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 La force des profondeurs

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MessageSujet: La force des profondeurs   Sam 13 Mar - 16:07

[Iki] – Tsubaki, tu peux nous laisser, s’il te plait.

Sa voix était résignée. Iki ne s’était pas retourné, il continuait d’observer le village des hauteurs de bâtiment Hokage, perché sur le rebord de la grande fenêtre du bureau de Keira. Il avait ouvert une vitre et s’était accoudé sur la rambarde de bois, fumant tranquillement sa cigarette. Keira ne bougea pas et posa son regard sur Iki dont elle ne pouvait apercevoir que le dos puissant.

Tsubaki fit un petit signe de la tête et sortit rapidement de la pièce.

Le silence battit son plein sans que ni Keira ni Iki ne prenne l’attention de le rompre. C’est comme s’ils s’y complaisaient, enfonçant chacun leur pensée dans ce noir intense qui les entourait. Keira poussait du bout du doigt un dossier bien rempli, jouant avec les feuilles virevoltantes que l’élastique ne retenait plus. Elle plia ses bras sur sa poitrine et soupira.

[Iki] – Keira, vous me demandez de devenir un tueur.

Elle haussa les épaules, amusées.

[Keira] – Tu es déjà un tueur.

[Iki] – C’est mon caractère, c’est ma façon d’aborder un combat, un homme qui cherche à me tuer. On a tous notre manière à nous de nous défendre. La mienne, c’est de montrer les crocs.

[Keira] – Arrête. Tu as toujours eu cette rage en toi et ne me dis pas que la disparition d’Okugane l’a dissipé. Tu es un homme en colère, et j’ai besoin de cette colère. Le village en a besoin.

Iki se retourna et rentra dans la grande pièce. Il tira généreusement sur sa cigarette, et, à la fois fatigué et étonnamment reposé de cette conversation qui s’était enfin terminé, il expulsa la fumée de sa bouche.

[Keira] – Tu connais Akogare ?

Il leva un sourcil, surpris.

[Iki] – Plus ou moins. C’est censé être une légende.

Keira sourit.

[Keira] – C’est une légende. Une légende que j’ai crée, en partie. Il y a des hommes qui sont nés pour faire quelque chose sur ce monde, il y en a qui sont nés pour n’être rien.

[Iki] – Je ne veux pas devenir une légende.

Elle rit.

[Keira] – C’est ce qu’il avait dit, la première fois. Mais il y a des évènements qu’on ne contrôle pas. Ca doit être une certaine forme de destin. Akogare était voué à être une légende. Bien malgré lui d’ailleurs.

Keira se remise droite et étendit ses bras sur son bureau.

[Keira] – Mais je n’ai pas dit que c’était ton destin à toi d’en être une.

Iki soupira, fatigué des paroles de la dirigeante.

[Iki] – Alors qu’est-ce que vous voulez de moi ?

[Keira] – Tous les shinobi ne sont pas les mêmes, tous les Oi-nin ne sont pas les mêmes non plus. Il y en a qui sont particulièrement honnête, d’autres sont froids, d’autres encore font leur travail avec un génie exceptionnel sans y être pourtant attaché. Tu es un homme en colère, tu es un homme qui se bat comme il donne un spectacle parce que tu n’as pas l’habitude de laisser le choix à ton adversaire. Tu es sanglant et Konoha aime le sang. Konoha a besoin de ce sang sur tes mains.

Elle réitéra ce sourire malsain qu’elle savait si bien faire.

[Keira] – Le monde a besoin de savoir que Konoha possède et contrôle des hommes qui ont du sang sur leur main. Notre situation dans ce monde n’est pas aussi stable que ce nous l’espérons, nous avons subi une puissante attaque, nous sommes déstabilisés et les autres villages le savent. J’ai déjà été confronté à des jours plus noirs et jamais je n’ai ne serait-ce qu’imaginer Konoha comme une puissance régnante sur le monde. Konoha fait partie de l’ordre de ce monde, de son système et aujourd’hui, cet ordre est menacé. Parce que les villages cachés sont faibles. Tu es un tueur, et tu vas tuer en laissant la marque du village derrière toi.

La voix de Keira était grave, profonde, presque dramatique. Ses paroles étaient dures mais Iki y voyait une certaine forme de désespoir. A moins que cela ne soit encore qu’une très bonne combine pour l’amener à faire ce que bon lui semblera et qu’il se laisserait à nouveau avoir. Iki avait toujours été très faible, il se faisait manipulé facilement par les politiques. Keira ne faisait que reproduire ce qu’Okugane avait entamé, quelques mois plus tôt, avec la seule différence qu’elle paraissait le faire pour le village et non pour sa simple personne. Sans quoi il serait déjà parti. Mais son discours l’intriguait. Il ne s’était jamais vu comme un tueur mais comme un homme à qui on imposait de tuer. Pourtant, il savait, au plus profond de lui-même qu’il était capable de faire des choses atroces sans le consentement de Konoha, et il en avait faite. Il se souvenait des trois hommes, dans le pays des rivières, il se souvenait de Suigara et de son infiltration là-bas. Tout cela, il l’avait fait en permission, sans jamais porter l’étiquette du village. Sinon il serait mort lui-même, dans la même horreur, dans la même et sanglante folie.

Le monde est fou, il en était persuadé maintenant. Il avait retrouvé sa mère, ou du moins celle qui se disait l’être et qu’il avait oublié jusque là, il avait retrouvé qui il était vraiment et ce masque lui permettrait de reprendre sa vie là où il l’avait arrêté en arrivant à Konoha, ce en toute impunité. Parce qu’un masque, malgré tout le symbole qu’il portait avec lui, c’était avant tout un rempart, la certitude que personne ne pourra mettre de nom sur un meurtre, d’accusations sur un crime. C’était la liberté de tuer à sa guise, comme bon lui semblerait. La liberté de voyager, et de trouver ce qui lui plairait ou non. La volonté de redevenir lui-même.

Yasu ne serait définitivement pas contente. Tsubaki non plus à vrai dire, mais Iki cédait, et cédait encore.

[Iki] – Vous êtes en train de me dire que l’homme que je suis devenu ces derniers moi, le sentiment d’appartenir à quelque chose de grand, quelque chose de sain ; tout cela est faux ? Que je suis vraiment un animal ? Une bête ?

Il tira sur sa cigarette.

[Iki] – Tous les soirs lorsque je me couche, je me demande si je suis bien humain, parce que je possède un pouvoir que vous n’ignorez pas, malgré ma discrétion sur ce sujet, et qui n’a rien d’humain. Parce que je frappe violemment et parce que je n’ai aucune idée de la pitié lorsque mon adversaire a porté le premier coup, oui, il m’est arrivé trop souvent de douter de la réalité réelle. Et vous, en trois minutes, vous retournez le travail fait par des hommes puissants. Qui vais-je décevoir ? Tsubaki, Yasu, Kawazi, il y a tellement de personnes qui ont essayé de voir l’homme que j’étais que cela serait insupportable. Vous avez conscience de cela.

Keira haussa les épaules nonchalamment.

[Keira] – C’est pour cela que tu porteras un masque.

[Iki] – Mener une double vie n’a jamais aidé personne.

[Keira] – Bons ou mauvais, tous les Oi-nin mènent une double vie et tu n’y peux rien.

Iki fit un signe de la tête et sortit aussitôt de la pièce, l’esprit ailleurs.


***


[Tsubaki] – Qu’est-ce que tu comptes faire ?

Elle l’attrapa par le bras et l’arrêta aussitôt. Iki laissa tomber sa cigarette sur le sol mais ne l’éteint pas. Tsubaki n’était pas partie, elle l’avait attendue de l’autre côté de la porte. La teinte de leur conversation l’avait déjà effrayé, alors elle s’était mise à craindre celle qui se prolongerait entre eux sans sa présence. Sa petite présence en l’occurrence. Parce qu’elle s’était sentie toute petite.

[Iki] – Mon job, seulement mon job, répondit-il le regard noir.

[Tsubaki] – Owoh, tu vas te calmer mon mignon, je n’aime pas du tout la tournure que prennent les évènements.

Iki attrapa l’épaule de Tsubaki d’une main puissante et la plaqua contre le mur.

[Iki] – Tu crois que cela me plait ? On dirait que j’ai le choix. Ouvre les yeux Tsubaki, je ne suis pas l’homme que Yasu et toi voulez voir.

La jeune femme ouvrit grand ses yeux et laissa quelques larmes monter jusqu’au bord de ses paupières. Il lui faisait mal, mais elle le laissait faire, aussi idiot que cela puisse paraitre. Son menton toucha le haut de sa poitrine et ses cheveux passèrent sur son visage. Abattue.

[Iki] – Tu as fait beaucoup pour moi, Tsubaki. Bien trop à mon gout. Mais personne ne peut aller contre ce que je suis, alors je m’en contenterais. Keira veut un tueur, je suis un tueur, c’est ainsi. Je ne deviendrais pas un homme noir, je ne serais plus jamais l’homme que Yasu a connu, mais il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter.

Il lâcha son emprise et recula d’un pas.

[Iki] – Je dois voir Hiryuu. Tu sais ce que cela signifie ?

Elle hocha de la tête sans le regarder.

[Iki] – N’en parle pas à Yasu, s’il te plait.

[Tsubaki] – Elle s’en rendra compte bien plus tôt que tu ne peux l’imaginer. Elle le lira dans ton regard dès qu’elle reviendra.

Iki dessina un sourire triste sur son visage et alluma une cigarette salvatrice.

[Iki] – Alors laisse-moi l’occasion de voir ses yeux une dernière fois.
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MessageSujet: Re: La force des profondeurs   Lun 15 Mar - 5:13

C’est une sensation enivrante que de se savoir trahi par soi-même. Iki laissa tomber son visage dans le creux de ses mains et joua de ses doigts pour faire tournoyer une cigarette qu’il n’avait pas encore allumée. Il en était arrivé à cette conclusion : la déception est une chose mauvaise. Elle n’en est que plus grande et lourde à porter lorsqu’elle se tourne vers soi-même. D’une main fatiguée, usée par le flot d’émotions qui balayait son corps depuis le début de la journée, il sortit le masque que lui avait donné Keira et le laissa tomber sur le sol poussiéreux. Il gisait là, entre ses deux pieds, et il apportait avec lui un trop plein de conséquences qu’Iki ne savait pas s’il aurait la force de supporter. Et là, il comprit. Qu’il s’était lui-même trahi.

Le parc de Konoha était vide. Un vent chaud le traversait et emportait avec lui quelques feuilles virevoltantes qu’il comparait aux nombreux dossiers de Keira, entassés sur son bureau. Elles avaient cette même couleur sombre, évoluant aléatoirement dans un monde pourtant quadrillé par une organisation sommaire mais bien existante. Il se sourit à lui-même, amusé de trouver le visage de la dirigeante un peu partout dans le village, où qu’il aille, quoi qu’il fasse. Dorénavant, elle était ancrée en lui comme Okugane l’avait pu être quelques mois auparavant. Ce n’était d’abord rien, de simples remerciements, puis, de fil en aiguille, une relation plus solide s’était construite autour de lui. Il l’avait voulu, il en avait décidé ainsi, mais il n’était plus sûr d’avoir fait les bons choix.

Hizu lui demanderait très certainement où était passé le jeune homme serein, sûr de lui, presque trop, qu’elle avait connu. Il lui répondrait qu’il n’avait jamais existé, qu’il n’avait jamais cessé de jouer et que son orgueil, sa vulgarité, son détachement, tout n’avait été qu’un vulgaire masque qu’il avait décidé de briser, un jour. Il n’avait rien brisé du tout.

Il avait simplement remplacé un masque par un autre. Et dans cette histoire, il s’était perdu.

Quelque chose l’avait rattrapé. Son passé, peut-être bien. Ou son avenir, qui avançait vers lui à grands pas. Peut-être que sa nouvelle position le rendrait célèbre et riche, peut-être qu’elle lui apporterait des jours heureux, dans un avenir bien plus lointain. Mais il n’avait que faire de l’avenir, le présent lui paraissait déjà bien trop compliqué à vivre et en l’espace d’une semaine, sa vie avait déjà et à nouveau changé du tout au tout. Il allait perdre Yasu, il le savait. Il le savait parce qu’étrangement, il avait toujours eu ce don pour comprendre les femmes de sa trempe, les femmes fortes qui s’amusent à dresser des murs face aux gens pour qu’elles ne dévoilent pas leurs propres faiblesses, un peu comme lui. De toute manière, il ne savait pas trop comment vivre avec elle et lui cacher son travail d’Oi-nin. C’étaient déjà des mensonges et il ne pouvait en supporter plus. Tsubaki garderait le secret, elle n’avait pas le choix, mais le reste … Son comportement … Non, ça elle ne pouvait pas le lui cacher. Pas à une femme qu’elle appréciait.

