Partagez | 
 

 La Force d'un Seul

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: La Force d'un Seul   Sam 6 Mar - 0:14

But if thou live, remember'd not to be,
Die single and thine image dies with thee.

Le temps avait beau passer, Hakame voyait toujours ce visage quand il fermait les yeux.

C’était deux jours avant que Kade Kasen ne quitte le village et soit officiellement associé aux déserteurs de kiri. Ils s’étaient croisés au tournant d’un couloir de l’Académie et s’étaient dévisagés pendant un peu moins d’une seconde. Hakame avait senti que quelque chose chez Kade n’était pas si souple qu’à l’ordinaire, il n’avait pas ce masque de suffisance sur son visage et il devait se le reprocher intérieurement. Mais il avait sourit et avait haussé les épaules l’air de dire que pour une fois, il ferait comme s’il acceptait de lui montrer son vrai visage.

Hakame avait été fortement ému par ce geste d’amitié tacite. Ils avaient échangé quelques mots et à travers eux, le jounin ressentait toute la singularité de Kade. Ils s’étaient fréquentés quotidiennement pendant des années et bien que Kade ait quelques années de plus que lui, ils s’étaient brièvement retrouvés dans deux équipes de genin opposées. C’était curieux, mais Hakame l’avait toujours considéré comme un ami, même s’ils ne se parlaient pas pendant plusieurs mois parfois et qu’il était probable que Kade ne le voit pas de la même manière. Bien sûr, peu à peu, les agissements de Kade transpirèrent. Ses liens avec le Lotus Pourpre, ses actions terroristes au sein même du village… ses pensées nationalistes nauséabondes… Son extrémisme et la violence de ses propos… Tout cela. Mais Hakame continuait à l’estimer, sans même se dire à l’époque qu’il y avait une autre vérité à propos de lui. Il l’acceptait comme il était, avec ces aspects imbéciles qu’il ne partageait pas mais sur lesquels ils ne revenaient jamais.

Quelle amitié…

Mais ce visage, quel formidable choc. Tendu, soucieux, beau et mélancolique, tous ces sentiments en quelques traits, des sentiments que Kade n’avait jamais témoigné au quotidien.

Kade - J’aimerais que mes filles te connaissent. Tu es quelqu’un de bien.

Hakame - Tu as des filles ?

Il eut un geste vague.

Kade - Au loin. Je ne veux pas que Kiri les touche.

Je ne veux pas qu’elles souffrent à cause de moi.

Kade - Mais si elles te connaissaient, cela voudrait dire que ce sont des membres de Kiri.

Hakame sourit, incertain.

Hakame - Et tu ne le souhaites pas ?

Kade - Je ne sais pas si je suis un bon père. Si je l’étais, je ne pense pas que je resterai ici. Mais est-ce qu’un père peut souhaiter un travail mortel à ses filles ? Je ne le crois pas.

Hakame - Tu as raison. Prends soin d’elles, alors.

Ils se serrèrent la main plus longuement que d’ordinaire. Kade lui posa sa main libre sur l’épaule et la lui pressa brièvement en se rapprochant d’un pas.

Kade - Ce n’est pas facile, de vivre comme ça, hein…

Hakame - Comment ?

Kade - Comme des bêtes effrayées. Quand je vois ces gosses qui se plaignent de ne pas être aussi forts que nous… je les envie tellement. J’aimerais leur dire qu’au moins, ils n’auront jamais de choix à faire. De choix desquels tout dépend, tu sais.

Hakame - Qu’est-ce qu’il se passe Kade ?

Kade s’était redressé et avait lâché sa main. Il sourit puis une porte s’ouvrit et le couloir se remplit d’étudiants.

Kade - Je crois que je vais enfin vivre pour de vrai. J’espère juste que cela durera. Au revoir, Hakame. Tu es quelqu’un de bien.

En une seconde, il s’était recomposé le visage qu’Hakame lui connaissait si bien. Son regard abritait une suffisance agaçante et une ironie mordante. Il le détourna et s’éloigna. Hakame était resté longtemps dans ce couloir, immobile, les yeux dans le vague. Il s’était dit que tout ce qui composait cet homme, un homme qu’il croyait connaître, n’était qu’un vaste écran de fumée mais qu’il ne s’était pas perdu en route. Que le masque n’était pas devenu le visage… Mais pourquoi se dissimuler ? Pour se protéger de la haine ? Mais pourquoi continuer dans ce cas ?

Ces questions, Hakame se promit de les poser quand il en sentirait la force. Il n’en eut toutefois jamais l’occasion, car Kade quitta le village deux jours plus tard pour ne jamais y revenir.

Comme un vaste écran de fumée.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Jeu 11 Mar - 19:46

I - Cinq Décembre

C’est en voyant sa photo que tout avait changé pour lui.

Ces mines réjouies, autour de Kade, ces filles qui le regardaient avec amour… et Kade, si détendu, si aimant à son tour. Hakame n’y aurait pas cru, de la même façon que les autres ninjas présents, s’il n’avait pas vu ce visage de Kade. Cela faisait un an qu’il avait déserté kiri et un an qu’ils s’étaient croisés dans ce couloir et que le masque avait été posé à terre. Cela ne devait pas être possible, pour tous les kiréens, de se dire que le visage de Kade qu’ils avaient connu pendant des années n’était pas le vrai. A leurs yeux, c’était ce visage aimant qui représentait le vrai masque. Une formidable erreur contre laquelle il n’y avait rien à faire.

Plus encore que cette vérité, c’était le fait que sur ces quatre personnes, une seule avait survécue. La petite Haya Sasaki. Ils ne connaissaient son nom que grâce aux marques odieuses sur son dos. Personne dans le premier groupe, chargé d’évacuer les corps et de secourir la jeune fille survivante, ni dans le deuxième d’Ushimata, chargé de récupérer ce qui pouvait être utile à l’enquête préliminaire, ou dans le sien propre ne savait que Kade avait une femme et des filles. Sans doute que certaines personnes haut placées dans kiri étaient dans le secret.

Alors il n’avait pas réellement le choix. Il lui fallait protéger cette petite, prendre soin d’elle, la recueillir. Kade lui en voudrait certainement s’il savait où elle allait. Dans l’antre du mal, apprendre à tuer, à se transformer lentement et progressivement en monstre. La gigantesque entreprise tératogène que représente kiri. Haya n’aurait ni père ni famille pour se guider, mais elle l’aurait lui. Hakame ne comptait pas la laisser seule. Parce que Kade lui en voudrait beaucoup plus de l’abandonner alors qu’elle avait besoin de lui et de son amitié.

L’ensemble de cette opération a été très minutieusement chronométrée par le mizukage, Shinji Azechi. Il ne fallait pas faire le moindre faux pas, parce qu’ils savaient tous marcher en terrain miner. Quelqu’un avait massacré la famille de Kade Kasen, déserteur de kiri, et ce n’était pas quelqu’un de kiri. Les oinin sont sans aucun doute des êtres dépourvus de pitié, mais ils pousseraient rarement le vice à tuer toute personne affiliée à leur cible. Et ce n’était absolument pas leur mode opératoire. Plus encore, Shinji aurait été mis au courant et aurait dû donner son aval pour une telle monstruosité.

Par hasard, Hakame s’est retrouvé impliqué dans cette histoire. Il se souvient avec horreur de cette nuit, à mesure que les rapports lui parvenaient et que petit à petit il se disait : mais merde, c’est de Kade dont il s’agit. Cette soirée était définitivement vissée dans son esprit et le choc glacé en voyant les retranscriptions, le massacre, la fille à qui on apportait les premiers soins…

C’était la nuit du cinq décembre.

Hakame attendait assis sur les marches de l’académie les membres de son équipe. La nuit était tombée encore plus vite que la veille, semblait-il, et ces journées trop courtes l’agaçaient comme chaque année. Il était de service, ce soir là, et il s’attendait à retrouver avec un plaisir relatif ses rapports en cours de rédaction et les bilans de progression de son équipe de genin. Mais, se disait-il, il aurait au moins ses amis avec lui pour passer la soirée.

Ils arrivèrent en même temps, Tsuna et Ona. Hakame se leva et s’épousseta les genoux avant de serrer chacun de ses amis dans ses bras.

Tsuna - Désolée, on ne trouvait plus un dossier.

Hakame - Aucun problème. Allons-y.

Ils quittèrent l’académie et s’enfoncèrent dans les rues peu éclairées du village. Le vent s’était levé. Hakame se souvenait de tout, il y avait dans l’air ce sentiment d’inoubliable, une impression volatile qu’il ressentait en marchant. Il se demandait pourquoi il se souviendrait de cette soirée dix ans plus tard, mais il savait qu’il s’en souviendrait. Et par la suite, il sut pourquoi. En arrivant dans leur bureau, une annexe d’un bâtiment jouxtant le quartier politique, Hakame alluma la lumière et s’étira. Une solide soirée en perspective et un travail qui, s’il n’était pas toujours passionnant, était capital pour son équipe.

Hakame - Qu’est-ce que vous avez à faire vous ?

Ona - Une évaluation de potentiel sur un autre chuunin et quelques petites choses à terminer.

Tsuna - Juste des rapports d’équipes, mais je ne trouve pas grand-chose de plus à en dire.

Ils s’attablèrent selon leur habitude, tout autour de l’unique table carrée qui trônait au centre de la pièce. Hakame se tourna sur lui-même pour ouvrir la fenêtre et cela dura peut-être deux heures. Bien après minuit, on frappa durement à leur porte. Hakame l’ouvrit et haussa intérieurement les sourcils. Deux anbu l’observaient sur le pas de la porte et lui indiquèrent du chef de sortir et de fermer la porte derrière lui. Hakame s’exécuta et ils restèrent tous les trois, dans le couloir. Un homme au visage de belette acquiesça.

Anbu - Un rapport de Shinji sama à votre attention.

Hakame - Il se passe quelque chose de grave ?

Anbu - En effet. Rien de dangereux toutefois.

Hakame ne les quitta pas du regard tandis qu’il dépliait la lettre. Il la parcourut rapidement une première fois, puis une seconde sans bien en saisir le sens.

Massacre rapporté au sud d’Uke. Village sous autorité Kajima. Famille encore à préciser. Potentiels ninjas. Potentiel dossier sensible. Equipe de relai nécessaire.

Anbu - Pouvez-vous vous en charger ?

Hakame - Bien sûr. Nous sommes trois. Je peux les mettre au courant ?

Anbu - Cela ne me paraît pas poser de problèmes. Il se peut que ce dossier soit sensible, vous savez ce qu’il en est.

Hakame hocha la tête. Ils ne pourraient pas en parler à qui que ce soit d’autre. Ce n’était pas réellement un risque.

Anbu - Parfait. Nous reviendrons pour assurer les relais.

Les anbu disparurent brusquement. Hakame rentra et transmit la missive à ses collègues. Rapidement, ils firent le vide autour d’eux. Tsuna partit dehors pour aller récupérer des papiers spécifiques sur le village où résidait le vieux Kajima, retiré depuis quelques temps maintenant des affaires des ninjas. Pourquoi Shinji l’évoquait-il ? Pourquoi parler d’autorité, si Kajima était à la retraite ? Surveillait-il quelqu’un ? Protégeait-il quelqu’un ? Avait-il failli ? Etait-il mort ? Ona et lui évoquèrent en vain toutes ses questions jusqu’au retour de Tsuna.

Il n’y eut rien de solide tout d’abord, mais à mesure qu’il cherchait, Hakame ressentait une sourde angoisse croître en lui. Il lançait des coups d’œil à Tsuna qui retraçait studieusement les états de Kajima. Il était retiré dans un petit village du nom de Mako. Au sud d’ici. Pas très loin. Les équipes ninjas n’avaient pas dû mettre longtemps à se déployer. Il n’y avait rien d’autre concernant Kajima, rien qui permette de discerner quoi que ce soit.

Tsuna - Si c’est lui qui avait été attaqué, Shinji l’aurait précisé tout de suite.

Hakame - Il évoque également un massacre, peut-être est-ce tout le village et non une famille précise qui a été impliquée ?

Ona - Il a écrit famille au singulier. Je pense qu’il y avait une cible très précise, que Shinij a de sérieux doutes… mais que tant que ce n’est pas absolument certain, il préfère éviter de lancer de fausses rumeurs.

Puis Hakame se posa la fameuse question… pourquoi nous ? Pourquoi nous demander à nous s’il s’agit d’un dossier aussi sensible que le mizukage lui-même n’ose pas l’aborder directement ? Si c’était quelque chose de très secret, il n’aurait pas besoin d’équipe de relai, il s’en chargerait seul ou avec ses plus proches collaborateurs. Pourquoi nous ? Quand il y repense aujourd’hui, Hakame s’en veut presque de ne pas avoir deviné.

Les deuxièmes séries de rapports arrivèrent en pagaille, par le biais d’un seul anbu cette fois ci. Il y avait deux rapports écrits et un rapport audio. Tsuna prépara le son pendant qu’Ona et Hakame se partageaient les autres. Ils se dévisagèrent un long moment après cela, incapable de dire quoi que ce soit.

Rapport audio 214.36.31

"Individu décédé également. Vêtements déchirés. Large entaille sur la poitrine, plusieurs sur le ventre et les cuisses. Plusieurs types de lames, de qualité diverses. Beaucoup de sang. Merde…"
*Bruits indistincts*
"Elle a les cheveux collés au carrelage. Figure tuméfiée. Elle a été battue… longtemps. Hématomes sur le visage, les épaules, la poitrine, les jambes. Plusieurs de ses os doivent s’être brisés. Probablement violée. Ongles cassés. Elle s’est défendue."
*Bruits de pas*
"Beaucoup de traces boueuses. Je ne sais pas combien ils étaient, mais plus de deux. Différentes tailles de chau…"
*Course*
"Hide ? Hein ?"
*Bruit sourd. Craquement. Des murmures, des souffles, une minute trente cinq s’écoule*
"Putain. Elle est en vie. Son cœur était arrêté. J’en suis sûr. Hide, tiens-moi cette merde"
*Grésillement. Tissu déchiré, halètement. Une voix différente*
"Euh… Elle est clamsée depuis plus d’un jour ?"
*Voix lointaine, la première à s’être exprimée*
"Non. Elle a été battue il y a à peine huit heures. Elle a perdu énormément de sang. Elle devrait être morte au moins deux fois. Putain. Regarde-moi l’état de son dos, c’est dégueulasse. Il.. oh…"
"C’est… à gerber."
"Y a des inscriptions gravées sur son nom. Trop de sang, j’arrive pas à lire. Je sens son pouls. Trop lent, elle va retomber."
"L’équipe médicale arrive."
*fin de l’enregistrement*

Tsuna - Eh bien...

Hakame - Tsuna…

Il lui tendit le rapport qu’il avait en main.

Kajima est formel : ce sont les filles de Kade Kasen. Aucune information supplémentaire.

Le visage de la jeune femme blêmit brusquement et elle manqua lâcher le billet. Elle se ressaisit sans que cela ne se voit et se redressa, tandis qu’Ona lisait à voix haute son propre billet.

Ona - Une seule survivante. Etat extrêmement critique. Equipe médicale pas encore arrivée. Impossible de déterminer comment elle est en vie, mais si son père est Kade, ce n’est pas totalement impossible. En attente d’informations. Aucun danger dans les environs, plus de traces.

Tsuna - C’est… Kade n’était pas sur place… ils l’auraient dit.

Hakame - J’ignorais qu’il avait une famille… si près de kiri !

Ona - Sous la surveillance de Kajima en plus. Pourquoi kiri ne l’a-t-il pas fait tuer ?

Hakame - Peut-être pour voir qui d’autre voulait le voir mort…

Tsuna se passa une main sur les lèvres. Aujourd’hui, Hakame comprenait mieux ce qu’elle avait dû ressentir. Et il ne pouvait que s’incliner devant son absolu professionnalisme, car elle ne laissa aucun sentiment couler après ces deux instants de faiblesses. Elle lisait les rapports avec calme et ses yeux ne semblaient briller que de fatigue. Mais au fond d’elle, Tsuna savait que Kade avait échoué dans sa longue mission, qu’il en était mort et que sa famille en avait été sévèrement punie. Que kiri, enfin, n’avait pas été capable de tenir sa promesse et que ce soir, c’était tout un village qui avait manqué à sa parole. Ils avaient laissé un homme mourir loin de chez lui, haï de tous et ils avaient été incapable de protéger les personnes qu’il avait dû laisser derrière lui.

Ils avaient failli.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Ven 19 Mar - 21:56

II - Responsabilité Personnelle

Les rapports s’enchaînaient.

A six heures du matin, ils en avaient plus de vingt. C’était toujours les deux mêmes anbu qui les leur apportaient, et la crise ne semblait pas prête de se calmer. Pour l’instant, kiri se réveillait tranquillement sans savoir exactement ce qui avait changé pour lui pendant la nuit. Mais il n’y avait désormais plus de place au doute. Petit à petit, les rapports gagnaient en forme, à mesure que l’urgence s’effaçait au profit du fait accompli.

Kajima déclare avoir été réveillé dans la nuit par une femme. Il ne peut donner de signalement précis, hormis son regard bleu. C’était une alliée des filles, de toute évidence, mais Kajima n’a pu la questionner. Il est actuellement en état de choc et c’est un spectacle épouvantable, un vieil homme aussi vénérable agenouillé dans la boue et les joues creusées de larmes sèches. Il ne s’est levé que lorsque le corps de la gamine survivante a quitté la maison, transporté avec grand soin par l’équipe médicale. Il s’est approché d’elle mais n’a pas osé porter son regard dessus.

Mais aussi :

Rapport médical préliminaire.

Jeune fille d’environ quinze ans. Pouls trop bas pour être déplacée. Blessures multiples sur le corps, par objet contondants et tranchants, certainement des poings et des pieds pour certains d’entres eux, mais également divers outils trouvés sur les lieux. Usage d’armes blanches, très vraisemblablement un katana ou une lame similaire. La blessure à la poitrine, du bas de l’épaule jusqu’à la hanche, aurait dû être mortelle. Elle n’a curieusement pas perdu trop de sang, compte tenu des blessures reçues. Engelures et dépôt de glace dans les plaies les plus sérieuses. Cela peut indiquer que les opposants maîtrisaient les techniques ninjas hyouton […]


Puis :

S’il s’agit de la fille de Kade Kasen, la glace retrouvée dans ses blessures indiquerait davantage une protection qu’un mal. Ce serait grâce à elle que la jeune fille aurait survécue. Elle aurait permis de geler de façon imparfaite l’écoulement du sang de sorte qu’elle était toujours en vie à l’arrivée de la première équipe. Nous supposons, hypothèse corroborée par la froideur extrême de son corps, que ses organes vitaux étaient préservés d’une façon similaire. Son foie et son cœur étaient notablement blessés, là aussi de blessures mortelles.

Et :

Après un décompte rapide et succinct des blessures, il apparaît que la jeune fille aurait dû mourir en moyenne sept fois pour des maux différents, en prenant en compte les différentes hémorragies. Ses deux sœurs sont toutefois bien mortes. La plus âgée a été décapitée, ce qui expliquerait l’inaptitude de ses dons à opérer les mêmes miracles que pour la fille rousse. La plus petite a subi des blessures importantes, mais pas plus que la rousse. Peut-être était-elle trop jeune pour manifester correctement son don. Nous n’avons pas d’informations suffisantes, mais il nous paraît probable que même la rousse ne maîtrisait pas parfaitement ce qu’elle faisait. Elle devait être inconsciente à ce moment-là, quand son corps s’est protégé. Et son corps ne devait pas être habitué non plus - les médecins ont remarqué que le foie, notamment, était beaucoup trop gelé par rapport à l’importance des blessures.

