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 Déchirure

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MessageSujet: Déchirure    Mer 28 Juil - 22:37

· Déchirure ·

L'éther se dissipa brusquement. Sho sentit l'air s'engouffrer violemment dans ses poumons. Il ouvrit grand la bouche mais une douleur intenable le saisit le long de son flanc droit, des bras, et de son épaule droite. Il chercha un peu d'air comme si celui qui entrait dans son corps le brûlait de l'intérieur. Ses yeux s'ouvrirent mais la lumière était trop forte. Il les referma aussitôt. Après quelques secondes, il essaya de nouveau. La lumière était moins oppressante mais toujours aussi forte à ses yeux.

La troisième tentative fut la bonne.

Ogai · Bonjour Nagoshi-kun.

Sho pencha sa tête sur le côté - c'était le seul geste qu'il était capable de faire. Son regard croisa les yeux noisettes d'Ogai Okamoto, le fils héritier d'Osamu Okamoto. Sho ne l'avait croisé qu'à une seule reprise au cours de son existence. Le jour où il était devenu Juunin. Ogai était un homme battit comme un félin, battit pour la puissance et la rapidité. Malgré ses trente trois ans, il affichait un visage encore juvénile et un air bienveillant qui rappelait vaguement celui de son père. Son sourire brandit comme une victoire, Ogai glissa une main dans ses cheveux bruns avant de l'abaisser sur le bras droit de Sho. Ce contact sembla momentanément dissiper toutes les douleurs qui tétanisaient son corps. Il profita de ce court répit pour forcer ses souvenirs mais rien ne lui revint à l'esprit. Il avait à faire à un néant beaucoup trop dense pour espérer le dissiper dans cet état.

Ses efforts ne passèrent pas inaperçus. Ogai tapota légèrement son bras.

Ogai · Ménages-toi. Il y a un temps pour tout. Un temps pour récupérer et un temps pour se souvenir. Pour l'heure, tu dois récupérer...

Sho tenta d'articuler quelques mots mais les ténèbres l'entourèrent et il s'endormit.

...

Lorsqu'il rouvrit les yeux, rien n'aurait pu lui permettre de savoir s'il avait dormi une heure ou plusieurs jours. Sa tête était aussi lourde qu'une enclume. Il se sentait nauséeux et désorienté. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et il lui fallut plusieurs minutes pour le calmer à coups d'exercices de respiration. Il essaya tant bien que mal de bouger les bras, les jambes, mais la douleur était trop intense. La souffrance n'était pas la question; il était capable de supporter bien pire. Non le problème résidait dans son incapacité à mouvoir son corps. C'était comme si on avait enfoncé un pieu dans chacune de ses articulations. Comme si on l'avait cloué à ce lit de malheurs. La seule chose qu'il pouvait bouger c'était sa tête. Aussi la fit-il basculer sur le côté.

Il se trouvait dans une petite pièce. Une chambre à priori. La décoration était plutôt sommaire: quelques cadres fixés sur des murs d'un jaune très pale, une commode posée près de l'entrée, et le lit sur lequel il était allongé, rien de plus rien de moins. Sho ne reconnaissait pas les lieux. Tout ce qu'il pouvait dire, c'est qu'il n'était pas chez lui.

Ses yeux roulèrent dans ses orbites pour chercher un angle de vu sur son corps. Le drap lui remontait jusqu'aux pectoraux. Comme il l'avait sentit, tout son torse était enveloppé dans un bandage de couleur noir, au même titre que ses bras et ses mains. Le bandage le comprimait légèrement mais c'était supportable. Sho se savait en bien mauvais état pour être sujet à de tels soins. Pourtant, il avait beau se forcer encore et encore, tenter de percer le voile brumeux qui recouvrait sa mémoire, il n'arrivait pas à se rappeler ce qui lui était arrivé. Le dernier souvenir qui faisait surface remontait à plusieurs jours. Il était assis dans son salon à lire les derniers rapports puis plus rien, le néant. L'eisei qu'il était, mais qui n'avait pas encore récupérer toutes ses facultés, tenta d'analyser l'importance des blessures qu'on lui avait infligé. Mais le doute le tenaillait. Son corps était lourd, et il aurait juré avoir quelques côtes brisées, pourtant ce qui paralysait ses bras et ses jambes relevait d'une toute autre pathologie. La douleur était présente, mais elle était atténuée. Là où il se sentait transpercer par des lames à hauteur des côtes, il ressentait davantage comme un poids beaucoup trop lourd à soulever sur ses bras et ses jambes. Mais cela n'avait pas vraiment de sens car aucune pathologie ne provoquait ce genre de ressenti, pas même une paralysie partielle.

A force de réfléchir, sa tête se mit à bouillir et Sho du réprimer un haut-le-cœur. Lorsque les choses s'apaisèrent enfin, il capta comme des bruits de pas étouffés en dehors de la chambre. Les pas s'approchaient.

Soudainement, la porte coulissa sur le côté et se referma derrière la silhouette d'Ogai. Il portait un magnifique kimono violet et une très longue écharpe en guise de ceinture. Sho n'avait toujours pas élucider la raison pour laquelle Ogai plus qu'un autre se tenait à son chevet. Lorsque son regard croisa celui de Sho, un sourire anima le visage de l'homme.

Ogai · Tu as meilleure mine aujourd'hui. Comment te sens-tu ?

Sho tenta d'articuler quelque chose mais sa gorge était trop sèche et tout ce qui sortit de sa bouche prit la forme de grognements.

Ogai · Ha oui ! Pardonnes-moi..

Ogai se précipita vers la commode. Il fit couler un peu d'eau dans un verre et s'agenouilla ensuite près de Sho. L'eisei avala quelques gorgées et ferma les yeux. Jamais il ne lui avait semblé goûter une eau aussi bonne que celle-ci. Elle eut l'effet d'un revigorant - ou en tout cas lui offrit-elle un moment de répit appréciable au milieu d'une mer déchaînée de douleurs.

Sho · Qu'est... qu'est-ce...

Ogai · Qu'est-ce qui s'est passé ?

Sho hocha la tête. Il loua intérieurement Ogai de lui mâcher le travail.

Ogai · Hm. Beaucoup de choses. Déjà, tu as trois côtes fêlées et un petit traumatisme crânien. Pour le reste, je ne peux pas encore te l'expliquer.

Sho · .... pou... pourquoi ?

Le visage d'Ogai perdit de sa majesté. Il baissa la nuque, l'air pensif.

Ogai · Tu n'as pas encore totalement récupéré. Je dirai - il le balaya des yeux - que tu es à mi-chemin. Alors je ne crois pas qu'une explication prématurée te serve à quoi que ce soit maintenant, si ce n'est à aggraver ton état.

Sho ne comprenait pas. Certes, il se sentait encore très fatigué et incapable de remuer mais Ogai semblait croire que la deuxième partie du diagnostic était la pire. Piqué à vif, sa curiosité s'éveilla dans les bas-fonds de son esprit. Qu'est-ce qui pouvait bien l'empêcher de se rétablir correctement que Ogai ne pouvait lui dire maintenant ?

Sho · ... je veux... savoir...

Ogai affronta son regard et prit un air résigné.

Ogai · Je suis désolé.

Sho · ... j'insiste...

Ogai passa une main sur sa nuque et soupira. Il resta silencieux un moment en se caressant le menton puis il se redressa.

Ogai · Ok. Je t'expliquerai tout après que tu ais avalé quelque chose. Ça te va ?

Sho grimaça mais hocha la tête.

...

Ogai lui rapporta une soupe aux légumes que Sho se surprit à comparer à celle que sa mère avait l'habitude de faire de son vivant, quand le vent glacial se levait sur la Vallée Verte. Incapable de bouger ses mains de lui-même, Ogai prit sur lui de lui servir la soupe cuillère par cuillère sans que cela ne semble le déranger. Ogai était l'opposé en bien des points de sa sœur. Shina était une véritable machine à tuer qui laissait que trop peu transparaître ses sentiments à travers le masque froid qu'elle affichait continuellement. Elle mettait toujours un point d'honneur à ce qu'on la respecte son espace privée. Sho ne l'imaginait pas lui donner à manger comme son frère était entrain de le faire. Ogai était également une machine à tuer, mais une machine qui savait encore sourire et s'ouvrir aux autres. De ce qu'il en savait, Ogai était un membre de la célèbre école du Miroir d’Ambre. Une grande école de Taijutsu installé au Pays des Vagues. Son sens du devoir venait peut-être de là ? Ou peut-être n'était-ce tout simplement qu'un trait naturel.

Quand Sho eut avalé assez de cuillères pour calmer les grondements de son ventre, il secoua la tête pour faire comprendre à Ogai qu'il en avait terminé. Il le remercia dans la foulée.

Ogai lui sourit.

Sho · Qu'est-ce qui s'est passé ?

Le sourire du fils aîné des Okamoto disparut aussi soudainement qu'il était apparu. Il posa le bol et la cuillère sur un plateau et reporta son intérêt sur Sho. A cet instant, son air se fit plus grave et son regard plus perçant que celui de sa sœur.

Ogai · Ta copine, Setsuko Oïshi, c'est elle qui t'a infligé ça...

Sho ouvrit la bouche mais Ogai ne le laissa pas parler.

Ogai · Elle a tué une de ses coéquipières et grièvement blessé l'autre. Nagoshi-kun... elle a déserté...

MessageSujet: Re: Déchirure    Ven 5 Nov - 17:49

Les ténèbres vacillaient, s’offrant à quelques lumières étrangères. Deux silhouettes menaient la danse au centre de la vision. Vêtues de longs manteaux noirs, elles ressemblaient à des fantômes venus tout droit des enfers. La plus grande des deux était parfaitement immobile tandis que l’autre lui tournait autour, comme si elle la narguait. Soudainement, un cri strident déchira le silence et la seconde silhouette s’arrêta face à sa proie. La manche vide de son manteau se dressa à la verticale et s’abattit dans la foulée sur la silhouette immobile. Plus de bruit, pas un seul cri, elle rapetissa à vu d’œil jusqu’à ce que son manteau soit entièrement englouti par le sol. Le vainqueur resta debout, se remettant à tourner autour de l’endroit où sa sœur jumelle venait de disparaître.

Il s’approcha de la scène, sans que cela ne semble attirer l’attention du fantôme restant. Il s’approcha au plus près de lui, bascula sa tête sur le côté pour tenter de percer le voile ténébreux qui lui servait de capuche, et le fantôme se figea, comme pour faciliter ses observations. Le même cri strident, qu’il avait entendu plus tôt, lui déchira les oreilles. Un souffle venu de nul part balaya la capuche du fantôme et là il le vit… il vit le sourire malsain qui occupait tous ses souvenirs.

Sho ouvrit les yeux, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration haletante. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front, d’autres dégoulinaient déjà sur ses tempes. Il pouvait sentir son cœur battre avec force contre sa cage thoracique, son pou marteler son cou, et son cerveau se durcir, faute de pouvoir gérer convenablement l’afflux grandissant de sang. Il revoyait clairement les deux fantômes plongés dans les ténèbres, le coup fatal du plus petit des deux, et son sourire habillement dissimulé sous un masque d’obscurité. Ce sourire… cette hantise qui le suivait pour la deuxième nuit déjà.

Deux interminables nuits s’étaient écoulées depuis que Ogai lui avait appris la désertion de Setsuko..

La tête sur le point d’imploser, il essaya malgré tout de bouger, sans grande réussite. Il se sentait plus lourd que jamais, plus lourd encore qu’à son premier réveil. Les soins qu’il avait reçu auraient pourtant déjà du le remettre sur pieds, mais quelque chose bloquait le processus de récupération. Il ne savait pas quoi ou qui, mais il le sentait en son for intérieur. Ogai n’avait peut-être pas eu tort en le prévenant que ce qu’il avait à lui dire ne l’aiderait pas à se rétablir. Setsuko l’avait frappé à mort… les faits lui semblaient si invraisemblables. La Setsuko qu’il connaissait n’aurait pas pu faire une telle chose, c’est ce que son esprit essayait de lui murmurer, mais il refusait de l’entendre. Setsuko avait donné la mort à l’une de ses coéquipières et grièvement blessée l’autre, avant de quitter le village. Pourquoi ? La question était toujours plus insistante et la réponse toujours inexistante. En l’état, il n’en avait aucune à donner. Setsuko était un fantôme désormais… et tout le monde savait, lui y compris, que les fantômes finissaient toujours par revenir sur le lieu de leur mort.

Le jour où Setsuko reviendrait à Kumo, il obtiendrait les réponses que tout le monde devaient chercher à l’heure actuelle. Le jour où Setsuko reviendrait, il lui offrirait une mort digne de ce nom.

Ogai · Tu réfléchis trop, Nagoshi-kun.

