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 [SR] - Les Derniers Rites

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MessageSujet: [SR] - Les Derniers Rites   Jeu 4 Mar - 23:36

Le visage de Karan paraissait si fou et arrogant, dans l’ombre de cette caverne, qu’il semblait être l’expression de quelque fresque fantaisiste.

Son long sabre était posé sur ses genoux et, tandis qu’il le tournait nerveusement entre ses mains, il éclairait de temps à autre le point de vue où ils se situaient. Las, Sechiro changea de place. La vision se flouta brusquement jusqu’à devenir illisible, Karan n’était plus qu’un point de blancheur dans un univers gris de ténèbres asphyxiantes, puis il réapparut plus lisse qu’auparavant, dans la même position. De temps à autre, une ligne brumeuse naissait de nulle part et disparaissait presque aussitôt, comme si leurs esprits la bannissaient de leur vision. Déchiffrer les souvenirs des morts était un exercice intéressant et instructif. Karan était aujourd’hui aussi froid et desséché que devait l’être les personnes qu’il avait laissé dans son sillage de mort et d’ambition, mais la réalité de ce qu’il avait vécu perdurait après lui. Les souvenirs… qu’il avait imprimé dans l’esprit de ceux qui l’ont côtoyé, aimé et haï.

Eichi concentra son esprit et le raffermit autour de celui, chaud et subtil, de Sechiro. Elle ne pouvait se permettre la moindre inattention. Cela faisait des mois maintenant qu’ils travaillaient sur la reconstitution de ces événements que Karan avait pris un soin méticuleux à dissimuler. Des mois d’efforts et peu de résultats - mais beaucoup d’enseignements.

Il se redressa de toute sa taille et rangea son arme à son flanc. La fumée des gravats pesait encore tout autour de lui. Une partie du temple s’était effondrée, sur lui et ce jeune imbécile de Kimimaro. Il ressentait si faiblement le chakra de ce dernier que son sort ne faisait plus l’ombre d’un doute ; encore quelques minutes et son agonie toucherait à son terme, et avec elle son règne sur Kumo. Les pensées de Karan jaillissaient avec confusion et clarté, comme s’il était incapable de les réprimer. Il était heureux de voir Kimimaro mourir, lui qui lui avait volé un siège qu’il estimait lui revenir de droit. Je suis le Haut Sénateur Heihachi, pensait-il, je le méritais plus que quiconque. Il y avait de la haine, dans son esprit, une haine corrosive que la plupart des êtres humains n’osaient pas ressentir. Une haine qui faisait tellement mal qu’on pouvait l’apparenter à de la pure folie. Lentement, il s’en repartit.

Sechiro le suivait tranquillement et sans effort, amenant avec lui Eichi. Karan était heureux du coup qu’il avait joué, et cela atténua un peu la vigueur de sa haine. Il était fier d’avoir pris le risque d’abandonner les écrits à Kumo. Le village le méritait bien ; mais il était simplement trop fort. Ah, la tête de Kimimaro quand il s’imaginait pouvoir repartir avec ce précieux, si précieux carnet ! De l’avidité. Un Raikage avide… Bien méprisable, bien méprisable. Il ne fallait pas perdre ce carnet. Il en allait de sa vie. Non, bien plus que cela. Bien plus. Ce carnet représentait sa plus grande action sur cette terre. Il avait pénétré des secrets qui devaient rester les siens. C’était les siens ! Il les avait gagnés. De la haine encore, mais à l’attention de Kikuria cette fois. Ce voleur, ce pillard, qui voulait s’approprier le fruit de son travail ! Le Haut Sénateur ne travaille pour personne. Un jour, il récupérera Kumo et le village sera le plus grand, le plus fier de tous ! Ce sera la nouvelle Iwa, un village au firmament et il régnerait sur cet empire.

Au firmament…

Il s’arrêta, la main sur son sabre. Lentement, il tourna à peine la tête, les yeux baissés et huma l’air.

[Karan] - Sors de l’ombre. Tu te dresses devant un homme que tu ne peux vaincre.

[ ? ] - Tu es bien sûr de toi, Karan.

Les paroles se brouillaient et l’image perdait en netteté avant de se rétablir faiblement. Ils arrivaient au terme de leurs efforts, et l’esprit de Sechiro s’évadait. Il n’était pas impossible que des erreurs se glissent dans cette recomposition, à partir du moment où l’homme voulait partir. Eichi posa son esprit sur le sien et lui demanda un peu de patience. L’étranger parlait. Son nom, il leur fallait son nom. Mais la vision devenait noire, ils ne distinguaient même plus les traits de Karan.

