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 La Caverne Bleue

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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Dim 18 Jan - 18:36

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Chapitre Annexe - Turn Back to the Past . . . . . . .(_. *`¯`* .


... par une matinée nuageuse.

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Une ombre stagnante s'étendait d'un bout à l'autre de la principale artère commerciale du village des nuages. Les rares passants de la matinée ne s'attardaient que quelques instants devant les étales en exposition de peur, peut-être, que le ciel ne se mette à décharger des torrents de pluie sur leur tête. Au milieu de ces groupuscules éparses se trouvait une kunoichi connue de tout le village et dont les traits légèrement crispés laissaient entendre que ses nuits étaient pour le moins courtes ces temps-ci. Elle possédait une longue chevelure brune qu’elle avait exceptionnellement coiffée en un gros chignon derrière sa tête. Ses yeux émeraude et son sourire ravissant, lui donnaient l’allure d’une jeune femme d’une vingtaine d’années heureuse malgré tout et rayonnante à souhait.

Ce matin là, elle avait décidé de faire quelques emplettes en vu d’un repas familial prévu pour le lendemain. Elle s’arrêtait ici et là, saluait les commerçants qu’elle rencontrait comme de bons amis, parfois dégustait un quartier de fruit gracieusement offert ou l’offrait à son fils de 4 ans qui l’accompagnait. Haita c’est ainsi qu’il s’appelait.

A cet age là, le monde semblait si vaste, si imposant et parfois même si apeurant de son point de vu. Sa main droite tenant toujours celle de sa mère, Haita était tout ce qu’il y avait de plus normal pour son age. Qui, au milieu de toutes ces personnes, aurait put prédire ce qu’il finirait par devenir ? Personne ... pas même sa mère.

Dans cette même artère, s’avançait une jeune fille de 13 ans, également connue du quartier pour son entrain et sa gentillesse. Genin de son état, Yoigoshi Ibaru était une fille de taille normale aux cheveux épais et tressés de couleur châtain foncé. Sa peau était mât et venait contraster avec la beauté de son regard d’un vert si clair qu’il en était souvent confondu avec un gris argenté. En ce jour, elle portait un haut soyeux de couleur bleu foncé serré à la taille par une ceinture très large, et une jupe blanche légèrement fendue sur le côté. Le bandeau de Kumo trônait fièrement autour de son front et luisait d’une lueur rappelant vaguement celle qui habitait son regard.

Comme à son habitude, Yoigoshi salua chaque commerçant de la rue. Salutation qui lui furent immédiatement retourné par les concernés sur un ton enjoué. Un sourire tenace, clairement affiché sur son visage, elle se glissa ainsi tout le long de l’artère puis continua plus loin encore dans le centre-ville, direction l’académie où l’attendait un cours de médecine pour le moins particulier. Sa route l’amena à croiser bon nombre de personnes plus ou moins influentes dans le village et bien qu’elle ne les connaissait encore pas, elle pouvait déjà clairement distinguer l’aura particulière qui entourait chacun de ces personnages en public. Un jour, elle serait comme ces personnes. Elle se l’était promise.

Arrivé aux abords de l’académie, Yoigoshi tomba sur une silhouette bien connue assise sur le petit muret qui délimitait l‘enceinte de l‘académie. Approximativement de sa taille, les cheveux longs et aussi noirs que le jais, le regard ténébreux mais absent, Akai Juutai se tenait là dans une tenue légère, comme à son habitude, short court noir et haut bleu découvrant la moitié inférieur de son ventre plat. Yoigoshi lui parlait assez souvent car elle partageait bon nombre de cours en commun. Toutefois, peu de gens pouvaient prétendre la connaître, pas même elle. Hormis son nom et son prénom tout le reste demeurait un mystère total. Personne ne connaissait même son age. Akai était ce genre de fille réservée et introvertie qu’il était impossible de déchiffrer. Il n’était pas rare de la voir plongée dans des ouvrages traitant des branches les plus poussées de la médecine. Aujourd’hui par exemple, elle lisait le dernier traité sur les plantes carnivores et leur usage écrit par Urasa Yûmito, un très grand expert en poison. Autant dire l’idole même d’Akai pour les nombreuses recherches qu’il avait mené sur les plantes du pays et leur utilisation dans les poisons et antidotes propres au village.

