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 Tout est dans le poignet

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MessageSujet: Tout est dans le poignet   Sam 27 Fév - 16:16

Iki afficha un visage fatigué. Le réveil avait été plus dur qu’il n’y paraissait. Il s’étira lentement sur le matelas dans lequel il s’était endormi seul la veille et tira la couette vers lui afin qu’elle remonte jusqu’à son cou. Avec la même lenteur, il passa une main sur son visage et épongea la fatigue qui en émanait, si cela était possible. Ses yeux clignèrent nerveusement et sa bouche s’ouvrit une nouvelle fois, laissant un bâillement grave déchirer le silence de se chambre. Il se bouscula lui-même pour se sortir de ce piège dont il aimait tellement les tenants. Ses deux pieds touchèrent le sol, ce qui provoqua aussitôt un long frisson qui parcourut tout son corps. Ses yeux s’écarquillèrent machinalement puis se refermèrent aussitôt lorsqu’ils rencontrèrent la lumière agressive du soleil qui perçait les barreaux horizontaux de ses volets en bois.

Il se leva et, en titubant, chercha à l’aveuglette son paquet de cigarette. D’une traite, il s’empara de la tasse rempli d’un café froid et la porta à ses lèvres. Son briquet craqua et une flamme fatiguée en jaillit. Le bout de sa cigarette s’illumina puis, très vite, la lumière se tarit et une fumée opaque sortit de la bouche du juunin. Ce café était immonde …

Iki ne pouvait ôter de son esprit ses trois dernières semaines et ce mois entier qu’il avait passé aux côtés de Kawazi. Il avait dit à Hizu qu’il partait là-bas pour trouver des réponses aux nombreuses questions qu’il se posait suite à l’éviction d’Okugane. Mais il se rendit compte qu’il n’avait pas pris cette tâche à cœur et qu’il était revenu comme un charlatan, et parti comme un voleur. Avec ce numéro neuf qui lui collait à la peau. Un numéro qu’il avait pris à un homme qui ne le méritait pas. Il haussa les épaules, émit un soupir, puis sourit. Il avait accompli ce qui lui semblait juste, et même si cette notion n’était que sporadiquement nouvelle, quelque peu imbuvable même, il ne regrettait absolument pas ce qu’il avait fait. Kame méritait cette mort, ses deux acolytes également, et tous trois méritaient qu’Iki ne passe à Shimenu que dans l’unique but de les intercepter.

Et non dans celui de parfaire sa formation de Lion et de renouer le contact que Konoha avait cassé pour lui trois ans auparavant. Peut-être que Keira payerai pour ça, un jour. Ou pas. Il s’en fichait.

Ses pas le menèrent jusqu’à la grande porte qui donnait sur la rue en contrebas. Il avait très vite changé d’appartement. Se tenir si près d’Hizu ne lui apporterait rien de bon. Ne leur apporterait rien de bon. Il se demandait parfois ce qu’elle était devenu, comment elle avait réagit après son départ, mais il savait que tout ce qu’ils avaient vécu était terminé et qu’ils ne pourraient plus revenir arrière. D’ailleurs, il n’en avait aucune envie. Les femmes restaient un concept qu’il maîtrisait très mal, et qu’il n’envisageait pas de comprendre un jour. Finalement, la fumée de sa cigarette balaya ses pensées amères. Hizu était en vie, et, la connaissant, elle avait déjà trouvé chaussure à son pied. Même si ce n’était pas la plus belle et la plus juste pointure qu’elle n’avait jamais eu.

Quelques coups frappèrent à sa porte. Iki passa une main rapide dans ses cheveux en bataille et s’en alla ouvrir.

[Iki] – Yasuuu … uuubaki.

[Tsubaki] – Oui, c’est mignon comme nom, j’aime beaucoup.

Iki baissa la tête, affligé. Il ne s’attendait pas à voir les boucles brunes de la chuunin devant le pas de sa porte maintenant. En fait, il ne s’attendait pas à les voir du tout. Tsubaki était typiquement ce genre de femmes dont la poitrine était plus apparente que le reste de son corps, qui le savaient pertinemment bien et qui en jouaient chaque fois que leur intelligence défaillante leur jouait quelques tours ingrats par rapport à leur beauté du moment.

Keira devait être belle elle aussi, fut un temps. L’espace d’un instant, il imagine la jeune professeur assise dans le même bureau, la peau ridée, les seins tombant …

Il projeta son regard sur sa tasse de café et l’avala aussi sec.

[Tsubaki] – Mal réveillé à ce que je vois.

Il grogna.

[Iki] – Non, j’adore voir flou et me promener la tête dans le cul. T’as d’autres observations judicieuses dans le genre ?

La jeune femme sourit, puis changea d’expression du tout au tout, comme s’il n’était pas question qu’elle perde son temps dans les bas-fonds de cet appartement. Elle en avait côtoyé, des grottes comme celles-ci, les berceaux des mâles, le côté masculin de la désespérance mais étrangement, elle s’avança dans la petite chambre en s’étonnant de ne trouver rien de plus qu’un simple rasoir et quelques vêtements mal pliés sur le dossier d’une chaise.

[Tsubaki] – Tu es maniaque ?

Il renifla et tira machinalement sur sa clope.

[Iki] – Fraichement arrivé. Pourquoi ?

Tsubaki émit un rire aigu assez désagréable. C’était voulu, bien sûr, Iki n’en doutait pas même s’il ne connaissait pas particulièrement le caractère débordant de la jeune femme. Sinon de réputation, et Tsubaki était ce genre de femme qui tenait à sa réputation aussi bien qu’elle s’y référait.

[Tsubaki] – Etude sociologique des mâles, rien d’autre.

Il leva les yeux ciel et ignora les élucubration fantasques de la jeune femme.

[Iki] – Café ?

Il s’approcha du petit établi et alluma le gaz dans un petit sifflement que le juunin n’aimait pas particulièrement. Tsubaki répondit affirmativement d’un long hochement de la tête qui bouscula toutes ses mèches comme une véritable serpillère. Iki posa machinalement la petite casserole sur le feu et la remplit d’un peu d’eau.

[Iki] – Je peux savoir ce que tu fous chez moi ?

[Tsubaki] – Aaaaah ! Je rencontre enfin le Iki que j’attendais !

[Iki] – Yasu parle beaucoup trop à mon gout …

Tsubaki s’assit sur le matelas qui gisait à même le sol tout en affichant un sourire amusé. Elle plia ses jambes, tendant la courte jupe qui cachait ce qu’il y avait de plus intime chez elle – comme chez toutes les femmes – même s’il ne manquait que quelques centimètres pour qu’elle n’ait plus rien à cacher.

[Tsubaki] – Yasu ne parle pas énormément non, si tu veux tout savoir. Elle n’est pas comme ça, c’est dommage, c’est une femme superbe. Mais tu es au courant je crois, non ?

Iki soupira et expulsa la fumée qu’il avait dans la bouche.

Lorsque Okugane avait été démis de ses fonctions et qu’on l’avait relâché dans Konoha comme un vulgaire civil dont on aurait tiré un trait sur tout son passé, ils avaient du reconsidérer leur situation. Yasu n’avait pas toujours été là pour lui, elle lui avait fait des coups bas et Iki lui en avait voulu. Mais elle avait regretté, parce que les ordres les ordres et qu’il savait cela plus que quiconque dans ce village. Lorsqu’ils en étaient arrivés à la conclusion que plus rien ne les liaient, ils s’étaient naturellement séparés. Mais cela n’avait pas duré très longtemps, peu de temps était passé avant qu’ils ne se rendent compte qu’ils ne pouvaient pas effacer ainsi une relation, aussi professionnelle soit-elle, de trois longues années. Et puis, Hizu était partie …

Iki goutait encore à la douceur des bras de l’Anbu tout en s’en voulant d’être aussi faible.

[Iki] – Accouche, je suis censé la retrouver.

Tsubaki s’allongea sur le lit et joua avec ses deux pieds qu’elle s’amusait à lancer dans les airs, comme de vulgaires jouets qui restaient toujours accrochés à ses jambes.

[Tsubaki] – Justement !

Elle se releva subitement et se dirigea vers la petite cuisinière, tout en jouant de ses hanches.

[Tsubaki] – Elle ne pourra pas venir. Tu sais, les affaires, les missions, les hommes et tout le tralala … Bref, elle s’est absentée pour quelques jours. Mais je suis plutôt disposé à t’aider. En fait, c’est elle qui m’envoie.

[Iki] – Je peux attendre.

[Tsubaki] – Non, non, tu ne comprends pas ! Ce que tu recherches, je peux te l’offrir, et de bien meilleure qualité ! J’ai toujours été doué pour ces choses là.

Iki versa l’eau chaude dans deux tasses et se rapprocha assez de Tsubaki pour sentir son souffle, chaud et régulier. La jeune femme sourit – elle souriait tout le temps.

