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 [SR] - La Fumée sans le Feu

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MessageSujet: [SR] - La Fumée sans le Feu   Dim 14 Fév - 12:07

Depuis que Renshi était enfant, elle s’était toujours imaginée mourir jeune.

C’était un trait que lui avait inspiré la mort de la plupart des personnes de son entourage. Pourtant, elle avait vécu. Oubliées, les missions, oubliée, la guerre. Elle avait traversé cela indemne et aujourd’hui, alors qu’elle se regardait dans le miroir, elle voyait une vieille femme. Ses cheveux étaient encore noirs, ses yeux vifs, mais elle se sentait terriblement âgée. Comme si le poids des ans s’était brusquement fait sentir et pesait sur ses épaules comme les mains de quelque colosse de conte. Peut-être pas si indemne que cela, au final.

Renshi se détourna. Elle était dans son bureau, au sommet du bâtiment qui donnait sur Iwa. Il n’était pas très haut, moins que ce qu’elle avait pu observer à Kumo notamment. Mais Iwa avait été construit sur une ancienne zone sismique et Shodaime, Kagetsu Nosaka avait pris garde à conserver cela en tête pendant qu’il jetait les premières fondations de ce qui deviendrait le plus grand Village Caché au monde.

La première, et peut-être dernière, superpuissance au monde depuis l’antique cité de Kobi, avec ses samouraïs. Le Pays de la Terre avait une histoire si riche, elle l’aimait tellement… le voir si affecté par la victoire arraché sur la ligne la faisait souffrir. Elle voulait tant le voir redresser la tête, bomber le torse et reprendre sa longue marche de géant infatigable. Pendant des années, elle avait été perchée sur sa tête, à contempler le monde de haut. Puis… ils avaient trébuché. Renshi se repassait ces années dans la tête. La guerre contre Kawa… pourquoi cela n’avait-il pas fonctionné ? Au moment où elle décidait de centraliser les missions, de multiples voix se sont faites entendre pour s’opposer à elle. Mais Renshi était une femme de poigne. Elle imposa son point de vue, le défendit avec habilité, si bien que beaucoup la rejoignirent ; pas tous cependant. Elle savait que la grogne allait monter et que tôt ou tard, Iwa allait devoir combattre. Cependant, elle ne se faisait alors aucun souci… l’argent gagné sur le dos des autres pays devait permettre de mettre en place cette fameuse superpuissance, et elle fut bel et bien instaurée.

Iwa rayonnait en maître incontesté sur tout l’est et, pour ainsi dire, sur l’ensemble du monde ninja. Cette guerre contre Kawa… abominable, trop longue, chaotique alors que Renshi avait toujours su comment diriger ses hommes. Rien n’y faisait, comme si une force implacable s’était dressée contre elle pour la voir choir.

Renshi secoua la tête. Il ne faisait rien de bon de remuer pareils souvenirs. Depuis trois ans, on lui avait donné une nouvelle chance de sauver Iwa. Le rêve de puissance n’était pas encore totalement évaporé, il restait présent dans l’esprit de chacun. Après la mort du jeune Fushida, un garçon si prometteur pour Iwa dont la mort représentait un épisode épouvantable, on s’était tourné vers elle. La Dame aux Mains Rouges. Elle aurait aimé ne pas ressentir la mort de Fushida comme son entière responsabilité, mais Renshi se savait trop honnête pour oser se mentir ainsi.

Elle avait créé un monstre, pendant cette guerre. Peut-être beaucoup plus qu'un seul. Elle avait créé l’homme qui s’appelait Kikuria et qui était venu ici, à Iwa, prendre la vie du Tsuchikage Fushida. Sa haine pour le Village Caché de la Terre sonnait comme une malédiction. Il utilisera sa puissance pour déconstruire ce que Renshi tentera désespérément de construire et aujourd’hui, elle ne savait plus comment lutter. Ce Kikuria avait le droit de la haïr et il avait également celui de chercher vengeance.

Iwa paierait cher sa prétention.

Un grincement manqua la faire sursauter. Un grincement qu’elle n’avait plus entendu depuis des années et des années et qui ne la rassura pas le moins du monde.

[ ? ] - Renshi… Cela… faisait longtemps.

Une voix, traînante et éraillée, qu’elle aurait reconnue entre toutes et qui la fit sourire malgré elle. Renshi se tourna vers son bureau. La petite gargouille de pierre qui y reposait depuis des années, création originale du génie Kagetsu, avait les yeux ouverts à présent et faisait semblant de s’étirer.