Yasu avait son masque bien à elle. Ce n’était pas la même figure d’animal qui la représentait, ce n’était pas les mêmes conséquences, ce n’était pas le même statut. Mais finalement, ce n’est toujours qu’un bout de plâtre qu’on pose sur un visage pour ne pas être reconnu.

Et Iki aimait déjà la sensation de voyager librement, sans se soucier du sourire qu’il arborerait. Il imaginait déjà le jour où il prendrait conscience que son masque ne cache en fait qu’une infime partie de lui-même et qu’il lui suffirait d’ouvrir la bouche et qu’il en sorte un son pour qu’on le reconnaisse, pour qu’il dévoile les penchants de son caractère, de ce qui fait de lui un homme parmi tous les autres et non seulement une âme qui compose un groupe. Comme tous les autres.

[Hiryuu] – D’habitude, c’est toi qui es en retard.

Iki rangea sans se presser le masque dans la poche de son manteau et s’étala sur le banc. Il jeta son regard sur Hiryuu et sourit. Ce n’était encore qu’un garçon, mais il l’appréciait plus ou moins. Hiryuu avait ça de bien qu’il fut un temps où il n’était qu’une pâle copie de lui-même et qu’à la fumée de cigarette, les deux shinobi se partageaient tout un tas de points communs qui les avaient rapprochés.

[Iki] – D’habitude, tu te fais prier.

Hiryuu sourit mollement et s’assit à côté de lui, scrutant le paysage. Il avait une petite teinte de chaos, et c’est ce que les deux hommes appréciaient tout particulièrement. Le vent chaud, les feuilles qui volaient dans le désordre, parfois même, un banc de poussière qui se soulevait et qui emportait tout. Et puis ce silence qui empruntait leur conscience. Le chaos, en somme. Le chaos bien au chaud, dans son confortable petit lit douillet, en plein centre de Konoha.

[Hiryuu] – Je me suis dit qu’au ton de ton message … Je ne devais pas trop traîner.

Du bout du doigt, il fit craquer plusieurs allumettes qui s’éteignirent aussitôt, soufflée par le vent. Iki sortir son briquet et se pencha vers son homologue, profitant de l’occasion pour l’imiter.

[Iki] – Tu fumes toujours ces trucs dégueulasses.

Hiryuu rit. A peine quelques secondes, ce n’était pas dans sa nature et il n’aimait pas tellement se forcer.

[Hiryuu] – Un jour, un garçon de mon âge m’a expliqué qu’il fallait bien mourir de quelque chose et que s’il devait mourir à cause de ces foutues clopes, il aurait mené une vie heureuse. Et tu sais pourquoi ?

Iki haussa les épaules, amusé.

[Hiryuu] – Parce que c’était un shinobi, et qu’il risquait chaque jour sa vie. Mourir d’un cancer, c’est déjà vivre trente ou quarante bonnes années. Trente ou quarante bonnes années, tu te rends comptes ! C’était à peu près le ton qu’il avait, joyeux, presque mué par l’espoir qu’il en mourrait un jour.

[Iki] – Je ne pensais pas que tu te souviendrais de cette histoire.

Hiryuu tira généreusement sur sa cigarette et soupira. C’était il y a trois ans et paradoxalement, il se souvenait de cette conversation au mot près. Hiryuu avait toujours été ce genre de garçon un peu froid, un peu détaché qui se fichaient des gens parce qu’ils n’avaient pas réellement d’importance pour lui. Iki n’en avait pas eu jusqu’à ce qu’ils se rencontrent pour la première fois. L’un comme l’autre ne se connaissait pas mais savait dors et déjà qu’il faudrait bien plus que de simples conventions de politesse pour se satisfaire de cette relation. Parce que l’un comme l’autre, ils n’étaient pas homme à s’attacher facilement à une personne qui n’en valait pas la peine.

Il lui avait sorti ça presque de but en blanc, comme on pouvait dire « bonjour » ou « merci ». Iki n’avait jamais vraiment compris comment cette formule lui était venu à l’esprit, il savait simplement que c’était tout à fait le genre de questions stupides que lui poseraient Yasu, et qu’un jour il devrait y répondre. C’était pour ça, qu’Hiryuu s’était souvenu. Et Hiryuu ne se souvenait pas de grand monde. C’était aussi un peu pour ça qu’il l’aimait. Ou qu’il l’avait aimé.

Parce que beaucoup de choses changent, en trois ans.

[Hiryuu] – Il y a des choses qui marquent les gens, Iki.

[Iki] – Tu m’en voies satisfait, gamin.

Hiryuu leva les bras au ciel.

[Hiryuu] – Je t’ai déjà demandé d’arrêter de m’appeler comme ça. Tu n’as qu’un an de plus que moi et … Et merde, on est plus des gosses.

Iki sourit, tout en regardant fixement devant lui sans se préoccuper outre mesure de son acolyte, préférant se concentrer sur le banc, vide, qui leur faisait face et sur sa cigarette qui montait et descendait de sa bouche presque machinalement.

[Iki] – Tu crois que si je demandais à Keira de m’oublier, elle le ferait ?

Il haussa les épaules et se répondit à lui-même.

[Iki] – Non, elle ne le ferait pas. Tu devras faire avec.

[Hiryuu] – Elle est si terrible que ça ?

Iki esquissa une moue dubitative et fronça les sourcils.

[Iki] – Non, j’aime bien nos petites rixes improvisées. Ca donne du piquant à ma vie. J’ai l’impression de lui faire l’amour … sans le contact physique.

[Hiryuu] – C’est mieux.

[Iki] – Tu trouves ?

Hiryuu sourit, amusé.

[Hiryuu] – Elle est plus toute jeune.

Iki fronça un peu plus les sourcils, presque dégouté. Leurs bouches se scellèrent l’espace d’un instant, juste assez longtemps pour que le silence se fasse et que les dernières paroles d’Hiryuu pénètrent bien leur esprit, qu’elles prennent tout leur sens. Et aussi le sens qu’elles ne devaient pas avoir, en théorie. Ils se tournèrent l’un vers l’autre d’un même concert et pouffèrent de rire. Et puis le silence reprit à nouveau sa joute avec lui-même, laissant la brise crisser l’air pour seule adversaire.

Iki soupira. Toute cette mélancolie le tuait, le rongeait à petit feu. C’était peut-être pour ça qu’il avait accepté, non pas d’être Oi-nin, il n’avait pas le choix, mais de devenir Oi-nin. De s’accepter en tant que tel. Il avait besoin d’action, c’était plus fort que lui, comme inscrit quelque part dans ses gènes.

Sur un putain de connard de gène.

[Hiryuu] – Mes clopes ne sont pas plus mauvaises que les tiennes, au final.

Iki prit sa cigarette par son filtre et la leva devant ses deux yeux.

[Iki] – Désolé, mais elles sont vraiment dégueulasses.

[Hiryuu] – On s’en fout. Tant qu’elles me tuent.

Iki céda et, satisfait de la réponse de son homologue, porta le filtre à sa bouche.

[Hiryuu] – Au fait, j’ai croisé Tsubaki avant de venir.

Iki sourit, faussement amusé.

[Iki] – Je me disais aussi …

[Hiryuu] – Que ?

[Iki] – Que je trouvais étrange que tu accoures aussi vite sur le seul mot que je t’avais laissé. Tu serais devenu un bon petit chien, et je n’aurais pas aimé.

Hiryuu continua de regarder fixement le banc devant lui, sans porter plus d’attention à la petite pointe de provocation qui lui avait envoyé Iki. Son regard se précisa et ses yeux se plissèrent alors étrangement, comme subjugués par un détail dont le jeune homme n’arrivait pas à saisir tous les tenants.

[Iki] – J’ai besoin de toi sur ce coup-là, Hiryuu.

Il haussa les épaules, nonchalant.

[Hiryuu] – Tu vois, c’est typiquement le genre de phrases que le Iki que je connaissais il y a trois ans n’aurait jamais sorti.

[Iki] – Ce Iki n’existe plus.

Hiryuu resta droit, mais son regard avait quelque chose de coléreux qui paraissait difficilement supportable, même pour lui.

[Hiryuu] – Je sais. Quand il a disparu, il a prit avec lui une personne qui m’était chère et depuis ce jour, il m’est impossible de ne plus lui en vouloir.

[Iki] – Alors pourquoi es-tu là ?

Il haussa à nouveau les épaules.

[Hiryuu] – Pour te dissuader de faire ce à quoi tu penses. Je suis bon dans ce que je fais, et c’est pour ça que tu m’as appelé. Ce n’est pas pour parler du passé, ni du gout de mes cigarettes ou encore du caractère emmerdant de Keira.

Iki se leva subitement et jeta sa clope contre le sol. Il tourna en rond plusieurs fois, scrutant Hiryuu du regard à chaque fois qu’il passait devant lui, puis se replongeait dans son cercle, brassant parfois l’air de grands mouvements de bras qui indiquaient qu’il cherchait encore ses mots.

[Iki] – Tu ne peux pas faire ça. Personne ne peut !

Il s’arrêta finalement et leva les yeux vers le ciel.

[Iki] – Je suis bon dans ce que je fais moi aussi, et il n’est pas question que je ne puisse pas devenir meilleur à cause des craintes puériles d’un blonde vexée et d’un gamin hautain. La voie vers laquelle je me tourne ne regarde que moi, Hiryuu, je me fous et contrefous de votre avis sur la question.

Lentement, il se rapprocha de lui, puis, avec la même soudaineté, se rassit à la place qu’il avait quittée une minute auparavant.

[Iki] – Avec ou sans toi, j’y arriverais.

[Hiryuu] – Alors ce sera sans moi.

Iki se releva et sortit une cigarette. Il l’alluma derechef et la pointa fermement vers Hiryuu, qu’il dévisageait avec une petite pointe de colère. Celui-ci ne cessait de pointer le banc, préférant ne pas tenter de rivaliser à ce petit jeu qu’il connaissait bien. Qu’ils connaissaient bien tous deux. Ils y avaient laissés des cicatrices qui ne s’étaient peut-être pas encore effacés.

[Iki] – Un jour, un enfoiré de quinze piges qui se targuait de donner des cours à des gamins qui avaient deux de moins m’a collé contre un mur et m’a fracassé la gueule avec ses propres mains. Il avait du sang partout sur les doigts, sur le visage. Et j’aurais cassé sa vilaine petite gueule d’ange noir dix fois, s’il n’avait pas eu ce putain de regard à la fois violent et triste.

Il tira violemment sur sa cigarette.

[Iki] – Pourtant je ne l’ai jamais fait. Et le lendemain, je suis retourné le voir et sur le même mur, avec le même regard, il m’a explosé le visage une nouvelle fois. Trois jours, Hiryuu ! Je suis revenu le voir pendant trois jours ! Trois jours avant qu’il ne remarque que j’avais les mêmes yeux, la même hargne, la même poigne. Trois jours avant qu’il ne comprenne.

Iki recula, s’éloignant peu à peu de son acolyte, préférant toujours exprimer sa rage à travers sa cigarette qu’il maltraitait sans s’en rendre compte.

[Iki] – T’avais raison tu vois. Il y a des histoires qui marquent les gens, mais pas tous de la même manière.
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MessageSujet: Re: La force des profondeurs   Lun 15 Mar - 18:41

Hiryuu se leva et lança un regard noir vers Iki. Il laissa tomber sa clope sur le sol et grimaça. Du bout de pied, il l’écrasa. Le foyer continua toutefois de fumer, balayé par le vent qui traversait le parc. Le tabac incandescent s’effrita de lui-même et s’envola, laissant les flammes rougeâtres libres. Elles s’envolèrent elles aussi et Hiryuu les regarda se dissiper lentement d’un œil songeur.

Les paroles d’Iki le touchèrent. Peut-être pas eu plus haut point, peut-être pas au point de tout pardonner. Il ne pardonnerait pas son comportement d’il y a trois mois, c’était une condition non négociable. Mais Iki restait un ami et Hiryuu n’avait pas beaucoup d’amis. Comme Iki, il connaissait beaucoup de personnes, il avait noué des relations avec nombre d’entre elles mais finalement, il en retrouvait très peu sur un banc vide du parc de Konoha et bien moins encore s’amusaient à lui faire la conversation, une cigarette à la bouche. Il lui en voulait, c’était indéniable, mais c’était plus fort que lui, il ne pouvait s’empêcher de l’aimer un peu.

Même le plus grand des salauds peut avoir en lui quelque chose d’attirant. Comme un aimant qui repousse d’un côté et attire de l’autre. L’un des deux pôles était bien plus prononcé mais cela, il n’y pouvait rien.