[Iki] – Rassure-moi, on parle toujours des sceaux là, n’est-ce pas ?

Il lâcha une tassa dans les mains de son homologue sans se préoccuper de savoir si oui ou non elle l’attraperait. Si même, elle se brûlerait à son contact. Iki se retourna vers la penderie et sourit mollement. L’espace d’un instant, il se demanda comment se serait terminée cette conversation si Yasu n’avait jamais existé.

Les femmes sont trop belles pour qu’on ne puisse pas s’en occuper, putain.
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MessageSujet: Re: Tout est dans le poignet   Sam 27 Fév - 20:44

Il serra les liens qui maintenaient le bandeau portant l’insigne de Konoha autour de son bras. Il ne savait pas s’il en était réellement fier, mais ce machin-là lui collait à la peau comme une véritable sangsue et chacune des tentatives qu’il s’était procuré pour s’en débarasser s’étaient soldées par un fabuleux échec. Parfois, même, cela accentuait l’espèce de coït étrange que le juunin avait établi avec le village. Pourtant, il ne les aimait pas. Ces politiciens, ces hommes brutes, ces femmes faussement féminines. Mais il faisait parti d’eux et ne pas apprécier ce qu’il était lui-même faisait peut-être parti du challenge.

Iki était un homme de Konoha. Son village et lui, sa main tenace, sa poigne forte et sûre. Ils ont besoin de gens comme moi, pensait-il parfois, mais ai-je besoin d’eux ? La question ne se posa qu’une fois et la réponse fut sans doute la plus rapide et la plus crue qu’il ne put trouver : il n’avait rien d’autre à faire de sa vie, sinon la léguer à quelqu’un ou à quelque chose d’autre. Les Six Lions, Konoha … c’était du vent, rien que du vent, juste quelques mots qui changent dans une belle parole mais au fond, les différences qui les séparaient les uns des autres, en dehors et à l’intérieur du village, n’étaient pas si franches que cela. C’était pour cela que certains désertaient.

Lui, c’était pour ces raisons qu’il restait.

Tsubaki était une très jolie femme. Elle l’est toujours, d’ailleurs. Une superbe blonde, à peine âgée de vingt et un an et surtout un génie comme Konoha en sort rarement. Etrangement, on l’avait affublé derrière un bureau sans demander son reste et on lui avait mis dans les pattes des gamins qu’elle s’efforçait de former.

[Iki] – Tu aimes ce que tu fais ?

Elle leva un regard presque surpris, tout en continuant de marcher dans les ruelles des quartiers populaires de Konoha.

[Tsubaki] – Enseigner ? J’adore. Je m’y sens utile. Le monde extérieur n’a jamais été fait pour moi, alors je préfère rester ici et aider ceux qui feront le boulot à ma place plus tard. A notre place.

Il n’avait jamais songé à cette possibilité, ni à cet avenir. Iki se voyait bien mourir un jour, là n’était pas la question, mais l’éventualité qu’un jour on lui demande de prendre une retraite, qu’un médecin lui assure que son corps ne tiendrait plus et qu’il n’avait plus à se forcer à exécuter les ordres, qu’il pourrait couler des jours heureux dans le village, avec l’aide de cette petite pension qu’on lui verserait, non décidemment cela ne lui était pas venu à l’esprit. D’autant qu’il n’était pas ce genre d’hommes qui manipulent le chakra à tout va, qui lancent de belles et puissantes arcanes sur ses adversaires ou qui les plongent dans des illusions aussi dangereuses que ses mains autour de leur cou. Non, il n’était pas comme ça, il avait besoin de l’entière coopération de son corps pour combattre. Il suffirait de si peu pour que sa vie de shinobi s’arrête, aussi sec.

Et d’un coup, sa vie lui parut étrangement courte. Mourir, il s’y attendait. Revenir avec une jambe en moins et passer le restant de ses jours dans un fauteuil roulant ou sur deux cannes de plastique alors que la force de l’âge lui permettrait de mener à bien des dossiers encore plus frileux pour Konoha, merde, c’était inenvisageable. D’un coup, ses objectifs grimpaient en nombre. Des nécessités, plus que des objectifs. Hormis celle de rester en vie, il fallait qu’il reste en vie. Et en bon état.

Intérieurement, il grimaça, laissant Tsubaki perplexe sur sa question, marcher au milieu de la route, presqu’en dansant.

[Tsubaki] – Pourquoi, ça t’intéresse ?

Iki sortit de ses pensées et la rattrapa rapidement.

[Iki] – Absolument pas, je hais ces petits machins sur quatre pattes et encore plus leur apprendre à devenir des grands bonhommes. Je me demandais simplement si ce que je faisais, moi, me convenait.

Elle lui jeta un regard presque effrayé, comme si elle ne comprenait pas l’homme qu’elle avait en face d’elle et son raisonnement. L’espace d’un instant, il eut peur de trouver un individu encore trop intelligent pour se poser tant et tant de questions que cela en devenait lassant.

Vous savez, ces hommes qui se remettent toujours en question que cela en devient une force de combat si intelligente qu’elle en est affolante. Ces hommes qui sont si bons au lit et qui se prennent la tête toute la journée du lendemain à se demander s’ils étaient à la hauteur. C’était plus ça qui l’emmerdait.

[Tsubaki] – Ce n’est pas le cas ?

Iki posa une cigarette sur ses lèvres et l’alluma. Il décida sur le champ qu’il était temps de ne plus penser à cela, que cela n’intéressait pas son homologue et que, de toute manière, ce n’étaient pas ses problèmes. Tsubaki n’avait pas la même réputation que Ran, une autre professeur dont les illusions sont, selon certains, bien moins douloureuses que la réalité de sa personne, mais elle restait une personne qu’il ne connaissait pas et étrangement, en qui il ne voulait pas faire confiance.

Trop de fois trahi, peut-être bien.

Ce n’était pas particulièrement cela, pensa-t-il. Mais ses faiblesses ne considéraient que lui, et lui seul. Il n’y avait que Yasu pour lire avec une telle lucidité dans son regard rouge vif, il n’y avait qu’elle pour décortiquer le mouvement de ses mains, le ton de sa voix ou le rythme de sa respiration, et cela, elle ne put l’entreprendre qu’après trois longues années de cohabitation. Une cohabitation avec un homme qu’elle avait vu changer et dont elle croyait que la personnalité n’était qu’un masque qu’il se fabriquait pour mieux se protéger. Ce n’était pas le cas, il était bien cet homme coriace, fougueux et particulièrement impertinent. Il avait juste ses moments de faiblesse, et il n’était pas question qu’il les partage. Pas avec elle.

[Iki] – J’aime ce corps à corps brutal, ce contact physique, à la fois dangereux et passionnel de deux êtres qui se comprennent. Tu saisis ?

Son visage changea du tout. Il afficha un sourire béat, le sourire d’un gamin qui n’a qu’une envie : celle de vivre simplement et de continuer de se battre, parce que c’était une passion. Et il ne pouvait empêcher cette passion la de s’exprimer.

Tsubaki rit.

[Tsubaki] – Rassure-moi, on parle toujours du Taijutsu, hein ?

Il expulsa une bouffée de fumée et plissa ses yeux dans une expression ironique.

[Iki] - Ca dépend, à quoi tu penses ?

[Tsubaki] – Tu ne m’attires pas, jeune padawan.

[Iki] – Toi non plus.

Tsubaki s’arrêta, faussement choquée.

[Iki] – Trop vieille peut-être.


***


Ils s’installèrent sur la terrasse d’un petit café en bordure du centre ville. Tsubaki plia ses jambes entre elles comme ça son habitude et laisser les regards se déporter vers elle sans s’en plaindre ni y répondre. Cet air de suffisance avait l’art de rendre Iki plus joyeux qu’il ne l’était au levé même s’il n’avait pas particulièrement l’habitude de s’amuser de choses si frivoles. Tsubaki ressemblait beaucoup à Hizu, en soi. Elle était certainement bien moins niaise, ni bien moins blonde en un sens. Mais Hizu était une femme douée d’une intelligence étonnante. Longtemps, Iki s’était simplement dit qu’elle n’en avait pas conscience elle-même. Néanmoins ce genre de femmes ne l’intéressait pas et, quelque part, ça l’emmerdait. La simplicité d’une relation physique et purement sexuelle ne lui manquait pas, mais ses avantages marquaient toujours son esprit simple et sans prise de tête.

Yasu avait ouvert ses bras et il s’y était plongé sans vraiment savoir pourquoi. Parce qu’il avait changé. Ou parce qu’il était faible et bête, il n’en savait trop rien.

Le thé fumait.

[Tsubaki] – On va commencer simplement, d’accord ?

Iki rit quelques secondes et écrasa sa cigarette dans le cendrier.

[Iki] – Je ne suis pas un gamin, Tsubaki, d’accord ?

