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 Le batelier

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MessageSujet: Le batelier   Dim 4 Avr - 2:24

Au commencement. La réalité des choses n’avait encore aucun sens. C’était un vide infini. Et puis un jour, une lumière perça l’infini noirceur de la nuit et cette lumière grandit, grandit et grandit encore. Elle devint si grande qu’elle éblouit le monde, étincela sur chacune de ses milliards de particules.

Au commencement, il n’y avait rien. Et puis les Dieux apparurent. Et le monde naquit. Et comme le monde devait avoir une fin, les Dieux décidèrent d’en faire une ligne incessante. Un cercle sur lequel il évoluerait, sans limite, sans frontière, comme un éternel recommencement.

Ils jouèrent d’abord de leur imagination. L’un créa la nature. L’autre créa l’alchimie humaine, un autre encore celle animale. L’eau, la roche, le sable, les remparts, les armes, le sang, ils créèrent et créèrent encore jusqu’à tarir leur folie imaginative. Lorsqu’ils eurent la langue sèche, ils regardèrent leur œuvre et s’enfuirent.

Non, n’y croyez pas, ils sont toujours là, parmi nous. Ils veillent sur nous comme des parents gardent leurs enfants. Le Soleil, la Lune. Ce sont des gardiens. Ils nous protègent de la folie, ils rythment nos journées. Ils sont loin, mais ils ont toujours un œil posé sur nous. Ce sont des Dieux.

Les Quatre Versets Du Monde.


Shinizu referma le livre. Une épaisse couche de poussière se souleva de la couverture et s’extirpa de la multitude de pages qui le composaient. Iki grimaça. Ses poumons se contractèrent lorsque le nuage pénétra dans ses bronches et il toussa. Il agita vivement sa main dans les airs pour dissiper la fumée ce qui eut pour unique conséquence d’amuser Shinizu qui gloussa. La jeune femme arbora finalement un visage plus sérieux et poussa du bout de son index le bouquin. Iki l’avait contemplé quelques secondes. Il était vieux, très vieux. En fait, il était peut-être aussi vieux que le monde, qu’il décrivait en long, en large et en travers, de sa création jusqu’à leurs jours. Avec un peu de patience et une bonne dose de lecture, il y trouverait peut-être même une fin. Sa couverture était très épaisse, typique des livres d’un temps reculé, et d’un cuir brun abimé. Les centaines de pages étaient reliées par un lacet qu’on avait habilement filé entre d’infimes petits trous. Le juunin se dit qu’il avait fallu peut-être plus de temps à l’auteur pour le relier que pour l’écrire, parce que la main qui avait réalisé cela était experte. Aussi bien dans la rédaction que dans la conception. L’encré était en plusieurs endroits bien largement effritée si bien qu’il y avait des dizaines et des dizaines de pages qui semblaient impossibles à lire. Les pages avaient jauni avec le temps mais demeuraient d’une qualité époustouflante. En fait, tout était assez exceptionnel.

Quelques mots sonnèrent à nouveau dans sa tête. Iki repensait à leur agencement, à la manière dont on avait confectionné, imaginé puis rédigé toutes ces phrases. Cela l’embêtait parce qu’il était ce genre d’homme bien trop ancré dans leur présent, dans la réalité de laquelle il se nourrissait qu’il lui paraissait étrange de pouvoir s’attacher à de telles inepties.

Iki – Qu’est-ce que c’est ?

Shinizu plia ses bras sur la table de bois, discrètement placée au fond de la salle, cachée par de hautes et impressionnantes étagères remplies de livres, et se laissa tomber dessus. Elle fit rouler sa tête entre ses deux bras puis la tourna vers Iki, restant allongée sur elle-même.

Shinizu – C’est le début d’une très vieille histoire que mes parents me racontaient quand j’étais petite. Toi, tu n’as jamais eu droit à ces contes marrants et captivants durant ton enfance, mais il y a beaucoup de gamins qui adoraient ces fantaisies. Je ne sais pas, ça devait développer chez eux une certaine forme d’imagination … Quand t’es gosses, t’as besoin de créer ton monde, non ?

Iki haussa des yeux intrigués puis laissa tomber ses épaules, décontractant chacun des muscles de son dos. Il s’installa dans le fond de sa chaise de bois, bien inconfortable d’ailleurs et remonta ses bras sur les deux bouts du dossier qui pointaient dans les airs. Sa main fouilla machinalement dans la poche de son manteau et il en sortit une cigarette. Juste avant de la poser sur ses lèvres, il chercha du regard une quelconque contre indication à la cigarette dans la bibliothèque, mais il n’en trouva pas. Il fit craque son briquet et la flamme illumina quelques secondes le lieu, au semblant obscur. Presque glauque.

L’idée de créer son monde ne lui était jamais vraiment venu à l’esprit. Bien sûr, chacun lisait ce qui l’entourait un peu comme il voulait, sinon ils ne seraient tous que des moutons dans un seul petit pâturage tout coloré et tout agréable, mais ça, il se disait que cela venait du fait qu’ils étaient des gens assez intelligents pour ne pas copier vilement la conception des autres. Parce que personne n’avait jamais su répondre vraiment aux grandes questions que se posaient les hommes et qu’à défaut de donner la voix de la vérité à une seule personne, ils avaient tous décider d’un accord commun et implicite que personne ne l’aurait, donc. Iki tenta de se remémorer ses années à l’Ecole des Six Lions, mais il ne se souvenait que des coups sur son visage et de la sueur qui coulait le long de sa peau mâte. C’était peut-être ça, son rêve, le rêve qu’o navait décidé de lui inculquer. Kawazi n’était pas très bavard dans ces moments-là, et juste assez pragmatique pour s’arrêter là où l’inutile commençait. Il avait bien eu droit à quelques vieilles histoires sur l’école, ou sur les lions, mais finalement pas autant qu’il ne l’aurait imaginé. Pas autant qu’il ne l’aurait souhaité également. Iki se doutait qu’à l’époque, cela devait peut l’intéresser. Mais même aujourd’hui, ces fantaisies ne l’attiraient pas. Le monde était tel qu’il était, point à la ligne. Sa conception, sa création, quelle qu’en soit l’origine, cela n’avait pas d’importance réelle. Ils étaient là, dans leur petite vie merdique, ou magnifique, et ils s’en contentaient. Parce qu’il y aurait certainement assez de gens sur terre pour haïr leur créateur. Pour décider de se venger de cette idée saugrenue qu’il avait pu avoir de les créer. Oui, les humains sont des salauds par nature.

Iki tira sur sa cigarette et suivit la fumée du regard. Il haussa les épaules et ne répondit pas.

Shinizu – Moi j’avas besoin créer le mien, je pense.

Iki sourit intérieurement. Shinizu était encore partie dans une des histoires de sa vie si peu captivante pour le coup. Mais le ton de sa voix était assez doux pour que cela ne le dérange pas. Il n’avait jamais bien compris comment il était possible qu’une personne arrive à dévoiler aussi facilement ses secrets, ou ses anecdotes passées. Il n’y avait rien de plus personnel que le passé, jouer avec pouvait s’avérer dangereux. Mais la Mori était là, et elle en riait. Parfois, Iki se demandait si elle n’inventait pas simplement.

Shinizu – J’avais l’impression d’être plus forte, ou d’être protégée, je crois. Tu vois, c’est un monde à toi. Tu es celui qui l’as crée, tu le modèles un peu à ton image. Ou à l’opposée de ton image. Si quelque chose ne te convient pas, ou si elle te convient trop, tu peux la changer, tu es le maître. Et lorsqu’elle devient embarrassante, ou que vivre dans un monde imaginaire ne t’intéresse plus, il te suffit d’arrêter, de tout détruire et d’en reconstruire un autre.

