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 [RP solo] La fin de l'enfance

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MessageSujet: [RP solo] La fin de l'enfance   Dim 9 Mai - 17:13

Hideo glissa et manqua de s’étaler lamentablement dans la boue. Il se rattrapa de justesse au tronc humide d’un arbuste salvateur. Il ne devait pas son salut à ses réflexes, mais à un pur coup de chance. En effet, c’était tout juste s’il pouvait voir le bois dans la pénombre matinale. D’autant plus que la pluie intense qui tombait depuis des heures avait largement contribué à rendre le terrain dangereusement glissant.

Le garçon se reposa quelques minutes. L’eau ruisselait entre ses pieds vers le petit ruisseau en contrebas. Il leva les yeux, se passa la main sur le visage pour en dégager les mèches trempées qui collaient à sa peau, et tenta d’estimer la distance qui le séparait de son but. Il savait qu’il ne lui restait qu’une colline à franchir. Derrière celle-ci devait se trouver un cours d’eau parallèle, surplombé normalement d’un rustique ponton de bois. Après avoir franchi ce pont, il devrait se retrouver sur une sorte d’île prise entre deux petites rivières qui se rejoignaient un peu plus bas, en direction de la vallée et de la mer. C’était là qu’il voulait aller.

Hideo reprit sa marche et son pied d’appui patina dans la boue. Les quelques dizaines de mêtres qui le séparaient du sommet de la colline n’allaient pas être de tout repos. Il jura entre ses dents : dans son souvenir, la pente opposée était encore plus raide, ce qui ne présageait de rien de bon. Il se maudit à nouveau de s’être engagé dans cette folie.

Deux heures plus tôt, il était encore confortablement allongé dans sa couchette, dans son grenier de la périphérie de Kiri. « Confortablement » n’était sans doute pas le terme le plus approprié, tant il avait dépensé d’énergie à se retourner, encore et encore, alors que le sommeil se gardait bien de lui dispenser ses faveurs.
Il comptait. Il comptait les moutons, comptait les secondes qui s’écoulaient, comptait les heures depuis la dernière fois qu’il s’était réveillé d’un sommeil réel et salvateur. Quatre vingt douze était le nombre qui lui venait à l’esprit. Difficile d’être précis, mais il était au moins certain qu’il n’avait plus dormi depuis un peu plus de quatre jours complets. Les dernières quarante huit heures avaient été un enfer qui ne semblait pas vouloir finir. Hideo lâcha un rire nerveux. S’il était une chose qui brisait plus efficacement et durement un esprit humain que le plus puissant des genjutsus, c’était bien le manque prolongé de sommeil.

Un enfer gris. Le gris d’une chambre aux volets fermés, dont la fente laissait passer une fraction de la lumière dispensée par la lune. Et chaque objet de cette pièce n’était plus perceptible que par sa silhouette, son ombre. Et chaque ombre semblait vivante, mouvante, lorsqu’elle n’était observée que du coin de l’œil. Et les ombres s’immobilisaient lorsque, inquiet, on les regardait en face. Mais comme une créature qui se rit de votre peur, les ombres recommençaient à bouger si on les regardait trop longtemps. Les ombres savaient que, si vos yeux les fixaient, votre esprit, lui avait tôt fait de repartir vagabonder. Et elles se mélangeaient, fusionnaient en un macro-organisme qui vous entourait, menaçant mais n’attaquant jamais. Fermez les yeux, elles sont toujours là.

Hideo s’écroula. Il ne trouva cette fois ci aucune prise salvatrice, et son visage s’abattit de plein fouet dans la terre trempée. Il s’appuya sur ses bras, s’agrippant nerveusement à deux touffes d’herbe humides. Passablement assommé, et lutant contre un vertige né à la fois du choc et de son épuisement physique, il se releva précautionneusement, conscient que s’il se laissait aller, il pouvait glisser et repartir en arrière. La pluie ne semblait jamais vouloir donner de répit. Elle tombait, tombait, tombait, et chacune des goutes qui s’écrasaient sur la tête nue du garçon était autant de pieu glacial qui s’enfonçaient dans ses tempes.

