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 [Taki no Kuni] Une Histoire

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MessageSujet: [Taki no Kuni] Une Histoire   Jeu 19 Nov - 13:20

( Tale of Taki )
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Il n’était rien de plus désagréable dans ce pays de fou, que de faire la connaissance du roi des fous. Pourtant ce n’était pas faute d’avoir cherché à éviter ce passage forcé à la capitale mais, que voulez-vous, il y a des évènements qui surviennent, et que l’on ne peut pas éviter. Aussi Yuu s’était elle résignée. Arpentant le sentier aux milles ponts comme on le nommait, mais qui en fait en comportait un peu moins d’une dizaine, cette femme à l’allure vagabonde se rapprochait d’Ooinarutaki, la Grande Cascade, ou autrement nommée, la Capitale du Pays de la Cascade.

Il aurait été malvenu de faire une description de cette voyageuse à cet instant du récit, alors qu’elle portait sur elle des vêtements de voyage pour le moins usés, qui ne mettaient nullement en valeur sa personne, aussi nous intéresserons-nous à ce sentier, et à cette ville. Si Ooinarutaki était la capitale du pays, cela n’en restait pas moins une petite ville si on la comparait avec les capitales des autres pays dont les marchands et les autres voyageurs pouvaient faire l’éloge. Par contre si on restait dans une comparaison stricte avec ce que l’on pouvait trouver dans le pays lui-même, la capitale était ce qu’elle était : une grande ville, qui impressionnait quiconque n’en avait jamais vu auparavant. Le sentier qui y menait était aussi le plus large que l’on trouvait, et le mieux aménagé.

Il fallait dire que niveau géographie, ce n’était pas évident d’avoir des routes droites, grandes, et facilement praticable, étant donné que la moitié du pays n’était qu’une succession de falaise, de cascade, et de nouvelles falaises. La plupart des villages se trouvaient en sommet de ces falaises, ou bien au pied des rivières dans lesquels s’écoulait l’eau de ces cascades. Une des particularités amusante que les voyageurs ne connaissaient pas et qu’ils apprenaient à leurs dépends, c’était que certaines rivières n’en étaient pas, et qu’il s’agissait en fait de canaux d’eaux de mers. Yuu aussi s’était faite avoir et avait bu de l’eau salée, la recrachant brusquement, sous les rires des pécheurs qui nettoyaient les canaux par cet astucieux procédé qu’ils avaient. Et oui, parce que du coup, pas besoin d’aller en mer pour pécher les poissons : ils arrivaient par elle ne savait quel moyen à les attirer dans les canaux, et les cueillaient à la sortie dans leurs filets.

Pour en revenir à ce sentier des milles ponts, ce dernier était pavé, ce qui n’était pas rien compte tenu de sa longueur. De plus, plus on avançait et l’ont traversait de ponts, plus ces derniers étaient ouvragés, jusqu’à être en pierre, rien que ça. Des fresques assez moches ornaient les flancs de la plupart des constructions, ce qui ne fit que renforcer l’appréhension de la jeune femme qui regrettait de plus en plus d’avoir accepté ce travail à la capitale. Le dernier pont, en face duquel se dressaient les portes de la ville, était le plus imposant de tous, et Yuu s’arrêta même quelques minutes pour l’admirer. Autour d’elle, passaient marchands et ouvriers agricoles, représentants et fonctionnaires, certains portant des habits crasseux, d’autres des toges luxueuses. Tandis qu’elle caressait du bout des doigts l’une des fresques représentant un dragon frappé par la colère des dieux, un boucan se fit entendre sur le sentier. Levant les yeux sur ce qui se passait, et comme tout le monde s’écartaient du chemin, elle-même ne bougea pas de là où elle était et se contenta de regarder passer un groupe de soldat, rentrant d’exercice ou de patrouille surement. Le régiment avançait au pas sur les points, et en petites foulées sur la terre forme, pour éviter de faire trembler les fondations du pont ce qui aurait pu provoquer son effondrement.

Yuu plaignait ces pauvres bougres, obligés de porter leurs armures avec ce temps magnifique. Mais à ce qu’elle en savait, c’était ces armures qui leurs sauvaient la vie en temps de guerre alors mieux valait qu’ils apprennent à vivre avec. Mais pour rien au monde elle n’aurait souhaité se trouver dans les vestiaires de ces messieurs une fois rentrée d’un tel exercice. La pensée était amusante, mais l’idée même la fît frissonner et trembloter, de telle sorte que son regard se baissa de lui-même, refusant de voir la cinquantaine de soldats passer. La jeune femme entendit le bruit caractéristique de la course d’un cheval au trot, et releva discrètement les yeux pour voir passer celui qui devait commander à la troupe. Mais elle ne le détailla guère, et se contenta de voir le symbole de Taki sur sa selle. Elle n’aimait pas beaucoup ce symbole, il n’était pas synonyme de paix pour elle. Mais comme le lui aurait répliqué son père, de toute façon elle n’aimait rien alors.

D’accord la jeune femme était difficile et avait du mal à accepter la réalité de la vie qu’elle vivait, peut être parce qu’elle avait passé trop de temps à vivre sa passion dans sa jeunesse, à savoir la lecture. Ca lui avait remplit la tête de fausses idées, d’idées préconçus, alors qu’une fois l’âge de vivre atteint, on comprenait vite que tout ceci n’étaient que des fables, des fabulations de personnes aimant faire rêver leurs lecteurs. Cependant, elle devait rendre à ces lecteurs ce qu’elles lui avaient apportées, à savoir de la culture, et une certaine forme de tenue sur soit qui faisait qu’aujourd’hui, elle n’avait plus à vivre sur le dos de ses parents. Oui, aujourd’hui elle allait vivre à Ooinarutaki, et même si ça lui faisait peur cette grande ville, elle était heureuse d’avoir pu sortir de son village natale dont le nom s’était perdu, et que l’on ne nommait plus que par sa localisation : le Village-du-bas.