Les yeux du Namikaze clignèrent et un bref sourire s’échappa de ses lèvres.

Iki – Tu n’en es jamais sortie hein …

Shinizu pouffa d’un rire faux et enfila sa tête entre ses bras.

Shinizu – Si, il y a bien longtemps.

Le ton de sa voix s’était rempli d’amertume. Une petite pellicule humide s’était déposée sur le blanc de ses yeux lorsqu’elle les plongea dans ceux d’Iki, mais le Juunin ne releva rien. Il continuait de fumer comme si de rien n’était. Iki ne connaissait pas tellement Shinizu, il ne l’avait rencontré qu’une semaine avant qu’elle ne le recontacte pour cette petite séance de lecture dont il ignorait toujours l’utilité. Mais s’il savait bien une chose sur elle, c’est qu’elle parlerait de ses tristesses passées, qu’elle le veuille ou non. C’était comme plus fort qu’elle, il fallait qu’elle s’en débarrasse et lui, il était celui qui pouvait l’aider parce qu’il n’avait absolument rien à faire des histoires de Shinizu et que toute la nostalgie qu’elle avait accumulée ne le touchait pas plus. Alors il était ce défouloir agréablement positif sur laquelle elle pourrait un jour pleurer toutes les larmes de son corps.

Shinizu – Mais plus tu t’y investis, plus la chute est rude.

Iki – La chute ?

Elle souffla.

Shinizu – Ce moment où tu passes de l’enfant à l’adulte. Tu sais, tu comprends que tu n’as vécu que dans le mensonge, qu’on a tous fait tout pour toujours te protéger de la réalité de la vie. Qu’elle soit moche, ou belle, c’est un peu pareil pour tout le monde, … j’imagine. On a tous un moment où on est choqué par quelque chose et on perd cette … robe de candeur. Tu vois ?

Iki – Non.

[Shinizu] – C’est le moment où tu comprends que les morts sont vraiment morts, et que tu ne les reverras plus. Jamais.

Iki rit. Cela lui semblait être un bon exemple. Un exemple sordide de réalisme.

Iki – Ah … ce moment-là.

Shinizu leva un regard curieux.

Shinizu – Tu t’en souviens ?

Iki – Non … Les morts ont toujours été plus ou moins morts me concernant.

Shinizu – Plus ou moins ?

Ils sourirent d’un même concert.

Iki – Souvent, ils l’étaient vraiment, oui. Tu as eu de la chance que cela n’ait pas toujours été le cas pour toi.

Shinizu se redressa sur ses coudes et passa une main dans ses cheveux bruns. Elle joua avec les mèches qui passaient entre ses doigts et son sourire s’atténua pour ne devenir qu’un sombre rictus rempli nostalgique. Et cruel à la fois, comme si elle repoussait tout cela d’un violent revers de la main. Elle semblait s’en vouloir de quelque chose, mais il était impossible de savoir quoi.

Shinizu – Tu as sûrement raison …

Le foyer de sa cigarette s’illumina pendant une petite seconde et Iki expulsa l’épais nuage de fumée de sa bouche.

Iki ne savait pas bien comment aborder ce sujet. Il n’avait jamais vraiment eu de rêve, sinon celui de devenir toujours plus fort et aujourd’hui encore, ce rêve reste enfoui, quelque part dans un coin de son âme. Il s’en était très vite défait, principalement à cause d’Okugane et de ses projets le concernant. Lorsqu’Iki avait découvert que tout le travail qu’il avait effectué ne servirait que l’orgueil d’un homme, et d’un village caché derrière lui, dorlotant dans ses propres rêves, il avait repoussé la colère qui ruisselait en lui et qui le rendait si dangereux face à ses adversaires, pour en arborer une autre, centrée sur lui-même et sur sa haine contre son supérieur. Mais aujourd’hui, Okugane n’était plus, et il ne s’était pourtant pas permis de rêver à nouveau. Une nouvelle fois, cette sensation désagréable d’appartenir à son passé le prenait à la gorge.

Il repensa à la phrase qu’il venait de lancer à Shinizu, comme si de rien n’était, et qui semblait pourtant tant la toucher. Oui, il aurait aimé, ne serait-ce que pendant une infime partie de sa vie, évoluer dans son propre monde. Un monde dénué de violence. Mais elle avait raison. La chute n’en aurait été que plus dure. On lui avait appris à anticiper cette chute, et ça avait fonctionné. A merveille.

Iki – Tu vas me dire ce qu’on fiche ici ?

Le silence se rompit. Les deux shinobi semblaient être partis dans leur pensées et Iki venait de les en sortir assez violemment. Shinizu releva la tête et mit quelques unes de ses boucles dans sa bouche, affichant un sourire d’enfant. Comme si elle le remerciait d’avoir mis un terme à leurs voyages. Elle s’empara du livre, se redressa, et le tira vers elle.

Shinizu – Il y a dans ce livre l’histoire de la création du monde par un panthéon de dieux. C’est un récit immense composé de dizaines de légendes et de contes qu’on raconte aux enfants. Il raconte que chaque dieu aurait un rôle particulier à jouer, dans la conception et dans l’organisation du monde. Il y en aurait un pour l’amour, un pour la beauté, bref, pour un peu tout. Et évidemment …

Prise dans ses explications, la Mori cherchait avidement dans le livre la conclusion de son discours. Ses mains tournaient les pages avec une étonnante rapidité et finalement, elles s’arrêtèrent sur une page située au beau milieu de l’épais recueil. Là, elle leva un doigt vainqueur et tourna le livre de sorte qu’ils puissent tous deux lire les lettres finement encrées sur le papier.

Shinizu – Il y en a un pour la mort.

Iki afficha une moue dubitative.

Shinizu – Cette partie là est très peu connue parce que personne n’aime vraiment les histoires sur les enfers et sur toutes ces petites gâteries-là. Elle s’arrêta un instant, épiant la réaction d’Iki qui ne venait toujours pas. Finalement, elle avança son doigt sur le titre du chapitre. Regarde bien le haut de la page, regarde le signe qui introduit le chapitre.

Iki se pencha pour mieux observer ce que Shinizu lui montrait. C’était un trait assez grossier, épais et noir qui prenait un bon quart de la page mais que l’obscurité cachait partiellement. Le signe ressemblait à une grande ligne droite et horizontale dont on avait redressé les bouts. Si la Mori n’avait pas mis le doigt dessus, Iki serait très certainement passé dessus sans rien voir, parce que cela ne ressemblait à rien de concret. En fait, ce n’était qu’un trait, un trait que n’importe qui aurait pu faire et qui pouvait désigner à peu près tout et n’importe quoi.

Iki – J’ai déjà vu ça quelque part … Tu penses à quoi ?

Shinizu – A un sceau.

Iki s’adossa à sa chaise et tira sur sa cigarette.

Iki – Effectivement c’est … un argument décisif.

Shinizu – Non, en fait ce n’est pas une hypothèse, je suis sûr que c’est un sceau. Cela fait deux ans que j’ai commencé mes travaux sur le domaine de la destruction. Je n’ai pas vraiment … avancé. Elle sourit. Mais lui, je l’ai trouvé. J’ai trouvé quantité de dessins, de plans, de concepts qui n’existent pas, ou plus … ou qui n’ont jamais été terminé. Et il en fait parti. Je n’avais jamais réussi à trouver quoi que se soit le concernant et vu le signe plutôt simpliste, il ne doit pas être tout jeune. Et qui dit ancien dit …

Iki soupira.

