Partagez | 
 

 Une Cicatrice dans le Passé

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: Une Cicatrice dans le Passé   Mer 30 Juin - 23:53

~* Une Cicatrice dans le Passé *~

1. L’arrivée à Kumo

Après plusieurs jours mouvementés d’escorte, ils arrivaient enfin en vue de Kumogakure.

Enraciné dans un creux naturel formé par la jointure de plusieurs montagnes, le village de Kumo semblait pouvoir être immuable. Le ciel chargé le faisait paraître d’un blanc de neige en comparaison. Le paysage était aride, dénudé par le vent. Les portes surtout s’y imposaient, majestueuses, gigantesques pans de roches sculptées qui venaient barrer la route aux étrangers.

En espérant que leur invitation serait bien valable…

En attendant, cette vision laissait Ine pensive et rêveuse. Jamais elle n’avait respiré d’air aussi pur et cela lui faisait oublier la sensation de malaise qu’elle avait ressentie en traversant le Pays de la Neige. Ses poumons lui brûlaient mais c’était d’une douce brûlure, qui effaçait la fatigue générée par l’escorte, les nuits raccourcies par des apprentissages clandestins mais aussi les crampes douloureuses qui lui parcouraient les jambes depuis plusieurs heures qu’ils avaient débutés l’ascension. Bien qu’habituée aux routes, la jeune femme n’était pas coutumière des chemins escarpés de montagne. Le fauteuil d’Esio était aussi à rude épreuve et plusieurs fois, Bairei avait dû porter l’infirme tandis que les trois genin forçaient un passage pour le fauteuil roulant. Heureusement ils bénéficiaient d’une accalmie, sans quoi la pluie leur aurait rendu la tâche bien plus ardue.

Depuis qu’ils avaient passé le col, une rumeur sourde montait du village, comme les murmures d’un millier de personnes. Ine songea que bientôt, ils ajouteraient leurs voix à ce chuchotement perpétuel. Mais pour le moment l’équipe parlait peu. Bien qu’aménagée, la descente vers le village était peut-être plus périlleuse encore que l’ascension pour Esio. Il fallait faire des pauses régulières pour que Kiba et Bairei, qui transportaient de concert le fauteuil roulant et son occupant, puissent se reposer les bras. Ine et Naoyuki ouvraient la marche mais ne disaient rien. D’abord parce que le spectacle se passait de commentaires et qu’un regard suffisait aux deux amies pour partager tout l’émerveillement qu’elles ressentaient. Ensuite parce que la prudence requerrait une bonne partie de leur attention.

Ine porta la main à sa nuque et se gratta nerveusement le bras, effleurant sans y prêter attention le sceau qui la liait à Kiba. En voyant les montagnes marquées de profondes zébrures, stigmates de la foudre, la kunoichi se demandait si le village n’était pas dangereusement placé, situé ainsi directement sur le chemin d’avalanches de blocs fracassés.

*Pourtant il vaut mieux que ce soit les montagnes plutôt que le village qui fasse office de paratonnerre, tu ne crois pas ?*

La voix subtilement modifiée n’en demeurait pas moins celle de Kiba. Surprise, Ine tourna la tête en arrière pour regarder son compagnon qui lui adressa un clin d’œil. Un caillou roula sous son pied. Elle perdit l’équilibre mais par bonheur, Naoyuki la retint d’une main ferme. Ine la remercia d’un sourire. Elle avait la drôle d’impression d’entendre un rire résonner dans sa tête et, si elle n’osait plus tourner la tête, elle se sentait tout de même quelque peu désemparée.

*Tu as juste activé ton sceau par mégarde. Ton esprit est grand ouvert, j’entends tout ce que tu penses.*

Horrifiée, Ine repassa une main sur le sceau pour le désactiver. Il était difficile de s’habituer à ce genre d’aléas, les tatouages de chakra s’oubliaient si vite. Il y avait quelque chose d’à la fois dérangeant et sécurisant dans cette télépathie et elle se promit d’y faire plus attention désormais.

~*~

Il leur fallut près de deux heures pour finalement arriver aux portes de Kumo. Celles-ci paraissaient plus imposantes encore vues d’en bas, plus impressionnantes même que les Hokage gravés dans la falaise de Konoha. L’arceau s’ornait à son sommet du symbole du village, bien loin au-dessus de leurs têtes. Ine sentit son cœur se crisper d’appréhension. Ils étaient enfin arrivés et elle n’aurait su dire s’il s’agissait d’un rêve ou d’un cauchemar.

Comme de juste, les portes étaient bien gardées par les troupes d’élite du Village de la Foudre. Esio se présenta à eux avec leur ordre de mission et une missive issue des autorités kiréennes. On les fit attendre un moment, le temps de régulariser leur situation. Temps que mit à profit Esio pour regrouper son équipe autour de lui et faire quelques recommandations de prudence.

Esio – Pendant ces quelques jours Bairei et moi allons assister à plusieurs conférences de médecine où j’espère pouvoir présenter mes travaux. Vous trois, ajouta-t-il en s’adressant aux genin, vous avez quartier libre pendant tout ce temps. Faites néanmoins attention, nous allons certainement être surveillés de très près et je voudrais éviter tout incident diplomatique. N’oubliez pas que vous représentez Kiri.

Ce disant l’Eisei-nin accrocha avec insistance son regard dans les prunelles grises d’Ine qui fit mine de ne pas se sentir plus concernée que cela. Elle savait qu’Esio soupçonnait les véritables raisons qu’avait eues Kenji de l’imposer pour cette escorte, et Esio savait qu’elle en avait conscience. Touchée de cette marque de confiance implicite, Ine sourit doucement.

Les gardes reparurent et Kumo s’ouvrit enfin à eux. Ils marchèrent encore un peu tous ensemble, puis Esio et Bairei se virent accueillir par quelqu’un qui serait leur accompagnateur tout au long du colloque de médecine. Ils se séparèrent donc et les trois genin se retrouvèrent seuls. Naoyuki brisa la première le silence :

Naoyuki – Ine ? Je connais quelqu’un qui peut m’accueillir le temps de notre séjour à Kumo, est-ce que tu veux venir ? Kiba je ne te propose pas, je crois savoir que tu as déjà quelque chose de prévu.

Ine lança un regard inquisiteur de côté avant de hocher négativement la tête.

Ine – Tu es un amour Nao, mais j’ai d’abord envie de visiter un peu.

Naoyuki – Comme tu veux. Je vais vous quitter ici. Ine, voici l’adresse si tu changes d’avis.

L’adolescente tendit un bout de papier à Ine qui la remercia avec chaleur, puis elle s’éloigna à son tour, la laissant en tête-à-tête avec Kiba. En regardant autour d’elle, la jeune femme devait bien avouer qu’elle trouvait le village de Kumo bien plus charmant que celui de Kiri, ou alors l’habitude avait-elle rendu le Village de la Brume un peu fade à ses yeux ? Ceux-ci retombaient justement sur le visage espiègle de Kiba, qui semblait difficilement contenir un rire moqueur. Ine le dévisagea, interrogatrice.

Kiba – Eh bien, pose-la ta question !

Ine – Très bien. Qu’est-ce que tu as de prévu ?

Kiba – Je vais rendre visite à ma petite amie locale.

Les lèvres d’Ine dessinèrent une moue contrite et elle fronça les sourcils.

Ine – A t’entendre on croirait que tu as une petite amie dans chaque village caché.

Kiba esquissa un sourire mystérieux.

Kiba – Je n’ai personne à Kiri, se contenta-t-il de répondre en lui embrassant le front.

Ine le fixa d’un œil suspect, ce qui le fit sourire de plus belle.

Kiba – Allez, dissipes-moi ces sceaux. Je voudrais éviter toute activation « accidentelle ».

Le ton de Kiba était tout sauf équivoque et Ine se surprit à ressentir une pointe d’envie, un peu de jalousie aussi. Elle dissipa d’une caresse tendre le sceau appliqué sur chaque bras de son compagnon.

Ine – Amuse-toi bien, murmura-t-elle.

Il l’enserra dans ses bras. Puis il s’éloigna, avant de se retourner une dernière fois vers elle.

Kiba – Au fait, avant de partir je te confie ça.

Il lui balança le paquet de cigarettes. Ine le recueillit, surprise, entre ses mains.

Kiba – Hone déteste les cigarettes ! précisa-t-il en grimaçant.

Ine sourit. Elle regarda Kiba disparaître d’un pas plein d’entrain dans la foule kuméenne. Voilà qu’elle était seule dans un village inconnu. Elle fourra le paquet de cigarette dans la poche de sa veste et soupira, envoyant l’une de ses mèches voleter devant ses yeux. Elle n’avait pas très envie de penser à Kenji et son manuel tout de suite. Non, elle allait plutôt déambuler un peu dans les rues pour commencer à se repérer dans ce Village de la Foudre.

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Ven 2 Juil - 15:18

Chapitre 53 - Une cicatrice dans le passé
Depuis les hauteurs, le village de la foudre revêtait un tout autre visage. Il gagnait en grandeur et en somptuosité à mesure que le regard de l'observateur s'éloignait de son point d'attache pour parcourir la forêt de toits qui s'offrait à lui. L'hôpital comme le temple du Raikage défiaient les sommets, s'élevant plus haut que n'importe quelle autre bâtisse. Le temple du Raikage se distinguait notamment par son architecture atypique reposant sur de larges poutres en bois ouvragées et sur une série d'avant-toits parcourus par des traits de foudre immortalisés dans la pierre brune des montagnes. L'hôpital n'était pas en reste. Véritable mont érigé à la périphérie du centre-ville, il rivalisait de grandeur sans pour autant abandonner ce côté austère que tout le monde lui connaissait comme pour célébrer le génie et les mystères des grands eisei-nin qui avaient fait la réputation du village à travers le monde entier.