La chuunin porta à ses lèvres sa tasse de thé et sourit.

[Tsubaki] – Ecoute, tu as beau être juunin, je suis le professeur et toi l’élève, il n’y a rien de dégradant là-dedans.

Il afficha une moue dubitative.

[Iki] – Tu as entendu ce que je viens de te dire : je ne suis pas un enfant, alors fonce et on verra bien.

Tsubaki haussa des épaules et prit un air sérieux.

[Tsubaki] – J’aimerais savoir quel est ton style de combat.

Il parut réfléchir quelques secondes, mais les mots lui vinrent presque automatiquement. C’était une question qu’il ne s’était jamais posé vraiment, son corps se mettait simplement en action et dès la première fois, cela avait fonctionné.

[Iki] – Je me bats avec à peu près toutes les parties de mon corps. Pieds, mains, coudes, genoux, tête, tant que ça touche, c’est à peu près bon. Ce n’est pas pour autant brouillon, il y a quelque chose de tactique dans le violent, qui me permet d’arriver à une fin, comme la préparation du dernier coup. L’idée, c’est que chaque mouvement amène mes mains à viser juste, au moins une fois. Il lia ses doigts les uns aux autres sur la table. Avec mon entraînement et l’expérience, j’ai très vite appris qu’il ne suffisait pas de toucher là où ça faisait mal pour … pour faire mal. Les Lions aiment mêler cet aspect volontairement violent à la pratique d’un coup fatal qui ferait oublier à mon adversaire tous les autres.

[Tsubaki] – Tu n’utilises pas de chakra ?

[Iki] – Si, énormément. J’essaye de m’en passer le plus souvent, mais la plupart de mes enchaînements nécessitent certaines techniques que seuls les Lions détiennent et qui coutent cher. Mais jusqu’ici, je n’ai jamais été à court de chakra. C’est très étrange d’ailleurs.

Il se ressassa tous les combats auxquels il avait pris part et il en arriva très vite à la conclusion qu’il bouillonnait en lui quelque chose d’assez gigantesque. Iki n’avait jamais manqué d’énergie, et pourtant, il avait frôlé plusieurs fois la mort. Assez, en tout cas, pour développer au maximum chacun de ses coups.

[Tsubaki] – Je peux te dire ce que j’en pense, de ce que tu m’as rapidement dit ?

Iki alluma une cigarette et laissa la fumée s’échapper de ses narines.

[Iki] – Bien sûr, sinon cela ressemblerait à rendez-vous galant.

Elle sourit.

[Tsubaki] – Je ne pense pas que tu soies un shinobi qui ait besoin de quelque chose de plus pour te battre. Elle montra ses mains. Tu en prends grand soin, n’est-ce pas ? Et tu es un Lion, un guerrier capable d’aller jusqu’au-delà de ses limites. Je ne connais pas très bien la Rokushishi Ryu, mais je sais assez, de réputation, que leurs membres ne sont pas des rigolos et je sais que tu n’as pas eu que des expériences faciles durant ta courte carrière de shinobi. Pourtant, tu es devant moi aujourd’hui, bien vivant et en forme.

En pleine forme même, pensa-t-elle dans un coin de son esprit qui la fit sourire.

[Tsubaki] – Si quelqu’un ou quelque chose arrive à venir à bout de toi, Iki, alors c’est que c’était définitivement trop fort. Je connais bien quelques sceaux qui te permettraient d’être plus agressif encore, mais honnêtement, je ne suis pas sûr que cela soit stratégiquement une bonne idée.

[Iki] – Qu’est-ce que tu veux dire par-là ?

Tsubaki avala une goutte de son thé brûlant et se reconcentra sur son raisonnement.

[Tsubaki] – Il y a plusieurs couleurs de sceaux, j’imagine que tu le sais, même si tu n’en tiens pas tous les tenants – sinon, je te suis inutile. Parmi elles, le Violet se porte dans l’art de la destruction. Les shinobi travaillent une grande majorité de leur temps en équipe, et concentrer toute une force de frappe en un seul homme n’est pas une tactique viable. Je ne suis pas en train de te dire que tes coéquipiers seront faibles, simplement qu’ils auront d’autres atouts que les tiens dans leur manche mais que toi, quoi qu’il advienne, tu resteras un mur sur lequel on peut frapper. Laisse aux autres le soin d’arriver à votre objectif pendant que tu le contiens et tu verras que tout, absolument tout sera plus clair. Plus simple.

Elle sourit et s’enfonça dans sa chaise.

[Tsubaki] – Est-ce que ça te semble clair mon choupinou ?

Il la fusilla du regard, l’air de dire : « Appelle moi encore une fois comme ça, et tu vas voir si je ne peux faire que contenir. »

[Iki] – Limpide, même. On commence quand ?

Iki tira sur sa cigarette, presque impatient.

« On a déjà commencé. Mon choupinou. »

Tsubaki termina son thé et se leva dans un petit pas de danse entraînant, amusée.
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MessageSujet: Re: Tout est dans le poignet   Dim 28 Fév - 21:12

Iki leva les yeux vers Tsubaki avec la certitude ne pas avoir vu ses lèvres bouger. Il avait pourtant bien entendu sa voix, résonnante, percutant les parois de son crâne. Mais les lèvres de la jeune femme étaient toujours fermées en un sourire joyeux. Il aurait apprécié avoir quelques réponses mais déjà la chuunin s’était envolée au milieu de la rue.


***


Elle dessina quelques marques étranges sur un morceau de papier.

Iki était un très bon shinobi. Il n’était certainement pas excellent, il n’était pas l’un des meilleurs, mais il s’en fichait et il savait qu’en haut, dans les hautes instances du village, on pouvait compter sur lui et qu’il ne leur avait jamais vraiment fait faux bond. En fait, à bien y réfléchir, il avait toujours réussi ce qu’il avait entrepris pour Konoha, aux dépends de sa vie à lui, où il les échecs se multipliaient comme une grosse bonne équation qu’il ne se sentait pas de résoudre. Pas assez fort, peut-être bien. La forme n’avait pas toujours été particulièrement parfaite, il avait rechigné, il avait grondé et s’était maintes et maintes fois énervés face au personnage arrogant et manipulateur d’Okugane, mais à chaque fois il était parti en traînant des pieds et avait mené ses missions à bien.

Iki se rendait compte à quel point la vie de shinobi est vide de sens. Combien de semaines devrait-il s’en aller cette fois ? Aurait-il une chance de revenir ? Fonder une famille, il n’y avait jamais pensé. Prendre du bon temps ? C’était une chose inconcevable, parce qu’à chaque fois qu’une lueur de plaisir luisait dans ses yeux rouges, la réalité du monde le rattrapait. Dormir sur des corps morts n’a jamais été chose facile. Et puis, logiquement, il est toujours plus difficile de repartir faire le sale boulot après une petite semaine de vacances dont la seule conclusion à en tirer était qu’il en mériterait bien une deuxième.

Sa conclusion, à lui, c’était qu’il n’avait de son temps libre qu’un peu de motivation pour devenir meilleur dans son travail. Dans sa vie de shinobi. Et c’était pour cela qu’il avait demandé l’aide de Yasu. Pour cela aussi qu’il s’était jeté dans ses bras, ou elle dans les siens, il ne s’en souvenait plus. Mais à la fin, c’était la même chose, la même résultante. Ils étaient tous les deux allongés dans son lit et sans une parole, ils se ressassaient leurs horreurs passés, tout en appréhendant celles du futur.

L’espoir d’être un monstre de puissance pour calmer définitivement les ardeurs de ce monde lui apparut soudainement. C’était une idée intéressante, plus dissuasive qu’autre chose. On arriverait aux frontières du Pays du Feu, et puis on se dirait : arrête, il y a un homme qui s’appelle Iki Namikaze, il y a un village qui s’appelle Konoha, caché quelque part et quoi que tu fasses, il te retrouvera, et il te tuera. Mais Iki n’avait pas envie de tuer ces hommes, même si se battre n’avait jamais été sa seule passion. L’espace d’un instant, il pensa à Akogare, il pensa à ces hommes qui, bien que parfois plus petits par la taille et plus frileux par la corpulence, pourraient le hacher menu d’une seule main et en une seule petite seconde et qu’il y avait encore un espace immense entre eux. Konoha ne reposait pas sur ses épaules, mais sur celles d’une vingtaine d’Anbu, d’une quinzaine d’Oï-nin et sur une trentaine d’autres Juunins dont leur force n’était plus à prouver non plus.

Et il n’était qu’un parmi tous les autres.

Iki posa doucement sa main sur son épaule et concentra son chakra dans sa paume. Une lueur grise en surgit subitement. Tsubaki l’imita et il sentit ses doigts entrer en contact avec son poignet. Le flux de chakra se calma instantanément, néanmoins il apparaissait comme trop faible pour le coup. La jeune femme émit un rire amusé, tout en restant concentré sur l’exercice.