Eichi passa à l’action.

[Eichi] - Quelle est ton identité, étranger ?

L’homme marqua un temps d’arrêt. Quelques secondes plus tard, il secouait la tête.

[ ? ] - Cela ne s’est pas passé ainsi. Tu n’existes pas.

[Eichi] - J’existe si je décide d’exister. Cette vision nous appartient. Tu nous appartiens. Quelle est ton identité ?

[ ? ] - Vous avez une vision ? Intéressant.

Il désigna les lieux autour de lui.

[ ? ] - J’étais dans ce souterrain, en effet. Il y a quelques temps de cela maintenant. Karan… le voilà… presque invisible à présent.

Son attention revint sur Eichi. La femme s’était concrètement incarnée dans sa vision, elle respirait l’odeur de la caverne par ses narines, voyait par ses yeux et faisait bien face à cet étranger plus que jamais dissimulé dans les ténèbres.

[ ? ] - Je lui ai pris son bras alors. Et quelque chose de beaucoup plus important encore. Plus important que sa vie.

[Eichi] - Quelle est ton identité ?

[ ? ] - Je ne suis pas obligé de répondre. Trouve-la, si tu es si forte.

L’air se densifia jusqu’à le saturer complètement. La vision était traversée par des lignes de couleurs invraisemblables, des éclats rouges, jaunes et verts qui se manifestaient par intermittence alors que leurs esprits prenaient en force, dévoraient leur propre vision. L'étranger observait cela sérieusement, alors que Karan était dévoré par une immense tâche bleue.

[Eichi] - Tu maîtrises les illusions toi aussi. Tu sais que nous-sommes au-delà. Tu sais que nous allons découvrir ton nom, ta localisation, ton identité. Tu nous supplieras de te laisser en paix. Car tu nous appartiens.

L’étranger leva à peine la tête, trop peu pour qu’Eichi puisse discerner son visage. Un bref sourire traversa ses lèvres closes.

[ ? ] - Nous en rediscuterons à ce moment alors. J’ai à faire.

La vision s’interrompit totalement, et Sechiro enveloppa l’esprit d’Eichi avant qu’il ne se fasse mal.

***

La femme se redressa, le souffle coupé mais calme. Elle prit cinq secondes, puis exhala complètement. Sechiro était assis face à elle, les yeux ouverts et les mains posées sur les genoux. Il l’observait revenir à elle, comme à chaque fois, avec une indifférence qui aurait probablement pu être qualifiée de glaçante pour ceux qui ne savaient pas qui il était. Maintenir ces visions lui était infiniment plus aisé qu’à elle. C’était lui qui les créait, lui qui les maintenait. Elle ne faisait que l’accompagner, tandis que son formidable esprit ouvrait la voie avec une précision, une fermeté et une beauté exceptionnelles. Dans ces moments-là, Eichi n’était qu’une petite fille qui lui tenait la main.

Le reste du temps, c’était l’inverse. Aux yeux de ceux qui ne connaissaient pas Sechiro là aussi.

Eichi attrapa une gourde d’eau et la descendit d’une traite. L’étranger s’était échappé ou, plutôt, ils n’avaient pu le retenir plus longtemps. Peut-être aurait-elle dû se manifester plus tôt, mais c’était une épreuve qui l’épuisait mentalement et physiquement et qui lui demandait quelques jours pour récupérer sa pleine efficacité.

Et pour chasser ce gibier et découvrir la vérité sur ce carnet que tous convoitent, il fallait la pleine efficacité du couple Destinée. Mais ils ne pouvaient échouer.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Derniers Rites   Sam 6 Mar - 12:36

Eichi tenait doucement les mains de Sechiro dans les siennes. L’homme murmurait de façon inaudible et continue, parfois même ses lèvres s’agitaient sans qu’aucun son n’en sorte plus. Puis il reprenait normalement son flot de paroles silencieuses. Il se tenait bien droit, le regard dans le vague et si son visage ne manifestait aucune variation, Eichi savait voir au-delà.

Son discours était abscons pour les autres, mais chacun de ses mots donnait sens. Il avait un esprit authentique, il ne cherchait pas à s’exprimer, il exprimait simplement. C’était là où la pensée des autres s’arrêtait, à partir du moment où ils cherchaient la signifiance alors que les paroles sont déjà le sens qu’ils cherchent. Comme de la musique.