Le cheval et celui qui était installé dessus repartirent enfin au trot après avoir fait le tour de sa troupe, qui s’était arrêtée sur le dernier pont, près de Yuu. Solide, les gaillards avaient cependant l’air de souffrir de la chaleur, et suaient à grosse goute, et ce furent des soupires et des sourires qui accompagnèrent l’ordre de passer les portes de la ville. Le flot d’activité humaine reprit alors son cours, et la jeune femme décida d’elle aussi s’approcher des portes pour y entrer. Une petite voix dans sa tête lui disait aussi que c’était le moment où jamais de rebrousser chemin, de prétendre qu’on ne l’avait pas laissé entrer dans la ville, et que cette incongruité l’avait fait revenir sur le travail qu’elle avait accepté sous l’insistance de sa famille.

Pas que ses parents et sa sœur aient été heureux de se débarrasser d’elle non, Yuu était d’une compagnie agréable et charmante, et les enfants du village l’adoraient pour ses histoires, ses contes, ses chants et sa musique. Mais le Village-du-bas était de loin l’un des plus pauvres au sud du pays : trop près de la frontière avec le pays du Feu, il ne survivait que par son commerce du bois, et la chasse. La plupart des villages comptant parmi les plus puissants eux, se trouvaient au nord. Ces derniers vivaient de la pèche, et commerçaient des roches, et des matières premières qu’ils déterraient des galeries souterraines, nombreuses dans le pays.

Yuu se souvenait du jour où elle avait appris que quasiment la moitié du pays reposait en fait sur des nappes phréatiques, et que peut être un jour le village serait englouti par les eaux, en cédant sous son propre poids. Facilement effrayé, Yuu en avait fugué du village. On l’avait retrouvé une dizaine de kilomètres plus loin, épuisé d’avoir voulu atteindre un lieu qui ne risquait pas de s’effondrer. Désolé de cet épisode, son père en avait prit pour son grade d’avoir raconté ça à sa fille, et Yuu avait été rassuré de savoir que ça n’arriverait surement jamais, parce que leur village lui, était « en bas » et ne reposait pas sur une cavité souterraine, du moins pas à leur connaissance.

La jeune femme, remettant bien son baluchon sur son épaule, approcha donc des massives portes de la capitale du pays de la Cascade. Comme le pont derrière elle, le Daymo à qui l’on devait ces constructions n’avait eu de cesse de faire appel à des artistes du pays pour décorer les portes. Mais ces artistes manquaient cruellement d’imagination ou bien c’était l’époque qui avait voulu de style calme, sans vie, ne représentant que des scènes figées, sans profondeurs. A part ce dragon -dont elle connaissait l’histoire- sur le pont, tout ce qu’elle avait vu jusque là n’était qu’une reproduction en image des scènes des contes et légendes du pays, sur sa création, sur ses grandes figures… Rien de bien passionnant tout ça, sauf pour les anciens qui avaient la nostalgie de l’ancien temps.

Un garde l’arrêta en levant la main, paume à la verticale, signe universelle pour dire « stop » semblait-il. Il y avait deux postes de gardes contre les murailles de circonstance de la ville. Celui de gauche, devant lequel elle était arrêtée, s’occupait des entrées. Celui de droite donc, par déduction s’occupait des sorties hors de la ville. Les deux ne faisaient que des contrôles de routines, car le pays était pour le moins qu’on puisse dire dans une période de paix. Son tour vint enfin et le garde lui fit signe d’avancer jusqu’au bureau fait d’une simple planche de bois sur quatre piquets, derrière lequel deux gardes discutaient, entre deux entrées. Yuu surprit donc un bout de conversation dont elle ne comprit rien du tout…

Garde ¤ … Tu sais qu’il aurait tout de même put se faire décapiter pour ça ?

Garde ¤ J’avais cru comprendre oui, mais le Daymo lui laisse juste assez de liberté pour qu’il échappe à sa surveillance.

Garde ¤ Un jour il n’aura pas autant de chance…

Garde ¤ On verra… Bonjour Mademoiselle, fit le premier garde en se tournant vers elle. Bienvenu à Ooinarutaki. Nom, origine, et motif de votre visite s’il vous plait.

La jeune femme, un peu intimidé, posa son baluchon sur le bureau et l’ouvrit pour fouiller dedans et en sortir un papier, qu’elle ne tendit pas de suite au garde. Lorsqu’elle l’eut en main, elle déclara.

Yuu ¤ Bonjour, je m’appel Shijima Yuu, je viens du Village-du-bas, et je suis ici pour travailler au Palais. Voici ma lettre d’affectation, dit-elle en tendant le papier au garde.

Ce dernier le prit et le lut rapidement avant de se tourner vers son collègue qui, ayant bien entendu suivit la conversation, sortit un parchemin de sa poche ainsi qu’un crayon. Avec un petit claquement de langue, le garde le déplia, prit le crayon, et sembla faire défiler sous ses yeux une longue liste. Enfin il arriva à un nom, qui devait être le sien, et qu’il cocha sur sa liste.