Au moins, il n’avait plus la nausée. Il s’était débarrassé du contenu de ses tripes une demi-heure plus tôt, au terme d’une course insensée qui l’avait mené aux frontières du village, sur le chemin du port.

Quelle folie ! Et tout ça pour quoi ? Il n’était plus revenu sur ce sentier depuis plusieurs années. La pluie et le terrain accidenté menaçaient de s’allier pour lui rompre le cou à chaque pas qu’il faisait. Et compte tenu du passé mouvementé de Kiri, il était bien possible que ce qu’il cherchait eut été détruit, ou rendu inaccessible. Il en était presque à regretter son grenier cauchemardesque, ses pensées fiévreuses et tourmentées, ses frissons morbides, fruits de son imagination. Ses frissons étaient bien réels maintenant ! Il était trempé, frigorifié. Ses côtes lui faisaient horriblement mal, sa gorge lui semblait tapissée de rasoirs. Sa tête menaçait d’imploser à tout moment, mais ses pensées étaient claires et précises, tournées entièrement sur ses actions et sa survie, enfin libérées de ses démons intérieurs.

Hideo arriva enfin au sommet de la colline. Il était fou. Pas seulement fou de joie, vraiment aliéné ! Fou d’avoir entreprit un voyage aussi insensé. Lui-même, en cet instant, se sentait parfaitement dérangé. En un éclair, l’instant pendant lequel il s’était lancé dans cette aventure idiote lui revint.

Pris d’une crise d’angoisse aussi terrible qu’inexplicable, il suffoquait silencieusement, naïvement protégé par le morceau de toile qui lui servait de drap. Une partie de lui comprenait ce qui lui arrivait. Chaque symptôme était décortiqué, isolé. Les murs qui se rapprochaient. Les ombres qui s’avançaient. La sueur glaciale qui suivait impitoyablement son épine dorsale. Les myriades de picots rouges qui dansaient devant sa moitié de champ de vision. Les crampes, les tremblements. Tout cela, une partie de lui l’interprétait comme autant de symptômes d’une crise. Une réaction psycho somatique, quelque chose qui n’avait aucune raison physique de se produire. Et cette partie souhaitait ardemment que cette réaction s’arrête. Elle se débattait, hurlait à qui voulait l’entendre. Tout pouvait s’arrêter, pour peu qu’Hideo ne le veuille vraiment, ne se persuade enfin que tout allait bien se passer.
Mais il y avait cette autre partie de lui. Celle qui tremblait. Cette autiste qui ne prêtait plus attention au monde réel, et qui s’enfermait dans un tourbillon morbide, spirale vicieuse dont il ne voyait pas la fin.

Il fallait qu’il bouge. Il ne pouvait plus rester dans cet état. Alors il fit ce qui lui parut le plus bénéfique en cette situation : sortir, de nuit, sous une pluie insensée, et courir.
Au début, il courait pour courir. Il n’avait aucun but, aucune direction. Il courait, se dépensait, et ça le rendait heureux. Mieux encore, il était extatique. Si ses poumons peu habitués à ce genre d’effort le lui avaient permis, il aurait rit de bon cœur. Ça en frisait l’hystérie. Puis à mesure qu’il se fatiguait, une destination se formait insidieusement dans sa tête. Oui, il savait où il devait aller. Au diable cette tempête ! Au diable la nuit glacée ! Il devait se rendre en ce lieu.
Lorsqu’il avant franchi l’arche qui annonçait sa sortie de la zone habitée, il avait dû faire une pause. Ses côtes lui faisaient déjà un mal de chien, et sa gorge le brûlait. La nausée et le vertige l’avaient repris de plus belle, mais cette fois ci la sensation était bien plus brutale et pressante. Alors il avait vomi. Et il était heureux de se rendre compte qu’il ne s’agissait plus des divagations d’un esprit malade, mais des difficultés d’un corps qui le serait bientôt. Au diable !

Il avait couru en descendant le chemin boueux qui menait au port, et avait brutalement dévié sur le côté, s’engageant décidément dans les fourrés. Il n’avait pas tardé à trouver ce qu’il cherchait : la trace à peine visible de ce qui avait autrefois été un sentier praticable. Il l’avait suivi au sommet de cette colline et c’est là qu’il était à présent. Une centaine de mètres en contrebas, il distinguait faiblement le lit de la rivière. Son cœur se serra lorsque les premiers souvenirs de cet endroit lui revinrent. La brume masquait l’essentiel du paysage, mais, dans la faible pâleur du soleil levant, Hideo se rendait bien compte que le cours d’eau avait profondément changé d’emplacement. Il ne retrouverait pas le petit îlot paradisiaque de son enfance.

