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 Hideo Nomura

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MessageSujet: Hideo Nomura   Ven 7 Mai - 0:42

Le bruit de la céramique qui se fracasse au sol réussit ce que la rumeur continue de la rue essayait d’accomplir depuis deux bonnes heures : Hideo ouvrit les yeux.

Il s’éveillait doucement, péniblement, d’un demi sommeil engourdi et animé de rêves farfelus. Pour le moment, il se souvenait de ce dont il avait rêvé. D’ailleurs, c’était un peu comme s’il n’était pas encore tout à fait extirpé des bras de Morphée, et son esprit divaguait toujours un peu, comme s’il refusait de se rendre compte que le corps, lui, avait bien cessé de dormir.

Hideo s’appuya maladroitement sur un coude. Il secoua un coup la tête, se passa la main dans les cheveux pour s’en dégager le visage, et appuya fermement ses doigts contre ses paupières fermées, frottant pour faire disparaître cette sensation désagréable de ne pas pouvoir ouvrir les yeux. Ses rêves commencèrent à se faire plus flou, plus indistinct. Hideo savait qu’il avait déjà commencé à les rationaliser. Il avait l’impression de se souvenir de fragments oniriques plus ou moins long, mais son cerveau maintenant éveillé ne tolérait pas leur incohérence, et tentait d’en raccommoder le tissu à l’aide de grosses ficelles logiques.

Dans dix minutes, il aurait tout oublié.

Le jeune garçon se redressa brusquement. Il balaya sa « chambre » des yeux. Une longue lézarde lumineuse zébrait la pièce de haut en bas, et la lumière ainsi diffusée était amplement suffisante pour distinguer précisément tout ce qui se trouvait dans la pièce. Un fatras soigneusement désorganisé d’outils, de chutes de bois et de tissu, de morceaux de ferraille plus ou moins rouillée, d’objets étranges dont l’utilité restait à trouver. Des livres, livres de comptes, livres scolaires, livres vierges attendant d’être remplis. Quelques instruments de musique dans un coin : un vieux shamisen auquel il manquait une corde, un autre plus récent. Une flute trainait dans la poussière à quelques centimètres de la couchette en toile qui servait de lit au jeune garçon.

Hideo se leva, pour de bon cette fois. Il ramassa la flute et la posa sur une étagère branlante, à côté d’autres instruments du même genre. La plupart d’entre eux étaient brisés ou incomplets. Il traversa la pièce, clignant des yeux en passant devant le rayon de soleil, et arriva devant une trappe bricolée pour ressembler à une espèce de porte horizontale. Il la franchit, et descendit une courte échelle, manquant comme d’habitude de rater le dernier échelon.

Il arriva alors dans une sorte de cuisine, dans laquelle s’affairait une toute petite vieille dame.
« Oh ! Te voilà enfin réveillé Hideo, je commençais à me dire que tu ne sortirais jamais de ta tanière. Ton petit déjeuner est prêt, depuis ce matin. Il est sur la table. »

La vieillarde se plia alors en deux pour essayer de ramasser les derniers tessons du grand bol en céramique qu’elle avait malencontreusement laissé tomber quelques minutes plus tôt. On pouvait lire dans la crispation de ses traits la douleur que lui infligeait son dos usé par les ans. Hideo lui posa la main sur l’épaule, la forçant doucement à se redresser, et entreprit lui-même de finir le petit ménage.

« Ah merci ! Tu es un ange ! »
Et la grand-mère trottina tant bien que mal dans une autre pièce, vraisemblablement pour reprendre son tricot, ou son observation aussi méticuleuse qu’inutile de la rue et des passants.

Hideo termina sa besogne, puis il s’assit à table et commença à grignoter. Il n’avait guère faim, et ne croquait son pain durci que pour faire fonctionner un peu ses mâchoires ankylosées par un sommeil trop long.

Fumie, la vieille femme, n’était ni sa mère, ni sa grand-mère. C’était la mère d’une amie de sa mère, et ça avait été pour lui ce qui ressemblait le plus à une famille ces deux dernières années.

