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 [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat

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MessageSujet: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Jeu 8 Juil - 12:51

Hors Série - Mission C : Chocolat

Sho – Qu'est-ce que vous avez pour moi ?

Le vieil homme accoudé au bureau le regarda sans laisser poindre la moindre émotion. Avec une lenteur atypique, il déroula plusieurs rouleaux de parchemin sous son nez. Le bureau en était envahis. De couleur rouge, vert, bleu, orange ou encore gris, presque tous les ordres de missions du village étaient regroupés dans cette pièce au demeurant trop grande pour n'accueillir seulement qu'un bureau de taille standard et une pile de rouleaux de parchemins. Finalement, c'est un rouleau auquel était attaché un ruban violet qui capta toute son attention.

? – J'ai en effet quelque chose qui pourrait te convenir sous les yeux.

Sho – A voir votre tête, je devine que ça n'a rien d'amusant.

? – Amusant ?

L'homme le fixa, ses lèvres fendues d'un léger sourire.

? –Je crains que ça ne soit pas le bon endroit pour trouver quoi que ce soit d'amusant à faire. Bien que ...

Il se figea. Son regard se fit plus vague, plus lointain, comme si toutes ses pensées étaient accaparées par quelque chose.

Sho – Bien que ...

L'homme cligna des yeux et son regard retrouva aussitôt sa profondeur. Son sourire s'étira en même temps qu'il faisait pivoter le parchemin vers Sho, son index pointant la première ligne.

? – Masaki Asano a besoin de chocolat. L'Intendant en personne a demandé à ce que cette mission soit réalisée dans les plus brefs délais. Malheureusement, la simple évocation de ce nom suffit à faire fuir la plupart des prétendants; sans doute la peur de décevoir un personnage si important.

Sho crut d'abord à une plaisanterie mais quand il abaissa ses yeux sur le parchemin il comprit qu'il n'en était rien. Masaki Asano, la célèbre Sannin, avait véritablement besoin de chocolat. Un chocolat très spécial qui ne se trouvait qu'au Pays du Thé. Plus qu'un simple besoin, Sho soupçonnait la jeune femme d'être véritablement « accro » pour demander à ce qu'une équipe se charge de l'affaire.

Sho – Ça a l'air très sérieux... étonnant mais sérieux ...

? – Ce que femme veut, femme l'obtient

Le vieil homme s'appuya contre le dossier de sa chaise, l'air amusé.

Sho – On dirait bien, oui ... quoi qu'il en soit merci, je vais voir ce que je peux faire pour cette chère Masaki.

Le vieil homme hocha la tête. Sho prit le soin d'enrouler le parchemin et de le ranger dans la sacoche qui pendait sur son flanc avant de quitter les lieux.

Dehors, l'air était frais. Il était accompagné d'une note subtile boisée qui rappelait les plus belles heures du printemps, quand les arbres revêtaient leurs chevelures verdâtres et que le parfum de l'herbe fraîchement coupée se répandait dans tout le village. Lorsque son regard glissa au bas de l'escalier qui donnait sur la rue, Sho trouva les silhouettes d'Hiroko et d'Yokuro assises l'une à côté de l'autre. Hiroko portait un wakizachi à la ceinture et des vêtements de voyage dans lesquels elle semblait nager. La tenue d'Yokuro était des plus banales. A ceci près qu'il portait une série de petites trousses à la ceinture et une veste couverte de poches.

Sho – Qu'est-ce que vous faites là tous les deux ?

Hiroko bascula sa tête en arrière.

Hiroko – Tu ne croyais tout de même pas qu'on allait te laisser partir comme ça ?

Yokuro – Salut Sho.

Sho se passa une main sur la nuque. Il devait reconnaître qu'il était surpris de les trouver là. Depuis qu'il les avait engagés, il passait le plus clair de son temps avec eux. Le matin même, il les avait mis au courant de son intention de partir en mission. Et apparemment, ils n'étaient pas enclin à le laisser partir seul. L'attirail qu'ils portaient sur eux suffisait à le lui faire comprendre. Sho se fit une raison. La solitude ne lui avait jamais déplu, bien au contraire. Mais si ses deux acolytes avaient pris le partie de le suivre, il n'y pouvait pas grand chose. A force, il avait fini par réaliser qu'il ne servait à rien de discuter leurs volontés. Ils étaient tous les deux bornés et lui n'avait jamais pris de plaisir à se chamailler avec qui que ce soit. Aussi, accepta-t-il l'idée de partir en mission avec eux comme si l'idée originelle venait de lui.

Sho – Dans ce cas, vous allez adorer.

Hiroko grimaça.

Sho – Je nous aie dégotté LA mission.

Hiroko – Qui on va devoir buter ?

Yokuro – ... probablement un homme perdu à l'autre bout du monde qui cherche à nuire au village.

Sho s'assit trois marches au-dessus d'eux.

Sho – Rien de tout ça. On va aller chercher du chocolat.

Le visage d’Hiroko se crispa.

Hiroko – C’est une plaisanterie ?

Sho – J’ai bien peur que non

Hiroko – Tu te fous de moi ?! Qui serait assez stupide pour demander à ce qu’une équipe soit formée pour aller chercher du chocolat ?

Sho – Masaki Asano.

A l’écoute de ce nom, Hiroko se raidit. Sho sourit car il était amusé de voir comment la simple évocation de ce nom pouvait engendrer étonnement et crainte chez Hiroko comme chez la plupart des gens. Le responsable du centre de missions lui avait parlé de cette crainte comme un poison qui se répandait lentement mais sûrement chez tous ceux qui redoutaient de décevoir, plus que de servir, un personnage d’une telle puissance et surtout d’une telle influence. Décevoir Masaki Asano revenait pour beaucoup à saboter définitivement leur avenir. Cela ne semblait pas être l’avis d’Yokuro. Souriant, comme à son habitude, il croisa le regard de Sho et hocha la tête.

Hiroko – Je suppose que nous ne trouverons pas ce chocolat chez un épicier conventionnel ?

Sho acquiesça.

Sho – Non, en effet. D’après les informations dont je dispose, nous devrons marcher jusqu’au Pays du Thé.

Hiroko sortit brusquement de sa léthargie. Elle se leva et lui lança un regard noir de colère.

Hiroko – Est-ce que je suis la seule ici à se servir de sa cervelle ?! Boss, on a franchement pas mieux à faire que d’aller faire les courses pour cette vieille peau ?! Il y a des tas de larbins qui pourraient s’occuper de ça. Pourquoi perdre notre temps à jouer les touristes ?

Sho – Parce que la prime est intéressante et qu’un peu d’air frais ne te fera pas de mal.

Hiroko – Tu crois que j’ai besoin de vacances ?! Pour qui tu me prends, pour Yokuro ? J’ai pas besoin d’air ! Encore moins de lécher les bottes de ce…

Sho – Si tu n’as pas envie de venir, ne viens pas. Je ne t’en voudrai pas.

Hiroko grimaça avant de lui tourner le dos.

Sho – Est-ce que je peux compter sur toi, Yokuro ?

Yokuro – Tu as entendu la petite ? Il paraîtrait que j’aurai besoin de vacances alors tu te doutes bien que ma réponse est oui.

Sho – Ok, dans ce cas allons-y. Masaki nous attend. A bientôt Hiroko.

Lui et Yokuro s’éloignèrent du centre de missions pour se diriger vers l’artère principale. Avant que leurs silhouettes ne disparaissent totalement de son champ vision, Hiroko se ravisa sans grandes surprises pour Sho. Il avait su la prendre aux sentiments.

Hiroko – Attendez-moi bande de crétins ! Vous vous feriez tués à la moindre occasion sans moi !


Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:53, édité 3 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Lun 12 Juil - 16:15

    02. L'employeur et la fameuse employée
Le trio s'engouffra dans un long couloir du temple. Chaque porte qu'ils croisaient était décorée d'une plaque en métal où le nom du propriétaire du bureau était gravé. Sho lisait toutes les plaques situées sur la gauche, Yokuro celles de droite. Quand à Hiroko, elle regardait les lampes défilées au plafond avec un désintérêt profond. Rien ne l'insupportait davantage que de devoir croiser la route d'une haute dignitaire du village ; elle qui s'efforçait depuis toujours de les éviter.

Yokuro – Masaki Asano. C'est ici.

Ils s'arrêtèrent devant la porte sur laquelle le nom de la célèbre Sannin était gravée dans une plaque dorée.

Sho toqua deux fois et attendit dans un silence que seul les soupires d'Hiroko pouvaient interrompre. Au bout de quelques secondes, la porte s'ouvrit et une douce lumière les éclaira. La chevelure verdâtre de Masaki et son visage presque taquin apparurent dans l'embrasure de la porte. Elle les toisa du regard et entrouvrit la bouche.

Hiroko – On est la super équipe qui va partir chercher ton super chocolat

Masaki posa son regard sur elle pendant un court instant puis elle ouvrit grand sa porte. Ses yeux se posèrent successivement sur Yokuro et sur Sho à qui elle offrit un sourire des plus chaleureux. Sho était quelque peu surpris de ne pas voir Hiroko dors et déjà au sol. Peut-être que Masaki n'avait que peu d'intérêts à porter à une gamine de son rang ? Ce qui était en soit justifié. En revanche, elle semblait heureuse de les voir lui et Yokuro. Ce qui le fit sourire plus qu'il ne l'aurait voulu. Les rares fois qu'il avait vu Masaki, elle lui était apparu comme une femme joyeuse qui adorait taquiner son monde. Aujourd'hui, l'image était encore la même à ceci près qu'elle semblait un poil plus fatiguée que d'habitude à voir les poches qui commençaient à se dessiner sous ses yeux.

Masaki – Entrez. Je n'ai malheureusement que peu de temps à vous accorder mais sachez que je suis vraiment heureuse que vous vous chargiez de cette affaire. Allez-y asseyez-vous... profitez, la route sera longue une fois que vous sortirez d'ici.

Sho jeta un regard à Hiroko pour lui faire comprendre qu'il lui offrait volontiers sa place - il n'y avait que deux sièges à leur disposition - mais elle lui répondit non de la tête. Bras dessus, bras dessous, elle resta planté comme un i derrière ses deux compagnons, ses grands yeux suivant les moindres faits et gestes de Masaki. Concrètement, elle ne la craignait pas. Elle était consciente de l'écart de puissance qui les séparait l'une de l'autre mais à ses yeux ce n'était pas une raison pour courber l'échine devant elle. Elle n'avait pas plus de respect à avoir pour elle qu'elle n'en avait pour les autres " dirigeants " du village. Elle considérait ces personnes comme des lâches et des menteurs qui ne lèveraient jamais un seul doigt pour les gens qui, comme elle, vivaient avec peu de moyens dans le quartier de l'Asakura. Abandonnée qu'elle avait été par tous, son amertume n'en était que plus grande envers celles et ceux qui auraient, selon elle, pu changer les choses.

Sho – Alors Masaki-sama, qu'en est-il vraiment ?

Masaki – Attendez un instant... où est-ce que je les ai mis bon sang !

Masaki était penchée sur les tiroirs de son bureau qu'elle tirait les uns à la suite des autres avec une frénésie toute contenue.

Masaki – Ha les voilà ! Tenez, 1300£ pour acheter mes tablettes de chocolat favorites. Chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites. Reten...

Hiroko l'interrompit.

Hiroko – Elle délire. Il y a du chocolat à vendre chez n'importe quel épicier des environs, pourquoi nous envoyer à l'autre bout de la planète pour ramener du chocolat noir light avec bouts de bananes confites et noisettes concassées ?

Sho tourna la tête et lui lança un regard qui la suppliait de garder sa bouche fermée pour une fois. Hiroko voulut répliquer mais la voix d'Yokuro mit tout le monde d'accord.

Yokuro – Excusez-la Masaki-sama, elle s'est levée du pied gauche ce matin. Continuez je vous prie.

Hiroko grimaça mais le regard que lui lança Yokuro la dissuada d'aller plus loin dans sa bêtise. Masaki fit peser tout le poids de son regard sur elle, la mine ferme, puis finalement ramena son regard sur Sho et Yokuro avec un sourire.

Masaki – Je disais donc, retenez bien : chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites. C'est vraiment important. Je ne mange que celui-là.

Elle tira un nouveau tiroir et en dégagea plusieurs emballages et trois feuillets qu'elle posa sous l'œil de Sho.

Masaki – Voilà l'emballage pour être sûr de ce que vous achetez et quelques adresses personnelles au cas où celle donnée par le centre de missions ne soit plus au goût du jour.

Sho – D'autres précisions ?

Masaki – Non aucune. Soyez simplement prudent avec l'argent. Il ne doit servir qu'à l'achat des tablettes. Mon stock est vide et j'ai urgemment besoin de ces tablettes. Je compte vraiment sur vous.

Sho opina du chef. L'ordre de mission avait beau être invraisemblable sur le papier, à entendre Masaki Asano on ne pouvait que constater l'importance que pouvait avoir ces fameuses tablettes sur son quotidien. Sho la soupçonnait de travailler sur quelque chose de très important. Quelque chose qui devait sans doute lui accaparer la grande majorité de ses journées. Ses tablettes de chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites devaient avoir la valeur de petits remontants. Lui comme d'autres avait leur propre remontant. Quelque chose qui les aidait à mieux passer le temps, surtout quand celui-ci devenait rapidement pénible. Sho avait sa pipe et ses feuilles séchés du Pays du Thé. Masaki avait son chocolat spécial du Pays du Thé.

Sho – Bien, je crois que nous avons tout ce qu'il faut.

Il prit appuis sur les accoudoirs de son siège.

Sho – Si vous nous le permettez nous allons nous retirer.

Masaki se leva et leur adressa le plus grand sourire qu'il lui eut été donné d'offrir à des personnes extérieures au Conclave.

Masaki – Je vous souhaite de faire bon voyage et de revenir aussi vite que possible.

Sho – Merci

Hiroko resta silencieuse, les yeux baissés vers le sol. Elle ne désirait plus qu'une seule chose : sortir de ce bureau et ne plus avoir à croiser le regard de cette harpie de Masaki Asano... cette folle aux cheveux verts.



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:52, édité 3 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Sam 17 Juil - 17:13

    03. La retraite méritée
Le trio avait quitté Kumogakure peu après le coucher du soleil. Ils avaient suivi la route principale qui descendait jusqu’à la frontière nord du Pays de la Neige et s’étaient arrêtés dans une auberge misérable où Hiroko avait failli se battre avec la serveuse. Leur repas vite fait avalé, ils avaient quitté l’établissement à l’aube et s’étaient tout de suite engouffré sur les sentiers boueux du Pays de la Neige. Leur route avait continué plein sud jusqu’au Pays des Marais où leurs pas les avaient conduis aux portes d’un petit village, situé à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Sawagakure.

Hiroko – On est où là ?

Yokuro qui tenait la carte entre ses mains s’arrêta et regarda tout autour de lui.

Yokuro – Mmm...

Il hésita.

Yokuro – D’après la carte et la colline là-bas je dirai que nous sommes arrivés au village de Mokure.

Sho continua de marcher. Il passa devant une forge d’où s’échappait une épaisse fumée noire puis devant une bâtisse abandonnée et enfin une sorte de marché improvisée sur une toute petite place. Nombre de regards se posèrent sur lui et bien qu’il n’aimait guère être observé de la sorte, Sho fit mine de ne pas s’en soucier. Que ce soit ici ou ailleurs, il n’était pas le premier « étranger » à être épié par tout un village. Aussi désagréable que pouvait être la sensation de sentir une quarantaine de regards posés sur soi, il n’avait d’autres choix que de l’accepter et de continuer sa route comme si de rien n’était.

Un pâté de maison plus loin, il découvrit l’écriteau « auberge » à l’entrée d’un bâtiment d’aspect plutôt soigné et collé à lui un petit restaurant atypique des villages agricoles. La faim ne le tiraillait plus depuis la veille et l’épisode de l’auberge. Le peu de retenue dont avait fait preuve Hiroko lui avait coupé l’appétit.

Se dire qu’une gamine de cette taille pouvait menacer du poing une femme trois fois plus grande et plus épaisse qu’elle avait le don de vous refroidir à l’entrée de n’importe quel établissement habité. Hiroko était un élément incontrôlable. Il le savait bien. Yokuro avait bien un peu d’autorité sur elle mais même ainsi elle n’éprouvait aucune difficulté à lui échapper pour se fourrer dans les pires histoires qui soient. De ce fait, Sho était condamné à choisir minutieusement les endroits où ils s’arrêtaient de peur qu’elle ne provoque un incident diplomatique de grande envergure. Après tout, il partait du postulat que si Hiroko n’avait pas su tenir sa langue devant une Sannin de son village elle ne saurait la tenir devant personne. Il était également hors de question que leur mission prenne du retard à cause d’elle.

Sho estimait qu’ils leur faudraient environ sept à huit jours pour atteindre l’adresse la plus proche et entre un à quatre jours pour se rendre aux autres adresses si jamais la première ne leur permettait pas de remplir leur mission. Sachant que le retour prendrait entre neuf et onze jours selon qu’ils s’engouffreraient loin ou non vers le sud du Pays du Thé, leur mission les occuperait bien pendant un peu moins d’un mois encore. Dans ces conditions, il ne pouvait pas se permettre de trop rallonger leur séjour et risquer ainsi d’augmenter l’attente de Masaki.

Restait que Hiroko était imprévisible et qu’il lui en coûterait autant de la surveiller que de trouver les fameuses tablettes de chocolat noir extra fin soixante-quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites.

Hiroko – Boss, on fait une pause ?

Sho hocha la tête.

Sho – On va prendre quelques heures pour se reposer. A la nuit tombée on repartira. J’aimerai qu’on traverse le Pays du Feu aussi rapidement que possible sans trop s’arrêter.

En baissant les yeux vers Hiroko, il remarqua qu’elle était extrêmement calme et pensive. Ce qui était assez rare pour qu’il s’en inquiète.

Sho – Quelque chose ne va pas ?