Il se reprit. Il n’était pas venu ici contre vents et marées pour abandonner si facilement. Il s’engagea d’un pas décidé dans la descente. Cette fois ci, la végétation touffue bloquait complètement le petit sentier. Bien qu’il fit aussi attention que possible, il ne s’en sortirait pas sans une tripotée d’écorchures et ecchymoses diverses. Au moins, il ne risquait plus de glisser…

Lorsqu’il arriva enfin sous la couche de brume qui glissait doucement vers la mer, il put constater l’étendue de la catastrophe. De la petite île soigneusement entourée de deux ruisseaux, il ne restait pas grand-chose. Le niveau de l’eau était énormément monté, probablement en conséquence d’un changement du cours de la rivière en amont. Pour autant qu’Hideo le sût, cette zone avait été très durement touchée par les affrontements qui avaient ensanglanté le village lors de la récente guerre contre Suna. Le vieux saule qui avait abrité ses jeux d’enfants était tombé, comme la plupart de la végétation haute dont il se souvenait. Les ronces avaient repris leurs droits sur le petit carré de mousse sur lequel il avait souvent fait la sieste …

Hideo mit les pieds dans l’eau. Le courant était assez fort, et même s’il aurait sans doute pied tout le long, franchir ce cours d’eau dans sa condition était pure folie. C’est pourquoi il le fit sur le champ.

L’eau ne lui arriva jamais au dessus de la taille, mais il manqua malgré tout de glisser et d’être emporté sur plusieurs mètres en aval. Encore une fois, il se rattrapa à ce qu’il trouva à sa portée. Il agrippa une racine morte et se hissa sur la berge. Il s’ébroua comme il put, mais le geste était parfaitement symbolique : la pluie ne s’était jamais arrêtée de tomber dru.

L’enfant se laissa tomber dans l’herbe trempée. L’effort qu’il venait de fournir le gardait encore au chaud, mais il ne tarderait pas à se mettre à trembler de froid. Peu lui importait. Il était arrivé.

[à suivre, donc...]


Dernière édition par Hideo le Mar 11 Mai - 0:29, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [RP solo] La fin de l'enfance   Mar 11 Mai - 0:29

L’enfant balaya le paysage du regard, du moins ce qu’il pouvait en voir. Il n’était pas sûr de l’heure qu’il était, mais sans doute les rayons du soleil matinal étaient ils bloqués par la voute nuageuse. Et si la brume se dissipa rapidement, la pluie, pour sa part, ne semblait jamais vouloir s’arrêter.
Il reconnaissait néanmoins l’endroit, dans une certaine mesure. Il fallait dire que la guerre avait laissé des cicatrices importantes dans cette partie du village. C’était dommage, dommage pour toutes les personnes qui avaient ici comme lui des souvenirs précieux. Mais les souvenirs ne sont que des souvenirs, n’est ce pas ? Ils ne devraient pas être altérés par la destruction des lieux dans lesquels ils s’enracinent.

Hideo se souvint de beaucoup de chose ce matin là. Des choses qu’il avait oublié, volontairement ou non, souvent par couardise. Ce n’est qu’à ce moment là qu’il réalisa à quel point il s’était progressivement aveuglé ces dernières années. Il s’était replié sur lui-même, complètement. Fermé aux autres, et fermé à lui-même. C’était paradoxal, mais c’était les seuls mots qui lui venaient pour décrire la façon dont il se voyait. Une coquille fermée. Et vide.

Maintenant qu’il était là, il se sentait un peu ridicule. Il n’était pas venu ici si souvent, en vérité. Et même si l’endroit recelait effectivement des souvenirs très importants pour lui, il ne valait sans doute pas la pneumonie qui allait être la conséquence de cette escapade nocturne.