Iki – Dit puissant.

Shinizu – Dit très dur à retrouver … mais puissant ça marche aussi.

Iki – Alors fais tes bagages, on part.

Le Juunin se leva subitement. Il lâcha la fin de sa cigarette sur le parquet de la bibliothèque et l’écrasa du bout du pied. D’un geste sûr, il réajuste son manteau et se pencha sur le livre. Sa main s’empara d’un petit paquet de page et avec la même assurance les déchira, faisant sauter les lacets qui les retenaient à la couverture et au reste de l’ouvrage. Ses yeux croisèrent le regard choqué de Shinizu, mais son sourire confiant la rassura plus ou moins.

Tu l’as dit toi-même, Shinizu, les enfants n’ont pas besoin de lire ces passages morbides de la vie. Et c’est tant mieux.
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MessageSujet: Re: Le batelier   Lun 25 Oct - 18:04

Sa main frôla la couverture du livre. Le cuir, affiné avec les plus grands soins offraient quelques discontinuités qui marquaient son histoire, son âge. La reliure, ornée autrefois d’or ou d’argent, n’était plus qu’un vulgaire fil, un crin, qui tenait l’ensemble. Le cuir, les pages de papier. Et l’encre, noire, devenue violette, qui s’effritait mais ne tombait pas. Attachée à sa ceinture, le bouquin pendait le long de la cuisse du shinobi, suivant, dans une longue répétition, le mouvement de son corps. Comme une vulgaire course vers la mort. Une page s’en détacha. Seule, son coin se corna, puis, peu à peu, la reliure sauta, le papier céda, quelques gouttes d’eau effleurèrent sa peau, au grand jour, et l’encre s’en imprégna, puis s’alourdit. Le papier craqua un peu plus et le deuxième coin lâcha. Iki s’arrêta subitement. Il raffermit la position de sa capuche sur sa tête et renifla l’air, humide, qui l’entourait. Sa main se leva dans les airs, frotta ses cheveux trempés puis s’abattit sur la feuille, devenue libre, virevoltante comme une vulgaire feuille morte. Lentement, il la porta à ses yeux, sourit, et sans hésiter, enfonça le foyer de sa cigarette dans le papier.

« Ne t’avise jamais d’approcher la mort. Elle est symbole de destruction, elle apporte le chaos, la haine et le meurtre. La mort sème tout sur son passage, mais elle s’enquille de toujours te laisser en vie pour te voir souffrir de la perte des autres. La mort est sournoise et perverse, c’est une petite fille violée dont tu ne te méfies jamais. Mais elle est là, elle t’attend, au tournant. La chercher n’est chose facile, la mort ne s’approche de toi qu’une fois ta vie perdue.

Ne t’avise jamais d’approcher la mort. Elle ne te mènera à ta perte. Mais à la destruction de chaque partie intégrante de ton âme. La mort est notre souffre-douleur à tous. Ne t’avise pas d’approcher la mort, elle viendra à toi bien assez vite. »


Iki sourit et laissa la flamme s’étendre jusqu’à ce que la chaleur lèche ses deux doigts. Il tira sur sa cigarette et lança le papier incandescent dans les airs.

« Le Batelier apporte la mort … »

Shinizu s’arrêta quelques mètres plus loin, sentant le chakra de son coéquipier diminué. Elle se retourna, étonnée, et souleva de peu sa capuche afin de se rendre bien compte de ce qu’il entreprenait de faire. Le papier, haut dans les airs, s’éteignit aussitôt au contact de la pluie battante et tomba comme une vulgaire feuille morte sur le sol. Iki marcha dessus avec insistance et, un sourire discret sur ses lèvres, se tourna vers la jeune femme et d’un signe de la tête s’excusa de l’arrêt imprévu. Ses yeux s’écarquillèrent d’incompréhension, décrivant toujours du regard le morceau de papier qui venait de s’écrouler, meurtri. Ce n’était rien. Shinizu fronça les sourcils et déporta son regard vers le Juunin. Ce n’est rien je te dis. De simples mises en garde. Tu redoutes les mises en garde d’un bouquin ?. Ils sourirent. Avançons, nous ne sommes plus très loin. Le chemin sur lequel ils évoluaient depuis deux bonnes journées s’arrêtait aussi sec. Shinizu s’arrêta et retira sa capuche. Elle posa une main sur ses hanches, étonnée, et tenta de percer le rempart que la forêt haussait devant eux. Iki laissa tomba sa cigarette et l’écrasa du bout du pied. Lentement, il s’avança jusqu’au premier arbre qui leur barrait la route et posa la main sur son écorce. C’est par ici. La jeune femme fit mine de ne pas comprendre comment il en arrivait à une telle conclusion, repositionna sa capuche sur ses cheveux mouillés et le suivit. Leur course devient plus rapide. Peu à peu, leurs pas s’accélèrent et bientôt, ils concentraient une once de chakra dans leurs jambes et volaient, au dessus de l’herbe. Shinizu tenta de questionne le lion sur la raison de cette course, mais son esprit restait inexplicablement clos, comme concentré sur chacun de ses pas, sur chacune des branches sur lesquelles il se posait pour rebondir, jusqu’à la suivante. La pluie donnait à la forêt cet aspect répugnant d’une immense flaque suintante. Elle s’accrochait à leurs vêtements comme de la transpiration, grasse, s’imprégnait jusque dans leur chaire. Shinizu tremblait, de froid, probablement. Elle ne comptait plus les minutes, mais c’était comme s’ils courraient depuis des heures. Essoufflée, fatiguée, elle suivait Iki aveuglément, sans vraiment comprendre la raison de cette poursuite incessante, sans parvenir à une quelconque réponse du Juunin. Le lion sautait dans les airs et elle apercevait sa crinière flotter dans le vent, alourdie par la pluie, son pas fatigué, à lui aussi, mais toujours régulier, vif, puissant. Fixé, inlassablement, vers l’avant.

Iki s’arrêta subitement. Très vite rejoint par la jeune femme, il alluma une cigarette et se redressa, inspirant une grande bouffée d’air frais. La pluie n’avait pas cessé, mais l’atmosphère s’était détendue, sans en donner les raisons. Il est là. Shinizu s’avança jusqu’à lui et décrit l’immense plaine qui s’étendait en contrebas de la falaise sur laquelle ils étaient arrivés. L’imposante pièce de roches s’affalait jusqu’à des fermes que la pluie battante cachait de son brouillard humide. Un village, encore grossier à ses yeux, se dessinait un peu plus loin, entouré de bosquets et d’autres champs. Et des collines, à perte de vue.

[Shinizu] – Où sommes nous ?

Un épais nuage de fumée sortit de la bouche du lion. Il remua ses épaules comme pour en faire tomber les gouttes d’eau et passa une main sur ses yeux rougis par le trajet et par la fatigue.

[Iki] – A Jougo, un petit village à la frontière du pays du son. Quelques fermes, deux ou trois commerces, mais surtout, une taverne.

Elle haussa les sourcils.

[Shinizu] – Une taverne … Tu penses réellement que c’est le moment de …

[Iki] – Dormir sous la pluie n’a jamais été une grande passion, répondit-il en souriant. Et j’ai réellement envie de dormir. Et puis … Il s’arrêta un instant, que son sourire s’essouffle. Il y a quelque chose que tu devrais voir là-bas.

Sceptique, ne sachant pas si le Juunin ironisait encore des quelques plaisirs de la vie ou s’il faisait acte d’un sérieux qu’elle ne lui connaissait encore que très moyennement, elle acquiesça d’un bref signe de la tête et concentra un peu de chakra dans ses pied. Iki s’avança vers le vide. Et sauta.

