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 Le Procès de Nezu

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MessageSujet: Le Procès de Nezu   Dim 21 Fév - 1:25

Shinji s’était levé comme à son accoutumé aux alentours de cinq heures du matin. D’un geste machinal, digne des meilleures mécaniques, il s’était doucement extrait de sa couche, puis avait entrepris de refaire son lit. Asuka, sa femme, ne dormait plus avec lui. Elle était dans une pièce séparée de la sienne. Ses horaires impossibles étaient, semblait-il, la cause à cela, mais Shinji n’était pas aveugle et encore moins stupide. Il savait parfaitement ce qu’elle lui reprochait. Le fait d’être à l’origine de la mort de son seul et unique fils, Zen.

Les mois avaient passé et beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts, mais la déchirante réalité de son absence ne parvenait pas à s’atténuer. Bien que son rang et sa fonction lui imposent de ne rien laisser paraître, Shinji était détruit intérieurement. Presque comme tous les matins, il se saisit de la photographie encadrée qui reposait sur sa table de chevet. C’était une simple image le présentant, dans les bras de sa femme, avec son fils, en train de partager un dîner. Un acte tellement anodin pour des centaines de famille, qui lui semblait pourtant si lointain aujourd’hui.

Aurait-il put changer les choses s’il avait agi différemment ? Aurait-il dû contrecarrer violemment et immédiatement Nezu ? L’empêcher de prendre cette importance au sein du village, de le gangréner ainsi ? Il avait failli là où son prédécesseur avait réussi, pensait-il avec amertume. Une colère sourde grondait au fond de ses entrailles, il aurait voulu tuer ce traître, ce politicien miteux, ce polichinelle de pacotille … ce … ce…

Cet enfant de putain !

Le Rokudaime avait toujours agit comme il lui semblait bon de faire. Il avait toujours préféré le dialogue à la solution armée. Il était avant tout un homme de sciences, versé dans l’étude de l’Eisei, et cela depuis des années. On lui avait pris à faire preuve de discernement, de recul, à ne pas agir à court terme, mais envisager les meilleures actions pour le long terme. S’il avait fait tué Nezu, il aurait peut-être pu empêcher la guerre civile de se produire, mais selon lui, il n'aurait fait que reporter l'inévitable et surtout il n’aurait pu démanteler le Lotus Pourpre, ce groupe secret, interne à Kiri, qui voulait s'emparer du pouvoir. On l’aurait accusé de despotisme et décapitant la tête de l’opposition et d’autres auraient pris la place de Nezu, qui aurait été élevé au rang de martyr. Cette simple pensée le répugnait.

En laissant éclater la guerre civile, il avait crevé l’abcès qui devenait de plus en plus insoutenable au sein du village. Les deux factions partisanes qui s’opposaient se radicalisaient alors de plus en plus, comme en témoignaient de nombreuses rixes, comme celles de la Fleur Polaire ou encore dernièrement cette altercation entre Iba Hiyori et deux juunin. Il avait tenté de trouver des solutions, de toutes ses forces, en utilisant tout son pouvoir et toute son influence, mais Nezu était quelqu’un d’obtus et de déterminé, d’une intelligence vive, qui calculait en profit. Lui aussi savait qu’il ne faisait qu’envenimer les choses et qu’il mettait de l’huile sur le feu. Des hommes, leurs hommes, allaient mourir, pourtant cela ne l’avait pas empêché de lancer son projet : « pour le bien de Kiri ».

Quel salopard !

* * *

Une visite ?

Cela faisait des semaines qu’il n’en avait pas eut. Certainement parce qu’on empêchait qu’elles aient lieu. Cela n’avait rien d’étonnant. Nezu referma le maigre ouvrage qu’il était en train de lire et reposa sur sa fine et branlante table la paire de lunette qui couvrait ses yeux fatigués. Il se massa légèrement les tempes. Cette cellule grise n’était pas d’un grand luxe, une simple planche de bois collé au mur en guise de sommier, le tout recouvert d’un ridicule matelas et d’une couverture verte usée. Une seule ouverture sur le monde extérieure, une petite fenêtre, avec de multiples barreaux. D’un œil simplet, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une cellule des plus basiques, mais un expert aurait tout de suite senti l’agression nauséabonde des dizaines de sceaux dissimulés de part en part pour protéger la structure de toute intrusion possible et bien entendu éviter qu’il ne s’évade.

Effectivement, il y avait peu de chance pour que cela arrive.

Il avait donné des directives fermes pour que l’on ne tente rien. Le politicien connaissait bien son adversaire, il ne s’abaisserait pas à le faire tuer, comme un simple shinobi. Non, il était bien plus que cela, il était devenu une icône, et l’on ne peut pas faire disparaître une icône comme cela. Shinji allait tenter de le faire dans les règles de l’art avec un procès. Quel idiot ! Il y avait tellement d’autres moyens de mettre un terme à la vie ou tout du moins au parcours d’un opposant, c’était un non-sens de tant s’exposer.

C’était sa chance.

Il avait encore de nombreux partisans, il pouvait rebondir malgré sa cuisante défaite dans son coup d’état. Il pouvait jouer sur l’impact médiatique qu’aurait le procès pour ressortir libre et lavéde tous soupçons. Pour en ressortir encore plus grand et plus fort. Ce procès était une véritable aubaine qui lui était offert sur un plateau d’argent.

? – Vous semblez perdu dans vos pensées, Nezu ? dit une voix féminine. L’homme, prisonnier de sa cage de fer, sourit, amusé et étonné. Son interlocutrice venait de tracer un sceau de défense, ainsi leurs propos ne pourraient être écoutés, ni même entendus.

Nezu – C’est que, très chère, je ne m’attendais pas à vous voir ici bas. Que me vaut l’objet de votre visite ?

Il y eut un court silence où les deux protagonistes se dévisageaient. La femme était cachée dans un recoin d’ombre de la longue allée qui menait jusqu’à la cellule d’isolement spéciale où était confiné Nezu.

Nezu – Un tel mouvement de votre part, ne vous est-il pas préjudiciable ? Surtout en ce jour ?

? – Allons Nezu, ne jouez pas au plus bête avec moi. Nous savons tous les deux que Shinji n’est pas dupe un seul instant de mon petit jeu et qu’il m’a mise là où je suis dans le souci de satisfaire un temps le Lotus Pourpre. Tout cela pour calmer le jeu après votre échec.

Nezu – Je ne vois pas d’échec, juste une tentative. Mais nous dérivons et tout cela ne réponds pas à ma première interrogation : pourquoi êtes-vous là ?

? – Vous êtes allé trop loin Nezu. Cette alliance avec Kakumei, cette folie … Le Lotus ne vous suivra plus. Shinji nous prends un fou et nous voulons la primeur du prochain mouvement.

Nezu – Vous n’êtes qu’une incompétente, doublée d’une sotte. Vous, tout comme le Lotus, êtes incapables de me comprendre, vous ne réalisez même pas que c’est moi le Lotus désormais, c’est moi votre bannière, c’est moi votre fer de lance. Pour reprendre votre simpliste comparaison, je suis le roi et non le fou, et l’ « échec et mat » n’est pas prêt de survenir.

Il y eut un nouveau silence, laissant retomber les esprits échauffés. Ils se regardaient comme des animaux dangereux, jaugeant du potentiel de l’autre, avec attention.

? – Vous êtes seul désormais.

Nezu – La base me suivra, vous sous-estimez mes alliés. Ce procès, je vais le gagner et Kiri me reviendra bientôt.

La femme s’en alla, dissipant le sceau. Elle lança un dernier regard au politicien.

? – Pauvre fou.

* * *

Hyô se déplaçait d’un pas souple et constant dans les couloirs de l’Académie. Il saisissait par instant des éclats de voix étouffés, un bref regard lui suffisait pour comprendre que c’était sa personne qui les suscitait. Les gens se retournaient sur son passage et le dévisageaient, incrédules et admiratifs.

Il était une des légendes de Kiri, il était l’Homme de Glace.

Aussi détestable que lui était ce statut, il se devait de le porter, de l’assumer, pour son pays, son village, ceux qu’il aimait. Il avait la puissance nécessaire pour protéger, il devait l’utiliser et ne pas la garder jalousement, égoïstement pour lui.

Alors qu’il arrivait à l’objet de sa destination, un groupe de jeunes aspirants l’arrêta, lui barrant sans le savoir l’accès à la porte du bureau de Kenji Eichino. Le plus téméraire du groupe, un jeune garçon d’une dizaine d’années s’avança vers lui, presque tremblant, en lui tendant une feuille vierge.

Impassible, Hyô le regarda. Son visage n’exprimait rien, aucun sentiment, telle une coquille vide, un corps mue par une unique volonté, indéfectible, inébranlable où tous sentiments seraient absents, proscrits, bannis.

Le garçon fit un pas de plus, tendant un peu plus proche la feuille et bredouilla quelque chose d’inaudible. Hyô lui demanda alors de répéter. Tous les autres gamins étaient pétrifiés et excités en même temps. L’enfant parvint à articuler le mot « autographe ». Cela n’arracha même pas à un sourire au triste personnage, mais intérieurement, la demande le toucha.

Hyô – Quel est ton nom, jeune homme ?

Kuro Enamichi lui répondit-il, le souffle coupé, comme si on venait de lui assener un violent coup de poing dans le bas ventre. Hyô hocha la tête, signifiant qu’il avait bien compris. Il se saisit du papier. L’air ambiant se fit beaucoup plus froid, les pupilles du Geïrou se colorèrent d’azur tandis que s’exprimaient ses pouvoirs héréditaires. Le papier se glaça et s’imprimant dessus, comme par magie :

« Pour Kuro. Hyô Geïrou »

L’enfant n’en revenait pas. Il remercia chaudement l’anbu et lui dit qu’un jour, il serait comme lui, non mieux, il serait assez fort pour être dans son équipe et l’aider au cours de ses missions. La gorge d’Hyô se serra, mais il ne montra rien.

Hyô – Ne brûles pas les étapes et persévères.

L’Homme de Glace ne put s’empêcher de penser que l’enfant ne devait pas être aussi pressé d’intégrer son équipe, aussi pressé de mourir. Il chassa ses sombres pensées et rentra dans la bureau de Kenji, laissant les enfants retourner vaquer à leurs occupations.

Hyô – Vous m’avez fait mander ?

Kenji trônait fièrement sur son vieux siège de cuir. Il finissait de rouler une de ses fameuses cigarettes. Il répondit par l’affirmative à la question et indiqua à Hyô de s’asseoir, mais l’Homme de Glace n’en fit rien.

Kenji – Comment va l’Hiyori ? questionna-t-il, de but en blanc.

Hyô – Cela vous intéresse-t-il vraiment ? La réponse était assez cinglante et dépareillait un peu avec l’attitude habituelle de la légende. Kenji ne dit rien, mais paraissait légèrement décontenancé.

Hyô – Je dirais qu’il va plutôt bien contenu de ce qu’il a vécu. Les geôles du village ne sont pas un endroit accueillant.

Kenji – Il ne faut pas qu’il participe au procès de Nezu. Son nom ne doit pas être prononcé, malgré son coup d’éclat, les gens n’oublient pas vite, surtout lorsqu’il se permet de combattre en plein centre-ville avec tous ses moyens. Pensez-vous pouvoir l’en convaincre ?

Hyô -Non, la réponse n’aurait pu être plus froide.

Kenji – C’est un ordre, Hyô Geïrou.

L’homme ne broncha pas. Le siège de Kenji se retourna, indiquant qu’il n’avait plus rien à dire. Hyô ne partageait pas cet avis.

Hyô – J’ai eu vent, qu’avant l’incident, vous l’aviez rencontré à la bibliothèque. Que lui avez fait Kenji ? Qu’avez-vous fait à mon coéquipier ? L’air devint glacial, tandis que l’anbu prononçait ces derniers mots. Le vieux juunin et conseiller du Mizukage resta silencieux.

* * *

L’audience avait commencé. Shinji était du côté de la partie « civile ». Kenji Eichino était le procureur général. Les jurés étaient composés de divers seigneurs des provinces dont le daimyô en personne. Nezu était évidemment présent. Malgré l’emprisonnement, il semblait en pleine possession de ses moyens,il était propre sur lui et semblait serein. Il avait décidé de se passer d’avocat, il mènerait sa défense lui-même. La salle était pleine à craquer et la sécurité était maximale.

Le procès allait débuter.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Mar 23 Fév - 17:22

Le daimyo était un homme d’un âge prononcé, les rides couraient le long de son visage fin. Son corps était drapé dans une soie précieuse d’un coloris bleu pâle et blanc étincelant. Il portait aussi de nombreux insignes honorifiques témoignant de sa fonction. Les seigneurs du pays de l’Eau étaient à ses côtés pour l’épauler et eux servir de jurés, mais personne dans l’assemblée n’était dupe, tout le monde se rangerait du côté du daimyo. Aujourd’hui et pour les jours à venir qu’allait durer le procès, il serait l’élément clé, la personne à convaincre à tout prix et cela, ils l’avaient tous compris.

Le seigneur du pays de l’Eau prit alors la parole et héla Nezu.

Daimyo – Êtes vous bien Nezu Shimoto, fils de Saroshi et Mitsuki Shimoto, né à Higure ?

Nezu – C’est bien moi.

Le daimyo demanda alors les faits qui étaient reprochés à Nezu. Kenji Eichino, juunin de Kiri no Sato depuis des années, génie des précédentes générations, surnommé un temps « le maître des Doutes », se leva de sa chaise pour prendre la parole. Il ajusta ses lunettes noires sur son nez, puis s’avança d’un pas maîtrisé vers le box de l’accusé, à où se tenait Nezu. Il s’approcha lentement jusqu’au verre qui séparait l’assistance du prisonnier. En silence les deux hommes se dévisagèrent. Nul ne sut alors ce qui passa dans l’esprit de chacun mais tous purent dire qu’il ne devait s’agir de propos élogieux.

Kenji se retourna vers l’ensemble des jurés et prit la parole.

Kenji – Nezu Shimoto est accusé d’abus de pouvoir et de confiance, de détournement de biens, d’extorsion de fond, de chantage et pression sur la classe dirigeante de Kiri no Sato …

Avec l’air d’un véritable comédien, Kenji marqua une courte pause. Il ne souriait pas, jamais on eut put être plus sérieux, plus maître de ses émotions. Les armes du bras droit du Rokudaime étaient aujourd’hui les mots et il allait mettre à profit l’ensemble des années passées à étudier les réactions humaines pour servir sa cause. Nezu serait condamné à la prison à vie …

Kenji – … de meurtres avec préméditation, de tentative de coup d’état, de tentative d’assassinat sur la personne du Rokudaime Mizukage Shinji Azechi et pire que tout d’avoir vendu les secrets du village à l’ennemi pour tenter de parvenir à ses fins.