· Yoigoshi · Salut Akai !

Le nez toujours plongé dans son livre, Akai reconnue pourtant sa camarade de classe et répondit d’une voix monotone.

· Akai · Salut Yoigoshi.

Habituée à ne pas attirer son attention, Yoigoshi s’installa à sa gauche et fit mine de jeter un coup d’oeil aux pages sur lesquels son amie avait jeté son dévolu.

· Yoigoshi · A ce qu’il parait, l’auteur se balade de temps à autres dans le centre-ville, tu as déjà eu l’occasion de le rencontrer ?

· Akai · Non.

La conversation était toujours aussi difficile à nourrir avec Akai. Il lui arrivait parfois d’avoir des sursauts et de discuter plus qu’il n’en fallait, mais ce n’était visiblement pas dans son intention aujourd’hui. Silencieuse et entièrement focalisée sur son livre, la jeune fille n’était pas du genre à s’étendre sur des sujets sans intérêts. Beaucoup croyait qu’elle avait été maltraitée étant petite, ce qui pouvait expliquer son silence et son caractère distant. En réalité, il n’en était pourtant rien, mais elle laissait volontiers les commérages à ceux et celles qui jouissaient du plaisir fou de juger les autres. Elle ne ressentait nullement le besoin de se justifier sur ce qu’elle était et sur son attitude. C’est sans doute ce qui faisait tout son charme et sa particularité.

· Yoigoshi · Je suppose que toi aussi tu viens suivre le cours en serre ?

· Akai · Exact.

· Yoigoshi · ... je me demande si nous allons aborder la création de pilules.

Soudainement, le regard d’Akai dévia légèrement de son récit pour fixer un point imaginaire au-dessus de son livre. D’un geste brusque, elle referma ce dernier et se tourna vers sa camarade. Ses yeux obscurs se perdirent dans les siens et un léger sourire se dessina aux coins de ses lèvres.

· Akai · Peut-être bien. Quoi qu’il en soit nous ferions mieux de nous presser si nous ne voulons pas arriver en retard.

Yoigoshi acquiesça d’un hochement de tête et les deux jeunes filles se dirigèrent, côtes à côte, vers les imposantes portes d’entrée. Une fois franchies, elles se confondirent à la foule éparpillée essentiellement composée de genins comme elles. Dans certains couloirs, quelques professeurs faisaient une brève apparition, le temps de se faufiler entre deux salles de classe. Dans d’autres, c’était les chuunins qui se distinguaient par leur popularité et par « l’emprise » qu’ils exerçaient sur les plus jeunes. A cette époque déjà, les deux jeunes filles éprouvaient une profonde aversion envers ces pseudo personnalités plus pédantes que véritablement admirables. C’est donc non sans échanger quelques regards amusés entre elles, qu’elles poursuivirent leur chemin jusqu’à l’amphithéâtre principal de médecine, situé en plein centre de l’aile ouest de l’académie. Là-bas, la foule était plus compacte que celle qui habitait l’entrée principale. Beaucoup de shinobis s’étaient présentés pour suivre la formation en serre, mais il était peu probable que la moitié du monde réunit ici soit invité à y participer.

Fait rare s’il en était, se fut Akai, la première, qui commenta l’étrange attroupement devant ses yeux.

· Akai · Regarde-moi tout ce monde. Ils pensent vraiment qu’ils vont avoir une chance d’assister à ce cours ...

Un petit rire critique s’échappa de ses fines lèvres.

De son côté, Yoigoshi semblait elle aussi amusée par ce bien triste spectacle. Parmi cette foule, il lui semblait distinguer très clairement des personnes qui étaient à peine capable de réaliser une régénération convenable, alors leur participation à ce cours relevait certainement plus de la rêverie que de la réalité. Mais qu’importe dans le fond, le cours débuterait très bientôt et le professeur chargé de l’affaire se débrouillerait forcément pour n’accueillir que les meilleurs éléments. Éléments qu’il avait très probablement déjà choisis parmi sa liste d’élèves.

