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 [CI006] Escorte vers Nuageland

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MessageSujet: [CI006] Escorte vers Nuageland   Ven 16 Oct - 7:35

Mission Rang C : Escorte vers Nuageland

~* Partie 1 – Lullaby *~


Cela commença doucement. D’abord une, puis deux grosses gouttes s’écrasèrent sur le plafond vitré dans un bruit mat qui résonna quelque secondes dans la pièce. Ine ouvrit les yeux. Puis ce fut la douche, qui frappa le verre si fort qu’elle crût qu’il allait se briser. Pourtant, ce déluge avait quelque chose de réconfortant.

La jeune femme tourna la tête sur le côté et sourit légèrement. Avançant sa main, elle retira du front de Ren’ai une mèche un peu trop longue qui venait lui chatouiller les narines. Oui, songea-t-elle, il était réconfortant d’être au chaud sous la couette auprès des gens que l’on aime lorsque le mauvais temps bat la campagne. Réconfortant aussi, pour une fois, de se laisser entourer de grands bras protecteurs, et de faire semblant de croire que rien ne pourrait jamais arriver.

La pluie se retira aussi vite qu’elle était venue. Elle avait lavé le ciel de ses particules de poussière, le rendant plus clair que jamais. Une nuit sans lune, qui laissa les étoiles s’exprimer un instant. Ine soupira d’aise et se blottit un peu plus contre Ren’ai. Puis le brouillard kiréen reprit ses droits, et le ciel devint presque blanc.

Mais Ine ne parvint pas à se rendormir tout de suite. Le léger ronronnement de l’homme à sa gauche n’en était pas la cause ; elle pensait juste à tant de choses à la fois que son cerveau semblait sur le point d’exploser.

D’abord, il y avait Ren’ai. Finalement, tout se rapportait toujours à lui, hein ? Comme une promesse qu’on se fait à soi-même et qu’on ne tient pas. La veille, Ren lui avait avoué avoir construit cette nouvelle chambre pour elle, quel que soit le niveau de relation qu’elle souhaitait maintenir avec lui. Ine n’avait pas osé reconnaître que, sans l’histoire de Taki et l’initiative de Kiba, elle ne serait probablement jamais retournée le voir. Mais d’avoir goûté de nouveau au fruit défendu, de se sentir aimée simplement avec tous ses travers et ses blessures sans l’admiration béate que lui manifestait Akizuchi, tout cela l’avait fait replonger sous le charme de l’ex-chuunin.

Cependant, Aki n’était pas un épisode facile à oublier.

La jeune femme porta la main à sa poitrine et enserra entre ses doigts le petit shuriken de Ren’ai, auquel était désormais accroché une tresse des cheveux blonds de Taki. C’était la fillette qui le lui avait donné la veille. Pour que tu n’oublie pas les gens qui t’aiment, qu’elle avait dit. Ine avait ri, répondu qu’elle n’avait pas vraiment besoin de ce pendentif pour ça et serré la gamine entre ses bras. Deux jours avaient suffi à en faire sa petite sœur, et c’était pour elle un déchirement de s’en aller si tôt. Taki était très douée, elle apprendrait certainement beaucoup le temps de son voyage à Kumo.

La perspective du voyage était pourtant tellement excitante ! Voyageuse dans l’âme, Ine n’avait pas peur de la route, du mauvais temps, de la fatigue que cela apportait. Après Konoha elle partait pour Kumo, et peut-être un jour pour Suna ou encore pour les ruines d’Iwa ! Et puis l’éventualité, même minime, de revoir Sho à Kumo et de faire plus ample connaissance était ravissante.

Oui mais voilà. Jetant de nouveau un coup d’œil à Ren’ai, Ine se pencha doucement vers lui pour déposer un baiser léger sur ses lèvres. Elle se pressa contre lui davantage, jusqu’à ce qu’il grogne un peu et l’enserre entre ses bras. De là, Ine soupira. Il y avait des jours où elle aurait tout donné pour profiter, ne serait-ce qu’une semaine, d’une vie de couple un peu plus ordinaire…

~*~


Les adieux, même temporaires, n’étaient pas son fort. Ine était donc en avance au rendez-vous fixé par Esio, et la première à être arrivée. Assise sur un petit muret qui bordait le chemin de terre battue elle balançait ses jambes, tapant régulièrement les pierres qui le composaient, la mine en proie à une profonde réflexion.

Le matin même, en se contemplant dans la glace, Ine s’était trouvée plus que jamais l’allure d’une kunoichi. Les effluves du voyage à venir, sans doute. Maintenant qu’elle était prête, l’attente était presque insoutenable avant le départ. Une fois sur les routes, il serait tellement plus facile de ne plus penser à rien…

Quelques cailloux qui roulent et elle leva les yeux sur Kiba. Il fumait encore, le bougre, et sans prendre le soin de la saluer il expira longuement ses volutes de tabac :

KIBA – Quelque chose te tracasse ?

Ine haussa ostensiblement les sourcils, puis lâcha un soupir.

INE – Ce n’est probablement pas la meilleure chose à dire quand on est sur le point de partir en mission mais… je ne sais plus trop où j’en suis.

Kiba ne répondit pas. Il se contenta de la jauger longtemps, et Ine détourna les yeux. Elle marmonna :

INE – C’est bon, je sais que tu peux voir en moi ce que tu veux. Pas la peine de te la jouer mystique, je ne suis pas d’humeur.

KIBA – C’est faux. Je n’y arrive pas tout le temps, et de moins en moins souvent si tu veux savoir.

Un instant, Ine chercha l’ironie sur le visage de Kiba et fut surprise de n’en voir pas une trace. Au contraire, le messager avait l’air on ne peut plus sérieux, et ses yeux mordorés bien plantés dans le gris des siens. La jeune femme laissa sa tête retomber sur sa nuque pour échapper à ce regard pénétrant. Le ciel était d’un bleu clair comme l’azur, les nuages cotonnaient dans le blanc pur. Magnifique journée. Mais impossible de se soustraire à l’insistance de Kiba. Ine soupira, et redressa la tête.

INE - Tu crois que…

KIBA – Tu veux que je te dise ce que j’en pense ?

Ine haussa les épaules et fixa ses pieds qui poursuivaient leur mouvement de balance. Elle murmura, sans grande conviction :

INE – Dis toujours…

Le jeune homme s’approcha de sa coéquipière et lui toucha le front du bout du doigt :

KIBA – Aki a brouillé les pistes, là.

Ine écarquilla les yeux. Gênée et rougissante, elle remit sa mèche en place sans le regarder.

INE – Je ne comprends pas, souffla-t-elle d’une voix peu assurée.

KIBA – Ine, as-tu toujours ton échiquier mental ?

La jeune femme se recula instinctivement. Avait-elle toujours son échiquier mental ? C’était une question idiote, pourquoi n’y serait-il plus ? Cependant, elle ferma les yeux et tenta une introspection. Elle n’y trouva que du flou… et en tomba à la renverse. Un instant hébétée, elle laissa Kiba la relever et bafouilla :

INE – Tu as raison. Je… je ne sais plus trop.

Les choses allaient à toute vitesse dans sa tête et elle n’en comprenait pas la moitié. Kiba avait parlé d’Aki, qui aurait brouillé les pistes. Pourquoi, alors, la Reine Noire avait-elle fait face à Kenji à son retour ? Comme s’il avait lu dans ses pensées à ce moment précis, le shinobi répondit à sa question :

KIBA – Ce n’était que la dernière façade de résistance mentale d’une entité vouée à disparaître. Ton subconscient te le dit, Ine. Tu es en train d’apprendre à faire avec tes émotions, c’est pourquoi ton esprit est embrouillé. Tu as des choses à régler avec toi-même, non ?

Ine baissa les yeux. Pourquoi Aki aurait-il contribué à détruire la dichotomie en elle ? Après tout, ça n’avait jamais été qu’une rencontre d’une nuit. Magique, certes. Agréable, aussi. Mais elle avait beau chercher, elle ne voyait pas ce que Kiba avait voulu dire. Celui-ci se ralluma une cigarette, lui souffla la fumée au visage et lâcha :

KIBA – T’es trop bête, il faut tout t’expliquer !

Sans prendre de gants, le genin fit la même chose qu’elle avait faite à Aki et Taki. Il entra dans son esprit, où régnait un brouillard digne de Kiri no Sato - pas kiréenne pour rien, hein ? Ine ne chercha pas à lutter et le laissa faire, curieuse de ce qu’il pourrait en tirer. Fermant les yeux, elle se retrouva cette nuit-là. Désœuvrée et désorientée, dans ce bar de Konoha où le brouhaha ambiant pouvait couvrir ses pensées un peu noires. Elle avait cru ne rien demander à personne, mais à la lumière des révélations de Kiba elle vit que tout son être appelait quelqu’un au secours. Et Aki était arrivé.

Akizuchi… un peu naïf, un peu trop gentil, et beaucoup trop admiratif. Elle n’avait pas été très honnête en jouant avec lui de la sorte. Et pourtant, aussi méchante qu’elle avait voulu paraître, Aki était resté le même. Entier, droit… et amoureux. Mieux. A ses côtés elle s’était sentie elle-même, Ine, et non pas une Reine Blanche ou une Reine Noire. Enfin, il lui avait dit, et cela avait plus de valeur que n’importe quelle autre parole à ses yeux : « Moi, mes émotions font ma force ». Ine prit soudain une décision, et le brouillard s’estompa un peu dans sa tête. Cela serait son nouveau crédo, et tant pis pour Kenji. Elle le lui dirait à Aki, quand elle le reverrait. Et ça, c’était devenu une certitude.

Ine rouvrit les yeux et sourit à Kiba.

INE - Merci, fit-elle simplement.

La cigarette de ce dernier n’était même pas entièrement consumée. Il l’écrasa néanmoins sous son pied et prit la jeune femme par les épaules.

KIBA – Tu sais quoi ? Comme genin messager je suis spécialisé dans le domaine des souvenirs. J’ai décidé de t’entraîner personnellement au cours de ce voyage. Tu es d’accord ?

INE – Toi ? Mais pourquoi ?

KIBA – On va faire de toi quelqu’un de grand.

Kiba sourit, d’un sourire qui n’avait rien d’étudié et qui toucha particulièrement la jeune kunoichi.

KIBA – Et ce sera notre petit secret, ajouta-t-il en lui adressant un clin d’œil.

XXX - Quel petit secret ?

Ine sursauta. Kiba, lui, ne perdit rien de son assurance et se retourna vers Bairei Koyo d’un air égal :

KIBA – Ah, Bairei. Si je te le disais, cela n’en serait plus un ! Mais l’important, c’est que nous soyions parés pour cette mission, pas vrai ?

Bairei ne répondit pas. Il regardait fixement les mains toujours bandées d’Ine qui, mal à l’aise, les cacha derrière son dos. Kiba, se voyant, éclata de rire. Avant que Bairei ne pose de question, il lança d’un ton espiègle :

KIBA – Bah, ne t’inquiète pas. Ine s’amuse juste à arrêter les katanas avec ses mains !

Ine lui balança un coup de coude dans les côtes tout en rougissant. Bairei avait levé un sourcil, et elle se sentit obligée de lui expliquer la situation. Pour sa première « vraie » équipe, elle ne voulait pas partir sur de mauvaises bases.

INE - Une mission de rang D. Une petite fille s’était enfuie, elle m’a attaquée quand je l’ai retrouvée. Je lui ai bien fait croire qu’elle n’avait plus son katana mais il était déjà entre mes mains à ce moment-là.

Le visage d’Ine se barra d’une moue contrite tandis qu’elle haussait les épaules mais Bairei esquissa un sourire, séduit par le naturel de la jeune femme. Soulagée, celle-ci lui adressa un sourire en retour.

BAIREI – Je vois que vous vous connaissez déjà bien tous les deux.

Ine leva les yeux au ciel, faussement agacée :

INE - Normal ! fit-elle en désignant Kiba du pouce, Il a passé son temps à me courir après !

Ce fut au tour de Naoyuki d’arriver, l’air désinvolte. Elle les salua d’un hochement de la tête et leur présenta un panier qui contenait plusieurs pâtisseries.

NAOYUKI – Il faut être en forme pour le départ, dit-elle simplement.

Elle s’installa à côté d’Ine, émerveillée par tant de classe. Puis, alors que ses trois coéquipiers entamaient une conversation, la jeune kunoichi laissa son regard traîner sur l’équipe qu’ils formaient. Il n’était pas difficile de deviner qu’elle n’était pas indispensable pour cette mission, mais Ine décida de s’en accommoder. Elle était surtout heureuse d’avoir cette opportunité d’apprendre. De plus, elle avait le sentiment que beaucoup de choses allaient changer au cours de ce voyage vers le village des nuages…


Dernière édition par Watagumo Ine le Lun 9 Nov - 6:05, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Sam 24 Oct - 12:10

Esio finit par rejoindre le groupe. Il se déplaçait correctement avec son fauteuil et le visage toujours souriant. Le grand air lui faisait du bien et l'excitation montait petit à petit en lui. Il allait à Kumo, le berceau de la médecine moderne,le lieu où résidait les Immortels. Le simple fait de penser pouvoir converser avec l'un d'eux lui donnait des ailes.

Le chuunin, avec l'aide de Bairei, avait correctement planifié leur parcours. Il ferait plusieurs escales dans des petites bourgades pour passer la nuit. En tant qu'équipe diplomatique, avec des enjeux réduits, il était fort peu probable qu'ils soient la cible de puissants adversaires. Esio aurait toujours pu être la cible de bandits ou de brigands, et malheureusement son état l'aurait considérablement gêné pour se défendre correctement. Cela expliquait la présence de trois autres shinobi à ses côtés. Le chuunin souriait intérieurement en se disant naïvement que c'était aussi pour pouvoir emporter plus d'ouvrages avec lui qu'on avait mis trois membres des forces de Kiri à sa disposition.

Cela avait toutefois représenter quelques choix douloureux pour le scientifique, il avait dû se passer de nombres d'ouvrages (bien que la majeur partie de leur contenu reste intact et complet dans son esprit) qu'il aurait souhaité prendre avec lui pour pouvoir en disserter avec ses homologues du village des Nuages. Enfin, il se consolait en se disant qu'il n'avait que quelques jours et qu'il devait de toute façon aller à "l'essentiel". Et puis, il était certain que la bibliothèque de Kumo no Sato était pleine à craquer de manuscrits aux valeurs inestimables. Le chuunin espérait avoir la chance de pouvoir poser les yeux sur quelques uns d'entre eux.

Il était aussi satisfait de ses collègues pour cette mission. Bairei était un homme bon, malgré un passé un peu difficile, ajoutez à cela ses capacités de réflexion et ses très bonnes connaissances en médecine, il était l'homme de la situation. Kiba était aussi un atout précieux, son statut particulier et son expérience de la route allait sans aucun doute faciliter leur voyage. Naoyuki et Ine, au-delà de leurs capacités martiales respectives, étaient toutes les deux extrêmement clairvoyantes et d'une compagnie plus qu'agréable.

Nul doute que ce déplacement vers le pays de la Foudre serait riche en apprentissage et en émotions.

Après avoir saluer l'ensemble de ses compagnons, Esio entreprit de leur donner plus de détails sur leur parcours.

Esio - Il nous faudra une bonne semaine, peut-être même quelques jours de plus, pour nous rendre à Kumo no Kuni. Avec Bairei, nous avons découpé notre voyage en trois parties. La première consiste à arriver au port d'Hasaï, pour y prendre une embarcation Sawa no Kuni. La deuxième partie sera bien sûr notre déplacement sur les flots pour nous rendre à Sawa. Et la dernière partie du voyage se fera par terre. Nous traverserons Sawa et Yuki pour rejoindre Kumo.

Il laissa un petit temps de battement pour voir si Bairei avait des éléments à ajouter. Ce dernier s'abstint de tout commentaire, indiquant d'un signe de tête qu'Esio pouvait poursuivre ses explications.

Esio - Au retour, nous prendrons directement une embarcation liant Kumo à Kiri. Si sur l'aller nous passons par les terres, c'est parce que nous irons, si la situation est propice, rendre des hommages au Sawakage et l'assurer des bonnes intentions de Kiri. De même, il nous sera peut-être possible de partager un dîner avec la table du daimyô de Yuki. Toutefois ce fait à sujet à caution, effectivement un homme de cette stature est extrêmement occupé, il n'est pas dit qu'il puisse nous accueillir lors de notre passage, qui sera bref, puisque notre objectif premier reste d'atteindre Kumo no Kuni pour la conférence de médecine.

Les visages semblaient surpris, pour certains, ravis, pour d'autres. Esio continua de sourire, d'un air qui lui était si naturel et qui le rendait si sympathique. Il retira les lunettes de son nez, sortit un petit mouchoir d'une des poches de sa veste et l'essuya tout en poursuivant ses explications.

Esio - Aujourd'hui, nous devons donc nous rendre à Hasaï. Nous prendrons une embarcation demain à la première heure. Pour la nuit, nous la passerons dans une auberge, celle qui nous semblera la plus attrayante lors de notre arrivée.

Puis il leur dit qu'il était temps de partir, Bairei se mit derrière le siège roulant d'Esio pour l'aider à avancer. Se serait de la marche toute la journée (pas de saut entre les arbres pour se déplacer.) ce qui faisait dire à Esio qu'il aurait le temps d'expliquer en route plus de détails. Bairei recommanda quand même aux genin de se tenir sur leurs gardes. Il y avait peu de chance pour affronter un adversaire dangereux, mais les voleurs et autres menus fretins pouvaient les guetter.