La dernière accusation déclencha un brouhaha sans nom dans la salle, ainsi qu’une une vive émotion. La sécurité fit revenir l’ordre au bout de quelques minutes. Nezu semblait rester impassible.

Daimyo – Nezu Shimoto, face à ces chefs d’inculpation, que plaidez vous ?

Nezu – Je plaide non coupable pour l’ensemble des faits énoncés par l’accusation.

Nouvelle crispation dans l’assemblée. Le procès n’avait pas débuté depuis plus deux minutes que l’ambiance était d’or et déjà explosive. La parole fut laissé à Kenji pour commencer sa plaidoirie. Il n’appela pour débuter aucun témoin mais commença à parler d’une voix forte et audible qui ne laissait nul place au doute.

Kenji – Seigneurs de l’Eau, nous sommes aujourd’hui réunis pour juger un homme qui par ses actes s’est opposé à Kiri no Sato, mais aussi aux choix du daimyo, qui a provoqué à lui tout seul un nombre incalculable de morts, sans parler des blessés ; qui a tenté par tous les moyens à sa disposition de mettre à mal son village et son pays dans le seul but de servir ses propres intérêts et sa soif sans limite de pouvoir. Cet homme se terrait depuis des années en notre sein. Aujourd’hui, il est découvert. Aujourd’hui, il est affaibli. Aujourd’hui, il doit répondre de ses crimes !

Nouvelle pause théâtrale. Kenji porta la main à ses lunettes.

Kenji – Car je vous le dis, en vérité, moi, qui ne puis plus observer la lumière du jour depuis des années…

Il retira ses lunettes, fait qu’il n’avait jusqu’alors jamais fait, encore moins en public, dévoilant les terribles brûlures autour de ses yeux blanc, sans vie et de sa chair meurtrie. Il y eut un soubresaut dans l’assemblée et le jury.

Kenji – … je vois la noirceur abyssale du cœur de cet homme.

* * *

Hyô attendait devant la cellule d’Iba. Son statut lui avait permis de passer toutes les sécurités sans problème et de se retrouver seul, face à son partenaire. Iba portait encore les marques de son combat contre les deux juunin.

Il aurait été trop facile de dire qu’ils étaient du côté de Nezu et lui du côté de Shinji, non, la situation était plus complexe que cela. Les torts étaient sans aucun doute partagés. Au-delà des dégâts « physiques », Iba semblait surtout atteint psychologiquement.

Cela faisait déjà plusieurs minutes qu’ils se faisaient face et Iba n’avait pas encore levé les yeux sur son supérieur. Il semblait ne pas oser, ne pas vouloir le faire.

Hyô – Le procès de Nezu commence aujourd’hui. Il durera certainement plusieurs jours, voire semaines.

Pas de réaction d’Iba, qui semblait fixer un point sur le sol grisâtre de sa cellule. Hyô restait impassible, mais dans son esprit, il cherchait à comprendre, il voulait comprendre. Pour la première depuis des années, son coéquipier survivait à ses côtés. Il représentait un espoir que l’Homme de Glace avait attendu longtemps, un signe lui prouvant qu’il n’était pas maudit.

Hyô – Kenji a ordonné que tu restes enfermé pour toute la durée du procès.

Iba restait toujours muet comme une tombe. Définitivement Kenji avait cassé quelque chose en lui, une sorte d’espoir, une sorte de croyance, quelque chose auquel il devait se raccrocher depuis longtemps. Voyant son partenaire muré dans son silence, Hyô jugea préférable de le laisser seul, alors qu’il s’apprêtait à s’en aller, Iba s’exprima.

Iba – Dis moi, Hyô…

La légende de Kiri no Sato se retourna pour faire face à son interlocuteur. La voix de ce dernier semblait érayée, faible, distante. Il ne pouvait voir ses yeux perdus dans le vide, ni sa détresse intérieure, mais tout cela semblait évident et transparaissait au travers de ses paroles. Iba, lui, qui d’habitude, prenait un tel soin à camoufler ses sentiments, ses impressions ; aujourd’hui, comme les jours précédents, était complètement ailleurs.

Iba – Est-ce que tu crois que les enfants doivent payer pour les fautes de leurs parents ?

La question désarçonna l’Homme de Glace. Plus que la question en elle-même, c’est le sujet qu’elle abordait et l’improbabilité que l’oï-nin en parle qui le marquait. Hyô fit quelques pas en arrière et vint s’asseoir à même le sol, juste devant les barreaux de la cellule, criblés de sceaux et de parchemins de protection.

Pour une fois, les regards des deux hommes se croisèrent.

* * *

Contrairement à ce que beaucoup auraient imaginé, Shinji Azechi, fut le premier témoin appelé à la barre pour témoigner. Le rokudaime Mizukage s’avança donc vers l’estrade d’où il répondrait tour à tour aux questions de Kenji Eichino, puis de son ennemi lui-même, Nezu Shimoto.

Kenji – Mizukage, pouvez vous nous relater la journée où Nezu a tenté de prendre le pouvoir à Kiri no Sato, en essayant de mettre fin à vos jours.

Nezu – Objection !

Les regards se tournèrent vers le daimyo. Celui-ci hocha la tête pour laisser exprimer l’objection, en attendant de savoir s’il l’acceptait.

Nezu – Kenji Eichino semble à l’évidence convaincu que j’aurai mis fin aux jours de Shinji Azechi, à tel point qu’il en élude le fait qu'il aurait pu être fait prisonnier.

Le silence se fit un très bref instant dans la salle, c’était vrai, Nezu aurait pu ne pas prendre la vie de son opposant. Si sa victoire avait été éclatante, il aurait pu être magnanime.

Kenji – J’oubliais que vous étiez fort connu pour votre grande mansuétude, Shimoto. Mais pour rappel, le principal grief que vous trouviez à la politique du Rokudaime n’est-il pas son pacifisme ?

* * *

La parole était désormais laissée à Nezu. Il y avait quelque chose d’assez déconcertant à voir l’accusé sortir de son box, pour venir questionner lui-même le Rokudaime. Aucun des deux hommes ne semblaient toutefois impressionnés. Ils n’en étaient pas à leur première joute verbale et chacun s’était rudement préparé à faire face à l’autre.

Dans cette configuration, Nezu avait un large avantage sur son opposant. C’était lui qui orientait la discussion, puisque c’était lui qui posait les questions.

Nezu – Shinji …, on le regarda bizarrement dans l’assemblée, il n’avait fait aucunement preuve de politesse à l’égard de Mizukage, ni pour son rang, ni pour sa personne, en se permettant de l’appeler par son prénom.

Le message était clair. Il avait raté son putsch, mais cela ne changeait rien à ses yeux. Shinji était son opposant politique.

Nezu - A la mort du Godaime, pensiez vous être celui qui serait désigné pour lui succéder ?

Shinji – Je pense que le Godaime a fait son choix en son âme et conscience, tout comme lorsqu’il a repris en main le village.

Tout le monde ne put relever la pique de Shinji, mais il était évident que la dernière référence indiquait que le Godaime avait retiré le pouvoir aux politiques et que c’était pour cela qu’il avait écarté le plus possible Nezu de la régence.

Nezu – Pourtant sur un plan purement martial, d’autres hommes étaient plus méritant que vous, Shinji, non ? Pourquoi son choix ne s’est-il par porté sur Hyô Geïrou, dont personne ici ne viendra contredire le mérite et les capacités de leader.

Kenji – Objection !

Cette dernière fut rejetée par le daimyo qui semblait extrêmement intéressé par la question de Nezu. Un sourire espiègle barra le visage du politicien alors que Shinji conservait le silence. Il était vrai que le choix de succession du Godaime était étonnant. Même si les deux hommes avaient toujours été en bon terme, Shinji n’avait eut à aucun moment un signe, une parole, laissant présager qu’il pourrait être le successeur du porteur de Kubikiri Houcho. Nezu ne lui laissa pas le temps de trouver une parade rhétorique et enfonça son avantage.

Nezu – Le Godaime n’a-t-il pas couché ses dernières volontés sur le papier, alors qu’il sortait tout juste d’un terrible combat contre les forces du Vent et leur Kazekage ?

Shinji – C’est exact.

Nezu se retourna alors vers le jury, les dévisageant un à un. Il avançait vers eux à pas lents, comme pour leur laisser le temps de voir là où il voulait en venir.

Nezu – Aussi fort eut-il été, qui serait sorti indemne d’un affrontement pareil ? Personne. Qui aurait pressentit Shinji Azechi comme successeur ? Personne ! Kenji voulut encore objecter, mais on le lui interdit.
Quelle expérience dans la vie diplomatique du village ? Quelle ancienneté dans la vie administrative ? Quelle présence dans la vie au jour le jour du village ? Quels faits d’armes ou héroïques au tableau ? Cherchez-les avec moi, Messieurs, car je ne les vois pas. Pas plus que les raisons qui aurait motivé un choix aussi crucial que la nomination au poste de kage !

Nouvelle cacophonie dans la salle d’audience. Nezu venait de déchaîner les foules. Il venait de toucher du doigt un des points névralgiques du problème. Le différent qui opposait les deux factions au sein de Kiri no Sato, la nomination contestée, dans des circonstances floues, de Shinji Azechi en tant que Rokudaime.

Nezu – La question que tout le monde est alors en droit de se poser, Shinji..., Nezu s’était de nouveau rapprocher vers le dirigeant de Kiri no Sato.
C’est, n’a-t-on pas aidé le Godaime a prendre sa décision sur son lit de mort ? Si tel était le cas, quelle serait votre légitimité ?

Un nouveau chaos s’abattu dans la salle.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Ven 26 Fév - 23:16

Le silence s’était de nouveau fait dans l’assemblée. Le daimyo était intervenu pour demander que l’on interrompe plus le procès avec ces « jacasseries » pour reprendre ses propres termes. Le prochain qui aurait l’outrecuidance de le faire serait prié, sans ménagement, de quitter la salle d’audience.

Nezu – Puisque le sujet semble sensible, non sans raison, nous ne attarderons pas dessus, maintenant que les seigneurs de notre pays en sont avisés.

Kenji maugréait. Si le « débat » était vraiment clos, pourquoi le remettre sur la table, salopard. C’était rageant, mais à quoi s’attendait-il vraiment ? Nezu n’était pas né de la dernière pluie, s’il ne possédait aucune compétence martiale, il avait eu, depuis son plus jeune âge, à utiliser les mots, ces derniers le protégeaient et attaquaient. Shinji avait-il bien fait de défier son adversaire sur un domaine dans lequel il excellait tant ? Certes, ils avaient des preuves, souvent accablantes, mais le politicien n’était pas à sa première déconvenue. Arriverait-il à faire pencher correctement la balance ?

A chaque instant, le vieux aveugle ne pouvait s’empêcher de se dire que le jeu était vraiment risqué.

Nezu – J’aimerai maintenant savoir Shinji, comment vous définiriez ?

Kenji – La question n’a rien à voir avec les accusations, s’époumona le juunin. Le Daimyo lui donna, cette fois, raison. Nezu hocha la tête, ce n’était que partie remise, il pouvait contourner cette opposition facilement.

Nezu – Calme, serein, maître de vous-même, on vous décrit ainsi, il me semble. De bien belles qualités je dois dire, mais sont-elles suffisantes pour gouverner un village militaire, dont, comme son nom l’indique, le but premier est de former des soldats ?

Kenji aurait souhaité de nouveau protesté, mais cette fois ce fut Shinji lui-même qui l’en dissuada en prenant la parole pour répondre à son ennemi politicien.

Shinji – Cette question ne trouve son fondement que dans l’esprit de ceux qui sont dans l’incapacité de se projeter dans le futur. Les enjeux auxquels doit faire face notre village dépassent très largement une simple lutte d’influence entre villages cachés. Je pensais qu’une telle complexité n’échapperait pas à ceux qui avaient pu gouverner…

Nouvelle pique, cinglante, faisait bien évidemment référence au Yondaime et son administration, dont Nezu Shimoto était le dirigeant.

Nezu – Pourtant, je ne vous apprends rien, en vous disant que l’argent est l’une des grandes forces qui permet à notre structure de perdurer dans les âges. Ces finances ne viennent que par le commerce, la réalisation de missions et autres services assurés par notre village. Comment expliquez vous que les caisses se vident sans se remplir ensuite ? La situation laissée par le Godaime était stable pourtant ?

Shinji – Les conflits nous ont secoué depuis, mais au-delà de cela, je veux croire que l’on ne voit que les effets à court terme de notre politique, nous pouvons et devons de travailler pour notre futur et ne pas céder, comme par le passé, à des solutions de facilité.

Le politicien se racla la gorge. Le silence s’était fait, on savait ici que se jouait un point important du procès. Nezu justifiait son coup d’état par la mauvaise gestion du village et de ses moyens. S’il arrivait à prouver au daimyo qu’il avait agi pour le bien du village, cette terrible accusation pouvait s’envoler d’un seul coup.

Nezu – Ainsi donc permettre aux villages cachés du continent de regagner en influence, nous privant de contrats importants, ne pas conserver le monopole de voies maritimes et échanger des informations confidentielles, ce n’est pas « céder », selon vous, Shinji ?

Shinji – C’est, selon moi, faire preuve de clairvoyance, en essayant de former une entente durable entre les grands de ce monde.

Nezu sourit, un sourire sarcastique et prétentieux, un sourire de victoire, presque.

Nezu – Cette même clairvoyance qui n’a su empêcher votre fils de se faire tuer ?

Il y eut un déferlement de bruits suite à l’attaque du politicien. Le visage de Shinji était resté impassible. Les jointures de ses mains par contre, étaient devenues blanches et l’on sentait que les muscles de son corps s’étaient raidis. Les gêneurs étaient évacués. Nezu n’aurait su rêver mieux comme réaction.

Nezu – Votre réaction mesurée est toute à votre honneur Shinji, même sur un sujet aussi douloureux, vous savez prendre du recul, ou plutôt de la distance, intérioriser vos sentiments. Toutefois ce que l’on pourrait prendre pour de la grandeur n’est que de la faiblesse, vous refusez le conflit, vous l’avez toujours refusé, comment serez vous capable de défendre Kiri et de prendre les armes avec cette attitude fuyante ?

Shinji – Rappelez moi, ce procès est bien celui de Nezu Shimoto ?

* * *

Rezan était assis face à sa table de salle à manger, qui servait aussi de cuisine. Il avait préparé le déjeuner de bonne heure aujourd’hui. Car ce jour n’était pas un jour anodin, aujourd’hui, le procès de Nezu Shimoto commençait.

Yû venait de se lever, les yeux encore embrumés par la fatigue. Il ne semblait pas bien comprendre l’importance que revêtait ce jour. Il avait osé faire enfermer son maître, ces chiens galeux ! De quel droit ?! Il maudissait encore sa faiblesse, celle d’avoir perdu contre Darok Kempachi, un fidèle du Godaime.

