Partagez | 
 

 Sawako Tsugi

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: Sawako Tsugi   Mar 2 Fév - 16:52

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

Nom : Tsugi

Prénom : Sawako

Âge : 18 ans

Village : Nuke-nin de Kumo

Affinité : Raiton

Grade : Déserteur de rang B / Chuunin de Kumo

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Mar 2 Fév - 16:52

[Sawako] - Il y a quelqu’un que je dois trouver.

Hideo faisait tourner dans ses doigts fins une petite amulette de bronze. Il signifia son intérêt par un poli haussement de sourcil.

[Sawako] - Je veux dire… il faut absolument que je le retrouve.

[Hideo] - C’est pour le tuer ?

Sawako se redressa sur sa chaise.

[Sawako] - Mais bien sûr que non… Enfin… j’en serais bien incapable. Il faut simplement que je le retrouve.

Ils étaient dans une petite pièce sombre, éclairée par une ampoule trop vieille qui clignotait de temps à autre comme pour se rappeler à eux. Hideo posa finalement les mains sur la table, l’amulette au creux de sa paume, et se tourna complètement vers Sawako.

[Hideo] - Et est-ce que tu seras réellement capable de le retrouver ?

La jeune femme grimaça. Comme elle ne répondait pas, Hideo insista.

[Hideo] - Je ne t’aiderai pas si je ne sais rien.

[Sawako] - Il faut que je le retrouve… mais Kumo ne doit pas le retrouver. Il se méprendrait sur mes intentions.

[Hideo] - Eh bien, si tu désertes, tes intentions lui paraîtront très claires tout d’un coup.

Un doigt de l’homme tapait régulièrement sur le bois de la table, tandis qu’il réfléchissait. Aussi loin qu’elle se souvenait, Sawako avait toujours connu Hideo. Ils avaient été voisins un moment et, bien qu’il soit plus âgé qu’elle, ils jouaient fréquemment ensemble alors. Il n’y avait pas grand-chose à faire à Kumo, pour des enfants, hormis jouer aux ninja et inventer toutes sortes de monde à explorer. Lorsque Hideo s’inscrivit à l’Académie, Sawako en avait été mortellement jalouse. Ses parents n’avaient jamais beaucoup apprécié l’idée de voir leur fille courir dans tout le pays en attendant le jour où elle se ferait tuer. Mais à dix ans, Sawako entra à son tour à l’Académie en tant qu’aspirante. Hideo était déjà Genin et il se disait plutôt doué - mais c’était un fanfaron de toute façon. Au fil du temps, ils avaient fini par sortir brièvement ensemble puis ils convinrent que ce n’était pas une excellente idée. Ils ne se sont toutefois jamais véritablement quittés et c’était beaucoup, beaucoup plus qu’un ami aux yeux de Sawako.

[Sawako] - C’est… je dois trouver Urasa Yumito.

Hideo écarquilla les yeux puis éclata de rire.

[Sawako] - Je suis très sérieuse... Je…

La jeune femme hésitait à poursuivre. Ce n’était pas un problème de confiance ou quoi que ce soit, mais elle n’était pas sûre que Hideo puisse comprendre exactement à quel point ce qu’elle souhaitait était important pour elle. Mais il la regardait sereinement à présent, les yeux un peu plissés, comme à son habitude lorsqu’il écoutait avec attention.

[Sawako] - Je crois qu’il est relié à la disparition de mon frère. Je pense qu’il l’a tué. Mais… Tu sais, j’ai toujours eu besoin de certitudes. J’ai besoin de savoir quand on m’aime et quand on ne m’aime pas, ce genre de choses. J’ai besoin de savoir pourquoi du jour au lendemain, on m’a avertie que je ne reverrais jamais mon frère. C’est… un besoin qui me dévore de l’intérieur. Cela ne doit pas continuer.

[Hideo] - Hé, je t’aiderai. Pas besoin de me raconter tous tes secrets. Je ne déteste pas les secrets.

***

Sawako se passa une main fatiguée devant ses yeux qui se fermaient tout seul. D’après ses estimations, elle avait laissé derrière elle le Pays de la Foudre depuis quelques heures maintenant. Il lui semblait que l’air avait changé d’odeur, bien que cela soit certainement un effet de son imagination. Elle se tourna et, la main en visière, observa les forêts groupées et les hautes montagnes au loin. Cela faisait des années qu’elle évoluait dans ce paysage. Finalement, malgré son grade, Sawako n’avait jamais énormément voyagé. L’essentiel de ses missions s’étaient déroulées dans les frontières du pays où elle était née. Le monde lui semblait tellement vaste, depuis Kumo… Elle avait été une fois à Kusa, pour une mission expéditive et une autre fois à Konoha, pour un examen Chuunin - lamentablement raté, par ailleurs.

Cela lui faisait tout drôle de se dire que maintenant, le monde lui appartenait un peu.

***

Hideo était en retard. Ce n’était pas pour rassurer Sawako, d’ordinaire Hideo mettait un point d’honneur à être ponctuel. Si quelqu’un avait fini par apprendre ses intentions ou l’ébauche de son plan, non seulement leurs efforts se verraient réduits à néant en l’espace de quelques secondes mais, pire, ils risqueraient la mort. Kumo, par les temps qui couraient, ne tolérerait probablement pas une telle entreprise et chercherait peut-être à marquer les esprits. Quelque part, Sawako se demandait s’il n’était pas plus simple de seulement demander une entrevue avec Shigeo Koyama, l’Intendant, pour lui exposer ses désirs. Mais elle n’était rien ici, pour le village… de quel droit pourrait-elle demander la moindre chose ? Hideo lui avait suggéré que le village détenait peut-être les réponses qu’elle cherchait, sur l’implication d’Urasa Yumito, l’ancien Eisei de génie du village. Mais cela ne lui suffisait pas… elle voulait entendre le vieil homme le dire en personne, devant elle. C’était une question trop importante pour être seulement récupérée sur un bête rapport. Il fallait que la réponse vienne d’Urasa ; et de personne d’autre. Tout le monde avait sans doute ses petites obsessions… celle de Sawako, c’était la vérité. Une quête longue, pénible et jamais vraiment rassurante.

Haletant, Hideo apparut à l’angle. Il lui fit un signe de la tête pour qu’elle le rejoigne.

[Sawako] - Quoi ? Tu as de mauvaises nouvelles ?

[Hideo] - Non... Enfin, un peu… On va devoir avancer notre plan : on part demain.

[Sawako] - Oh… Ils seront prêts ?

Hideo haussa les épaules.

[Hideo] - Je ne sais pas, je ne pourrais pas les contacter d’ici-là. Mais je pense qu’ils seront présents. Après tout, on est quand même censés les traquer.

Le jeune homme gratta une cigarette et Sawako grimaça. La vraie mauvaise nouvelle n’était pas encore annoncée. Hideo avait la manie de s’allumer une cigarette avant de sortir un énorme mensonge - parfaitement interprété par ailleurs - ou de poser une vérité particulièrement affligeante. Malheureusement, cela faisait longtemps que Hideo ne lui mentait plus.

[Hideo] - On va être accompagnés.

[Sawako] - Merde ! Par qui ?

[Hideo] - Un autre Chuunin. Sho Nagoshi il s’appelle.

Le nez de Sawako se plissa et Hideo sourit. Elle faisait déjà cela quand elle avait cinq ans et qu’elle était contrariée.

[Sawako] - Ah… Je le connais vite fait. Il est un peu bizarre. Mais il est… mmh… pas nocif.

[Hideo] - Oui, eh bien, il ne nous arrange pas forcément la tâche ma belle. Cela fait un témoin officiel, on devra être exceptionnellement bons si on veut que ça marche sans qu’il n’y ait de blessés.

Sawako se frotta le dos de la main. Cela n’était peut-être pas aussi mauvais que l’annonçait Hideo. Une grande part des frayeurs qu’elle nourrissait par rapport à leur plan, c’était précisément le manque de témoin. Il n’y aurait que la version de Hideo et son rapport, pour garantir de la véracité des faits. Ce n’était pas suffisant, à son sens, s’ils voulaient prendre le maximum d’assurance. Un autre œil, qui pourra confirmer la tournure tragique des événements… c’était une bonne opportunité. Sawako exprima ses pensées à voix haute.

[Sawako] - On peut tourner cela à notre avantage. Si Sho voit la même chose que tu verras, son rapport concordera avec le tien. Du coup, personne ne songerait à faire la moindre enquête, il n’est pas possible que deux Chuunin confirmés aient manqué un détail. Le problème… c’est qu’il faut que Sho voit justement la même chose que toi.

Un fin sourire étira les lèvres de Hideo.

[Hideo] - Mais nous sommes bons menteurs.

Oui… Sawako avait appris qu’il fallait beaucoup mentir pour obtenir un peu de vérité. C’était, selon elle, un échange équivalent. Un échange qui valait définitivement le coup.

***

Je veux être kunoichi, je veux être kunoichi… combien de fois Sawako avait-elle répété cela, enfant ? Ses parents la regardaient alors d’un œil affligé et épuisé, en attendant qu’elle reprenne enfin son souffle. Puis elle recommençait, à moins qu’une heureuse distraction ne la détourne de sa sinistre ritournelle. Au départ, ils estimaient qu’un seul de leur enfant shinobi, c’était bien assez. Seigo était son frère aîné, il avait vingt ans quand elle n’en avait que six. Puis, peu après que Sawako ait fêté son huitième anniversaire, ses parents lui annoncèrent que son frère ne reviendrait jamais.

Elle se souvenait parfaitement de la scène. Son père l’avait appelée, et Sawako avait tardé à venir. Puis après qu’elle soit arrivée dans le salon, il l’a prise sur ses genoux et lui a gentiment serré le bras. Sa mère n’était pas loin, assise par terre. Il y avait quelque chose dans leur regard que Sawako ne parvenait pas à déterminer avec précision, mais elle devina plus tard qu’il s’agissait seulement d’une douleur ineffable.

[Père] - Sawako, ma chérie, ton frère ne reviendra pas.

Sawako ne répondait pas, observant tour à tour sa mère et son père. Cela ne l’étonnait pas plus que cela alors, parce que son frère ne passait les voir qu’une fois par mois et encore, cela faisait presque un an qu’ils ne l’avaient plus vu. D’après ce qu’elle avait compris, il travaillait beaucoup et très loin.

[Père] - Il est... Comme ta grand-mère, tu vois ?

[Sawako] - Vieux ?

[Père] - Non… non, il est mort.

Ses parents n’avaient pas pleuré, ou en tout cas, pas devant elle. Sawako estimait qu’ils s’étaient toujours attendus à cette nouvelle, d’une façon ou d’une autre. La durée de vie des shinobi était courte, ils grandissaient vite pour mourir tôt. Mais la puissance de leur tristesse l’avait beaucoup marquée, déjà à l’époque. Elle ne fit pas le rapprochement entre la mort de son frère et son statut de shinobi, à ce moment-là, alors elle poursuivit ses désirs initiaux. Peut-être que si on lui avait expliqué pourquoi son frère ne reviendrait plus, comment il était mort, Sawako se serait tournée vers un quelconque commerce.

A dix ans, ses parents cédèrent finalement. Sawako leur avait fait la promesse de ne pas choisir d’elle-même des missions trop dangereuses. C’était sans doute puéril pour beaucoup de shinobi… mais Sawako ne voulait pas décevoir ses parents. Ah, quelle brillante kunoichi elle faisait ! Elle s’en moquait toutefois. Sa raison de vivre n’était pas d’écraser tout le monde sous ses gros sabots, de tuer le plus de personne possible ou même, d’en être ne serait-ce que capable. Ce n’était pas à ses yeux des raisons suffisantes pour une existence remplie. Et, elle avait tenu sa promesse. Peu de voyages, peu de missions dangereuses. Dans son équipe, en tant que Genin, leur chef - un Juunin adorable qui s’appelait Kazuo et qui prenait régulièrement des nouvelles d’elle - demandait à chacun ses désirs. Il était à l’écoute et, sachant que Sawako ne désirait pas faire des choses trop dangereuses, il s’adaptait.

Elle avait appris plus tard qu’on critiquait le travail de Kazuo, parce qu’il couvrait trop ses élèves et ne les préparait pas à la perspective d’un affrontement plus violent. Mais c’était stupide. Ils n’apprenaient pas à cueillir des fleurs, mais bien à tuer des gens. Qu’ils s’y entraînent effectivement ou non, c’était un détail ; le résultat était malgré tout qu’ils avaient cette connaissance et cette capacité en eux, grâce à Kazuo. Par ailleurs, Hideo l’aidait beaucoup. Il prenait soin d’elle et, même s’il progressait plus vite et se révélait plus doué, il prenait toujours sur son temps pour l’aider, pousser ses entraînements. Et puis, la vie, quoi…

Sawako chassa ses pensées de sa tête et regarda autour d’elle. C’était normal qu’elle soit d’humeur mélancolique ce matin, peut-être était-ce la dernière fois qu’elle regardait Kumo. Elle était allée serrer ses parents dans ses bras et cela l’avait tuée de ne pas pouvoir les mettre dans le secret. Elle allait les faire si terriblement souffrir… Quand ils apprendraient qu’un autre de leur enfant est mort et que des deux, ils n’auront pu en enterrer aucun. Jusqu’à maintenant, Sawako n’avait jamais envisagé son entreprise comme une franche trahison de Kumo. Elle ne faisait que le quitter sans sa permission mais pas pour lui nuire, pas pour aller s’exciter contre le premier venu, simplement pour accomplir quelque chose d’absolument vital pour elle.

Mais à présent, elle saisissait en quoi la portée de son action était véritablement une trahison. Ce n’était pas le village, qu’elle trahissait, mais tous ceux qu’elle avait fréquenté et avec qui elle avait partagé des choses, bonnes ou mauvaises. Elle allait leur faire mal, terriblement, et il n’y avait rien pour l’empêcher. Alors, Sawako disait adieu à tout cela en silence et elle espérait qu’ils trouveront tous la force de ne pas trop la mépriser.

Hideo arriva, les mains dans les poches et le visage reposé. Il était tôt, un peu moins de neuf heures, mais le village était complètement réveillé. Quand elle voyait un shinobi, Sawako se demandait si un jour il essaierait de la tuer. Une pensée perturbante.

[Hideo] - Bien dormi ?

[Sawako] - Tu parles…

Il sourit doucement. Hideo savait qu’il ne la verrait plus pendant longtemps et il savait qu’il allait risquer sa vie pour elle, sur la durée. Que sa position serait difficile, avec cette vérité écrasante sur le sort réel de son amie. Mais il l’acceptait sans ciller. Il ne faisait jamais… qu’aider quelqu’un qui lui était cher à réaliser un désir trop gros pour elle. C’était bien le moins qu’il puisse faire, parce qu’après, Sawako sera seule et isolée. Mais il ne la laissera pas tomber pour autant. Il sourit à nouveau.

[Hideo] - Je n’ai pas envie de te perdre Sawa.

[Sawako] - Chut ! T’es fou, il y a des équipes de survei…

Il la serra dans ses bras et Sawako, un peu prise au dépourvu, lui rendit son étreinte et ferma les yeux. Est-ce que cela valait bien toute cette souffrance ? Probablement que non pour la plupart des gens. Mais aux yeux de Sawako, la vérité était trop importante. C’était comme sauver un être qu’on aime. On ne peut pas lutter : il faut le sauver. C’est une priorité vitale et, si on échoue, on portera cet échec toute sa vie durant comme un fardeau écrasant. Ce n’était pas une vie. Sawako sentait les lèvres de Hideo contre son oreille.

[Hideo] - Je ne vais pas te perdre. C’est dangereux… mais je sais que je ne regretterai pas de le faire.

Il s’écarta, prit sa main et y posa un objet froid et métallique. Sawako baissa les yeux. C’était une petite bague très simple, en argent. Elle releva la tête, ouvrit la bouche et la referma.

[Sawako] - Euh… tu ne serais quand même pas en train de… enfin de me…

Elle jeta un coup d’œil autour d’elle puis chuchota tout bas.

[Sawako] - … me demander en mariage, là ?

Les épaules de Hideo s’affaissèrent, puis il éclata de rire.

[Hideo] - Bien sûr. Je ne te reverrais peut-être jamais, alors je me suis dit, tiens, si je la demandais en mariage, ça ne mange pas de pain. Allons…

Il secoua la tête, un large sourire aux lèvres, faussement navré.

[Hideo] - Non, c’est un sceau. Cela nous permettra de discuter, ou que tu sois. Mon amulette porte un sceau similaire.

Il tapota sur l’amulette de bronze qui pendait à son cou. Sawako écarquilla les yeux. Il tenait énormément à cette amulette, bien qu’elle n’ait jamais su exactement pour quelle raison.

[Hideo] - Alors… arrange-toi pour garder cette bague, d’accord ? .

[Sawako] - Oui… oui, bien sûr. Merci.

Un hochement de tête, puis Hideo se tourna sur le chemin. Ils attendaient aux portes du village, mais ils étaient tout deux en avance. Ils allaient bientôt faire la rencontre de Sho, un garçon certainement très sympathique au demeurant, mais qui arrivait un peu comme une chevelure sur une pauvre soupe qui n’avait rien demandé à personne. Hideo espérait qu’il soit stupide, mais ce n’était pas l’avis de Sawako. Elle pensait même, malheureusement, qu’il était particulièrement intelligent et observateur.