Toru – Tu traînes toujours ici à ce que je vois.

Sho tourna la tête et croisa le regard jaune orangé de Toru Adachi. Les poches sous ses yeux laissaient penser qu'il n'avait pas dormis depuis plus de quarante huit heures.

Sho – Soit tu prends cette histoire de conférences trop à coeur soit tu n'arrives pas à fermer l'oeil pour des raisons plus personnelles.

Toru – Dans les deux cas, cela ne te regarde pas il me semble.

Sho sourit et acquiesça. Lui et Toru cultivaient le même sens du secret. Ils se montraient le plus souvent évasifs sur leur vie privée et n'aimaient guère qu'on cherche à en percer les mystères. Cela expliquait sans doute pourquoi ils s'entendaient si bien; sans compter qu'ils partageaient un même attachement pour la médecine. Toru était le grand espoir de la médecine offensive. Très jeune, il avait été repéré par l'immense Souryo Hakujou et en était devenu l'élève accompli. De nombreuses voix s'élevaient d'ailleurs pour dire que l'élève dépasserait bientôt le maître. Sho était de cet avis. Il avait toujours considéré Toru comme le nouveau grand génie de Kumo.

Sho – Assis-toi. Ce toit est bien assez large pour deux.

Toru détourna ses yeux vers les Grandes Portes.

Toru – Merci mais non. Des eisei-nin venus des quatre coins du monde doivent être entrain d'affluer à nos portes pour assister aux conférences et je serai le premier à m'exprimer dans quatre heures. Les répétitions m'attendent. Souryo-sensei a décidé que j'ouvrirai les festivités cette année. Je ne sais pas ce qu'il lui a pris. Je ne suis pourtant pas un franc modèle de communication.

Sho – Détrompes-toi, tes élèves boivent tes paroles plus que celles de n'importe qui d'autre.

Toru resserra ses lèvres sur son brin de paille dans une moue dubitative.

Toru – Quoi qu'il en soit, il y a une différence entre faire cours à des gamins et faire part de nos avancés à des adultes.

Sho – C'est vrai, les seconds sont souvent trop bornés pour apprendre quoi que ce soit d'un étranger.

Toru sourit.

Toru – Je te rassure, l'idée même de communiquer une partie de nos recherches à de parfaits inconnus m'agace tout autant ... mais tu sais ce que c'est. Les ordres sont les ordres.

Sho – On y échappe pas.

Comme Toru, il ne comprenait pas cette volonté affichée par les autorités de partager une partie – même si elle était faible – de leurs découvertes avec les autres villages. Il pouvait concevoir que des liens non négligeables se développeraient à travers ces conférences mais à quel prix. Placer sur l'autel de l'amitié des recherches qui avaient parfois mis des mois à se concrétiser relevait plus de la folie que de la bonne volonté pour lui. L'histoire passée du village avait montré à de nombreuses reprises qu'un ennemi n'éprouvait aucun scrupule à détourner l'art du dit village pour le retourner contre lui. Même si Kumo restait le berceau des plus puissants eisei qui pouvait dire que leur art ne serait pas un jour détourné pour leur nuire ? Un nom illustrait à la perfection cette idée : Urasa Yûmito.

Sho se demandait si quelqu'un parmi les étrangers venus pour les conférences emprunterait un jour les pas de ce traître.

Toru – J'aurai bien essayé de te convaincre de venir mais Souryo-sensei dit que c'est une perte de temps. De nous deux, je crois que tu es celui qui a le plus de bon sens. Tu sais dire non quand il faut.

Sho – Je t'apprendrai si tu veux.

Toru – On en reparle après les conférences. Je dois filer.

Sho – Bon courage ... et n'en dis pas trop.

Toru – T'en fais pas pour ça.

Sho le regarda disparaître dans un panache de fumée. Un brouhaha s'éleva ensuite dans la rue en contrebas. Ses jambes étant suspendues dans le vide, il se pencha légèrement en avant pour jeter un oeil à ce qui pouvait bien provoquer un changement si prononcé d'atmosphère. Son regard cibla un trio de shinobis vêtus de blanc et de rouge qui jetaient des regards méprisants à tout ce qui pouvait passer à côté d'eux. Chacun d'eux portait un katana à l'horizontal en dessous de la ceinture. La plaque métallique de leur bandeau réfléchissait la lumière du soleil. Impossible de savoir d'où ils venaient.

La foule s'écarta de leur chemin comme s'ils étaient tous trois atteins d'une maladie contagieuse mais cela ne semblait pas les gêner. Au contraire, ils paressaient sourire de plaisir.

Sho ferma ses paupières. Il revoyait le défilé de shinobis qui avait précédé l'Examen Chuunin de Konoha. Chaque participant s'était présenté au village du feu avec la volonté de surprendre les autres. Il revoyait certains visages marqués par l'arrogance et d'autres par le mépris. Il revoyait les armes portés comme des trophées au dos ou à la ceinture des Genin venus prouvés leur valeur. Il revoyait la volonté d'être glorifié dans les regards de celles et ceux qui pendant quelque jours étaient devenus ses alliés et ses ennemis.

Lorsqu'il rouvrit ses yeux, la foule s'était calmée. La rue avait retrouvé son ambiance habituelle, mêlant bruit de roulottes aux conversations des passants. L'oeil gauche de Sho cibla une silhouette féminine au milieu de la foule. La jeune femme semblait perdue à voir la manière dont elle avançait prudemment en regardant de tous bords. Sho crut d'abord à une autre étrangère venue pour assister aux conférences de médecine mais il se ravisa lorsque son profil lui sauta aux yeux. Son pouls s'accéléra et sa bouche s'entrouvrit très légèrement, frappé qu'il était par la ressemblance. Pendant un court instant, il avait cru reconnaître la seule fille qui avait à proprement parlé réussi à percer son esprit.

Sho – Ine ...

Le coeur battant de plus en plus fort contre sa poitrine, il se pencha davantage – à la limite de la chute. Ses yeux balayèrent son corps pour finalement s'arrêter sur sa hanche; là même où il avait inscris une partie de son histoire sur sa peau. Mais beaucoup de temps était passé et la Ine d'aujourd'hui n'avait peut-être plus rien avoir avec celle qu'il avait combattu au coeur de l'arène de Konoha. Pourtant, un drôle de sentiment paralysait son esprit. Il était sûr et certain de ce qu'il avait vu. Sûr et certain du visage qu'il avait vu. Il devait en avoir le coeur net aussi invraisemblable que la présence d'Ine à Kumo pouvait paraître.

Avec hâte, il se redressa et suivit l'allure de la jeune femme en bondissant de toiture en toiture. Arrivé à sa hauteur, il se cala sur son rythme et la suivit ainsi du regard jusqu'à l'angle de la rue où elle s'arrêta sans doute pour chercher son chemin. Lorsqu'elle se tourna dans son sens, il vit son visage de face et il sut qu'il ne s'était pas trompé. Un sourire fendit aussitôt ses lèvres et son coeur s'apaisa comme si le simple fait de revoir celle qui avait fait sa gloire d'un jour avait le don de le radoucir.

Sho – Comment se porte ta cicatrice ?

Sa voix était si puissante que la plupart des passants s'arrêtèrent pour regarder sur les toits qui était à l'origine de ces mots. Mais Sho ne s'adressait qu'à une seule et unique personne. Celle sur laquelle son œil doré était fixé.


Dernière édition par Sho Nagoshi le Ven 30 Juil - 13:22, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Lun 19 Juil - 20:58

2. Le temps d’un battement de cœur

Cela faisait un moment qu’Ine traînait dans les rues, petites ou grandes, de Kumogakure. Elle était perdue mais heureuse de l’être, de ne penser à rien, de dévisager discrètement les passants qu’elle croisait et de se pourlécher les babines aux petites échoppes de spécialités kuméennes. Cette marche sans but avait quelque chose de relaxant. Le museau perpétuellement en mouvement comme pour embrasser toutes ces nouveautés du regard, la kunoichi passa ses doigts dans les longues mèches de ses cheveux qu’elle avait laissés libres. Puis elle s’arrêta, pensive, à un carrefour qui lui proposait trois directions différentes.

La jeune femme se retourna légèrement. Les portes étaient dans son dos et elle s’enfonçait toujours plus dans le village depuis que Kiba l’avait quittée pour aller rejoindre sa « petite amie locale ». A sa gauche les quartiers résidentiels l’intéressaient peu mais le parc qui semblait s’étendre à quelques centaines de mètres à sa droite l’attirait, comme pour exprimer le besoin de reprendre une gorgée apaisante de solitude. Finalement il y avait beaucoup de monde à Kumo. Bien sûr, les conférences de médecine devaient l’expliquer et cette effervescence ne serait sans doute pas de trop pour la mission test que lui avait confiée Kenji.

Une voix puissante venue du ciel la tira de sa rêverie :

XXX – Comment se porte ta cicatrice ?

Ine ne fit d’abord pas le lien avec elle-même. Curieuse, elle ajusta ses mains en visière sur son front pour suivre du regard celui que les gens regardaient, perché sur les toits. Le temps d’un battement de cœur, elle oublia complètement de respirer. La bouche à demi entrouverte, elle fixa le visage de Sho, impassible, implacable et pourtant si doux. Un instant silencieuse, elle finit par agiter timidement la main et lancer, assez fort pour qu’il puisse l’entendre à son tour :

Ine – Salut.

