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 [Mission de rang D] Les archives

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MessageSujet: [Mission de rang D] Les archives   Ven 25 Juin - 17:51

Noriaki contemplait avec désespoir la masse impressionnante de caisses qui jonchaient le long couloir de l’aile des archives du grand bâtiment administratif. La lumière matinale diffusée par l’unique fenêtre en bout du corridor donnait au tableau une ambiance surréaliste. C’était l’heure à laquelle les premiers fonctionnaires arrivaient dans leurs bureaux. Ceux-ci grognaient vaguement contre l’encombrement devant leurs portes, mais ils devraient bien faire avec. Le jeune genin ne put réprimer un long bâillement.

« Commence à soulever, ça te réveillera » , lui glissa Hideo en lui tapotant sur l’épaule. Il avait dit ça sur un ton qui se voulait décidé et saupoudré de sarcasme, mais lui aussi se sentait fatigué avant même d’avoir commencé. Noriaki lui renvoya un regard d’une noirceur indicible…

Il s’agissait d’une mission de rang D assez inhabituelle. Des travaux étaient nécessaires dans certaines parties des archives. Depuis le temps, les poutres porteuses menaçaient de s’effondrer, et l’humidité avait fait des ravages sur les murs et dans al charpente. Dans tous les cas, toute réparation aurait demandé de déplacer les imposantes quantités de documents, livres, dossiers, et rouleaux entreposés ici. L’administration avait décidé de faire d’une pierre deux coups : rénover les locaux, et refaire un petit tri dans ses affaires. Les documents sensibles ou secrets étaient gérés avec beaucoup de soin, mais pour le reste, ils avaient simplement embauché une demi-douzaine de genins qu’ils payaient une broutille.

« Comment t’as pu m’attirer là dedans toi ? On en a pour deux jours au moins, le temps de déplacer ces machins et de les retrier. »
« Je ne voulais pas être seul. Je me serais ennuyé. » Il marqua une pause : Noriaki semblait sur le point de le frapper. « Et il y a quelque chose que je veux faire, et je ne veux pas tenter ça seul. »

Hideo fit quelque pas au milieu du couloir, se retourna, dos à la lumière et, écartant les bras :
« Au boulot ! »

Ils passèrent ainsi le plus clair de leur matinée, à déplacer des cartons, recompter des documents, comparer des titres avec des feuilles d’inventaires, replacer des dossiers qui s’étaient égarés pour dieu sait quelle raison … et ce, dans un silence pesant. Les quatre autres genins avaient tenté d’engager une discussion à un moment, mais ils avaient vite été dissuadés par les administratifs agacés qui avaient sorti la tête de leur bureau pour râler. Noriaki et Hideo, quant à eux, ne pipaient mot. Le premier était toujours en colère de s’être laissé attirer dans ce piège, alors qu’il avait, à n’en pas douter, une demi douzaine d’entrainements à effectuer dans le même temps. Le second avait une autre idée derrière la tête.

« Tu sais ce qui me fout le plus la rage ? »
Pour toute réponse, Hideo se contenta de grogner.
« C’est qu’ils nous demandent de faire ça à nous. Il y a pas de sécurité, personne pour nous surveiller à part un type qui n’a apparemment pas que ça à faire. Ca veut dire qu’il y a que dalle dans ces caisses. Rien d’intéressant ! Ils s’en contre balancent qu’on les trie pour de bon. Ils veulent garder tout ça juste parce qu’ils ont l’habitude de les avoir sous le coude, tu vois ? C’est des archivistes, déformation professionnelle ou quelque chose comme ça. Ils ne supportent pas de jeter. Eh ! Tu m’écoutes ? »
De fait, Hideo n’écoutait pas un mot. Il farfouillait rapidement dans une liasse de dossiers, jetant des coups d’œil nerveux à tous les fichiers qu’il parcourait. Il s’arrêta soudainement, cachant à peine une exclamation de satisfaction.
« Oh ! A quoi est ce que tu ooooh ! bordel » , s’étouffa Noriaki lorsqu’il lut le nom sur le papier.
« Tu vas pas me dire que tu voulais lire ton propre dossier ! Je te l’ai dit, il n’y a rien là dedans qui… »
« Oh non, pas mon dossier. »
Hideo laissa tomber une partie des feuilles qu’il avait sorti du carton, celles qui portaient son propre nom, et se laissa tomber au sol, dos au mur et caché des autres genins par la caisse.
« Rends moi service, s’il te plait, préviens moi si quelqu’un arrive. » chuchotât t’il à son cadet, avant de se mettre à sa lecture.
« Arrête ça, tu vas te faire avoir ! Et je te l’ai dit, ya rien la dedans. Rien que tu ne saches déjà où que tu ne puisses demander à ton père. Je veux pas être méchant, mais c’est pas le bon moment pour tenter de mieux connaitre ta défunte mère ! »
« Jamais de mauvais moment pour ça. »
Noriaki jura entre ses dents. Il se redressa brusquement et se retourna vers les autres genins, tentant de donner le change.

« Oh, heu … mon ami a la santé un peu fragile et, euh, il a bien travaillé. Alors on fait une petite pause. Pas longue hein, pas de souci. » , puis son visage retomba tout aussi vite vers celui d’Hideo, et il lâcha, doucement, appuyant chaque syllabe et les sifflant entre ses dents.
« Dé-pè-che-toi ! »

Hideo sourit ; il était persuadé que son camarade ne lui en voudrait pas … trop.
Il déplia frénétiquement la première couverture, celle qui portait le nom d’Aoi, sa mère. Le fichier « tait assez épais, plusieurs dizaines de pages. Cela commençait avec les informations administratives, nom, situation familiale, date de naissance et de décès. Il n’y avait rien qu’Hideo ne sache déjà, mais il se surprit à ressentir un petit pincement au cœur au moment de lire le caractère du prénom de sa mère. Certains souvenirs ressurgirent brutalement au premier plan de sa mémoire : Aoi était l’un des premiers mots qu’il avait appris à écrire. Peut être même le premier…
Il tourna la page, il n’avait pas le temps de s’épandre sur tout ça maintenant ; la patience de Noriaki pouvait trouver sa limite d’un instant à l’autre. Il tomba ainsi sur ses évaluations scolaires, commentaires de professeurs, appréciations d’un superviseur de sa première équipe. Il parcourait tout ça à toute vitesse, grappillant autant d’informations qu’il le pouvait, au travers de petites phrases, de têtes de pages, des énoncés de ses premières missions… En quelques minutes, il se créait une image mentale de sa mère, et cette image était bien différente de celle qu’il avait gardé d’elle. Aoi était décrite comme une jeune fille assez douée, plutôt sérieuse. Quelques réserves venaient cependant ternir son aspect d’élève modèle. Un avertissement pour conduite violente et insultes, des commentaires de son chef d’équipe la décrivaient comme « quelqu’un de très intelligent, mais dont les capacités réelles ne lui permettent pas d’assoir une quelconque autorité sur son équipe ». Hideo avança un peu dans le temps : « Aoi fait des efforts énormes pour ne plus laisser son caractère dicter sa loi à ses coéquipiers. L’équipe ne s’en porte que mieux, et profite à présent de son intellect clairement supérieur à la moyenne. » Le genin sourit, il ne s’était jamais imaginé sa mère comme le cerveau sur lequel d’autres pouvaient se reposer. En revanche, il s’apercevait que son caractère ne s’était jamais vraiment corrigé avec le temps… Il y a une limite au changement que les gens peuvent se résoudre à accepter, supposa t’il.