Hideo ne put s’empêcher de sourire. Ils risquaient leur vie sur cette histoire. Ils n’allaient pas laisser qui que ce soit les empêcher de réaliser ce qui devait être fait. C’était leur sacrifice. Ils avaient le droit de le mener jusqu’à son terme.

Tout cela pour découvrir une vérité… une vérité obtenue grâce à un gigantesque mensonge.

Ah, ainsi allait la vie.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Mer 3 Fév - 17:52

¤,.°o°O Spécial : Mission O°o°.,¤
1

[Akai] – Sho ?

Sho enroulait soigneusement un bandage autour de son poignet. Il ne répondit rien.

[Akai] – Sho !

Assit sur son balcon, il profitait du léger vent frais qui soufflait sur le village. Il y avait comme un parfum d’herbes aromatiques qui émanait du restaurant situé au coin de la rue. Et une autre effluve, plus subtile, qui rappelait l’odeur des baies sucrées.

[Akai] – Sho, c’est urgent ! Réponds-moi !

Sho soupira. Ne pouvait-on pas lui laisser un seul instant de répit ? Il ne demandait pourtant pas grand chose, juste quelques minutes pour se reposer et ne penser à rien. Fatigué, il leva ses yeux vers le ciel qui brillait d’une merveilleuse couleur rose orangé. Quelques nuages blancs osaient le traverser pour se nicher dans les hauteurs de Kumo ; mais rien de comparable aux masses nuageuses qui stagnaient habituellement au-dessus de la région.

[Sho] – Montes.

Akai apparut devant lui, accroupis sur la rambarde. Elle le dévisagea un moment mais voyant qu’il n’était pas prêt de croiser son regard, elle posa le pied à terre et s’appuya contre la rambarde. Elle dégagea les quelques mèches rebelles de son visage.

[Akai] – Tu as oublié la politesse ?

[Sho] – Bonsoir Akai.

Akai croisa ses bras contre sa poitrine. Sho la connaissait depuis assez longtemps maintenant pour savoir que lorsqu’elle croisait les bras de cette manière, cela voulait dire qu’elle était songeuse. Il ne lui restait plus qu’à découvrir pourquoi. Mais autant dire que ce n’était pas une mince affaire. Au-delà de quelques tics, Akai Juutai était certainement la femme la plus complexe qu’il n'ait jamais rencontré. Elle n’exprimait pratiquement rien, ne laissait déborder aucune émotion dans l’intonation de sa voix, n’affichait aucun rictus particulier sur son visage, elle était tout simplement neutre.

Neutre jusqu’au bout des ongles.

[Akai] – La nuit a été courte à ce que je vois.

[Sho] – Je l’ai suivi jusqu’au petit matin si tu veux tout savoir.

Akai plissa les yeux avant de tourner sa tête vers les montagnes. Les deux extrémités de son bandage nouées, Sho laissa ses avant-bras s’appuyer contre ses genoux repliés. Il resta dans cette position, contemplant les quelques bouts de village que lui permettait d’apercevoir son balcon. Peu à peu, l’activité semblait décroître, les bruits s’atténuaient, et les passants se faisaient de moins en moins nombreux. D’ici une heure ou deux, les rues de Kumo ne seraient plus habitées que par des ombres et des jeux de lumière blancs et jaunes. Un peu plus tard, un calme plat s’étendrait sur le village, laissant certains kuméens à leur nuit de sommeil rudement gagnée tandis que d’autres resteraient éveillés pour assurer leur protection.

[Sho] – Qu’as-tu de si urgent à me dire ?

[Akai] – Les autorités souhaitent te confier une mission.

Sho la regarda du coin de l’oeil. Elle était beaucoup plus qu’une simple messagère pour qu’on lui demande de transmettre un ordre de mission basique. Quelque chose d’important était sûrement arrivée.

[Sho] – De quelle mission s’agit-il ?

Akai prit une inspiration.

[Akai] – C’est une mission de reconnaissance. Des troubles nous ont été récemment rapportés du nord. Nous pensons que Shirogaito se cache derrière tout ça. Les autorités ont immédiatement mis sur pied une équipe de Chuunin capable de récolter des informations complémentaires sur le terrain. Une équipe dans laquelle tu as été intégré.

Shirogaito ... un nom qui était habituellement prononcé dans les sphères les plus fermées du village mais qui par un procédé encore mystérieux s’était invité dans les rues et dans les conversations des commerçants. Tout le monde, ou presque, avait au moins une fois entendu parlé de cette organisation. Elle frappait ponctuellement aux quatre coins du pays, en ne laissant qu’un tas de débris derrière elle. Personne ne s’entendait vraiment sur son but, mais tous les ninjas du pays était d’accord sur un fait : l’organisation devait être anéantie.

[Sho] – Avec qui je ferai équipe ?

Akai croisa son regard.

[Akai] – Sawako Tsugi et Hide ...

[Sho] – Je vois.

La kunoichi se pinça les lèvres. Sho sourit et leva de nouveau ses yeux vers les nuages. Akai n’était pas friande des interruptions. Elle avait une conception très cloisonnée de la politesse et n’avait pas pour habitude de laisser passer le moindre écart de conduite. Il n’était donc pas surpris par sa réaction.

[Akai] – Cherches-tu à tester mes limites ?

[Sho] – Non, juste à te taquiner.

Un poil énervée, elle resserra un peu plus ses bras contre sa poitrine en levant ses yeux vers l’avant-toit qui recouvrait presque totalement le balcon. Sho se retint de rire en la regardant du coin de l’oeil. En abaissant son regard vers la ruelle, il se remémora vaguement les visages d’Hideo et Sawako. Il lui semblait qu’ils étaient souvent fourrés ensemble, qu’ils étaient du genre sympathiques, mais sans plus. Il ne se souvenait ni de leur spécialité ni de leur affectation. Ils étaient de simples Chuunin, comme lui. Partant de ce constat, l’entente devrait être bonne. Ils n’avaient de toute façon pas le choix face à une mission de reconnaissance.

[Sho] – Quand est programmé le départ ?

[Akai] – Demain matin, neuf heures.

[Sho] – Très bien ... j'y serai.

La main gauche de l'eisei-nin s'agrippa aux barreaux, et lentement il se redressa. Il prit une profonde inspiration, s’enivra de toutes les bonnes odeurs, puis il fit un pas vers le salon.

[Sho] – Allons manger un morceau. M’est avis qu’on ne se reverra pas avant un moment.

Akai leva ses yeux vers le ciel d’un air résigné. Elle desserra ses bras avant de s’agripper à la rambarde.

[Akai] – Soit, on se retrouve en bas.

Sho n’entendit que la rambarde grincer au moment où il enfilait ses sandales. Non, il n’avait décidément pas un seul moment de répit.

***

Kumo était éveillé quand lui n’avait pas trouvé le sommeil de la nuit. Il marchait le long de sa rue en direction du centre-ville. Tous les étalages étaient de sortie. Il y avait l’embarras du choix. Fruits, légumes, viandes, poissons, volailles, épices, tout était à portée de main. Il s’arrêta devant un étal de pommes, tendit une pièce au marchand en payement d’une belle pomme rouge. Il poursuivit ensuite son chemin vers le centre-ville en évitant de percuter les quelques coursiers un peu trop pressés. Arrivé au centre-ville, il emprunta l’artère principale en direction du nord et de ses grandes portes.

Quand il arriva au coin de la rue principale et de la petite place devant laquelle se dressaient les portes du village, ce qu’il vit le fit s’arrêter. Hideo et Sawako étaient enlacés. Sho avala le dernier quartier de pomme qu’il tenait dans la main et fit un pas en arrière pour regarder la scène à la dérobée. Au bout de quelques secondes, ils mirent fin à leur étreinte et se regardèrent. Hideo prit la main de Sawako et y déposa quelque chose qu’il était impossible à Sho d’identifier à cette distance. Sawako regarda autour d’elle – Sho recula brusquement la tête pour disparaître du champ, caché qu’il était par le mur d’une petite bâtisse qui servait probablement d’habitation à un particulier. Il ne vit rien mais entendit un rire.

Quand il se pencha de nouveau, Hideo et Sawako s’étaient tous deux tournés vers la route qui devaient les conduire vers le nord.

A quoi venait-il d’assister ? Est-ce que Hideo et Sawako sortaient ensemble ? L’hypothèse ne semblait pas farfelue. Ils passaient beaucoup de temps ensemble de ce qu’il en savait. Même si ça ne confirmait pas son hypothèse, ça avait le don d’éveiller quelques soupçons. Mais même s’ils étaient ensemble, cela n’expliquait en rien les coups d’oeil que Sawako avait lancés autour d’elle quand Hideo avait déposé quelque chose dans sa main. C’est étrange, c’est comme si elle avait paniqué, comme si elle avait voulu s’assurer que personne ne les regardait à ce moment précis.

Quoi que Hideo lui ait donné, ça devait avoir une valeur particulière.

Sho abaissa ses yeux. Il avait la net impression d’avoir vu quelque chose qu’il n’aurait pas du voir.

Pour ne pas surprendre ses deux compagnons de route, il décida de laisser s’écouler cinq bonnes minutes avant de se présenter à eux. Pendant ces cinq minutes, il resta adossé contre le mur, à l’abri de leurs regards. Il se posa plusieurs questions mais voyant qu’il ne trouvait pas de réponses ne serait-ce que plausibles, il préféra penser à l’objectif de la mission. Quand les minutes s’eurent écoulés, Sho se décolla du mur et s’avança vers le centre de la place comme si de rien n’était.

Sa main droite posée sur la garde du nodachi et du katana qui pendaient à sa ceinture, il s’arrêta à deux mètres ou trois du duo. Un léger sourire aux coins des lèvres, il inclina poliment la tête.

[Sho] – Bonjour. Vous devez être Hideo et Sawako ?

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Jeu 4 Fév - 22:18

Sawako avait gardé la bague dans la main et s’essayait à se la passer au doigt. Le sceau était invisible, on le discernait à peine en regardant de près la bordure intérieure. Elle n’avait pas imaginé mettre au point quoi que ce soit dans ce genre, mais il fallait avouer qu’elle était plutôt ignorante pour tout ce qui touchait les sceaux. Mais quelque part cela la rassurait ; elle aurait toujours un peu de Hideo avec elle, une sorte de lien avec Kumo. Il fallait juste que personne ne vienne à utiliser l’amulette de Hideo ou, moins important, sa bague à elle. Elle jeta un coup d’œil à son compagnon et sourit à part elle-même. C’était une attention inattendue.

Hideo restait le regard fixé sur la route et, s’ils échangèrent quelques banalités, ils attendaient surtout avec une certaine appréhension leur dernier compagnon. Maintenant que c’était imminent, Sawako se demandait soudain si c’était une nouvelle aussi favorable qu’elle l’avait envisagé de prime abord. Elle essayait de se rassurer en se disant que tout dépendrait de leurs seules capacités et que les enjeux étaient trop importants, pour elle comme pour Hideo, pour qu’ils puissent se permettre la moindre défaillance. Néanmoins, cela poserait tout du long des quantités de problèmes qui se concluraient en beauté lors de leur rencontre avec Shirogaito. Il suffisait que Sho se montre un peu trop perspicace et il pouvait les mettre dans de sérieux problèmes. Il n’avait strictement aucune raison de les aider le cas échéant. A part peut-être un joli sourire ? Hum… pour ce qu’elle en savait, cela ne serait pas particulièrement fructueux.

Il leur faudrait simplement être bons.

Elle le vit arriver, plus haut dans la rue, d’un pas tranquille et égal. La jeune fille donna un discret coup de coude à Hideo qui se tourna rapidement sur lui-même, le visage impassible.

Eh bien… bonjour, compagnon inopiné. J’espère que tu as absorbé quelques substances illicites ce matin, et que tu en as apporté avec toi pour ce formidable voyage aux confins du pays. Parce que tu n’en seras que plus sympathique à nos yeux. Sawako et Hideo étaient déjà dans l’esprit de leur interprétation, au naturel, en faisant abstraction de ce qui les attendait. Il ne fallait surtout pas trahir le moindre signe de nervosité lors des premières secondes de l’échange ; il se ferait un a priori et cela jouerait contre eux.

[Sho] – Bonjour. Vous devez être Hideo et Sawako ?

Sawako sourit aimablement et acquiesça.

[Sawako] - C’est exact. Enchantée, Sho.

[Hideo] - Bonjour.

Le sourire de Sawako s’étira malgré elle, tandis qu’elle observait le jeune homme. C’était une drôle d’idée, tout de même, d’avoir assemblé une équipe telle que celle-ci. Si Sawako avait déjà exécutée quelques missions avec Hideo - un certain nombre, en réalité - il ne faisait pas partie de son équipe officielle. L’équipe de Sawako était en pause, en quelque sorte, suite à la grave blessure de leur chef. La jeune fille était passée le voir hier, et elle s’était sentie très mal à l’aise quand il avait ouvert les yeux pour lui dire qu’il comptait sur elle. Elle se serait volontiers passée de tous ses petits déchirements incessants, mais Sawako les acceptait comme une partie inévitable de son choix. Il fallait se contenter d’avoir la force d’aller de l’avant, même quand on préférerait s’arrêter un peu.

Mais ainsi, Hideo avait obtenu en premier l’autorisation de débloquer la mission. Il devait alors monter une équipe et la soumettre aux autorités, mais il n’avait pas soumis sa propre équipe. Hideo était un jeune renard, il savait bien que Kumo n’accepterait jamais que son équipe de Genin parte pour une telle mission. Alors il avait proposé sa meilleure amie, avec laquelle il avait donné quelques bons résultats.

Et Kumo avait alors eu l’excellente idée de leur ajouter Sho Nagoshi, qu’ils ne connaissaient que très vaguement. Sawako serait bien incapable de citer sa spécialité, son type de stratégie - s’il avait l’habitude de commander ou s’il était plutôt arrangeant, ce genre de petits détails qui faisaient au final tout le succès d’une mission.

[Sawako] - On ne savait pas qu’on allait avoir un troisième membre, on l’a appris hier. Mais contente de te voir.

Elle ne voyait pas quoi ajouter d’autre. De toute évidence, Sho devait savoir en quoi la mission consistait et ce qui allait s’y passer. Hideo ne s’embarrassa pas de ces considérations et enchaîna.

[Hideo] - Les lieux rapportés des troubles sont signalés à moins d’une journée de marche d’ici, en y allant à un bon pas. Je suggère que nous nous y rendions le plus vite possible, dès fois que la situation ait dégénérée depuis les derniers rapports, et qu’on ralentisse une fois arrivé à proximité de façon à se prémunir d’éventuels pièges.

Hideo acquiesça pour lui-même.

[Hideo] - Il ne me semble pas inconcevable que cette attaque soit un moyen d’appâter Kumo. Après tout, Shirogaito sait qu’il est l’une des priorités du village, même s’il n’a pour l’instant jamais réussi à faire réellement de mal à Kumo lui-même. Peut-être souhaitent-ils passer à la vitesse supérieure à présent, en tuant quelques shinobi.

***

[Père] - Tu prendras soin de toi, n'est-ce pas ?

Son père l'observait derrière ses lunettes. Les cheveux grisonnants, il avait toutefois conservé son imposante carrure. Quand elle était enfant, Sawako s'imaginait qu'il travaillait dans les services spéciaux du village. Aujourd'hui, elle était à peu près sûre que son commerce n'était pas une couverture et que ses grands bras ne lui servaient qu'à porter des caisses - et serrer ses proches dedans ! Mais aujourd'hui, Sawako avait de la glace dans l'estomac et son sourire qui se voulait rassurant inquiétait sa mère, qui la dévisageait avec insistance.

[Mère] - Si tu ne le sens pas bien, tu ne devrais pas y aller.

Sawako déglutit discrètement, mais se força à ne pas quitter sa mère des yeux et à rire doucement. Si tout cela était obligé, et qu'elle savait que si elle ne le faisait pas, elle le regretterait toute sa vie durant, ce n'en était pas moins un peu trop douloureux pour elle.

[Sawako] - Pourquoi est-ce que vous voulez que ça se passe mal ? C'est juste une mission de reconnaissance, et je serais avec Hideo et un autre type que je connais pas trop.

[Mère] - J'espère qu'ils ne vous ont pas collé un incompétent !

[Sawako] - Oh, non. Non, je crois qu'il n'y a pas de problème.

Même si elle ne pouvait pas se prononcer avec certitude sur les capacités de Sho Nagoshi, elle savait au moins que si Kumo le leur avait assigné, c'était parce qu'il lui faisait suffisamment confiance pour ce genre de mission. Et, aux yeux de Sawako, cela représentait tout de même un petit souci s'il se révélait trop capable, justement. La jeune fille prit la main de son père et la serra doucement.

[Sawako] - Eh bien, voilà tout. Je voulais juste vous faire savoir ça, et vous dire que je vous aimais.

Son père se leva et la serra dans ses - grands - bras, comme il avait l'habitude de le faire depuis qu'elle était toute petite.

[Père] - On t'aime aussi Sawa. Reviens-nous entière.

La main de sa mère se posa sur la sienne.

[Mère] - Et pas de risques inutiles, hein.