[Sechiro] - Pense-t-Il, être à mesure, des mesures, d’une route sans voie ?

Il secouait la tête avec détermination.

[Sechiro] - Non, dit-Il, non, que les façades d’un miroir de sol et de papier…

Eichi ferma les yeux et sa conscience effleura celle de Sechiro. Il était magnifique alors, son esprit envoyait de puissantes charges chaotiques tout autour de lui sans que rien ni personne ne puisse se dresser face à elles. Camaïeu de couleurs troubles, c’était un spectacle que la femme pouvait contempler des heures durant sans se lasser. S’approcher d’un tel esprit, essayer de le pénétrer par quelque moyen que ce soit, aurait été une entreprise dangereuse pour quiconque d’autre qu’elle. Mais Sechiro ne pouvait pas la blesser, il la laissait passer et les charges passaient à côté d’elle sans la toucher, tandis que son esprit venait l’embrasser doucement.

Peu à peu, leurs esprits se calèrent l’un sur l’autre et les visions erratiques et brumeuses de Sechiro se propagèrent dans sa propre tête. Les images étaient floues, parfois d’une noirceur qui donnait le vertige, d’autres fois si lisses qu’elles en devenaient illisibles. Elle aperçut des membres de leur organisation, qui disparaissaient dans les ténèbres presque aussitôt. La voix de Sechiro lui parvenait toujours, à un autre point de sa conscience.

[Sechiro] - Pense-t-Il, la chaleur du ciel, pense-t-Il, la main de sucre.

Puis Sechiro trouva ce qu’il cherchait. C’était un petit carnet, qui se détachait nettement de l’obscurité de leurs esprits. L’intense clarté qui émanait de celui de Sechiro l’éclaira de loin, puis se rapprocha et l’entoura totalement. Ils tendirent leurs consciences vers ce cahier et Eichi sentit le livre pénétrer sa poitrine et la traverser de part en part. Sans s’en apercevoir, elle serra plus fort les mains de Sechiro qui continuait à murmurer trop bas pour qu’elle distingue des mots.

Ce n’était pas un cahier qu’elle avait déjà vu à travers ses propres yeux, mais l’esprit de Sechiro revenait dessus de temps à autre et toutes leurs recherches étaient axées autour de lui. Eichi ordonna ses pensées, de sorte à ce que seul le livre soit visible. Sechiro y arrivait naturellement, mais cela lui demandait à elle un petit effort supplémentaire. Deux images successives jaillirent. La première, un homme de haute stature, drapé d’un lourd manteau, qui cheminait dans un désert ; l’étranger de la vision de la dernière fois. A ses côtés, une silhouette indéfinie mais de grande puissance. Sechiro s’approcha très près, si près qu’Eichi pouvait observer le grain de peau du voyageur, les gouttes de sueur suspendues às son front, son regard déterminé et sombre.

[Sechiro] - Pense-t-Il, du nom des voyages, de la mer et de la main ?

La seconde image qui remplaça celle-ci brusquement était celle d’un homme aux cheveux blancs, qui baignait dans une mare de sang. Il avait perdu son bras droit et du sang s’en écoulait régulièrement. Il contemplait un point droit devant lui d’un regard haineux, sans prêter attention à ses blessures. Cette haine… Eichi l’aurait reconnue n’importe où et pourtant elle n’avait là non plus jamais rencontré Karan directement. Les dents serrées, ses pensées fusaient avec véhémence. Il voyait le petit carnet précédent, ainsi que le voyageur du désert, il revoyait son bras tomber et des bribes de ses combats. Mais au-dessus de tout cela, se dressait une peur abominable, un effroi terrible qui dépassait jusqu’à la haine de l’homme. Il essayait de chasser la vision de deux yeux rougeoyants, qu’il n’était pas possible de confondre avec ceux de quelqu’un d’autre après les avoir contemplé ; Kikuria.

Leurs esprits remontèrent plus loin. Sechiro progressait avec facilité et il guidait Eichi avec une douce fermeté, dont il ne se rendait pas même compte.

Karan se tenait face au maître d’Asahi. Il lui tendait le petit carnet que le voyageur lui avait volé. Kikuria s’en saisit et le parcourut rapidement, avant de le laisser de côté. Son regard contenait celui de Karan et la tension était palpable, même de là où ils étaient. Le général soutenait l’épreuve avec tranquillité, mais les pensées qui s’échappaient laissaient entrevoir une peur farouche.