Elle se sentait incapable de dire autre chose que ce « salut » qui pourtant contenait tout : la joie de le retrouver, la gêne qu’elle éprouvait pour ce qu’il s’était passé entre eux lors de leur confrontation à l’examen chuunin de Konoha. Quel sens cela aurait-il eu de dire : tu comptes beaucoup pour moi, alors qu’ils se connaissaient à peine ? Presque automatiquement, sa main prit le chemin de sa hanche d’où ses doigts effleurèrent la cicatrice en question. Puis la kunoichi regarda à droite et à gauche, où les passants commençaient déjà à se désintéresser de l’échange atypique entre les jeunes gens. Elle sauta donc lestement sur ses pieds pour rejoindre les toits et l’homme qui l’y attendait.

Ine atterrit en douceur à côté de Sho, un franc sourire aux lèvres, et lui tendit une main chaude qui ne tremblait pas, en totale contradiction avec son état émotionnel intérieur. Son sourire disparut lorsqu’elle se coula dans le regard ambré de l’eisei-nin qui semblait la transpercer de part en part. Elle laissa échapper un rire, espérant masquer son trouble. Dégageant sa main qu’elle trouvait brûlante, elle pencha la tête et souleva légèrement sa veste pour montrer sa hanche droite où, sur la peau légèrement rosée se dessinaient en relief des arabesques blanches.

Ine – Tu vois, ça a bien cicatrisé et c’est même plutôt joli en fait. C’est pareil sur le dos il paraît. L’infirmière m’a dit que c’était grâce à toi, parce que tu avais été assez réactif pour t’en occuper tout de suite. Je n’ai pas eu l’occasion de te remercier à ce moment-là, alors merci.

En relevant la tête Ine réalisa, consternée, ce qu’elle venait de dire et faire. La jeune femme rougit violemment. Elle ne savait pas comment se rattraper pour ne pas passer pour une parfaite idiote. L’escorte vers Kumo en compagnie d’Esio, de Kiba, de Naoyuki et de Bairei l’avait pourtant rendue plus assurée, plus confiante. Elle esquissa une moue contrite :

Ine – Je suis contente de te revoir, murmura-t-elle sans oser le regarder, mais je redoutais que cela n’arrive.

La kunoichi se porta en avant pour attraper l’avant-bras de Sho. Elle se rapprocha un peu et glissa :

Ine – Je suis désolée.

Ces trois mots, dans leur sincérité, englobaient tout le reste.

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Ven 23 Juil - 12:49

Ine – Salut

Sho accentua son sourire. Il lui était difficile de poser des mots sur ce qu'il ressentait. On ne pouvait pas dire qu'il la connaissait assez pour faire d'elle une amie. A contrario, on ne pouvait pas non plus dire qu'il ne la connaissait absolument pas, la reléguant de fait au rang de simple connaissance. Ine était une énigme. Quelqu'un qui tenait une place dans son coeur sans vraiment en tenir. Les sentiments qu'il éprouvait pour elle étaient, d'une certaine manière, semblables au Genjutsu qu'elle affectionnait si particulièrement. Ils étaient éparses, insaisissables mais pourtant bien présents. Parfois, ils pressaient son esprit. D'autrefois, ils disparaissaient pendant de longues périodes. Il n'y avait aucune logique à ça. Les choses étaient juste ainsi faites.

Une proximité s'installa entre eux dès lors qu'Ine se posa sur le toit. Sho sentit son aura pressé son torse et plus particulièrement sa cage thoracique. Mais comme à son habitude, il n'en montra rien. Il plongea simplement son regard dans le sien sans cesser de sourire. L'histoire aurait pu être écrite de bien des manières mais Sho n'avait pas oublié le regard qui avait été celui de son adversaire au coeur de l'arène de Konohagakure. Aujourd'hui, face à lui, ce regard avait changé. Sho lui reconnaissait une certaine douceur qu'il n'avait fait qu'effleurer à l'occasion de leur affrontement. Ine avait irrévocablement changé. C'était dans l'ordre des choses. Lui-même avait changé depuis l'examen chuunin. Physiquement, c'était une évidence. Mentalement, c'était une toute autre histoire. Quelque chose de si subtile qu'il faudrait beaucoup plus que quelques regards à l'un comme à l'autre pour en deviner les modifications.

Leurs mains se serrèrent et l'étreinte leur fut étrange tant au niveau des sensations que des pensées qui en résultèrent. Sho - qui n'avait jamais été âme tactile - eut presque un frisson en la touchant. Sentir la chaleur d'un corps, fusse seulement de la main, avait quelque chose de déconcertant à ses yeux. Être un eisei-nin accompli n'avait rien changé à cela. Sentir la chaleur d'un corps à travers la main d'une personne qui ne laissait pas indifférent, était tout bonnement confondant.

Le rire d'Ine le fit sourire à l'extrême. Mais ce sourire disparut quand ses yeux longèrent son corps pour se poser sur les cicatrices qu'il avait inscrites par cette funeste après-midi de drames. A l'endroit où le tranchant de son katana était passé, la peau était couverte d'une fine et mince pellicule blanchâtre qui, si à l'oeil ne se remarquait pas, au toucher apparaîtrait toujours un petit peu bombée.

Sho – Est-ce que je peux ?

Au même moment, il approchait sa main de sa hanche pour lui faire comprendre qu'il voulait simplement effleurer les sévisses qu'il avait malheureusement été obligé de lui infliger.

Ine hocha la tête. Sho hésita un moment puis finalement passa ses doigts sur les cicatrices. Comme il l'avait soupçonné, elles étaient encore très légèrement bombées sans doute à cause de son chakra. Une cicatrisation normale aurait conduit à un léger affaissement de l'épiderme. Son intervention avait permis de garder les choses plus ou moins en état.

Sho – Tu sais, si tu le désires je serai en mesure de les faire disparaître définitivement.

Sa remarque se perdit dans le temps.

Ine – Je suis désolée.

Les choses s'étaient enchainées si vite que Sho eut à peine le temps de réaliser ce qu'il était entrain de vivre que la main d'Ine se refermait sur son avant-bras. Ses paupières clignèrent. Le parfum de sa peau remonta dans ses narines et lui fit oublier le décor. La nuque légèrement baissée, il plongea son regard dans le vide. Ine se tenait à moins d'un mètre de lui. S'il tendait un peu l'oreille, il était persuadé de pouvoir entendre son coeur battre contre sa poitrine. Pourtant, malgré leur proximité, il ne pouvait s'empêcher de penser à ses paroles. Désolé... était un trop grand mot pour le laisser filer comme si de rien n'était. Ine s'excusait et Sho n'aurait su dire vraiment pour quelle raison. Au fond de lui pourtant, il comprenait.

Son avant-bras remua et sa main enserra à son tour l'avant-bras de la douce kiréenne. Lentement, son visage se tourna vers elle. Ses yeux dorés croisèrent les siens, gris, comme un ciel d'automne sur le point de s'ouvrir à quelques éclaircies.

Sho – Moi non plus je ne t'ai pas oublié.

Sa réponse lui semblait parfaitement appropriée. Ses lèvres se fendirent d'un nouveau sourire, plus léger, plus subtile que les précédents. Ine n'avait pas besoin d'entrer dans son esprit pour comprendre sa réponse. Le temps qui s'était écoulé entre cet instant et leurs adieux sous le soleil étincelant du village de la feuille avait provoqué des dommages irrémédiables. A travers ces mots, on pouvait les percevoir comme on les percevait au fin fond de ses yeux.

Sho – Beaucoup de temps s'est écoulé depuis l'examen...

Son murmure s'engouffra dans le creux de son oreille.

Sho – Là-bas, tu as entendu les murmures de mon esprit... tu as fait la rencontre du véritable Sho Nagoshi quand lui rencontrait une image, l'image d'une kunoichi venue défendre son honneur. Tu as découvert qui j'étais... quand moi je trouvais à peine le souffle de briser ton image pour savoir...

Il se redressa et affronta de nouveau son regard. Alors son sourire s'accentua encore.

Sho – ... qui tu étais réellement ?

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Sam 24 Juil - 11:39

3. Le don de soi

Sho – Tu as découvert qui j'étais... quand moi je trouvais à peine le souffle de briser ton image pour savoir... qui tu étais réellement ?

Ine avait fermé les yeux lorsque Sho s’était penché vers elle pour glisser ces mots à son oreille. Elle les rouvrit immédiatement en en entendant la fin, qui sembla rester en suspend dans l’air. Le choc la fit reculer d’un pas alors que son cœur battait dans sa poitrine à lui en faire mal.

Etait-ce vraiment lui qui lui demandait une chose pareille ?

La jeune femme pouvait encore ressentir la brûlure des doigts qu’il avait passé sur sa cicatrice. Elle avait accepté qu’il le fasse, bien sûr, tout en songeant avec amusement que le Sho qu’elle avait connu autrefois n’aurait sans doute même pas esquissé ce geste. En fait, Sho avait tort. Au travers de son esprit elle avait bien fait la rencontre du véritable Sho Nagoshi à Konohagakure, mais c’était celui d’un instant T révolu depuis de longs mois. A cette époque, elle-même se trouvait encore tiraillée entre deux facettes de sa personnalité qui s’excluaient l’une l’autre. Aujourd’hui, Ine se sentait Ine et Kiba avait joué pour beaucoup dans cette transformation.