Sawako attendit d'être sortie pour laisser quelques larmes lui piquer les yeux.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Sam 6 Fév - 15:15

¤,.°o°O Spécial : Mission O°o°.,¤
2

Vu de plus près, Hideo et Sawako ne ressemblait à rien d’autre qu’à deux très bons amis. Une impression étonnante pour qui les avait vu s’enlacer quelques minutes plus tôt. Sho avait beau essayé de ne pas y penser, les images lui revenaient par flash. Quelque chose ne collait pas. Plus il y pensait, plus il croyait que quelque chose lui avait totalement échappé, mais impossible de savoir quoi. Il fallait ajouter à ça, qu’il n’était pas dans ses habitudes de violer l’intimité des autres. Hors c’était exactement ce qu’il ressentait lorsqu’il essayait de comprendre ce qui s’était passé entre ses deux compagnons de mission. Agacé par sa propre réflexion, il tenta de s’en débarrasser en rebondissant sur la remarque de Sawako qui se disait contente de le voir malgré la relative surprise qu’avait représenté son intégration à l’équipe.

[Sho] – Et moi je ne savais pas que j’allais partir en mission il y a de ça encore une quinzaine d’heures.

Un sourire toujours pendu aux lèvres, Sho faisait osciller son regard entre Hideo et Sawako. Si cette dernière apparaissait détendue, presque heureuse, il n’en était pas tout à fait le cas pour son comparse. Hideo, sans non plus être malpoli, ne semblait pas particulièrement enthousiaste. Son visage ne faisait ressortir aucune émotion. A vrai dire, il était presque aussi impassible et inexpressif qu’Akai. Nullement dérangé par ce genre de comportement, Sho continua de lui sourire. Comme si le simple fait de le fixer engendrait une réaction, Hideo exposa son plan sur un ton parfaitement détaché.

Sho était d’accord avec lui. Leur mission se résumait à constater sur place les fameux « troubles » causés par l’organisation Shirogaito, non à la démanteler. « Rejoindre la zone cible le plus rapidement possible » était une option à ne pas négliger si jamais la situation nécessitait l’envoi immédiat d’une troupe d’élite. Ils devaient néanmoins agir prudemment. Arriver sur les lieux avant la tombée de la nuit était la partie la plus facile à remplir. Faire un rapport de la situation était une toute autre chose. Ils leur étaient impossibles de prévoir l’ampleur des dégâts ; impossible de prévoir la présence ou non de l’organisation ; impossible de prévoir la présence ou non de pièges. En clair, ils ne savaient rien de ce qui les attendaient. Ils ne pouvaient qu’émettre des hypothèses en attendant de mettre le pied aux abords de la zone de conflit.

Sho acquiesça à la proposition d’Hideo et reporta son regard sur Sawako. Bien qu’en réalité, il ne la regardait pas elle mais la route qui s’étendait jusqu’à perte de vu dans son dos.

***

Il était assis face à Akai. Tous deux dînaient à la table du Petit Nuage, le petit restaurant implanté au coin de la rue où Sho avait élu domicile. Baguettes en main, l’eisei-nin dégustait un succulent plat de tsukune – boulettes de poulet – accompagné de riz blanc. Akai avait opté pour un kakiage, une friture de légumes à base d’oignons, de carottes, d’haricots verts émincés, accompagné de crevettes bien fraîches.

Dans son silence, Sho ne pouvait s’empêcher de se demander quel intérêt pouvait bien avoir Shirogaito à provoquer autant de remous. Était-ce une manière de défier le pouvoir et l’influence de Kumo dans le pays ? A première vue, il n’y croyait pas trop. Hors Asahi, la dernière chose qu’une organisation voulait c’était bien entrer en conflit ouvert avec un des grands villages cachés. Cela pouvait nuire à leurs affaires de sentir la menace de plusieurs équipes surentraînées peser sur leurs têtes où qu’ils aillent. Non, ce n’était définitivement pas une piste intéressante ... Peut-être que les remous dans le nord étaient survenus suite à un malentendu ? Après tout, peut-être que Shirogaito avait marché sur les plates-bandes d’une autre organisation locale ? L’idée était peut-être à creuser. Mais quoi qu’il en soit, Sho ne croyait pas à quelque chose d’intentionnel. L’organisation frappait depuis bien assez longtemps pour savoir que le bruit qu’elle faisait derrière chacune de ses actions ne s’apparentait à rien de plus qu’à un coup de pub.

Mais Akai en savait certainement plus que lui à ce sujet.

Sho forma un petit tas de riz qu’il porta à ses lèvres. Après l’avoir engloutit, il posa ses baguettes sur le bol et but une gorgée d’eau.

[Sho] – Que sais-tu de Shirogaito ?

Akai le dévisagea un instant avant de reporter son regard sur son assiette, songeuse.

[Akai] – C’est une organisation engluée de mystères. Impossible de déterminer leur nombre, leur but, ni même leur financement.

[Sho] – Les recettes de leurs activités ponctuelles devraient suffire à couvrir leurs besoins ?

[Akai] – Je n’y crois pas personnellement, mais sait-on jamais.

Elle découpa un bout de sa galette et l’avala avant de croiser le regard de Sho.

[Akai] – Ce que je sais, c’est qu’elle est assez dangereuse pour susciter l’intérêt des autorités. Alors méfies-toi, on ne sait pas encore à quoi s’attendre. Bien fou serait la personne capable de prédire leurs objectifs.

Pensif, Sho leva le nez vers le bout de ciel qui se découpait entre l’entrée du restaurant et le bâtiment qui lui faisait face.

***

[Hideo] – Il ne me semble pas inconcevable que cette attaque soit un moyen d’appâter Kumo. Après tout, Shirogaito sait qu’il est l’une des priorités du village, même s’il n’a pour l’instant jamais réussi à faire réellement de mal à Kumo lui-même. Peut-être souhaitent-ils passer à la vitesse supérieure à présent, en tuant quelques shinobi.

Sho replongea ses yeux dans ceux d’Hideo. Fou serait la personne capable de prédire les objectifs de cette organisation ... c’est ce que lui avait dis Akai. Lui-même ne pensait pas quelqu’un capable de prédire quoi que ce soit à leur sujet, comme personne n’avait été capable de prédire l’attaque d’Asahi sur Konoha. Shirogaito s’était fait assez discret ces derniers temps. Le fait de réentendre parler d’eux n’était pas anodin, certes, mais il ne fallait pas tirer de conclusions trop hâtives. Personne ne savait qui ils étaient ... personne.

Partant de ce constat, Sho préféra prendre position pour apporter un contrepoids aux paroles d’Hideo.

[Sho] – Si Shirogaito nous échappe depuis si longtemps, ce n’est certainement pas un hasard. Il n’était pour l’instant pas dans leurs habitudes de chercher la confrontation directe. Espérons pour nous qu’il en soit encore ainsi.

Il diminua la courbe de son sourire en abaissant les yeux. Yeux qu’il tourna ensuite vers les grandes portes.

[Sho] – Néanmoins tu as raison, nous devons nous presser. Le temps est peut-être compté ...

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Lun 8 Fév - 21:22

Hideo sourit simplement.

[Hideo] - Tu dis vrai. J’ai néanmoins travaillé trois ans dans une unité spécialisée dans les organisations locales. Les résultats n’ont pas forcément été probants et les activités ont cessées, toutefois je ne suis pas exactement là par hasard.

Ce n’était pas un coup de bluff, Hideo disait la vérité. C’était d’ailleurs grâce à ce passif qu’ils ont pu imaginer leur plan. Même s’ils ne s’attendaient pas à ce que qui que ce soit admire l’ingéniosité de ce dernier - et de fait, ils espéraient bien que personne n’en aurait jamais vent - ils n’en étaient pas peu fier. Non seulement Hideo était pratiquement assuré d’obtenir la mission grâce à ses connaissances en amont sur Shirogaito - connaissances très partielles, de toutes les organisations qu’ils avaient été amenées à observer, c’était de loin celle qui se faisait la plus discrète - mais il savait également plus ou moins où il mettait les pieds.

Cependant, le jeune homme devait bien avouer que Sho était dans le vrai. La vraie Shirogaito n’aurait jamais réalisé consciemment ce genre d’opérations et ils n’avaient aucun intérêt à s’attirer l’attention de Kumo. De ce qu’il avait pu deviner sur l’organisation laissait entrevoir une structure politique davantage que militaire, qui visait les villes commerçantes et le pouvoir du daimyo plutôt que celui du Raikage. Mais comme la sécurité du daimyo devait être assurée par le Raikage, Kumo était forcément impliqué. Cependant, du moment que les attaques étaient sporadiques et peu ambitieuses, Kumo pouvait toujours prétexter avoir mieux à faire ; chasser Asahi, notamment.

[Hideo] - On a été amené à établir un certain nombre d’hypothèses, parfois d’une qualité très médiocre malheureusement. Mais la montée en puissance de Shirogaito, à l’instar de ce qu’a montré récemment Asahi, n’est pas totalement à exclure même si j’en conviens, il est improbable qu’ils souhaitent se lancer dans un bras de fer contre notre village.

***

Leur plan avait été préparé avec minutie par Hideo, principalement. Il avait beaucoup plus de contacts sur le monde extérieur que Sawako, résultat de ses quelques missions à l’étranger.

Peu après que la jeune fille lui ait expliqué son intention, Hideo était venu avec un plan préliminaire. Pour que Sawako puisse déserter sans être jamais pourchassée par les autorités, il fallait qu’on la pense morte. Il y avait eu plusieurs cas répertoriés de shinobi qui ont feint la mort pour parvenir à leurs fins et cela s’était toujours révélé payant quand c’était réalisé avec talent. La jeune fille ne désirait ni combattre ni se mettre à dos son village et même si l’idée de Hideo lui glaçait les sangs, elle était obligée d’admettre que c’était une proposition à la fois sensée et réalisable. Ils avaient ainsi travaillé plusieurs jours durant pour parachever leur opération.

Il leur fallait une mission, qui les amènerait à combattre et où la mort de Sawako, une Chuunin qui a défaut d’être éblouissante n’avait pas volé son grade, puisse être crédible. Pendant la lecture d’un rapport vieux de quelques années rédigé par Hideo justement, pendant qu’il était en activité avec une unité qui s’attachait à l’étude des organisations du Pays de la Foudre, Sawako tomba sur une rapide mention de Shirogaito. L’organisation était connue de la plupart des grades intermédiaires, car elle se faisait de temps à autre connaître pour des troubles mineurs, ou des indices plus subtils de sa présence et de son influence. On ne connaissait pas grand-chose d’eux, les équipes spécialisées ayant été chargées d’assembler des dossiers sur eux sont revenues bredouilles, ou quasiment. Néanmoins, Shirogaito avait à plusieurs reprises connu des débordements, pour ainsi dire.

Ils décidèrent donc de simuler l’un de ces débordements, qui devait déboucher sur une nouvelle mission. Hideo contacta certaines de ses connaissances d’Ishigaki et du marché noir, afin de les mobiliser pour cette tâche. Ils s’en acquittèrent efficacement, puisque la mission est bel et bien tombée et Hideo a rapidement manifesté son intérêt pour celle-ci. Comme il l’avait espéré, il ne s’agissait que d’une mission de reconnaissance. Les villages cachés, du moins Kumo, fonctionnaient généralement ainsi : d’abord une mission préliminaire pour savoir s’il y a lieu de déployer de plus grands efforts, et ensuite une équipe spécialisée pour l’élimination proprement dite. Les missions de reconnaissances étaient rarement très dangereuses, puisque le plus souvent l’origine des troubles avait disparu entre temps et il s’agissait seulement alors de répertorier les différentes preuves d’activité. Un exercice plus pénible que délicat.

Mais cette fois-ci, les contacts de Hideo les attendait au nord de l’endroit où ils avaient frappé - Hideo n’avait que des informations parcellaires, Kumo avait regroupé les faits sous le terme de troubles. Ensemble, lorsqu’ils étaient censés se retrouver, ils devaient simuler la mort de Sawako, en créant un champ de bataille concluant. La présence de Sho risquait toutefois de provoquer un réel champ de bataille, et ce n’était pas exactement une très bonne idée. D’autant plus qu’il ne pouvait pas se permettre de contacter ses partenaires sans éveiller les soupçons du shinobi.

Peut-être avaient-ils visé un peu haut en choisissant Shirogaito. Hideo espérait que cette erreur d’appréciation ne leur serait pas fatale.

***

Ils voyageaient depuis un petit moment. Il était bientôt une heure et peut-être s'arrêteraient-ils pour manger avant d’achever la première partie de leur voyage. La jeune fille avait évité de regarder avec trop d’attention la bague que lui avait offerte Hideo. Elle essayait de s’imaginer sa réaction s’il ne s’était agit que d’une bague normale, sans propriété spéciale. Sans doute ne l’observerait-elle pas sous tous les angles, comme si elle essayait de désamorcer quelque piège mortel. Elle l’avait seulement glissée à l’annulaire de sa main gauche.

Ils avaient échangé quelques paroles sans conséquence pendant le trajet, mais Sawako était rassurée de ne pas percevoir de tension spéciale dans l’air. Non, les problèmes viendraient plus tard.

Comme cela lui arrivait parfois, Sawako éprouva l’envie de parler. Hideo était un peu en avant, Sawako au centre et Sho légèrement derrière. La jeune fille ralentit légèrement l’allure pour se caler sur celle de leur compagnon d’infortune, pour ainsi dire.

[Sawako] - Félicitations au fait pour ta prestation au tournoi chuunin !

Et, comme cela lui arrivait aussi souvent, Sawako se rendit compte que ce qu’elle disait était maladroit. L’examen était terminé depuis un moment maintenant et elle n’y avait même pas assisté, avec tout ce qui s’en était suivi. Elle savait juste que Sho avait été le seul promu de Kumo, pour son tout premier tournoi - et cela l’avait sincèrement impressionnée, alors, mais ça remontait à quelque temps. Elle ajouta pour justifier ses mots, en secouant la tête.

[Sawako] - Je me souviens de mon premier tournoi… une franche catastrophe… Cela reste un des moments les plus mortifiants de ma vie.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Mer 10 Fév - 20:35

Le soleil étincelait de mille feux au-dessus de leur tête. Des nuages cotonneux tirés sur la longueur balayaient le ciel bleu avec une relative lenteur. Le temps était celui d’un printemps naissant, à ceci près qu’aucun parfum de fleurs ou d’herbe fraîche n’embaumait l’air. Il faisait tout simplement beau à une époque de l’année où, habituellement, les kuméens accueillaient la grisaille, le froid, et les épisodes de pluie fréquents.

Le trio de ninja avançait à la file indienne. Hideo ouvrait la marche, suivi à quelques pas par Sawako. Sho, quant à lui, fermait la marche, plongé dans un silence absolu. Habitué à une vigilance totale par ses nombreuses sorties en équipe, l’eisei-nin avançait au rythme des autres en se fiant davantage à ce qu’il pouvait entendre qu’à ce qu’il pouvait voir. « L’oeil peut être facilement trompé, mais pas l’oreille » c’est ce que lui avait dit, une fois, Senhime Iwaki. Une Juunin particulièrement réputée pour ses jeux d’esprit. Et il fallait avouer qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Même si les sons pouvaient être imités, il était très souvent plus facile d’imiter l’apparence d’une personne, d’un objet, ou tout simplement de recréer un environnement existant avec un Genjutsu, que d’imiter l’intonation d’une voix, le bruit de pas d’une personne d’un certain poids, le piaillement des oiseaux, voir du murmure d’une brise.

***

Le ciel rose se reflétait avec une drôle de lueur dans le regard de Sho. Il y avait une sorte de nostalgie dans ce regard, comme un long souvenir qu’on aurait voulu revivre sur le moment. Finalement, l’eisei-nin ramena son regard sur la dernière boulette de poulet qui restait dans son assiette. Saisissant ses baguettes, il l’attrapa et l’avala. Akai, elle, en termina avec sa friture de légumes avant de vider d’une seule traite son verre d’eau.

[Akai] – Tu sembles préoccupé.

Sho s’appuya sur le bord de la table.

[Sho] – Je me demande simplement s’ils cherchent une confrontation directe.

[Akai] – Ça n’a jamais été dans leurs habitudes. Ils sont plus rusés que ça d’après ce que nous pouvons en savoir. Ils n’auraient aucun intérêt à défier directement Kumo, même si, je te l’accorde, leurs actions tendent quoi qu’il arrive à nous défier indirectement puisque notre rôle se résume à protéger le pays et son daimyo.

Sho lâcha un soupire imperceptible. Il pesait un tel mystère sur Shirogaito et sur la mission qu’émettre des hypothèses sans fondements commençait à l’épuiser sérieusement. Le repas terminé, il posa quelques billets sur la table et se leva.

[Sho] – Du peu que tu m’en as appris sur cette organisation, je me demande si c’est vraiment elle qui se cache derrière ces troubles. Très peu d’éléments semblent concorder avec la description que tu m’en as faite.

Akai croisa ses jambes fines. Elle appuya son coude sur la table, et posa son menton dans le creux de sa main.

[Akai] – C’est vrai. Mais rien ne nous prouve non plus que ce n’est pas elle.

Sho plongea ses yeux dans le vide pendant plusieurs dizaines de secondes. Akai n’avait pas tort mais rien ne lui donnait raison non plus. C’était le propre de cette affaire, à la fois si simple et si compliquée. Finalement, Sho décida de ne pas y penser et lentement il se dirigea vers la sortie.

[Akai] – Ne tire pas de conclusions trop hâtives. Focalises-toi sur les éléments que tu trouveras sur place. Eux seuls t'apporteront des réponses évidentes.

En disant cela, Akai se tourna vers lui. Sho croisa son regard et lui sourit.

[Sho] – A bientôt.

[Akai] – A très vite.