Jougo était certainement un village sans prétention aucune, sans quelconque intérêt d’ailleurs. Ni attraits, ni repoussoirs concrets, les constructions semblaient avoir été posées ici, il y a bien longtemps, sans que personne ne sache vraiment pourquoi, ni comment. Ils étaient nés ici, et ils vivaient ici. C’était la routine, l’objectif de beaucoup d’hommes dans ce monde. Iki ne leur en voulait pas particulièrement pour cela. Ces gens-là n’avaient jamais eu de cadeau dans leur pauvre vie de fermier. Mais, aussi surprenant que cela pouvait paraître, aucun piège ne venait gâcher leur vie, tant est si bien qu’ils s’en contentaient sans difficulté. C’était une petite routine à laquelle ils avaient du s’habituer, et puisque la vie avait décidé de ne pas leur gâcher leur existence, aussi insignifiante soit-elle, il n’y aucune raison de ne pas profiter de ces instants de répit.

Les deux shinobi évoluèrent pas à pas, dévisageant les façades des habitations et les rares passants. Sous la pluie, Jougo était comme endormie. Il pleut ici la moitié de l’année. Shinizu leva un œil amusé. Comment font-ils pour survivre ? La jeune femme jeta son dévolu sur les champs qui jalonnaient le village, pourtant bien entretenus et sourit, inexplicablement. Jougo donne l’impression d’être un village fantôme. C’est simplement que les gens vivent autrement. Tu ne les vois pas, pourtant ils sont bien là, ils travaillent et vivent. Ce sont des personnes discrètes qui parlent peu. Mais ils vivent très bien. La jeune femme haussa les épaules et n’arrêta pas pour autant. Ses yeux délaissèrent les champs et se concentrèrent sur les habitations. Elles n’étaient, contrairement à ce que l’activité économique du village pouvait apporter comme conclusions, pas faites de vulgaires chaumes, mais de pierres taillées avec précision. Les toitures étaient soutenues par des poutres d’un bois vieux mais à priori robuste et les tuiles arboraient une couleur blanche qui lui était inconnu mais qui ne semblait ne pas vouloir se détériorer au grès du temps, du vent, et de la pluie. Les trottoirs, propres, étaient parfaitement alignés et un système d’évacuation des eaux fonctionnaient, en apparence, avec réussite. Même la route, pavée, paraissait venir d’un tout autre monde. Ca et là, dans quelques jardins visibles de l’avenue principale, quelques pieds de colonne d’un tout autre âge s’élevaient dans les airs. Des déboires d’une architecture ancienne s’amorçaient ça et là tandis que certains blasons et insignes, en grande partie effacés, étaient visibles en certains endroits.

[Shinizu] – Tu … Tu es sûr que ce n’est qu’un village de fermiers ?

Iki sourit et s’arrêta. Il tira sur sa clope, la laissa pendouiller entre ses lèvres et de son bras libre, désigna un panneau de bois qui flottait dans les airs, retenus par deux petites chaînes grisâtres à une tige en cuivre fixé dans la pierre du mur.

[Shinizu] – Mais c’est …

Le lion acquiesça de la tête.

[Iki] – Le sceau que tu as vu dans le livre. Ce village, aussi insignifiant soit-il, est d’un tout autre temps. Si tu veux mon avis, il est plus vieux que Konoha même.

[Shinizu] – Comment as-tu trouvé ça ?

[Iki] – Rentrons, nous serons plus à l’aise pour bavarder. Et puis, tu es congelée.

Elle leva un sourcil, presque surprise.

[Iki] – Tu es congelée, et je n’ai plus un ryos, idiote, lança-t-il tout en passant le pas de la porte, un rictus moqueur et puéril sur le visage.


***


Shinizu s’essuya une nouvelle fois le visage. Elle passa la serviette qu’elle avait posée sur ses épaules dans ses cheveux et étendit ses bras dans les airs, dos au feu. Elle vérifia que leurs vêtements tenaient toujours sur le fil qu’ils avaient étendu devant la cheminée et remonta un peu plus le zip de la veste qu’Iki lui avait donné. Bien trop large pour la Juunin, le vêtement ne couvrait qu’une infime partie de ses épaules et donnait une vue plongeant sur sa poitrine. Guère plus mal à l’aise pour autant, Shinizu trouvait surtout du réconfort dans la chaleur ambiante. Elle piqua un morceau du pain que l’homme derrière le comptoir leur avait donné, et le trempa dans une confiture rosâtre aux parfums délicieux. Iki, torse nu, fit craquer son cou et reprit la cigarette qu’il avait posée sur le petit cendrier. Son autre main entoura un petit verre d’un alcool translucide qu’il avala aussi sec. Le visage rougi par les flammes, quelques mètres en face de lui, il tira sur sa clope et contempla la taverne. Une bonne dizaine de tables entourées de banc la remplissait, une grosse cheminée dont il s’était rapproché rapidement couvait de grandes et longues flammes aux couleurs multiples. Le tenancier, un bonhomme plutôt imposant et plutôt vieux, restait évasif et peu intéressé dans sa démarche, bien que courtois et poli. Son alcool était fort et son pain était frais, c’était à peu près tout ce qu’Iki trouva d’important à noter. Shinizu s’occupa de vérifier que les quelques clients qui s’étaient assis aux pieds du comptoir et sur d’autres tables ne pourraient gober les quelques mots qui alimenteraient leurs discussions, et lorsqu’elle en fut enfin certaine, elle termina de mâcher le pain et la confiture et inspira profondément.

[Iki] – Je suis passé ici il y a un an, peut-être. C’était une mission de routine, mandatée par Konoha. Jougo, quoi qu’en disent les livres de géographie, n’est pas aussi éloigné de l’histoire de Konoha. Très régulièrement, le village envoie quelques équipes pour vérifier que tout se passe bien ici et s’assure de la bonne sécurité de ses habitants. Comme tu as pu le constater, Jougo ne manque de rien et mène des jours heureux. Il s’arrêta pour porter la cigarette à ses lèvres puis continua. C’est une façade. Lorsqu’on m’a envoyé ici, c’était sur un rapport assez étrange d’habitants qui disaient voir quelques fantômes la nuit. Konoha ne prit pas acte de ce rapport. Mais lorsqu’on nous fit parvenir qu’on avait retrouvé des cadavres mutilés dans des champs laissés à l’abandon, un peu plus au nord, on s’inquiéta. Il s’avère que mon enquête ne donna rien. Les fantômes n’étaient, à première vue, que de mauvaises hallucinations que l’alcool aurait probablement provoquées et les corps avaient été retrouvés après le labour hivernal, largement enfouis dans la terre.

[Shinizu] – Qu’est-ce qu’il y eut de si étrange alors ?

Iki sourit et s’épongea le crâne.

[Iki] – Le chakra. Ils puaient le chakra à plein nez. Et l’état de décomposition des corps étaient bien trop peu avancé pour avoir été enterré il y a des siècles. Les mutilations étaient d’ailleurs encore bien visibles, malgré la décomposition. Mais comme tu as pu le constater, Jougo est un village paisible et aucune âme ici ne dégage d’énergie. Et l’autre village le plus près est à des dizaines de lieux, à l’intérieur du pays du son. Cette histoire reste donc un mystère pour tout le monde, et j’ai clos le dossier. Paradoxalement, ce sont les fantômes qui se sont avérés les plus constructifs. Il sourit encore et dévisagea Shinizu, surprise. J’avais terminé le rapport que j’allais donner à l’administration lorsque j’ai annoncé au tavernier que je libèrerai la chambre le lendemain. C’est durant cette dernière nuit que les cris décrit par les villageois reprirent. Un long et suintant hurlement. Il n’était pas aussi aigu que je me l’étais imaginé, mais il avait de quoi terroriser un village entier. Là où nous avions conclu que tout cela n’était qu’un mythe crée par l’alcool, la fatigue et la pluie morbide qui s’abat continuellement sur Jougo, il y avait peut-être plus. Nous n’avions rien pu statuer à cause de la peur des gens. Lorsque je suis arrivé dehors, le village était entièrement barricadé et avait arrêté de respirer.