Rapport audio 214.36.31

"C’est son nom."
"Hein ?"
"C’est son nom. Ils ont gravé son nom sur son dos. Avec une espèce de couteau sans dents. Regarde. "
"Ha… ya ? Sasa… ki ? Haya Sasaki, c’est ça ?"
"Ouais. Ça a dû leur prendre au moins une heure pour l’écrire."
*Bruits de pas. L’enregistrement s’interrompt.*

Ils se succédèrent ainsi jusqu’à huit heures, après quoi l’anbu leur demanda s’ils se sentaient prêts pour un rapport auprès de Shinji. Tsuna indiqua que non et Ona était plongé dans l’écoute d’une bande audio. Hakame se proposa de faire le rapport seul. Ils se rendirent jusqu’au bâtiment du mizukage et cela faisait longtemps que le jounin ne s’était pas senti aussi oppressé à l’idée de transmettre un rapport. Tout au long de la soirée, il avait eu l’impression de manquer d’éléments, un échelon avait disparu entre temps. Une passerelle pour répondre aux questions sur la présence de Kajima dans ce village.

Et Hakame ne se sentait pas le courage de poser frontalement les questions à Shinji. L’anbu frappa une unique fois à la porte et indiqua au juunin de rentrer. Shinji l’attendait debout dans son bureau, seul. Il l’invita à le rejoindre avec un pauvre sourire fatigué sur les lèvres. Ils s’assirent l’un en face de l’autre, tout à fait sérieux.

Shinji - Navré de vous avoir fait veillé autant, Hakame. Pouvez-vous m’adresser un rapport exhaustif de la situation ?

Hakame - Hier aux alentours de vingt-trois heures, deux à quatre hommes se sont rendus à Mako. Ils ont forcé la porte de l’une des demeures, légèrement excentrée par rapport au reste du village, et ont sauvagement massacré la totalité des occupants, à savoir trois filles d’environ neuf à dix-huit ans. Il apparaît clairement que ce sont les filles de Kade Kasen, déserteur de Kiri. Ni Kade ni sa femme ne se trouvaient sur place et aucun indice ne permettrait de relier quelqu’un au massacre. Kajima a été averti dans la nuit par une inconnue et a aussitôt averti le village. Kiri s’est déployé à une heure du matin et les premiers rapports nous ont été transmis après deux heures du matin. L’une des filles a survécu et est soignée sur place.

Les deux hommes ne s’étaient pas quittés du regard tout au long du discours. Shinji acquiesça avec lenteur.

Shinji - Bien… Je vais être parfaitement clair avec vous, Hakame.

Les rides soucieuses réapparurent sur le front du vieil homme, tandis qu’il observait d’un œil vague un dessin sur son bureau.

Shinji - Tout, absolument tout, est de notre faute. Je vous ai fait parvenir ces informations prioritairement car je souhaite que vous sachiez, tous les trois, la vérité. Car c’est ainsi que les choses seront : il y aura d’un côté la vérité, et de l’autre l’ignorance.

Shinji rencontra le regard d’Hakame.

Shinji - Cette fille... Haya Sasaki… va venir à Kiri. Personne, hormis ce cercle réduit, ne saura de qui elle est la fille. Personne. Elle a échappé une fois à une mort horrible, elle a vu des choses qui la hanteront toute sa vie. Elle va apprendre à tuer et elle fera ce qu’elle souhaitera de ce savoir. Mais nous la protégerons. Son nom ne doit pas être connu. Elle restera Haya Sasaki, jusqu’à ce qu’elle soit prête à devenir Haya Kasen. Et ce jour-là… il faudra que tout le village soit prêt.

Hakame acquiesça, incertain de ce qu’il convenait de dire.

Shinji - Kade n’a jamais trahi Kiri, c’était un mensonge, une couverture. Un dossier extrêmement sensible, connu seulement du Mizukage et d’un conseiller, Hazi. Mais malheureusement, cela a été un calvaire. Quand le Lotus Pourpre a commencé à avoir accès au poste, Hazi, un conseiller, à tout fait pour protéger ce dossier. Il aurait été catastrophique que Kade voit sa couverture soufflée ainsi. Mais c’était difficile, et même si Hazi était doué, le poste a vécu des heures douloureuses. Avec Zabuza, Hazi espérait pouvoir rouvrir le cas Kade, mais cela a été laborieux. La mission était longue, et personne ne savait s’il fallait la continuer ou non. Je ne te cacherai pas que Zabuza s’en moquait, le dossier ne l’intéressait pas. C’était, à mon avis, une erreur. Kade avait pour mission d’infiltrer le Lotus Pourpre, plus ou moins, afin de se faire l’image de lui qu’on connaît aujourd’hui, un nationaliste extrémiste. Quand il a déserté, son unique but était d’assassiner Nagata Hideyoshi.

Hakame - Le gouverneur de l’île de Yukan ?

Hakame ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux. C’était de la folie. Yukan était impénétrable. Et pire… s’ils faisaient une erreur là-bas, le pays s’enfoncerait à nouveau dans une guerre fratricide et kiri se retrouverait accusée de trahison : il deviendrait un village scélérat, promis à l’extermination.

Shinji - Oui. A cause des antécédents nationalistes de Kade et de sa réputation, ainsi que de sa spectaculaire désertion soigneusement mise en scène par Hazi, Nagata ne s’est pas montré suspicieux, selon nos maigres informations, quand il a participé au tournoi. Mais nous avons perdu tout contact avec lui alors. Il semblerait que la mission soit un échec retentissant. Mais c’est notre faute. Pendant que Kade avait déserté, il était à Mako. Kajima assurait le relai entre lui et Hazi. Il était également chargé de surveiller ses filles. Kade avait été intransigeant sur ce point, il a fait signer Hazi. Ses filles devaient être surveillées pendant son absence, quoi qu’il arrive. Alors Hazi a mis à la retraite Kajima rien que dans ce but. Mais alors que Kade était pratiquement isolé, Kiri a connu des heures sombres, notamment sa guerre contre Suna, l’arrivée d’Asahi dans sa vie… la mission de Kade a été très sérieusement mise de côté si bien que quand il est passé à l’action, il n’y avait plus guère qu’Hazi pour y prêter attention. Pendant que Kade était à Yukan, supposément, Hazi est malheureusement décédé de vieillesse. Kajima n’avait plus personne dans le secret à Kiri, hormis Tsuna qui ne pouvait pas communiquer avec lui sans éveiller les soupçons.

Hakame s’apprêta à dire quelque chose mais se retint. Tsuna, sa Tsuna ? Il savait qu’elle avait partagé un temps l’équipe de Kade, la fameuse flamme jaune, avant qu’elle ne soit brisée par son départ. De même qu’Ona. De là à...

Shinji - J’avais hésité à faire arrêter cette mission, nous n’étions plus prêt. Et là… cette affaire nous tombe dessus. Kade est vraisemblablement mort, nous n’avons aucun moyen de le secourir si ce n’est pas le cas, ses filles ont été tuées et il ne reste qu’une survivante qui est en très grave danger parmi nous.

Hakame - Si on apprenait qu’elle était la fille d’un déserteur...

Shinji - Ce qu’elle serait parvenue à recréer ici aurait de bonnes chances de se briser. Kade n’est pas seulement un déserteur. Il incarne dans l’esprit des gens une traîtrise égale à celle de Darucha, l’image ignoble d’un homme qui tue sa propre coéquipière. Kade, pour eux, incarne une persistante image du mal. Il avait beaucoup d’ennemis, qui auraient malheureusement été ses amis dans d’autres circonstances. Et nous ne pouvons pas non plus révéler la vérité sur Kade, car ce serait reconnaître que Kiri a tenté d’infiltrer et de tuer Nagata… le daimyo nous condamnerait avec une fermeté sans précédent, car cela remettrait en cause les traités passés. Nous sommes pieds et poings liés et cette fille peut décider de tout faire basculer. Si elle cherche un jour les hommes qui ont voulu lui faire du mal, si elle cherche à se venger d’eux… je ne l’en empêcherai pas. Ce n’est pas une grande pensée de justice qui m’anime, mais je pense que si elle est aussi forte que son père l’était, elle pourrait bel et bien bousculer les choses sur un plan national.

Hakame - Terminer ce qu’a commencé son père…

Shinji - Mettre un terme définitif à la vie de Nagata Hideyoshi. Une fois cela fait… Kiri assumera les conséquences de ses actes, mais je pense qu’elle trouvera quelque chose de suffisamment fort pour que le daimyo reconnaisse toute la légitimité de son action. Et je dis son parce qu’officiellement, nous ne pourrons pas l’aider. Mais nous sommes des ninjas…

Hakame - Et si elle ne cherche pas la vengeance ?

Shinji avait sourit d’une façon qui fit presque disparaître les rides de son front.

Shinji - Alors elle aura le cœur en paix et nous pourrons nous en réjouir.

Mais elle n’avait pas le cœur en paix. Quand il la vit ce jour-là, avec un sourire un peu gêné et qu’il entendit pour la première fois de sa vie sa voix (usée, tremblante, abîmée), il avait senti un deuxième choc encore plus grand que la fois où il avait su que c’était la mort de Kade qu’il était en train d’analyser.

Hakame - Bien sûr que je t’aiderai Haya. Crois-moi, je ferai tout, absolument tout, pour retrouver cet Encho Daisuke. Absolument tout.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Jeu 25 Mar - 20:40

III - Comme le démon

Hakame - Je crois qu’il est l’heure, Shinji sama.

Shinji l’interrogea du regard. Le vieil homme était dans son siège, les mains posées devant lui. Il était seul, comme le jour où il l’avait entretenu de ces secrets de hautes instances. Derrière lui, le soleil se levait doucement.

Hakame - La jeune Haya Sasaki est en chasse. Elle va bientôt entretenir la flamme jaune, Hyô, Satoshi et ses amis de ses intentions de retrouver le premier des hommes.

Shinji - Ah… je vois.

Il eut un geste de la main.

Shinji - Quand elle est venue me demander une permission pour rejoindre Mako, je savais qu’elle prendrait sa décision. Soit tout abandonner et oublier… soit au contraire poursuivre. Elle a fait son choix. C’est bien…

Hakame - Je compte lui apporter tout mon soutien. Pensez-vous que Satoshi l’aidera également ?

Shinji - Sans aucun doute, sans aucun doute. J’aime le savoir à ses côtés. Lui et Hyô seront de vigilants gardiens quand elle trébuchera. Ils empêcheront les gens de lui faire du mal. Il est très important qu’ils l’aident… Leur prestige… leur prestige atténuera sa chute…

Hakame - Mais vous pourriez, vous aussi, la protéger ?

Shinji eut un sourire peiné.

Shinji - Hakame… ce village a connu une guerre civile, pourtant, j’étais là. Mais ils ont quand même tué mon fils et tellement d’autres ninjas… Non, je ne représente pas le maillon le plus fort sur lequel devra s’appuyer Sasaki. Le prestige d’Hyô, la puissance brut de Satoshi, l’amour de la flamme et de ses amis ainsi que ta volonté de la protéger, voilà ses réels atouts.

Hakame - Je vais demander à Tsuna et Ona de m’épauler. Nous retrouverons cet homme.

Shinji - J’aimerais que tu me tiennes informé de tes avancements. Personnellement. Ni à Kenji, ni à Yukari. Juste comme ça, de toi à moi, et rien d’autre. Inutile de te le rappeler, mais vous devrez tous êtres très prudents. Nagata sait, ou va bientôt savoir, qu’Haya a survécu et c’est elle qu’il craint plus qu’il ne craignait Kade. Il pourrait essayer de la tuer ici même, à Kiri, ou à l’extérieur. Je ne permettrais pas une nouvelle défaillance de notre part.

Hakame - Moi non plus, Shinji sama.

***

Ona et Tsuna l’attendaient chez lui. Ils étaient intégralement préparés, comme dans ce temps pas si ancien que cela mais définitivement révolu. Ils avaient près de dix ans de plus que lui et ils n’étaient peut-être plus aussi vifs que lorsqu’ils étaient adolescents. Mais il fallait bien avoir en tête que cinq ans plus tôt, ces deux ninjas étaient dans la flamme jaune et qu’ils avaient établi un record de longévité. De vieux talents prometteurs, comme ils aimaient à se taquiner. A presque quarante ans, Tsuna conservait ce port absolument assuré de la guerrière qui va au devant de la guerre avec la plus grande maîtrise de soi. Ona demeurait d’une efficacité égale, en partie parce qu’il n’avait jamais misé plus que nécessaire sur son physique. S’ils effectuaient toujours des missions ensemble ou en tête de certains groupes, ce n’était plus leur affectation première. Tsuna s’occupait de ses jeunes équipes et Ona était notamment mais pas seulement chargé des estimations de potentiel de chacun des ninjas qui composait kiri. Cela, à leur demande respective.

Tsuna - Un bond de quelques années en arrière…

Elle sourit avec un air de mélancolie. Avant de lui demander son aide, Hakame avait redouté un refus. Tsuna avait toujours manifesté sa volonté d’oublier ce qui s’était passé avec Kade. Jusqu’à présent, Hakame avait toujours pensé que c’était parce qu’elle souffrait de la perte d’un équipier (d’un chef) et de la dissolution de l’équipe elle-même. Mais en réalité, sa douleur était différente.

Tsuna n’avait pas hésité une seconde en lui répondant.

Hakame - Quelque chose comme ça, oui.

Tsuna - Je n’ai pas cherché à voir cette petite. Je l’ai vue une fois à l’hôpital, quand elle était encore inconsciente et en sale état. Par la suite, je l’ai évitée. Je ne sais pas pourquoi. Mais elle a fini par me retrouver et je lui ai tout raconté. Je veux dire, la vérité. J’ai été surprise par sa maturité. Elle ne semblait pas… Elle était blessée et meurtrie, mais elle n’en était pas amoindrie pour autant, en quelque sorte. On ne voyait pas ses cicatrices. Elle était grande.

Elle secoua la tête.

Tsuna - En cela, elle serait étonnée de savoir à quel point elle ressemble à son père. Elle m’a dit qu’il n’avait pas encore trouvé la paix. Et c’est tellement vrai… je n’ai jamais connu Kade en paix avec lui-même, sauf sur ces photos quand il était avec sa famille. Je ne sais pas ce que compte faire Haya des personnes qu’elle cherche. Mais je crois que cela ne nous regarde pas.

Ona - La seule chose qui nous regarde, c’est qu’elle ne soit pas blessée pendant sa manœuvre. Il faut qu’elle arrive au bout du processus, qu’elle touche la vérité et qu’elle lui permette de respirer enfin.

Hakame - Nous allons commencer nos recherches à Kyude, au nord d’ici, pour que je puisse me mettre en contact avec mes informateurs.

Ils atteignirent Kyude peu après dix heures ce matin. Shinji s’était assuré de leur ménager une excuse qui puisse justifier de possibles longues semaines de recherches. Dans un certain sens, ce n’était même pas tout à fait un mensonge. Officiellement, ils étaient en mission spéciale gérée par l’académie. Cela signifiait qu’il n’avait concrètement de compte à rendre à personne, qu’ils étaient les seuls à devoir connaître l’objectif de leur mission et qu’ils pouvaient prendre le temps qu’ils voulaient pour la faire, ou presque. Il n’était pas possible de relier Shinji ou qui que ce soit de précis à cet ordre de mission (qui n’existait pas réellement), de sorte qu’il ne restait aucune preuve derrière eux. Ces missions étaient plutôt fréquentes et la présence de Tsuna et d’Ona accréditaient de fort belle manière cette couverture : ils étaient tous deux payés par l’académie, n’avaient pas d’attribution fixe qui pourrait exiger tout leur temps et étaient excellents. Si l’académie voulait voir quelque chose réalisé de façon certaine, elle se tournerait vers l’un d’entre eux ou quelqu’un dans leur situation pour se faire. Hakame était également lié à l’académie, bien que dans son cas ce soit beaucoup plus souple dans le sens où il avait des attributions autres. Mais ils pourraient toujours arguer (bien qu’il soit très improbable que qui ce soit, jamais, leur demande de rendre des comptes) que dans un plan de carrière futur, Hakame avait choisi de s’investir auprès de ses modèles, ou de voir comment cela se passait dans le détail. Il n’était pas dans leur intention de laisser des éléments de leur opération au hasard, parce qu’ils savaient tous où ils marchaient précisément.

Ce n’était pas une mission anodine et il n’était pas anodin non plus qu’elle doive rester secrète auprès de tout le monde hormis Shinji en personne. Tout dépendait de la façon dont elle se passerait. Mais s’ils se faisaient repérer et que Nagata venait à être informé des agissements de kiri, ils risqueraient gros. Nagata n’irait pas se plaindre auprès du daimyo, pas tout de suite, il chercherait d’abord à les punir. Il était impossible de savoir si à l’heure actuelle, il savait qu’Haya était en vie, mais Hakame préférait évoluer en se disant que c’était le cas. Pour l’instant, il l’observerait, du moins l’espérait-il. Si elle se montrait menaçante, il trouverait un moyen pour l’atteindre et achever ce qu’il avait commencé.

Mais d’après ce qu’Haya lui avait dit, et cela jouait pour eux, Nagata ne devait pas savoir qu’Encho Daisuke avait donné son nom à la jeune fille qu’il pensait avoir tué. Il ne s’en serait jamais vanté, ce n’était pas quelque chose qu’on disait, il est très fréquent de donner son nom à une personne que l’on combat (un peu moins fréquent à une personne que l’on achève, mais cela dépendait encore des personnalités). Si Encho, de son côté, ignorait encore qu’Haya était en vie, il n’aurait pas d’inquiétude en se souvenant de cette malheureuse erreur qui n’en était pas même une à ses yeux. Par conséquent, Nagata n’aurait aucun intérêt particulier à assurer la protection d’Encho, tout simplement parce qu’il imagine qu’Haya va se diriger vers lui, si elle doit se diriger vers quelqu’un.

Ils n’avaient pas suffisamment d’éléments en main pour faire autre chose que des hypothèses, mais celles-ci paraissaient à Hakame relativement solides.

Tsuna - Tu as donné rendez-vous ?

Hakame secoua la tête, les mains sur les hanches. Le village avait changé depuis la dernière fois qu’il était passé (il avait grossi).

Hakame - Non. Mais ce n’est pas vraiment nécessaire. Je leur ai donné le nom par courrier.

Ona - Tu leur fais beaucoup confiance.

Hakame - En effet. C’est ma sœur et son mari. Ils ont des contacts dans le monde entier grâce à leur commerce et si Encho a jamais acheté quelque chose sur cette terre, ils auront les moyens de le savoir.

Tsuna - Même s’il a utilisé des faux-noms, ses premiers achats à crédit seraient inscrits. Si on pouvait trouver l’endroit où il est né cela serait d’une grande aide.

Sa sœur, en revanche, n’avait absolument pas changé. Elle était plus jeune de deux ans, partageait avec lui la blondeur de ses cheveux mais avait les yeux plus clairs que les siens. Cela faisait peut-être un an qu’ils ne s’étaient pas revus, ou un peu moins, mais même s’ils s’étaient croisés la veille Hakame était certain qu’elle lui aurait broyé les côtes pareillement.

Ichiyo - Forcément il faut que tu aies du travail pour venir nous voir ! Mais… oh… tu voyages avec du beau monde dis donc !

Hakame s’écarta de sa sœur d’un pas de côté et présenta du bras ses deux équipiers.

Hakame - Tsuna Shono et Ona Okone, oui.

Ichiyo leur serra chaleureusement la main. Elle connaissait un certain nombre des ninjas de kiri, actuels et anciens, grâce à son travail, les réputations qui naissaient et que chacun connaissait par le reste de sa famille, qui était de kiri et à kiri. Elle ne faisait toutefois du commerce d’informations qu’avec son frère, car c’était là une pratique qui finissait généralement par tourner court.