Garde ¤ Tout est en règle mademoiselle Shijima, nous vous attendions pour le lendemain en fait.

Yuu ¤ J’ai préféré venir à l’avance pour trouver un logement et…

Garde ¤ Oh, mais on ne vous a rien dit ?

Le garde relut la lettre de la jeune femme avec un froncement de sourcil. Finalement il soupira en déclarant, sur un ton d’excuse ou transparaissait une certaine espièglerie.

Garde ¤ En effet on ne vous a rien dit. Et bien je pense que ce n’est pas à moi de vous apprendre tout ça, aussi je vais vous indiquer rapidement le chemin pour vous rendre au palais du Daymo.

S’en suivit une courte et rapide explication sur le chemin à parcourir pour se rendre à la demeure du Daymo, qui en fait n’était pas bien compliqué à trouver. Parce qu’une fois passé les portes, une fois la ville enfin à portée de main, et son paysage complexe et urbain en vue, on pouvait tout de suite noter la présence d’une très grande cascade, plus loin. Et au-dessus de celle-ci, un bâtiment qui avait toutes les allures du monde d’un palais. Le tout devait bien se nicher à une bonne trentaine de mètres du sol… Impressionnant en effet, et Yuu ne put retenir un petit cri d’admiration devant cette prouesse architecturale.

La couleur prédominante à Ooinarutaki était le bleu. De ce même bleu qui semblait jaillir à flot des cascades du pays. C’était un agréable panorama il fallait bien l’avouer, et même si elle trouvait les bâtiments trop pesants, comme si on allait être écrasés sous eux, il y avait un je-ne-sais-quoi d’harmonieux dans la ville. Après tout il s’agissait bien là de la capitale du pays, et depuis longtemps maintenant, elle avait eu le temps d’être faite et refaite, pour donner lieu à cette harmonie qui y régnait. Mais ce n’était pas les bâtiments qui faisaient la ville, c’était ses habitants. Et à première vue, il régnait dans les rues d’Ooinarutaki une certaine animosité.

Yuu était loin d’avoir l’habitude de voir des débordements d’agressivités, aussi tout ceci la laissait-elle perplexe, comme pas mal de choses depuis qu’elle était entrée dans la ville. Ne serait-ce que par les tenues vestimentaires de ses habitants : ils étaient tous ou peu s’en faut, parés de bleu, dans ses différentes teintes. Parés, mais pas n’importe comment. C’était du tissu de qualité qu’elle voyait là. Elle n’en avait jamais porté mais des colporteurs lui en avaient déjà montrés à leurs passages chez elle. Evidement, personne n’avait les moyens dans son village de s’acheter ça, et ceux qui les avaient, partaient s’installer ailleurs d’habitude. Pourtant le village vivait toujours…

Autre détail qui la frappa un peu, c’était les regards lourds de sens que se lançaient les gens ici. Au Village-du-bas on se parlait, on se disait les choses, on se saluait dans les rues peu importe l’heure de la journée. Ici c’était un peu le contraire, et les gens avaient l’air de s’ignorer les uns les autres intentionnellement. Yuu ne savait pas si elle s’y ferait, et puis de toute façon, elle n’était pas sure de rester dans la place bien longtemps. Elle se sentait souvent si maladroite… Elle ne savait même pas pour quel travail on l’avait engagé au palais du Daymo. Le Daymo… Ses parents disaient qu’il était fou, le roi des fous de ce pays même. Yuu attendait de se faire sa propre opinion mais, à première vue et malgré la mauvaise entente des habitants entre eux, tout semblait aller pour le mieux dans la capitale.

Les rues n’étaient pas sales, il n’y avait pas de mendiants… Bref, ça respirait la propreté, et ça lui faisait de l’effet elle devait bien se l’avouer. Yuu continua son chemin, qui devait bien durer une bonne demi-heure pour arriver aux pieds du grand escalier de l’ouest menant au palais d’après le garde des portes…

MessageSujet: Re: [Taki no Kuni] Une Histoire   Sam 21 Nov - 19:08

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Durant le trajet, elle remarqua vite que les enseignes étaient regroupées par secteurs dans la ville. Ainsi, elle passa à côté du quartier des forgerons d’où s’élevait aussi une odeur de crottin de cheval, ce qui la poussait à croire que les écuries, mais aussi la caserne de la ville se trouvaient dans cette zone. Puis elle passa vers le milieu de la capitale par le quartier des marchands, où des enseignes richement pourvues se battaient en duel pour attirer des clients plus riches d’apparences les uns que les autres. Enfin, non-loin de sa destination, à savoir l’escalier menant au palais, elle passa par le quartier des arts et probablement des artistes, car il y avait nombre de personnes aux allures extravagantes, voir provocantes, dans les ruelles, en train de discuter, de fumer, ou certains en solitaire de peindre, et de composer. Cette disposition avait quelque chose d’étrange, mais cela permettait aussi de savoir directement où aller en cas de nécessité de telle ou telle chose. Elle-même savait que le quartier des artistes étaient le plus approprié à sa personne, et pour rien au monde ne serait allée se balader dans le quartier des forges…

Enfin, Yuu posa un pied sur le première marche du long escalier bâti à même la roche de la falaise, montant jusqu’au palais. C’était du granit à première vue, mais la falaise semblait en calcaire. L’idée lui traversa l’esprit, comme souvent depuis cet épisode de son enfance, que le palais pourrait s’effondrer sur la cascade, puis sur la ville. De loin l’on voyait le dit palais, mais à présent qu’elle se trouvait à sa verticale, elle ne pouvait que voir et entrapercevoir son toit stylisé. A ce qu’elle en savait, la capitale de Taki n’avait jamais été assiégée, et des générations de dirigeants, de père en fils, avaient toujours eu une certaine affinité artistique, ce qui expliquait les fresques, et l’architecture de la capitale en règle générale.