A ses yeux, Sho avait été et restait toujours un mystère, comme un secret que l’on garde jalousement en soi pour ne pas le partager. Même Kiba n’y avait jamais fait allusion, malgré ses fréquentes incursions dans son esprit. Ine trouvait ce Sho-là moins distant, moins neutre, plus enclin au contact. La jeune femme expressive et tactile qu’elle était s’en réjouissait. En fait elle avait même l’envie irrésistible de le serrer entre ses bras, et elle réfrénait tant bien que mal cet élan de tendresse, ne souhaitant pas paraître trop enfantine ou trop envahissante. Cependant elle en était certaine, ces infimes changements dans l’apparence de l’eisei-nin avaient dû se répercuter dans son esprit qu’elle n’avait pas réussi, malgré son intrusion, à saisir réellement. La chaleur lui montait au visage quand elle repensait au jour où l’essence du Genjutsu l’avait habitée pour la première fois grâce à ce combat dans l’arène de Konoha.

En un sens, cela l’avait rendue triste qu’il parle d’effacer ses cicatrices. C’était comme lui demander de faire disparaître un bout de son histoire, de leur histoire. Ces marques sur sa peau, elle les aimait et les portait avec fierté, parce qu’elles signifiaient quelque chose de fort pour elle. Heureusement, il paraissait l’avoir compris. Qu’il réponde à son geste le montrait bien assez.

Les mots qu’il avait prononcés après, Ine les entendait toujours résonner à ses oreilles. Ceux-là, et puis la phrase qu’il venait de murmurer alors qu’il était si proche d’elle. Le choc passé, elle accepta d’affronter de nouveau le miel en fusion des yeux de son ancien adversaire, dans lesquels elle se découvrait une propension à se noyer. Elle aimait la douceur de son sourire aussi, auquel elle répondit timidement. En lui laissant comprendre qu’il la voyait comme une vraie kunoichi et même plus, Sho insufflait en elle sans le savoir ce qu’il manquait à la jeune femme pour prendre pleinement confiance en elle. Avec un petit sourire celle-ci se rendit compte que ce n’était finalement pas la première fois. Pour cela aussi elle devait le remercier, mais comment exprimer par des mots ce qui semblait inexprimable ?

D’un pas maintenant plus assuré, Ine s’approcha plus encore de Sho, s’arrêtant uniquement lorsque leurs coudes repliés se touchèrent. A son tour elle se pencha jusqu’à presque effleurer le lobe de son oreille droite.

Ine – Celle que j’étais lors de notre combat, ce n’était pas vraiment moi, sauf à la fin peut-être, glissa-t-elle d’une voix suave. Je voudrais… te connaître autrement que comme un adversaire. Je suis une fille horriblement banale tu sais, mais je suis prête à faire le premier pas si tu le souhaites. Me le permets-tu ?

Alors qu’elle se redressait, il s’avéra que leurs visages étaient vraiment proches. Ses yeux s’agrandirent, dévoilant les nuages gris d’une brume des mauvais jours, encore une fois happés par l’ambre chaud et lumineux de ceux de Sho. Dur de s’en extraire ! Les lèvres d’Ine se retroussèrent en une moue mutine et elle baissa la tête pour lui présenter ses mains ouvertes juste au-dessus de ses hanches. Elle avait tant à cœur de réussir à l’atteindre, d’en quelque sorte saisir le flou qu’il constituait pour elle. Pour cela elle se sentait disposée à donner beaucoup d’elle-même, sans se soucier que, sans doute, cela ne devait pas être entre deux shinobi d’affiliation différente.

Tendue à l’extrême, Ine attendit la réponse de Sho. Ses narines frémirent, ses lèvres s’entrouvrirent alors qu’elle reconnaissait le son sourd des battements de son cœur. Un instant elle ferma les yeux pour les rouvrir aussitôt, exhalant un long soupir. Puis sa tension s’évanouit d’un coup lorsque Sho déposa finalement ses mains dans les siennes. Elle releva les yeux et lui adressa un sourire éclatant.

Le décor, déjà oublié, s’effaça complètement.

C’était une expérience bizarre que de s’ouvrir à quelqu’un, par bien des aspects plus forte que de s’introduire dans l’esprit d’un autre. Ine pouvait parfaitement contrôler ce qu’elle désirait montrer ou cacher. Elle se donna toute entière. Plus encore, semblait-il, que lorsque les bras de Ren’ai la tenaient serrée contre lui. Sho put ainsi voir la petite fille qu’elle avait été, les jambes disparaissant presque entièrement dans l’eau des rizières, tendre fièrement son premier plan de riz arraché. Il put voir les razzias de nukenin ou même de shinobi qui les avaient laissés maintes fois sans nulle part où dormir et l’adolescente qu’elle était devenue, perdue dans un monde qui n’était pas le sien. Il put comprendre comment et pourquoi elle était devenue kunoichi sur le tard, rejoignant Kiri après une longue année passée sur les route à jouer, déjà, avec les émotions des gens sous le masque d’une actrice de kabuki. Il put ressentir l’horreur du viol qui avait failli la détruire et aussi comment le Genjutsu l’avait aidée à se reconstruire. Et puis Ren’ai, la perte de Zen lors de la guerre interne, les cours-tortures de Kenji Eichino, la Reine Noire et la Reine Blanche, le déroulement de leur combat à Konoha et le sentiment contradictoire qui depuis s’emparait d’elle chaque fois qu’elle pensait à lui, Aki et son retour à Kiri, la petite Taki, Kiba et tout ce qu’elle avait vécu de fort avec son équipe depuis le départ de l’escorte vers Kumo. Elle se livra, comme une amoureuse d’un jour avant que la fin du monde ne les emporte tous. Et puis, enfin, elle dévoila ce qu’elle ressentait depuis qu’il l’avait interpellée depuis les toits.

Finalement, les toits de Kumo réapparurent progressivement autour d’eux.

La bouche entrouverte et les mains qui enserraient toujours celles de Sho, la jeune femme mit de longues minutes à reprendre ses esprits. Quelques gouttes de sueur perlaient à son front, y faisant coller des mèches de cheveux ramenées sur son visage par un coup de vent et qui venaient cacher ses yeux. Mais, en-dessous, son regard brillait.

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Sam 31 Juil - 12:49

Leurs corps se rapprochèrent jusqu'à se toucher au niveau du coude. Ce simple contact, qui au demeurant semblait anodin, provoqua une décharge dans le corps de l'eisei. Lui qui était si peu ouvert à ce genre de sensations se laissa aller à un sourire franc qui gagna en finesse à mesure que ses yeux s'abaissèrent sur leur coude blottit l'un contre l'autre. L'haleine tiède d'Ine s'engouffra dans son oreille droite. Ses paupières baissèrent d'un cran mais son regard ne perdit pas de son éclat. Il écouta son cœur battre lentement dans sa poitrine puis celui d'Ine à quelques centimètres de là. Il l'écouta comme on écoute une mélodie méconnue qu'on se plairait à analyser. Le cœur d'Ine battait un poil plus vite que le sien, sans doute emporté par leur rapprochement. Ou peut-être était-ce du à ce qu'elle lui susurrait à l'oreille ?

Sho écouta. Il l'écouta attentivement. Il décortiqua chaque mot, chaque intonation de sa voix, pour finalement se redresser et plonger son regard dans le sien. Elle disait vouloir le connaître... mais cela pouvait dire bien des choses et revêtir bien des formes. Mais aux battements de son cœur, Sho comprit qu'elle voulait qu'ils se regardent comme des êtres humains doués de sentiments et non comme des shinobi. Elle ne voulait plus des insignes kiréen et kuméen comme barrières. Elle voulait accéder à son âme en tant que femme et il était bien tenté de la lui livrer pour mieux approcher la sienne. Il n'avait peut-être pas le don du Genjutsu pour percer l'esprit de ses interlocuteurs mais il savait les comprendre simplement en les écoutant parler. Il ne lui en fallait pas plus.

Ses yeux suivirent le mouvement et il découvrit les deux mains d'Ine, ouvertes à lui, paumes dirigées vers le ciel. L'invitation était lancée... et Sho s'offrit le luxe de l'accepter. Ses mains descendirent sur celles d'Ine, il cligna des yeux et le monde s'effondra autour de lui. Des pensées qui n'étaient pas les siennes s'insinuèrent dans son esprit. Le monde se remodela à l'image de ces pensées. Il vit une série de flash lui régurgiter le fil d'une histoire depuis longtemps perdu : Ine gamine les pieds dans l'eau, Ine sur les routes, Ine et ses premières tortures de l'esprit, Ine et son arrivée à Kiri, Ine et ses grands maux, Ine et ses doutes, Ine dans tout ce qu'elle était au quotidien... une femme fragilisée... même par leur rencontre. Coïncidence ou pas, quand Sho cligna une seconde fois des yeux le monde spirituelle d'Ine s'éteignit dans un néant que seule la lumière naturelle du jour réussit à percer. Au revoir les souvenirs d'Ine, ils étaient de retour à Kumo.

Sho mit un temps à reprendre pieds. Le Genjutsu avait toujours eu don de lui faire perdre la notion d'équilibre. Les sentiments qui l'habitaient étaient somme toute aussi complexes que les images qu'il avait eu la chance de voir. Ine s'était ouverte à lui. Presque totalement s'il en jugeait ce qu'il avait vu. Sa vie se résumait en deux mots : amour et haine. Ce qui était un résumer plutôt commun dans le monde auquel ils étaient rattachés. L'amour et la haine allaient toujours de paire, quoi qu'on en dise. Il n'y avait qu'un infime voile qui séparait les deux et autant dire qu'il ne suffisait d'un rien pour le percer. Finalement, Ine était profondément humaine. Elle avait ses amours et ses peines, ses coups de cœur et ses regrets, comme tout le monde, comme lui. Son histoire était entachée de bien des souffrances que Sho prit en respect. Ine avait souffert plus qu'il n'en fallait à un être normalement constitué. Le plus étrange, c'est que cela ne semblait pas l'avoir renforcé au point de faire d'elle un cœur de pierre. Sho avait, au contraire, la nette impression qu'elle s'était davantage fragilisée au fil de ces expériences. Le constat était quasiment le même pour ses instants de bonheur. En voyant le visage du kiréen et du konohéen, Sho avait compris que l'amour d'Ine pour le sexe opposé pouvait s'accaparer cette même fragilité qu'elle avait commencé à lui révéler.