Combien de fois leur avait-on demandé de changer ? Combien de fois leur avait-on reproché d’être des hommes froids, des hommes tournés vers eux-mêmes ? Combien de fois Tsubaki lu avait proposé de sortir de sa routine morose et de regarder le monde comme une grande bulle rempli d’hommes et de femmes qui ne lui voulaient aucun mal et qui n’avaient qu’une envie, c’était de le rencontrer et de passer un peu de temps avec lui. Hiryuu refusait souvent et lorsqu’il acceptait, il s’en retournait déçu. Iki avait changé à ce sujet, il s’était remis en question et avait avancé, même si tout n’est pas toujours tout rose. Il avait beaucoup perdu à partir et à rejeter l’homme qu’Okugane avait construit en trois ans, que les Six Lions avaient construits en dix ans. Et lui, sur un coup de tête, il avait envoyé tout ça dans le décor, poussant du revers de la main ce qui faisait ses fondements. Il le respectait pour ça.

Mais il fallait croire qu’Iki n’était pas aussi fort qu’il le prétendait, il l’admettait lui-même, devant lui, sans pour autant s’en vouloir. Il avait essayé. Il s’était surestimé mais il avait essayé. L’espace d’un instant, il lui fit de la peine. Revenir sur ses propres pas n’avait jamais apporté que du mauvais et Hiryuu aurait aimé qu’Iki reprenne son courage à deux mains et se concentre sur la petite vie tranquille qu’il avait construite avec Yasu, dans un village qui l’avait accueilli et qu’il avait appris à accepter et à remercier.

[Hiryuu] – Tu fais chier.

Iki tira sur sa cigarette et s’arrêta.

[Iki] – Prends ça comme un service, si ça peut t’aider.

[Hiryuu] – Non, ça ne m’aide pas.

Hiryuu sortit une cigarette de la poche de son manteau et le rejoint.

[Hiryuu] – La voie de la destruction est sombre et dangereuse, elle ronge celui qui l’utilise. Mais elle se nourrit de la haine et de la noirceur de l’âme. Et il serait dommage qu’elle ne profite pas de la tienne.

Iki sourit en se souvenait des menaces qu’avait porté Tsubaki à ce sujet. Il s’en souvenait parfaitement bien mais les lui énumérer avait été une erreur. La première et unique erreur de Tsubaki. Hiryuu ne manquerait pas de lui rappeler à quel point cette voie est dangereuse mais il savait bien mieux que tout autre à quel point Iki était né dans ce flot de colère et qu’il n’avait jamais cessé de l’utiliser.

Keira avait raison, ce n’était pas qu’un simple style de combat. Il y avait des hommes qui se battaient en réfléchissant, en construisant toute sorte de stratégies particulièrement bien ficelées. Il y en avait aussi qui perdaient et dont la mort prochaine ne ferait aucun doute. Et puis il y avait ceux qui comme Iki menaient leur duel dans une rage folle. C’était une manière de s’exprimer, une façon comme une autre d’en finir rapidement avec quelque chose qui l’imiterait s’il n’était pas plus rapide. Mais c’était faux.

N’est pas homme en colère qui veut. N’est pas homme qui maîtrise la difficile voie de la destruction qui veut et Iki n’avait pas l’intention de ne pas profiter de cet avantage.

Aussi dangereux soit-il. Mais vivre dans le danger, c’était une manière de vivre. De repousser l’heure d’une mort qu’il savait plus ou moins proche, parce qu’il risquait sa vie un peu plus chaque jour. Sentir cette sueur froide le long de sa nuque et plonger son regard injecté de sang dans celui de son adversaire l’excitait et le dégoutait à la fois. Mais les deux shinobi avaient très vite appris à faire avec ce que la nature leur avait donné.

On l’appelait l’implacable destin.

D’un signe de la tête, Hiryuu lui fit signe qu’il fallait qu’ils sortent de Konoha. Iki ignorait leur destination comme la méthode qu’utiliserait le garçon, mais il lui faisait assez confiance et connaissait assez sa manière d’enseigner pour savoir qu’il parviendrait coute que coute à faire de lui le meilleur dans sa voie. Moins bon que lui, certes, mais cela il n’y pouvait rien. Hiryuu était un génie malgré toute sa motivation et son implication, personne ne peut rivaliser avec les génies. Ce genre de petits hommes qui ne connaissent que peu de choses mais qui les contrôlent avec un talent contre lequel on ne peut rivaliser. Iki n’avait vu qu’une fois Hiryuu se battre pleinement face à son adversaire et cela n’était pas beau à voir, même s’il ne savait pas si des flammes rouges et flamboyantes qui sortaient de sa bouche ou du regard impénétrable et froid, lequel était le plus effrayant. C’était peut-être ce mélange terrifiant qui faisait sa force.

Sans une parole, ils filèrent entre les ruelles du village et dépassèrent finalement les habitations. Hiryuu continuait de marcher sans regarde autour de lui, sûr de son chemin. De grands arbres sortaient de terre à mesure qu’ils avançaient, de plus en plus proches les uns des autres. Ils plongèrent finalement dans une épaisse forêt. Du bout du doigt, Hiryuu montra les grandes murailles qui entouraient protégeaient le village, même si dans ses souvenirs, cela n’avait pas tellement retardés ceux qui avaient attaqués Konoha, quelques mois plus tôt. Il s’arrêta alors, préférant ne pas trop s’en approcher et changea de direction. Ils continuèrent de marcher pendant quelques minutes, longeant les remparts, à quelques centaines de mètre d’eux. Iki ne pouvait en apercevoir que la toiture qui pointait difficilement entre les cimes des grands arbres de la forêt de Konoha.

Hiryuu s’arrêta enfin devant un rocher imposant qui sortait tout droit de terre, ou qui était tombé du ciel. L’un comme l’autre, ça présence ici paraissait plutôt étonnante, voire intrigante, bien esseulée dans une grande zone de terre et de chênes. L’image d’un vulgaire bouton d’acné noircissant la peau blanche et pure d’un adolescent amusa Iki, qui sourit intérieurement. Il sortit une cigarette et l’alluma sans prendre attention à Hiryuu qui sortait quelques parchemins d’un grand tube, deux pinceaux et un petit pot qui renfermait une encore sombre, fermement fermé par un bouchon qu’il dévissa avec difficulté.

[Hiryuu] – Voilà à peu près à quoi ça ressemble.

D’un coup de poignet habile, il s’empara du pinceau et le trempa dans l’encre. Lorsqu’il posa le crin sur le parchemin, il en coula une couleur violette nauséabonde qui, paradoxalement, fit sourire Iki. Une boule se noua dans son estomac et un violent nœud le fit souffrir et coupa sa respiration momentanément. La couleur rendait le sceau chaotique. Iki se pencha juste au dessus du parchemin et dessina le cercle du regard. Il fut prit d’un malaise jouissif du et crut se jeter dans le violet de l’encre, d’y tomber et de jamais arrêter de voler. Parce que tomber dans un trou infini, c’est comme voler, finalement, on ne tombe plus vraiment.

Il se releva subitement et passa une main fatiguée dans ses cheveux. Hiryuu se releva sans dire un mot, ni même porter attention au malaise de son ami et se tourna vers la roche. Il y posa sa paume et ferma les yeux. Une onde puissance de chakra parcourut son bras et les éblouit tous deux, l’espace d’une seconde. Lorsqu’Iki ouvrit les yeux, il découvrit le même cercle violet dessiné, gravé dans la pierre. Hiryuu se recula de deux pas et se mit à la hauteur de son partenaire.

Puis, sans même sourire, il plia ses bras le long de son torse et annonça fièrement :

[Hiryuu] – Voilà exactement, à quoi ça ressemble.
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MessageSujet: Re: La force des profondeurs   Mar 16 Mar - 23:52

Le chakra avait une touche nauséeuse dans sa teinte violette. D’attirant, mais de nauséeux. Une intense lueur sortit du cercle et dessina le sceau dans les airs, à quelques mètres de sa cible originelle, mais Hiryuu ne fit pas un mouvement. L’idée de reculer d’un pas ne l’effleurait à priori pas, alors Iki l’imita quoi que bien moins confiant. Il sentit le chakra se comprimer sur lui-même, tourner tout autour des marques mauves, ce de plus en plus vite. Soudainement, il se densifia et une masse important de chakra apparut au centre du sceau, une masse invisible qu’Iki n’avait pas identifié même si elle appartenait sans nul doute à Hiryuu. La roche craqua sous la pression, d’abord fébrilement en de multiples fissures qui ne dépassaient pas la barrière de chakra puis en de nombreux éclats qui jaillirent sans toutefois arriver jusqu’aux pieds des deux shinobi.

Hiryuu sourit. Iki resta immobile, grimaçant intérieurement.

Le chakra explosa, mais de l’intérieur, ce qui le surprit. Le vent qui raflait d’habitude toute explosion ne se fit pas même sentir, si bien qu’Iki put suivre d’un œil aguerri quoi que méfiant toute la scène et le mécanisme qui l’animait. Les barrières violettes se rompirent, libérant un flot d’énergie folle qui se propagea du premier impact central sur une grande partie du pouce rocheux en de longs fils qui formaient une éphémère toile d’araignée. Tout se passa très vite, quelques secondes plus tard et les crissements du chakra se turent, recouverts par un intense craquement. Il n’y eut aucune explosion, aucun éclat de roche, seul une immense fissure qui partait de la première tâche de chakra. La pierre se scinda en de multiples morceaux sous l’impact et un morceau de l’affleurement tomba à même le sol, jetant un épais nuage de fumée de poussière dans l’air. Iki posa sa main sur ses yeux, laissant un léger espace entre ses doigts pour continuer de suivre la scène et n’en lâcher aucun acte.

Le tout se calma très vite. La poussière retomba sur le tout neuf amas de pierres et le peu de chakra qui restait se dissipa dans l’air. Hiryuu s’ébroua soudainement et se tourna vers le tronc d’un grand chêne sur lequel il sauta facilement. Il finit par s’assoir quelques mètres plus haut sur une des branches principales et laissa tomber ses jambes dans le vide.

[Hiryuu] – On l’appelle Yurachi Fuuin ou, le sceau qui ébranle la terre. Plus ou moins littéralement parlant.

Il alluma une cigarette et s’amusa à balancer ses jambes le long de l’épaisse branche.

[Hiryuu] – C’est un sceau plutôt basique quoi que puissant. Tu n’es pas un de ces pleutres qui suit mes cours, donc j’imagine que tu as suivi le déroulement de la réaction, néanmoins je vais t’en rappeler les grandes étapes afin que tu n’en loupes aucune et que je t’évite ainsi de perdre un bras.

Hiryuu lâcha un sourire moqueur puis reprit sa mine sérieuse et sévère.

[Hiryuu] – Je dirais qu’il existe deux types de sceau de destruction. Il y a ceux qui profitent de la haine qui est en toi pour te rendre plus fort et pour te ronger à petit feu. Ce sont des sceaux dangereux mais particulièrement puissants et … je ne pourrais pas te recommander de ne pas les utiliser, parce que j’en possède moi-même. Néanmoins le moment voulu, je saurais t’indiquer quelques conseils que, j’espère, tu prendras bien en compte.

Hiryuu sembla esquiver plus ou moins le sujet. La voie qu’il avait choisi ne lui plaisait pas vraiment, mais il s’en contentait parce qu’il savait qu’il l’utilisait avec un certain talent et que pour cela, on le respectait. Et il se respectait lui-même. Néanmoins, sa connaissance en sceau de destruction lui permettait de les comprendre et de comprendre les conséquences qu’ils pouvaient avoir. L’idée de mettre en garde son ami ne lui vint pas à l’esprit, Tsubaki s’en était très certainement chargé avant lui et elle avait ce don pour elle d’expliquer d’une manière tout à fait cruelle de logique les choses mauvaises qui composaient la vie. Assez cruelle pour que son interlocuteur en soit dégouté pour ne pas y toucher. Elle découvrait Iki, elle ne pouvait pas savoir que cela ne l’effrayait pas, mais Hiryuu ne se sentait pas de radoter des menaces dont Iki connaissait déjà le gout.

Il devenait agressif lorsqu’on le prenait pour un enfant. Hiryuu trouvait déjà désagréable de s’adresser comme un vulgaire professeur à un ami qu’il voyait déjà comme l’un de ses nombreux élèves qui, eux, ne connaissent rien à la vie d’un shinobi et qui ouvrent bien grands leurs yeux lorsqu’il leur parle d’explosion, de flamme et de brûlures en tout genre. Parfois, il se dégoutait lui-même, mais il avait toujours appris à vivre avec.

Le Juunin préféra continuer son petit cours magistral et théorique sur le sujet et passa rapidement sur ce qu’il insinuait être une deuxième catégorie, bien différente de la première et à laquelle il attachait plus d’importance pour le moment.