Tsuna - Enchantée.

Ichiyo - Entrez, entrez, j’ai ce que vous voulez. Enfin… Entrez.

Ils s’exécutèrent. Un joyeux bazar régnait dans le salon, les tables et les sièges étaient encombrés de livres, de feuilles et d’objets hétéroclites. Le sol n’était pas épargné, avec quant à lui davantage de jouets abandonnés. La maison semblait par ailleurs déserte.

Ichiyo - Vous avez de la chance que je sois là, tout le monde est parti à la rivière mais il fallait que je termine quelque chose. Asseyez-vous je reviens avec ce que vous voulez. Si vous voulez boire demandez à Hak.

Ichiyo revint quelques instants plus tard, avec dans une main plusieurs feuillets et dans l’autre un papier unique.

Ichiyo - Il n’y a pas grand-chose malheureusement.

Elle tendit le papier principal.

Ichiyo - J’ai retranscrit ici toutes les quelques informations que j’ai pu amasser.

Tsuna - Efficace...

Ichiyo - Oh ce n’est pas la première fois qu’Hak me demande des informations.

Le papier contenait trois lignes, dont la plus récente remontait à près de dix ans. Les trois achats (des bibelots coûteux) avaient été réalisés au sein du pays de l’eau, mais dans des endroits différents. Aucun toutefois ne désignait une piste consistante. Ona parcourut des yeux le papier et suivit du doigt les indications.

Ona - Encho Daisuke… Il s’agit de légers crédits, mais de sommes importantes pour quelqu’un qui aurait un travail courant. Ces achats ne correspondent pas à ce que j’en attendais. Soit il a des goûts dispendieux, soit il a une famille pour qui il veut le meilleur… Cet homme doit être décemment riche, depuis dix ans il n’a plus eu besoin de crédit. Promotion ? Si son employeur est bien Nagata Hideyoshi, il n’est pas surprenant qu’il n’ait pas besoin d’argent supplémentaire.

Tsuna - S’il a participé à tuer Kade, il a dû bénéficier d’une forte prime.

Ona sourit.

Ona - Je doute que Kade puisse être tué par un si parfait inconnu. Ses filles en revanche… Si nous sommes chanceux, il n’est plus à Yukan et profite de son or. S’il a une famille et qu’il veut le meilleur pour elle… sur quelle île iriez-vous ?

Tsuna - Yagi.

Ichiyo - Nagumo.

Hakame - Aso.

Ona - Hmm…

Les quatre personnes se dévisagèrent, en essayant d’imaginer quel vice pouvait les pousser à ne pas désirer la même destination paradisiaque qu’ils s’imaginaient.

Ona - Les trois îles les plus riches. Pour nous cela semble moins attirant puisque nous y vivons, mais il pourrait également choisir Uke, l’île la plus importante, de loin.

Tsuna - L’avantage c’est que nous sommes trois et que nous avons désigné trois îles.

Hakame grimaça. L’idée de se séparer ne lui plaisait pas, même s’il savait en quittant kiri que c’était une possibilité. Ils pouvaient difficilement faire part de leurs avancements aux autres personnes impliquées dans cette quête. Notamment parce qu’ils ignoraient qu’Hakame cherchait la même chose qu’eux, mais aussi à cause de la nature de leur mission. Il fallait qu’ils laissent le moins d’indices derrière eux, et par conséquent qu’ils s’occupent eux-mêmes de leurs pistes, faute de mieux.

Hakame - Se séparer n’est peut-être pas la meilleure des solutions.

Tsuna - Je suis spécialisée dans les sceaux gris. Nous serons toujours en communication et on pourra se réunir, disons, tous les trois soirs pour faire le point. Cela diviserait le temps de recherche par trois.

Ona hocha la tête, pensif.

Ona - Avez-vous les moyens de vous renseigner plus en détail sur Nagumo, Ichiyo?

Ichiyo - Pas beaucoup plus, non. Je ne connais pas plus que ça Nagumo, c’est juste que ça a l’air… paisible. Ce serait là où j’irai si j’avais une importante somme d’argent et plus envie ou besoin de travailler.

Ona - J’irai dans ce cas enquêter à Nagumo. Nous pouvons supposer que les autres personnes qui aident Haya se renseigneront sur Uke.

Cela fut décidé ainsi ; Ona à Nagumo, Tsuna à Yagi et Hakame à Aso. Ils partirent peu après midi, à la suite d’un copieux repas, et Hakame promit à sa sœur de prendre soin de lui (comme d’habitude).

Il se dirigea seul plus au nord encore, vers le port d’attache le plus proche, Guru.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Dim 4 Avr - 20:15

IV - Transparence

Hakame serra sa couverture autour de ses épaules. Les marins disaient que la tempête couvait et cela ne lui semblait pas impossible. La mer n’était pas agitée, mais demeurait parfaitement sombre, d’un noir opaque et angoissant, tandis que le ciel s’obscurcissait à mesure que les minutes passaient. Mais cela ne l’inquiétait pas. Cela faisait près de quatre heures qu’il avait quitté Guru (un petit port pas très intéressant, mais qui avait l’avantage d’être très actif en cette saison) et Aso n’était pas très éloignée.

Avant qu’ils ne partent, Tsuna lui avait appliqué un sceau sur le torse. Plus large qu’il ne l’avait imaginé, il se situait sur son estomac et ne représentait rien de distinct. Hakame n’y connaissait pas grand-chose en sceaux gris, mais Tsuna l’avait appelé mugon kotobano fuuin et disait que cela leur permettrait de discuter sur de longues distances comme s’ils se trouvaient les uns en face des autres. Hakame ne l’avait pas encore essayé, n’ayant rien de nouveau à dire et estimant très peu probable que Tsuna ait malformé le sceau. Elle les avait prévenu que plus ils s’éloigneraient, plus la conversation serait difficilement audible mais qu’elle n’était pas impossible pour autant.

Hakame quitta le pont et rejoignit sa cabine pour se préparer. Quand il remonta à l’air libre, avec ses quelques affaires sur lui, beaucoup de marins s’affairaient sur toute la longueur du bateau. Aso était en vue, dans une espèce de brouillard diaphane qui s’avéra être un rideau de pluie. Trempé jusqu’aux os, Hakame rajusta son manteau tranquillement. Il ne savait pas pour combien de temps il en avait ici, Aso était la troisième île la plus grande après Uke et Kaisou. Mais il se donnait trois semaines pour trouver quelque chose, après quoi il rejoindrait Ona et Tsuna à Uke. Malgré la couverture dont ils bénéficiaient, ils ne pouvaient se permettre d’utiliser trop de leur temps (et, aux yeux d’Hakame, de rester trop longtemps séparés).

Il y eut très peu de passagers qui débarquèrent. Hakame avait utilisé son statut de ninja de kiri pour se faire une place, mais il s’agissait d’un bateau commercial. Derrière lui, les marins déchargeaient leur cargaison à un rythme soutenu, hélant d’autres hommes sur le pont pour qu’ils fassent leur travail. Hakame s’éloigna silencieusement du port et pénétra plus avant dans la ville qu’il avait déjà traversée à plusieurs reprises, mais qui ne se prêtait pas vraiment aux visites.

La nuit n’allait pas tarder à tomber, aussi trouva-t-il une taverne ouverte, commanda une boisson et demanda à ce qu’on lui réserve une chambre. Les lieux étaient presque déserts, hormis quelques joueurs qui n’élevaient guère la voix. Hakame en profita pour sortir sa carte et l’observer en sirotant son alcool. A l’heure qu’il était, Tsuna ne devait pas avoir encore atteint Yagi, mais Ona était certainement arrivé à Nagumo. Cette mission ressemblait de plus en plus à chercher une paille dans l’océan. Mais c’était bien souvent la mission des ninjas les plus confirmés : trouver ceux qui ne désiraient pas être retrouvés. La difficulté, ici, était qu’Encho Daisuke n’était pas une célébrité. Quels étaient ses spécificités ? Il avait travaillé pour Nagata. Il venait de Yukan, possiblement. Il était certainement riche. Selon les informations dont ils disposaient, il avait dû s’installer dans l’année. Avec, toujours selon leur hypothèse, sa famille à ses côtés. Cela devait ressembler à ce qu’avaient fait des dizaines et des dizaines de familles différentes… Mais Encho n’avait aucune raison de se cacher, de changer de nom et de se faire discret. Il ne s’attendait pas à intéresser qui que ce soit. S’il était bien ici et non à Uke, alors il avait toutes les chances d’ignorer qu’Haya, sa cible, avait survécu et que par ce simple fait, sa vie s’en trouvait menacée.

Hakame devait se renseigner sur les régions les plus habitées, les plus en vues. Les endroits où on pouvait s’établir durablement, avec une famille. En basant ses recherches autour de ses points, il pouvait espérer quelque chose en une à deux semaines, s’il y avait bien quelque chose à trouver. Si rien ne se dessinait, cela pourrait indiquer qu’Encho ne s’était pas établi là où l’on pouvait l’attendre et que les recherches devraient être remises à plus tard pour être affinées.

C’est donc ainsi qu’il procéda. Il apprit que c’était sur la côte ouest que se trouvaient les villes les plus riches et celles qui abritaient le plus de nouveaux venus. Il commença tout en bas et remonta progressivement, en ne dormant jamais au même endroit par manque de temps. Il passait de ville en ville, posait des questions habiles sur les habitants en dissimulant le fait qu’il soit un ninja. Hakame n’avait pas une carrure particulièrement impressionnante, qui aurait trahi sa nature guerrière, et il était relativement habile pour camoufler ses intentions. Il crut à deux reprises être sur une piste solide, mais cela s’avéra à chaque fois décevant. Il fut contacté à deux fois par Tsuna ; la première ne donna rien, à cause d’un son complètement étouffé, la seconde fut plus claire. Tsuna l’informait qu’elle procédait d’une façon similaire à la sienne, en éliminant les foyers les plus riches d’abord mais que pour le moment, elle se heurtait à un mur. Yagi n’était pas très touristique, les familles qui étaient établies l’étaient depuis des années. Si cela rendait ses recherches plus aisées, puisque les nouveaux venus étaient rares, ce n’était pas les profils qu’elle cherchait. Ona l’avait contactée, mais il n’avait rien de spécifique à rapporter.

Ils ne s’étaient pas attendus à des progrès fulgurants quoi qu’il en soit.

Tsuna l’avertit que si ce soir il était libre, ils pouvaient réaliser un premier bilan. La semaine s’était achevée et cela pouvait les pousser à modifier leur stratégie.

Tsuna - Yagi n’est pas aussi touristique que je l’imaginais. J’ai éliminé une partie de l’île, pour l’instant, je vais m’attaquer au centre.

Ona - Nagumo est une île prospère, mais sans qu’il n’y ait réellement de côtes plus riche que les autres. Les recherches n’en sont pas facilitées.

Hakame - Je monte lentement au nord. Aso a plusieurs régions réputées pour être très populaires et en effet, il y a beaucoup de nouveaux installés. Mais personne qui ne corresponde.

L’installation était originale. Hakame n’avait fait que suivre les instructions de Tsuna et il s’était presque attendu à ce que cela ne marche pas tellement le procédé paraissait simple. Il voyait une projection de Tsuna et d’Ona, tous les deux assis comme s’ils étaient vraiment avec lui, quoiqu’un peu plus transparent qu’en vrai.

Hakame - Je propose deux nouvelles semaines de recherche. Après quoi on se retrouve à Kyude pour voir ce qu’on fait.

Tsuna - Je pense que j’aurais terminé avant deux semaines. Si on s’en tient uniquement aux foyers les plus riches. Mais je crois que pour une analyse complète et discrète d’une île entière, une seule personne n’y suffira pas.

Ona - Ne perd pas de temps, on s’en tient aux foyers riches. Nous aviserons après, mais il faudra certainement que nous utilisions des moyens plus musclés… Ce qui ne serait pas une bonne chose, la discrétion de cette mission prévalant sur le reste.

Ils se quittèrent peu après. Tsuna indiqua qu’elle rejoindrait celui qui aurait le plus besoin d’elle quand elle en aurait fini, soit dans une semaine estimait-elle, à moins qu’elle ne tombe sur une piste suffisante pour justifier une extension de son séjour. Hakame reprit ses recherches et c’est neuf jours plus tard, après leur deuxième bilan et que Tsuna ait annoncé le rejoindre à Aso, qu’il tomba sur une piste réelle. C’était presque du hasard, mais comme cela arrive parfois quand l’esprit est tendu vers une unique personne, les oreilles d’Hakame perçurent distinctement le mot « Daisuke », dans une petite ville tranquille qui s’appelait Tsuge. Ce n’était pas un prénom rare, mais il sentit malgré lui son cœur battre plus fort. Il s’essuya la bouche et l’air de rien, tenta de repérer la voix parmi la petite foule. Hakame ferma les yeux et fixa son attention sur la source présumée. Il ne saisissait que quelques mots, sans intérêt, aussi se retourna-t-il pour observer la scène. Un homme, grand et barbu, s’entretenait avec une femme à la mine fatiguée. Il parlait à grand renfort de gestes et de mimiques. Hakame s’approcha en regardant fixement un autre point, et s’arrêta à plusieurs mètres d’eux.

Homme - … ai dis que ce n’était pas vraiment possible, mais il n’a pas voulu m’entendre. Je ne sais pas quoi faire.

Femme - Fais ce qu’il te dit… pour ce que tu en as à faire…

Homme - Mais ce n’est pas possible ! Il faut qu’il me fournisse plus de bois.

Femme - J’en sais rien moi…

Homme - Bah.

L’homme et la femme se séparèrent peu après. Sans autre indice, Hakame entreprit de suivre l’homme. Il s’agissait d’un incorrigible bavard, qui s’arrêtait fréquemment pour s’entretenir quelques instants avec n’importe qui, si bien qu’il était délicat de suivre son rythme discrètement. Ils quittèrent le centre ville pour remonter une large avenue, puis une rue plus petite mais parfaitement pavée. Une bâtisse massive s’élevait sur le côté droit, un peu isolée des autres maisons et pourvu d’une vaste cour personnelle. C’est là que l’homme se dirigea.

Hakame observa les lieux, incertain sur la conduite à adopter. S’il restait là sans rien faire, on aurait tôt fait de le remarquer. Il entra dans la maison la plus proche, se métamorphosa en quelqu’un de son souvenir, créa un clone, puis se métamorphosa en quelqu’un d’autre et sortit finalement. Les mains dans les poches, il faisait semblant d’entretenir une conversation avec son clone, qui regardait vaguement devant lui, les lèvres verrouillées. Hakame estimait que la scène n’était pas plus étrange que ce qu’il voyait tous les jours. Ils s’approchèrent de la maison et en firent progressivement le tour ; aucune surveillance. Des éclats de voix leur parvenait, mais trop légers pour en saisir le sens. Hakame et son ami s’installèrent sur un banc non loin. Le clone avait les yeux fermés et on pouvait croire, peut-être, qu’il s’était assoupi. Hakame se moquait bien qu’on les repère, puisque ce n’était pas son visage. Néanmoins, il ne pourrait pas rester ainsi indéfiniment. Il nota mentalement l’emplacement de la bâtisse, remarqua que malgré son isolement un certain nombre de passants se succédait devant et qu’un de plus ou de moins passerait inaperçu.

A six reprises dans l’après-midi, Hakame se rendit sur les lieux sous un visage différent. Il nota au moins trois habitants, un enfant d’une douzaine d’année, ainsi qu’un homme et une femme d’une quarantaine d’année. Il essaya de déterminer si l’homme ressemblait à ce qu’en avait dit Haya, mais la description de la jeune fille avait été plutôt portée sur les sentiments que sur ce qu’on pouvait observer chez quelqu’un sans le connaître (Hakame n’avait toutefois pas désiré trop pousser Haya). Il revit également l’homme barbu qui semblait être chargé de réaliser une sorte d’annexe à la bâtisse principale, mais les plans ne se passaient pas comme prévu.

Hakame sourit pour lui-même. Il tenait sa chance de s’infiltrer dans les lieux avec le consentement des propriétaires. Il retourna chez lui, se changea et redescendit. C’était une stratégie incertaine mais qui avait de bonnes chances de fonctionner. En marchant dans la rue, il bouscula volontairement l’une des personnes avec qui l’homme barbu avait parlé et qui lui semblait sympathique de prime abord. Hakame s’excusa platement, déclara être tout juste arrivé de Mage avec ses lourdes cargaisons de matériau, mais qu’il les avait laissé au port parce que son acheteur s’était dégonflé. Il parlait fort, avec un léger accent (qui était en fait un accent du pays de la mer, qu’il avait hérité de son grand-père, mais personne ne s’en soucierait). Il glissa subrepticement qu’il envisageait rester ici quelques jours (c’est tellement plus agréable que ce port poisseux !), prit soin d’impliquer trois autres personnes dans la conversation ainsi que de donner son nom, et retourna dans son auberge.

Le reste de la journée se passa sans interruption. Hakame ne pouvait s’empêcher de jeter de fréquents coups d’œil à la fenêtre et résistait difficilement à la tentation de contacter Tsuna. Elle devait arriver ici dans deux jours, et Hakame lui avait heureusement dit l’attendre dans cette ville. Il n’imaginait toutefois pas qu’elle se révélerait aussi prometteuse. Le lendemain, alors qu’il se promenait faussement oisif dans la rue principale, il rencontra le barbu. Ils se dévisagèrent un instant, puis Hakame feignit un désintérêt poli et détourna le regard. L’homme sembla hésiter, puis s’approcha d’un pas décidé.

Homme - Bonjour.

Hakame - Oh… Bonjour.

Homme - Hmm… je suis pas sûr que ce soit vous mais… vous ne seriez pas Hoshi ?

Hakame - Oui ? Comment connaissez-vous mon nom ?

Hakame ajusta légèrement son ton (un peu faux à ses oreilles), mais le barbu sourit de toutes ses dents et poussa un profond soupir de soulagement.

Homme - Tant mieux ! J’avais peur de déranger un inconnu pour rien. En fait, c’est un ami qui m’a parlé de vous. Il parait que vous venez du Mage.

Hakame fit semblant d’être enthousiaste à la seule évocation de Mage.

Hakame - En effet ! Une île merveilleuse, à vrai dire. Vous connaissez ?

Homme - De réputation seulement et par le travail… plus ou moins. J’y achète du bois.

Hakame sourit à son tour.

Hakame - Un partenaire dans ce cas. Enchanté.

Ils se serrèrent chaleureusement la main.

Homme - Vous avez une cargaison en ce moment ?

Hakame - En effet.

Homme - Est-ce que vous avez un prix ?

Hakame feignit la gêne.

Hakame - Bien… La cargaison est promise à quelqu’un d’autre, qui m’a versé un très bon prix pour l’instant, mais qui rechigne à payer le reste. Pour le moment, c’est tout de même sa cargaison mais il me fait lanterner. Je ne sais pas trop. Je n’ai pas l’habitude de vendre dans le dos de mes clients.

Homme - Bien sûr, bien sûr, c’est tout à votre honneur. Mais, heu, je peux payer plus. Mon client est riche.

Hakame - Hmm...

Hakame se frotta le menton, mangé par la barbe lui aussi, et regarda ailleurs, pensif. Un client riche, hein ? Tu m’étonnes. Ce n’était pas bien compliqué et s’il se débrouillait correctement, il n’aurait jamais à montrer ne serait-ce qu’un début de planche.

Hakame - C’est pour quelle sorte de projet ?

Homme - Un habitant d’ici veut construire une extension à sa maison, une sorte de salle pour ses enfants.

Hakame - J’ai suffisamment de bois pour ça, je pense… Hmm… Est-ce que je pourrais voir les plans ? Je ne peux rien vous promettre mais cela me permettrait de me faire une idée.