Ainsi ils se mirent tous en route pour Kumo no Kuni.

[Ine, dans ton prochain post, tu nous fais arriver à Hasaï, end écrivant notre journée. Je te laisse aussi faire l'arrivée à l'auberge. Si tu as des questions à poser à Esio, envoies les moi par MP, je te donnerai les réponses pour que tu puisses les introduire dans ton RP. Tu as carte blanche pour les itneractions avec les autres PNJ.]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Mer 28 Oct - 20:43

~* Partie 2 – En route pour Hasaï *~


1. Une question de confiance

Ainsi ça y était.

Désormais, chaque pas qu’elle ferait la rapprocherait de Kumo no Kuni. Ine sentait l’ivresse de la route la posséder de nouveau toute entière. Elle fermait les yeux et la brise lui répondait, soulevant quelque peu ses cheveux ; elle entrouvrait les lèvres et l’air frais s’y engouffrait, gonflant ses poumons.

Cela ne l’empêchait toutefois pas d’être aux aguets, et la jeune femme jeta un coup d’œil en avant. Bairei avait rapidement pris la direction des opérations, déléguant à chacun sa place. Ils se relaieraient pour aider Esio à avancer sans encombre. En attendant Kiba marchait en tête, sifflotant nonchalamment, Bairei suivait avec l’infirme tout en discutant médecine et les deux kunoichi fermaient la marche une dizaine de mètres à l’arrière.

Ce jour-là ils devaient se rendre à pied au port d’Hasaï, d’où ils prendraient le bateau le lendemain matin. Ine avait été un peu surprise d’apprendre que la mission ne se cantonnait pas seulement à rejoindre Kumo, mais également à renforcer les relations diplomatiques de Kiri avec les villages secondaires de Sawa et Yuki. Que de choses intéressantes en perspective, d’autant qu’Ine aspirait de plus en plus à suivre la voie de Kiba.

Devenir messagère.

Tournant un peu la tête de côté, Ine détailla Naoyuki qui marchait à côté. L’adolescente avait le visage serein de quelqu’un qui est très à l’aise et pourtant parfaitement attentive à ce qu’il se passe autour d’elle. Ine regarda le soleil dans le ciel. Cela faisait deux bonnes heures depuis leur départ et elles n’avaient pas échangé un mot. Enfin, elle osa entamer la conversation :

INE – Naoyuki-san, puis-je savoir quelle est votre discipline ?

Ine pensait bien que sa compagne pratiquait le ninjutsu aqueux mais elle en voulait la confirmation. Plus que des mots, Naoyuki eut un geste éloquent de la main où s’agrégèrent plusieurs gouttes d’eau, jusqu’à créer une boule de liquide qui tremblotait au rythme de ses pas.

NAOYUKI – Je t’en prie, appelle-moi Nao, fit-elle simplement.

Un peu surprise par cette marque d’intimité si vite offerte, Ine acquiesça d’un hochement de la tête. Naoyuki esquissa un sourire très doux et poursuivit sur sa lancée :

NAOYUKI – J’ai quelques dons des Aisu mais pas assez pour appartenir au clan. J’ai donc dû cultiver ma sensibilité à l’eau d’une autre manière.

Elle fit passer la boule de liquide d’une main à l’autre, générant une gerbe d’arabesques qui les éclaboussèrent un peu. Effectivement, avec sa peau métissée et ses cheveux noirs frisottés, Naoyuki ne ressemblait pas vraiment à une Aisu et Ine devina que cela avait dû faire quelques histoires. L’adolescente, cependant, ne semblait pas s’en formaliser. Elle tourna la tête vers Ine et demanda :

NAOYUKI – Et toi, Ine ?

INE – Oh, moi j’ai voulu faire comme toi au début, mais je me suis vite rendue compte que j’étais faite pour le Genjutsu. Etant donné que j’ai commencé l’académie à dix-neuf ans j’étais plutôt douée, mais les choses ne semblent plus aussi faciles quand on a Kenji Eichino comme professeur.

NAOYUKI – Oui, j’en ai entendu parler. Il paraît qu’il ne prend pas beaucoup d’élève, tu as eu de la chance.

Ine fixa un instant le vide, réfléchissant à l’assertion de sa compagne. Elle n’avait pas vu les choses sous cet angle-là. Face à un homme comme le vieil aveugle il était difficile de savoir si l’on avait tiré le gros lot, mais elle ne devait pas être si mauvaise que ça s’il l’avait pris sous son aile, aussi noire soit-elle.

INE – Tu as peut-être raison, murmura-t-elle. Mais à vrai dire je ne suis pas sûre de l’être encore, son élève. J’ai gâché ma chance à l’examen chuunin.

NAOYUKI – Et tu crois qu’il se débarrasse de toi à cause de ça ? Voyons Ine, un homme comme Kenji Eichino, qui se trouve de plus être dans les hautes arcanes du pouvoir, ne t’aurait pas choisie s’il n’était pas sûr de ton potentiel. Cette mission est juste une manière pour lui de garder la tête haute, de montrer aux autres qu’il t’a « punie », de te tester peut-être aussi.

Kiba devait avoir raison. Il fallait tout lui expliquer. Naoyuki, avec son histoire de test, était dangereusement proche de la vérité, même si elle ne savait rien de ce manuel qu’elle devait ramener au vieux fou. Ine esquissa un petit sourire en la remerciant du regard. Elle se sentait étrangement plus légère, plus… confiante.

INE – Héhé, fit-elle en tirant légèrement la langue, dans ce cas je lui demanderais de m’apprendre un jeu d’esprit quand on rentrera. Sinon, ajouta-t-elle en changeant de sujet, tu as l’air de bien connaître Bairei ?

NAOYUKI – Et toi Kiba, répliqua gentiment Naoyuki en éludant la question.

Ine éclata de rire :

INE – Pourtant on ne se connaît que depuis l’autre jour, et…

La jeune kunoichi s’arrêta net.

NAOYUKI – Qu’y-a-t-il ?

INE – Je ne sais pas, mais j’ai un mauvais pressentiment.

L’adolescente métisse fronça les sourcils, cherchant un instant ce qui pouvait bien déranger sa collègue.

NAOYUKI – Je n’entends rien, constata-t-elle.

INE – Non c’est pas ça c’est… ça sent le traquenard.

NAOYUKI – Tu en es sûre ?

Ine acquiesça, l’air grave. Elle n’aurait pas su dire pourquoi, mais les années passées sur les routes lui avait appris à se fier à son instinct pour ce genre de choses. Les attaques de grand chemin n’étaient pas ce qu’il manquait et l’endroit où ils se trouvaient, même encore si proche de Kiri, semblait taillé pour une embuscade. Les arbres étaient trop grands et trop touffus de chaque côté du chemin glissant et boueux à ce niveau, ce qui ne facilitait pas l’avancée d’Esio dans son fauteuil roulant, même aidé de Bairei. Toujours en tête Kiba n’avait pas l’air de s’inquiéter mais la barre ne disparut pas du front d’Ine. S’en aperçevant, Naoyuki commença à se rapprocher à grands pas des deux médecins :

NAOYUKI – Bairei ! appela-t-elle.

Ce dernier se retourna, l’air interrogateur. Naoyuki le rejoignit et glissa quelques mots à son oreille. Le chuunin se redressa. Lançant un regard perplexe à Ine, il siffla pour avertir Kiba.

Mais c’était trop tard.

Un froissement d’air se fit entendre et Ine se mit à courir. La protection d’Esio était prioritaire. Plusieurs flèches se dirigeaient vers le petit groupe composé de l’infirme, de Bairei et de Naoyuki. Avant qu’elles n’atteignent leurs cibles toutefois, la jeune fille leva la main en clamant « Mizu no tate ! ». Les projectiles se heurtèrent à une barrière liquide avant de retomber tranquillement sur le sol.

Ine blêmit en voyant les flèches rudimentaires, et ce qu’elle craignait se produisit. Une dizaine de paysans sortit d’entre les arbres et les encercla, arcs et fourches en joue. Ils étaient sales, mal sapés mais ils ne tremblaient pas et dans leurs yeux se mélangeaient la colère et la peur. Ine se souvint de sa propre rage à l’égard des shinobis, avant que Ren’ai n’apparaisse dans sa vie. Puis elle contempla sa propre équipe, effrayante. Des tourbillons d’eau s’enroulaient et se déroulaient autour des mains de l’adolescente métisse, Bairei tendait les poings et Kiba avait dégainé les kunai. Elle-même ne se souvenait pas d’avoir sorti les senbons et ses phalanges blanchissaient tellement elle les coinçait fort entre ses doigts.

Soudain l’un des paysans retourna son arc vers celui qui semblait être leur chef. Tous laissèrent échapper un cri de stupeur. Ine comprit immédiatement ce qu’il se passait et, rejoignant Kiba, elle le poussa violemment.

INE – Arrête ! cria-t-elle.

Elle lâcha ses senbon et éleva ses mains bien en évidence.

INE – Nous ne vous voulons aucun mal.

CHEF des PAYSANS – Vous êtes des shinobi !

Ine plongea ses prunelles dans les siennes et répliqua calmement :

INE – Mais pas des nukenin.

Comprenant où la jeune femme voulait en venir, Bairei renchérit :

BAIREI – Nous sommes des kiréens en mission. Nous n’avons jamais eu l’intention d’attaquer quelque village que ce soit et ne l’avons jamais fait.

Hésitant, le chef des paysans consulta ses amis du regard. Un silence de tension s’installa. Ine s’avança prudemment, sans toutefois découvrir Esio qu’elle protégeait derrière elle avec les autres.

INE – J’ai vécu quinze ans dans une rizière avant d’être kunoichi. Vous pouvez nous faire confiance, je vous l’assure.

La voix d’Esio s’éleva de derrière son barrage humain :

ESIO – Et je m’en porte garant au nom de Kiri no Sato.

Le chef des paysans soupira et abaissa son arme, bientôt imité par ses compagnons… sauf l’un d’eux qui s’avança, clairement vindicatif. Il fit face à Bairei, égal de carrure, et détourna la tête pour cracher sur le sol. Toisant de nouveau le shinobi, il lâcha d’un ton mauvais :

PAYSAN – Les paroles des shinobi ne valent rien ! Kiréens ou non, vous nous servez tous les mêmes mensonges, et nous prenez pour des abrutis. Nous sommes sensés être sous votre protection dans le Pays de l’Eau, vous vous rappelez ? Où étiez-vous quand notre village a été attaqué par Sankaze ?

Les shinobi se consultèrent du regard, perplexes. Esio poussa gentiment Kiba et Naoyuki et fit rouler son fauteuil jusqu’au paysan.

ESIO – Qui est Sankaze ? demanda-t-il en fronçant les sourcils, soucieux.

Le chef des paysans reprit la parole :

CHEF des PAYSANS – Veuillez excuser la rancœur de Nomin, monsieur. Il y a quelques jours notre village a été attaqué par un groupe de trois nukenin qui se fait appeler Sankaze, les Trois Vents. Deux hommes et une petite fille. On ne sait pas vraiment ce qu’ils cherchent, ils détruisent, c’est tout. Plusieurs villages ont ainsi été mis à sac et nous avons décidé de constituer en petits groupes pour nous défendre…

BAIREI – C’est une erreur ! Vous ne pourriez rien faire contre des nukenin, même à dix contre trois !

ESIO – Bairei a raison, c’est trop dangereux. Vous devriez envoyer une délégation déposer une requête à Kiri no Sato, c’est la meilleure chose que vous pourriez faire. Comment pouvons-nous vous aider si vous ne nous mettez pas au courant ? ajouta-t-il d’un ton doux.

Il fut convenu que le petit groupe agirait de la sorte. Après avoir accepté de partager un rapide déjeuner avec les paysans, Esio et son escorte se remirent en route vers le port d’Hasaï.


Dernière édition par Watagumo Ine le Mar 10 Nov - 18:30, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Dim 8 Nov - 22:26

2. Préoccupations

KIBA – Bon, prête pour l’entraînement ?

Ine tourna la tête et dévisagea Kiba, un vague sourire aux lèvres. Il avait noué ses cheveux en catogan et dégagé les mèches de son visage. Ses manches étaient retroussées, sa cigarette, coincée derrière son oreille. Sans doute, elle avait le plus sexy des professeurs de Genjutsu.

Après le repas, le messager avait insisté auprès de Bairei pour se trouver un moment en compagnie de la jeune femme. Visiblement préoccupé, le chuunin avait quelque peu grimacé mais Kiba l’avait assuré qu’ils resteraient aussi vigilants, voire plus, que le matin-même. Naoyuki ouvrait donc la marche, suivie des deux chuunin qui chuchotaient activement, et Kiba et Ine se retrouvaient en tête-à-tête derrière tout ce beau monde.

La kunoichi hocha la tête :

INE – Je suis toute à toi, fit-elle avec malice.

KIBA – Bien.

Satisfait, le jeune homme coinça sa cigarette entre ses lèvres et sortit son briquet pour l’allumer.

KIBA – D’abord, marmonna-t-il en se débattant avec l’engin, je voulais que nous discutions stratégie en Genjutsu. Tu disais avoir perdu ton combat au tournoi chuunin. Tu sais pourquoi ?

Ine fronça un peu les sourcils. Elle n’aimait pas spécialement qu’on lui rappelle cet épisode, mais il était vrai que Kenji n’avait même pas pris la peine de lui expliquer les raisons de son échec. La jeune femme avait eu le temps d’y réfléchir sur le trajet retour de Konoha et elle en avait tiré les conclusions suivantes :

INE – Je n’ai pas fait attention à mes réserves de chakra et je l’ai laissé s’approcher trop vite alors que je résiste peu physiquement. Quant à mes seules attaques, elles faisaient trop peu de dégâts, et je crois que j’ai trop tardé à relâcher les démons.

KIBA – Ca fait beaucoup de trop…

Ine fit la grimace mais ne répondit rien.

KIBA – Au moins tu y as réfléchi. Je vais te dire ce que je pense du combat en un contre un dans notre discipline. Tu dois avoir une bonne esquive, pour éviter à tout pris le corps-à-corps. Ne t’embête pas à essayer de taper, tu dois tout miser sur ton Genjutsu. As-tu des techniques pour améliorer tes illusions ?

INE – Je possède l’Eiensei et la Funshinkanbasu.

Kiba hocha la tête, satisfait.

KIBA – Ensuite, poursuivit-il, avant d’attaquer purement ton adversaire il te faut le déstabiliser. Un spécialiste du temps utiliserait son domaine, moi je préfère jouer sur les souvenirs de mon opposant. Avec le professeur que tu as, j’imagine que toi tu es plutôt orientée douleur ?

Voyant la jeune femme acquiescer, il sourit, ses lèvres déguisant une légère ironie.

KIBA – Tu as maîtrisé le Nakusu sur Taki. Je voulais t’apprendre la suite logique, les Incertitudes, mais à cause de ce qu’il s’est passé ce matin je vais plutôt t’enseigner à ériger une barrière mentale.

Ine ouvrit des yeux ronds, surprise.

INE – Mais je croyais que c’était une question de force mentale !

KIBA – Ca joue, mais ça n’est pas suffisant. En tout cas pas face à un spécialiste du Genjutsu et d’après ce qu’ont dit les paysans, il y en a un parmi Sankaze. De plus, j’ai l’impression qu’un poste comme le mien te plairait et un messager se doit également de protéger les informations qu’il transporte au péril de sa vie. Alors, ça t’intéresse ?

Ine soupira. Alors elle aurait pu se protéger un peu plus efficacement des intrusions de Kiba et de Kenji ? Décidément, elle avait encore beaucoup à apprendre, et la présence du messager à ses côtés était une réelle aubaine. La jeune femme noua ses cheveux en une queue de cheval, fit craquer ses doigts et lança joyeusement :

INE - Je suis prête !

KIBA – Bien.

Le shinobi jeta sa cigarette puis, levant les mains, il lui montra la série de signes qu’Ine reproduisit consciencieusement.

KIBA – Alors que le Kai te permet de sortir d’une illusion adverse, le Bouclier des Errances empêchera tout bonnement celle-ci de percer ton tissu mental. Sachant que ton esprit est ta seule véritable arme, il te faut faire attention à maintenir ta barrière mentale. Regarde.

Ne sachant pas que regarder, la jeune kunoichi lança un coup d’œil à Kiba qui l’observait fixement. Soudain elle se rendit compte qu’elle tremblait, assez violemment de surcroît. Il lui fallut une seconde pour comprendre qu’il s’agissait de la technique Senritsu mais avant qu’elle n’utilise le Kai et ne se blesse, Kiba stoppa l’afflux de chakra. Avisant le regard noir d’Ine, il éclata de rire :

KIBA – Pas la peine de me regarder comme ça, il faut bien que tu apprennes. Je vais recommencer mais d’abord, essaie d’ériger ton bouclier.

Docile, Ine exécuta la série de jutsu, y envoyant le chakra nécessaire puis murmura « Rurou no Tate ! ». Voyant ses mains trembler de nouveau, elle inspira et ajusta le flux de chakra qui constituait la barrière mentale. Celle-ci commença à se faire plus consistante, jusqu’à l’arrêt total des tremblements. Un brin fière d’elle, Ine leva les yeux et adressa un large sourire à Kiba… avant de ressentir une vive douleur lui vriller le cerveau.

KIBA - C’est une technique assez difficile à acquérir, asséna le messager d’un ton égal, parce qu’elle nécessite une attention constante et un entretien régulier. Entraîne-toi, je vérifierais plus tard si tu y arrives mieux.