La tentation de l'esprit était sans doute aussi forte que celle de la chair.

Sho percevait cette fébrilité à même les mains d'Ine, à même sa respiration. S'il n'avait pas été de ces hommes respectueux, il en aurait certainement profité jusqu'à la condamner entièrement. Mais comme il n'en était rien, il accueillit ces révélations sans plus sourire. Ine s'était ouverte à lui et d'une manière ou d'une autre, il lui montrerait qui il était à son tour, même s'il ne ferait pas usage des mêmes mécanismes. Sho avait ses propres armes, ses propres méthodes, et sa propre conception d'un esprit tortueux. Ine le savait peut-être mieux que quiconque.

Les minutes passèrent à leur rythme. Le silence qu'il affectionnait tout particulièrement le dérangeait plus qu'autre chose en cet instant. Aussi, d'une main plus que légère, il releva les mèches qui tombaient sur le visage d'Ine et apposa la paume de sa main contre son front. Il perça son regard un court instant puis il lui sourit comme on sourit à quelqu'un qu'on aurait plus vu depuis longtemps.

Sho – Bonjour, Watagumo Ine.

Ses yeux se plissèrent légèrement, lui donnant un air qu'on ne lui reconnaissait que très rarement. Pour ne pas dire, jamais.

Par son geste, Sho épongea la sueur qui martelait le front d'Ine. Il ramena ensuite ses mains derrière sa tête pour y détacher le nœud si précieux qui tenait son bandeau bien en vu sur son front. Il le rangea soigneusement dans une poche de sa veste et se passa l'autre main dans les cheveux pour les agencer plus ou moins comme il les souhaitait.

Sho – Il y a bien des manières de connaître une seule et même personne...

Il prit un élastique dans la poche de son pantalon et l'amena derrière sa tête, un poil plus bas d'où se trouvait le nœud. Il attrapa quelques mèches de cheveux et dressa une très courte queue de cheval.

Sho – ... pour toi je serai Nagoshi Sho jusqu'à demain même heure.

Il sourit et cette fois-ci se permit de frôler le visage d'Ine pour coller sa joue près de son oreille droite.

Sho – Les choses éphémères ont toujours plus de goût que le reste car nous apprenons à les apprécier pour ce qu'elles sont et parce que nous savons pertinemment que nous ne les reverrons peut-être plus jamais.

Il se redressa et reposa ses mains sur celles d'Ine. Il les caressa un court instant puis il ramena ses bras dans son dos.

Sho – Alors, que veux-tu faire ?

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Lun 6 Sep - 10:32

4. Retour à la réalité

Stupéfaite, la jeune kiréenne s’était rendue compte qu’elle pouvait presque ressentir ce que pensait Sho. Elle prit peur soudain. Se pouvait-il que son aptitude au Genjutsu se déploie en une forme de télépathie dont elle ne voulait pas ? C’était comme… voler des pensées qui n’étaient pas les siennes. Mal à l’aise, Ine baissa les yeux. Ces derniers jours avaient été éprouvants de bien des manières, mais elle avait grandi et tellement appris en l’espace d’une semaine. Elle se faisait l’effet d’une boule d’argile informe à qui l’on avait finalement donné la forme d’une kunoichi. Etait-elle si fragile alors ? Refermant douloureusement les yeux, la jeune femme souhaita ardemment que le jugement de Sho ne fut qu’une mauvaise interprétation ; elle ne voulait pas se noyer dans le Genjutsu pour justifier sa pauvre existence, elle ne voulait plus se couler dans les bras d’un homme pour oublier.

Agacée, enfiévrée et même, quelque peu dégoûtée d’elle-même, Ine rouvrit néanmoins les yeux lorsqu’elle sentit la chaude pression d’une paume contre son front. Le sourire de Sho la déstabilisa, mais pas de la même façon qu’auparavant. C’était un sourire neuf et sincère, dépourvu de mysticisme : le kuméen se présentait à elle comme s’ils venaient à peine de se retrouver. Elle comprit qu’il acceptait d’accéder à sa requête.

Sho – Bonjour, Watagumo Ine.

Elle le salua de la même façon en un souffle à peine audible. Apparemment satisfait, le shinobi concrétisa ce consentement en détachant de son front le bandeau qui le rattachait à son village et qui, quelque part, représentait un fossé entre eux. Ine l’observa faire sans dire un mot. Son bandeau à elle se trouvait déjà dans sa poche.

Sho – ... pour toi je serai Nagoshi Sho jusqu'à demain même heure.

Sho lui donnait une journée pour découvrir le véritable Sho… La jeune femme imaginait sans peine la « faveur » qu’il lui faisait en agissant ainsi. Pour la première fois depuis de longues minutes, Ine laissa un sourire flotter sur son visage. Ainsi ramenée à la réalité, elle s’autorisa une brève échappée : avec la fin de l’après-midi l’air se refroidissait sensiblement, devenait plus dense et les nuages s’amoncelaient au-dessus du village, s’agrippant parfois aux plus hauts toits comme des écheveaux de soie. Elle se rendit compte que les poils fins de ses bras étaient dressés, comme électrifiés par cet air d’altitude. Voyant quelques passants les désigner du doigt d’en bas, Ine réalisa qu’ils constituaient un spectacle insolite. Peut-être devaient-ils descendre pour ne pas se faire remarquer davantage ?

Brusquement happée par la présence de Sho toute proche d’elle, Ine oublia le paysage pour s’abandonner de nouveau aux paroles de son compagnon. Elle l’écouta parler de l’éphémère des choses, bien d’accord avec sa conception de la vie mais un peu troublée aussi : sous-entendait-il qu’après ça ils ne se reverraient plus ? Pourtant, quand il l’interrogea sur ce qu’elle voulait faire, Ine sut qu’il se donnait complètement, à sa façon. Elle frissonna. C’était lui offrir à elle un trop grand pouvoir sur lui-même. Une telle confiance la dérouta. Elle s’imagina un instant en profiter, lui demander ce baiser qui lui brûlait les lèvres depuis le début. La jeune femme ferma les yeux et respira profondément avant de les rouvrir. Il lui semblait qu’elle avait envie d’un million de choses et elle ne parvenait pas à se décider de par laquelle commencer. Elle se sentait comme au bord d’un précipice ; c’en était même une sorte de contradiction, comme si elle voulait à la fois lui dire de partir tout en lui demandant de rester. Elle se résolut à sourire, toujours aussi surprise de se sentir à chaque fois chavirée par les yeux d’ambre d’un Sho interrogateur. Une image s’imposa à l’esprit d’Ine qui esquissa une moue gourmande.

Ine – J’ai bien une petite idée…, glissa-t-elle, mutine. Tu me suis ?

Elle ne laissa pas le temps à Sho d’acquiescer et se pencha de tout son poids sur lui pour attraper l’une des mains qu’il cachait derrière son dos. Cramponnée à cette main qu’elle tenait fermement, Ine fit volte-face pour sauter lestement au bas du toit qu’ils occupaient, obligeant le shinobi à l’imiter. Ils atterrirent élégamment au sol en effrayant quelques personnes au passage, ce qui la fit rire de bon cœur. Elle se sentait soudain libre comme une petite fille.

En se redressant, Ine remit ses longues mèches en place derrière ses oreilles et consulta Sho du regard. Il ne disait rien mais semblait prêt à la suivre. La jeune femme sourit de nouveau et, serrant davantage sa main dans la sienne, l’entraîna en courant dans les rues d’où elle était venue quand il l’avait interpellée du sommet de son toit. Ine courait vite et sans hésiter, déjà parfaitement orientée dans la partie du village qu’elle avait visitée. Puis elle s’arrêta aussi soudainement qu’elle était partie. Le souffle court, les pommettes roses et les yeux brillant, elle lâcha la main de Sho pour s’appuyer un instant sur ses genoux. Quand elle se releva avec grâce, une ruelle pleine d’échoppes se profilait devant elle. Elle pouffa de rire :

Ine – Tu sais, tu pourrais commencer par me faire goûter les spécialités de ton pays. On les mangerait pendant que tu me présentes les hauts-lieux de ton village, tout en me racontant ce que tu deviens. Et puis, elle devint un peu plus grave, moins enfantine, je voudrais aussi que tu m’expliques d’où vient ce Sho si énigmatique. J’aimerais comprendre…

Elle ne précisa pas sa pensée mais un sourire pointa de nouveau sur ses lèvres et elle reprit d’un ton plus léger :

Ine – Ah, et puis tu crois que tu pourrais me montrer les montagnes aussi ?