[Renshi] - Je me demandais quand est-ce que tu me reparlerais, Kanshito.

[Kanshito] - Mmh… Où est passé… Kinsada ?

[Renshi] - Il est mort, je le remplace en attendant qu’on trouve une meilleure solution.

Renshi s’assit derrière son bureau et croisa les mains sous son menton, le regard fixé sur la petite gargouille. Cette dernière souriait d’un air moqueur, ses traits de pierre dévoilant une étonnante subtilité.

[Kanshito] - Quoi ? Meilleure… que la Dame… aux Mains Rouges ?

Renshi ne répondit pas. Depuis que le Shodaime l’avait placée sur son bureau, Kanshito ne l’avait jamais quitté. Il était un conseiller habile mais malheureusement, il ne s’éveillait que très rarement. Le sceau, disposé sur son ventre rond, l’animait en une unique occasion. Il fallait qu’Iwa coure un très grave danger.

[Kanshito] - Un homme… de haine… approche…

La Dame fronça les sourcils.

[Renshi] - Kikuria ?

[Kanshito] - Non…

La syllabe roula un moment dans la pièce.

[Kanshito] - Son nom est… Toguro… Une âme sans vie… dévastée… de l’intérieur par son maître… Kikuria…

[Renshi] - De combien de temps est-ce que je dispose ?

[Kanshito] - Mmh… vingt minutes…

Renshi sut alors qu’elle faisait un choix qui allait changer beaucoup de choses pour Iwa. Mais elle s’y était préparée depuis plusieurs mois maintenant, avec une résignation qui lui était toute nouvelle. Une marque de vieillesse, sans aucun doute. La femme se redressa et traça un cercle sur le sol. Une lumière grise illumina brièvement la salle puis disparut. Kanshito observait Renshi sans rien dire, les yeux plissés. Il fallut quelques secondes avant qu’une voix, profonde, se fasse entendre de nulle part.

[ ? ] - Oui ? Qu’y a-t-il ?

[Renshi] - Asahi approche. Elle sera là dans vingt minutes.

La voix ne dit rien pendant une dizaine de secondes, puis elle reprit, sur un ton égal.

[ ? ] - Très bien. L’accord est maintenu, en ce cas ?

Renshi posa sa main sur le cercle qu’elle avait dessiné, puis la ramena vers elle lentement. Le sceau s’effaçait d’un même mouvement.

[Renshi] - Oui, murmura-t-elle. Notre accord est maintenu Zakeru.

La femme acheva de faire disparaître le sceau. Elle se redressa. Kanshito la dévisageait avec insistance.

[Kanshito] - Zakeru… Datsuki… Je sens… son ambition… d’ici…

Un sourire triste étira les lèvres de Renshi.

[Renshi] - Oui Kanshito… nous sommes tombés bien bas pour que des bandits nous viennent en aide.

La gargouille émit un son qui ressemblait à un éternuement.

[Kanshito] - De l’aide ? … Cet homme… ne s’aide que lui-même…

Renshi attrapa son manteau et se le passa sur les épaules d’un mouvement souple. Elle attrapa le chapeau de sa fonction et l’installa sur son crâne. Les yeux fermés, elle se rappelait avoir exécuté ce geste bien des fois par le passé.

[Renshi] - Renshi Asamon n’est pas femme à se laisser avoir par les bandits, Kanshito. Du moins, pas aussi complètement qu’ils l’estiment.

La femme ouvrit la porte et disparut de la vision de la gargouille. Kanshito se gratta le ventre, le regard fixé là où se tenait Renshi quelques secondes plus tôt. Il gronda, puis referma les yeux.

[Kanshito] - Mmh… Adieu… Ma Dame…

***

Renshi était assise sur la fontaine.

Les jambes croisées, sereine, elle observait le colosse qui remontait d’une démarche pesante la rue. Ses lourds poings de chaque côté de son corps disproportionné, il avait le regard de la bête qui chasse. L’alerte n’avait pas encore été donnée, malgré le fait que cet homme soit entré de force. Les villageois observaient tour à tour l’un et l’autre des opposants, incertains quant à la conduite à tenir. Leur Tsuchikage semblait en totale confiance, un sourire simple aux lèvres. Ils se regardaient avec fierté : c’est la Dame aux Mains Rouges qu’ils ont connu. Une femme qui n’a pas froid aux yeux, une guerrière.