[Hiryuu] - Les autres sceaux sont basés sur une destruction bien plus physique que psychique et, comme leur nom l’indique, ils … détruisent ? C’est ça, oui. Yurachi Fuuin est une première étape dans cette catégorie mais tu comprendras très vite que le chakra peut faire des choses extraordinaires à des objets de nature bien plus exceptionnels. Ils sont voués à déstabiliser une entité physique et la grande majeure partie du temps, non-vivante.

L’espace d’un instant, Iki ne comprit pas l’intérêt pratique de tels sceaux, sinon à embêter des shinobi qui pouvaient se passer de défense, de grandes enceintes et de murailles s’étalant sur des distances impossibles. Hiryuu sourit intérieurement et leva un doigt amusé.

[Hiryuu] - Imagine … que tes adversaires sont fermement cloitrés derrière une barrière rocheuse et qu’ils te narguent. Il t’est impossible de l’en approcher sans qu’ils ne t’infligent de sérieux dégâts. Toi, parce que tu es un imbécile, tu fonces dans le tas, alors que moi, grand fou que je suis, je pose ce sceau sur leur rempart et je le fais tomber. Sur eux.

Iki haussa les épaules devant un exemple qu’il ne semblait pas pouvoir réfuter. En cherchant bien, il aurait peut-être pu mais il préféra ne pas couper Hiryuu et le laisser continuer dans sa folie pédagogique. Il était comme ça, froid, sévère, mais finalement trop attaché à partager ses connaissances – bien malgré lui.

[Hiryuu] – Le sceau qui ébranle la tête est composé d’une barrière de chakra qui entoure une masse bien plus importante de chakra qui n’emprunte pas cette couleur violette, justement. Lorsque tu l’actives, tu libères cette masse et crée une pression à l’intérieur même du sceau. Au moment où le sceau se déclenche, la barrière mauve rompt et libère le chakra qui fissure l’organisation chimique de la roche, ou de la matière sur laquelle tu l’as posée. La grande majorité de ces sceaux se basent sur ce système même si celui-ci a pour lui de ne pas provoquer d’explosion.

Il s’interrompit une seconde, puis, considérant qu’Iki suivait encore assez le mouvement de ses lèvres, Hiryuu reprit.

[Hiryuu] – Le chakra que le sceau ingère ne doit pas exploser, il doit se feindre des atomes, de la roche, du bois, bref de ce sur quoi tu le poses. Il doit jouer, danser avec pour en séparer ses éléments afin que la structure s’effondre sur elle-même. Mais il est tout à fait possible de rendre ton chakra explosif.

Iki grimaça et fronça ses sourcils.

[Iki] – Tu es au courant que je n’utilise mon chakra qu’une fois tous les trente deux du mois ? Je suis pas un dingue, je ne suis pas comme toi.

[Hiryuu] – Tu pourrais faire la même chose que ce sceau juste avec tes mains, alors le plus dingue de nous deux …

Iki rit. Il n’avait pas tout à fait tort mais s’ils savaient tous deux que cela serait impossible. Iki n’avait jamais vraiment essayé de casser un mur juste avec sa force mais il savait déjà qu’il réussisse ou non, il verrait ses poings broyés et cela, il ne pouvait pas vraiment se le permettre. Hiryuu, lui, pouvait toujours se battre sans jambe ni doigts, tant qu’il avait une ombre de chakra, il restait dangereux et c’est ce qui faisait des manipulateurs du Ninjutsu des êtres dangereux. Et effrayants.

Le rouleau gisait encore par terre. Iki s’en approcha sans relever outre mesure l’humour moqueur de son acolyte et se pencha. D’une main puissante, il le débarrassa des nombreux cailloux et morceaux de pierre qui le tenait accroché au sol et le souleva dans les airs, avant de souffler dessus pour en retirer toute la poussière qui s’y était accumulée. Ses yeux plongèrent sur le dessin qu’avait fait Hiryuu quelques minutes plus tôt et tentèrent bien que mal d’en imprimer chacun des caractères. Soudainement, il le lâcha et ne prit pas le temps de suivre la trajectoire aléatoire du parchemin qui virevoltait dans les airs. Du bout du pied, il poussa les monceaux de roche qui bloquaient l’accès au reste encore bien imposant du monticule et se fraya un passage jusqu’à lui. Là, il posa sa main sur un pan lisse, un pan qu’Hiryuu venait tout juste de créer et son chakra jaillit.

Il ne s’était jamais fait à cette idée. Le chakra, il ne l’avait jamais utilisé qu’en soutient. Et quel soutient ! Les yeux des rois lions étaient une technique précieuse et puissante, même si Iki savait ne pas en posséder la copie la plus insolente. Mais il avait plusieurs fois payé le prix de cette puissance et il avait du chercher au fond de son âme les ressources pour cela. Mais il n’avait jamais utilisé son chakra autrement, comme une aide pour lui-même, quelque chose qui se muait en lui complètement involontairement et désorganisé. Ses yeux d’argent venaient à lui sans qu’il n’ait même besoin de les appeler. Ils faisaient partie de lui, alors lorsque la situation le demandait, ils se faisaient une petite place et il prenait définitivement la partie à leur charge, selon leurs règles, selon leurs lois. Celle du plus fort, généralement. Et généralement, c’était efficace. Iki n’avait jamais été déçu. Et mis à part quelques permutations et autres sauteries du même acabit, le Juunin – aussi Juunin soit-il – ne s’était jamais vraiment intéressé à une exploitation plus poussée d’un chakra que Tsubaki lui avait révélé abondant et intense. Cela avait d’ailleurs révélé quelque chose en elle qui tenait de l’étonnement, mais Iki n’avait pu répondre à ses interrogations, il ne se connaissait pas lui-même sur ce plan là. C’était un profane, un vulgaire profane et pour ça il s’en voulait.

Son regard percuta la roche. Et son bras gicla loin, très loin. Trop loin. Si loin qu’il crut même le perdre de vue.
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MessageSujet: Re: La force des profondeurs   Mer 17 Mar - 18:32

S’éveiller n’avait jamais été quelque chose qu’il appréciait. Iki se sentait toujours las et mou, comme incapable de réaliser quoi que se soit après une nuit de sommeil, aussi courte et désagréable soit-elle. Il lui fallait toujours une dose de motivation si grande pour se sortir de sa torpeur et pour arriver à faire quelque chose de cette foutue journée qu’il se demandait parfois s’il cela ne serait pas moins fatiguant de rester allongé et de continuer à dormir. Mais chaque matin, il se réveillait et cela, il n’y pouvait rien, cela faisait partie de ce quotidien incontrôlable. Comme si un jour, quelqu’un avait dit que les hommes se coucheraient lorsque la lune pointerait le bout de son nez et se lèveraient lorsque la lumière referait surface. C’était à la fois idiot et particulièrement bien trouvé. Sinon, leur vie serait un amas désorganisé d’actions toutes plus folles les unes que les autres. Iki avait cette chance de trouver un certain réconfort dans son sommeil, d’y rester à la fois éveillé et en proie à une parade folle qui triait toutes ses idées, toutes ses pensées, qu’il retrouvait ensuite, le lendemain matin, un peu mieux rangées que la veille. Mais ça n’avait rien de vraiment salvateur, c’était plus … une façon de se séparer de toutes ses bonnes actions, comme s’il était un homme bon la nuit, et de jouer le salaud qu’il était durant le reste de la journée.

Une bonne excuse pour faire chier son monde, en somme.

Le contact chaud de la terre n’avait rien d’agréable. Lentement, il ouvrit les yeux puis les referma aussitôt, malgré l’obscurité provoquée par les ramures des grands arbres. Une obscurité bien sommaire, puisque ça et là, les rayons du soleil perforaient la toiture naturelle et se posait sur le sol avec une certaine violence. L’été commençait à poindre sur Konoha et avec lui, cette vague de chaleur et de lumière que certains apprécient tant. Préférant continuer son lent retour à la réalité les yeux clos, Iki passa une main sale sur son front humide et se plia sur lui-même. Il lia ses bras autour de ses genoux et se recroquevilla entre eux. Là, lorsqu’il fut certain qu’aucune lumière ne l’atteindrait durement, il ouvrit à nouveau les yeux, qui clignotèrent nerveusement, s’habituant avec difficulté au dangereux contraste. Comment de si grands arbres pouvaient protéger moins bien du soleil que deux petites couches de chaires qu’on appelait paupières ? Ses mains se lâchèrent et en rugissant un bâillement fatigué, Iki étira ses bras de tout leur long, comme s’ils entretenaient le mirage de dépasserles arbres et d’attraper le ciel. Pour lui mettre une grande claque, probablement. Le sommer de se satisfaire de ce noir reposant qu’était la nuit. Sa main se balada aveuglément le long de la terre jusqu’à ses doigts rencontrèrent une matière qu’ils connaissaient parfaitement bien. Son index poussa le rebord de carton puis, aidé de son pousse, s’empara d’une cigarette du petit paquet et l’amena aussitôt aux lèvres du Juunin. De son autre main, il fit craquer la pierre de son briquet. Il réitéra plusieurs fois l’opération sans qu’aucune flamme ne sorte, puis décida avec lui-même que sans combustible, il ne lui servait plus à rien, alors il le jeta avec un brin de colère un peu plus loin.

Iki se leva très lentement, afin d’éviter que son sang ne remonte trop vite à son cerveau et ne le déstabilise un peu plus qu’il ne l’était déjà. Il connaissait très bien cette sensation et, aussi étrange était-elle, il aimait sentir s’échapper à lui-même, comme si subitement son âme se désolidarisait de son corps et qu’il s’envolait pour quelques secondes dans des cieux inconnus. Mais la chute n’en était que plus rude et souvent, elle anéantissait tout espoir de sortir de son lit. Il s’y était replongé plusieurs fois sans que cela ne le dérange pas réellement, mais ici, il n’avait ni lit, ni journée maussade à passer dans les rues de Konoha sans rien faire d’autre que siroter un bon saké et regarder les passants se muer avec bien plus d’intentions qu’il n’en aurait jamais. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’Hiryuu et lui s’entraînaient et il ne comptait pas passer sa vie au contact du Juunin, ni au contact de cette forêt qu’il n’avait que trop côtoyé. Les conséquences de cet entraînement l’éreintaient trop pour qu’il ne veuille volontairement s’y attarder. Il jeta un coup d’œil rapide à son bras gauche. La brûlure que son chakra lui avait fait lors du premier jour s’était peu à peu atténué au fur et à mesure qu’il s’en occupait mais les marques de leurs expériences de la veille avaient finalement ravivé une douleur peut-être plus ancienne, déchirant à nouveau sa peau. Il n’avait pas souffert, la première fois, sinon de cette impression qu’une masse tirait sur son bras et qu’il le lui arrachait avec une facilité déconcertante. Mais l’étape qu’ils avaient franchie hier, elle, avait eu des conséquences bien plus lourdes si bien que la reconstitution de sa peau avait été légèrement ralenti.

Légèrement. Iki sourit devant l’ironie de la chaise, contemplant ses chaires à nues. Il s’empara très vite des bandages qui gisaient juste à côté de lui et entoura son bras avec. Les bandes blanches à l’origine avaient pris une teinte grisée par la poussière et par l’humidité nocturne qui imprégnait la forêt du village et du pays. En y repensant, cela faisait presque une semaine qu’Hiryuu et lui n’étaient pas revenus au village, ils n’avaient donc pas eu l’occasion de trouver des panses un peu plus fraiches. D’ailleurs, leurs réserves en nourriture commençaient à s’amenuiser à grande vitesse. Iki sentait déjà les conséquences de ce manque d’énergie, même s’il s’en contentait sans broncher ni même sans que cela afflige le mécanisme de son corps. Bien sûr, il sentait son estomac se nouait par moment et dégageait un bruit désagréable et dérangeant mais Kawazi lui avait appris à se soustraire à la faim et à survivre à ce genre de situations. Ce qui l’embêtait, c’était plutôt l’insatisfaction de ne pas pouvoir gouter à un précieux repas, eux qui puisaient déjà leur eau d’une source naturelle.

Sa main se posa sur l’épaisse écorce d’un chêne et titubant encore de son réveil matinal, Iki s’y adossa finalement.

[Iki] – Hiryuu, t’aurais pas du feu ?

En y repensait, cette question lui parut étrangement idiote, posée à un des éléments de Konoha qui maîtrisait le mieux cet élément et qui forgeait en partie sa réputation sur ce talent. Il n’y avait pas beaucoup d’avantages à passer ses journées – et ses nuits – avec un personnage comme Hiryuu, même lorsqu’il s’agissait d’être son ami mais pour cela au moins, ils n’avaient pas de problèmes. A moins de manquer de tabac et de feuilles pour le fumer, les étincelles étaient abondantes.