Sho eut à peine le temps de réagir à la voix d’Ogai que déjà une main douce et puissante glissait sous sa nuque pour l’aider à se redresser en position assise, rapidement aidée d’une seconde sous son dos. Ses yeux roulèrent dans ses orbites pour en atteindre les coins et se rendre compte que Shina Okamoto, la sœur cadette d’Ogai, le tenait. Ce dernier était quant à lui assis en tailleur au pied du lit, son visage entaillé d’un sourire toujours aussi énigmatique quand il n’était pas pris pour aimable.

Shina · Ne me regarde pas comme ça, je vais finir par avoir pitié de toi.

Sho la fixa encore un moment avant de détourner le regard.

Ogai · Comment te sens-tu ?

Vide… c’est ce qu’il aurait répondu si la volonté de parler lui était venue. Au lieu de ça, il préféra garder le silence, se moquant de paraître irrespectueux pour le coup. Il avait besoin de silence et de calme. Juste de ça pour réfléchir.

Ogai · Je prends ton silence pour un non. Il aurait été de toute façon très étonnant que tu te remettes aussi vite malgré tes excellentes prédispositions.

Sho l’écoutait à moitié. Ses yeux suivaient les bandelettes qui recouvraient presque en totalité son corps. Il était décidément dans un bien piètre état.. un état qu’à elle seule Setsuko n’aurait pas pu provoquer. Sho la savait très forte, mais pas à ce point, pas contre lui. Il s’était forcément produis autre chose, à moins que Setsuko ait tout aussi bien caché sa véritable puissance. Ce qui n’expliquait pourtant pas comment elle aurait pu en arriver à un tel résultat en quelques coups. Il était médecin… et non des moindres. Encaisser les coups, était une habitude pour son corps, aussi puissants soient ces coups. Alors que s’était-il passé réellement ? Pourquoi n’avait-il pas pu se défendre et pourquoi s’était-il retrouvé dans cet état ?

Le regard de Shina se braqua sur lui.

Shina · Tes mains, tu peux les bouger ?

Il lui lança un regard interrogateur.

Shina · Tu peux, oui ou non ?

Il ne voyait pas bien où elle voulait en venir, mais il savait par expérience que ça n’avançait à rien de s’obstiner avec Shina Okamoto. Parler à un mur avait nettement plus de chances d’aboutir. Aussi, abaissa-t-il son regard sur ses mains, résigné à faire ce qu’on lui demandait. Il se concentra un maximum, essayant d’oublier Setsuko pendant au moins quelques minutes. Ses mains ne répondirent pas à l’appel de son cerveau. Sourcils froncés, il essaya encore et encore jusqu’à ce que le majeur et l’index de sa main droite s’animent enfin, rapidement suivis par le pouce et l’index de sa main gauche.

Shina releva la tête et sourit à son frère.

Ogai · Je me suis peut-être trompé tout compte fait. Tu récupères plus vite que je ne l’espérais. Bien, très bien… nous allons pouvoir enlever ces bandages.

Ogai quitta sa position assise pour s’agenouiller à côté de lui. Sho l’interrogea du regard, mais l’homme se contenta d’accentuer son sourire.

Ogai · Ne t’inquiètes pas, je sais ce que je fais.

Il le savait même très bien. Avec le soin qu’on lui reconnaissait habituellement, Ogai saisit sa main droite la première et commença à défaire le bandage qui la recouvrait, répétant ensuite la même opération pour la main gauche. Sho observa ses mains comme s’il les voyait pour la toute première fois. Leur dos était parfaitement normal alors pourquoi…

Ogai · Nikushimi..

Sho fronça sensiblement les sourcils.

Sho · Haine..

Un sceau de destruction reconnaissable à la marque violette qu’il laissait sur la paume des mains de son détenteur. Ses paumes en étaient décorées. Mais comment avaient-elles atterris là ? Il avait beau forcer sa mémoire, il ne se souvenait pas se les être posés. Nikushimi… le sceau qui scellait la haine dans ses mains pour mieux la faire ressurgir plus tard. Un sceau à double tranchant, comme tous les sceaux de destruction. Une arme tranchante dont il ne se souvenait pas avoir appris le maniement.

Sho · Que…

Shina · Tu ne te souviens pas, c’est ça ?

Sho acquiesça, se perdant dans le brun de ses yeux.

Shina · Quand nous t’avons trouvés, tu étais conscient, en bien piètre état mais conscient. Il y avait beaucoup de colère dans ton regard, tellement de haine qu’on pouvait presque la palper. Nous n’avions d’autre choix que de la sceller… tu étais tellement agité que ta vie en était gravement menacée. C’était ça ou prendre le risque que tu finirais toi-même le travail de ta copine.

Il ne savait quoi dire ni quoi penser. Tout ça lui semblait irréaliste. Il ne se souvenait de rien, absolument rien. Ce que Shina venait de lui décrire était un pan de sa mémoire qui avait vraisemblablement disparu avec sa haine. Comment avait-il pu oublier ? Comment se faisait-il qu’il ne se souvenait même pas avoir été conscient après la raclée que Setsuko lui avait mise ? Comment ? Son regard oscilla entre Shina et Ogai, en quête de réponses. Au fond de lui, il savait pourtant bien que ces deux-là ne possédaient pas les clés de son esprit. Lui seul pouvait découvrir pourquoi. S’il n’avait pas été en si mauvaise posture, il aurait sans doute chercher par tous les moyens à comprendre. Mais il était trop faible encore, si faible qu’il se sentait incapable de tenir en position assise sans l’aide de Shina. Au fond de lui, l’amertume commençait à se dissiper, remplacer par une profonde lassitude. Lui qui aimait toujours tout savoir, ne savait plus rien. Il était démunis, vaincu, et surtout épuisé.

Sho · J’aimerais me lever.

Ogai et Shina échangèrent un regard puis se placèrent chacun d’un côté. Ogai enroula un bras autour de ses épaules, Shina autour de sa taille, et lentement l’aidèrent à se lever.

Ogai · Heureusement que tu ne fais pas le poids de son bon vieux Souryo, auquel cas il nous aurait fallu appeler du renfort pour accéder à ta requête.

Shina · La bêtise masculine n’a vraiment pas de limites… pour déplacer Souryo il suffit simplement de le faire rouler.

Sho esquissa son premier semblant de sourire depuis longtemps. A mesure qu’il progressait avec les Okamoto, les sensations lui revenaient dans les jambes. Si bien que sortit de la chambre, il commença à agencer ses premiers pas, certes, de manière très chaloupée, mais néanmoins encourageante.

Il faisait nuit noire au-dessus de sa tête. Pas une seule étoile n’était visible. Pas un seul bout de lune. Le ciel semblait s’être noyé tout entier dans une bouteille d’encre. Pas un seul bruit. Pas même un bruissement de feuille ou le chuintement d’un courant d’air. Tout était figé. Même la fontaine située en plein cœur de la cour ne crachait pas une seule goutte d’eau. Son seul réconfort était la lumière dansante des lanternes disposées le long des couloirs. Ogai et Shina l’amenèrent jusqu’à un petit banc en bois posé à l’entrée de la cour. Dans le silence de la nuit, ils s’y installèrent, regardant chacun à leur manière le ciel qui s’ouvrait à eux. Sho ressentait un certain réconfort à respirer l’air pur de l’extérieur. La chambre dans laquelle il avait élu domicile depuis plusieurs jours ne manquait pas de propreté et d’hygiène, loin de là, mais rien n’équivalait, selon lui, l’air pur de Kumo. Il y voguait fraîcheur et des notes florales plus subtiles ; un parfum qui faisait voyager les sens sans même avoir à bouger le corps.

Sho · Où sommes-nous ?

Shina · Où voudrais-tu être ? Tu es dans le domaine de notre famille ici.

Sho ne reconnaissait rien, pas même un pan de mur. Le domaine des Okamoto ne lui était pourtant pas méconnu. Il avait rendu de nombreuses fois visite à Osamu, leur père, entre autre pour parler de tout et de rien, accessoirement pour être initié aux sceaux de blocage. Alors avait-il également perdu tous ses repères spatiaux dans cette affaire ? Shina sembla lire dans ses pensées, ou plus probablement dans son regard indécis.

Shina · Ce n’est pas le domaine où tu as l’habitude de rencontrer notre père. Celui où nous nous trouvons est perché un peu plus en hauteur, dans les montagnes, non loin du temple du Raikage. C’est un site privé dans lequel moi et mon frère avons l’habitude de nous retirer, notre père n’ayant plus la force de grimper jusqu’ici.

Il comprenait désormais mieux pourquoi il ne reconnaissait rien et pourquoi l’air était aussi pur.

Ogai · Que comptes-tu faire désormais ?

Sho n’eut à tourner la tête pour regarder Ogai dans les yeux. Il pouvait sentir son regard peser sur lui, ce poids s’ajoutant de fait au poids de son indécision. Tout était encore si confus qu’il lui était tout bonnement impossible de réfléchir calmement ou d’établir le moindre plan. La réponse s’imposait donc d’elle-même.

Sho · Rien.

Il nota le sourire grandissant de Shina du coin de l’œil. Ogai rit avec gaieté.

Ogai · Tant mieux, tant mieux…

Sho le fusilla du regard, mais l’homme ne lui en tint pas rigueur, se contentant de sourire d’un air particulièrement amusé.

Ogai · Nous aurons tout le temps pour te reconstruire dans ce cas !

MessageSujet: Re: Déchirure    Lun 8 Nov - 18:07

Le lendemain, rien n’avait vraiment changé. Sho ressentait toujours cette même lassitude lui nouer l’estomac. A croire qu’elle ne partirait jamais ou qu’il était tout simplement trop tôt pour qu’elle s’en aille. La seule bonne nouvelle au tableau, c’est qu’il réussissait à se tenir tout seul sur ses deux jambes. Dire qu’il se sentait de nouveau pleinement opérationnel était sans doute prématuré, voir fantaisiste, mais de ce côté là, les choses allaient finalement dans le bon sens.

Accoudé à la rambarde qui servait de clôture dans la petite cour, il contemplait le ciel scindé en deux, d’un côté le bleu marin de la nuit fuyant, de l’autre l’orange légèrement jaunis du jour renaissant. Le monde n’était pas encore tout à fait éveillé, bien que cela ne saurait tarder. Il était seul au beau milieu des montagnes, accoudé à une rambarde, seul au milieu de mystères dont il ne saisissait clairement pas le contenu. Et malgré ça, il ne ressentait pas la solitude dans sa forme la plus concrète. A vrai dire, il ne ressentait rien. Ses yeux luisaient simplement dans la pénombre du matin, à la recherche d’un peu de lumière. Une lumière qui semblait lui échapper de bien des manières. Peut-être était-ce là une nouvelle leçon que la vie voulait lui conter ? Peut-être n’était-ce que le fruit du hasard tout compte fait ? Peut-être… une expression qui revenait trop souvent sur le tapis à son goût.

Le vent était léger, semblable à la fraîche caresse d’une main féminine. Au lieu de frissonner à son contact, il ferma les yeux et baissa la tête. Le vent s’engouffra dans son kimono, glissant de sa nuque au bas de son dos, de ses épaules à l’extrémité de ses doigts. Mais toujours aucun frisson, comme si son corps n’était pas assez remis pour réagir à ce genre de stimuli. Privé de la vue, ses oreilles frémirent en entendant des pas rebondir sur le parquet. Lentement, sa tête pivota sur le côté et ses yeux se rouvrirent, détaillant l’homme à qui il devait son rétablissement.

Sho · Je ne vous savais pas si matinal Okamoto-san.

Le sourire d’Ogai illumina son visage.

Ogai · Si tu pouvais seulement imaginer le nombre de choses que tu ne sauras jamais sur moi, Nagoshi-kun. Comment te sens-tu ?

Sho · Mieux.

Ogai · C’est une bonne nouvelle.

Sho observa Ogai en coin. Il lui était redevable. Il ne connaissait pas toute l’histoire dans ses moindres détails, et probablement ne chercherait-il pas à le savoir, mais il lui était reconnaissant d’avoir veillé sur lui. Jusqu’à récemment, Ogai Okamoto n’était qu’une légende dont on lui avait vaguement cité les exploits. Une sorte de mythe qu’on préférait imaginer plutôt que de lui donné vie dans la réalité. Aujourd’hui pourtant, cette légende se tenait bel et bien en chair et en os à ses côtés, et il ne savait pas pourquoi. Peut-être encore le fruit du hasard ? Peut-être pas.

Sho · Okamoto-san..

Ogai releva la tête.

Ogai · Hm ?

Sho leva le nez en l’air pour de nouveau contempler le ciel.

Sho · Pourquoi faites-vous tout ça pour moi ?

Ogai · Je me doutais que tu poserais cette question un jour ou l’autre. Mais je suis désolé, je n’ais pas la réponse.

Sho · Je me doutais que vous répondriez ça.

Le sourire d’Ogai s’affina et lui aussi leva ses yeux vers le ciel en s’accoudant à la rambarde.