« T’as fini ? Allez, dépêche-toi ! »

Hideo se força à refermer brusquement le fichier d’Aoi. Il en eut un petit pincement au cœur : il y avait tant de choses dans ces quelques pages qu’il n’avait pas eu le temps d’apprendre, et il ne pensait pas qu’il aurait une autre occasion de venir lire ce dossier. Mais il fallait se faire une raison, et il avait encore beaucoup de choses à lire avant la fin de cette mission.
Il ouvrit donc le second dossier, celui qui portait le nom de son père, Takeo. Cette fois ci, il ne s’attarda pas longtemps sur les détails administratif, ni sur les rapports d’enseignement. Il sauta directement à la fin de la liasse, vers les rapports de mission, les évaluations diverses. Il était très nerveux, et sa main tremblante froissait les papiers qu’elle tournait frénétiquement.

Il se bloqua, et se força à inspirer profondément. Il ne lui servait à rien de s’énerver, au contraire. Et il devait rester conscient que Noriaki avait sans doute raison : il avait peu de chance de trouver quoi que ce soit qu’il ne sache pas déjà dans ce dossier. Les rapports sensibles concernant la désertion de son père devaient être stockés dans un endroit différent. Toujours était-il qu’il gardait l’espoir de trouver là dedans un mince indice lui permettant de commencer à comprendre ce qui s’était passé.

Depuis quand s’intéressait il à ça, au fait ? Curieux comme, dans son état mental un peu bancale, on pouvait vite changer d’avis sur une question. Il y avait encore quelques jours, le sujet de la disparition de son père n’éveillait en lui qu’un vague sentiment d’impuissance et d’acharnement du destin. En ce qui le concernait, il n’était pas responsable, n’avait rien vu venir, ne pouvait plus rien y faire, et l’affaire était donc close. Il était seul, le resterait, et il n’avait pas à chercher à comprendre pourquoi, car de toute façon, le mal était fait. Il se sentait en paix avec lui-même, car il n’avait ni but ni motivation, mais c’était une paix qui avait un prix qu’il ne souhaitait plus payer. L’inertie, l’immobilisme, une notion sur laquelle il était difficile de mettre des mots. Il se sentait vide, tout simplement. Et lorsqu’on en arrive à se demander si la vie vaut vraiment la peine d’être vécue, c’est qu’il est temps de changer quelque chose à la façon dont on vit.
Et depuis, il avait rencontré des gens. Noriaki lui avait donné le premier coup, aussi bien physiquement que mentalement. C’était une impulsion, et, même s’il ne le lui montrait pas, il lui en était reconnaissant. Il y avait eu cette étrange jeune femme, muette, qu’il avait rencontrée au parc. Celle-ci lui avait redonné l’envie de jouer de la musique, quelque chose qu’il avait aussi sacrifié à cette soi disant paix intérieure. Et puis il y avait eu Kimaru, à qui il devait probablement beaucoup plus encore qu’aux deux autres…

« Non. »
Hideo passait les pages à une vitesse folle, ne regardant que les dates.
« Non, non non. »
Il referma le dossier d’un coup sec, et resta ainsi prostré plusieurs longues secondes.
« Il n’y a rien, là dedans. Rien de récent, tout date d’au moins cinq ans. »

« Je t’avais prévenu. Allez range ça maintenant, faut qu’on se remette au boulot, les autres se posent des questions. »
« Non ! » Hideo avait prononcé ce mot d’un ton plus sec qu’il ne l’aurait voulu, et Noriaki s’immobilisa, sans vraiment comprendre. Il n’avait jamais vu son camarade que comme une sorte de mollusque incapable d’émotions fortes, et on aurait dit qu’il venait littéralement de se prendre un coup.
« Non, je te dis. Je refuse d’avoir fait ça pour rien. »
« Mais, qu’est ce que.. qu’.. c’est quoi que tu veux ? Qu’est ce que tu cherches ? Pourquoi tu demandes pas simplement à… »
« Mon père est mort. Ecoute, il y a une bonne raison pour que je ne t’en aie pas parlé, mais ce n’est ni le lieu ni le moment. Je vais te demander de me faire confiance, ok ? Juste aujourd’hui. Je te dirai tout après, promis. »

Le jeune genin était visiblement troublé. Il avait perdu beaucoup de l’attitude confiante et un peu provocatrice qu’il adorait. Hideo connaissait bien son échelle de valeurs : le village avant tout. Il ne savait pas comment il réagirait s’il lui avouait que son père était un déserteur, mais il venait de lui promettre qu’il le lui dirait. Advienne que pourra, pensa t’il. Présentement, il avait d’autres priorités.

« Ok, ok, réfléchis. Ca, ce qu’on doit déplacer là, ça vient du premier étage de l’aile sud, on doit l’apporter dans l’aile Est. Ils envoient tout le contenu des archives dans l’aile Est, parce que ce sont des sales normalement vides, c’est ça ? »
« Ouais, c’est une partie du bâtiment qu’ils n’utilisent pas trop. Je sais que la salle de spectacles est dans ce coin, ils l’ont probablement utilisée pour entreposer des trucs aussi, parce qu’ils l’ont fermée pendant la semaine. »
« Ils ont sorti tout ça des archives, mais il y a la dedans des documents qui ne sont pas supposés voir la lumière du jour, non ? Ils doivent bien les garder. »
« Euh, oui, je suppose. J’ai vu un chuunin en bas tout à l’heure qui n’avait pas l’air de faire grand-chose. A leur place, j’aurais augmenté la sécurité pendant que les fichiers sont dehors, ça parait logique, mais à quoi est ce que tu penses ? »