Takeo, son père, était un ninja remarquable, doublé d’un homme extraordinaire. Au contraire de la plupart de ses homologues, il ne s’illustrait pas par sa force, sa loyauté, ou par un courage inhumai, non : Takeo était un homme d’une créativité débordante. A son tour musicien, artisan, écrivain, poète, chanteur, il avait tous les talents. Mais à trop se diversifier, on n’excelle en rien. Ce n’était que partiellement vrai dans son cas, car même s’il n’était pas un shinobi particulièrement gradé, ou important pour le village, il accomplissait son devoir avec succès. Sa vivacité d’esprit et son initiative étaient ses atouts. Du moins, c’était ce qui était parvenu aux oreilles d’Hideo lorsqu’il avait parlé avec ses anciens collègues. Pourquoi avait il déserté ? Personne n’en savait rien. Ses plus proches amis affirmaient qu’il avait beaucoup changé après le décès de sa femme, mais son fils, lui, n’avait rien vu venir.

Un héros déchu, voilà ce qu’il était aux yeux du genin. Takeo était parti, il avait trahi, et il avait arraché à l’enfant une partie de son être. Pas d’explication, pas d’indice, rien qui lui eût permis de commencer à comprendre son geste. Hideo ne s’en était jamais remis. Perdre ses parents est une chose, mais les perdre et se rendre compte qu’ils bafouent les principes de bases qu’ils nous ont inculqués est une épreuve dont peu de gens peuvent se remettre. Hideo était parti à la dérive. D’autre à sa place auraient cherché un substitut : la violence, une quête de vengeance idiote. Lui était resté très fidèle à sa nature, et s’était contenté de s’isoler, attendant que ça passe.

C’était en ce lieu, dans le lit de ce ruisseau que Takeo avait pour la première fois encouragé son fils à s’engager sur ses traces. Le gamin n’était à l’Académie que depuis quelques mois, et toute la famille s’était octroyé pour une fois le loisir de piqueniquer ensemble. Le temps était radieux, ou tout du moins ensoleillé. Il était difficile pour le genin de déterminer à quel point il avait rationnalisé ce souvenir…
Le temps était à la fête, donc, et Takeo s’amusait à émerveiller son rejeton à l’aide de simples tours de passe-passe. Il avait bien réussi son coup, et lorsque vint le temps du clou du spectacle, Hideo était complètement subjugué. Le shinobi se mit alors à escalader le saule simplement en marchant sur son écorce. Il ne s’aida pas des mains, et semblait faire faire un pied de nez à tout ce que l’enfant savait des lois élémentaires de la gravité. Il sauta, et atterrit dans le ruisseau, mais cette fois encore, miracle ! il ne s’enfonça pas dans l’eau.
Fasciné, le gamin s’était précipité à sa suite et, bien entendu, avait bu la tasse. Il avait pleuré, mais pas longtemps. La curiosité avait repris le dessus, et il n’avait pas tardé à vouloir vraiment imiter son père. S’en était suivi une longue séance théorique et pratique sur l’utilisation du chakra. Hideo était un élève attentif en cours, mais il n’avait appris moins en plusieurs mois d’enseignement à l’Académie qu’en cette seule après midi d’été. Il enchaina les échecs avec une persistance dont ses parents ne le pensaient pas capable, jusqu’à réussir, au moins un petit peu. Son père le portait, évidemment, mais ainsi il put mieux apprécier la sensation piquante du chakra qui entourait la plante de ses pieds. Il se maintenait à la surface, péniblement, menaçant de replonger dès que Takeo le lâcherait. Ce dernier, farceur, ne râta pas son occasion et relâcha brutalement sa prise. Ce fut un déclic pour Hideo qui, à la surprise de tous, y compris la sienne, se maintint plusieurs longues secondes en équilibre sur les trente centimètres d’eau du ruisseau. Takeo était fou de joie. Il appela sa femme, qui n’eut que le temps de voir la chair de sa chair faiblir et s’effondrer lamentablement dans l’eau boueuse. Cette fois ci, il ne pleura pas.
La journée avait continué. Takeo avait fait la démonstration de ses talents en matière de ninjutsu aqueux, mais cette fois ci l’exercice était bien trop difficile pour le jeune garçon, qui se contentait de rire et d’applaudir.