[Shinizu] – Il y avait vraiment un fantôme ?

Iki pouffa de rire.

[Iki] – Non, bien sûr. Mais une ombre, oui. Et un chakra assez époustouflant, également. Le cri s’est très vite éteint et l’ombre tapissait les murs, gesticulant rapidement dans les rues. Je l’ai suivi, mais tout ça n’a rien donné. J’ai perdu sa trace à la sortie du village. Envolés. L’ombre, et le chakra. J’ai aussitôt préparé mes affaires et je suis retourné à Konoha, spécifiant bien au tenancier qu’il fallait que j’établisse rapidement un rapport et qu’il leur fallait en faire un chaque fois que ces évènements réapparaitraient. Le problème … c’est que nous n’avons plus jamais eu de retour de Jougo sur ce sujet. Du coup, Konoha ne s’est pas affolé outre mesure. Le lion s’empara de la bouteille et remplit le petit verre avant de la porte à sa bouche. Il grimaça et le reposa bruyamment. Je ne connaissais pas encore la voie puissante de la destruction. Je ne connaissais pas non plus ce signe qui trône dans une bible morbide et qui est l’insigne de cette taverne et sans nul doute, celui du village, il y a bien longtemps. Jougo a une histoire, cela se sent et cela se sait, d’ailleurs, sinon Konoha ne porterait pas une attention toute particulière à ce village. Tu l’as constaté, tout ici est d’une époque passé, vieille comme le monde. Mais surtout, il y a quelqu’un qui veille, à sa manière, sur ce lieu. Ou qui le hante, je ne sais pas encore.

Shinizu s’était concentrée sur son récit avec une attention toute particulière. De manière générale, toute information sur un morceau de la vie de son partenaire était bonne à prendre, étant donné la simple générosité dans les dialogues avec Iki. Elle savait, comme beaucoup d’autres, que le lion ne portait pas un grand intérêt à raconter les éléments de sa vie, à priori mouvementée. Elle avait beaucoup appris de son dossier, elle avait également beaucoup appris de Tsubaki et des autres connaissances qu’ils avaient en commun, toutefois elle s’était tout de même attaché à ce pari un peu stupide de trouver en lui quelque chose d’intéressant. D’attirant. Presque surprise par cet étalage d’informations, elle avait noté une à une les grandes lignes de son discours.

La jeune femme attrapa un nouveau morceau de pain et le trempa dans son bol de lait. Elle sourit, et leva les yeux vers le Juunin.

[Shinizu] – On doit retrouver un fantôme, en gros ?

[Iki] – En très gros.


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MessageSujet: Re: Le batelier   Mer 27 Oct - 16:06

Le chakra … Là ! Une chape noire s’abattit sur eux. Iki ferma les yeux et se redressa. Il renifla ce qui semblait être un parfum désagréable. Bientôt, il toussa. Nauséabond. Il pue … Ses yeux se rouvrirent. Il courut. Son pied bouscula un objet au sol. Son corps s’affala. Il chuta. Qu’est-ce qu’il se passe ?. Le lion grimaça, se releva et passa une main le long de sa nuque, endolorie. Iki ! Le silence devenait oppressant. La voix de Shinizu s’éloignait, revenait, puis s’éloignait à nouveau. Elle grésillait, se taisait, puis grésillait encore. L’intensité du sceau s’estompait, mais Iki n’avait aucune explication à donner. Il savait que la marque était indélébile, qu’elle était parfaitement réalisé, mais ce chakra … Il sentait tellement mauvais, il arborait une telle noirceur qu’il ne pouvait comprendre toutes les répercussions qu’il pouvait avoir sur leur organisme. Il inspira, expira, et se concentra. Un nouveau souffle, il devait donner un nouveau souffle à son chakra, redorer son énergie. C’était la seule solution. Rendre la situation un peu plus claire qu’elle ne l’était.

La grotte était sans fond. Parfois elle s’élargissait, puis rétrécissait à sa convenance. L’humidité ambiante imprégnait leur chaire et Iki devinait avec quel dégout Shinizu progressait, elle que la pluie horripilait.

Mieux ? Il entendit son souffle chuchoter à l’avance la réponse de la jeune femme. Mieux.. Une clope parvint jusqu’à ses lèvres et il l’alluma, grimaçant. Il renifla, tenta de percer l’ombre de son regard mais rien. Le vide, le néant. On est où ? Il haussa les épaules. Loin, je dirais. Le chakra s’intensifie là où je suis. Quelque chose bouge, mais c’est encore indescriptible. Tu le vois ? Elle parut hésiter. Loin … trop loin ….

[Iki] – Fait chier …

Qu’est-ce que tu as dit ? Iki bougonna et réfléchit. Ils s’étaient séparés bien trop tôt à son gout. De manière générale, il n’aimait pas laisser les autres trop seuls. C’était orgueilleux de sa part, de penser qu’il pouvait s’en sortir toujours tout seul mais que les autres ne pourraient y parvenir et que dans cette optique, il leur était, peut-être pas indispensable, mais utile. Oui, c’était cela, utile. Shinizu lui avait prouvé, pas assez à priori, qu’elle était une grande fille et qu’elle savait, aussi bien que lui, se débrouiller. Mieux. S’extirper de situations coriaces. Mais il continuait de la voir comme cet animal fragile, qui montre les crocs mais qui n’a que ce brin d’intimidation pour lui. Une façon de survivre bien sommaire. Rien, rien, je n’ai rien dit … L’ombre se densifia, sans qu’il ne comprenne comment. L’énergie, immobile, évolua. Elle grossit, s’intensifia. Et, comme une bête acculée, elle se mit en mouvement. Il bouge. Il bouge. Il nous sent. Il a peur. Shinizu passa un doigt sur sa lame. Une goutte de sang fila le long de sa peau, elle la lécha et dessina un sourire mauvais sur son visage. On avance. Là ! Non ! Ne bouge pas ! Ne bou … La main de la jeune femme se serra. Son bras se tendit en une fraction de seconde et sa lame fit teinter la roche. L’ombre venait de disparaître à nouveau. La pointe métallique vers l’avant, Shinizu passa lentement une main dans son dos et dégaina un deuxième Katana. Elle leva son bras, plia son poignet et coinça la lame sous son aisselle, le manche tendu vers l’autre pan de la grotte. Un chuchotement, un mouvement, une éclaircie dans l’obscurité, et son poignet se cassait. Et la lame partait. Un seul. Aussi infime soit-il. Shinizu ! Ne bouge plus !. Elle ne l’écoutait plus. Son pied se souleva, lentement. Il se posa quelques centimètres plus loin.

Une épaisse couche de poussière se souleva du sol. Une bourrasque impressionnante délia ses mèches. Ses bras se mirent en action et par deux fois, les lames frappèrent la roche. Le chakra envahit l’espace. Il la frappa au visage, bouscula ses jambes, brisa ses poumons. Elle suffoqua, posa un genoux à terre, puis un deuxième. L’oxygène disparut rapidement. Et l’explosion retentit.