Son regard se posa sur la couche du Juunin. C’était une sobre couverture posée à même le sol, à côté de laquelle il avait rangeait méthodiquement son tabac, ses feuilles et un petit paquet de filtres. Une gourde était également enfoncée dans la terre afin qu’elle ne se renverse pas pour une raison ou pour une autre et quatre cailloux évitaient à une carte des lieux de s’envoler au moindre coup de vent. Mais Hiryuu était absent et demeurait étrangement silencieux. Iki leva ses yeux vers les grands arbres, connaissant la stupide habitude du Juunin à se percher dans les hauteurs mais le ne trouva pas.

[Iki] – Hiryuu ?

Une branche craqua. Ce n’était pas le genre d’évènements tout à fait anodins dans une forêt comme celle-ci mais Iki réagit étrangement. Son dos se remit soudainement droit et son regard s’aiguisa. Un étrange silence tomba sur les lieux et l’air devint chaud, presque étouffant. Le frétillement presque insoupçonnable d’une lame le rompit aussitôt. Iki laissa tomber sa cigarette et dans un ultime réflexe s’agenouilla violemment. La lame passa quelques centimètres au dessus de lui et ricocha contre le bois de l’arbre, enlevant un peu de son écorce. Une ombre passa devant lui sans qu’il ne puisse rien faire et disparut entre les hautes herbes et les grands chênes. Confus, Iki ne comprenait pas vraiment ce qui venait de lui arriver, il savait juste qu’un homme avait essayé de le découper littéralement en deux et que s’il n’avait pas eu cette immuable intuition et cette insolent instinct, il ne se serait douter de rien et aurait laissé venir à lui son agresseur avec pour seule colère, celle de ne pas pouvoir allumer sa cigarette. Il n’avait fait qu’une erreur et cette toute petite tige de bois avait du craquer sous son poids. C’était une bêtise, mais Iki n’était pas le premier shinobi venu. Toute sorte de données tournoyait dans sa tête : la discrétion de son agresseur, la dextérité et la violence du coup, sa rapidité à redevenir invisible et muet. C’était beaucoup pour une seule personne, beaucoup trop.

La couche vide d’Hiryuu lui revint immédiatement en tête, mais s’il le soupçonna un instant d’être à l’origine de cette bien mauvaise plaisanterie, il se rappela que le Juunin ne possédait pas de Katana, du moins, pas à sa connaissance et que de toute manière il ne le maniait pas aussi bien. Rapidement, il eut une petite pensée pour Kawazi sans qui cette capacité à sentir les mauvais coups et à réaliser des esquives d’une telle qualité et surtout d’une telle rapidité n’aurait jamais existé, puis ses yeux se fermèrent pour se rouvrir dans un regard violent mais concentré. Le nuage flou du réveil se dissipa alors aussi sec, la lourdeur de ses jambes disparut et malgré la douleur qui attentait toujours à son bras gauche, Iki serra ses poings et avec une insolente sérénité, il se pencha pour ramasser sa cigarette et la poser sur son oreille, bien coincée entre ses mèches. Ses yeux rougeâtres explosèrent d’un plaisir qu’il avait presque oublié mais dont la violence ruisselait en lui sans que jamais il ne doute de cela. Intérieurement, il sourit.

Le chaos du champ de bataille lui avait manqué.

Le sifflement du métal dans l’air était trompeur, c’était pour cela qu’Iki n’avait jamais utilisé aucune des lames qu’on lui avait proposé. Il découpait la chaire une impertinente précision lorsqu’on savait s’en servir mais quoi qu’on en dise, les poings flirtaient avec le silence bien mieux qu’aucun autre élément en ce monde. Malgré son dégout pour les armes et les nombreuses moqueries qu’il avait maintes et maintes fois balancées au visage de ceux qui ne comptaient sur elles, il les savait dangereuses. Et le bruit qui émanaient d’elles lorsqu’elles fendaient l’air n’était pas une donnée suffisante pour pouvoir contrecarrer si facilement ce genre d’objets. Il se jeta à terre aussitôt et contempla les cinq kunais qui s’étaient plantés dans le bois. Il haussa les sourcils, intrigués par une attaque si banal – quoi qu’en imaginant les cinq petites lames plantées dans son torse, il repoussa sur le champ cette critique – et soupira, satisfait. Puis, il se releva presque immédiatement : il y avait, dans la boucle de chacun d’eux, une petite ficelle fermement noué à laquelle était reliée un petit morceau de papier sur lequel il pouvait contempler un sceau inscrit à l’encre noir. Son rictus se tendit en une grimace effrayante et sans perdre de temps, il repositionna ses pieds côtes à côtés, plia ses jambes, posa ses mains sur le sol et juste avant que l’explosion ne se produise, il s’éjecta quelques mètres plus loin.

La chute fut plus douloureuse qu’il ne l’avait imaginé. Peut-être parce que le souffle de l’explosion l’avait emporté un peu plus loin qu’il ne l’avait prévu et qu’il dut rouler sur le sol plusieurs fois avant de se stabiliser presque machinalement en une position de défense dont il était le seul ici à connaître l’existence. Quoi que agenouiller, Iki tendit son bras droit vers l’avant et serra son poing. Son autre bras s’était recourbé sur lui-même et stabiliser sa position. Dans son esprit, ce genre d’attaque, aussi lâche soit-il, n’avait pas pour but premier de faire mal, à moins de savoir son adversaire trop faible pour la parer. Mais dans ce cas, son agresseur n’aurait pas usé de tels moyens et serait dors et déjà devant lui pour lui couper la tête et chacun de ses membres avec une facilité qu’il ne connaitre donc pas. Non, les feuilles explosives servaient une grande partie du temps à déstabiliser l’adversaire, à l’obliger à revoir sa copie, à le surprendre et, dans le meilleur des cas, à l’essouffler, voire l’endommager, juste assez pour qu’il ne soit plus qu’une sombre pâte molle sur laquelle il viendrait s’empaler sans grande difficulté. Iki passa main droite le long de son bras gauche, et grimaça. L’ombre réapparut quelques mètres plus loin, juste une seconde après l’explosion. Elle flirtait entre les troncs et zigzaguait avec une dextérité impressionnante, avant de s’effondrer sur lui. Iki se releva aussitôt et décala ses pieds qu’il avait placé côté à côté. Le Katana trancha l’air, et seulement l’air. Iki recula d’un pas sans rien tenter, préférant profiter des quelques instants durant lesquels la lame revenait à lui pour décrire son adversaire. Mais l’homme ne lui laissa pas ce plaisir trop longtemps et réitéra son attaque.

Iki contracta son abdomen pour se pencher violemment en arrière et apercevoir le bout de la lame au niveau de son cou. Il se releva aussitôt et frappa l’arbre juste à côté de lui de la paume de sa main pour sauter sur le flan de son agresseur. Son pied gauche s’avança alors dans un rapide demi-cercle, souleva un épais nuage de poussière, dont il profita aussitôt. Se repliant sur ses jambes, il fit un impressionnant bond dans les airs et pourfendit la poussière qui virevoltait autour d’eux pour fondre sur sa cible. Sa jambe termina son extension et son pied chuta contre la lame que l’homme tenait bien droit devant lui. Toujours dans les airs, il décala ses bras et ses hanches tournèrent en conséquence. Il balança son autre jambe vers le torse de sa proie qui rompit finalement sa garde, l’obligeant à se décaler d’un minuscule pas en arrière et à baisser légèrement la poigne qui entourait le manche de son arme, mais évitant ainsi un dangereux coup dans les côtés. Iki retomba de profil, ses deux pieds côtés à côtés et son torse, dos à son agresseur. Il n’arrêta toutefois pas son mouvement, profitant de toute l’énergie qu’il avait fourni dans sa rotation pour la terminer en bonne et due forme et tendit son bras. Il savait sa lame baissée, il savait son visage juste à porté de ses mains et le coup partit sans qu’il n’y réfléchisse beaucoup plus. Son buste pivota et se pencha dangereusement en avant. Iki sentit la mâchoire de son agresseur grincer et il sourit, satisfait. Mais son poing n’avait pas infligé tous les dommages qu’il était à même de porter. Une intense concentration de chakra apparut et l’ombre disparut à nouveau pour réapparaitre quelques mètres derrière lui.

La danse que les deux shinobi menaient continua durant quelques minutes, laissant ça et là quelques entailles bien prononcées sur les troncs, quelques lourdes gouttes de sang sur le parvis de feuilles mortes qui recouvrait continuellement le sol et des efforts impressionnants pour arriver à des fins sordides. Iki s’épancha la front de la sueur qui perlait abondamment, sans lâcher l’homme dont le visage était caché par une capuche. C’était la première fois que les deux combattants étaient l’un en face de l’autre sans qu’aucune technique ou qu’aucun mouvement ne soit déployé pour nuire à l’autre. Rapidement, il fit le bilan de ses blessures, constatant une longue entaille sur la paume de sa main, très certainement due au dernier coup qu’il n’avait pas pu esquiver et qu’il avait parer de la plus simple des manières, en opposant à la force de la main, la force de sa main. Il grimaça de douleur et défit son bandage. Il coupa sèchement le linge en deux et les enroula autour de ses poings, afin de profiter de leur protection, aussi sommaire et fébrile soit-elle. Il jeta son regard sur son adversaire qui, bien qu’essoufflé, ne semblait souffrir de rien d’autre, sinon peut-être de sa mâchoire dont la téléportation ne lui avait pas permis d’éviter tous les dommages. Mais à part ces deux petits encarts, il semblait encore en parfaite forme. Iki sourit.

[…] – Qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ?

Le Juunin leva des sourcils étonnés. Son regard se fit plus perçant, mais il ne remarqua rien de plus que ce qu’il avait déjà noté sur l’individu. Néanmoins, le ton de sa voix ne pouvait émettre aucun doute sur la personne qui se trouvait en face de lui.

[Iki] – Etonnant, une femme.

Elle leva son katana d’un seul bras et dirigea la pointe vers le visage d’Iki, à une petite dizaine de mètre de lui.

[…] – C’est si … surprenant ?

Il haussa les épaules, amusé.

[Iki] – J’en sais trop rien. A priori oui.

Iki sentit le regard de son adversaire féminin s’hérisser d’une petite pointe de colère et d’incompréhension.

[Iki] – Soit ton manteau est vraiment épais, soit tu n’as pas de poitrine.

L’empreinte de son regard se défit aussitôt. Iki crut même percevoir un certain amusement, mais il n’eut pas le temps d’en apprendre plus. La femme laissa tomber la pointe de son Katana sur le sol, la releva de quelques centimètres plus la déplaça sur sa gauche. Sans aucun appui, elle se projeta vers lui, sa lame laissant derrière une fine trainée de poussière qui n’indiquait rien de bon. Iki n’avait jamais vu une garde comme celle-ci mais, s’ils devaient poursuivre cette petite joute autrement qu’en s’amochant la figure, il n’avait pas spécialement envie d’en savoir beaucoup plus. Il n’aimait pas les armes et, généralement, il n’appréciait pas particulièrement ceux qui les maniaient. De toute manière, rien ne lui indiquait qu’elle serait en vie.

Il savait bien que si, il avait aperçu son bandeau autour de son cou, bien que caché sommairement par son manteau dont la fermeture remontait jusqu’à son menton. Mais ce genre de détails croustillants l’aidait à se sentir en position de force. On ne donne pas tout ce qu’on a dans le ventre dans le simple but de mettre son adversaire à terre. On donne tout pour tuer.

La garde de la jeune femme devint plus agressive et plus dure, mais également et étrangement bien moins maniable. Iki laissa son adversaire venir à lui et enchaîner des coups basiques. Ou, peut-être, n’avait-il pas vraiment le choix, toutefois il ne se posa pas la question. Il réagissait la plupart du temps par de rapides esquives qui débouchaient le plus souvent par une autre attaque rondement menée. De temps à autres, il arrêtait la lame avec sa propre main, mordillant sa lèvre de douleur, et tentait de placer son poing dans une possible ouverture, mais jamais sa proie ne se laissait surprendre. Elle le bouscula ainsi sur plusieurs mètres jusqu’à ce qu’Iki sente le contact du bois sur son dos. Il se sentit alors étrangement ému, sans vraiment savoir pourquoi. Il était là, acculé et la seule solution de reculer d’un petit pas pour déséquilibrer dangereusement le reste de son corps afin d’esquiver les puissantes attaques de la femme venait de s’évanouir aussi sec. C’était comme si en quelques secondes, elle avait échangé leurs rôles et qu’il était devenu la proie et elle, le chasseur. Il haussa intérieurement les épaules, affichant un visage toujours sévère et percutant, sans pourtant se soucier vraiment de sa posture. Cette situation lui plaisait plus ou moins, parce que cela faisait bien longtemps qu’Iki n’avait pas été confronté à un combat de ce niveau et parce que, pour une fois, il tombait sur un adversaire à sa mesure. Et peut-être même plus fort qu’il ne pouvait l’imaginer. Oui, cela faisait vraiment trop longtemps que sa vie n’avait pas été parsemée d’un peu de suspens et de piquant. Il manquait cruellement de défis.