Ce juunin s’était rangé du côté de Shinji, suivant à la lettre les dernières volontés de son sempaï. Rezan pestait intérieurement à bien y repenser, il ne l’aurait jamais crut si fort. La première fois, il avait cru que Darok protégeait quelque chose qui lui était cher et que c’était cela qui lui avait donné le pouvoir de le surpasser. La revanche avait été amère, lui aussi, il avait eut quelque chose à protéger et pourtant, il avait encore perdu.

Et ce foutu Satsubatsu, s’il était amené à le croiser, il lui règlerait son compte une bonne fois pour toute, mais s’il devait pour cela se mettre l’ensemble du clan sur le dos.

Yû – Dis, oni-chan, pourquoi est-ce que ce vieillard est si important ?

Rezan – Je te l’ai déjà dis, nous lui devons la vie. Cette dette, je m’en acquitterai en le servant du mieux possible au jour le jour.

Yû – Pourtant, tu sais que c’est une crapule, non ?

Le regard que lança l’aîné au second traduisait clairement sa pensée, il devait faire attention à ses paroles, il ne pouvait pas manquer de respect à Nezu-sama. Cependant, il n’avait pas totalement tort.

Rezan – Personne n’est tout blanc ou tout noir. Nous sommes tous gris, plus ou moins sombre, voilà tout.

Yû ne dit rien, mais il semblait évidemment que même s’il avait saisi la subtilité des propos de son grand frère, il n’était toujours pas convaincu. Rezan soupira, il aurait certainement encastré dans un mur, le premier qui se serait permis un tel écart de langage à l’encontre du politicien, en sa présence. Mais là, c’était son petit frère …

Qui était le salopard qui lui avait fourré de telles idées et remarques en tête ? S’il le trouvait, Rezan se ferait un plaisir de lui offrir un séjour prolongé à l’hôpital.

Rezan – Tu es trop petit pour te souvenir, mais à la mort de papa et maman, c’est lui qui nous a recueilli. Je me souviens, dans la rue, de la neige, du vent, des pavés gelés. Je me souviens de la faim qui tort les entrailles, de la peur de ne pas voir un nouveau levé de soleil. Tout cela, il l’a fait disparaître en un instant.

Yû ne dit rien, ce n’était pas la première fois que son frère lui racontait ce récit. Ce sauvetage. Daka était en proie à la disette, les récoltes étaient mauvaises depuis deux années consécutives et le temps n’arrangeait rien. Personne ne voulait, ni ne pouvait prendre deux orphelinats, dont un en bas âge, l’autre trop jeune pour travailler, sous son aile. Le village était trop petit pour avoir un orphelinat, ils étaient condamnés à mourir dans la rue.

Nezu avait envoyé les shinobi de Kiri no Sato pour approvisionner le village. Il avait fait lui-même le déplacement pour mesurer « l’étendu des dégâts » dû aux intempéries. Il les avait trouvé et les avait ramené au village caché.

Rezan – C’est sans arrière pensée que cet homme nous a sauvé. Je me suis proposé moi-même pour devenir son garde personnel. Il ne nous a jamais rien demandé en retour. Jamais. Pas une fois, rien. Quelques soient les choix qu’il ait été amené à faire, je veux croire en lui, je veux croire à la bonté que j’ai vu dans ces yeux ce jour-là.

Yû finissait d’avaler son bol de céréales et Rezan, son café. Ils allaient partir pour le quartier des politiciens. Aujourd’hui, Rezan témoignerait pour défendre son maître.

Rezan – J’aimerai que toi aussi tu crois.

* * *

Nimuro était pensif, il guettait les nuages dans le ciel. A vrai dire, il semblait perdu. Les enfants de l’orphelinat étaient en train de faire des jeux à l’intérieur sous la surveillance de quelques bonnes âmes.

L’ancien juunin, spécialiste Eisei, était maintenant à décompter parmi ses derniers. Il était légèrement inquiet, cela faisait plusieurs jours qu’il n’avait pas vu Iba et ce dernier ne l’avait pas informé d’une quelconque mission. Peut-être n’avait-il pu rien lui dire à cause du secret de confidentialité ? Il avait du mal à le cerner ces derniers temps.

Il aurait aimé que Sana-khan, sa compagne, soit à ses côtés, elle, elle aurait su trouvé les mots pour le sortir de sa torpeur. Le ciel était bleu, un bleu triste, qui lui rappelait celui des pupilles de sa douce moitié. Il n’avait su la retenir, elle était reparti sur les routes, lui promettant de revenir prochainement, cela faisait plus d’un an qu’il attendait.

Il aurait dû l’accompagner.

Doucement, l’homme se leva et se dirigea vers les locaux pour rejoindre le groupe d’enfants. Il boitait, son ancienne blessure ne lui laissait aucun répit. Il arriva sans trop de peines à la porte menant à l’intérieur de la bâtisse, la poussa doucement pour tomber nez à nez avec la gérante de l’établissement, une vieille dame, d’une cinquantaine d’années, charmante et qui servait de mère de substitution à tous les polissons de l’établissement.

D’un coup d’œil vif et intelligent, elle nota que quelque chose perturbait Nimuro et lui demanda alors si tout allait bien.

Nimuro – Le procès de Nezu Shimoto a commencé depuis plusieurs jours. Tous les shinobi du village peuvent assister aux audiences. Certains sont conviés par la défense ou l’accusation, pour témoigner.

Son interlocutrice souhaitait en savoir plus, elle ne manqua pas de le questionner pour savoir si l’un des deux partis l’avait fait mander. Nimuro hocha la tête. Kenji Eichino lui avait demandé de se rendre au procès.

Nimuro – Il n’est plus un secret pour personne que je soutiens ardemment Shinji Azechi parce qu’il s’agit là de la dernière volonté du Godaime. Je me suis même battu contre les forces de Nezu, des shinobi de mon village.

Il marqua une pause, comme s’il réfléchissait aux mots qu’il allait prononcer, à leur implication, à leur sens. Il se hasarda une nouvelle fois à regarder le ciel azur. Définitivement non, la réponse à ses questions ne viendrait pas de là.

Nimuro – Aujourd’hui que cet homme est déchu, acculé, je suis incertain. Que se passera-t-il si je témoigne et que Nezu s’en sort quand même ? C’est son administration qui a subventionné la mise en place de l’orphelinat. J’ai l’impression d’avoir agi égoïstement jusqu’à présent, sans penser à la sécurité des enfants.

La vieille dame, au sourire si maternel, ne disait rien, mais ses yeux parlaient pour elle et disaient : « je comprends le conflit qui vous étreint, Nimuro. » L’homme passa une main dans sa barbe de quelques jours, puis regarda à l’intérieur du bâtiment. Les enfants étaient là, ils jouaient joyeusement, sans vraiment se soucier du lendemain. N’était-ce pas ça le vrai bonheur ? Etre bien en un lieu, parmi des gens qui vous aimez, à tel point que l’avenir ne vous effraye plus.

En se rendant un tribunal comme on lui demandait, il prenait le risque de tout briser. Aujourd’hui, bien plus qu’auparavant, il en prenait réellement conscience, des risques qu’il faisait planer sur l’institution et ses occupants, avec ses virulentes prises de positions. Alerte, la gérante voulut savoir ce qui avait déclenché cette crainte chez lui.

Nimuro – Il y a quelques jours de cela, j’ai reçu un courrier on ne peut plus explicite.

La peur étreignit alors le visage de la vieille dame. Nimuro se fit rassurant et ensemble, ils retournèrent s’occuper des enfants.

Nimuro – Je n’irai pas témoigner. Ils s’en sortiront bien sans moi, dit-il, en adressant un sourire qui se voulait rassurant à la gérante de l’orphelinat.

* * *

Plusieurs jours s’étaient écoulés. De nombreux témoins et preuves avaient d’or et déjà présentés. C’était au tour de la défense d’appeler un nouveau faire-valoir.

Nezu – La défense appelle à témoigner Makeru Jishin.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Sam 27 Fév - 21:30

Makeru dédaigna sa partie de go.

Cela faisait maintenant deux semaines qu’il ne savait plus quel coup jouer. Il revenait dessus, parfois pendant plusieurs heures, à simplement observer les pièces sans parvenir à déterminer la bonne attitude à suivre. Il n’y avait aucun coup plus intelligent qu’un autre, tous l’exposaient à un revirement fatal. S’il jouait, il perdait. Alors Makeru ne jouait pas, et observait la façon dont il s’était lui-même piégé avec une fascination morbide. Au-delà du simple aspect du jeu, cette impression d’être au pied du mur s’était propagée à toutes les facettes de sa vie. Il était plus nerveux que d’ordinaire, il se rendait compte de failles inadmissibles dans ses masques successifs.

Ce n’était pas pardonnable.

Dans sa situation, une erreur et il était exécuté. Un shinobi, même un supérieur, pouvait tolérer qu’on lui ait menti. Il peut comprendre qu’il existe, en certaines circonstances, un plus grand bien. Une vérité trop absolue et trop pure pour être partagée. Mais il ne pouvait accepter la trahison, même si elle était justifiée sur une base solide et cohérente. Makeru n’était pas un fou. Makeru n’était pas avide de pouvoir. Il ne cherchait pas même la puissance, à l’inverse de nombre d’autres personnes à qui l’on prêtait de façon bien hâtive de bons sentiments. Ce n’était pas une lutte personnelle, pour satisfaire son ego. Makeru en était arrivé à un point où il pouvait dire, sans avoir peur de mentir, qu’il n’avait pas d’ego à proprement parler. Il était trop autre pour avoir quelque fond commun avec le reste des gens qui l’entouraient. Cela faisait des années qu’il n’était plus lui-même ; peut-être ne l’avait-il jamais été. S’il trahissait Kiri, parce qu’il trahissait Kiri chaque jour un peu plus, ce n’était pas pour lui faire du mal.

Il se sentait dans le rôle d’un homme éperdument amoureux de sa femme, mais condamné, par de maigres aléas de la vie, à la tromper systématiquement sans parvenir à se réfréner. Il y avait là une nécessité vitale, qui le nourrissait et contre laquelle il ne pouvait se dresser. Kiri devait accepter d’être trompée ou devait l’ignorer, mais elle ne pouvait lui en tenir rigueur. C’était elle qui l’avait mis dans cette position peu favorable, à force de s’enfoncer dans les ténèbres. Mais au demeurant, les beaux jours du Lotus Pourpre semblaient loin derrière lui. C’était bien simple ; Makeru n’avait pas été contacté depuis, pratiquement, les événements de la guerre civile. Cela n’était pas bon signe. Les politiciens, des coqs effrayés, lissaient leurs plumes pour se faire beau et présentable. Nezu était tombé et tout le monde avait peur d’être éclaboussé.

Le Lotus Pourpre savait qu’il n’était pas aussi bien dissimulé qu’il l’aurait aimé. Comment l’être totalement, dans un Village Caché dont la fonction était justement de percer à jour les noirs secrets de ce monde ? Seuls les personnes comme Makeru pouvaient se prétendre dissimulées, parce qu’elles étaient tellement enfoncées dans le mensonge qu’il aurait été difficile de les en extraire. Mentir est un art douloureux. Makeru ne pouvait supporter ceux qui s’y essayaient comme des amateurs vains, qui faisaient cela par facilité. Un mensonge n’est jamais facile. Il est complexe, vaste et il faut en maîtriser les moindres embranchements pour ne pas céder à la surprise. Ce n’était définitivement pas quelque chose que le premier venu pouvait faire, pas face à lui. Et ces politiciens allaient mentir, ils allaient essayer de se défiler, de se protéger une dernière fois derrière un écran de fumée.

Mais pas Nezu.

Nezu allait tout assumer, s’il devait assumer. C’était une force de la nature. Un vieux salopard, Makeru ne pouvait qu’en convenir. Il jugeait certaines de ses décisions discutables et politiquement peu avisées, mais Nezu était un orgueilleux. Cela le poussait à la faute. Il devait faire un joueur de go exécrable, à n’en pas douter. Se laisser emporter par les initiatives de l’adversaire et se contenter de le suivre, d’essayer d’attraper sa queue. Les gens voulaient voir la tête de Nezu tomber. Cela souderait le village autour d’un ennemi commun. Nezu, le grand marionnettiste empêtré dans ses fils, le vieux salaud qui n’a jamais cherché que le pouvoir, qui n’a pas hésité à s’affilier à des démons trop gros pour lui et qui a mené Kiri dans des chemins sanglants, détestables et malsains… la guerre civile, la plus grande plaie qu’un pays puisse connaître, sans doute, dans leur esprit.

Des futilités ; tuer une personne revenait toujours au même, qu’on ait connu cette personne ou non. Le vrai danger de la guerre civile résidait en ce qu’elle témoignait de l’état réel des choses. Un pays qui est si profondément scindé qu’il peut résolument envisager de prendre les armes pour s’entredéchirer était un pays malade. Nezu proposait de soigner le mal par le mal ; une grande purge, et on repartait. Une stratégie intéressante et lacunaire. Shinji de son côté prenait le problème du mauvais côté ; il essayait de se persuader qu’il n’existait pas de plaie suppurante. Une erreur grossière, la nécrose est désormais si avancée qu’il doit bien se résoudre à agir. Tuer Nezu, détruire le Lotus Pourpre, unifier Kiri autour des enfants de la brume. Bâtir une force unie.

Makeru réfléchissait sans hâte. Il souhaitait demeurer objectif. Il ne s’agissait pas de se précipiter, il fallait faire le bon choix. La mort de Nezu pouvait effectivement être le bon choix. Les ramifications où cela menait n’étaient pas nocives pour le village. Mais la perte du Lotus Pourpre… Makeru éclipsa l’aspect personnel ; certes, si le Lotus Pourpre tombait, il tomberait avec lui et serait exécuté. Cela toutefois n’importait pas tant sur le fond. Il fallait faire le bon choix. Parfois, le bon choix revient à sacrifier une partie importante de sa force pour réaliser un coup parfait.

Parfois, le bon choix, c’est simplement de perdre.

Makeru sourit pour lui-même, un long sourire fin. Il déplaça une pièce blanche. Maintenant il avait perdu. Mais il l’avait choisi.

***

Kenji Eichino trônait.

Un sinistre sire. Et le daimyo lui-même s’était déplacé. Quelle ironie. S’il tournait la tête, il pouvait voir le blanc des yeux de quelques membres du Lotus Pourpre, qui mouillaient leurs pantalons en imaginant les révélations que pouvait faire Nezu. Nezu n’était pas un traître ; pas dans ce sens-là. Makeru se fraya un chemin tout en douceur jusqu’aux barreaux. Il répondait poliment aux quelques personnes qui le saluaient, mais souhaitait à part lui qu’on l’oublie bien vite.