[Sechiro] - Pense-t-Il, s’il savait ? Que le mensonge d’une vie ne vaut que l’oiseau d’une lumière, de l’obscurité sans étoiles et du fond.

Il mentait à Kikuria. Il lui donnait le mauvais carnet. Pourquoi prendrait-il ce risque ? Eichi interrompit d’elle-même ses pensées pour ne pas obstruer le champ de Sechiro. Il ne devait pas se concentrer sur cette réponse ; elle n’importait pas le moins du monde.

Kikuria se leva et s’arrêta à côté de Karan. Ils ne se regardaient pas. Les pensées de Kikuria n’étaient pas accessibles, elles étaient enfermées en lui et Sechiro ne semblait pas y prêter attention de toute façon.

[Kikuria] - C’est du bon travail, Karan.

La vision s’arrêta sèchement et Eichi se tenait dans une salle obscure, face à Sechiro qui avait totalement cessé de murmurer à présent et qui l’observait d’un œil placide. Ses genoux lui faisaient mal, mais elle ne se remit pas debout pour autant. Un léger vertige la prit, mais se volatilisa presque aussitôt.

[Eichi] - Karan a menti à Kikuria.

Sechiro conserva la même expression, indifférente et sérieuse.

[Eichi] - Il lui a donné le mauvais carnet et a conservé le vrai. Puis il se l’est fait volé par le voyageur du désert...

[Sechiro] - Pense-t-il, le toit du nom, la réalité mangée par les vers.

[Eichi] - Il y a perdu son bras et le carnet. Et quand est venue l’heure d’affronter son mensonge, il s’est dirigé à Kumo pour essayer de s’assurer que le carnet ne se trouvait pas dans les quartiers du Raikage. Mais au fond de lui, il savait que c’était l’étranger qui avait mis la main dessus.

Kikuria devait être mis au courant.

[Eichi] - Sechiro. Nous voulons le nom de cet étranger.

[Sechiro] - Pense-t-il, la mort des cœurs, le sable des draps car le temps d’une épée.

Eichi attrapa les mains de Sechiro. Elle était encore un peu faible, mais ce n’était rien. Immédiatement, leur environnement se teinta d’une nuance violacée qui devint peu à peu d’un rose prononcé. Sechiro avait les yeux ouverts ; il cherchait. La femme ferma les siens et cala son esprit sur le sien, alors qu’il lançait des charges de pensées tout autour de lui. Comme à son habitude, il l’accueillit et se referma sur elle et ensemble, ils cherchèrent. Des milliers de visages défilaient, des milliers de vies traversaient leur vue et disparaissaient dans les ténèbres qui les avait vu naître.

La vision les engloba brusquement. Ils étaient dans le même temple que quelques jours plutôt, là où le Raikage avait perdu la vie, où Karan avait perdu son bras et le carnet. L’étranger était là. Il discutait avec des shinobi de Kumo, à en juger par leurs bandeaux. La vision était incroyablement claire ; ce souvenir était partagé par plus d’une personne vivante et il était vivace en leurs cœurs. Quelque chose d’important s’était passé ici, mais les mots de l’étranger étaient sans intérêt.

Il tendit le carnet aux Kuméens. L’esprit d’Eichi se contracta. Karan avait-il raison d’avoir cherché le carnet à Kumo, d’y être retourné pour y perdre la vie ? Se trouvait-il là-bas en définitive ? Elle conduisit l’esprit de Sechiro près de celui de l’étranger, et l’homme tâtonna à petits coups de griffes avant de se fixer. Les pensées de l’étranger étaient bien dissimulées en lui, il ne laissait rien dépasser, mais Sechiro s’éleva, gigantesque et terrible, et son essence empli la totalité de la vision. Les murs se teintèrent de rose et même la couleur des personnes présentes se modifia, tandis que l’empire de son esprit se structurait sur celui de l’étranger.

Les pensées, rares et fugaces, saillaient. Eichi les attrapa à la volée.

Kokujin trompait Kumo. Il était engagé par Kakumei pour le faire. Kakumei envisageait, plus tard, d’acheter Kumo. Il savait tout cela d’une façon précise, organisée, et il se disait que ses buts valaient bien le sacrifice de ce village. Il n’y avait pas d’affect dans sa décision, seulement ce but indéterminé. Il trahissait Kumo en lui donnant un faux carnet, tandis que le vrai reposait toujours dans les plis de son manteau. L’étranger avait prévu cela avant de partir en mission. Ce n’était que l’aboutissement de la première partie de ses buts.