Deux ans.

Cela faisait aujourd’hui deux ans qu’il vivait là haut, dans le grenier d’une petite baraque en périphérie de Kiri, avec pour toute compagnie cette grand-mère sénile à la santé fragile, et pour toute occupation … celle qu’il pouvait se trouver. Hideo avait quatorze ans, depuis hier.

Amusant comme le sort avait pu se montrer imaginatif avec lui. Il s’acharnait. Il n’y avait pas d’autre mot. Hideo en arrivait parfois à croire qu’on l’avait maudit, pour une raison qui lui échappait complètement. Et, ironie de l’ironie, la date qu’il redoutait le plus, cette improbabilité statistique détestable, était celle de son anniversaire.

L’adolescent avala une gorgée de son jus de fruit et reposa brusquement le verre sur la table. Son dos se vouta doucement, et il se recroquevilla autant qu’il pouvait sur lui-même. Ses muscles se détendirent, et il entendit nettement un petit craquement qui lui fit lâcher un soupir de soulagement. Il se détendit alors, et ses yeux devinrent plus vides lorsqu’il se remémora une énième fois les événements les plus marquants de son passé…

Le jour de son onzième anniversaire, sa mère atteignit le terme de quatre mois d’une agonie qui avait miné son mari et terrifié son fils. Hideo ne se souvenait pas tellement de cette période de sa vie. Son père avait en effet déployé des trésors d’ingéniosité pour éloigner l’enfant de la maison et lui épargner d’avoir à subir l’horrible peste qu’était devenue sa génitrice. Il lui répétait souvent que c’était la maladie qui avait rendu sa mère aussi détestable, ce qui était vrai, et qu’il ne fallait pas lui en vouloir, qu’il ne fallait pas se souvenir d’elle comme ça. Hideo le comprenait. C’était déjà un enfant intelligent, très posé. Il parvint à gérer sa peur et son chagrin pendant ces quatre mois. Dans la nuit qui avait suivi le drame il avait confié à son père la honte qu’il éprouvait d’être heureux que sa mère soit enfin partie. Le père n’avait répondu.

L’année suivante avait été une année tout à fait normale pour l’enfant. Le deuil fut de courte durée, et la vie continuait. Il devait parfaire ses nouvelles qualités de shinobi, ce qui lui prenait la majeure partie de son temps, et occupait la plus grande part de son esprit. Il était assez doué, et quoique sa constitution faiblarde ne l’autoriserait probablement jamais à atteindre les plus hautes sphères du monde ninja, ses professeurs se montraient enthousiastes à son égard. L’enfant progressait à tous points de vue, et pas seulement du côté martial. Il lisait beaucoup, il apprenait à jouer de la musique, il manifestait un intérêt croissant pour le bricolage de petits objets en bois. Il se montrait de plus en plus émancipé et sociable auprès de ses camarades, rompant finalement avec une longue tradition de timidité craintive et d’isolement volontaire. Si la mort de sa mère avait laissé un quelconque traumatisme, il l’avait déjà profondément enfoui dans les méandres de son tout jeune esprit.
Le jour de son douzième anniversaire, l’enfant fut promu genin. Fou de joie, il était persuadé de vivre le plus beau jour de sa vie. Il passa la journée à rire et faire la fête avec les autres gamins nouvellement gradés. C’était aussi la première fois qu’il se sentait réellement à l’aise dans son groupe, et vraiment intégré et reconnu au sein de sa classe. Sur le chemin du retour, il avait imaginé tout un tas de questions qu’il voulait poser à son père à propos de sa future vie de shinobi, de ses responsabilités. Mais il ne trouva personne lorsqu’il arriva chez lui. Passablement inquiet, il passa la nuit seul. Le lendemain matin, il se précipita dans toutes les pièces de sa maison, espérant y trouver son père, sans succès. Le soir, il ne parvint que très difficilement à s’endormir. Il fut réveillé quelques heures plus tard par une main ferme qu’on plaqua contre son visage. Affolé, la première et dernière chose qu’il vit avant de s’évanouir fut le reflet blafard de la lune sur un masque blanc.
Hideo passa toute la journée suivante à répondre à des questions des forces de police de Kiri. Son père avait déserté. Il retrouva finalement sa liberté quatre jours plus tard. A l’académie, aucun enfant ne lui adressa la parole.