Ine ouvrit la bouche pour protester mais Kiba avait déjà rejoint Esio et Bairei en quelques foulées. La jeune femme, se retrouvant seule, en profita pour mieux examiner le paysage alentours. La forêt s’était espacée pour laisser la place à une végétation plus sèche soumise à l’épreuve des vents marins. Désormais, il leur faudrait trois heures environ pour rejoindre Hasaï. Dans cette étendue marécageuse, le long d’une route relativement fréquentée par les marchands –ils en avaient croisés plusieurs depuis le midi-, il devenait improbable d’être attaqué par des shinobi un tant soit peu malins. De plus, les quelques villages qui se trouvaient le long du chemin étaient intacts, si bel et si bien qu’il fallait s’adresser à des paysans pour avoir vent des attaques de Sankaze… ce que les shinobi faisaient assez rarement, somme toute.

Ine soupira. Toujours cette même barrière. Elle avait croisé peu de gens comme elle, issus des bas étages de la société shinobi et devenus ninja. Parfois même elle se demandait comment elle avait bien pu y parvenir et ce qu’elle y faisait, mais des jours comme celui-là lui rappelaient le nindo qu’elle s’était fixée en tant que kunoichi : protéger les plus faibles et démunis.

Devant elle cela bougea un peu. Kiba reprit sa place de meneur de chemin et Naoyuki échangea quelques mots avec les deux chuunin. Ce fut Bairei qui rejoignit Ine. La jeune femme ne se sentait pas vexée d’être maintenue à l’arrière, là où elle était constamment accompagnée. Etant donné sa position dans l’équipe et son dossier si peu fourni, elle s’estimait déjà heureuse d’avoir pris part à cette mission.

Le chuunin avait toujours son air préoccupé du midi et l’air peu enclin aux bavardages. Ine se remit donc à son apprentissage silencieux de la barrière mentale, jouant sur les influx de chakra à envoyer pour constituer le film protecteur autour de son cerveau. Allant plus loin que ce que Kiba lui avait enseigné, elle essayait de trouver la dose précise qui lui permettrait de garder en permanence cette barrière de façon naturelle, sans qu’elle ait besoin de plus y penser. Ce serait insuffisant face à Kenji, mais au moins le messager espiègle aurait plus de mal à venir l’embêter !

Bairei observait la jeune femme du coin de l’œil. Lorsque celle-ci s’en rendit compte, elle s’arrêta net et rendit son regard au médecin, l’air interrogateur. Bairei sourit légèrement, puis lança :

BAIREI – C’est bien que tu t’entraîne, mais ne disperse pas trop de chakra, au cas où.

Ine hocha la tête, consciencieuse. Le médecin reprit :

BAIREI – Tu as eu l’œil ce matin, bravo pour ton sens aiguisé.

La kunoichi se sentit rougir sous le compliment.

INE – Bah, fit-elle en haussant les épaules, ce serait malheureux après plusieurs années passées sur les routes. Je n’ai pas beaucoup de mérite.

BAIREI – Je vais être franc avec toi. Tu es une jeune femme très agréable mais j’avais quelques doutes quant à ton utilité dans cette équipe. A la base c’est un spécialiste du Taïjutsu qui devait se joindre à nous, j’ignore pourquoi tu as été proposée à la place. En tout cas, je suis heureux de voir que je m’étais trompé.

Ine ne répondit rien. Elle était juste contente de voir qu’elle avait gagné l’estime de quelqu’un comme Bairei. Ses lèvres s’étirèrent en un mince sourire et ses yeux brillèrent un peu de plaisir.

En fin de journée, lorsque le soleil se mit à décliner, Naoyuki vint prendre la relève d’Ine, lui proposant d’accompagner Esio pour la dernière heure de voyage. Ce que la jeune femme accepta avec joie. Elle aimait bien l’infirme, qui était si calme et si agréable. Celui-ci, d’ailleurs, l’accueillit avec ce sourire doux qui dans l’esprit d’Ine le caractérisait déjà :

ESIO – Ine, fit-il. Drôle de journée, n’est-ce pas ?

La kunoichi acquiesça d’un mouvement de la tête et prit place derrière la chaise roulante, qu’elle se mit à pousser avec le plus de délicatesse possible.

INE – Oui, répondit-elle. Vous et Bairei avez l’air bien préoccupés.

ESIO – Oui, ce n’est pas une très bonne nouvelle. Ces nukenin ont l’air assez dangereux d’après ce que nous en ont dit les paysans. J’espère qu’ils iront bien demander de l’aide à Kiri et que nous ne croiseront pas ces Sankaze.

INE – Je pense qu’ils le feront. Vous leur avez montré qu’ils peuvent nous faire confiance et ils ne voudront pas risquer des vies s’ils n’ont aucune chance.

Esio hocha la tête et médita quelques instants.

ESIO – Etiez-vous souvent attaqués là d’où tu viens ?

INE – C’était assez régulier. En général, c’était pour voler dans nos réserves, mais jamais de la destruction gratuite. A vrai dire, ces nukenin ont un comportement assez singulier.

ESIO – C’est bien ce qui m’inquiète. Si cette mission n’était pas si importante nous aurions déjà fait demi-tour.

Ils discutèrent ainsi une bonne demi-heure. Esio interrogeait Ine sur sa vie avant Kiri et la jeune femme évoquait ses souvenirs avec un plaisir étrange à ses yeux. Enfin, le petit port d’Hasaï se dévoila à l’horizon, terme de cette première journée de mission. En entrant dans le village Ine plissa le nez, assaillie par l’odeur forte de poissons. Celle-ci semblait partout, accrochée aux murs suintants des petites baraques cossues qui encadraient la route principale. Il y avait encore beaucoup d’activité malgré l’heure tardive. L’équipe se resserra autour d’Esio et Kiba les guida jusqu’à la petite auberge où ils passeraient la nuit.

L’établissement était sobre mais rempli de gens de toute sorte. Habitués, pêcheurs buvant un dernier verre avant de partir en mer, quelques voyageurs isolés dans leur coin. L’entrée des cinq shinobi passa difficilement inaperçue, surtout avec la chaise roulante d’Esio. Avec l’aisance de l’habitude, Kiba s’avança vers le comptoir. Puis il leur adressa un signe de la main et l’équipe alla s’installer à l’une des tables en bois massif de la petite salle.

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Mer 11 Nov - 19:56

Le voyage jusqu'à Hasaï s'était bien déroulé. Il y avait eut cette petite incartade avec les paysans sur la route, qui, selon le médecin, avait eut deux points positifs. Premièrement, il avait pu voir et d'une certaine manière tester les capacités de son équipe. Ine n'avait pas démérité en sentant le mauvais coup venir. Esio ne doutait toutefois pas que Kiba aurait senti peu de temps après Ine la présence hostile. Son passé de voyageur lui approtait dans ce domaine une expérience considérable. Bairei, s'il n'avait pas vu le coup venir, avait été de tous, le plus prompt à réagir. Ses rélfexes trahissaient les années d'expérience en tant que shinobi de Kiri no Sato. Naoyuki avait aussi eut une bonne attitude.

Esio était extrêmement satisfait de son équipe. Il leur en fit part, dans des termes mesurés.

Le deuxième point était cette menace que représentait Sankaze. Comment cela n'avait-il pas pu parvenir aux oreilles du village de la Brume ? Le groupe ne devait pas commettre de trop "grosses" exactions, ce qui combiné à la peur instillée dans le cœur des paysans, avait beaucoup ralenti la transmission de l'information. Rien ne lui permettait de juger du niveau des individus. Toutefois s'ils étaient trois, il y avait fort à parier qu'une simple équipe ne suffirait pas forcément à les neutraliser dans les meilleures conditions possibles.

Sa mission restait aussi la priorité, face à l'absence d'éléments concrets sur la situation. S'il avait vu avec largesse sur le temps nécessaire pour se rendre à Kumo no Sato, le retard ne pouvait être toléré. Esio portait sur ces épaules une partie du prestige du village, il devait avoir une attention très particulière à ses actes. Il s'agissait bel et bien d'une mission diplomatique. Pas de combat, pas de mise à mort, pas d'espionnage, juste du dialogue et du bon sens.

Leur arrivée à Hasaï, quoique sobre, fut forcément remarquée. Il était peu courant de voir des shinobi en mission, encore moins un en chaise roulante. Les gens lançaient des regards interrogateur au véhicule qu'utilisait Esio. Comment était-ce possible ? Lui, un shinobi ? Pouvait-il se battre ? Toutes ses questions se susurreraient à voix basse. Naoyuki semblait pester contre ces remarques qu'elles jugeaient injurieuses.

Esio - Je te remercie Naoyuki, mais leur surprise et leurs questionnements sont légitimes, tu ne penses pas ?

La jeune femme ne semblait pas de son avis. Esio ne se dépareillait pas de son sourire amical et bienveillant. Comme à chaque instant depuis qu'Ine l'avait rencontré, il y avait cet aura, non de puissance, mais de sérénité douce qui l'entourait. Son sourire se fit plus prononcé, exprimant une réelle et franche bonne humeur.

Esio - Je n'ai jamais considéré mon handicap comme tel. A mes yeux, c'est une épreuve de la vie, qu'il faut savoir prendre comme une chance et non comme un fardeau.

Il philosopha encore quelques instants sur sa condition, puis ils entrèrent dans une auberge simple, mais il n'avait pas besoin d'un grand luxe. Cela leur irait parfaitement. Kiba allait leur commander de quoi se restaurer. Esio souffla alors à Bairei qu'il pouvait y aller. L'homme se retourna pour quitter l'établissement, non sans adresser une recommandation aux deux jeunes femmes sur le fait d'avoir "à l'œil, ce grigou d'Esio". Les deux chuunins venaient de lancer une interrogation dans les esprits des genin. Le médecin infirme attendit toutefois le retour deKiba pour expliquer ce qu'était parti faire Bairei.

Esio - Il est parti prendre des informations. Il devrait revenir avec des précisions sur notre passage sur les terres de Sawa, ainsi que l'horaire exact de notre départ demain et peut-être d'autres renseignements intéressants. Nous ne voyageons pas cachés et arborons nos bandeaux parce que nous sommes une délégation de Kiri. Si cela nous octroie certains avantages, nous ne devons pas nous laisser à l'excès de confiance. Prudence reste mère de sûreté.

Les plats commandés par Kiba arrivaient. Il s'agissait d'un potage fumant, dégageant un fumet appétissant, avec des miches de pain. Esio assura que Bairei ne manquerait pas de les rattraper, ce qui fut attesté avec un soupir ironique par Naoyuki, attestant de l'appétit de l'individu. Ensemble, ils commencèrent donc à souper. La discussion fut portée sur des sujets très divers, on en aurait presque oublié la mission dans ce cadre sympathique et cette douce chaleur qui sortait de l'âtre de la bâtisse.

Alors que la pluie commençait à tomber et que l'on mangeait doucement les fruits qui servaient de desserts, Bairei fit son apparition, calme et posé. Il ne manqua pas de faire une remarque sur le temps et fut tout content de trouver un bol de soupe chaude face à sa chaise. Il informa les membres de l'équipe sur l'horaire plus que matinal du bateau de demain. Il s'était aussi enquis du temps qui apparemment promettait d'être plus clément lors de leur traversée. De plus, on avait pas vu de pirates sur leur route maritime depuis des mois et il y avait fort à parier que ce voyage ne dérogerait pas à la règle.

Enfin, Bairei acheva son récit sur sa collecte d'informations, avec Sawa no Kuni. Son visage s'était légèrement fermé, sa voix était devenu plus maîtrisée, sans perdre de sa franchise. On évoquait un sujet très sérieux.

Bairei - Je pense qu'il se passe des choses étranges à Sawa, Esio ne dit rien, pas plus que les autres membres de l'équipe.
Mon informateur ne disposait que de très peu de renseignements, mais il est fort probable que nous ne puissions voir personne là-bas. Il semblerait que la situation politique dans les hautes sphères de Sawa se soit dégradée à vitesse folle depuis ces derniers jours. Très peu de choses transpirent sur ce qui se serait passé, on parle de la visite d'un seul homme, auprès du dirigeant du village. Le problème vient aussi du fait qu'aucun changement notable pour les habitants n'a eut lieu, ce qui fait que d'innombrables rumeurs courent les rues, sans que l'on puisse en savoir la part de vérité et d'invention.

Esio hocha la tête pour signifier qu'il avait bien tout compris et son regard se porta sur chacun des genin. Eux aussi semblait avoir saisi la teneur des propos de Bairei.

Esio - Nous veillerons à clarifier la situation une fois à Sawa. Il n'est pas impossible que nous ne soyons plus les bienvenus.

Bairei finit promptement son repas et Esio suggéra que tout le monde aille se coucher pour être en forme demain, aux aurores.

[Je valide ta technique.
Je te laisse décrire ton point de vue sur ce passage. A la fin de ton prochain post, fais nous arriver sur le bateau que nous devons prendre. Il doit pouvoir transporter une trentaine de personnes et dispose de chambres et d'une salle de restauration. Tu es libre d'ajouter tous les détails que tu souhaites au bateau. Le capitaine est une femme, d'une cinquantaine d'années, et un PNJ pour la suite de la trame, je m'en charge donc.

Si tu as des questions, n'hésites pas à m'envoyer un MP ^^]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Ven 13 Nov - 23:57

~* Partie 3 – Un ponton au clair de lune *~


Ine ne s’était pas rendue compte qu’elle mourrait de faim avant que l’assiette fumante ne soit déposée devant elle. Un instant elle se sentit un peu coupable vis-à-vis du pauvre Bairei. Juste une seconde. Esio avait à peine dit que celui-ci les rattraperait vite qu’elle dévorait littéralement son potage, manquant s’étouffer avec le pain mais demeurant insensible au regard rieur de Kiba et aux yeux ronds de Naoyuki qui reconsidérait en esprit la goinfrerie de Bairei.

L’ambiance du repas était si familiale qu’Ine eut soudain l’impression que les bras de Ren’ai étaient bien loin, comme s’ils venaient tous de passer un mois ensemble sur les routes. Perdus dans la chaleur cosy de la petite auberge, la mission aurait tout aussi bien pu ne pas exister et eux n’être pas des shinobi… jusqu’à l’arrivée de Bairei, tout du moins. Ce dernier sembla d’abord plutôt détendu mais quelque chose dans sa posture inquiétait la kunoichi. Elle l’écouta attentivement, grignotant du bout des lèvres les quelques fruits qui composaient le dessert.

Le problème provenait de Sawa no Kuni. Plus tôt dans la journée Esio avait évoqué une rencontre avec le Sawakage, afin de renforcer les liens diplomatiques de Kiri avec ce village caché mineur mais néanmoins important au niveau de la scène géopolitique ryoméenne. Ce qu’avait appris Bairei était assez inquiétant.

Le regard d’Ine fit le tour de la table. Les mines étaient devenues graves, elle-même avait l’impression que son estomac se révolterait au moindre fruit supplémentaire. Elle reposa le grain de raisin qui roula un peu sur le bois massif. Ses yeux croisèrent le chemin de ceux de Naoyuki qui posaient, sans doute, les mêmes questions que les siens : qui était cet homme, et qui pouvait bien vouloir empêcher de bonnes relations entre Kiri et Sawa ?

ESIO - Nous veillerons à clarifier la situation une fois à Sawa. Il n'est pas impossible que nous ne soyons plus les bienvenus.

Le repas fut terminé en silence, puis ils se séparèrent pour la nuit. Ine et Naoyuki partageaient la même chambre et les trois shinobi se trouvaient dans une pièce attenante. Il fallait se lever tôt le lendemain.

Naoyuki s’endormit assez rapidement mais, bien que plongée dans les ténèbres, Ine ne parvenait pas à faire abstraction des bruits d’activité à l’étage du-dessous. Longtemps après leur arrêt elle se focalisait toujours sur le moindre son qui troublait sa nuit : les ébats de voisins un peu trop bruyants, la toux sèche d’une personne malade… Sentant la folie guetter, la jeune femme finit par se lever. A tâtons dans le noir elle rejoignit la porte-fenêtre le plus silencieusement possible puis sortit sur la terrasse.

L’air frais lui fit instantanément du bien. Ine ferma les yeux et inspira profondément pour calmer la chamade de son cœur. Quand elle se fut un peu retrouvée elle rouvrit les yeux pour profiter de la nuit. Pas si loin, le son d’une flûte se faisait entendre. La mélodie était un peu triste mais très douce, elle remuait les entrailles comme un souvenir à la fois douloureux et joyeux. Ine se hissa sur la pointe des pieds pour tâcher d’apercevoir le musicien. Derrière les pins maritimes de l’arrière-cour enfin, elle aperçut une silhouette au bout d’un petit ponton qui avançait sur l’eau. La lune cachée derrière les nuages on la voyait très peu, la musique seule trahissait sa présence.

Et elle était si jolie qu’avant de savoir ce qu’elle faisait, Ine passa la rambarde et se laissa tomber un étage en-dessous, atténuant le bruit de sa chute à l’aide du chakra. Au bout du ponton la mélodie s’arrêta mais l’ombre ne bougea pas. La kunoichi avança, ses pieds nus parcourant les lattes de bois un peu échardées. Arrivée au bout de la plateforme qu’elle faisait trembler au rythme de ses pas, Ine ne vit qu’une incandescence mais cela lui fut suffisant pour deviner que c’était Kiba. Lui et sa sempiternelle cigarette.

La mer était calme, ne produisant qu’un doux clapotis. Au-dessus d’eux la lune commençait à se dégager, rond parfait qui illuminait le ciel comme un soleil de minuit. Le messager était assis au bord et ses pieds frôlaient la surface de l’étendue liquide.