Ogai · Certaines choses n’ont pas d’explications. Nous agissons parfois sans trop savoir pourquoi… peut-être une question d’instinct…

Sho · Que de bêtises ont été mises sur le compte de l’instinct.

Ogai se mit à rire doucement, comme s’il ne voulait pas réveiller un domaine pourtant désert. Sho parcourait le ciel, sans sourire, réfléchissant à moitié.

Ogai · T’amener ici n’en était pas une. Je n’ai aucune preuve à t’apporter pour l’instant, mais avant que ce chapitre ne soit terminé, tu en auras assez sous tes yeux pour comprendre que rien de ce qui c’est passé n’était une erreur.

L’eisei sourit, intimement convaincu que son bienfaiteur était dans le vrai. Il ne savait pas pourquoi ni comment les choses allaient se dérouler, mais cet idiot d’instinct lui murmurait qu’il en ressortirait changé dans une certaine mesure. Comme le disait souvent le vieux Hondo… toutes les leçons sont bonnes à prendre, pour peu que l’oreille les interprète de la meilleure manière qui soit.

Ogai · Une fête se tiendra ce soir dans le quartier de l’Asakura. Que dirais-tu de m’y accompagner ?

Sho · Je ne sais pas si mes jam..

Le rire tonitruant d’Ogai l’interrompit.

Ogai · Un homme qui n’a pas confiance en son corps, ne peut pas se prétendre eisei. Fait confiance à tes jambes, elles te porteront quoi que tu en penses.


L’Asakura était bondé de monde. L’ambiance était à la fête tout le long de l’artère principale du quartier. D’innombrables stands avaient été élevés de part et d’autres de la chaussée. Des éclats de rires, des conversations animées, de grandes exclamations de stupeur, le brouhaha ambiant communiquait joie et bonheur à quiconque passait par là. Sho et Ogai comptaient parmi les gens qui étaient venus en profiter. Aucun d’eux ne portait le bandeau qui les liait à Kumo. Ils se baladaient en parfaits civils, profitant d’un anonymat tout relatif pour oublier ce qu’ils étaient le temps d’une soirée. Sho commençait à comprendre pourquoi. Pour la première fois depuis très longtemps, il ne ressentait aucune pression peser sur ses épaules. C’était comme si soudainement il avait quitté les rangs de Kumo, comme s’il n’avait jamais été un shinobi. Il était redevenu insignifiant et sans trop savoir pourquoi, cette sensation lui apportait un certain réconfort. Pour la première fois depuis son arrivé à Kumo, il se sentait de nouveau lui-même. L’enveloppe du médecin reconnut s’était désagrégé pour ne laisser transparaître que son âme. Celle de Sho Nagoshi, le gamin qui avait quitté sa vallée natale pour rejoindre un village dont il ne connaissait que le nom.

Ogai · Tu sembles songeur Nagoshi-kun.

L’homme s’arrêta devant un stand ouvert où un jeune homme s’amusait à jongler avec des torches enflammées.

Sho · Soulagé serait un terme plus exact.

Ogai · J’en suis ravi. Regarde maintenant comment ce garçon se joue de la vie aussi bien que de la mort, comment seuls ses actes l’importent. Observe le sourire sur son visage, les frissons le long de ses épaules, lui aussi touche au bonheur alors que sa vie pourrait paraître en danger.

Sho posa son regard sur le jongleur. Guidé par les paroles d’Ogai, il analysa le moindre de ses mouvements. Au début, il ne vit qu’un jongleur qui faisait bondir des torches enflammées d’une main à l’autre. Mais au bout de quelques minutes, il commença à voir un être humain au pouvoir incommensurable, un être qui ne redoutait ni la vie ni la mort, un être qui avait les clés de son destin entre ses mains et qui en était si conscient que l‘apparent danger des flammes en était devenu un allié. Un allié dont il se servait pour émerveiller les nombreuses personnes qui s’arrêtaient autour de lui. Il n’y avait aucune responsabilité qui pesait sur lui, pas même celle de gagner assez d’argent pour vivre un jour de plus. Il faisait simplement ce qu’il aimait et il frissonnait à ce plaisir ressenti.

Se frayant un chemin parmi les premiers rangs, Sho se courba et déposa une petite liasse de billets dans le chapeau qui servait de coffre-fort au jongleur. Le jeune homme lui adressa aussitôt une courbette respectueuse, projetant ses torches en l’air pour mieux les rattraper ensuite. Sho lui sourit et inclina respectueusement la tête pour saluer ce qu’il était plus que ce qu’il faisait.

Ogai · Nous avons beaucoup à apprendre des gens qui nous entourent. La plupart des shinobi oublient de regarder. Ils croient voir, distinguer les détails les plus insignifiants parce que notre profession le demande, mais en réalité ils ne voient rien. N’importe quel civil, itinérant, n’importe quel être humain est capable de nous raconter une histoire pour peu que nous prenions le temps de l’écouter.

Sho · Est-ce une leçon de vie que vous essayez de m’inculquer ?

Le sourire d’Ogai se dessina plus distinctement sur son visage.

Ogai · Une leçon de survie, Nagoshi-kun… de survie.

Sho s’arrêta. Les personnes qui marchaient derrière le bousculèrent, mais il n’y attacha aucune forme d’importance. Ogai s’arrêta un mètre plus loin et se tourna pour le dévisager.

Sho · Pourquoi ?

Pourquoi s’était-il arrêté devant le jongleur ? Pourquoi venait-il de prononcer des paroles si profondes de sens ? Pourquoi était-il là pour lui ?

Ogai · Parce que tu as oublié d’où tu venais. Et quelqu’un qui oublie d’où il vient ne peut pas savoir où il va.

Sho entrouvrit la bouche, mais rien n’en sortit. Ogai lui sourit et se remit en marche, lui faisant signe de le suivre. Sho lui emboîta le pas machinalement, son cerveau s’étant figé sur ses paroles. Les deux hommes se faufilèrent à travers la foule, s’arrêtèrent devant un stand où une femme faisait disparaître n’importe quel objet que les passants déposaient sur sa table, et devant un autre, plus loin, tenu par un homme d’un certain age qui défiait n’importe qui au jeu de go pour une poignée de ryos. Mais Ogai amena Sho un peu plus loin encore, presque à l’extrémité ouest de la rue, dans un petit bar à thé. L’héritier de la famille Okamoto lui adressa un signe de tête, lui faisait comprendre de s’asseoir à une table de la terrasse qui donnait sur la rue et la foule. L’eisei s’exécuta sans chercher à comprendre et prit place autour d’une petite table ronde au deuxième rang.

Ogai refit son apparition quelques instants plus tard, une tasse fumante dans chaque main.

Ogai · Tiens, voici la meilleure tasse de thé du pays.

Sho prit la tasse et le remercia d’un hochement de tête. L’homme prit place en face de lui, Sho tournant le dos à la rue et à la foule. Il avait oublié d’où il venait, alors comment savoir où il allait… la réalité de cette phrase avait littéralement paralysé son esprit. Il ressentait comme de la culpabilité car il savait ce que ces mots voulaient dire pour quelqu’un comme lui. Il était né dans un monde qui n’avait aucun lien avec celui dans lequel il vivait aujourd’hui. Un monde où les choses étaient simples et où les responsabilités se résumaient à la portée qu’on voulait bien prêter à ses actes. Le monde des shinobi était différent, plus sauvage, mais pas nécessairement plus dur. Les règles étaient simplement différentes. La portée de ses actes étaient continuellement remise en question par le regard des autres. Mais Ogai venait de lui rappeler qu’avant d’être kuméen il était un fils de la Vallée Verte, et que ce qu’il y avait appris faisant naturellement de lui quelqu’un de différent, avec des valeurs et un raisonnement différent. Sho comprenait qu’il s’était perdu pendant toutes ces années, se mentant à lui-même pour devenir ce que Kumo voulait qu’il devienne.

Il plongea son regard dans celui d’Ogai.

Sho · Je crois que je comprends.

Ogai · C’est un bon début.

Ogai arborait son éternel sourire et dégustait le contenu de sa tasse avec un plaisir non dissimulé.

Sho · Kumo n’est qu’une idée..

Ogai acquiesça.

Ogai · Toi et moi nourrissons cette idée, mais nous n’en sommes pas les représentations. Ma famille nourrit de très vieilles traditions. Selon mon père, nous pourrions les retracer jusqu’à l’aire samouraï. Nous servons pourtant Kumo depuis de longues décennies, mais jamais nous n’avons sacrifiés notre doctrine ou notre conception de la vie au profit des enseignements du village. Sommes-nous kuméens pour autant ? Il est évident que oui. Kumo n’est après tout que le regroupement d’une multitude d’histoires et de cultures très différentes mais liés par un destin commun, celui de protéger ce pays qui pour la plupart nous a vu naître.

Sho comprenait. Il comprenait pourquoi il se sentait si vide depuis si longtemps ; pourquoi certains sentiments le fuyaient. Ses parents n’étaient peut-être que de pauvres fermiers, mais ils lui avaient légués une manière de penser, une façon de concevoir le monde qui leur était propre. Et cela, il n’avait pas le droit de l’oublier. Il n’avait pas le droit de ressembler à quelqu’un d’autre. En portant la tasse de thé à ses lèvres, il eut une pensée pour sa mère disparue il y a quelques années. Il se l’imaginait souriante, comme avant, probablement heureuse de voir que son fils se souvenait enfin de ses leçons.

Ogai · Hm… quelqu’un t’attend.

Ogai tourna les yeux dans la direction qu’il devait suivre.

Sho ·

Il se leva instantanément en découvrant Yuuki et Tsukusho main dans la main à quelques pas de là. Yuuki le fixait avec insistance en se pinçant les lèvres. Tsukusho avait la tête baissée. Yuuki portait les stigmates de son affrontement avec Setsuko. Elle était appuyée sur une béquille et portait une série de bandages au cou, à l’épaule et au bras gauche. Son visage était entaillé de profondes cicatrices, semblables aux griffures d’un fauve. Sho sentit son rythme cardiaque s’emballer et son regard fuir progressivement vers le sol. Avant qu’il ne l’atteigne réellement, Yuuki était dans ses bras, pleurant toutes les larmes de son corps comme si elle les retenait depuis toujours.

Yuuki · Je suis désolé… je n’ai pas réussi à la retenir.

Sho passa un bras autour de sa taille pour la soutenir. Son regard croisa celui de Tsukusho, qui inclina aussitôt la tête pour lui demander comment il allait. Sho hocha la tête pour lui répondre je vais bien.

Sho · Nous sommes deux..

MessageSujet: Re: Déchirure    Mar 9 Nov - 16:47

L’appartement d’Yuuki et Tsukusho était tout ce qu’il y avait de plus normal pour un jeune couple. Un salon, une cuisine, une chambre et une salle de bain, cela suffisait amplement à leur bonheur. L’appartement était implanté dans une résidence privée bordant l’accès nord de l’Asakura. L’endroit était paisible, même si à cet instant rien n’était plus paisible ou normal dans leur monde. Yuuki était assise dans un fauteuil, face à la table basse du salon. Tsukusho se tenait debout à côté d’elle, sa main posée sur le haut du fauteuil. Sho, lui, était assis dans un autre fauteuil, de l’autre côté de la table basse, face à Yuuki. Ogai avait décidé de son côté de ne pas participer à leur petite réunion, jugeant qu’il n’avait pas à s’en mêler. Tsukusho, Yuuki, et Sho étaient les seules personnes présentes dans l’appartement.

Le silence qui pesait dans le salon était à l’image du trouble qui confondait les pensées des trois amis. Tsukusho n’était pas une victime directe de Setsuko, mais voir sa petite amie souffrir le valait tout autant. Yuuki fixait la table basse, les lèvres légèrement pincées. Sho la regardait à la dérobée en pouvant presque entendre ses pensées. Yuuki souffrait physiquement, mais ce n’était en rien comparable à la souffrance qui devait pourfendre son cœur à cet instant. Setsuko était sa plus proche amie et de surcroît sa coéquipière. Elles étaient comme des sœurs et pourtant Setsuko n’avait pas hésite à s’en prendre à elle. Restait qu’elle n’avait pas réussi à la tuer… mais Sho ne savait pas s’il pouvait prêter ce miracle aux sentiments de Setsuko ou à la chance. Yuuki était une excellente kunoichi, mais face à son amie probablement s’était-elle montrée aussi faible qu’il ne l’avait été.

Yuuki releva lentement la tête pour croiser son regard.

Yuuki · … tu as certainement des questions…

Il en avait, mais il ne savait pas par où commencer. Yuuki était vraisemblablement en état de choc, la situation méritait-elle seulement de l’enfoncer encore plus dans son malheur ?

Sho · Je ne sais pas..

Yuuki · … ne t’inquiète pas pour moi… je peux endurer ça…

Tsukusho ramena sa main sur son épaule et Yuuki la serra.