***

Il marchait, regardant une petite tache noire qui fendait le ciel en direction du nord. Probablement un oiseau ou un de ces grands rapaces avide de chair en décomposition. Il entendit Sawako ralentir son rythme et ses pas se rapprocher petit à petit de lui. Quand il abaissa son regard pour se rendre compte de la situation, Sawako se tenait à ses côtés. Elle marchait au même rythme que lui, en fixant les épaules d’Hideo plus loin devant eux. Sho la regarda et sourit à sa première remarque. Le souvenir de l’Examen Chuunin était encore vivace dans son esprit bien que l’évènement en lui-même remontait déjà à plusieurs mois. Approche hasardeuse ou pas, il ne s’en importait pas. Il ne voyait en l’intervention de Sawako qu’une manière d’entamer la conversation, histoire de marcher en faisant autre chose que de s’ignorer inconsciemment. Il aurait simplement pu la gratifier d’un sourire mais il préféra lui répondre directement.

[Sho] – Merci.

Il se remémora son combat au coeur de l’arène ardente de Konoha face à Ine. Il se revit, katana en main, s’élancer vers elle et lui taillader la peau ... il réentendit un spectateur encouragé la jeune kiréenne ... l’arbitre de leur combat lever la main au moment où il s’apprêtait à mettre un terme à ses souffrances ... les acclamations de la foule .... inévitablement, il revit les panaches de fumée dans le ciel konohéen ... réentendit les cris qui provenaient de l’extérieur ... puis la fuite vers les refuges ... et enfin le couloir, les Immortels, l’Intendant, Masaki, la nouvelle de sa promotion ... le discours devant la délégation kuméenne ... le retour.

[Sawako] – Je me souviens de mon premier tournoi… une franche catastrophe… Cela reste un des moments les plus mortifiants de ma vie.

Sho revint à la réalité. Les paroles de Sawako lui arrachèrent un sourire particulièrement prononcé.

[Sho] – Je suis curieux de savoir ce qu’il t’est arrivé pour que tu en ais gardé un tel souvenir. Était-ce réellement si terrible que ça ?

Bien que son regard perçant pesait sur Sawako, il ne manqua pas de remarquer, du coin de l’oeil, qu’Hideo avait jeté un regard dans leur direction. Amusé par son comportement sérieux et distant, il chercha à le faire participer, lui aussi.

[Sho] – Et toi Hideo, comment était le tiens ?

_____________________________________
☆ Post 3 ☆
HS ^ Mission

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Lun 15 Fév - 14:20

Sawako secoua doucement la tête, un sourire mélancolique aux lèvres.

Son cœur battait fort et lui faisait mal. Elle lançait des regards autour d’elle, mais il n’y avait personne qu’elle connaissait. Cela faisait peut-être une heure qu’elle attendait en compagnie de quatre autres shinobi, dont deux de Konoha, un de Kusa et le dernier de Kiri. Ils s’épiaient, faussement menaçants - sauf un de Konoha, qui avait l’air sincèrement dérangé.

Sawako déglutit et resserra les pans de sa tunique sur elle. Au moins n’aurait-elle pas à affronter ces quatre-là tout de suite. Leurs opposants les attendaient de l’autre côté de l’arène, dans une antichambre qui devait ressembler à celle-ci. Et peut-être pensaient-ils la même chose qu’elle… Après avoir brillamment échoué lors de la première épreuve, Sawako n’avait pas le droit de se louper ici. Il lui fallait faire bonne impression, ou elle ne savait pas trop quoi… sur quels critères se baseraient leurs examinateurs ? Il était improbable que qui que ce soit ait remarqué sa grande inefficacité la semaine dernière. C’était une épreuve grotesque, à son avis. Il s’agissait de courir dans la forêt - une forêt qu’ils n’avaient jamais parcourue du reste, contrairement aux shinobi de Konoha - et de mettre la main sur des fanions laissés par les équipes d’examinateurs. En théorie, ils devaient être deux, mais son compagnon - un crétin de Kumo qui n’arrivait pas à décrocher son regard de sa poitrine, par timidité disait-il… elle avait connu des gens plus timides que ça - a très vite était pris d’une série époustouflante de vomissements répétés. Après avoir patienté avec lui pendant près de vingt minutes et alors qu’elle faisait une croix mentale sur toute chance de briller aujourd’hui, son compagnon l’a incité à partir seule et il disait qu’il la rattraperait.

Sawako accepta, elle parvint à trouver trois fanions - la meilleure équipe en avait vingt-six - et elle fut vertement réprimandée pour avoir lancé derrière son coéquipier, qui avait trouvé le moyen de se casser une dent en tombant d’une branche, bien qu’il prétexta s’être battu contre une autre équipe, seul contre au moins trois adversaires… Mais pire encore, son professeur décida de la sanctionner en l’obligeant à recommencer l’épreuve, seule cette fois-ci, pendant près de trois jours où elle fut incapable de s’entraîner sereinement. Si tout le monde s’était ligué pour qu’elle se plante, il fallait le lui dire très nettement pour qu’elle arrête tout de suite de nourrir le moindre espoir, cela ferait gagner du temps à tout le monde…

La jeune fille chassa ses pensées de son esprit, alors que l’examinateur s’approcher. Il leur expliqua rapidement les modalités : un combat de tournoi classique, où le premier inconscient perdait, avec possibilité toutefois d’abandonner. Sawako s’obligeait à calmer les battements de son cœur et à regarder l’homme dans les yeux. Le temps où il suffisait de regarder ses chaussures pour ne pas se faire interroger devait être terminé. Sawako devait affronter un type du nom de Satoshi Kasano, qu’elle n’avait jamais rencontré et dont elle ignorait jusqu’à l’existence depuis la semaine dernière. Hideo lui avait indiqué qu’il venait de Kiri, qu’il disposait d’un bon niveau d’après ce qu’il avait pu voir et qu’il s’était révélé efficace lors de la première épreuve. Il avait sourit alors, un peu moqueur, et d’un air de dire « contrairement à une fille de ma connaissance ». Mais il s’était abstenu.

[Examinateur] - … troisième combat, Satoshi Kasano contre Sawako Tsugi, quatrième combat…

Sawako grimaça. Elle ne commençait pas, c’était déjà cela. Elle était juste au milieu, autrement dit si elle se plantait personne ne se souviendrait trop de sa piètre performance et si au contraire elle brillait… personne ne se souviendrait trop de sa jolie performance. Ils lui voulaient définitivement du mal.

Et petit à petit les combats se succédèrent. Sawako gardait les yeux fermés, à écouter le Konohéen renifler par la bouche, d’après ce qu’elle entendait. Peut-être s’était-il assoupi, il devait passer après elle et maintenant ils n’étaient plus que trois.

[ ? ] - C’est qui le prochain ?

C’était le type de Kiri qui parlait, d’une voix un peu agaçante.

[Sawako] - C’est moi.

[ ? ] - Oh… Tu affrontes qui ?

[Sawako] - Satoshi Kasano.

[ ? ] - Oh… Tu vas perdre.

[Sawako] - … merci…

Il sourit, dévoilant des dents énormes. Il devait sans doute avoir des techniques pour… manger les cailloux, ou quelque chose dans cet esprit.

[ ? ] - Je ne dis pas ça pour être méchant, mais Satoshi est très fort. Il va te casser en deux et il va aimer ça, puis…

[Sawako] - Oui, oui c’est bon, puis après il va m’arracher les bras et te les donner à manger, je sais.

Déjà qu’elle ne partait pas de gaité de cœur, lorsque l’examinateur annonça son nom elle le sentit se serrer plus fort et se terrer au fond de sa cage thoracique. Sawako vérifia qu’elle avait bien son arme sur elle, puis emprunta le tunnel faiblement éclairé qui débouchait sur l’arène. Elle cligna des yeux et se les frotter vivement. Beaucoup de gens allaient assister à son démembrement annoncé par le mangeur de cailloux et de bras de jeunes filles.

Et Satoshi apparut. Il n’était pas très grand, pas très gros non plus, mais Sawako se sentit paniquer à l’instant où elle l’aperçut. Elle se tourna sur elle-même pour essayer de voir un regard de soutien et tomba sur Hideo qui la dévisageait sérieusement, les bras croisés sur la poitrine. Il lui adressa un clin d’œil et tapota sur son genou droit. Sawako écarquilla les yeux et regarda son propre genou, qui avait l’air d’être toujours attaché à sa jambe. Elle haussa mentalement les épaules et se concentra sur son adversaire. Il avait les cheveux longs, le visage fin, mais assez laid tout de même, avec un regard très pâle. Il se passa une main sur les lèvres et s’arrêta à une dizaine de pas d’elle.

[Satoshi] - Bonjour.

[Sawako] - Bonjour...

Sa voix l’étonna ; curieusement mélodieuse et chantante, là où elle se serait bêtement attendu à une voix plus rude, moqueuse peut-être aussi.

[Satoshi] - C’est un beau village Kumo.

[Sawako] - Oui.

[Satoshi] - Kiri aussi, c’est un beau village.

[Sawako] - Je veux bien te croire.

[Satoshi] - Et j’ai été surpris par Konoha, vraiment beau.

[Sawako] - ...

Il souriait simplement, tandis qu’au loin, si loin, l’examinateur annonçait probablement le début du combat. Pourquoi probablement ? Sawako secoua la tête et cligna des yeux de surprise. Elle était prise d’un vertige stupéfiait, qui se répercutait d’un bord à l’autre de son crâne et menaçait de le faire imploser. Elle leva une main lourde et moite sur son visage, baigné de sueur, mais la voix de Satoshi lui parvenait toujours.

[Satoshi] - Et ton esprit, ton esprit est vraiment magnifique. Vraiment magnifique.

Ce bâtard avait commencé le combat avant que l’examinateur ne l’autorise. Ce devait être une illusion, débutée dès le moment où il était apparu et où elle avait paniqué. Sa peur… il avait dû l’utiliser, la détourner contre elle. Sawako se sentait si épuisée qu’elle aurait certainement pu s’endormir debout ici, au beau milieu de cette arène. Ce n’était pas grave que tous ces gens la regardent. On ne peut pas s’empêcher de dormir, si ? Une faible partie de son esprit appelait à la rébellion, il lui disait qu’elle était en danger. En danger ? Mais je vais dormir, allons !

[Satoshi] - Tu as perdu à l’instant où tu as cru que j’étais laid, Sawako Tsugi. Tu étais déjà piégée quand tu t’attendais à entendre une autre voix que la mienne. Tu es si fragile que j’hésiterais presque à te briser.

[Sawako] - Tu vas… arracher mes jambes ?

Elle ne se réveilla pas au moment où elle reçut son genou dans la mâchoire et s’étala en arrière. Ah, le genou dont parlait Hideo… Elle allait donc garder le sien ?


Sawako jeta un coup d’œil à Sho.

[Sawako] - Quand je me suis réveillée, j’ai d’abord senti le goût de mon sang dans la bouche, puis le sang sur le reste de mon corps et la douleur qui se réveillait de partout. Puis les cris de la foule et l’examinateur qui exigeait que le combat soit arrêté. Plus tard, j’ai appris que le Satoshi essayait de le continuer en disant que j’étais encore un peu trop jolie pour avoir réellement perdu… Puis je suis tombée inconsciente.

[Hideo] - Alors je me suis téléporté à ses côtés, ce qui était rigoureusement interdit par le règlement. Le combat avait duré moins de vingt secondes de là où on était. On voyait seulement Sawa qui restait allongée et immobile alors que le type la tabassait. L’examinateur annonça la victoire de Satoshi, mais il continuait à la taper. Il s’est interposé et ils se battaient presque quand je me suis téléporté avec d’autres shinobi, les services de sécurité de Konoha notamment. On a amené Sawa à l’infirmerie, puis elle a été transférée à l’hôpital.

Il eut un rictus méprisant.

[Hideo] - Satoshi a terminé en finale, mais il a été battu par un gamin de Konoha. On a été très nombreux à dire que les méthodes de combat de ce garçon allaient contre le règlement, il était certain qu’il commençait le combat avant le début officiel. Mais les examinateurs finirent par juger que cela pouvait être considéré comme une capacité héréditaire que Satoshi ne pouvait pas pleinement brider et qui était toujours plus ou moins active, alors ce n’était pas grave s’il avait manqué tuer trois Genin sans qu’ils aient la moindre chance.

[Sawako] - Le finaliste de Konoha avait analysé la méthode de combat de Satoshi, si bien qu’il était préparé à contrer les illusions avant même le début du combat. Il parait que Satoshi en était tout surpris et qu’à côté de cela, il ne savait pas se battre. Il n’est pas passé Chuunin non plus d’ailleurs.

Elle sourit.

[Sawako] - Oui, un mauvais souvenir... j’ai dû rester à Konoha après que la fin officielle du tournoi, je n’ai pas participé à la moindre festivité, et tout le monde avait plus ou moins admis que j’avais certainement été la plus mauvaise représentante du village. Il n’y a que Hideo qui soit resté et un Juunin, pour nous ramener sain et sauf au cas où. Je ne me souviens pas de son nom.

[Hideo] - Masashi Mura. Tu pourrais t’en souvenir, c’est quand même l’un des seuls à avoir dit que tu n’avais pas été si nulle que ça.

Sawako acquiesça en riant.

[Sawako] - C’est vrai. Il paraît que lui son combat avait duré moins de dix secondes. Mais bon, il l’avait gagné alors il pouvait bien me dire que j’étais moins nulle que celui dont il ne se rappelait même pas le nom.

[Hideo] - Quant à moi, c’était beaucoup plus classique. J’ai fait une prestation correcte pour ma première épreuve qui consistait à récupérer des parchemins et à déchiffrer les bons sceaux sur les bonnes portes, et j’ai remporté trois de mes combats de seconde épreuve. J’étais en demi-finale quand je suis tombé sur un petit gros de Konoha, un Akimichi. J’avoue que je n’imaginais pas voir sa main s’agrandir autant. C’était frustrant, parce qu’il m’a avoué être particulièrement sensible aux illusions. Mais j’ai fait un mauvais combat et je n’ai pas été capable de neutraliser ses avantages. Je suis quand même passé Chuunin à ce moment. C’était il y a cinq ans. Et je n'ai pas eu la chance d'apercevoir les Immortels !

Il s’arrêta sans prévenir et s’étira. Sawako n’était pas contre une petite pause. Il fallait bien ça, après leur grand combat contre Shirogaito… ou quelque chose qui s’en approchait. Peut-être que son combat n’avait pas été si inutile que cela. Une illusion par une illusion. Elle espérait simplement que là encore, personne n’essaierait de la démembrer. C’était tout de même une mort un peu dégradante.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Ven 19 Fév - 14:19

Sho marchait à la même allure que Sawako, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon et son regard mielleux porté vers l’horizon. Le récit qu’elle lui fit de son épreuve le laissa perplexe. Lui aussi était passé par les baisers du Genjutsu, mais un genre de Genjutsu qui ne ressemblait en rien à celui de ce Satoshi. Ine était entré dans son esprit pour y faire bourgeonner la douleur et elle y était arrivée. Bien que l’Eisei apprenait depuis l’origine à faire abstraction de la douleur, elle avait réussi à le piquer à vif sans qu’il ne puisse même riposter. L’expérience avait été amère, particulièrement amer, mais il avait réussi à tenir soit par miracle soit par force — il n’avait jamais vraiment réussi à le savoir. Ine était forte mais il l’avait été encore davantage, c’est sans doute ce qui lui avait permis de remporter son combat, là où Sawako s’était faite piéger d’entrée de jeu. Un Genjutsu plus puissant avait scellé son destin au coeur de l’arène. Une illusion d’après ce que Sho en comprenait.

Le plus invraisemblable à ses yeux venait certainement du corps arbitral. Comment personne n’avait pu remarqué la supercherie ? La suite lui appris que les examinateurs avaient jugés sa capacité — qui du point de vu de Sho n’était qu’une franche tricherie — comme étant une sorte de trait héréditaire continuellement activé. Balivernes. De nombreuses techniques permettaient de condamner l’adversaire avant même qu’un combat ne débute, était-ce pour autant une raison de les utiliser dans une compétition officielle ? L’éthique était à revoir, quoi que le monde dans lequel ils évoluaient ne laissait pas beaucoup de place à ce genre de considération. D’un côté, Sho ne doutait pas que les seigneurs invités à suivre le tournoi avaient du se régaler à contempler l’efficacité et la rapidité avec laquelle ce garçon éliminait un à un ses adversaires. Tout ça avant de le voir s’écrouler lamentablement en final. Comme quoi le Destin s’amusait toujours à rendre justice en payement des fautes passées.

Le visage toujours aussi imperméable au moindre rictus, Sho tourna sa tête vers Sawako et lui sourit comme pour la rassurer sur l’image qu’il s’était faite d’elle. Après tout, elle avait perdu un combat en quelques secondes, elle n’était pas devenu Chuunin au premier essai, et alors ? N’avait-elle pas réussi à devenir Chuunin quelques temps plus tard, malgré les moqueries que Sho pouvait aisément imaginer ? Elle ne valait pas moins que lui. Il la considérait comme une kunoichi tout à fait qualifiée quoi qu’elle puisse ou non en penser.

[Sho] – Même si c’est probablement difficile à entendre, tu as fait de ton mieux. Ton adversaire avait un avantage sur toi ... si on peut vraiment parler d’avantage. Tu as perdu ton combat, mais aujourd’hui tu es bel et bien devenue Chuunin. Va savoir ce qu’est devenu ce Satoshi ...