Hideo marqua une pause. Il pondérait soigneusement ce qu’il pouvait décemment demander à Noriaki.
« Il faut que je trouve le dossier de mon père. Le dossier complet. Ecoute, panique pas ! » lança t’il lorsqu’il vit son cadet pâlir tout d’un coup. « Je ne cherche rien de grave. Mon père est mort, et je ne sais pas pourquoi, tu m’entends ? Je veux la raison, seulement la raison, il me faut ça pour avancer. C’est toi qui m’a fait comprendre ça, alors maintenant j’ai besoin de ton aide. Ne me laisse pas tomber, s’il te plait, pas maintenant ! »
Il laissa à son camarade le temps de souffler un instant, avant de reprendre.
« Il me faut une dizaine de minutes pour aller là bas et en revenir. Laisse m’en encore une autre dizaine pour trouver ce que je cherche, Ok ? Avec ce temps là, j’ai pas le temps de dérober tous les secrets de Kiri, je te le répète. Mais tu dois me couvrir. Je vais faire semblant d’être malade, et si quelqu’un vient, tu diras que je suis juste sorti prendre l’air. C’est tout ce que je te demande. »
« Mais comment t’espères rentrer là dedans ? Même si c’est pas aussi sécurisé que le bâtiment officiel, ils ont bloqué les portes, et posté des gardes. »
« Je trouverai … ou non. Et si je me défile, ou si je me plante, je te promets que je n’essaierai pas une autre fois. Ca marche ? »

Noriaki prit son temps, mais il finit par acquiescer d’un petit signe de tête. Les deux compères discutèrent discrètement encore quelques secondes de leur plan avant de se relever de concert de derrière leur carton.
Hideo fit semblant de vaciller, et se mit la main sur la tempe.

« Ca va pas mieux ? Tu veux que j’appelle quelqu’un ? » demanda Noriaki, sur le ton le plus innocent du monde. Ce garçon était décidément plein de ressources…
« Non, non c’est bon, je vais juste aller prendre l’air quelques minutes. J’espère que vous ne m’en voulez pas. » annonça Hideo aux autres genins, sur le ton le plus plaintif et pathétique dont il était capable. Il avait apparemment fait bon effet, car il réussit à attirer les regards emplis de pitiés de ses homologues qui le laissèrent prolonger sa pause.

A peine était il hors de vue qu’il se mit à marcher d’un pas décidé vers l’aile Est.

Il était nerveux, et il avait très peu de temps…

Pas fini..

MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Les archives   Mer 14 Juil - 19:45

Hideo arriva presque essoufflé devant la porte de l’aile Est. Il se trouvait dans la cage d’escalier qui menait au couloir qui permettait d’entrer dans l’ancienne sale de spectacles. Il entrebâilla la porte et jeta un coup d’œil : personne dans le couloir. Il s’avança.
L’ennui, quand on essayait d’infiltrer un endroit protégé par des shinobis, c’était qu’il était impossible de savoir si l’on était surveillé ou non. Pour autant qu’il puisse le savoir, un spécialiste de la détection pouvait se trouver derrière cette porte et l’observer. Des pièges pouvaient avoir été disposés qui avertiraient immédiatement de sa présence. Ou peut être était il simplement paranoïaque…

Il arriva devant la porte, et resta ainsi prostré de longues secondes. Il se concentrait, tentant de détecter ... quelque chose, n’importe quoi que son chakra lui permette de repérer. Un être vivant derrière la porte, peut être. Mais il n’était pas entrainé pour ça, et il ne remarqua rien d’anormal. Se rappelant qu’il ne disposait que de très peu de temps, il se résolut à simplement appuyer sur la poignée de porte. Elle était fermée à clefs, évidemment.

Il baissa les yeux sur la serrure. Ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait forcer en si peu de temps. Il connaissait mal la géographie du bâtiment, mais il était à peu près certain qu’il n’y avait qu’un seul moyen d’arriver là où il voulait aller. Et s’il y avait d’autres routes, nul doute qu’elles seraient tout aussi impraticables. Il souffla bruyamment.
Il avait eu une idée lorsqu’il discutait avec Noriaki quelques minutes plus tôt. C’était une idée un peu folle, mais elle pouvait marcher. En revanche, il ne donnait pas cher de sa peau s’il se faisait attraper…

Le genin s’approcha de la partie gauche du couloir, celle qui était ornée d’une succession de petites fenêtres. Il se trouvait en fait au niveau du bord du bâtiment, et ce long mur donnait directement sur l’extérieur. De ce dont il se souvenait du bâtiment, la rangée de fenêtres continuait après la porte qu’il voulait franchir. Il lui était donc théoriquement possible de sortir, et de se déplacer de fenêtres en fenêtres sur une courte distance, et, idéalement, de s’introduire dans l’ancienne sale des fêtes par ce moyen. Il était cependant conscient qu’il serait tout à fait visible tout le temps qu’il passerait à l’extérieur, et qu’il n’avait aucune garantie qu’il parviendrait à forcer une fenêtre de l’autre côté.

Mais dans sa tête, une seule pensée résonnait furieusement et couvrait toutes les autres : il voulait savoir, et il refusait d’avoir fait ce chemin pour rien.

Hideo ouvrit la fenêtre d’un geste brusque. Il l’enjamba et se stabilisa de l’autre côté, jetant un œil autour de lui. Il avait de la chance : cette partie du bâtiment n’était pas très exposée. Il n’y avait pas d’habitations à moins de cent mètres, et l’étendue d’herbe et d’arbustes qu’il surplombait n’était qu’une petite extension du parc de la ville. Il y avait peu de passants, heureusement, mais les rares badauds qui flânaient à cette heure pouvaient quand même le voir et donner l’alerte.

Il se balança une fois et se mit en mouvement. Il parcourut ainsi très rapidement les deux mètres qui le séparaient de la première fenêtre, utilisant son propre chakra pour assurer sa prise sur la pierre. Arrivé sous le verre, il tenta vainement d’entrebâiller le montant avec ses ongles, avant d’essayer de trouver un autre moyen de l’ouvrir. La fenêtre était fermement close de l’intérieur, et il n’y avait aucun moyen simple de la forcer. Le jeune garçon paniqua alors, lorsqu’il sembla enfin réaliser qu’il était suspendu à la façade bien visible d’un bâtiment administratif normalement protégé. Il se hissa brusquement au niveau de la fenêtre, se retourna et, d’un coup sec du coude, brisa la vitre. Il étouffa une exclamation de douleur, passa un bras dans l’ouverture, appuya sur la poignée et se propulsa dans la pièce.

Une fois à l’intérieur, le genin se redressa et tenta de se calmer. Cette petite péripétie l’avait réellement secoué. Il s’appuya contre le mur, soigneusement caché du regard de toute personne à l’extérieur, et s’accorda quelques secondes pour reprendre son souffle.