Puis le procès commença. Des gens divers, d’importance et de genre, défileraient, qui pour accabler Nezu, qui pour apporter un peu de nuance. Peut-être même certains se livreraient à l’exercice délicat d’assurer une franche défense du vieil homme. Makeru sourit discrètement. Il était toujours plus aisé de se battre du côté des vainqueurs, et infiniment plus pratique.

Nezu finit par lui adresser un regard, que Makeru soutint sans ciller.

[Nezu] – La défense appelle à témoigner Makeru Jishin.

Avant que tous les regards ne se braquent sur lui ou le cherchent vainement dans la salle, Makeru s’était façonné un visage neutre et solennel.

Tout cela… le Lotus Pourpre avait décidé d’abandonner Nezu. Makeru en avait subtilement reçu l’indication. Il estimait qu’il valait mieux couper le membre malade pour se concentrer sur les autres forces. Une pensée très raisonnable.

Mais, aujourd’hui, Makeru ne souhaitait pas la partager.

[Makeru] - J’ai toujours eu une certaine admiration pour les politiciens. Ils ne sont pas de brillants combattants, et pas forcément les meilleurs tacticiens qui soit, mais ce qu’ils font pour le village ne pourrait être fait par qui que ce soit d’entre nous.

Makeru sourit.

[Makeru] - Le fond du problème que l’on se pose est de déterminer si Nezu est un salopard ou une personne que les circonstances tendent à accabler. J’ai été amené à travailler par deux fois avec ce personnage, et je peux dire sans me tromper que c’est bien un salopard.

Il leva un doigt fin et pâle.

[Makeru] - Mais un salopard essentiel. Vous êtes nombreux ici à désirer ardemment la mort de cet homme, en vous disant que le monde sera un peu moins noir après cela. Ceci, mes amis, est un mensonge. Vous êtes de grandes personnes maintenant. Acceptez de regarder le monde avec vos yeux plutôt qu’avec vos souhaits. Nezu n’est qu’une particule autour de nous, et une particule aux intentions louables.

Makeru croisa le regard de Shinji. Il aimait alors estimer la résistance et la puissance de ses masques, pour pouvoir soutenir sans faillir le regard d’un père dont il avait pris le fils. Cela, de toute façon, s’était déroulé sans affect particulier. On lui avait assigné la mission d’exécuter Zen Azechi, il l’avait tué. Mais Makeru ne pouvait nier avoir ressenti un frisson d’excitation se faisant, une surprenante pensée de puissance.

Un jour, se disait-il, je paierai pour tout cela et ce sera normal. Parce que cela voudra signifier que tout ce que j’avais entrepris de construire se sera effondré et qu’alors il ne me restera plus qu’à assumer la responsabilité de cet échec. Il ne faisait aucun doute que cet homme, honorable pour ce que Makeru avait pu observer, souffrait de la mort de son fils chaque jour. Mais c’était quelque chose d’inhérent aux guerres, on perdait des choses auxquelles on s’était attaché. C’était malheureux mais au final, Shinji dépasserait cela. Peut-être l’avait-il déjà fait.

L’espace d’un instant, sans que rien dans son visage ou dans sa posture ne puisse témoigner de son trouble - la faute à une mécanique trop bien huilée pour être contournée si aisément - Makeru se visualisa présenter la vérité crue à Shinji et attendre son jugement. Il savait qu’il méritait la mort, pour cela et pour d’autres choses encore, des choses noires dont il avait les mains tachées à jamais. Mais l’espace d’un instant, il s’imagina soulagé dans cette attente, soulagé de donner à cet homme une part de la réalité telle qu’elle s’était passée.

Au final, c’est ce qu’ils faisaient tous ici. A essayer de pourchasser un coupable unique.

[Makeru] - Certes, on pourrait retenir que lorsqu’il a eu le pouvoir, ce n’était guère florissant pour le village. Mais qui pouvait passer après Shinobu Aisu ?

Un mémorable salopard, Shinobu. Mémorable. Manipulateur et obsédé par ses petits secrets. Un homme d’une grande intelligence, qui fonctionnait exactement comme Nezu : il cherchait le bien de Kiri et cela dépassait tout, sauf peut-être ce qu’il pouvait en retirer. Comme cette sinistre histoire de la réunion des Kage qui ne faisait pas l’ombre d’un doute dans l’esprit de Makeru ; Shinobu avait mené à leur perte pas moins de trois Kage pour assurer son propre pouvoir. Et c’était là le héros de ce village décrépit ? Et c’était là l’antithèse de ce vieillard fier ? Absolument pas. Shinobu avait eu de la chance, Nezu pas. Et cela faisait la différence entre la gloire et les tourments.

Un monde bien injuste, estima Makeru, en souriant.

[Makeru] - Mais qui l’a réellement soutenu à cette période ? On parlait déjà d’opposition plus que de dialogue. Les rôles étaient simplement inversés. Est-ce qu’on a jugé et exécuté les enfants de la brume d’alors ? Vous qui m’écoutez maintenant, pourriez-vous le faire ? Non… vous seriez décédés à présent et, pardonnez-moi, la question de ce procès ne se poserait plus. Vous avez créé cette situation. Ne blâmez pas Nezu, n’essayez pas de fuir vos responsabilités. Vous voulez tuer Nezu ? Tuez-vous vous-même, le village s’en portera tout aussi mal. Cela ne résoudra rien et vous le savez. Vous voulez simplement céder à une volonté de vengeance populiste facile et commode.

Makeru secoua légèrement la tête.

[Makeru] - L’histoire est ici très importante. Très importante pour saisir la portée de ce que vous entreprenez de faire. Vous avez porté aux nues Zabuza Momochi, un homme de révolte qui aurait très bien pu risquer une guerre civile par la faute de ses méthodes discutables. Et c’est un héros ? Et Nezu est un monstre ? J’admire la souplesse rhétorique de votre esprit. Pourquoi la révolte d’alors était estimable, et celle des derniers mois abominable ? Parce qu’il avait un grand sabre légendaire ? Ridicule, ceux qui se nourrissent des légendes sont des esprits faibles et j’ose croire que ce n’est pas votre cas à tous ici. Vous ne pouvez pas toujours vous tourner dans le sens du vent. Zabuza a tenté de tuer le Mizukage. Nezu a tenté de tuer le Mizukage.

Il savait qu’il mettait les pieds sur un champ de mines. Oser parler de Zabuza en ces termes, alors qu’il avait donné sa vie pour le village ? Oooh… Des pensées simplistes de brebis hébétées. Zabuza avait surtout dirigé la guerre d’une façon déplorable, de telle sorte que Makeru se demandait si la défaite n’avait pas été décidée longtemps à l’avance. Suna était plus fort que Kiri ? Eh bien ? Etait-ce une raison suffisante pour se laisser aller ainsi ? Il avait beau jeu, ensuite, de mourir de façon héroïque, ou du moins de le penser comme tel. Encore de la facilité.

Zabuza était un homme dangereux, et pas particulièrement fin. Ce qui le rendait d’autant plus redoutable. Un homme de poigne et non d’esprit. Il aurait été utile à d’autres fonctions que celle de Kage qui, aux yeux de Makeru, exigeait beaucoup plus que de l’autorité totalitaire. Comment admirer cet homme ? Une question qu’il s’était toujours posée. Et pourtant, ils étaient innombrables, ceux qui essuyaient une discrète larme à sa seule évocation.

Makeru ne désespérait pas de faire la lumière sur cet individu qui empestait le mensonge, et de le jeter en pâture à ces enfants imbéciles. Les héros émiettés lui avaient toujours paru plus entiers que les vrais.

L’homme recula d’un pas. Il avait bientôt terminé. Peu importe ce qui arriverait à Nezu - peu importe ce qui lui arriverait à lui. Il ne pouvait simplement supporter tous ces mensonges faciles, qui fleuraient bon l’amateurisme. Chacun essayait de fermer les yeux sur une certaine tranche d’histoire. Mais ce n’était pas ça, la vie. La vie, c’était le monde dans sa globalité, avec ses ombres et ses clartés. Et comme on pouvait décider de perdre, on pouvait décider de mentir ; mais pas d’oublier. On ne devait jamais se mentir à soi-même, c’était là la dernière des extrémités.

[Makeru] - Et pour une raison similaire, dans leur esprit. Ce n’était pas à vous de juger les actes de Zabuza. Ce n’est pas à vous de juger ceux de Nezu. Bravez cela, ayez la prétention de vous croire au-dessus de cette réalité, et vous courrez à la catastrophe, tous autant que vous êtes. Cela ne va malheureusement pas plus loin.

Pour la seconde fois depuis qu’il avait pris la parole, Makeru bloqua le regard de Shinji. Makeru était intrigué ; disait-il, quelque part, ce qu’il pensait ? Ou n’était-ce là que le résultat de sa pensée préliminaire d’observation et d’analyse, qui avait débouché sur la certitude que la mort de Nezu n’apporterait rien de particulièrement bon au village et que c’était là une supercherie grossière ? Makeru se gronda mentalement ; un peu facile de s’inventer une humanité, un peu facile. Et la facilité, ami, est notre ennemie comme en ce jour.

[Makeru] - Mizukage-sama, j’ai beaucoup de respect pour ce que vous avez entrepris pour le village. Vous avez été l’un des seuls, du village, à privilégier le dialogue pendant toute la période qui a précédé les troubles. Aujourd’hui, beaucoup estimeraient facilement que cela a été une faille. Je ne le pense pas. Vous avez perdu des êtres chers, Kiri a perdu des êtres chers, mais il ne faut pas se détourner maintenant d’une voie de sagesse pour céder à la vengeance froide de la justice. Ceci n’est pas raisonnable et la raison devrait diriger de pareilles réunions.

Simplement perdre… une pensée intéressante.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Dim 28 Fév - 15:18

La nouvelle s’était répandue comme une trainée de poudre : Nezu allait être jugé pour ses actes. Haya avait les yeux fermés sur son lit, la légère brise de kiri venait lui chatouiller les jambes. Cela ne l’avait pas étonné, après tout, elle avait rencontré Nezu alors qu’il séjournait en prison. Satoshi lui avait permis d’approcher le… dissident. Elle ne savait pas exactement comment il convenait de le qualifier.

La jeune fille était bien placée pour savoir quel genre d’homme il était : c’était elle et Iba qui avaient trouvé le livre de compte qui détaillait précisément chacune des bassesses de ce triste personnage. Il avait été acheté, son ambition avait fini par l’aveugler au point qu’il soit incapable de voir clair dans les intentions de Kakumei… Progressivement, il aurait vendu kiri à une organisation incertaine. Haya avait essayé d’imaginer la tragédie que cela aurait été pour tout le pays. Kiri aurait aussi bien pu devenir une force privatisée. De militaires, ils seraient passés mercenaires. Elle ne savait pas comment cela pouvait se traduire sur un plan légal, si le daimyo du pays pouvait éventuellement les laisser faire, s’il serait au courant ou, même, s’il n’était pas lui-même de mèche avec ce Kakumei. Un grand bouleversement pour le pays et Haya n’était pas convaincue que kiri en soit sorti grandi. Il était vraisemblable de penser qu’ils auraient été, d’une façon ou d’une autre, exterminé (en tant que rebelles, qui sait?).

Les villages devaient rester dans l’intérêt du pays, ils devaient le représenter. Autrement, il changeait sa nature et la jeune fille ne voyait pas en quoi cela était souhaitable. Elle en savait certainement moins long sur l’histoire des ninjas et sur les villages que beaucoup de personnes originaires de kiri, mais quand son père lui en parlait, il les évoquait comme les forces armées de pays qui luttaient pour qu’il conserve son identité. Depuis, Haya avait appris que son père était bien placé pour en parler, puisqu’il avait lui-même était un ninja de kiri… et un faux déserteur qui plus est.

Mais en attendant que chacun se fasse son opinion sur Nezu, Haya ne voyait pas quoi faire. Elle essaya un instant de s’imaginer à la place de Nezu, d’après le peu qu’elle connaissait de lui. Au cours de leur entretien, il n’avait pas témoigné beaucoup d’aspects positifs. Il était sec, peu enclin à la compassion… mais elle lui en avait été reconnaissante. Il ne cherchait pas sa sympathie et pourtant, il avait répondu à chacune de ses questions. Quelque part, elle avait senti en lui un authentique désir de protéger kiri et, d’une certaine façon, de protéger ceux qui sont fidèles au village. Haya se corrigea : ceux qu’il jugeait fidèle au village. Mais elle retenait ses réponses, malgré sa volonté affichée de ne répondre à rien, il lui avait donné tout ce qu’elle voulait. Parce qu’il n’avait plus rien à perdre? Elle essayait d’imaginer cet homme, attaché d’une façon ambiguë au village, qui pouvait observer à loisir les personnes qu’il avait songé à protéger (qu’il avait peut-être réellement protégé sans qu’ils n’en sachent rien) révéler tous ses petits secrets, fouiner dans sa vie privée et être heureux de mettre la main sur des preuves accablantes. Haya avait été un peu dans cette situation, pendant la guerre civile. Elle s’était infiltrée chez lui pour trouver des preuves.

Elle lui avait promis de le protéger. Il avait ri.

***

Le procès était maintenant ouvert. Haya s’était déplacée pour la première fois aujourd’hui, afin d’y assister. Elle ne savait pas comment se déroulait un procès, ou même si ce type de procès n’était pas un peu différent des autres, mais tout le monde savait que c’était un procès public. Comme si on voulait humilier Nezu jusqu’au bout… ou qu’on estimait que ses actes devaient être connus de tous. Haya ne partageait pas cet avis. Il ne fallait pas exciter les appétits guerriers de la branche que représente Nezu. C’était une chose dangereuse de jouer avec le feu quand on a l’habitude de l’eau. Elle espérait simplement que les débordements de la dernière fois ne recommenceraient pas, qu’il n’y aurait pas de tentative pour libérer Nezu par les armes…

Le daimyo en personne était présent. Haya le dévisagea un long moment, mais leurs regards ne se croisaient pas. Le vieil homme échangeait quelques mots avec la nuée de conseillers autour de lui, le regard tourné vers l’accusé. Nezu semblait enfermé sous un couvercle de verre, mis à l’isolement. Il paraissait serein, et cela ne cessait de l’intriguer. Où puisait-il cette foi inébranlable en son salut ? C’était certainement un vieux loup de la politique, sournois et imprévisible, mais il devait tout de même savoir que dans cette salle, plus de la moitié des gens voudraient le voir mort. Alors que le procès débutait, la jeune fille resta debout sur la droite. Elle se demandait si les liens entre Nezu et le Lotus Pourpre étaient connus de beaucoup de personne ici ? Elle n’en avait pas la preuve directe, seulement le récit de Tsuna sur la vie de son père. Haya n’avait pas totalement exclu la possibilité que Nezu ait été en lien avec l’île de Yukan pour le faire tuer, mais cela lui avait semblé beaucoup moins probable après son entretien avec Nezu.

