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 Doute...

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MessageSujet: Doute...   Lun 26 Oct - 19:52

Le vent soufflait, sifflait, se déplaçait. Les volets claquaient, et personne n’était dans les rues. Le vent brûlait, le vent pétrifiait, le vent rendait malade. Le vent était glacial. Ses bourrasques gelaient le village, rendant son activité inexistante. Ce vent, ce vent était un vent d’hiver.

L’hiver arrivait.

On arrivait à mi-automne, mais déjà cette saison laissait sa place à la suivante. Petit à petit, l’air se refroidirait, la neige couvrirait les montagnes, et le froid assaillirait la peau. On tremblerait, on aurait de la fièvre, une angine ou une bronchite. La maladie se répandrait, comme à chaque hiver. Mais le pire dans tout ça, c’est que l’hiver arrivait plus tôt que prévu.

L’hiver arrivait.

Car déjà, le vent froid ravageait la ville. Et bientôt, la pluie le rejoignit. Ce n’était pas une pluie chaude d’été, oh non. C’était de l’eau glaciale qui se déversait sur le village. C’était le déluge hivernal qui s’abattait sur le village de Kumo. Takeshi restait dans sa pièce, et il écoutait.

Il écoutait le vent. Il écoutait la pluie. Le son n’était pas le même qu’avant. Le vent, plus froid, tendait plus vers l’aigu, et la pluie semblait plus pénétrante, par rapport au son qu’elle produisait à son arrivée sur le sol. Un frisson parcourut son échine. Il était assis en tailleur, habillé, sur le sol. Il fermait les yeux, et laissait ses bras ballants toucher mollement le sol. Il se laissait totalement aller à l’écoute de ce déchaînement de la nature. Il adorait ça. Et il restait des heures, dans la même position, sans bouger, sans se lasser. Même si son esprit abandonnait quelque peu son corps, il pouvait néanmoins sentir que le froid envahissait sa chambre. La chambre n’était pas chauffée, et s’il restait comme ça, il allait mourir de froid.

L’hiver arrivait.

Il se l’était dit plusieurs fois, mais c’était vraiment la première fois qu’il se rendait compte de l’importance de ces deux mots. Il fallait alors tout changer, dans sa manière de vivre, dans sa manière d’être. Il fallait être plus vigilant, ne pas se laisser aller, car le froid est sournois. Il fallait se bouger, il fallait faire quelque chose. Et oui, car :

L’hiver arrivait.

L’hiver était souvent attaché à cette vision morne, pâle, voire même apportant la mort pour les superstitieux. Parfois, on pouvait comprendre leur déraison, surtout dans ce cas-là. Quand on regarde un paysage fourbu par le froid de l’hiver, on est obligé d’admettre que c’est un paysage mort ; les arbres sont sans feuilles, l’herbe est recouverte de cette neige blanche sans vie, et le ciel, la plupart du temps blanc, s’unissait à la surface enneigée. Il y avait de quoi redouter l’hiver.

L’hiver arrivait.

Mais c’était aussi synonyme de joie. Les enfants pourraient jouer dans la neige, on pourrait s’adonner à des nettoyages d’automne- il faudra alors s’adresser à Souryo Hakujou-, et l’atmosphère serait limpide. La mentalité en serait affectée : la surface immaculée de l’eau gelée rendrait peut-être les gens plus honnêtes, plus droits. Mais bien sûr, Takeshi ne le savait pas, il n’avait jamais vraiment connu l’hiver.

L’hiver arrivait.

Le vent redoublait d’intensité. Le froid s’amplifiait dans sa pièce, et il tremblait. L’académicien devait bouger. Mais cette paresse qui avait envahi son corps était plus forte que tout. Il luttait intérieurement, pour obliger son corps mollasson à bouger. Cet état de gel le rendait nerveux, et son ire finit par prendre le dessus sur la paresse. Il déplia les jambes, les bras, fit craquer ses membres, puis se leva. Il se dégourdit quelques secondes les jambes, puis sortit de la pièce. Là, il suivit le long couloir qui menait aux escaliers, puis emprunta ceux-ci. Il arriva dans une grande salle avec des tables accompagnées de chaises, une petite scène, et un feu qui crépitait au fond dans la cheminée de pierre. Le chemin de l’académicien était bloqué par un comptoir qui séparait l’espace autorisé pour le client, et l’espace dit « privé ». Takeshi s’approcha des flammes, prit une chaise, comme il l’avait fait la veille, et s’y assit légèrement. Il regardait au dehors.

L’hiver arrivait.