Le colosse s’arrêta et se redressa de toute sa taille.

[Toguro] - Je suis Toguro !

[Renshi] - Je sais qui tu es, Toguro. Mais ta place n’est pas ici.

Toguro la regarda méchamment. Il se frappa la poitrine avec force puis tendit le poing vers elle. Le sourire de Renshi disparut.

[Renshi] - Défi relevé, petit homme.

MessageSujet: Re: [SR] - La Fumée sans le Feu   Lun 15 Fév - 12:37

Trois mois plus tôt

Un homme drapé de noir, les vêtements abîmés par le voyage et le visage mangé par une barbe de plusieurs jours, se présenta aux portes d’Iwa. Il s’annonça comme étant un voyageur et demanda une entrevue auprès de la Tsuchikage, Renshi Asamon. Les gardes ne le laissèrent pas entrer. Ils lui demandèrent de patienter à l’entrée du village, pendant qu’un homme allait chercher l’avis de Renshi. Il obtint l’autorisation de laisser l’étranger entrer, même s’il n’avait pas donné son nom.

Les regards se tournaient vers lui, tandis qu’il marchait d’une démarche lente et digne encadré par une équipe du village. Ses yeux restaient fixés avec obstination devant lui. Il ne semblait pas fatigué, mais on sentait que cela faisait longtemps qu’il marchait maintenant. L’étranger conservait les plis de son manteau serrés autour de lui, allongeant encore davantage sa silhouette. Ils furent introduits dans le bureau de Renshi, mais la femme demanda à voir l’étranger seule. Les gardes se positionnèrent dehors, prêts à agir au moindre signe suspect.

[ ? ] - Ils sont bien dressés…

L’homme se permit un petit sourire. Renshi ne répondit pas, continuant de l’observer calmement. Cet étranger n’était pas n’importe qui. Elle connaissait son visage, elle savait d’où il venait et ce qu’il avait fait.

Zakeru Datsuki. Ancien Juunin de Konoha, il avait quitté son village suite à un désaccord avec l’une des membres du Haut Conseil, Keira Azaguri - une femme estimable pour ce qu’en savait Renshi. Cette histoire n’était pas très connue, pas plus qu’une autre histoire de désertion. Mais elle n’avait pas échappé à Renshi, qui essayait autant que possible de se tenir au courant des évolutions politiques des Villages Cachés les plus importants. Zakeru Datsuki dans son bureau, c’était pour le moins inattendu. Mais malgré les travers du voyage, il avait gardé le même air vaguement hautain que Renshi lui avait connu, il y a plusieurs années de cela.

[Zakeru] - Je suis Zakeru Datsuki. Merci de me recevoir, Tsuchikage-sama.

[Renshi] - Que vient faire un déserteur du Pays du Feu ici ?

Zakeru secoua la tête.

[Zakeru] - Je viens vous mettre en garde. Connaissez-vous Asahi ?

Renshi fronça les sourcils. Ce nom ne lui évoquait rien.

[Zakeru] - C’est un nom que vous apprendrez à haïr. Il s’agit de l’organisation de mon… élève… Malheureusement, il semble qu’il m’ait échappé. Nous avons eu un désaccord sur la suite à donner à notre association. Un accord qui vous concernait partiellement. Mon élève nourrit une haine vorace contre vous.

[Renshi] - Le contraire m’aurait étonnée. Qui est-il ?

Zakeru ménagea son effet.

[Zakeru] - Kikuria.

Renshi ne trahit pas le moindre mouvement, mais les battements de son cœur s’accentuèrent. Ses yeux se plissèrent davantage.

[Renshi] - Il était sous vos ordres ?

L’homme tendit une main apaisante devant lui. Même si le ton de Renshi n’était pas menaçant, Zakeru n’ignorait pas ce qu’il dissimulait.

[Zakeru] - Il n’a pas tué Kinsada sous mes ordres. Je vous l’ai dit. Il nourrit une haine vorace contre vous. Il n’aura de repos tant qu’Iwa ne sera pas enterré. Il en a le pouvoir, par ailleurs.

[Renshi] - Que vous lui avez donné.

Zakeru eut un sourire mauvais.

[Zakeru] - C’est une femme qui entraîne chaque jour des centaines de shinobi qui me tient ce discours, ou est-ce que je me trompe ?