Haya avait indiqué qu’elle allait prendre la parole, mais brusquement elle ne s’en sentait plus capable. Le chuunin qui se produisait, Makeru d’après ce qu’ils avaient dit, était bon. Il utilisait les mots avec aisance et ce qu’il disait n’avait pas l’air ridicule dans sa bouche. On ne l’interrompait pas, il suivait le fil de sa pensée. Haya savait qu’elle ne serait pas disposée à faire aussi bien.

Elle prit une profonde inspiration. Il n’y avait aucune raison que cela se passe mal. Aucune raison. Ce Makeru, bien qu’elle ne saisisse pas toutes les nuances de son propos, surtout le passage histoire sur kiri, disait des vérités. Haya appréhendait encore mal l’influence du lotus pourpre, mais cela faisait plusieurs fois qu’elle tombait sur le nom et, après l’histoire de Tsuna sur son père, elle n’ignorait pas que cette organisation, ou quel que soit le nom sous lequel on pouvait l’évoquer, était partout. Que se passerait-il si kiri exécutait nezu ? L’organisation passerait-elle à autre chose, ou justifierait-elle des mesures plus drastiques sur un principe de vengeance ? Haya était persuadée qu’ils n’avaient pas toutes les cartes en main pour agir de façon trop extrême. Et Nezu le savait, sans aucun doute.

Quelques questions plus précises furent posées au chuunin, qui finit par descendre du pupitre pour revenir dans la foule. Son visage était impassible, il regardait droit devant lui, ignorant les regards qui se tournaient sur son passage.

On appela Haya à la barre peu de temps après.

Haya observa la salle qui la dévisageait sans ciller, et souriait intérieurement en se disant que quelques mois plus tôt elle aurait été bien incapable de se présenter ici autrement qu’avec une feuille et un stylo. Mais cela, du reste, ne l’aurait pas empêché de taire ce qu’elle avait à dire. Pourtant, maintenant qu’elle était face à tout ce monde qui la regardait fixement et avec autant d’impatience que de nervosité dans le regard, Haya se sentit brièvement hésiter. Elle déglutit, la gorge asséchée, et enchaîna sur le ton le plus calme possible.

Haya - Bonjour. Merci de m’autoriser à m’exprimer. Je suis Haya Sasaki, Chuunin.

Fille de Kade Kasen et pour cela, un jour, je me retrouverai peut-être à la place de Nezu ? Certainement pas.

Haya - J’ai écouté avec attention les paroles échangées depuis le début de ce procès. Il y a longtemps maintenant, lors de la guerre civile, j’ai, en compagnie d’Iba Hiyori… mis la main sur des preuves accablantes sur l’homme aujourd’hui jugé… C’est, je pense, en partie ce qui a pu être utilisé pour… le placer en détention.

Il y eu une grande vague de protestations et de murmures à l’évocation du nom d’Iba, ce qui acheva la fragile bonne volonté de la jeune fille. Elle jeta des regards autour d’elle, après avoir insisté pour terminer sa tirade, et observa les gens discuter entre eux vivement. Certains s’étaient même levés et faisaient des gestes éloquents dans sa direction, comme si elle les avait abreuvés d’insultes sur la fin de sa phrase. Elle essaya de ne pas paraître trop ahurie, mais elle ne comprenait sincèrement pas ce qu’elle avait pu dire qui soit à ce point grave. Iba était détesté, ou elle avait manqué une information importante ? Il lui avait semblé compétent et très intelligent.

Nezu, lui, souriait discrètement. Leurs regards se croisèrent, et Haya sentit qu’elle avait fait une erreur. Les battements de son cœur s’accélérèrent, alors qu’elle relevait la tête vers le reste de la pièce. Le procureur l’observait, pour ainsi dire étant donné son état, en restant parfaitement immobile et sans manifester la moindre volonté d’interrompre les débats. La jeune fille chercha du soutien et se sentit brusquement très seule, elle n’avait absolument pas la force de demander à tous ces gens de se taire.

? - Bouclez la, bordel. Vous savez vous tenir ?

Haya reconnut la voix avant de le trouver dans la salle, et se retint de pousser un soupir de soulagement. Naikin se tenait debout, au milieu de l’allée, les sourcils froncés et la mine peu amène.

La flamme jaune était arrivée.

Naikin - Vous vous croyez où ? Si vous avez quelque chose à dire, bougez vous et allez le dire. En attendant, laissez la terminer et essayez de faire montre d’un peu de respect, si vous savez encore ce que ce mot signifie.

Un silence de mort accueillit ses paroles. La flamme jaune n’était certainement pas appréciée de façon égale partout, mais personne ne pouvait nier ni sa force, ni ses résultats. Haya déglutit et se passa une main nerveuse et tremblante sur le front. Parler n’était pas exactement aussi bien qu’elle se l’était imaginée… Elle rencontra le regard de Benihime, qui acquiesça sagement un sourire aux lèvres. Continue, continue.

Haya releva le regard sur l’assemblée, mais fut sèchement interrompue par le procureur.

Kenji - Qui a trouvé le carnet ?

Haya - Cela n’a aucun intérêt.

Kenji - Cela en a pour moi.

Haya - Pas pour moi, et c’est moi qui parle.

Haya réprima un frisson. Pourquoi s’intéresser au carnet ? Ils l’avaient eu entre les mains, à n’en pas douter. Que ce soit elle ou Iba, qu’est-ce que cela pouvait changer ? Haya était trop stressée pour réfléchir correctement et écarta la pensée dans un coin de son esprit, en se promettant d’y revenir quand elle serait moins choquée. Elle avait répondu à Kenji de façon automatique, sans y penser, et se rendit compte qu’elle avait été très impolie.

Haya - Monsieur…

Elle préféra tout de même continuer sur sa lancée initiale, après avoir rapidement remis de l’ordre dans ses pensées.

Haya - Cet homme a provoqué un bain de sang à l’intérieur de kiri. Pour cela, il mérite effectivement d’être jugé. Mais cela n’honorerait pas kiri de s’imaginer régler tous ses problèmes en désignant un bouc émissaire.

Son regard resta sur celui de Nezu. Il l’observait sans marquer le moindre étonnement, ni la moindre émotion. Elle n’était plus tout à fait aussi sûre de le protéger, actuellement, ou d’essayer de lui sauver la mise. D’une façon inexplicable, la situation s’était inversée et Haya se sentait plus sur le banc des accusés que Nezu. Shinji la dévisageait avec insistance, Kenji n’avait toujours pas bougé et la foule était figée dans un silence glaçant.

Elle choisit de faire une réponse groupée, prit une rapide inspiration pour s’assurer que sa voix ne tremble pas, avec un succès mitigé toutefois. Elle ne la maîtrisait pas aussi bien qu’elle l’aurait voulu, et elle avait peur de donner l’image d’une petite fille effrayée. Mais il fallait malgré tout aller jusqu’au bout des choses, même si c’était désagréable. Un jour, elle devrait défendre le souvenir de son père, peut-être dans des circonstances similaires. Il n’y avait pas de place pour se laisser aller.

Haya - Nous sommes intégrés à un village de nature militaire. Cela implique des choix. C’est mieux quand ils sont bons, mais cela n’est pas toujours possible. Est-ce que vous organisez un procès public dès qu’une équipe échoue une mission ? Non. Dès que kiri perd une guerre ? Non. Pourtant, il y a des morts aussi. L’important n’est pas ici la condamnation ou non de Nezu. Ce n’est qu’un personnage. L’important, c’est de lutter contre l’organisation Kakumei, de l’intérieur, afin que kiri garde un semblant de souveraineté. L’important, c’est d’apaiser les tensions internes au village qui l’affaiblissent et projettent une image de faiblesse. Exécuter quelqu’un n’est pas un signe d’apaisement… Enfants de la brume, Lotus pourpre… Je suis fidèle à ceci, moi à machin. On s’en fout ! Je m’en fous… Ce qui m’intéresse, c’est lequel d’entre vous est capable de me mener au combat sans me tuer en deux heures.

Haya se gratta la paume de la main derrière son pupitre et détourna le regard de Nezu. Elle avait la très nette impression de s’enfoncer si profondément qu’elle n’allait plus jamais émerger. On se regardait, surtout dans le coin où siégeait Shinji, comme si on était étonné qu’elle connaisse ces noms. Mais si elle n’avait le droit de rien faire sans marcher sur un œuf, les choses ne risquaient pas d’avancer. Elle leva le regard vers Naikin, qui la fixait sérieusement. Tout à coup, ses paroles prirent un sens très différent.

Et il sait pourquoi nous nous battrons pour toi. Parce que, que tu le veuilles ou non, nous sommes alliés maintenant, Haya Sasaki.

Détends-toi. Nous sommes avec toi maintenant.

Et ils t’aiment beaucoup aussi.


Cela commençait peut-être plus tôt que prévu.

Elle sentait tous les regards peser sur elle alors que jusqu’à présent, elle s’était habituée au relatif désintérêt qu’elle suscitait. Et tout à coup, elle prenait conscience à quel point il les manquait des clefs pour être réellement crédible. Elle n’arrivait pas à remettre le nom sur le procureur, qui était pourtant un professeur de l’académie (elle en était pratiquement sûre) et Satoshi l’avait déjà appelé par son prénom, mais impossible de le retrouver maintenant. La jeune fille essaya de passer rapidement dessus, de façon maladroite.

Haya - Le procureur l’a dit, l’acte le plus grave qu’ait fait Nezu reste le vente d’information à l’ennemi. L’ennemi, ce n’est pas Nezu, c’est ceux qui l’utilisent pour contaminer kiri.

Elle jeta un coup d’œil au Mizukage, Shinji, qui avait l’air encore plus soucieux qu’auparavant et qui avait le regard tourné vers la flamme jaune.

En fait, tout le monde avait l’air de se moquer de ce qu’elle racontait, hormis le daimyo, Nezu, Kenji et la flamme jaune. Cela, du reste, suffisait à l’apaiser quelque peu, comme si elle se parlait toute seule.

Haya - Les initiatives d’apaisement entre ces deux factions me paraissent beaucoup plus importantes que la condamnation d’un unique homme. Faites en sorte que Nezu n’ait plus accès à des responsabilités, qu’il n’ait plus de fond de financement, je ne sais pas. Mais n’oubliez pas que bien que ses méthodes soient épouvantables, il représente le chef de file de tout un mouvement. Ignorer ce mouvement serait stupide et dangereux. Peut-être que Nezu a tué certains de vos amis mais sa mort ne nous apportera plus rien maintenant… S’il n’y a aucun moyen que les deux parties aillent dans la même direction, alors que des guerres se préparent au dehors, alors kiri ne sert plus à rien et sera incapable de remplir sa mission : assurer la protection du pays de l’eau. Il ne serait même plus capable d’assurer la sienne.

Haya aurait souhaité s’arrêter là et la tentation était grande, mais elle se força à achever sa (piètre) prestation. Elle essaya de mettre quelques nuances dans son propos, dans le vain espoir de sauver les meubles. Mais de toute évidence, elle n’avait pas été très douée pour dissimuler quelques éléments importants, qui lui avaient paru infiniment insignifiants par rapport aux enjeux du procès.

Haya - Il a également approché ce qui semble être notre ennemi, Kakumei. Ses intentions n’étaient certainement pas louables alors, mais plutôt que de chercher un moyen de punir Nezu pour ses actes, nous devrions nous concentrer sur la meilleure stratégie à établir pour que, d’une part, ce qui s’est déroulé ne se passe plus jamais ici et, d’autre part, qu’on puisse riposter en étant un minimum crédible.

Haya recula, raidie par le stress.

Haya - Merci de m’avoir presque écouté.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Sam 3 Avr - 12:48

Il y avait eut une pause dans le procès suite à la déclaration de la chuunin Haya Sasaki à la demande de Kenji Eichino. Ce dernier se trouvait alors dans une petite salle, annexe à celle où l’on jugeait, débattait et témoignait, il y avait encore quelques minutes de cela.

Se trouvaient avec lui, le Rokudaime Mizukage, Shinji Azechi et aussi Satoshi Kageshisa, le Croc des Flots. Il y avait aussi deux membres des forces spéciales, qui se tenaient à quelques distances de la réunion ; ils accompagnaient jour et nuit le chef du village, leur présence était indécelable alors qu’ils se tenaient à quelques pas, en dehors de la salle . Satoshi tira une bouffée sur sa sempertinelle cigarette.

Satoshi – Au final, cela ne servait à rien de tenir l’Hiyori à carreau. Nous ferions mieux de le ramener maintenant. C’est lui le plus à même de mettre au clair les idées de tous suite à la déclaration de la petite.

Kenji était soucieux, son visage trahissait une expression d’indécision que l’on ne voyait d’ordinaire jamais. Sa voix contenait son irritation.

Kenji – Vous aviez pourtant la charge de cette gamine, Satoshi ?! Vous ne croyez pas que son père nous a déjà posé assez de problèmes ?! Il fallait qu’elle vienne mettre son grain de sel ! Nezu va nous enfoncer comme pas possible pour une phrase de trop.

Etrangement, le Lion ne dit rien, non qu’aucune remarque cinglante ne lui vienne à l’esprit, mais la situation ne s’y prêtait pas. Shinji avait eut la grandeur d’esprit ou la faiblesse d’âme de vouloir « juger » Nezu pour ses actes pour essayer de réconcilier tous les membres de Kiri no Sato. Le cahier était un atout précieux pour mettre à bas le politicien, c’était la marque de sa trahison qui ne manquerait pas de rallier ses partisans à la cause du Rokudaime. La crédibilité de cette preuve venait d’être cruellement entachée parce que l’on venait d’y associer le nom d’Hiyori, mais Nezu ne s’arrêterait pas là. Non, il était bien trop intelligent pour cela.

Shinji – Il est trop tard pour revenir en arrière. Nous savons tous que le statut de « Réprouvé » instauré par le gouvernement du Yondaime était une sorte de catalyseur à la colère des habitants du village suite à la défaite face à Kumo no Sato. Les enfants de paria restent dans notre village et se voient affublés de ce triste titre. Cela permet de détourner le regard de beaucoup, de problèmes autrement plus préoccupants. Personne n’est revenu sur ce statut, juste ou pas, et il est reste désormais ancré dans les esprits.

Le Rokudaime marqua une pause. Nezu n’était pas le seul à savoir faire fonctionner ses méninges.

Kenji – Je ne pense toujours pas qu’il s’agisse d’une bonne idée. Cet homme nous cache des choses, j’en suis certain. Dois-je vous rappeler sa violente altercation avec deux juunin ?

Shinji – Il est le partenaire d’Hyô Geïrou. Avec « l’Homme de Glace » à ses côtés, nous nous efforcerons de balayer le doute des esprits les plus fermés.