Hiroko cligna des yeux puis secoua vigoureusement la tête comme si elle essayait de chasser toute une nuée d’insectes tournant autour de son crâne.

Hiroko – Non, tout est ok !

Yokuro les rejoignit, le nez toujours collé au plan de la région.

Yokuro – Alors, on fait quoi ?

Hiroko – Le boss veut qu’on se repose avant de traverser le Pays du Feu à grandes enjambées. D’ailleurs tu veux que j’aille nous réserver des chambres ?

Sho croisa son regard d’un bleu électrique et aussitôt tout un film se fit dans sa tête. Il voyait Hiroko entrer sur ses grands chevaux dans l’auberge, frapper du poing sur le comptoir, et demander à un homme de la taille d’une armoire de réserver trois chambres en le menaçant du regard. L’homme hésiterait un moment et cela suffirait à déclencher la tornade Hiroko qui lui volerait littéralement dans les plumes. Tout le village entendrait le tapage et un tas de personnes rappliqueraient dans l’auberge pour voir une gamine, haute comme trois pommes, refilée une belle déculottée à un homme ayant le triple de son âge et de sa carrure.

Il hésita un moment et soupesa les inconvénients et le peu d’avantages que sollicitait la proposition d’Hiroko.

Sho – Laisses, je vais m’en occuper.

Hiroko le regarda avec un brin de malice.

Hiroko – Avoues-le, tu as peur que je réitère l’exploit d’hier en entrant dans cette auberge ?

Sho – Tu as tout compris

Hiroko en rit mais ne contesta pas sa décision. Sho entra donc seul dans l’auberge et réserva trois chambres pour la journée. Il paya et le propriétaire lui donna trois petites clés en fer en échange. Revenu auprès de ses compagnons, il confia une clé à chacun d’eux et leur donna quartier libre pour la journée avec pour seules consignes - son regard se fit plus insistant auprès d’Hiroko - de se faire le plus discret possible et de ne pas engendrer de troubles le temps de leur séjour ici.

Yokuro et Hiroko acquiescèrent. Sho les salua, puis le trio se sépara pour quelques heures.

En entrant dans sa chambre, Sho vérifia qu’il n’était pas suivi puis il referma la porte à clé derrière lui. La chambre était tout ce qu’il y avait de plus banal par les temps qui courent. Un lit une place dans un coin, un secrétaire et un fauteuil dans un autre, et une chaise assortie à un petit bureau disposé de sorte que son propriétaire fasse face aux seules fenêtres de la pièce.

Sho posa son manteau et son sac de voyage sur le lit. Il ouvrit les fenêtres dans la foulée et resta planté un bon moment devant à regarder la panorama. Le village de Mokure n’était pas bien grand. De sa position, Sho pouvait voir l’artère principale par laquelle lui et ses acolytes étaient arrivés, deux ruelles qui lui étaient perpendiculaires et où s’amassaient de petites habitations, et enfin une artère secondaire, moins large que la première, mais un poil plus longue. D’autres habitations, plus espacées, en jonchaient les bords et un grand sentier y commençait. La disposition des maisons lui empêchait de voir jusqu’où serpentait le sentier mais il se doutait bien qu’il devait desservir les champs alentours.

Lorsque son intérêt pour le panorama commença à diminuer, il revint près de son sac de voyage d’où il extirpa une petite boîte rectangulaire, une pipe fine, un carnet et de quoi écrire. Une fois installé derrière le bureau, il ouvrit la petite boîte et aussitôt une odeur de feuilles séchées envahit la pièce. Il en tassa quelques-unes unes à l’intérieur de la tête de cuivre de la pipe et y mit le feu à l’aide d’une allumette. Un nuage de fumée blanche s’éleva dans les airs avant de disparaître derrière les battants de la fenêtre comme s’il était aspiré par le grand air.

Profites… profites avant que ce village ne soit réduit en lambeaux par la tornade Hiroko et que tu ais à te justifier devant une foule de paysans enragés armés de fourches et de bêches.

Sho se détendit et ses idées devinrent plus claires à mesure que les feuilles en provenance du Pays du Thé se consumaient dans le fourneau de sa pipe. Avec délicatesse, il ouvrit le carnet où il avait pris l’habitude d’écrire ses états d’âme depuis quelques mois. L’encre coula quasiment d’elle-même sur le papier légèrement jaunis.

Aussi aisément que s’il était un écrivain, Sho commença à écrire le récit de sa première journée de mission ou plutôt tout l’agacement qu’il ressentait à l’idée de devoir surveiller Hiroko pendant plus d’une vingtaine de jours maintenant.



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:51, édité 3 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Mer 21 Juil - 16:02

    04. L'illusionniste
Finalement, leur séjour à Mokure ne fut ponctué d’aucun incident. Hiroko rentra à l’auberge aux premières heures de l’après-midi. Sho reconnut son pas léger se faufiler rapidement dans le couloir pour atteindre sa chambre. Un peu plus tard, se fut au tour de Yokuro de rentrer en silence. Sho et ses deux compagnons restèrent enfermés dans leur chambre le restant de l’après-midi.

Au crépuscule, ils se retrouvèrent devant le comptoir de l’auberge, fin prêts à reprendre la route. Sho rendit les trois clés qu’il avait obtenu le matin même puis lui, Hiroko et Yokuro quittèrent Mokure par l’artère principale, direction plein sud.

Les routes marécageuses du Pays des Marais s’effacèrent peu à peu durant la nuit. C’est sous un ciel parsemé d’étoiles et sous une demi-lune argentée qu’ils franchirent les frontières septentrionales du Pays du Feu. Plus ils s’enfonçaient dans les terres, plus le paysage changeait. Ils troquèrent les marais et les interminables plaines déboisées contre des forêts immenses et des vallées verdoyantes. Mais le cadre avait beau être plus charmeur, Sho savait qu’il fallait s’en méfier. Le Pays du Feu était une nation aussi grande par sa puissance armée que par la superficie de son territoire. Sa position géographique en faisait un carrefour quasi obligatoire pour les voyageurs et autres organisations douteuses qui avaient justement su tirer parti de cette spécificité géographique.

Sho ne craignait rien pour sa propre vie ou celle de ses acolytes. En revanche, il pensait à la somme importante que Masaki leur avait confié pour acheter les tablettes dont elle avait tant besoin. Une telle somme pouvait être sujette à convoitise si elle était découverte. Il leur fallait donc se faire le plus discret et le plus vigilent possible le temps de leur traversé du Pays du Feu. Une mauvaise rencontre qui plus est à un mauvais moment était si vite arrivée.

Le troisième jour de leur voyage se déroula sans accrocs hormis ceux qui opposaient quasi continuellement Hiroko et Yokuro. Sho les écoutait d’une seule oreille s’insulter de tous les noms possibles et imaginables et se dégrader l’un l’autre dès qu’une occasion se présentait. A force, ce qui avait pu lui paraître fatiguant à entendre devint amusant. D’une certaine façon, Hiroko et Yokuro animaient leur voyage. Certes, leur façon de procéder n’avait rien de bien protocolaire mais au moins leurs chamailleries réussissaient à faire sourire Sho, et même à le faire rire parfois. Preuve qu’ils étaient bel et bien utiles à cette expédition. A la tombée de la nuit, ils s’arrêtèrent tous trois dans une clairière perdue au beau milieu d’un bois. Yokuro, qui avait profité de son temps de libre à Mokure pour faire quelques provisions, servit le dîner à base de fruits confis et de quelques noix. Bien que cela ne fut pas du goût d’Hiroko, le repas se déroula dans un relatif silence.

Une heure de pause pour dîner et reprendre quelques forces fut leur seul répit de la nuit. Repérés par un groupe de brigands armés jusqu’aux dents, ils usèrent de plusieurs clones pour éviter la confrontation directe - qui les aurait considérablement retardés malgré les dires d’Hiroko - et filèrent à toute allure entre les arbres pour les semer. Le groupe de brigands n’y vit que du feu et en une heure de temps ils furent semés. Fatigués par cette course mais non moins capables de continuer Sho, Hiroko et Yokuro poursuivirent leur chemin vers le sud.

Ils passèrent, à l’aube, approximativement à une soixantaine de kilomètres à l’est de Konohagakure. Une nouvelle journée s’écoulait sous un soleil de plomb. N’ayant ni arbre ni crevasse sous lesquels se protéger du soleil durant toute l’après-midi du quatrième jour, à l’aube du cinquième jour Sho décida en concertation avec Hiroko et Yokuro qu’il valait mieux pour eux de s’arrêter dans la première auberge qu’ils trouveraient.

...

Ce ne fut qu’à la mi-journée du sixième jour qu’ils en trouvèrent une non loin de la frontière sud du Pays du Feu. La bâtisse était tout ce qu’il y avait de plus banal vu de l’extérieur. Quand ils entrèrent, Sho et les autres furent saisis par le contraste entre l’intérieur et l’extérieur. Il flottait une odeur enivrante de pain au four dans l’air. L’auberge était vide et étonnamment propre. Il n’y avait pas une seule table qui ne fut pas nettoyer ni une seule planche du parquet qui ne fut lustrée.

Yokuro – Cet endroit est étrange.

Hiroko – Oué… il y a quelque chose qui cloche ici

Sho aussi était intrigué. Il n’aurait su dire pourquoi il avait ce sentiment mais quelque chose dans cet endroit mettait ses sens en alerte. Peut-être était-ce du à la propreté des lieux ou bien à l’absence de présence humaine ? Après tout, l’image que tout le monde avait d’une auberge de grand chemin s’opposait totalement à ce qu’il avait sous les yeux. D’abord, elles étaient toujours occupées par des voyageurs en tout genre : marchands de passage, ermites, shinobis, voir déserteurs. Ensuite, la propreté y était souvent relative. Non pas que les clients étaient sales - encore que - mais la responsable du comptoir était souvent trop occupée à entretenir l’illusion d’une vague amourette avec ses clients pour pouvoir passer deux trois coups de balai en journée. La conclusion de tout ça était assez simple : soit ils étaient tombés sur une auberge d’exception, soit il y avait vraiment quelque chose d’étrange, voir d’incompréhensible sous ce toit.

Yokuro – Il y a quelqu’un ?

Aucune réponse, pas même le moindre écho, l’endroit était désert.

Tandis que Yokuro et Hiroko se dirigeaient vers le comptoir, Sho fit quelques pas entre les tables vides. Un détail sonore - ou plus exactement l’absence de ce détail sonore - attira son attention. Il marchait sur un parquet lustré, étincelant, mais pourtant aucun de ses pas n’avaient provoqués de bruits stridents comme on avait l’habitude d’en entendre lorsque la semelle caoutchouteuse d’une sandale glissait sur le parquet au lieu de s’y poser. Pire, le poids de ses pas semblait reposer sur des lattes creuses. A croire qu’elles étaient trop vieilles pour le soutenir alors que sous ses yeux rien n’aurait pu paraître plus neuf que ce parquet.

Hiroko – Il n’y a vraiment personne ici. Qu’est-ce qu’on fait boss ?

Malgré la question de son amie, Sho ne remua pas. Ses pensées étaient beaucoup trop diffuses pour qu’il soit distrait. Quelque chose n’allait pas dans cet endroit et il était résolu à découvrir quoi exactement.

Hiroko – Boss ?

Sho ne l’entendait pas. Il observait minutieusement chaque recoin de la salle en espérant trouver quelque chose qui le mettrait sur la voie. Mais les minutes passèrent et toujours rien. Il n’avait aucune explication à donner. Ce qui avait tendance à l’embêter. Il n’avait jamais été de ceux qui abandonnaient devant une énigme. Au contraire, il prenait souvent un malin plaisir à chercher et à trouver les réponses aux questions les plus épineuses ; et cette auberge faisait résolument partie d’une question épineuse.

Sho – Attendez !

Un coin d’ombre venait soudainement de se dérober dans son esprit. Pendant un court instant il retint son souffle. Le phénomène psychique se reproduisit. Il reconnut aussitôt la désagréable sensation d’être découvert de l’intérieur. Un peu comme si quelqu’un lisait à voix haute dans son esprit mais dans une langue qu’il ne connaissait pas.

Sho – Une illusion…

Le réflexe fut le même pour les trois compagnons à une fraction de seconde près.

? – KAI !

Était-ce parce qu’ils étaient plus forts ou bien parce que leur adversaire était un rang en dessous d’eux ? Quelle qu’aurait pu être la réponse, l’illusion se dissipa. Une sorte de glu brumeuse glissa du toit jusqu’au sol en passant par les murs, révélant la véritable nature de l’endroit où ils se trouvaient. C’était une bâtisse abandonnée à en juger l’état des murs décharnés, du plafond troué, du sol rongé ainsi que de la quantité impressionnante de poussière qui reposait sur toutes les surfaces. L’endroit avait accueilli une auberge, il est vrai, mais c’était il y a très longtemps… trop longtemps.

Hiroko – C’est toi qui t’es amusé à nous piéger ?

Sho tourna instinctivement la tête et regarda dans la même direction que Hiroko. Un homme proche de la trentaine, cheveux bruns coupés courts, regard noisette, les observait avec un sourire narquois depuis un coin de la pièce. Il ne portait à première vue aucune signe distinctif qui leur aurait permis de savoir au moins d’où il venait.

? – Il semblerait. Mais je dois avouer que vous vous êtes montrés plus perspicaces que la plupart des gens qui passent habituellement par ici.

Un spécialiste du Genjutsu… pensa Sho. Un spécialiste un peu trop sûr de lui.

Hiroko – Ok tête de fouine, ça sert à rien de discuter. Je vais t’arranger le portrait de suite.

Sho porta son attention sur Hiroko mais il était déjà trop tard. La petite tête blonde se téléportait hors de son champ de vision et assénait dans la foulée un coup de pied fouetté dans les côtes de son adversaire. Celui-ci se volatilisa en un nuage de fumée blanche.

Hiroko – Saleté de clone ! Montres-toi tête de fouine ! Je te promets de faire ça vite et bien !

Sho – Hiro…

Sho eut le souffle coupé.

Hiroko – Chuusuusei Biribiri

Le coup que Hiroko porta à l’inconnu était si puissant qu’il lui cloua le bec. Sho avait déjà assisté à bon nombre de séances d’entraînement au Taijutsu mais rarement à celles de médecine offensive. L’allonge d’Hiroko était parfaite et son point d’impacte placé au grain de sable près. Imparable, pensa-t-il. L’homme qui venait d’apparaître dans l’angle mort d’Hiroko - sans doute pour la surprendre - avait pris un terrible coup de coude dans le cou. Il chancela, visiblement sonné, mais Hiroko n’était pas disposée à lui laisser la moindre seconde de répit.

Hiroko – Gouwan !

De l’endroit où il se tenait, Sho entendit les côtes de l’individu se craqueler sous le poing étonnement lourd d’Hiroko. Le combat était terminé. L’homme tomba inconscient sur le sol poussiéreux.

Yokuro – Impressionnant ! Tu t’es vraiment améliorée depuis la dernière fois.

Hiroko – Tais-toi ! Aides-moi plutôt à le foutre dehors.

Yokuro – Comme si tu avais besoin de moi pour ça…

Hiroko – Tu veux y goûter toi aussi ?

Pour la première fois, Sho vit Yokuro réagir émotionnellement et même grimacer. Cela avait quelque chose de déconcertant quand on était habitué à son intransigeante impassibilité. Hiroko venait irrémédiablement de marquer des points. Sho était à mi-chemin entre l’effarement et l’étonnement. Il ne savait pas comment digérer ce qu’il venait de se passer.

Comment aurait-il pu deviner qu’une gamine de treize ans, haute comme trois pommes, était capable de clouer un homme du double de sa carrure et de son age au tapis en seulement deux coups ?

Lorsque Yokuro et elle passèrent devant lui, Hiroko tenant sa victime par les pieds et Yokuro par les bras, Sho croisa son regard pendant un bref instant. Il n’avait jamais vu pareil regard. La peine s’y lisait aussi facilement que la solitude alors que les traits de son visage exprimaient la colère et la hargne.

Hiroko – Ne dis rien s’il te plait



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MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Ven 23 Juil - 19:30

    05. Le secret d'Hiroko
Le reflet écarlate des flammes brillait dans ses yeux. L'esprit tranquille, il écoutait le crépitement du feu comme on écoute une berceuse. Le foyer se tenait à un peu plus d'un mètre de ses pieds, niché dans un cercle de pierres écorchées. La fumée noirâtre qui s'en dégageait serpentait jusqu'à un trou percé dans le plafond, mais parfois le brasier frissonnait au passage d'un courant d'air et la fumée venait lui fouetter le visage. Il était mal placé c'est vrai, juste en face de la porte d'entrée, mais il n'avait pas envie de bouger. Trouver un peu de réconfort à l'intérieur d'une bâtisse abandonnée depuis des décennies était un luxe qu'il ne pouvait pas se permettre d'ignorer. Lové entre deux pans de ce qui avait du être un comptoir, son manteau de voyage hissé sur lui comme une couverture, il se sentait à son aise. Certes, ça n'avait pas le luxe ni le confort d'un bon lit douillet mais ça faisait nettement l'affaire par cette nuit fraîche. Au moins, il avait un toit sous lequel se reposer même s'il menaçait de lui tomber dessus à n'importe quel instant. Encore un facteur qui ne l'inquiétait pas. En tout cas pas au point de lui faire quitter son nid de fortune.