***


Ils quittèrent rapidement la terrasse du bar. Iki restait toujours dans un nuage d’incompréhension, même s’il ne s’en faisait pas trop : il avait croisé assez de personnages manipulant le chakra – certains avec bien moins de réussite que d’autres – et toute sorte de techniques assez folles pour savoir qu’il y avait une explication logique à cette « voix » qui avait traversé son esprit sans que Tsubaki n’ait à bouger les lèvres. Néanmoins, cela l’intriguait.

Iki ne s’était jamais considéré comme un shinobi intelligent. Cela s’expliquait peut-être parce que son style de combat ne demandait pas une stratégie particulière et qu’il suffisait souvent de frapper juste pour faire mouche et sortir vivant d’un combat à mort. Mais cela n’avait pas toujours été le cas, et il était même plutôt rare que le juunin tombe sur des adversaires enclins à engager un corps à corps dans les règles de l’art. C’était pour ces raisons qu’il redoutait et se moquait tout autant de ceux qui préféraient lancer leurs arcanes de loin, bercés sur un plateau bien à l’abri du sang et des blessures qui pleuvent sur le champ de bataille. C’était un peu exagéré, mais parfois il aimait le penser.

Contrairement à Tsubaki dont les belles boucles blondes cachaient un véritable cerveau sur pattes, Iki ne s’était jamais éterniser sur ce penchant là du combat et jouait chaque fois de ses pieds et de ses mains, avec une logique dangereusement efficace. Il n’était pas bête pour autant, Yasu lui rappelait même assez souvent qu’il se sous-estimait. Néanmoins, Iki n’appelait pas l’instinct ou la logique une belle preuve d’intelligence. Il savait simplement à quel moment il fallait frapper et à quel moment il fallait reculer, le reste …

[Iki] – Qu’est-ce que c’était, finit-il par demander après quelques minutes de marche.

Tsubaki remonta la manche qui couvrait son bras droit et qui était déjà très courte pour laisser apparaitre un petit cercle dessiné sur le muscle, qui tendait à un ovale entouré de petites pointes triangulaires d’un gris neutre. Ils sourirent de paire.

Ils poursuivirent leur course dans les petites rues de Konoha, jusqu’à ce que Tsubaki décide qu’il était temps de s’y mettre. Elle concentra un peu de son chakra dans ses pieds et elle sauta sur un mur, où elle continua de courir. Iki la suivit machinalement et lorsqu’il arriva sur le toit plat d’un immeuble d’une petite demi-douzaine d’étage, il alluma une clope et s’assit sur le rebord de la toiture, laissant ses jambes se balader dans le vide et son regard décrire le grand village de Konoha. Tsubaki se baissa juste à côté de lui et préféra observer le soleil qui planait à son zénith.

[Tsubaki] – Comme je te l’ai expliqué tout à l’heure, il existe plusieurs types de sceaux. En fait, on les classe par couleur, parce que selon leur utilité, le chakra emprunte une teinte qui lui est propre. Contrairement au Ninjutsu, il n’y a pas de préférence, il n’y a pas d’attirance particulière d’un shinobi pour ses sceaux. C’est une simple question de stratégie et … de gout. Libre à toi de ne pas t’en servir ou d’être recouvert de tatouages comme un vulgaire papier peint.

Iki tira sur sa cigarette et rit.

[Iki] – Je ne fais pas ça pour le plaisir.

Tsubaki prit un air sérieux et s’assit finalement dans la même posture que son homologue.

[Tsubaki] – Alors pourquoi le fais-tu ?

[Iki] – C’est vraiment bien nécessaire que je réponde à cette question ?

[Tsubaki] – Je n’en sais rien. Non, à priori. C’était par curiosité. Il y a des gens qui viennent et qui font des choses dont ils ne comprennent même pas le sens. J’imagine que je voulais juste en savoir un peu plus.

Iki réfléchit. Il repense à ses objectifs, celui de vivre, celui de rester dans un état intact pour continuer à se battre. Il y avait encore quelques mois, il lui aurait simplement rétorqué qu’il aimait se battre, qu’il aimait le sang, la mort, l’adrénaline et il lui aurait poliment demandé de fermer sa gueule, mais cruellement, cette impertinence la ne lui vint pas l’esprit.

La question était de savoir quel était l’objectif de sa vie. Il ne s’était jamais réellement posé cette question, mais puisque Tsubaki semblait enclin à écouter les quelques paroles qu’il pouvait lui dire à ce sujet sans se moquer de lui ou afficher un quelconque sourire niais, il n’avait rien à perdre, sinon quelques minutes d’un temps dont il ne savait que faire tellement il en avait.

[Iki] – Quand on nait dans ce monde, on a du chakra, ou on n’en a pas. Je ne sais pas si c’est une chance, mais lorsqu’on en détectes chez un enfant, on sait sur le champ que sa vie est toute tracée, écrite sur un petit bout de papier ou dans la tête d’un professeur ambitieux, de politiques militaires fermement ancrées dans les traditions de villages comme celui de Konoha. A-t-il le choix ? Non, il est voué à être shinobi et il ne peut pas y renoncer. Je suis là où je suis aujourd’hui et puisque je ne peux pas m’y soustraire, j’aimerais faire mon travail du mieux que je peux. Jusqu’à ce que je ne le puisse plus, mais je ne l’espère. Il se baissa et se reposa sur ses coudes. Ou jusqu’à ce que nous n’ayons plus de travail, que nous devenions inutiles. Et cela, je l’espère plus que tout. En attendant, j’ai besoin d’être certain qu’il ne m’arrivera rien demain, quelque part dans village pourri au bout du monde. C’est là que tu entres en jeu. Si je pouvais choisir, je préfèrerais que ma peau reste intacte. Mais franchement, si on avait tous pu choisir, on ne serait pas sur ce toit en train de décider de quelle manière mourra ma prochaine victime.

Tsubaki cligna des yeux, presque étonnée. Ce n’était pas un raisonnement complètement original, elle avait croisé de nombreux shinobi qui en arrivaient à la même conclusion, mais elle l’avait toujours trouvée particulièrement désespérée, comme tragique. Pas le choix, obligé de finir le job, obligé de plonger les mains dans la merde, puisque de toute manière tout le reste du corps y est trempé jusqu’au cou. Elle n’aimait pas beaucoup cela, c’était comme renoncer à l’espoir de voir un jour quelque chose de mieux apparaitre. Du mieux. Elle pensa à Ran, elle pensa à Reiko, elle pensa à toutes ses personnes qui avait le gout de faire les choses et qui, si elles avaient bien conscience du monde dans lequel elles évoluaient – quoi que pour Ran, cela restait encore à démontrer – elles préféraient l’oublier et continuer de vivre dans leur routine sympathique. Mais Tsubaki n’était pas une guerrière, elle était assise derrière son bureau toute la journée et elle ne pouvait pas en vouloir à Iki d’en arriver là.

D’ailleurs, elle ne lui en voulait pas. Ce n’était pas comme si elle n’avait pas déjà tué elle aussi.

Son sourire refit surface subitement. Le gout de vivre, simplement le gout de vivre.

[Tsubaki] – Alors je crois que nous pouvons y aller.

Elle sortit un parchemin du petit sac qu’elle gardait avec elle et le déroula devant les yeux intéressés d’Iki. Du doigt, elle montra un cercle parsemé de petites flèches qui pénétraient en son centre, d’une âpre couleur jaune. Six types de sceaux étaient ensuite annotés juste en dessous, correctement rangés par deux. Chacun était marqué de la couleur qui lui était propre.

[Tsubaki] – Comme je te l’ai déjà dit, il existe plusieurs sceaux, plusieurs types qui sont caractérisés par la couleur du chakra qui émane d’eux. On en compte six. Ceux qui nous intéressent sont tout particulièrement les gris, à moins que tu ne sois porté vers autre chose, mais nous verrons cela plus tard. Il est toutefois important que tu aies pleinement conscience qu’il existe cinq autres couleurs, toutes différents.

D’un bref mouvement de la main, elle rabattit quelques mèches bâtardes derrière son oreille.

[Tsubaki] – Les bleus sont des sceaux de soutien, ce sont les plus communs. Ils ne sont véritablement génériques, mais la plupart d’entre eux permettent de renforcer tes propres sceaux, de mêler plusieurs couleurs entre elles et de renforcer l’arme principal d’un village militaire : l’équipe. Je dirais qu’ils sont primordiaux, mais il n’est pas nécessaire que tu les connaisses tous – de toute manière, tu ne pourrais pas. Les blancs sont des sceaux de guérison. Ils sont tout particulièrement utiles contre les risques d’empoisonnement et autres choses fluettes dont tu ne dois pas te préoccuper particulièrement, c’est pourquoi nous passerons très vite. Les sceaux jaunes sont dits « de préservation » et tenteront tant bien que mal de faire en sorte que tu vives. Finalement, ils pourraient te convenir assez, mais je ne pense pas que ton envie de vivre prenne le pas sur ton caractère offensif, donc autant ne pas trop s’y attarder. Les sceaux de blocages sont de couleurs rouges. Ce sont souvent de petites tâches bien embêtantes qui te mettent des bâtons dans les roues.