Avant qu’elle ne s’en rende compte, la jeune femme avait déjà parcouru plus d’une centaine de mètres d’escaliers, et se trouvait à présent à mi-chemin de la ville et du palais. Il y avait le long de l’escalier des petits terre-pleins, pour que les personnes l’arpentant puissent se reposer durant leur montée ou leur descente. Un autre aménagement, était sur la droite de l’escalier, côté mur de rocher, la présence de deux bandes taillés de façon à être plates. Alors qu’elle faisait une pause, elle comprit à quoi cela servait : un chariot tiré par deux chevaux était en train de remonter l’escalier derrière elle. Ses roues étaient calées dans les deux sillons adaptés, ce qui permettait de le faire avancer en toute sécurité. Les marches n’étant pas bien haute, de l’ordre de deux ou trois centimètres, la montée était donc praticable pour les équidés. Impressionnée par toutes ces ingéniosités, la jeune femme se prit à sourire, enfin, face à cette ville qui au premier abord lui faisait peur. Mais de cette peur, naissait une curiosité naturelle à quiconque ne l’avait jamais vu. Qui avait bien pu penser à ce système ? Qui avait fait s’arranger la ville de cette façon ? Quels étaient les artistes qui y avaient participés ? Autant de question que Yuu se posaient tout en admirant la ville en contrebas.

C’était beau, voilà tout ce qu’elle pouvait en dire sur l’instant. Beau, très beau. Et elle, faisait un peu tâche là tout de suite. Ses vêtements de voyages étaient sales du trajet qu’elle avait effectué, et sa queue de cheval avait l’allure de la paille. Shijima se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de redescendre maintenant, d’aller trouver les bains publics, et de se faire belle pour son arrivée au palais. Elle l’aurait effectivement fait, si quelque chose n’était pas venu interférer, ou plutôt quelqu’un.

Alors qu’elle tenait le tissu de sa jupe longue entre les doigts, la frottant pensivement en se demandant que faire, un groupe de femmes remonta l’escalier, et s’arrêta sur le même terre-plein que Yuu. Cette dernière leur jeta un coup d’œil discret, pour voir que pour la plupart elles ne semblaient pas richement vêtues, et pas essoufflées. L’une d’elle cependant, mince et ridée, en robe d’un bleu marine plus sombre que ceux des autres femmes, semblait plus « riche » d’apparence que celles qui l’accompagnaient. Cela venait surement de ses ongles manucurés, de sa chevelure lisse et en queue de cheval sans défaut, et de son regard un peu hautain sur son entourage.

Le regard de cette femme finit par tomber sur cette demoiselle salement parée, et qui elle-même la détaillait. Une ombre fugitive passa dans le regard sans fond de la dame qui s’approcha en deux enjambées de Yuu pour se tenir face à elle, et déclarer d’une voix austère mais sans animosité.

??? ¤ Que faites-vous aussi mademoiselle ? Cet escalier monte au palais.

Yuu ¤ Je… Justement je dois me rendre au palais madame.

??? ¤ Oh, et vous comptez le faire dans cette tenue ?

Yuu ¤ C’est que, justement je…

??? ¤ Et puis qu’allez-vous faire au palais ? Vous ne serez jamais reçue dans cet accoutrement, dit-elle en la coupant sèchement.

Cette femme rappelait à Yuu une cliente que sa mère avait eue au village un jour. Une femme de riche, hautaine et sure de son pouvoir sur les gens. Elle était venue voir le papier que madame Shijima faisait, et que l’on disait de grande qualité. Ce dernier l’était, mais parce que le prix lui semblait bien trop cher, la cliente avait dénigré le papier et finit presque par insulter sa mère. Du papier trop cher… Ce sont toujours ceux qui ont de l’argent qui rechignent à le partager de quelques façons que ce soit. Et pourquoi cette dame austère face à elle lui rappelait cette cliente, tout simplement parce qu’elle avait une idée fixe en tête, et qu’elle n’hésitait pas à lui couper la parole, comme cette cliente l’avait fait avec sa mère, l’empêchant de se défendre des méchancetés qu’elle lui disait.

Elle serait partie si la curiosité n’était pas apparue durant cette ascension. A présent elle voulait aller au bout, quitte à échouer au dernier moment, mais elle voulait monter au palais, rencontrer le Daymo, et travailler là-bas au poste qu’il lui avait demandé d’occuper. Aussi Yuu prit-elle une grande inspiration, et tandis que les regards de ces femmes étaient rivés sur elle, la jeune femme aux cheveux noirs bien que poussiéreux actuellement reprit la parole d’une voix forte, de manière à ne pas être coupé.

Yuu ¤ Je m’appel Shijima Yuu, j’ai été engagé par le Daymo pour travailler au palais.

Un éclair de surprise traversa les regards de la plupart des femmes, mais de celle face à elle, qui répliqua presque immédiatement.

??? ¤ Et en quelle qualité avez-vous été prise ici mademoiselle Shijima ?

Yuu ¤ En qualité de musicienne madame.