[Renshi] - Vous vous trompez. C’est la femme qui vous accueille généreusement dans son bureau qui vous tient ce discours.

Zakeru tiqua, puis baissa brièvement la tête.

[Zakeru] - Pardonnez-moi. Le voyage m’a fatigué.

Les deux personnalités se dévisagèrent.

[Renshi] - Quel danger représente réellement Kikuria ?

[Zakeru] - Pour vous, très élevé. Pour le monde en général, d’ailleurs, il représente un risque très élevé. C’est un enfant nourri de la guerre, votre guerre. Il était à Ame pendant cette dernière. Il a vu son pays partir en lambeau. Il a beaucoup de colère en lui. Il en avait toujours beaucoup quand je l’ai recueilli et entraîné.

Kikuria… Renshi sentait que ce nom reviendrait fréquemment pendant les années à venir, à moins qu’un hasard veuille bien le tuer avant cela. Mais elle savait bien que les âmes colériques étaient celles qui s’accrochaient avec le plus d’obstination à la vie. Pour mieux la dévorer.

[Renshi] - Vous me mettez donc en garde contre cette organisation. C’est aimable, merci.

Zakeru secoua doucement la tête, tandis qu’il s’asseyait sans y avoir été convié. Renshi ne releva pas.

[Zakeru] - Pas seulement… il se trouve que je sais ce que recherche Kikuria, parce que je l’ai fréquenté longtemps. Il a, pendant ses études, entendu parlé des antiques reliques qui datent de l’ère des samouraïs et qui sont aujourd’hui conservées par les Villages Cachés historiques.

Renshi acquiesça.

[Renshi] - Ce n’est pas étonnant, ces reliques sont célèbres.

[Zakeru] - Kikuria souhaite les récupérer.

[Renshi] - C’est un collectionneur ?

[Zakeru] - Il pense qu’elles recèlent un certain pouvoir.

Renshi haussa les épaules.

[Renshi] - Ce sont des bêtises. Une légende sans fondements. Il s’agit plus d’un symbole que d’autre chose.

[Zakeru] - Cela importe peu pour ce qui nous concerne. Kikuria viendra les récupérer. Et vous pouvez être sûre qu’Iwa est au sommet de sa liste. Il pourra venir personnellement. Vous ne serez pas assez forte pour lui tenir tête, sans vouloir vous offenser. Il m’a vaincu.

Renshi étudiait l’homme qui lui faisait face. Il ne mentait pas, du moins le pensait-elle. Zakeru semblait bel et bien avoir combattu Kikuria, il y avait une très fine nuance d’amertume dans sa voix qui rendait l’épisode véridique, ou alors excellemment bien interprété. Son raisonnement se tenait ; si ce Kikuria détestait tant Iwa, il viendrait ici en premier.

[Renshi] - Vous avez donc un plan à me proposer.

Zakeru sourit - un sourire que Renshi n’aima pas à l’instant où elle le vit. L’ambition était décidément un sentiment difficile à cacher, même pour les plus habiles.

[Zakeru] - Oui.

***

Renshi évitait les coups avec agilité.

Son chapeau était depuis longtemps tombé, foulé aux pieds par les combattants. Toguro déplaçait sa gigantesque masse par impulsions redoutables, si bien qu’il était difficile d’estimer avec précision la portée de ses poings. Renshi savait qu’elle n’aimerait pas être là au moment de l’impact, qui finirait bien par arriver à ce rythme, elle n’avait plus vingt ans et son adversaire débordait d’énergie.

Renshi posa la main à terre et libéra du chakra. Un sceau violet se dessina brièvement, tandis que le sol explosait sous elle. La femme se recula de plusieurs bonds successifs tandis que son adversaire, prit dans son élan, ne parvint pas à éviter les grosses irrégularités du sol. Elle secoua la main avec élégance, la posa au sol et ferma les yeux. Aussitôt, plusieurs couches de terres formèrent une gangue épaisse autour du colosse pris au piège. Renshi savait que cela ne tiendrait pas le temps qu’il puisse se redresser et rassembler sa force, mais elle ne combattait pas pour l’emporter. Elle voulait simplement gagner un peu de temps. Son sort était scellé aussi sûrement que s’il était déjà joué. Renshi n’avait pas de regret. Les hommes et les femmes qui la verraient mourir aujourd’hui accuseront sa faiblesse inexcusable. Ils l’accuseront d’être un symbole trahi et fissuré, ils la haïront pour cela. Et dans cette haine résidait peut-être le seul espoir pour Iwa de rivaliser avec celle de Kikuria. Renshi savait qu’on ne répondait pas à la haine par de l’amour ou des mots doux. On répond sur le même ton, et plus fort encore si on le peut. C’est ainsi qu’on mène un combat et qu’on mène une guerre, quand les dieux n’ont pas juré votre perte.