Iki suivait les lèvres de Tsubaki bougé avec une rapidité étonnante, déballant toute sa science sur un trait du monde shinobi qu’Iki ne connaissait absolument pas. D’un coup, il se sentit perdu, les informations arrivaient à lui par paquets et lorsqu’il en recevait, il lui semblait que le suivant arrivait déjà trop vite et encore plus gros. Néanmoins, il ne dit rien et continua d’écouter la chuunin, laissant échapper quelques hochements de la tête en guise de sa bonne concentration.

[Tsubaki] – Enfin, il reste les sceaux violet. Ils te concernent tout particulièrement puisqu’on les appelle les sceaux de destruction et non d’autre but que d’annihiler leur cible. Toutefois, ne te méprend pas, les sceaux violets se tournent en grande partie vers la destruction d’un objet, d’un mur, d’une entité non-vivante. Leur contrecoup peut être également très gênant, d’ailleurs Konoha n’adhère pas tellement à ce qu’un de ses shinobi se tournent entièrement vers cette voie.

Iki leva des yeux intéressés et curieux.

[Iki] – Qu’ont-ils de si particuliers ?

Tsubaki rit.

[Tsubaki] – Je savais que cela te titillerait.

Elle se recula sur ses coudes et tourna son joli brin de visage vers lui.

[Tsubaki] – Ils ont cette étrange capacité de puiser au plus profond de ton être et d’en trouver les recoins les plus noirs. C’est de là qu’ils tirent leur force, leur rage, si tu préfères. Ceux qui manipulent les sceaux de destruction avec excellence sont soient des génies, soit des psychopathes que personne n’aimerait affronter. Et l’un comme l’autre, ils représentent un danger énorme. Comprends bien qu’il n’existe que très peu de sceaux qui te permettent de mettre à terre un adversaire, de venir à bout de ton objectif. Ils t’aident, ils te soutiennent et te sortent de situations délicates, mais ils vont très rarement enlever la vie. Ceux-là en sont capables, c’est ce qui fait leur originalité, leur puissance et leur danger. Pour ceux contre qui ils sont tournés comme pour ceux qui les portent.

Un vent frais bouscula leurs cheveux. Iki frissonna.

Il imaginait déjà l’impact de ces sceaux, l’impact de leur dangereuse pénétration dans l’air, dans les chairs et dans la pierre. Il n’en connaissait aucun tenant, seuls quelques mots que Tsubaki lui avait lancés avec un minimum d’organisation mais avec un ton particulièrement profond. Comme si elle essayait de le persuader de ne pas y toucher, de ne pas s’en approcher. Ses yeux clignèrent rapidement, comme pour sortir de ce mauvais rêve. Il y avait des hommes qui touchaient à la destruction, c’était presque une évidence. Presque une nécessité, parce qu’il fallait des hommes mauvais dans ce monde. Iki se demandait quel devait être leur degré de colère ou leur degré de génie pour arriver à contrôler cette force qu’il ressentait rien que dans les mots de Tsubaki. Il se demandait ce qu’il deviendrait s’il s’y plongeait entièrement. Il n’était pas un génie. Il était ce genre d’hommes qui aiment appeler leur colère lorsqu’ils se battent.

Ce genre d’homme mauvais au fond et qui luttaient pour s’en sortir. Il n’était pas question qu’il replonge.
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MessageSujet: Re: Tout est dans le poignet   Dim 7 Mar - 15:15

Cela ressemblait un peu à de la magie. Une magie bien connue de tout le monde, quoi que plutôt rare chez les shinobi, mais tout de même. Pour Iki, c’était de la magie.

Il n’avait jamais utilisé que la force de ses poings pour faire mal, là où nombre de ses collègues aimaient jouer avec le feu, ou simplement avec leur chakra, créant toute sorte de prothèses virtuelles qui viennent fouetter leur cible avec une violence bien réelle. Il comprenait. Il ne fallait pas être faible pour user de paramètres qui complexifiaient la situation d’un combat, lorsqu’il suffisait de frapper là où ça faisait mal, mais dans ce monde chaotique et névrosé par la violence, quelque chose lui disait qu’il fallait un peu de tout et que c’était bien ça le problème. Qu’à force d’avoir du tout, personne ne sait vraiment plus pourquoi ils en sont là. Le ninjutsu était une voie sombre qu’il ne désirait pas arpenter. Pourtant, Yasu avait réussi à l’y intéresser. Pas entièrement, pas au mélodrame du Katon et de sa marmaille purulente qui brûlait la peau à un degré qui, paradoxalement, le faisait frissonner, mais à cette marque l’Anbu portait sur la peau. Et de sa peau, il avait entière tout vu, alors il n’avait pas pu la manquer.

C’était un sceau, lui avait-elle expliqué. Un sceau qu’un ancien coéquipier à elle – un très ancien et très proche coéquipier, comprit-il bien plus tard – avait posé dans le creux de sa nuque, bien caché sous ses mèches brunes. C’était un sceau plutôt dangereux, un sceau qui lui avait maintes et maintes fois sauvé la vie, mais comme une sangsue, il avait pris une partie de leur vie, une partie de leurs rêves et lorsque cet homme mourut, il la hanta. Elle l’aimait, ou elle l’avait aimé. C’était encore trop récent même si la jeune femme restait encore trop évasive sur la date de cette relation si bien qu’Iki ne savait trop s’il devait réellement lui faire confiance sur ce point-là. Il ne s’était pas renseigné là-dessus, parce qu’il n’était pas ce genre de shinobi là, passionné par ce qui l’entoure et par ce qu’il ne comprend pas, néanmoins il avait comprit l’importance du sujet. Il avait compris qu’il y avait des marques qui ne servaient pas qu’à débloquer une vulgaire porte bloquée par une serrure un peu complexe ou désolidariser un mur de ses propres fondations. Il y avait des sceaux qui tenaient leur vie entre leurs mains et les accepter, c’était accepter de mettre sa vie entre leurs mains, voire entre les mains d’un autre.

Yasu était lié à un mort. Un mort qu’elle avait aimé plus que tout, mais un mort tout de même. Pour qu’ils aillent jusqu’à user de techniques si poussées, leur amour devait être un brin profond. Juste un brin, et cela lui faisait plutôt peur. Pas pour lui, oh, non, il vivrait avec – peut-être pas facilement, mais il avait déjà tant de choses à supporter que cela ne représentait pas tellement une menace – mais pour sa partenaire. L’amour fait faire des choses idiotes, et casser la gueule d’un homme qui le jalouserait ne lui poserait aucun problème. Mais faire comprendre à un mort qu’il n’avait plus aucune raison d’embêter les vivants, ça, c’était une chose qu’il n’était pas encore en mesure de faire. C’était un mort …

C’était en passant sa main le long de son cou, relevant presque amoureusement ses cheveux sur sa le haut de sa tête qu’il avait senti du bout des doigts l’abondance du chakra. Mais comme d’habitude, il avait du attendre de terminer leurs ébats pour avoir une explication et, bien loin d’avoir toutes les clés de cette histoire, il en apprit juste assez pour que l’Anbu lui promette de partager avec lui un peu plus sur cette science.

[Iki] – Il y … quelque … je comprends …

Tsubaki leva un sourcil amusé.

[Tsubaki] – Hein ?

Iki baissa les épaules et soupira. Il sourit et tira sur sa cigarette.

[Iki] – Il y a quelque chose que je ne comprends pas.

[Tsubaki] – Ah !

Elle rit.

[Iki] – Je n’ai jamais été très doué en Ninjutsu et mon chakra ne m’est utile que pour entretenir des techniques qui ne nécessitent pas de réelles maîtrises. Comme je peux arriver à faire ce genre de machins-là ? … Ou ne pas y arriver, on n’en sait trop rien encore.

Tsubaki le regarda et releva que la question n’était pas tout à fait idiote. Elle s’était jours conforté dans l’idée que les sceaux restaient utilisés par des gens qui lui ressemblaient, des shinobi qui possédaient un certain génie dans l’utilisation de leur chakra. Bien sûr, il existait un nombre ahurissant de juunin et autres catégories de puissants larrons qui possédaient quelque part sur leur corps, gravé sur un morceau de peau ou sur un parchemin, un ou deux sceaux qu’ils utilisent occasionnellement lors d’une mission ou lorsque l’occasion se propose.