Homme - Bien sûr, c’est à deux pas d’ici ! Venez.

Hakame suivit l’homme à travers un chemin qu’il aurait pu suivre les yeux fermés à présent. Il prit soin à ce que cette connaissance ne se fasse pas trop sentir et il n’amorçait jamais de lui-même les virages. Mais pour la première fois, Hakame pénétra dans la cour et patienta au seuil de la porte, à quelques secondes d’être définitivement fixé sur l’identité de son propriétaire. La femme qu’il avait aperçu lors de ses observations précédentes ouvrit, avisa le barbu et fronça très légèrement les sourcils en apercevant un Hakame souriant.

Homme - Je crois que j’ai trouvé quelqu’un qui peut nous aider à terminer ce qu’on a commencé.

Femme - Mon mari est derrière...

Visiblement, elle n’était pas très intéressée par les évolutions de l’affaire. Hakame la salua poliment et suivit le barbu qui s’enfonçait déjà dans le salon comme s’il lui appartenait, la mine tranquille. La porte de derrière était ouverte sur un début de jardin. Hakame ordonna son esprit pour ne trahir aucun signe suspect. Pour peu qu’Encho soit quelqu’un de prudent ou de paranoïaque, il interpréterait tout ce qui sortait de l’ordinaire comme une source de doute. Il ne fallait pas qu’il fasse de faux pas avant d’être sûr qu’il tenait la bonne personne (et même après).

Le barbu s’arrêta, la main en visière, puis s’engagea vers une silhouette de dos qui observait les toits de la ville, les poings sur les hanches.

Homme - Daisuke, j’ai peut-être un petit arrangement qui devrait vous satisfaire.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Dim 25 Avr - 18:00

V - La rage et le rythme

L’homme se tourna, mais Hakame avait quelques difficultés à discerner proprement son visage à cause de la forte intensité du soleil. A mesure qu’il s’approchait, il distinguait un homme d’un peu plus de quarante ans, certainement, solidement bâti et de taille moyenne. Il avait un visage anguleux, des pommettes saillantes, un front relativement dégarni mais une chevelure curieusement abondante par ailleurs. Leurs yeux se rencontrèrent et Hakame connut un formidable frisson dans le bas de son dos. Avant même que la voix traînante, aussi désagréable qu’Haya la lui avait décrite, ne s’élève, Hakame sut qu’il tenait son homme.

Daisuke - Ah oui ?

Il se passa quelque chose à laquelle Hakame ne s’attendait pas et qui le terrifia ; un instant, son poing se serra si fort que son petit doigt se brisa net. Il avait les dents serrées à s’en faire mal et il ressentit une impétueuse volonté s’élever en lui qui lui ordonnait de briser cet homme ici, de le faire expier ses fautes à la seule force de ses poings, de le détruire lui et ce qu’il représentait en cet emplacement même, dans ce simulacre de vie, cette invention fantasmée d’une existence rangée, à l’ombre ses crimes passés.

L’homme perçut l’intention et recula instinctivement d’un pas, les sourcils froncés. Il avait déjà tué, il savait interpréter cette force devant lui, ce visage. Mais Hakame n’était pas un amateur. Il saisit son esprit au corps et lui imposa sa propre volonté. Ses traits se détendirent et la douleur de sa main abîmée élança l’ensemble de son bras brusquement. Hakame la tendit sans trahir le moindre signe de peine alors que ses lèvres s’étirait en un franc sourire amical.

Hakame - Hoshi Take, enchanté de vous rencontrer monsieur.

Daisuke - Daisuke Encho... vous allez bien ?

Hakame - Ha, une vieille douleur aux côtes qui s’est réveillée pendant que je marchais. Cela faisait des années que ça ne m’était pas arrivé. Des années…

Daisuke - Vous voulez vous asseoir peut-être ?

Hakame - Je vous en prie. C’est déjà parti.

Le barbu en profita pour enchaîner avec ce qui l’intéressait.

Homme - Hoshi a une cargaison de bois qui pourrait convenir à notre affaire, Daisuke.

Daisuke - Voyez-vous ça…

Daisuke ne l’avait pas quitté du regard, avec toujours un peu de suspicion au fond des yeux. Son corps, en revanche, s’était quelque peu détendu à son insu et n’était plus en position de défense. Il savait ce qu’il avait vu mais pour une raison ou pour une autre, il était au stade où il se demandait s’il ne l’avait tout simplement pas rêvé. Hakame savait que les gens se faisaient le plus gros de leur avis sur quelqu’un aux alentours des vingt premières secondes d’une interaction. Il lui fallait effacer cette impression dès maintenant pour que le doute disparaisse.
Plus que sur les paroles qu’il prononçait, il se soucia du ton et la façon sur lesquels il les prononçait.

Hakame - Je suis basé sur Mage, à l’origine, mais je suis venu avec une pleine cargaison pour vendre à un acheteur intéressé. Il s’est toutefois désisté pour une partie du chargement et je suis actuellement en pourparler avec lui pour le convaincre de me payer la totalité. Mais je suis un homme simple et je n’aime pas les affaires complexes.

Daisuke - C’est-à-dire ?

Hakame - Si je pense que le bois dont je dispose peut faire l’affaire et que vous êtes intéressé sur le prix que je vous propose, et sur la marchandise, nous aurons un accord.

Daisuke acquiesça lentement la tête. Son corps était tourné vers lui, à présent, et plus rien dans sa gestuelle n’indiquait le doute ou la peur. Il s’était concentré sur l’affaire en cours et avait relégué son impression au deuxième plan. Du moment qu’il ne pouvait plus se convaincre qu’il avait bien vu ce qu’il avait vu, cela convenait à Hakame. La douleur à sa main droite s’était atténuée après l’explosion et restait à présent localisée dans son doigt uniquement.

Homme - Venez jeter un œil aux travaux prévu.

Hakame s’exécuta. Il écouta d’une oreille distraite les commentaires du barbu et les précisions d’Encho, tout en paraissant fasciné par les croquis qu’on lui présentait. Il y allait parfois d’une question ou d’une exclamation presque inconsciente, et réfléchissait à ce qu’il allait faire à présent. Les battements de son cœur s’étaient calmés et avaient repris un rythme presque normal. Tsuna devait arriver dans deux jours. Il était hors de question de faire quoi que ce soit à Encho, ce n’était pas leur cible. De la même façon, il était improbable que l’homme et sa famille s’évaporent de sitôt. D’un autre côté… s’il partait sans laisser de trace, l’homme se souviendrait de sa petite erreur et cela augmenterait ses soupçons. Personne ne pourrait alors prévoir son attitude, peut-être partirait-il, peut-être s’entourerait-il de gardes ou préviendrait-il quelques uns de ses amis, ou Nagata lui-même… Mais Hakame n’allait certainement pas trouver une cargaison de bois à leur présenter dans l’immédiat. Il pourrait toujours retomber sur ses pattes. Tout dépendrait d’Haya. Si elle souhaitait passer à l’action dès qu’elle aurait l’information ou si elle souhaitait attendre.

Daisuke - Cela vous semble raisonnable ?

Hakame - Pour la quantité de bois requise, sans aucun doute. Je ne suis pas tout à fait sûr que la cargaison que j’ai puisse faire un excellent plancher mais avec un peu de travail…

Homme - Oui, ça devrait quand même le faire. Vous avez du bois brut ?

Hakame leva mentalement les yeux au ciel. Il devait absolument éviter une discussion poussée sur la qualité de son bois. Il n’y connaissait strictement rien.

Hakame - Ce sont des planches dans la majeure partie.

L’homme hocha la tête, pensif, et Hakame en profita pour changer de conversation.

Hakame - C’est une belle propriété. Vous venez de finir les constructions principales ou bien ?

Daisuke - Non, la maison était déjà construite quand nous avons emménagé. Mais ma femme attend un nouvel enfant et je pense qu’une salle supplémentaire pour les gamins ne serait pas de trop.

Hakame sourit.

Hakame - Vous en avez plusieurs comme ça ?

Daisuke - J’attends mon troisième... Mais c’est un bon endroit ou grandir ici.

Hakame - Ha, ne m’en parlez pas, j’ai grandi à Mage et malgré tout ce qu’on peut en dire, il n’y avait vraiment pas grand-chose à y faire… Une enfance avec d’autres enfants est en effet une bonne chose.

Hakame se demanda comment réagirait Haya quand elle serait face à cet homme. Car c’était la finalité. Un jour, la jeune fille se trouverait face à lui, encore. Est-ce qu’il la reconnaîtrait ? Sans doute. Jusqu’où irait sa force ? Sa justice ? Toute la question se résumera à cela : à partir de quel degré de souffrance elle estimera qu’Encho a suffisamment payé pour s’en retourner vers d’autres affaires, d’autres souffrances. Sa mort ? Sa torture ? La mort de ses enfants ? De sa famille ? Leurs douleurs ? Elle n’avait décidément pas choisi la voie de la simplicité, mais il n’y avait pas réellement de choix ici, seulement des conséquences qui finiraient forcément par retomber.

Hakame prit congé peu de temps après, donna l’adresse à laquelle on pouvait le joindre et promit de leur donner promptement des nouvelles de sa cargaison. Sur le chemin du retour, il s’arrêta dans une petite bâtisse pour y faire soigner son doigt. Pendant que l’on s’affairait à lui appliquer un bandage, l’homme réfléchissait sur son coup de sang qu’il n’avait pas vu venir. Cela faisait des années qu’il était ninja, des années qu’il avait appris à taire certaines émotions quand le temps l’exigeait. Il était tellement sûr de maîtriser pleinement l’opération depuis le début qu’Hakame n’avait jamais remarqué à quel point il était personnellement impliqué dedans. D’une manière qui le mettait en danger, peut-être plus qu’il ne l’imaginait. Hakame essaya de voir la situation d’un œil neuf.

D’une manière ou d’une autre, il avait étouffé son ressentiment à l’égard de Daisuke, de ce que lui et les siens avaient fait à Haya, et il s’était engagé sans même imaginer éprouver cela. Mais une fois face au tortionnaire, le mensonge s’était envolé et il avait dû puiser en lui pour reprendre les choses en main. Cependant, cette impression, la peur qu’Encho avait ressentie à ce moment là, ce n’était pas un sentiment qui s’effacerait facilement. Inconsciemment, Encho avait déjà un a priori sur lui. Si Hakame laissait transparaître la moindre chose à partir de maintenant, l’opération était comprise et sa sécurité n’était plus assurée. Il gardait en tête que Daisuke pouvait se montrer plus paranoïaque qu’il ne l’imaginait pour l’instant.

Hakame rentra chez lui. Il devait informer Tsuna des évolutions de l’affaire. Cela se jouerait dans les jours à venir. S’ils prévenaient Haya qu’ils avaient trouvé la cible, rien n’indiquait que la jeune fille passerait immédiatement à l’action. Dans ce cas là, il faudrait maintenir la couverture un peu plus longtemps pour ne pas éveiller les soupçons. Encho avait les moyens de se cacher là où personne ne pourrait plus l’atteindre : à Yukan, auprès de Nagata Hideyoshi.

Et ce n’était pas souhaitable du tout.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Ven 14 Mai - 22:56

VI - Temps d’arrêt

Les qualités des juunins… la puissance en était une, mais elle trouvait sa propre insuffisance. Hakame avait vu de nombreux ninjas au cours de sa vie, dont certains se reposaient uniquement sur l’impression de puissance qu’ils avaient d’eux-mêmes. Ces ninjas ne pouvaient aller très loin, car ils suivaient une voie unique, constamment changeante. La puissance alors, mais aussi l’intelligence du terrain, la capacité à lire et à analyser les éléments. Un atout déjà plus rare. Il y avait de véritables génies dans ce domaine, comme partout ailleurs, et c’était une des qualités qui permettait à Idan Sö de rester un excellent juunin. Même s’il n’aurait plus jamais la puissance animale d’un Satoshi.

Mais au-delà de ces considérations dualistes, il y avait l’expérience. Hakame avait la certitude qu’il n’était pas devenu juunin après sa promotion, mais bien plus tard, quand il avait saisi l’essence du mot et de ce qu’il impliquait. La nécessité d’être perpétuellement excellent, au risque de brouiller la répartition des rôles. Les juunins sont faits pour commander, et ils commandent par rapport à leur expérience. C’est la raison pour laquelle un mauvais juunin ne peut pas exister. Ce sera simplement un juunin avec les mauvaises expériences et cela était amené à changer. Hakame était-il un bon juunin ? Il se souvenait des mots de son ancien chef d’équipe : tu es foutrement mauvais quand il s’agit de cacher une poignée d’éléments, mais tu as un instinct de survie aussi aiguisé que celui d’un démon. Alors, oui, tu es un bon juunin. Cela ne lui avait pas paru suffisant et il avait creusé, longtemps, pour acquérir les qualités qui lui manquaient. Il était devenu bon, vraiment bon.

Et là, cet accident. Cela faisait si longtemps que cela ne lui était pas arrivé, et encore jamais dans ces proportions. Auparavant, il sentait quand il allait céder. C’était toujours après qu’on ait attaqué un point précis de son histoire, de son identité. Une situation révoltante qui appelait à ce qu’on prenne les armes. Mais il était devenu tellement bon qu’il était parvenu, par un retors jeu de son esprit, à se mentir à lui-même durablement. La haine meurtrière qu’il éprouvait pour Daisuke… le souvenir du dos d’Haya, complètement massacré… le souvenir d’Haya, quand Hakame restait à son chevet, en la suppliant de ne pas mourir, de ne pas lui laisser la moindre chance de s’amender aux yeux d’un Kade disparu à jamais... l’idée de ce qu’elle avait pu endurer, et de ce qu’elle continuerait à endurer toute sa vie quoi qu’il arrive à présent si elle refusait d’oublier… tout cela, il se l’était dissimulé à lui-même. Mais face à Daisuke, son instinct avait pris le dessus, puis son instinct de survie l’avait encore devancé et la situation s’était équilibrée. Ce genre d’erreur… Hakame savait qu’on ne les commettait pas souvent deux fois. Il n’y avait rien de pire que de se mentir à soi-même totalement et en toute sincérité. En temps normal, le mensonge cesse d’être quand on l’identifie comme tel, alors l’expression se mentir à soi-même perd de sa signifiance. Mais lui, comme d’autres avant lui sans aucun doute, était parvenu à formulé un mensonge authentiquement sincère.

Une arme très dangereuse qui avait manqué lui exploser entre les doigts et qu’il se promit de garder sous clef, maintenant qu’il l’avait repérée.

Il ne devait surtout pas trahir Haya. Il ne s’en remettrait jamais.

Tsuna - Hakame ? La liaison est claire.

Hakame - Tu es proche ?

Tsuna - Je suis arrivée sur Aso il y a quelques minutes. Je prends la route qui mène à la ville de rendez-vous. Comment est-ce que cela se passe ?

Hakame se passa la langue sur la lèvre supérieure.

Hakame - J’ai trouvé Encho Daisuke.

Il y eut un instant de silence, puis Tsuna reprit.

Tsuna - Là où tu es ? Tu as prévenu Ona ?

Hakame - Oui il est ici, à Tsuge. Je comptais prévenir Ona tout de suite après toi. J’attendais d’être vraiment sûr que ce soit bien lui, mais plus de doutes.

Tsuna - Je le contacte tout de suite, on avisera à trois.

Hakame faisait les cent pas dans sa petite chambre d’auberge exiguë, les mains derrière le dos. Le son du plancher qui craquait sous ses bottes le rassurait, quelque part, même si cela n’apaisait pas les battements puissants de son cœur. Il ne jugea pas opportun de discuter avec Tsuna de son brusque emportement et de l’erreur qui en avait découlé, il informerait les anciens membres de la flamme jaune lorsqu’il les aurait en face.

La voix sereine d’Ona retentit dans son esprit.

Ona - Oui ?

Tsuna - Hakame a trouvé Daisuke Encho, à Tsuge, une ville d’Aso.

Ona - Je vous rejoins immédiatement. Cela tombe bien, je suis dans une ville portuaire.

Hakame - Je me fais pour l’instant passer pour un marchand de bois. Je pense continuer à recourir à cette couverture afin d’éviter tout soupçon dans l’esprit d’Encho.

Il espérait profiter de sa journée pour vérifier au port s’il n’y avait pas une cargaison de bois à racheter. Si cela lui revenait trop cher pour ses moyens actuels, il aurait toujours son bandeau qui avait le pouvoir magique de se passer de tout autre justification. Ils allaient selon toute vraisemblance devoir faire durer la supercherie un peu plus longtemps.

Ona - Bien. Je pense que je serais là demain dans l’après-midi.

Tsuna - Pareil. Peut-être un peu plus tôt, on verra.

Ils mirent fin à la transmission quelques secondes après. Hakame avait le plan de sa journée dessiné dans son esprit et s’il avait sa part de hasard, il comptait bien le dérouler sans anicroche. Il se prépara rapidement et quitta sa chambre, en indiquant au propriétaire que si on le demandait, il était absent pour la journée. Intérieurement, Hakame doutait qu’on viendrait le déranger ici, mais il préférait assurer ses arrières, d’autant plus qu’il avait donné son adresse à plusieurs personnes de Tsuge.

Il n’était pas encore huit heures, le village était encore pour une partie ensommeillé. La plupart des marchands cependant avaient sorti leurs denrées et les exposaient à la vue de tous, le long des avenues. De nombreux arômes flottaient dans les airs, dont la diversité donna une très légère nausée à Hakame. Il ne fut pas mécontent de laisser derrière lui la petite ville et de prendre la direction du port, à un pas vif mais régulier. Il préférait mettre un peu de distance entre lui et Tsuge avant de jouer au ninja… on n’était jamais trop prudent quand autant de choses pesaient dans la balance. Certain qu’il n’était pas suivi et qu’il n’y avait plus personne dans les environs, Hakame coupa à travers la petite forêt de pins et prit de la vitesse, son long manteau de pluie claquant sèchement derrière lui à chaque bond.

Très vite, les effluves salés de la mer vinrent lui caresser les narines. Le petit port n’était pas à proprement parler une ville à part entière, il était, d’après ce qu’Hakame avait compris, rattaché commercialement à Tsuge. Il s’agissait d’une sorte d’extension car si Tsuge s’était établi dans les terres, il n’avait pas pour autant négligé la richesse potentielle du commerce maritime. Les chemins qu’Hakame, par souci de rapidité, n’avait pas emprunté étaient par ailleurs bien dégagés et entretenus, témoins d’une féroce activité qui nourrissait quotidiennement la bonne tenue de Tsuge. Le juunin se découvrit un fort appétit et sitôt arrivé au port, il acheta quelques fruits qu’il dévora en chemin. Il avait repris un pas normal, un pas de marchand, et jetait des coups d’œil discrets autour de lui.

De nombreux bateaux attendaient en mer, plus que le port ne pouvait en contenir. Hakame avisa des projets d’agrandissement des lieux, sur toute l’aile est. Bientôt ce petit port était destiné à doubler de volume, preuve à nouveau des ambitions florissantes de Tsuge. Cela, du reste, était bon pour lui. Il aurait plus de chances de trouver ce qu’il désirait. Les recherches lui prirent plus de trois heures, chacun des marchands le renvoyant à un autre ou, quand il tombait sur un d’entre eux qui vendait bien du bois, il s’avérait que les quantités étaient beaucoup trop insuffisantes. Néanmoins, Hakame parvint à rassembler au total trois vendeurs différents qui, cumulés, pouvaient lui fournir suffisamment de bois. Il acheta de sa poche les deux premières cargaisons, les plus petites qui mises bout à bout ne rivalisaient pas avec la cargaison du troisième vendeur, un petit homme râblé et tout enfumé de ses propres cigarettes.

Hakame - Me revoici. Combien pour votre cargaison ?