Sho · Raconte-moi ce qu'il s’est passé…

Yuuki · … Monobe et moi revenions de notre terrain d’entraînement quand elle nous est tombé dessus… quelque chose était différent dans son regard… dans son attitude… tout s’est passé si vite… elle nous a dit « adieu » et… elle a tué Monobe dans la foulée, d’un seul coup de katana en plein cœur… c’était ma chance… moi non plus je n’avais pas eu le temps de réagir..

Elle s’interrompit, poussant un soupire.

Sho · Tu as réussi à te défendre parce que la mort de Monobe a servi de déclencheur..

Yuuki acquiesça en se pinçant de nouveau les lèvres.

Yuuki · … Sho… Setsuko n’était plus la même… et dans ses yeux je l’ai vu… vu qu’elle voulait me tuer.

Il aurait voulu dire quelque chose à ce moment là, mais rien ne sortit de sa bouche. Le récit que Yuuki venait de lui livrer était sommaire, mais il lui suffisait clairement à s’imaginer la scène. Il pouvait voir le corps de Monobe s’effondrer sur le sol, inanimé. Il pouvait voir le regard pétrifié d’Yuuki, les tremblements le long de son corps, et sa réaction instinctive… la réaction qui lui avait permis de survivre. Contrairement à ce qu’il avait pensé, elle lui avait tenu tête. Peut-être pas pour sa propre survie, mais au nom de leur coéquipière. Monobe n’était pas morte pour rien… et Yuuki n’avait pas survécu pour rien.

Sho · Tu t’es montré très courageuse.

Yuuki · J’avais peur… j’étais effrayée… si la mort n’avait pas désigné Monobe en première, c’est probablement à elle que tu t’adresserais en ce moment…

Yuuki serra brusquement la main de son compagnon et baissa la tête pour pleurer en silence. Sho resta immobile, impuissant devant ses propres pensées, impuissant face à la détresse de son amie. Un drame s’était joué il y a quelques nuits, un drame dont il avait été un piètre acteur. S’il n’avait pas été aussi faible, s’il n’avait pas échoué face à Setsuko, alors Yuuki n’aurait jamais vécu ce qu’elle avait vécu, et Monobe serait encore là pour en témoigner. Il aurait pu serrer son poing, se mettre en colère contre lui-même, mais au lieu de ça il baissa la tête, laissant ses mèches de cheveux tombées comme un voile sur son visage. Il s’en voulait…

Yuuki · Elle… elle était mon amie !

Sho serra les dents, ne pouvant supporter les sanglots d’une victime à qui il aurait pu… à qui il aurait du éviter tous les sévisses.

Yuuki · Elle était mon amie…

Tsukusho se pencha pour la prendre dans ses bras. Yuuki étouffa ses sanglots dans ses bras, la tête appuyée contre son torse.

Sho · Je suis désolé

Il s’était relevé, le dos bien droit, la nuque légèrement baissée. L’atmosphère de la pièce l’étouffait, la douleur qui paralysait Yuuki était de trop pour lui. D’une manière ou d’une autre, Setsuko payerait et il espérait bien qu’il serait celui qui lui ferait face pour lui demander des comptes. Restait que personne ne semblait savoir où Setsuko s’en était allé… et la connaissant, il était d’ailleurs peu probable que quelqu’un trouve quoi que ce soit à ce sujet. Elle cachait si bien son jeu qu’il lui était impossible de deviner si l’idée de déserter lui était venue soudainement, à cause d’un événement en particuliers, ou si cela représentait déjà plusieurs mois voir années de mensonge. La seconde idée lui donnait froid dans le dos. Imaginer qu’elle ait pu jouer un rôle depuis toujours lui glaçait le sang. Il s’en voulait, définitivement, il s’en voulait.

Le pas lent, il s’approcha du fauteuil où ses deux amis étaient enlacés. Il s’arrêta à côté, mais n’osa pas un regard vers eux.

Sho · Merci.

Merci de lui avoir survécu…

Il se dirigea vers la sortie, mais un mouvement derrière lui le fit s’arrêter tout juste en sortant du salon.

Yuuki · Sho… je suis heureuse que tu sois encore là…

Il esquissa un semblant de sourire, comme si on pouvait vraiment sourire dans une telle situation.

Sho · Je le suis aussi de te savoir encore là pour surveiller le crétin qui te sert de petit ami.

En quittant l’appartement, Sho sentit un certain soulagement. Il savait que Setsuko avait tué de sang-froid et quelle que soit la mort qui lui serait donné, elle le mériterait. Ses mains jointes dans son dos, il descendit l’escalier et sortit du bâtiment, retrouvant Ogai à l’entrée de la propriété. Les deux hommes échangèrent un regard et s’en contentèrent. Sho n’avait pas envie de parler de ce qu’il venait de voir et d’entendre, et si Ogai avait refusé l’invitation de Tsukusho c’est bien qu’il n’avait pas envie de le savoir.

Tsukusho · Sho !

L’eisei pivota sur ses talons et lança un regard dénué de surprise à son ami.

Sho · Je commençais à trouver ton silence suspect.

Il sourit amicalement.

Tsukusho · Sho… qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ?

Sho lança un regard à Ogai et le remarquant Tsukusho s’inclina poliment en virant légèrement au rouge.

Sho · Rien.

Il ramena son attention sur Tsukusho sans briser son sourire. Ce soir, grâce à l’enseignement de la famille Okamoto, il avait compris que Sho Nagoshi, l’enfant de la Vallée Verte, ne ferait rien pour rattraper le démon Setsuko Oïshi car comme sa mère le lui avait appris…

… la vengeance n'est jamais qu'une question de bêtes mortes.

Ogai leva les yeux au ciel et sourit.

MessageSujet: Re: Déchirure    Lun 22 Nov - 20:51

Le lendemain, Sho se réveilla avec l’étrange impression qu’un vide s’ouvrait à lui et que d’une manière ou d’une autre, il faudrait le combler. La discussion qu’il avait eu avec Yuuki était encore fraîchement gravée dans sa mémoire. Il ne savait comment ni vraiment pourquoi cette discussion avait scellé le problème Setsuko Oïshi ; mais c’était en quelque sorte le point final d’un chapitre qui n’aurait mieux valu commencer.

A présent, l’avenir lui apparaissait comme quelque chose d’indistinct, comme une sorte de concept fluctuant sans réelle apparence. Il fallait aller de l’avant, c’est ce qu’on lui répéterait, mais Sho n’était pas destiné à faire n’importe quel type de pas en avant. Il n’avait pas le génie des Immortels, l’équipe légendaire du village.. Il n’avait pas la puissance de Masaki Asano, la célèbre Sannin.. Mais il avait autre chose, quelque chose que ni l’une ni l’autre ne possédait, et que lui-même ne faisait encore que soupçonner. Depuis que ses pas foulaient Kumo, ce détail, cette particularité ne l’avait pas quitté, le poussant inconsciemment vers le haut. Il n’avait probablement pas la carrure des grands héros actuels du village, mais il avait le pouvoir de se créer une carrure qui ne ressemblerait à aucune autre. Cela lui prendrait sans doute beaucoup plus de temps qu’il ne l’imaginait, et sans doute aussi beaucoup de sueur. Mais d’une façon ou d’une autre il devait y arriver. Il devait combler ce vide.

Se levant, il enfila ses vêtements et sortit dans la matinée encore fraîche qui embaumait le domaine Okamoto. Une légère brume occupait le centre de la cour où d’habituel on pouvait apercevoir une fontaine sculptée dans le roc. Pivotant sur ses talons, Sho releva une présence pour le moins étonnante à quelques pas de sa chambre. Assise sur un banc, Yuuki l’attendait avec un léger sourire en coins. Sho ne chercha pas tout de suite à comprendre pourquoi Yuuki se trouvait là. Il s’approcha simplement d’elle, attendant qu’elle se livre d’elle-même si jamais c’était dans ses projets.

Yuuki · Drôle de matinée n’est-ce pas ?

Sho · En effet.

Yuuki releva la tête en accentuant son sourire. Sho la connaissait depuis bien assez longtemps maintenant pour se douter qu’elle savait quelque chose qu’il ne savait pas, et qu’elle s’en amusait. Yuuki n’était pas le genre de fille à pleurer un jour et à sourire le lendemain. C’était sans doute la fille la plus raisonnable de son entourage, celle qui laissait le plus de liberté à ses sentiments.

Yuuki ne s’était pas remise de la désertion de Setsuko, Sho en était persuadé. Pourtant, quelque chose la faisait sourire. Et bien que cela le réconfortait de voir une expression plus heureuse sur le visage de son amie, Sho voulait comprendre d’où elle lui venait.

Sho · Que fais-tu là ?

Yuuki · Okamoto-sensei m’a invité à assister à une session d’entraînement.

Sho · Quelle session d’entraînement ?

Yuuki · La tienne bien sûr.

S'il ne s'était pas trouvé si près de son amie, Sho lui aurait certainement demander de répéter. Mais il n'y avait aucun doute, il avait bien entendu, Ogai lui préparait bel et bien une session d'entraînement. Instinctivement, Sho abaissa son regard sur ses avant-bras couverts de bandelettes, se demandant ce qu'il pourrait faire avec un corps aussi engourdis que le sien.

Yuuki · Ne t'en fais pas, ajouta-t-elle en prenant appuis sur sa béquille. Je suis certaine que tout se déroulera à merveille.

Après être passé par l'incompréhension puis la résignation, Sho lui emboita le pas et tous deux suivirent le couloir jusqu'à une porte en chêne. Semblant connaître le domaine comme si c'était le sien, Yuuki ouvrit le chemin, les claquements de sa béquille sur le parquet résonnant à chacun de ses pas. Le dédale de couloirs s'effaçant derrière eux, le duo s'arrêta finalement devant d'imposantes portes coulissantes au contour décoré de rouge et d'or.

Sho les observa un court instant puis les fit coulisser, ouvrant un espace assez grand pour que lui et Yuuki puissent passer sans jouer des épaules. En relevant la tête, son regard croisa celui d'Ogai.

La salle dans laquelle il venait d'atterrir ressemblait à un dojo privé. Des murs décorés du plus simple apparat. Un tatami au sol, tout une multitude de lances accrochées au mur gauche, et le portrait d'un vieil homme mis en évidence sur le mur du fond. Ogai Okamoto était assis en tailleur au centre de ce décor, vêtu d'un haut de kimono violet et d'un ample pantalon serré aux chevilles. Il arborait un sourire à peine prononcé comme s'il s'amusait de la situation.

Ogai · Asano-chan, comment se porte ta jambe ?

Yuuki · A merveille Okamoto-sensei, ça ne se voit pas ? Plaisanta-t-elle en rejoignant le banc en bois posé près de l'entrée.

Ogai rit de bon cœur puis reporta son attention sur Sho.

Ogai · Et toi Nagoshi-kun ?

Sho · Ma jambe va bien, merci.

Yuuki étouffa un rire, mais Ogai ne s'en cacha pas.

Ogai · Bien, très bien ! Assis-toi s'il te plait, j'ai à te parler.

Sho jeta un regard par-dessus son épaule. La kunoichi y répondit par un sourire avant d'incliner la tête.

Ogai · Assis-toi

Chassant son hésitation, Sho s'assit en tailleur devant Ogai, ses yeux le fixant les siens.

Sho · J'ai entendu dire qu'une session d'entrainement aurait lieu dans les parages.

Ogai · Et il va de soi qu'elle te concerne, dit-il en accentuant son sourire.

Sho ne savait pas quoi en penser. Il se doutait bien que Ogai n'était pas le genre d'hommes à agir sans raisons, mais il devait avouer qu'il n'arrivait pas à lui en trouver une valable de faire ça.

Ogai · Je sais que ça doit te paraître soudain et peut-être même déplacé, mais plus vite tu seras remis sur pieds, plus vite tu pourras partir d'ici.

Sho fronça sensiblement les sourcils.

Sho · Je peux très bien partir aujourd'hui.

Ogai · Tu le pourrais, c'est vrai, lui concéda-t-il en prenant un air sérieux. Mais je te demanderais de rester.

Sho · Pourquoi ?

L'homme prit une profonde inspiration et joignit ses mains entre ses genoux. Il paressait parfaitement détendu, mais quelque chose dans son regard semblait différent.

Ogai · Tu as beaucoup à apprendre sur toi, sur les autres... sur tes capacités et celles qui te sont encore cachées. Je crois pouvoir t'apprendre une partie de ces choses, les autres membres de ma famille se chargeront du reste.

Sho · Ça ne répond pas à ma question. Pourquoi vouloir me transmettre votre enseignement ? Pourquoi moi ?

Ogai baissa les yeux.

Ogai · C'était la volonté d'un homme qui nous était cher à tous les deux.