Son visage se décomposa. Il sourit, juste avant que la femme ne termine le mouvement de son bras et que sa lame ne vienne s’enfoncer dans sa hanche. Elle était là, à quelques mètres de lui et elle n’avait qu’un bond à faire, puis à tendre le bras. La partition qu’elle jouait et la lame qu’elle maniait ne faisait aucun doute : le Katana s’enfoncerait dans sa chaire comme un vulgaire scalpel dans du beurre. Mais Iki sourit tout de même et son adversaire ne s’en rendit compte qu’une fois son bras lancé et que son arme fendait l’air. Les paupières du Juunin se fermèrent, puis se rouvrirent immédiatement et ses pupilles changèrent alors aussitôt de couleur. D’un rouge accablant de haine, ils prirent une teinte argentée, encore un peu trop sombre pour être parfaitement effrayante, mais juste assez pour que son adversaire se rende compte du changement. Une importante masse de chakra pénétra ses muscles et le sentiment de pouvoir enfin respirer librement libéra ses poumons. Cela faisait également trop longtemps qu’Iki ne s’était pas rappelé qu’il était un Lion avant d’être un shinobi. Et qu’il se battait en tant que tel.

Tout alla très vite. Trop vite. Fuiuchi, c’était son nom, le nom d’un mouvement de l’Ecole des Six Lions qui montrait à quel point cette école, même dans ses tentatives de répondre à un critère défensive, se portait avant tout vers l’avant, vers l’attaque. Iki se décala de quelques centimètres et jaillit. Ses bras tournèrent et son buste suivit logiquement, si bien que, de profil, la lame effleura son abdomen, déchirant quelques morceaux de tissu de son vêtement. Et puis son poing pénétra dans le grand manteau de la jeune femme, il chatouilla sa chaire et macéra ses côtes. Aucun son ne sortit sa bouche, mais son poignet trembla l’espace d’un instant. Juste l’espace d’un instant. Voyant le Katana passer devant lui, Iki le frappa et, sans lâcher son mouvement, le colla contre le mur de bois. D’un bref mais sec coup de poing, il brisa le poignet de son adversaire qui lâcha aussitôt son arme et recula rapidement d’une vingtaine de mètre, la respiration fuyante et les yeux plongés dans les pupilles argentées du Lion.

Iki sourit, une dernière fois.
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MessageSujet: Re: La force des profondeurs   Ven 19 Mar - 23:26

Le métal tinta. Le son qui émanait du choc ne ressemblait à rien de commun, il ne ressemblait pas à celui de la lame qui transperçait les vêtements pour s’enfoncer dans la chair, ni à celui de celle qui viendrait pourfendre son homologue, moins résistante. Non, ce n’était pas ça. C’était simplement le bruit d’une arme qui tombait sur le sol, laissée pour seule, livrée à elle-même. Le sourire d’Iki s’élargit et ses pupilles d’argent s’illuminèrent un peu plus. S’il avait eu une gueule, il aurait rugit.

La jeune femme regarda son Katana tomber sur le sol et s’enfoncer dans l’amas de feuilles mortes. Une belle arme, pensa-t-elle. Une belle arme bien inutile maintenant, même s’il lui suffisait peut-être de réitérer une téléportation pour se trouver à ses pieds et la ramasser aussi vite, mais le regard sanglant d’Iki lui indiquait que cette action la conduirait immédiatement à la fin du combat et ce n’est pas ce qu’elle voulait. Pas dans ce sens en tout cas. Elle posa sa main sur le poignet qu’Iki avait broyé et grimaça, toujours cachée par une épaisse capuche. Il n’était pas cassé, son adversaire n’avait, à priori, pas appris à viser juste. Quelques centimètres de plus sur la gauche et il touchait son tendon, voire son nerf et là, il l’aurait brisé. Elle semblait avoir déjà vécu une telle situation et finalement, cela l’effrayait presque plus que sa propre mort. Une lame sans poignet pour la faire vivre ne servait plus à grand-chose, c’était sûrement cela qu’elle redoutait plus que tout. Mais Iki savait qu’elle n’aurait qu’un vulgaire hématome et une douleur, désagréable, soit, mais qui disparaitrait au bout de quelques heures de repos. Il voulait juste qu’elle lâche cette foutue lame, il voulait imposer son style. Parce qu’il avait toujours fonctionné ainsi et jusque là, il s’en était toujours sorti.

A celui que tu ne connais pas, impose tes propres règles. Il te le rendra toujours très bien.

Iki resta concentré sur son adversaire sans pour autant lâcher l’idée qu’elle pouvait à tout moment revenir chercher son arme et que, dans le pire des cas, elle pourrait très bien en sortir une autre de dessous son imposant manteau et qu’il devrait réitérer les mêmes efforts pour qu’il la lui fasse lâcher encore. Mais il le ferait, il avait tout son temps et bien assez de résistance pour la tenir en respect sans trop se fatiguer jusqu’à ce qu’elle n’ait plus rien sous la main d’autre qu’un peu de folie pour poursuivre le combat. Lui, il avait ses poings et cela lui était bien suffisant.

Lentement, elle se baissa. Ses mouvements étaient larges et méticuleusement visible, comme si elle désirait qu’il accepte l’idée qu’elle ne ferait rien pour lui nuire. Pas maintenant, en tout cas. Qu’il ne risquait rien. L’idée lui parut particulièrement saugrenue venant d’une femme qui avait tenté d’atteindre à sa vie par plusieurs fois et, qu’à défaut d’avoir arraché quelques lambeaux de tissu de ses vêtements et de chair de ses mains, avait faillit réussir son entreprise maintes et maintes fois. Ses genoux se plièrent et ses bras se tendirent vers le sol. Iki se mit machinalement en posture défensive, le bras tendu vers sa cible.

[…] – Jolie garde, lança-t-elle, agenouillée, les mains posées sur la terre.

Il renchérit par un bref sourire.

Une immense masse de chakra sortit de son corps et afflua aux alentours. Elle les entoura dans un large cercle et se referma sur eux. Une sphère noire se souleva dans les airs et deux cercles bleutés apparurent à leurs pieds. Iki fit un pas en arrière mais se rendit très vite compte que l’emprise du chakra était trop forte et qu’elle tendait à le suivre, où qu’il aille. D’un bond, il se remit droit et en conclut qu’il fallait qu’il s’échappe du dôme pour ne plus être atteint par une technique qu’il ne connaissait pas. La jeune femme ne bougeait pas et murmurait quelques paroles inaudibles. Ses mains continuaient d’expulser du chakra qui se métamorphosé en une écriture bleutée et floue au centre du cercle et en plusieurs runes dont Iki ignorait la signification. En fait, il ignorait presque tout, mais il savait tout de même une chose : cette femme savait se battre et elle utilisait son chakra presque aussi bien que sa lame.

[…] – Laisse-toi faire, tu ne risques rien, finit-elle par dire sans décoller ses yeux du sol alors que le lion s’apprêtait à fuir.

De petits picotement apparurent dans la plante de ses pieds puis remontèrent le long de ses orteils jusqu’à sa cheville. Le cercle bleu qu’il avait fui le rattrapa et Iki hésita. Il hésita juste une petite seconde, une seconde de trop, à priori. La sphère se referma entièrement sur eux, en une minuscule bulle qui disparut aussitôt. L’air de la forêt reprit alors sa teinte chaude et le silence se rompit progressivement. Une brise fraîche balaya la scène et chatouilla la lame qui dormait en silence sur le sol, naïve et impuissante.

Le sol était plus rude ici. Plus rude et bien plus agressif. Il n’avait pas cette couche molle que possédaient habituellement les grandes forêts qui entouraient le village. L’air y était également moins nauséabond et le soleil moins blanc. Le chakra s’enfuit très vite et le dôme avec lui, laissant l’astre taper de milles feux sur sa nuque. Il écarquilla les yeux et resta droit, intrigué par ce qui venait de se produire. C’était une forêt, c’était indéniable. Mais une forêt de roches dont les plus grosses culminaient en d’imposantes montagnes. Elle l’avait téléporté quelque part très loin de Konoha, c’était indéniable. Le soleil tapait moins fort mais avec une virulence nouvelle, quelque chose de piquant et de doux à la fois.

Quelque chose d’assez désagréable en somme.

Iki décrit du regard pendant quelques secondes encore les hautes montagnes dépourvues de verdures et bien moins encore d’arbres. Parfois, quelques touffes jaunes s’élevaient ça et là avec une grande peine, mais les versants laissaient plus souvent les éboulis de roche composer leur surface. Il était sur l’une d’elle, apercevant son sommet quelques centaines de mètres plus haut. Derrière elle, une autre plus grande encore pointait le bout de son nez. En bas, un vulgaire ruisseau coulait, haletant des obstacles de roche qui s’opposaient à lui. Elle était d’un bleu intriguant et savoureux. En face de lui, d’autres montagnes un peu moins épaisses s’élevaient, entrecoupées de vallées profondes et sinistres. La roche avait une forme particulière ici. Particulière et très étrange. Elle s’élevait en des dizaines de troncs pas plus épais d’un rondin de bois, ou en quelques murs fiers. C’était vraiment une forêt. Mais une forêt de roche.

Ses yeux se posèrent finalement sur la jeune femme qui à quelques mètres d’elle. Son immense capuche, son manteau épais et son poignet qui tombait toujours, comme inerte, dans son autre main, Iki n’eut pas de doute là-dessus, c’était bien son adversaire. Elle ne l’avait pas envoyé quelque part loin de tout, finalement, elle les avait envoyés. Le lion ne savait pas vraiment comment ni pourquoi, mais elle les avait éloignés volontairement de Konoha. De combien, il ne le savait pas non plus, mais il n’avait jamais rencontré ce type de paysage auparavant et Iki ne connaissait pas le pays du Feu pour son côté montagnard. Si bien qu’il en arriva à la conclusion qu’ils étaient … plus ou moins loin, et certainement qu’ils l’étaient plus que moins. Finalement, il se déporta l’espace d’un instant vers le paysage puis revint ensuite sur la jeune femme et il la remercia du regard.

[Iki] – C’est plutôt original. J’aime bien.

Elle leva un sourcil amusé.

[…] – Je ne pensais pas que ça te plairait.

[Iki] – C’est laid, c’est très laid. Mais l’idée, je sais pas … On aurait pu se contenter d’un restaurant ou d’une petite balade. Non, vraiment, c’est bien vu.

Et puis, une question lui vint à l’esprit. Une toute petite question, presque idiote.

[Iki] – On est où ?

[…] – Pas important.

Bien. Cette situation commençait sérieusement à l’exaspérer. Elle le savait, parce qu’elle riait discrètement.

[Iki] – On fait quoi ?

[…] – On va continuer ce qu’on a si bien commencé. On va jouer.


***


Tout un pan de la montagne s’effondra sur lui-même. Iki sentit ses pieds trembler aux côtés de multiples graviers qui semblaient danser sur un rythme impossible. Sans se laisser tomber dans une peur qu’il ne pourrait plus contrôler, il leva les yeux vers le sommet avec l’espoir de se tromper sur l’origine de l’explosion sur ses répercussions. Mais il n’y croyait pas trop, parce qu’il cela faisait déjà deux heures qu’il testait son adversaire, qu’il la tentait du mieux qu’il pouvait et elle répondait à chacun de ses coups avec un peu plus de virulence. Mieux, elle jouait avec lui aussi bien qu’il se jouait d’elle et il s’en inquiétait. Ses pupilles argentées luisaient toujours, malgré l’obscurité qui plombait le décor dans l’impressionnante forêt de pierre. Ils s’y étaient enfoncés sans faire attention, même s’il en doutait de plus en plus. Jusque là, elle avait mené leur combat du bout du nez sans vraiment être accrochée. Ils s’annihilaient, et ils s’épuisaient en même temps sans qu’aucun ne prenne le combat à son compte. Lorsqu’Iki prenait une manche, elle redoublait d’effort et remportait la suivante dans une exécrable égalité.

Si bien qu’il ne savait plus vraiment s’il avait encore un rôle de ce combat, sinon de suivre presqu’aveuglément les ordres implicites dictées par la jeune femme. Lentement, elle les avait donc enfoncés dans cette forêt morte et sordide, d’un noir glauque. Iki entendait son âme chuchoter dans le creux de son oreille, comme livré à lui-même dans un monde vide, sans obstacle, dans un silence nauséabond. Irrémédiablement seul.