C’était le même temps que la veille, mais en pire. Le vent triplait maintenant de puissance, et la pluie commençait à former un rideau opaque, neutralisant toute visibilité sur la rue. A cela vint lentement s’ajouter un nuage humide, grisâtre, qui commençait à se former sur le sol, jusqu’à former un tapis blanc sur la route. Peu à peu, la brume prenait en hauteur et en consistance. Lentement, très lentement. Il atteint le mètre de hauteur en une heure. De la buée commença à se former sur la vitre. Elle devenait opaque, et on ne pouvait plus voir au dehors.

L’hiver arrivait.

Le feu s’éteignait peu à peu, les flammes rétrécissant, et les braises blanchissant. Finalement, il ne resta plus qu’un tas de cendres sur la plaque de fer qui constituait le socle des braises. L’air se rafraîchit à grande vitesse. L’académicien se frotta les bras, pour se réchauffer, et décida de rallumer le feu. Il prit une bûche à côté de la cheminée, et la déposa dans l’âtre. Il examina ensuite les cendres, mais ne remarqua aucune lueur rouge. Le feu était perdu, il fallait donc le rallumer (oui je regarde Koh Lanta, et alors ?) avec autre chose. Takeshi fonça chercher une allumette dans les cuisines, où il croisa, comme il s’y attendait, son patron.

L’hiver arrivait.

« Alors mon bonhomme, pas trop froid ?
-Si justement, monsieur. Le feu s’est éteint, et je viens chercher quelque chose pour le rallumer.
-Toujours une longueur d’avance, hein ?
-Non, non. Je réagis juste au évènements qui se produisent, comme fait tout le monde. »
L’hiver arrivait.

« Je te crois. Bon allez, va chercher ces fichues allumettes, rallume le feu, et on en parle plus. »

Takeshi se précipita vers un tiroir, en tira une petite boîte en carton, et revint dans la grande salle. Là, il s’assit de nouveau sur sa chaise, et sortit un bout de bois avec une substance à l’extrémité supérieure. Puis, il gratta d’un geste sec et vif cette substance contre le rebord rêche de la boîte, et une petite flamme apparut. L’académicien regarda un instant cette chose, presque immatérielle, chaude, et aux courbes si gracieuses. C’était pourtant une arme dangereuse, et une arme d’un autre village, par dessus tout. Il ne fallait pas se perdre dans ces contemplations, car c’était l’œuvre de Konoha, un autre village caché dont Takeshi en avait lu quelques mots. Konoha signifiait « feuille ». Ce village faisait partie du pays du feu, et en constituait la principale force militaire. Comme Kumo était la principale force militaire du pays de la foudre. L’académicien revint à la réalité quand il sentit la chaleur se rapprocher dangereusement de son doigt. Il regarda l’allumette, et vit que la petite flamme s’était dirigée vers le bas.

Il prit rapidement, grâce à sa main libre, quelques petites branches, et les jeta elles aussi dans l’âtre. Ensuite, Takeshi envoya le bout de bois brûlant dans l’amas branchu, et regarda la chaleur en action.

MessageSujet: Re: Doute...   Lun 26 Oct - 19:54

Les flammes prenaient peu à peu de l’ampleur. Elles se propageaient dans le bois humide, et provoquait une certaine vapeur qui s’échappait par le conduit. Plus cette forme rougeâtre s’étendait sur le bois, plus celui-ci noircissait. Le combustible perdait rapidement de sa teneur, et les flammes perdaient de leur intensité. L’académicien rajouta du bois, et le feu repartit de plus belle. Les flammes crépitaient, elle atteignaient le mètre de hauteur, et leur chaleur se répandait dans toute la pièce. Quand Takeshi eût fini de s’occuper du feu, il se tourna vers la vitre. Elle était totalement opaque, on ne pouvait rien distinguer.

L’hiver approchait.

Malgré la chaleur de la zone proche de l’âtre, il régnait dans la pièce une certaine froideur. Les lumières étaient éteintes, et la météo refroidissait l’ambiance. C’était une période morne, amorphe, stressante. Le froid gagnait la ville, et il allait bientôt plonger les habitants dans une torpeur incommensurable. Jamais Takeshi n’avait vu ça. C’était un froid glacial qui allait paralyser la ville, pas un ennemi mortel. Les hommes ne pouvaient rien faire contre ça. La nature le voulait, les hommes subissaient. C’était la loi de la vie. Mais était-ce là la fin de Kumo ? La fin de son rêve ? La fin de sa vie ? Tout allait se terminer ici pour lui ?

L’hiver était trop proche.