Un poing énorme jaillit de la gangue de pierre et arracha un plein morceau à la seule force des doigts. Renshi secoua la tête.

[Renshi] - Petite brute...

La femme leva les yeux vers le soleil. Toujours trop haut.

***

Trois mois plus tôt

Renshi observait le village s’éveiller, accoudée à son balcon.

Il y avait eu plusieurs guerres de shinobi depuis leur avènement. Pour des raisons diverses, souvent justifiées par l’appât du gain. Mais celle qui opposa Iwa et Kawa a modifié en profondeur l’identité des shinobi. Le monde a changé au sortir de cette guerre sans fin. Dans un premier temps, les daimyos ont essayé de faire en sorte que cela n’arrive plus. En quelque sorte. Mais ce n’était qu’un rêve. Les shinobi sont des guerriers, les guerriers se battent. Ils avaient connu et commis des horreurs sans nom, pendant ces vingt-quatre années. Des techniques qui n’auraient jamais dû voir le jour naquirent et furent utilisées sans aucun sens moral, dans le but simple d’annihiler l’adversaire. Il n’est pas possible qu’un monde se relève de ça. Quand il lèvera la tête, un shinobi ne verra plus le bleu du ciel mais le gris de son passé. L’idéologie développée à cause de cette guerre vit en chaque shinobi de ce monde, même, et peut-être surtout, ceux qui ne l’ont pas vécue.

Renshi ne peut s’empêcher de considérer qu’elle a accompli une grande chose. Terrible, certainement, mais grande dans sa portée.

Zakeru et elle avait scellé leur accord. Il résiderait à Iwa le temps que leur plan se mette en place. Il leur fallait attendre le prochain mouvement d’Asahi, qui pouvait arriver demain ou dans six ans, selon le bon vouloir de ce Kikuria. Mais Renshi pensait, au même titre que Zakeru, que cela ne mettrait guère plus de quelques mois. Zakeru estimait, à raison sans doute, qu’il l’avait bernée. Il se disait que finalement, la Dame aux Mains Rouges était une femme que l’on pouvait abuser et qu’il avait eu raison de forcer sa chance. Renshi sourit pour elle-même. Non, il n’était pas possible de tromper aussi aisément la Dame aux Mains Rouges. Elle devinait les intentions véritables de Zakeru, elle ressentait en lui l’ambition. Une ambition qui n’est pas là ni pour mettre en garde, ni pour aider… mais pour bâtir quelque chose de personnel.

Elle ignorait ce qu’il souhaitait faire avec la relique d’Iwa, mais certainement pas la protéger innocemment de l’emprise de Kikuria. Ce conflit qui les avait opposés… devait avoir cette origine plutôt qu’Iwa proprement dit, contrairement à ce que Zakeru avait insinué. Il avait dû injecter cette idée dans l’esprit de son élève, la recherche des reliques, ce vieux conte pour enfants. Ils avaient finalement eu un désaccord quelconque, peut-être sur la répartition des reliques. Maintenant, ils étaient engagés dans une lutte stérile à celui qui rassemblerait les reliques le plus rapidement… stérile mais dangereuse pour l’équilibre du pays. Si les Villages Cachés étaient attaqués, c’était la structure même du pays qui en prenait un coup. De la même façon que le jour où les castes samouraïs se sont effondrées, le monde samouraï leur a emboîté le pas avec enthousiasme.

Renshi ne pouvait laisser cela se produire. Mais elle avait besoin pour cela que Zakeru vive et divise. Kikuria emploierait une partie de sa force pour le rattraper et le tuer. Au final, leur petit jeu des reliques leur prendra peut-être des dizaines d’années. Surtout si Zakeru se reconstituait une organisation. Ainsi, le monde shinobi dormira à l’ombre de cette lutte latente et sans intérêt. C’était tout ce qu’elle pouvait lui espérer, mais Renshi savait qu’elle ne serait alors plus là pour agir.