Le visage fermé, n’exprimant rien, la femme face à elle tourna la tête de côté, vers la ville, semblant réfléchir. Puis finalement elle se mit à sourire, recula d’un pas, et s’inclina légèrement vers Yuu, imitée par les autres femmes à ses côtés. Shijima elle, n’y comprenait bien sur absolument rien. Mais la femme lui apporta quelques réponses, à commencer par son identité.

Nikka ¤ Je m’appel Jitsudou Nikka, je suis l’intendante des serviteurs du palais du Daymo. Je serais votre vis-à-vis, et vous transmettrait les directives du Daymo, jusqu’à ce que celui-ci soit en état de vous voir.

Yuu ¤ Enchantée Jitsudou-sama, fit-elle sans rancœur.

Nikka ¤ De même jeune fille. Excusez-moi ma brutalité de tout à l’heure, je vous attendais pour demain.

Yuu ¤ Les gardes m’ont dit la même chose…

Nikka ¤ En effet je les avais informé que vous deviez arriver demain mais finalement vous voici déjà. Maintenant que je sais qui vous êtes, montez donc avec moi jusqu’au palais.

Signifiant son assentiment d’un hochement de la tête, Yuu emboita donc le pas à l’intendante, restant en retrait à sa gauche, le reste des femmes qui devaient être des servantes elles-aussi derrière elles. Ainsi donc c’était à cette femme que Yuu aurait à faire tant que le Daymo soit… En état de la voir ? Cela voulait-il dire que le Daymo était malade ? Elle espérait que non. La montée se faisant en pente douce, et la curiosité l’emportant sur la fatigue qu’elle recommençait à sentir en avançant de marche en marche, Shijima remonta au niveau de Nikka et lui fit donc part de ses interrogations.

Yuu ¤ Jitsudou-sama, pourquoi avez-vous dit « jusqu’à ce que le Daymo soit en état de me voir » ?

Nikka ¤ Vous venez tout juste d’arriver vous n’êtes donc pas au courant : le Daymo est tombé malade. Il doit tenir le lit encore une, deux, trois semaines, je n’en sais trop rien. Ce sont ses fils qui se chargent de lui.

Yuu ¤ Ses fils ?

Nikka ¤ Oui, ses trois fils. Quoi vous n’étiez pas au courant non-plu ?

Yuu ¤ Et bien en fait…

Nikka ¤ Je plaisante, je me doute bien que vous ne deviez pas avoir beaucoup de nouvelles de la capitale depuis votre village, mais de là à ignorer qu’il eut trois fils ! Vous les rencontrerez peut être, surtout le cadet, qui adore la musique.

La conversation s’en tint là, et tandis que les femmes murmuraient derrière elle, sans que Yuu puisse comprendre un seul mot de leurs chuchotis, le groupe de donzelle arriva enfin aux portes du palais. Elle ne pouvait pas le savoir depuis le bas de la ville bien sur, mais le palais était en fait un peu plus grand que ce qu’il paraissait. Le gros de sa structure était en fait sur la terre elle-même, la partie étant au-dessus de la cascade ne servant en fait que de hall de soirée. Comme quoi, on restait malgré tout prudent dans la place. Un plan foireux et tout le palais plongeait : on n’allait pas installer le Daymo là faut être sérieux deux minutes.

Toutes les femmes sortirent des papiers officiels qu’elles présentèrent aux gardes de la porte en bois bleu. Ici aussi, ils portaient le symbole de la famille de la cascade… Shijima passa la dernière, présentant sa convocation. L’intendante intervint pour demander aux gardes de ne pas lui faire perdre de temps et de laisser passer la fille de campagne, qu’elle l’amène aux bains. Suivant donc le mouvement, Yuu entra dans la grande cour intérieur du palais, qui servait à décharger les marchandises, décharger les passagers, desseller les chevaux… bref tout était fait ici. Nikka eut la gentillesse de lui faire une rapide description des lieux, qui lui serait fort utile dans les jours à venir.

Nikka ¤ A gauche de l’entrée c’est l’écurie du Daymo, et le corps des gardes. Ils ont aussi des chiens là-dedans alors ne sortez pas la nuit dans la cour. En face c’est le bâtiment des serviteurs, là où vous aurez vos quartiers, bien que vous ne soyez pas à proprement parlé soumise aux mêmes règles que mes autres pensionnaires. Il y a aussi là-bas des bains séparés pour hommes et femmes, que les gardes aussi utilisent de temps en temps. A droite c’est le hall d’accueil du palais, là par où rentrent les dignitaires importants. Au second étage ce sont plusieurs salles privés, que les princes ont aménagées selon leurs envies. En gros ce sont là qu’ils passent une partie de leurs temps, un peu chacun leur tour, et qu’ils reçoivent leurs invités. Les chambres des invités sont dans le pavillon Est, de l’autre côté de la salle principale. C’est dans cette salle que siège le Daymo la plupart du temps. Quand à la chambre de notre souverain, ainsi que celles des princes, elles se trouvent au second étage du bâtiment des chambres des invités. Les invités ont des bains privés, derrière le pavillon Est. Ce n’est pas un très grand palais comprenez-vous. Ah, quand à la salle se trouvant au-dessus de la cascade, c’est là que les fêtes sont organisés au palais, ou que l’on reçoit à diner. Sinon les cuisines sont dans notre bâtiment. Vous avez tout suivi où je vous réexplique ?

Yuu ¤ Ca peut aller pour le moment je crois, si j’ai des problèmes je demanderais.

Nikka ¤ Très bien mademoiselle Shijima.