Non ! Cela n’allait pas se terminer comme ça ! La vie allait reprendre son cours ! Les gens sortiraient de leur maisons, dès que tout ça serait terminé ! Le village allait continuer à prospérer ! En tout cas, Takeshi ne se laisserait pas faire !

L’hiver était vraiment trop proche.

Mais, mais… Si tout n’était qu’un mensonge ? Si on ne l’avait que berné depuis sa tendre enfance ? S’il n’avait vécu que pour être manipulé comme un pantin par les dieux ? Ne pouvait-il pas changer le cours du destin ? N’avait-il pas la force de sauver sa propre vie ? De sauver celle des autres ? N’était-il pas assez puissant pour se sortir de là ? Ne servait-il à rien ? Se laisserait-il submerger par la puissance du monde ? Perdrait-il la raison ? Perdrait-il la vie ? Mourrait-il ? Serait-il victime de ce monde impitoyable ?

L’hiver était beaucoup trop proche.

Non ! Il survivrait ! Il imposerait sa présence au monde ! Il supporterait les souffrances ! Il ne cèderait pas à l’accablement, ni à tout ce que peut lui faire subir la vie ! Il serait là ! Il serait vaillant ! Il aurait la tête haute ! Il cracherait aux pieds de la misère ! Il insulterait la mort en face ! Il la repousserait plus que ce qu’elle n’aurait voulu ! Il vivrait !!

L’hiver était juste là, à la porte.

Il baissa les yeux. Ce n’était qu’un discours pour se rassurer, mais il n’allait pas plus vivre que les autres. Il allait bien mourir un jour, au combat ou de vieillesse, mais il devrait mourir. C’était le lot de chaque être vivant sur cette terre. Il fallait s’y résoudre. Mais pourtant, ce n’était pas la peine de s’abandonner au désespoir, de tendre la main à la tristesse ou de se laisser aller à la mort. Il fallait affronter la vie, faire tout ce qu’on pouvait, vivre pleinement tout le temps qui nous était accordé. Il fallait se battre, en donnant tout ce qu’on a dans notre corps, pour ne plus avoir aucun remords ! Mais cette sensation fut vite balayée du cœur de Takeshi.

L’hiver était là.

La porte s’ouvrit dans un grincement apeurant. La sonnette produisit un son agréable, doux, mélodieux, qui contrastait avec ce qui arrivait. Un homme grand, portant une cape noire descendant jusqu’aux chevilles, une capuche qui recouvrait sa tête, un gilet en cuir noir très serré, et un pantalon en cuir accompagné de sabots lourds. Cet homme semblait venir d’un autre temps. Sa taille assez fine était entourée d’une ceinture en cuir toujours noir, qui portait une poche ninja sur la fesse gauche. Cet homme était donc un ninja. Ou peut-être quelqu’un approchant.

L’hiver s’assit sur une chaise.

L’homme émanait une certaine aura froide, éloignée, mais bien présente. Il inspirait le respect à l’aspirant, qui ne bougeait pas d’un cil. On entendit une voix, lourde, grave, profonde, destructrice. Une voix qui faisait trembler le cœur de Takeshi. Il écouta, non sans peur, l’inquisition :

« Apportez-moi une boisson bien froide. »

La tête se leva vers Takeshi, et ce dernier vit dans l’ombre cet œil. Le même que le sien. Unique, puissant, plein de soif. Mais cet œil avait quelque chose en plus. Il y avait cette envie de tuer, il y avait la mort dans son œil. Et cet œil continua de le fixer intensément. La soif de mort augmentait nettement, et l’académicien se sentait le besoin d’agir.

L’hiver le regarda traverser la pièce en courant.

Takeshi se précipita aux cuisines. Il poussa la porte à double battants, et fonça vers le congélateur. Il jeta un œil sur son patron, qui dormait comme un loir. L’académicien ouvrit la petite porte, et en sortit une boisson à la menthe glaciale. Il fonça vers le comptoir, où étaient entreposés les verres, là, il en prit un, très long et fin, et l’amena sur la table de l’inconnu. Puis il se précipita sur sa chaise, et attendit, observant les faits et gestes de l’inconnu.

L’hiver but directement à la bouteille.

Le niveau d’eau baissait. Bientôt, en l’espace de quelques secondes, elle fut vide. La bouteille se posa lourdement sur la table de bois, et l’œil maléfique se posa à nouveau sur l’académicien. D’une voix encore plus grave qu’avant, l’inconnu lui dit :

« Tu hésites, Takeshi. Tu ne sais pas quel chemin il faut prendre. Tu as peur de mourir. Tu as peur de tuer. Tu as peur de ne pas être assez fort pour survivre. Tu es faible, Takeshi. Tu es faible. »

Ces mots résonnaient dans sa tête comme dans une cloche. Tu es faible… Tu es faible… Tu es faible… Une douleur indescriptible jaillit dans son ventre, et il sentit le besoin de vomir. Pourtant, rien ne vint. Sa tête explosait, ses bras étaient tétanisés. Il regarda la forme noirâtre, horrifié.

