseurs « Piano à Queue », serait apparu au Pays de la Cascade, Taki no Kuni. »

Seika eut un tilt, comme si ce nom, dans la bouche de cet homme, résonnait d’une manière étrange. Bien sur elle connaissait Taki no Kuni, car il s’agissait d’un pays Ninja possédant son propre village caché, et qu’on apprenait en classe la géographie de leur monde -même si l’emplacement du village caché de Taki n’était pas révélé-. Mitsurugi ne perçu par le trouble de son interlocutrice, et continua sa réponse à sa question.

[Mitsurugi Takeo] « A ce qu’on dit ce serait l’œuvre du Daymo du pays, il y a de cela environ quoi, une quinzaine d’année ? On dit que la première Pianiste qui fût était sa propre femme… Hey, vous allez bien ? »

Mais la jeune femme n’écoutait plus à présent. Quelque chose était en train de se passer dans son crâne : son esprit vidé de ses forces par la musique, puis ces mots qui résonnaient étrangement en elle… Elle en savait plus qu’elle ne le pensait, et elle savait, oui elle savait, qu’elle avait déjà vu cet instrument. Mais ça ne pouvait pas dater de son arrivé à Kumo ! Ca elle en était sure et certaine, car le souvenir de cet instrument, et des sons qu’il produisait, étaient entourés de bonheur. Alors que sa jeunesse dans le village, était teintée de douleur. Derrière eux, Kenjiro s’approcha et s’adressa à la jeune femme.

[Hao Kenjiro] « Mademoiselle Seika ! Mina viens de passer pour nous dire qu’elle sera d’attaque demain pour reprendre son travail, votre contrat est achevé du coup ! »

Ce dernier, tout souriant, non pas d’annoncer ceci à la jeune femme mais imaginant aisément qu’elle serait heureuse d’apprendre cette nouvelle, n’obtint qu’un silence perturbé uniquement par leurs respirations respectives. La jeune femme, toujours debout, avait les yeux rivés sur le Piano sous le pavillon. Le gérant s’approcha un peu, et partagea avec Mitsurugi un regard plein d’incompréhension, et alors qu’il allait tendre la main pour toucher son épaule, et lui demander si elle allait bien, la Kunoichi se mit à marcher, d’un pas rapide, presque précipité, vers l’instrument de musique. Mitsurugi se leva mais ne l’arrêta pas. La bouche entre-ouverte, il se demandait ce qu’il avait bien pu dire, que diable, pour provoquer une telle réaction de mutisme et cette fixation à l’instrument chez la Ninja. Celle-ci grimpa dans le salon, et s’installa derrière lui, sur le banc, face aux touches de bois renforcés de porcelaine, qu’elle caressa sans appuyer dessus. Savait-elle ce qu’elle faisait ? Non, pas du tout, mais se savait capable de le faire, tout simplement.


Les sons sortirent d’eux-mêmes. Ses doigts, doucement, calmement, prirent leurs marques sur les touches, actionnant d’eux même l’instrument. Seika ne pensait plus, elle « vivait » la musique, pleinement. Elle n’avait aucune idée de ce qui lui arrivait, et se fichait éperdument des réactions que l’on aurait en entendant tout ceci, car enfin, oui enfin, elle se souvenait de quelque chose d’autre, qu’un vague parfum ayant appartenu à sa mère. Elle se souvenait qu’elle avait apprise, toute petite, à jouer de cet instrument, qu’une personne, douce et gentille, lui avait appris. Et sa mémoire sensoriel jouait pour elle, se rappelant avec une facilité déconcertante toutes les touches qu’elle avait apprise à utiliser, reproduisant à la perfection de cette seule et unique musique que cette personne avait eu le temps de lui apprendre.

Oui, Seika savait jouer du Piano.

Dans la salle, Hao et Mitsurugi restaient paralysés, l’un pour la seconde fois, l’autre pour la première, depuis qu’il était plus jeune et qu’il avait entendu un Pianiste jouer de son instrument pour la première fois. Tout ceci était lié pour la jeune femme, mais cela ne prendrait un sens, qu’un jour prochain. Anko descendit les escaliers en entendant la rumeur de la musique, et fût à son tour paralysé, de voir qu’il ne s’agissait pas de Mitsurugi, mais de la Kunoichi au fond du regard si froid, qui était en train de jouer. Et sa musique, aussi douce que triste, résonnait dans le cœur des trois personnes, et dans celui de la jeune femme aux cheveux d’ébènes. Elle ne pleurait pas, et au contraire, ce sentait divinement bien malgré sa propre incompréhension de la situation : jouer de cet instrument la calmait, la détendait, et rapidement, elle sentit un sourire radieux naître sur son visage, un sourire enfantin, un sourire naturelle… Etait-elle heureuse ? Elle n’en savait rien, car elle n’avait aucune base de référence pour savoir si ce bien être qu’elle ressentait en cet instant était celui d’une personne heureuse, mais en tout cas, elle se sentait bien.

Sa musique s’arrêta au bout de quelques minutes, car il ne s’agissait que d’une petite chanson. Et tous, restèrent là, sans comprendre, qui était cette femme. Quelqu’un de mal avisé aurait répondu « c’est juste Seika », mais Seika n’était pas « juste » elle-même, quelque chose enfoui au fond d’elle, était autre chose : une part d’elle-même certes, mais une part totalement inconnue, intimement lié à ses souvenirs… Elle faillit se mettre à rire, lorsqu’elle passa devant les deux têtes ahuris de Kenjiro et Takeo. Seika s’inclina devant le gérant en lui disant.

[Seika] « Je suis heureuse d’avoir pu vous être utile monsieur Hao, vu l’heure tardive, je ne vais pas vous déranger plus longtemps, vous pourrez envoyer la somme demandé pour l’accomplissement de cette mission au Centre des Missions, et n’hésitez pas à faire de nouveau appel à nous. »

Shijima se redressa, et adressa un clin d’œil à Anko Hao en passant près d’elle, avant de se diriger vers les vestiaires… Quelques minutes plus tard, quand Anko alla à son tour dans les vestiaires, ne voyant pas la Kunoichi ressortir, elle vit tout simplement que les vêtements de serveuses étaient à sa place, et que Shijima Seika avait tout bonnement disparue, sans laisser de trace… Qui avait été la jeune femme avant d’arriver à Kumo ? Avait-elle un réel lien avec l’histoire de la création du Piano ? Qui lui avait apprit à en jouer ? Et surtout, cette question qui revint… Pourquoi était-elle arrivée à Kumo à cinq ans, orpheline, et prédestiné à devenir Ninja ?

.Fin.

MessageSujet: Re: [Mission D] - Il était une fois, un Piano   Sam 10 Oct - 13:07



Mission de rang D - Il était une fois, un Piano - Accomplie

[ Seika : + 60 XP - bonus mission et chuunin inclus ]


Que dire .... si ce n'est que tu continues sur ta merveilleuse lancée ( ^_^)
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: [Mission D] - Il était une fois, un Piano   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Il était une fois... Carrefour!
» Il était une fois Sophie la girafe
» Il était une fois la légion [DVDRiP]Guerre
» Il était une fois, une jeune fille nommée Katharina....
» Il était une fois... La petite souris

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0 :: Centre-Ville de Kumo-