Marchand - Trop cher pour toi, mon gaillard.

Hakame montra son bandeau ninja. L’homme plissa les yeux et tira longuement sur sa cigarette. L’embout rougeoya de façon sinistre, avant de s’éteindre brusquement.

Marchand - D’accord. Je veux un acompte.

Hakame lui donna une pleine bourse d’argent (sans doute plus que ne valait la cargaison, à son avis, mais il n’était pas venu ici pour faire des économies). Le marchand jeta un coup d’œil et rangea la bourse dans la sacoche qui pendait à sa ceinture. Il fit un signe de tête pour désigner l’imposant bateau derrière lui.

Marchand - C’est à toi mon gars.

Hakame - Où est-ce que je pourrais faire couper vos rondins en planches ?

Le marchand le dévisagea avec ce qui aurait pu passer pour de la surprise pour quelqu’un de plus expressif.

Marchand - Toute la cargaison ?

Hakame - Une bonne partie.

Il eut une moue dubitative et regarda autour de lui, les yeux toujours plissé. Il désigna du bras un bâtiment presque entièrement caché derrière un petit marché local.

Marchand - Essaye de t’arranger avec les gars de là-bas… Mais ça va demander du temps, y a quand même un paquet de rondins.

Hakame sourit poliment.

Hakame - Je ne suis pas pressé. Est-ce que je pourrais louer votre bateau jusqu’à demain ?

Même air de surprise atone.

Marchand - Toi mon gars, t’es un compliqué. Mais ça ne me pose pas de problème, je dois rester là jusqu’en fin de semaine. Alors si tu veux embarquer toutes tes planches dans mon bateau, fais-le.

Hakame - Je vous remercie. Des gens viendront ramasser les rondins pour les débiter en planches, puis d’autres gens viendront apporter toutes mes cargaisons dans votre bateau. Bonne journée.

Hakame remonta rapidement jusqu’au bâtiment que lui avait indiqué le marchand. Il traversa le marché relativement peu fréquenté, et poussa la petite porte noire. A l’odeur, il était impossible de ne pas se rendre compte qu’il s’agissait d’une scierie. Il n’y avait toutefois personne pour l’accueillir, hormis de vastes scies métalliques, qui dégageaient malgré elles une impression lugubre. Hakame se promena d’un pas lent dans les locaux enténébrés, les mains derrière le dos, affichant une mine de curiosité polie pour tout ce qu’il voyait. Finalement, un très jeune garçon déboula dans la pièce, les bras chargés de documents.

Garçon - Oups... Vous attendez depuis longtemps m’sieur ?

Hakame - Non. Est-ce que je peux m’entretenir avec un responsable ?

Le garçon déposa lourdement son fardeau sur le comptoir et s’épongea un front dégagé de toute trace de sueur. Sa tête dépassait à peine de la table de bois.

Garçon - C’est qu’ils sont pas là. Partis coupés des arbres crevés. Ils reviennent tout à l’heure si vous voulez attendre, mais vous allez vous ennuyer.

Hakame sourit.

Hakame - Oui, et je suis malheureusement pressé. Est-ce que tu aurais du papier et un stylo ?

Garçon - Bien sûr... on écrit pas sur des planches, ‘savez…

Il ronchonna les derniers mots, fouilla dans un large bureau derrière lui et revint avec les objets demandés. Hakame rédigea rapidement quelques mots, que le garçon essayait de déchiffrer de là où il était. Tout en écrivant, Hakame donna ses instructions à haute voix.

Hakame - Dès que les responsables seront revenus, tu leur donneras cela. Tu y penseras, n’est-ce pas ? C’est très pressé. Il faut qu’ils scient des rondins en planches, puis qu’ils ramènent ces planches au bateau où ils les auront prises.

Hakame chercha dans sa veste et posa une nouvelle bourse d’argent sur la table. Les yeux de l’enfant s’agrandirent en entendant le bruit caractéristique des pièces qui se frottent.

Hakame - Ceci devrait couvrir les frais de vos services, et devrait vous permettre de louer des bras supplémentaires pour acheminer les rondins et les planches. Je laisse tout cela reposer sur vous, d’accord ? Je ne passerai pas avant demain. D’accord ?

Garçon - Pas de souci. Ramasser les rondins, couper les rondins, ramener les planches, profiter de l’argent. Facile.

Hakame quitta la scierie aussitôt après, soulagé de beaucoup d’argent et de beaucoup de problèmes d’un même élan. Il ne s’attarda pas plus que de raison dans le petit port, et revint d’un pas tranquille à Tsuge. Si le chemin sur le retour lui parut bien plus long qu’à l’aller, il s’avéra également beaucoup plus joli. Il dépassa quelques lourds convois qui acheminaient des richesses vers la ville mère, avec une organisation militaire. Les portes de Tsuge se dessinèrent, Hakame ne prit pas la peine de retourner à sa chambre se débarbouiller et se dirigea directement vers la demeure d’Encho Daisuke. Son petit doigt cassé se rétracta, comme en souvenir de l’événement passé. Hakame n’avait plus peur de se piéger à nouveau, cela était derrière lui maintenant qu’il avait identifié et neutralisé le trouble qui l’avait surpris plus tôt. Il toqua à la porte, et ce fut à nouveau la femme d’Encho qui lui ouvrit. Une belle femme, par ailleurs, nota Hakame, avec des grandes mèches brunes et des yeux sombres grands ouverts. Elle lui fit signe d’entrer et l’informa qu’Encho se trouvait dans le salon.

Il y était bel et bien, mais il n’y était pas seul. Un autre homme, assit dans un large fauteuil tape à l’œil, avait aussitôt levé le regard vers lui. Ils se dévisagèrent un instant et l’instinct d’Hakame frémit contre sa poitrine. C’est le regard d’un homme qui a déjà tué, Hakame.

C’est le regard d’un homme qui a peut-être tué deux petites filles il y a plus d’un an maintenant, et qui en a laissé une autre pour morte.


Hakame salua Encho et serra la main de l’inconnu, sans ciller quand ce dernier pressa son petit doigt cassé (sans malice, il n’avait aucun moyen de savoir que ce dernier était cassé, à moins d’y regarder de très près).

Daisuke - Bonjour Hoshi. Comment allez vous ?

Hakame - Très bien Daisuke, merci.

Encho se tourna vers son invité, qui s’était levé pour serrer la main d’Hakame, et le présenta du bras.

Daisuke - Hoshi, voici Suiteki. Un ami de longue date qui est venu m’apporter quelques nouvelles.

Hakame en profita pour le détailler plus précisément et fixer son image dans son esprit. Un peu plus grand que lui, le teint basané, légère cicatrice au-dessus des lèvres et sur l’oreille, longs cheveux noirs et début de barbe, bien que cela soit peut-être dû au voyage plutôt qu’à une habitude bien ancrée. Il avait le torse puissant et la poigne ferme et sûre d’elle, mais dans son regard bleu, Hakame le savait, il y avait un relent de cruauté dissimulé derrière une vive intelligence. Cet homme avait sans aucun doute possible déjà tué, le juunin y aurait parié son bras, mais de là à l’accuser d’avoir pris part aux atrocités du cinq décembre… Hakame révisa rapidement sa position, jugeant qu’il lui semblait improbable qu’Encho renoue avec ce passé qu’il avait de toute évidence décidé de noyer sous l’opulence. Néanmoins, il rangea le nom dans un coin de son esprit et se promit d’avertir Tsuna et Ona dès ce soir. Ils avaient peut-être trouvé une nouvelle bête à traquer, pendant qu’il terminait celle-ci.

Hakame - Enchanté. D’ailleurs, je reviens juste du port, pour vérifier la situation de la cargaison et je peux vous la céder dès demain.

Daisuke - C’est parfait, c’est parfait… Hum. Nobuhide est dehors, allez donc l’en informer, cela le soulagera d’un grand poids.

Hakame acquiesça, salua de nouveau du chef Suiteki, et se dirigea vers la sortie mais il tomba nez à nez sur la barbe Nobuhide, auréolée de la lumière de l’extérieur. La grosse voix de l’homme retentit, avec ces nuances rieuses qui lui paraissaient maintenant habituelles.

Nobuhide - Oh Hoshi ! Comment va ?

Hakame se déplaça subtilement sur le seuil de dehors et entretint une rapide conversation de banalité avec Nobuhide, qui était ravi d’apprendre que la cargaison de bois était fin prête à leur être confiée, et il se faisait une joie sincère d’aller chercher les planches dès demain. Pendant ce temps, Hakame prêtait une oreille très intéressée aux propos d’Encho et de Suiteki, mais ne parvint pas à saisir autre chose que des mots isolés et coupés de tout sens. Néanmoins, il n’était pas sans remarquer qu’ils avaient sensiblement baissé d’un ton en remarquant que les deux hommes discutaient dans le salon.

En sortant, Hakame se fit la réflexion qu’il n’avait jamais été aussi impatient de revoir ses compagnons.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Jeu 20 Mai - 19:21

VII - La mécanique d’acier

Tsuna arriva en milieu d’après-midi.

Hakame la dirigea grâce au sceau qu’ils partageaient. La femme ne perdit pas de temps à se faire connaître par le tenancier de l’établissement : elle passa directement par la petite fenêtre largement ouverte et se glissa au sol, féline. Hakame la serra brièvement dans ses bras en la saluant. Tsuna se dégagea pour aller se passer la tête sous l’eau, elle n’avait de toute évidence pas pris beaucoup de repos et portait les traces d’un long voyage, sur le visage mais aussi sur ses vêtements. Elle retira sa veste et la déposa par terre, avant de rejoindre Hakame sur le lit simple qui surplombait fièrement la pièce.

Tsuna - Alors ?

Hakame prit le temps de tout lui raconter, même s’il savait qu’il allait devoir recommencer ce soir à l’arrivée d’Ona. Il n’omit aucun détail, pas même son accès de colère incontrôlable, sans que Tsuna ne trahisse le moindre signe particulier. Quand il eut achevé, Tsuna détourna la tête et fixa le plancher, pensive.

Tsuna - On a donc Encho… Et peut-être un autre. Il faudra prévenir Haya.

Hakame acquiesça. Haya avait demandé à être avertie s’ils venaient à localiser et identifier Encho Daisuke, afin qu’elle puisse à son tour avertir ses autres alliés dans cette affaire. Par la suite, tout dépendrait de la jeune fille. Si elle passait à l’action immédiatement, ce qui déclencherait tout un mécanisme implacable qu’il leur faudrait soutenir jusqu’au bout de leurs forces pour éviter qu’il ne les emporte, ou si au contraire elle laissait s’écouler du temps pour être totalement prête. Hakame avait une entière confiance en Haya, mais il savait également qu’elle restait une enfant pour beaucoup de choses et que même si elle n’en faisait pas montre ouvertement devant lui, tout ceci était fatalement relié à une très forte émotion. Mais il n’y avait pas de décision meilleure qu’une autre, par conséquent Haya ne pouvait pas se tromper.

Elle saura quand elle sera prête. Et à ce moment là, ils devraient tous l’être pour la suivre dans la voie qu’elle se sera dessinée.

Tsuna - Comment est-il ?

Hakame - Il ressemble à un homme qui a décidé de fermer les yeux sur son passé. Mais cela ne marche pas ainsi.

Tsuna secoua lentement la tête.

Tsuna - Non… non, cela ne marche pas comme ça, murmura-t-elle d’une voix douce nostalgique.

Ils pensaient tous les deux à Kade. Personne ne fermait les yeux sur un passé et on le porte bien après sa mort… comme un fardeau qui pèserait chaque année un peu plus, qui ne serait jamais soulagé, bien au contraire. Chaque rencontre, chaque expérience s’ajouterait, jusqu’à ce que les os de leurs épaules craquent et protestent. On ne pouvait oublier facilement ce qu’une personne a été et quelque part, il y a beaucoup d’espoir là dedans. Cela permet de rester un peu vivant dans l’esprit de chacun… en bien ou en mal.

Ona arriva en début de soirée. Le soleil était presque couché à présent, et ses derniers rayons dardaient fièrement contre le mur opposé de la chambre d’Hakame. Il passa par la même fenêtre que Tsuna un peu plus tôt et, comme il l’avait imaginé, Hakame répéta le cheminement de son histoire. Ona l’écouta posément, sans l’interrompre jamais, les mains posées devant lui. Il garda le silence un moment. La pièce était plongée dans le noir à présent, avec toujours cependant le faible éclat qui émanait de la rue et, dans une moindre mesure, de la lune encore mal dessinée.

Ona - Comment as-tu interprété ton coup de colère ?

Hakame - La volonté de tuer Encho. La même que l’on ressent quand on prend part à un combat, cette urgence à tuer son ennemi. C’était un élan de mon instinct, une impulsion de violence.

Ona acquiesça lentement.

Hakame - Je crois que j’ai toujours eu la volonté de tuer Encho mais que mon esprit me l’a dissimulé. Le mur s’est craquelé quand je me suis retrouvé face à lui, et j’ai eu ce moment de faiblesse. Maintenant que le mal a été identifié, je l’ai corrigé, néanmoins…

L’ancienne flamme jaune releva la tête vers lui.

Hakame - Encho est un tueur. J’ai fait de mon mieux pour apaiser les doutes de son esprit, mais intérieurement, il savait comment interpréter mon geste.

Ona - En a-t-il fait mention ?

Hakame - Jamais. Rien dans son attitude actuelle ne montre la moindre réserve de ce type. J’aimerais dire que cela est derrière nous, mais je ne peux rien assurer.

Tsuna et Ona échangèrent un bref regard. La femme se leva, se dégourdit les jambes en quelques pas et alla se placer à la fenêtre. Tsuge était très calme à présent, comme si toute la ville s’endormait en même temps que le soleil. La voix sereine d’Ona retentit à nouveau.

Ona - Si la situation te semble dangereuse, nous pouvons cesser l’opération dès à présent. Nous mettrons Encho sous surveillance, qu’on organisera ici même. Il ne nous échappera pas. S’il devait retourner dans les jupes de son maître, nous le saurions aussitôt et il serait intercepté.

Hakame - Le plus important, c’est qu’il n’ait pas la preuve que nous venons de kiri. Si c’était le cas… bien, il ne pourrait pas faire grand-chose en l’état, mais cela serait un danger.

Hakame chercha dans la poche de sa veste et jeta son bandeau sur le lit.

Hakame - Emportez ça avec vous. Je vais rester au contact de ma bête encore quelques temps, afin que ma couverture soit totalement épuisée, puis je repartirai pour kiri.

Ona ramassa le bandeau sans rien dire, mais Hakame sentait les paroles qu’il ne prononçait pas. L’ancienne flamme jaune savait qu’Hakame n’ignorait pas les risques qu’il prenait, et s’il laissait son bandeau, c’est qu’il pensait bien que cela pouvait prendre un mauvais tour. Ne rien laisser au hasard et prévoir ces mauvais tours, c’était là ce qu’ils devraient faire tout du long de l’opération. Il n’y avait rien à dire contre cela, à part l’accepter.

Hakame - Ce Suiteki quitte Tsuge demain, par ailleurs.

Ona - Nous le prendrons en chasse discrètement.

Tsuna - Si on arrive à obtenir sa localisation, ce sera du temps de gagner au cas où. On ne servirait à rien ici, de toute façon.

Ils dormirent tous dans la même chambre cette nuit là. Hakame leur avait donné un signalement de l’homme qu’ils devraient traquer ainsi que l’endroit où se situait la demeure d’Encho, si cela leur disait d’attendre dans les environs. Leur visage avait des chances d’être connu par ici, après tout il ne s’agissait de rien de moins que la flamme jaune du temps de Kade Kasen, une équipe légendaire dans le pays s’il en est. Mais ils ne prendraient pas ce risque, bien sûr. Hakame les entendit se préparer aux petites heures. Il leur souhaita bonne chance, mais préféra dormir encore quelque temps. Rien ne pressait sur son emploi du temps.

Quand il se réveilla, le soleil était levé et illuminait sa fenêtre d’une crinière flamboyante. Hakame se dégagea de son lit, prit une longue douche et se prépara. Il avait rendez-vous avec Nobuhide, qui l’attendait déjà à une sympathique terrasse. Il y prit son petit déjeuner, discutant de tout et de rien avec le barbu bavard. Un homme sympathique, qui ne s’imaginait certainement pas qu’il était au beau milieu d’un vase rempli de serpents et qu’il s’y jouait une danse bien dangereuse. Hakame sourit. Louée soit l’ignorance, pensa-t-il. Ils partirent aussitôt après avoir fini de manger (Nobuhide insista pour payer) et prirent la route du port, tranquillement, sans cesser de parler. Le soleil joua sur leurs visages pendant tout le trajet, car ils prirent bien sûr le chemin de terre et ne coupèrent pas par les bois, comme l’avait fait Hakame la veille. Ils se dirigèrent tout de suite vers le bateau (mon bateau, pensa Hakame), mais le marchand trapu était invisible aujourd’hui. Ils montèrent à bord et descendirent dans les cales. Hakame poussa un gros soupir intérieur : les planches avaient bel et bien étaient déposées, le travail était parfait. Environ les trois quarts de la cargaison se constituaient de planches, comme l’avait laissé entendre Hakame lors de sa première visite à la demeure d’Encho.

Nobuhide avait l’air très content de la quantité de bois. Il releva, pour lui-même plus que pour son compagnon, que les bois n’étaient pas similaires. Hakame sentit les battements de son cœur s’accentuer. Bien sûr, Nobuhide ne risquait pas de manquer un détail aussi évident et si pour lui cela ne revêtait aucune importance particulière, cela pourrait représenter un doute supplémentaire dans l’esprit d’Encho.

Mais il n’en fut plus question et les deux hommes quittèrent les cales. Hakame croisa le regard du petit marchand, qui le salua du chef avec un long sourire désabusé. Avant de retourner à Tsuge, Hakame déposa une lettre pour sa sœur dans un bateau long courrier qui devait prendre la direction d’Uke avant midi. Bien sûr, il s’agissait d’un courrier pour Haya. Sa sœur n’aurait aucun mal à l’acheminer à kiri en toute sécurité. Haya devrait le recevoir… peut-être dans trois jours, s’ils étaient quelque peu chanceux. Les deux compagnons s’acheminèrent ensuite à Tsuge, vers la demeure d’Encho, et Hakame assista aux préparations de Nobuhide qui s’apprêtait à envoyer ses hommes chercher les cargaisons de bois. Le juunin remarqua par ailleurs que Suiteki était bien parti et qu’Encho se révélait peu visible, ne venant les voir que très rarement et très sommairement. Du moins, en début de journée. Il fut totalement disponible dès que les premiers convois quittèrent le port, peu après deux heures. Les trois hommes discutaient avec amabilité, en attendant l’arrivée des convois. Hakame essayait de percevoir quelque chose d’intéressant, mais il ne trouva rien de bien consistant. Sa couverture n’aurait bientôt plus de raison d’être et il pourrait retourner à Uke. Ce soir, il demanderait à Tsuna et Ona où ils en sont.

Daisuke - C’était une affaire rondement menée, Hoshi.

Hakame ramena sa conscience dans la conversation et sourit avec naturel. Ne baisse pas ta garde, garçon, ne baisse pas ta garde, se murmurait-il mentalement.

Hakame - Je trouve aussi et je dois dire que je n’en suis pas mécontent.

Daisuke - Vous venez de Mage, disiez-vous ?

Hakame - En effet, j’y ai grandi.

Daisuke - Avez-vous déjà rencontré Tamako ? Son travail m’a toujours intrigué.

Hakame hocha la tête avec une énergie retenue.

Hakame - Oui, il y a un petit moment maintenant. J’ai offert l’une de ses perles à ma femme alors, mais ça ne nous a pas empêché de nous séparer.

Nobuhide rit et ils en profitèrent pour changer de discussion.

