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 Le Temps des Loups

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MessageSujet: Le Temps des Loups   Sam 3 Avr - 19:00

Je suis impatient, Hyuuga Akogare.

Impatient de savoir si toi aussi, tu possèdes cet instinct de tueur.


La main de Ten sur son épaule. Il avait les yeux fermés derrière son masque, son masque de loup bleu marqué par la bataille - la fente droite était légèrement abîmée, deux griffures sur la joue et un petit trou au front, mais Akogare ne désirait pas le faire changer encore. Cela pouvait aider à l’identifier, disaient-ils. Ah… Mais il ne pensait à rien à cet instant, l’esprit vide et noir, seulement le contact de la main tiède de Ten sur son épaule, son confort et son secours, et l’odeur de son corps qu’il avait toujours quelque part en lui.

Ils étaient encore à Konoha, mais ils partiraient bientôt. Il faisait déjà nuit au dehors et lentement, patiemment, l’heure du rendez-vous approchait. Akogare avait une chose à régler avec cet homme, une affaire inachevée qui méritait de l’être, le souvenir pesant de son regard blanc trompeur. Il ne le tuerait pas parce qu’il avait volé le Byakugan, ou parce qu’il avait tué un Hyuuga. Il ne le tuerait pas non plus parce qu’il était un déserteur du village. Il n’y allait pas au nom de la justice de Konoha, il ne s’y présentait pas en tant qu’Oi-nin. Ce soir, il ne porterait pas le masque.

Il y allait… en tant que beaucoup d’autres choses, ou peut-être aucune.

[Ten] - J’ai confiance en toi, Akogare. Finissons-en.

La nuit était fraîche, un vent d’automne s’était levé. Ils cheminaient à vive allure, sans parler, vers le lieu de rencontre. Akogare était déjà dans son combat, cette concentration particulière qui aiguise les sens et tend le corps à l’extrême, une science de l’instinct. Il sentit leur chakra avant de les voir, mais il ne ressentait plus la peur, seulement la sensation que tout allait se terminer très vite. Noya les observait calmement, les mains serrées sur sa ceinture. A sa gauche, un samouraï entièrement vêtu comme dans les représentations du passé, avec un masque rouge et grimaçant. Il dégageait une volonté puissante et écrasante, mais pas dominatrice, nota Akogare. Il sut qu’il n’aimerait pas avoir à l’affronter, aujourd’hui ou plus tard, parce que même de là où il était il ressentait la différence entre eux.

[Noya] - Tu es venu. Salutations.

[Akogare] - En effet. Nous avons quelque chose à terminer.

[Noya] - Oui… Oui, une chose importante.

Les deux hommes se jaugèrent du regard en silence. Noya fit un léger geste de la main pour englober les environs.

[Noya] - Je suis satisfait de remarquer que tu as respecté notre engagement et ne t’es présenté sans personne pour nous interrompre.

[Akogare] - C’est un combat important pour moi. Je ne suis pas ici au nom de Konoha ou de mon statut d’Oi-nin, mais en tant qu’Akogare Hyuuga. C’est un défi pour moi aussi, notre défi.

Les yeux de Noya brillèrent dans la nuit. Il rajusta d’un doigt son chapeau.

[Noya] - Bien.

[Akogare] - Pourquoi avoir tué les enfants aux portes de Konoha ?

Noya répondit sans la moindre hésitation, mais il marqua tout de même le temps de détailler plus précisément son interlocuteur.

[Noya] - Ce n’était pas des enfants. C’était des shinobi de Konoha. Ils savaient ce qu’ils risquaient dès l’instant où ils se sont inscrits à l’Académie. La faute que tu m’imputes ne m’appartient pas. C’est le village qui les a mal élevé. Qui leur a fait croire qu’ils étaient tout-puissants. C’est un mensonge. Ils ne peuvent utiliser leur jeunesse comme excuse. Ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes que mon bras faiblira au moment de les tuer. Regarde-toi, Hyuuga, avant de me juger. Tu ferais la même chose. Tu fais la même chose.

[Akogare] - C’est amusant… quelque part. Mais c’est exactement ce que je me suis toujours dis. Ce que Konoha t’a reproché, ce jour-là, ce n’est pas d’avoir tué des shinobi. C’est d’avoir été trop puissant. Les Villages Cachés ne peuvent tolérer qu’une personnalité isolée puisse mettre en danger sa sécurité. Parce que quand elle rejoint d’autres personnalités similaires… cela crée une incohérence, un paramètre incontrôlable et dangereux.

Noya acquiesça imperceptiblement. Ils n’étaient pas pressés d’en arriver au combat. Ils savaient que cela se terminerait pour l’un d’entre eux, qu’il n’y aurait pas la moindre trace de pitié et de faiblesse au moment de délivrer le dernier coup. Ils avaient tous les deux leur raison. La raison qui les poussait à aller de l’avant, à courir des risques plus gros chaque fois, à combattre aux côtés des personnes qu’ils aiment le plus et à mourir sous leurs yeux, égoïstement, sans qu’elles ne puissent rien y faire. Comme les parfaits salauds qu’ils ont été durant leur vie et qu’ils continuent à être au moment de mourir, des salauds d’un égoïste blanc et pur, mais des salauds auxquels on s’attache à en pleurer.

[Noya] - Tu es intelligent Akogare. La vie d’un guerrier se résume à cela. Aller de combat en combat en attendant celui qui sera hors de portée. Je n’ai pas d’intérêt à frapper le faible. Cette attaque, à Konoha… j’ai difficilement sorti mon arme. La brute suffisait. Mais je cherchais quelqu’un comme toi, qui pourrait me donner le frisson du combat, celui qu’on ressent tous parce qu’on aime ce qu’on fait.

[Akogare] - Est-ce que tu es prêt à mourir pour ce frisson ?