Ine se désintéressa de Sho pour regarder l’étal de la première échoppe, attirée par les galettes compactes aux baies sauvages, au miel et à la menthe d’altitude qui y étaient exposées à la gourmandise des passants. Elle se plongea bientôt dans un quasi-monologue d’où émergeaient des « hummm, ça ça a l’air bon » en désignant l’une des spécialités, ou alors « et puis ça aussi, et ça qu’est-ce que c’est ? ». A un moment donné elle chercha le regard de Sho, un peu coupable, pour voir ce qu’il pensait de son choix de friandises. Jouer à la tornade ne lui laissait pas l’occasion de réfléchir. C’était une attitude un peu lâche, mais Ine préférait cela plutôt que de voir les réactions de Sho. Ce n’était pas qu’elle avait peur qu’il ne se rétracte. Elle ne savait pas pourquoi soudain elle avait envie de tout jeter et de se mettre à pleurer, d’arrêter de jouer la comédie. Mais elle se contenta de sortir quelques pièces, paya et récupéra l’énorme paquet de galettes.

Ine – J’espère que tu as faim ! fit-elle d’un ton joyeux en lui tendant un gâteau qu’elle avait pioché au hasard.

Elle-même en fourra un dans sa bouche.

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Sam 18 Déc - 14:27


Tout se décida si vite qu’il n’eut d’autre choix que de la suivre dans ses déambulations. Son sourire pendu à ses lèvres, il quitta le toit et retomba comme une plume sur le sol poussiéreux de la ruelle. Il enchaina ensuite sur une course effrénée à travers les rues du quartier, avant de s’arrêter aux côtés d’une Ine essoufflée, pliée sur elle-même, mais heureuse, tout du moins en apparence. Sho l’observa en coin alors que son rire cristallin parvenait comme une douce mélodie à son oreille. Heureuse, elle l’était sans doute, mais quelque chose dans son attitude laissait également entendre le contraire. Tout bon observateur qu’il était, Sho le nota dans un coin de son esprit même si la nature profonde de ce sentiment lui échappait totalement. Dans l’arène de Konoha, les sentiments d’Ine lui étaient apparus beaucoup plus clairement qu’aujourd’hui. Ine avait sans nul doute grandit, et changée également. D’une manière ou d’une autre, elle s’était endurcis et il ne doutait pas qu’elle s’endurcirait encore plus à l’avenir. Peut-être, alors, que la Watagumo Ine de l’Examen Chuunin de Konoha disparaîtrait à tout jamais, comme le Sho de la Vallée Verte avait un jour disparu.

Ine souhaitait connaître les spécialités du pays, les hauts-lieux de Kumo, mais aussi le connaître lui, ce qu’il était profondément, non ce qu’il laissait paraître. En d’autres circonstances et en compagnie d’une autre personne, Sho se serait sans doute interrogé sur ces intentions. Après tout, quelle que soit la nature des sentiments qu’ils partageaient ils restaient au mieux des concurrents éternels au pire des ennemis. L’histoire commune des deux grands villages cachés qu’étaient Kiri et Kumo l’avait prouvé. La cicatrice entre eux était plus profonde que les récits ne voulaient bien le dire. Et si les nouvelles générations n’étaient pas aussi familiarisées avec ce pan de l’Histoire, les anciens et les plus haut gradés des deux villages n’avaient certainement pas oublié. Au milieu de tout ça, lui et Ine n’étaient que des grains de sable, tout du moins pour le moment. Quel que soit leur pouvoir, aucun d’eux n’était devin. L’Asahi était devenu un ennemi commun le temps d’un instant, mais qui sait ce qui succéderait à cette guerre sans merci ? Sans doute une autre guerre, contre un autre ennemi. Kumo et Kiri enterreraient-ils leurs démons à ce moment là ? Au fond de lui, Sho espérait qu’il en serait ainsi. L’idée même qu’un jour il puisse se retrouver sur un champ de bataille face à Ine le répugnait.

Ine – Ah, et puis tu crois que tu pourrais me montrer les montagnes aussi ?

Ses yeux clignèrent frénétiquement, comme s’il se réveillait d’un mauvais rêve. Il tourna son visage vers elle et acquiesça en lui souriant.

Figé au centre de la rue, Sho observa Ine se ruer sur les étales de pâtisseries du coin. Il opina du chef en croisant le regard du commerçant dont les produits avaient tapé dans l’œil d’Ine. L’homme était une bonne connaissance comme presque tous les commerçants du coin, voir du village. Sho n’était peut-être pas un grand bavard, il n’en était pas moins un gros consommateur malgré l’excellent état de service qu’affichait son organisme. Rien à voir avec ce cher Souryo Hakujou qui c’était laissé aller avec les années au point d’en ressembler à un beau ballon de baudruche aujourd’hui.

Ine – J’espère que tu as faim !

Sho – Toujours !

Il saisit le gâteau qu’elle lui tendait et en croqua un morceau. Ine avait bon goût. Le gâteau aux amendes dont il venait d’hériter était un véritable délice. Amusé, il lui lança un regard étonné puis il la saisit par le bras, décidant de retourner son propre jeu contre elle en l’obligeant à le suivre. Une petite impulsion de chakra sous la plante de ses pieds et Sho bondit sur un balcon avant de se propulser vers le toit le plus élevé du quartier. De là, la vue de Kumo ne ressemblait à aucune autre vue si ce n’est peut-être celle que l’Intendant avait du village depuis son bureau. Les fenêtres de ce bureau, Sho pouvait les deviner au loin. Le Temple du Raikage, le monument le plus éminent du village avec l’hôpital, se distinguait très nettement dans la paroi rocheuse du plus haut pic des environs. Le bureau du Raikage, à ce jour occupé par l’Intendant Shigeo Koyama, était un parfait demi-cercle en verre au centre d’une bâtisse qui s’apparentait beaucoup à un sablier.

Sho relâcha l’avant-bras d’Ine et se dirigea vers le bord du toit, les yeux rivés sur le Temple. Ine savait-elle que les deux derniers Raikage avaient disparus dans des circonstances plus ou moins obscures ? Le Yondaime Raikage tué par un général d’Asahi, le Godaime disparu à une époque trouble. Savait-elle que Kumo était embourbé dans une période encore plus trouble depuis ces évènements tragiques ? Avait-elle seulement entendu parlé de l’Intendant ou des Immortels qui s’efforçaient autant par leurs actes que par leurs décisions de redorer le blason d’un village affaiblit ? La réponse importait peu. Elle voulait connaître les hauts-lieux de son village, et sans doute connaître un peu de son histoire et il était son guide le temps d’une journée. A cette idée, le sourire de Sho s’affina un peu plus. Il tourna légèrement sur son talon gauche et plongea son regard dans le sien.

Sho – Tu as demandé à voir les hauts-lieux de Kumo, alors voici le plus important de tous.. le Temple du Raikage. C’est là-bas que notre Intendant siège en attendant le jour où un shinobi se distinguera des autres pour devenir le Rokudaime Raikage.

Il accentua son sourire en la regardant avant de ramener ses yeux sur le Temple.

Sho – Là-bas, poursuivit-il en pointant son index vers le nord-ouest. La bâtisse blanche qui dépasse toutes les autres n’est autre que le grand hôpital de Kumo, celui où notre talent pour l’eisei prend racines. Les plus grands eisei-nin de l’Histoire sont passés par ces portes jusqu’au tout récents Immortels.

Il tourna sur ses talons et fit quelques pas vers la kiréenne, sa main appuyée sur le manche du nodachi pendu à sa ceinture de lin blanc.

Sho – Moi dans cette immensité je ne suis ni plus ni moins qu’un Juunin de second plan.

Il rit légèrement et leva son regard mielleux vers les cieux. Quelques nuages cotonneux circulaient dans le ciel étonnamment bleu pour cette période de l’année. Au moins Ine avait la chance de pouvoir découvrir un Kumo ensoleillé, se dit-il, bien que lui y trouva un charme plus prononcé sous une pluie battante. Soudainement, son rythme cardiaque s’emballa et un pli apparu sur son front. Une pensée funeste déchira son esprit..

Sho – Ine...

Il ferma ses yeux, abaissa la tête, puis les rouvrit face à ceux de son amie.

Sho – T’es-tu déjà dis que nous pourrions être des ennemis si d’avenir nos villages entraient en guerre ? T’es-tu déjà imaginé me donner la mort ?



MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Lun 27 Déc - 23:18

Ine, bonne joueuse, s’était laissée entraînée à son tour de bon cœur. D’autres toits, d’autres vues s’étaient offertes à elle, en une vision saisissante de la grande Kumo. Sho lui avait montré le grand Temple du Raikage, siège d’un pouvoir déposé entre les mains d’un régent en attendant l’émergence du shinobi qui en aurait la valeur. Jetant un coup d’œil à la dérobée, Ine ne doutait pas que Sho pourrait être un jour celui-là. Cela la fit sourire, mais elle ne dit rien. Le bâtiment, comme de juste imposant, se décrochait de la roche avec laquelle il semblait néanmoins faire corps. C’était un ouvrage fascinant qui remettait l’homme à sa place, et face à lui elle ressentait la même chose qu’elle avait ressentie face aux portes du village.

La kiréenne ne lassait pas d’observer le panorama, appréciant la brise qui caressait son visage en ramenant ses cheveux en arrière. C’était un moment privilégié, de ces moments où la communion est presque trop forte pour ne pas être nommée empathie. Ine regretta instantanément la pression de la main de Sho quand il la lâcha. Elle le regarda, le sentit tendu et attendit patiemment. L’énigmatique Sho Nagoshi avait entrouvert un pan de son mystère cet après-midi là. Ine avait vu se briser la solide carapace que s’était érigée l’homme qu’elle commençait à voir comme un grand frère. Grand, parce que bien que plus jeune il rassemblait davantage de sagesse qu’elle n’en avait jamais eu. La jeune femme sourit avec tendresse. Le fol battement de son cœur s’était mué en une profonde affection. Et même si elle regrettait un peu de s’être épanchée comme elle l’avait fait, qui mieux que Sho pouvait garder l’écrin de ce qui faisait Ine ?