Le temps s’était considérablement rafraîchi quand les convois furent annoncés. Le soleil n’était pas tout à fait couché, mais le vent s’était levé et apportait l’humidité des côtes proches. Les trois hommes se levèrent pour assister au stationnement de cinq gros convois dans la rue qui ouvrait directement sur la demeure d’Encho. Hakame se proposa d’aider Nobuhide, Daisuke et leurs hommes, n’ayant pas grand-chose d’autre à faire. Une heure pleine s’écoula ainsi, à porter les lourdes planches et à les entasser dans la cour de derrière.

Hakame retira son manteau et apparut en survêtement blanc, qui lui laissait les bras nu et dévoilait une partie de sa gorge. Au moment d’ôter son manteau, il tira sur son survêtement de manière un peu trop appuyée et lorsqu’il croisa le regard d’Encho posé sur lui, sérieux, un long frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale.

Il avait aperçu le sceau qu’il portait sur le torse.

Hakame lui sourit d’un air volontairement niais et s’étira, comme si de rien n’était, avant de reprendre son travail. Il fallait disparaître maintenant. C’était l’erreur de trop. Peut-être Encho n’était-il pas au fait de tout l’attirail des ninjas, mais il avait déjà des doutes et il ne faisait que les alimenter en arborant ce qui ressemblait, de loin, à un tatouage. Pour peu qu’Encho sache distinguer un sceau d’un simple tatouage… Hakame se passa le dos de la main sur le nez.

Il fallait disparaître maintenant.

Hakame - Nobuhide, je vais y aller. On réglera les paiements et tout ça demain, si tu veux bien. Je suis un peu claqué.

Nobuhide - Très bien, et merci pour le coup de main hein! A demain alors.

Il lui donna une grande claque dans le dos et retourna auprès des convois pour en prendre un nouveau chargement. Hakame regarda alentour. Encho avait disparu de son champ de vision, une excellente chose puisqu’il ne comptait jamais remettre les pieds à Tsuge. Il attrapa son manteau, sortit de la propriété et remonta la large rue alors que le soleil disparaissait.

Dès ce soir, il pouvait certainement se dégoter un voyage de nuit vers Uke. Il contacterait Tsuna à ce moment et ils verraient ce qu’il convenait de faire, selon leur propre avancement. Le plus important pour l’instant, c’était de suivre l’exemple du soleil et de s’évanouir… seulement que lui ne reviendrait pas le lendemain ni jamais. Nobuhide avait sans aucun doute fait là l’affaire du siècle.

En tournant la poignée de sa porte, Hakame ressentit tout de suite que quelque chose n’allait pas. Il sourit à part lui. Mes sombres ennemis, hein… Mais il entra néanmoins et reçut un violent coup sur le sommet du crâne, insuffisant toutefois à le laisser sur le carreau. Hakame se laissa choir et rouer de coups. Je ne dois pas trahir Haya, je ne dois pas trahir Haya. La phrase tournait dans sa tête, à mesure que l’inconscience rongeait son esprit.

Je ne suis qu’un marchand. Je ne suis qu’un marchand et tout ceci est une méprise. Je ne suis pas un ninja. Je ne peux pas vous tuer avec mes seules mains.

Je ne dois pas trahir Haya.

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Lun 24 Mai - 17:35

VIII - Cracher le sang

Nom… est… qui… envoyé… Tsuge… nous… me…

Les mots tourbillonnaient dans son esprit, sans qu’il ne parvienne à s’y attacher. Ils le frôlaient, le blessaient, mais ne restaient jamais suffisamment longtemps pour qu’il en pénètre le sens, les mette bout à bout de sorte à en faire ressortir quelque chose. Tout cela n’avait pas d’importance. Le monde extérieur défendait ce qu’il voulait. Hakame limitait sa conscience à une seule chose, je ne dois pas trahir Haya. Tout le reste… rien n’avait d’importance. Seulement cela, qui suffisait à le maintenir au-dessus des eaux, comme un vaste oiseau majestueux taché de goudron mordoré. Mais qui vole toujours.

Il n’y avait pas de temps, pas de douleur. Quelque part au fond de lui cependant, Hakame savait que cela ne faisait pas très longtemps qu’il était dans cette cave empuanti par l’humidité et la crasse accumulée. Il avait commencé à reprendre connaissance pendant qu’ils le traînaient dans la rue, mais il avait feint d’être toujours hors d’état de nuire. Car de nuisance il n’était pas question. Encore maintenant, il aurait pu se dresser sur ses deux jambes et écraser chacun de ses adversaires, sans ciller et sans faiblir. Ce n’était toutefois pas à lui de le faire, ce n’était pas à lui de tuer. Il n’était qu’un marchand dans cette fable, une illusion, un figurant et rien de plus. Alors ils pouvaient le frapper, le torturer, le tuer même… il resterait un figurant et ils ne sauraient rien.

Haya resterait intouchable, Encho ne pourra que s’avouer paranoïaque et maladif. Cela ne le pousserait pas à la guérison, non, sans doute tuerait-il Hakame pour soulager sa brève honte et pour éviter que tout ceci ne s’ébruite. Là aussi, la conscience d’Hakame passait dessus sans s’y arrêter. Sa mort n’était pas importante ici, la résistance, inutile. Il ne s’agissait pas de gagner ou de perdre, il n’y avait nulle victoire au bout de ce long calvaire. Il était de son devoir… de son devoir d’ami, pensait-il, de sacrifier son corps et sa vie à la mémoire de Kade et à Haya. S’il pliait là… mais à quoi aurait rimée sa vie ? Toute une existence peut se résumer en quelques secondes, à un choix unique : celui de respecter son engagement, un choix pénible et cruel, qui n’apporte rien d’immédiatement bon, ou celui de le trahir, d’accéder à un peu de facilité, d’éprouver une paix aussi éphémère qu’illusoire. Non, décidément, il n’y avait pas de choix ici, de la même façon qu’il n’y avait pas eu de choix pour Kade au moment de mourir.

La puissance des juunin… la puissance ? A quoi lui servait-elle à présent ? Au contraire, il devait la cacher, l’ignorer, feindre son absence. Ce n’est pas évident, quand on est habitué d’être grand, de se tenir à genoux. L’intelligence ? Aucune réflexion, de la réflexion naissait la nécessité de l’action. S’il prenait conscience de l’absurdité de sa position, lui, juunin émérite, prisonnier de… paysans grossiers, de salopards qui ont violé et tué Haya et ses sœurs, et qui aujourd’hui voudraient lui faire la même chose ? A lui ?! Hakame, juunin de kiri, plier genou devant eux ? DANS QUEL MONDE !

Aucune réflexion. Le confort pénible de l’inaction. Hakame n’attendait rien. La mort ne viendrait pas facilement, s’ils continuaient sur ce rythme. Son corps l’informait régulièrement de son état et il n’était pas inquiétant. Peut-être, bientôt, un début d’hémorragie, l’une de ses côtes menaçait régulièrement son foie… c’est une mort qui en vaut une autre et il ne dépendait pas de lui de s’y intéresser. Pouvait-il empêcher sa côte de trouer son foie ? Non. Pouvait-il écraser ces gens bruyants ? Non plus.

Quelqu’un le tira par les cheveux et Hakame vit, à travers un océan de noir et de pourpre, un œil très près du sien. Encho Daisuke. Ne me pousse pas à bout, petit homme, mes limites seront les tiennes. Si je ne réponds plus de mon corps, mon corps répondra de moi. Et crois-moi, tu n’as pas envie de l’entendre. Cela nous trahirait tous les deux…

Daisuke - Qui es-tu, salopard ?

Hakame - Hoshi… Take.

Daisuke - C’est faux !

Il le relâcha violemment et recommença à tourner autour de lui.

Daisuke - J’ai demandé à des contacts de Mage s’ils connaissaient un Hoshi Take… Le nom n’apparaît nulle part ! Mais il y a aussi le problème des planches, qui ne sont pas toutes de la même qualité, d’après ce qu’en dit l’autre con. Et le premier jour de notre rencontre… Ne me mens pas salopard ! Je ne peux pas me tromper, là-dessus, tu voulais me tuer. J’ai douté, je me disais que cela me reprenait, mes petites terreurs. Mais je ne me trompe pas cette fois-ci. Le sceau sur ta poitrine… tu es un putain de shinobi de kiri !

Il était essoufflé et pantelant. Une violente quinte de toux le surprit, avant qu’il ne crache par terre avec rage.

Hakame - Il… a… erreur.

Daisuke - Oh non. Non, non… pas cette fois. Je pourrais te torturer, mais au final tu me dirais ce que je veux entendre. Mais je vais quand même te torturer. Pour que tu me dises ce que je veux entendre.

Viens mon garçon, je t’attends. Je veux voir ce que tu vaux face à quelqu’un comme moi. Laisse-moi partager un peu de cette souffrance. N’aie pas peur de me décevoir.

*****

Haya s’était réveillée de bonne heure pour profiter avec Kinsuke du beau temps enfin apaisé.

Elle était immédiatement partie aux lacs très calmes en l’absence de la flamme jaune, où ils en profitèrent pour nager paisiblement et rester coucher sur l’herbe verte, si bien qu’elle ne rentra chez elle qu’en milieu d’après-midi. Elle y découvrit un courrier, glissé sous la porte, et le parcourut des yeux. Son cœur tambourinait violemment quand elle s’aperçut que c’était un courrier d’Hakame, partit avec Tsuna et Ona de l’ancienne flamme jaune, sur les traces d’Encho Daisuke.

Haya ne l’ouvrit pas tout de suite. Elle s’assit sur son canapé, la lettre posée sur les genoux puis respira comme si elle s’apprêtait à se retenir pour le reste de sa vie. Elle déchira l’enveloppe et parcourut les quelques mots des yeux.

Haya,

Nous avons localisé E. D. Il se trouve à Tsuge, sur Aso. Je reste à son contact quelques jours supplémentaires, pour finaliser l’affaire. Je reviens très vite.

Je t’embrasse et je souhaite que tu restes toujours forte,

H.


Haya relut les mots plusieurs fois et frissonna de la tête aux pieds à trois reprises, sans parvenir à commander à son corps. Comme dans ce temps qui lui semblait si ancien, où elle avait besoin de se déplacer sur des béquilles les jours de chances, et où elle devait rester au lit comme une mourante quand son corps se rebellait. Elle revoyait les yeux fous d’Encho au-dessus d’elle, alors qu’elle sentait sa vie s’égayer hors d’elle de façon chaotique, sans qu’elle n’y puisse rien faire. Elle se souvenait de la tête de Kaoru, qui avait roulé un instant sur le plancher de sa maison avant de s’immobiliser avec cette impression illusoire de paix. Le calvaire est terminé, Kaoru, avait-elle pensé alors, entre quelques sanglots de son esprit. Comme elle avait envie de la rejoindre ! Comme elle était terrorisée pour sa petite sœur à l’étage ! Comme elle aurait aimé que son père soit là !

Elle ne fut exaucée en rien.

Le souvenir du cinq décembre allait l’habiter jusqu’à la fin de sa vie. Et en relisant les mots d’Hakame, Haya tremblait. Ne reste pas auprès de lui, Hakame. Il est corrosif. C’est un homme de mal. Il y a chez lui une folie qu’elle n’avait pu qu’effleurer alors, peut-être, s’était-elle dit plus tard, une folie commune à tous les hommes. Quand on peut faire ce que l’on veut à une personne, sans souci des conséquences et, même, en étant récompensé pour ces conséquences… la folie aurait peut-être été de n’en pas profiter ? Mais, progressivement, Haya avait corrigé son attitude. Ce n’était pas quelque chose de normal qu’elle avait vécu, elle n’avait pas le droit de le banaliser de quelque sorte que ce soit… Elle fréquentait quotidiennement des tueurs, des gens qui ont déjà tué, qui continueront à tuer et dont la vie est orientée vers la mort. Mais ce ne sont pas des bêtes. Kinsuke ne lui aurait jamais fait tout cela, il n’aurait jamais créé ce calvaire à l’instant de lui prendre la vie. Naikin, Satoshi, Benihime, Hyô, Shimuka, Sokka… non plus. Ce n’étaient pas des bêtes. Il n’y avait pas, dans leurs yeux, cette lueur de folie qui dansait, hypnotisante.

Haya laissa la lettre sur sa table et sortit sur son balcon. C’était Hakame qui lui avait donné cet appartement, et qui lui en payait le loyer. Il n’avait jamais rien voulu savoir. Quand elle est arrivée à kiri, seule, détruite dans le sens le plus essentiel du terme et sans aucune perspective d’avenir, il était là, pour la tenir et pour lui ouvrir les yeux. C’était… grâce ou à cause de lui, elle ne savait pas, qu’elle était devenue ninja. Mais elle l’en remerciait de tout son cœur. Sans cela, Haya serait peut-être restée une victime toute sa vie. Elle n’y aurait rien pu faire, ça n’aurait pas été conscient. Mais elle n’aurait pas lutté aussi vitalement pour surmonter ses handicaps successifs… le contrôle de son corps… le contrôle de sa voix… ses déficits de confiance… tout cela, elle le devait à Hakame, puis à elle-même pour avoir persévéré, et à toutes les personnes qui l’avaient soutenu alors. Des personnes de ce village même, kiri.

La jeune fille sourit. Les yeux fermés et le nez levé, elle profitait du vent nocturne qui se levait.

Je vous ai demandé à tous de prendre des risques pour moi. Pas seulement pour moi, en vérité, car il ne s’agit pas de vengeance ici, et la vengeance m’a toujours paru essentiellement égoïste, qu’on prenne le terme comme on veut. Mais aussi pour nos souvenirs à tous, pour mon père et pour le pays tout entier.

Au moment où fit son choix, Haya a fait une unique promesse à un homme des glaces. Elle lui avait promis de ne pas mettre sa vie en danger. Hyô avait fait preuve de subtilité, du moins c’est ainsi qu’elle recevait les mots aujourd’hui. Tu dois me promettre de ne pas mettre ta vie en danger inutilement. Inutilement… merci Hyô de me permettre de ne pas te trahir, car je vais mettre ma vie en danger aujourd’hui. Mais, je te prie de me faire confiance, cela sera utile, en tout point utile.

*****

Le blanc et quelques mots.

Daisuke - Je n’y connais pas grand-chose, en truc ninjas… Mais, nous allons bientôt recevoir quelques amis hauts placés. Ils sauront. Et, ta tête roulera, Hoshi… ou qui que tu sois.

Le blanc et le silence.

*****

La porte s’ouvrit à la volée et Satoshi se tenait là, avec sur le visage une expression qui ne lui était pas habituelle. Il y avait de l’inquiétude dans ses traits et, si Satoshi n’avait pas été Satoshi, Naikin y aurait peut-être vu de la détresse. Il tenait sa cigarette presque entièrement consumée entre ses doigts. Le chef de la flamme jaune se leva de sa chaise. Benihime s’arrêta de parler et tourna la tête vers le puissant juunin. Ils n’étaient que tous les deux, dans cette petite pièce qu’ils ne fréquentaient plus aussi assidûment que quelques années plus tôt.

Satoshi - Naikin, où est Haya ?

Naikin plissa imperceptiblement les yeux.

Naikin - Je ne sais pas, nous n’avions rendez-vous que ce soir.

Il ne demanda pas si elle était chez elle. Il était évident que Satoshi s’était renseigné, mais la question les prenait de court. Satoshi serra les dents, puis reprit d’une voix douce et posée.

Satoshi - Est-ce qu’elle a quitté le village ?

Naikin - Je… non… elle ne nous a rien dit.

Pour la première depuis plus longtemps qu’il ne pouvait se le rappeler, Naikin balbutiait presque. Satoshi lâcha sa cigarette contre un mur.

Satoshi - Je vais prévenir Shinji. Rassemblez la Flamme jaune, je veux qu’elle parte immédiatement à Tsuge. Elle va se faire tuer…

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Lun 7 Juin - 19:51

IX - Adieux en retard

La lumière de l’ampoule clignota, s’arrêta, puis se stabilisa enfin bien que de manière chevrotante.

Hakame se pencha difficilement en avant pour cracher un peu de salive mêlée de sang. Ce détestable goût qui lui restait dans la bouche lui portait sur les nerfs et l’empêchait de s’extraire de la situation. Son dos protesta avec vigueur, rompu par l’inactivité et finalement douloureux des coups reçus. Il était difficile d’estimer le temps passé ici, cette cave ou quoi que ce soit ne disposait d’aucune ouverture sur l’extérieur, la seule porte de la pièce s’ouvrait hors de son champ de vision et ne laissait s’échapper que le même éclairage verdâtre et déplaisant.

Ses blessures par ailleurs n’avaient eu de cesse de s’accroître ces derniers jours (il pouvait au moins dire, à moins que son esprit ne se soit égaré entre temps, que plusieurs jours s’étaient déroulés depuis sa capture. Il avait une large plaie qui s’infectait au flanc, restée ouverte, une épaule vraisemblablement démise, un genou cassé suite à un violent coup de pelle ou d’un autre outil de ce genre (le coup était survenu au moment de l’une des faiblesses de l’ampoule, peut-être l’homme visait-il autre chose, mais cela ne l’avait pas empêché de l’enchaîner au sol à grands coups renouvelés). Il avait six doigts cassés, dont les deux pouces, une importante brûlure sur le torse et sur les bras, mais aussi quelques dents arrachées avec là aussi un outil qu’il ne parvenait pas à identifier clairement. Certainement le passage le plus pénible de cette interminable séance.

Encho, pourtant, l’économisait et tâchait de ne pas trop l’abîmer. Il attendait ses amis. Hakame en avait déduit qu’ils devaient être ninjas, car ils auraient pour objectif principal d’identifier son sceau. Cela ne serait pas très difficile. Le mugon est certainement l’un des sceaux gris les plus populaires. Les possibilités qui défilaient dans sa tête ne lui plaisaient pas. Il pouvait, certes, tenter d’effacer le sceau bien que dans sa position cela lui soit délicat sans se libérer totalement (ce qui nourrirait de nouveau soupçon et pourrait, à terme, trahir Haya). Il avait aussi pensé à, pendant les séances de tortures à tison, bouger de telle sorte à ce que ses tortionnaires brûlent le sceau ou pour être tout à fait exact, la peau sur lequel se trouve le sceau. La qualité du sceau, selon ce qu’il en savait, n’en serait pas forcément altérée (cela ne l’inquiétait pas outre mesure, il ne s’attendait pas à recevoir des secours et, même, il ne devait pas recevoir de secours) mais l’image serait plus difficilement lisible et sa thèse du tatouage fantaisie des îles du sud paraîtrait un tant soit peu probable. Il avait pensé à prétendre avoir une femme ninja, et tout ça… mais cela lui avait semblé encore plus faible que le tatouage fantaisie.

Quelques heures plus tard, la porte s’ouvrit. Hakame reconnut le pas d’Encho, accompagné de deux… trois autres personnes. Il ne tarda pas à avoir confirmation, bien que sa vision se soit curieusement troublée. Le juunin pesta intérieurement. Il devait être fiévreux à présent, cela n’allait pas arranger sa condition.

Daisuke - Mes amis seront bientôt là, Hoshi. Ils viennent d’arriver sur Aso. Que comptes-tu faire, alors ?

Hakame - Ridicule… si… ninja… déjà… parti.

Encho écarta la remarque d’un mouvement impatient de la tête. Ce personnage était sérieusement attaqué. Pour cette fois-ci, il avait raison de se méfier. Mais Hakame était à peu près certain qu’au moindre doute similaire, il aurait fait subir le même supplice à n’importe qui. Nobuhide était à ce titre un choix raisonnable, c’était un joyeux imbécile qui ne risquait pas de poser de problème et qui ne cachait aucune malice en lui…

Daisuke - Je ne sais pas pourquoi tu es là… je ne sais pas ce que tu me veux… mais je le saurais bientôt. J’ai de bonnes raisons de me méfier de kiri.