Ainsi les femmes se dirigèrent vers le bâtiment des serviteurs, sous l’œil circonspect des gardes, et des autres serviteurs, principalement de type mâle. C’était peut être un petit palais pour Nikka qui devait y habiter depuis un bon moment, mais pour elle… Ca faisait beaucoup à absorber en une seule journée. Et celle-ci n’était pas encore finie c’était bien ce qui lui faisait peur ! Façon de parler bien sur, car Yuu n’avait pour le moment plus très peur. Elle était surtout impatiente d’aller prendre un bon bain. Bien sur les femmes qui l’accompagnaient allait être de la partie mais qu’importe, elle avait besoin d’un bain, yeux indiscrets ou pas. Nikka les abandonna à l’entrée des bains, déclarant qu’elle allait s’occuper de leur rapporter des serviettes, ajoutant à Yuu qu’elle allait vérifier si sa chambre était libre.

Sa chambre ?! Yuu venait de s’apercevoir de ce détail : elle allait résider au palais ! Elle qui avait prévu de galérer dans la ville pour trouver un logement, et qui avait même dans son sac des économies de ses parents pour l’aider à trouver quelque chose, finalement elle n’allait pas en avoir besoin ! Elle devait reconnaitre cet avantage finalement : elle avait bien fait d’être une artiste. A la campagne, clair que ça n’avait pas été très utile à sa famille, mais à présent c’était une autre affaire ! Yuu décida de renvoyer leur argent à ses parents le plus tôt possible, enfin, si tout ce passait bien au niveau de son intégration dans le palais, et que le travail lui plaisait bien sur. Musicienne du palais, un bel emploi.

MessageSujet: Re: [Taki no Kuni] Une Histoire   Mar 16 Mar - 2:23

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Evidement les jours qui suivirent furent d’abords laborieux pour la jeune femme de la campagne qu’elle était. Mais plus par ce qu’elle était intérieurement qu’extérieurement, Yuu eut quelques difficultés de repérages dans le palais d’Ooinarutaki. Après tout le fait d’être une artiste, ça s’accompagnait forcément de quelques défauts, et elle-même avait hérité de celui du repérage : dès qu’on l’envoyait dans la forêt on était sur qu’elle se perde ! D’ailleurs certaines mauvaises langues du Village-du-bas avaient pariés sur le simple fait qu’elle arrive « en vie » à la capitale sans s’être perdue en chemin et avoir été tuée.

Première étape réussie ! La deuxième avait été d’arriver jusqu’au palais, de ne pas se faire jeter dehors malgré son apparence, et de prendre contact avec l’intendante des serviteurs, alias Jitsudou Nikka. Deuxième étape, réussie ! Ce qui pour Shijima ne représentait pas rien, car pour le moment, elle n’avait pas eu de problèmes ! Que ce soit par sa maladresse ou d’autres mésaventures ! Aussi retrouva-t-elle assez vite le sourire dans le palais.

Sa chambre dans l’aile des serviteurs se trouvait au second, parmi les chambres des femmes. Celles des serviteurs masculins résidant au palais, moins nombreuses, étaient au rez-de-chaussée derrière les cuisines. C’était une chambre minuscule, très peu meublée, mais propre, chaude, et à elle, du moins tant qu’elle gardait sa place en ces lieux. Le lit était couvert de draps plus blancs que blancs, d’une blancheur immaculée jamais vue chez elle. D’ailleurs lorsque Nikka lui avait montré sa chambre et faite « visitée », cette dernière avait surpris les yeux ronds de Yuu et ris de bon cœur : ce que ces campagnardes pouvaient être faciles à impressionner parfois. Outre le lit, il y avait une table de chevet, une petite armoire et un coffre à clé unique que l’intendante lui remit.

Nikka ¤ Même si la sécurité est de mise au palais, nous avons tous une vie.

Yuu comprenait ce qu’elle voulait dire, et le comprit d’autant plus dans les jours qui suivirent. Nouvelle dans la place, elle devait montrer son autorisation dont elle ne devait jamais se séparer à tous bouts de champs. Elle n’aurait jamais cru possible qu’on puisse assigner autant de personnes à la protection d’un seul endroit, et pourtant ! Pour un pays qui se voulait en paix, un tel déploiement de sécurité pouvait être mal interprété. Comme c’était avec Nikka que Shijima avait eu son premier contact, c’était avec elle qu’elle passait une grande partie de son temps. Cela ne dérangeait pas la femme mûre qui accomplissait ses tâches quotidiennes fortes nombreuses avec la musicienne sur les talons.

Nikka ¤ C’est à cause de la maladie du Daymo Shijima’san, ordre du prince-guerrier. Dans un sens il n’a pas tellement tord : cette maladie s’est déclarée tellement soudainement et à gagnée du terrain si rapidement qu’on pourrait croire à un empoisonnement…

Yuu ¤ Mais qui pourrait avoir intérêt à empoisonner le dirigeant d’un pays en paix ?

Nikka ¤ Ahah, ces choses-là… Vous les comprendrez peut-être en temps utiles, et cela n’est pas indispensable dans votre position que je vous les communique.

Yuu ¤ Très bien, je le découvrirais bien par moi-même dans ce cas.

Nikka ¤ Parfaitement jeune fille, dit elle en s’arrêtant pour répondre à un cuisinier qui lui demandait l’autorisation de lancer la préparation du déjeuner. Au fait Shijima’san, je vous trouve bien plus en valeur dans cette robe que dans vos frusques de voyages…

Yuu ¤ Merci Jitsudou’sama, répondit-elle en rougissant.