[Iki] – Shinizu !

La communication disparut. Peut-être fallait-il être un lion pour savoir qu’un animal acculé n’est jamais vraiment mort. Qu’un animal effrayé n’a plus rien à perdre.

Il sait qu’il déjà qu’il va mourir.


***


Elle n’avait rien. Ses jambes répondaient impeccablement, ses bras, amochés peut-être par quelques égratignures semblaient pouvoir porter ses lames sans grandes difficulté. Le seul point qui inquiétait Shinizu était cette atmosphère nauséabonde et irrespirable. Elle ne savait pas si c’étaient ses poumons qui avaient pris un sérieux coup ou si c’était ce chakra, vide de sens, tourné vers le néant, qui bloquait toute arrivée d’oxygène, mais cela ne lui plaisait pas. Elle se releva, grimaça et passa une main sur son visage. Quelques gouttes de sang perlaient ça et là sur ses joues, mais la kunoichi ne s’alarma pas. L’ombre était toujours là, à quelques mètres, enfoncée un peu plus profondément dans la caverne. Elle l’attendait. Parfois, elle sursautait et se déplaçait, rampait vers le fond encore un peu plus. Shinizu la suivait, se doutant bien que son adversaire, dont elle ne connaissait pas même le visage ni même la consistance, l’entraînait tout droit à sa perte, mais elle n’avait pas d’autres solutions.

Une main d’homme sortit du néant entoura son cou. Une main puissante, musclée et nerveuse. Elle sentit son corps se soulever, le sol partir, loin, trop loin. Une brèche dans l’ombre s’ouvrit et un brin de lumière vint éclairer un visage, défait, ignoble. Et effrayant. Soudainement noir. L’homme rit. Il se tordit puis redevint sérieux en une fraction de seconde. Il continuait de serrer le cou fragile de sa proie avec une jouissance perverse et malsaine. L’air, déjà pauvre, commençait à lui manquer et ses vertèbres la faisaient atrocement souffrir.

[Shinizu] – Juuin …

Le visage de l’homme se rapprocha du sien, en réponse à ce chuchotement, presque inaudible. Sa langue vint lécher ses joues teintées de sang et le même rire éclot dans toute la caverne, se répercutant sur toutes les parois rocheuses en un écho assourdissant et morbide.

[Shinizu] - … Gan.

Et le néant se couvrit d’une nouvelle épaisseur sordide. Le chakra jailli du corps de Shinizu en un souffle commun. La vague d’énergie déferla dans toute la cavité mais l’homme tint bon. Il riait. Et riait encore. Mais les motifs triangulaires d’un rouge obscur continuaient de grimper le long de la colonne vertébrale de la jeune femme. Ils léchaient sa peau et Shinizu criait, cette douloureuse impression en tête qu’on lui étalait de l’acide sur toutes les parties de son corps. Lorsque le signe maudit atteint son cou, qu’il commença à ramper jusqu’à son menton, et que l’homme se rendit compte que la paume de sa main brûlait, il posa son regard sur les triples triangles de peinture rougeâtre qui dévorait la chaire de sa proie et arrêta de rire. Son sourire malsain se transforma en un rictus horrible, mélange de surprise et de dégout. Il retira aussitôt sa main et tenta de fuir. Le pied de Shinizu s’abattit trop vite sur sa rotule qui céda. L’homme, acculé au sol, ouvrait grand ses yeux pour mieux contempler le monstre qui se tenait devant lui. Il se releva, tentant de garder son calme, et, étrangement, se remit à sourire. Un vieux sourire mauvais. Un sourire qui n’annonçait rien de bon.

Il se mit en action le premier. Sa main, gorgée de chakra tenta de percuter son abdomen, mais Shinizu la repoussa immédiatement d’un rapide coup dans son poignet. Elle en profita pour lui asséner un second coup de pied dans la hanche puis fit valser ses deux lames. L’homme recula, esquiva un à un tous les coups, laissant par moments, l’impression d’être assez audacieux pour feinter, puis contre-attaquer. Mais jamais la Juunin ne lui en laissa le temps. Reculant, il se mit à poser la main sur le mur de pierre. La roche explosa et emporta Shinizu contre le mur opposé. Elle se releva péniblement mais il était déjà là, affligeant de rapidité et d’intensité. Un furieux coup de poing percuta son thorax. Il se téléporta instantanément et son pied percuta le bas de son dos pour l’envoyer de l’autre côté de la caverne. Shinizu s’étala sur la pierre et tomba, le souffle coupé, le dos en miette, quelques vertèbres sûrement fêlées. Elle renifla, posa une main sur le sol et se releva comme elle put. Elle laissa tomber ses deux Katanas ce qui eut pour mérite de faire rire l’homme en face. Aussitôt, il agrippa de ses dix doigts le col de sa chemise et déchira le tissu. Une marque ronde que la kunoichi n’avait jamais vue s’était étalée sur tout son corps. Elle sourit. Marque maudit contre marque maudite. Ce combat pouvait être sans fin. La main libre de la jeune femme se porta à sa ceinture. Elle dégaina d’un imposant fourreau une longue et lourde lame.

[Shinizu] – Kazate.

Le nodachi illumina le couloir. Shinizu posa la lame sur son bras et la fit vaciller de sorte qu’un bref jet de sang tâche l’acier. Lentement, elle porta l’arme à son visage et lécha d’une grimace abjecte son propre sang. Sa peau se couvrit peu à peu d’une pellicule noire. Ses yeux virèrent au jaune et un à un, ses muscles s’épaissirent, gonflés de chakra. Et sans sommation, elle s’élança vers sa cible avec pour seule objectif : sa destruction. C’était ça, l’ignoble pouvoir de la mort. Un bien triste tribut …

L’acier sifflait au contact du sol. Shinizu laissa la pointe de son arme courir derrière elle. Elle se téléporta sur le flanc droite de l’homme, gonfla son point de chakra et frappa le sol.

[Shinizu] – Gouwan !

La terre jaillit de milles feux. L’homme fut projeté dans les airs. Son poing frappa à nouveau, mais dans la chaire, cette fois. La mâchoire de l’homme vola en éclat, son corps perdu dans les méandres du vide. Il volait. Et elle, battait de ses ailes noires vers lui, son torse à quelques mètres, ouvert à elle. Sa main libre se repositionna sur le long manche de Kazate et d’un seul coup, elle le transperça.

Le chakra se dissipa. Shinizu inspira profondément, soulagée et se posa contre la roche, fatiguée. Exténuée. Elle sentit sa marque disparaître peu à peu, continuant de lécher sa peau, de la lacérer. Lorsque toute son énergie fut concentrée en un unique tatouage dans le bas de son dos, il inspira à nouveau et se tint sur Kazate. L’homme, à terre, respirait encore. Sans le démon, il redevenait humain, quoi que ravagé par un la colère et par la haine. Elle s’avança vers lui et du bout de son arme, défit complètement sa chemise. Sur son épaule, une marque semblable à celle qu’ils avaient, avec Iki, lu dans le livre était inscrite dans sa chaire, plus dense que toutes celles qu’elle avait vu auparavant. Alors elle leva son bras au dessus du buste de sa proie, et le laissa tomber.

[…] – Ne faites pas ça.