INE – Jolie vue, fit la jeune femme en s’installant à côté du shinobi. Tu ne dors pas ?

KIBA – Je pourrais te poser la même question, rétorqua le messager en expirant de longues volutes de fumée. Je suis insomniaque mais j’ai besoin de peu de sommeil pour être en forme, ne t’inquiète pas. Et toi ?

Ine haussa les épaules.

INE – Je sais pas, je n’arrive pas à dormir. Ce qu’a dit Bairei… on dirait que cette mission ne sera pas aussi simple qu’on aurait pu l’escompter. D’un côté je suis excitée, de l’autre… complètement effrayée.

KIBA – Je comprends. Ce n’est pas facile de se faire une idée en plus. A peu près n’importe qui pourrait vouloir voir échouer un partenariat entre Kiri et Sawa, que ce soit un autre village caché ou les traitres qui ont provoqué la guerre interne.

La guerre interne. Ine n’en gardait pas un très bon souvenir, y ayant perdu son professeur et ami, Zen. Souhaitant changer de sujet, la jeune femme avisa la flûte posée à côté de son compagnon.

INE – Je ne savais pas que tu jouais d’un instrument.

KIBA – Ce n’est qu’une flûte. Ine ?

La kunoichi tourna la tête vers son compagnon, l’air interrogateur. Kiba la dévisagea, insistant, et cela pendant de longues minutes. Baissant les yeux, Ine avisa le léger tremblement - mais pas de froid, celui-là ! - qui affectait ses mains et elle ajusta machinalement la quantité de chakra qui constituait sa barrière mentale.

KIBA – Pas mal, fit-il d’un ton moqueur. Tu apprends vite.

Ine ne réagit pas. Son regard, triste mais tendre, s’était accroché à un point imaginaire de la surface de l’eau. Surpris, Kiba demanda :

KIBA – C’est tout ? Pas de regard noir, de moue blasée ou de grimace ?

Les lèvres d’Ine dessinèrent un vague sourire et la jeune femme rabattit ses genoux sous son menton, fixant toujours l’horizon devant elle.

INE – Dis-moi Kiba ? Toi tu sais plein de choses sur moi, mais moi rien du tout. Comment es-tu devenu messager ?

Le shinobi soupira. Un soupir qui montrait qu’il s’était attendu à cette question. Il sortit un caillou de la poche de son grand manteau et le lança avec force sur l’eau, alignant plusieurs ricochets qui en perturbèrent la surface tranquille.

KIBA – J’étais voyageur. Je suis un homme de la Terre, j’ai grandi dans le pays d’Iwa.

INE – Mais ! s’exclama la kunoichi, décontenancée. Comment as-tu atterri à Kiri alors ?

Kiba s’alluma une nouvelle cigarette et aspira tranquillement une longue bouffée. Son regard se perdit dans la contemplation de la lune et la jeune femme devina qu’il ne lui en dirait pas plus.

INE - Bah, laisse tomber ! lâcha-t-elle sans parvenir à contenir l’accent furieux de sa voix. Il faut bien entretenir le mystère, n’est-ce pas ?

KIBA - Ne sois pas vexée, je t’en prie.

Ine le fixa avec acuité, surprise du ton si doux du messager. Bien sûr qu’elle était vexée. Un instant elle eut envie d’entrer dans son esprit, de chercher toutes ces choses qu’il lui cachait. Mais le shinobi était sans doute bien plus puissant qu’il ne le laissait voir.

INE – Kiba, tu n’as vraiment rien ressenti ce matin avant l’attaque des paysans ? demanda-t-elle avec circonspection.

Le genin ne répondit pas mais son sourire s’était élargi. La jeune femme fronça les sourcils, soudain soucieuse.

KIBA - Je savais que tu le sentais. J’aurais agi différemment si j’avais su que c’était dangereux. La voix du shinobi se voulait rassurante. Ecoute, je vais te dire une chose Ine. Je ne te connais que depuis quelques jours mais tu as déjà beaucoup changé, et…

Agacée, Ine le coupa sèchement :

INE – Mais pourquoi est-ce que tu t'intéresse autant à moi ?!

KIBA – Parce que tu me rappelles ma petite sœur.

Le visage d’Ine perdit toute trace de mécontentement pour laisser place à de la surprise. Kiba lui sourit tendrement. Incapable quelques instants d’ouvrir la bouche, la jeune femme déposa sa tête contre l’épaule du shinobi.

INE – Dis, tu rejoues de la musique pour moi ? S’il-te-plaît ?

Le messager jeta sa cigarette et repris en main sa flûte. Puis il commença à jouer un morceau. En fermant les yeux Ine se sentit transportée, comme si tout ce qu’il ne pouvait lui dire, Kiba le lui exprimait au travers de sa musique. Il y avait des moments de bonheur pur, d’amour à en faire éclater le cœur et puis le danger arrivait et détruisait tout pour ne laisser que le chagrin. Remuée au plus profond d’elle-même, Ine pleurait en silence des flots de larmes. Quand cela la fit renifler, Kiba s’arrêta et la regarda avec un petit sourire.

KIBA – Va te coucher maintenant, lui intima-t-il en lui embrassant le front. Tu vas être fatiguée demain sinon.

La jeune femme se mit à bailler et acquiesça, docile. Comme un zombie elle se leva sous le regard attendri du shinobi et partit rejoindre son lit, où elle s’endormit instantanément.

~*~


Ine ne s’était pas vraiment attendue à un bateau aussi grand. Elle avait plutôt imaginé une petite barque capable de les contenir tous les cinq, plus peut-être un pêcheur qui leur servirait de guide. Au lieu de ça, l’embarcation semblait pouvoir transporter et héberger à son bord une bonne trentaine de personnes.

C’était un grand bateau à roue qui tournait manifestement à la vapeur, et tout de bois verni. L’ Ikari, qu’il s’appelait. Le propriétaire ne devait pas être spécialement commode. En voyant les petites cabines lambrissées à hublot qui leur serviraient de chambres personnelles, la jeune femme se tourna vers Esio, surprise :

INE – La traversée pour Sawa dure si longtemps que ça ?

Celui-ci sourit en réponse. Tandis que les autres montaient à bord leurs quelques bagages, Ine avait aidé l’infirme à prendre place sur l’embarcation. Le soleil n’était pas encore levé et il faisait un peu froid mais le ciel n’était pas chargé, ce qui promettait une traversée plutôt tranquille.

XXX – Tout le monde est à bord ?

Ine se tourna vers l’endroit d’où provenait la voix, ferme et autoritaire. C’était une femme qui portait sur la tête un tricorne élimé, petite mais qui en imposait par sa présence. Elle devait avoir dans les cinquante ans.

ESIO – Le capitaine, Sei Sancho, glissa le médecin à la kunoichi.

Celle-ci hocha la tête. La sirène du bateau retentit et la roue imposante se mit à tourner, mettant en branle l’embarcation qui commença à s’éloigner de son embarcadère. Kiba apparut à leur côté et il souffla :

KIBA – On va avoir droit au lever de soleil, tu viens sur le pont ?

Ine interrogea du regard Esio qui sourit, lui faisant signe qu’il n’avait plus besoin d’elle pour le moment. Les deux compagnons se rendirent sur la passerelle où se trouvait déjà Naoyuki. Ils s’appuyèrent à la rambarde à côté d’elle et contemplèrent l’horizon où le soleil commençait à peine à entamer son ascension, colorant le ciel d’oranges et de roses en une fresque élaborée.

Ine esquissa un sourire. Kiba tourna la tête vers elle et lança, machinal :

KIBA – Au fait, Ine. Qu’est devenu ton échiquier mental ?

La jeune femme se pencha au-dessus de l’eau, ferma les yeux et inspira profondément les embruns qui faisaient voleter ses mèches autour de sa tête. Lorsqu’elle rouvrit les yeux son sourire était rayonnant.

INE – C’est un ponton, fit-elle, au bord de l’eau et, au-dessus, la lune est ronde et claire.

Kiba lui sourit en retour. A côté, Naoyuki fronça un peu les sourcils, perplexe. Elle se demandait ce qui pouvait bien rendre ces deux-là si heureux.

[Iba, si je me suis trop avancée sur la description du capitaine pnj je peux changer]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Mer 9 Déc - 21:34

[Désolé pour cette longue attente, je devrais vraiment pouvoir répondre plus rapidement maintenant =)]

Le petit contingent de shinobi était monté sur le bateau, qui commençait déjà à s'éloigner des côtes. Ine, Naoyuki et Kiba étaient partis sur le ponton pour voir le lever du soleil. Esio était amusé par cette attitude enfantine, mais était loin de la mépriser. Au contraire, elle traduisait un bien être de la part des membres de son équipe, ce qui était indispensable pour obtenir le succès d'une mission.

Bairei était resté à ces côtés. Quelques temps auparavant, ils avaient échangés des amabilités d'usage avec la capitaine. Cette femme attaquait la quarantaine, avec le teint basané et la peau rêche. En regardant l'état de ses mains desséchées et expertes, on aurait pu lui donner dix ans de plus. Le vent marin et les conditions de vie en mer n'étaient pas forcément les meilleures pour conserver une apparence "attractive". Pourtant Esio n'avait pas manqué de remarquer cette étincelle de vie qui pétillait dans les yeux de celle qui manœuvrait avec dextérité le navire.

Sa posture légèrement arquée sur le côté droit traduisait un abaissement du centre de gravité pour compenser certainement une faiblesse musculaire. Sa réticence inconsciente à tourner son buste de gauche à droite et lui préférer des mouvements moins naturels étaient des signes évidents d'une ancienne blessure située non loin de la ceinture abdominale. Peut-être entre cette dernière et le sein gauche. Un coup d'arme perforante ? Difficile d'en savoir plus avec si peu d'éléments. Esio ne se fit pas la remarque à lui-même, mais personne sur le bateau n'était capable d'avoir une analyse si poussée sur une simple posture. Sa spécialisation de médecin ne faisait pas tout, Bairei ne pouvait arriver à de telles conclusions, là, seul le génie d'Esio parlait. Le chuunin utilisa encore ses capacités pour essayer de mieux cerner l'individu, tout en prenant soin de participer à une conversation conviviale.

La capitaine était alors parti à son poste et le bateau s'en était allé. Elle n'avait pas manqué de leur dire que leur présence sur le navire était rassurante et qu'aujourd'hui, elle ne risquait rien. Bairei la trouvait sympathique et prévenante. Il se félicitait de l'avoir pour chef de bord.

Esio- Elle doit certainement être très efficace. Le transport de touristes semble toutefois être une reconversion.

Bairei ne demanda pas comment Esio en était arrivé à ces conclusions, mais opina du chef. Sa dernière phrase disait clairement que les apparences pouvaient être trompeuses et qu'il faudrait rester sur ses gardes. Si le professeur n'avait pas été plus explicite, c'est parce qu'il y avait d'autres personnes autour d'eux et qu'il valait mieux éviter d'en dire trop. S'ils parlaient à voix basse, ils pouvaient être suspects, alors qu'en parlant normalement, avec un débit normal, malgré leurs bandeaux, ils courraient peu de risques d'être pris à parti. Alors que Bairei comprenait les propos d'Esio, ce dernier lui indiqua discrètement un autre passager puis lui demanda de s'asseoir à ses côtés, de manière à tourner le dos à l'individu qu'il venait de désigner. Bairei s'exécuta et déplaça légèrement la chaise roulante d'Esio pour parvenir à un petit banc où il pouvait se poser et où ils seraient légèrement à l'écart.

L'individu portait une longue toge grise, sans manche, une large écharpe bleue foncée parcourant en diagonale cette dernière. Il portait trois lourds bracelets d'étain sur son bras droit et une bague d'argent à la main gauche. Assis, on pouvait voir une boîte ouvragé sur ces genoux. Sans dépareiller d'un visage serein, Esio dit à son partenaire.

Esio - Cet homme est de Sawa. Les deux bracelets indiquent qu'il travaille à l'administration du village et sa bague qu'il occupe un poste intéressant. La boîte sur ces genoux, c'est un jeu, le yû. Assez difficile à cerner et méconnu de beaucoup. Il nous a remarqué et je ne pense pas que cela joue en notre faveur. Nous allons aller le voir et tu vas jouer contre lui.

Bairei écoutait et assimilait le flot d'informations que lui donnait Esio. C'était impressionnant, il avait étudié l'homme en même temps qu'il discutait avec le capitaine ? Combien de choses pouvait-il faire en même temps ? Comment pouvait-il connaître toutes ces choses ?

Bairei - Je dois perdre ?

Esio - Joue du mieux que tu peux.

Bairei grimaça, cela voulait dire que le chuunin professeur ne le pensait pas capable de gagner. Bairei se doutait bien qu'Esio ne lui avait pas fait part de toutes ses conclusions et que son esprit galopait encore tout azimut. Esio expliqua alors à Bairei que l'écharpe bleue pouvait aussi signifier que l'homme était un membre ecclésiastique de Sawa. La région n'avait pas de religion d'état et il en existait beaucoup de part le pays. Il était plus que probable que celle à laquelle adhérait l'homme ait quelques griefs à reprocher aux shinobi, peut-être même ceux de Kiri no Sato.

Esio - Lorsque les autres reviendront, nous ne ferons que jouer une partie de yû avec un homme agréable et sympathique.

Bairei acquiesça une nouvelle fois, puis chacun se tut quelques instants. Doucement, ils se déplacèrent vers l'inconnu et une fois à ces côtés, échangèrent des saluts. Esio n'eut aucune difficulté à engager la discussion. Leur interlocuteur se montrait courtois, quoique distant. Ils eurent rapidement la confirmation qu'il venait de Sawa, puis vint la question sur le contenu de la boîte, la réponse valida encore une fois les hypothèses du chuunin professeur. Bairei demanda alors à être initié et étrangement l'homme de Sawa, qui se dénommait Rensho accepta.

La partie était déjà bien engagée lorsque les trois compères revinrent à leurs côtés. Bairei perdait allègrement. Il fallait dire que son adversaire n'était pas un amateur. Il y avait un plateau de soixante quatre cases, en damier, et l'on jouait chacun avec deux types de pions. Des pavés rectangulaires et circulaires. Blanc pour le premier joueur et noir pour l'autre. Cela ressemblait un peu aux échecs et au go, sauf que l'on pouvait empiler différentes pièces (trois au maximum), pour créer des combinaisons.

La bataille se déroulait donc en trois dimensions, rendant le jeu complexe et difficilement prévisible.

Bairei perdit, sans contestation possible. En gage de consolation, son adversaire lui révéla qu'il s'était rendu à Kiri pour un tournoi auquel il avait fait deuxième et qu'il était actuellement le champion de son pays au yû. Esio demanda alors s'il pouvait jouer. Il expliqua que la partie de Bairei lui avait permis de comprendre les règles. Les trois genins les observaient. Bairei s'était mis à leur côté.

Esio - Et que faites-vous alors à Sawa, Rensho ?

"Un peu de ci, un peu de ça", lui répondit-il. Il ne semblait pas vouloir être bavard sur le sujet. Soit, qu'à cela ne tienne. Rensho retint ses coups au début et fut balayé par Esio, qui pourtant ne jouait qu'avec des coups basiques. L'homme était vert de rage. Il avait perdu, complètement. Il demanda une revanche.

Esio - Je n'ai pas complètement été franc avec vous. J'ai joué un peu au yû durant mon enfance. Je me débrouillais bien. Au fait, j'ai entendu dire qu'il se passait des choses étranges à Sawa, ces derniers temps ?

L'homme ne répondit pas alors qu'il remettait en place les pièces sur le damier. Bairei restait silencieux. Esio continua.

Esio - Peut-être pourrions nous mettre un enjeu sur cette partie, pour nous stimuler, non ?

Rensho le dévisagea avec un regard noir. Puis il sourit et accepta. Il semblait avoir compris où voulait en venir Esio depuis le début. Peut-être que les genins avaient eux aussi saisi. C'est exprès que le chuunin avait manqué de finesse. Son interlocuteur était orgueilleux, à partir de ce constat, il n'avait plus besoin de jouer la prudence.

Rensho - Si je gagne, vous finirez le voyage à la nage.

Naoyuki allait s'offusquer, mais la main de Bairei se serra sur son bras lui indiquant de se taire. Il leur glissa à voix basse d'observer et de garder le silence. Esio ne pouvait pas perdre à ce jeu.

Esio - D'accord. Mais si je gagne, vous répondrez à mes questions.

L'homme sourit, sûr de sa victoire et la partie débuta. Alors que le cinquième coup venait d'être joué, Esio annonça que son adversaire perdrait dans neuf coups, très exactement. Rensho s'esclaffa. Esio prétendait pouvoir prévoir les neufs prochains des coups des deux joueurs, c'était impensable, c'était juste du bluff. Personne ne pouvait faire une telle chose, surtout pas pour un jeu assez compliqué que le yû.

Esio - Je ne prétend rien. J'affirme.

Lui et son adversaire jouèrent les huit coups suivants alors qu'arrivait le neuvième coup d'Esio, on ne pouvait pas encore lire sa stratégie. Rensho se permit des commentaires déplacés quant à la santé mentale du chuunin. Doucement, Esio posa un point rectangulaire sur le jeu, ce qui retourna toute la configuration. Il venait de créer plusieurs combinaisons d'un seul coup, détruisant tout le jeu de son opposant. C'était plus qu'un coup de maître, surtout pour avoir été annoncé neuf coups à l'avance.

Il avait gagné et personne n'avait rien vu venir.