Dans un coin de son esprit, Sho espérait qu’il avait trouvé la mort. Il n’osait pas imaginer quel genre de pouvoir ce garçon avait pu acquérir depuis ce jour s’il était encore en vie aujourd’hui. Il chassa l’idée en reportant son regard sur Hideo qui marchait toujours en tête de file. Hideo raconta brièvement l’expérience qui avait été la sienne cinq années plus tôt. Il était tombé face à un membre du clan Akimichi. Un clan dont Sho avait déjà vaguement entendu parlé mais dont il ne se souvenait pas vraiment des particularités. Il avait lui aussi essuyé quelques difficultés de taille mais il avait tout de même était promu Chuunin. La remarque qu’il fit suivre à son court récit arracha un sourire à Sho.

Les Immortels, les légendes de leur village. Des étoiles que Sho avaient croisées à de multiples reprises. La première fois avant l’annonce de sa promotion et la seconde dans le bureau de l’Intendant pour une mission un peu spéciale ... il portait même sur son front un bandeau qu’ils avaient touchés, enfin, c’est ce que lui avait raconté l’amusant mais néanmoins puissant Souryo Hakujou.

[Sho] – Ils ont quelque chose de réellement mystique.

Sho avait lâché ça comme ça, sans vraiment réfléchir. Hideo s’arrêta et s’étira. Sho leva légèrement le menton et s’arrêta à son tour, imité par Sawako. Il ne savait pas depuis combien de temps ils marchaient, mais le moment était certainement venu de prendre une petite pause bien méritée. Un rapide coup d’oeil lui fit remarquer un tronc d’arbre couché au bord du chemin. Il s’approcha, appuya son pied droit sur l’écorce pour voir si elle n’était tout simplement pas rongé par quelques pourritures, et notant que le tronc était encore résistant il s’assit dessus. Son regard oscilla entre Hideo et Sawako avant de glisser vers le sol où il se perdit pendant un temps.

[Sho] – Ils étaient là quand l’Intendant m’a annoncé que je passais Chuunin ...

Il leva ensuite le nez vers le ciel qui n’avait pas changé depuis leur départ de Kumo. Il était toujours bleu et traversé par des nuages blancs étirés sur la longueur.

[Sho] – Je ne sais pas si leur titre est conforme à la réalité mais en tout cas ils en dégagent réellement l’impression.

Le chef des Immortels était une véritable légende vivante pour le village, et une icône pour toute une génération d’eisei-nin. Sho ne doutait pas un seul instant que ses connaissances en matière de médecine dépassaient de loin l’entendement humain. La légende était ce qu’elle était, il se racontait qu’il avait réussi à redonner la vie à un mort alors qu’il n’était encore qu’un gamin à peine capable de résonner — en tout cas c’est ce que tout le monde pensait à cette époque. Aujourd’hui, il menait une équipe crainte dans le monde entier. La seule équipe, ici à Kumo, qui pouvait sans doute tenir tête à Asahi. En soit ça n’avait pas grand chose de rassurant de penser que seul ce petit groupuscule de personnes pouvait affronter les terribles sbires de cette organisation. Mais qu’importe ils avaient l’étoffe nécessaire pour contrecarrer leur plan, tout du moins c’est ce que tout le monde espérait.

Sho ramena brusquement son regard sur ses deux compagnons. Il toisa rapidement les alentours et se demanda combien de temps ils mettraient encore avant d’arriver sur les lieux décris par leur mission. C’était la première fois qu’il partait en mission de reconnaissance et la première fois qu’il partait en mission sans son équipe, son appréhension était à son maximum.

Ses jambes lui faisaient presque mal dans sa position. Enchaîner les courses et les marches, changer constamment son rythme de croisière, avait tendance en engourdir ses jambes lorsqu’il décidait ensuite de prendre un peu de repos. Elles étaient mieux tendues, prêtes à agir. Aussi, se leva-t-il rapidement pour marcher très lentement dans les parages, jetant un oeil aux arbres, aux fourrés, et au bout de leur route qui se découpait dans l’horizon. Hideo et Sawako se tenaient à quelques pas de lui. Sans réellement le vouloir, les images de la matinée se mirent à défiler dans sa tête, particulièrement la scène où il avait surpris ses deux compagnons de route entrain de s’enlacer sur la place. Irrésistiblement, il les observa du coin de l’oeil comme pour chercher un détail qui saurait lui expliquer le sens de ce qu’il avait entrevu entre eux ce matin même. Mais rien, absolument rien. Hideo et Sawako n’étaient rien de plus que des amis en apparence ....

.... en apparence.

Au détour d'un long questionnement, Sho finit par se demander quelle voie ils avaient choisis de suivre car aucune indice clair ne le laissait entendre ni dans le récit qu'ils avaient fait de leur Examen Chuunin ni dans leur apparence physique. On pouvait aisément dire qu’ils entraient à peu de chose près dans les critères de chaque discipline sans distinction particulière. Sho était seulement sûr d’une seule chose ; c’est qu’ils n’étaient pas des médecins. Pour la bonne et simple raison que Kumo n’avait pas l’habitude d’envoyer des équipes surchargés en Eisei pour les missions courantes. Une équipe entièrement composée d’Eisei ne pouvait signifier qu’une seule chose à ses yeux : l’entrée en guerre du village. Autrement, les équipes kuméennes étaient composées d’un seul Eisei pour minimiser les risques en cours de mission. Alors quoi ? Hideo un spécialiste du Genjutsu ? Probable d’après les quelques détails de son récit sur son passage à l’Examen Chuunin. C’était frustrant, parce qu’il m’a avoué être particulièrement sensible aux illusions. C’était les mots qu’il avait prononcés. Et Sawako alors ? Une spécialiste du Ninjutsu ? Plus probable que le Taijutsu de son point de vu, mais rien n’était moins sûr. Il existait de nombreux spécialiste du Taijutsu de constitution plutôt frêle mais qui misait tout sur leur agilité et leur vélocité, comme Iwaki Masao par exemple.

Tournant sa tête dans leur direction, il osa leur poser la question.

[Sho] – Si je suis le médecin de l’équipe, je suppose que vos disciplines diffèrent de la mienne à moins de ne pas avoir clairement saisit l’enjeu de cette mission ?

Il se laissa aller à un sourire amical pour ne pas paraître trop fouineur — ce qu’il n’était vraiment pas, soit dit en passant. Il souhaitait simplement faire un bilan rapide des forces en présence et des possibilités qui s’offraient à eux en cas de problèmes. Il savait déjà qu’ils étaient tous deux des Chuunin confirmés — quoi de plus normal — mais il voulait analyser les opportunités qui s’ouvraient à lui, de manière à désigner sa cible prioritaire pour les soins, sa propre position au coeur des affrontements si jamais ils venaient à tomber dans une embuscade etc. etc.

Rien que des banalités en somme.

_____________________________________
☆ Post 4 ☆
HS ^ Mission

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Lun 22 Fév - 21:21

La puissance des shinobi avait toujours été quelque chose qui avait intrigué Sawako, en particulier après sa déconvenue. Elle avait treize ans alors - ou peut-être quatorze d’ailleurs. Autant de pouvoir immédiat chez une seule personne et aucune, aucune limite pour l’utiliser. Même dans le cadre d’une compétition officielle. Les daimyos se délectaient un peu trop de la puissance, c’était comme une sorte de froide frénésie qui embrasait les esprits. Observer ce jeune homme détruire chacun de ses adversaires, assister à son implacable domination, c’était là le motif de leur déplacement.

Le plus troublant était de s’imaginer que Satoshi n’était jamais qu’un cas parmi d’autres. De l’aveu de ses équipiers, il n’était pas particulièrement génial ; juste puissant, et doté de ce qu’il fallait de cruauté pour exercer ce pouvoir sur les autres. Elle n’avait jamais jugé la décision des arbitres et des organisateurs cohérente. Si elle avait été spécialisée dans les poisons, est-ce que cela l’aurait autorisée à assassiner toute une délégation pendant un repas ? C’était absurde. Penser que Satoshi n’en était alors qu’à l’aube de sa force, qu’elle ne s’était pas encore suffisamment élevée pour faire trembler qui que ce soit, c’était terrible. Sawako ne partait avec aucune capacité au-dessus de la moyenne. Elle réfléchissait vite, savait se résoudre à faire des choix difficiles, et peut-être qu’on pouvait dire d’elle que c’était une fille courageuse. Mais c’était tout ce qui lui venait en tête ; aucun don particulier dans le ninjutsu, des notes correctes mais qui n’avaient rien d’exceptionnelles, une affinité qui n’était pas la plus puissante qui soit… Cependant, elle progressait régulièrement dans sa sphère d’influence. La sphère de Satoshi, et des personnes qui lui ressemblaient, devait être bien plus vaste que la sienne.

Cela, toutefois, n’en faisait pas de meilleurs shinobi. De meilleurs tueurs, à l’extrême limite, mais cela ne pouvait certainement pas s’appliquer comme une loi générale. Sawako avait déjà rencontré des shinobi très doués qui n’utilisaient jamais gratuitement leur puissance, il n’y avait aucune intention de domination chez eux.

La jeune fille sourit à la mention des Immortels. Cela s’appliquait certainement à eux aussi ; une équipe légendaire, qui utiliser sa force pour servir une cause à laquelle ils croyaient. Cela avait quelque chose de beau, en effet. Sawako les avait croisé à quelques reprises, mais sans plus. Tout Kumo pouvait en dire autant, ils étaient devenus bien plus qu’une équipe exceptionnelle des forces spéciales. Il lui semblait, de là où elle était, qu’ils prenaient leur rôle d’emblème du village presque autant à cœur. Beaucoup d’espoirs reposaient sur eux, dans cette période troublée.

Néanmoins, s’il y avait bien des personnes sur lesquelles elle souhaitait ne plus tomber à présent, c’était bien eux. Bien sûr, Sawako ne s’estimait pas digne de la moindre parcelle d’intérêt à leurs yeux, et il ne leur viendrait jamais à l’esprit d’enquêter sur la disparition d’une Chuunin quelconque. Mais des rumeurs persistantes indiquaient que l’Intendant, Shigeo Koyama, avait assigné une mission bien particulière aux Immortels depuis quelques années maintenant, une mission ravivée par l’attaque de Konoha ; éliminer Urasa Yumito. Un objectif qui, s’il ne ressemblait pas au sien, en reprenait toutefois les ingrédients. Cela lui semblait fou et terriblement prétentieux, mais elle devait absolument trouver Urasa avant eux. S’ils l’éliminaient, tous ses sacrifices seraient piétinés. Des sacrifices que personne n’estimerait à leur juste valeur, si elle venait à être rattrapée.

Sawako repoussa ses craintes dans un coin de son esprit. La situation était suffisamment compliquée pour l’instant, et ce ne serait jamais que la seconde étape de son parcours. Pour l’instant, il leur restait à commencer réellement cette étrange aventure.

[Sho] – Si je suis le médecin de l’équipe, je suppose que vos disciplines diffèrent de la mienne à moins de ne pas avoir clairement saisit l’enjeu de cette mission ?

Hideo opina légèrement.

[Hideo] - En effet. J’étudie le genjutsu et je touche un peu au ninjutsu, mais davantage comme un support. Je ne suis pas spécialisé.

[Sawako] - Je fais du ninjutsu. Généralement, je suis surtout en soutien quand on fonctionne en équipe. Hideo me ménage les espace et je frappe.

Ils n’avaient pas eu l’occasion de mettre énormément en pratique leur structure tactique lors de missions réelles. Mais ils avaient participé à quelques tournois en interne et la mécanique s’était peu à peu huilée d’elle-même. Lorsqu’elle devait affronter quelqu’un seule en revanche, Sawako s’assurait de pouvoir remplir tous les rôles. Mais ce n’était pas ce qu’elle préférait.

A vue de nez, la jeune femme estimait qu’ils ne devaient plus en être très éloigné à présent, ils avaient vraisemblablement effectué plus de la moitié du voyage aller. Hideo s’installa contre un arbre, son paquetage ouvert sur les genoux tandis qu’il y cherchait de quoi se restaurer. Sawako s’assit à ses côtés et l’imita. Elle se demandait dans un coin de son esprit la façon dont les choses allaient se dérouler. Hideo ne lui avait rien dit de très précis, soit parce qu’il n’en savait pas plus qu’elle, soit parce qu’il estimait que cela lui permettrait de feindre plus aisément la surprise. Elle ne connaissait pas le moins du monde les personnes que Hideo avait recruté, mais s’il leur faisait confiance pour s’acquitter de cette tâche, Sawako leur ferait également confiance. Bien qu’elle trouvât sa pensée risible et naïve, elle se promit de rembourser un jour tout ce que Hideo avait fait pour elle et son rêve. Mais, plus encore, de se racheter aux yeux de toutes les personnes qu’elle était consciencieusement en train de trahir. Son regard reposa un instant sur Sho et pour la première fois depuis le début de la mission, Sawako se rendit compte qu’elle n’avait pas le moindre instant prit la peine d’estimer les dommages que son plan pouvait causer chez leur partenaire éphémère. Il ne semblait pas être du genre vulnérable ou fragile, mais voir sous ses yeux une personne avec laquelle il avait partagé quelques heures, alors qu’il était censé, de par son rôle, la protéger, cela le bousculerait certainement. Sans compter que la mission serait forcément un échec et que cela risquait de peser sur lui, sur sa vie future.

Le formidable égoïsme de son entreprise la frappa si fort qu’elle laissa retomber son repas sur son sac. Jusqu’à présent, Sawako ne s’était pas autorisée à imaginer cela, précisément parce qu’elle se doutait qu’elle en perdrait toute motivation. Il n’était pas trop tard pour faire demi-tour ; il n’était jamais trop tard. Elle glissa un regard discret à Hideo, pendant que Sho observait les lieux alentours, mais sa gorge était sèche. Que pouvait-elle lui dire ? Il comprendrait si elle reculait. Peut-être le souhaitait-il ? Jamais il ne lui avait dit que son objectif était ridicule, égoïste, naïf et enfantin. Il avait tout fait pour la mener là, simplement parce qu’elle l’avait voulu. Mais avait-elle réellement de faire tout cela ? Elle n’en était pas sûre. Hideo finit par rencontrer ses yeux et s’il devina ce à quoi elle pensait, il n’en laissa rien paraître. Il posa simplement un doigt sur le nez de la jeune femme et sourit. Sawako répondit d’un sourire maladroit et se détourna vers son repas.

Elle se força à en manger quelques bouchées, mais finit par le ranger dans son sac. Sa tête se cala contre l’épaule de son ami pendant qu’il continuait en silence son repas. C’était eux aussi la dernière fois qu’ils se voyaient avant longtemps. Sawako jeta un coup d’œil à la bague. Cela leur permettrait au moins de garder un lien, aussi ténu soit-il. Elle sourit à Sho quand leurs regards se croisèrent, puis finit par fermer les yeux pour mieux profiter de ces adieux silencieux. Hideo n’avait pas bougé, il continuait de manger comme si de rien n’était, avant de poser sa main libre sur le genou de Sawako qu’il serra brièvement.

Puis ils repartirent.

Hideo ralentit progressivement l’allure et lorsqu’ils arrivèrent en vue du village où avaient été rapportées les attaques, ils étaient arrêtés. Au premier regard, il ne semblait y avoir aucune activité suspecte, ni même de traces de passages. Le jeune homme regarda les longs nuages qui semblaient les avoir suivi depuis Kumo et qui observaient se faire la supercherie.

[Sawako] - Il ne semble pas y avoir beaucoup de trouble.

Elle avait murmuré tout bas et Hideo résista à l’envie de sourire. Peut-être s’était-elle convaincu qu’ils chassaient bien Shirogaito pour minimiser le risque d’erreurs. Une sage décision.

[Hideo] - Cela vaut peut-être mieux ainsi. Si c’était bien eux qui ont causé les troubles, ils auraient eu tout à gagner à s’enfuir rapidement avant que Kumo n’arrive.

Hideo désigna du menton le village.

[Hideo] - Je propose qu’on se rapproche progressivement, à couvert derrière la végétation, qu’on observe le village de plus près pendant un certain temps, puis qu’on s’engage à l’intérieur si cela nous semble sûr.

Sawako le dévisagea pour voir s'il laissait passer le moindre indice sur la suite des événements, mais rien ne filtrait. Il paraissait soucieux et appliqué comme à chacune de leurs missions, avec peut-être une nuance un peu plus fatiguée dans la voix que d'ordinaire. Ou triste. Sawako acquiesça doucement.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Sam 27 Fév - 17:19

Sho avançait en queue de peloton, les sens toujours aux aguets. Devant lui se peaufinait toujours la silhouette de Sawako et plus loin devant elle, celle d'Hideo, ses deux compagnons de mission. Leur allure allait en descendant à mesure qu'ils s'approchaient de leur objectif mais Sho ne s'en souciait pas. Il était trop occupé à réfléchir. Notamment aux spécialités de ses deux camarades. Hideo manipulait le Genjutsu, Sawako le Ninjutsu, lui, l'Eisei. La complémentarité de ses trois voies soulignait à elle seule la discrétion de leur mission. Les autorités avaient probablement pensés à l'éventualité d'un combat et donc au rapport de force entre leurs envoyés et les personnes qu'ils pourraient trouver sur place. C'est certainement la raison pour laquelle ils avaient mis sur pied une équipe tournée vers le combat à distance. Le trio devait être en mesure de se sortir le plus aisément possible d'un mauvais pas. C'est ce qu'il comprenait.