Il se trouvait à présent dans une grande sale, haute de plafond, mais passablement délabrée. On sentait qu’un ménage de rigueur avait été effectué avant d’entreposer tout ces documents, mais on comprenait aussi aisément pourquoi la pièce n’était plus aussi utilisée qu’autrefois. Elle était probablement suivante sur la liste des endroits à rénover dans ce vieux bâtiment.

Une quantité impressionnante de caisses, cartons et sacs en jonchaient le sol. Il sembla même à Hideo que des étagères entières avaient été transportées telles quelles jusqu’ici et remontée en vitesse contre les murs de la sale. Soudain, l’écrasante difficulté de la tâche qu’il était venue accomplir le frappa. Il cherchait véritablement une aiguille dans une botte de foin, d’autant qu’il n’était même pas sûr que l’aiguille en question répondrait à toutes ses interrogations.

Evidemment, ce n’était ni le lieu ni le moment de s’alarmer. Il fallait être rapide, peu importait sa décision, et Hideo ne mit pas longtemps à se décider…
Il se précipita et fit rapidement le tour de la sale, observant frénétiquement toutes les pancartes, notes, indications qu’il trouvait écrites au dos des caisses où sur de petits papiers précipitamment attachés aux étagères. En quelque minutes, il s’était fait une idée assez précise de l’endroit où il aurait pu trouver le dossier complet de son père. Il se jeta sur ces cartons et commença à en déballer frénétiquement le contenu. Il ne ménageait pas les rouleaux et les papiers qu’il trouvait, et se contentait de les empiler maladroitement sur le côté. Il savait bien que moins il faisait de désordre, moins son incursion avait de chance d’être détectée par la suite, mais se cacher n’était plus vraiment une priorité pour lui.

Il était difficile de décrire avec précision ce qui se passait dans la tête du jeune garçon à cet instant là. Il était agité, nerveux, et profondément concentré sur son but, mais il lui sembla à un moment qu’une partie de lui s’échappa, et observa calmement sa propre obsession. Car c’était bien d’une obsession qu’il s’agissait, il s’en rendait compte à présent. Il n’avait jamais réellement manifesté d’intérêt pour la désertion, puis la mort, de son père, préférant classer l’incident au rang de coup du destin, d’ironie du sort. Dans le fond, il avait toujours imaginé qu’il était plus facile de gérer ça en l’oubliant simplement. Sauf qu’il n’oubliait pas, non : il ressassait. Toujours, sans s’en rendre compte, il revenait continuellement sur cet événement qu’il ne s’expliquait pas, et il s’apitoyait, et il s’embourbait dans sa propre tristesse. Il était trop tard pour pleurer, alors il avait trouvé un autre moyen d’exorciser ses démons … du moins le croyait il.

Son regard s’arrêta brusquement sur un fichier. Il lâchât un ricanement de contentement avant de s’en emparer avec empressement. Il l’avait trouvé ! Le papier portait le nom de son père, et sur le nom était tamponnée en rouge la mention « décédé ». Le genin tint un moment l’objet entre ses mains, sans oser l’ouvrir, même sans oser vraiment croire à sa présence. Peut être ouvrait il une boite de Pandore en lisant ces quelques feuilles. Ses états d’âme ne le bloquèrent cependant pas longtemps, et il finit par se résoudre à lire le dossier.

Cela commençait avec quelques rapports de mission de rang C et B, des choses qu’Hideo savait qu’il n’aurait pas dû lire, mais la curiosité et l’adrénaline qui courait dans ses veines ne lui permettaient pas de garder la tête assez froide pour résister à cette tentation. Il parcourut avidement le récit de la protection d’un haut dignitaire du pays des vagues, de l’attaque des pirates, du comportement héroïque de Takeo. Il passa rapidement sur la mention des blessures qu’il avait subies pendant l’attaque de Suna, quelques années plus tôt. Il ne lisait que des appréciations positives, des notes de succès, jamais l’once d’une réserve. L’image qui transparaissait de ce dossier était celle d’un shinobi exemplaire, dévoué à son village et à sa cause. Il ne s’agissait pas d’un héros, lumineux, de ceux dont on se souvient logtemps après leur mort, non : il voyait en ces pages le filigrane d’un homme de l’ombre, simple, efficace, loyal.

Hideo sursauta. Il lui avait semblé entendre un bruit dans le couloir d’où il était venu. Il resta prostré, caché derrière son carton, en attente d’une confirmation de ses soupçons, fixant sans cligner des yeux la grande porte d’entrée. Il retenait sa respiration, et les battements de son cœur semblaient devenir de plus en plus forts dans ses tempes.

La serrure s’illumina.

Le jeune garçon n’avait pas rêvé : la serrure de la porte était réellement devenue lumineuse. Un symbole rond se traça, comme par magie, autour de la clenche, et le bruit distinctif d’un loquet qui se déverrouille claqua dans la grande salle aussi fort qu’un coup de tonnerre.
Hideo se jeta au sol, se cramponnant comme jamais à ses papiers. Paniqué, il cherchait la meilleure cachette. Il n’était pas en vue de la personne qui allait entrer, mais si celle-ci faisait une ronde, elle le trouverait sans aucun doute. Il se mit alors à ramper, aussi vite et discrètement que possible, vers l’un des quatre murs de la pièce. La porte s’ouvrit alors, et Hideo se plaqua contre le sol, terrorisé.
Si on le trouvait ici, il pouvait dire adieu à Kiri. Il était même persuadé qu’il aurait rapidement un « accident », et ni Noriaki ni Fumie n’entendraient parler de lui à nouveau.
Il se remit à ramper, beaucoup plus lentement cette fois ci. Il parvint en quelques secondes à se placer derrière un empilement de caisses, près d’un coin, où il se permit de souffler un peu, tout doucement.
Le genin avait tenté de suivre l’intrus à l’oreille, et il estimait que celui-ci devait se trouver quelques mètres en avant de la porte. Il ne bougeait plus, et paradoxalement, cela lui était encore plus inquiétant… Il finit par risquer un coup d’œil au dessus de l’arrête d’une caisse.

Il voyait son dos. C’était un homme, assez grand, probablement un mètre quatre vingt, ou un peu moins. Sa carrure était solide, plutôt impressionnante sans réellement être imposante, la carrure d’un guerrier, à n’en pas douter. Hideo ne distinguait pas de bandeau frontal, mais peut être l’homme l’arborait il autre part sur son corps. Ce dernier ne semblait pas plus inquiet que ça. Il ne bougeait pas du tout, et même si le genin ne pouvait pas voir ses yeux, il s’imaginait qu’il regardait dans le vague…
L’inconnu se mit alors à s’étirer, simplement. Il monta ses deux bras en l’air, se crispa quelques secondes, et poussa un soupir de soulagement. Un geste aussi anodin parvint malgré tout à faire bondir le cœur du garçon dans sa poitrine. Hideo se recroquevilla sur lui-même, tentant tant bien que mal de se calmer. Il n’osait plus se remettre à lire le dossier de son père, tant il était paniqué par la présence de l’inconnu.