Esio - Fin de partie.


Dernière édition par Esio Katoshi le Mer 16 Déc - 10:35, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Mer 16 Déc - 10:34

Il y eut alors un blanc, qui sembla durer des heures, alors que moins qu'il s'agissait en fait de moins d'une minute. Rensho était complètement estomaqué. Cela dépassait de très loin ses capacités de joueur et ce que lui avait dit en début de partie Esio. On ne pouvait pas décemment avoir un tel niveau en jouant uniquement quelques parties. C'était la panache des grands maîtres de jouer des parties ainsi.

C'était juste impossible.

Il lui avait menti, le shinobi devait s'entraîner tous les jours pour arriver à une telle performance. L'homme venu de Sawa n'arrivait pas à le concevoir autrement. Fait rare, Esio ne souriait pas, il était extrêmement sérieux. Alors que Rensho se décidait enfin à quitter les yeux du plateau de jeu, il affronta le regard décidé du chuunin professeur.*

Rensho - C'était ... c'était un coup de chance ... Je veux une autre revanche.

Esio ne dit rien, pour laisser le temps à son interlocuteur de comprendre les mots qu'il venait lui même de prononcer sur le coup de la surprise. Mécaniquement, ce dernier remettait les pièces du jeu en place, incapable de réellement concevoir ce qui venait de lui arriver, tant c'était irréel.

Esio - Il semblerait que je ne finirai pas le voyage à la nage. Vous me devez des réponses.

Rensho le dévisagea étrangement. Comme on regarde un monstre, un être iréel, comme s'il n'était pas encore capable de comprendre ses propos. Esio semblait toujours aussi inflexible. L'assistance se demandait comment une simple partie de jeu pouvait avoir eut un tel impact sur le perdant ? Ils ne connaissaient certainement pas le yû pour mesurer l'exploit réalisé par le génie d'Esio. C'était comme arriver à courir en arrière, les yeux bandés, à cloche pied et battre le record du cent mètres ou comme réussir à faire un gâteau au chocolat avec des aubergines, de l'huile d'olive et une éponge.

Rensho - Vous avez triché ... Il n'y a pas d'autre solution ...

Esio - Nous avons été deux à jouer cette partie. Tout comme moi, vous savez qu'il m'a été impossible de recourir à un subterfuge.

Rensho hochait négativement la tête, le regard vide, comme si cela pouvait exorciser ce qu'il venait de vivre, le faire disparaître. Il se croyait bon, non, plus que cela, doué et Esio venait de faire voler ces convictions en éclats en une partie. Esio laissa une nouvelle minute passer. Lorsque l'homme émergea de nouveau de son état dubitatif, il semblait s'être ressaisis.

Rensho - Jouons une autre partie et je répondrai à vos questions.

Esio acquiesça et la partie recommença. Il demanda alors de nouveau ce qu'il se passait à Sawa. L'homme était concentré dans sa partie, mais voyant que le chuunin ne jouerait pas avant d'avoir sa réponse, Rensho sortit de son silence et expliqua qu'une motion de censure venait d'être émise par une partie des gradés du corps militaire à l'encontre de leur kage. C'était du jamais vu dans l'histoire du pays et un fait extrêmement rare à l'échelle mondiale. Le plus dramatique était certainement cette motion arriverait peut-être d'après les derniers sondages à être majoritaire. Si une telle chose devait arrivé, cela jetterait un profond désarroi dans la contrée, à moins d'avoir un nouveau leader charismatique, qui reprendrait très promptement les rennes du pays.

Esio - Qu'est-ce qui a conduit à cette motion de censure ?

Rensho - C'est juste là que le bât blesse. Cette demande a pris tout le monde à Sawa par surprise. Elle ne s'est pas encore propagée dans les autres contrées, car nos dirigeants font tout leur possible pour éviter que cela s'ébruite. Mais personne ne sait vraiment ce qui l'a motivé. Des rumeurs parlent du passage d'un homme étrange à la demeure du kage, d'autres d'un coup de tête d'un général ambitieux. Les ragots vont de bon train.

La discussion continua, mais ils n'apprirent rien de vraiment intéressant en plus. Esio faisait durer la partie en jouant des coups défensifs et en bloquant le jeu par instant et l'on pouvait croire que Rensho avait l'initiative. Les côtes s'approchaient.

Esio - Nous devions nous présenter au palais de Sawa pour rencontrer votre kage ou un de ses délégués. Pourriez vous nous y accompagner?

Ils étaient enfin à quai. Rensho donna son accord, mais pas tant qu'ils n'auraient pas fini la partie et pas s'il arrivait à gagner contre Esio. Les modalités convenaient au chuunin, qui jouait un dernier et encore une fois renversa la partie, la clôturant. Bairei ne put s'empêcher de sourire. Le coup n'était pas excellent et même lui l'avait remarqué depuis plusieurs tours. Là, c'était juste Rensho qui n'avait pas été assez sur ces gardes. Esio retrouva son sourire.

Esio - En route.

Ils descendirent de l'embarcation, non sans dire en revoir à la sympathique, quoique mystérieuse capitaine et prirent la direction du palais.

[Je te laisse nous faire arriver au palais =) Tu peux faire un truc bien classe, style asiatique pour le décrire. Rensho nous accompagne. Si tu as des questions -> MP ^^]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Ven 29 Jan - 0:29

~* Partie 4 – le Palais du Sawakage *~

La main chaude de Kiba avait attrapé le bras d’Ine pour la tirer en arrière.

KIBA – Allez viens, avait-il dit en riant, rejoignons donc les autres !

La kunoichi était si absorbée dans sa contemplation de la mer qu’il avait fallu l’en tirer de force. Le retour à la réalité était un peu difficile pour la jeune femme qui regardait sans comprendre la partie qui se déroulait sous ses yeux. Apparemment, Bairei perdait. A plate couture d’ailleurs, autant que l’on pouvait en juger d’après le sourire satisfait de son adversaire.

D’un manque flagrant de la plus élémentaire des politesses, Ine dévisageait avec insistance l’homme à la tenue si particulière. Heureusement, celui-là était trop occupé à narguer Bairei du regard pour s’en rendre compte. La toge, l’écharpe, la bague d’argent et les lourds bracelets d’étain, tout jusqu’à la fine ouvrage du jeu de yû semblait être fait pour montrer un certain luxe, une opulence et un rang élevé. A la limite du déraisonnable même, constata Ine avec un froncement des sourcils. Elle commençait à se demander si cette confrontation en apparence courtoise était bien le fruit du hasard.

Et, pour le peu qu’elle connaissait Esio, elle aurait parié que non.

La partie se termina sur un échec de Bairei et Esio se proposa de jouer à son tour contre l’homme qui, elle l’apprit moins d’une minute plus tard, était originaire de Sawa et se nommait Rensho. Ce qui confirmait ses suspicions. Cette fois-ci la kunoichi essaya de s’intéresser au jeu en lui-même. A part les échecs dont Ren’ai était friand, et qui avaient constitués un temps sa maquette mentale, Ine ne connaissait pas grand-chose à ces jeux intellectuels. Même là elle se faisait souvent avoir, parce que la stratégie n’était pas particulièrement son point fort. Là d’où elle venait ce genre d’occupation était proscrit par de longues journées de travail et de courtes soirées où l’on se contentait de manger puis d’aller dormir.

Mais Esio avait déjà gagné, et l’autre semblait en avoir pris ombrage. Rensho ne put cacher l’air mauvais qui s’était brièvement inscrit sur son visage et un instant, Ine se demanda si l’infirme ne jouait pas là un jeu dangereux. Mais ce dernier, feignant de n’avoir rien remarqué, proposa au dignitaire de Sawa une nouvelle partie, cette fois pimentée par un enjeu. Ine croisa le regard de Kiba qui semblait beaucoup s’amuser, avant de se focaliser sur Rensho qui, avec un petit sourire suffisant, se rejeta en arrière sur son siège et indiqua que s’il gagnait, la petite équipe et son chef devraient terminer le voyage à la nage. Naoyuki faillit s’étouffer de rage, abasourdie par l’audace et la petitesse de l’individu.

Esio posa une main apaisante sur le bras de Naoyuki et sourit à son tour. En cas de victoire, lui demandait des informations sur ce qui troublait Sawa. Le pari fut conclu et instinctivement, l’escorte se resserra autour des deux joueurs. Sans vraiment réussir à comprendre le jeu, Ine sentit que le niveau avait considérablement augmenté. Rensho ne sous-estimait plus son adversaire mais à mesure que la partie avançait, son sourire s’élargissait et il devenait difficile de croire qu’Esio pouvait encore gagner. C’est pourtant ce qu’il fit, et ce neuf coups après qu’il l’eut annoncé.

Ine soupira. Elle ne s’était pas rendue compte à quel point elle était tendue. Face à elle, Bairei lui adressa un sourire, amusé par son soulagement.

Sur l’insistance de Rensho une nouvelle tentative lui fut accordée. Cependant, à moins de ne perdre tout honneur, l’homme n’avait plus le choix et à mesure qu’ils jouaient il répondit au questionnaire d’Esio. Il raconta comment les militaires avaient émis une motion de censure envers leur kage – fait plutôt rare ! – et que celle-ci serait le fait d’un « homme étrange » ou d’un gradé trop ambitieux. Jusque là les rumeurs n’avaient guère passé les frontières du territoire de Sawa no Sato mais cela ne tarderait sans doute pas, semant la surprise au sein de la géopolitique ryoméenne.

Comme Esio retournait une nouvelle fois la partie d’un seul coup, il fut convenu que Rensho les conduirait chez le Sawakage.

~*~

L’arrivée à Sawa sembla très spectaculaire à Ine. C’était comme arriver dans un désert marécageux avec, en retrait, le palais du Sawakage. Les arbres là n’existaient plus et les vents pouvaient à loisir exprimer leurs ardeurs, ployant les roseaux d’une telle force qu’il en était étonnant qu’ils puissent se redresser encore.

Toujours à bord du bateau qui accostait, la kunoichi luttait avec ses longs cheveux pour les tresser sous l’œil amusé de Kiba qui avait noué les siens en catogan depuis un moment. Naoyuki, elle, serrait de près Rensho comme si elle voulait s’assurer qu’il ne leur fausse pas compagnie.

Enfin le bateau fut amarré solidement et la petite équipe se mit en route pour rejoindre le palais. Rensho semblait presser le pas alors qu’ils traversaient le village. Il devait soulever ses lourdes robes pour ne pas les maculer de la boue qui jonchait partout le sol pourtant dallé. Le vent, toujours chargé d’humidité, fouettait les visages avec une violence qu’Ine avait rarement connue. C’est avec un soulagement évident qu’ils atteignirent enfin le pont de bambou ouvragé qui annonçait les portes du palais, fermement gardées par des soldats. Rensho s’avança vers l’un d’eux, se pencha et chuchota quelques mots à son oreille. Les sourcils de ce dernier se fronçèrent mais il finit par acquiescer, comme à regret :

GARDE – Ils peuvent entrer, gronda-t-il, mais leurs armes doivent nous être remises.

Sans Esio l’homme aurait probablement essuyé une levée de bouclier. Mais, loin de s’en formaliser, le jeune infirme sourit et dit avec application :

ESIO – Laissez faire, mes amis. Nous jouissons d’une immunité diplomatique, l’oublieriez-vous ? Nous n’avons pas à nous inquiéter.

Ine sut immédiatement que ces mots étaient plus une mise en garde déguisée pour les deux gardes qui se lancèrent furtivement un regard entendu. Docilement, les cinq compagnons délivrèrent tout ce qu’ils avaient d’armes sur eux. Avant que la jeune femme n’entre à la suite des autres toutefois, le garde qui avait parlé présenta une main devant elle.

INE – Que voulez-vous ? demanda-t-elle d’un ton abrupt.

Quand il désigna le petit shuriken qui pendait sur sa poitrine, agrémenté d’une mèche de Taki, la kunoichi faillit voir rouge. Elle ouvrit la bouche pour protester mais un regard de Bairei l’en dissuada.

INE – Prenez-en soin, grommela-t-elle en lui tendant le pendentif. Puis, plus bas, passant près de lui : sinon je serais ton pire cauchemar.

L’homme s’esclaffa mais les prunelles d’Ine lui firent ravaler son rire. Elle eut bien envie de lui faire tâter de son Genjutsu mais cela aurait été puéril, alors elle se contenta de hausser les épaules.

A l’intérieur l’air était chaud et vint apaiser immédiatement ses joues maltraitées par les rafales. La jeune femme se mit à rosir, de même que ses compagnons. Elle esquissa un sourire cocasse avant de se concentrer sur l’endroit où elle se trouvait. Le palais semblait fait tout de bois d’essences diverses. Ine songea aux fortunes que cela avait dû coûter dans un pays aussi nu que celui-là. En tout cas une chaleur agréable courait le long des panneaux coulissants qui fermaient la petite pièce qui servait de sas d’entrée.

Peu de temps après leur arrivée, quelques servantes apparurent et leur proposèrent des geta pour circuler à l’intérieur. Ils furent débarrasser de leurs bagages puis un homme, sans doute un intendant, fit son entrée. Il n’avait pas l’air particulièrement ravi de les voir, et peut-être encore moins après que Rensho lui eut expliqué la situation à voix basse. Il s’inclina néanmoins vers les visiteurs, se présenta rapidement et les invita à le suivre.

Derrière les panneaux il n’y avait rien de moins qu’un long parquet du rossignol nappant le sol sur plusieurs dizaines de mètres. Ine remarqua qu’en outre, celui-ci semblait avoir été installé très récemment car il ne portait que de vagues marques d’usure. Etrange précaution que voilà, songea-t-elle. Elle échangea un regard avec Kiba qui visiblement pensait la même chose.

Les geta et le fauteuil roulant, poussé par Naoyuki, firent couiner le parquet quelques minutes avant qu’ils n’arrivent à d’autres panneaux coulissants qui se dérobèrent devant eux. La salle dans laquelle ils arrivèrent était vaste, habillée de teck et d’acajou et le sol tapissé de nattes tressées. De nouveau Ine fronça les sourcils. Trop d’opulence, nota-t-elle en son for intérieur. Il se passe des choses pas claires ici.

La jeune femme apprécia néanmoins de pouvoir s’asseoir sur un coussin brodé à l’une des petites tables basses qui garnissaient la pièce. Une femme vint leur servir à tous une tasse d’un thé noir qui sentait la terre. Alors qu’elle le portait à ses lèvres, prenant garde de ne pas se brûler, l’intendant s’inclina et les pria de l’excuser :

INTENDANT – Vous ne m’en voudrez pas, je l’espère, de vous fausser compagnie. Je vais quérir quelqu’un qui sans doute, acceptera de vous accorder audience.

Sur ce l’homme s’effaça dans un froufrou de kimono, disparaissant derrière d’autres panneaux de bois qui cachaient, Ine eut le temps de le voir, des escaliers. Le silence se fit autour de la table. Il n’y avait plus qu’à attendre…

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Sam 20 Fév - 15:48

Finalement Rensho avait cédé. Esio ne dépareillait pas son sourire amical, de cet aura de bienveillance dans laquelle il semblait baigner. Il réajusta ces lunettes sur le haut de son nez. L'espace d'un instant, le chuunin avait cru en avoir fait légèrement trop pour prouver sa supériorité à son adversaire et le contraindre à les conduire aux demeures du Sawakage. Son esprit vif lui rappela alors que l'individu était un prêtre et qu'il y avait de très fortes chances pour qu'il soit non-violent.

Et quand bien même, Bairei était à ses côtés.

La suite des évènements se déroulèrent normalement. Si on pouvait qualifier la rencontre avec l'administration d'un pays mineur en étant guider par un moine récalcitrant d'une quelconque normalité. Le pays était comme Esio l'avait quitté. Son souvenir n'avait pas été déformé par les années. Il avait toujours cette étrange impression d'insécurité sur la barque qui leur permettait de se déplacer sur les terres d'une lugubre beauté. Ce qui le fascinait aussi beaucoup dans ce pays, c'était sa capacité à relever le défit économique et politique imposé par la topographie exigeante de la contrée. A bien des égards, cela lui évoquait les propres difficultés qu'avaient éprouvé le pays de l'Eau pour s'unifier.

Le Sandaime et son emprunt massif auprès des seigneurs était à l'origine des routes et accès maritimes qui permettaient, désormais, de circuler avec une telle aisance entre les différentes îles qui constituaient son foyer. Une idée brillante, à tout point de vue.

Le regard d'Esio se perdait dans les moindres recoins, cherchant à découvrir, à retenir et à se souvenir. Il aimait voyager. Il aimait parcourir le monde et ne pas rester cloisonner dans les locaux de l'Académie, il aimait l'air vivifiant sur son visage peut-être autant qu'il aimait lire et comprendre. A cet instant précis, comme depuis le début de leur expédition, Esio était heureux.

Les gardes à l'entrée des demeures du kage et de son administration leur demandèrent de bien vouloir se délaisser de leurs armes. Ce que les shinobi firent bon gré, mal gré. Esio trouvait la procédure normale, quoique stupide. Ils étaient tous des shinobi, soit par extension purement militaire, tous des armes humaines. Ils maniaient le chakra et cela ils ne pouvaient le laisser à l'une des portes d'entrée. C'est d'un regard sérieux et réfléchi qu'il se permit néanmoins de faire une allusion sur leur statut particulier. Si Kiri avait vent du moindre problème avec ces émissaires, cela pouvait entraîner des répercutions pour le moins virulentes.