Au delà de cet aspect purement technique, Sho repensa au déjeuner qu'ils avaient tous trois partagés à la lisière de la forêt. Il revit la complicité qui semblait lié les regards d'Hideo et Sawako, mais également la manière qu'ils avaient de se rapprocher et de s'effleurer comme s'ils se retenaient d'en faire davantage par sa faute. Le temps passé à leurs côtés avait beau être plus grand que jamais, Sho se sentait toujours un étranger auprès d'eux. Sawako était, certes, une fille très sympathique et Hideo un garçon réservé mais néanmoins respectueux, il voyait comme une barrière entre lui et eux. Ils étaient liés d'une manière ou d'une autre mais lui ne l'était pas. Il avait simplement accepté de participer à une mission de reconnaissance là où ses deux compagnons vivaient depuis beaucoup plus longtemps une amitié singulière – ou peut-être était-ce de l'amour ? Il n'en avait aucune idée. A vrai dire, même après ce qu'il avait vu au cours de leur déjeuner, il n'arrivait clairement pas à se faire une opinion sur leur relation. C'était sans doute beaucoup trop ambigu à son goût.

La question s'effritait progressivement dans son esprit que les toitures d'un village commencèrent à se dessiner à l'horizon. Probablement celui qu'ils cherchaient à atteindre.

Arrivé aux abords du village, le trio s'arrêta. Sho balaya lentement le panorama pour s'assurer que rien ne viendrait les surprendre. Le village ne semblait souffrir d'aucun trouble apparent. La région était plongée dans un calme paisible mais peut-être trompeur.

[Hideo] – Je propose qu’on se rapproche progressivement, à couvert derrière la végétation, qu’on observe le village de plus près pendant un certain temps, puis qu’on s'engage à l’intérieur si cela nous semble sûr.

Sho acquiesça lui aussi. Pendant un temps qui lui parut une éternité, il resta dissimulé derrière un épais tronc d'arbre situé sur la pente d'une toute petite colline. Sa tête dépassait à peine du tronc, mais sa position lui permettait d'observer le village sur toute sa longueur sans avoir à trop remuer. Non loin sur sa gauche, Hideo s'était trouvé une cachette tout aussi propice à l'observation des lieux. Sawako, elle, était invisible depuis sa position. Il la savait cependant cachée quelque part sur son flanc droit.

Quand une heure se fût écoulée, voyant que rien d'étrange n'était à signaler, Hideo leur fit signe d'avancer.

Ils dévalèrent la petite colline et s'engouffrèrent un par un dans le village, Hideo en tête, Sawako au milieu, et Sho à l'arrière. Le premier pâté de maisons franchis, Sho remarqua que l'activité ne semblait souffrir d'aucun ralentissement. Les villageois marchaient tranquillement dans la rue, les quelques commerçants dispatchés dans la rue principale attendaient derrière leur étal, les conversations allaient bon train. Bref, rien ne semblait signaler que quelque chose s'était produit ici. Mais au fil de leur percée, Sho commença à relever des détails troublants. Le nombre de villageois dans les rues diminuait sensiblement, les conversations tournaient rapidement aux murmures sur leur passage, et il lui sembla même entrevoir des volutes de fumée en direction du nord-est alors que son regard était attiré par les murs d'une grande bâtisse où courraient plusieurs pieds de lierre. Hideo sembla aussi l'avoir remarqué. Il lui adressa un regard par-dessus son épaule et Sho y répondit par un hochement de la tête.

Ils tournèrent à droite dès que la configuration du quartier le permis, puis à gauche, un peu plus loin. Au bout d'une rue parallèle à celle qu'ils avaient suivis en entrant, ils distinguèrent plus nettement les volutes de fumée noire qui s'échappaient d'une maison – ou tout du moins de ce qu'il en restait. En s'approchant de plus près, ils découvrirent finalement deux maisons calcinées, accotées l'une à l'autre. Alors que Hideo et Sawako s'alliaient pour faire le tour des bâtisses, Sho se dirigea vers un groupe de personnes qui observaient le désastre avec une inquiétude palpable.

[Sho] – Excusez-moi, est-ce que l'un d'entre vous sait ce qu'il s'est passé ici ?

Un homme d'un certain age aux traits burinés et à la barbe pendante tourna ses petits yeux vers lui. Il fixa un moment le bandeau sur son front avant d'abaisser ses yeux dans les siens.

[?] – Kumo a décidé de réagir... mais probablement trop tard. Des hommes ont attaqués notre village mon garçon, ils ont détruis ces maisons et ils ont déguerpis.

[Sho] – A quoi ressemblaient ces hommes ?

Le vieil homme s'apprêtait à répondre mais son voisin, un homme d'une trentaine d'années à vu d'oeil aux cheveux roux lui emboîta le pas.

[?] – Ils étaient habillés en blanc avec un trait gris à l'emplacement des yeux. C'est ce qu'on m'a dit. Ils étaient une dizaine. Ils ont surgis de nul part, ils se sont embrouillés entre eux et il y en a un qui a balancé un éclair sur la maison que vous avez devant vous.

[Sho] – Est-ce que je peux m'entretenir avec votre source ?

[?] – Non, elle est partie il y a une heure de cela voir sa famille un peu plus au nord.

[Sho] – Je vois... dans ce cas, votre source semblait-elle sincère quand elle vous a dit tout ça ?

L'homme rit.

[?] – C'est ma femme qui m'a raconté tout ça. Croyez-moi, on fait difficilement plus sincère.

Sho le remercia d'un hochement de la tête.

[Sho] – Est-ce que quelqu'un habitait ces maisons ?

[?] – Non, celle qui a été touché par l'éclair était inhabitée depuis de nombreuses années. L'autre à côté l'est, mais par chance les propriétaires sont absents depuis plus d'une semaine.

Sho tourna son regard vers la première maison calcinée avant de le tourner vers une vieille dame qui agitait ses bras en tout sens pour attirer son attention. Il remercia poliment les personnes qu'il venait d'interroger et traversa la rue.

[?] – Bonsoir jeune homme. Vous venez de Kumo n'est-ce pas ? Oh oui je le vois à votre bandeau. Écoutez, j'ai vu les bandits qui ont provoqués tout ce remue-ménage. J'étais au premier étage de ma maison entrain de tricoter des bats de laine quand j'ai entendu des voix s'agiter en direction de la rue. Je me suis levé et je me suis posté à ma fenêtre. Je les ai vu, ils étaient une dizaine à vu d'oeil, ils étaient tous vêtus de blanc. Je ne sais pas pour quelle raison ils faisaient autant de bruits mais en tout cas ils se sont disputés entre eux vous voyez ?

Sho s'accroupit pour se mettre à la hauteur de la vieille dame callée dans sa chaise. Il hocha de la tête.

[Sho] – Est-ce que vous avez entendu pour quelle raison ils se disputaient ?

Elle fit non de la tête.

[?] – Je suis vieille, je n'entends plus aussi nettement que dans mes jeunes années. Mais si ça peut vous intéresser, les gens ont commencés à sortir de chez eux pour voir qui faisait tout ce boucan. C'est à ce moment que j'ai entendu une grosse explosion. C'était comme si la foudre avait frappé le sol juste à côté. Mon pauvre coeur n'est pas habitué à ce genre de chose, alors comprenez que j'ai dû retrouver rapidement le confort de mon fauteuil après ça.

[Sho] – Je comprends bien madame, merci beaucoup pour votre aide.

Sho se redressa mais son interlocutrice le retint par la manche.

[?] – Ma voisine qui habite juste en face m'a raconté qu'ils ont commencés à se battre mais que leur chef a rapidement mis fin à leurs querelles. Je ne sais pas si ça vous avance à grand chose de savoir ça, mais sait-on jamais.

Il lui adressa un sourire bienveillant et la remercia une nouvelle fois pour son aide.

En revenant vers les maisons calcinées, il repensa à la description qu'on lui avait faite de la situation. Un groupe d'une dizaine de personnes était entré dans le village, il y avait eu altercation entre certains membres, l'un d'eux avait relâché un éclair sur la maison, et finalement le supposé chef avait calmé les tentions et tous étaient repartis sans demander leur reste. De ce qu'il en avait compris, Shirogaito n'était pas le genre d'organisation à faire du bruit pour rien. Hors on ne pouvait espérer faire plus de bruit qu'en se disputant ouvertement dans la rue à portée de vu des habitants. On ne pouvait pas non plus passer inaperçu en lâchant un éclair sur une maison. Étrange. Sho avait la nette impression que quelque chose clochait mais impossible de savoir quoi. De plus, les maisons visées étaient comme par hasard inhabitées... aucun civil n'avait été touché, aucun membre de ce groupe ne s'était attaqué aux villageois.

Sho avait réellement l'impression d'avoir entendu le descriptif d'un groupuscule de bandits sans cervelle et non celui d'une organisation reconnue dans le pays. Ça n'avait vraiment aucun sens.

Hideo et Sawako réapparurent alors que l'astre du jour se blottissait contre l'horizon. Sho se tourna vers Hideo dans l'espoir qu'il l'éclairerait.

[Sho] – J'ai parlé à quelques villageois, certains disent avoir vu des hommes habillés en blanc avec un trait gris à l'emplacement des yeux.

[Hideo] – C'est bien Shirogaito.

Sho regarda Sawako avant de plonger ses yeux dans le vide. Il avait un doute. Il n'était pas sûr de chasser le bon gibier.

[Sho] – Avez-vous remarqué quelque chose près des maisons ?

[Hideo] – Non rien de spécial. La nuit tombera dans une heure ou deux, nous ferions mieux d'attendre demain pour fouiller les décombres.

[Sho] – Je ne crois pas que ça sera nécessaire...

Hideo lui jeta un regard interrogateur mais Sho n'y fit pas attention. Tête baissée, il fit les cent pas le long du mur.

[Hideo] – Que t'ont dis les villageois ?

Il s'arrêta et releva la tête vers ses deux compagnons.

[Sho] – Ils ont parlés d'un groupe d'une dizaine de personnes qui marchaient dans la rue où nous nous trouvons. Il y aurait eu comme une dispute entre certains membres. L'un d'eux aurait lâché un éclair sur cette maison, la deuxième a probablement été dévastée par les flammes de la première. Il y aurait eu un court affrontement avant que le chef ne rappelle tout le monde à l'ordre et qu'ils ne finissent par déguerpir. Je ne sais pas pourquoi j'ai cette impression mais c'est un peu trop... archaïque pour être signé Shirogaito.

Il abaissa de nouveau la tête sans se préoccuper des réactions d'Hideo et de Sawako. Il croisa ses bras dans son dos et il marcha jusqu'au bout de la rue, à la frontière nord du village. Il porta son regard aussi loin qu'il le pouvait en se demandant ce que lui et ses compagnons de missions pouvaient faire. Shirogaito ou pas, ce groupe ne traînait plus dans les parages, tout du moins en apparence. Devaient-ils rentrés à Kumo faire leur rapport même si cela ne clarifierait pas la situation, ou resteraient-ils sur place pendant quelques temps dans l'espoir de les voir de leurs propres yeux ?

Hideo sembla lire dans ses pensées.

[Hideo] – Je propose de camper ici pour la nuit. Demain nous y verrons certainement plus clair.

Sho réfléchit un instant avant d'acquiescer. Ils avaient fait une longue route pour parvenir jusqu'ici. Ils n'allaient pas repartir si précipitamment, au moins pour rassurer la population – quoi qu'elle ne semblait pas plus effrayée que ce à quoi il s'était attendu.

Peu importe.

[Sho] – Je prendrai le premier tour de garde, je ne suis pas du genre à fermer l'oeil facilement.

Non en effet, il était juste insomniaque sur les bords.

_____________________________________
☆ Post 5 ☆
HS ^ Mission

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Mar 2 Mar - 20:07

Hideo n’était pas sans avoir remarqué les doutes de Sho sur le fomentateur réel de ces troubles mineurs. Sawako ne mentait pas quand elle le disait intelligent et observateur, mais cela cadrait bien avec la mission. Kumo ne s’était pas imaginé que leur fournir en soutien une personnalité de ce type pourrait s’avérer être un désavantage, ils avaient avant tout en tête le succès de la mission et la minimisation des risques encourus. Qu’il s’agisse ou non du réel Shirogaito, le danger était supposément grand. Depuis l’attaque d’Asahi sur Konoha, Hideo avait la sensation que les Villages Cachés appréhendaient d’une façon subtilement différente les organisations du monde entier. Elles n’étaient plus vues comme des groupes parias et parasites, mais comme des mouvements en puissance, capable un jour de s’élever contre un, voire plusieurs, Villages Cachés.

Des monstres endormis… C’était également ce qu’il avait compris, lors des années où il fut amené à travailler sur les organisations. Il était très délicat d’essayer de deviner les actions de l’une d’entre elles, même quand elle disposait d’une ligne de conduite évidente et de revendications solidement ancrées. Il y avait toujours un facteur de discrétion absolue, une chape de secret impénétrable. Personne ne s’était imaginé qu’Asahi, pourtant une des organisations les plus puissantes du monde déjà à l’époque, puisse devenir si irrésistible en si peu de temps. A partir de ce nouveau point d’horizon, les organisations même mineures telles Shirogaito deviennent de dangereuses lames abandonnées - et leur élimination s’impose alors comme une priorité.

Les doutes de Kumo et ceux de Sho étaient légitimes. Shirogaito a une réputation de frappes discrètes et a toujours soigneusement évité les forces kuméenes. Mais Hideo comptait sur l’image d’Asahi qui pénètre par la grande porte de Konoha, d’après ce qu’on lui avait raconté, alors que trois des plus puissantes forces militaires au monde dirigeaient la défense. Les psychoses et l’amertume des échecs sont les illusions les plus subtiles à manipuler… et les moins chères, du reste.

Peut-être que d’autres que lui auraient été rendus nerveux devant les doutes formulés par Sho. Mais Hideo savait d’expérience qu’il y avait des situations qui ne souffraient pas la moindre baisse d’intensité. Sawako avait confiance en lui et il lui avait promis qu’elle quitterait Kumo sans s’en faire un ennemi. Il respecterait sa parole, même si cela signifiait de ne plus jamais la revoir ou d’être repéré par Kumo de l’intérieur. Il ne saurait pas où se situerait Sawako, alors la perspective d’être torturé ne l’impressionnait pas outre mesure. Même s’ils cherchaient dans son esprit, qui n’était pas tout à fait démuni, ils ne trouveraient rien de solide. Ils auraient les preuves du plan, mais ils auraient aussi les raisons. Il n’était pas impossible qu’un jour, peut-être, Sawako puisse revenir à Kumo.

Cela aiderait si elle portait la tête d’Urasa à la ceinture, bien sûr.

La jeune femme se trouvait face à lui. Elle mangeait mécaniquement ce qui restait de son déjeuner. Hideo n’avait pas été sans remarquer son manque d’appétit, et il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle commençait à hésiter. C’était pour cela qu’il était là ; pour qu’elle aille jusqu’au bout, même si elle ne le voulait plus sur l’instant. Quelque part, il savait que les raisons qui poussaient Sawako à agir ainsi étaient trop personnelles et trop enracinées en elle pour qu’il puisse se permettre de les juger. Personne n’avait le droit de la juger, pas même Kumo dont c’était pourtant le rôle. Ils trouveraient sa réaction puérile, dangereuse pour elle-même et les siens et ils seraient tentés de s’arrêter aux faits : la désertion. Mais ce n’était pas vrai. Il y avait d’autres vérités au-delà, des vérités plus profondes.

Sho quant à lui montait la garde un peu plus loin ; mais à portée de voix toutefois.

[Hideo] - Je ne pense pas non plus que ce soit Shirogaito. Ils sont connus pour avoir une excellente discipline, sans quoi ils ne seraient plus vivants aujourd’hui.

Sawako releva la tête vers lui.

[Sawako] - Tu disais que la description correspondait.

[Hideo] - Je pense plutôt à des imitateurs. Des bandits qui utiliseraient le prestige local de Shirogaito pour terrifier les gens. C’est plus facile d’utiliser le nom de quelqu’un plutôt que de s’en faire un.

Il prit une bouchée de son repas, l’air pensif.

[Hideo] - Je ne sais pas, je n’arrive pas Shirogaito combattre au beau milieu d’un village qui ne présente aucun intérêt. Les gens d’ici ne connaissaient même pas leur nom. C’est du travail d’amateurs…

[Sawako] - Des amateurs qui connaissent les arts shinobi. Leur apparition a été qualifiée de… soudaine, ou je ne sais plus. Pourquoi se seraient-ils téléportés ici juste pour combattre ?

La question resta en suspens un moment.

[Hideo] - Peut-être sortaient-ils d’un combat et cela les a énervé… ou bien, ils étaient dans une situation stressante, après une nuit de fuite. Je n’en sais rien. Mais des bandits qui savent se téléporter massivement et utiliser la foudre n’auraient peut-être pas besoin d’usurper un nom connu.

Ils se couchèrent peu de temps après. Hideo prit la relève de Sho peu avant minuit, puis Sawako se leva pour achever la nuit. Elle le rejoignit, le jeune homme s’était sensiblement écarté de leur campement. Il se tourna pour l’observer arriver, avant de lui prendre les mains et de lui déposer un baiser sur le front. Discrètement, Hideo la serra dans ses bras. Elle sentit son souffle au creux de son oreille, si bas qu’elle discernait à peine les mots.