Aujourd’hui, le père était mort. Du moins, il était déclaré mort, ce qui dans son cas revenait au même. Hideo ne devait plus espérer le revoir. S’il voulait remonter la pente d’une façon ou d’une autre, il sentait qu’il devait le faire seul.

Il fut prit d’une violente crise de tremblement, suivi d’une quinte de toux. Les ennuis commençaient, mais quitte à payer ce prix, autant en profiter un peu. Il se leva et sautilla pour se réchauffer.

L’aspirant qu’il était n’avait pas pu reproduire son exploit en classe, devant ses professeurs, et il avait fallu de nombreuses heures de travail avant qu’il ne soit réellement capable de marcher sur l’eau. Entre temps, sa mère était morte, et son père lui cachait son traumatisme. Cet environnement n’empêchait nullement l’enfant de progresser de plus en plus dans tous les domaines. A mesure que Takeo abandonnait ses instruments, Hideo les reprenait à apprenait à s’en servir. Il était capable de jouer de tous les types d’instruments à corde avant l’âge de onze ans, et les flutes n’auraient bientôt plus de secret pour lui non plus. Et à défaut de savoir en fabriquer, il pouvait les réparer ! Il lui arrivait souvent d’ailleurs de reprendre les très vieilles pièces de son père et de les rafistoler un peu, pas toujours avec un grand succès. Mais il essayait, et il apprenait. Le deuil de sa mère ne semblait pas le traumatiser outre mesure, et c’était en grande partie grâce au sang froid de Takeo, qui ne laissa jamais rien transparaître de sa tristesse.

A l’académie, c’était pareil. Hideo progressait à une vitesse folle. Il ne montra, à la surprise générale, pas le même talent que son père pour le ninjutsu, non. Il devint très vite évident que le jeune garçon était beaucoup plus doué pour les arts du genjutsu. Il était assez rare d’une telle préférence apparaisse à un si jeune âge, mais toutes les personnes qui voyaient l’aspirant s’entrainer tombaient d’accord sur ce point. Il avait très tôt manifesté les qualités essentielles d’un spécialiste de l’illusion : calme, retrait, concentration, une touche d’empathie, et beaucoup de détachement. Il ne lui manquait en vérité qu’une seule chose : la vocation. Au grand désespoir de ses professeurs, Hideo montra rapidement qu’apprendre à entrer dans la tête des gens et à en ravager l’esprit n’était pas sa priorité. En vérité, il détestait cette idée, même s’il tâchait de ne pas montrer sa révulsion. Mais voilà, il était doué pour le genjutsu, et uniquement le genjutsu. Il choisit de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et il reporta sa concentration sur d’autres hobbys. Il ne voulait pas décevoir ses parents.

Et lorsqu’il perdit ses parents, il perdit du même coup toute motivation pour les arts du shinobi. Il avait perdu à peu près deux ans. Il avait vu ses anciens camarades s’émanciper et trouvers leurs voies, pendant que lui en restait à faire des missions de peu de valeur. En un mot comme en cent, il s’enfonçait dans la dépression. Voilà, le mot était lâché !

Le genin s’ébroua et se frotta vigoureusement les côtes. Son corps était transi de froid, son esprit était bouillant de frustration. Un sentiment qui lui semblait nouveau, et qu’il accueillait de toute son âme. Cette frustration qui pourtant l’avait toujours accompagné, grondant doucement au plus profond de sa conscience. Frustration contre le destin, mais surtout contre lui-même, contre son apathie. Il eut envie de crier. Il cria.

Il lâcha deux longs hurlements qui se perdirent dans le bruit de la pluie qui tombe. Deux longs cris à s’en arracher les poumons. Il ne se sentit cependant pas mieux, ni physiquement ni moralement. Il lui fallait autre chose : un coup de pieds aux fesses de son ego, une preuve qu’il était encore digne de porter son bandeau.

Hideo avança son pied au dessus de l’eau. Il prit une profonde inspiration, et posa délicatement la plante de son pied sur l’onde. Il s’appuya, avec d’infinies précautions, anxieux du résultat. Depuis combien de temps n’avait il plus fait ça ? Trop longtemps. Il prit peur : le dosage devait être mal calculé, il coulerait à coup sûr !