Intelligent.

Eichi s’incarna à nouveau, soutenue par un Sechiro au sommet de sa puissance. Elle détruisit d’une simple pensée les Kuméens qui restaient, et demeura seule avec l’étranger qui mit encore une fois plusieurs secondes à réaliser ce qui lui arrivait.

[ ? ] - Vous encore.

Sa voix était tranquille, il ne faisait que constater une réalité. Sechiro ne perdit pas de temps et investit aussitôt son esprit. D’une main invisible, il retenait fermement l’étranger, de l’autre il fouillait son esprit sans aucune considération. Eichi ne parvenait pas à partager ses découvertes, assaillie par le déchaînement de puissance étouffé de l’étranger. Il se débattait, bien que sa vision demeure immobile et muette, il se débattait de toute son âme.

[Eichi] - Ton identité est importante, humain. Quand on choisit de s’immiscer sur la route du destin, il faut être prêt à être impliqué dans des choses qui nous dépassent. Tu aurais dû te préparer à nous trouver. Nous sommes Destinée. Tu nous appartiens.

[ ? ] - Je n’appartiens à personne. Je suis Kokujin, l’Homme Noir. Si vous voulez ce carnet, il faudra venir le chercher sur mon corps mort. Et ce ne sera pas évident, Eichi.

[Eichi] - Nous te trouverons.

[Kokujin] - Je ne me cacherai pas.

Ils se retirèrent brusquement. Eichi se passa une main sur le front. Quelques petites gouttes se collèrent à ses doigts. La voix sourde de Sechiro s’éleva, semblable à un murmure.

[Sechiro] - Pense-t-il, le toit du nom, la réalité mangée par les vers…

MessageSujet: Re: [SR] - Les Derniers Rites   Dim 7 Mar - 15:04

La colère de Kikuria se manifesta par des signes subtils.

Eichi avait compris que cet homme n’était pas réellement un homme de colère, ni de haine, contrairement à ce qu’elle avait pu voir de Karan. Il y avait une vérité au-dessus de cela, une vérité qui lui échappait encore et à laquelle Sechiro ne s’intéressait pas. Il se tenait à côté d’elle, droit et muet, comme à son habitude.

[Kikuria] - Kokujin… C’est le nom de la lame cachée de Kakumei, qui se tapissait dans les ténèbres, persuadé que je ne l’avais pas remarqué. Il s’imaginait me tuer à Iwa. Une pensée bien présomptueuse.

L’homme observait un point fixe par terre, assis sur des marches de pierres. Cela faisait plusieurs mois maintenant qu’il leur avait demandé de se pencher sur ces actions du passé. Ils avaient remonté le fil des événements progressivement, sans hâte, au rythme de Sechiro. Après tout ce temps passé à observer des souvenirs qui ne leur appartenaient pas, ils disposaient d’une bonne connaissance des évolutions de la situation. Chacune des actions des acteurs de ce spectacle s’était imbriquée harmonieusement pour former un tout lisible et clair.

Depuis le début de cette histoire, Kokujin était engagé aux côtés de Kakumei. Il avait été payé, cher certainement, pour retrouver la trace de Karan. D’une façon ou d’une autre, Kakumei savait que Karan avait travaillé sur un projet secret, celui qui avait été rapportée dans le carnet. Kikuria leva la tête et les fixa.

[Kikuria] - Je pensais que Karan était un lâche. C’était une erreur d’estimer qu’il n’oserait pas me trahir. C’était un faible. Son carnet m’est très important.

Il se redressa et marcha d’un pas lent dans la salle. Le bruit qu’il faisait se répercutait doucement dans la pièce vide.

[Kikuria] - Avez-vous amassé suffisamment de souvenirs pour pouvoir retracer le contenu du carnet ?

Eichi secoua la tête.

[Eichi] - Non. Ce n’est pas possible.

Kikuria n’ajouta rien et Eichi s’en retourna, suivie par Sechiro. Le chef d’Asahi leva les yeux en direction du plafond uniforme. Cette détestable coloration verte, partout dans cette caverne… ils allaient bientôt devoir se mettre en mouvement. Kakumei allait essayer de les retrouver ; et il y arriverait.