[Hideo] - Il va falloir être forte Sawa. Je te protégerai toujours et on se retrouvera. Fais très attention à toi. Très attention.

[Sawako] - J’ai peur…

[Hideo] - Tu n’en as pas le droit. Je suis encore avec toi.

Hideo la quitta tout de suite après, sans faire de bruit. Sawako se laissa glisser au sol, le dos calé contre un tronc épais et les paupières fermées.

Demain serait peut-être sa dernière journée en tant que shinobi de Kumo.

***

Ils s’étaient levés tôt, pour inspecter le village de plus près.

Après deux heures de recherche, ils ne mirent la main sur aucune trace convaincante. Quels que soient les hommes que Hideo avait engagé, ce n’étaient pas des débutants et ils ne laissaient que les empreintes qu’ils voulaient bien qu’on trouve. Une analyse plus poussée des maisons détruites déboucha sur une conclusion similaire à ce qui était visible au premier coup d’œil ; attaque Raiton, d’intensité moyenne, qui avait conduit à un incendie isolé. Aucune victime à déplorer.

Hideo était agenouillée au seuil de l’une des maisons, la main posée sur ce qui restait du bois noirci. Il se redressa mais ne dit rien, la mine concentrée.

[Sawako] - Il n’y a plus rien à voir ici…

[Hideo] - Non, en effet. On peut tout aussi bien rentrer pour signaler ce qu’on a pu observer.

Il se tourna vers la forêt qui s’étendait tout autour d’eux, les yeux plissés.

[Hideo] - D’un autre côté, on ne perd rien à jeter un œil sur une surface plus large. On sera quand même rentrés dans l’après-midi à Kumo.

Sawako haussa les épaules.

[Sawako] - Ça me va…

Sho acquiesça également, le petit groupe se mit alors en route vers le nord, à un pas lent. Ils se disposèrent en une ligne presque droite, séparés les uns des autres d’une dizaine de mètres à chaque fois. Sawako observait les lieux autour d’elle, sans s’attendre à trouver quoi que ce soit. Son cœur s’emballait. Hideo ne lui avait rien précisé sur la façon dont allait se dérouler la scène, elle savait juste que tôt ou tard, Shirogaito devait apparaître, simuler sa mort et disparaître peu de temps après.

Au loin, ils pouvaient entendre le bruit étouffé d’une cascade, qui devenait de plus en plus assourdissant à mesure qu’ils s’approchaient, patiemment.

Puis ils apparurent.

Douze silhouettes immobiles, entièrement drapées de blanc avec ce rectangle gris qui barrait l’emplacement de leurs yeux. Certaines portaient de longues lames étincelantes, d’autres se tenaient droites, avec une espèce de solennité. En deux bonds, Hideo rejoignit Sawako, l’attrapa par le bras, et l’obligea à reculer jusqu’à Sho. Il avait les traits soucieux et sa poigne était sans doute plus forte qu’il ne le pensait.

Shirogaito ne parlait pas ; ils dessinaient un cercle autour de leurs proies et ne semblaient pas pressées. Hideo jeta un coup d’œil derrière lui, les dents serrées.

[Hideo] - Il faut qu’on se ménage un espace pour disparaître. Ils ne devraient pas poursuivre. J’espère. Sawa…

Sawako joignit ses mains et exécuta une ample vague de la main. La foudre frappa un arbre et s’écrasa sur l’un de leur ennemi, dont les lèvres restèrent closes tandis qu’il disparaissait dans les bosquets. Hideo paralysa deux silhouettes blanches qui fondaient sur eux et Sho engagea le combat avec trois autres adversaires. Sawako se déplaça un peu sur la droite, mais se retrouva aux prises avec deux hommes, aussitôt rejoint par un autre qui lui coupa toute retraite vers ses équipiers.

La foudre s’abattit à trois reprises ; l’épaule de Sawako encaissa l’un des chocs, lui faisant perdre l’équilibre. Elle avait oublié que ses adversaires aussi maîtrisaient cet élément. La jeune femme disposait toutefois d’une ouverture, et s’engagea dedans pour fuir vers la cascade toute proche. Quatre poursuivants menaçaient de la rattraper, aussi disparut-elle brusquement pour arriver dans le dos de l’un d’entre eux, qu’elle traversa de part en part avec un éclair le long de son bras. Sawako rompit le combat, sortit un kunai pour parer une attaque, donna un coup de genou à l’homme qui l’avait engagé, et recula encore vers la cascade. Hideo était à moins de dix mètres, la poitrine ouverte et sanglante, un point noir de sang dans le ventre. De là où elle était, Sawako ne pouvait qu’entendre Sho combattre ; il aurait fallut qu’elle tourne un peu la tête et…

Une lame la traversa, de bas en haut, et ressortit en râpant contre son omoplate. Sawako cligna des yeux, interdite. Elle ne se trompait pas ; ce fils de pute venait de lui perforer le cœur. L’homme prit appui sur elle pour dégager son arme, l’attrapa par le bras et la repoussa en arrière, vers la cascade. Il donna un formidable coup qui lui sectionna profondément la gorge, avant de l’achever en la heurtant puissamment du pied. Sawako perdit l’équilibre.

[Hideo] - SAWA !

Ah… Sawako ferma les yeux. La voix désespérée de Hideo… toute cette rage contenue. C’était pour cela qu’il avait été si discret pendant le voyage, qu’il n’avait pas répondu à ses petites frayeurs. Ce n’était pas parce que Sho était là, qu’il pouvait les surprendre et comprendre. Non, il s’agissait seulement de la seule réponse que Hideo puisse formuler, un silence désespéré et résigné à voir sa meilleure amie disparaître à jamais. Il n’y avait plus de jeu, plus d’acteur ; Hideo s’approchait d’elle en courant, vague silhouette floue, Sawako pouvait l’entendre combattre comme un beau diable, et crier son nom. Elle tomba à la renverse dans l’eau, les bruits de la bataille furent engloutis alors qu’elle mourrait. Le courant l’emporta sans qu’elle ne puisse songer à résister, et Sawako perdit connaissance.

***

Hideo ne fit aucun effort pour essuyer ses larmes. Il frappa du plat de la main son adversaire qui, déséquilibré, tomba à la renverse. Sans un regard supplémentaire, le jeune homme le perfora de sa lame et rejoignit Sho qui se démenait contre trois adversaires. Il fut rattrapé par deux nouvelles silhouettes, mais une voix sourde retentit derrière eux.

[ ? ] - Ramassez les corps, dispersion.

Et en moins de temps qu’il ne leur en fallut pour saisir la situation, Shirogaito avait disparu. La lame de Hideo tomba à terre, tandis qu’il tournait sur lui-même dans l’espoir d’apercevoir un éclat blanc maculé de sang. Mais il n’y avait plus rien.

[Hideo] - SAWA !

[Hideo] - SAWAKO !

Hideo courut jusqu’à la cascade, le pas traînant et la main sur le ventre pour empêcher trop de sang de couler. Il se sentait pris de vertige en contemplant la cascade et son vacarme lui vrillait les sens.

[Hideo] - SAWAKO !

Son cri fut étouffé par l’énorme trombe d’eau et il savait au fond de lui qu’il n’obtiendrait plus de réponse.

[Hideo] - SAWAKO !

[Hideo] - Putain… Sawa…

Hideo se pencha en avant pour voir le chemin qui serpentait en bas de la cascade, mais avant qu’il ne parvienne à se relever, il s’écroula sur le flanc et grogna de douleur. Un éclair l’avait éventré, peu après le début de la bataille, un katana l’avait traversé dans le dos, puis un autre katana lui avait barré le torse, plus profondément qu’il ne l’avait estimé alors. Il se remit péniblement à genoux, une main à terre. Sho l’avait rejoint et observait la cascade.

[Hideo] - Il faut que je descende.

Il parlait d’une voix étonnamment calme.

[Hideo] - Il faut que j’aille voir. Je ne vais pas… laisser… ce n’est pas possible.

Il se passa une main terreuse sur la bouche et réprima un haut-le-cœur, le regard fixé sur les tonnes d’eau qui s’écrasaient plus bas.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Jeu 4 Mar - 21:17

L'eisei-nin était perché dans les arbres, le dos collé au tronc et les jambes étendues sur une branche épaisse. Son tour de garde était terminé, Hideo l'avait remplacé. Au-dessus de sa tête, un trou dans les feuillages lui permettait de contempler la nuit étoilée qui s'était depuis longtemps abattue sur la région. Silencieux, il pouvait entendre le bruissement des arbres et parfois même la respiration de Sawako en contrebas, lorsque le calme plat gagnait le campement.

Cette nuit encore, il ne dormirait pas. Il resterait toute la nuit à regarder le ciel en pensant à toute sorte de choses. Il se remémorerait leur voyage, leur arrivée et les premiers témoignages récoltés dans le village. Il aurait une pensée pour Akai, qui à cette heure de la nuit devait encore se trouver dans son laboratoire à tester divers poisons de sa propre invention. Une autre pour le vieux Hondô qui dormait certainement à poings fermés. Il reverrait Kumo, ses rues, ses bâtiments, ses parcs, et son temple du Raikage. Sa tête verrait mille et une pensées défiler tout au long de la nuit mais il ne perdrait pas le nord pour autant. Il resterait simplement là, étendu sur cette branche à attendre que le jour se lève de nouveau.

Les heures s'écoulèrent lentement, très lentement. Sawako se leva sans un bruit. Elle lui lança un regard auquel il répondit par un sourire puis elle s'en alla pour prendre son tour de garde. Sho leva le menton vers le ciel, persuadé qu'Hideo réapparaîtrait d'une minute à l'autre. Mais son retour prit beaucoup plus de temps que ce qu'il avait imaginé.

Sho lui lança un regard quand il réapparut. Hideo lui adressa un hochement de la tête puis il se coucha, les bras croisés derrière la nuque.

Demain n'est qu'un autre jour.

***
Le trio s'avançait en terre inconnue alors que le fracas d'une cascade leur parvenait depuis une position éloignée. Sho se trouvait en fin de colonne, comme il l'avait été à chaque fois que le trio avait pris cette formation. Au fil de ses pas, il tournait sa tête vers la gauche puis vers la droite pour s'assurer que rien ne les surprendrait par les flancs. Parfois, il jetait un oeil par-dessus son épaule gauche mais s'empressait aussitôt de ramener son regard sur ses deux compagnons.

Brusquement tout bascula. Sho crut tout d'abord entendre un bruit derrière lui. Il s'arrêta et pivota sur ses talons. Ses yeux perçants balayèrent les lieux mais ne relevèrent rien d'anormal. Ce n'est que lorsqu'il se tourna vers ses coéquipiers qu'il réalisa. Hideo et Sawako s'étaient arrêtés eux aussi. Non pas parce qu'ils avaient entendus le même bruit que lui mais bien parce qu'une dizaine de silhouettes venaient de surgir devant eux. Sho ne se donna pas la peine de les détailler de la tête au pied, leur visage suffisait... Shirogaito... merde.

Hideo et Sawako reculèrent jusqu'à lui, creusant le plus de distance possible avec l'organisation.

[Hideo] – Il faut qu’on se ménage un espace pour disparaître. Ils ne devraient pas poursuivre. J’espère. Sawa…

Sho se montra plus rapide que Sawako. Il joignit ses mains avant elle et exécuta une série de signes. Deux lianes de chakra parfaitement invisibles sortirent du corps de Sho pour se lier aux corps d'Hideo et de Sawako. Il espérait que cela suffirait à leur éviter des dégâts trop lourds mais c'était sans compter sur la puissance de leurs adversaires. Shirogaito rompit les rangs et Sho se retrouva très vite encerclé par trois silhouettes blanches, au même titre que Sawako qui en avait profité pour se désaxer sur la droite. La plus grande des trois silhouettes dégaina un katana mais il réussit de justesse à éviter son coup transversal en le contrant avec son propre katana. La seconde silhouette se téléporta aussitôt dans son angle mort mais Sho parvint à déclencher une permutation à temps. Prisonnier de sa propre technique, il ne vit pas le poing en pierre s'enfoncer dans ses côtes. Il n'en ressentit que la fulgurante douleur.

Expulsé à terre, il tenta de reprendre son souffle et d'apercevoir ses deux compagnons. Hideo était bien là mais il ne vit pas Sawako. Sa liaison était encore intacte, c'est la seule indication qu'il lui restait. A cet instant, une nouvelle douleur éclata dans sa poitrine. Il sentit comme un arc électrique le traverser de part en part. Cette douleur ne résultait pas de l'attaque d'un de ces trois adversaires. La liane qui le reliait à Hideo se déchira. Espérons que j'aurai encaissé assez de dégâts...

Serrant les poings et les dents, il se redressa et joignit de nouveau ses mains.

[Sho] – In'Yu Shometsu

Le chakra bouillonnant de son organisme entama une longue et intense régénération des tissus. Mais comme si le nom de la technique avait éveillé la crainte de ses adversaires, ceux-ci le ruèrent de coups tous plus puissants les uns que les autres. Un coup de katana lui entailla la cuisse droite, un autre l'épaule, et un violent enchaînement de Taijutsu le propulsa contre un arbre. La violence du choc sembla à deux doigts de lui briser la colonne. Heureusement, sa technique de régénération était assez puissante pour compenser les dégâts qu'il venait de subir. En moins de temps qu'il en fallut à ses adversaires pour reprendre leur souffle, il se redressa et abattit violemment son bras droit vers le sol. Un mur de lumière blanche fendit l'air en direction des trois silhouettes. Celle du centre fut emportée par la lame de chakra quand les deux autres trouvaient l'impulsion nécessaire pour se mettre à l'abri.

Sho dégaina Hoshiyo, son nodachi, et s'apprêta à engager un duel au corps à corps avec l'individu le plus proche quand un pincement fit sauter une pulsation à son coeur. Ses yeux s'agrandirent. Sa bouche s'entrouvrit. La liane de chakra qui le reliait à Sawako venait de se briser...

[Hideo] – SAWA !

Sho ne trouva pas la force de tourner sa tête vers Hideo. Son cri empli de désespoir et la manière dont la liaison venait d'être interrompue ne laissaient planer aucun doute sur le destin de Sawako. C'est impossible...

Son regard d'or nagea dans le vide. Le visage de Sabi réapparut devant ses yeux pendant un bref instant. Une haine sans nom remonta de ses entrailles et remit en route ses jambes. Sourcils froncés, le visage décoré de fermeté, il s'élança vers la première silhouette blanche qui eut la malchance de surgir dans son champ de vision. Le coup qu'il lui porta engendra la projection d'innombrables gouttes de sang sur l'herbe et le tronc d'arbre proche.

La Chute du Faucon...

Il dégagea sa lame noire du premier corps et dévia à temps le katana du second adversaire.

La Branche de Saule...

Mais une décharge électrique le frappa en dessous de l'épaule droite. Ses jambes se dérobèrent aussitôt et il se retrouva contraint de poser les deux genoux à terre. Il entendit des pas se précipiter dans sa direction tandis qu'un léger flou gagnait son champ de vision. Plus tard, une voix grave résonna dans les bosquets et les silhouettes blanches disparurent aussi soudainement qu'elles étaient apparues. Sho tomba à plat, sonné par la brutalité du coup qu'il avait reçu.

Pendant ce qui lui apparut comme une éternité – alors qu'à peine deux ou trois minutes s'étaient écoulées depuis sa chute – la technique de régénération encore effective pansa ses blessures. Ses yeux s'ouvrirent. Il sentit de nouveau le sang palpiter dans ses veines et son cerveau tourner à plein régime. Comme si ses oreilles venaient d'être siphonnés, les appels de détresse lancés par Hideo et le bruit de la cascade résonnèrent plus clairement que jamais dans sa tête.

Il se leva et mit fin à la technique de régénération. Ses réserves de chakra étaient basses mais il lui restait néanmoins assez d'énergie pour lancer encore une ou deux techniques de soin booster à leur maximum. Son regard balaya la scène et s'arrêta sur la silhouette d'Hideo penchée près du précipice.

Dans un tintement de métal, il rangea son nodachi et s'approcha de son coéquipier.

[Hideo] – Il faut que je descende.

Sho jeta un oeil en contrebas et comprit fatalement que Sawako n'avait pas pu survivre. Il l'avait compris dès l'instant où sa liaison s'était déchirée. Il l'avait compris en partageant un soupçon de sa douleur. Le menton baissé, il posa sa main sur l'épaule d'Hideo pour lui faire comprendre que cela ne servait à rien d'aller plus loin.

[Sho] – Non. C'est terminé...

Elle est morte... je n'ai pas réussi à la maintenir en vie...

Il leva ses yeux assombris vers le sommet de la cascade. Il ne connaissait que vaguement Sawako pourtant il avait réussi à l'apprécier grâce aux quelques instants qu'ils avaient passés à discuter durant leur voyage. En réalité, il ne la connaissait absolument pas. Il n'avait pas eu le temps de la connaître. Il savait juste que c'était une fille souriante et aimable. Il savait juste qu'elle aurait pu devenir une bonne amie. Le visage fermé par la colère et le deuil, il ramena son regard sur la nuque d'Hideo. J'ai perdu une équipière mais toi... toi tu as tout perdu...

[Sho] – Ne bouge pas, je vais soigner tes blessures, fit-il d'une voix étonnamment lourde en essayant de concentrer ses pensées sur autre chose. Nous devons partir d'ici le plus vite possible. Nous ne sommes plus en mesure d'affronter qui que ce soit dans cet état.