[Noya] - Sans le moindre doute. Je n’ai rien à regretter. Je ne suis inféodé à personne.

[Akogare] - Si tu l’es. Nous le sommes.

Un fin sourire étira les lèvres de Noya un instant.

[Noya] - Non. Ni moi, ni Soru, ni toi, ni ta compagne ne le sommes. Nous sommes des loups solitaires, nous rejoignons la meute pour chasser et pour nous tenir chaud. Mais nous sommes nos propres chefs. Kikuria… j’ai envié sa puissance, un temps, avant de comprendre qu’elle ne m’intéressait pas. Il est comme tous les shinobi, obsédé, perturbé, en quête. Il combat pour modeler à travers la destruction, pas pour la beauté du geste ou pour survivre. Cette façon de se battre… n’est pas honorable. Mais à son contact, je combats des gens comme toi.

Akogare n’ajouta rien. Son regard passa de Noya au samouraï, qui le fixait en demeurant parfaitement immobile. Il avait la main sur son arme, mais le geste n’était pas tout à fait menaçant. Ses yeux brillaient malgré l’obscurité relative des lieux, un œil acéré qui l’aurait presque fait frémir s’il se l’était autorisé.

[Noya] - Nous allons combattre maintenant. Chaque fois que deux combattants se rencontrent, c’est la fin de l’aventure pour l’un des deux. Un jeu cruel, mais dans lequel nous misons tout. Regrettes-tu quelque chose, Akogare ?

[Akogare] - Non.

Si ; je regrette de ne pas avoir été capable d’aimer Ten comme j’aurais voulu l’aimer, de m’avoir refusé d’être heureux avec elle, je regrette de traiter aussi légèrement Sayuri pour essayer de me convaincre que je ne suis pas attaché à elle alors qu’il est déjà trop tard, je regrette de chercher dans la mort une certaine forme de repos, au mépris de tous ceux qui m’aiment et qui veulent que je prenne soin de moi, je regrette d’avoir la sensation d’être trop puissant pour m’accorder cette mort que je mérite et ne mérite pas en même temps, je regrette de m’être autant investi dans un village que je n’aime pas et qui mérite mieux, tellement mieux, que d’être un repaire de mercenaires sans valeur et sans émotion. Je regrette de ne pas avoir la force en moi de faire changer les choses, d’utiliser ma puissance dans une cause qui le mérite, d’être faible plus qu’il n’en faut, d’avoir détesté ma famille et de la haïr toujours aussi fermement. Je regrette de n’avoir su transformer les Hyuuga, de n’avoir pris le temps de discuter avec eux sur ce qui me gênait dans leur fonctionnement, de m’être fermé et d’avoir utilisé un moyen de lutte digne d’un adolescent en colère. Je regrette d’être là, de ne pouvoir être assez grand pour me dire que ce défi où je risque ma vie ne mérite pas d’être livré et que par fierté et d’autres choses plus compliquées, je vais le mener et suer pour lui, parce que oui, je ressens aussi ce frisson de mort quand je combats et oui, c’est une drogue puissante et enivrante.

Mais moins que le regard de Ten sur ma nuque alors que j’avance vers toi.

[Noya] - Nous sommes deux grands menteurs, n’est-ce pas… L’un de nous va regretter d’avoir tus les choses qu’il avait sur le cœur, tandis que l’autre les enfermera encore plus profondément en lui.

[Akogare] - C’est parce que je suis timide.

Le samouraï se plaça à leur droite, tandis que Ten prenait position à gauche.

[Soru] - Moi, Soru Roshouki, jure d’observer ce combat et d’attester de la mort du vaincu, selon les antiques règles de défi.

[Ten] - Moi, Ten Nikkori, jure d’observer ce combat et d’attester de la mort du vaincu, selon les antiques règles de défi.

Les deux témoins s’éloignèrent de plusieurs pas et s’immobilisèrent, toujours l’un en face de l’autre, le regard tourné vers les deux combattants. Akogare ferma les yeux et renversa la tête en arrière. Il murmura tout bas.

[Akogare] - Nous avons grandi et nous sommes devenus des démons.

Il rouvrit ses yeux blancs.

[Noya] - Mais il y a toujours de la lumière dans nos yeux.

Akogare sourit mentalement.

[Soru] - Le défi peut commencer.

MessageSujet: Re: Le Temps des Loups   Lun 5 Avr - 19:05

Je me souviens de la première fois où j’ai posé mes doigts sur le saya d’apparence sobre. Un long étui noir, légèrement luisant, mais un peu usé. Du bois de magnolia, très pur. Les yeux clos, je respirais profondément, savourant le moment. J’avais vaincu le porteur de cette lame. Elle m’appartenait maintenant.

Tsukiotoshi… Pendant un temps, j’avais cru que disposer d’une lame puissante déterminait le potentiel de talent d’une personne. Cela pouvait se justifier aisément ; plus une lame est puissante, plus son porteur peut pousser son potentiel haut. Mais c’était un raisonnement erroné, et c’est là quelque chose que l’on n’apprend qu’avec l’âge et l’expérience. La vérité, c’est qu’un guerrier peut rendre une cuillère mortelle si c’est l’arme avec laquelle il communique le mieux. Les relations humaines m’ont toujours paru passionnantes, tu sais. Je me suis investi en elles, parce que j’y cherchais des réponses et parce que j’étais curieux. J’ai aimé, un peu, et j’ai beaucoup appris.