Il avait les traits glacés et peut-être un peu distants, immobile sous la lumière vacillante de la salle.

Daisuke - Des raisons multiples, certaines plus importantes que d’autres. L’ami que tu as vu, Suiteki, m’a apporté des nouvelles intéressantes d’Uke. Intéressantes, et qui éclairent d’une lumière nouvelle ta présence ici.

Hakame réprima un frisson avec fermeté. Tu ne dois pas trahir Haya. Encho se mit à se déplacer lentement en cercles autour de lui, le pas tranquille, disparaissant parfois de son champ de vision. Hakame regardait droit devant, en essayant de calfeutrer ce début de peur qui tempêtait en lui.

Daisuke - Il semblerait qu’une personne que j’ai tuée soit toujours en vie. Bien en vie même. Il semblerait même que cette personne a intégré un certain village, kiri. Et cette personne devrait être morte maintenant. Je le sais. Je l’ai vue mourir. Pourquoi réapparaitrait-elle ? Je veux dire… pourquoi précisément sur les lieux de sa mort, si ce n’est pas vraiment elle ?

Il se parlait à lui-même plus qu’autre chose. Hakame domina chacun de ses sentiments pour conserver un visage strictement égal, un peu interpelé et incertain, le visage de quelqu’un qui ne savait pas vraiment de quoi on parlait, mais qui sentait qu’il ferait mieux de ne pas interrompre la folie de son hôte, imaginait-il.

Daisuke - Le fond du problème… c’est que, je crois me souvenir, je n’en suis plus tout à fait sûr, mais je crois me souvenir que j’ai donné mon nom à cette petite salope. Je ne me rappelle plus… Mais je visualise la scène. Oui… je crois que je lui ai donné mon nom…

Encho lui redressa la tête d’une main féroce et s’approcha de lui, comme il le faisait de temps à autre, s’inventant là une autorité qu’il n’était pas sûr de posséder. Hakame eut du mal à feindre la frayeur, trop glacé par ces révélations qui n’en étaient pas vraiment, mais qui précisaient grandement les choses. Haya, et Shinji qui l’avait autorisé, savaient ce qui allait découler d’une visite à Mako, le village natal de la jeune fille. La rumeur allait s’étendre et elle allait heurter les oreilles intéressées… qui lentement et sûrement remonteraient jusqu’à la tête, Nagata Hideyoshi, qui saurait qu’il n’avait pas encore tout à fait sa destinée entre les mains. Que ferait-il alors ? Ils n’en savaient rien.

Daisuke - Ce qui expliquerait la présence ici d’un pourri de kiri. La petite salope t’aurait envoyé toi plutôt que de risquer deux fois son joli petit cul ici. Mais on ne piège pas facilement Encho Daisuke. Je vais attendre l’arrivée de mes amis, pour être bien sûr. J’aime être bien sûr et je suis très fâché d’apprendre que cette salope a survécue. Alors je vais attendre d’être sûr pour toi. Une fois que je saurais que tu es de kiri, je découperais cette petite tête… Il traça en appuyant plus que de raison un trait sur la gorge d’Hakame. Et je me débrouillerais pour la faire parvenir à ton petit village de fils de pute. Ha… oui… oui, je ferai ça…

Il se redressa en opinant du chef, puis continua à discourir seul. Hakame était déjà loin. Rien de ceci n’avait d’importance. Rien.

*****

Encho adressa un signe de tête véhément à ses hommes, qui disparurent de son champ de vision. Il tiqua et se massa la poitrine. Cette petite trahison lui pesait sur la tête comme du plomb. Il avait mis des mois à se calmer, à apaiser ses doutes, et voilà qu’ils rejaillissaient pour lui sauver la vie. Il ne fallait jamais étouffer ses doutes, c’était des boniments de bonne femme. Il remonta la rue, alerte. Cette petite cave se trouvait bien loin de sa maison, derrière une maison abandonnée et à moitié écroulée, qu’il avait réquisitionnée dès son arrivée en ville. Il l’avait tout simplement racheté, car cela lui faisait toujours un pied à terre pour les petits rats capturés dans son filet. Si kiri était à ses trousses et si ses doutes étaient fondés… et ils l’étaient… devait-il prévenir Nagata tout de suite ? Non, non… comment auraient-ils pu remonter jusqu’à Nagata ? Les idées s’embrouillaient dans sa tête. Il faudrait qu’il fasse le vide et qu’il se calme. La trahison le rendait nerveux.

Un choc sourd lui fracassa les épaules, suivit d’un craquement menaçant des os de son dos. Alors qu’il s’apprêtait à crier, une main fraîche se posa sur sa bouche et deux doigts fermes lui pincèrent le nez, l’empêchant de respirer. Sa tête fut projetée contre les dalles dures et écrasée là, tandis qu’une forme évoluait sur son dos douloureux. Un souffle chaud remplit son oreille.

? - Encho Daisuke… Je me souviens de ton nom. Tu te souviens du mien ?

Encho hoqueta et gémit, sa salive remplissait la main fraîche contre lui qui restait résolument plaquée. Il manqua tousser, mais les doigts se firent plus pressants encore.

? - Sasaki mon cul. C’est comme ça que tu m’as appelée.

Haya le retourna d’une main et écrasa à cinq reprises son coude contre le visage d’Encho. Son nez explosa dès le premier choc. Elle se redressa, fracassa son pied sur sa bouche dès son deuxième hurlement à l’aide. Son crâne heurta les dalles et il perdit partiellement connaissance. Haya l’attrapa par le col et le traîna, avec quelques difficultés, sur une trentaine de mètres. Elle le jeta sans ménagement par terre, dans un coin obscur, en surveillant la ruelle. Il ne semblait y avoir aucune patrouille dans cette ville, du moins n’en avait-elle vue aucune à son arrivée, mais il restait encore quelques passants qui finissaient leurs journées ou qui débutaient leurs soirées. Elle attendit patiemment que la ruelle annexe soit clairement dégagée avant de reprendre son fardeau. En un peu plus de vingt minutes, Haya avait quitté Tsuge. Elle déposa Encho dans les bois et le gifla quatre fois jusqu’à ce qu’il reprenne conscience.

Elle tremblait de la tête aux pieds sans parvenir ni même essayer à se refréner. Il ne lui était pas difficile de sentir l’odeur d’Encho sur elle, et des images récurrentes frappaient sa conscience pour lui rappeler la nuit du cinq décembre. Elle avait l’homme qui l’avait tourmentée toute une nuit juste sous ses yeux, qui geignait péniblement et essayait, en vain, de se reculer. Haya laissa sa tête en arrière et ferma les paupières, pour mieux goûter à la caresse de l’air sur sa peau et pour calmer ses frémissements frénétiques. Il n’y avait plus lieu de se presser. Encho Daisuke était là, elle était là, ils s’étaient finalement retrouvés pour se dire adieu, pour fermer ce volet maudit de leurs existences. Il fallait terminer les choses commencées, même si on ne les avait pas commencé soi-même. Cela n’importait plus…

Haya - Est-ce que tu sais pourquoi tu es là Daisuke ? demanda la jeune femme d’une voix solide.

Encho jeta un coup d’œil éperdu derrière lui, en quête d’une intervention miraculeuse, peut-être. Mais Haya, pour avoir été dans son exacte position, avec très strictement quelqu’un au-dessus d’elle qui pesait de tout son poids sur son ventre et ses seins, savait qu’il n’y avait pas d’intervention à attendre. C’était une affaire entre elle et lui, et elle défiait qui que ce soit de se dresser au-devant.

Daisuke - Pour… me tu-er ?

Haya - C’est vrai, je suis venue pour te tuer. Mais je pense que tu peux me comprendre, j’ai de bonnes raisons. Je ne suis pas quelqu’un de froid, cependant. Ta vie… n’arrive pas à m’intéresser.

Elle baissa le regard sur lui et sentit un bref spasme agiter l’homme.

Haya - Regarde ce que tu as créé… ce n’est pas très joli, n’est-ce pas ? Tu as détruit jusqu’à mon essence, Daisuke, ce soir-là. Il n’y avait plus d’espoir, plus de raison, plus de réalité. Mais il y avait la survie. Tu m’as tout pris. Est-ce que cela a suffit à faire de moi une bête ? Je ne le pense pas. J’ai vu beaucoup de gens, à kiri, qui avaient tout perdu comme moi. Qui avaient vu leurs familles se faire assassiner sous leurs yeux, qui ont ressenti toute la détresse de leur impuissance… c’est une douleur plus vive que toutes les autres, son impuissance, Daisuke, et je sais que tu la ressens en ce moment. Certains d’entres eux deviendront des bêtes. Ils ne voient en kiri que le moyen de leur donner la force de se relever et de poursuivre leurs meurtriers. Car, tuer des rêves est un acte meurtrier, Daisuke, alors oui, tu m’as un peu tué ce soir-là, si ça peut soulager ta conscience pourrie.

Haya raffermit sa prise sur l’homme, cet homme qui la dégoûtait jusqu’au plus profond de son être.

Haya - Mais je ne deviendrais pas une bête. Je ne peux pas t’accorder cela. Je ne peux pas permettre à un pourri comme toi de me façonner à sa manière. Ton monde, je lui crache dessus Daisuke. Il ne m’intéresse pas. Je ne suis pas ici pour te massacrer, pour me venger, moi, mes sœurs et mon père. Mes sœurs, malgré ce que tu en penses, sont en paix. Mais je pense qu’il faut que tu prennes tes responsabilités. J’ai un peu de toi en moi maintenant. Je suis venue te le rendre.

La jeune femme se passa une main sur les yeux. Encho n’essayait pas de s’échapper, ses gémissements avaient totalement cessé. Il semblait comme pétrifié sous le discours d’Haya et son corps était parfaitement immobile désormais.

Haya - Je ne suis pas une victime, Encho. Je ne me contente pas d’accepter l’inacceptable. Alors oui, je vais te tuer. Si je cherchais la vengeance, j’irais éventrer tes enfants, ta femme et je brûlerai ta maison… je ne sais pas. Mais ce n’est pas le cas. Toi seul est responsable de tes misérables petits actes et toi seul y feras face. Tu vois… Haya souriait à présent. Je ne suis pas comme toi.

Encho demeurait muré dans son silence glacé.

Haya - Tu as une dette envers moi Daisuke. Une dette énorme, qui vaut beaucoup plus que ta vie. Tu sais tout ce que tu m’as pris, alors je ne te le rappellerai pas. Au nom de tout cela, tu as une dette énorme. Donne-moi les noms des autres.

Cette fois-ci, Encho essaya de se dégager. Il rua et se libéra très légèrement de la prise d’Haya, qu’il essaya de griffer au visage et de repousser maladroitement. La jeune femme ne perdit pas de temps, une lumière blanche éclata dans son bras qu’elle enfonça de toute sa longueur dans le ventre de l’homme. Ce dernier émit un gargouillis sanglant, battit des pieds et grogna plusieurs fois de longs râles étouffés. Haya saisit sa gorge et laissa son bras enfoncé.

Haya - Tu n’as pas le droit! Daisuke, tu sais tout ce que tu me dois. Mais jusqu’où tu iras ? Tu n’as pas le droit d’emporter cela avec toi. J’ai le droit de savoir, j’ai le droit de vous tuer. Il fallait réfléchir avant fils de pute. Donne-moi ma réponse, je te jure que la dernière chose dont tu te souviendras ce sera l’impression d’avoir assassiné tes enfants et peut-être que d’ici, tu auras la chance d’entendre leurs putains de cris. Je ne plaisante pas Daisuke. Ma patience pour toi et ce que tu représentes arrive à son terme. Est-ce que tu veux vraiment savoir ce que ça fait de mourir en ayant tout perdu ? Donne-moi ces putains de noms, au fond de toi tu sais que vous méritez que je vous tue tous.

Le sang chaud éclaboussait son ventre et coulait le long de ses jambes. Elle avait l’impression de sentir les entrailles d’Encho se contracter mollement autour de son bras, et la jeune femme luttait contre l’envie obsédante de vomir. Il fallait aller jusqu’au bout maintenant, se répétait-elle, il faut toucher le point faible et en finir. Encho commençait à perdre connaissance, ses yeux se voilaient et s’écarquillaient tour à tour, alors que la vie allait et venait en lui. Haya se mordit les joues pour ne pas éclater en sanglots. Ce salopard n’avait pas le droit de mourir ! Pas maintenant ! Mais est-ce qu’il allait lui pourrir la vie même en crevant ?

Encho fut agité d’une secousse plus importante que les autres, mais il posa sa main terreuse sur le bras d’Haya. La jeune femme s’approcha, sans relâcher sa pression.

Daisuke - Suiteki… Oe… à Shita, Uke… Seishi… Bon… yaku. Tohoku. Imman… quable… La tête de Daisuke tomba en arrière, mais Haya le redressa vivement. Il cligna des yeux, déglutit difficilement, et poursuivit un ton plus bas. Ha… Naga… Naga…

Haya - Nagata Hideyoshi.

Daisuke - Le… le… nin… a… cave…de… de… maison… ban… ban... donnée.

Encho avait pratiquement perdu connaissance. Haya retira son bras de son ventre, lui arrachant un grondement odieux.

Haya - Adieu Daisuke.

Elle posa sa main sur sa bouche et lui trancha la gorge. Le sang lui jaillit sur tout le devant, en trois jets puissants puis d’autres plus courts, mais la jeune femme ne se dégagea pas. Encho finit par s’immobiliser totalement. Elle laissa retomber ses mains et s’étendit sur le dos dans la terre humide. De là où elle était, Haya apercevait seulement quelques étoiles, la lune était totalement invisible derrière de longs arbres fins. Haya ferma les yeux comme pour remobiliser un peu de sa force vacillante puis se remit debout. Elle ne put toutefois s’empêcher de vomir aussitôt, prise d’un violent vertige, et mit plusieurs minutes à se redresser. Elle empestait un sang qui ne lui appartenait pas et ne s’était peut-être jamais sentie aussi sale et pure qu’à cet instant. Elle reprit le chemin de Tsuge, espérant trouver un seau d’eau ou quelque chose où elle pourrait se rincer.

Il n’y avait toutefois rien, et aucune trace d’Hakame. Il l’attendait certainement dans une auberge. Il parlait d’une couverture. Haya ressortit de la ville et rejoignit le port par lequel elle était arrivée, en coupant à travers les bois elle l’atteint en moins de dix minutes. Plutôt que de s’approcher des quelques habitations et des larges bateaux qui dormaient paisiblement dans l’eau, elle se dirigea sur la plage, laissa tous ses vêtements par terre et plongea tête la première dans la mer. La fraîcheur de l’eau lui fouetta les sens et la peau et au fil des minutes glaçantes, Haya eu l’impression de se purger entièrement. Elle resta longtemps à goûter le sel piquant de la mer, et se secoua énergiquement les cheveux pour en dégager toute pellicule de sang résiduelle. Quand elle eut la sensation d’en avoir terminé, elle quitta l’eau et s’écroula sur le sable détrempé, les paupières fermées à goûter la réalité qui occupait tout son esprit reposé.

Encho Daisuke était mort. Plus d’un an après leur première rencontre, elle avait pris sa vie… Haya ressentait un grand vide en elle, mais il n’y avait rien de négatif à cela. C’était un vide salvateur, comme un abcès qui aurait éclaté. Peut-être restait-il un peu de pus sur sa peau, mais le sel de la mer l’avait nettoyé et avait brûlé la plaie qui restait. Ce qu’elle ressentait n’avait rien à voir avec la joie sauvage qu’aurait pu ressentir quelqu’un animé de la conviction de s’être vengé, d’avoir réparé un fait passé. Dans l’esprit d’Haya, il n’y avait plus rien à réparer. Elle avait été brisée et s’était reconstruite, avec ses amis pour prendre soin d’elle et pour la soutenir jusqu’au bout. Cela lui suffisait. Mais le passé n’appartenait véritablement au passé que lorsqu’il était achevé dans l’esprit de tout le monde et ce n’était pas encore tout à fait le cas. Haya posa ses mains sur ses joues et les frotta doucement. Il n’y avait rien à réparer, elle garderait les cicatrices de ce passé toute sa vie. Que ce soit les blessures de son dos ou celles, plus subtiles, qui s’étaient douloureusement cicatrisées en elle.

La jeune femme se remit debout, sèche et glacée, saisit ses vêtements et retourna à la mer pour les nettoyer avec résolution. Avec la luminosité dont elle disposait (quasi nulle), il lui était difficile d’estimer si ses efforts étaient récompensés, mais elle imaginait que non. Le sang était encore très humide au moment de l’immersion, mais cela partait difficilement. Elle allait encore porter Encho Daisuke sur elle quelques temps. Définitivement un homme qui avait du mal à se résoudre aux adieux. Haya sortit de l’eau, frissonnante, et courut jusqu’aux bois pour y étendre ses vêtements. Elle se maudit intérieurement de n’avoir pas pensé à prendre un change ou, à défaut, de ne pas en avoir emprunté un au voisinage avant d’être toute nue. Elle s’essaya à un feu, sans grand succès, puis se résolut finalement à remettre ses vêtements trempés et ses bottes qui couinaient à chacun de ses pas. Elle retourna en vitesse à Tsuge, frigorifiée.

Les rues étaient cette fois presque entièrement vides. Haya chercha longtemps un endroit où passer la nuit au chaud et où, peut-être, elle trouverait des vêtements. Elle ne désespérait pas non plus de tomber sur Hakame, qu’elle n’avait pas localisé encore. S’il suivait sa logique, il devait passer la nuit sur place dans un endroit chauffé. Comme il ne semblait pas du reste y avoir énormément d’hôtels ou d’auberges (à croire que tout le monde ici avait sa propre maison, ce qui, de ce qu’elle avait pu en voir, ne semblait pas très éloigné de la vérité), leurs chances de retrouvailles étaient considérablement augmentées et elle avait bien besoin d’un petit remontant. Haya finit par trouver une auberge. Juste avant d’entrer, elle jeta un coup d’œil à son apparence à la lumière des lampions orangés suspendus aux portes. Elle grimaça. Non seulement elle était trempée, mais on voyait encore très clairement le sang sur tout le devant de sa veste. Haya sortit son bandeau de kiri et le mit en évidence autour de son bras. Elle n’avait plus de raison de se cacher, l’ennemi était mort et prenait l’air à l’extérieur.

En poussant la porte, Haya cligna des yeux sous la luminosité plus intense qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle referma derrière elle et leva la tête vers le tenancier, qui la dévisageait avec une stupeur justifiée.

Haya - Bonsoir.

Tenancier - Heu… bonsoir.

Le regard de l’homme accrocha le bandeau tandis qu’Haya rejoignait le bureau (avec des bottes qui couinaient).

Haya - Navrée de tout salir. Est-ce que vous auriez une chambre de libre ?

Tenancier - Bien sûr. Plusieurs mêmes.

Haya sourit.

Haya - Une seule suffira.

La chambre, qui consistait par ailleurs à trois pièces, était beaucoup plus luxueuse qu’Haya ne l’aurait imaginée. Elle ne perdit pas de temps à admirer le lit qui lui paraissait si confortable et fila à la salle de bain pour se libérer de la sensation détestable du vêtement collé à sa peau, les étendit dans toute la pièce et se passa sur les épaules la robe de chambre duveteuse accrochée au mur. La jeune fille se fit la réflexion qu’elle n’avait pas pensé à demander si Hakame avait loué une chambre, mais elle estima que redescendre maintenant n’était pas très utile. Elle était épuisée. A l’aide d’une serviette, la jeune femme se sécha les cheveux et alla directement se coucher.