L’œil de l’hiver le fixait avec la même soif de mort.

« Tu te demandes qui je suis. Et bien je suis tout et rien. Je suis ta conscience, je suis toi, je suis eux, je suis tout. Mais je ne suis rien. Je n’existe pas réellement. Car je ne suis que le reflet de ton âme. »

Le reflet de son âme ? La douleur s’estompa peu à peu. Takeshi reprenait peu à peu le contrôle de son corps. Il ne savait pas quoi faire. Il était complètement troublé. C’était bizarre.

L’hiver se leva, ouvrit la porte, et sortit dans la froideur de la brume, laissant derrière lui ces mots :

« Au revoir, mon ami… »

MessageSujet: Re: Doute...   Lun 26 Oct - 19:55

Takeshi se sentit libéré. Il ne s’était jamais senti aussi bien, mais aussi troublé en même temps. Une sensation de déchirement indescriptible avait envahi son corps tout entier. Il se sentait mal. Très mal. Libéré mais mal. Il avait vu quelque chose qui l’avait traumatisé. Mais tout allait mieux, maintenant.

Car l’hiver était parti.

La brume s’effaça peu à peu, la pluie arrêta de tambouriner le sol, et le vent ne souffla plus. Le calme avait regagné le village. Tout était fini. Enfin, pas tout. Takeshi devait remettre en place ses idées. Qui était cet homme ? Qu’est-ce qu’il avait voulu dire ? Quel intérêt avait cette apparition ? Des questions sans réponses, mais auxquelles l’académicien tenta de répondre.

Cet homme était entré. Il émanait une aura noire, glaciale, et destructrice. Peu commun. Ensuite, il avait avalé une boisson glaciale en un clin d’œil. Non, attendez… Takeshi vit la bouteille dans laquelle avait bu l’apparition. Elle était pleine à ras bord, et était posée là où l’académicien l’avait déposée, pas là où l’avait mise l’homme. Cet homme ne serait qu’une… apparition ? C’était la seule explication valable.

Mais quelle sorte d’apparition ? Une apparition démoniaque ? Un esprit ? Sa conscience ? Oh oui, sa conscience. L’homme avait dit : «Je ne suis que le reflet de ton âme. » Tout ça se serait donc déroulé dans sa tête, alors qu’il stressait par rapport à sa vie ? Etait-ce une intervention de son âme pour le remettre sur le droit chemin ? Ou était-ce le reflet de son futur, à lui ? Deviendrait-il comme ça ? La question méritait d’être posée…

« Oui, Takeshi, tu as raison. Plus tard, tu deviendras comme moi. Mais tu ne le sauras que quand tu le seras… »

C’était encore la même voix grave que tout à l’heure. Takeshi frissonna. La dos de l’homme était contre le sien. L’académicien était debout, et son futur dos à lui. Mais l’aspirant prit son courage à deux mains, réalisant sa faiblesse.

« Je ne deviendrai pas comme toi, oh non. Je serai ce que tu as toujours détesté. Je serai ce qui fera de toi moins que rien. Car tu ne vaut pas mieux que les pires hommes qui existent sur terre.
-Des mots durs… Tu as eu la bonne réaction envers moi, Takeshi. J’espère que tu seras un grand homme, mon gars. Tu en es capable. Et tu le sais, au fond de toi. »

Soudain, la présence disparut, laissant un Takeshi complètement soufflé. C’était un test ? Un test pour le remettre sur le droit chemin ? Ou tout simplement une lutte mentale ? Le subconscient s’était livré à une lute pour sa destinée ? C’était possible… C’était donc un délire mental. Mais un délire mental bénéfique.

Takeshi regarda à la fenêtre, au loin. Le soleil commençait à faire son apparition. Déterminé comme jamais, l’académicien allait se battre, et repousser cette saleté d’hiver ! Déterminé, il prit ses affaires, et partit s’entraîner.

Sur son monticule rocheux, levant le poing vers le ciel, le sourire au lèvres, la détermination dans les yeux, et la force dans le ventre, il hurla :

« Takeshi Miomu deviendra plus puissant que vous ne l’imaginez ! »

[FIN]

MessageSujet: Re: Doute...   Mer 28 Oct - 12:29



    Takeshi : + 20 XP


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