Quelque chose - l'instinct sans doute - fit ressortir un nom dans sa tête : Osamu Okamoto, le père d'Ogai et de Shina. Une vague d'angoisse retourna ses entrailles, nouant son estomac et accélérant son rythme cardiaque. Il eut beau essayer de la contrôler, la vague se répandit à son corps tout entier, annihilant les flux d'informations qui pouvaient voyager entre les hémisphères de son cerveau. La réalité refusait d'apparaître au grand jour ou tout du moins Sho essayait de la chasser le plus loin possible de lui. Osamu ne pouvait pas... malgré les mots que son fils avait prononcé, Osamu ne pouvait pas...

Sho · Quand ?

La question était sortie de sa bouche naturellement. Il n'avait même pas essayé de la retenir.

Ogai · Deux jours avant la désertion de ton amie, répondit-il en relevant la tête.

Sho n'en revenait pas. Ça lui semblait si irréaliste que pendant un temps il en oublia Ogai, Yuuki, et même le décor. Ses souvenirs lui vomirent, image après image, les nombreux moments qu'il avait pu passer avec le vieil homme. Jusqu'au tout dernier en date. C'était quelques mois plus tôt à Kumo, dans le domaine principal de la famille. Ils avaient longuement discuté dans les jardins de tout un tas de choses. Ils avaient ri, s'amusant autour d'anecdotes croustillantes. Osamu lui avait même demandé des nouvelles du sceau qu'il lui avait lui-même appris.

Osamu n'était plus un homme dans la force de l'age depuis longtemps, mais sa volonté de vivre avait toujours irradié autour de lui. Sho peinait à accepter que cette flamme se soit finalement éteinte.

Sho · Je suis désolé...

Ogai · Il ne voudrait pas que tu le sois, répliqua-t-il calmement. Il t'appréciait beaucoup. Il croyait en toi. Ne le pleure pas, cela ne ferait qu'alourdir ta peine. Rends-lui simplement hommage en réalisant le souhait qu'il avait pour toi.

Un sourire étonnamment doux se matérialisa sur son visage.

Sho · Un souhait ?

Ogai · Oui. Il voulait que tu deviennes une gloire de Kumo.

MessageSujet: Re: Déchirure    Dim 5 Déc - 15:10

Une gloire... le mot avait de quoi faire sourire. S'il ne s'était agi d'Osamu, Sho aurait probablement ri au nez d'Ogai. Heureusement ou malheureusement, de son vivant, Osamu Okamoto avait toujours nourris des rêves et des espoirs inconsidérés. Cela ne l'avait pas desservis pour autant. On pouvait même lui concéder que la famille Okamoto avait atteint le firmament de sa popularité grâce à son action à la tête de la famille. Avait-il, pour autant, eu raison de placer autant d'espoirs en lui ? Sho en doutait. Il ne devait sa position actuelle qu'à un concours de circonstances dont il avait su tirer parti. C'était certainement ça d'être un shinobi, savoir profiter de n'importe quelle situation, mais Sho ne pouvait s'empêcher de ressentir une forme de dégoût pour son parcours. La plupart des shinobi le devenaient parce qu'ils nourrissaient un but, un espoir, une cause. Lui l'était devenu par nécessité. Résultat, aujourd'hui il n'avait pas plus de but que de cause à défendre - hormis celle dont on affublait tous les shinobi d'un village : la défense du dit village.

Sho se leva, incapable de tenir plus longtemps assit à ne rien faire, et porta son attention sur le portrait de celui qu'il savait être Ôban Okamoto, le fondateur de la famille Okamoto tel qu'on la connaissait aujourd'hui. Sho ne connaissait de son histoire que ce que Osamu avait bien voulu lui en raconter. La famille Okamoto était déjà une famille riche et non moins influente dans le village quand Ôban était venu au monde. Cadet d'une fratrie de trois enfants, il avait abandonné très jeune l'idée de reprendre un jour le business familial, lui préférant l'apprentissage assidu des arts shinobi. Son parcours à l'académie était des plus flous, mais Sho savait qu'il en était ressorti changé, passionné racontait Osamu. Passant Chuunin au cours d'un examen organisé à Suna no Sato, Ôban était rentré en grâce au village. Mais au lieu de prendre à sa charge une équipe de Genin, il s'était consacré corps et âme à l'étude et l'évolution des méthodes d'assassinats, devenant au bout de quatre années l'un des plus éminents experts kuméens en la matière. Avec l'aide financière de son père, il établit le domaine Okamoto en plein coeur du village et épousa une dénommée Sachi Takiwara, l'abeille bleue, une kunoichi célèbre pour avoir rendu la vie en activant le non moins célèbre sceau de Protection contre le Mal, ou Booaku, pour sauver ses coéquipiers. De cette union naquirent Osamu, Sanzo, et Eita. Jusqu'à sa mort, Ôban s'efforça de transmettre tout son savoir à ses trois enfants. Sho pouvait encore clairement entendre la voix quelque peu enrouée d'Osamu lui raconter combien son père pouvait être dur avec lui, plus qu'avec les deux autres, car étant l'aîné, il devrait un jour hériter aussi bien du domaine que de sa volonté.

Qu'est ce qui avait bien pu motiver Ôban à cette époque ? Qu'est ce qui avait bien pu le pousser dans ses derniers retranchements et lui faire atteindre les sommets ? Sho aurait aimé le savoir pour s'en inspirer. S'inspirer de cette glorieuse réussite que l'Histoire retiendrait pour une éternité.

Ogai se leva et tourna son regard vers le portrait de son grand-père. Un sourire illuminait son visage.

Ogai · Nous devons tout au courage de mon grand-père. Sans lui, ni moi ni ma sœur serions ce que nous sommes. Il nous a légué tout ce qu'il savait à travers l'enseignement de mon père. Il était ce qui s'apparentait le plus à une gloire à son époque.

Sho ne dit rien. Il commençait à connaître assez bien Ogai pour savoir qu'il enchaînerait assez rapidement.

Ogai · Je ne te le demanderais qu'une seule fois. Es-tu prêt à devenir quelqu'un ?

Sho aurait volontiers répondu " comment ? " mais il s'en abstint. Ogai était un personnage étrange au prime abord, mais un personnage fort. Il avait indéniablement hérité de son père, et de son grand-père avant lui. Il était l'aîné des Okamoto et le nouveau chef de famille. Il savait forcément ce qu'il faisait, tout du moins Sho l'espérait-il car lui n'avait aucune idée du chemin à emprunter.

Un hochement de tête suffit à sceller leur accord.

Ogai · Suis-moi. Puis se tournant vers Yuuki. Debout Asano-chan, notre indécis s'est enfin décidé.

Sho ne releva pas la remarque, enfouissant ses mains dans les poches de son pantalon et fixant Ogai avec sérieux. En appuis sur sa béquille, Yuuki les rejoint et le trio quitta le dojo par une porte dérobée. Suivant attentivement les pas de leur bienfaiteur, Sho et Yuuki échangèrent un bref regard en entrant dans le long et obscure couloir qui devait les mener à une autre cours, plus spacieuse, et plus intimidante qu'ils n'auraient pu l'imaginer. La cours donnait sur la berge d'un petit lac niché entre les parois de deux pics montagneux. L'eau y était d'un bleu profond et la berge recouverte d'une pelouse sauvage. Le panorama était tout bonnement époustouflant, même pour l'oeil le moins prompt à apprécier les beautés de la nature.

Yuuki · Okamoto-sensei n'a pas menti, c'est vraiment somptueux.

Le trio s'arrêta au bord de l'eau. Comme si elle savait déjà ce qu'elle avait à faire, Yuuki s'assit sur le sol quand Ogai portait lui son regard au loin.

Ogai · Cette berge a marqué l'histoire de ma famille. Il est temps désormais qu'elle te permette d'écrire le nouveau chapitre de ta vie Nagoshi-kun.

Sho contemplait la surface tranquille du lac. C'était à croire que rien ne pouvait la faire frémir, pas même le vent. Il écouta à moitié les paroles d'Ogai, perdu qu'il était dans un vide sans nom. Notant son égarement, Ogai l'interpella.

Ogai · Réveille-toi, ton entrainement commence maintenant.

Sho · Je suis à pei...

Le regard perçant que tourna Ogai dans sa direction le fit se taire. S'il en avait été d'autres circonstances, il aurait simplement jouer le jeu pour en apprendre d'avantage sur l'homme qui semblait prêt à tout pour le voir s'améliorer. Mais en l'état, Sho se sentait simplement fatigué. Un poids terrible pesait sur ses épaules et ses mollets. Il savait mieux que quiconque qu'il n'était pas en mesure de suivre un entrainement intensif, même si celui-ci avait le but de le renforcer. Son corps pourrait peut-être encaisser - il avait été entrainé à cet effet après tout - mais son esprit ne le pouvait pas, pas maintenant. La désertion de Setsuko, la mort d'Osamu, le témoignage d'Yuuki, les premiers enseignements d'Ogai, c'était sans doute trop en si peu de temps. La vie de shinobi avait beau être ce qu'elle était, Sho menait un train de vie plutôt paisible et détendu. Il aimait prendre son temps, et faire les choses correctement. La précipitation l'emmêlait souvent. Il se sentait alors bousculé, et il lui fallait souvent plusieurs minutes avant de se faire à cette situation. Là... les évènements s'étaient simplement déroulés beaucoup trop vite, vraiment trop vite...

Ogai · Marche jusqu'au centre du lac et écoute bien mes consignes.

L'ordre était direct. Sho eut beau tenté de croiser de nouveau son regard, Ogai continuait de porter son attention vers le centre du lac, les bras croisés. Sho n'avait pas la moindre idée de ce qu'il lui préparait, et à quoi bon tout compte fait. Sans un mot, il enleva son haut et le jeta sur le sol, laissant son torse et ses bras entièrement recouverts de bandelettes effleurer l'air. Un instant après, il marchait sur l'eau, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon après avoir enchainé quelques signes et activer la circulation du chakra sous la plante de ses pieds. Les clapotements de l'eau le suivirent jusqu'au centre du lac où il s'arrêta et se retourna pour faire face à la berge. La surface de l'eau était à présent secouée d'innombrables ondes.

Sho · Et maintenant ?

Ogai · Survie.

En moins de temps qui lui en fallu pour réagir, il vit les bras d'Yuuki s'agiter et presque aussitôt un éclair pourfendre son épaule droite. La douleur était supportable, mais déconcentré, il faillit perdre ses appuis et tomber à l'eau. Heureusement, il parvint au dernier instant à insuffler un peu de chakra dans sa main gauche avant qu'elle ne touche la surface de l'eau. Se redressant en serrant ses dents, cette fois-ci Sho anticipa les signes d'Yuuki et se téléporta deux mètres plus loin tout juste avant qu'une pluie d'éclairs ne s'abatte là où il se trouvait quelques instants plus tôt. Un détail réactiva brusquement son instinct de survie... l'eau, le parfait conducteur de la foudre. Un peu plus de chakra sous la plante de ses pieds et l'eisei-nin bondit assez haut pour éviter la multitude d'arcs électrique qui se formèrent sournoisement à la surface de l'eau.

Ogai · Étend ta perception, ne te cantonne pas à ce que tes yeux peuvent voir !

Avant que Sho ne puisse prendre toute la teneur du conseil, un bras d'eau surgit de nul part le frappa violemment dans le dos et le plongea sous la surface du lac. Alors qu'il coulait centimètre par centimètre vers le fond du lac, ses yeux contemplant la surface s'éloigner, Sho se surprit à apprécier le silence total qui pouvait régner dans l'eau. Plus que jamais auparavant, il entendit clairement ses pensées résonner dans son esprit. Les rares arcs électrique qui subsistaient de la dernière attaque avaient beau le frapper, il ne ressentait plus rien. Il se sentait en paix avec lui-même, tel comme s'il avait fini par accomplir quelque chose dont il rêvait depuis toujours. Mais qu'avait-il accompli ? Qu'avait-il fait jusqu'à maintenant ? Son dos entra en contact avec le fond du lac et il resta cloué là, comme si le bras d'eau, bien qu'invisible, ne l'avait pas lâché et le tenait plaquer à terre. Il sentit brusquement son cerveau se contracter et ses pensées se volatiliser au profit d'une douleur intenable. Il eut beau fermer les yeux et tenter de remuer ses bras pour tenter de former quelques signes incantatoires, rien n'y fit, il était quasiment paralysé. La première question qui émergea de son esprit torturé était de savoir s'il pouvait mourir en pareille condition ? Quelque chose au fond de lui, murmura que oui s'il ne se décidait pas tout de suite à agir. Mais que faire, comment se relever alors qu'on se sentait si bien là, à des mètres sous l'eau et à des kilomètres de tous ses soucis ?

Une voix majestueuse aux sonorités féminines s'éleva depuis les profondeurs. Sho n'aurait su dire s'il la rêvait ou bien si elle était bien réelle.

? · Est-ce la mort que tu cherches ?

Sho rouvrit sensiblement ses yeux. Parler, il ne le pouvait pas. Penser, encore.