Et ce n’étaient pas des paroles en l’air : la nouvelle faisait de l’effet. On n’ajoutait rien pour le moment après « nouvelle » car l’on n’avait aucune idée dans le palais de son statut. On la voyait juste se balader avec l’intendante, et parfois se promener seule dans le palais. Elle prenait son bain seule la plupart du temps, dinait de même ou avec Jitsudou, et ne faisait apparemment rien d’autre. On en vint même à croire pour certains que la vieille marâtre formait là sa remplaçante, et certains gardes en furent atterrés : rendre une telle beauté inaccessible en la mettant à un poste clé demandant une sacrée poigne, c’était un crime !

Yuu caressa distraitement une mèche de cheveux noirs, et tourna la tête sur sa droite pour surprendre un regard en coin d’un garde qui louchait sur elle. Ces regards la déstabilisaient un peu, mais elle essayait de ne pas y penser. Bon d’accord chez elle aussi on lui avait fait des avances mais voilà ça allait bien cinq minutes !

Et puis les ennuis, si on peut les nommer ainsi, commencèrent. Comme le lui avait dit Nikka, la jeune femme bénéficiait d’un effet de nouveauté décuplement l’attraction que pouvaient éprouver certaines personnes pour elle. Ca ne commença que par un simple mot, qu’elle préféra ignorer. Puis il y en eut d’autres. Et les gardes parfois lui parlaient lorsqu’elle se baladait seule. Ils n’osaient pas en présence de l’intendante qui semblait les effrayer. Il faut dire qu’elle en jetait par son calme et sa tenue irréprochable… Mais le soir parfois, surprenant des conversations des pièces voisines, Yuu apprit par hasard que cette femme à l’allure si hautaine, fondait comme un glaçon en plein soleil de midi en présente du capitaine de la garde du palais. Surement une affaire de rapprochement par leurs positions respectives de « chefs » de quelque chose. Mais apparemment leur relation n’allait pas plus loin que des œillades.

De même que ces potins, Shijima surprit d’autres sujets, qui la laissaient pour la plupart perplexe. Il était question de troubles entre les trois frères, que l’on nommait respectivement, prince-guerrier, prince-artiste, et prince-marchand. Ainsi se voulait la tradition de la famille du Daymo que celui eut trois fils. Et il en allait de même depuis des lustres. Du coup Yuu posa une question assez pertinente à l’intendante sur ce sujet, car elle vivait ici, et connaissait donc bien mieux l’histoire des propriétaires des lieux que Yuu, qui même si elle était cultivée, l’était plus dans des domaines culturels qu’historiques.

Yuu ¤ Comment font-ils pour la succession alors ?

Nikka ¤ Ca… C’est le destin qui décide, même si… Dit-elle en baissant la voix. Le destin n’a rien à voir là-dedans.

Yuu ¤ Comment ça ?

Nikka ¤ Allons Shijima’san… A ton avis comment font les hommes pour se départager dans de tels circonstances ?

Yuu ¤ Ils se battent ?...

Et bien évidement, la réponse était « oui ». Ainsi les phases de paix, et de guerres se succédaient sur des tranches d’années plus ou moins grandes. Par exemple la paix actuel, obtenue donc par la défaite de ses deux frères, revenait au crédit du Daymo qui avait prit le pouvoir plus d’une trentaine d’années en arrière. D’où le fait que Yuu soit née et ait grandi dans un pays en paix. Ainsi elle apprit aussi que l’actuel Daymo, Takitsubono Rikou, était nommé « prince-marchand » dans sa jeunesse. Ainsi, de générations en générations, l’un des trois frères montait sur le trône, et apportait sa contribution au pays dans le domaine qu’il préférait. Bien entendu ne nourrir qu’un seul des trois domaines pouvait se révéler dangereux… Aussi le père des trois princes avait un « atout » dont Nikka ne voulut pas lui parler, permettant que ses fils soient versés dans deux des trois domaines de la vie d’un pays. Mais Yuu eut beau insister, elle n’obtint de l’intendante que des rires.

La jeune femme aurait bien approfondi sa connaissance du sujet, mais elle n’en eut pas l’occasion : le Daymo était rétablit. Et en conséquence sa s’activa un peu dans tout le palais. Le programme : une fête en l’honneur du rétablissement du dirigeant le plus avisé de l’histoire du pays de la cascade !

Bien entendu Yuu devait participer. Mais…

Nikka ¤ Non tu ne seras pas avec les musiciens officiels je te l’ai déjà dit.

Yuu ¤ Mais c’est pour ça qu’on m’a engagé !

Nikka ¤ Relit le courrier : tu es engagée en tant que musicienne, mais il n’est précisé de quoi, ou… De qui.

Mais la jeune femme ne comprenait pas. Les préparatifs pour la fête allaient durer trois jours, durant lesquels d’autres événements nouveaux se produisirent. Tout d’abord, deux nouvelles arrivèrent au palais, bien avant les dignitaires officiels. Cela fit jaser dans les couloirs mais encore une fois, Yuu était totalement hors du coup et personne ne souhaitait la mettre au courant.

A la veille du grand événement, la jeune femme était un peu, perdue, dans toute l’agitation du palais. Comme elle n’avait rien à faire et que l’intendante refusait de la laisser aider les autres servantes, elle finit par proposer à la demoiselle une tâche particulièrement, surprenante, et surtout embarrassante.