Toutefois avec Shinji Azehi à leur tête, il était fort probable que ces dernières ne seraient pas immédiates et que le discours aurait été privilégié sur tout autre aspect. Cette réputation pacifique commençait à se répandre. Esio ne la voyait pas nécessairement d'un bon oeil, si Kiri no Sato perdait son crédit quand à sa capacité à réagir vite et avec puissance, certains pourraient être tenté d'utiliser cette "faiblesse" à leur avantage pour commettre des exactions. La politique était vraiment un des rares domaines où il n'avait nullement envie de s'essayer, pourtant nombreux seraient ceux qui souhaiteraient avoir ses conseils.

Le luxe apparent des bâtiments ne surprit pas Esio, non qu'il n'y ait pas de choses forts remarquables à observer. Certains œuvres qu'il avait pu apercevoir au détour d'un couloir lui aurait bien pris plusieurs heures de son temps, mais que comme il s'en doutait, on ne les faisait passer que par "la voie diplomatique", autrement dit la partie qui servait de faire valoir à ce pays. Elle se devait d'être une vitrine reluisante pour imposer d'emblée une certaine prestance. Le chuunin ne doutait pas que s'il avait fouillé un peu, ils auraient trouvé des endroit beaucoup moins accueillants, au sein même de cet édifice.

On les installa dans une salle, qu'Esio qualifierait "d'attente". Elle était richement meublée et l'attente en ce lieu leur serait très certainement agréable.

Esio - Je pense que nous allons être amenés à rencontrer le Sawakage.

Le regard du chuunin, interrogateur, croisa celui de Bairei, qui se contenta de hocher la tête, très succinctement. Esio sortit alors un petit carnet, très discrètement, alors que tout le monde était réunis en cercle autour de lui. Il se saisit d'un stylo qui se trouvait dans un des replis de sa veste.

Esio - Dès que l'on reviendra nous chercher, vous ne parlerez plus à moins que je ne vous en donne l'autorisation. Il y a un protocole assez strict à respecter.

Prudemment, Esio griffonnait sur son calepin. Doucement, il désigna le chiffre "deux", avec sa main de libre, Bairei secoua négativement la tête, toujours de manière très camouflée et indiqua "trois" avec une de ses mains. Esio retourna alors on carnet de telle manière que seuls ceux qui l'entouraient pouvait voir le cahier et surtout ce qu'il y avait écris dessus.

" Faites comme si vous ne lisiez pas et continuez la conversation normalement. Nous sommes observés par trois individus."

Bairei - Au moins, nous avons été reçu très convenablement, si les espions qui les guettaient, avaient eut un temps soit peu vent de la personnalité de Bairei, ils auraient immédiatement compris qu'il cherchait à meubler. Ce n'était pas à ce genre de détails que le chuunin balafré s'arrêtait.

Esio - Oui, j'espère que nous pourrons déguster un peu de cake aux roses. C'est une spécialité de la région, c'est vraiment délicieux.

Rapidement, les trois genins se prêtèrent au jeu, tandis qu'Esio continuait à leur donner les véritables indications pour les prochaines marches à suivre, ainsi que ses conclusions, à l'aide de son petit cahier.

"Aux vues de la situation difficile à laquelle est confrontée le Sawakage, avec cette motion de censure, il est très probable qu'il va chercher à obtenir le soutien politique de Kiri. Notre passage est une occasion rêvée pour lui. Les enjeux pour Kiri sont grands, nous pouvons trouver un partenaire économique et militaire intéressant. Sa position sur le continent, nous permet d'avoir un pied à terre proche du Pays du Feu et de la Foudre."

La discussion continuait sur des choses et d'autres, sans grande importance, mais les yeux de tous étaient rivés sur les explications données par Esio et son petit calepin. Naoyuki se resservi du thé et par la même occasion en redonna une coupe à Esio. On aurait presque peu croire qu'ils étaient insouciants du lieu où ils se trouvaient, une "parfaite" délégation de "novices".

"Au-delà de l'aspect géostratégique de la rencontre, il nous faut en savoir plus sur ce qui a motivé cette motion et surtout qui est derrière cela. S'il s'agit d'un simple commandant ambitieux ou de quelque chose de plus gros."

Bairei tiqua, aussitôt Esio rangea le carnet et se mit à boire son thé. L'intendant était revenu et annonça que le Sawakage en personne allait les recevoir. Esio feint une mine surprise, puis déclara que se serait un très grand honneur pour eux que de pouvoir rencontrer le chef du village caché des marais. Protocole, protocole ...

Il lança un regard appuyé à ses accompagnateurs. Désormais, on entrait dans le vif du sujet. On aurait put penser qu'on les amènerait à la salle d'audience mais il n'en fut rien, on les mena dans une autre salle, tout aussi conviviale que la première. Un bref regard entre Bairei et Esio confirma qu'ils étaient toujours sous surveillance. Cependant, la mine grave de Bairei en disait long. Ce ne devait plus être de simples chuunin qui les surveillaient à présent, une véritable équipe de force d'intervention. D'ailleurs, les deux chuunin étaient bien en peine de pouvoir déterminer combien ils étaient à présent, quatre ? Deux ? Impossible de savoir, ils n'avaient pu sentir leur présence qu'à un très bref moment, où peut-être serait-il plus juste de dire qu'ils avaient senti la relève et puis ensuite plus rien.

Dans la salle, se trouvait le Sawakage, un homme d'une quarantaine d'années, les cheveux grisonnant. Un visage carré, dur et des yeux vivifiant, d'un vert éclatant. Pris dans la lecture de documents, il arrêta celle-ci pour se lever et venir saluer ses invités. Il était grand, de corpulence athlétique, sans pour autant être charpenté comme un maître combattant. Derrière l'homme, on remarquait une kunoichi au masque de fauve. La forme de ses hanches ne laissait aucun doute à ce sujet. Le plastron des forces spéciales recouvrait son buste. Elle était de taille moyenne, le cheveux très noirs, obscurs. Esio pouvait sentir le sentiment de sérénité qui emplissait la jeune femme. Il devait aussi avouer que le Sawakage dégageait une aura impressionnante, il ne cherchait pas à retenir en lui ses émanations de chakra. Celui-ci était extrêmement piquant, limpide. Esio avait senti plusieurs fois cela au cours de sa vie, au contact d'Hyô Geïrou en particulier, mais les deux hommes n'avaient rien d'autres en commun.

[Sawakage] - C'est un plaisir que d'accueillir une délégation de Kiri no Sato dans mon humble village. Dites moi donc ce que vous enjoint à marquer un arrêt ici, Esio Katoshi ?

Le chuunin sourit, on le connaissait ? Ses ouvrages certainement. Il espérait que ce n'était que cela et non la sordide prime qui devait régner au dessus de sa tête, telle une épée de Damoclès. Le kage salua tour à tour l'ensemble de la cohorte kiréeene. L'anbu n'avait pas bougé, elle restait impassible, à son poste, à l'affût du moindre signe suspect, sans aucun doute.

[Esio] - C'est un plaisir partagé. Nous sommes mandatés par Kiri pour animer une conférence sur l'Eisei à Kumo no Sato. Il nous a bien sûr été demandé de marquer une halte à Sawa pour renouveler nos vœux de prospérité à votre village et nous enquérir des dernières nouvelles qui nous espérons, les meilleures possibles.

Les deux hommes se dévisagèrent. Le kage devait baisser la tête, car le chuunin dans son fauteuil faisait juste la moitié de sa taille. Tous les deux n'étaient pas dupes et savaient parfaitement que l'autre tournait autour du pot pour respecter les coutumes et règles de bienséances.

[Ine, à toi de poursuivre. Si tu veux, je peux te donner la suite du dialogue entre Esio et le kage.]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Jeu 6 Mai - 1:17

~* Partie 5 – Dialogue avec le Sawakage (1) *~

Esio l’avait dit, ils allaient rencontrer le Sawakage.

Pour l’heure, Ine gardait en mémoire en lettres de feu les mots inscrits sur le carnet du chuunin. Si en son for intérieur la jeune femme tâtonnait pour percevoir les trois individus qui les observaient, elle n’avait en façade rien perdu de ses talents d’actrice et papotait allègrement avec Naoyuki sur leur arrivée future à Kumo, ou alors s’extasiait sur la finesse du bois ouvragé des meubles et des paravents.

Elle parvint finalement à ressentir une présence, bien trop diffuse pour en déterminer le nombre d’espions. En se concentrant davantage Ine perdit un peu le fil de la conversation, mais le seul geste qu’elle cédait à la nervosité était de porter régulièrement la main à sa poitrine où aurait dû se trouver le pendentif laissé aux gardes de l’entrée du palais. Un regard aigu de Kiba la fit cesser alors que, sur son calepin, Esio leur expliquait la situation :

"Aux vues de la situation difficile à laquelle est confrontée le Sawakage, avec cette motion de censure, il est très probable qu'il va chercher à obtenir le soutien politique de Kiri. Notre passage est une occasion rêvée pour lui. Les enjeux pour Kiri sont grands, nous pouvons trouver un partenaire économique et militaire intéressant. Sa position sur le continent nous permet d'avoir un pied à terre proche du Pays du Feu et de la Foudre."

Plongée dans ses pensées, Ine regarda sans la voir Naoyuki reverser du thé sans songer à en réclamer elle-même. Sa conversation avec Kiba et Bairei avait dérivé sur autre chose et elle avait l’impression de flotter en plein Genjutsu, l’esprit séparé entre une Ine de façade insouciante et une Ine intérieure qui réfléchissait à plein régime. Elle se demandait comment un pays aussi petit que Sawa pouvait être aussi agité, et surtout qui pouvait bien y voir de l’intérêt. Etait-ce une manœuvre pour affaiblir Kiri no Sato ou bien le fruit de l’ambition d’un seul homme ?

Esio rangea le calepin aussi rapidement que discrètement et l’intendant fit son apparition pour leur annoncer qu’ils seraient reçus. Par le Sawakage, comme l’avait prédit le chuunin infirme. Maintenant, ils devaient se taire et laisser faire Esio. Les règles du protocole étaient très strictes, les enfreindre pouvait s’apparenter à une déclaration de guerre. La gorge nouée par un mélange doucereux d’appréhension et d’excitation, Ine jeta un long regard sur la nouvelle pièce où ils avaient été introduits, son esprit en quête d’effluves de chakra. Mais si la jeune femme fut bien en peine d’en trouver, elle se doutait bien qu’ils n’en étaient pas pour autant laissés sans surveillance…

Puis elle posa les yeux sur le Sawakage.

Consciente soudain de la chance incroyable qu’elle avait de se trouver là, Ine se raidit pour se tenir plus droite et se composa un visage d’une neutralité absolue que même un sourire narquois de Kiba ne parvint pas à troubler. Elle mesurait l’importance du moment, n’en voulait pas perdre une miette. Face à la carrure et à la présence exceptionnelle du Sawakage, Ine ne remarqua pas tout de suite l’anbu qui se tenait derrière lui. Une femme, estima-t-elle. Parfaitement immobile, et ne laissant rien transparaître, contrairement au Kage. Ine s’imaginait difficilement suivre une telle voie, monter aussi haut dans la hiérarchie. Elle n’avait pas d’autre ambition que de guérir complètement Ren’ai, et d’autres qui pourraient avoir besoin de réponses qui ne proviennent que de l’esprit.

Le dialogue s’engagea entre le Sawakage et Esio, chacun ornant de jolies phrases protocolaires son discours. Issue des champs de riz, Ine découvrait ce monde de bienséance qui semblait interdire la franchise pour ne laisser place qu’aux sens cachés. Elle plissa le nez, se concentra à l’extrême pour ne rien rater. Esio leur avait donné une mission : découvrir ce qui clochait au pays des marais. Peut-être cet entretien avec le Sawakage leur en apprendrait plus sur les mouvements étranges qui semblaient se produire dans le petit village ?

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Mar 29 Juin - 0:24

Ce n’était pas la première fois qu’Esio rencontrait un haut dignitaire d’un pays. Et ce ne serait certainement pas la dernière. La preuve s’il en est, qu’en arrivant à Kumo, il serait certainement amené à côtoyer l’Intendant du pays de la Foudre et qui sait, sûrement un ou plusieurs Immortels.

En comparaison, le Sawakage paraissait bien peu de choses.

Toutefois, il était kage du village du pays des marais et il était sans aucun doute un puissant et valeureux guerrier. Une analyse du regard, bien dissimulée par le chuunin, lui permit de se faire une idée de l’homme qui lui faisait face. Il n’avait lu que quelques écrits sur celui-ci, dont il doutait légèrement de la véracité à cause du parti pris de ses auteurs.

Enfin, n’y a-t-il pas une part de vérité dans tout mensonge ?

L’oxymore était connu de tous et souvent Esio aimait pousser plus loin ces questions philosophiques, sans chercher à y donner une réponse claire. Néanmoins, aujourd’hui, il lui faudrait repousser cet exercice de rhétorique à plus tard, pour laisser la place à un autre, autrement plus ardu.

La carrure massive du Sawakage tendait vers celle typique d’un spécialiste du corps à corps, sans pour autant complètement transparaître. Aucun signe extérieur ne permettait toutefois d'identifier un quelconque apprentissage dans un des fameux dôjo, parsemés dans les différents pays. La proximité avec le pays de Feu le poussait à croire que s’il avait reçu un enseignement martial, cela aurait fait auprès des terribles Lions du pays du Feu.

Le juunin Satoshi était lui aussi un Lion, un des plus puissants. Si son hypothèse s’avérait juste, Esio se demandait lequel des deux étaient le plus fort ? Cela n’avait pas réellement d’importance, comme de nombreuses questions qu’il était amené à se poser. Malgré ce constat véridique, il continuait inlassablement à se questionner intérieurement, cherchant toujours à comprendre et à savoir, car selon lui, c’était ainsi que l’on pouvait avancer sur la voie de la compréhension.

En l’étudiant plus en détail, Esio en vint à se dire que l’aura de l’homme n’était pas complètement naturelle. Ainsi ses dons dans l’art du ninjutsu devaient être assez poussés. Enfin, au-delà de sa spécialité pour le combat, c’était ce regard vert interrogateur et profond qui se faisait témoin de l’autorité du Sawakage. Ces yeux curieux et déterminés, scrutaient, tout comme ceux d’Esio, les personnes de l’assemblée.

Sawakage – Je remercie votre Mizukage, Shinji Azechi, d’avoir pris cette initiative. Sa lucidité et sa bienveillance ne sont plus à démontrer.

Oh ! Déjà ? Esio n’était pas dupe, le Sawakage chercherait à lui amener doucement sa situation actuelle pour se voir ensuite conforté. Et pour cela, il allait s’appuyer sur les derniers évènements qui s’étaient déroulés à Kiri. Esio en était certain, c’était finement pensé, et c’était ce qu’il aurait fait à la place de kage. Toutefois le chuunin n’avait pas autorité pour valider un soutien au dirigeant. Celui-ci chercherait par tous les moyens à en avoir un, car obtenir la légitimité de la part d’un des cinq grands villages cachés était un moyen de stabiliser sa situation.

Le chuunin médecin et ses hommes devaient alors bien faire attention à leur parole, pour ne pas filer tout droit vers un incident diplomatique. Si Esio laissait sous-entendre d’une manière ou d’une autre que Kiri donnerait son soutien à Sawa, mais que cela n’était pas suivi par les plus hautes instances, cela pourrait avoir de très mauvaises répercussions sur les relations entre les deux villages.

Esio – Je ne manquerais pas de lui transmettre vos propos. Je suis certain qu’ils seront chaleureusement accueillis.

Le spécialiste des sciences avait botté en touche, car même s’ils étaient les invités, ils avaient l’avantage et se serait au Sawakage de faire le premier pas. Celui-ci semblait bien au fait de cette situation et pas le moins désarçonné du monde. Il invita l’ensemble des membres du village de la Brume à prendre place sur sa grande table où il travaillait, il y a de cela encore quelques instants et demanda à ce qu'on leur servent des rafraîchissements.

Sawakage – J’ai été peiné d’apprendre la tragédie qui s’est déroulé au sein de votre village. J’espère que les coupables ont été arrêtés et seront dûment châtiés.

Nous y voilà. Esio devait-il prendre les devants ou se laissait mener le Sawakage ? Il n’était normalement pas sensé être au courant de la tentative de déstabilisation du pouvoir en place, toutefois avoir l’initiative dans ce genre de discussion pouvait être primordiale.

Esio – Notre Mizukage est clément, je pense qu’il sera faire la part de chose et concilier les différents des deux parties pour éviter une scission ou dans une moindre mesure un retour de flamme.

Le chuunin avait préféré la prudence, après tout, son objectif premier n’était pas d’obtenir des informations sur la situation de Sawa, mais de parvenir à Kumo, indemne et dans le temps pour pouvoir assister à la conférence de médecine.

Sawakage – Oui, l’unité d’un village est une chose à protéger à tout prix.

Et ? Il ne l’avait pas dit ? Pas annoncé, ni même sous-entendu ? Pourquoi ? Il avait tout à gagner à avoir le soutien politique de Kiri no Satô, alors pourquoi continuer à le cacher ? Esio s’était-il trompé dans son analyse ?

Sawakage – Mais dites moi, comment avez-vous trouvé notre village ? Nous effectuons des travaux de rénovations et des agrandissements de quartiers. Certains pensent que c’est impossible de vivre au sein d’un marais, nous leur prouvons le contraire. N’est-ce pas mademoiselle ?, demanda-t-il poliment en se tournant vers Ine.