De l'autre côté du brasier, Yokuro était allongé de tout son long sur le sol poussiéreux, enveloppé lui aussi dans son manteau. Sho n'entendait pas sa respiration au milieu des crépitements du feu et des grincements incessants, mais il devinait qu'elle était paisible au rythme lent que prenait son ventre à se soulever puis à s'abaisser. L'un d'eux trouverait au moins le chemin du sommeil cette nuit tandis que l'autre continuerait de lutter avec ses questionnements, ses souvenirs, ses cauchemars et ses espoirs. Heureusement, l'habitude rendait les choses moins pénibles et Sho avait rapidement appris à s'accommoder de sa condition. Ses insomnies étaient devenues des compagnes nocturnes qu'il avait appris à apprivoiser au fil du temps. Il ne pouvait pas cacher qu'elles lui donnait parfois une mine horrible, à la limite du supportable, mais d'un autre côté elles lui conféraient une résistance à la douleur que beaucoup lui enviait. Supporter la fatigue l'avait endurci sur un plan purement psychologique. Avoir " mal " était une habitude chaque nuit, comme un entrainement qu'on répéterait inlassablement pour devenir meilleur. La douleur était, grâce à ça, devenue une vague idée dans son esprit. Une sorte de rêve très lointain que sa mémoire aurait à peine réussit à enregistrer. Cela avait ses avantages et ses inconvénients. Pour un eisei, les avantages étaient assez simples à comprendre, surtout quand on était destiné à soutenir la douleur des autres. Mais les inconvénients, eux, étaient plus subtiles, plus fourbes. Il lui arrivait par exemple d'oublier des choses, son cerveau ne trouvant pas assez de repos pour ranger correctement tous ses souvenirs à leur place, ou encore d'avoir des absences répétées au cœur d'une même journée ; il se mettait alors à ne plus penser, non pas qu'il en était plus capable dans ces moments, mais seulement que quelque chose dans son cerveau activait la console " pause " pendant quelques secondes à plusieurs minutes selon les épisodes.

Mais peu importe. Il n'avait pas vraiment le choix. Il se contentait de jouer avec les cartes qu'on lui donnait et essayait de trouver un équilibre à tout ça.

Le reflet des flammes disparut de ses yeux, remplacé par la géométrie de la porte qu'il regardait avec insistance. Hiroko n'était toujours pas rentrée. Pas même pour manger un morceau. Sho ne comptait plus les heures qui s'étaient écoulées depuis qu'elle et Yokuro avaient déplacés le corps de leur ami illusionniste, mais ce qu'il savait c'est que Yokuro avait été le seul à revenir de cette expédition et qu'il n'avait pas souhaité en parler. Sho n'avait posé aucune question. Il s'était fait une raison à l'absence d'Hiroko, jugeant qu'elle avait certainement besoin d'être seule un moment. Mais maintenant que la nuit était tombée sur leur petit monde, l'inquiétude commençait à poindre le bout de son nez. Au fond, il ne s'inquiétait pas vraiment pour elle. Après la démonstration à laquelle il avait assisté, il ne doutait pas qu'elle puisse se sortir de n'importe quelle situation, fut-elle impossible comme désespérée. Non, il ne craignait pas pour sa vie. Il s'inquiétait davantage du regard qu'elle lui avait montré en quittant l'auberge. Ce regard empli de peine et de remords.

C'était probablement pure folie, mais Sho s'était attaché à cette gamine insolente. Il ne pouvait pas dire qu'il affectionnait tout particulièrement son caractère parce qu'il le détestait proprement et simplement. En revanche, il lui trouvait une certaine logique dans ce petit corps. Hiroko ne cherchait pas à se faire passer pour ce qu'elle n'était pas. Elle disait toujours ce qu'elle pensait, peu importe les conséquences que cela pouvait engendrer, et n'en avait que faire des critiques. Elle vivait sa vie, tout simplement. Ceux qui ne l'aimaient pas n'avaient qu'à tracer leur chemin, elle s'en foutait royalement. On pouvait croire en de l'antipathie - ce qui était peut-être un peu le cas - mais pas à de la méchanceté. Hiroko ne maîtrisait pas ce concept. Sho croyait à des sentiments cachés derrière une épaisse carapace de fer.

Des sentiments qu'il avait cru apercevoir au fond de ses yeux.

Sho se leva après quelques minutes d'hésitation. La nuit était encore longue alors autant tuer le temps qu'il avait devant lui à chercher Hiroko. Sans trop faire de bruits, il marcha jusqu'à la porte à côté de laquelle il se pencha pour ramasser une bûche sèches et nervurées qu'ils avaient lui et Yokuro extrait d'une table moisie quelques heures plus tôt. Il revint vers le feu et l'y déposa en s'assurant de ne pas troubler le sommeil de ce brave Yokuro. Un sourire accapara ses lèvres quand le bruit d'un ronflement léger remonta jusqu'à ses oreilles mais il ne s'attarda pas davantage dans l'auberge pour entendre le concerto dans son intégralité.

Dehors, l'air était froid et humide. Sho enfila son manteau et jeta un coup d'œil aux alentours. La nuit eut beau être profonde et la lumière des étoiles et de la lune peu à l'honneur, il n'eut aucun mal à repérer la silhouette d'Hiroko assise sur un rocher à une trentaine de mètres de là. En s'approchant, il remarqua qu'elle tremblotait. Ses genoux avaient beau être repliés entre ses bras, ils ne pouvaient s'empêcher de s'entrechoquer l'un contre l'autre. Sho plongea la main dans la poche intérieure de son manteau et en sortit sa pipe et la boîte renfermant ses feuilles séchées. Il les glissa dans la poche de son pantalon et enleva son manteau pour le poser sur les épaules d'Hiroko. Elle le regarda faire sans rien dire, le visage passablement fatigué.

Comme elle ne semblait pas s'importuner de sa présence, Sho fit le tour du rocher et s'assit de sorte à ne lui tourner qu'une moitié de son dos. Le confort de l'herbe étant nettement plus appréciable que celui de la pierre ou d'un parquet miteux pour son derrière, il s'installa à même le sol, son dos appuyé contre le rocher. Là, il sortit sa pipe et la boîte contenant les meilleures feuilles séchées du Pays du Thé. Avec une lenteur et une minutie qui relevait davantage du rituel que de l'insouciance, il sélectionna quelques feuilles qu'il plia soigneusement et qu'il plaça ensuite au cœur du fourneau en cuivre. Une friction d'allumette plus tard et il sentit la tiédeur de la fumée descendre progressivement dans son corps pour le tenir à l'abri du froid ambiant. Il risqua un coup d'oeil vers Hiroko mais elle ne sembla pas y faire attention. Elle fixait quelque chose droit devant elle, probablement le vide à en juger son absence de réactions. Sho ramena son regard devant lui et rangea tout son attirail à l'exception de sa pipe qui crachait désormais une fumée blanchâtre rapidement chassée par le vent.

Sho – Tu nous as manqué au dîner...

Hiroko – Pas faim...

Sho passa une main sur sa nuque et ferma les yeux.

Sho – Toute à l'heure... ton regard...

Hiroko – Je n'aime pas me battre.

Il rouvrit les yeux. Ne sachant trop comment prendre ces paroles, il resta silencieux faute de mieux. Ne pas aimer se battre et être une kunoichi d'un grand village caché n'était pas nécessairement incompatible. En tout cas pas à son sens. Du moment que son aversion pour le combat ne l'empêchait pas de cogner quand il le fallait, elle n'avait pas trop de soucis à se faire.

Hiroko – A l'académie, ils disent que la puissance de mes coups n'a pas d'égale. Ils disent que c'est un don... mais qu'est-ce qu'ils en savent ces vieux cons...

Sho tourna sa tête. Hiroko se balançait légèrement d'avant en arrière. Au bout d'un moment elle s'arrêta puis elle se tourna vers lui.

Hiroko – Quand j'aurai gagné assez d'argent pour que moi et ma famille on puisse vivre correctement, j'arrêterai toutes ces conneries et je rendrai mon bandeau.

Quelqu'un qui n'avait pas connaissance de son histoire l'aurait certainement prise pour une folle, mais il n'en était rien pour Sho. Il savait pourquoi elle était devenue ce qu'elle était ; pourquoi elle se donnait autant de mal au quotidien, visiblement contre sa propre volonté. Sa famille représentait absolument tout à ses yeux. Elle était née dans un quartier où il était souvent plus facile de voler que de gagner honnêtement sa croûte. Personne ne pouvait lui donner de leçons de vie car malgré son jeune age, elle avait déjà presque tout vécu. L'armure qu'elle déployait constamment autour d'elle résultait de ce passé et de ce présent qu'elle trainait partout où elle allait. Devenir une kunoichi pour une question d'argent ne relevait pas de l'inédit. Sho connaissait bon nombre de personnes dans cette condition. Il n'était pas de son devoir de les juger. Personne ne le pouvait.

Sho – Je trouve ça honorable.

Hiroko se redressa légèrement. Elle cligna des yeux, surprise. Sa bouche s'entrouvrit mais au début aucun son n'en sortit. C'était comme si les mots étaient coincés quelque part au niveau de sa gorge.

Au bout d'un temps, deux mots en sortirent.

Hiroko – ... merci boss.

De rien.

Sho força sur ses avant-bras pour se lever. Une fois debout, il leva son nez vers le ciel en soufflant un peu de fumée dans l'air. Finalement, il n'y avait pas vraiment de quoi s'inquiéter pour Hiroko. Elle avait juste besoin d'accomplir sa légende personnelle et de rentrer chez elle en héroïne pour y demeurer paisiblement jusqu'à la fin de ses jours. Sho se jura de l'y aider tant qu'il en aurait la force.

Sho – Au fait, qu'est-ce que vous avez fait de l'illusionniste ?

Hiroko tira sur le col de sa chemise et lui révéla une inscription bleutée tatouée à même sa peau.

Hiroko – Je l'ai téléporté à Mokure. J'espère que ces bouseux le trouveront à temps...



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:49, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Dim 25 Juil - 0:05

    06. Une drôle d'équipe
Il tenait le bandeau de Kumo dans ses mains. Il le fixa longuement comme on fixe un objet mystique, fragile, et d'une signification insoupçonnée. Sous les premiers rayons de soleil, l'inscription dans le métal froid prit une teinte argentée. Un nuage en forme de s, un autre, plus petit, isolé comme une bulle d'eau au milieu d'un océan de fer. Tout un symbole pour dire qu'il était, lui l'enfant de la Vallée Verte, un fils des nuages. Tout un stratagème pour dire qu'il était un des nombreux bras armés d'une nation reconnue dans le monde entier. Sho ne savait pas vraiment s'il fallait en être fier ou non. Tuer n'avait rien d'honorable, encore que beaucoup y trouvait un certain salut ou une forme d'héroïsme. Concrètement, sa vie n'avait pas plus de valeur que celle des autres. A tout moment, elle était sujette à s'éteindre. Encore plus parce qu'il portait ce bandeau. Pourtant, Kumo s'efforçait depuis toujours d'inculquer à ses enfants toute la valeur et toute l'importance de leur existence. Porter le bandeau de Kumo c’était ça... suivre son chemin en donnant un semblant de raison à sa vie comme à sa mort.

Sho sourit. Il se redressa et noua le bandeau autour de sa tête, la plaque de métal en partie dissimulée sous les longues mèches pourpres qui lui tombaient sur le visage. Le vent souffla et les muscles de son torse et de ses bras se crispèrent. Il frissonna. Saisissant la serviette posée sur son épaule, il chassa toutes les gouttes d'eau qui sillonnaient son corps. Avec le soin de quelqu'un qui s'apprête à partir en guerre, il commença par enrouler ses tibias dans un lit de bandelettes blanches au même titre que ses avant-bras. Il enfila un pantalon noir dont il fourra les extrémités dans le lit de bandelettes avant de chausser ses sandales. Une fois relevé, il noua une ceinture de lin noir autour de sa taille et jeta un t-shirt col roulé sur ses épaules. Par-dessus, il passa un de ces vestons rembourrés comme en portaient tous les gradés du village. A l'arrière de ce veston, une poche horizontale accueillait un katana à la poignée rouge. Un dernier regard vers le petit ruisseau qui courait en contrebas puis sur le bosquet environnant et il quitta les lieux en accrochant la lanière de son nodachi à deux boucles cousues juste au-dessus de son katana, de sorte que l'arme tienne parallèlement sous sa sœur plus courte.

A peine sortit du bosquet, il s'arrêta. Hiroko et Yokuro se tenaient sur le palier de la bâtisse abandonnée dans laquelle ils avaient tous les trois passés la nuit. Par dessus leur propre attirail de gradé, ils portaient la même veste sans manches qui leur tombait sur les rotules. Une veste au col large teinté au trois quart de violet et le reste de blanc.

Hiroko ne lui laissa pas le temps de réfléchir que déjà elle s'arrêtait à deux pas de lui en tenant dans les mains un carré de tissu violet sur lequel était brodé un trait horizontal et un demi-cercle blanc.

Hiroko – On est une équipe pas vrai ?

Sho – Oui.

Hiroko – Oué et bah quand on était à Mokure je me suis dis que ça serait bien d'en avoir l'air. J'ai fait faire ces vestes pour nous... pour que tout le monde sache qui on est. Tiens...

Sho déplia la veste avec un sourire et l'enfila. Hiroko avait non seulement une poigne de fer mais aussi l'oeil particulièrement aiguisé. La veste était précisément taillée pour lui.

Sho – Tu as le compas dans l'oeil.

Le visage d'Hiroko s'illumina.

Hiroko – Je sais. Elle te va comme un gant.

Sho n'aurait su dire si quelque chose avait changé chez Hiroko depuis leur courte discussion de la nuit passée. Elle lui semblait juste plus enjouée et moins encline à s'emporter pour un rien. Ce qui lui convenait davantage que la Hiroko colérique et imprévisible.

Sho – Le symbole dans le dos...

Hiroko – Un soleil levant !

Sho – ... très poétique.

Hiroko se dressa sur la pointe des pieds et attrapa la petite cordelette qui pendait le long du pan gauche de la veste pour l'enrouler autour du bouton cousu sur le pan droit.

Sho – Je suppose que tu as déjà réfléchi à un nom de scène ?

Hiroko hocha la tête et sourit.

Hiroko – ... Azukaru.

...

Son regard glissa vers le bord de la route. La vieille pancarte en bois indiquait " Amachi " dans une fine écriture que le temps n'avait pas totalement réussi à altérer. Devant lui, à une bonne dizaine de mètres, la route s'ouvrait sur une rue pavée bordée par de petites maisonnettes en bois au charme certain.

Après de longues heures de marche, ils avaient fini par atteindre la première adresse. Celle qui se trouvait la plus proche de la frontière entre le Pays du Feu et celui du Thé. Sho sortit de sa poche le feuillet qu'il avait obtenu du centre de missions. Une écriture maladroite, sans doute à cause de la main usée qui l'avait dessiné, assemblait à l'encre noir les mots : L'Ayaki. Amachi, Pays du Thé. Sho avait compris qu'il était question d'une boutique probablement implantée en plein coeur du petit village - comme c'était souvent coutume pour les commerces. Il avait bon espoir qu'il y trouverait les tablettes de chocolat que lui et ses deux acolytes étaient venus chercher. Mais un doute l'habitait. Masaki Asano avait jugé prudent de leur confier trois autres adresses. Ce n'était pas un geste anodin à ses yeux.

L'idée de ne rien trouver ici se fit un nid douillet dans son esprit malgré l'espoir qui prédominait encore. Les autres adresses mises à sa disposition se trouvaient bien plus au sud du pays. Il n'avait aucun plaisir à imaginer la longue route qui les attendraient encore si L'Ayaki ne répondait pas à leurs attentes.

Il serait très vite fixé.

Sho entra dans la village, talonné par Hiroko. Yokuro fermait la marche. Le trio attira bien évidemment l'attention de la population. Les gens s'arrêtaient en pleine conversation pour les regarder passer, sans pour autant leur jeter des regards qui pourraient être mal interprétés. D'autres, habitués à voir déambuler des shinobis venus des quatre coins du monde, leur adressaient des sourires comme autant de bienvenus informulés. Sho y répondait par un sourire franc mais tout son intérêt se portait sur la façade de chaque maisonnette qui s'élevait aussi bien sur sa gauche que sur sa droite. Il cherchait une pancarte, une enseigne, quoi que ce soit qui lui permettrait de clairement identifier L'Ayaki. Heureusement pour lui, la configuration du village était plutôt simple : chaque rue séparait toujours un carré parfait de quatre maisons. A première vue, Amachi n'était pas bien grand. Sho comptait peut-être une dizaine de ses carrés de part et d'autres de l'artère principale. A la troisième intersection qu'il traversa, il remarqua que deux rues secondaires se présentaient en parallèle à l'artère. Ce qui triplait, au grand maximum, le compte de maisonnettes.

Yokuro – Séparons-nous, on trouvera plus vite notre gibier. Je prends la rue de gauche.

Sho hocha la tête et regarda Yokuro prendre le chemin de la première rue secondaire. Il tourna ensuite la tête à l'endroit supposé où Hiroko aurait du se tenir mais la silhouette de la jeune chuunin disparaissait déjà au coin de l'autre rue secondaire. Au moins, il n’avait pas à gaspiller inutilement sa salive. Ses acolytes lisaient quasiment dans son esprit. Désormais seul, il continua de suivre l’artère principale du village en jetant des regards discrets sur ses flancs. La plupart des maisonnettes semblaient appartenir à des particuliers. Elle servait pour la plupart de résidence à en juger l’absence de vitrine, d’étal, ou quoi que ce soit qui aurait permis de les confondre avec des commerces. Des résidences habitées par des personnes à qui l’argent ne faisaient pas défaut. Il n’y avait aucun doute là-dessus. Il suffisait de regarder les tenues avec lesquelles les habitants d’Amachi paradaient dans la rue pour s’en rendre compte. Mais après tout, ça n’avait rien de bien étonnant. Le Pays du Thé était sans doute le pays le plus prospère de ce monde. Certes, il ne possédait aucun poids militaire mais il compensait cette faiblesse par une excellente économie. Une économie sans cesse florissante qui avait rendu riche un grand nombre de commerçants dont les noms pouvaient s’entendre du fin fond du désert sunéen au plus profondes gorges kuméennes.

Question de prestige sans doute.