Son temps était terminé. Protéger Iwa serait en définitive son dernier geste, comme il l’avait été en tout temps malgré ce qu’elle avait entendu sur son compte. On ne devient pas chef de guerre en cueillant des fleurs… Renshi ne regrettait rien. Elle maudissait seulement les dieux pour avoir voulu la jeter à terre tandis qu’elle menait ses forces au combat. Si elle avait écrasé Kawa en quelques jours, comme cela aurait dû être le cas, le ciel serait toujours bleu.

Bien ; on ne refait pas le monde. On le change.

MessageSujet: Re: [SR] - La Fumée sans le Feu   Mar 16 Fév - 12:31

La rumeur du combat s’était propagée dans tout le village.

Les villageois et des équipes de shinobi convergeaient vers ce point, comme Zakeru l’avait imaginé. Il espérait qu’ils apprécieraient le combat. Un sourire étira ses lèvres fines. Il ne savait pas exactement qu’elle était l’intention de Renshi, mais si c’était Kikuria en personne qui s’était déplacé, elle n’avait aucune chance. Plus encore s’il était venu avec tous ceux qui lui étaient fidèles, ce Kazuo enténébré ou Noya. Zakeru renifla, cheminant à bonne allure à travers le Village Caché de la Terre.

Il n’y avait pas de temps à perdre.

Renshi avait eu l’amabilité de lui donner tous les renseignements qu’il désirait sur la position de la relique. Il n’aurait jamais envisagé rendre la chose aussi facile. Il lui fallait impérativement conserver une tête d’avance sur son jeune élève, qui était sans doute bien plus talentueux que lui à son âge et qui souffrait d’une volonté inébranlable. Des qualités que Zakeru avait su apprécié un temps.

La relique se trouvait dans les souterrains de la demeure du Tsuchikage. Zakeru y avait été convié par Renshi, pour repérer les lieux. La femme s’était montrée incroyablement souple, sans rechigner à lui dévoiler quelques uns des secrets qui reposent sous ce dôme. Zakeru aurait pu envisager une tromperie s’il ne savait pas Renshi si désespérée. Il y avait beaucoup de bon dans le désespoir des autres, beaucoup de choses à y ramasser pour peu qu’on sache encore se baisser.

Il sourit en poussant la porte de la demeure ; les gardes étaient absents. Il essayait d’imaginer la réaction de Renshi si elle venait un jour à découvrir que Zakeru avait aidé Kawa, lors de la guerre. Ils avaient été ennemis et, par le miracle de la guerre interposée, Renshi ne le savait même pas. Elle se montrerait certainement moins coopérative. Cela, de fait, n’avait aucune importance.

Renshi ne survivrait pas à cette journée, et il était probable qu’Iwa la suive dans sa déchéance.

Mais sans sa relique.

***

La peau de Renshi était presque noire à présent. Sa main était tendue et ne tremblait pas, alors qu’elle observait Toguro se redresser lentement.

Il semblait déstabilisé mais la Tsuchikage n’appuya pas son maigre avantage. Elle savait que le colosse était capable de puiser dans des ressources physiques insoupçonnées pour la prendre par surprise ; par deux fois, il avait bien failli réussir.

[Renshi] - Il n’est pas trop tard pour partir. Tu n’es pas un ennemi de ces montagnes Toguro. Tu as grandi quelque part dans ce pays. Peut-être que tu ne t’en souviens pas.

Toguro avança d’un pas et balaya d’un revers de la main les petits cailloux qui restaient collés à lui.

[Toguro] - Je n’ai pas besoin.

[Renshi] - Est-ce que le nom de Gikaibo Osan évoque encore quelque chose pour toi ?

Le colosse s’arrêta, la mine incertaine. Des plis grossiers barraient son front tandis qu’il réfléchissait. Renshi sourit intérieurement. Elle ne savait pas exactement ce qu’il avait subi, mais tout n’était pas encore perdu bien que son état soit sans doute irréversible. Mais elle ne s’était pas trompée de Toguro… ce colosse était donc bien le protégé de Gikaibo. Il lui en avait parlé à demi-mots et Renshi ne s’en était souvenue qu’au moment de le voir. Gikaibo était… quelque chose qui se rapprochait d’un Sannin du village. Un homme d’influence, qui ne l’exerçait toutefois pas. Il n’était pas d’accord avec Renshi lorsque celle-ci avait ordonné la centralisation des missions de l’est sur Iwa. C’était un homme perspicace et une intelligence politique. Elle se doutait que son protégé n’avait pas toujours été la coque vide et brutale qu’elle avait aujourd’hui sous les yeux.