Il est possible d’établir une relation avec son arme… bien sûr, tu sais ceci. Mais je tiens à t’exprimer la chose telle que je la ressens car je me souviens que j’ai été profondément touché quand je l’ai découvert et que j’aime partager cela avec toi. Une arme à son propre langage. Si on ne le perçoit pas, c’est seulement qu’on ne parle pas la même langue, que ce n’est pas la bonne arme. On peut s’entendre avec quelqu’un avec lequel on ne peut pas communiquer pleinement. Mais on n’atteindra que très rarement une osmose parfaite ainsi. Alors il faut expérimenter, longtemps. Je pense que pour apprendre le langage d’une arme… elle doit essayer de te tuer. Elle doit créer un lien de vie et de mort entre toi et elle si tendu, si puissant qu’il en sera définitif. Les armes qui ont essayé de me tuer, celles dont j’ai senti la langue brûlante sur mon corps… je me souviens toujours aujourd’hui de nos relations. Je me souviens du langage de ton katana, quand il m’a frappé ici. Ah, tu es un peu gênée encore… C’est rare de te voir ainsi. Tu as une façon d’être gênée absolument terrifiante Soru.

Avec Tsukiotoshi, nous avons longuement discuté. Le combat avait duré longtemps. J’étais épuisé, couvert de sueur et je savais que j’avais dépassé mes limites pour l’emporter. Ce frisson… quand tu as frôlé la mort mais que tu as puisé en toi la force de revenir. Je ne peux rien y faire : j’en suis fou. C’est ma maladie, mon instinct de tueur. Je n’y peux vraiment rien. Tsukiotoshi était une lame puissante, unique. Et nous nous sommes plu. Elle aimait le combat, comme moi, et elle aimait discuter avec d’autres guerriers, voir s’ils la comprenaient aussi bien que je la comprenais.

Quelqu’un qui n’est pas un vrai guerrier pensera que je suis fou, à prêter de tels sentiments à des morceaux d’acier. Mais il y a peu de vrais guerriers dans le monde d’aujourd’hui. Ce sont des combattants et des soldats ; plus de guerriers. Le monde change, Soru.

Mais pas nous.


Akogare rompit le corps à corps et recula.

Noya donna un petit coup dans l’air avec Tsukiotoshi et le poursuivit. Son cœur tonnait contre sa chair. Depuis combien de temps maintenant n’avait-il pas ressenti l’urgence de sa propre mort ? Sa première attaque aurait terrassée un adversaire habituel. Akogare l’avait arrêté du dos de la main sans ciller, sans ne serait-ce que s’entailler. Beaucoup penseraient qu’il est fou de défier un homme au sommet de sa force, une légende toute récente, éclose sur des exploits qui ne lui appartenaient pas. Mais qui auraient pu. Noya ne voyait pas les choses ainsi. Ce frisson qu’il ressentait... ce frisson valait toutes les morts du monde. Si pour le sentir totalement, il devait lui abandonner sa vie, alors Noya la lui abandonnera sans regret.

Il pensait à Soru, au moment de frapper Akogare. Qu’avait-il à lui dire qu’il ne lui avait pas encore dit ? Peu de choses, vraiment... elle avait déjà saisi jusqu’à l’essence de son âme depuis des années, au fil de leurs longues conversations. Soru ne partageait pas beaucoup, mais elle écoutait avec une attention vigilante et amicale. Il se demandait ce qu’elle pensait en le voyant. Elle devait percevoir le plaisir qu’il prenait dans ce duel à l’odeur prégnante de mort... elle devait en être un peu nauséeuse car, malheureusement, le nuage de mort s’était posé sur les épaules du samouraï. Il ne voulait pas qu’elle le voit mourir... cela aurait été plus facile de fuir, des années avant cette confrontation. Quitter Asahi, quitter Kikuria... suivre Soru plutôt que lui demander de venir. Mais si Noya pouvait changer, il l’aurait fait. Il ne le pouvait pas.

Qui d’encore vivant sur cette terre pouvait se targuer d’avoir abattu, à la loyale, deux Kage ? Ils ne devaient pas être si nombreux que cela. Quand on a goutté à la mort, à ce goût suave et frais qui rassasie pour les années à venir, on ne peut plus y échapper. Noya aimait trop cette saveur... il l’aimait plus que sa propre vie, plus que Soru encore, et pourtant Soru incarnait tout pour lui.

Akogare fut plus rapide ; sa longue pique d’électricité pénétra le plexus de Noya et partit s’écraser contre un arbre, au loin. Le samouraï ferma les yeux. Il savait ce qui allait suivre et il aurait aimé trouvé la force en lui de le contrer. Cela ne lui était pas possible... en quelques secondes, ce combat s’était probablement terminé.

Noya explosa, traversé par d’intenses lances aveuglantes.

Nagisa, Botan, Heichiro... j’aurais aimé être suffisamment fort pour vous sauver ; quelle prétention... pour vous aider au moins. Ne pas être un poids sur vos lames. Je vois cette caverne quand je ferme les yeux et je la déteste, je la déteste tellement ! Si j’avais eu cet instinct de tueur, si je l’avais eu à cette époque, je vous aurais défendu. J’ai été fort trop tard, bien trop tard pour sauver ce qui en valait la peine. Alors à quoi bon ? Je me suis battu aux côtés de Konoha, j’ai peut-être sauvé d’autres vies... peut-être aussi ai-je été une poutre pour ce village, quelque chose sur lequel il pouvait compter. Mais j’avais le regard tourné vers le passé, qui me narguait avec sa grande bouche de ténèbres. Plus rien n’avait d’importance alors, hormis cette puissance déficiente qu’il me fallait absolument.