Arrivé à la septième intersection, Sho s’arrêta. Son regard fut attiré par un mouvement sur sa gauche, précisément vers le coin de l’intersection où la silhouette d’Yokuro venait de réapparaître. La maisonnette qui en faisait l’angle était affublée d’une enseigne verte qui se balançait d'avant en arrière sur laquelle des lettres dorées aux courbes voluptueuses criaient aux yeux des passants L'Ayaki. Son sourire s’accentua. Il ne croyait en aucun dieu, fut-il issu du ciel, de la terre ou d'une quelconque légende, mais il pria le néant de faire apparaître les tablettes de chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites dans cette boutique. Lorsqu'il rouvrit ses yeux, Hiroko les avait rejoins.

Yokuro – A toi l'honneur.

Il poussa la porte de la boutique et aussitôt une forte odeur de thé lui parvint de l'intérieur. Une cloche tinta au-dessus de sa tête mais il la calcula à peine. Il se planta net au milieu du passage, sa main encore appuyée sur la porte, sonné. L'intérieur de la boutique était tout simplement saisissant. A gauche comme à droite, de gigantesques colonnes d'étagères s'élevaient jusqu'au plafond. Elles accueillaient d'innombrables petites boîtes que Sho soupçonnait de contenir des feuilles de tabac et d'autres des cigarettes. Il y avait peut-être une centaine de variétés différentes sur ses étagères. Un trésor inestimable. Au pied de ces étagères, des barils entiers gardaient jalousement les célèbres feuilles de thé du pays. Sho compta en tout et pour tout vingt quatre barils, douze de chaque côté, soit autant de sortes de feuilles. Le fond de la pièce accueillait un grand comptoir vitré à l'intérieur duquel se trouvait divers produits de luxe comme de gros cigares ou encore des boîtes affriolantes de gâteaux, de sucreries, et de chocolats. Encore derrière le comptoir, se trouvait une collection complète de plumes, de crayon, et de rouleaux de parchemin larges comme les poutres saillantes qui soutenaient les murs et les plafonds de la pièce.

Hiroko – Wooa !

L'expression d'Hiroko suffisait à exprimer l'étonnement qui avait saisis Sho en entrant.

Yokuro – Comme tu dis...

Les pas de l'eisei résonnèrent sur le parquet lustré. Il approcha du comptoir et s'y accouda tandis que Hiroko et Yokuro soulevaient un à un les couvercles de chaque baril pour s'enivrer de la bonne odeur du thé. Une porte s'ouvrit dans le mur du fond. Un homme de taille moyenne en sortit. Il avait des cheveux grisonnant coupés courts, de petits yeux dont le bleu avait perdu de son éclat, et portait une paire de lunettes cerclée sur son nez boudiné.

? – Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

L'homme fronça les sourcils. Il ôta ses lunettes, les nettoya d'un bout de chemise, et les reposa sur son nez. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

? – Des shinobis de Kumo à Amachi... voilà une chose qui n'était plus arrivé depuis longtemps. Qu'est-ce qui peut bien vous avoir mené si loin de chez vous ?

Sho lui adressa un sourire poli.

Sho – Nous cherchons des tablettes de chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites.

Il n'aurait jamais pensé que des yeux puissent s'écarquiller autant.

? – Je me mêle certainement de ce qui ne me regarde pas, mais qui a formulé cette demande ?

Sho – Quelqu'un de très important.

L'homme releva le menton.

? – Mmmmmh ce genre de tablettes est extrêmement rare... très très rare même dans notre pays. Je suis navré, mais je ne peux rien faire pour vous.

Loupé. Encore une preuve qu'il n'existait aucun esprit divin en ce bas monde.

Sho – Je comprends... est-ce que vous connaîtriez au moins une adresse où je pourrai en trouver ?

L'homme soutint son regard un court instant puis il se courba brusquement pour ouvrir un tiroir derrière le comptoir. Il fouilla quelques secondes puis il se redressa pour lui tendre un feuillet.

? – Soryo, c'est à une quarantaine de kilomètres au sud d'ici. On y trouve à peu près tout mais je vous préviens, il faudra y mettre le prix.

Sho hocha la tête et saisit le feuillet. Saleté de commerçants, ils avaient toujours un moyen pour vous tirer les vers du nez.

Sho – Merci pour votre aide.

L'homme sourit timidement puis il se pencha pour lui murmurer ces quelques mots.

? – Soyez sur vos gardes quand vous serez là-bas. Un certain Takasuke Rokkaku y contrôle tout... il est... comment dire...

Sho – ... peu enclin à servir les étrangers ?

L'homme se redressa, mi-surpris mi-éffrayé. Il inclina la tête.



Dernière édition par Sho Nagoshi le Dim 17 Oct - 20:44, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Lun 26 Juil - 1:23

    07. Le dôme
Il était confortablement installé dans son fauteuil rembourré, la tête inclinée vers l'arrière comme s'il dormait. Mais il ne dormait pas. Ses pensées tournoyaient dans son esprit, comme toujours. Il repensait à tout ce qu'il avait construit, à tout ce qu'il avait obtenu à la sueur de son front et par son inégalable sens des affaires. Soryo était son œuvre. Un village moderne de marchands où tout devenait possible pour peu que son porte-monnaie soit à la hauteur. Tout ce qui existait en ce bas monde, absolument tout se trouvait à Soryo. Sauf, peut-être, de la viande humaine et des armes. Ce marché là, Takasuke Rokkaku l'avait volontiers laissé à Suigara. Il n'était pas homme à se mêler au monde des shinobis. Non pas qu'il le redoutait, mais simplement qu'il ne voyait aucun intérêt à s'attacher ses services d'une manière ou d'une autre. La puissante économie de son commerce pourvoyait à cela plus efficacement que n'importe quel bras armé. Son influence était telle que c'était Konoha et Kiri qui venaient s'approvisionner chez lui, non l'inverse. Il était le Takasuke Rokkaku qui avait transformé Soryo en empire. Le grand Takasuke Rokkaku.

Lorsqu'il rouvrit ses yeux, une douce lumière blanche descendit sur lui depuis la grande verrière qui occupait le centre du dôme. Il cligna des yeux, agita la main, et aussitôt une bande de serviteurs s'activa. Une poignée de secondes plus tard, la lumière blanche ne lui brûlait plus les rétines, désormais filtrée par une série de voiles. Un sourire satisfait s'afficha sur son visage. Il n'avait jamais aimé le pouvoir. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il appréciait la discrétion et s'en accommodait mieux que quiconque. Commandé une troupe de serviteurs n'était en rien une satisfaction personnelle, simplement une nécessité dans cet endroit.

Le dôme de Soryo était le plus grand bâtiment du village. Là où toutes les transactions avaient cours sous l'œil bienveillant du maître des lieux. Construit dans le plus beau et le plus résistant bois du pays, ce dôme avait été le point de départ d'une longue et grande histoire. Celle de deux frères, Yasaemon et Takasuke. Yasaemon, le génie, l'aîné, avait révolutionné le comptoir commercial qui se tenait autrefois en lieu et place de ce dôme. Il avait compris que la position géographique de ce comptoir s'avérerait un atout pour l'avenir. Et l'avenir lui avait donné raison. Grâce aux fonds familiaux, il avait racheté le comptoir et fait construire une série de commerces le long de la route principale qui reliait le nord du pays au sud. Takasuke, le visionnaire, marchanda l'installation de grandes enseignes. Le bouche à oreille prenant de l'ampleur avec les années et la réputation grandissante de ce que tous appelaient le comptoir des Rokkaku, de plus en plus d'enseignes, grandes et moins grandes, s'y installèrent sous la bénédiction des deux frères. Le village de Soryo venait de naître. Les fondations du dôme furent établis un an après la création de Soryo. Un dôme qui fit la fierté de toute une nation qui cherchait alors à attirer les regards du monde entier sur sa réussite économique. Malheureusement, l'admirable ascension des deux frères fut entachée par la mort d'Yasaemon dont la santé avait toujours été fragile. L'ainé des frères Rokkaku n'eut même pas l'honneur de voir le dôme finalisé. A sa mémoire, Takasuke lui donna son nom.

Partout dans le Pays du Thé on entendait parler du dôme Yasaemon car c'est là, principalement, que les accords commerciaux d'aujourd'hui et de demain étaient scellés sur les célèbres tablettes de Soryo - des tables de marbre où les accords étaient gravés comme pour rappeler à leurs signataires la promesse de leurs engagements. Pour l'heure, ces tables se comptaient au nombre de vingt quatre. Elles étaient répartis en quatre rangées sous le dôme. C'est d'ailleurs autour d'elles que les pourparlers, les transactions, les accords, étaient discutés encore aujourd'hui. Takasuke en était extrêmement fier car d'une façon ou d'une autre, elles continuaient de nourrir la mythologie de sa famille et participait à la grande renommée de son village.

Depuis le balcon de ses appartements privés, il compta dix tables occupées. Ce qui était une moyenne plus que raisonnable. Il n'aurait pas été jusqu'à dire que le marché était grippé mais il avait perçu une certaine fébrilité depuis quelques mois. Les " étrangers ", comme il les appelaient, achetaient moins ces derniers temps. Il avait bien sûr eu vent des troubles qui secouaient les villages cachés depuis une attaque nourrie au cœur de Konoha. Et comprenait par conséquent le frein naturel qui pouvait régir les transactions entre le Pays du Thé et les autres nations du monde. Quoi qu'il pouvait en penser, les villages cachés représentaient un très grand marché pour son village comme pour le pays tout entier; et un village caché sur ses gardes n'étaient jamais une bonne chose pour les affaires. Les temps de paix étaient les seuls qui rapportaient.

Il n'y avait peut-être à l'heure actuelle aucune guerre de déclarée mais du haut de son siège d'observateur, Takasuke se doutait bien que de terribles choses seraient bientôt à l'œuvre à l'extérieur et que d'une manière ou d'une autre son village comme son pays devrait les essuyer du mieux qu'ils le pourraient.

Deux coups retentirent contre la porte de ses appartements. Il pivota doucement sur ses talons et prit place derrière son bureau en bois de cerisier.

Takasuke – Entres Tojiro.

La porte coulissa. Un homme que le poids des années ne semblaient pas accabler s'inclina poliment devant lui. Tojiro était son seul et unique conseiller. Le seul ami qu'il avait gardé depuis sa plus tendre enfance.

Takasuke – Tu ne t'assis pas ?

Tojiro – Non mon ami.

Tojiro ne refusait jamais son invitation à s'asseoir et à partager le thé avec lui. Quelque chose devait certainement le préoccuper ou bien il avait sans doute quelque chose de compliquée à lui annoncer.

Takasuke – Qui a-t-il qui te rende si mystérieux ?

Le visage de Tojiro s'illumina. Il sourit.

Tojiro – Nagoshi-kun est revenu.

...

Lorsque Sho passa les portes du dôme Yasaemon son sourire s'étira. Il ne connaissait d'endroit plus mythique en ce monde que celui-ci. C'était comme si ce dôme était le vestige d'une grande légende dont les fils s'étaient noués ici même dans ces murs. Partout où il pouvait aller dans le dôme, cette impression le suivait et lui nouait l'estomac. Une grande œuvre avait débuté ici bien des années avant qu'il ne vienne au monde. C'est sans doute cette œuvre, sa force, sa passion, et sa volonté, qui imprégnait les lieux et qui lui faisait ressentir toutes ces choses. Mais alors qu'il marchait le long de l'allée principale - celle qui reliait les portes d'entrée du dôme aux grandes portes de bois qui donnaient sur l'impériale demeure des Rokkaku - une voix s'éleva depuis les hauteurs.

? – Voici donc venir le retour que tu m'avais promis !

Sho leva la tête ; rapidement imité par ses deux compagnons. Il reconnut tout de suite le visage de Takasuke et sa courte chevelure aussi blanche que neige. L'homme se tenait appuyé à la rambarde de son balcon à peut-être sept ou huit mètres d'eux. Un magnifique balcon rouge dont le pourtour était parcouru par le corps d'un dragon sculpté dans le bois.

Sho – Une promesse est une promesse, n'est-ce pas Takasuke-san ?

Hiroko – Alors c'est lui dont il faut qu'on se méfie ?

Sho baissa la tête vers Hiroko.

Sho – Non, c'est lui qu'il faudra qu'on remercie pour l'excellente nuit que nous allons passer ici.

...

L'accolade fut longue entre eux comme celle d'un père à un fils qui serait parti trop longtemps loin de lui. Takasuke n'appréciait que peu de choses en ce monde. Mais s'il en était une qu'il appréciait tout particulièrement et qui rangeait au placard tous ses aprioris sur les shinobis et les étrangers, c'était bien Sho Nagoshi. Il lui devait beaucoup, si tant est que beaucoup puisse réellement symboliser quelque chose pour l'empire de la famille Rokkaku.

Takasuke avait une nièce. Elle s'appelait Nanako. Elle était la fille unique de son défunt frère. A la mort de ce dernier, il promit de veiller sur elle et sur sa mère. En conséquence, il les fit venir à Soryo, sous le dôme où elles habitent encore aujourd'hui. Nanako était une très belle jeune femme à la longue chevelure rappelant la couleur des épis de blé au zénith de l'été et au teint aussi pâle qu'une pleine lune par une nuit dégagée. Ses yeux étaient d'un bleu si clair que même Takasuke s'y perdait parfois en souvenirs. Nanako avait hérité de son père son étonnante prestance mais également sa santé fragile. Sho était celui qui avait réussi à endiguer son mal trois ans plus tôt, alors qu'il effectuait une mission de reconnaissance ici même à Soryo. Takasuke ne l'avait pas vu faire de ses propres yeux. Il s'était contenté d'attendre dans la couloir. Mais Nanako lui avait raconté comment le shinobi de Kumo en était venu à utiliser un énorme parchemin et comment, pendant des heures et des heures, il avait contenu le mal qui l'habitait et l'avait ensuite scellé à l'intérieur d'une multitude de signes et de symboles dessinés sur le parchemin. Le parchemin était encore là. Nanako l'avait gardé dans ses appartements comme un souvenir du jeune homme qui lui avait rendu une vie normale.

Le revoir après trois longues années lui faisait choc. Pourtant, il souriait. Il souriait de joie. Deux choses n'avaient pas changés chez Sho : l'étonnante couleur de ses cheveux et son sourire toujours aussi aimable.

Takasuke – C'est bon de te revoir.

Sho acquiesça à défaut de trouver plus belle réplique. Takasuke était comme un membre de sa famille. Trois ans plus tôt, à un moment de sa vie où il avait tout remis en question, il avait croisé la route de Takasuke et de sa nièce. Il apprit énormément de cette rencontre. Plus qu'il ne l'aurait imaginé à vrai dire. Une semaine leur avait suffit à tous les trois pour forger des liens immortels. Ils s'appréciaient, s'aimaient, chacun à leur manière.

Takasuke – Je vois que tu es venu accompagné.

Sho lui sourit et pivota sur le côté pour lui présenter ses deux acolytes.

Sho – Je vous présente Hiroko et Yokuro, mes deux coéquipiers.

Ils s'inclinèrent, même Hiroko.

Takasuke – Soyez tous les deux les bienvenus sous mon toit. Vous êtes ici comme chez vous.

Il sourit et ramena son regard d'un bleu profond sur Sho.

Takasuke – Tu es donc en mission ?

Sho hocha la tête. Takasuke le connaissait assez bien pour comprendre le véritable but de sa venue.

Takasuke – Je vois... dans ce cas, je crois que Tojiro a sûrement bien fait de préparer trois chambres. Vous pourrez vous reposer, vous laver, et manger à votre guise aussi longtemps que durera votre séjour ici.

Sho le remercia pour son hospitalité quand Tojiro apparut derrière une porte dérobée. Il s'inclina et resta en retrait.

Yokuro lança un regard à Hiroko puis il porta sa main sur l'épaule de Sho.

Yokuro – Nous allons vous laisser, vous avez certainement beaucoup de choses à vous dire.

Tojiro l'entendit et se tourna aussitôt vers la porte par laquelle il venait de sortir. Il l'ouvrit et indiqua le chemin aux deux kuméens d'un geste de la main. Hiroko et Yokuro passèrent devant lui en inclinant la tête et Tojiro disparut derrière eux en prenant soin de fermer la porte le plus discrètement possible. Sho était désormais seul face à Takasuke.

Takasuke – Tu partageras bien un peu de thé avec un vieil homme ?

Sho – Avec un ami, oui certainement.

Takasuke rit et le prit par l'épaule pour l'emmener vers un grand escalier en colimaçon que Sho savait mener au bureau de son hôte.

Takasuke – Mais avant que nous puissions rattraper le temps perdu autour d'une tasse, je crois que quelqu'un se ferait un plaisir de savoir que tu es là.

Sho s'arrêta et plongea son regard dans le sien.

Sho – Vous ne l'avez pas prévenu ?

Takasuke – Tu l'as dis toi-même... une promesse est une promesse...



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:47, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Mer 25 Aoû - 22:18

    08. Nana-chan
Nanako Rokkaku était sans nul doute l’une des jeunes femmes les plus riches du monde. A la mort de son père, elle avait hérité de tous ses biens y compris de ses parts dans l’affaire Rokkaku. Elle était de nature très assurée malgré son apparente fragilité et rivalisait de bien des manières avec le génie de son père. Beaucoup la craignait davantage que Takasuke, son oncle, car elle avait le don inouïe de flairer les affaires douteuses. Takasuke faisait souvent appel à elle lorsqu’il avait un mauvais pressentiment sur un contrat. Nanako le prenait aussitôt en main, retournait dans ses appartements, et passait parfois toute une journée à l’éplucher. Quand elle mettait le doigt sur le nœud du problème, elle revenait dans le bureau de son oncle – qu’il soit là ou non – et y déposait le contrat accompagné de son analyse rédigée à la main. Elle n’éprouvait aucun remord à faire capoter des négociations vieilles de plusieurs années ou couler des industries familiales simplement parce qu’elles avaient essayés de lourder son oncle. Dans le monde des affaires, il n’y avait pas de place pour les états d’âme. Cela ne l’empêchait pas d’être douce et aimante mais c’était un visage qu’elle ne montrait que dans le privée.