Mais il n’aimera pas ce qu’ils déterrera.

***

Le tour qu’avaient pris les événements n’était pas en sa faveur.

Si le carnet dont il disposait était un faux, alors il ne lui servait à rien. Malgré ses nombreuses défaillances, Karan était un homme de haute intelligence et Kikuria savait bien qu’il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même ; c’était folie de confier un travail d’une importance aussi capitale à un lâche.

Ce carnet était la clef de tous leurs efforts.

Rassembler la Main de Dieu ne signifiait rien sans lui. La Main de Dieu était la serrure, le carnet en était la clef. Karan avait été chargé, des années plus tôt, de trouver le moyen de reformer Kaminote, la Main de Dieu. Composée des reliques hérités du temps des samouraïs et depuis laissées à la garde des Villages Cachés shinobi qui les avaient remplacés, Kaminote était un objet de grande puissance. Cela lui a valu d’être séparé et donné à des villages guerriers, qui ne pourraient se résigner à les abandonner au premier venu. Mais prises séparément, les reliques n’étaient que des pièces sans intérêt. Il n’y avait aucun moyen, Kikuria s’en était assuré, de les assembler par le chakra. Il avait découvert, dans de vieux ouvrages au nord du monde, qu’il fallait pénétrer dans un autre monde afin d’y assembler la main ; le monde d’Yr. Mais la façon dont on pouvait accéder à ce monde demeurait un mystère complet.

Karan avait trouvé la solution et il lui avait proposé une version qui paraissait cohérente. Il savait que Kikuria ne pourrait la tester tant qu’il n’aurait pas récupéré la totalité des reliques, aussi cela lui laissait le temps de mettre sur pied sa trahison. Un jeu dangereux, car tôt ou tard il aurait fini par se trahir lui-même. La puanteur de son ambition ne pouvait être cachée derrière un sourire sournois.

Mais ils avaient progressé. Beaucoup. Kokujin disposait du carnet et il ne s’en séparerait pas, même pour le cacher. La solution était alors infiniment simple ; retrouver Kokujin, l’abattre, récupérer le carnet. Cela avant que ce démon de Kakumei ne s’éveille. Ils allaient riposter bientôt, suite à leur déconvenue à Konoha. Asahi devrait alors résister au choc, et frapper de toute la force de son bras pour le jeter à terre. Ce n’était pas impossible. Rien ne leur était impossible. Trop de choses étaient dans la balance pour que leur échec soit envisageable. C’était plus qu’une lutte d’influence stupide, plus que ce que pouvaient imaginer ces Villages Cachés sclérosés… C’était la guerre qui déciderait du visage du monde pour les cent, les mille prochaines années.

Une guerre qu’il était inadmissible de perdre.

Les pas étonnamment pesant et légers de Shin se firent entendre, alors qu’il remontait le couloir. Kikuria redressa la tête pour l’observer arriver. Le colosse Sunéen déboucha de l’ombre et remonta le hall rocailleux jusqu’à lui. Il parla d’une voix forte et ferme.

[Shin] - Suna a été attaqué.

Comme Kikuria ne réagissait pas, il poursuivit.

[Shin] - Deux hommes ont forcé l’entrée. Je ne sais pas exactement ce qu’ils sont devenus ou ce qu’ils projetaient de faire, mais il s’agit de Kokujin et de Zakeru, sans aucun doute possible.

Cette fois-ci, les yeux de Kikuria brillèrent d’une lueur d’intérêt sinistre. Il se leva et descendit la marche, retira son gant droit et frotta le sceau qui reposait au creux de sa main. Le couple Destinée apparut quelques secondes plus tard, suivi par Toguro et Hisatomi, puis Misa qui venait de toute évidence de se réveiller. Trois de ses équipes.

[Kikuria] - Kokujin est à Suna, accompagné de Zakeru. Retrouvez Kokujin. Rapportez-moi le carnet qu’il porte sur lui, tuez-le. Vous serez sous l’autorité de Misa.

Ses yeux se rétrécirent tandis qu’il remettait son gant en place.

[Kikuria] - Quant à moi, je dois rendre visite à ce vieil ami. Il a des choses qui m’appartiennent et il aurait certainement mieux fait de rester terré dans le sable. Mais il sera heureux de me revoir.