Sho · Je ne sais pas.

Cela sembla fonctionner car la voix reprit aussitôt.

? · Qui d'autre que toi peut le savoir ?

Sho · Je ne sais pas.

? · Beaucoup de silence pour une âme non moins silencieuse. N'es-tu pas de ceux qui sont nés pour sauvegarder la vie ?

Sho · Je l'étais.

? · Qu'est-ce qui a changé ?

Sho · J'ai perdu ma foi.

? · En as-tu jamais possédé une ?


Il hésita.

Sho · Je ne sais pas.

? · Si tu ne sais pas, alors redresse-toi fils des Nuages et retourne à la surface, car il n'y a là-bas que tu pourras obtenir les réponses qui te font si cruellement défaut. Redresse-toi et retourne à ton destin.


Sur la berge, Yuuki commençait à s'inquiéter de ne pas voir Sho réapparaitre. Elle tourna un regard inquiet vers Ogai, mais celui-ci ne le remarqua pas trop absorbé qu'il était par ses pensées. Soudainement, une légère secousse se fit sentir. Le visage d'Ogai s'ouvrit alors à un sourire des plus ravis, ce qui était en soit une énigme pour Yuuki jusqu'à ce qu'elle remarque que sous la surface du lac une vive lumière violette émergeait progressivement des profondeurs. L'aura s'agrandit au point d'en faire bouillonner l'eau. Une seconde secousse la fit se relever sur sa béquille.

Ogai · Encore un peu de patience Asano-chan, le nouveau Sho Nagoshi approche.

Les yeux mi-écarquillés, Yuuki vit une colonne d'eau s'élever depuis le centre du lac sous l'impulsion d'une silhouette projetée rapidement dans les airs. Une brève seconde plus tard, Sho atterrissait à ses pieds, le genou gauche et les mains en appuis sur le sol. Yuuki sentit un frisson la parcourir. Quelque chose dans l'aura de Sho avait irrémédiablement changé. Elle n'aurait su dire si c'était de la force brute ou autre chose en soit de terrifiant. Elle eut tout juste le temps de remarquer la lueur violette sur ses mains avant qu'elle ne disparaisse. Quelque chose avait bel et bien changer chez Sho...

Ogai · La première partie de l'entraînement est terminée.

Sho se redressa et balaya les cheveux qui lui tombaient sur le visage d'un revers de main, révélant un visage plus détendu qu'il ne l'avait été jusqu'à présent.

Quelque chose avait changé. Une barrière venait de tomber.

MessageSujet: Re: Déchirure    Lun 13 Déc - 19:33


» Lève-toi ...


» Ne refoule pas tes sentiments ...

» Lève-toi !

Sho se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Qu’est-ce que ... Il jeta des regards affolés tout autour de lui. Il se trouvait dans une chambre spacieuse aux murs de couleur ocre, assis sur un futon classique. C’est quoi cet endroit ?

Il tendit l’oreille pour tenter d’entendre la moindre voix, le moindre bruit qui lui aurait permis de deviner où il était, en vain. Au mieux la pièce était parfaitement insonorisée, au pire il venait de se réveiller au beau milieu d’un cimetière. Dans les deux cas, il ne reconnaissait pas les lieux et ne se souvenait plus pour quelle raison il y avait atterri.

Pour être tout à fait honnête, il ne se souvenait plus de grand chose. Sa tête était aussi lourde qu’une enclume. Il avait beau fermer les yeux, essayer de ne penser à rien, se masser la nuque, rien n’y faisait. Tous ses souvenirs à court terme avaient disparu comme par enchantement.

La porte de la chambre coulissa soudainement sur le côté, libérant un rai de lumière aveuglant qui l’obligea à se cacher derrière son bras.

» Oh ! Pardonnez-moi ! S’exclama une voix fluette en provenance de la porte. Je, je ne pensais pas que vous étiez déjà réveillé.

Sho rouvrit timidement les yeux tout en ôtant progressivement son bras de son champ de vision. Une enfant se tenait agenouillée sur le pas de la porte, quelques affaires soigneusement pliées sur ses petits bras.

» Qui es-tu ? Demanda Sho.

» Je m’appelle Kawa, répondit l’enfant. Okasan m’a demandé d’apporter ceci dans votre chambre.

Elle leva ses bras un peu plus haut pour mettre en évidence ce qu’elle tenait, son regard s’efforçant de fuir vers le sol.

» Qui est ta mère ? Demanda Sho.

» Eita. Okamoto Eita.

Sho se demanda s’il avait bien entendu. Jusqu’à ce jour, il s’était imaginé Eita comme une femme accompagnée d’innombrables chats pour occuper ses vieux jours. Jamais il n’avait eu l’idée qu’elle soit la mère d’une si jeune enfant. L’information lui apparaissait d’autant plus insolite qu’Osamu n’avait jamais dit mot sur d’éventuels neveux ou nièces. A vu d’oeil, Kawa devait avoir entre dix et douze ans. Il ne se souvenait pas avoir entendu une seule fois l’âge d’Eita durant ses entretiens avec le regretté Osamu. Il la savait seulement plus jeune que ce-dernier - ce qui n’était pas un indice en soit. Une grossesse tardive n’était pas à exclure dans de telles conditions, mais Sho avait bien du mal à y croire.

» Je laisse vos affaires ici, annonça la jeune fille en déposant le paquet d’habits devant elle. Rendormez-vous.

» Attends ! S’écria Sho en se penchant vers l’avant.

Kawa sursauta de peur. Ce qui eut tout de suite pour effet de le calmer.

» Pardonne-moi, je ne veux pas t’effrayer... s'excusa Sho maladroitement. Seulement je ne me souviens pas comment j’ai fini dans cette chambre... ni où je suis...

» Okas...

» Tu es ici chez moi.

Kawa releva la tête, surprise. Une main s’agrippa à la porte et la fit coulisser de quelques centimètres. Une femme d’une cinquantaine d’années aux longs cheveux noirs apparut aux côtés de Kawa. Elle portait un kimono blanc décoré de pétales rouges. Son regard était celui d’un faucon, froid et perçant. Son visage marqué de quelques rides n’exprimaient rien si ce n’était une paix profonde.

Sho courba l’échine, se pliant quasiment en deux. Il n’y avait aucun doute possible dans son esprit, Eita Okamoto venait de faire son entrée en scène.

» Excusez mon impolitesse, dit Sho en se redressant. Je devrais me montrer plus reconnaissant...

» En effet, l’interrompit Eita, faisant signe à sa fille de se retirer. Mais tu es faible d'esprit..

» Sans doute.

» Ce n’était pas une question, répliqua Eita en s’agenouillant en lieu et place de Kawa.

Sho ne reconnaissait aucune froideur dans sa voix. Malgré l’apparente agressivité de ses propos, la voix d’Eita indiquait qu’elle n’était pas là pour chercher un conflit. Elle le regardait sans ciller, comme si elle tentait simplement de le sonder.

» Que m’est-il arrivé ? Se risqua-t-il a demandé.

Eita joua avec les manches de son kimono, enfouissant ses bras dans les manches opposées.

» Il semblerait que tu te complaises dans l’oublie ces derniers temps. Relevant la manière dont un pli était soudainement apparu sur son front, elle enchaina avant qu’il ne puisse dire quoi que ce soit. Mon neveu m’a raconté tes mésaventures après que tu aies perdu connaissance sur les berges de notre lac sacré.

Sho abaissa les yeux. Ses poings se serrèrent sur ses cuisses. Il sentit une vague de colère le submerger. La colère d’avoir sombré plus longtemps dans un profond sommeil qu’il n’était resté debout à respirer le bon air des montagnes. Pitoyable... il se sentait profondément pitoyable et aussi impuissant qu’à ses premiers jours dans le village.

» La colère n’arrangera rien, poursuivit Eita en prenant une voix plus légère. C’est à cause d’elle que tu es ici. Ton corps est l’un des plus résistants qu’il m’ait été donné de voir, mais ton esprit est d’une faiblesse inqualifiable. En activant Nikushimi, tu l’as condamné à l’esclavage car tu étais incapable d’endiguer la véritable source de puissance du sceau: ta haine. Elle t’a dépassé et te voilà ici désormais. Estime-toi chanceux que mon frère ait eu de la considération pour toi de son vivant et que je sois disposé à t’aider.

» Chanceux ?

» Tu ne te rends même pas compte que tu es plus un danger qu’un atout en l’état, répondit Eita en gardant un calme plat.

N’étant plus en mesure d’en entendre davantage sans piquer une colère qui le dépasserait probablement, Sho bascula sur ses genoux et poussa sur ses bras pour se lever et quitter la pièce quand un poids invisible s’abattit violemment sur lui. Incapable de le supporter, il abandonna peu à peu sa position agenouillée pour finir allongé de tout son long sur le ventre. Les dents serrés, il se demanda s’il n’allait pas finir par s’enfoncer dans le sol si le poids qui pesait sur lui ne disparaissait pas dans les minutes qui suivraient.

Au prix d’un effort colossal, il réussit à relever sa tête assez haut pour croiser le regard d’Eita. Elle était parfaitement immobile, toujours agenouillée dans l’embrasure de la porte.

» Calme-toi, je ne suis pas ton ennemie malgré ce que tu t’amuses à croire en ce moment même, lui dit-elle sur un ton parfaitement détaché. Quand tu seras disposé à discuter, enfile les vêtements que ma fille t’a amené et à droite de cette chambre, une de mes servantes t’attendra devant un mur de papier rouge. Demande à me voir et tu me trouveras.

Sans plus attendre, elle se leva et referma la porte devant elle. Une seconde après, Sho entendait ses pas s’éloigner et le poids pesant sur lui s’évanouir brusquement. A bout de souffle, il se redressa en position assise, le genou droit replié contre son torse.

J’ai perdu la tête...

Sho resta immobile plusieurs minutes durant, le menton appuyé sur son genou. Progressivement, la colère qu’il avait ressenti se dissipa, le laissant seul avec un désarroi profond sur les épaules. Eita avait dit vrai. Il était plus un danger qu’un atout dans l’état dans lequel il se trouvait. Il ne pouvait pas rester indéfiniment à rien faire. Il devait se reprendre ; si possible se reprendre vite. Si Eita pouvait l’aider, il n’avait d’autre choix que de lui demander son aide et d’accepter ses règles.

Sho se leva et s’agenouilla peu après devant la pile de vêtements aux tons bleu nuit que la petite Kawa lui avait rapporté. Un kimono, un hakama, et une ceinture de lin noir, la tenue se voulait résolument traditionnelle. Sho l’enfila sans se poser de questions puis il fit coulisser la porte sur le côté avant de la refermer derrière ses pas. En tournant sa tête vers la droite, il découvrit un long couloir terminé par le fameux mur de papier rouge, tendu entre deux piliers de bois.

Le pas décidé, il se dirigea vers le mur quand arrivé à cinq mètres de lui, une main se dégagea de son angle mort pour lui barrer le passage. Il tourna la tête et tomba nez à nez avec un masque d’oï-nin griffé de violet.

Sho se remémora ce que Eita lui avait dit avant de quitter la chambre et annonça :

» Je voudrais m’entretenir avec Eita

» Elle vous attend, répondit l’oï-nin d’une voix relativement féminine malgré le filtre imposé par son masque.

Pour appuyer sa réponse, l’oï-nin apposa sa main contre le mur et une ouverture se matérialisa dans un halo de lumière bleue. Elle hocha ensuite de la tête pour lui faire comprendre qu’il n'avait aucune crainte à avoir.

Après une brève hésitation, Sho se faufila à travers l’ouverture et se retrouva instantanément dans une salle immense et vide aux parois de marbre noir. Une lueur dansante l’attendait au centre de la salle, entre quatre imposants piliers, posée sur une estrade elle aussi en marbre. A mesure qu’il en approchait, il distingua une table basse, plusieurs lanternes, et enfin Eita, agenouillée derrière la table à bouger ses bras avec une grâce peu commune.

» Tu t’es décidé plus rapidement que je ne l’avais imaginé, déclara-t-elle en lui faisant signe de s’asseoir devant elle.

» Excusez-moi pour mon comportement de toute à l’heure.

» Tu es toute excusé, s’exclama Eita. Assis-toi, nous devons parler.

A peine Sho posa son postérieur sur le coussin qu’Eita souleva un plateau à thé sur la table. Elle ouvrit la théière, en huma le contenu en fermant ses yeux. Elle sourit, visiblement satisfaite, tira sur sa manche droite tout en servant le thé dans les deux tasses à leur disposition.

» Que sais-tu de Tekisha Nagase ? L’interrogea-t-elle en posant l’une des tasses devant lui.

Comme tous les étudiants en médecine défensive, Sho avait entendu parlé de celui que les écrits considéraient comme le père fondateur de leur discipline.

» Il est le fondateur de la médecine défensive, répondit-il sans grande conviction.