Il appliqua ses mains imbibées de chakra sur les blessures visibles tandis que de nombreuses pensées noires se mettaient à tournoyer dans son esprit.

Je n'ai pas réussi à la maintenir en vie malgré tout ce que je connaissais...

_____________________________________
☆ Post 6 ☆
HS ^ Mission

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Dim 4 Avr - 19:03

Hideo s’y était préparé à l’instant où il avait promis de lui apporter toute son aide ; ce n’était pas une petite promesse. Il engageait sa vie dans cette affaire, et il le faisait en toute conscience, en ignorant la douleur que cela lui causait, en ignorant tout ce qui pouvait entraver la volonté de Sawako. Quelque part au fond de son esprit, il s’était préparé à faire le deuil de son amie, d’une façon peut-être différente des autres, parce que lui aurait une connaissance supplémentaire - une connaissance qui, il le savait, le torturerait chaque minute de chaque jour et qu’il devrait supporter au nom de son amitié - mais un deuil néanmoins.

Rien ne pouvait retirer de sa vue l’image de la lame qui sortait de la poitrine de Sawako et de ses yeux agrandis par l’effroi et la sensation de mourir. Rien jamais ne pourrait lui faire oublier le corps de Sawako qui tombait à la renverse dans le cours d’eau et qui était emporté sans même qu’il ne puisse lui dire adieu, pour lui-même, ni même effacer la douleur foudroyante qu’il avait ressenti.

Il se concentra toutefois sur les mots de Sho et s’y accrocha de toutes les forces de sa volonté ébranlée. Il parlait avec sagesse. Dans leur situation, face à une menace réelle, ils étaient faibles et l’ennemi connaissait leur position. Si Sho ne voulait pas poursuivre, c’est qu’il ne se faisait aucune illusion sur le sort de Sawako. Elle était morte à ses yeux, avec tout ce qu’il y a de définitif là-dedans. Poursuivre ne ferait que les torturer un peu plus tous les deux, les mettre le nez dans leur échec. Il n’y avait rien de bon à cela.

Hideo attendit que les premiers soins lui soient apportés en silence ; la douleur s’était dissipée, remplacée par un sentiment de lourdeur et de confusion qui n’avait rien d’apaisant. Ceci fait, il se redressa avec précaution, le regard toujours fixé sur la cascade étourdissante. Sawako était en de bonnes mains. Sawako était forcément en de bonnes mains. Ils ne la laisseraient pas mourir, et elle accomplirait ce qui devait être fait. Ils ne pouvaient pas tout sacrifier pour ne rien obtenir en échange… ce n’était pas une question de mérite, mais de justice, une justice au-dessus de celle des hommes.

[Hideo] - Merci Sho...

Hideo posa la main sur ce qui avait été sa blessure au torse, largement recouverte à présent. Il essuya du bout des doigts le sang qui le maculait encore et serra le poing en se détournant de la cascade.

***

Sawako ouvrit les paupières, mais cligna plusieurs fois des yeux pour essayer de dissiper les ténèbres qui l’entouraient. De façon chaotique, les événements qui s’étaient déroulés au sommet de la cascade lui revinrent en tête et elle sentit son cœur lui compresser la poitrine à la pensée qu’elle avait aussi perdu la vue lors de l’affrontement. Mais la raison lui revint vite. Il y avait de faibles couleurs sombres autour d’elle, et des formes que ses yeux distinguaient de mieux en mieux à mesure qu’ils s’habituaient à l’obscurité ambiante.

Sawako se laissa retomber en arrière, en proie à une forte migraine. Elle leva une main faible pour tâter son cou, incertaine de ce qu’elle allait y découvrir. Strictement rien, il était comme il avait toujours été. La coupure qui lui avait sectionné partiellement la carotide avait complètement disparue. Il en allait de même pour la blessure à sa poitrine, qui lui avait tellement donné l’impression de mourir… Sawako essaya de résister au sommeil, mais finit par sombrer dans ce qui ressemblait davantage à de l’inconscience qu’à du repos.

[ ? ] - Oui elle est réveillée.

Sawako ouvrit les yeux et tourna très légèrement la tête pour essayer de discerner quelqu’un. Elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi, peut-être quelques minutes ou de longues heures. Cela lui aurait fait le même effet, elle en était persuadée. Un visage se présenta au-dessus d’elle - homme d’une trentaine d’années, cheveux blonds mi-long, regard brillant et mine soucieuse. Il posa l’une de ses grandes mains sur son front.

[ ? ] - Elle a l’air d’aller bien. Juste très fatiguée. N’est-ce pas ?

Il souriait.

[ ? ] - Inutile de répondre, ne te fatigue pas.

De longues minutes s’écoulèrent ainsi. Sawako pouvait entendre toute sorte de sons autour d’elle, avec une attention inégale parfois, mais elle ne s’endormit plus. Elle gardait les yeux fermés et les bras le long du corps, sans se soucier du temps qui passait. Si elle n’arrivait pas le moins du monde à estimer l’heure qu’il était, il lui paraissait agréable de suivre les activités de toutes les personnes présentes. Elle ne parvenait pas à déterminer exactement leur nombre… mais ils devaient être au moins cinq. Il lui semblait également qu’elle n’était pas au même endroit que lorsqu’elle s’était réveillée pour la toute première fois ; il y avait une bien meilleure luminosité ici, bien que faible et tamisée. Les murs étaient mieux définis… Sawako se dit que la première fois, elle s’était réveillée dans un endroit proche de la confrontation, certainement une grotte ou quelque chose dans cet esprit où le faux Shirogaito s’était préparé et replié. Pour ce qu’elle devinait de la pièce où elle reposait, il ne s’agissait pas d’une chambre et certainement pas d’une taverne ou quoi que ce soit, car il n’y avait pas de bruit à l’extérieur, aucune animation qui pourrait trahir la présence d’une ville alentour.

Une main froide se posa sur son épaule.

[ ? ] - Il vaudrait mieux que tu manges à présent, tu vas beaucoup t’affaiblir autrement.

C’était une femme cette fois-ci, qui la fit manger patiemment, pendant un temps qui sembla incroyablement long à Sawako. Elle s’étonna de son absence d’appétit, car elle se souvenait qu’une des fois où elle s’était réveillée, elle s’était imaginée dévorer à pleines dents n’importe quel plat qui aurait l’inconscience de se présenter à elle. Trois plus tard cependant, Sawako était complètement éveillée et s’était même légèrement redressée pour mieux distinguer les gens autour d’elle. Ils étaient six en vérité, quatre hommes et deux femmes. Elle n’en connaissait aucun, mais il ne portait plus leurs longs manteaux blancs. Elle estimait qu’il s’agissait des mêmes personnes mais maintenant qu’elle y pensait, rien ne l’indiquait. Hideo aurait mis deux équipes sur le coup ? Sawako ne comprenait rien de ce qui s’était passé, et rien de ce qui se passait à présent. L’impression de se laisser porter par les flots l’agaçait d’autant plus qu’elle se souvenait encore du froid glaçant de la cascade, juste avant qu’elle ne perde conscience.

L’homme blond s’assit à côtés d’elle, alors que la pièce s’était vidée de la moitié de ses habitants. Seuls restaient une femme, occupée à déjeuner, et un homme qui aiguisait en silence une longue arme brillante.

[ ? ] - Je t’ai déjà dit mon nom, mais je pense que tu as oublié. Je m’appelle Kagari. Un vieil ami de Hideo... c’est lui qui m’a contacté pour prendre soin de toi. Si on peut dire.

Sawako ne se sentait ni d’humeur ni de force à parler, mais elle prenait plaisir à écouter la voix grave et sereine de l’homme. Il n’attendait visiblement aucune réponse de sa part.

[Kagari] - Quand il m’a parlé de votre plan, j’ai cru qu’il avait perdu la raison. Mais je dois dire qu’il était plutôt bien vu. Pas simple, très dangereux et aléatoire, mais plutôt bien vu. J’ai accepté de l’aider, moyennant finance, avec d’autres de nos amis. Endosser le manteau de Shirogaito est une folie... pas tellement à cause de Kumo, mais plutôt à cause de l’organisation proprement dite. Ils ne devraient toutefois pas être en mesure de remonter jusqu’à nous. Ils n’aiment pas beaucoup les imitateurs.

Il souriait en disant cela, comme si tout cela n’était qu’une vague plaisanterie. Pour ce que Sawako pouvait voir, elle devait bien avouer qu’ils n’étaient pas maladroits quand il s’agissait de combattre et que cela l’avait profondément décontenancée. Si elle ne savait pas à quoi s’attendre exactement au moment de la confrontation, elle ne s’imaginait pas avoir affaire à de vrais guerriers, qui essaieraient véritablement de la tuer. Son visage avait dû s’assombrir, parce que Kagari reprit aussitôt.

[Kagari] - On est alors venu ici, on a cassé quelques petites choses, puis on s’est replié dans une caverne à proximité de la cascade. On a attendu votre arrivée... et quand vous êtes arrivés, nous étions prêts. Hideo avait trouvé le moyen de nous avertir qu’il y aurait un troisième individu, un Eisei. Au départ, on comptait seulement vous retrouver à la cascade, créer un champ de bataille et voilà, repartir chacun de notre côté, sans blessé qui que ce soit. Mais à cause de cet Eisei, il a fallu qu’on soit beaucoup plus crédibles. On vous a attaqué alors, sans se retenir. Tu as bien fait de te séparer de tes camarades, car il fallait absolument que tu sois près de la cascade pour qu’on puisse te porter le coup final. Une chance qu’on ait amené de vraies armes avec nous, sinon on aurait eu l’air fin...

Sawako n’arrivait pas à déterminer avec exactitude les activités de Kagari. Hideo avait beaucoup d’amis dans le monde, parce qu’il avait exécuté de nombreuses missions à l’extérieur. Mais tout semblait indiquer que Kagari et ses amis avaient des spécificités propres aux shinobi... rien que sa survie le prouvait. Quelle que soit la manière dont ils s’y étaient pris pour la secourir malgré l’importance de ses blessures, ce n’était pas de la médecine traditionnelle.

[Kagari] - On avait prévu de frapper très fort, d’autant plus qu’un Eisei aurait été capable de voir qu’on évitait vos points vitaux. Au final, on se serait fait avoir sur un détail. Alors nous n’avons pas hésité et heureusement que vous avez joué le jeu. Je ne sais pas si tu t’en aies rendue compte, mais l’Eisei avait activé une technique sur vous, pour qu’une partie des blessures qu’on vous infligeait soit reportée sur lui ? Cela lui aurait permis de voir qu’on te ménageait. Alors, on a fait en sorte de briser le lien en simulant ta mort de manière musclée. Puis on t’a poussé dans l’eau, où une seconde t’a réceptionné pour te téléporter à l’abri dans la caverne. Tu as été sauvée en quelques secondes, le cœur et la gorge en même temps, mais cela a épuisé ton corps.

Une nouvelle fois, Sawako se sentit très mal pour Sho. Le pauvre homme ne méritait rien de cela... il allait devoir vivre avec cet échec, et cette mort sur sa conscience. Elle ne le connaissait pas assez pour savoir comment il s’y prendrait pour faire face mais, secrètement, Sawako espérait qu’il faisait partie de ces personnes qui étaient capables d’ignorer leurs émotions sur des sujets semblables. Pour passer à autre chose. Mais savoir qu’il avait utilisé son énergie et sa force pour partager ses douleurs la mettait profondément mal à l’aise. Ils avaient été liés par quelque chose de fort, en toute gratuité, et Sawako avait beau retourner la chose sous tous les angles, elle ne voyait qu’une trahison dans tout ce qu’elle avait fait. Elle essayait de se persuader qu’elle n’avait pas véritablement trahi Kumo, que c’était une sorte de couverture de trahison, que ses buts étaient toujours reliés à ceux de son village... qu’elle avait pris la bonne décision ou, à tout le moins, la seule décision qui valait la peine d’être prise. Mais le fait est qu’elle avait trahi Kumo en fuyant, puis qu’elle avait trahi Sho en lui mentant de la pire des façons.

Si un jour ils devaient se revoir, elle savait que les chances d’être pardonnée étaient ridicules. Elle aurait probablement le choix de mentir encore mais Sawako se demandait si elle en aurait bien le courage, seule, de soutenir son regard pendant qu’elle s’inventerait une vie qui ne lui appartenait pas.

[Kagari] - On a été précautionneux. En partant, on a préféré palier aux coups du sort en amenant deux amis Eisei. Ils travaillent à Suigara depuis plusieurs années, et je dois dire qu’ils sont sacrément bons. Ce sont eux qui t’ont sauvé, mais qui ont aussi sauvé nos membres blessés. Actuellement, vous êtes encore trois à rester dans un état faible, mais vos jours ne sont plus en danger. C’est déjà ça. On restera jusqu’à ce que vous alliez mieux.

Sawako releva la tête, le cœur serrée. Mais l’homme souriait toujours.

[Kagari] - Bien sûr, pour l’instant, je te conseillerais de nous accompagner. On prendra soin de toi le temps que tu ailles mieux et, à l’avenir, tu sauras que tu peux te tourner vers nous. Enfin, du moment que tu n’as pas tout Kumo aux trousses, parce que là, cela excède un peu notre champ de compétence. Ce sera gratuit pour toi, parce que tu es quand même plus jolie que ce brave Hideo.

Il secoua la tête.

[Kagari] - Il qu’il semblait tenir énormément à toi.

Dans les jours qui suivirent, Sawako parvint à se lever et à marcher. Ses forces lui revenaient rapidement, maintenant qu’elle était capable d’avaler autre chose que de la soupe et de l’eau colorée. Elle fit la connaissance des douze membres de ce faux Shirogaito. Ils lui souriaient, lui parlaient, faisaient connaissance... comme s’ils n’avaient pas été blessés dans la manœuvre ou que cela n’avait plus aucune importance maintenant qu’ils avaient réussi. A dire vrai, Sawako ne savait pas encore s’ils avaient réussi. Tout dépendrait des rapports de Hideo et de Sho. Si Kumo avait des doutes, ou si Kumo espérait pouvoir remettre la main sur sa Chuunin... mais de toute façon, ils n’allaient pas rester plus longtemps dans cette pièce - qui s’était révélée être une sorte de chalet, à l’extrême ouest du Pays de la Foudre. Un parmi d’autres, car le faux Shirogaito avait investi les lieux déserts.

[Eimi] - Alors, prête à rejoindre Suigara ?

[Sawako] - Je ne sais pas trop à quoi m’attendre à vrai dire... je n’y suis jamais allée.

Eimi sourit de toutes ses dents.

[Eimi] - Je suis sûre que tu vas beaucoup aimer. On aime toujours Suigara quand on a des amis autour de soit. Dans le cas contraire... eh bien, la balade est parfois moins plaisante.

Ce n’était pas le moins du monde rassurant, mais ils partirent en fin de matinée en direction du Pays des Rivières. Sawako, malgré tous les sentiments contradictoires qui l’assaillaient depuis le début de cette aventure, ne parvenait pas à calmer les pulsations de son cœur à l’idée de visiter le monde. Elle se laissa couler dans la compagnie de ces gens qui l’accueillaient sans retenue, pour ne pas trop s’abîmer dans les regrets.

***

Citation :
Rapport du Chuunin Hideo Osaki.
Destinataire : Shigeo Koyama.
Mission : CU153
Suite et fin.


Le corps de la Chuunin Sawako Tsugi n’a pu être retrouvé. Il me semble malheureusement certain que la blessure à son cœur était mortelle, de même que le coup à la gorge qui avait suivi, sans compter la chute de la cascade. Nous n'avons rien pu faire pour l'empêcher, je me situais trop loin, ils avaient profité de leur nombre pour nous séparer... Shirogaito s’est dispersé peu de temps après, en emportant leurs blessés et en faisant preuve d’une organisation sans faille. Ils avaient subi de lourdes blessures, mais je ne saurais tenir pour sûr qu’ils aient eu des pertes.

Nous nous sommes repliés, sous la menace d’une nouvelle attaque. Nous étions par ailleurs trop faibles pour tenir tête à douze ennemis.

D’après ce que j’ai pu observer, il semble avéré que Shirogaito attendait la venue d’agents de Kumo. Ils n’ont pas essayé de dialoguer, mais sont passés immédiatement à l’attaque. Si Shirogaito a changé d’attitude, nous avons là une preuve concordante. Il est malheureux qu’ils aient partiellement réussi leur opération.

Je me présenterais en personne demain à la première heure. Je dois rester cette nuit à l’hôpital.

Respect,

Hideo Osaki.

Citation :
Nous vous remercions pour votre rapport, d’autant plus dur que le sont les circonstances. Je vous adresse mes condoléances personnelles et je ne peux que vous souhaiter un prompt rétablissement.

Des réponses seront apportées dans les semaines à venir à la question de Shirogaito. La perte de Sawako Tsugi ne sera pas écartée, je peux vous l’assurer.

Shigeo Koyama.

MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   Dim 2 Mai - 16:07

Sawako : +116 XP
Sho : +103 XP

Chouette session, merci =)
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Sawako Tsugi   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» FIche de présentation Sawako Kuronuma
» Partenariat - Tsugi No Sakkaku
» Yoshigana Kagami & Namida Jinsei VS Hyûga Sawako & Hyûga Umibozû
» Une aventure (enfin) normale [Pv Mr. Hatami & Sawako]
» Cours, dessins et rêvasseries [Pv Sawako - FIN]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0-