C’est à ce moment que le genin emménagea chez la vieille Fumie. La mère d’une amie de sa propre mère. L’amie en question, lorsqu’elle apprit la nouvelle situation d’Hideo, le prit en pitié, et convainquit sa mère de l’adopter. Cette décision s’avéra judicieuse pour tous les partis : Fumie n’était plus seule, Hideo échappait à l’orphelinat, et la jeune femme était potentiellement libérée de son devoir de visite envers sa propre génitrice. De fait, elle ne remit plus jamais les pieds dans la vieille bicoque par la suite …

Le jour de son treizième anniversaire, il ne se passa rien de particulier. Cependant, c’est à peu près à cette période de l’année que son œil gauche commença à lui faire mal. Ça avait commencé comme la sensation d’une poussière sous la paupière. Au bout d’une semaine, la douleur s’estompa d’un coup, mais une tâche noire occupait alors la majeure partie de son champ de vision. La tâche s’élargit par la suite progressivement, jusqu’à ce que l’infection finisse de consumer son œil. Les médecins, pris de cours, n’ont compris que trop tard de quoi il s’agissait. Une maladie rare. Hideo leur demanda si cela avait un rapport avec ce qui avait tué sa mère. On lui répondit que non. Il leur demanda alors si son autre œil pouvait être affecté à son tour. On lui répondit que c’était possible. Il leur demanda ensuit quelles étaient les chances que ça arrive, et sous quels délais. On lui répondit qu’on l’ignorait. Il leur demanda enfin quelle était la probabilité qu’une mère et son fils soient atteints de deux maladies rares, incurables, et surtout totalement décolérées. Cette fois, on ne lui répondit rien.

Hideo se lassa alors de contempler son jus de fruits. Il le termina sans conviction, rangea rapidement les couverts et retourna s’enfermer dans son grenier. La première chose qu’il fit en en entrant dans la pièce sombre fut d’en ouvrir les volets. Le soleil l’éblouit instantanément, et il dut détourner le regard. A en juger par la luminosité, il devait être à peu près midi, probablement un peu moins.

Le genin alla s’assoir à l’unique petite table de la pièce. Table qui lui servait à la fois de bureau, d’atelier, et occasionnellement d’oreiller. Quelques outils trainaient dans le coin gauche, emberlificotés dans du fil de fer et des morceaux de papier et de tissu déchirés. Le reste de la surface était vide, à l’exception d’une lettre qui trônait au milieu du bureau.
Hideo se pencha sur le côté et regarda le sol jonché d’un fatras empoussiéré. Il soupira, se leva, et entreprit de remettre à leur place tous ces objets.

La veille, dans un accès de rage dont il s’était longtemps pensé incapable, il avait violemment balayé le contenu de son bureau au sol.

Hideo poussa un soupir agacé lorsqu’il ramassa les deux morceaux brisés d’un petit mannequin de bois. L’objet avait dû s’être cassé la veille lorsqu’il avait été jeté au sol. Il s’agissait du début d’une poupée qu’il fabriquait pour l’anniversaire d’un tout jeune gamin du quartier. Tant pis, Fumie devrait trouver autre chose à offrir à l’enfant. Il jeta les fragments dans un coin de la pièce, où s’empilaient créations échouées, chutes inutilisables et papiers froissés.

Lorsqu’il se redressa, son regard tomba naturellement sur la lettre décachetée. Il s’en empara d’un geste automatique, et la parcourut rapidement des yeux. Il n’avait plus besoin de la lire, car il la connaissait à présent par cœur. Elle n’était de toute façon pas bien longue.