» Tu as gardé quelques souvenirs de tes cours, c’est bien. Mais que sais-tu d’autres à son sujet ?

» Rien qui puisse me distinguer des autres eisei-nin.

Eita releva la tête et sourit.

» En d’autres termes, tu ne sais pas grand chose, conclut-elle.

Sho acquiesça avant de jeter un oeil intrigué autour de lui.

» Tekisha Nagase a été le premier a formulé des hypothèses sur le lien existentiel entre la vie et le chakra, expliqua-t-elle après avoir avalé une gorgée de thé. Ses travaux ont en effet contribué à former le répertoire de médecine défensive tel que tu le connais aujourd’hui. Mais il a, entre autre chose, esquissé l’une des techniques les plus stupéfiantes de ce même répertoire.

Sho l’interrogea du regard.

» Attendez, quel rapport cela a avec moi ?

Eita sourit avec délicatesse.

» Tant que tu ne te débarrasseras pas de ta haine, tu resteras un danger pour toi-même comme pour les autres, déclara Eita. Je ne vois qu’un seul moyen de surmonter cette épreuve... t’exposer à ta propre mort.

Sho reposa sa tasse sur la table, ne sachant comment prendre ces propos.

» Je comprends ton étonnement, reprit Eita. Mais laisse-moi te montrer quelque chose.

Une ombre se détacha brusquement d’un des piliers. Eita l’accueillit en inclinant respectueusement sa tête. Homme ou femme, la personne qui venait d’apparaître était inidentifiable à cause de l’épais manteau et de la capuche qui la recouvraient.

» Le sceau sur votre front me laisse penser que vous connaissez le Sozo Saisei, déclara l’ombre d’une voix sifflante.

Sho écarquilla les yeux. Les murs de la salle venaient de s’illuminer d’innombrables et mystérieux symboles blanchâtres.

MessageSujet: Re: Déchirure    Jeu 16 Déc - 17:33


» Vous le connaissez n’est-ce pas ?
Insista l’inconnu.

Sho passa machinalement ses doigts sur son front, son regard entièrement captivé par l’allure que venait de prendre le décor. Il hocha simplement de la tête en guise de réponse. De toute son existence, il n’avait jamais vu d’endroit plus étrange et mystérieux que celui-ci. Qu’est ce que pouvait bien représenter tous ces symboles ? Avaient-ils un quelconque rapport avec l’idée d’Eita ?

» Infuuin Kai, Seizanshano Fuuin, ne sont que les balbutiements du Sozo Saisei, expliqua l’inconnu. Ils ont du vous coûter bien des efforts, mais rien qui ne puisse être comparé à ce que vous coûtera leur finalité.

Sho reporta son attention sur l’individu encapuchonné puis sur Eita, toujours aussi impassible. L’idée même d’affronter la mort était farfelue - quoi qu’utiliser en tout temps par certains eisei-nin sans scrupule. Pourtant aucun d’eux deux ne semblaient s’en inquiéter. Avaient-ils aveuglement foi en lui pour le croire capable d’un tel miracle ? Ou avaient-ils perdu la tête purement et simplement ?

Eita tourna ses yeux vers lui et annonça :

» Tu dois te poser beaucoup de questions, notamment celle de savoir où nous nous trouvons. Ne compte pas sur moi pour te révéler notre position exacte. Entend simplement que tu es ici dans les fondations de ce qui était autrefois l’école de Tekisha Nagase.

» Pourquoi m’avoir amené ici ? Demanda Sho.

Eita tourna ses yeux vers l’ombre qui prit aussitôt le relais.

» Car dans ces murs dort le secret du Sozo Saisei. Un secret que vous vous devrez d’apprendre pour espérer survivre à votre propre mort.

Alors ils sont réellement persuadé que c’est la seule solution..

Sho commençait à douter du bien fondé de sa présence. Eita était persuadé que l’expérience de sa propre mort le libérerait de ses démons, mais comment pouvait-il accepter une telle confrontation sans ressentir le moindre doute quant au danger que cela pouvait représenter ? Que pouvait penser un être humain normalement constitué à l’idée de mourir sans d’autres raisons que celle de purger son esprit ? Quelqu’un pouvait-il naturellement accepté un pacte aussi morbide ?

Il abaissa la tête, déboussolé.

» L’heure n’est plus au doute, déclara Eita. Si tu as une meilleure solution pour te tirer les vers de la tête quitte cette salle sur le champ et reprend le cours normal de ton existence.

Il n’en voyait aucune, aussi folle que paraissait la seule option qui s’offrait à lui. Résigné, il déclara d’une voix pataude :

» Très bien... comment allons-nous procédé ?

Eita termina sa tasse de thé et se leva. Elle s’inclina respectueusement devant l’ombre et s’arrêta près de lui.

» Cette personne s’appelle Munashi. Fie-toi à elle. Elle t’apprendra tout ce que tu dois savoir.

» Et vous ? Demanda Sho.

» Moi... je dois me préparer, répondit Eita en dessinant un sourire énigmatique.

Sho tourna sa tête et l’interrogea du regard.

» Te tuer demandera quelques préparatifs dont il me faut me charger, expliqua Eita. Tu devras mourir en un seul coup. Malheureusement pour moi tu n’es pas n’importe quel eisei. Il me faudra tricher un peu.

Elle n’ajouta rien de plus et quitta l’estrade, disparaissant plus loin dans la même ouverture qui avait permis à Sho d’entrer. Le silence retomba dans la vaste salle. Il sembla à Sho qu’il était devenu sourd avant que le sifflement de voix de Munashi ne brise l’illusion.

» Suivez-moi.

Pendant un bref instant, Sho se demanda ce qui pouvait bien se cacher sous cette capuche. Un homme, ou bien une femme, une créature douée de paroles, ou bien un démon. Il pouvait laisser libre cours à son imagination quelque chose lui disait qu’il ne connaîtrait jamais la réponse. Condamné à le suivre malgré tout, il se leva et lui emboîta le pas.

Dans un silence que seuls leurs pas semblaient en mesure de briser, ils marchèrent vers le fond de la salle ; les symboles blancs brillant avec plus de vivacité là où ils passaient. Arrivés devant le mur du fond, ils s’arrêtèrent. Munashi lui fit signe d’attendre puis il approcha lentement ses mains du marbre. Tout se déclencha très rapidement. Sho entendit d’abord un grondement sourd puis les cliquetis d’un mécanisme caché avant de sentir un souffle froid balayer le sol et ses pieds nus. Un compartiment secret se détacha du mur. Munashi y plongea les mains et en sortit un rouleau de parchemin plus épais encore qu’il ne l’était lui-même avec son manteau.

Sho se demanda si le rouleau contenait la technique interdite. Munashi revint vers lui et fit signe de s’asseoir. Sho s’agenouilla sans broncher et l’ombre déroula le parchemin devant ses yeux avant de prendre place à ses côtés.

Le parchemin était marqué des mêmes symboles qui ornaient les murs. Ils étaient regroupés en lignes parfaitement droites, et les lignes en colonne. Sho compta sept colonnes au total. Les symboles appartenaient à une langue qui lui était inconnue. Il essaya d’analyser certains d’entre eux sans grand succès. Aucun des symboles ne ressemblait de près ou de loin à une lettre de l’alphabet commun.

» Je ne connais ni ne comprend aucun de ces signes, annonça Sho en fixant le parchemin du regard.

» Ce ne sont pas des signes, rectifia Munashi. Il s’agit du dialecte Tekisha, inventé par les pères du clan Tekisha. C’était un dialecte couramment utilisé sur le littoral autrefois, mais il a disparu avec la mort du dernier héritier de cette famille.

» S’il a disparu, comment vais-je pouvoir l’apprendre ? Demanda Sho.

» Cette salle vous servira de traductrice.

Sur ces mots, Munashi pivota sur lui-même et pointa son bras droit vers le plus proche des quatre piliers entourant l’estrade sur laquelle Sho avait partagé le thé avec Eita. Sho se tourna légèrement de côté et leva ses yeux vers l’immense pilier en question.

L’étonnement fendit son visage.

Le pilier - au même titre que ses trois frères - semblait fonctionné comme un miroir. Les murs de la salle se reflétaient en eux, mais les symboles s’y changeaient en lettres communes, se teintant de rouge pour marquer leur différence.

» Ces quatre piliers sont censés évoquer l’âme des quatre pères fondateurs du dialecte Tekisha, expliqua Munashi. Pour le déchiffrer, il vous suffira de cibler le symbole que vous voudrez traduire sur l’un des murs et vous placer de sorte à pouvoir distinguer son reflet dans l’un des piliers.

Sho soupira, réalisant tout le travail de traduction que les sept colonnes lui donneraient.

» Il semblerait que je ne sois pas disposé à mourir aussi vite que je l’espérais.

L’ombre se tourna vers le parchemin et lui déclara de sa voix toujours aussi sifflante.

» Toute mort mérite son lot de préparatifs.


MessageSujet: Re: Déchirure    Dim 19 Déc - 21:02


Nul ne sait ce qu’il s’est réellement passé sous les fondations de l’école Tekisha ni même s’il s’y est réellement produit quelque chose. Sho lui même ne sait toujours pas s’il a rêvé cet entretien avec Eita Okamoto, si la salle de marbre noire existe bel et bien, et si Munashi n’est finalement pas un pan de ses propres cauchemars. Comme Ogai le lui raconta plus tard, le lac sacré du domaine montagneux des Okamoto véhiculait bien des légendes à son sujet. Eita elle-même avait raconté qu’elle s’était senti erré pendant plus d’une semaine dans un village dévasté par la guerre avant de se réveiller un beau matin au coeur du domaine, comme si tout n’avait été qu’un rêve, un rêve aux allures de réalité. Ogai refusa d’évoquer sa propre expérience sous les eaux froides du lac sacré, mais Sho releva dans son regard que quelque chose de marquant s’y était produit. Lui-même ne pouvait nier que son expérience, réelle ou non, avait modifié quelque chose d’enfouie au plus profond de lui-même. Il se sentait en paix, comme si tous ses souvenirs les plus douloureux avaient cessé de le torturer, comme si tout ce qui avait pu être néfaste s’était tout simplement évaporé.
Réalité ou non, il était bel et bien là aujourd’hui, assit au centre du salon de ce qui était le bâtiment central du domaine Okamoto. Il se tenait seul dans la pièce, assit sur ses genoux, guettant la paume de ses mains où brillait un sceau violet qui avait tout d’une réalité. La haine... cette haine que tout un chacun accumulait ou relâchait continuellement au quotidien. Cette haine là dormait dans la paume de ses mains, attendant, sans doute, le jour où elle s’en échapperait tel le fantôme d’un démon de l’ancien temps. Sho était bien décidé à ne pas la laisser déborder inutilement. Son séjour au domaine Okamoto lui avait au moins appris le contrôle poussé de soi. Toute l’incompréhension qui l’avait habité au long de son séjour n’avait plus de raison d’être. Sho ne voulait plus savoir. Il ne voulait plus essayé de tout comprendre. Il souhaitait simplement vivre, ressentir les jours qui passent comme s’ils étaient tous uniques à l’échelle de son existence – ce qui était certainement le cas. Tout comprendre, essayer de tout savoir, Sho sourit en repensant à la manière qu’il avait de se comporter avant son séjour dans cet endroit mythique. Finalement, il avait réalisé qu’il y avait du bon à ne pas savoir certaines choses, à ne pas poser certaines questions. Retrouver une certaine forme d’insouciance, savoir garder ses distances parfois, n’était-ce pas le propre d’un shinobi de son rang ? Car à trop vouloir avoir la main mise sur la situation, n’y avait-il pas un risque de se perdre soi-même ? Sho était peut-être l’un des rares gradés de Kumo a y avoir répondu. Une leçon de vie qu’il n’était pas prêt d’oublier.

La porte d’entrée coulissa sur le côté. Eita Okamoto suivit d’Ogai et de Shina s’assirent sur une même ligne face à lui. Ogai au centre, Eita à la gauche de son neveu, et Shina à la droite de son frère. Sho s’inclina respectueusement, son front s’arrêtant à quelques centimètres à peine du parquet. Les trois plus éminents représentants de la famille Okamoto l’imitèrent, l’inclinaison de leur corps par rapport au sol ne prenant toutefois pas un angle aussi grand que celui de Sho. Une question d’éthique sans doute. En se redressant, Sho remarqua le sourire quasi éternel d’Ogai. Ce sourire presque paternel, bienveillant, qui pesait continuellement sur toutes les discussions qu’ils avaient pu échanger. Eita aussi bien que Shina n’exprimaient aucune émotion palpable. Une habitude qu’elles s’évertuaient de nourrir en toutes circonstances. Sho ramena ses mains le long de ses cuisses en regardant à tour de rôle ces trois figures de Kumo. Des figures discrètes s’il on en jugeait leur réputation, mais des figures tout de même. Kumo avait forcément besoin de la famille Okamoto et de son savoir faire. Elle n’avait peut-être pas la puissance d’un clan organisé comme les Toshiya ou les Kaguya, mais sa doctrine et son organisation infaillible pouvaient servir d’exemple à n’importe quelle institution du village, fut-elle politique ou militaire. Les Okamoto formaient un clan à part, sans don génétique probant, mais doué d’un enseignement unique en son genre et que Sho n’avait fait qu’effleurer jusqu’à maintenant. Il espérait qu’un jour, quand il en aurait le temps, Ogai l’autoriserait à s’installer un temps dans le domaine pour vivre à leur contact, apprendre d’eux et de leur mode de vie, s’imprégner de leur doctrine et qui sait, peut-être même effleurer des yeux leurs techniques noyées dans un secret absolu depuis l’aire Ôban.