Ce jour là, elle se trouvait assise derrière son bureau, les yeux rivés sur la soixante deuxième page d’un rapport colossal sur l’expansion record d’un industriel du Pays des Vagues quand trois coups retentirent contre la porte de son appartement. Elle crut d’abord que son imagination lui jouait des tours, concentrée qu’elle était sur son analyse. Mais quand trois nouveaux coups sonnèrent, elle cessa aussitôt de lire. Les sourcils légèrement froncés – tout le monde sous le dôme savait qu’il ne fallait pas la déranger sans une excellente raison – elle porta son regard vers la porte et resta muette. Une série de questions fusèrent dans sa tête mais la voix qui lui parvint derrière la porte gela toutes ses connexions neuronales.

? – … Nana-chan… Nana-chan tu vas me faire attendre encore longtemps ?

Nana-chan…

Ses proches l’appelaient Nana depuis sa plus tendre enfance mais personne ne la surnommait Nana-chan hormis une seule: l’homme qui lui avait rendu la vie. Sa logique lui dictait qu’elle devait certainement rêver car il était presque impossible à cet homme de revenir à Soryo – en tout cas pas sans l’accord de ses supérieurs. Mais son cœur lui disait qu’il avait honoré sa promesse et qu’il était revenu. Après un moment d’hésitation, elle décida qu’elle devait en avoir le cœur net. Dès lors qu‘elle ouvrit la porte, elle sentit tout un tas d’émotions refoulées depuis des années remonter brusquement à la surface. Les larmes lui montèrent aux yeux puis elle se laissa tomber dans ses bras.

Il avait promis et il avait tenu sa promesse.

...

Nanako n’avait pas beaucoup changé. Peut-être était-elle encore un peu plus belle que dans ses souvenirs, songea Sho en la serrant dans ses bras. Le sourire aux lèvres, il glissa une main dans sa chevelure dorée tandis qu’elle resserrait l’étreinte de ses mains sur la veste que Hiroko lui avait offerte. Il pouvait entendre ses reniflements à peine retenus et les battements frénétiques de son cœur contre sa poitrine. Nanako avait une drôle de réputation dans ce pays. On la disait terrible et cruelle mais Sho n’avait jamais croisé la route de cette Nanako là. Celle qu’il surnommait affectueusement Nana-chan était une jeune femme souriante, bienveillante, tendre qui même malade n’avait jamais cessé de communiquer espoir et bonheur autour d’elle. Sho l’appréciait pour ça. Il l’avait apprécié au premier regard qu’il avait posé sur elle. Son regard, l’expression de son visage, son sourire, il n’avait jamais réussi à qualifier les sentiments qu’il éprouvait à son égard – il ne s’était pas vraiment interrogé à leur sujet. Mais cela n‘avait aucune sorte d‘importance. Il était heureux de la revoir et quelle que puisse être la nature de ses sentiments pour elle, il n’avait aucune envie de la mettre dans son lit ou de vivre une idylle avec elle. Nanako était Nanako, rien de plus rien de moins.

Sho – Je vois que tu l’as toujours.

Sho tourna son regard vers un grand parchemin posé dans un coin de la salle. Nanako se dégagea légèrement et tourna la tête dans la même direction que lui.

Nanako – C’est le plus beau souvenir de ma vie… je ne pouvais pas le jeter.

Un grand mal avait été scellé sur ce parchemin. Sho se souvenait encore de chacun des gestes qu’il avait exécuté pour endiguer la maladie qui rongeait la vie de Nanako. Le rituel tout entier avait duré plusieurs heures – il ne se souvenait plus combien exactement. Nanako avait souffert, peut-être plus qu’il n’en fallait à une femme de son calibre, mais elle avait tenu bon jusqu’au bout. Ce grand parchemin était le seul témoin matériel du lien indéfectible qui la reliait à Sho.

Nanako – Que fais-tu ici ? Je doute que tu sois venu simplement pour mes beaux yeux.

Le sourire de Sho s’étira sensiblement.

Sho – Je suis en mission.

Celui de Nanako suivit le mouvement. Elle sécha ses larmes d’un revers de manche et releva la tête vers Sho.

Nanako – J’aurai du m’en douter. Après tout, c’est le travail d’un shinobi que de servir à la lettre ceux qui lui ont offert un bandeau, un toit, et d’innombrables armes à sa portée pour répandre le sang en leur nom.

Sho – C’est une bonne définition.

Nanako se laissa aller à un petit rire.

Nanako – Je regrette qu’il en soit ainsi. J’aimerai tant te voir plus souvent.

Sho – Ne regrettes rien. Sans ces mêmes gens, je n’aurai pas pu te sauver la vie.

Le sourire de Nanako retomba. Elle secoua la tête, l’air songeuse. Pendant une poignée de secondes, elle resta silencieuse, ses yeux dirigés vers le sol. Sho la connaissait assez bien pour savoir qu’elle se perdait en réflexions et en souvenirs.

Nanako – Quel genre d’affaires as-tu sur les bras ?

Sho – Je cherche une spécialité très particulière de chocolat.

Nanako – Amusant.

Sho – Étonnant tu veux dire ?

Nanako – Non. Amusant.

Il l’interrogea du regard.

Nanako – Amusant que tu cherches une « spécialité très particulière de chocolat » quand à l’heure même où je te parle, le dôme accueille quelques uns des épiciers les plus influents de notre pays. Je suis certaine que tu pourrais trouver ce que tu es venu cherché auprès d’eux, pour peu que mon oncle te laisse les approcher.

Une nouvelle fois, Sho ne comprit pas le sens de sa phrase. Nanako sourit, enroula ses bras autour de son cou, et colla sa bouche contre son oreille droite.

Nanako – Ils sont, comment dire… un peu trop « voraces » pour un jeune shinobi comme toi.

...

Quand Sho entra dans le salon privé de Takasuke la première chose qui lui sauta au visage fut la décoration. Il savait le vieil homme doué d’un très bon goût pour tout ce qui appartenait à des époques révolues: comme l’armure de samouraï exposée dans une verrière près de l’entrée ou encore le vase en terre cuite sur lequel était gravé le premier jet de ce qui deviendrait plus tard l’insigne du village caché de la brume. Lui n’était pas spécialement fan de ce genre de babioles mais il pouvait comprendre, dans une certaine mesure, leur utilité pour un homme comme Takasuke Rokkaku. Tout homme d’influence cultive une part de mysticisme, c‘est ce que Nanako lui avait dis la première fois qu‘il était entré dans le salon. Ils se sentent plus puissant, plus important que n’importe quel autre être humain. Comme si le fait de posséder des objets ou des manuscrits de l’ancienne aire leur conférait un quelconque pouvoir. Ce qui n’est bien évidemment pas vrai. Sho résumait cela à un besoin pressant de nourrir leur ego. Que ce soit par l’obtention d’objets très anciens ou par des rites peut-être plus anciens encore, ces hommes jouaient à se prendre pour des dieux.

Takasuke était assis sur un coussin au centre de la pièce, derrière une petite table en bois incrustée de motifs argentés. Une jeune femme se tenait debout à ses côtés, tête baissée. Probablement une servante. Takasuke croisa son regard et lui fit signe de s’asseoir devant lui. Sho hocha la tête pour le remercier et prit place. La servante se mit aussitôt au travail. D’abord elle s’inclina poliment devant lui en souriant. Ensuite, elle alla chercher un plateau en porcelaine sur lequel était posé tasses et théière. Avec une légèreté et une minutie qui relevait presque du rituel, elle servit le thé et s’inclina une nouvelle fois quand elle eut terminée. Takasuke la remercia et lui demanda dans la foulée de bien vouloir quitter la pièce.

La servante partie, Sho croisa de nouveau le regard sondeur de son hôte. L’homme souleva sa tasse comme pour porter une bénédiction.

Takasuke – Le meilleur thé du pays. Une véritable perfection. Gouttes-le, je suis certain qu’il te plaira.

Sho suivit son conseil et goûta. Comme à chaque fois qu’il dégustait un thé, il sentait tout le poids de son corps s’évanouir brusquement. Dès lors, son âme semblait quitter son enveloppe corporelle pour voyager à travers l’espace et le temps. Il voyait des pentes verdoyantes sous un ciel nuageux, des chemins de terre creusés entre des hectares de verdure, et quelque part, perdu au milieu de cette immensité, un hangar imposant où toutes les feuilles de thé étaient acheminées pour être ensuite traitées et exportées. En rouvrant les yeux, les images se volatilisaient mais l’arôme, lui, restait imprégné sur son palet.

Sho – Excellent.

Takasuke sembla se satisfaire de ce jugement. Il sourit et but de nouveau.

Takasuke – Nanako t'aime, tu le sais ?

Sho fit mine de ne pas remarquer le virage soudain que venait de prendre la discussion. Si Takasuke Rokkaku était un véritable génie des affaires, il était en revanche un bien piètre analyste en matière de sentiments, surtout quand cela touchait sa nièce de près comme de très loin. S’il avait été plus observateur, et sans doute moins enclin à voir sa nièce mariée, il aurait sans doute remarqué que la relation qui les liait elle et lui ne relevait pas d’un amour passionnel. A défaut de trouver la réponse adéquate à la question qui lui était posée, Sho préféra dévier la conversation. Takasuke l’interpréterait probablement à sa manière mais Sho ne s’en soucia pas.

Sho – J’ai besoin de votre aide.

Cette phrase sembla attirer toute l’attention de son interlocuteur. Takasuke reposa sa tasse sur la table et hocha la tête comme s’il lui demandait de ne pas le faire attendre.

Sho – Moi et mes compagnons sommes à la recherche de tablettes de chocolat très particulières pour une personne très importante de notre village. Je ne connais personne dans ce pays qui pourrait mieux nous aider à mettre la main dessus que vous.

Takasuke reprit sa tasse de thé entre les mains et but.

Takasuke – Quand nous avons discuté pour la première fois dans ce salon, j’ai tout de suite su que tu n’étais pas homme à prendre les plus longs chemins pour faire entendre tes idées. J’ai entendu ta requête et pour ce que tu as fais pour moi et Nanako je te réponds ceci : donnes-moi tous les détails après cette entrevue, un jour supplémentaire pour faire mes recherches, et tu auras ce que tu demandes.

Sho n’eut guère besoin de réfléchir. Il connaissait assez bien son interlocuteur pour savoir qu’il serait fait selon ses dires. D’un mouvement de tête, il se contenta d‘acquiescer.

Sho – Quand prendra fin cette entrevue ?

Sa question était ironique et Takasuke l’avait bien compris.

Takasuke – Tu le sais bien. Quand je te dirai : « l’entrevue est terminée »

Ils rirent, burent, et passèrent le plus clair de leur entrevu à conter l’histoire de leur trois dernières années. Sho évoqua sa promotion, quelques unes des missions pour lesquels il avait risqué sa vie ou encore quelques uns de ses voyages dans le nord. Takasuke lui narra en retour quelques unes de ses grandes acquisitions immobilières et l’histoire d’une alliance financière cruciale pour le développement de la région qui avait, fort heureusement, capoter après que Nanako ait découvert que l’un des deux partis était mêlé à un trafic de contrebande au cœur même de Suigara. Après une bonne heure de discussion, Takasuke annonça la fin de leur entrevue, prétextant qu’il avait à traiter de choses importantes et qu’il regrettait de ne pas avoir plus de temps à lui consacrer. Comme il lui avait demandé, Sho lui donna les différents feuillets que Masaki avait mis à sa disposition ainsi que la somme d’argent nécessaire à l’achat des tablettes.

Takasuke – Gardes ton argent, je payerai de ma poche.

Sho – C’est hors de question.

Takasuke – Je te suis redevable…

Sho – Et vous m’avez déjà énormément aidé. Cet argent n’est pas le mien et l’ordre de mission ne vient pas de moi. Le commanditaire a mis cette somme à notre disposition pour acheter ses tablettes et il en sera fait comme il l’a souhaité.

Les règles qui régissaient les missions proposées aux villages cachés étaient peut-être étrangères à Takasuke Rokkaku, mais le vieil homme sembla comprendre qu’il n’y avait aucune contestation possible. L’argent devait être utilisé pour acheter les tablettes et il servirait à cet effet.

Takasuke – Qu’il en soit ainsi.



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:46, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Mer 8 Sep - 17:49

    09. Celui qui ne croyait pas
Le vent soufflait fort sur le dôme. Le ciel était clarsemé de nuages blancs mais l'horizon laissait entrevoir d'importants amas nuageux qui se dirigeaient lentement mais surement vers Soryo. Assis en simple spectateur sur un toit proche du dôme, Sho contemplait ce petit bout de monde d'un oeil incertain. Soryo était comme une deuxième maison pour lui, loin derrière Kumo. Il s'y sentait à son aise même si théoriquement il restait plus exposé ici qu'à Kumo. Soryo était un village paisible où il faisait bon vivre. Le flot continu de commerçants qui entrait et sortait du village animait les rues et les places publics, donnant un côté presque pittoresque à un village pourtant moderne. Soryo était le fruit de l'imagination des Rokkaku et tout de l'architecture des maisons à l'agencement des artères principales et secondaires le laissait entendre. Plus qu'un rêve, Soryo avait des aires de capitale. Une riche capitale pour un pays qui n'en était pas moins riche lui aussi. Sho pouvait imaginer le nombre de contrats qui atterrissaient tous les jours sur le bureau des principaux dirigeants du monde. Ce genre de contrat en or qui offrait richesse à qui voulait bien vendre des hommes. Le Pays du Thé avait beau se venter de ne pas être une puissance militaire sur le papier, la réalité devait dissimulé un réseau d'alliances locales d'une telle envergure qu'il ne devait laissé aucune place aux interprétations. Le Pays du Thé était peut-être le seul pays au monde à se vanter de pouvoir tout acheté, de sa sécurité à sa survie.

Yokuro – Drôle de village n'est-ce pas ?

Sho acquiesça en continuant de balayer l'horizon du regard.

Yokuro – Dire qu'à seulement quelques mètres de nous des sommes astronomiques sont entrain d'être échangées pour nourrir des alliances qui tôt ou tard seront défaites.

Sho – Tu comptes faire un casse ?

Son regard croisa celui de son acolyte avant de lui sourire. Yokuro le lui rendit puis il leva le nez en l'air pour observer le ciel.

Yokuro – Où en est notre mission ? Tu as réussi à obtenir quelque chose de cet homme ?

Sho – Les choses devraient se dénouer aujourd'hui si tout se passe correctement.

Yokuro sembla sourire quand Sho détourna le regard. L'eisei se demandait comment Takasuke s'y prenait pour toujours obtenir tout ce qu'il voulait. Sa fortune personnelle pouvait-elle tout acheter ? N'avait-il réellement qu'à claquer des doigts pour qu'à la seconde qui suit l'objet de ses désirs se retrouve sous son nez ? Il ne savait pas quoi en penser. Takasuke était un homme bon – il l'avait toujours été avec lui – mais était-il assez homme de principes pour n'avoir jamais rien obtenu par le mensonge, le chantage ou même la force ? Le doute subsistait. Un doute qui le mettait mal à l'aise.

Yokuro – Cet homme a le bras très long.

Yokuro n'était peut-être pas un fin connaisseur en matière de genjutsu mais Sho le croyait réellement capable de lire dans ses pensées par moment.

Sho – Trop, dise certain.

Yokuro – C'est aussi mon avis.

Sho ferma les yeux. Una manière pour lui d'exprimer son propre doute. Il ne connaissait pas Yokuro depuis assez longtemps pour connaître le fond de sa pensée, celle qu'il n'exprimait jamais. Néanmoins, il le connaissait assez pour savoir que son instinct était infaillible et bien qu'il rechignait à y croire, Sho devait se faire une raison. Restait à savoir si ce bras "trop" long agirait sur la recherche des tablettes ou si Takasuke resterait "propre" le temps de leur séjour ici. Concrètement, ni lui ni Yokuro n'était en mesure de faire quoi que ce soit contre l'empire Rokkaku, même s'ils étaient témoins d'activités illicites. Leur devoir était aillleurs. Ils servaient les intérêts de Kumo et à l'heure actuelle Takasuke Rokkaku pouvait contenter ces intérêts.

Le soupire que Sho poussa était à l'image du trouble qui l'habitait. Comment pouvait-il remettre en cause l'intégrité d'un homme qui l'avait toujours bien traité ? Comment pouvait-il réussir à distinguer ses relations privées et celle de son village ? Comment..

Yokuro – J'imagine que ce n'est pas simple pour toi. Tu sembles avoir nouer des liens amicaux avec lui. Mais tant qu'il ne représente pas un problème pour Kumo, il n'est pas un problème pour moi. Il pourrait tuer sous mes yeux que je ferai mine de n'avoir rien vu.

Sho – Si c'était si simple.

Yokuro – Je crois qu'Hiroko te dirait quelque chose comme " laisse tomber la morale boss "

Le sourire de Sho s'étira.

Sho – Oui.. c'est ce qu'elle dirait.

Yokuro – Et puis d'un autre côté, cet homme doit nourrir un nombre conséquent de bouches dans les parages. Il doit faire beaucoup plus de bien qu'il ne fait de mal. Bien qu'encore une fois, cela ne m'importe que peu tant que ça n'a aucune conséquence pour notre village.

Sho – Je ne te savais pas si patriote.

Yokuro se mit à rire bruyamment quand une porte claqua derrière lui. Lui et Sho tournèrent la tête au même moment. Nanako les regardait avec un léger sourire. Parfaitement bien éduquée, elle s'inclina. Yokuro fit de même quand Sho inclinait simplement la tête. En la relevant, il remarqua qu'Yokuro ne quittait plus leur invitée du regard. Nanako ne semblait pas insensible non plus. Décidément, elle avait le don indéniable de savoir captiver son auditoire.

Nanako – Je crois que vous feriez mieux de me suivre, il y a quelqu'un qui aimerait vous rencontrer et votre amie Hiroko n'a qu'une seule idée en tête, lui faire sauter la tête.