Nikka ¤ J’aimerais que tu écrives une petite mélodie que tu iras jouer cet après-midi au Daymo dans ses appartements. Je t’ai amené du papier et une flûte. Désolé je n’ai que ça sous la main…

Elle lui apprit également qu’il s’agissait là d’une demande du dirigeant du pays en personne, et donc en gros, qu’elle avait intérêt à produire quelque chose de bien ! Mais la pression ne fit que lui perturber les pensées, et à l’approche de l’heure tant attendu, alors que dans la cour les dignitaires continuaient d’arriver, que des chariots de nourritures étaient amenés, et que des serviteurs allaient et venaient, Nikka refit son apparition dans sa chambre, trouvant la musicienne debout devant sa fenêtre, observant l’activité en contrebas, une feuille vierge posée sur sa couche. L’intendante se prit la tête dans la main : ça allait mal finir cette histoire, contre laquelle elle était contre depuis le départ. La dame à la queue de cheval lui apportait des vêtements plus « élégants » encore que ses habits actuels. Normal en même temps qu’elle soit mieux habillée pour aller jouer un petit morceau au Daymo. Yuu tremblait, bien évidement…

Malgré ses tentatives désespérées pour la calmer, Nikka n’arriva pas à faire reprendre à la demoiselle ses esprits. En même temps à quoi s’attendait-il le vieux bonhomme, en faisant appeler une fille si jeune et tellement peu habituée à la vie d’un palais dans celui-ci ? Normal qu’elle finisse par craquer. Cependant Yuu assura qu’elle allait y arriver, improviser quelque chose. La composition n’était pas son point fort, préférant de loin improviser… Mais est-ce que ça allait être suffisant devant le personnage le plus puissant du pays ? Dans sa dernière lettre à sa famille, elle précisait qu’elle n’avait encore rien fait dans le palais… La prochaine allait peut être… Enfin, si prochaine il y avait : le Daymo était un homme tout à fait charmant d’après les dires mais qui sait si les choses ne pouvaient pas tourner au vinaigre à n’importe quel moment, avec ces gens pleins de pouvoirs difficile de prévoir les réactions…

Ainsi Yuu fût conduite, après avoir été habillée par l’intendante, à travers le palais jusqu’au quartier des dignitaires. Les deux femmes passaient inaperçus car les personnages de marques qui étaient là étaient encore plus richement vêtus que les habitants de la ville. Même si Shijima était elle aussi magnifique il fallait bien le dire. Elle portait en fait une sorte de corset bleu profond et blanc et qui donnait à son visage encadré de sa chevelure noire plus de profondeur. Enfin elles prirent le premier escalier. Les appartements des princes et au bout du couloir, gardé par quatre gardes… Celui du souverain du royaume. Un moment, dont elle n’arrivait pas à dire s’il était magique ou tout simplement effrayant : Yuu Shijima qui allait rencontrer le personnage le plus puissant du pays, ce n’était pas rien vraiment ! Les gardes procédèrent à un dernier contrôle avant que la double-porte ne s’ouvre en coulissant. L’intendante entra la première et lui fit signe d’attendre légèrement en retrait par rapport à elle, tandis qu’elle l’annonçait.

Nikka ¤ Seigneur Daymo, Shijima Yuu…

Il était là, pas aussi grand qu’elle ne l’aurait imaginé, assis derrière un bureau face à elles. Il portait des habits d’ors et d’un bleu très clair, et semblait bien se porter. Il écrivait des choses sur de multiples parchemins. A ses côtés, plusieurs hommes attendaient. Au bout de quelques minutes, il enroula les parchemins, apposa son sceau, celui de Taki, avec de la cire et en donna à chacun des hommes qui partirent en courant. En dépassant les jeunes femmes, Yuu s’aperçut d’où elle était, et failli fuir avec eux, et courir loin d’ici, loin de cette vie qui n’était pas la sienne. Mais il était déjà trop tard, le Daymo avait relevé ses yeux fatigués vers les deux femmes et avait fait signe à Nikka de partir. Oh non, ne me laisse pas par pitié… Trop tard.

Takitsubono ¤ Approche Shijima’chan approche, je ne vais pas te manger, allons viens.

Les yeux baissés, incapable d’articuler un mot, la jeune femme à la chevelure d’ébène obtempéra et s’approcha donc jusqu’à être face au bureau. Là, le Daymo put voir plus clairement malgré sa vue baissant, que la jeune fille tremblait, et qu’elle se tordait les mains par peur d’être… D’être quoi au juste ? Il n’allait rien lui faire ! Mais fin psychologue, qualité qui l’avait sauvé par le passé, le Daymo se contenta de sourire. Se levant, provoquant de multiples mouvements sur se vêtements, comme des vagues, à chacun de ses pas, formant une cascade imaginaire, le vieil homme saisit un objet sur son bureau, et alla à côté de Yuu.

Takitsubono ¤ Peut être sauras-tu mieux exprimer ce que tu ressens avec ceci…

Yuu baissa les yeux : le Daymo lui tendait une flûte traversière. Shijima releva les yeux, l’esprit tout d’un coup vidé de toutes ses peurs, et plongea son regard dans celui du dirigeant du pays : elle savait quoi faire à présent. Etrangement sur d’elle, la jeune femme prit l’objet magnifiquement ouvragé, et simple à la fois… Le Daymo quand à lui s’était reculé et avait prit place dans un fauteuil, près d’une table sur laquelle reposait un service à thé. Rapidement il eut une tasse entre les mains, et Yuu se mit à souffler, naturellement, et simplement, comme elle l’avait toujours fait jusque là…
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