Tous les shinobi que j’ai vu, avec lesquels j’ai combattu, tous avaient un but, quelque chose qui les poussait de l’avant. C’est vrai, beaucoup cherchaient de la puissance, comme moi, mais nous avions tous une raison différente au fond. Cela se jouait sur des détails... mais il est difficile de vivre avec le poids d’un échec, de vivre en détestant une partie de ce qu’on a été un temps. J’étais faible, je le regrette. J’avais encore des rêves de paysans en tête, je me pensais en samouraï mais je n’étais rien. Je me suis ensuite pensé en shinobi, mais je n’étais toujours rien. Soru m’a ouvert les yeux, en me renvoyant à la tête tout ce que je n’étais pas. Je n’étais ni un samouraï, ni un shinobi, ni un guerrier, ni même quelqu’un d’honorable. J’avais déserté, je errais sans but, j’étais sale et toujours aussi faible. Mais je me suis accroché à Soru avec la rage du désespoir, à m’en faire mal à l’âme.

Et tu m’as porté. Je ne t’en remercierai jamais assez, mais je sais que tu ne l’ignores pas. Tu m’as donné le plus beau des cadeaux en me regardant comme un égal, un samouraï. Soru, merci du fond du cœur. Je suis devenu quelque chose grâce à toi et, oserai-je le dire, quelqu’un. Alors est-il juste que tu me vois me faire écraser par cet homme ?

Non Soru, cela n’est ni juste, ni tolérable. Regarde-moi Soru. Je serai grand au moment de tomber, car tu m’as toujours vu plus grand que je ne l’étais. Regarde-moi et si tu le peux, aime moi encore un peu


Noya releva la tête.

Son œil étincela, alors qu’il se redressait de toute sa taille. Ses blessures étaient terribles, son corps lacéré sur la totalité de sa surface. Ses vêtements s’étaient déchirés, dévoilant sa puissante poitrine ensanglantée. Akogare fit claquer sa main ; les dernières poussières étincelantes moururent au bout de ses doigts.

Montre-moi ce que tu vaux, Noya Fujissuke. Je ne vois pas d’instinct de tueur.

Montre-moi ta force.

Spoiler:
 

MessageSujet: Re: Le Temps des Loups   Jeu 8 Avr - 21:11

Ils étaient dans l’appartement de Ten. Il était décoré plus succinctement qu’Akogare ne l’aurait pensé avant d’y passer la première fois, très simple et seule la chambre était réellement investie. Le reste était impersonnel. Il n’y avait rien de toute la… pétillance…de Ten, rien qui ne l’attache réellement à ces lieux. Cela s’expliquait en grande partie par le peu de temps que la jeune femme y passait, elle était toujours en mission, avec ou sans lui. Elle ne s’accordait pas beaucoup de temps de repos et quand elle le faisait, elle le faisait souvent à l’étranger. Ten n’aimait pas énormément l’idée de le recevoir chez elle à cause de cela. Sans doute ne s’y sentait-elle pas elle-même chez elle.

Elle était debout, dos à la fenêtre, et le dévisageait avec le plus grand sérieux du monde. Akogare, lui, se tenait derrière la table ronde. Il s’approcha d’elle de six pas rapides et lui attrapa le menton avec une surprenante douceur. Lentement, il passa le doigt de sa main libre sur sa joue, son visage si près qu’il n’aurait eu qu’à le tendre pour l’embrasser.

[Akogare] - Ten, Ten… Vraiment… Est-ce que tu vois un héros en moi ? Enfin…

Un sourire désabusé et cruel traversa ses lèvres et Ten déglutit. Elle n’aimait pas ce sourire.

Akogare laissa retomber sa main et recula la tête, prenant de la hauteur mais ses épaules s’affaissèrent dans le même temps.

[Akogare] - Toi tu sais… tu sais mieux que tout le monde. Toutes mes failles, tu les connais par cœur. Tu sais que je ne suis pas un héros, que je n’ai pas battu Kanda, que vous auriez pu tous mourir alors, avec moi, et que je ne pouvais rien y faire…

Il secouait la tête.

[Akogare] - Et pourtant, aucun d’entre vous, les personnes qui ont survécu à ce combat, aucun n’a trahi ce secret. Vous n’avez pas à porter cela, dites la vérité.

Il sourit.

[Akogare] - Je suis un imposteur Ten. On m’a forcé à l’être, d’accord, mais je l’ai accepté. Je ne…

La jeune femme posa ses doigts sur sa bouche, puis l’enlaça en le ramenant contre elle.

[Ten] - Tais-toi un peu… Tu t’écoutes parler…

Akogare referma ses bras sur son dos, tandis qu’elle murmurait tout bas.

[Ten] - Tu as toujours été un héros pour moi, des années avant Kanda. Parce que je connais toutes tes failles. Tu as une force en toi… c’est plus que la capacité à tuer. La plupart des shinobi sont puissants à partir de cet instant, à partir du moment où ils peuvent tuer à volonté. Mais tu es à un stade supérieur…

Elle recula son visage mais ne chercha pas à briser leur étreinte. Ses lèvres passèrent sur les siennes sans s’y arrêter, tandis qu’elle embrassait doucement le coin de sa joue.

[Ten] - Un héros est toujours conscient de sa propre vulnérabilité. Tu es vulnérable Akogare, tu l’as toujours été depuis que tu es enfant. Tu n’as jamais cherché à tuer cela en toi, cette faiblesse, comme nous le faisons pour la grande majorité d’entre nous. J’ai tué cette part de moi, Ako, j’ai tué ma capacité à être vulnérable. Je n’ai pas ta force, je ne peux pas… transcender ma position. Je suis obligée de faire comme les autres pour y chercher de la force. Mais quand je suis avec toi, quand je me bats à tes côtés, je sens que tu acceptes la vulnérabilité que j’ai nié et je me sens un peu plus humaine à chaque fois.

Elle sourit à nouveau, d’un sourire brouillé et hésitant.

[Ten] - C’est ça, un héros. Kanda, n’est pas un héros. Il ne peut pas l’être, parce qu’il ne pourra jamais, jamais être vulnérable. Il a, de façon définitive, tué cela chez lui. C’est peut-être notre tout premier assassinat à tous. On a été sauvés par une amie à toi. Il n’y a aucune imposture là-dedans. Alors n’en cherche plus maintenant.