Iki n’était pas de ceux-là. Ou s’il l’était, il ne l’avait pas encore découvert et cette qualité était caché quelque part en lui, mais elle en doutait. Et lui aussi, d’ailleurs, il l’avait dit lui-même : c’est un homme de l’action, pas un manipulateur acharné des arcanes. Toutefois, et il l’avait également dit, il possédait une masse de chakra immense. Immense pour un homme qui manie le Taijutsu, parce que la plupart de ceux que Tsubaki avait rencontré n’en avait aucune et que c’était souvent pour cette raison qu’ils avaient préférés se tourner vers un style de combat plus terre à terre, mais il ruisselait en Iki assez de chakra pour en faire un dangereux manipulateur élémentaire. Oh, elle en avait bien plus, de chakra, de toute manière Tsubaki en avait bien plus que la plupart des shinobi de Konoha, néanmoins le profil du juunin ne correspondait pas réellement à ce qu’il en disait, et à ce qu’il devait être normalement.

C’était bien une professeur. Toujours liée à cette passion pour la théorie.

[Tsubaki] – Je n’en sais pas beaucoup plus que toi. Disons que tu n’auras jamais le talent d’un shinobi qui aurait voué sa vie au Ninjutsu, mon talent. Mais tu as assez de chakra pour nourrir soutenir un puissant arcane, alors autant en profiter. Et puis, malgré ton peu d’expérience sur ce sujet, ton chakra est particulièrement pointilleux. Puissant, ça c’est sûr, mais cela semble faire partie de toi, comme beaucoup d’autres. Mais le chakra, ce n’est pas un muscle, il ne suffit pas de le gonfler pour qu’il devienne plus fort.

Elle s’étira doucement et laissa son sourire s’exagérer lentement.

[Tsubaki] – Non, ton chakra est un peu différent, plus complexe et à la fois plus limpide. Ce n’est pas qu’une masse imprécise mais quelque chose qui ne demandait qu’à être utilisé. Tu ne sauras probablement jamais t’en servir à sa juste mesure, néanmoins avec un peu d’aide, tu sauras en tirer quelque chose d’assez sympathique. Si tuer quelqu’un est quelque chose de sympathique, évidemment.

Tsubaki sourit ironiquement. Iki releva d’un œil amusé l’anecdote et se concentra à nouveau sur l’imposante marque qui balayait son torse musclé et qui, à priori, défaillait encore.

[Tsubaki] – C’est pour ça que je suis là, te donner un petit coup de pousse et tu n’auras plus qu’à jouir de ton chakra comme tu le sens. Et je suis sûr que tu adoreras ça.

[Iki] – Jouir de mon chakra ?

Elle rit.

[Tsubaki] – De ton chakra ou d’autre chose, tu fais ce que tu veux.

Les doigts sur ses pectoraux s’arrêtèrent immédiatement sur l’insinuation tsubakienne. Finalement, il l’aimait bien. Juste un peu, rien de bien méchant.

Les explications de la chuunin ne le rassurait pas plus sur sa capacité à jouer sur le chakra, néanmoins la jeune femme avait l’art de parler avec cette confiance totale en elle et très certainement justifiée. Elle avait déjà beaucoup fait pour lui sans qu’il ne lui demande rien, et il appréciait le geste, même s’il savait pertinemment bien que Yasu y était pour beaucoup et qu’elle avait peut-être même du négocier un service pour cela. Iki n’était pas particulièrement connu à Konoha mais dans le milieu professoral, les nouvelles vont vite. Yasu n’était pas une grande bavarde, mais Iki découvrait peu à peu que Tsubaki était une femme très persuasive.

[Iki] – Tu m’ente… là ?

Tsubaki reprit un visage sérieux.

[Tsubaki] – Plus de chakra.

[Iki] – Plus de chakra plus de chakra, c’est facile à dire ça putain.

[Tsubaki] – Je t’entends là …
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MessageSujet: Re: Tout est dans le poignet   Lun 8 Mar - 0:24

Une semaine était passée. Saisit d’une oppressante envie de gratter son mollet, il ronchonna et se satisfit. Les volets n’étaient pas rabattus, clairement repliés sur eux-mêmes contre le mur, dehors, et le soleil qui les frappait de plein fouet. Il n’aimait pas tellement cela, la violence du réveil. Tout aussi machinalement, il se retourna dans le grand lit et étala ses bras au dessus de sa tête, passant sous l’oreiller sur lequel il s’était endormi. L’odeur saisissante du café chaud et matinal termina de le réveiller et, lentement, il sortir de sa torpeur et posa ses pieds sur le sol, le visage encore endormi entre ses paumes. Du revers de la main, il poussa le tas de livres qui gisait juste à côté de lui et sur lesquels il s’était finalement évanoui au milieu de la nuit. Du bout du doigt, il défit le nœud qui retenait son bandeau à son bras et le laissa tomber sur le sol dans un tintant bruit de métal.

Tsubaki se retourna à peu près à ce moment-là, une grande tasse fumante entre les mains. Elle sourit et s’adossa contre le comptoir de la petite cuisine qui faisait pièce commune avec la chambre.

[Tsubaki] – Remet-le, tu es convoqué par le Conseil.

Iki leva difficilement un sourcil et passa une main dans ses mèches en bataille. Il y avait un peu trop d’informations pour lui de si bon matin, un peu trop de rebondissements. Et définitivement, un peu trop de mauvaises nouvelles. La mémoire lui revint finalement peu à peu à l’esprit. Il se leva, titubant, et ramassa son bandeau qu’il garda dans sa main. De l’autre, il attrapa la tasse de café que Tsubaki et lui arracha un regard mécontent.

Ce n’était pas tant de dormir chez une autre femme qui l’embêtait mais plus qu’elle le réveille.


***


Yasu n’était toujours pas revenu. Finalement cette idée de sceau n’était pas totalement saugrenu, dès qu’elle reviendrait, il la collerait contre le mur et du bout du doigt, il graverait dans sa peau l’un de ses petits cercles gris pour qu’ils puissent continuer à discuter tout en réalisant chacun de leur côté leurs petites missions quotidiennes. Elle était loin, trop loin pour lui, même s’il n’était jamais venu prendre de nouvelles. De toute manière, Konoha n’en avait pas et s’il en avait, il ne les lui donnerait pas. Anbu, va-t-en, fais ton job et tais-toi ; la rançon de la gloire, pensa-t-il, souriant intérieurement.

Le grand bureau de Keira était encore fermé, quelque chose ou quelqu’un la retenait à l’intérieur et l’empêchait de rentrer. Ou de le faire rentrer, ce qui l’embêtait déjà. La mine encore détruite par un sommeil agité et bien trop court à sa guise, il lança un regard fatigué à Tsubaki qui sourit à peine. La jeune femme semblait particulièrement attelée à cette convocation s’était faite un peu plus belle que cela n’était possible, concentrée sur son entrée. La connaissant un peu, elle réfléchissait déjà au sujet de leur discussion et à son discours. Parce qu’elle était convoquée elle aussi, elle aurait donc son mot à dire, parce que Keira n’avait pas l’habitude de se donner en spectacle juste pour son bon plaisir, elle ne ressemblait pas à Okugane sur ce point-là, même si sur tant d’autres points, Iki avait l’impression d’avoir détruit un renard pour le remplacer par un tigre.

Ca ressemblait à peu près à ça, leur dernière visite. Un remerciement et puis les mêmes regards perfides, les mêmes ambitions sauvages que le juunin nourrissait dans son coin, Iki les lisait dans les yeux de Keira. Avec ça de différent qu’elle était honnête avec elle-même et particulièrement tournée vers son village plus que vers sa petite personne, comme l’était Okugane.

La flamme de son briquet illumina subitement le couloir et la porte s’ouvrit. Iki sourit et s’y engouffra sans faire attention à Tsubaki.

[Keira] – Bonjour Iki.

Confortablement assise dans le fond de sa chaise, la dirigeante n’avait pas beaucoup changée, sinon quelques rides qui commençaient à poindre sur son front. A moins que son esprit matinal lui joue encore des tours. Keira adressa un signe de la tête poli à Tsubaki qui lui répondit presque automatiquement. Iki haussa les sourcils, amusé par l’hypocrisie de la situation, même s’il ne connaissait pas bien les relations que la professeur nouait avec le pouvoir en place. Mais un génie qui refuse une promotion, ça ne peut qu’être un peu bizarre et Keira était tout à fait ce genre de femmes à apprécier la modestie des gens qui l’entourent.

Elle était peut-être bien moins encline à laisser le talent de Tsubaki au placard, mais ça, c’était une autre histoire et il s’en fichait bien.

[Iki] – Keira-sama, vous me sortez du lit.

Elle lui jeta un regard faussement compatissant et retrouva très vite son rictus sérieux, concentré et tiré par des affaires qui le dépassait de très très loin. Et c’était tant mieux.

[Keira] – J’ai cru remarquer cela, oui. Peu importe. Qu’êtes-vous devenu depuis tout ce temps, Iki ? Il y a longtemps que je n’ai pas eu de vos nouvelles.