Ine suivit le doigt de Sho, pointant au nord-ouest sur ce qu’elle savait être l’hôpital qui avait fait la renommée du village, cette même renommée qui expliquait sa présence aux côtés de son compagnon. Le bâtiment aux façades d’un blanc crème éblouissant était plus haut que tous les autres. Une arche en garnissait l’entrée, ajoutant à la stature de la bâtisse. Esio et Bairei se trouvaient probablement quelque part à l’intérieur. Elle voyait presque l’infirme aux yeux brillants discourir passionnément avec d’éminents médecins kuméens, voire, pourquoi pas, avec les fameux Immortels ! La voix de Sho la tira de sa lointaine rêverie :

- Moi dans cette immensité je ne suis ni plus ni moins qu’un Juunin de second plan.

Ine se mit à rire ; elle connaissait la modestie de son compagnon. Le temps qu’ils avaient passé séparés lui avait été bien plus profitable qu’à elle. Elle n’était pas jalouse. Elle sourit même, parce qu’il venait d’esquiver habilement sa question. Par pudeur, la jeune femme se refusa à lui poser des questions plus personnelles. En outre, elle ne voulait pas forcer la confiance. Ine se surprit à dévisager Sho un instant, alors qu’il portait ses yeux d’ambre sur le ciel cotonneux. Physiquement c’était le même, comme s’il n’avait pas changé du tout avec sa longue tignasse rouge et ses traits fins. Son visage était peut-être mieux dessiné, plus mature. Elle avait envie d’avancer la main pour toucher les étranges losanges rouges qui ornaient son cou comme un collier tatoué.

La jeune kiréenne fronça les sourcils soudain, consciente du changement qui s’était produit dans le rythme sourd des battements de cœur de son ami. Elle le sentit troublé et, inquiète, elle s’alarma aussi.

- Ine…

- Qu’y-a-t-il ? répondit-elle, s’efforçant de conserver un ton calme.

Il avait fermé les yeux, comme s’il répugnait à lui dire ce qui lui avait traversé l’esprit. Il les rouvrit néanmoins et la fixa comme il ne l’avait jamais fait, d’un air si douloureux qu’elle en eu le cœur déchiré.

- T’es-tu déjà dis que nous pourrions être des ennemis si d’avenir nos villages entraient en guerre ? T’es-tu déjà imaginé me donner la mort ?

Ine blêmit, incapable de répondre. A son tour elle ferma les yeux, se détachant par là même du regard doré. La question lui avait déjà effleuré l’esprit et elle l’avait écartée comme un simple badinage, mais se l’entendre formulée était différent. Elle aurait eu toutes les raisons de haïr Kumo pour ce qu’avait enduré Ren’ai ou Takeo, malgré tout elle était assez intelligente pour savoir que ces guerres de frères ennemis se situaient à un niveau bien plus haut que cela. Son esprit vagabonda pour la ramener à Sawa, où l’influence de Kiri se réduisait à peau de chagrin, au profit d’un intriguant kuméen pourquoi pas ? Dans le monde ryoméen les alliances se faisaient et se défaisaient au gré des saisons. Si Kumo et Kiri étaient aujourd’hui alliées face à la menace Asahi, en serait-il de même lorsque l’organisation serait tombée ?

L’onde fulgurante d’une vision lui tordit le ventre, alors qu’elle se voyait à genoux, penchée sur un homme aux cheveux rouges étendu sur ses cuisses, blessé à mort. Ine détourna violemment la tête, le front plissé. Les gâteaux pesaient soudain lourdement sur son estomac. Elle rouvrit les yeux. Et elle sut avec certitude qu’elle n’en serait pas capable. Ce constat fit rouler des larmes sur ses joues, mais c’était des larmes de soulagement. Un étrange sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’elle redressait la tête pour se retrouver face à son compagnon.

- Sho Nagoshi, fit-elle d’une voix fébrile, écartant d’une main tremblante une mèche rouge de son visage, je n’aurais pas une chance face à toi.

La jeune femme se mit à rire pour dissiper son malaise. Quelle piètre kunoichi elle faisait ! Eh bien, ça lui était égal. Elle se connaissait assez pour savoir que sa persona propre ne se remettrait jamais d’un tel acte.

- Je ne devrais pas dire ça parce qu’un shinobi se doit corps et âme à son village, mais je serais incapable de te donner la mort quelle qu’en soit la raison. Parfois tu sais, j’ai l’impression d’être un boulet, une épine dans le pied de Kiri.

*Et comment veux-tu qu’il en soit autrement, vu que tu es venue à Kiri pour rejoindre ton amoureux ?*

Ine porta sa main à la bouche, rougissante. Cette pensée avait été si forte qu’elle devait avoir diffusé vers tous les côtés. La kunoichi se félicita que Kiba ait insisté pour qu’elle lui retire les sceaux de télépathie. Elle n’avait pas envie d’affronter son regard moqueur pour ce genre de chose. Puis, croisant les yeux graves de Sho, la jeune femme revint à elle.

- Et puis toi, tu es juunin, reprit-elle pour se rattraper, la voix tout aussi grave, tu as plus de responsabilité ici que je n’en aurais jamais à Kiri. Si nous devions nous rencontrer dans de telles circonstances, je me laisserais tuer par toi. Ou alors, je tomberais sur mon kunai pour t’éviter d’avoir à le faire, même si je ne préfèrerais pas. Quoi qu’il en soit, j’espère que ça n’arrivera jamais.

Un frisson la parcourut alors qu’elle baissait la tête, nauséeuse. Il lui semblait presque sentir les délicats entrelacs de ses cicatrices pulser sur sa hanche et dans son dos. Pouvait-on espérer qu’un jour, le lourd passé commun de Kiri et Kumo se cicatrice pour de bon ?

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Mer 29 Déc - 15:37


La première réaction d’Ine valait bien toutes les réponses du monde. La manière qu’elle eut de blêmir, de fermer ses yeux puis plus tard de tourner la tête, le front plissé, suffit à exprimer ce qu’elle pensait de tout ça. Le sourire de Sho réapparut comme la lumière du jour à l’horizon par un matin d’hiver. Quel que soit le destin que suivrait Kumo d’un côté et Kiri de l’autre, il savait maintenant qu’Ine serait incapable de lui donner ce que tout shinobi se devait de donner à un adversaire un peu trop coriace : la mort. Il était difficile d’imaginer un futur sans guerre. Difficile de croire que l’Histoire ne réveillerait pas, un jour, le conflit séculaire entre les nations de l’eau et de la foudre. Mais si l’aube de ce jour devait retentir ici, entre ces hautes montagnes, ou là-bas, sur les rivages, Sho savait qu’il compterait un adversaire en moins dans les rangs de la brume. Ce n’était peut-être rien d’un point de vue purement stratégique, car il en aurait dans tous les cas des dizaines d’autres à combattre. Mais au moins, il n’aurait pas à se dresser devant le seul enfant de la brume contre qui ses sentiments l’empêcheraient d’agir.

Ine – Sho Nagoshi.. je n’aurais pas une chance face à toi.

Il baissa les yeux et glissa une main sur sa nuque. Au cœur de l’arène de Konoha, il ne lui avait laissé que peu de chances de s’en sortir, mais qu’en était-il réellement aujourd’hui ? Il ne pouvait le deviner. Percevoir la puissance des autres n’était pas un don que tout haut gradé se devait d’avoir. Percevoir le danger était beaucoup plus dans ses cordes. La force d’Ine avait forcément évolué depuis leur rencontre à Konoha, mais à quel point ? La fille qu’il avait en cet instant face à lui était plus assurée qu’elle ne l’avait été par le passé. Peut-être n’était-ce pas suffisant aux yeux d’un grand nombre, et aux yeux de son propre village, mais toute épine qu’elle croyait être, elle comptait forcément pour Kiri. Sinon pourquoi aurait-elle atterri ici ? Pourquoi son village lui aurait accordé l’autorisation de voyager jusqu’à Kumo si elle n’était rien de plus qu’une gêne permanente ? Non, elle n’était pas une épine dans le pied d’une machine extrêmement bien huilée, et encore moins un boulet qui pendait au bout de ce même pied. Quelle que soit sa force, sa puissance, ou sa réelle détermination, Ine aurait tôt ou tard un rôle à jouer dans la grande histoire de ce village. Sho pria pour que ça ne soit pas à l’encontre de Kumo. Mais même si cette option devait se présenter à elle, il ne pourrait pas lui en vouloir. Elle devait servir ses propres intérêts et servir ceux de Kiri.

Sho – Il m’est difficile de jauger tes compétences en l’état. Je n’ai jamais été doué pour ça de toute façon. Mais je crois que chacun à notre manière nous avons quelque chose à apporter à notre village. Ton genjutsu demande peut-être à se perfectionner, mais je ne doute pas un seul instant qu’il servira un jour dignement la nation de l’eau.

Le ton grave qu’Ine employa ensuite ne fit qu’accentuer l’envie de rire de Sho. Le croyait-elle vraiment capable de la laisser mourir n’importe où n’importe quand pour peu que Kiri et Kumo soient impliqués ? Le croyait-elle capable de lever sa main sur elle ? Il laissa échapper un rire cristallin et releva sa tête pour la regarder. Ine semblait maintenant abattue, comme si la simple hypothèse qu’il avait formulé quelques instants plus tôt s’était transformée en réalité. Se voulant rassurant, il posa sa main sur son épaule et la secoua légèrement pour la ramener à la seule réalité valable : celle qui voulait qu’ils se soient finalement retrouvés sur les toits de Kumo par un jour ensoleillé.