***

Akogare respirait rapidement. Il se tenait le flanc et secouait doucement la tête. Il n’aurait su se l’expliquer, cette volonté incoercible de terminer cette affaire de façon définitive. Il n’était pas le genre d’homme à relever des défis. C’était des conneries à ses yeux, sa survie était plus importante que sa fierté. Mais il ressentait l’urgence d’affronter Noya et de lui prendre la vie. C’était comme si le samouraï lui avait donné un peu de son instinct de tueur, cette frénésie glaciale qui le poussait à toujours affronter quelqu’un de plus fort. Cette compétition… était grisante. Au-delà de cela, Akogare l’avait toujours senti glisser sur lui ; l’excitation du combat. C’était au-delà de tuer... une bête pouvait tuer, pour une raison ou une autre. Il y avait quelque chose de terriblement intime dans un combat, pendant quelques instants, Akogare avait l’impression de voir à travers la poitrine de ses adversaires, de saisir ce qu’ils sont au plus essentiel. Il avait la sensation de chacune des vies qu’il prenait, et c’était un poids terrifiant. Les autres ninjas ne le portaient pas, ils s’en débarrassaient en hâte pour garder le dos droit. Akogare n’était pas de ceux-là... il avait besoin de sentir toutes les vies qui s’étaient arrêtées par son fait. C’était une responsabilité. Cela ne devait pas être vain. Il n’avait pas le droit de tuer autant de personnes pour rien, pour qu’au final, il trébuche à la fin. Lentement, Akogare comprenait quel était son rôle dans toute cette histoire... il n’était pas sûr cependant d’être prêt à l’assumer seul.

Il avait face à lui un homme qui avait tué deux Kage, certainement dans des combats comme celui-ci. Des combats de personnalités, froids et méthodiques. Ce n’était pas si fréquent. D’ordinaire, on avait droit à des combats de bâtards où celui qui mordait le plus fort remportait le droit de vivre. Mais Noya imposait un autre cadre. Ils restaient malgré tout deux vieux loups affamés, qui se mordaient et se répondaient sur le même ton, rageux et meurtriers, le goût du sang plein la bouche.

L’homme se tenait un peu plus loin, la lame basse. Akogare secoua la tête à nouveau.

[Akogare] - Je suis heureux de t’affronter Noya.

Le samouraï fronça les sourcils et acquiesça sèchement.

[Noya] - Cela devait être fait.

L’homme parlait sur un ton bas, qui trahissait sans difficulté son épuisement. Il sentait la mort s’immiscer en lui, progressivement. Akogare fondit sur lui. Sa paume s’écrasa sur son foie, et il devina que l’organe avait été grièvement touché. Noya tomba à genoux cette fois-ci, le souffle court. Sa lame traînait à terre, mais il n’avait rien perdu de sa majesté de guerrier. Pour la première fois depuis le début du combat, Noya lâcha son katana et réunit ses mains. Akogare s’approchait vivement pour l’achever une bonne fois pour toute, quand il fut pris dans une formidable explosion de feu. Une colonne prodigieuse aux teintes orangées et vermeilles engloutit le samouraï. Akogare se passa une main sur le front ; la chaleur était instantanément montée de plusieurs degrés. Il voyait une silhouette enténébrée au milieu des flammes, qui se redressait lentement.

Le Hyuuga savait ce qui allait sortir de cette colonne, mais il ne recula pas. Un torrent de vaste ampleur jaillit de la main de Noya, tendue vers lui avec fermeté, et l’ensevelit intégralement. Le visage de Ten restait impassible. On pouvait toujours discerner la forme dressée d’Akogare au cœur des flammes, sans qu’il n’esquisse le moindre début de mouvement. Quand le torrent s’éteignit, le Hyuuga observait toujours Noya d’un œil sérieux et imperturbable. Des plaques de chakra disparurent de la surface de sa peau ; seuls quelques tissus de son armure avaient brûlé.

Ce ne sera pas suffisant, Noya Fujissuke, ce ne sera pas suffisant pour m’abattre. Montre-moi ta force.

Spoiler:
 

MessageSujet: Re: Le Temps des Loups   Ven 16 Avr - 19:23

Ne me méprise pas trop pour utiliser les flammes des shinobi, Soru. Il faut que tu comprennes que je dois moi aussi dire adieu à ce qui a été mon monde, pendant de nombreuses années formatrices. Au final, il n’en restera que de la cendre. C’est tellement mieux ainsi...

Akogare toucha un point sur son cœur et ressentit le frisson caractéristique alors que ses yeux se fermaient sous l’impression de se noyer dans le pouvoir. Un halo bleu le recouvrit et lorsqu’Akogare rouvrit les yeux, une intense lumière de la même couleur en sortait. Comme si la clarté venait de l’intérieur de son corps ; ce qui n’était pas loin de la vérité. Ses bras tremblaient sous le brusque afflux de puissance qui se déversait en lui et Akogare éprouva quelques difficultés à retrouver un souffle normal.

Noya se tenait à quelques pas de là, serein.

[Akogare] - Tenmon, les Portes Célestes. Tu connais cette technique, Noya.

Il se redressa de toute sa taille et serra les poings.

[Akogare] - Je ne peux pas me permettre d’échouer.

Quand deux guerriers se trouvent face à face, ils revoient leurs victoires et leurs échecs. Certains de ces épisodes pèsent plus que d’autres mais, au final, chacun d’entre eux leur a permis d’en arriver là. C’est un sentiment rassurant mais étrange. Un lien ténu s’invite entre les deux guerriers, car ils partagent une expérience similaire. Il n’y a plus de vantardises, plus de bravades à ce niveau. Ce sont deux personnalités qui s’affrontent avec ce qu’elles ont de plus cher, devant ou pour les personnes qu’elles aiment le plus... il y a une certaine forme d’héroïsme dans chaque combat, qu’il soit une nouvelle victoire ou une nouvelle défaite.