L’homme se retourna.

Hideo quitta brusquement sa fenêtre d’observation. Avait il été remarqué ? Il pensait que non : il avait été assez rapide. Mais l’image de l’intrus était à présent gravée devant ses yeux. Il avait vu un visage carré, les yeux écartés, le nez dur. Et un sourire … Il n’osait plus regarder, mais il écoutait avec toute l’attention dont il était capable, et les pas se rapprochaient de sa direction.
Il avala sa salive, et commença à expirer, tout doucement, jusqu’à la limite que ses poumons lui imposaient. Il sentait la sueur s’écouler sur ses tempes, puis le long de son menton et de son cou. Les pas se rapprochaient.

Hideo prit alors sa décision. Il inspira profondément, d’un seul coup, et s’élança en avant. Il rasait le sol, courant presque à quatre pattes et restant caché derrière sa caisse. Il espérait prendre l’intrus de vitesse, et .. et, il ne savait pas. Il avait cédé à la peur et tentait à présent de s’enfuir.

A peine quitta t’il le couvert de son carton se sentit il soulevé dans les airs. Ses pieds ne touchaient plus le sol, et emporté par son élan, il alla s’étaler douloureusement quelques mètres plus loin. Affolé, il se releva précipitamment sans se retourner. Il avait l’impression d’être loin de son agresseur, de pouvoir le distancer. Il se trompait.

Une main se plaqua contre l’arrière de sa tête, et l’envoya avec fureur s’écraser contre le sol. Hideo eut à peine le temps de placer ses bras en avant pour amortir le choc, ce qui ne fut pas suffisant. Et soudain, le monde réel prit une teinte rougeâtre et un aspect ondulant. La douleur ne le frappa à son tour que quelques secondes plus tard. Il en eut l’impression que son crâne avait été fendu en deux…

Le genin, sonné, remarqua les feuillets froissés qu’il avait éparpillés autour de lui dans sa chute. Il releva la tête, bravant la douleur, et se retourna lentement. Il put enfin voir l’inconnu dans tout son ensemble. Il revit son sourire.

Ce sourire carnassier.

J'aime les posts sans dialogue, c'est reposant, question balises

MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Les archives   Ven 16 Juil - 0:09


Hideo ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire. Il était, après tout, pris la main dans le sac, et il ne voyait rien qui puisse l’en excuser ou l’exonérer de ses tords. Il était réellement terrifié à l’idée de ce qui pouvait lui arriver après cette mésaventure. Il serait certainement radié du corps militaire de Kiri, peut être même devrait il écoper d’une peine de prison. Les autorités n’étaient jamais tendres avec les genins qui faisaient n’importe quoi lors de leur mission, même de rang inférieur, alors il ne pouvait qu’imaginer comment elles réagiraient lorsqu’elles apprendraient qu’il était entré par effraction dans une zone sécurisée des archives, en quête de documents secrets. La plupart des documents entreposés ici n’avaient rien de dangereux, bien entendu, et il était directement concerné par le contenu de celui qu’il cherchait, mais ces pathétiques justifications ne lui seraient d’aucun secours…

Le jeune garçon releva les yeux vers le visage du grand homme. Il y chercha une émotion ou un signe de son intention, mais il n’y trouva rien d’autre que ce sourire qui lui faisait si froid dans le dos. Et il restait là, immobile à nouveau. Ce n’était pas le comportement qu’on pouvait attendre d’un garde moyen supposé protéger la salle…

Hideo prit appui sur le rebord de la caisse contre laquelle il s’était adossé et entreprit de se relever. Il n’était pas à la moitié de son geste qu’il vit l’inconnu se déplacer sur le côté, prendre appui sur sa jambe arrière, et décocher un coup de pied cinglant contre l’avant bras du genin. Le jeune garçon lâcha immédiatement son rebord, et serra son bras en gémissant. La douleur était fulgurante, et les larmes lui montèrent rapidement aux yeux, si bien qu’il ne remarqua pas la trajectoire descendante de la jambe de son agresseur, qui lui tomba sur le coin de la tête, évitant de justesse la tempe. Le pied effectua un adroit crochet, et l’homme frappa, apparemment de toutes ses forces, dans le ventre de sa victime. Il lâcha alors un petit soupire de soulagement, agita sa jambe comme pour la reposer, et fit quelques pas en arrière.

Hideo était paralysé. Jamais il n’avait ressenti une telle douleur auparavant. Il ne pouvait plus respirer, car ses muscles abdominaux ne répondaient plus du tout à ses ordres. Il cracha, réflexe aussi douloureux, et ce n’est qu’à se moment qu’il remarqua le sang qui coulait d’une profonde entaille au dessus de ses yeux. Au milieu de sa spirale de souffrance obsédante, il trouva le moyen d’avoir ce fragment de pensée optimiste : au moins son arcade sourcilière n’était elle pas cassée.
Et il suffoquait toujours, et il ne semblait plus jamais pouvoir respirer. Il parvint à relever le visage et à observer l’inconnu. Celui-ci tournait en rond, tranquillement, lentement, comme s’il attendait quelque chose. Il s’arrêta soudain, et se tourna vers le genin, moitié rigolard.
« Ca va ? »

Hideo détesta immédiatement cette voix. Non pas qu’elle ait été particulière ou bizarre, non. Elle n’était ni haut perchée, ni nasillarde, ni au contraire trop grave ou caverneuse. Selon les standards de tout un chacun, elle était parfaitement normale, mais le jeune garçon entendait quelque chose, derrière cette voix. Sous les mots se cachait une couche de fiel, une nappe de vilénie sadique qui allait tellement plus loin que le simple sarcasme. Il ne s’en était pas aperçu plus tôt car la surprise te la douleur avaient paralysé sa réflexion, mais sitôt qu’il avait entendu sa voix, il avait compris.
Il n’était pas en sécurité.
Le jeune garçon cracha à nouveau, plus violement cette fois ci. C’était le signe que ses poumons allaient bientôt avoir de nouveau le loisir de fonctionner correctement. Il était temps : il commençait à voir trouble.

Le grand homme s’avança, d’un pas apparemment tranquille, mais qui parut infiniment menaçant au genin. Ce dernier paniqua et tenta de rouler maladroitement sur le côté, pour se relever par la suite. Il se sentit curieusement accompagné dans son mouvement, et, déséquilibré, il alla glisser quelques dizaines de centimètres plus loin. Désorienté, il hésita un moment sur la conduite à tenir, un moment de trop …
Il se sentit agrippé par le col et soulevé sans ménagement, puis il encaissa un violent choc entre les omoplates qui l’envoya se plaquer contre le mur en face. Il chancela.