Oui… Zakeru a tellement de chose à me dire qu’il serait dommage qu’il meure avant. Il adressa un signe de tête sec à ses troupes, qui se dispersèrent aussitôt, le laissant seul. Kikuria ferma les yeux. Les battements de son cœur se répercutaient dans tout son corps. Cette excitation… cela faisait des mois qu’il n’en avait pas ressentis de pareille. La sensation d’avoir les doigts sur son objectif, les doigts sur la détente qui dynamiterait Kakumei.

Zakeru ; les reliques. Kokujin ; le carnet.

Le carnet ; Kaminote.

***

Kanda posa son katana sur la table.

Il avait vérifié deux fois que les lieux étaient ce qu’ils prétendaient être avant de permettre à ses hommes d’y entrer. Il n’était pas impossible qu’ils soient traqués ; improbable, mais pas impossible. Kanda ne prêtait qu’une confiance mesurée à Kakumei. L’organisation n’avait aucun intérêt à le mettre hors course, surtout au moment où s’annonçait une guerre sanglante où elle aurait besoin de compter sur ses généraux. Mais elle pouvait très bien les faire suivre par un autre laquais avant de s’assurer qu’ils se conformaient à leurs volontés. Et si ce laquais se faisait attraper par leurs ennemis, c’était eux qui étaient en danger.

Mais le Cygne Noir ne risquait pas grand-chose, en effet. Kanda corrigea sa pensée ; il ne risquait pas grand-chose parce qu’ils prenaient leurs précautions et qu’ils avaient survécu à des situations pareilles alors qu’ils étaient plus faibles qu’aujourd’hui.

Shuhei Kanade, l’ombre noire, alla s’asseoir à la fenêtre. Il posa son arme sur le rebord mais ne fit aucun geste pour retirer les bandeaux qui recouvraient son visage. Shinzei, la femme qui avait vaincu tout un pays en réveillant l’activité sismique du Pays de la Terre, s’assit en tailleur et ferma les yeux pour les reposer. Cela faisait longtemps qu’ils marchaient, et ils n’avaient pas fait beaucoup d’arrêts. La traque dans laquelle ils s’étaient lancés requérait toute leur énergie et peut-être qu’ils n’en sortiraient pas plus puissants qu’ils y étaient entrés. Mais ils en sortiraient victorieux, car cela ne pouvait être autrement. Enfin, la femme aux pulsions meurtrières maîtrisées le rejoignit à la table.

Elle était plus jolie qu’il ne l’avait remarqué au premier regard. Petite, ses cheveux lisses et noirs lui arrivaient aux épaules, tandis que ses yeux foncés se faisaient tour à tour fermes et fuyants. Ils avaient un peu discuté sur le chemin ; elle disait s’appeler Nishi et n’était pas encline à parler de son passé. Cela convenait à Kanda, il n’avait pas besoin de savoir.

[Nishi] - Est-ce que tu as déjà rencontré Kikuria ?

[Kanda] - Non.

[Nishi] - Moi si. Deux fois. A Ame, quand il était adolescent. Puis quelques temps avant son attaque sur Konoha. Il est impressionnant. Même quand il était adolescent.

[Kanda] - Curieux que tu ne l’aies pas tué.

[Nishi] - C’est compliqué.

Kanda sortit le katana de son fourreau d’un geste fulgurant. Shinzei rouvrit les yeux aussitôt pour le dévisager, Kanade avait rattrapé son arme sans même que Kanda ne le remarque. Nishi, elle, n’avait absolument pas bougé.

L’homme eut un léger grognement presque inaudible.

[Kanda] - Tu n’as pas le droit de tuer.

Nishi eut un sourire désabusé.

[Nishi] - Bien vu.

Kanda acquiesça.

[Kanda] - Intéressant.

Ils furent interrompus par un très léger grésillement, mais tous avaient cessé ce qu’ils étaient en train de faire. Kanda mit la main à l’intérieur de sa veste et en sortit un petit objet cubique, qu’il referma dans sa paume et serra fermement. Kanade se leva, mais resta là où il était.

C’était Kakumei qui les contactait. L’un des Treize.

Kanda rangea le cube dans sa veste et reposa la main sur son arme.

[Kanda] - Nous allons à Suna. Kokujin y a été repéré. Il a jugé bon de ne jamais venir rendre compte de sa mission à Kakumei.

Son regard trouva celui de Nishi.

[Kanda] - Il aura peut-être des informations sur Asahi et autrement, cela fera toujours un salopard de moins en vie.

Cela vaut aussi si l’un de nous meurt, par ailleurs.
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