Cela non plus, à ce niveau, n’importe plus réellement.

C’était une matinée d’automne. Tu t’entraînais dans une petite forêt, à quelques kilomètres du repaire où Asahi patientait. J’observais la perfection de ta technique. Il y avait une maîtrise dans chacun de tes gestes que je n’avais jamais rencontré à ce jour, chez qui que ce soit. Même chez Heichiro, qui était pourtant, jusqu’à présent, la personne la plus habile avec un katana que j’ai vu. Tu étais ton arme, avec une intensité qui forçait l’admiration. Je t’ai admiré, Soru, et un peu enviée. Mais je savais que je n’atteindrais jamais ce degré de maîtrise. Tu es une samouraï dans le sang, tes parents l’étaient avant toi et on pourrait remonter ainsi jusqu’aux origines de l’art. Ta force n’est pas égalée par beaucoup sur ce monde... Alors j’observais, comme un enfant observe le maître.

Je te l’ai demandé, tu m’as regardé et tu as souri un peu.

Tu l’as exécuté. Nadegiri... je n’ai rien vu de plus beau que te voir donner ce coup unique, au milieu de ces feuilles brunes et sèches, avec la simplicité des meilleurs. Le rocher s’est ouvert sur lui-même, sur la longueur, et deux blocs égaux ont fait trembler le sol. Quand on a vu ça dans sa vie et qu’on sait pouvoir en apprécier toute la beauté, toute la portée, alors je pense sincèrement qu’on n’a plus rien à regretter. J’aurais aimé pouvoir te remercier avec une émotion semblable mais je n’en suis pas capable.


Noya rouvrit les yeux.

Derrière son masque, Soru écarquillait les siens.

[Noya] - Nadegiri.

Le samouraï donna un coup fulgurant, de bas en haut, si vif qu’on ne vit que son bras revenir à son côté. Akogare fronça les sourcils et un frisson lui glaça la colonne vertébrale. Il porta ses doigts à son front et découvrit un peu de sang. Il remonta, et l’humidité caractéristique se poursuivait. Il y eut alors une gerbe puissante, qui dessinait une ligne verticale parfaite, du bas de son ventre jusqu’à son front. Le Hyuuga vacilla, la vision brouillée. La puissance de son chakra tambourinait à ses tempes, réagissant à la douleur par une activité décuplée et épuisante.

Il discernait la silhouette immobile de Noya, floue. S’il ne s’approchait pas la seconde suivante, c’est qu’il n’en avait plus la force.

Noya ne bougea pas.

Akogare secoua la tête et, sans que sa vue ne soit parfaitement rétablie, délivra un coup unique qui percuta le cœur du samouraï. Il y eut un moment de suspension, Ten s’était approchée d’un pas et Soru n’avait pas réagi, le regard fixé sur la scène. Akogare rencontra l'éclat des yeux de Noya.

[Akogare] - Adieu Noya Fujissuke… Général d’Asahi.

[Noya] - ... Noya... tu l’avais… toi aussi.

Les lèvres de Noya remuaient à peine à présent. Il voyait des feuilles brunes dans ses pensées, tomber des arbres et craquer doucement au sol...

[Noya] - Cet instinct…

Il s’écroula en arrière et le silence retomba brusquement. Akogare se dressa sur ses jambes, le bras légèrement tremblant. Il se tourna vers Soru mais ne bougea pas. Du sang lui coulait devant les yeux et gouttait sur ses lèvres, mais sa tension n’avait pas baissé d’un cran. Le samouraï n’avait pas esquissé le moindre mouvement non plus, son regard posé sur le corps sans vie de Noya. Il posa la main sur sa longue lame et s’approcha lentement, sans quitter des yeux le général décédé. Arrivé à sa hauteur, il retira son gant, le serra fort dans son autre main et s’agenouilla. Akogare écarquilla les yeux ; on pouvait lui mentir sur beaucoup de choses, mais c’était à n’en pas douter des mains de femme. Et des mains d’une guerrière qu’il n’aimerait pas affronter dans un défi similaire.

Soru passa ses doigts sur le visage de Noya et lui ferma ses yeux blancs grands ouverts, où la lumière s’était cette fois-ci éteinte pour de bon. Elle murmurait bas, suffisamment cependant pour qu’Akogare distingue sans peine chacun des mots. Il y avait une étonnante teinte de douceur malgré l’acier de sa voix.

[Soru] – Tu me demandais pourquoi je ne t’avais pas tué à la rivière. Je ne l’ai pas fait parce que tu te battais honorablement, comme un homme, comme un guerrier, comme l’un des nôtres. Parce que tu t’es déchaussé, comme moi.

Akogare jeta un coup d’œil à Ten qui observait la scène plus loin et des indices subtils indiquaient à quel point elle était tendue. Soru se releva, la tête toujours baissée sur Noya puis elle pivota avec lenteur vers Akogare. Le masque recouvrait totalement son visage, les yeux n’étaient que des fentes noires et brillantes sous la lumière de la lune. Soru acquiesça imperceptiblement la tête.

[Soru] – Vainqueur, Hyuuga Akogare. Je retiendrai ce nom et je rêve du jour où j’affronterai celui qui est parvenu à tuer Noya Fujissuke.

[Akogare] - Je ne pense pas que je relèverai ce défi.

[Soru] – J’ai vu beaucoup de guerriers, jeune homme, et tu n’es pas un lâche.