Et puis elle était réapparue, quelque part entre deux troncs gris, il s’était lancé à sa poursuite et entre deux troncs un peu plus grands et un peu plus épais que les autres, elle s’était arrêtée. Elle s’était retournée, et tendant ses deux bras et bandant chacun de ses muscles, elle avait donné un coup violent dans leur base. Iki n’avait pas interrompu sa course, parce qu’un lion profite toujours de l’immobilité de sa proie pour s’en rapprocher juste assez, et sauter à sa gorge pour en finir définitivement. Mais là, la roche s’était effritée avec une étrange facilité et de gros blocs tombèrent de part et d’autres de ses flancs. On aurait dit deux murs qui s’abattaient sur lui sans qu’il ne puisse plus rien faire. Elle avait disparue et lui, il s’était finalement sorti de cette situation en tombant du côté qui paraissait être le moins dangereux.

Iki avait ouvert les yeux avec cette douleur sur la jambe. Il avait poussé difficilement le rocher qui l’accablait au sol et se releva aussitôt. C’était un message, c’était indéniable, parce qu’il n’avait encore jamais vu quelqu’un capable de désintégrer deux colonnes de pierre en forçant si peu et en développant si peu de chakra. Il s’était finalement posté à l’endroit où les deux troncs s’élevaient avant qu’elle ne les désosse littéralement et constata sans grand mal le petit cercle qui avait creusé la terre et qui puait à plein nez un chakra dont la teinture lui rappelait quelque chose qu’il connaissait bien. C’était un sceau qu’on appelait Hibi.

Iki avait alors lancé ses yeux sur l’épaisse forêt qui l’entourait, puis vers les nombreuses montagnes qui se montraient fièrement au reste du monde. Et il comprit. Personne ne vivait ici, personne ne savait même que ce lieu existait. Il n’y avait rien d’intéressant, et rien ne s’y intéressait. C’était juste une grande région inutile qu’on pourrait gommer sans que personne ne s’en rende compte. Ils allaient jouer, c’était ce qu’elle avait dit. Alors ils joueraient.

Ils allaient mettre un terme à l’impétuosité des sommets, anéantir à jamais cette ambition folle de vouloir toujours se rapprocher du ciel pour le dominer, dominer le monde en chatouillant sa toiture bleue. Ils allaient tout détruire, et cela lui plaisait.

Les premiers éboulis arrivèrent rapidement à lui. Iki cracha un peu de sang mélangée à sa salive sur le sol et se concentra pour ne pas paniquer. Ils avaient tous les deux usés de sceaux puissants et troués la structure mère de pan rocheux, après avoir épuise l’autre versant. Ils avaient utilisés des stratégies folles mais intelligentes et ils avaient fait preuve l’un comme l’autre de leur étonnante passion pour la destruction et pour cette violente couleur pourpre que prenait leur chakra lorsqu’ils activaient les sceaux qui brûlaient la terre. Mais ce sceau-là, il ne pensait pas qu’elle l’utiliserait. Hiryuu le lui avait enseigné la veille, sans pouvoir cependant le concrétiser, parce qu’il n’y avait pas deux montagnes à Konoha et qu’il serait dommage de détruire tout un village et les visages de tous ses Kage pour un simple entraînement. Shikamino Fuuin était un sceau trop puissant pour être utilisé n’importe où et n’importe comment mais en décrivant les immenses morceaux de roche et de terre qui dégringolaient vers lui, emportant sur son passage des pans entiers de la forêt minérale, il se demandait encore pourquoi il n’y avait pas pensé plus tôt.

La première chose qui lui vint à l’esprit fut de fuir. Très certainement pas vers la vallée parce qu’il était à peu près sûr que la montagne tombait plus rapidement qu’il ne courrait, mais le long du versant, parallèlement à la vallée, justement. Néanmoins, il se demandait toujours si le sommet résisterait à la puissance de ce sceau et que, si cela n’était pas le cas, il n’était plus question de savoir quelle direction semblait la plus courte, mais en combien de morceaux on retrouverait son corps. Iki s’en voulait de ne pas avoir fait exploser plus férocement la passerelle rocheuse sur laquelle il avait bloqué son adversaire une heure plus tôt. Il aurait pu partir à sa recherche, mais il avait préféré préparer le terrain lorsqu’elle reviendrait. Ainsi, il avait placé plusieurs sceaux de part en part de sa position et il ne manquait qu’une brève interaction avec son chakra pour en finir totalement.

Mais la laisser aller et venir à sa guise pendant plus d’une heure avait été une erreur, peut-être bien la première. Ce serait la dernière.

Une ombre s’immisça entre deux pans terreux. Soudainement, tous ses plans d’évasion s’effacèrent de son esprit et seul un mot d’ordre lui parut clair. Il se lança en avant, dévisageant toujours l’ombre des gros blocs de pierre qui tombaient vers lui et qui le cachaient du soleil avancé dangereusement. Il évita les premiers facilement, puis sauta en contrebas sur une partie plane qui continuait de dégringoler. De sauts en sauts, il continua de remonter la pente sur une surface mobile et aléatoire, presque vivante, mais il la voyait, elle était là, à quelque pas. Elle se retourna pour se rendre compte de la position du Juunin et se remit aussitôt en position lorsqu’elle se rendit compte qu’il était à quelques mètres d’elles.

Sans trembler, elle se jeta sur lui. Mais Iki sourit et dégonfla ses pupilles injectées de chakra. Il se laissa tomber en arrière et elle le perdit du regard, presque effrayé. Un bref soupir soulagé se mêla au chahut impressionnant, juste avant qu’une lumière violette la sorte de son soulagement. Un cercle de chakra s’illumina et un peu de l’énergie se dissipa rapidement dans l’air et dans la roche. Et le socle sur laquelle elle surfait s’effrita et son corps se mêla avec le reste de la coulée.

[…] – L’enfant de salaud …

Elle esquissa un mince sourire amusé qui disparut aussitôt dans la cohue.
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MessageSujet: Re: La force des profondeurs   Jeu 25 Mar - 17:44

Iki se réveilla en sursaut. Il se redressa d’un violent coup de rein puis se rallongea aussitôt, constatant que son dos lui jouait de biens mauvais tours et qu’il accusait de trop lourdes douleurs pour espérer se relever de sitôt. En fermant les yeux, il fit l’examen mental de sa situation, bougeant un à un chacun de ses membres avec l’espoir de s’en être sorti plus indemne qu’il ne paraissait l’être. La peur d’avoir perdu quelque chose dans la destruction d’un versant de la montagne était la plus cruelle. Il s’imaginait ordonnant à ses pieds de bouger mais que rien ne venait, qu’il perdait la sensation d’avoir quelque chose de bien vivant au bout de ses jambes. Mais chacun de ses membres répondirent correctement à ses appels et s’il n’était pas trop fatigué, il aurait souri. Ses genoux semblaient toutefois bloqués par quelque chose de lourd et de solide qu’il n’arrivait pas à déterminer même si c’était sans nul doute un bon gros morceaux de roche. Il émit un petit sourire désespéré et déçu. Malgré l’assurance qui luisait dans ses yeux, Iki n’aimait pas tellement perdre. Il ne pouvait pas parler d’une réelle défaite parce que dans sa chute, il avait vu son adversaire tomber avec lui et que d’une manière ou d’une autre, elle ne devait pas être dans un meilleur état que lui. Avec un peu de chance, il serait même bien pire. S’il pouvait appeler ça de la chance. Mais la jeune femme n’avait pas mâché ses efforts pour en venir à bout et finalement, les premières salves qu’ils avaient échangées dans la forêt de Konoha à grands coups de Katana lui semblaient très pauvres et pathétiques. Il s’en voulait de ne pas avoir pensé plus tôt à faire exploser cette satanée montagne. Peut-être n’avait-il plus les ressources pour cela, ou peut-être possédait-elle une rage de vaincre plus violente que lui, mais de cela aussi il en doutait.

Sa lame ne tremblait pas, sa confiance en elle non plus mais elle n’avait pas cette violence dans sa démarche. C’était une femme et, bien que cela ne veuille pas dire grand-chose, elle ressemblait à toutes les autres femmes, avec un brin de talent, de génie et de technique en plus. Juste un brin.

Son bras réussit tout de même à se soulever dans les airs dans un effort qui lui paraissait inhumain. Il retomba sur son torse sur lequel s’était déposé une épaisse couche de poussière et de graviers, et longea les fils qui reliaient son armure jusqu’à la poche dorsale. Là, elle plongea à l’intérieur du vêtement et en sortit les restes de son paquet de cigarette. Relevant à peine la tête pour que sa bouche se rapproche le plus possible de son torse, il en fit glisser une jusqu’à ses lèvres et avec le même effort, il s’empara du briquet qui était étrangement resté intact dans la poche de son pantalon. La petite flamme embrasa le tabac au bout du tube de papier blanc maltraité par les évènements un épais nuage de fumée s’en extirpa. Iki laissa retomber ses mains sur le sol granuleux et irrégulier et tira généreusement sur sa cigarette. Il fumait beaucoup trop, Yasu le lui rappelait bien assez souvent pour qu’il n’en ait pas conscience. Mais la cigarette était devenu un reflexe machinal, comme un automatisme qu’il ne pouvait pas contrôler et qu’il ne voulait d’ailleurs pas contrôler. Il considérait qu’il avait déjà assez de décisions à prendre tous les jours et de données sur lesquelles il exerçait un semblant de pouvoir qu’il pouvait bien se permettre de se laisser aller à fumer régulièrement une petite cigarette. Mais celle-ci avait un gout bien différent de toutes ces autres qu’il ignorait presque. Elle avait une petite touche salvatrice et réconfortante.

Iki et soupira et gonfla tant qu’il put ses poumons de fumée. Puis il s’endormit dans un sommeil profond et reposant.

Elle crut qu’il ne se réveillerait jamais. Le soleil était passé de l’autre côté de l’horizon si bien qu’elle avait du trouver un peu de bois pour allumer un feu. Les flammes crépitaient difficilement mais elles s’élevaient assez dans les airs pour qu’ils profitent de leur lumière et de leur chaleur. Iki passa une main douloureuse sur son front humide et se mit sur ses coudes. Il ronchonna quelques paroles inaudibles et grimaça lorsqu’il sentit son dos craquer à nouveau. Lentement, il s’assit et entoura ses genoux de ses deux bras puissants. Ses yeux s’ouvrirent difficilement malgré la faible luminosité et ignorèrent d’office les flammes trop vives à son gout. Le décor était chaotique, quoi que cacher par la nuit. Mais Iki imaginait très bien les montagnes qui se levaient autour d’eux et le petit courant qui n’avait pas cessé de pleurer à quelques mètres d’eux, dont le bruit sourd et continue arrivait sans grand mal jusqu’à lui. La jeune femme était assise en face de lui et contemplait les braises rougeoyantes

[Iki] – J’ai beaucoup de questions qui me viennent, là, tout de suite, lança-t-il finalement à demi-voix, exténué.

Elle releva la tête et sourit. Sa capuche avait disparue et, de manière plus générale, Iki ne voyait plus l’épais manteau qu’elle portait depuis leur rencontre. La lumière ne lui permettait pas de faire un examen poussé de la personne qui se trouvait en face de lui, mais il discernait tout de mêmes la tenue de la jeune femme. Quelques lambeaux de ses vêtements avaient disparus, sûrement déchirés dans sa chute et de grandes parties de sa peau étaient recouverts de larges bandes blanches. Il imagina une grimace de douleur sur son visage et sourit intérieurement. Elle tendit douloureusement ses bras vers le feu et lui ouvrit ses paumes.

[…] – Comment tu te sens ?

Il haussa à peine les épaules.

[Iki] – Comme passé sous un rouleau compresseur. Et toi ?

[…] – Un peu pareil. D’habitude, je ne subis pas mes propres techniques mais il faut croire que tu n’es pas n’importe qui.

Il prit cela comme un compliment même s’il ne savait pas vraiment si c’en était un. Malgré son état plutôt déplorable, Iki apercevait toujours cette pointe de gaieté dans son regard et dans le ton de sa voix. Elle avait perdu, c’était indéniable, même s’il n’avait pas réellement gagné pour autant. Elle aurait pu le laisser crever quelque part dans la vallée, sous une grosse chape de rochers mais elle ne l’avait pas fait. D’ailleurs, il n’arrivait pas à trouver le moyen dont elle avait fait usage pour le sortir de là alors qu’elle semblait avoir bien plus souffert que lui du gigantesque éboulis.

[Iki] – Est-ce qu’on va continuer à se mettre sur la tronche ?

Elle réussit à rire, cracha un peu de sang et se calma aussitôt.

[…] – Non, je ne crois pas. Je suis à sec de toute manière. Tu peux considérer que l’entraînement est terminé.