« Debout ! Allez ! »

Hideo se retourna. En face de lui, l’homme avait adopté une parodie de garde de combat. Il faisait rouler ses poings nonchalamment au niveau de son torse, comme s’il s’échauffait à peine. Et, sans crier gare, un poing parti comme l’éclair et enfonça la cage thoracique du garçon, juste sous la clavicule. Alors que son dos était pressé contre la paroi, il sentit et entendit distinctement l’os craquer. Il hurla. L’homme laissa éclater un rire franc, avant d’enchainer avec deux crochets rapides dans la mâchoire, suivi d’un troisième dans les côtes, toujours du même côté.

Hideo voulut se laisser tomber, accablé par le choc et la douleur, mais l’inconnu le rattrapa sans difficulté, et d’un geste presque paternel, le remit bien droit sur ces pieds. Le genin, soudain pris d’un éclat de lucidité, joignit ses mains, et, avec l’énergie du désespoir, tenta de projeter son esprit aussi fort qu’il le put dans la psyché de son agresseur. Pas de fioriture, pas de technicité, uniquement la force brutale et implacable des fondements du genjutsu. Et pour la première fois, le garçon ne songeait ni à son retard sur ses camarades, ni à ses longs mois passés sans pratiquer, ni aux commentaires encourageants de ses professeurs à l’académie, ni à ses parents, ni à ses états d’âme, ni à sa répugnance envers l’illusion, ni à lui-même. Il ne pensa à rien, laissant son esprit se rebeller et, tout d’un bloc, se déverser en flots furieux dans la conscience d’un autre individu. Un instant, une fraction de seconde figée dans le temps, leurs deux âmes se mélangèrent et se repoussèrent tout aussitôt, car par-dessus tout, elles ne supportèrent pas de perdre leur individualité, et dégagèrent une énergie psychique énorme.

L’homme cria. Et dans ce cri, Hideo eut le plaisir de percevoir l’inconfort et la douleur qu’il lui avait fait subir. C’était un plaisir qu’il regretta immédiatement de ressentir, et il se sentit passablement dégouté de ce qu’il venait d’accomplir.

« Mamoru… » murmura t’il. Comment ce nom lui était il venu à l’esprit ? Il l’ignorait totalement. L’hypothèse la plus probable, songerait –il bien plus tard, était qu’en s’abandonnant à ce point au genjutsu, il était parvenu à enfoncer le mur d’individualité qui entoure chaque esprit, et qu’il avait pu ramener cette unique information concrète de son voyage dans la tête de son agresseur.
Ce dernier afficha un air interloqué pendant un instant, avant qu’il n’arrive lui-même à la même conclusion, de fait bien plus rapidement que la personne qui avait causé ce désagrément. Il souffla bruyamment, comme quelqu’un qui s’agace d’un petit tracas, avant de coller une gifle magistrale au genin.

« Je … »

Et un premier coup de poing, direct, dans la mâchoire. Le crâne du garçon frappa bruyamment le bois derrière lui.

« deteste… »

Et un second, crochet dans l’oreille, poing fermé. La douleur éclata et se dilua dans la tête d’Hideo comme une goutte rouge de sang qui tombe dans l’eau.

« le genjutsu ! »

Il avait dit ça d’un ton posé, très calme, très en contraste avec son troisième coup de poing qui frappa le genin directement sur son œil valide. Cette fois ci l’arcade fut écrasée. Plusieurs veines explosèrent et libérèrent une quantité de sang qu’Hideo n’aurait pas cru possible. Le choc l’assomma littéralement, et le garçon s’effondra, vidé de ses forces. Adossé contre le mur, son corps se plia sur le côté, tel un pantin désarticulé.

« Oh. » lâcha négligemment l’homme, qui sortit avec toute la simplicité du monde un petit mouchoir de sa poche, avec lequel il essuya son poing ensanglanté. Il se désintéressa alors soudainement de ce qui lui avait servi de punching ball, et reporta son attention sur les feuillets de papier qui avaient été éparpillés un peu partout au milieu de la salle.

Il en ramassa un, au hasard, le parcourut quelques secondes, avant de demander, nonchalament.

« Han, comment as-tu dis que tu t’appelais déjà ? »

MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Les archives   Sam 17 Juil - 19:21

Hideo porta doucement la main à son visage, et se passa les doigts sur sa lèvre fendue. Dans sa bouche, le sang avait un goût de cuivre, désagréable. Et au travers de la mince fente que ses chairs enflées laissaient à son œil unique pour voir, il ne distinguait que des formes floues, et rouges. Sa tête lui semblait parcourue d’ondes de douleur se propageant lentement et se réfléchissant sur les parois intérieures de son crâne. Il la sentait palpiter sur un rythme lancinant, implacable, qui ne semblait jamais vouloir lui laisser de repos. Son oreille droite sifflait continuellement.
Sa poitrine n’était pas dans un meilleur état. Il ne respirait toujours pas comme il le voulait, et il était persuadé d’avoir perdu une côte flottante au niveau de son flanc. Le coup direct qu’il avait reçu sous la clavicule avait aussi fait des dégâts, mais l’os n’était, heureusement, pas cassé.
Il passa sa langue dans sa bouche, et eu la surprise d’y trouver une dent qui n’était pas encore complètement décrochée. Cela lui arracha un râle de douleur, mais il finit le travail, et cracha le petit morceau d’ivoire. Il passa de longues secondes à le contempler, indifférent à tout le reste, au milieu de sa petite flaque de salive et de sang, avant que son tortionnaire ne le rappelle à la réalité d’un soufflet avec ses papiers.

« Ohé. » chantonna-t-il. « Ne m’abandonne pas si tôt. Je t’ai demandé ton nom. » Et il parti d’une sorte de petit rire soufflé, mi sarcastique, mi amusé. Un ricanement profondément désagréable aux oreilles du genin, qui commençait à peine à recouvrer ses facultés. « Ton nom ! »

Il ne riait plus du tout.