Spoiler:
 

MessageSujet: Re: Le Temps des Loups   Dim 18 Avr - 17:27

Soru se tourna complètement vers lui. Le samouraï était impressionnant, plus qu’il ne l’aurait imaginé. C’était quelque chose que l’on ressentait au-delà de son impression de puissance, de son charisme ou de son apparence. Ce samouraï portait en lui et sur lui des générations entières de guerriers, une excellence martiale centenaire qui va chercher sa force dans les racines de ce monde. Akogare en avait vu des guerriers se dresser face à lui ; mais aucun encore qui ressemble à celui-ci. Les rapports qui le détaillaient étaient en-deçà de la vérité. Il y avait autre chose à voir chez lui - chez elle - qu’un samouraï capable de couper une comète en deux sans reculer.

[Soru] – Shinobi de Konoha. Il n’est pas dans mon intention de racheter la mémoire de cet homme à vos yeux, car je méprise vos jugements et votre virginité rachetée sur le dos de guerriers bien plus honorables que vous ne le serez jamais. Mais croyez-moi lorsque je vous dis que cet homme mort ce soir était une personne remarquable et que tout ce qu’il a fait, il l’a fait comme un samouraï.

[Akogare] - Je ne pense pas que les choses soient si définies. Il y a des shinobi honorables, de la même façon qu’il y avait des samouraïs méprisables.

Soru redressa la tête, garda le silence deux secondes et lâcha, sur ce ton mécanique et rendu comme inhumain par son casque.

[Soru] – C’est exact. Mais vous vous dirigez vers les ténèbres au lieu d’aspirer à la lumière. Vous laissez des organisations comme Kakumei diriger vos vies, diriger les ficelles du monde que vous vous êtes appropriés par la trahison. Vous êtes les chiens derrière le maître. Je ne vois personne, parmi vous, pour s’élever contre cette menace.

Soru avança de deux pas rapides et attrapa Akogare par le revers de sa tunique. Ten s’élança mais Akogare l’arrêta d’un geste de la main alors qu’elle était toute proche. Il ne ressentait pas cette volonté de tuer qu’il imaginait au demeurant très forte. Seulement de la colère, une colère sourde à laquelle il ne pouvait rester insensible. Parce qu’il la ressentait dans chaque parcelle de son être depuis des années maintenant.

[Soru] – L’ère des shinobi arrive à son terme. Vous êtes devenus trop puissants, comme nous l’étions jadis. Hyuuga Akogare, tu vas voir tes amis nourrir des ambitions, s’avilir davantage encore, trahir et tromper. Surveille tes arrières, car tu représentes beaucoup de choses pour ton petit village. Tu as plus à craindre de lui que d’Asahi. Ne meurs pas avant que je ne te tue.

[Akogare] - Pourquoi travailles-tu pour Asahi ?

[Soru] – Je ne travaille pour personne, imbécile. Asahi travaille à la destruction de Kakumei et en cet instant, c’est tout ce qui m’intéresse. C’est une force éphémère. Vous faites erreur en vous concentrant sur elle. Elle disparaîtra quand son temps sera terminé. Dans le cas contraire, je ne l’aurais jamais rejointe. Je ne suis pas un chien, je ne suis pas comme vous.

Akogare posa sa main sur celle de la guerrière. Elle ne s’écarta ni ne resserra sa prise. A cette distance, le Hyuuga discernait mieux l’éclat de ses yeux noirs qu’il avait deviné tout du long. Il y avait beaucoup, beaucoup de colère en eux.
[Soru] – Vous êtes devenus les lames stupides d’une main qui vous commande. Moins que des humains, moins que des bêtes… moins vivants qu’une feuille. En délaissant votre capacité à aimer, à ressentir, vous êtes bien pires que des tueurs. Tuer, n’est pas le problème. Tuer sans être conscient que l’on prend une vie de façon irrémédiable est une maladie.

Akogare serra doucement la main de Soru dans la sienne.

[Akogare] - Tu n’appartiens pas au passé, la situation évoluera.

[Soru] – Je n’appartiens à personne.

La femme le lâcha et se tourna vers le cadavre de Noya. Elle demeurait silencieuse, la main immobile sur la garde de sa lame. Akogare essaya d’imaginer sa situation, du point de vue de Ten, c’est-à-dire s’il avait lui-même perdu la vie... que faire du corps ? Il jeta un coup d’œil à la jeune femme, qui fixait le dos de Soru et s’était quelque peu détendue, visiblement assurée que la guerrière n’allait pas les enchaîner à la suite - ce qu’aurait certainement fait quelqu’un qui ne respectait pas les codes. Ten l’aurait probablement expédié à Konoha à l’aide d’un sceau quelconque... pour restituer le corps de la légende... et ne pas la laisser aux vers. Mais ce n’était pas dans le champ d’action de la femme, qui les ignorait totalement à présent, comme s’ils étaient sortis de son plan d’existence.

[Akogare] - Comment les samouraïs honoraient leurs morts ?

Soru ne répondit pas et ne bougea pas plus, perdue dans sa fixation de Noya. Un long, long moment s’écoula avec seulement le bruissement des feuilles dans les arbres et les quelques chants nocturnes pour seuls compagnons. Akogare n’envisagea pas de partir pour une raison très simple. Ce deuil appartenait à Soru et, derrière son masque et son immobilité héroïque, il imaginait sans mal ce qu’elle traversait. Pour une raison qu’il ne parvenait pas à déterminer, il lui semblait irrespectueux de partir sans rien faire de plus. Comme si tout cela n’avait au final été qu’un assassinat déguisé en défi, rien de plus solennel que d’ordinaire. Akogare voulait que cela sorte de l’ordinaire car quelque chose, en lui, avait changé de façon irrémédiable. Peut-être Soru préférerait-elle être seule, mais le Hyuuga n’en était pas convaincu.