...

Quand Sho et Yokuro entèrent sous le dôme, un attroupement d'une vingtaine de personnes les attendait. Au centre du cercle, un homme aux cheveux grisonnants, vêtu d'un kimono rouge et blanc, faisait face à Hiroko autour d'une table basse. Sho dut s'y prendre à deux fois avant de réaliser que la petite Hiroko affrontait l'homme au bras de fer. La foule de spectateurs en délire lui semblait vaguement irréaliste. Mais force est de constater que la tornade Hiroko avait une nouvelle fois frappée.

Yokuro – Elle ne cessera jamais de me surprendre... vraiment....

Sho les yeux au ciel en se demandant ce qu'il avait bien pu faire pour mériter de former une équipe avec une fille totalement incontrôlable et un homme qui prenait un malin plaisir à la voir faire n'importe quoi.

Hiroko – Hey !! Yokuro ! Boss ! Approchez si vous voulez voir un pétage de bras en règle.

Décontenancé, Sho lança un regard interrogateur à Yokuro mais celui-ci était bien trop amusé par la situation pour le remarquer. Plus étrange encore, le mystérieux inconnu semblait lui aussi amusé par la situation. Ses rires enrobaient tellement la scène que Sho en vint à se demander qui était le plus timbré des deux : l'inconnu ou Hiroko ?

Nanako arriva peu après et prit appuis sur son épaule pour lui susurrer à l'oreille :

Nanako – C'est votre homme.



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:45, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Mar 14 Sep - 12:54

    10. Monnaie courante
Le dôme avait retrouvé son atmosphère calme et paisible. Les chuchotements avaient repris leurs droits dans l’allée principale et autour des tables de négociation. L’eisei-nin et son vis à vis s’y plièrent sans contestations. L’homme qui s’était présenté sous le nom de Tana Kibe demanda à ce qu’on apporte le thé à la table avant de fixer son regard sur Sho.

Tout sous le dôme invitait à la sérénité et au silence.

Tana – Je suis plus habitué à traiter avec les konohéens et les kiréens. Mais je dois avouer que vous et votre équipe êtes de loin les ninja les plus étranges qu’il m’ait été donné de rencontrer. Prenez ça comme un compliment, non comme une insulte.

Sho sourit. Lui-même n’avait jamais rencontré de marchand aussi étrange. Accepter un bras de fer avec Hiroko Ryûzoji relevant définitivement plus de la folie furieuse que du bon sens à ses yeux.

Sho – Excusez ma coéquipière pour sa… fougue. Elle est encore très jeune.

L’homme secoua sa tête et sa main en signe de refus.

Tana – Ne vous excusez pas. Elle est peut-être très jeune mais elle ne manque pas de courage. Croyez bien que je suis très heureux d’avoir croisé sa route.

Sho était étonné d’entendre pareil discours. D’habitude, Hiroko inspirait davantage de l’agacement, de l’irrespect, voir même de la peur aux personnes qui la côtoyaient. Le fait qu’un homme se dise « heureux » de l’avoir rencontré représentait un fait inédit depuis que la tornade Hiroko s’était abattu sur son monde.

Un homme s’arrêta au bord de la table, un plateau en porcelaine sur les bras. Avec la minutie que Sho reconnaissait désormais aux habitants du Pays du Thé, l’homme posa une coupelle devant eux et y déversa un thé vert au parfum puissant mais non moins enivrant. Sho le remercia, imité par son interlocuteur. L’homme s’inclina, posa la théière au centre de la table, et les laissa poursuivre leur conversation, disparaissant dans l’allée principale. Tana se pencha sur sa coupelle et prit une profonde inspiration, happant les volutes de fumée par les narines. Un sourire illumina brusquement son visage.

Tana – Takasuke-san sait y faire en matière de thé. C’est indéniable.

Sho acquiesça. Il prit la coupelle entre ses mains, la souleva à hauteur de son visage pour saluer son interlocuteur, et avala une gorgée du délicieux nectar. Un véritable délice. Son regard sonda de nouveau celui du marchand alors qu’il reposait sa coupelle sur la table.

Sho – Venons-en à la raison de votre présence, si vous le voulez bien.

Tana – Oui, vous avez raison. Sa coupelle posée sur la table, il ramena ses mains sur ses genoux. Takasuke-san m’a parlé de votre requête. Je m’étonne que des ninja de Kumo no Kuni soient venus jusqu’à Soryo pour des tablettes de chocolat. Mais je ne crois pas qu’il soit sage d’en discuter. Pour en revenir donc aux faits, sachez que je suis en mesure de vous les fournir.

Sho – Chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites ?

L’homme approuva d‘un hochement de tête.

Tana – C’est bien ça.

Sho – Quel est votre prix ?

L’homme ouvrit la bouche mais le son de sa voix s’étouffa avec l’apparition de Nanako. La jeune femme, qui arborait un sourire beaucoup trop prononcé pour ne pas paraître suspect, s'empara d'une chaise à une table voisine et s’assit à côté d’eux. Son regard glissa successivement entre Sho et Tana pour finalement s’arrêter sur ce dernier.

Nanako – Il semblerait que je sois arrivé à temps.

Tana – Comme toujours Nanako-chan.

Sho avait remarqué l’ombre qui s’était dessiné sur le visage de son interlocuteur au moment où Nanako était apparue. Il ne régnait visiblement pas une grande amitié entre eux malgré ce qu’ils s’efforçaient de montrer en public. Tana avait beau répondre au sourire de Nanako par un sourire courtois, il n’en était pas moins déstabilisé par sa présence. Cela se lisait dans son regard. De son côté, Nanako affichait une bonne humeur communicative. Elle lui jetait des regards en coin, accentuait son sourire, et ramenait son attention sur Tana. Difficile de savoir ce qui opposait ces deux-là mais ce qui est sûr c’est qu’ils ne s’aimaient pas, conclut Sho.

Nanako – Je crois que vous alliez annoncer votre prix Tana-san ?

L’homme esquissa un sourire plus prononcé et inclina la tête.

Tana – En effet. J’allais proposé à notre ami kuméen de lui livrer deux caisses de quarante tablettes pour le prix convenu par votre oncle.

Le sourire de Nanako se mua en un sourire mutin. Elle avait envie de jouer, c’était indéniable. Sho ouvrit sa bouche pour répondre à l’offre qu’il jugeait honnête mais c’était sans compter sur sa voisine qui interrompit son élan en lui présentant la paume de sa main. Elle ne prit même pas la peine de le regarder, gardant son regard affûté sur Tana.

Nanako – Dîtes-moi Tana-san, depuis combien de temps faites-vous affaire avec mon oncle ? Quatre ? Cinq ans tout au plus ?

L’homme acquiesça. Son sourire avait brusquement disparu.

Nanako – Hm. Elle posa un doigt sur ses lèvres. Je n’ai jamais entendu offre plus ridicule que celle-ci. Je suis certaine que vous êtes en mesure de fournir un effort beaucoup plus conséquent.

Tana – Nanako-ch…

Nanako – Vous souvenez-vous du contrat d’Hirochize ?

Les yeux de Tana tremblèrent assez pour ne pas échapper au regard de Sho. L’eisei-nin sentit l’électricité qui stagnait au-dessus de sa tête. Il ne pouvait clairement pas deviner ce qui se tramait dans la tête du marchand mais pas besoin d’être un devin pour savoir que Nanako venait de toucher à un point sensible. A quel point pouvait-il l’être ? Il allait bientôt le savoir.

Le regard sondeur, Tana attrapa sa coupelle et la porta à ses lèvres. Il en avala tout le contenu et la reposa bruyamment sur la table avant d’adresser un sourire quelque peu malsain à son bourreau.

Tana – Votre réputation n’est plus à refaire Nanako-chan.. excusez mon impolitesse pour ne pas m’être montré plus « généreux » avec notre invité de marque.

Il dirigea son regard vers Sho.

Tana – Les amis de Takasuke-san sont mes amis. Alors que diriez-vous de quatre caisses au lieu de deux ?

Se sentant prisonnier d’une situation dont il ne comprenait pas vraiment les sous-entendus, Sho lança un regard inquisiteur à Nanako. Regard auquel elle répondit par un sourire aimable, voir taquin sous bien des angles, avant d’hocher la tête. Elle lui donnait son accord ou plutôt son consentement. Pour elle, l’affaire était honnête. Et si elle était honnête pour Nanako Rokkaku, elle l’était forcément pour lui. Ramenant ses yeux sur Tana, il sourit donc poliment et accepta son offre.

Sho – Marché conclu.

Selon la coutume de Soryo, l’accord entre Sho Nagoshi et Tana Kibe fut ensuite gravé sur la table de négociation à laquelle ils étaient assis. Un jeune homme aux mains habiles grava leur nom sur le marbre, sous l’œil attentif de Nanako. Une fois l’accord scellé symboliquement, Tana fixa l’échange au surlendemain et prit congé en s’inclinant respectueusement devant lui comme devant Nanako.

Sho – Tu sais te montrer très persuasive quand il s’agit de faire des affaires.

Le même sourire taquin qu’elle lui avait adressé quelques instants plus tôt refit surface.

Nanako – Si ce n’était qu’en affaire..



Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:44, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Mer 15 Sep - 18:48

    11. L'attaque
De nuit, Soryo ressemblait à n’importe quel autre village. Des rues étroites plongées dans la pénombre. Les façades des bâtiments colorées de carrés blancs et jaunes. Des villageois assis sur des bancs au centre d’une petite place pour parler des dernières rumeurs. Le silence interrompu par un aboiement lointain et les conversations houleuses que les murs ne réussissent à contenir. La seule chose qui distinguait réellement Soryo des autres villages était son dôme. Où qu’on se trouve, il surplombait l’horizon.

Sho se promenait dans une ruelle bordée par des maisonnettes quand il s’arrêta pour lever ses yeux couleur ambre vers le dôme. A Kumo, le bâtiment le plus important n’était autre que le Temple du Raikage. A la manière du dôme, il représentait le pouvoir suprême du village, l’endroit où tout se décidait. Il avait peine à imaginer tous les efforts que la construction d’un tel édifice avait du demander. Yokuro n’avait sans doute pas tort en disant que Takasuke avait du nourrir un grand nombre de bouches dans les environs.

L’eisei-nin enfonça ses mains dans les poches de la longue veste qui distinguait la nouvelle équipe qu’il formait avec Hiroko et Yokuro. Une légère brise s’engouffra dans ses cheveux rougeoyant et dessina quelques vaguelettes sur ses vêtements. Le ciel était parfaitement dégagé au nord mais du coin de l’œil, Sho remarqua qu’une importante masse nuageuse approchait depuis l’ouest. Il huma l’air et ajouta à sa liste d’observations que l’humidité se faisait particulièrement ressentir. Une belle averse se prépare, conclut-il en reprenant le sens de sa marche.

Ses pas l’amenèrent à fouler les pavés de l’allée marchande, le poumon économique de Soryo et son artère la plus grande. La grande majorité des commerces présentaient des portes fermées. Il y avait bien quelques exceptions. Notamment un vendeur de liqueurs et un important vendeur de tabac dont Sho connaissait l’excellente réputation. Se rappelant qu’il avait pratiquement épuisé tout son stock de tabac, il se présenta au comptoir tenu par un homme aux cheveux grisonnant et au regard haut perché derrière de petites lunettes rectangulaires. Son commerce était encore plus impressionnant que celui dans lequel Sho était entré à Amachi. Des barils provenant des quatre coins du pays étaient disposés en rangées régulières. Les murs offraient à la vue des acheteurs des paquets entiers de cigarettes et une vitrine où des modèles de briquets en métal étaient exposés.

? – Kumo no Kuni hein ?

Le commerçant leva son index vers son bras droit. Sho inclina la tête. Le bandeau de Kumo était enroulé autour de son biceps droit.

? – Les rumeurs disaient qu’une équipe de kuméens errait dans le village. Je comprends désormais que ce n’était pas que de simples rumeurs.. que puis-je faire pour vous ?

Sho fouilla dans la poche intérieure de sa veste et posa une petite boîte en bois sur le comptoir.

Sho – Il me faudrait des feuilles d’Achikaze.

Le commerçant se mit à caresser son menton.

? – Hm.. attendez un instant, je vais voir s’il m’en reste.

Après avoir disparu un moment, l’homme refit son apparition, deux caisses sous les bras.

? – Je suis désolé, il ne m’en reste plus une seule. Mais je devrai recevoir un nouveau stock demain après-midi. Je peux vous en mettre de côté ou alors si vous me le permettez.. Il ouvrit la première caisse sur le comptoir. .. Laissez-moi vous faire essayer cet excellent produit. Ce sont des feuilles cultivées dans les montagnes de Nokure. Elles sont séchées de la même manière que celles d’Achikaze mais elles ont une saveur un peu moins prononcée et surtout plus fruitée.

Sho n’était pas vraiment emballé mais l’homme bourra une pipe sous ses yeux et la lui tendit. Refuser aurait été mal vu. Aussi porta-t-il la pipe à ses lèvres et en tira une longue bouffée. Pas mauvais. Pas mauvais du tout même.

Sho – Intéressant.

Le commerçant sourit et inclina la tête.

? – Se sont de très loin mes préférées.

Sho – J’en prendrai une boîte.

L’homme s’affaira à la remplir quand un individu fit irruption dans la boutique. Il dégoulinait de sueur.

? – Ryu ! Nori raconte partout qu’il a vu une dizaine d'hommes armés traverser le village depuis la porte sud-ouest.

Le commerçant releva la tête, dévisagea l'individu puis rabaissa la tête comme si de rien n’était.

? – Et que veux-tu que ça me fasse ? Tu ne vois pas que je suis avec un client ?

? – Ryu ! Il se passe quelque chose j'en suis sûr. Il y a de la fumée qui s’échappe de l’entrée du dôme !

La deuxième fois que Ryu Taneda leva la tête, son client avait disparu.

Sho bondissait de toit en toit, les yeux fixés sur la colonne de fumée qui s’échappait du dôme. Que s'était-il passé ? La question le hantait. Une pointe d'inquiétude commençait également à poindre le bout de son nez. Nanako et Takasuke étaient-ils en sécurité ? Hiroko et Yokuro ?

Arrivé sur place, il trouva l'entrée barrée par d'interminables langues de feu. Immédiatement, il se mit à courir vers la façade nord en levant les yeux pour chercher la discontinuité dans la façade qu'il savait occupée par le balcon qui ouvrait sur les appartements de Nanako. Il la repéra à peut-être huit ou neuf mètres de hauteur à mi-parcours. Projetant une infime impulsion de chakra dans ses pieds, il bondit sur la façade et la parcourut en courant comme si son corps ne répondait plus à l'attraction terrestre.

Basculant par-dessus la rambarde il fit voler en éclat la baie vitrée d'un simple coup de poing et traversa à toute allure les appartements de Nanako.

? – T'es qui toi ?

Lorsqu'il entendit cette question, il était déjà trop tard. Une douleur fulgurante transperça son épaule droite. La pointe d'un Yari venait de l'embrocher comme un boeuf et le pire c'est qu'il ne l'avait pas vu venir. A peine eut-il le temps de tourner la tête pour dévisager son opposant qu'il sentit son estomac se tordre sous le joug d'un poing massif. En moins de temps qu'il lui en fallut pour vraiment réfléchir à une stratégie viable, il tricota une série de signes et disparut dans un nuage de fumée blanche. Il poussa sur le manche du Yari et le brisa en deux. Quand le nuage retomba, l'espèce de colosse imberbe qui avait osé le blesser se retrouva face à trois parfaites répliques de lui-même.

? – J'aime pas les mecs dans t...

La tête du colosse roula sur le sol. Son corps sanguinolent resta debout une bonne dizaine de secondes, comme suspendu par un fil, puis il s'écroula, sans vie. Les trois lames de nodachi dégoulinaient de sang.

Sho prit la mesure de ce qui était entrain de se passer et fit signe à ses deux kage bunshin de le suivre. Tous trois entrèrent aux pas de course dans la grande rotonde et trouvèrent deux répliques d'un Yokuro enragé comme jamais qui se battaient avec un homme au visage balafré. A son exact opposé, près des portes en feu, Hiroko fracassait littéralement le bassin d'un homme à la chevelure rousse contre une table tandis qu'un deuxième la ratait de près avec son katana.

Yokuro tourna brusquement les yeux dans sa direction comme s'il avait ressenti sa présence.

Yokuro – A l'étage ! Dépêche-toi !

Sho fronça les sourcils.

Yokuro – A l'étage VITE !!!

Sho quitta ses coéquipiers sans plus se poser de questions.

Sho – ...

Deux hommes gardaient la porte du bureau de Takasuke au premier étage. Sho demanda mentalement à ses kage bunshin de s'en occuper et profita de l'ouverture pour faire irruption dans le bureau. Un homme tenait en joug Nanako du bout de son katana. Un autre le fusilla du regard, un sourire pendu à ses lèvres.


Dernière édition par Sho Nagoshi le Jeu 14 Oct - 16:43, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Jeu 7 Oct - 12:24

    12. Les ténèbres bleues
C’était toujours les mêmes images. Toujours. Elles tournaient en boucle dans son esprit depuis un nombre incalculable d’heures. Il revoyait la lame argentée d’un katana appuyée sous le cou de Nanako. Son regard, saisit de peur, et les perles de sueur dégoulinant de son visage. Takasuke était assis derrière son bureau, à un mètre tout au plus. Son visage exprimait quelque chose comme le remord ou bien la peine. Difficile de s’en souvenir avec exactitude avec toute cette obscurité. Deux silhouettes tenaient les armes qui menaçaient la vie de ses amis. Elles étaient plus grandes que lui, plus fortes aussi. Il revoyait le sourire que l’un des deux individus avait tourné vers lui quand il était entré dans la pièce. Ses yeux luisaient d’un reflet carnassier dans la pénombre. Il était prêt à tuer. Il voulait tuer. Mais ce n’était pas ce qu’il était venu chercher.