Iki afficha des yeux ronds.

[Iki] – L’entraînement ? Tu parles d’un entraînement, on aurait pu y rester.

[…] – Oui, c’était le but.

Toutes ses pensées étaient confuses. Iki passait une semaine au milieu des bois de Konoha afin de satisfaire sa soif de curiosité pour les sceaux et un jour, sans prévenir, le Juunin disparaissait et laissait aux mains d’une furie qui aurait pu les conduire tous deux à la mort. Son idée de l’entraînement en était toute émoustillée, mais après tout, il s’en contenta.

[Iki] – C’était censé nous mener à quoi ?

La jeune femme prit une branche qui s’était retirée du foyer après qu’une braise n’explose sur elle-même. Elle s’en empara et joua avec la poussière noire qui entourait les flammes.

[…] – A priori, à te jauger. Hiryuu ne trouvait pas l’idée d’essayer toute une panoplie de sceaux qui visent à détruire en plein de milieu de Konoha. Je n’étais pas tellement d’accord avec lui, au début, mais il faut croire que cet argument était plutôt bien trouvé. On a monté ce petit plan sympathique qui a plutôt bien marché finalement. Il y a très peu de shinobi qui s’attachent entièrement à cette voie, tu sais, et Hiryuu n’est pas un homme qui aime jeter les gens dans un grand ravin sans filet en dessous. C’est un petit con, mais ce n’est pas un meurtrier, enfin … J’imagine. Je ne le connais pas tellement.

Iki ne pouvait pas en dire autant. Hiryuu était un bon petit enfant de salaud, c’était certain. Il avait cette manière de soustraire aux gens par un regard à faire frissonner un cactus au milieu du désert et de ne s’occuper que de ses affaires avec une froide insolence. Ce n’était pas un grand homme, et toute générosité, aussi mortelle soit-elle, l’intrigua. Oui, Hiryuu jouait son rôle d’ami avec une étrange partition, mais Iki s’en contentait. Il s’en était toujours contenté. Mais il avait lui-même trouvé que l’idée de détruire une partie du village dans le seul but de savoir s’il utilisait correctement ces sceaux pouvait paraitre un tantinet inacceptable.

[…] – La voie vers laquelle tu t’es tourné n’est pas facile, mais j’imagine qu’on a déjà du te mettre en garde, et plus d’une fois. Tu n’as pas l’air d’être quelqu’un de particulièrement ouvert, et tu as une manière de te battre qui ferait peur à beaucoup de gens. Pas à moi, parce que j’en ai vu d’autres. Les sceaux de destruction ne touchent personne pareil et personnellement, je le vis plutôt bien alors que toi, ça ne fera que renchérir ta rage. Pourtant, on a tous les deux un point commun. Notre âme, elle va se faire manger toute crue et un jour, on tombera dans la folie et on en mourra. Enfin, j’imagine. Je préfère mourir personnellement. Mais il y a des personnes chez qui toute cette pression, ça ne passe pas. Tu comprends ?

Iki le craignait, oui.

[…] – Malgré son air agaçant, Hiryuu n’aime pas conduire les gens à une mort rapide et douloureuse, alors il m’a demandé de te tester et je crois que j’ai accepté. C’était bien hein ? Personnellement, je me suis bien amusé même si je ne pensais pas finir dans cet état. Elle grimaça et cracha encore un peu de sang. Mais c’est révélateur. Ne prend pas la grosse tête, mais tu es quelqu’un de puissant. C’est très bizarre que je ne t’ai pas rencontré avant, j’aime beaucoup les hommes puissants. Un peu moins sombres que toi, peut-être. Bref. Un shinobi qui ne serait pas fait pour cette voie, ou qui ne serait pas prêt n’aurait pas tenu aussi longtemps. Il serait même peut-être mort. Je ne sais pas trop ce que j’aurais fait si tu avais trouvé la mort. J’aurais sûrement eu des problèmes … Hum. Ca n’aurait pas été la première fois.

Dans sa bouche, les risques de sa lente plongée dans la voie de la destruction semblaient plus nuancés. Mais ils étaient toujours bien présents, et ce discours l’agaçait. Lentement, il arracha à son paquet une cigarette et remarqua qu’il ne lui en restait plus énormément. Plus assez en tout cas pour tenir jusqu’au bout de la nuit. D’un œil fatigué, il tentait d’analyser la jeune femme qui lui faisait face. Ses estocs lui revenaient à l’esprit, son poignet sûr et habile, ses doigts qui entouraient la poignée de sa lame et qui se posaient sur le sol, déployant un chalra extrêmement puissant. Il avait déjà eu affaire une ou deux fois à ce genre de shinobi qui connaissaient un peu trop bien à son gout le corps humain et qui savaient frapper juste au bon endroit, là où ça fait mal. C’étaient eux aussi des spécialistes du corps à corps, mais d’une toute autre posture, il ne les aimait pas pour cela. Parce qu’au fond, ils étaient particulièrement dangereux. Etrangement, il s’en était toujours sorti, peut-être parce qu’il avait toujours été un brin plus ingénieux qu’eux et que le talent que Kawazi avait découvert et modelé un peu à son image portait ses fruits. Mais elle …

Il dégagea un nuage de fumée qui s’envola au milieu des flammes. Il n’y avait pas une énorme différence de niveaux entre eux. Sans nul doute qu’elle lui ferait très mal s’ils venaient à se battre à nouveau. Iki sourit. Il n’y avait pas de règles qui demandaient de haïr les puissants. Il les respectait, même s’il en disait le plus grand mal. C’était une forme de jalousie.

[Iki] – Tu n’as pas l’air d’en souffrir.

Elle haussa les épaules et sourit à peine, continuant de jouer avec la brindille.

[…] – On a tous notre côté noir. Il s’exprime différemment, j’imagine. Mais ne t’inquiète pas pour ça, je sais être en colère et … ce n’est pas très beau à voir. Mais je le vis plutôt bien, ça ne m’empêche pas de sourire et de m’amuser, contrairement à toi … j’imagine.

[Iki] – Tu imagines beaucoup, lança-t-il le regard un peu plus sombre, comme vexé par cette dernière phrase.

[…] – Ce n’est pas un mal, je ne te juge pas. En fait, tu fais un excellent destructeur, même si je n’ai absolument pas envie de savoir ce qui se passe dans ta petite caboche. Tu sais, personne n’est allé assez loin dans cette voie pour l’expliquer vraiment. C’est quelque chose que je ferais, un jour, je pense. Les shinobi ont découvert un tas de trucs frivoles ou non et ont poussé le vice jusqu’à l’extrême. Mais je ne crois pas que personne n’y soit parvenu avec ces sceaux. En tout cas, personne de vivant.

Elle jeta difficilement la brindille sur les braises et s’étendit sur le dos, lâchant un petit gémissement de douleur.

[…] – Si on veut rentrer autrement qu’à pieds, il faut que je dorme. Tu n’as qu’à faire la garde.

Iki haussa un sourcil, trouvant le plan un peu trop grossier à son gout, voire même gonflé. Mais il sourit intérieurement, constant le contraste dans l’attitude la shinobi, tantôt agressive et tenace, tantôt enfantine et amusée. Pourtant, elle en avait bavée, presque plus que lui vu tous les bandages qu’elle avait du faire elle-même sur son buste et sur ses bras.

La question du retour ne lui était pas venu à l’esprit, même si dans son esprit, il lui semblait plutôt logique qu’ils rentrent de la même manière qu’à leur arrivée ici. Manière qu’il n’avait pas tout à fait compris. Elle avait utilisé un sceau, mais comme à peu près tous les sceaux que les shinobi pouvaient utiliser, Iki n’en connaissait que très peu de choses, seulement ce que Tsubaki ou Hiryuu avait pu lui en dire, et ceux qu’ils connaissaient … Une petite dizaine, en somme. Du bout du doigt, il longea les deux bandes noires inscrites sur la peau de son mollet puis posa son regard sur les petites marques à l’intérieur de ses paumes. Hiryuu avait été très clair à ce sujet, il ne les lui fallait user qu’en cas d’extrême urgence. Il n’avait pas été bien explicite à ce sujet, mais Iki avait compris qu’au fur et à mesure qu’ils profiteraient de leur pouvoir, les marques s’étendraient le long de ses doigts, d’abord, puis s’éloigneraient de leur emplacement originel pour s’accrocher à son poignet et enfin dévorer ses bras. Et Iki ne pouvait pas se passer de tout cela à la fois. Il ne savait pas bien pourquoi il avait accepté d’inscrire ce sceau à l’intérieur de ses paumes, parce que c’était mettre en danger constant ses meilleures armes, comme jouer avec, et il n’aimait pas vraiment cela. Ses mains étaient à peu près tout ce qu’il avait dans la vie, bien loin devant Yasu et tous ceux à qui il tenait plus ou moins.

C’était comme les mettre en jeu, et les perdre sur une mauvaise feinte. Une très mauvaise feinte.

Il tira une dernière fois sur sa cigarette, jusqu’à ce que le filtre ne se mette à rougir lui-même. Fatigué, il le jeta dans le feu et se coucha sur le côté, étendant ses jambes, posant sa tête sur ses bras. Faire la garde … Elle le prenait pour qui ?

Le lendemain sonna faux. Il n’y avait rien de beau, rien de subtil, rien de bien encourageant à ouvrir les yeux en somme. Iki s’étira tranquillement et posa son regard sur les quelques bûches carbonisées qui fumaient encore sans qu’aucune flamme ne s’en dégage. Il profita d’une braise encore vivace pour allumer sa dernière cigarette et se leva aussitôt. D’un pas lent et amusé, il se dirigea vers la jeune femme qui dormait encore et, du bout du pied, la réveilla.

[Iki] – Il est temps de rentrer.

Elle écarquilla les yeux et les plongea dans ceux du Namikaze avec un brin de colère. Il sourit puis lui tendit la main, l’invitant à le rejoindre.

[Iki] – Bien dormi ?

[…] – Tu poses la question par politesse ou tu as vraiment envie de savoir ?

Iki contracta son bras et la souleva facilement. Il se retourna et fit quelques pas autour du feu, de bonne humeur. Tirant sur sa cigarette, savourant ses dernières salves, il haussa les épaules et sourit.

[Iki] – Je ne connais même pas ton nom.

La jeune femme emballait ses affaires tranquillement, sans faire attention à la remarque de son homologue. Elle passa son bandeau autour de son cou et serra le nœud derrière sa nuque. Enfin, elle posa le sac plein sur le sol, et sourit.

[…] – Je m’appelle Shinizu Mori. Je suis Juunin et Oi-nin, comme toi. Depuis quelques années je fais d’importantes recherches sur les sceaux de destruction afin d’en découvrir la source et leur vrai pouvoir. Je ne suis pas une femme ambitieuse mais simplement intéressée et qui aime aller au bout des choses. Hiryuu m’a demandé il y a trois jours un service, service que je ne comptais pas rendre. Mais je me suis un peu renseigné sur toi et l’idée d’entraîner quelqu’un dans la même voie que moi m’a semblé intéressante. Celle de rendre service à Hiryuu beaucoup moins.

Shinizu détacha ses bandages, dévoilant une peau blanche et soyeuse, les étendit sur le sol et les plia, avant de les ranger dans une poche de son sac. Quelques hématomes étaient encore bien présents sur son corps, de nombreuses entailles et autre blessures quelconques parsemaient sa peau, mais elle avait récupéré avec une étrange rapidité. D’un geste svelte, elle enfila son grand manteau, sans remonter la fermeture ni relever sa capuche cependant, considérant qu’il était devenu inutile de cacher son identité. Elle posa le sac sur son dos sans grande difficulté et sourit. Là, elle se pencha vers le sol, s’agenouilla et plongea sa main dans la poussière blanche. Le même cercle bleu apparut et une importante quantité de chakra en émana. Le dôme noir qui les avait amenés ici se forma dans les airs, laissant l’air crisser sous la pression de l’énergie.

[Iki] – Je voulais juste savoir ton nom …

Elle sourit, tout en restant concentrée sur son sceau.

[Shinizu] – Nous sommes maudits, Iki, c’est ainsi. Mais nous ne le sommes pas pour rien. Tu verras, un jour tu comprendras.

Iki resta songeur devant l’air mystérieux de Shinizu, qui ne lui ressemblait pas énormément. Le chakra éclata et un petit cercle bleu azuré entoura ses pieds. Le dôme se souleva et disparut.

L’odeur chaude de Konoha réapparut aussitôt. Iki soupira et plongea sa main dans la poche de son vêtement. Il en ressortit son paquet vide de cigarette et leva les yeux vers le village, dont il pouvait apercevoir les hautes toitures plates. Un sourire se dessina sur ses lèvres.
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