[Soru] – Rien de particulier. Je déposerai les cendres de Noya dans la caverne où Nagisa est mort. Pour qu’il repose avec eux dans la paix du guerrier. Je sais que je la reconnaîtrais.

Akogare n’avait aucune idée de qui Nagisa pouvait bien être. Il jeta un coup d’œil à Ten, qui acquiesça. Soru se tourna vers eux d’un bloc, comme si elle avait suivi leur pensée.

[Soru] – Vous pouvez retourner chez vous. Noya ne reviendra pas dans votre petit village.

[Akogare] - Est-ce que je peux te poser une autre question, samouraï ?

[Soru] – Fais.

[Akogare] - Pourquoi Noya n’a-t-il pas utilisé cette dernière technique sur moi plus tôt ?

[Soru] – Mon respect pour Noya est grand et je l’admire. C’est un mouvement qu’il m’a vu exécuter, et qu’il a reproduit ici. Une reproduction imparfaite, qui dépassait de loin son niveau au katana. Mais cela n’a aucune importance. C’était sa façon de nous dire adieu, à moi, et à vous, shinobi.

Akogare se passa une manche humide sur le visage. Le sang s’écoulait toujours, et maintenant que le chakra avait quitté son corps et que le violent afflux d’énergie s’était tari, le Hyuuga commençait à ressentir de dangereux vertiges. Une chance, se dit Akogare, qu’ils avaient face à eux une femme d’honneur qui ne s’attachait pas à les achever ou à venger la mort de son ami. Que faisait ce samouraï auprès d’Asahi ? Maintenant que Noya était mort... il était vraisemblable d’imaginer que c’était ce dernier qui l’avait mené ici, dans cette organisation. Allait-elle la quitter ? Rien dans ce qu’elle avait dit ne le laisser présager. Soru semblait nourrir une haine profonde et irréversible envers l’organisation Kakumei, et elle avait trouvé là un lien suffisamment fort pour la maintenir attachée à Asahi... Akogare secoua une nouvelle fois la tête, projetant d’autres gouttelettes. L’attaque l’avait blessé plus profondément qu’il ne l’avait pensé tout d’abord, mais malgré la gravité de la blessure, Akogare savait avoir assez de marge pour rentrer sans difficulté à Konoha.

[Akogare] - Nous reverrons-nous ?

[Soru] – Si tu fais les bons choix.

[Akogare] - Je n’arrive pas à statuer sur le danger que vous représentez.

[Soru] – Il n’y a pas à statuer. Tu seras amené, comme tout le monde, à faire des choix. Tu sauras à ce moment. Il te manque la fermeté de la décision et la confiance que tu dois y placer.

Le samouraï eut un mouvement sec de la tête. Elle se détourna et souleva sans trahir le moindre effort le corps de Noya.

[Soru] – Tu es très jeune.

[Akogare] - Je pense que nous nous reverrons.

[Soru] – Alors fais confiance à ton instinct. Adieu, shinobi.

***

Keira le regardait derrière son bureau. Elle était éveillée, malgré l’heure très matinale à laquelle Akogare avait fait irruption dans son bureau. Ten et lui étaient rentrés à pieds, sans artifice et sans hâte. Sur le chemin du retour, le monde était apparu un peu mieux défini, comme si la brume qui s’était abattue sur lui s’était dissipée. Cela n’avait rien à voir avec la sensation d’avoir mis un terme à une certaine idée du mal. Akogare avait, à travers cette mort, trouvé une réponse qu’il cherchait depuis longtemps. Jusqu’à présent, il avait été effrayé de la regarder dans les yeux. Mais il lui faudrait s’y résigner. Faire des choix, hein... nous ne reverrons, femme samouraï, et tu ne me tueras pas facilement.

[Keira] - C’était une prise de risque tout à fait inconsidérée.

[Akogare] - Et tout à fait nécessaire. Ne me faites pas pleurer, aller me faire affronter Kanda était une prise de risque autrement plus inconsidérée.

Keira écarta l’argument d’un geste de la main. La vieille femme ne le montrait pas, mais Akogare la connaissait assez pour savoir qu’elle était impressionnée, gênée et satisfaite. Cela faisait beaucoup de choses à cacher si elle ne voulait pas porter atteinte à sa réputation.

[Akogare] - Je requiers par ailleurs un autre contrat.

[Keira] - Ah ? Qui donc ? Je ne vous autoriserai pas à pourchasser Kikuria, jeune homme.

[Akogare] - Je veux Zakeru.

[Akogare] - Il faut que je tue Zakeru. C’est une chose, Keira, que nous devons achever maintenant. Je veux Zakeru, et je suis le seul ici à pouvoir le tuer.

Keira l’étudiait posément. Elle n’avait pas témoigné le moindre signe de surprise, aussi Akogare essayait-il d’imaginer ce que la femme ressentait - si elle ressentait quoi que ce soit de particulier. Zakeru faisait partie des dossiers scellés du village. Aucun Oi-nin n’avait le droit de le pourchasser. Il avait un degré d’importance et de puissance trop haut pour une chasse classique. Il fallait l’autorisation spéciale du chef de la sécurité ou d’une autorité supérieure - Keira. Akogare se disait que, si les choses avaient été différentes, si certaines personnes avaient fait d’autres choix, pour reprendre les termes de Soru, il pourrait être à l’instant présent en train de parler à Zakeru lui-même. Un contrat qui lui faisait peur et qui attisait son envie ; une prise de risque parfaitement considérée. Si quelqu’un, à Konoha, pouvait en finir avec cet homme, il se trouvait dans cette pièce.

[Keira] - Autorisation accordée.

MessageSujet: Re: Le Temps des Loups   Sam 1 Mai - 14:09

Contrat de rang S : Noya Fujissuke

Akogare : +393 XP - 10 Répuration
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MessageSujet: Re: Le Temps des Loups   

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