La manœuvre était habile, utiliser la réputation de l’un pour laver celle de l’autre. Kenji Eichino ne semblait pas convaincu. Satoshi approuvait silencieusement tout en entamant une nouvelle cigarette. Shinji se leva, sortit de la pièce et s’adressa alors à un de ses gardes de l’ombre.

Shinji – Ramenez moi rapidement Hyô Geïrou et son coéquipier.

L’un des deux anbu disparut. Ensemble, ils réfléchissaient à de nouveaux axes pour faire tourner la situation à leur avantage. Il fallait dire que certaines pointures étaient passées pour témoigner, comme Rezan, l’âme damnée du politicien.

Il y avait aussi ce Makeru Jishin, un sacré harangueur de foule. Même encore maintenant, il était difficile pour les trois hommes de savoir avec exactitude la position du chuunin. Son discours par bien des abords aurait pu être interprété comme une défense de Nezu, mais il y avait une nuance telle dans ses propos qu’on serait enclin à le voir dans une position de neutralité vis-à-vis du conflit. Que dire de la comparaison qu'il avait développé entre le Godaime et le politicien, eux qui se détestaient si profondément ? Que c'était habile, très habile.

Shinji s’était jeté lui-même dans le précipice, mais à vaincre sans périls, nulle gloire. Le procès était terriblement dangereux, mais c’était aussi un moyen sans pareil de changer l’opinion et d’unifier de nouveau tout Kiri. S’il ne crevait pas l’abcès maintenant, il risquait de nouveau d’enfler jusqu’à exploser. Cela prouverait que lui, le Rokudaime, n’avait pas su tirer les leçons de son échec.

* * *

La prison était toujours aussi froide, les murs toujours aussi gris. En silence, Iba et Hyô échangeaient leurs premiers mots dignes d’intérêt depuis qu’ils faisaient parti de la même équipe. Cela avait été le travail de longs mois, de la patience d’un côté, de la méfiance et de la peur de l’autre.

Hyô – Ces hommes qui t’ont attaqué, ils étaient kiréens ...

Il n’y avait pas besoin d’en dire beaucoup plus. L’Homme de Glace savait qu’il avançait en terrain dangereux et qu’il risquait de voir son coéquipier se refermer sur lui-même. Toutefois, lui aussi avait besoin de savoir, non pas pour comprendre, mais plutôt pour pouvoir croire.

Il y eut un long silence, puis l’oï-nin finit par souffler.

Iba – Je ne regrette pas ce que j’ai fait.

C’était peut-être la pire réponse que pouvait donner Iba. Bien que le visage de l’Homme de Glace n’en montre rien, il était déçu. Le chasseur de déserteurs n’avait pas besoin de le voir pour le deviner.

Iba – J’assumerai les conséquences de mes actes et je vivrais avec.

Hyô hocha la tête. Il comprenait, mais malheureusement ne pouvait croire. L’Homme de Glace n’avait pas eu depuis des années un partenaire qui réussisse à rester si longtemps à ses côtés au cours de ses missions. Lui qui étaient le symbole de réussite pour tant de jeunes recrues, trouvait en Iba, un espoir longtemps attendu. Ils avaient tant de choses pour se ressembler et ils étaient pourtant si différents.

Hyô – Ta force, elle n’est pas vérité, ni véritable.

Iba ne dit rien. Il savait que son coéquipier avait raison. La force de tuer est risible comparée à celle qui peut choisir d’épargner ou non. Il s’était crû grand, il s’était pris à rêver, le chemin était encore long. Tout cela avait été balayé par les révélations du bras droit de Shinji. Il était en colère contre lui, contre les autres. Il se sentait triste et trompé, floué, par Kenji, par tout le monde. Par lui-même, parce qu’il avait voulu croire, ce à quoi il s’était accroché si fermement depuis des années, envers et contre tout, même la raison.

Iba – Kenji …

Un membre des forces spéciales entra alors dans l’allée sombre et lugubre menant à la cellule d’Iba, dont les paroles moururent avant d’avoir été prononcées. Il salua Hyô Geïrou, l’une des légendes du village et annonça qu’on les, Hyô et Iba, demandaient au procès de Nezu. L’ordre émanait de Shinji lui-même.

Hyô – Personne ne t’obligera.

La phrase était courte, mais disait beaucoup. La situation au tribunal ne serait pas aisée pour Iba, de par son statut et ses derniers actes. Il serait mis à mal, certainement. Hyô lui disait à mots couverts qu’il lui laisserait le choix.

Après tout, si Shinji le faisait venir c’est qu’il avait besoin de lui.

Il hésita à faire un superbe pied de nez au Rokudaime, à Kenji, à Nezu, à tout le monde. Sa geôle lui apparut presque plus clémente que la salle d’audience à laquelle il devait se rendre. Au moins ici, il était au calme.

Iba – Merci.

* * *

Yukari, la seconde en chef du Mizukage, se tenait dans une petite sale, bien éclairée, seule, assise sur une chaise simple, pensive. Un léger sceau gris brillait sur son épaule tandis qu’elle conversait à voix basse avec des inconnus.

Yukari – Même sans notre soutien, un monceau de la base reste attachée à Nezu. Nous avions bien fait notre travail. Lorsque Nezu tombera, elle se redirigera automatiquement vers le nouveau leader que nous proposerons.

Elle resta alors silencieuse, écoutant les paroles qui lui revenaient, comme de multiples échos. Mécaniquement, elle acquiesçait parfois, d’un geste de la main. La situation n’était pas la plus reluisante possible. Nezu avait été pris de la folie des grandeurs, il avait dépassé ses prérogatives en prenant contact avec Kakumei. Ce pacte pouvait mettre à mal la nation du pays de l’Eau, il était dangereux.

Le Lotus Pourpre marchait sur des œufs ces derniers temps. Cela ne leur était pas arrivé depuis les intrigues de Shinobu Aisu, le Sandaime Mizukage. Ils auraient pu se débarrasser de Nezu durant son emprisonnement, s’évitant ainsi ce procès ennuyeux et compliqué, mais cela se serait rapidement retourné contre eux. Personne n’aurait cru à une mort naturelle et l’assassinat serait retombé sur Shinji et son administration. Le mystère et l’inconnu qui imprégnait leur organisation séculaire les protégeait correctement de ce genre de coups bas.

Cela aurait pu relancer une guerre civile. Si cette idée n’avaient pas rebuté certains membres du Lotus, il apparaissait clairement que les pertes des corps armés auraient été trop importantes, la situation de Kiri et du pays auraient été mises à mal, face à des voisins et concurrents ambitieux, ainsi que face à cette énigme : Kakumei.

Qu’avait révélé Nezu ? Quels étaient les termes exacts de leurs accords ? Quelle réelle puissance pouvait déployer l’organisation ennemie ?

Beaucoup d’inconnues qui leur ordonnaient de calmer le jeu.


Dernière édition par Iba Hiyori le Sam 3 Avr - 16:08, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Sam 3 Avr - 12:51

L’audience avait repris. Kenji Eichino avait appelé à la barre l’Oï-nin Iba Hiyori. Bizarrement, la salle s’était tue, la peur d’être exclu en cas d’interférence avec le bon déroulement du procès.

Iba était entré, solidement encadré par Hyô Geïrou et un anbu, mais les mains libres. Puis le silence avait laissé sa place au vacarme, tel qu’il aurait pu couvrir le bruit de la foudre. Le calme fut difficilement ramené, les exemples semblant ne pas servir à grand-chose. L’homme, presque plus accusé que témoin, était allé s’asseoir sur la petite estrade réservée à la prise de parole.

Shinji avait adressé un regard discret à l’Homme de Glace qui avait répondu par l’affirmative. Beaucoup le virent, mais peu purent en déduire le sens de cette affirmative. Iba allait-il coopérer et aller dans le sens du Rokudaime ? Allait-il jouer la neutralité ? Sans rancune contre le juunin Eichino le pousserait-elle à d’autres extrémités ? Y avait-il un risque en le laissant ainsi libre de ses actions, malgré la forte présence des forces spéciales ?

La parole était au procureur. En à peine quelques jours de temps, il se retrouvait de nouveau à questionner Iba. Une véritable épreuve pour ce dernier, qui ne savait dire s’il craignait plus ou moins le vieil homme aujourd’hui qu’alors.

Kenji – Iba Hiyori, avant toute chose, j’aimerai savoir comment vous vous définiriez en tant que ninja de Kiri no Sato ?

La question était faussement ouverte. « Comment vous vous définiriez en tant que ninja ? », il s’attendait à quoi ? Un couplet sur l’abnégation, le sacrifice de soi et l’amour de sa patrie, pour que ses détracteurs le voient sous un meilleur jour ? Iba n’en avait cure. La stratégie rhétorique était habile, mais il n’en voulait pas.

Iba – Il y a quelques années de cela, j’avais un sempaï, Darok Kempachi, qui brillait par son dévouement, son patriotisme et son efficacité. Je n’ai pas toujours partagé ses idées, mais même encore aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que j’éprouve un profond respect pour lui.

La métaphore était osée, pas saisie de tous, le court silence d’Iba fit comprendre qu’il n’en dirait pas plus.

Kenji – Avez-vous trouver ce carnet ?

Le juunin tenait dans sa main, l’une des principales preuves de la culpabilité de Nezu. Il l’apporta au témoin pour qu’il puisse l’authentifier. Ce n’était qu’une pure formalité, pourtant si importante à réaliser.

Kenji – Où l’avez-vous trouvé ?

Iba – Dans la demeure de Nezu Shimoto, dans une pièce secrète de son habitation, au premier étage de la demeure.

Kenji eut un étrange rictus. Iba n’avait pas été avare en détail, il nota que comme lors de leur rencontre à la bibliothèque le garçon était capable de saisir où il voulait en venir. On entendait des bruits de feuilles qui passaient de main en main, tandis que Kenji en proposait une, d’un format d’un bon mètre carré. Il s’agissait des plans détaillés de la construction de l’habitation du politicien.

Nezu – Objection ! Il est évident que Kenji Eichino et le Réprouvé sont de mèches. La concordance entre les dires d’un fils de rebut et le plan qui circule n’est qu’une duperie simpliste.

D’un geste de la main, le daîmyo fit taire le politicien et se tourna vers le procureur en lui demandant ce qu’il répondait à l’accusation de Nezu.

Kenji – Le témoin n’a pas été briffé, mais puisque cela semble susciter un si vif intérêt de l’accusé, je me contenterai de faire remarquer qu’il est étrange d’avoir une salle secrète chez soi, lorsque l’on a à sa disposition de multiples shinobi ainsi que des lieux sécurisés au sein du village.

Les questions continuèrent une bonne demi-heure, elles visaient à crédibiliser la découverte du cahier de compte et non à crédibiliser celui qui l’avait découvert. Le second combat était perdu d’avance, car Kenji ne disposait ni du temps, ni de l’envie, encore moins des moyens de combattre le statut d’Iba.

Le témoin fut alors laissé à Nezu. Kenji, Shinji et bien d’autres savaient ce qu’allait faire le politicien, c’était évident et se serait efficace. Les prochaines réponses d’Iba allaient peser lourdement dans la balance pour convaincre les jurés de l’authenticité du cahier.

Nezu – Avant de commencer, je dois avouer, et je ne suis certainement pas le seul, ma très grande surprise, mais aussi ma colère. Comment se fait-il que nous laissions un fils de traître s’exprimer librement dans une audience aussi importante ?

Devançant les réponses tout azimut, Iba répondit cinglant.

Iba – Cela ne me semble pas plus incongru que de laisser les traîtres se défendre eux-mêmes.

La mâchoire de Kenji se serra, Shinji se passa la main devant les yeux. L’assemblée explosa dans un déluge de bruits, on commençait à en venir aux mains, un des shinobi présent dans la salle, fonçait sur le témoin, lorsque l’air devint d’un seul coup irrespirable tant il était froid. L’homme aux envies marquées d’en découdre avec Iba, fut stoppé net une main ferme sur son épaule.

Tout le monde se tourna vers l’Homme de Glace, dont le regard s’était teinté d’azur.

L’individu qui avait été empoigné fermement commença à se recroqueviller sur lui-même et ses yeux, emplis de crainte, cherchaient une aide extérieure qui ne venait pas. Il émit une sorte de couinement peu sonore et déguerpit. Peu à peu le silence revint et sans qu’il n’ait rien à dire, par son seul aura, les gens se calmèrent et retournèrent à leur place.

Nezu reprit sa constance, son visage, un bref instant, avait trahi sa surprise, mais était désormais plus fermé et concentré. Il était bien conscient qu’on lui avait offert là une position en or.

Nezu – Est-il inutile de rappeler que par le passé, nous avons affronté les redoutables troupes du Pays de la Foudre, sur nos propres terres ? Alors que la sécurité de Kiri no Satô même était menacée, l’ennemi remontant à une vitesse affolante un fleuve dont la source le menait aux portes de notre village, nous avions dû jeter toutes nos forces dans la bataille, en dépit de toute stratégie, pour protéger les vies de nos familles, nos femmes, nos enfants, notre avenir.

Le politicien se tourna tour à tour vers le jury tout comme les « spectateurs ». Le soutien de la foule était ici tout aussi important que de convaincre ces juges. La masse des présents pouvait jouer pour lui et influer des décisions, il en était convaincu.

Nezu – Est-il inutile de rappeler combien nombreux furent nos morts ? Est-il inutile de rappeler combien de vies furent brisées sur les berges du fleuve Rouge et à l’annonce des décès innombrables ? Où est donc notre devoir de mémoire ? Où est donc le respect de nos héros lorsque l’on ose présenter au daîmyo, le maître incontesté du Pays de l’Eau et ses vertueux conseillers, un fils de traître, sans parole, sans foi, ni même honneur ; le fils de ceux qui ouvrirent les portes de notre contrée à l’envahisseur, contre une poignée d’or et des promesses avilissantes. Allons ! Shinobi de la Brume, que vous dicte votre cœur ?!

Il y eut une poussée de cris enthousiastes, qui ne furent pas réprimandés, mais qui ne durent pas non plus. Le politicien tourna une nouvelle fois vers le jury, les scrutant un à un, comme s’il essayait de leur faire passer un message.

Nezu – Et vous, nobles dirigeants de notre contrée, pouvez vous comprendre que l’on ose opposer ma parole à celle d’un pareil individu ?

La déclaration du politicien semblait avoir fait son effet et l’on pouvait voir les hommes et femmes, se pencher légèrement pour échanger quelques mots, à voix basse. C’est alors, malgré la visée purement rhétorique de la question de Shimoto, que l’un des conseillers se permit de demander la parole, qui lui fut accordé par le dirigeant du pays.