[Tu m’envoies ta réponse par MP, et on fait le dialogue ensemble. Tu seras aussi amenée à faire les réponses de Kiba, si besoin Smile]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Lun 19 Juil - 20:49

~* Partie 5 – Dialogue avec le Sawakage (2) *~

Sawakage – Mais dites-moi, comment avez-vous trouvé notre village ? Nous effectuons des travaux de rénovations et des agrandissements de quartiers. Certains pensent que c’est impossible de vivre au sein d’un marais, nous leur prouvons le contraire. N’est-ce pas mademoiselle ?

Le Sawakage s’était tourné vers Ine en disant cela. La jeune femme suivait attentivement les échanges entre Esio et le Kage, tout en s’imprégnant de cette ambiance où le moindre mot pouvait peser dans la balance. La question, là, arrivait telle un cheveu sur la soupe. En outre, la kunoichi ne s’attendait pas le moins du monde à être intégrée dans ce dialogue de convenances. Bien que surprise elle s’attacha néanmoins à ne pas le montrer, se déportant gracieusement en arrière tout en dégageant une mèche de son visage. Puis, avec un sourire qu’elle voulait assuré, elle plongea son regard dans les yeux verts profonds du Sawakage et s’avança prudemment :

Ine – Je le crois sincèrement, Sawakage-san. Je regrette que le temps à notre arrivée ne nous ai pas permis de voir plus en détail les infrastructures que vous développez pour adapter le marais à l'activité humaine. Je suis également très impressionnée par l'architecture de ce palais, compte-tenu surtout des difficultés que vous avez dû avoir pour rapatrier tous ces bois exotiques.

Un coup d’œil furtif vers Esio la rassura. Les lèvres du chuunin médecin formaient un léger sourire ; apparemment elle n’avait pas compromis la mission en disant des bêtises. Pas encore, du moins. Maintenant qu’elle pouvait s’attendre à être partie prenante de ce jeu qu’elle ne maîtrisait pas du tout, la jeune kunoichi se sentait plus à l’aise. Par bonheur cela lui rappelait presque les séquences qu’ils improvisaient lors de spectacles de rue, dans ce qui lui semblait aujourd’hui un passé bien lointain. Elle se retint de pousser un long soupir.

Le Sawakage avait souri aussi à l’évocation de son palais. Son sourire semblait toutefois moins franc que ne l’était celui d’Esio, et il ne recelait pas la pointe d’orgueil que l’on était en droit d’attendre d’un dirigeant fier du travail effectué au sein de son pays. C’est du moins ce que ressentait Ine, un peu dérangée par cette impression. Le Sawakage paraissait pourtant familier de ce genre d’échanges diplomatiques dominés par les faux-semblants et elle ne croyait pas une minute qu’il put être troublé par ce dialogue et encore moins le montrer. A l’image de l’anbu qui se tenait, immobile, derrière lui, tout avait l’air parfaitement contrôlé chez cet homme à la carrure impressionnante.

Il eut pu s’écouler de longues minutes mais à peine quelques secondes s’étaient passées lorsque le Sawakage reprit la parole pour confirmer les dires d’Ine :

Sawakage – Cela n'a pas été des plus simples effectivement. J'ai le souvenir qu'il s'agit d'une mission menée par des genins dits voyageurs, il y a de cela quelques décennies. Un franc succès comme vous pouvez le voir. Et vous, jeune homme, je lis dans vos yeux que vous avez couru le monde, donnez moi votre avis.

Le jeune homme en question, à savoir Kiba, esquissa un mince sourire d’où Ine vit transpirer tout l’intérêt amusé qui habitait le shinobi. Pas le moins du monde impressionné, le messager répliqua avec légèreté :

Kiba – On vous aura bien informé, Sawakage-san. J’ai effectivement parcouru les routes un certain temps comme voyageur, et même effectué des missions du même acabit pour de petites localités. Mais tout cela est du passé puisque j’ai choisi d’attacher mes services à Kiri.

Le Sawakage ne répondit pas. Le cœur d’Ine se mit à battre la chamade et elle ne put s’empêcher de porter une nouvelle fois la main là où aurait dû se trouver le pendentif offert par ses proches. La franchise de l’ancien voyageur n’était peut-être pas de circonstance ici. Le temps était suspendu dans la petite pièce, le Sawakage ne disait toujours rien, dans l’attente semblait-il de la suite des propos de Kiba. Ine jeta un regard discret mais désapprobateur à son compagnon qui enchaîna d’un ton égal :

Kiba – Pour en revenir à votre palais je rejoins Ine sur ce point. Recourir à des genin voyageurs pour avoir accès à ces bois exotiques en valait effectivement la peine, cet endroit est d'une rare beauté.

Cette fois-là le Sawakage hocha la tête avant de se tourner de nouveau vers Esio pour poursuivre comme si cet aparté n’avait jamais eu lieu. Ine ne put s’empêcher de remarquer que le dirigeant du Pays des Marais avait précisément ciblé les deux personnes les plus susceptibles de provoquer l’incident diplomatique, ignorant délibérément Bairei et Naoyuki mieux rompus à ce genre d’exercice. Mais apparemment même le pseudo-dérapage d’un Kiba un peu trop confiant n’avait pas créé la faille qu’il devait chercher pour évoquer sa situation inconfortable.

Pour Ine cela ne faisait pas de doute que le kage chercherait à s’attirer les faveurs de Kiri au travers d’Esio. Sous le couvert de conversations réellement inintéressantes – et Ine commençait à éprouver une réelle admiration pour l’infinie patience de son chef d’équipe – la jeune femme sentait la volonté du Sawakage d’entraîner Esio sur le terrain glissant des derniers évènements de Kiri. Il ne lui fallu pas longtemps pour comprendre quel en était l’intérêt : l’opposition du groupe de Nezu Shimoto au régime en place, responsable de la guerre civile qui avait secoué le village entier, était un moyen de faire admettre au chuunin-instructeur l’importance de soutenir le pouvoir en place. Soutien qui lui faisait défaut, à en croire les rumeurs qu’ils avaient entendues.

Mais Esio était assez habile pour esquiver brillamment à chacune des tentatives du Sawakage. Ine comprit finalement qu’il cherchait à surtout ne pas impliquer Kiri dans le conflit qui semblait agiter les hautes sphères du pouvoir à Sawa. Bien qu’agissant en qualité d’ambassadeur et de diplomate, Esio ne pouvait et ne devait en aucun cas assurer au kage un soutien de Kiri dont il pourrait peut-être ne pas pouvoir en répondre par la suite.

Les deux hommes dansèrent avec les mots pendant encore de longues minutes où la concentration d’Ine ne se relâcha pas une seconde, attentive aux pièges subtils de l’un et aux réponses astucieuses de l’autre. La jeune femme ressentait toute la violence sous-jacente de cette partie de ping-pong oral qui s’intensifiait de plus en plus jusqu’à ce que, en fin de compte, le Sawakage ne se résigne à entrer dans le vif du sujet sans plus user de combines diplomatiques :

Sawakage – Je me réjouis de votre visite car je m'apprêtais à demander votre soutien.

Le visage de l’homme était resté ferme et parfaitement contrôlé malgré cette victoire qu’il concédait à son visiteur. Esio ne laissa pas apparaître une once de satisfaction, mais il n’avoua pas non plus qu’il connaissait la teneur des problèmes qui agitaient Sawa. Il demanda sobrement :

Esio – Et pour quelle affaire ?

Bien que peu dupe, le kage ne releva pas. Il poursuivit calmement son récit :

Sawakage – Un de mes généraux a pris la tête d'un mouvement extrémiste qui s'oppose à notre système actuel. Nous avions négligé l'importance de cette faction car tous nos rapports indiquaient qu'elle représentait une quantité négligeable. Cependant, depuis quelque temps, elle a gagné en importance, je ne sais comment. L'hypothèse d'une aide extérieure reste la plus probable. Pour l'instant, il n'y a que de simples escarmouches sans envergure entre nos forces, mais cela ne durera pas. Le moment venu, pourrais-je compter sur votre aide ?

Ine plissa le nez, croisant le regard sombre de Naoyuki. Une aide extérieure ? Elle se demandait dans quelle mesure cette hypothèse pouvait être rattachée aux émeutes politiques récentes de Kiri. D’après les dires du Sawakage, et pour ce qu’elle en savait, les trames des deux évènements se ressemblaient beaucoup trop pour ne pas être reliées, au moins par la pensée. Et même, ces affaires étaient-elles restreintes uniquement aux alentours de Kiri pour affaiblir le Pays de l’Eau, ou bien était-ce une manœuvre d’une organisation cachée qui perturbait l’ensemble des villages cachés en Ryoma ?

Esio – Je ne peux malheureusement prendre cette décision, finit par répondre l’infirme après s’être accordé un petit temps de réflexion. Soyez par contre assuré que je transmettrai dans les plus brefs délais cette information à qui de droit et qu'une réponse ne serait tarder.

Le Sawakage inclina légèrement la tête, apparemment peu surpris de la réponse d’Esio.

Sawakage – Nos deux pays se sont toujours bien entendu. Kiri no Satô sait qu'il peut compter sur nous en cas de besoin.

Ces mots sonnaient un peu comme une conclusion. Les deux hommes échangèrent encore quelques amabilités d’usage avant qu’Esio ne prenne congé pour son équipe. Frappant dans ses mains, le Sawakage fit apparaître son intendant et les pria d’accepter de passer la nuit dans son palais. Esio inclina la tête et le remercia pour son hospitalité, tout en précisant qu’ils partiraient tôt le lendemain matin car ils avaient encore une longue route devant eux. La petite équipe sortit donc de la salle d’audience à la suite de l’intendant.

Alors qu’ils allaient aux devants des chambres qui leur étaient attribuées pour la nuit, Ine repassait dans sa tête l’échange auquel ils avaient assisté. Un exercice de maître, à n’en pas douter. Les lèvres retroussées en une moue pensive, elle songea aussi à Kenji. Il faudrait qu’elle le remercie, à son retour.

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Ven 30 Juil - 19:53

On les avait accompagné vers leur logement, deux chambres spacieuses, l'une pour les demoiselles et une pour les hommes. Elles semblaient disposer de tout le confort possible.

Bairei et Esio ne savaient dire s'ils étaient encore épiés. La logique voudrait que oui. Le Sawakage ne prendrait pas de risque avec eux. Il était aussi fort probable qu'il revienne à la charge une nouvelle fois pour essayer de lui "arracher" une promesse d'aide, devant témoins.

Ses compagnons s'étaient bien comportés et en bien des points, s'étaient montrés brillants. Le Sawakage était certes habile en rhétorique, mais il n'avait pu déstabiliser ses comparses. Une bonne chose.

Maintenant, il aurait aimé faire un débriefing de ce qui avait été dis, des mesures de précaution qu'il fallait continuellement garder. Car s'il était en terrain "allié", Esio craignait que la menace qui planait sur l'administration actuelle, ne le mine.

Il aurait pu utiliser le coup du carnet, mais à n'en pas douter, s'il était encore suivi par les forces spéciales, ils remarqueraient le petit stratagème. En effet, l'heure n'était pas nécessairement propice aux discussions insipides après la rencontre d'un kage. Esio ne souhaitait pas faire d'erreur, berner des chuunins étaient une chose, des shinobi d'élite, une autre.

Esio - Bien, je propose que nous prenions tous un peu de repos, une douche et changions de vêtements. Par ailleurs, j'ai bien envie de visiter le palais. Retrouvons nous d'ici deux heures, ici même, nous déciderons alors de ce que nous ferons.

Ainsi, ils se séparèrent. Esio était confiant, il savait que Naoyuki et Ine ne piperaient mot en attendant qu'ils se retrouvent tous ensemble. Elles devaient avoir saisi la situation.

Esio - Kiba, je te laisse aller en premier faire ta toilette.

Kiba hocha la tête et répondit.

Kiba - Bien, ensuite j'irai voir Ine et Naoyuki.

Esio sourit. Il y avait plus de chance que Bairei et lui soient observés que les trois genins. On ne devait pas avoir affecté une équipe entière à leur surveillance. Deux hommes ou un seul ? S'il s'agissait bien d'un homme de force spécial, un seul devait suffire. C'est ce qu'il aurait fait s'il avait eut à assigner des individus à la surveillance, le médecin l'espérait.

Il passerait ces recommandations à Kiba sur papier et détournerait l'attention des éventuels espions avec son homologue chuunin.

Esio craignait une chose, c'est que dépité par les résultats de leur entrevue et acculé par la situation, le Sawakage décide d'employer des moyens moins conventionnels pour convaincre Kiri de soutenir le gouvernement actuel de Kawa.

Ses camarades et lui devaient rester prudents. Ils marchaient sur des charbons ardents. Alors que Kiba prenait la direction de la salle d'eau, Esio apostropha le shinobi balafré.

Esio - Où en étions nous dans nos décomptes de partie de yû ?

Bairei ne saisit pas instantanément où Esio voulait en venir, ils ne jouaient jamais au yû ensemble, à vrai dire, Bairei avait découvert ce jeu sur le bateau les menant à Sawa. Puis il se rattrapa bien vite, inventant un score largement en la faveur d'Esio, qui acquiesça, tout en gribouillant sur son carnet. Le cahier était trop proche de lui pour qu'on puisse le lire d'une quelconque manière.

Ecrire n'empêcha pas Esio de se concentrer et de former un jeu de yû sous forme aqueuse.

Beirei - Vos dispositions dans tant de domaines m'ont toujours impressionnées, Esio-san.

A vrai dire, ce n'était pas du ninjutsu de très haute volée, il fallait juste avoir une bonne maîtrise et quelques connaissances, rien de bien compliqué, en somme. Alors que le médecin estimait que l'attention était portée sur le plateau, il déchira minutieusement la page sur laquelle il avait "gribouillé", la masqua à l'aide de ses mains tout en la pliant et la déposa dans sa manche. La manœuvre lui pris tout au plus quelques secondes. Il se félicita d'avoir lu dernièrement un ouvrage sur les prestidigitateurs et les quelques trucs de passes passes communs. Assurément, s'il y avait un autre observateur que Bairei, il n'y verrait que du feu.

Ils débutèrent alors une partie. Bairei donnait les mouvements souhaités à Esio et ce dernier mettait en mouvement les pièces.

Kiba finit par sortir de la salle d'eau, la déclarant libre. Alors qu'il passait près d'Esio pour s'emparer de quelque unes de ses affaires, celui-ci lui prit le poignet, profitant de cela pour lui donner subtilement le morceau de papier plié.

Le genin voyageur le prit et ne dit rien, comprenant la manœuvre de son supérieur. Il le laissa aller et continua sa partie avec Bairei.

Message d'Esio a écrit:
Prenez garde à vos paroles. Restez sur vos gardes, il est fort probable qu'on essaye de nouveau de vous solliciter parce que vous êtes des représentants de Kiri, cela pourrait prendre une forme beaucoup moins courtoise que les manières du Sawakage.

Une demi-heure après le départ de Kiba, la partie était terminée, Esio était en train de faire sa toilette, lorsque l'on frappa à leur porte. Bairei alla ouvrir. Un serviteur les informait qu'Esio et Bairei étaient conviés à diner avec le Sawakage. Pas les genins.

Finalement, il n'y aurait pas de visite du palais.

[Je t'envoie un MP pour ton prochain post]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Mer 8 Sep - 22:43

~* Partie 6 – Une jeune femme en détresse *~

Kiba – Bon sang mais c’est une étuve ici !

Le messager rejoignait tout juste la chambre des demoiselles, plongée dans un épais brouillard de vapeur d’eau. Ine sortait de la douche. Elle attrapa une serviette, s’y enveloppa et pouffa de rire en voyant la tête de son compagnon. Le shinobi la fixa. Puis, cherchant du regard l’adolescente métisse il demanda :

Kiba – Où est Naoyuki ?

Ine – Elle est sortie, répondit Ine en inclinant la tête pour mieux sécher ses longs cheveux, elle m’a dit qu’elle n’en avait pas pour longtemps.

Kiba hocha la tête. Il attendit qu’Ine se redresse, ce qu’elle fit en projetant des myriades de microgouttelettes dans la pièce, pour lui tendre sans un mot le message d’Esio. La jeune femme le lut, le replia et le rendit au messager.

Ine – Je vais m’habiller, dit-elle simplement en disparaissant dans la salle de bain.

On frappa bientôt à la porte et Naoyuki réapparut.

Naoyuki – Je viens de croiser Esio et Bairei, fit-elle d’une voix forte en entrant. Ils sont invités à manger avec le Sawakage et l’intendant nous fait savoir qu’un repas nous sera amené ici. Ah, Kiba ! Elle venait d’aviser le shinobi. Tu es déjà là.

Kiba sourit et lui présenta à elle aussi la mise en garde de leur chef d’équipe. L’adolescente le parcourut des yeux.

Naoyuki – Est-ce qu’on est… ? commença-t-elle en relevant les yeux vers Kiba.

Kiba – Je ne crois pas. Mais restons prudents.

Naoyuki acquiesça d’un signe de la tête. Ine sortit finalement de la salle d’eau, habillée de vêtements du soir amples et confortables. Elle avait l’air légèrement agacé.

Ine – Qu’est-ce qu’on fait alors ? demanda-t-elle. Ils ont l’air de vouloir nous voir rester dans cette chambre. J’aurais bien visité le palais moi.