Il s’appuya complètement, et son autre jambe quitta le sol humide, pour venir se poser à son tour sur la surface de l’eau qui courait vers l’aval. Il fit encore quelques pas, vers le milieu du cours d’eau.

L’enfant se tenait debout, détendu, au milieu de la rivière. L’eau ruisselait sur son visage et lui collait des mèches de cheveux contre les paupières. Il ferma les yeux, et sourit.

[encore un après ça...]

MessageSujet: Re: [RP solo] La fin de l'enfance   Mar 11 Mai - 19:53

Hideo s’enfonça de quelques centimètres dans l’eau. Le froid engourdissant et la fatigue l’empêchaient de se concentrer et de gérer son utilisation du chakra. Il décida qu’il en avait assez fait, et qu’il valait mieux regagner la berge avant qu’il ne défaillît et ne boive la tasse.
Le genin n’en revenait pas d’être toujours capable de marcher sur l’eau après tout le temps qu’il avait laissé passer depuis ses derniers entrainements. La tâche était pourtant relativement difficile, et il lui semblait que la pratique était indispensable pour ne pas perdre la main. Et pourtant, il n’avait même pas eu besoin d’y penser. La chose s’était faite naturellement, comme s’il avait fait ça toute sa vie.

Hideo resta longtemps immobile sous la pluie qui tombait inlassablement. Il était pensif, presque méditatif. Toute l’excitation était retombée, et il était à présent plus calme que jamais. Il se sentait vide, creux. Dans son esprit partiellement embué par l’épuisement, de grandes considérations se livraient un duel silencieux. Il avait su depuis longtemps qu’à un moment ou un autre, il devrait faire un choix. Il avait simplement repoussé ce moment autant que possible. La tête dans le sable, il laissait passer le temps, et prenait garde de ne rien faire pour s’engager dans une voie ou dans l’autre.
Était-il taillé pour être shinobi de Kiri ? Probablement pas. Pouvait-il être un bon shinobi de Kiri ? Certainement…
Et c’était là l’essentiel de son dilemme. Devant lui s’offraient deux chemins bien distincts, radicalement différents. Il s’imaginait qu’il pourrait relativement aisément refaire sa vie dans l’artisanat. Il en avait la passion et le talent, il ne lui en manquait que les moyens matériels. La vieille Fumie le supporterait certainement dans ce choix, mais il ne fallait pas se leurrer : elle ne serait plus avec lui très longtemps. Il lui faudrait donc dans un premier temps se trouver un patron, qui devrait affiner son art et développer ses capacités. Peut être que le vieil homme qu’il avait aidé lors de cette mission, deux jours plus tôt, ferait l’affaire. Une telle pensée ne le motivait cependant pas tant que cela.

Elle entrait en effet en conflit avec tout ce qu’on lui avait enseigné. Personne ne lui avait jamais appris à utiliser pinces, scie et rabots. Même ses parents étaient trop occupés pour réellement l’encourager dans son hobby. Tout ce qu’il savait sur le travail du bois, des tissus, sur la musique, il l’avait appris lui-même, de son propre chef. Son entourage l’avait toujours porté un œil bienveillant sur ce que tout le monde s’accordait à juger de simple passe temps. Pour son père, sa mère, ses professeurs, ses amis, il n’y avait jamais eu aucun doute : il serait ninja.

Combien de personne trahirait-il s’il décidait d’abandonner maintenant ? A quel point avait-il le droit de se livrer à cette trahison ? Quel contrôle avait-il, en réalité, sur sa propre vie ? Paradoxalement, les morts avaient par delà leur tombe un levier qu’aucune des connaissances encore vivantes d’Hideo ne pouvaient se vanter de pouvoir utiliser : la honte.
Mais l’enfant devait il vraiment de suivre le souhait de sa mère qui l’avait abandonné le jour de ces onze ans ? Devait-il accorder une quelconque importance au souhait de l’homme qui, contre toute logique et sans la moindre explication, avait renié de la pire des façons le monde dans lequel il poussait son fils ? Bien malgré lui, Hideo devait reconnaitre que oui. Car même si ses parents l’avaient tous les deux trahis, chacun à sa façon, ils étaient ses seuls guides. Et, dans le cas présent, il ne s’en sortirait pas sans guide.