Il lui manquait toutefois le liant entre toutes ces facettes ; Gikaibo, Toguro, Asahi… cela n’avait pas beaucoup de sens.

[Toguro] - Pas besoin, répéta le colosse.

Il y avait dans sa voix une nuance laborieuse, comme si la simple formulation de mot lui était pénible. Renshi fronça imperceptiblement les sourcils. Elle ressentait avec une vivacité troublante la douleur de cet homme. Quelque part, bien caché au fond de lui, il y avait toujours l’enfant qui avait grandi aux côtés de Gikaibo et qui était devenu homme dans un contexte de pays en guerre. Elle ne savait rien de ses choix alors, mais elle pensait que quelque chose chez lui avait été modifié pendant cette période, quelque chose sur laquelle elle ne parvenait à mettre un nom.

[Renshi] - C’est regrettable.

Renshi concentra davantage de chakra sur la totalité de sa peau, qui s’assombrit encore un peu plus. Cette technique dévorait ses réserves, mais elle avait pu encaisser l’un des coups du monstre, certes pénalisé par une vitesse défavorable, sans être disloquée ; et c’était tout ce qu’elle lui demandait. Renshi leva les yeux au ciel. Le temps imparti à Zakeru était maintenant écoulé. Elle n’avait pas à retenir le monstre plus longtemps.

[Renshi] - Gikaibo était un homme respectable. Peut-être qu’un jour, Toguro, quelqu’un t’aidera à réaliser que tu n’es pas que la grosse brute que tu es devenue.

Ses yeux rencontrèrent ceux de Toguro et personne ne put manquer l’étincelle qui brillait en eux.

[Renshi] - Mais ce ne sera pas moi.

Si mon destin est de mourir aujourd’hui, des mains de cette bête ; qu’il en soit ainsi. Mais ce n’est pas une raison pour lui faciliter la tâche. Les dieux… ou peu importe le nom de cette force… se sont ligués contre moi pour briser mes rêves. Ils ne m’ont pas brisé moi. Alors je pense que maintenant non plus… je ne vais pas céder à la facilité.

Renshi s’élança, le bras droit immobile le long de son corps.

***

Zakeru passa un doigt songeur sur la relique de la terre. Elle n’était protégée par rien de particulier, laissée là à prendre la poussière. Mais il ne saurait se tromper, il avait bien en main cet antique artefact. Il sourit mécaniquement. Renshi croyait-elle vraiment ce qu’elle disait lorsqu’elle parlait de contes et de légendes ? Elle n’était pas maladroite avec son chakra. Comment pouvait-elle passer à côté de la formidable puissance contenue dans ces reliques, qui battait comme un cœur vivant ? Peut-être que les gens qui l’estimaient plus médiocres que ne le laissait entendre sa propre légende étaient proches de la réalité… mais Zakeru n’y croyait pas.

Il n’était pas encore certain de l’histoire de ces reliques, c’était flou. Mais elles dataient sans aucun doute possible de l’ère samouraï et avaient un jour été assemblées en un seul et même objet ; Kaminote, la Main de Dieu. Certainement un objet de grande puissance, mais rien ne l’indiquait précisément. Zakeru avait pourtant déployé des trésors de recherche pour découvrir l’origine exacte de ces reliques, la raison de leur création. En vain jusqu’à maintenant.

Mais cela n’importait pas pour le moment. Il attrapa la relique et la glissa dans sa sacoche. Le temps que pouvait lui acheter Renshi devait être écoulé maintenant.

[Zakeru] - Adieu, Renshi. Merci du cadeau. Peut-être qu’en définitive, ton village sera sauvé. Mais j’en doute fort.

C’est le prix qu’on paye lorsqu’on essaye de tutoyer le ciel. Un avertissement que Zakeru gardait en mémoire. Il concentra son chakra et disparut à plusieurs kilomètres de cela, loin de Toguro et de l’influence de la toute jeune Asahi.

***

Renshi s’essoufflait. Son ennemi était embourbé dans le marécage, mais la Tsuchikage était obligée de limiter son étendue pour n’impliquer aucune bâtisse ni aucun civil. Un miracle que rien encore n’ait été brisé par la force sourde de cet homme. Les shinobi du village avaient fait partiellement évacuer les villageois, qui observaient toutefois toujours le combat à une distance raisonnable.