« Hideo. »
« Hideo qui ? »
« No… Nomura »

Il n’était pas évident d’articuler correctement avec la mâchoire dans un tel état. Malgré ça, le garçon trouvait qu’il ne s’en sortait pas trop mal.
L’homme retrouva son air faussement affable. « Bien ! On avance », puis il se remit à parcourir le dossier qu’il avait à présent reconstitué, dans l’ordre, laissant à nouveau le genin seul avec sa peine…

Hideo se décida alors à essayer de se redresser. Il plaqua sa main au sol et, délicatement, tendit les muscles de son dos. Il eut mal, mais c’était bien plus soutenable que ce qu’il avait craint. Il s’assit, et tenta tant bien que mal de se détendre. Puisqu’il était définitivement à la merci de ce psychopathe, il se disait qu’il n’était plus utile de lutter. Autant économiser le peu de forces qu’il lui restait.
Il pencha la tête en arrière, agacé par le sang qui lui coulait dans l’œil, qu’il avait par ailleurs beaucoup de mal à garder ouvert, et il se passa la manche sur la paupière et l’arcade brisée. Une vive douleur l’empêcha de vraiment essuyer tout ça, et il put enfin apprécier la taille de la bosse qui avait gonflé à cet endroit. Cela n’augurait de rien de bon. Un œil mort, et l’autre au beur noir … il allait être pratiquement aveugle pendant plusieurs jours après cette histoire, si les choses s’arrêtaient là, évidemment.

« Qu’est ce que… »
Il toussa et ravala le sang et la salive qui le gênaient.
« Qu’est ce que vous allez faire de moi, maintenant ? »
« De toi ? Maintenant ? Rien, voyons. Tu ne tiens même plus debout, il n’y aurait plus aucun plaisir à continuer à te frapper. »

C’était tout juste s’il avait levé le nez de ses papiers. Il tournait en rond, toujours concentré. Quelque chose là dedans avait complètement monopolisé son attention, ce qui rassurait beaucoup le genin, qui était bien content d’avoir un peu de repos. Cependant, si sa santé était bien entendu son premier souci, la question d’Hideo portait plus loin que cela : qu’est ce que Mamoru comptait faire après. Quand allait-il le livrer aux autorités ? Que leur dirait-il à propos de ce qui s’était passé ici ?

« Dis-moi, qu’est ce que tu cherchais ici ? Je veux dire : pourquoi ce dossier en particulier. Qu’est ce qu’il y a là dedans que tu ne savais pas déjà ? Takeo, c’est ton père non ? Dis moi si je me trompe… »
Hideo siffla entre ses dents.
« Qu’est ce que ça change ? En quoi ça vous intéresse ? »

L’homme s’arrêta brusquement. Ses grands yeux sombres tombèrent sur Hideo et le fixèrent un long moment dans le silence le plus inquiétant. Le garçon sentit immédiatement le poids de ce regard, et sa signification. Un long frisson glacé parcourut son épine dorsale de haut en bas. Il avait peur, il le sentait bien. C’était un sentiment fort, qu’il n’avait jamais éprouvé auparavant. Il n’y était pas habitué…
« Je… oui, c’était mon père. Je voulais savoir … pourquoi. »
Il s’arrêta, sa voix éraillée trahissait son angoisse, et il était au bord des sanglots. Cela ne faisait que quelques jours qu’il s’était pris d’obsession pour la cause de la désertion de son père, et par voix de conséquence de sa mort, et il n’était pas de ceux qui aimaient partager leurs troubles. Le forcer à cracher ses mots maintenant était au moins aussi douloureux que ses côtes cassées et son arcane brisée, même s’il s’agissait d’une souffrance très différente.

« Pourquoi … pourquoi il est mort ? Tu n’es pas si naïf, si ? Il a déserté, en pleine mission, ce qui a conduit à l’échec de celle-ci. C’est une cité militaire ici, pas un camp de vacances. »
Et il riait. Il riait de bon cœur, et le venin qui suintait de ses éclats emplissait le garçon de fureur. Mais que pouvait-il faire ? Rien.
« Pourquoi il est parti. »
L’homme cessa de rire, du moins en apparence. Il gardait toujours ce petit rictus, apparemment plein de sympathie, en réalité plein de vilénie. Il s’approcha doucement de sa petite victime, mit un genou à terre et lui demande, murmurant :
« As-tu trouvé ta réponse ? »
Il ne trouva pas d’autre réponse que le regard de défi du genin, et ses petites contractions musculaires au coin de sa mâchoire qui trahissaient sa colère.
« Tu es sûr qu’elle est là dedans ? Ou est ce que tu as risqué de tout perdre à Kiri juste sur un coup de tête, sur une faible intuition ? »
A nouveau, une longue pause. Les deux protagonistes ne se quittaient pas des yeux (même si c’était plus difficile pour l’un des deux).
« Ah ! Tu n’en sais rien, c’est ça ? Et tu n’as pas eu le temps de tout lire ! Donc tu ne sais pas ce que je sais. Ahah ! Cruel, non ? Je suis arrivé quelques secondes trop tôt, n’est ce pas ? »
Il se releva d’un coup, hilare, et se mit à nouveau à tourner en rond, dansant à moitié. Il se replongea avec attention dans le dossier, à nouveau ignorant de tout ce qui l’entourait. Hideo lui fut presque reconnaissant de ce répit. Il ne cherchait même plus à essuyer les larmes qui coulaient doucement sur ses joues. Amusant, comme son œil mort pouvait encore pleurer …
A vrai dire, il n’avait plus la force de s’opposer à Mamoru, de quelque façon que ce soit. Son sort était complètement entre ses mains, il le savait, et il ne cherchait plus comment l’en défaire. D’un certain côté, il se sentait aussi plus calme, et la douleur se faisait moins insupportable. Comme il était facile d’abandonner ! Il n’en était de toute façon pas à son coup d’essai en la matière.

« Je ne vais pas te lire tout ce qui est écrit ici. » commença le grand homme, d’un ton grandiloquent. « Mais je peux te résumer les grandes lignes. Je n’ai pas ses rapports psychologiques sous les yeux, si tant est qu’il y en ai eu d’écrit un jour, mais il est indiqué dans ces feuilles … »
Il s’arrêta, la bouche ouverte, inspirant doucement pour prolonger artificiellement un suspens qui était insupportable au jeune garçon, puis il reprit de plus belle :
« … que Takeo n’avait pas de raison organisationnelle de quitter le village. En revanche, le rapport fait état d’un comportement de plus en plus effacé, d’un enthousiasme de plus en plus réduit. Le mot dépression apparait, mais à ta place je ne ferais pas trop confiance au scribouillard qui a baclé ce rapport à ce sujet. Mais tu sais ce que ça veut dire, non ? Ca veut dire qu’il est resté indépendant, qu’on ne lui a pas demandé de trahir le village. Il a tout fait de son propre chef, et Kiri ne lui reconnait aucun intérêt à sa désertion. D’ailleurs, ils l’ont retrouvé tout à fait par hasard. C’est tout juste s’ils le cherchaient. Il n’a pas eu de bol, je suppose. »
Hideo encaissa le choc. Au fond, il avait espéré qu’il trouverait dans ce fichier une raison valable pour son père de tout quitter. Il se rassura tant bien que mal en se disant que le dossier ne contenait peut être pas toute la vérité, mais il n’ignorait pas qu’il devrait, à un moment ou un autre, laisser de côté toute cette histoire, peu importe la part de vérité qui resterait dans l’ombre.