Dernière édition par Haya Sasaki le Dim 13 Juin - 20:27, édité 1 fois

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Dim 13 Juin - 20:17

X - Cinq moins un

Haya se réveilla en sursaut.

Elle passa une main sur ses yeux plissés et resta là, à moitié assise sans trop se rappeler où elle était précisément. Il n’y avait personne d’autre qu’elle dans la pièce, peut-être un bruit dehors avait-il brusqué son sommeil. Haya arrangea sa robe de chambre à moitié défaite, sortit du lit et prit aussitôt un long bain chaud. Ses vêtements n’étaient pas tout à fait secs, surtout sa veste dont la couleur sombre dissimulait plus ou moins l’humidité et le sang rosé. Haya s’habilla en hâte, frissonnant au souvenir de son retour à Tsuge la veille, sous le vent froid nocturne. En descendant dans le hall d’entrée elle s’arrêta au comptoir, prise d’une soudaine inspiration.

Haya - Est-ce qu’un étranger a pris une chambre récemment ?

Le tenancier leva la tête vers elle et lui adressa un léger salut. Elle devait tout de même être un peu plus présentable que la veille. Il chercha un moment dans ses souvenirs, puis vérifia dans ses registres, avant d’opiner du chef.

Tenancier - Oui, il y a bien un étranger qui a pris une chambre pendant plusieurs jours. Il la loue toujours d’ailleurs, même si je ne l’ai pas revu depuis… bien, quelques temps. Je pensais qu’il était parti sans payer, même. Mais ses affaires sont toujours en haut.

Haya fronça les sourcils.

Haya - Un étranger de kiri, comme moi ?

Tenancier - Non, non. Un gars normal.

Haya - Ah…

Les épaules d’Haya s’affaissèrent. Hakame n’était pas passé par ici. Alors qu’elle s’apprêtait à se détourner, un doute s’immisça en elle. Est-ce que son ami se serait présenté en tant que ninja de kiri, ou bien aurait-il préféré le confort de l’anonymat pour mener ses observations à bien ? Haya se souvenait des paroles de Satoshi : kiri ne devait pas être impliqué dans cette affaire. Hakame se serait alors présenté comme n’importe qui, pour ne pas qu’on puisse remonter jusqu’au village… ou jusqu’à elle.

Haya - Cet homme… est-ce qu’il était à peu près de votre taille, un peu bronzé, blond, les yeux bleus foncés et une carrure plutôt solide ?

Tenancier - Heu, ça y ressemble, oui.

Haya - Une voix douce ?

Le tenancier la regardait avec stupéfaction.

Tenancier - Je ne sais pas du tout. J’imagine que oui. Je ne m’en souviens pas pour être honnête, mais je ne me rappelle pas qu’elle soit rude ou bourrue.

Haya - Et il a disparut comme ça, sans prévenir ?

Tenancier - Oui. Mais j’ai vérifié il y a toujours ses affaires dans sa chambre… je comprends pas trop. C’est un ami à vous ?

Haya se détourna, la bouche entrouverte. Hakame avait-il dû quitter le village précipitamment ? Cela l’étonnait, il avait dit qu’il devait encore régler ses affaires ici. Mais il avait pu se faire repérer et… Haya sortit en courant presque et s’arrêta au beau milieu de la rue, pivotant sur ses talons pour embrasser la grandeur de la ville. Soit Hakame était parvenu à s’enfuir, et alors tout allait pour le mieux… soit Hakame avait été… Haya déglutit mais refusa de poursuivre sa pensée plus avant. Elle ne connaissait rien de cette ville. En arrivant, elle était tombée sur Encho qui criait après des serviteurs à lui en remontant la rue et Haya l’avait intercepté avant qu’il ne rejoigne sa maison, qu’il ait une famille ou non. C’était sa voix qui l’avait traversée de part en part tandis qu’elle observait la ville, cette voix qui s’était gravée de façon indélébile en elle. Quand elle avait parlé d’enfants à lui, il n’avait rien dit, alors il en avait certainement. Retenait-il Hakame chez lui ? Haya chercha pendant près de deux heures sans se résoudre à demander où était la demeure d’Encho Daisuke. Déjà qu’on n’allait pas tarder à découvrir son cadavre dans la forêt, peut-être, mieux valait ne pas crier sur tous les toits que kiri était responsable de cette mort ou même présent sur les lieux du crime.

Alors qu’elle s’était arrêtée, Haya sursauta quand quatre formes l’entourèrent de toutes parts. Sans réfléchir, elle donna un coup de coude à la première sur sa droite, mais son bras fut stoppé. On appliqua rapidement des doigts sur son dos et la ville qui n’avait pas encore tout à fait eu le temps de remarquer cette rapide agitation disparut de son champ de vision. Haya manqua sa réception et faillit s’étaler de tout son long, mais deux bras l’attrapèrent avant qu’elle ne chute. Haya, qui n’avait alors pas du tout abandonné l’idée de tuer chacun d’entre eux, se détendit brusquement. Ce parfum et cette façon de la tenir contre elle, Haya les auraient reconnu n’importe où.

Naikin - Tout va bien Haya ? La jeune femme acquiesça, interdite. Benihime la laissa se tourner pour faire face au reste de la flamme jaune mais conserva ses bras autour de son ventre. Tu nous as fait une peur monstrueuse à partir comme ça, tu es folle ? On a promis de te protéger, et toi à la première occasion tu… merde, tu as pratiquement déserté !

Haya - Je ne trouve pas Hakame.

Naikin plissa les yeux (Haya le voyait énervé et inquiet pour la première fois depuis qu’elle le connaissait, cela lui faisait drôle de le voir désirer crier... crier sur elle qui plus est). Il ferma la bouche, oublia sa colère puis lui indiqua de poursuivre. Haya rencontra le regard de chacun des membres de la flamme jaune.

Haya - Hakame, je ne le trouve pas. Il m’a écrit une lettre, pour me dire qu’il avait trouvé Daisuke et, enfin, je devais vous prévenir, mais j’ai eu peur pour… il disait qu’il allait rester avec lui, et j’ai pensé que Dai…

Haya avait la bouche trop sèche pour parler distinctement. Elle se passa la langue sur les lèvres et s’obligea à structurer ses phrases.

Haya - Que Daisuke était quelqu’un de dangereux, alors je n’ai pas réfléchi et je suis venue pour le tuer.

Naikin - Et tu l’as tué ?

Haya acquiesça une fois. Naikin se tourna derrière lui. On pouvait discerner les premières habitations de Tsuge, derrière les troncs et les branches. La ville semblait calme, ils n’avaient pas l’air d’avoir trouvé un cadavre dans leur jardin. Il reporta son regard sur Haya.

Ryosen - Et il n’a rien dit sur Hakame ?

Haya - Non. Enfin… heu... il a parlé de quelque chose... mais je ne sais pas si ça a un lien, je comprenais rien, il était déjà en train de mourir. Il parlait… je sais pas, quelque chose d’abandonné. Une cave, dans une maison… Je ne sais pas, je ne sais plus du tout.

Naikin - C’est gênant… comment on fait ? On ne peut pas... être vus ici.

Koshiro - Il n’y a pas vraiment de problèmes. Encho est mort et des ninjas sont arrivés. Bon. Il n’y a rien de très exceptionnel là-dedans. C’est Nagata que kiri n’a pas le droit de tuer, et pour être plus exact, c’est contre l’île de Yukan qu’il n’a pas le droit de se dresser. Encho, tout le monde s’en balance.

Naikin avait les sourcils froncés et Haya résista à la tentation de détourner les yeux, mais elle finit par les baisser, penaude.

Naikin - Dans tous les cas ils n’auront pas eu le temps de nous identifier comme étant la flamme jaune de kiri. Cela devrait aller. Il faut qu’on retrouve Hakame, si le salopard ne lui a rien fait. Ryosen, Koshiro, trouvez la maison.

Les deux hommes disparurent aussitôt. Benihime continuait à serrer Haya contre elle, et passait ses mains sur son ventre. Elle lui murmura à l’oreille :

Benihime - Tu es mouillée ma belle.

Haya - C’est à cause du sang… j’en avais partout alors j’ai lavé mes vêtements…

Benihime lui déposa un baiser sur la tempe sans interrompre ses caresses rassurantes. Naikin donnait l’impression d’être plus nerveux qu’Haya ne l’avait jamais connu, mais la nervosité chez lui était plus sereine que chez beaucoup d’autres. Il se tenait immobile, à quelques pas, regardant tour à tour un point par terre à quelques mètres de lui, le ciel, Haya ou Benihime. Quand il parla, ce fut d’une voix très calme, qui ne semblait pas dissimuler la moindre colère.

Naikin - Tu dis que tu as ressenti la nécessité de venir ? Comment ça ?

Haya prit le temps de se consulter avant de répondre, pour mettre des mots sur les émotions brouillées qui avaient surgi alors. Elle parla d’une voix lente, les yeux fixés par terre :

Haya - Je revoyais le visage d’Encho, sa folie et sa cruauté dans le regard… je ne pourrais pas dire, j’ai senti qu’il y avait un danger. Je n’ai même pas pensé avertir qui que ce soit d’autre, je pensais juste à Encho qui pesait sur Hakame.

Haya ferma la bouche et baissa la tête. Kinsuke lui avait dit qu’il fallait qu’elle fasse confiance à ceux qui tenaient à elle, et elle pensait y être arrivée. Elle les avait impliqués dans la quête la plus personnelle, la plus intimement reliée à ce qu’elle était aujourd’hui, c’était une grande marque de confiance partagée, de respect… quelque chose dont elle avait un besoin vital. Mais quand elle a lu le billet d’Hakame… elle croisa le regard de Naikin.

Haya - J’avais l’impression de pouvoir changer quelque chose. Comme si on était un an plus tôt, qu’Hakame était Kade... ou moi... et que c’était moi qui pouvais le sauver. J’ai cette image dans mon esprit… de mon père dans l’encadrement de la porte, qui tue Encho et les autres, juste après qu’ils soient arrivés. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. J’aimerais… j’ai promis, à Hyô et à moi-même, que je ne vous mettrais pas en danger. Je veux dire… comment est-ce que vous voulez que je me regarde en face, si je vous fais vivre les mêmes choses que j’ai vécues ? Ce n’est pas ce que je veux…

Benihime - Et nous avons promis de t’aider jusqu’au bout de ton but. Tu dois nous faire confiance Haya, tu auras besoin de nous, même si tu es forte. Ne crois pas que nous ne savons pas où nous mettons les pieds. On fait cela depuis plus longtemps que toi. Tu peux avoir confiance en nous.

Ryosen et Koshiro contactèrent Naikin et Benihime par l’intermédiaire de l’un de leur fameux sceau. Ils se mirent en route d’un pas pressé, mais sans recourir à leurs facultés de ninjas. Naikin semblait savoir précisément où aller, comme si Tsuge n’avait aucun secret pour lui, et Haya ne put s’empêcher d’être impressionnée par leur prestance à tous. Ils étaient là depuis moins de dix minutes, et déjà les solutions se dessinaient, la crise était derrière eux. Naikin leur avait dit qu’ils venaient de trouver Hakame, en sale état mais vivant.

Haya était affreusement nerveuse à l’idée de voir son ami, la personne qui l’avait accueillie comme un père, dans un sale état. Mais c’était de sa responsabilité également. Ils pénétrèrent dans l’enceinte de la ville, Naikin les conduisit sur une nouvelle cinquantaine de mètres avant de s’arrêter devant une trappe à même le sol, largement ouverte. La maison abandonnée des dernières paroles d’Encho était juste derrière, agencée de telle sorte qu’on l’eut dit coupée de moitié. Naikin entra le premier, suivi d’Haya et de Benihime pour fermer la marche.

*****

Hakame faisait peine à voir.

Il avait été libéré par Ryosen et Koshiro, mais il était couché sur le sol moite, les jambes tremblantes. Il portait sur tout son corps d’évidentes traces de tortures mais il n’en fit aucune mention. Il salua la flamme jaune et se redressa, malgré les suppliques d’Haya, pour la serrer un long moment contre lui. La jeune femme pleurait comme une enfant, Hakame lui tapait doucement le dos, incapable de parler. Il s’arrangea tout de même pour articuler qu’ils devaient quitter cet endroit rapidement car des amis d’Encho devaient arriver sous peu. Cela se révéla néanmoins plus lent que prévu, Hakame pouvant difficilement se déplacer, mais avec un peu d’aide il parvint à quitter le trou dans lequel il était enfermé. Il demanda de l’eau, Benihime ne perdit pas de temps et en créa directement dans ses mains.

A la lumière du jour, Hakame était dans un état encore plus épouvantable. Cela faisait de toute évidence plusieurs jours qu’il n’avait pas mangé, mais il insista pour qu’ils reprennent la route. Ils s’éloignèrent de Tsuge pour s’enfoncer encore une fois dans les bois clairsemés.

Au bout de deux heures, le juunin avait repris quelques couleurs. Ryosen avait réalisé des soins importants en un temps réduit et sans matériel (il n’en était pas peu fier, c’était évident, mais à juste titre). Tout en mangeant, il expliqua dans le détail ce qui s’était déroulé, faisant montre d’une implacable vitalité malgré les manques. Quand Naikin lui proposa de prendre du repos, il rit de bon cœur.

Hakame - J’ai peut-être une tête à faire peur, mais crois-moi, je n’ai rien subi de très important. Il y a peu de choses que je craignais dans cette cave, et je vois qu’elles ont été évitées.

Il adressa un sourire à Haya, qui le lui rendit avec quelque hésitation.

Hakame - Tsuna et Ona m’ont contacté hier, ils devraient arriver bientôt. Ils ont pris en chasse un homme que je suspectais d’être un des hommes que tu recherches, Haya, Suiteki, et ils reviennent avec les informations.

Quelques temps après, la flamme jaune informa Satoshi qu’ils avaient retrouvé Haya, qu’elle allait bien, qu’Hakame était quant à lui blessé mais qu’il allait bien également. Qu’Encho était mort, que Tsuna et Ona revenaient bientôt avec d’autres informations et que personne à Tsuge ne pouvait clairement dire que kiri était impliqué. Quand ils revinrent, Haya raconta son propre passage, beaucoup plus bref, sur la mort d’Encho. Elle inscrivit les trois noms que lui avait donné Encho au moment de mourir sur la feuille qu’elle utilisait depuis le début de sa longue quête.

1 - Encho Daisuke - Aso
2 - Suiteki Oe - Shita, Uke.
3 - Seishi Bonyaku - Tohoku
4 - ?
5 - Nagata Hideyoshi - Yukan


Ryosen - Seishi Bonyaku… Seigneur de guerre de Tohoku… Immanquable en effet.

Hakame - Et c’est certainement ce Suiteki que j’ai vu la dernière fois. Ce qui fait qu’on a déjà deux nouvelles localisations. Il nous reste le dernier.

Benihime - S’il s’est retiré pour se faire oublier… on va avoir du mal à lui mettre la main dessus. Il faudra que Seishi ou Suiteki nous donne son nom.

Ils discutèrent quelque temps, puis Hakame se coucha dans l’herbe tiède pour se reposer un peu. Benihime et Ryosen s’étaient écartés du reste du groupe depuis un moment, et conversaient à voix basse l’un en face de l’autre. Haya quant à elle restait les yeux ouverts contre un arbre dont le tronc n’enveloppait pas totalement son dos. Koshiro lui toucha l’épaule et s’accroupit à ses côtés en y laissa sa main.

Koshiro - On ne l’a pas encore dit parce que c’était un peu le chaos en arrivant, mais on est fiers de toi Haya.

Haya eut un sourire sans joie.

Haya - Je ne suis pas sûre que ce soit quelque chose dont on puisse être fier...

Koshiro - Si, bien sûr qu’il faut en être fier. Tu t’affranchis peu à peu de ce que ces gens t’ont fait. Tu leur envoies un message puissant… tu leur dis… je ne sais pas…

Haya - … que je ne suis pas une victime… murmura-t-elle presque pour elle-même.

Koshiro acquiesça sans rien dire.

Au cours de l’après-midi, Tsuna et Ona les rejoignirent en suivant les indications muettes d’Hakame, réveillé, qui avait repris du poil de la bête et qui se déplaçait avec beaucoup moins de difficultés après les soins renouvelés par Ryosen. Ils discutèrent jusqu’à ce que la nuit tombe. Haya regardait tout cela avec un peu d’émerveillement et un fond d’excitation vivace, maintenant que chaque chose avait retrouvé sa place. Tous ces gens réunis, qui parlaient de ses vieux ennemis… l’ancienne flamme jaune qui serre la main de la nouvelle, Naikin si droit et si sobre clairement impressionné d’être en présence des deux personnes qui suivaient Kade Kasen et qui écrivaient l’histoire avec lui, des légendes elles mêmes. Et tous mettaient à profit leur expérience pour consolider leur force. Haya ne savait pas quoi dire. Elle s’entretint un long moment avec Hakame, qui lui demanda très sérieusement de ne pas pleurer. Il lui rappela qu’en acceptant de l’aider, il était prêt à mourir et qu’elle devait elle-même être prête à le voir mourir. Il disait que cela l’apaiserait, de savoir qu’il avait donné sa vie pour préserver un peu de l’essence de Kade en ce monde, pour que son sacrifice n’ait pas été totalement vain. Haya pleura quand même. Elle s’isola ensuite avec Tsuna, rejointe par Ona quelques temps après. Elle lui demandait comment elle se sentait après avoir pris la vie de cet homme, après avoir fait le premier pas décisif vers une longue échelle de morts dont personne, ici, ne pouvait voir sur quoi elle allait déboucher. Tsuna demandait cela d’une voix douce, sans la brusquer, par curiosité peut-être, ou quelque chose de plus fort, quelque chose de lié à l’image qu’elle avait de son ancien équipier, mêlé à l’image qu’elle se faisait petit à petit de sa fille.

Haya demeura silencieuse un moment, les yeux posés sur ses compagnons. Benihime et Ryosen s’étaient assoupis l’un contre l’autre, les longues mèches blondes de la jeune femme lui tombait devant les yeux et lui donnait un air très adolescent soudainement. Ils se faisaient face avec beaucoup de douceur. Naikin parlait à Hakame et Koshiro, ils pensaient à la suite des événements, Haya entendait le nom de Seishi Bonyaku revenir. Elle sourit et retrouva le regard clair de Tsuna.

Haya - J’ai l’impression d’avoir un peu grandi. Comme si… j’avais brisé ce qui me retenait à l’âge de quinze ans, quand j’étais encore faible et isolée. Et… cela fait du bien, Tsuna… cela fait vraiment du bien.

[Fin.]

MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   Mer 21 Juil - 0:58

Haya : + 216 XP


Franchement c'est trop naze

Hum...

Je trouve que c'est toujours difficile de faire quelque chose après un succès, surtout lorsque le succès en question, c'est Toi, L'Immortel, mais ici le pari est réussi.

On se prend de nouveau rapidement au jeu, on lit, c'est bien mené, on voit bien venir, par exemple, Encho et son coup de matraque.

Ce qui m'a le plus marqué ? Sans aucun doute Hakame et sa force de caractère. Subir la torture et ne pas craquer mentalement, c'est dur, mais subir la torture volontairement alors que l'on pourrait aisément se libérer ... (cela relève presque du masochisme Very Happy)

Merci pour ce nouvel épisode, heureusement pour moi (et bien d'autres), la saga continue.
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: La Force d'un Seul   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Installation de la Commission sur la Nouvelle Force Publique
» RETOUR EN FORCE DE L'INSÉCURITÉ:2 POLICIERS LÂCHEMENT ABATTUS À CROIX BOSSALES
» Laisse la force te guider [libre]
» Anthéa de Prouville // La faiblesse des hommes font la force des femmes !
» Seul et perdu...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0-