Elle ouvrit aussitôt les yeux. Un homme perdu dans son manteau avait fermé sa main sur la lame et ainsi évité qu’elle ne s’enfonce dans le cœur, et qu’elle n’y ôte la vie. Shinizu mit quelques secondes à comprendre ce qu’il venait de passer. C’était pourtant simple. On l’empêchait de mettre fin aux jours d’un être qui n’aurait pas hésité à la sacrifier, elle. Lorsque son regard se posa sur la main en sang, au contact de Kazate, elle percuta et la poussa sur le champ. L’homme, invisible sous son immense manteau brun, le visage perdu dans une capuche qui paraissait infinie, n’avait pas crié, comme s’il ne souffrait d’aucune douleur. Mais son sang continuait de couler le long de sa paume, dégoulinant sur le tissu de son manteau.

Il s’assit contre le mur et tint le silence en haleine. Puis, sans aucune autre forme de procès, le délia à sa guise.

[…] – Ce sont des damnés. Ils ne connaissent pas la mort, ils s’en nourrissent.

Il se releva et commença à marcher vers les profondeurs du souterrain.

[…] – Mettez fin à ses jours, et d’autres apparaitront, plus puissants.

Shinizu ne comprenait pas. Tout lui semblait trop flou, trop loin et trop imprécis pour qu’elle cerne la totalité du discours du visiteur. Des damnés … qui étaient-ils ? Comment pouvaient-ils profiter de la mort, comment pouvaient-ils en jouir ? Et puis elle percuta. Il y en avait plusieurs ….

[Shinizu] – Qui êtes-vous ?

L’homme haussa les épaules tout en continuant d’avancer. C’est à ce moment qu’une explosion bien plus grosse que la précédente interrompit leur conversation.

[…] – Qui je suis n’est pas important pour le moment. Je crois que votre ami a besoin d’aide.

La roche céda et gicla dans tous les sens. Le couloir fut rapidement remplit d’éboulis jusqu’à ce que le plafond s’effondre, se soulève et que le tout soit éjecté dans un chaos sans nom. Une importante nappe de chakra fut projetée autour d’eux puis disparut presque aussitôt. Les yeux de la jeune femme se fermèrent. Elle se laissa emportée par le flot d’énergie, perdue.
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MessageSujet: Re: Le batelier   Jeu 11 Nov - 17:02

Ils l’avaient suivi. Par le plus grand des hasards, l’ombre était apparu. Ils s’étaient à peine levé de leur table qu’un chakra impressionnant modela l’atmosphère. Il était encore indéfinissable et particulièrement flou mais il était là, quelque part, et il bougeait. Iki avait inspiré à fond. La dernière fois qu’il avait été à son contact, il lui avait été plus intense, moins respirable, comme agressif, acide. Mais l’ombre s’était propagée dans les rues, innocente, sans craindre quoi se soit. Cette fois, elle avait semblé prendre ses distances comme si elle avait senti sa présence et qu’elle la redoutait. Iki s’était levé d’un bond, il avait poussé le verre qu’il avait entre les mains avait laissé tombé la serviette sur le banc. Sans dire un mot, il s’était rapproché du feu et s’était emparé de sa veste, qu’il avait enfilée en urgence. Shinizu s’était déjà séparé du vêtement que lui avait prêté son partenaire, semblant ne pas faire attention aux yeux qui auraient pu se poser sur son corps presque nu. Elle avait grimacé lorsqu’elle avait retrouvé le contact de sa combinaison encore humide mais s’était vite échappé de cette sensation, prise par l’engouement que prenait cette mission et par la rapidité de l’action. Sa ceinture tombant sur ses hanches et ses deux katanas fermement attachés dans son dos, elle avait jeté un bref coup d’œil au lion puis s’était directement dirigé vers le comptoir où elle avait lâché quelques pièces au tavernier. Sans grogner, l’homme les avait rangé dans sa caisse et s’était très vite tourné vers ses autres clients. Iki avait déjà ouvert la porte et, raffermissant la position de son bandeau sur son bras, il avait scruté les ruelles puis s’étant lancé, sans hésiter. Une course contre quelque chose qu’ils ne voyaient pas, qu’ils ne sentaient, mais qu’ils imaginaient seulement avait commencé. Ils avaient longés les murs des habitations de Jougo, ils n’avaient croisé personne comme si tout un chacun devinait la présence d’un mal. Un mal qu’on ne connaissait pas mais qu’on devinait. Ou, tout du moins, dont on devinait les conséquences. Ils avaient tous deux traversé le village avec cette sensation que, décidemment, Jougo vivait à part, enclavé dans un passé lourd à porter, et qu’il ne pouvait s’en échapper. L’ombre les avait mené vers les collines, un peu plus au nord, en direction du Pays du Son. Le dénivelé s’était peu à peu accentué, offrant d’immenses vallées que la lune éclairait, dans son ciel sans nuages. Parfois, la roche prenait finalement le pas sur la terre et décrivait de formidables falaises creusées par la pluie et quelques ruisseaux en contrebas. Là où l’eau semblait tomber en abondance, quelques bosquets s’étaient élevés, parfois regroupés en un morceau de forêt pas bien gros. Ils avaient couru jusque là, suivant un chakra sui s’était progressivement intensifié. Tantôt divisés, tantôt regroupé, l’énergie se scindait, comme si on avait voulu les disperser, mais ils avaient continué de courir dans une seule et unique direction, suivant leur instinct et la plus grosse source de chakra. Iki avait réactivé le sceau qu’il avait posé lors de leur première journée de marche. Un « au cas où » qui s’était très vite avéré nécessaire. Un « au cas où » qui les sauverait peut-être.

Et puis l’ombre avait disparu. Ils l’avaient cherchée pendant une petite heure jusqu’à ce qu’ils retrouvent, coincée dans une grotte à l’ouverture béante, entrelacée dans un conglomérat de terre qui s’étendait dans les collines un peu plus bas, et de roches, dont le sommet pointait haut dans le ciel. Si la nuit était une grande éclaircie lunaire, l’entrée de la caverne était un point noir qu’on avait posé sur le mappe monde. Ils s’étaient arrêtés juste avant d’y pénétrer, tentant d’habituer leurs yeux à la pénombre et de parvenir à décrire, même brièvement, son intérieur, mais ils n’y parvinrent pas. Le chakra immobile, l’ombre les épiant probablement quelques dizaines de mètres plus loin dans le souterrain, ils avaient hésité quelques secondes, puis s’étaient lancés, continuant leur course. Chacun de leurs pas étaient mesurés, tentant de ne pas perdre, simplement au son de leur marche. Ils communiqués uniquement grâce au sceau, se faisant le plus discret et le plus en alerte possible. Enfoncés plus profondément dans le souterrain, ce n’est qu’après quelques heures de marches qu’ils avaient du se séparer. L’énergie s’était séparée très nettement en deux groupes distincts, dans deux passages distincts. A contrecœur, Shinizu et Iki avaient pris chacun leur propre chemin n’avaient pas cessé de marcher.

Iki n’avait senti que de très loin le souffle de l’explosion. Mais le chakra, lui, était encore présent et il s’était opposé à lui comme s’il n’était qu’à quelques mètres. UIl tenta par plusieurs fois de retrouver Shinizu, de lui faire dire un mot, ou ne serait-ce que de sentir son chakra, mais l’ombre semblait prendre toute la place. Si dense, l’énergie se diffusait partout dans le souterrain et l’empêchait presque de respirer. A cette différence que le Juunin aimait ces situations et que le danger ne l’avait que très rarement repoussé. Même si la perte de Shinizu pouvait l’affecter, à un moindre niveau, il avait tendance à oublier ce genre de conséquences qui ne lui permettaient jamais d’avancer, mais toujours d’embêter les hommes dans le feu de l’action. Et puis, c’était une grande fille, il n’y avait aucune raison pour qu’elle en vienne à … en finir. Il posa une autre cigarette sur ses lèvres fit craquer une allumette. La flamme jaillit mais s’éteint très vite, laissant pour seule source de lumière le foyer de sa cigarette. Un bien moindre mal. Iki haussa les épaules et ôta sa partenaire de sa tête, plus préoccupé par sa propre situation.