Conseiller – Comment expliquez vous, malgré les griefs graves que l’on reproche à ces Réprouvés, qu’ils ne soient pas au moins banni de la cité ninja ?

Le sourire de Nezu se fit carnassier. Il avait lui-même instauré ce statut des années auparavant, la justification de celui-ci était des plus faciles et lui permettrait de continuer sur sa lancée. Iba ne disait rien, il paraissait imperturbable car personne ne pouvait voir ses poings serrés à s’en faire blanchir les jointures de ses phalanges. Kenji ne semblait pas non plus pressé d’intervenir, peut-être parce qu’il partageait un peu l’avis de Nezu, peut-être parce qu’il savait que quoiqu’il dise, se serait inutile et le desservirait.

Nezu – Il y a plusieurs raisons à cette décision que j’ai soutenu de vive voix auprès du Yondaime. La première est le devoir de mémoire, pour ceux qui se sont battus, ont donné leur vie et plus, pour que reste dans les esprits de chacun l’horreur de la trahison et le sacrifice auquel ont dû consentir nos combattants pour protéger leur patrie.

Nezu se faisait la part belle, avec ces pamphlets, il pouvait passer pour un serviteur dévoué de Kiri no Sato et sa thèse de s’être uniquement battu pour le bien et l’avenir du village gagnait de minute en minute de la crédibilité. Shinji se disait encore que si la petite Haya avait tenu sa langue, ils n’auraient pas été obligé de faire venir l’Hiyori et tout se serait beaucoup mieux passé. Il cherchait des moyens de contrecarrer l’ascendant que prenait le politicien, mais rien ne lui venait à l’esprit. Il fallait faire le dos rond et attendre, ils ne pouvaient faire que cela.

Nezu – De plus, ce statut de rebut n’est qu’un juste retour des choses. Ces vendus ont une dette énorme envers notre village, notre pays. Ils doivent s’en acquitter et ce n’est que justice.

Les paupières de l’oï-nin se fermèrent, le plongeant dans une obscurité apaisante. Il essaya d’occulter le bruit, les terribles paroles de « l’accusé » pour chercher au fond de lui des souvenirs apaisants. Ceux de son père, de sa mère, des ses sœurs et de son frère aîné. Il trouvait des restes éparses et à chaque fois, détruits, effacés, incomplets.

Nezu – Alors on m’oppose, moi, qui est servi du mieux ma patrie, lors du règne de Yondaime, en travaillant sur les affaires administratives du village, en apportant jour et nuit mes conseils, mon écoute et mon indéfectible sens du devoir pour aider à la direction de notre grand village. Oui, on m’oppose à un Réprouvé, qui ne doit son intégration dans le rang des shinobi qu’à un coup du sort, un caprice du Sandaime Mizukage. Que dois-je comprendre ? Que l’on m’a déjà jugé et condamné pour que mes propos, ma défense n’est pas plus de crédit que celle d’un traître ?

La mécanique semblait bien huilé, Iba était presque ignoré, on aurait presque dit, tant l’aisance de Nezu était grande, qu’il avait répété la scène, appris ses propos, une préparation qu’il n’avait pas pu avoir, vu qu’il n’avait pu prévoir la vue d’un Réprouvé au procès.

Nezu – Ce cahier, qui atteste de ma soi-disante traîtrise, c’est l’unique preuve et qui vous l’apporte ? Je vous le demande ?! Comment ne pas croire que tout cela n’est pas monté de toutes pièces ? Comme cette promotion donnée on ne sait trop comment, ni pourquoi, ce privilège d’intégrer l’équipe d’Hyô Geïrou, l’Homme de Glace, une des légendes vivantes du village. Pourquoi ? Pour crédibiliser les propos et cette fausse découverte. Mais nous ne sommes pas dupes, cela non. Il leur fallait un menteur, un parjure, un être qui a cela dans le sang !

Le politicien marqua la fin de sa phrase en tapant du plat de sa main devant le jeune homme, qui peinait de plus en plus à rester placide. Il aurait pu sauter là, maintenant. Déployer toute l’étendu de ses pouvoirs et tuer Nezu, cela n’aurait pas fait un pli. Malgré la sécurité, malgré les gardes, malgré Hyô, lui, n’était qu’à un mètre de sa cible, contre un minimum de cinq enjambées. Ces quelques secondes seraient plus que suffisantes pour abattre ce fumier. Il le pouvait, c’était à sa portée, seulement il ne le ferait pas. Tuer par un Réprouvé en train de défendre son intégrité, son honneur, Nezu serait porté aux nues. Il deviendrait un martyr ou n’importe quelle autre idiotie du genre. Cette idée insupportait Iba plus que toute autre chose. Qu’on puisse lui permettre de bafouer ainsi l’histoire, de le laisser impuni.

Nezu – Nous laisserons encore abuser ?! Encore tromper ?! L’évidence est là, on essaye de nous berner, avec un homme qui n’a que faire de son honneur et qui peut mentir à loisir. Soutenez vous toujours avoir trouvé ce cahier à ma demeure, qu’il n’est pas une preuve factice ?

Il y eut un silence, tout le monde attendait la réponse du jeune homme, qui faisait tout son possible pour garder son calme. Malgré ses efforts, sa respiration s’était accélérée, ses poings ne décoléraient pas. Il ferait la peau à cet enfoiré s’il avait l’outrecuidance de sortir de ce procès libre et vivant.

Iba – J’ai trouvé ce cahier à votre demeure. Et l’évidence, c’est que traître ou non, vous n’êtes plus utile à Kiri. Votre tentative de coup d’état s’est juste soldée par des morts. Seuls les vainqueurs écrivent l’histoire et …

Nezu – Vous continuez à soutenir votre mensonge ? coupa-t-il. Iba défia du regard son adversaire.

Iba – Oui. Plus que jamais.

Nezu secoua la tête d’un air faussement désespéré, puis se retourna vers son auditoire. Ouvrant les bras, il déclama, telle une évidence.

Nezu – Voyez. C’est de famille.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Sam 24 Avr - 12:45

8. Le témoignage de Ren’ai

Nezu était en train de gagner son procès.

Ren’ai regardait avec effroi le politicien retourner chacun des témoignages à son avantage. Rien de paraissait pouvoir l’ébranler. On en était arrivé à un stade où quiconque arrivant en salle d’audience par curiosité ne pouvait deviner qu’il était l’accusé. Il paraissait disposer de ses détracteurs, du public – voire des jurés ? – à sa guise.

Lui attendait avec impatience que vienne son tour.

N’étant plus en activité depuis l’échec de la mission, Ren’ai avait tenu à être le témoin à ce procès. Pour protéger Takeo d’abord, mais aussi parce que sa haine envers Nezu était plus forte. Il aurait pu ressasser mille fois un discours avant de venir mais il n’avait pas pu. Il voulait d’abord entendre ce que LUI avait à dire.

Pour mieux lui cracher à la figure cinq ans de tourmente.

Takeo l’avait attrapé par l’avant-bras avant qu’ils n’entrent dans la salle. Il n’avait rien dit mais Ren’ai avait compris ce que signifiait alors son regard : « maîtrise-toi ». Et Ren’ai se sentait extrêmement calme. Il portait une veste qui montrait ostensiblement le sillon blanc qui lui traversait le torse. A son bras brillait, soigneusement lustré, le bandeau de shinobi qui avait si longtemps gardé le placard. Il savait que le procureur allait bientôt lui demander de se présenter aux jurés.

Et ce moment arriva.

Ren’ai jeta un œil au public au sein duquel Takeo et Echiko se tenaient. En arrière Kotaro aussi était présent, parmi les badauds qui se pressaient les uns contre les autres pour assister tant bien que mal à quelques miettes de ce procès historique. En avançant c’est le sourire de Mana qui dansait devant ses yeux, et la voix d’Ine qui l’encourageait d’un souffle au creux de son oreille. Il arriva face au Mizukage qu’il salua d’un signe de tête. Shinji Azechi lui-même l’avait soigné du mal physique de sa blessure et Ren’ai espérait qu’il s’en souviendrait, ainsi que de sa gravité. En revanche il lui déplaisait de se retrouver face à Kenji Eichino. Il aurait voulu qu’il ne connaisse rien de sa relation avec Ine mais la jeune femme lui avait dit que le vieux fou laissait peu de place aux secrets. Etait-ce cela, cette impression d’être transpercé de part en part ?

Mais Ren’ai n’était pas là pour se laisser ébranler par un aveugle. Il se présenta succinctement aux seigneurs de l’eau et Kenji lui demanda la raison de sa présence à la barre.

Ren’ai – Je ne suis pas là pour accuser une organisation obscure, commença-t-il en jetant un coup d’œil à la chuunin Haya Sasaki par qui le scandale était arrivé dans ce procès.

Je suis là pour accuser un homme. Et il se tourna pour s’adresser exclusivement au politicien Nezu, imperturbable dans son box d’accusé.

Vous parlez de morts nombreuses, des vies qui furent brisées lors de la guerre contre le Pays de la Foudre. Vous parlez de respect envers nos héros. Ces héros, j’en faisais partie avec mon équipe il y a de cela presque six ans. J’imagine que vous ne vous en souvenez même pas. Nous étions Umi no Kiri.

Il s’arrêta pour chercher une étincelle dans les yeux de Nezu qui conserva son air mi-blasé mi-amusé.

Kemono Mana. Kigai Taki. Kosaki Takeo. Kinjirareta Ren’ai, récita-t-il lentement. Puis :

Vous parlez d’un devoir de mémoire envers ceux qui se sont battus et ont donné leur vie pour protéger leur patrie. Et je dois me retenir de vomir en vous entendant proférer ces belles paroles sur votre dévouement à Kiri no Sato quand je sais le nombre de ces mêmes héros que vous avez vous-même envoyé à l’échafaud.

Nezu – Objection !

Daimyo – Refusée. Poursuivez jeune homme.

Ren’ai – Merci Votre Honneur.

Ren’ai s’avança de quelques pas, prenant délibérément son temps. Lui aussi avait envie de jouer. Il se sentait bouillir à l’intérieur, mais d’une fureur saine qui l’aidait à exprimer ce qu’il voulait faire passer. Il accusait directement Nezu de manière volontaire, pour donner plus de poids à son récit.

Ren’ai – Lors de la guerre contre Kumo une mission secrète nous a été confiée par l’intermédiaire du Yondaime. Il soupçonnait que quelqu’un livrait des informations à l’ennemi et nous devions avertir nos compatriotes du Fort qu’ils étaient probablement infiltrés. Comme certains d’entre vous le savent peut-être, cette mission a été un échec total. Mana est mort, Taki y perdit un bras et je fus moi-même salement blessé.

Kenji – Venez-en aux faits !

Le ton du procureur était cassant, une manière de lui rappeler qu’en dépit des histoires tristes on jugeait ici un politicien véreux. Ren’ai s’autorisa un petit sourire :

Ren’ai – Soit. Nous avons découvert que nous avions fait l’objet d’une contre-mission avec forte prime au marché noir.

Il y eut un bruit de remue-ménage dans l’audience et certains seigneurs de l’eau s’agitèrent sur leurs siège, mal à l’aise. Ren’ai haussa les épaules : un peu plus de scandale ne changerait plus grand-chose à présent après le discours d’Haya Sasaki et l’apparition de l’Hiyori. Nezu fut prompt à y réagir, comme il s’y attendait :

Nezu – Ce n’est pas une preuve !

Ren’ai – Bien sûr que non, répliqua le jeune homme. Nous nous sommes donc demandé d’où provenait cet argent et avons fait appel à un agent de l’administration, Wataru Echiko, ici présente à cette audience.

Dans le public, Echiko se leva pour se faire connaître.

Wataru-san nous a fournit le recueil des dépenses en armements lors de la guerre contre les kuméens, qui a été présenté comme pièce à conviction.

Pour confirmer ses dires le livret passa aux mains des seigneurs de l’eau, auxquels choisit de s’adresser Ren’ai.

Si vous vous reportiez au troisième marque-page messieurs vous vous rendriez compte qu’au lendemain de notre ordre de mission une importante commande était passée à un fournisseur de Sawa connu sous le nom de Kyoki. Cet armateur apparaît à plusieurs reprises dans ce recueil, aux pense-bêtes indiqués.

Ren’ai pouvait presque sentir l’attente suscitée par ses paroles. Il ménagea donc son petit effet et asséna :

Ren’ai – Cet armateur n’est référencé nulle part dans la liste des fournisseurs de Kiri no Sato. Et chacune de ses apparitions précède de peu un échec cuisant d’une mission de nos compatriotes.

Ce fut un tollé général. Ren’ai se tourna vers Nezu et le fixa sans sourire.

Ren’ai – Que de héros morts au combat… lâcha-t-il en laissant peser l’ironie dans sa voix. Puis : Je laisse la parole à l’accusé…

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Sam 24 Avr - 21:58

Finalement, l’audition de l’Hiyori s’était terminée, les plaidoiries des deux parties avaient été entendues et écoutées. Curieusement, cela n’avait pas fini en esclandre, ni en massacre. On savait désormais tout sur la fameuse histoire des Réprouvés, de la honte attachée à leur nom et du peu de crédit que l’on pouvait accorder à leurs paroles. Tout comme on savait que l’oï-nin Iba Hiyori, accompagnée de la chuunin Haya Sasaki avaient trouvé un dossier de compte fort compromettant au domicile de l’accusé.

Si cette preuve s’avérait être véridique, elle attestait que Nezu avait pactisé avec un ennemi pour essayer de prendre la tête du village et cela, plus que n’importe quel coup d’état, lui serait fatal. Si l’histoire montrait qu’on acceptait sans trop de peines les assassinats et autres exactions peu reluisantes pour servir son village, comme l’avait fait en son temps le Godaime, personne n’accepterait, ni n’excuserait un traître à Kiri no Satô et à son pays. Les acteurs de ce procès, sans précédent, savaient que sur ce point se jouait le futur.

* * *

Nezu remontait habilement la pente. Il appelait à la barre des gens qui lui étaient fidèles, voire redevables, permettant pour lui de mettre en avant des points souvent négligés par les shinobi, guerriers mais pas administrateurs. Il sut ainsi montrer sa bonne gestion des affaires du village sous le Yondaime, car il n’hésitait plus désormais à se présenter comme l’éminence grise du Shotaru (ce qui au demeurant, depuis plusieurs années, n’était qu’un secret de polichinelle pour certains hauts gradés).

Il est vrai que son soutien économique à certains villages d’Uke avait été déterminant pour ces villageois. Il présentait son bilan sur les infrastructures du village, qui avait été finalisées durant « sa période au pouvoir » - oubliant de faire remarquer qu’il finissait un travail lancé par le Sandaime, pour éviter de partager les mérites, car après tout, les morts n’en ont pas besoin.