Personne n’intervenait. Renshi l’avait interdit. Les shinobi se regardaient entre eux, se consultaient. Ils cherchaient une réponse alors qu’il n’y en avait pas. Renshi ne voulait pas que ce combat se termine rapidement, elle ne voulait pas non plus y survivre. Sa mort était nécessaire à Iwa. Pour un nouveau cycle de haine. Il y a de la création, dans la haine. Peut-être davantage encore que dans d’autres puissants sentiments, comme la joie ou l’amour. Iwa, aujourd’hui, avait besoin de haïr et Renshi aspirait à lui faire cet ultime présent.

Elle envoya de nouveaux torrents de boue contre Toguro avant de s’engager contre lui. Habilement, elle sauta par-dessus lui et le marécage, appliqua en passant la paume de sa main sur son crâne et y libéra les démons. Une intense lumière violette illumina le village, tandis qu’un hurlement inhumain se faisait entendre. Renshi grimaça ; dans un réflexe de défense, le poing de Toguro l’avait effleurée. Elle se réceptionna mal, mais suffisamment bien pour ne pas en souffrir.

Toguro était à terre. La boue des marais le recouvrait presque entièrement. Renshi se fit la réflexion que si elle en avait eu la force, elle aurait alors pu appuyer avec tout ce qui lui restait. Mais il ne lui restait plus grand-chose. Elle secoua la tête, étourdie par la puissance du sceau de destruction, puis se redressa, son regard ne quittant pas la masse engloutie. Le village retenait sa respiration ; avaient-ils sous les yeux la dernière victime de la Dame aux Mains Rouges ? Celle qui a éventré en personne les ultimes défenses de Kawagakure no Sato, avant de participer personnellement à la bataille ?

Renshi secoua la tête.

Toguro émergea des flots, ses gigantesques mains au-dessus de la masse violacée des marécages. Il fallait être un peu plus qu’un homme pour échapper à l’attraction fatale de ces eaux. Il respirait bruyamment, à bout de souffle. Son regard fou trouva celui de Renshi, il se mit alors en chemin vers elle, comme s’il ne marchait dans rien de plus que de la boue. C’est alors seulement qu’elle les vit, et cela lui fit manquer un battement : les larges surfaces blanchies qui recouvraient partiellement son corps. Des masses osseuses. Était-ce ce Kikuria qui avait joué à l’apprenti sorcier avec cet homme ?

Toguro se mit lentement à courir, d’abord avec difficulté, puis avec de plus en plus d’assurance à mesure que les marécages s’ouvraient sur son passage. Renshi se prépara au dernier acte de ce combat. Elle pensait alors à son village, sa survie dans les années à venir, le rôle qu’il jouerait dans les événements qui ne tarderaient pas à apparaître sur toute la surface du monde. Elle avait également cette image persistante de Kawa en tête, cette énigme sans réponse : comment Kawa avait pu tenir si longtemps face à eux, même avec l'aide parasite des pays environnants ?

Puis le choc. Renshi évita le premier coup, fit exploser une surface de la peau de Toguro grâce à un nouveau sceau, encaissa un coup dans l’estomac que la dureté extraordinaire de son corps rendit supportable. Elle recula néanmoins de près d’un mètre, appliqua un nouveau sceau sur l’épaule de son adversaire. La surface osseuse se fendit mais ne se brisa pas. Et une longue lame d’os pénétra sa protection avec insolence. Renshi hoqueta, avant que Toguro ne relève le bras pour l’éventrer totalement. Il la repoussa au sol de son épaule blessée, et n’accorda pas un regard supplémentaire à la dépouille de Renshi. Il disparut de son champ de vision.

Vers la demeure des Tsuchikage, pensa-t-elle. Avait-elle eu raison d’aider Zakeru à empêcher Asahi de mettre la main sur cette relique ? Elle le pensait encore maintenant. Cela… allait… terriblement les retarder… Quelle que soit la puissance de la Main de Dieu, elle ne devait pas être reformée. Si plusieurs personnes cherchaient à la reformer séparément… cela contribuait à l’empêcher. C’était une bonne chose. Des visages flous apparaissaient au-dessus d’elle. Elle sentit des doigts sur son cou, des soins réalisés en hâte sur sa blessure pourtant bien trop importante. Allons, mes enfants… c’est la fin.
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