Il gonflait ses poumons au maximum de leur envergure et prit un air détendu. De toute manière, il ne servait à rien de rester en alerte. Si quelqu’un ou quelque chose lui en voulait, il lui tomberait dessus sans qu’il ne puisse rien faire, en garde ou non. Le noir couvrait tout et le chakra était tellement infini qu’il ne pourrait retrouver sa source, même s’il marchait dessus. Une main dans sa poche, l’autre tenant le bout de sa clope, elle portait le tabac à ses lèvres, puis retombait le long de ses hanches. Un va et vient incessant.

[…] – Qui es-tu … étranger …

Iki s’arrêta. Il tira sur sa cigarette et leva les yeux vers le néant de l’obscurité. Même le plafond lui était invisible. La voix, grasse et profonde, léchait ses tympans et amenait avec elle cette désagréable sensation que des lèvres s’étaient posées sur le lob de ses oreilles. Il laissa sa cigarette coincée entre ses deux lèvres et enfonça ses mains dans les poches de son pantalon.

[…] – Ce lieu t’es … interdit … étranger … profanateur … Tu es venu … nous chasser … Chasseur ! … Les damnés … te chasseront à leur tour … jusqu’à la … mort.

Une toux rauque coupa la voix.

[…] – La mort …

La terre se souleva. Une main s’enlaça d’abord autour de sa cheville, puis s’en empara complètement. Une deuxième main sortit et vint tourner autour de son mollet. Rapidement, son emprise devint formidable. Iki mordit le filtre de sa cigarette de douleur mais ne put s’empêcher de sourire. Un sourire fragile qui disparut presque immédiatement mais l’idée était là. Et il allait s’amuser.

Le lion se pencha d’un seul coup. D’une main puissante il s’empara de la deuxième main, un peu moins cramponnée à sa chaire que la première et tira de toutes ses forces. L’homme fut à moitié éjecté du sol. Iki laissa tomber sa cigarette de ses lèvres, l’attrapa au vol de sa main libre et l’enfonça dans l’œil de l’homme. Un cri strident sortit de sa bouche largement ouverte. Iki grimaça mais ne relâcha pas son empreinte. Puisqu’il ne voulait pas lâcher sa cheville et qu’en dépit de tout, il continuait de plonger ses ongles dedans comme un chien acharné, il profita de sa deuxième jambe libre pour détruire le coude de son adversaire, qui longeait le sol. Son cri s’intensifia. Iki le sortit complètement de la terre et l’envoya balader facilement un peu plus loin. Mais perdu dans l’obscurité, le Juunin venait seulement de se rendre compte qu’il avait fait une erreur. D’autres cris se joignirent au premier. Peut-être bien deux, ou trois supplémentaires. Ses genoux se fléchirent, ses coudes plièrent et ses bras tendus vers l’avant, il attendit la nouvelle menace. Dans un état pittoresque, l’homme semblait s’être relevé et titubait, à quelques mètres de lui. Seule son regard était visible, mais disparaissait bien trop souvent pour qu’il ne puisse le repérer véritablement et se jeter sur lui. L’odeur de la chaire brûlée lui remontait l’estomac mais il contracta son abdomen et lutta tant bien que mal. D’immenses flammes apparurent. Iki se courba, cramponnée sur sa garde. La chaleur montait, les braises d’un brasier plus puissant crépitait, quelques dizaines de mètres plus loin. Le juunin lia ses mains, défit sa garde et, lorsque le feu commença à lui lécher la peau, il se téléporta quelques mètres plus. Là, il fut éjecté par l’onde d’énergie. Une première figure apparut dans l’air, il roula sur le côté. L’acier transperça le sol. D’un coup de pied, il fit tomber son adversaire. Aussitôt relevé, grimaçant, la peau noircie par les flammes, il porta un coup de genou dans l’abdomen de l’homme qui se courba de douleur. Les deux poings du lion s’abattirent sur sa nuque et l’homme chuta à son tour. Mais avant qu’il ne touche le sol, Iki l’attrapa par la nuque, le plaqua contre le mur de roche calcinée et l’infligea de multiples coups. L’homme crachait du sang chaque fois que son thorax pliait sous la force du lion et Iki, continuait de détruire sa cible, sous une pluie d’hémoglobine.

Deux mains l’agrippèrent. Iki fut tiré en arrière. Caressant sa nuque noirâtre, cinq doigts chatouillaient sa peau, jusqu’à ce que ce sentiment désagréable se transforme en une douleur intense. Iki cria. L’homme derrière crachait le morceau de peau qu’il venait de mordre dans le creux de son cou, ricanant d’un rire sordide. Deux autres hommes apparurent à leur tour. Iki passa une main le long de sa blessure et porta à ses yeux le sang qui couvrait alors sa main. Il se mordilla la lèvre, la douleur prenant ses tripes, le dégout son âme. Ses yeux virèrent subitement en un rouge argenté. Ses deux jambes se mirent à danser et un important de nuage de poussière vint combler le peu de luminosité qui éclairait jusqu’à alors le souterrain. Il se lança sur la première ombre, traversant la barrière virevoltante. Ses doigts s’emparèrent de ses côtes, et Iki pressa, de toute ses forces, jusqu’à sentir la peau se déchirer sous la pression, la chaire meurtrie et le sang coulée le long de ses mains. Il le lâcha rapidement et, avec un pas de recul, lui infligea un coup de pied puissant à l’endroit même où il venait de libérer son étreinte. L’homme gicla en dehors du combat, s’écroulant contre la pierre. Les deux autres, mis en alertes, s’exécutèrent. Un premier coup dans l’épaule d’Iki vint le déstabiliser, tandis que le deuxième concentrait déjà son chakra. Ouvrant son thorax, il prit une grande inspiration, laissant entrevoir un brasier incandescent dans le creux de sa gorge. Iki réagit sans réfléchir outre mesure et porta un coup à se jugulaire, puis un autre, plus puissant, sur sa tempe. Sonnée, il accusa une première pression sur l’abdomen, une nouvelle sur la tête puis une dernière, à nouveau dans le bas de son ventre. Iki sentait les os se fissurer, peu à peu, puis céder sous la puissance de ses frappes. L’homme tomba, inerte. Le dernier s’empara finalement de lui. Avec une extrême rapidité, il asséna deux frappes sur ses rotules, puis une autre, sur le thorax. Iki suffoqua et tenta de retrouver la stabilité de sa garde. Mais, trop rapide, son adversaire continuait de frapper sans ouvrir une quelconque brèche, une faille. Il tenta finalement de s’emparer de son bras, de passer au dessus de son épaule et de le tordre jusqu’à ce qu’il craque, ce qui aurait pour effet minime de stopper la folie de sa cible, mais surtout de lui offrir une ouverture quelconque. L’homme se défit très vite de l’emprise du lion, mais dut fournir un effort presque insultant pour retrouver l’usage de son bras droit. Iki en profita. Il lia ses doigts, les posa sur le sol et dégagea une immense quantité de chakra. Le sol craqua, les roches rompirent, des fissures apparurent sur tout le seul dans une intense aura bleuté qui leur coupèrent à tous deux le souffle. Iki eut simplement le temps de découvrir le regard horrifié de l’homme qui se tenait droit, en face de lui.

La montagne explosa.
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