Il prit sa décision, et se fit une promesse qui ne le liait à rien d’autre qu’à sa propre intégrité. Un serment vide et faible, sans témoin pour le faire respecter. Les morts en seraient témoins, en quelque sorte. Il le fit à leur mémoire, et il le fit pour les générations futures. Car s’il n’était pas capable de mener sa vie avec fierté pour lui-même, il estimait qu’il était de son devoir de la vivre pour les autres. Devenir, shinobi, c’était s’engager dans la voie de l’ombre et du sang. Mais c’était un mal nécessaire et utile, car il y avait tant de choses à protéger. Si sa vie ne valait vraiment rien, comme il le pensait à ce moment, alors il pouvait bien se permettre de l’offrir.
Pourquoi l’offrir à Kiri ? Parce qu’il s’agissait de l’entité qui en ferait le meilleur usage. Il avait montré qu’il avait les capacités nécessaires à faire de lui une arme précise et efficace, alors, d’une certaine façon, le destin avait déjà choisi pour lui.

Hideo sourit. Il était inutilement idéaliste, et désespérément naïf. Il avait pourtant besoin de ces idées simplistes pour avancer. Il s’en voulait de sa faiblesse, mais il devait l’accepter. Résigné, il devait admettre qu’il n’aurait jamais la force morale des plus grands héros. Voulait-il seulement devenir un héros ? D’une certaine façon, oui. Il voulait trouver dans le regard des autres la vie et l’espoir qui manquaient au sien.

Le genin joignit les mains en un signe incantatoire simple. Il ferma les yeux, et se concentra un moment. Doucement, il retrouva cette chaleur familière caractéristique de l’utilisation de son énergie interne. Les recommandations de ses professeurs résonnaient discrètement dans un coin de sa tête, mais il n’en avait pas besoin. Il savait très bien ce qu’il faisait. Ou plutôt, il sentait très bien ce qu’il faisait. Qu’il était bon d’éprouver à nouveau cette impression de flottement et de sérénité ! Hideo avait toujours eu du mal à comprendre ses camarades lorsqu’ils lui décrivaient cette « sensation de puissance » ou « cet état de furie », comme il l’avait entendue décrite. Il avait très tôt supposé qu’il avait un rapport au chakra un peu différent de ses homologues. Probablement un argument de plus à ajouter à la pile de ce qui le désignait exclusivement comme un spécialiste de l’illusion…

Il avait souvent entendu qu’une bonne méthode d’apprentissage était de travailler un peu son sujet, puis de l’abandonner un certain temps, sans même y penser plus. Le temps donnait souvent le recul nécessaire pour combler les lacunes qu’on montrait à trop vouloir bien faire tout de suite. Hideo allait maintenant mettre ce dicton à l’épreuve. Il n’avait pas pratiqué son genjutsu depuis plus de vingt mois. De cette matière, il n’avait eu que les premiers cours et un minimum de mise en situation. On lui avait enseigné les techniques les plus basiques des différentes branches de l’illusion. Lui-même faisait mal la différence entre ces différents domaines. En ce qui le concernait, le genjutsu n’était jamais qu’un outil redoutable permettant de s’infiltrer dans l’esprit d’un individu et de le briser. Il ignorait à quel point il se trompait sur ce point…

Sans vraiment le vouloir, sans même y penser, Hideo tomba soudain dans un état second. Son propre esprit quitta sans prévenir le royaume du réel pour tomber dans celui du songe. Il lui sembla un instant se voir lui-même, comme une âme désincarnée verrait son ancien corps au moment de le quitter pour toujours. Mais cette impression s’évanouit au moment même où elle le prenait. Et il ne resta que le noir.