Sho – Je ne te laisserais mourir pour rien au monde, quitte à placer un lien de vie sur toi. Si jamais la guerre devait survenir entre nos villages, tu peux être certaine que tu ne trouveras pas la mort ni de ma main ni de la main d’un autre s’il m’est possible de te protéger.

Il cessa aussitôt de rire et se contenta d’un sourire léger comme lui seul en avait le secret. Simplement amusé, il baissa sa main droite sur le sachet de gâteaux et en piocha un nappé de chocolat avant de tournoyer sur lui-même et de sautiller vers le bord du toit où il finit par s’asseoir en tailleur. Son regard balaya le panorama et s’arrêta sur le Temple du Raikage. Son sourire s’affirma encore un peu plus. Il était conscient que dans les circonstances décrites, aider Ine reviendrait à un acte de rébellion si jamais il était aperçu entrain de le faire par les autorités de son village. Pour cette raison et pour bien d’autres, il s’était fixé le but d’atteindre les plus hautes sphères de Kumo. De manière à ce que personne ne trouve à redire sur ses méthodes. Coiffé d’une autorité suffisante, il pourrait agir comme bon lui semblerait, dans l’intérêt de Kumo toujours, mais dans un cas comme celui-ci dans son propre intérêt également. Un bon shinobi était un shinobi capable d’agir l’esprit libre. Quelles que soit les crises qu’il aurait à affronter, il s’assurerait toujours que son esprit reste libre de toutes pensées contradictoires. Même si cela le poussait à assommer Ine loin de tous regards et à la cacher jusqu’à la fin du potentiel conflit.

Cette représentation le fit secouer sa tête, riant intérieurement de sa propre bêtise. Celle de ne pas être un shinobi insensible comme il en existait d’innombrables à travers le monde. Celle de n’être qu’un homme comme un autre d’un certain point de vue.

Sho – Un jour, je serais devenu assez important pour que même mes actes les plus insensés ne soient pas remis en cause. Ce jour là, nous pourrons tous les deux considérer que ne pas nous affronter sur un champ de bataille ne représentera pas un affront pour nos compagnons.

Sur ces mots, l’eisei-nin mordit dans son gâteau et s’amusa à balayer le vide du bout des pieds comme un enfant insouciant.

Sho – C’est un beau rêve.. enfin je crois.. as-tu un rêve Ine ?


MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Sam 15 Jan - 3:41

Le rire de Sho résonnait encore dans les entrailles d’Ine. Rire qui l’avait prise au dépourvu, quand elle était encore tout au sérieux de sa déclaration. Interdite, la kiréenne finit par réaliser que Sho se moquait gentiment d’elle. Elle protesta, bourrant de coups de poing amicaux le bras à sa portée tout en se retenant elle-même de pouffer :

- Oh ne ris pas, ce n’est vraiment pas drôle !

La jeune femme chassa une larme de rire du coin de son œil, puis elle ajouta en gloussant :

- Je crois que la triste réalité vient de me frapper : l’art dramatique m’a rendue mélo. Serais-tu catalyseur, Sho Nagoshi, pour qu’à chaque fois que l’on se rencontre j’en apprenne un peu plus sur moi ?

Désormais détendue, Ine regarda avec tendresse son compagnon chaparder un gâteau puis s’asseoir sur le rebord du toit où ils avaient élu résidence. Elle l’imita et alla s’installer à côté de lui, rêveuse. La kiréenne avait chaud au cœur. D’une part Sho lui ressemblait, resté humain malgré les pressions du monde shinobi autour d’eux. Elle se sentait réconfortée, aussi, par la promesse du kuméen de ne pas la laisser mourir si d’aventure leurs villages respectifs devaient de nouveau entrer en guerre. Inclinant la tête, elle repensa à ce conflit décennal. De toute évidence ce serait à eux, la jeune génération, de dépasser les vieilles rancunes de leurs aînés pour enterrer définitivement la hache de guerre. Ine se demanda si elle en aurait un jour le pouvoir…

Comme s’il avait suivi le même chemin de pensées, Sho rompit le silence :

- Un jour, je serais devenu assez important pour que même mes actes les plus insensés ne soient pas remis en cause. Ce jour là, nous pourrons tous les deux considérer que ne pas nous affronter sur un champ de bataille ne représentera pas un affront pour nos compagnons. C’est un beau rêve… enfin je crois… As-tu un rêve Ine ?

Ine le regarda d’un air surpris. Elle n’avait pas vu en Sho un ambitieux et les assoiffés de pouvoir n’avaient jamais récolté d’elle que son dédain. Mais elle avait confiance, Sho était différent. C’était un ambitieux altruiste qui ne travaillait pas vraiment pour son propre compte. Pas seulement, en tout cas. La kiréenne esquissa un sourire. Sho devait aimer Kumo autant qu’elle aimait son village de la brume.

Quand à la question… Ine sentit qu’elle n’avait en fin de compte pas très envie d’en parler, même à lui. Peut-être avait-elle trop fait dans la confidence cet après-midi là ? Reportant son attention sur le temple du Raikage face à eux, la jeune femme laissa ses pensées s’envoler vers Ren’ai, se remémorant la promesse qu’elle lui avait faite d’un jour devenir maître dans la pratique du Genjutsu pour le débarrasser de ses cauchemars. Comme il était étrange que sa blessure fut justement le fruit de cette guerre infernale ! En y repensant, Sho représentait l’Eisei, guérison des corps, quant elle-même nourrissait l’espoir secret de faire du Genjutsu le remède contre les troubles psychiques devant lesquels la médecine restait impuissante. Ine grimaça : cela semblait tellement inconsistant comme ambition… Elle passa une main dans ses cheveux et remua, réalisant soudain qu’elle était restée un long moment sans répondre. Elle sentait sur elle tout le poids du regard ambré de son compagnon, mais la kiréenne décida d’esquiver, une moue mutine aux lèvres :

- Tu sais, fit-elle avec espièglerie, le charmant d’un clin d’œil, on m’a dit un jour qu’énoncer son rêve à voix haute, c’est comme lui faire perdre de son pouvoir magique. Malheureusement pour toi il y a certaines choses sur lesquelles je suis superstitieuse.

Ine se mit à rire, puis elle se releva et s’étira, fatiguée par le manque d’action. Elle étendit le bras pour attraper le paquet de gâteaux, mais celui-ci était déjà vide. Désappointée, elle émit un juron étouffé. Les délicieuses petites spécialités de Kumo, loin de la rassasier, l’avaient seulement mise en appétit. Son corps réclamait son dû, éprouvé par la marche difficile qui les avait menés aux portes de pierre de Kumo. Le front barré par sa soudaine contrariété, Ine rencontra du regard le visage souriant de Sho.

- Tu as faim ? demanda-t-il, la tête relevée pour mieux la dévisager d’un air rieur. Ine hocha la tête en rosissant d’embarras, ce qui eut pour effet d’accentuer le sourire du kuméen.

- Viens, lança-t-il en se levant, je vais t’emmener manger dans un petit restaurant que je connais bien.

Ine accueillit la proposition les yeux brillants, se sentant assez affamée pour avaler un éléphant mais encore assez gourmande pour apprécier l’idée d’un repas raffiné.

- Je te suis, fit-elle en retrouvant son sourire.

~*~

Le restaurant était petit et en retrait des rues les plus animées de Kumo, mais il était déjà bondé par ce qui semblait être des habitués. Le propriétaire, un homme bedonnant d’une quarantaine d’années, déambulait pourtant avec une certaine agilité entre les tables trop rapprochées, maintenant trois ou quatre plateaux chargés sur ses bras puissants. Il se tourna néanmoins vers eux quand ils entrèrent et, avisant Sho qu’il reconnut, sourit et désigna du menton une toute petite table qui donnait sur la rue. Les deux jeunes gens se glissèrent tant bien que mal à la place désignée où ils s’installèrent face à face. Les yeux d’Ine firent le tour de l’établissement. Il n’y avait guère de fantaisies dans le décor, juste la simplicité brute de la pierre que venait réchauffer un impressionnant feu de cheminée à l’autre bout de la pièce. La kiréenne regarda le soleil décliner au dehors, réalisant à peine que le temps ait passé si vite depuis qu’elle se trouvait en la compagnie de Sho.

Les odeurs montaient autour d’eux, senteurs alléchantes et inconnues qui avivèrent la faim criante de la jeune femme. Elle ferma les yeux pour tenter de deviner le plat du soir, mais elle se révéla incapable de le faire. Elle rouvrit les yeux et rencontra ceux de Sho. Autour d’eux le bruit était sourd et ils étaient comme noyés dans cette masse grouillante qui offrait un contraste saisissant avec le calme des toits. Ine esquissa un sourire.

- On va nous servir des spécialités de chez toi ? demanda-t-elle pour réengager la conversation.

La question en elle-même n’avait pas vraiment d’importance. Mais elle s’était vu offrir une journée en compagnie du vrai Nagoshi Sho et elle comptait bien profiter de sa soirée…

MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   Mar 5 Avr - 12:13


    Ine ( Niveau 13 )
    : +20% Bonus Inclus
    : + 61 XP

    Sho ( Niveau 35 )
    : +70% Bonus Inclus
    : + 71 XP
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Une Cicatrice dans le Passé   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» [Quête]Un bond dans le passé
» Quelques interventions de Nickie dans un passé ...recent.
» La nouveauté trouve ses racines dans le passé. [pv Alice]
» Hermione , toujours ici ! ça vous étonne ? [Ginny]
» Que gagne-t-on à vivre dans le passé ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0 :: Portes de Kumo-