« Selon ce qui est marqué là, je dirais que le décès de ta pauvre maman y est pour beaucoup, non ? Ca et le fait que ton père n’était franchement pas fait pour être shinobi. Enfin … pas à ce grade. Ramasser les chats perdus et retrouver les poubelles, pas de souci, mais quand il s’agit de tuer … »
Une pause. Hideo était complètement suspendu à ses lèvres, et il le savait et s’en délectait.
« C’est vrai ! La mission pendant laquelle il a déserté, c’était un assassinat. S’il n’était pas capable de finir le boulot, soit, mais il n’avait qu’à refuser l’ordre. Les grands pontes sont assez complaisants avec ça. Tant qu’ils ont le temps de se retourner et de trouver un autre ange de mort, ils ne prennent pas trop mal les états d’âmes de leurs soldats. Au lieu de ça, l’imbécile s’est enfui. »

Mamoru retomba sur ses genoux, et plaça son visage juste devant celui du genin.

« Satisfait ? Content de ce que tu apprends, si tant est que tu apprennes quoi que ce soit. Takeo s’est barré parce que sa poule est morte, et parce qu’il ne supportait plus son boulot. Tu n’es même pas entré dans l’équation. Je doute qu’il ait pensé à toi une seule seconde quand il est parti. Pire ! peut être même que tu était une des raisons de son départ ! En même temps, à quoi tu t’attendais ?
C’est vrai ça, je n’ai jamais adhéré au principe qui dit que les parents doivent aimer leurs enfants. C’est idiot, ils leurs donnent la vie, leur permettent de passer leurs premières années de mioches fragiles dans un environnement à peu près stable, et puis après basta ! Qu’ils volent de leurs propres ailes. Si tu veux mon avis, ton père t’a rendu un beau service en allant se faire tuer comme ça. Il a coupé les liens de la façon la plus sèche qui soit. »

Il ajouta, ricanant.
« Tu t’es envolé, Hideo ? »

L’enfant ne le regardait même plus. Il s’était perdu dans le vide, dans l’oubli, se laissant aller, bercé par les allées et venues d’une douleur ondulante dans son crâne. Il chérissait cette douleur, qui lui permettait de s’échapper des paroles tranchantes de Mamoru.

« Eh, il est encore temps. Un grand homme m’a dit un jour, « ce qui ne te tue pas te rends plus fort » juste après m’avoir mis dans un état très comparable à ce que tu es maintenant. Je suppose que tu n’as pas le cœur à me remercier maintenant, mais tu le feras plus tard. Je serai patient.
En attendant, je vais te donner ça. »


Il sortit deux feuillets du dossier, et les posa devant le garçon.

« Hum, attends. » Il reprit un des papiers, et en arracha un petit bout, en bas de page. « Voilà. Ces papiers contiennent tout ce que je viens de te dire. Je me suis permis d’enlever les informations sur la personne qui a fait le travail … pour ton père, je veux dire. Je n’ai pas envie que tu fasses l’imbécile avec elle. Le reste est à toi. Et je te fais ce cadeau, presque sans aucun arrière pensé. »
« Presque ? »
« Presque. »
Une légère pointe d’amusement transparaissait toujours de son ton, mais Hideo sentit qu’il était sérieux.
« A quoi cela va-t-il me servir, si je suis expulsé de Kiri ? »
Mamoru décocha une belle claque au garçon.
« Tu ne seras pas expulsé, imbécile ! Debout maintenant. J’ai dit debout ! »

Dix minutes plus tard, les deux hommes étaient redescendus à l’étage inférieur, dans l’autre aile, là où les genins s’affairaient toujours à déplacer les vieux cartons de l’administration. A peine Hideo mit il un pied dans le couloir qu’il fut brutalement abordé par la personne qui les avait accueillis le matin même dans le cadre de la mission.
« Te voilà toi ! Où étais tu passé ? Oh mon dieu, mais qu’est ce qui t’est arrivé ? »
C’est Mamoru qui lui répondit.
« Oh, il est tombé dans les escaliers. Je l’ai trouvé dans cet état, je vous … »
« Dans l’escalier ? Mais quel escalier ? Où est ce que tu es allé te fourrer, toi ? On ne se fait pas se genre de blessure en tombant dans un escalier, vous êtes sûr de ce que vous dites ? C’est impossible ! »
« Euh, oui, il s’est pris une porte aussi. Ce garçon n’a pas de chance, décidément. Haha. »

Hideo repéra Noriaki derrière le secrétaire. Il tenta bien de lui adresser un sourire rassurant, mais cela ne changea rien à l’air horrifié de son camarade. Il lui devrait quelques explications plus tard. En tout cas, il semblait que malgré le temps qu’il avait passé là bas, son ami ne l’avait pas dénoncé. A bien y réfléchir, c’était peut être la seule chose qui le réconfortait un peu dans cette suite d’évènements : l’idée que l’enfant, lui, ne l’avait pas trahi.

« En tout cas, je vous l’ai ramené, voilà, il est à vous. Bonne chance ! »
« Non, non. Il faut qu’il voie un médecin. Son œil est … quelle horreur ! Ecoute gamin, tes camarades n’en ont plus que pour dix minutes, ils n’ont plus besoin de toi. File aux urgences et soigne moi ça ! »

Il ne se fit pas prier. Très honnêtement, il n’avait plus la force de soulever ces cartons. Les autres finiraient très bien sans lui …

Alors qu’il tournait les talons, il entendit Mamoru lui murmurer « A la prochaine fois. Je suis impatient de te revoir. »
Que voulait-il dire ? Hideo n’en savait rien, mais il était fatigué de jouer à ces jeux aujourd’hui. Il réprima un frisson et s’en alla. Advienne que pourra !

Voilà, fini. Je pousse le vice jusqu'à demander la validation du choc mental "fléau" pour le 3e post, mais là je comprendrais que ça ne passe pas.

MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Les archives   Mar 20 Juil - 21:29




Mission de rang D : Les Archives - Succès

Hideo :

+ 65
XP
+ 25 £
Technique Validée

J'ai vraiment adoré. Tout bon, partout. Des répliques qui tuent, un scénario bien pensé et ton personnage qui ramasse, que demande le peuple Very Happy

Citation :
" Euh, oui, il s’est pris une porte aussi. Ce garçon n’a pas de chance, décidément. Haha. "

J'ai bien ri Smile
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MessageSujet: Re: [Mission de rang D] Les archives   

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