Hideo eut l’impression de paniquer. Son œil droit avait il suivi le même chemin que le gauche ? Non. Il s’était comme endormi. Endormi tout en gardant tout contrôle sur son esprit. Quelle drôle de sensation ! Son épuisement ne devait pas y être étranger.
Il rouvrit les yeux, du moins, c’est ce qui lui sembla. La rivière était toujours là, ainsi que l’herbe humide, la roche glissante, le bois pourrissant. La pluie s’était arrêtée. Vraiment ? Il n’en était pas sûr. Il se trouvait à la frontière entre les deux mondes. Même s’il voyait les choses autour de lui, même s’il lui semblait entendre le clapotis de l’eau qui s’écoule, la réalité du monde lui échappait encore complètement. L’image était troublée et sautait par moment, un peu comme si son cerveau n’arrivait plus à commander à son unique œil et que se dernier, libéré de toute instruction, se laissât aller à divaguer à sa propre façon. Le son était lointain, aussi distant que lors d’un malaise…

Un malaise, c’était probablement ce qui lui arrivait en ce moment. La fatigue aura eu raison de moi. Après tout, je l’ai bien cherché. C’est ce qu’une partie de son esprit se dit. Elle formula ces mots clairement, mais les mots n’avaient pas de sens là où ils étaient prononcés. Et cette autre partie, qui ne raisonnait à présent plus dans la sphère de l’intelligible, était trop éloignée pour pouvoir les comprendre.

Hideo ne divaguait pas. Ce n’était pas un délire enfiévré, ni un effondrement nerveux. Sa chute brutale de tension n’était pas étrangère à son état, pas moins que sa fatigue physique et mentale. Néanmoins, le fractionnement que subissait sa psyché à ce moment n’était pas quelque chose de néfaste. D’ailleurs, il ne dura pas longtemps, et le genin fut rapidement capable de formuler de nouveau des pensées conscientes. Il n’avait pas retrouvé toutes ses facultés, mais sa pensée était à nouveau aussi claire que l’eau, et aussi tranchante qu’une lame. Bien plus tranchante qu’elle ne l’avait jamais été, en réalité.

Hideo savoura cette méditation profonde, ainsi que le calme serein et libéré qu’elle lui apportait. Il n’avait plus froid, plus peur, n’avait plus besoin de choisir. Il n’y avait plus de choix. C’était assez difficile à expliquer … et presque aussi difficile à ressentir. Il se sentait libéré du temps, de la douleur et de la mémoire tout à la fois. Il se sentait ivre et grisé par ce ressenti déviant.

Puis les secondes reprirent leur lent décompte. Et le froid à présent mordant lui enfonça à nouveau ses crocs dans la chair. Et ses souvenirs revinrent le tourmenter et le guider en même temps. L’enfant ouvrit les yeux, pour de vrai cette fois ci. Il avait mal. Mal à la gorge, à la tête, aux côtes. Une douleur physique difficile à supporter, mais qui ne représentait pas grand-chose en comparaison du pas de géant qu’il avait l’impression d’avoir fait dans sa vie.

Il se leva péniblement, recouvrant enfin le contrôle sur ses membres. Il tâcha d’enlever le plus gros de la boue qui s’était accumulée sur ses vêtements et ses chaussures. Enfin, il adressa un dernier au revoir silencieux à ce paysage qui avait été le théâtre d’un tel chamboulement intérieur. Le chemin qu’il devait emprunter lui était clair à présent. On l’avait formé pour être shinobi, il serait donc shinobi, et puisque son talent était l’illusion, il serait illusionniste.

Il partit sans se retourner.

Quant à cet interlude de démence, Hideo n’arrivait pas à se l’expliquer rationnellement. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il se sentait maintenant plus confiant. Il n’avait plus peur de son propre talent. Le genjutsu n’était qu’un moyen, une arme qu’il acceptait enfin d’utiliser en tant que tel. De plus d’une façon, c’était son devoir, et il comptait bien s’y conformer. Il sourit. Sa migraine et l’incident mental qui venait de se produire lui donnaient l’impression d’avoir utilisé ses propres techniques d’altération contre lui-même…
Je vais demander la maîtrise de l'art de marcher sur l'eau pour le second post, et celle de la "distortion temporelle", "tremblement" et "perdu" en tant que "ré-apprentissage" de techniques basiques déjà connues, en quelque sorte...

MessageSujet: Re: [RP solo] La fin de l'enfance   Ven 4 Juin - 8:49

J'ai l'impression que le style a évolué. Il y a toujours ces petites descriptions qui je trouve excellentes, parsemées dans ton récit, ainsi que l'analyse poussée de ton personnage et de sa condition.

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MessageSujet: Re: [RP solo] La fin de l'enfance   

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