Subitement, la nuit s’était abattu sur son monde. Il entendait encore clairement le bruit sourd que l’objet avait émis en se brisant sur sa nuque. La pièce s’était retourné devant ses yeux mais impossible de savoir s’il avait percuté le sol ou non. Il se souvenait seulement qu’une vive lumière bleue était apparue et qu’elle s’était répandue dans toute la pièce. Elle l’avait aveuglé pendant un bref instant puis son monde s’était noyé dans les ténèbres. C’est de ce néant que les images jaillissaient les unes à la suite des autres comme un vieux film qu’on repasserait en boucle. Il ne pouvait rien faire, rien décider. Il était prisonnier de ces visions, prisonnier de son impuissance à les comprendre ou à les analyser. Ce monde était une prison dans laquelle il avait été envoyé de force et dieu seul sait quand il en sortirait.

Dieu – quel qu’il soit – était bon.

La première chose qu’il vit en ouvrant les yeux se fut un plafond vert turquoise qui imitait la forme des tuiles en terre cuite. La seconde, une traînée de fumée à peine visible qui serpentait à une trentaine de centimètres de lui. Son sens de l’ouïe lui revint et il commença à entendre des éclats de voix puis des chuintements de vapeur et le son lointain d’une chute d’eau. Au fur et à mesure, les sons devinrent plus nets, plus précis. Il arriva à définir qu’au minimum deux personnes discutaient à peut-être sept ou huit mètres de lui, que les bruits de vapeur n’étaient pas loin d’eux, mais que la chute d’eau l’était beaucoup plus. En revanche, il lui était délicat de deviner à qui appartenait ces voix et surtout ce qu’elles pouvaient bien trouver à se dire.

Il se passa une main sur le front et recouvrit ses yeux par la même occasion. Ce simple contact sembla réveiller un poids sur sa nuque et ses épaules. Un poids si lourd qu’il lui arracha une grimace. Pourquoi avait-il si mal ? La seule réponse que son esprit trouva à lui donner fut de lui faire réentendre le bruit sourd qui avait habité ses rêves agitées. Le coup sur sa nuque… oui il s’en souvenait maintenant. Mal, mais il s’en souvenait. Il était entré dans le bureau de Takasuke et les avait trouvé, lui et sa nièce, menacés par deux individus dont il ne se remémorait plus les visages. Selon toutes vraisemblances, le duo avait gardé un complice près de la porte. Un complice qui s’était fait une joie de lui porter un coup traître sur la nuque. Une façon comme une autre de le mettre hors d’état de nuire. Une pointe de ridicule commença à l’envahir alors que les pans de sa mémoire se reconstituaient doucement dans sa tête. Il avait fait irruption dans la rotonde et Yokuro l’avait sommé de rejoindre le premier étage. Il s’était précipité sur les lieux et dans sa précipitation avait oublié de ranger ses émotions dans son sac. N’importe quel ninja de son rang aurait évité ce coup sur la nuque. Lui non. Il était entré comme un chien enragé et il en avait pris pour sa stupidité.

Que s’était-il passé après ça ? Il n’en avait pas le moindre souvenir. Son esprit ne lui murmurait plus rien après l’apparition de la lumière bleue. Les destins d’Hiroko, de Nanako, de Takasuke, et d’Yokuro lui étaient cachés. Ne pouvant rester plus longtemps à rien faire alors qu’un semblant de panique commençait à le gagner, il se redressa sur ses coudes et balaya son champ de vision. Il était seul dans une chambre de taille standard. Le lit sur lequel il était allongé était le seul mobilier de la chambre. Il n’y avait ni objets décoratifs ni lampes. L’endroit était vide mis à part le fait qu’il s’y trouvait. A quelques mètres devant lui, deux portes coulissantes laissaient entrer un mince filet de lumière blanche et par la même occasion les éclats de voix qui se faisaient toujours plus nombreux mais qui restaient non moins méconnaissables.

Il n’hésita même pas malgré la douleur. Dégageant la couverture d’un geste de la main, il se leva et prit tout de suite appuis contre le mur le plus proche pour s’éviter une chute retentissante. Sa tête était encore lourde. Un peu comme si elle était noyée sous quelques litres d’eau. La douleur pressait ses épaules et il se dit qu’il aurait mieux valu pour lui de ne pas se lever si brusquement. Mais maintenant que le mal état fait, il était hors de question de reculer. Pas à pas, il marcha jusqu’aux portes. Il les fit coulisser et se laissa aveugler par la lumière extérieure pendant plusieurs dizaines de secondes. Quand sa vue s’y habitua enfin, il se surprit à trouver ses deux acolytes assis autour d’une table richement garnis de plats appétissants en compagnie d’une Nanako souriante comme jamais. Yokuro avait le bras gauche prisonnier d’un plâtre et le décolleté de son kimono laissait entrevoir quelques pansements dans son cou et sur son torse. Il était plus expressif que d’habitude et s’amusait à piocher des bouchées dans chaque plat sur lequel son bras gauche avait une portée. Hiroko était fidèle à elle-même, bruyante et quelque peu hystérique. A première vue, elle ne semblait pas blesser. Nanako l’accueillit avec un grand sourire. Elle non plus ne semblait pas blesser.

Nanako – Nous t’attendions.

Sho – Pas pour commencer à manger à ce que je vois.

Au fond de lui, Sho était soulagé de voir que ses amis étaient en vie. Il n’avait pas douté de leur capacité à survivre mais ils étaient tous membres de la même famille, sa famille. Des gens pour qui on s’inquiétait dès que les nouvelles venaient à manquer.

Nanako l’invita à s’asseoir pour reprendre des forces autour du repas qu’elle avait concocté et Yokuro lui désigna le tas de coussins à côté de lui. Il prit place et tendit une main encore tremblotante vers la coupelle de thé qui l’attendait. Remarquant ses tremblements, Hiroko posa ses baguettes et souleva la coupelle jusqu‘à lui.

Hiroko – Je vous avais bien dis que sans moi vous vous feriez tuer.

Il lui adressa un semblant de sourire et abaissa la nuque pour la remercier. Hiroko ne semblait souffrir d’aucunes blessures apparentes. C’était même à se demander si elle s’était bel et bien battue. La réponse ne laissait aucune interprétation possible bien sûr. Elle était une combattante accomplie malgré la répugnance qu’elle éprouvait à se battre et il ne doutait pas que ses poings avaient écrasés nombre d’os sous le dôme. Ce qu’il aurait aimé savoir, c’est ce qui s’était passé après qu’on l’ait assommé dans le bureau de Takasuke. Comment s’était terminé la prise d’otage de Takasuke et Nanako ? Qui était intervenu ? Et que restait-il des personnes qui avaient attentés à leur vie ?

Sho – Qu’est-ce qu'il s’est passé ?

Yokuro – De quoi tu te souviens ?

Hiroko – De quoi tu veux qu’il se souvienne ? Il a pris un coup sur la tête.

Sho resta silencieux un petit moment. Tous les regards étaient tournés vers lui et ilspouvait clairement les sentir peser sur ses épaules. Il pouvait également sentir l’impatience de ses amis grandir à mesure que le temps s’écoulait devant eux. Tous voulaient savoir. Un peu comme lui. De quoi se souvenait-il ? De presque rien.

Sho – Je me souviens être entré dans le bureau, d’avoir trouvé Takasuke et Nanako en charmante compagnie, d’être tombé et d’avoir vu comme une vive lumière bleue avant de sombrer.

Le sourire d’Hiroko s’agrandit, révélant une rangée de dents bien blanches.

Hiroko – Tu as tout loupé en gros ?

Sho acquiesça.

Nanako – On peut dire que tes amis ont beaucoup de crans.

Yokuro – Elle exagère un peu. Encastrer tous ces gens dans les murs c’était plus de l’art que du courage.

La réelle suite des évènements lui fut raconté par une Hiroko particulièrement joyeuse. Elle lui apprit que le bureau de Takasuke comptait bien trois acolytes quand il y était entré ; et que tous les trois avaient péris sous son poing. La lumière bleue qu’il avait entrevu avant de sombrer dans l’inconscience était le fruit d’un sceau de soutien qui de part sa couleur particulière s’était illuminée à son activation. Hiroko lui montra sa main sur laquelle le sceau était inscris. Elle lui expliqua comment elle et Yokuro avait été invité à visiter le dôme en compagnie de Takasuke pendant qu’il était occupé à fêter ses retrouvailles avec Nanako. Comment elle avait posé un sceau bleu de soutien dans le bureau de Takasuke, plus par méfiance avoua-t-elle que par réel souci de sécurité. Elle avait voulu avoir un accès privilégier à ce bureau au cas où les négociations autour du chocolat auraient mal tournés. Elle et Yokuro avaient longuement discutés de Takasuke en privée. Ils en étaient arrivés à la même conclusion: l’homme était dangereux. Et en shinobi avisés ils s’étaient prémunis du danger. Nanako n’avait pas relevé l’information. D’une certaine façon, elle comprenait la méfiance naturelle qu’on pouvait ressentir pour un homme aussi puissant et influent que ne l’était son oncle. Hiroko raconta ensuite en détails comment son apparition, puis ensuite celle de Yokuro, avaient réussis à désorganiser les ravisseurs qui croyaient avoir fait le plus gros en l‘assommant. Le premier de ses poings, dit-elle, avait été pour l’homme qui menaçait Nanako et dont le corps avait été littéralement broyé en percutant le mur du fond. Le second avait terminé sa course dans l’estomac de celui qui tenait en joug Takasuke par un habile usage du shûmpo. Quand enfin le troisième avait percuté le visage du fourbe qui l’avait assommé après que Yokuro soit apparu et l’ait maîtrisé dans la foulée.

Sho était étonné. Il ne pouvait que l’être devant les exploits de ses deux compagnons. A eux deux, ils avaient réussi à mater la totalité de l’offensive conduite contre le dôme. Lui n’était finalement intervenu que pour abattre les deux hommes qui gardaient l’entrée du bureau. Ce qui à ses yeux était une bien maigre contribution en comparaison de ce qu’il était réellement capable de faire. Et si la déception pouvait clairement se lire sur son visage, une question estompait encore sa sensation d’avoir été passablement inutile sur ce coup là. Qui étaient ces hommes et pour qui travaillaient-ils ? Sho ne pouvait se résoudre à croire qu’ils s’étaient attaqués au dôme sans tête pensante pour les guider. Quelqu’un se cachait forcément derrière tout ça mais qui ? Qui pouvait en vouloir aux Rokkaku ? Probablement beaucoup de monde s’il en croyait son instinct et celui de ses deux acolytes. Ce qui, d’une certaine manière, ne faisait que l’éloigner encore davantage de la vérité.

Saisissant ses baguettes et portant une portion de riz à sa bouche, il se demanda si les corps avaient été fouillés et s’ils portaient un quelconque trait distinctif qui aurait permis de les identifier à un groupuscule plus ou moins connu dans la région. Un élément de réponse lui fut fournis par Nanako. Elle disait avoir remarqué comme un tatouage sur les chevilles des deux hommes qui les avaient menacés elle et son oncle. Un tatouage en forme de chrysanthème. Bien que cela n’inspira pas grand chose aux trois kuméens, Sho voyait derrière cet élément un début de réponse. Il se jura d’aller questionner Takasuke à ce propos dès qu’il aurait un instant à lui accorder. Il devait savoir. Il devait comprendre. Ce désir lui nouait l’estomac au point de lui en faire perdre tout appétit.

Nanako – Reste qu’aucun de ces hommes n’a expliqué pourquoi ils faisaient tout ça…

Tout le monde s’arrêta de manger autour de la table pour regarder Nanako.

Sho – Aucun d’eux n’a parlé dans le bureau ?

Elle répondit non de la tête.

Sho – Et dans la rotonde ?

Hiroko et Yokuro l’imitèrent. Un semblant d’inquiétude passant sur leur visage.

Étrange, c’était le moins qu’on puisse dire. Trop étrange même. Habituellement, ce genre d’offensive laissait place à des revendications plus ou moins obscures. Hors là il n’y avait rien. Absolument rien. Ils avaient à faire à une énigme. Une énigme qui ne laissait entendre rien de bon. Passablement inquiet et encore un poil déboussolé, Sho se repassa le film de l’attaque en se basant sur ce qu’il avait vécu et sur ce qu’on lui avait raconté, à la recherche d’un détail qui lui aurait échappé en vain. Faute de mieux, il insista auprès d’Hiroko et d’Yokuro pour leur demander s’ils ne se souvenaient pas d’un détail en particulier, la moindre chose qui leur aurait permis de se lancer sur une piste. Mais la seule chose qui leur revenait en mémoire c’était le chaos sous lequel le dôme était tombé au cours de l’attaque. Ils leur étaient impossible de se souvenir des détails à cause de ça et aussi parce qu’ils avaient livrés une bataille si intense qu’elle en avait rayé toute subtilité de leur mémoire.

Sho se sentait quelque peu frustré. D’un côté, la situation était plus claire dans son esprit. Il savait ce qu’il s’était passé et comment cela s’était passé. Mais d’un autre côté, personne, lui y compris, ne savait pourquoi le dôme avait été attaqué et qui se cachait derrière cette attaque. L’affaire toute entière nageait dans un nuage vaporeux. Un nuage qu’il serait très délicat à percer s’il se basait sur son intime conviction. A moins que Takasuke n’ait connaissance de la signification d’un chrysanthème tatoué sur les chevilles d’un homme, ils étaient totalement perdus.

Hiroko – Tout compte fait Boss, est-ce que se sont nos affaires ?

Il croisa son regard, posa ses baguettes sur la table, puis soupira. A proprement parler, non, ce n’était pas leurs affaires. Ils étaient en mission pour le compte du village et seule la mission devait les importer. Mais Sho ne pouvait cacher l’aspect personnel que revêtait l’attaque du dôme. Non content de viser des personnes qu’il appréciait tout particulièrement, elle s’était aussi retournée contre lui et ses équipiers. Pouvait-il laisser passer cela comme si jamais rien ne s’était produis ? Sur le papier il l’aurait du mais tout le monde autour de la table savait qu’il n’était pas le genre de personnage à mettre sa morale de côté. Sho servait les intérêts de son village mieux que quiconque et ne les perdait jamais de vue quelle que soit la situation. Mais il n’était pas pour autant aveuglé par son devoir. Des vies avaient été menacés. Des vies précieuses. Il ne pouvait pas laisser filer l’auteur de ses menaces sans rien faire. C’était une question de principe encore plus que d’honneur.

Il se leva. Nanako le fusilla aussitôt du regard.

Sho – Je dois tirer ça au clair.

Nanako – Tu n’as presque rien avalé et tu n’as rien qui te permette de faire la lumière sur cette histoire ! Rassis-toi et mange quelque chose, ça ne t’avancera à rien de t’écrouler dès que tu quitteras cet endroit parce que tu viendras à manquer de forces.

Sho lui sourit et pivota malgré tout sur ses talons. Il devait comprendre. Elle comprendrait.

Hiroko – Attendez… je me souviens de quelque chose...

Elle fronça les sourcils, le regard noyé dans le vague.

Hiroko – … l’homme que j’ai renvoyé à Mokure l'autre soir… il portait ces tatouages lui aussi…



Dernière édition par Sho Nagoshi le Ven 8 Oct - 20:27, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Jeu 7 Oct - 18:26

    13. La main qui volait
Sho marchait dans les couloirs du dôme, son nodachi à l’épaule. Les couloirs d’habituels si animés étaient vides comme si une tempête avait tout emmené sur son passage. Et quel tempête.. Il lui semblait encore entendre le crépitement des flammes bloquant l’entrée de l’édifice et les cris au cœur de la bataille. Beaucoup de sang avait été versé d’un côté comme de l’autre ( Nanako avait raconté qu’une vingtaine d’hommes de main de son oncle étaient tombés au cours de l’attaque ). Mais la guerre était loin d’être terminée. Après coup, Sho s’était rendu compte que l’attaque n’avait pas été orchestré par un stratège mais par quelqu’un qui voulait attirer l’attention. Les troupes ennemis n’avaient eu aucun chef pour les mener. Elles s’étaient ruées sur le dôme pour y faire un maximum de dégâts. Sho y voyait une manière de montrer que la puissance des Rokkaku était aussi fragile que n’importe quelle autre puissance de ce monde, fut-elle économique comme militaire. Le dôme était affaiblis et le message était clair: il le serait encore davantage lorsque les kuméens s’en iraient.

Le souvenir d’Hiroko ajoutait une autre ombre au tableau. L’homme qu’ils avaient abattus en cours de route et que la jeune chuunin avait ensuite téléporter jusqu’à Mokure portait le même tatouage aux chevilles. Un tatouage en forme de chrysanthème. Sho commençait à se demander s’il n’était pas question d’une organisation criminelle. Rencontrer toute une troupe armée d’hommes tatoués du même symbole ne pouvait pas être une simple coïncidence. En tout cas pas quand tous s’étaient essayés à vous abattre.

Sho arriva devant les portes du bureau de Takasuke. Son fidèle second, Tojiro, l’accueillit avec une joie non dissimulée et le fit entrer après s’être assuré que Takasuke pouvait le recevoir. En entrant, Sho ne put s’empêcher de baisser les yeux sur le coin de parquet où il avait débuté son interminable nuit de sommeil. Mais son regard d’ambre se releva très vite pour suivre les mouvements de Takasuke qui lui fit l’honneur de se lever et de s’incliner. L’homme semblait éprouvé mais il arborait toujours ce sourire courtois qui du temps où il était encore jeune homme avait du faire chavirer plus d’un cœur. D’un geste de la main, il l’invita à s’asseoir face à lui.

Sho – Vous avez bonne mine.

Takasuke – Je te retourne le compliment.

Son amusement traduisait un certain malaise. L’empire Rokkaku avait reçu un grand coup dans l’estomac. Sho n’allait pas jusqu’à penser qu’il avait posé un genou à terre mais il y avait échappé de très peu. Les retombées économiques de l’attaque pouvaient être catastrophiques si Takasuke ne prenait pas ses précautions. Ce qu’il avait sans doute pris bien avant que Sho n’y réfléchisse. Il était un homme d’affaire après tout, pas un général ou un homme d’armes.