Ogai – Ton séjour parmi nous touche à sa fin Nagoshi-kun. Tout ce que tu as vu et appris au coeur de notre domaine doit rester ta seule propriété pour le restant de tes jours. Rien de ce qui a été dit ou fait sur notre territoire ne doit en sortir. Je pense que tu n’auras aucun mal à comprendre pourquoi.

Sho acquiesça. Il comprenait mieux que quiconque qu’un secret devait quasiment être oublié pour être préservé. Les leçons qu’il avait appris ici resteraient à jamais gravées dans sa mémoire, mais pour ce qui était de la manière dont il les avait obtenu, il n’avait d’autre choix que de tirer un trait dessus et faire comme s’il ne s’était jamais rien produit. Il ne doutait d’ailleurs pas qu’Ogai aurait vent de son nom si jamais il venait à divulguer quoi que ce soit qui ait un rapport plus ou moins lointain avec sa famille.

Ogai – Sache que nous te considérons comme un ami de notre famille. De ce fait, tu seras toujours accueillit à bras ouverts si tu en fais la demande. Le chemin que tu te dois de suivre est encore long et semé d’embûches. Pour notre part, je considère que nous t’avons donné tout ce que nous pouvions te donner pour accomplir la volonté de notre regretté père. Il n’appartient qu’à toi, désormais, de suivre ce chemin ou de t’en écarter, d'honorer cette volonté ou de l’enterrer dans l’oubli. Sache néanmoins que nous suivrons ton évolution de près et que si d’avenir tu décidais d’oublier la volonté de notre père, la famille Okamoto briserait aussitôt le lien d’amitié qui nous réunit.

Ogai avait parlé d’une voix ferme, digne du chef de famille qu’il était. Sho comprenait qu’il était impératif pour lui d’honorer la volonté d’Osamu Okamoto, auquel cas il perdrait l’appuis de sa famille. Osamu était un ami. Un ami cher. Sho n’était pas prêt d’oublier tout ce que le vieil homme lui avait appris de grâce. Il n’oublierait non plus toutes les heures qu’il avait pu passer en sa compagnie, toutes ces heures au cours desquelles il en avait plus appris sur lui-même et sur le village qu’il avait pu en apprendre en trois ans d’académie. Osamu avait rejoins le monde des morts en formulant un souhait, un seul souhait : qu’il devienne une gloire pour le village. Sho n’avait pas vraiment de plan établit pour y arriver, pas plus qu’il ne savait ce qu’Osamu avait voulu dire par gloire. Un héro ? Un homme profondément respecté ? Une figure politique de premier plan ? Un kage ? Un homme à l’honneur lavé de tous soupçons ? La gloire pouvait revêtir diverses formes à son sens, mais peut-être qu’Osamu souhaitait simplement qu’il devienne l’un de ces hommes ou alors la somme de tous ces hommes. Quoi qu’il en était, la tâche ne serait pas aisée et le chemin plus long qu’il ne pouvait l’imaginer. Quoi qu’il déciderait, il aurait besoin d’Ogai, de Shina et d’Eita pour y arriver.

Sho – Osamu-dono était une véritable icône pour ce village, mais avant tout il était mon ami. Son enseignement restera à jamais gravé dans ma mémoire. Quel homme prétendrais-je être si j’oubliais ses paroles ? Probablement rien d’autre qu’une bête sans cervelle. Le souhait d’Osamu-dono sera le mien, j’en fais le serment devant vous aujourd’hui. Que la famille Okamoto en vienne à me considérer comme un ennemi si je ne venais pas à tenir cette promesse.

A cet instant, Sho sentit le regard de Shina peser sur ses épaules. Il détourna légèrement ses yeux dans sa direction et le croisa, dur et impassible à la fois.

Shina – Tu es un homme de paroles, tout du moins c’est le sentiment que j’en ai gardé de nos derniers échanges. L’engagement que tu viens de prendre est d’une importance qui te dépasse probablement, mais je l’honore autant que je pouvais honorer mon père. Si tu manques à ta parole, je serais le pire ennemie que tu connaitras de toute ton existence.

Sho sourit et hocha de la tête. Il se doutait bien que Shina n’était pas le genre de femmes à prononcer des paroles en l’air. Elle était réputée pour être le meilleur assassin que Kumo est porté en son sein. Il se disait même – Sho n’avait aucune preuve de cela – qu’elle tuait ses cibles le visage à découvert. Tout n’était de toute manière que rumeur la concernant. Jamais personne ne l’avait vu l’arme à la main, et jamais personne n’avait fait équipe avec elle en dehors de son frère. Pourtant, Shina inspirait les pires craintes et personne ne s’était encore permis de remettre ses capacités en cause. C’est qu’elles devaient être incontestables. Si d’avenir Shina se muait en une ennemie, Sho ne doutait pas un seul instant que son visage serait le dernier qu’il verrait en ce bas monde.

Ogai – Je suis heureux que tu ai pris cet engagement. Nous espérons tous que tu le mèneras à bien. D’autant plus que ma sœur ne semble pas prête à te pardonner le moindre faux pas.

Ogai appuya un peu plus son sourire et tourna son visage vers sa tante comme s’ils s’étaient déjà mis d’accord sur les discussions à tenir au cours de la réunion.

Eita – Tu t’es libéré d’un poids considérable, mais cela ne suffira pas à faire de toi un pilier du village. Pour cela, il te faudra réunir des alliés sur lesquels tu pourras compter en toutes circonstances. Des gens, comme toi, qui portent en eux l’avenir de Kumo et l’avenir de ce pays. J’ai pris quelques prédispositions après m’être entretenu avec l’Intendant Koyama et voici les dossiers de trois personnes que j’aimerais que tu rencontres.

Elle plongea sa main sous un pan de son kimono et en sortit trois pochettes cartonnées qu’elle fit glisser sur le sol. Sho les réceptionna et les ouvrit l’une après l’autre, Eita commentant chaque dossier dès qu’il en ouvrait un nouveau.

Eita – Tengai Ooraka, vingt quatre ans, spécialisé en médecine offensive. Ne te fie pas à son nom, il est mon fils.

Ogai – Ooraka et sa sœur ont été recueilli par ma tante il y a de ça neuf ans du côté d’Ishi no Kuni. Ooraka a décidé de garder son nom de famille plutôt que de prendre le notre, mais je peux t’assurer qu’il possède tout d’un véritable Okamoto.

Étonné, Sho l’était forcément. Ooraka n’était pas un prénom qui lui était méconnu, loin de là. Setsuko lui en avait souvent parlé avec admiration. C’était un Juunin très apprécié et en avance sur la plupart de ses rivaux. En lisant son dossier, Sho releva qu’il n’avait participé qu’à des missions classées secrètes. Aucune mission de rang D ni C, ses états de services stipulaient quatre missions de rang B et deux de rang A, sans rien préciser de leur nature. Ooraka ne pouvait être qu’un des assassins de la famille Okamoto, de ceux que le secret habitait jusqu’à la fin de leurs jours. Sho ferma son dossier et ouvrit le second.

Eita – Dokuzen Sujimichi, vingt cinq ans, spécialiste des jeux d’esprit. Cette fille est la sagesse réincarnée, tu auras grand besoin d’elle.

Ogai – Au contraire d’Ooraka, Sujimichi n’a jamais accompli la moindre mission. Elle est au service de la Brigade d’Interrogation, mais Koyama-sama nous a assuré pouvoir l’en libérer.

En effet, d’après son dossier Sujimichi n’avait jamais participé à la moindre mission, pas même une seule mission de rang D. Son dossier était quasiment vierge en dehors de la ligne stipulant son intégration à la Brigade d’Interrogation à l’âge de onze ans. Onze ans... cette fille devait être un véritable génie du genjutsu pour avoir intégré si jeune une brigade si prestigieuse. Il aurait l’occasion de le découvrir s’il en apprenait un peu plus sur les mystérieuses prédispositions prises par Eita. Il ouvrit finalement la dernière pochette cartonnée.

Eita – Yokujou Yajuu, vingt trois ans, membre de l’école du Miroir d’Ambre. On le dit plus léger que le vent, mais à l’esprit un tantinet étriqué.

Ogai – Koyama-sama nous a informé que Yajuu était revenu au village depuis deux jours. Il est passé Juunin à son retour, suite à un séjour de plus d’un an auprès de Konae Raiden, l’un de deux chefs de l’école du Miroir d’Ambre.

Sho baissa ses yeux sur son dossier. Yajuu avait suivit une évolution quasi identique à la sienne. A ceci près qu’il avait essuyé de longues périodes d’inactivité du à ses nombreux séjours à Nami no Kuni. Sho ne nota rien d’exceptionnel à son sujet, au-delà du fait qu’il était membre d’une importante école de taijutsu. Il referma son dossier et le posa sur le sol avec les deux autres, se demandant où Eita voulait en venir. Il se doutait qu’obtenir un entretien avec Shigeo Koyama était chose aisée pour une personne comme Eita Okamoto. Mais cela ne lui expliquait pas pourquoi elle avait choisi de le faire et surtout pourquoi lui présenter trois personnes de sa génération qui requérait un certain aval de l’Intendant. Bien sûr, il se doutait que cela devait tourner autour d’une sombre histoire d’équipe car si Sho avait bien relevé un point commun entre lui, Ooraka, Sujimichi et Yajuu, c’était bien qu’aucun d’eux n’avait un jour fait partie d’une équipe digne de ce nom.

Sho – Je ne doute pas de leurs compétences ni de leur réputation, mais je me demande ce que je suis censé faire avec eux ?

Shina – C’est pourtant évident. Kumo ne possède qu’une seule équipe légendaire, les Immortels. Et s’ils suffisent amplement à couvrir les interventions cruciales du village pour le moment, rien n’assure qu’ils ne seront pas dépassés un jour, bien que j’en doute personnellement. Shigeo-sama et Kumo ont besoin de pouvoir se reposer sur une nouvelle équipe, c’est un fait. Une équipe susceptible de soulager les Immortels et d’engranger assez d’expérience pour les remplacer, et qui sait peut-être même de les surpasser si jamais les choses venaient à se gâter.

Asahi. Le seul nom de cette organisation suffisait à expliquer une mesure si exceptionnelle. Si l’attaque de Konoha remontait déjà à plus d’un an, personne n’avait oublié leur extraordinaire force de frappe et leur incroyable audace. Ils avaient frappés en plein cœur des forces réunifiées des trois plus grands villages cachés du monde shinobi sans la moindre crainte. Et de craintes ils n’avaient eu aucune raison d’en avoir malgré l’intervention des grands héros des trois puissances que sont Kumo, Kiri et Konoha. Les Immortels ne pouvaient pas être l’éternel remède de Kumo, surtout en l’absence de Raikage. Même les célèbres Immortels avaient besoin d’un peu de repos. Sho n’avait pas la prétention de pouvoir leur en donner en l’état, mais il comprenait la manœuvre agencée par Eita et l’Intendant.

Eita – Une nouvelle équipe doit voir le jour dès à présent et je veux que tu la rassembles autour de toi. L’Intendant Koyama a donné son accord, il ne te reste plus qu’à convaincre les trois personnes désignées pour former cette équipe avec toi.

Sho – Qui sera le chef de cette équipe ?

Eita – Moi.

Sho – Vous ?

Eita – Oui. Je ne partirais bien évidemment pas en mission avec vous. Mais toutes les missions que vous aurez à traiter, toutes les interventions que vous devrez réaliser, passeront par mes mains avant d'atterrir dans les vôtres. Je m’assurerais de cette manière que l’équipe progressera comme il se doit. Pour ce qui est du réel chef d’équipe sur le terrain, je crois que vos personnalités sont trop fortes pour élever l’un de vous plus haut que les autres. Vous devrez apprendre à agir et à réfléchir comme un seul cerveau.

Ogai acquiesça aux paroles de sa tante avant de reporter son attention sur lui.

Ogai – Koyama-sama a officiellement nommé cette équipe Mangetsu, la pleine lune. Il est temps pour toi d’en trouver les membres, Nagoshi-san.


MessageSujet: Re: Déchirure    Dim 19 Déc - 21:14

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MessageSujet: Re: Déchirure    

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