Kiba – C’est aussi ce que voulait Esio, mais ils ne doivent effectivement pas y tenir. Je crois que nous devrons nous contenter d’attendre le repas pour le moment. Pour la visite on verra au retour d’Esio et de Bairei. Ils en apprendront peut-être plus au cours de ce dîner…

Les deux jeunes femmes se regardèrent en soupirant : la soirée risquait d’être longue. Faute de mieux elles s’installèrent de concert sur les coussins qui encadraient une petite table de jeu et Naoyuki entreprit d’apprendre les règles du yû à Ine. Kiba, lui, s’occupa les mains en leur préparant un thé. Une dizaine de minutes plus tard le repas promis leur fut apporté : une soupe miso, de petits pains chauds, des salades de crudités et bien sûr, la spécialité de Sawa. Naoyuki grimaça un peu à la vue des brochettes de grenouilles mais elle n’hésita plus quand elle vit Ine y mordre de bon cœur. Ils avaient tous très faim.

Alors qu’ils mangeaient en discutant de l’entretien passé, deux coups hésitants se firent entendre à la porte. Les trois genin se turent et se considérèrent d’un air entendu, puis Kiba se leva pour aller ouvrir la porte. Ine et Naoyuki s’étaient relevées, sur la défensive.

C’est une jeune femme qui se présenta dans la chambre, l’air hagard. Elle les dévisagea et referma sèchement la porte derrière elle. Plus vieille qu’Ine mais plus jeune que Kiba, ses cheveux blonds étaient coupés très courts et ses yeux d’un brun noisette opaque. Sa silhouette laissait deviner sans mal qu’il s’agissait d’une kunoichi. On pouvait supposer qu’elle était chuunin.

XXX – Vous êtes les kiréens ? demanda-t-elle abruptement. La sawaéenne essayait d’avoir un ton ferme mais un tremblement se discernait dans sa voix. Les genin se regardèrent et Naoyuki s’avança, se proposant comme ambassadrice du petit groupe :

Naoyuki – Nous venons effectivement de Kiri no Sato. Y-a-t-il quelque chose que nous puissions faire pour vous ?

XXX – Je vous en prie, les choses vont très mal ici ! Elle s’approcha de l’adolescente et lui attrapa les mains avec force. Le Sawakage n’a plus aucune autorité ici, c’est une façade que vous avez vu. L’opposition gagne très vite du terrain, Kiri doit nous aider !

Ine croisa le regard de Kiba. Esio avait redouté qu’ils ne soient approchés de façon moins courtoise… ou alors de manière détournée ? Naoyuki libéra ses mains pour les poser sur les bras de la kunoichi.

Naoyuki – Calmez-vous. Si vous nous expliquiez plutôt depuis le début… ?

L’inconnue inspira profondément pour recouvrer son sang-froid.

XXX – Bien sûr, souffla-t-elle. Je m’appelle Sourio Seiijitsu et je suis chuunin dans l’administration du Sawakage. Mon mari… mon mari fait partie de la garde d’élite du kage.

Un instant hébétée elle tourna la tête vers Ine comme si elle recherchait quelqu’un qui avait presque son âge, puis elle éclata en sanglots.

Sourio – Cela fait plusieurs jours qu’il a disparu. On m’a dit qu’il était en mission mais je sais qu’il n’en est rien. J’ai été contactée : l’opposition enlève les proches des shinobi sympathisants pour faire valeur d’otages. Elle supprime ainsi petit à petit les derniers piliers qui soutiennent encore le Sawakage. Je vous en prie, dîtes à Esio Katoshi que notre gouvernement a besoin de prouver au plus vite qu’il est soutenu. Un coup pareil contribuerait à faire s’effondrer la rébellion !

Kiba – … et vous pourriez retrouver votre mari, intervint Kiba d’un ton qui, Ine le savait, se voulait délibérément moqueur. Sourio fronça les sourcils mais ne se démonta pas. Elle essuya ses larmes d’un revers de la main.

Sourio – Oui, répondit-elle, la voix encore étranglée mais déjà plus contrôlée. Je pense que le pays de Kiri a l’obligation morale de soutenir le pays de Sawa. Nous sommes voisins après tout.

Ine considéra ses compagnons. Kiba n’en croyait visiblement pas un mot mais Naoyuki semblait hésiter et elle ne savait pas comment répondre à la requête de la chuunin. Pour Ine, Sourio Seiijitsu ne jouait pas la comédie. Ou alors elle était vraiment très douée. Ine avait observé attentivement, avec l’analyse de l’ancienne actrice, la sawaéenne tout au long de l’entretien, et trop de petits signes auraient paru surjoués par quelqu’un qui n’aurait pas été sincère. Pour elle Sourio ne mentait donc pas, mais elle omettait de dire un fait fondamental : elle était envoyée par le Sawakage lui-même pour mieux les convaincre et se faire promettre le soutien immédiat qu’Esio lui avait déjà refusé. La chuunin n’avait laissé filtrer aucune information sur la rébellion en question, hormis cette affaire d’otages, et prétendrait probablement ne rien savoir de plus s’ils l’interrogeaient à ce sujet. Ine décida d’aller au secours de Naoyuki et s’avança vers la sawaéenne. Pour la première fois elle lui adressa la parole, d’un ton prudent pour rassurer ses coéquipiers sur ses intentions :

Ine – Nous ne pouvons rien vous promettre de plus qu’Esio ne l’a déjà fait à votre kage. Nous – je vous crois, alors nous transmettrons votre requête à Esio, Ine jeta un coup d’œil à Naoyuki et Kiba qui ne montrèrent pas signe de protestation, mais ne vous attendez pas à ce que cela change quelque chose.

Sourio considéra gravement Ine, puis elle hocha la tête en se mordant légèrement la lèvre inférieure.

Sourio – Je comprends votre position. J’aurais sans doute fait pareil à votre place. Au moins mon message d’urgence est-il passé.

La kunoichi avait l’air déçu mais résigné. Elle s’inclina rapidement et s’excusa :

Sourio – Pardonnez-moi, j’ai troublé votre repas. J’espère que vous conserverez un bon souvenir du pays de Sawa. Nous avons besoin du soutien des kiréens.

Elle se retira, laissant Kiba refermer la porte derrière elle.

Naoyuki – Pfiouuuuuuu ! lâcha l’adolescente en se laissant retomber sur l’un des coussins sur lesquels ils mangeaient avant cette interruption. C’était vraiment moche comme situation ! Vous ne croyez pas qu’on aurait pu en savoir plus sur cette rébellion ?

Kiba hocha négativement la tête en s’installant à son tour à la table.

Kiba – Non. Elle n’était peut-être pas spécialement gradée mais son esprit était bien protégé.

Ine lança un regard aigu à son compagnon. Elle mâchonnait pensivement une feuille de salade.

Ine – Il ne reste plus qu’à espérer qu’Esio et Bairei aient recueilli plus d’informations que nous. Elle repoussa le petit bol encore rempli de chou blanc et ajouta : Je n’ai plus faim.

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Sam 6 Nov - 12:29

Esio avançait doucement dans les couloirs du palais de Sawa. Bairei, derrière lui, poussait son siège, symbole de son infirmité. Le chef de cette mission n’aimait pas beaucoup la situation. Il savait bien sûr qu’ils se devaient d’enquêter sur les politiques du pays et ce qui suscitait son agitation. Les frontières étaient encore ouvertes et ils avaient pu venir jusqu’ici sans trop d’embûches, mais cela pouvait changer du jour au lendemain. Les informations pouvaient ne plus venir, le village et le pays tout entier se cacher derrière un mur impénétrable d’opacité.

C’était déjà le cas pour le village du sable.

Esio était sûr que cet élément gênait les plus hautes instances de chaque village. Ce manque de visibilité ne faisait qu’accroître le doute et la suspicion. Il créait un climat de nervosité dangereux pour les relations.

Bien que Sawa n’est pas l’envergure de Suna, de part son importance militaire et sa part dans la résolution des contrats des seigneurs de différentes contrées, le risque n’était pas moindre.

Il était juste différent. Mais aucunement à négliger.

Ce qui était préoccupant pour Suna, principalement, c’était son absence d’appui dans les missions nécessitant un engagement multilatéral, comme l’éradication de l’organisation Asahi. Il était concevable que les habitants du sable éprouvent des difficultés internes, qui justifieraient une autarcie complète. Le Kazekage Hazama était le genre d’homme à pouvoir se tourner vers cette extrémité pour faire « le point ». Les rares brides de nouvelles que l’on obtenait parlaient de « chasses aux sorcières ».

Sawa représentait un risque à une autre échelle. Si le village tombait « entre de mauvaises mains », Sawa pourrait devenir une terre de non droit. Des organisations comme Asahi pourraient s’y abriter facilement. D’un point de vue plus égoïste, Kiri perdrait un pied à terre sur le continent.

Bairei voyait bien qu’Esio était soucieux, lui qui d’habitude, dépareillait peu souvent de son sourire chaleureux. L’homme à la cicatrice suspectait bien l’objet de ses tourments, mais demanda quand même.

Bairei – A quoi pensez vous, Esio-san ?

Esio le regarda avec un œil étrange, et l’homme réalisa : ils étaient encore surveillés, il les avait presque oublié en marchant, lui-même perdu dans ses pensées. Pourtant, le scientifique lui répondit.

Esio – Pour attraper un gros poisson, il faut plusieurs pêcheurs, de l’expérience et du matériel. Les gros poissons sont toujours plus attrayants que les petits, pourtant, à la criée, on trouve toujours plus de petits poissons que de gros.

Le chuunin balafré ne répondit pas, il n’avait pas bien saisit les propos de son ami. Assurément, il lui parlait par métaphore pour que leurs indiscrets espions ne puissent eux aussi saisir la teneur de leur échange.

Esio – A défaut de pouvoir pêcher un gros poisson, on en pêche plusieurs petits.

Le chuunin valide se doutait qu’il ne pourrait plus repérer les « discrets » observateurs dès qu’ils seraient en présence du kage, à cause de la rotation des équipes de sécurité. Il commençait à entrevoir où la réflexion de son compagnon allait le mener. Esio pensait à un scénario catastrophe, une réaction en chaîne, à un jeu de domino. On fait tomber le premier et les autres suivent.

Esio – Que se passerait-il si plusieurs petits poissons devenus fous attaquaient ensemble un gros poisson ?

Ils arrivaient au salon de réception. La présence avait disparu en un clin d’œil. Le Sawakage et quelques autres individus, sûrement d’autres membres de la classe dirigeante, les attendaient. L’expression sur le visage d’Esio s’était assombrie un instant, alors qu’il disait ces derniers mots à son ami.

Esio – Lorsqu’un gros poisson découvre qu’un petit est devenu malade, il le tue, parce qu’il a peur de la contagion.

* * *

Le repas s’était bien passé, s’il était possible qu’il se déroule « bien ». Le débat sur l’insurrection au sein de Sawa était revenu plusieurs fois au cours de celui-ci et si le Sawakage faisait son possible pour garder son calme, ces relances traduisaient une inquiétude qu’Esio avait de prime abord sous-estimée et qui le mettait désormais profondément mal à l’aise.

Lorsqu’ils revinrent à la chambre des genins, Kiba les informa d’une visite assez particulière.

Mise en scène ou réel désespoir, cela ne faisait qu’amplifier le sentiment d’Esio, il lui manquait des éléments pour parfaitement cerner le problème. Quelque chose de terrible semblait se profiler à l’horizon. Ou tout du moins, on donnait vraiment le change pour qu’on y morde à pleine dent. Le chef de mission savait qu’il ne pouvait engager la parole de Kiri. Une intervention de Kiri réduirait fortement la crédibilité de Sawa et de son gouvernement, le maître du village des marais n’avait rien à y gagner, tout comme le village de la brume avait tout à perdre en laissant pourrir la situation.

Mais si le Sawakage ne disait pas tout, s’il omettait des détails importants, Kiri pourrait alors s’engager dans un conflit meurtrier, tout comme l’avait fait la superbe Iwa contre le petit Kawa. Les terres marécageuses étaient propices aux techniques de guérillas, les forces de Kiri pourraient s’enliser dans un conflit. Si elles se retiraient, son discrédit sera sans commune mesure, si elles s’entêtaient, elles seraient affaiblies et la source de nombreuses tentations.

Esio se coucha avec ses troublantes pensées à l’esprit.

* * *

Le matin venu, Esio avait retrouvé le sourire, bien que se ne fusse qu’en apparence. Malgré ce qu’il avait appris à Sawa et ce qu’il redoutait, il ne devait pas se détourner de sa mission première, à savoir, aller à Kumo pour tenir sa conférence sur l’Eisei et surtout rencontrer les si célèbres Immortels.

Le départ était imminent et leur hôte veillait à ce qu’il ne manque de rien. Ils furent prestement partis, non sans que le Sawakage glisse une nouvelle remarque, à peine dissimulée, à Esio, sur sa situation et l’aide qu’il attendait de Kiri.

Se fut presque soulagé que le médecin s’éloigna du palais. Il avait cherché à en connaître plus sur les sombres sauts qui agitaient le pays, il en avait eut pour son argent. Il avait du mal à évaluer réellement le risque présent dans cette contrée. Il se devait faire son rapport le plus rapidement possible pour permettre aux forces spéciales de la brume de mener leur enquête et de juger de la dangerosité des ennemis du gouvernement des marais.

Avec la géopolitique du monde actuel, si un conflit trop violent se déclarait à Sawa, il pourrait facilement se propager à Nami, dont la situation financière était exécrable et le mécontentement du peuple, sans commune mesure. On décrivait le kage de Tani comme arriviste et calculateur, il pourrait aisément servir de relais pour amplifier un conflit armé.

Esio était peut-être trop pessimiste, mais ce qu’il voyait poindre était le pire maux des hommes.

Ce qu’il présentait portait un nom : la guerre, sans piété, sans camp, sans raison.

* * *

C’était la mi-journée. Le groupe s’était arrêté dans un petit village du pays des marais. Bairei avait vérifié plusieurs fois, il ne lui semblait pas qu’ils étaient suivis. Esio pareillement. Quelques heures plus tôt, ils avaient eut des doutes, mais, même avec leur sens en alerte, ils n’avaient pu déceler une présence certaine.

Le chef de mission avait fini par dire aux genins.

Esio – Ce que vous avez vu et entendu au palais de Sawa est désormais classé comme une information de type Beta. Autrement dit, secret défensif et stratégique, à ne divulguer et répéter dans aucune condition.

Il avait marqué une pause, cherchant de nouveau si on les épiait à leur insu, sans succès. Peut-être n’y avait-il tout simplement personne.

Esio – Bairei enverra à notre prochain arrêt un oiseau voyageur avec les informations que nous avons recueilli à Sawa. Kiri mènera une enquête et jugera de la menace. En attendant son verdict et jusqu’à ce que nous ayons fait notre rapport au Mizukage, nous sommes tous astreint au secret militaire. Qui plus est, nous avons à remplir une mission et je souhaite désormais que nous nous reconcentrions tous dessus.

Forcément, en ayant donné tant de poids aux propos entendus dans le palais des marais, il serait difficile d’occulter à tout le monde d’occulter de leurs pensées ce qu’il savait. Toutefois, Esio estimait qu’ils étaient, tout comme lui, des soldats de Kiri no Satô et que quelque soit leur âge et leur maturité, ils devraient être en mesure de faire la part des choses.

Désormais et comme cela aurait dû être depuis le début, leur but premier était l’accomplissement dans les meilleures conditions possibles de leur mission.

* * *

Contrairement à ce qu’Esio avait pensé au prime abord, la saison des neiges avait un peu d’avance, plusieurs cols de Yuki étaient impraticables. Kiba avait tout de suite suggérer de passer par les plaines, là où le climat était encore « doux ».

Ils devaient occulter la visite de courtoisie auprès des dirigeants du pays. Monter avec son fauteuil, les montagnes enneigées, les auraient profondément retardés et ils ne pouvaient se permettre de manquer une partie de la conférence à Kumo no Satô.

Il y avait quelque chose de magique à traverser les terrains plats de Yuki, parsemés avec ses premières neiges. C’était troublant et magique de voir les reflets dorés du soleil dans la douce blancheur de la neige.

Le voyage se passa sans embûche, ni réelle difficulté. La compagnie était efficace et déroutait sans souci les faibles bandits qui avaient l’outrecuidance de venir les importuner. Peut-être d’ailleurs que le moment qui resterait le plus dans les mémoires, serait celui où les roues d’Esio s’étaient enfoncées d’une soixantaine de centimètres dans le neige, forçant Kiba et Bairei à s’allier pour extirper l’engin du marasme dans lequel il s’était embourbé. Tout cela sous le regard amusé des deux demoiselles et celui plus circonspect du chef de la mission, peu rassuré par la manœuvre qu’entreprenait les deux hommes.

* * *

Avec un peu d’avance, ils étaient arrivés au pays de la foudre, au siège du village caché. Lieu où résidait l’intendant Shigeo, le fameux Conclave et les terrifiants Immortels. Ils avaient été repéré bien avant d’arriver aux portes du village et escortés jusqu’à ce dernier. Une fois les portes de celui franchis, Esio se permit de dire.

Esio – Nous voilà enfin à Kumo.

[Comme prévu, Ine a quartier libre durant les quelques jours où les forces de Kiri sont à Kumo. Pour finir la mission, il faudra au moins faire un post de retour à Kiri, après la conférence. Je préconise un retour par bateau. Libre à toi de faire comme bon te semble (pas de retour au palais de Sawa, toutefois). Si tu as des idées de jeu que tu souhaites exploiter pour le retour (surtout avec les PNJ mis en place), fait m’en part, on verra comment mettre tout cela en forme.]

MessageSujet: Re: [CI006] Escorte vers Nuageland   Jeu 28 Avr - 18:53

    Watagumo Ine (NIVEAU 14)
    Bonus 20 %
    +115 XP


On a rien vu, on a rien vu x)


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