Takasuke – Je tiens à vous remercier, toi et ton équipe, pour ce que vous avez fait pour nous.

Sho – Nous n’aurions peut-être pas du nous en mêler.

Takasuke ne releva pas sa remarque et joua du bout des doigts avec les contours d’une boîte en bois posée sur son bureau.

Takasuke – Tu aurais préféré que les choses se passent autrement ?

Sho acquiesça. Lui et ses équipiers étaient en mission pour Masaki Asano non pour le compte de Soryo ou de Takasuke Rokkaku. Intervenir dans une affaire extérieure à leur champ d’action n‘était pas ce qu‘on pouvait appeler « une bonne idée ». Non seulement leur intervention impliquait l’image de Kumo à petite échelle, mais en plus de ça elle aurait pu leur valoir de perdre un élément s’ils n’avaient été plus méfiants.

Takasuke – Je suis sincèrement navré.

Sho – Vous ne l’êtes pas le moins du monde.

Il se figea.

Takasuke – Tu m’en veux ?

Sho – Non. Je m’en veux d’être venu jusqu’ici.

Takasuke – Crois-moi, je ne voulais pas que toi et tes compagnons soyez impliqués.

Sho – Impliqués dans quoi ?

Takasuke sembla vaciller puis il se reprit et lui conta une sombre histoire de menaces qui s’était envenimée un an plus tôt. Cette histoire avait commencé par la réception de courriers virulents qui progressivement s’étaient mués en menaces directes à l’encontre de ses intérêts au Pays du Thé. Takasuke lui raconta qu’il avait fait l’erreur de sous-estimer ces menaces en croyant qu’elles provenaient tout simplement d’un illuminé comme on pouvait en trouver un peu partout. La suite des évènements lui avait donné tort. Deux de ses comptoirs commerciaux dans le sud du pays avait disparu dans des incendies criminels. Un convoi de marchandises à l’approche de Soryo avait été la victime d’une embuscade. Deux de ses associés y avaient trouvés la mort. Il avait soudainement arrêté de recevoir des menaces quand il avait pris le parti de former une sorte de milice armée pour défendre ses intérêts. Mais l’attaque du dôme lui faisait comprendre que les menaces n’étaient pas terminées et qu’au contraire elles ne feraient qu’empirer. Restait que les motivations de son ou ses agresseurs lui étaient inconnues et donc qu’il ne pouvait prendre aucune mesure contre eux.

Quand Sho lui parla du chrysanthème tatoué sur les chevilles, Takasuke sembla sonder sa mémoire au point d’en devenir fou. Un souvenir sembla toutefois remonter à la surface. Un souvenir où il se voyait encore jeune en compagnie de son frère et d’un ami d’enfance, Hojo Kanaru, avec lequel ils avaient grandis. Le père de cet ami portait un chrysanthème tatoué bien en vu sur son cou. C’était un homme bon de ce qu’il en avait gardé en mémoire. Un fermier comme on en trouvait beaucoup à cette époque dans la région. Sho ne voyait pas bien quel lien pouvait avoir un fermier vraisemblablement mort avec une supposée organisationnel criminelle qui en voulait à la fortune des Rokkaku. Il demanda à son vieil ami de fouiller encore une fois dans sa mémoire mais rien, Takasuke ne se souvenait pas avoir croisé ce tatouage ailleurs que sur le cou de cet homme.

Résigné et agacé de ne pas en découvrir davantage, Sho se leva sans rien ajouter et se dirigea vers la sortie.

Takasuke – Sho.. Si tu ne peux me pardonner alors pardonnes les fautes du vieil homme que je suis. J’ai sans doute perdu le sens des réalités au fil des années. J’ai cru que je pouvais continuer à accroître mon empire sans en payer les conséquences. Mais l’heure est sans doute venu pour moi de les payer double.

Sho tira sur la poignée de la porte et répliqua :

Sho – Je ne suis pas juge du mal que vous avez pu faire seul ou avec votre regretté frère. Vous êtes mon ami et cela me suffit à vous pardonner. Vous avez aidé mon équipe à trouver ce que j’étais venu chercher. Mon équipe vous a aidé à garder votre dôme sur pieds. Nous sommes quittes.

Il claqua la porte derrière lui et disparut dans le couloir.

...

Peu après sa courte entrevue avec Takasuke, Sho fut rejoins par Nanako dans l’un des couloirs qui menaient à la rotonde. Elle lui annonça l’arrivée imminente de Tana Kibe et des quatre caisses de chocolat qu’il lui avait commandé. Tous deux s’installèrent à la même de table de négociations qu’ils avaient utilisés pour sceller l’accord. Nanako fit apporter du thé et tous deux burent en silence tout en se jaugeant du regard comme pour se retenir l’un l’autre d’en faire plus qu’il n’en fallait.

Tana Kibe arriva quelques instants plus tard avec un contingent de quatre personnes pour l’aider à livrer en état les quatre caisses de chocolat. Sho le salua d’un sourire et tous deux se serrèrent la main avant de prendre place autour de la table. Ils discutèrent un long moment de la pluie et du beau temps – et en particuliers de l’attaque du dôme. Tana montra un dégoût profond pour ce qui était arrivé et comme une forme de rage de n’avoir rien pu faire en temps et en heure pour son vieil ami. Nanako restait silencieuse. Elle buvait tranquillement son thé sans véritablement prendre part à la discussion. Par moment, Sho la trouva même songeuse mais après coup il se persuada qu’elle devait encore être choquée par la prise en otage à laquelle elle avait survécu.

Après les politesses d’usage, Sho demanda à vérifier la marchandise. Tana accéda bien évidemment à sa requête et fit ouvrir les quatre caisses sous ses yeux. Toutes étaient remplies à ras bord de tablettes de chocolat estampillées " chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites ". Sho reconnut l’emballage qui gisait vide sur le bureau de Masaki mais par simple précaution, il défit l’un d’eux et croqua la tablette pour s’assurer qu’elle contentait bien les pointilleuses exigences de la célèbre Sannin. Quand il constata qu’il n’avait pas été trompé et que tout paressait en règle, il se redressa et remercia son bienfaiteur en s’inclinant respectueusement. C’est alors qu’un détail s’imposa à lui comme une évidence. Il revit la main tendue du commerçant vers lui, sa manche reculer de quelques centimètres sur son avant-bras, et un début de tatouage apparaître. Il ne l’avait vu qu’un très court instant mais cela avait suffis à déclencher un mécanisme de conclusions à la chaîne.

Et si Tana était celui qui avait commandé l’attaque ? Au prime abord, cela pouvait paraître insensé, et ça l’était. Mais maintenant qu’il y réfléchissait Tana était un homme influent ; de moindre influence que Takasuke Rokkaku, mais influent tout de même. D’ailleurs le monopole de l’empire Rokkaku faisait un très bon élément de convoitise pour n’importe quel gros commerçant du pays. Et si Tana ne faisait que tenir un double discours depuis le début ? Et si tout compte fait il en voulait vraiment à Takasuke et à ses intérêts ? Sho commença à considérer tous ces éléments indépendamment les uns des autres. En se redressant, son regard plongea dans celui du suspect et aussitôt quelque chose lui murmura qu’il avait raison et que cet homme était d’une manière ou d’une autre liée à l’attaque du dôme. Il y avait quelque chose de malsain dans ses yeux, comme une bête qui somnolait à la surface de l’eau en attendant de pouvoir frapper sa prochaine proie.

Sho – Tout est en règle. Voici votre argent.

Il plongea sa main dans la poche de son pantalon et en sortit la somme que Masaki avait mise à leur disposition pour accomplir leur mission. Tana tendit sa main pour saisir les billets. Sho eut à peine à baisser les yeux pour voir le début d’un chrysanthème tatoué sur son avant-bras.

Il y eut un froissement, un imperceptible froissement. L’éclat de la lame fendit l’air à une telle vitesse que personne n’eut le temps de réagir. L’effroi se répandit dans les yeux de Tana et un terrible cri perça sa bouche entrouverte alors que sa main tombait désarticulée sur le sol. Sho rangea centimètre par centimètre son nodachi dans son fourreau et regarda avec un profond dégoût l’homme s’agenouiller en se tenant le poignet en sang. La coupure était nette. Un peu trop même dans ses yeux d’eisei mais il ne regrettait rien.

Tana – Qu’est-ce que… argh…

Les hommes qui l’accompagnaient brandir des poignards mais Sho n’était pas inquiet. S’ils osaient faire le moindre pas – ce qu’ils ne se risquaient pas à faire pour le moment – il les découperait comme il venait de découper la main de leur patron.

Sho – Vous auriez du embauché des hommes un peu plus forts pour attaquer le dôme. Ceux que vous avez envoyé n’étaient pas à la hauteur du défis.

Tana leva ses yeux vers lui et pour la première fois Sho découvrit son vrai visage. L’homme arborait un regard haineux et serrait les dents comme pour contenir sa douleur et toute la haine qu’il pouvait éprouver à son égard.

Tana – Vous n’avez aucune preuve espèce de malade !

Sho se pencha vers lui et tira sur sa manche pour mettre le tatouage bien en évidence.

Sho – Aucune preuve dîtes-vous ?

Tana essaya de lui cracher au visage mais il l’évita en pivotant sur son pied d’appuis.

Sho – Nous nous rencontrons enfin, Tana-san…

Nanako, qui avait suivi la scène d’un œil horrifié, s’approcha et voulut gifler celui qui s’était dis leur ami mais Sho la retint par le bras. Il lui fit comprendre d’un mouvement de la tête qu’elle ne devait pas attenté quoi que se soit. Elle n’avait aucun moyen concret de se défendre face à lui. Elle ne devait pas entrer dans son jeu.

Takasuke – Tout prend un sens aujourd’hui..

Tout le monde se retourna pour dévisager Takasuke Rokkaku. L’homme se tenait bien droit, accompagné d’Yokuro et d’Hiroko. Bien que son visage restait impassible, Sho n’eut aucun mal à lire le mélange de colère et de déception qui nourrissait son regard.

Takasuke – J’aurai du comprendre beaucoup plus tôt que ta présence ici était suspecte depuis le début. Quand j’ai lancé l’appel d’offres pour mes amis kuméens mon contact m’a rapporté qu’il n’avait pas réussi à te joindre dans ta demeure d’Amanako. Je n’ai appris que trop tard que tu étais dans la région depuis longtemps. Tu as été le premier à faire une offre à mes amis alors que tu n’avais pas reçu l’appel, tout du moins pas par moi. Tu savais depuis longtemps qu’ils étaient en voyage au Pays du Thé et tu savais ce qu‘ils étaient venus chercher. Tu as voulu te rapprocher d’eux pour qu’on ne puisse pas t’incriminer dans l‘hypothèse où ton attaque échouerait. Et quelque chose me dit que tu savais qu’elle échouerait.. alors pourquoi ? Pourquoi avoir attenté à ma vie, à celle de ma nièce et de mes amis ? Pourquoi ? Que t’ais-je fais qui ai mérité un tel déchaînement de haine sur ma maison ?

Tana éclata de rire.

Tana – Pauvre fou… tu te trompes lourdement si tu crois que tu as une quelconque importance à mes yeux. Ton poids économique est le seul intérêt que mes maîtres t’ait trouvé. L’attaque du dôme n’est rien comparé à ce qui t’attend.

Sho releva tout de suite l'allusion à d'éventuels supérieurs.

Sho – Pour qui travaillez-vous ?

Tana – Les disparitions des deux derniers Raikage auraient-elles affaiblis Kumo au point d'amputer les compétences de ses services de renseignements ?

Il eut à peine le temps de comprendre ce qu'il se passait que Yokuro le dépassa pour planter son pied dans l'estomac du traître. Sho se jeta sur lui et le retint contre lui à la simple force de ses bras.

Tana – Je n'oublierai pas la main que tu m'as enlevé kuméen ni ton visage ! Je n'oublierai aucun d'entre vous ! Un à un vous tomberez comme tous ceux de votre espèce !

Enragé comme jamais, Yokuro s'agita une nouvelle fois mais Sho le retint aussi bien qu'il le pouvait. Soudainement, le sol trembla et une sphère noire se dessina autour de Tana et de ses hommes. Cinq cercles bleues apparurent à leurs pieds et Tana se redressa, tout sourire. Il leur adressa une salutation de son bras amputé et tous disparurent en un battement de cil.

Nanako – Qu'est-ce que c'était ?

Hiroko – Heishooshu Fuuin... le sceau de l'Armée Convoquée...

Takasuke – Un sceau ?

Hiroko – Oui... soit nos amis étaient des ninja... soit un ninja assez puissant s'est chargé de les téléporter avec lui.

Sho prit un air grave en baissant ses yeux sur les caisses de chocolat. Il était parti pour trouver du chocolat noir extra fin soixante quinze pourcents à la mangue sauvage sans pépites... mais il ramènerait également avec lui le doute et l'incompréhension.


MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Jeu 14 Oct - 16:40

    14. Conclusion
Les hautes herbes semées sur les bas côtés de la route oscillaient sensiblement au passage du vent. La mélodie qui s’en dégageait avait ce quelque chose de reposant qui obligeait les voyageurs à tendre l’oreille. C’était une sorte de respiration lente qui par moment gagnait en soupires et qui dans d’autres s’arrêtait tout simplement de battre la mesure. Elle berçait la nuit. Une nuit profonde où la lumière des étoiles et d’une lune à demi-pleine était quasiment happé par l’encre qui leur servait depuis toujours de toile de fond.

Ils n’étaient que trois ombres dans un décor immensément trop grand. Trois silhouettes dont les murmures résonnaient comme des chœurs par dessus la mélodie des hautes herbes. La nuit les recouvrait de la tête au pied. Rien ne les distinguait du reste si ce n’était leur aisance à se déplacer. Ils étaient les maîtres d’une nature endormie. Ils suivaient leur chemin sans prendre toute la mesure de ce qui les entourait. Les frissons du vent ou encore les clapotements de l’eau n’étaient que de vagues souvenirs dans leur mémoire. Les enfants qu’ils avaient été ne se souvenaient plus que tout allait et venait autour d’eux. Ils ne se souvenaient plus qu’ils n’étaient jamais que les prisonniers d’un monde lui aussi en perpétuel mouvement.

Yokuro – Les étoiles sont dans le ciel pour rappeler aux mortels l’objectif vers lequel ils doivent tendre.

Rien. Le silence total et le seul reflet de la voûte céleste dans ses yeux pour répondre à ses mots. Le vent se leva, désireux de reprendre ses droits. Il l’obligea à fermer les yeux et à en oublier ce qu’il venait de voir. Quand il les rouvrit, le ciel avait changé. L’encre, la demi-lune, les étoiles étaient toujours là, mais quelque chose était passé par là. Quelque chose qui lui avait fait oublié qu’il était si petit, si minuscule en réalité, que ses pas ne toucheraient jamais plus haut que terre.

Marchant sur ses pas, la deuxième ombre leva les yeux à son tour comme si la main d’un quelconque esprit divin venait de l’obliger à regarder. Dans son regard aux éclats d’ambre, la lumière céleste se perdait toujours en doux scintillements avant de fondre dans la lave. Aucune image ne persistait sur ses rétines. Il se les appropriait et les laissait continuer leur existence dans un coin douillet que ses songes aimaient à fréquenter. La nuit lui apparaissait plus sombre qu’elle ne l’était réellement. L’inquiétude avait cette volonté de ternir les couleurs, de les rendre plus fades, disait-on.

Les yeux de la dernière restèrent éteints. Le ciel était un mets trop haut perché à son sens. Elle lui préférait de loin le sol qui défilant sous ses pieds, ressemblait au lit d’un fleuve asséché. Sa tête somnolait encore d’un trop long voyage ; et si elle n’avait pas si soigneusement reposée sur son cou, probablement l’aurait-elle abandonnée au bord de la route faute de pouvoir en supporter le poids.

Lorsque les hautes-herbes cessèrent de les encadrer, la vue des voyageurs s’ouvrirent à de longues plaines. Si longues à vrai dire, que dans cette nuit trop profonde elles ressemblaient davantage aux rivages d’un océan figé. La route y serpentait sans interruption, tel un long fil de cuivre dont l’attache attendait tranquillement aux portes du Village Caché des Nuages. Et alors que la pente remontait justement sous leurs pieds, l’horizon fit apparaître une multitude de crocs à l'émail ténébreuse. Un œil non entraîné y aurait certainement vu de simples difformités. Mais le leur, bien qu’imparfait, leur reconnut les contours des grandes montagnes du pays.

Soryo était loin ; si loin que tous leurs souvenirs avaient perdus en netteté. Le dôme, Tana, le coup sur la nuque, la main inerte sur le sol, la nuit passée dans l'auberge abandonnée, tout s'était consumé au point de ne laissé que des bouts d'images brûlées dans l'âtre de leur esprit. Ils en étaient partis en amis, le cœur lourd toutefois d'abandonner Takasuke et sa nièce à un avenir qui ne leur réservait que peu de lumière. A l'image de cette nuit, la famille Rokkaku marcherait dans l'ombre en attendant, qui sait, l'aube nouvelle.

Arriva à un moment où le frottement de leur semelle contre le sol cessa de feindre le silence. Dans l'ombre de leur capuche, leurs regards s'animèrent à la vue d'une immense masse obscure. Des traits violacés s'illuminèrent au contact de leurs pupilles, dessinant le nom d'un village depuis toujours réputé.

Sho – Notre voyage est terminé.

Yokuro – Quand pour d'autres il ne fait que commencer..

Un parfum de chocolat leur remonta dans les narines, confirmant ce qui venait d'être dit. Leur voyage était terminé quand pour d'autres il ne faisait que commencer...

[FIN]

MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   Ven 15 Oct - 16:38

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MessageSujet: Re: [Cha no Kuni] - CK004 - Chocolat   

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