[Iki] – Oh vous savez, la routine. J’ai profité de ma permission pour me reposer un peu, voyager, découvrir ce foutu monde. Il est vachement intéressant quand on s’y intéresse un peu.

Tsubaki restait muette, mais son visage blanchit étrangement. Keira sourit, retrouvant la désinvolture du juunin qu’elle avait laissé filé deux mois plus tôt.

[Keira] – Je n’en doute pas, mais j’ai failli croire que vous ne reviendrez plus.

[Iki] – Et je suis revenu. Je vous ai donné ma parole, et je tiens toujours parole. Maintenant, sauf votre respect, j’aimerais vraiment savoir ce que je fais si tôt dans votre bureau – bureau que je connais déjà très bien et que je me serais passé de visiter à nouveau sans le plus grand mal.

Il tira sur sa cigarette et s’affala sur un siège juste en face du grand bureau de Keira. Des monticules de dossiers s’y entassaient dans une certaine organisation que seule la femme avait l’intention de comprendre. Tsubaki se taisait toujours, ne comprenant pas tellement le rôle qu’elle avait à jouer dans une joute verbale entre le shinobi et la dirigeante qui l’avait d’abord étonnée, puis qui lui parut soudainement particulièrement triviale à leurs yeux. Néanmoins, Keira n’était pas femme à qui l’on faisait de la répartie, elle n’était pas un fauteuil sur lequel on s’affaissait comme Iki s’était affaissait à l’instant. Elle préféra néanmoins rester droite, immobile, à l’endroit où elle s’était arrêtée en pénétrant dans la grande pièce, attendant le moment où elle aurait un rôle un jouer, le moment où Keira se tournerait vers elle et lui expliquerait l’intérêt de sa présence ici. L’intérêt de leur présence.

Keira avala une gorgée du thé qui fumait dans sa tasse et plia ses bras sur son abdomen. Elle jeta son regard puissant sur Iki qui ne réagit pas, encore gonflé par les rêves dans lesquels il évoluait quelques minutes auparavant.

[Keira] – Veuillez garder votre langue acide dans votre bouche jeune homme. Je ne fais jamais rentrer quelqu’un ici sans intérêt.

Elle lui adressa un sourire manipulateur parfaitement calculé.

[Keira] – Je ne pense pas vous avoir déjà ennuyé, Iki. Je ne pense pas vous être jamais moqué de vous, ni vous avoir utilisé comme Okugane vous avait utilisé. J’ai été honnête et franche avec vous et j’ai même pris le soin de m’intéresser au calvaire que vous avez subi pendant trois ans pour vous offrir un peu de repos et une récompense bien méritée.

Ses yeux se plissèrent. Chacun des mots qui sortaient de sa bouche était fermement lâchés, percutant le juunin un peu plus fort à chaque fois.

[Keira] – Vous avez énormément donné à Konoha alors que vous auriez pu partir loin et ne plus entendre parler de nous. Vous êtes un Lion, pas n’importe lequel qui plus est, et un puissant shinobi. Vous avez effectué des missions très loin de ces terres, mais vous êtes toujours revenu à Konoha, je sais tout cela, c’est moi-même qui vous l’ai rappelé, Iki Namikaze. Et en retour, je vous ai énormément donné. Konoha est ainsi, je suis ainsi, ce qui est bien fait mérite d’être récompensé. Mais cette conversation Iki, cette conversation, nous l’avons déjà eu.

Le juunin leva les yeux au ciel. Keira se leva soudainement.

[Keira] – Et il n’est plus question que nous l’ayons encore, est-ce clair ?

Iki inspira et soupira.

[Iki] – Ca l’est. Ca l’a toujours été.

[Keira] – Ce n’est pas l’impression que j’ai. Je pensais qu’après tout ça, vous auriez au moins eu la délicatesse de changer, d’évoluer un peu. Et vous savez ce qui arrive à ceux qui n’évoluent pas. Okugane en a fait les frais, beaucoup d’autres en ont souffert et je n’aurais aucun scrupule à vous faire subir les conséquences de votre comportement. J’aime les gens délicats, j’aime le travail bien fait et le respect. Vous faites bien votre boulot, faites en sorte que le reste soit dans mes cordes.

Elle se rassit, sans s’être véritablement énervé, parce que Keira ne s’énervait jamais. Elle avait toujours eu ce semblait de contrôle sur elle-même et sur la situation à laquelle elle était attachée. Rien ne transparaissait, sinon quelques gouttes de sueur qu’il était aisé de mettre sur le compte de la fatigue et d’une tension que la dirigeante accumulait au fil des jours. Il y avait tant de données à gérer dans une enceinte qui rayonnait comme rayonnait celle de Konoha qu’Iki n’avait jamais remis en question les compétences de Keira. Il n’avait voué une inestimable fidélité à Keira, il était là pour le village et pour ceux qui le peuplaient. Toutefois, il la respectait.

Iki avait simplement ce putain de masque qui recouvrait son visage et qu’il ne pouvait briser. Il était ainsi, et il y en avait beaucoup d’autres qui lui ressemblaient. Beaucoup d’autres qui réussissaient dans leur carrière, ou qui connaissaient le froid du monde ouvert et les joies désagréables de la désertion et de la traque, parce que leur orgueil n’était plus un défaut, mais une qualité.

[Keira] – Changez.

Iki baissa la tête. Son menton toucha le haut de son sternum, et sa cigarette fumait encore dans sa bouche. La fumée s’en échappait entre les mèches qui tombaient sur son visage.

Etrangement, c’était la première fois qu’il se faisait remonter les bretelles par Keira, ou par qui que ce soit de cette manière. Il savait, au fond, qu’elle avait raison, mais il savait également qu’il était ainsi et qu’il ne pouvait pas aller contre sa nature. Tant qu’elle ne lui faisait pas faire des erreurs, il s’en contentait, parce qu’il n’avait pas le choix. Iki s’était souvent remis en question, il avait maintes et maintes fois changer d’attitude, se demandant continuellement s’il était dans l’erreur, même si son comportement indiquait clairement un élément particulièrement confiant en lui, trop, parfois. Il se leva à son tour et se pencha sur le bureau, posé sur ses deux bras tendus.

[Iki] – Je vous ai toujours respecté, Keira-sama, même si vous ne recevrez jamais reçu de lettre d’amour de ma part. Mais s’il y a bien une chose que je peux vous certifier, je ne peux pas changer.

Sa cigarette tomba lentement sur le sol.

[Iki] – Alors vous ferez avec, ou vous ferez sans moi.

Iki écrasa le mégot encore incandescent du bout du pied avec une certaine pointe de colère et se retourna. Sans un regard pour Tsubaki qui n’avait toujours pas bougé ni émis la moindre objection, il se dirigea vers la porte.

Sa main se posa violemment sur la poignée froide. Il git grincer discrètement sa mâchoire, et ouvrit la porte.

[Keira] – Vous n’irez nulle part, Iki. Vous venez très officieusement d’intégrer la branche des traqueurs de déserteurs. Bienvenue chez les Oi-Nin de Konoha.

Iki referma immédiatement la porte et baissa les épaules, fatigué.
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MessageSujet: Re: Tout est dans le poignet   Lun 8 Mar - 21:41

[Iki] – Je ne suis pas bien sûr de tout comprendre.

Keira haussa les épaules, nonchalante. Elle fixa Tsubaki et lui adressa un sourire confiant qui visait très clairement à rassurer la jeune femme, tendue, crispée, quoi que tenant parfaitement bien son rôle de petite professeur talentueuse et sûre d’elle. Elle ne l’était pas, son chakra puait l’incompréhension dans toute la pièce.

Iki resta face à la porte qu’il venait de refermer pendant plusieurs secondes. Il s’y colla même, posant son front encore chaud de la nuit qu’il venait de passer, enlacé dans ses vêtements d’entraînement, l’épaisse couette et la dizaine de livres qui peuplaient le matelas de Tsubaki, et il écouta sa respiration fatiguée frapper le bois. Non, il n’était pas sûr de bien comprendre ce qui lui arrivait. Il sortait d’une engueulade monumentale, on aurait pu le destituer purement et simplement, elle aurait même pu lui faire payer plus durement ses propos et son attitude désinvolte et déplacée, mais Keira, c’était aussi ça. Une jolie surprise dans un joli œuf en chocolat avec écrit dessus : attention, glucose en force. Et elle parviendrait à le faire gober tout cru à un diabétique sans même qu’il ne mâche. Elle parviendrait même à lui faire prendre du plaisir à sucer la peau brune de la confiserie. Keira avait toujours une idée en tête, une foutue idée qu’elle aimait aborder seulement en fin de séance, après qu’elle ait joué avec sa petite souris expérimental, son diabétique faible et méprisable.

L’espace d’un instant, il se sentit très con.