Cela n’était pas du tout au goût de Kenji Eichino, qui assistait impuissant à la démonstration oratoire que lui donnait le politicien. Le bras droit du Rokudaime se serait bien contenté de juger uniquement la tentative de coup d’état, car s’ils étaient restés uniquement sur ce terrain, Nezu n’aurait eut que peu d’atouts à sa disposition. Si cela n’avait tenu qu’à lui, jamais on n’aurait parlé du cahier du politicien, c’était une preuve à double tranchant. Leur adversaire avait bien saisi la problématique, il avait annihilé leur attaque suite à la déclaration d’Haya Sasaki et il menait désormais le débat sur ces antécédents qui sans être excellents, étaient tout sauf mauvais. Son art de la rhétorique contournait aisément les points litigieux ou problématiques. Le juunin aveugle était inquiet, restait-il encore des cartes à Nezu ? Il avait abattu toutes les siennes et il ne fallait pas compter sur le politicien pour faire une erreur. Si l’homme jouait bien, il tenait la clé de sa liberté.

Une nouvelle fois en quelques minutes, Kenji pesta mentalement, puis il remarqua une odeur. Il n’y avait qu’un seul homme pour sentir ainsi. Le salaud n’était pas mort. C’était d’une évidence tellement crasse, comment avait-il pu douter de cela. Kotaro, espèce de soulard sans nom, que viens-tu faire ici. L’odeur s’accentua, il voulait le voir ? Apparemment oui.

Nezu continuait sans discontinuer à interroger « ses » témoins, Kenji se permit quelques instants d’inattention.

Kenji – Qu’est-ce que tu viens faire ici, vieux soulard ? Tu aurais au moins pu prendre le temps de te doucher… souffla-t-il d’une voix basse.

Kotaro – C’est comme cela que tu accueilles un vieil ami ?

Kenji – D’un, je ne suis pas ton ami. De deux, je suis « légèrement » occupé, désolé de ne pas avoir le temps de te materner ou de t’aider à décuver, le ton était acerbe.

Kotaro – C’est si dur que cela ? La question contrastait avec le ton de la précédent. Les deux hommes semblaient un bref instant s’égaler de par la gravité qui se lisait sur leur visage. Kenji ne répondit pas. Cela ne fit que confirmer le constat de Kotaro.

Kotaro – Appelles mon élève Ren’ai à la barre, le sérieux si souvent absent du visage du maître du marché noir transpirait de chacun de ses mots. Il n’en fallait pas plus que convaincre le bras du Rokudaime.

Kenji – D’accord.

* * *

La déclaration de Ren’ai valait son pesant d’or. Si elle ne pouvait directement impliquer Nezu, cette histoire n’avait rien de bon pour lui. Elle se déroulait durant sa mandature, qu’il avait tant vantée quelques minutes auparavant. Il avait donné le bâton pour se faire battre.

Ainsi soit il était un incompétent qui malgré sa position sans équivoque dans la hiérarchie de l’époque, n’avait su voir les détournements de fond d’un de ses acolytes, soit il était coupable de l’avoir su et de n’avoir rien fait, c’est-à-dire, d’avoir implicitement accepté ce qui se déroulait.

Nezu avait contrattaqué, comme un diable. Le livre des comptes de son administration était une preuve irréfutable - les réfuter, revenait à renier en bloc son bilan, ce qui était peu judicieux, tout comme crier à la falsification de preuves, l’argument pouvait passer avec Iba Hiyori, plus difficilement avec Ren’ai et son équipe, tous reconnus comme des héros de guerre.

Pourtant le politicien n’en démordait pas. Certes, il y avait les comptes, mais comment pouvait-on être certains que les fonds ainsi détournés, l’était pour financer des contre-missions. La proximité des dates ? Une coïncidence, un coup du sort ? Il lui fallait un coupable. Il en aurait trouvé, des morts bien entendu, parce que les morts ne peuvent rien contester, mais il ne fit rien, prit un temps de silence, pour se calmer intérieurement supposa Kenji.

Et c’est là que Nezu déploya de la manière la plus impressionnante possible son art : le mensonge.

* * *

Nezu – Je ne peux plus couvrir ce secret de village. Il était connu seulement du Yondaime et moi-même.

Voilà qui était bien pratique. Kenji, Shinji et certains autres membres dans la salle savaient que Nezu se parjurait, il avait été acculé avec cette affaire. Il cherchait un dernier moyen de se sauver, même s’il était extrêmement risqué. Si le daimyô le croyait, alors la déclaration de Ren’ai n’aurait servi à rien.

Nezu – Nous étions alors en guerre avec Kumo no Satô, un des cinq villages les plus puissants de notre monde. Chaque jour, nous subissions des pertes énormes, sur nos propres terres. Les avancées ennemies étaient coordonnées et précises. La lutte était sans merci, c’est alors que nous avons appris que notre pays était regardé avec attention par d’autres contrées mineures. Le pays des vagues s’est mis à rêver de conquête, tout comme le pays du thé. Ils menaçaient de se joindre aux forces du pays de la Foudre.

Il marqua une pause, renforçant l’aspect tragique de la situation. Il était évident que si les forces du Thé et des Vagues avaient rejoins celles de la Foudre, Kiri no Satô n’existerait plus à l’heure qu’il est. C’était retors, extrêmement habile de la part de Nezu. Comme toujours.

Nezu – Nous avons alors monnayé, en plein conflit, certaines de nos connaissances pour entraîner nos forces spéciales. Je ne parle pas de techniques, ni de secrets, mais de méthodes d’entraînement. Elles ont été vendues à Sawa contre de fortes sommes d’argent que l’on peut voir dans ce carnet. Si cet argent n’est effectivement pas rentré dans nos caisses, c’est parce que nous l’avons redonné en tribut aux pays du Thé et des Vagues pour éviter leur entrée dans le …

Kenji – Objection ! Il ment, c’est un mensonge inventé de toute pièce, le daimyô ne dit rien.
Le Yondaime n’est plus, ce qui le laisse seul tributaire de ce secret. Ne trouvez-vous pas cela trop facile ?!

Nezu – Je comprends votre réaction, Eichino. J’aurai eu, moi aussi, la même réaction que vous, à votre place. Mais pensez bien à ce qui se serait passé, si nous avions révélé notre manœuvre. D’autres pays seraient venus demander leur part, le Thé et les Vagues auraient demandé plus. Une fois la guerre passée, tout le monde aurait su que l’on pouvait se faire « acheter » par Kiri ? Quel aurait été l’impact de cette nouvelle sur la population, déjà accablée par le nombre incommensurable de victimes ? Nous aurions tué l’espoir, nous aurions tué le devenir de notre village. Cela je ne pouvais le permettre, c’est pour cela que j’ai porté, silencieux, ce lourd secret durant de trop nombreuses années. Aujourd’hui, il est découvert et je vous le confie sans honte. Je n’ai pas failli à la tâche que m’a confié le Yondaime et j’espère à ses yeux toujours être digne de sa confiance.

Tant de bons sentiments écœuraient Kenji. Ce traître avait l’art de retourner la situation en sa faveur. Quel … Quel … enfoiré ! Le daimyô demanda s’il y avait de nouveaux témoins ou preuves à voir. Le bras droit de Shinji n’avait plus d’atout, Nezu jubilait intérieurement. Il allait sortir de ce procès grandit.

Le daimyô congédia l’assemblée. Les seigneurs des provinces et lui-même allaient se réunir pour débattre du jugement qu’ils allaient rendre. Tout était entre leurs mains désormais.

* * *

Une nouvelle et dernière fois, Shinji, Kenji et Satoshi se retrouvaient dans la petite salle qui juxtaposait celle d’audience. Yukari, l’autre conseillère du Rokudaime, était chargée de gérer les affaires urgentes du village, durant la durée du procès. C’était une excuse pour ne pas l’avoir dans les pattes, car le Mizukage supposait qu’elle appartenait, secrètement, au Lotus Pourpre. C’était pour cela qu’il lui avait proposé ce poste, une sorte de geste de réconciliation, ou une tentative d’avoir ses ennemis près de lui.

Il pesait un lourd silence, lorsque Shinji demanda poliment à Satoshi d’aller fumer dehors. Le juunin ne s’en choqua pas. Jamais sa cigarette n’avait jusqu’alors indisposée le chef du village. C’était une manière polie de lui indiquer de prendre la porte. Lorsqu’il fut sorti, Shinji demande à son confrère.

Shinji – Ai-je bien fait ?

L’aveugle ne dit rien, se laissant le temps de la réflexion. Tuer Nezu ne servait à rien, il fallait tuer ce qu’il représentait, ses idées, ses paroles, pour que jamais plus le village ne puisse se scinder. Mais cela avait été peut-être prématuré, face à un adversaire tel que Nezu.

Kenji – Nous aurions dû tuer Nezu lorsque nous le pouvions.

Le silence s’abattit de nouveau dans la petite salle, laissant chacun libre de s’entendre penser. Ses instants paraissaient interminables.

Kenji – C’était une décision courageuse.

Parfois le courage ne suffit pas.

* * *

Trois longues heures s’écoulèrent avant que le daimyô ne rappelle l’ensemble de l’assemblée. Certains étaient anxieux, d’autres impatients, tous incertains. Le chef du pays prit alors la parole pour rendre le jugement tant attendu.

Daimyô – Nous avons été réunis pour une bien étrange affaire, qui appelle à juger la personne dénommée Nezu Shimoto. Individu qui a été le bras droit du Yondaime, puis dirigé un conseil en l’attente de la nomination du Godaime. Membre actif de la vie politique, perdant le pouvoir au détriment du Rokudaime, il a formé l’opposition.

Un blanc. Le Daimyô avait soigneusement évité les points sensibles de ce dossier atypique.

Daimyô – A la tentative de coup d’état, nous répondons que l’approuvons pas. Néanmoins, suite aux antécédents du Godaime nous ne pouvons que difficilement la condamner. Nous ne souhaitons toutefois pas, qu’à l’avenir, de nouvelles « expériences » de ce genre soient renouvelées et nous prenons à parti l’ensemble de la communauté de l’ombre ici présente, un tel acte ne sera plus toléré et sera vivement réprimé à l’avenir.

Kenji se mordait la lèvre inférieure. Le daimyô venait de balayer la tentative de coup d’état de Nezu, comme s’il ne s’était rien passé. Il pouvait deviner le sourire en coin de son opposant.

Daimyô – Quant aux documents trouvés chez l’accusé, montrant des échanges financiers importants avec un groupuscule ennemi, il est en effet troublant qu’il ait été trouvé par un Réprouvé, dont la parole est incertaine. Néanmoins nous notons que le Rokudaime est l’instigateur de ce procès. S’il avait tenu à mettre toutes les chances de son côté, pourquoi avoir inventé cette histoire avec un membre honnis de Kiri no Satô. N’eût-il pas été plus efficace de prétendre que le cahier avait été trouvé par l’Homme de Glace, par exemple ? Ainsi, il n’aurait pas eu à souffrir d’une controverse. Il ne me semble pas que Shinji Azechi, ni Kenji Eichino, pas plus que vous, Nezu Shimoto, soyez le genre d’homme à faire ce genre d’erreurs.

Nouveau silence, tandis que le chef du pays prenait son temps pour mettre en lumière ses conclusions.

Daimyô – Quant à cette affaire occulte de financement durant la guerre. Je trouve déplorable de ne pas en avoir été informé. Le fait que vous soyez le seul garant de ce secret est aussi un point épineux. Je pense que vous êtes un homme de pouvoir, Nezu, et que vous aimez cela.

Nouveau silence. Kenji pestait mentalement contre la lenteur du daimyô. Qu’attendait-il ainsi à tourner autour du pot. Tout le monde ne voulait qu’une chose : le verdict.

Daimyô – Ce goût du pouvoir est nécessaire pour exercer à de telles hauteurs. Il peut aider à prendre de bonnes décisions, à supporter la pression. Cependant, dans votre cas, je pense que votre envie de pouvoir vous a fait prendre de mauvaises décisions, et vous en ferait prendre d’autres. C’est pourquoi, je décide de vous écartez définitivement de ces postes.

Nezu ouvrit des yeux ronds, bizarrement, aucun mot ne lui venait. Lui pourtant si grand orateur.

Daimyô – Et pour m’assurer que vous ne serez plus suivi et ne tenterez plus de briguer le pouvoir, je vous donne un titre, que vous avez-vous-même créé : celui de Réprouvé.

Le politicien était destitué, abattu. Le jugement était tombé, ses rêves de grandeur à jamais brisé par la nouvelle marque qu’il portait.

Daimyô – Ce procès est fini. Vous êtes libre, Réprouvé Nezu Shimoto.

* * *

Iba était en route pour retourner en prison lorsque la nouvelle était tombée. Cela s’était propagé à une vitesse hallucinante. Hyô était à ses côtés, ainsi que deux membres des forces spéciales.

Hyô – Je me charge de le raccompagner jusqu’à sa cellule.

Il y eut un temps d’hésitation de la part des membres de l’anbu, mais s’était l’Homme de Glace qui s’adressait à eux, et ils finirent par obtempérer, laissant seuls les deux maîtres des Eaux. Iba, les mains menottées, demanda.

Iba - C’est fini, tu penses ?

Hyô – Oui. Pour aujourd’hui tout du moins.

L’Oî-nin hocha la tête. Sur ce point, les deux manipulateurs des Eaux étaient d’accords. Ils continuèrent à marcher vers la prison de Kiri no Satô. D’un ton nuancé, le héros de Kiri demanda à partenaire.

Hyô – Je pourrais retirer tes chaînes et tu pourrais t’enfuir.

Iba - C’est une possibilité.

Le garçon continua d’avancer vers la prison.

* * *

Yukari était confortablement assise dans un fauteuil de cuir noir, un léger verre d’alcool à la main. Les sceaux gris qui lui servaient à communiquer s’activait par intermittence. Elle savourait sa boisson et l’instant présent. Nezu n’était plus gênant. Le Lotus aurait tôt fait de lui trouver un remplaçant, moins ambitieux cette fois.

Une autre information importante semblait avoir émergé de ce procès.

Yukari – Shinji semble vouloir s’accaparer les Blancs. Se pourrait être problématique, comme avant, nous devons les avoir.

MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   Mar 27 Avr - 16:16

Iba : + 117 XP (bonus Conteur inclus)
Makeru (as Ako) : + 22 XP (bonus Conteur inclus)
Haya : + 17 XP (bonus chuunin inclus)
Ine : + 13 XP (bonus genin inclus)

Pour avoir participé au procès, Haya, Ren'ai (et donc Ine, en tant qu'amante de ce dernier) et Iba se sont faits remarqués par l'ensemble de la communauté shinobi de Kiri no Satô.

Haya : + 3 Réputation
Iba : + 3 Réputation
Ine : + 1 Réputation

Merci encore d'avoir participé à cet évènement important de la vie du village.
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MessageSujet: Re: Le Procès de Nezu   

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