Il s’agissait d’un courrier semi officiel, envoyé par un administratif qui pensait bien faire en annonçant la nouvelle : Le père d’Hideo avait été traqué, retrouvé et exécuté. C’était tout. Pas plus d’information. Pas de détail sur les circonstances de l’exécution, où sur la vie qu’avait menée son père depuis sa désertion. Juste cette nouvelle, laconique et implacable.

L’enfant reposa le courrier et se prit la tête à deux mains, lutant contre la migraine et la nausée qui le prenaient inexorablement. Il ignorait pourquoi le contenu de cette lettre lui faisait un tel effet. A vrai dire, il ne le comprenait pas. Il avait passé les douze derniers mois à se convaincre soigneusement que ses parents ne lui manquaient pas, qu’il saurait se débrouiller seul …

Le genin se leva brusquement. Trop brusquement : un vertige intense lui fit immédiatement perdre l’équilibre, et il se tenta de se rattraper de justesse au rebord de sa chaise. Malheureusement, il s’appuya d’une mauvaise façon et ne réussit qu’à entrainer le meuble dans sa chute. Il tomba sur le siège et eu le souffle coupé par le bois qui lui écrasa l’estomac. Hideo roula sur le côté, crispé et suffoquant, et se recroquevilla sur lui-même.

C’était horrible à dire, mais la Hideo savourait presque la douleur qui lui perçait l’abdomen. Cette douleur qui s’imposait dans son esprit, l’occupait entièrement, et occultait tout le reste. Cette douleur qui était tangible, compréhensible, intelligible. Cette douleur qu’il pouvait formuler, exprimer, même s’il ne s’agissait que d’un râle sourd et maladroit. Mais à mesure que le coup se faisait oublier, la nausée et la migraine reprenaient leurs droits.

Hideo passa de longues minutes ainsi prostré au sol. Finalement, pris d’un sursaut de colère bienvenue, il s’appuya fermement sur ses bras et se releva. Le vertige le reprit, naturellement, mais il n’était pas aussi gênant que ce à quoi il s’était attendu. L’enfant redressa et remit en place sa chaise, puis s’y installa. Il s’empara du courrier, le déchira et envoya trois boulettes de papier froissé dans l’autre coin de la pièce.
C’était un geste symbolique. Le geste de quelqu’un qui décide que c’en est assez, qu’il faut se reprendre.

Mais Hideo ne croyait pas aux symboles, et il était conscient depuis longtemps qu’il devait se reprendre. Même Fumie le lui avait dit. Fumie qui n’aborde jamais le sujet de la mort de sa mère. Fumie qui n’oserait pas prononcer le nom de son père. La vieille dame qui l’avait hébergé pendant deux ans avait toujours montré un désintérêt craintif devant les traumatismes qu’avait traversés l’enfant. Et il lui en avait été reconnaissant.

Hideo devait se reprendre. Personne ne pouvait le faire à sa place.

Il se leva, marcha jusqu’à la fenêtre, referma les volets et s’effondra sur sa couchette, dont il rabattit la couverture sur son visage.


Nom : Nomura
Prénom : Hideo
Age : 14 ans
Village Souhaité : Kiri
Grade Souhaité : Genin.
Techniques Souhaitées : Esprit infini, Asservissement passionné, Toile de perdition.

MessageSujet: Re: Hideo Nomura   Ven 7 Mai - 13:51

Bienvenu sur Ryoma.

J'ai bien aimé ta fiche, et pour changer, je n'ai relevé aucun point vraiment négatif. Donc, en bref, pas grand chose à dire, mis à part que tu es validé avec le grade et genin et tes techniques.

Hideo : +18xp BG

Tu recevras bientôt la couleur de Kiri et pourra entamer des RP dans le village. N'hésite pas à écrire des textes solo ou à te tourner vers les quelques kiréens présents pour lancer une session à plusieurs ^^.

(Liori : +10xp Lecteur)
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» HIDEO ? parce que les curlys, ça fait grossir.

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