[Iki] – J’imagine que ce n’est pas une proposition, lança-t-il finalement, sans se retourner.

[Keira] – Vous l’auriez refusée ?

[Iki] – Oui.

Elle ajouta un petit sourire poli et pleinement satisfait.

[Keira] – Alors non, ce n’est pas une proposition. Prenez cela comme une promotion. Certains donneraient toute leur vie pour pénétrer dans le milieu des chasseurs, milieu qu’ils n’intégreront jamais.

Lentement, elle se leva et se retourna face aux grandes vitres qui jalonnaient son bureau et qui donnaient sur une vue magnifique de l’ensemble du village. Iki se retourna enfin et posa une cigarette sur ses lèvres.

[Keira] – Tsubaki, pensez-vous que ce juunin soit capable d’assumer la fonction que je lui offre ?

Tsubaki prit un air surpris, cherchant durant une brève seconde les mots qui sonneraient bien dans sa bouche. Elle ne s’attendait pas particulièrement à cette conversation, elle ne s’attendait pas non plus à entrevoir le combat qui avait pris part dans le bureau entre la dirigeante et son partenaire du moment. Elle ne comprenait d’ailleurs encore moins pourquoi il fallait nécessairement que Keira donne ses raisons, qu’elle s’explique et ce qui la chagrinait bien plus que tout cela réunis, c’était ce qu’elle venait faire dans ce tableau apocalyptique.

Elle passa une main fatiguée sur son visage et s’avança d’un pas.

[Tsubaki] – Vous me demandez d’être juge, Keira-sama ?

Keira leva ses mains vers le ciel et continua de contempler le village.

[Keira] – Prenez votre rôle comme bon vous semblera, cela m’importe peu. J’aimerais simplement avoir votre point de vu sur l’individu qui est dans cette pièce et sur ses progrès de la semaine ?

Iki fit crisser son briquet et alluma sa cigarette. Il prit une posture détachée et s’avança aux côtés de Tsubaki, laissant transparaitre un semblant de réponses aux questions qu’il se posait et qui étaient nombreuses.

[Iki] – Comment êtes-vous au courant ?

Keira se sourit à elle-même, dévisageant son reflet dans la vitre.

[Keira] – Yasu Nakagawa, avant de partir en mission, vous a recommandé pour ce poste, et je sais à quel point elle est digne de confiance, et vous deux aussi, par la même occasion. Il va sans dire qu’elle m’a également fait part de votre intérêt pour les sceaux et que j’avoue que je vais bien largement dans ce sens. Vous êtes un Lion, Iki, un Lion puissant. Lors de votre dernière traversée de Shimenu, vous avez affronté quatre concurrents et vous les avez battus un à un, dont un certain Kane. Vous portez un numéro unique, le numéro neuf et ce numéro vous colle à la peau. Vous avez également réussi à pénétrer Suigara et vous en êtes ressortis vivants, vous avez collectés des informations, rencontrés des gens et la seule chose que vous ayez mis en danger, c’est vous-même, en vendant des informations de votre propre dossier. Alors que vous étiez à quelques pas d’eux, et qu’ils auraient pu vous tuer.

Elle racla sa gorge et continua.

[Keira] – Mieux, vous êtes revenu vivant et anonyme. Ce n’est pas une prouesse, mais je n’attendais pas cela de vous. Quant à votre comportement … sachez que s’il y a bien une chose que j’admire plus que toutes les autres, ce sont ceux qui se respectent eux-mêmes. Je n’ai pas besoin de chiens, je veux des loups.

Keira se retourna et s’appuya doucement contre le verre. Iki la rejoint, et posa son visage contre le mur invisible. Lentement, son regard se perdit dans les nombreux immeubles qui composaient le village, les jardins qui les entouraient, l’académie, qui pointait un peu plus au nord et les longues et infinies forêts qui découpaient le paysage. C’était pour tout cela qu’il était resté, pas pour une vieille mégère qui donnait à son intonation l’impression de déjà-vu perpétuel et cette espèce de grandeur qui lui collait tant à la peau.

Iki n’était pas bien sûr que révéler tout cela à Tsubaki était une bonne chose. Il lui faisait confiance, ce n’était pas vraiment un problème, mais il avait très vite appris que leur métier et dans ce monde plus généralement, moins en savait et mieux on se portait. Ce n’était pas nécessairement une raison pour n’absolument jamais chercher des problèmes, mais il ne lui semblait pas nécessaire que la chuunin soit au courant des faits et gestes de ces deux derniers mois. D’ailleurs, il ne releva qu’un peu plus tard qu’il n’avait finalement pas si bien fait son travail : dans le cas contraire, le Conseil n’aurait jamais été informé de son passage dans le sud, de ses activités, illégales et anonymes à Suigara et des informations qu’il avait vendues sur un certain juunin de Konoha qui n’était autre que lui-même.

Et puis, lentement il lui apparut que Yasu était une nouvelle fois la source de tous ces problèmes et qu’il devrait entretenir avec elle une conversation qu’il imaginait déjà désagréable. Parce qu’au fond, devenir Oi-nin n’était pas une si mauvaise chose, même si cela se révélait bien plus dangereux que tout ce qu’il avait pu entreprendre auparavant et qu’il ne l’avait jamais vraiment envisagé ainsi. Ils s’engueuleraient, elle lui ouvrirait les yeux, et il la remercierait du bout des lèvres, comme toujours.

[Tsubaki] – Iki s’est révélé être un partenaire sérieux et concentré. Sa méconnaissance des sceaux et du chakra plus particulièrement n’ont certes pas aidé, mais il me semble qu’il est un élément intelligent et qu’il a très vite intégré tout ce que j’ai été capable de lui enseigner.

Keira fronça les sourcils.

[Keira] – Concrètement ?

[Tsubaki] – Concrètement, sa maîtrise des Sceaux Gris de Communication est très bonne, assez puissante pour tenir être pleinement efficace. Je dirais que l’intérêt stratégique qu’il représente est, s’il est bien utilisé, très grand. Nous avons également planché sur quelques bases assez utiles en mission, avec un peu plus de difficulté toutefois.

Tsubaki inspira, et continua.

[Tsubaki] – Mais Iki possède un chakra très dense et particulièrement travaillé. Il n’est pas, et ne sera probablement jamais un adepte du Ninjutsu, mais je suis certaine que sa capacité à gérer ses sceaux et à apprendre de nouveau est très bonne. Vous pouvez compter sur ça … et sur mes compétences dans ce domaine.

Le juunin se remémora la semaine qu’il avait passé. Ils avaient commencés avec des petits travaux plutôt simples pour déboucher sur des techniques comme le tambour de guerre qui lui paraissaient déjà somptueuse. Il avait fait preuve à la fois d’émerveillement et de concentration en découvrant ce qu’était capable de produire un sceau, chose qu’il n’imaginait pas et dont il n’était pas encore en mesure de prendre conscience de toute la largeur de la chose. Tsubaki lui avait ensuite appris à développer Niki, ce qui avait été assez rapide finalement, puis un autre sceau qui recouvrait ses deux jambes de deux bandes noires qui bleuissaient lorsqu’il les activait. Et malgré le fort coup en énergie que cela lui avait couté sur le moment, Iki n’avait pas mis en doute les efforts de Tsubaki en termes de stratégie de combat. De toute façon, courir plus vite avait toujours été un rêve absolument fantastique. Ils avaient clos cette semaine sur le sceau indétectable, un petit pentacle juste derrière son épaule, qui améliorait ses capacités d’infiltration et de discrétion.

L’idée saugrenue qu’on l’aurait préparé à devenir Oi-nin lui traversa l’esprit, mais devant le visage tout aussi étonné voire outré de Tsubaki, Iki sourit intérieurement et l’oublia.

[Tsubaki] – Je ne pourrais pas vous dire si Iki sera ou non un bon Oi-nin, mais … je ne pense pas que vous prendrez énormément de risques en l’y intégrant.

Keira afficha un air satisfait que le jeune homme devina immédiatement. Il souffla la fumée de sa cigarette sur la vitre et sourit à peine.

[Keira] – Bien, c’est tout ce que je voulais savoir.

Keira se dirigea vers son bureau, ouvrit un des nombreux tiroirs et en sortit un masque qu’elle posa face visage sur le bureau afin d’en cacher l’imagine animale à Tsubaki ainsi que quelques papiers qu’elle projetait de signer un jour ou l’autre.

Du bout du doigt, elle poussa le masque vers Iki qui se retourna.

[Keira] – Voici votre masque et vos laissez-passer. Vous êtes Oi-nin et vous êtes libre. Faites bon usage de ma confiance.

Iki s’empara du masque.

[Iki] – Vous me faites chier avec votre discours barbant.

Il afficha un sourire satisfait et amusé.

[Iki] – Vous me faites chier, mais je vous aime bien. Vous aurez très vite de mes nouvelles.
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