Soudainement, la jeune kunoichi au teint mât frissonna en sentant une main saisir son poignet. Une peau froide et lisse voila ce qu’elle venait de ressentir. Totalement surprise, elle jeta un regard en biais à Akai quand elle remarqua que la main en question n’était autre que la sienne. Mais son amie ne regardait pas dans direction. Au contraire, elle semblait fixée un couloir perpendiculaire au leur dont l’entrée était délimité par deux portes en chêne peintes en rouge ( probablement pour bien faire comprendre aux éventuels fouineur que l’accès à cet endroit était interdit ). Ne comprenant pas tout à fait ce qui se passait, Yoigoshi pivota sur ses talons et regarda dans la même direction qu’Akai, en vain, il n’y avait rien, absolument rien. Cependant intriguée par son brusque rapprochement, elle se permit de lui demander si tout se passait bien.

· Yoigoshi · Akai, tout va bien ?

Il fallut quelques secondes à la jeune fille pour lui répondre. Quand se fut le cas, elle se tourna et ramena son regard étonné sur Yoigoshi.

· Akai · Est-ce que tu me crois si je te dis que je viens de voir Yûmito entrer dans ce couloir ?

· Yoigoshi · Hein ? C’est qui Yûmito ?

· Akai · Urasa Yûmito, mon auteur préféré, ici à l’académie !

· Yoigoshi · C’est impossible, qu’est ce qu’il viendrait faire ici ?

· Akai · Je ne suis pas folle, je l’ai vu passer ses portes ! Aller vient !

Sans même attendre de réponses de sa part, Akai tira sur le bras de sa camarade et l’entraîna dans sa course. Avant de franchir les portes interdites, elle s’assura que personnes ne regardaient dans leur direction puis elles disparurent sans un bruit.

Le couloir qu’elles découvrirent était plongé dans la pénombre. Son extrémité leur était voilé mais elles purent distingués un halo de lumière jaunâtre jaillir d’une porte à sept ou huit mètres de leur position. Le pas prudent, elles se rapprochèrent en longeant le mur. Aussi discrètement que possible et avec un maximum de délicatesse elles s’avancèrent encore et encore jusqu’à se retrouver si prêt de la porte qu’elles entendirent des fragments de voix s’éveiller depuis la pièce éclairée. La porte était légèrement entrouverte et si on y glissait l’oeil on ne pouvait entrevoir qu’un mur blanc devant lequel l’extrémité d’un bureau se dessinait dans des tons marrons.

Une voix fragmentée, grave et sage se fit entendre la première.

· ? · ... ils se sont établis au nord ... campent sur leur position ...

Une seconde voix habituée d’une certaine folie suivi quelques secondes plus tard au terme d‘un rire presque terrifiant.

· ? · ... que veux-tu que j‘y fasse hahaha

· ? · ... besoin de toi ... c’est urgent

· ? · ... mieux à faire ...

Une troisième voix, plus noble et plus délicate, mais toujours masculine, s’éleva par dessus les deux autres.

· ? · ... tes nouvelles recherches ... tu ne refuseras pas une telle offre ...

Akai et Yoigoshi pouvaient sentir la moindre de leur pulsation cardiaque s’évanouir avec fracas dans leur cage thoracique. Comprendre ce qui se tramait dans cette pièce avait beau être difficile, elles ressentaient l’étrange impression que quelque chose d’important était entrain d’être débattu. Quoi ? C’était un mystère, mais elles étaient certaines que cela avait une signification particulière pour le village tout entier.

· ? · ... très bien ... j’accepte ...

· ? · Que faîtes-vous ici ?

Le sursaut. Akai et Yoigoshi se retournèrent et découvrirent, effarées, que quelqu’un se tenait derrière elles, ses yeux luisants dans la pénombre.

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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Mar 10 Mar - 16:37

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Le rythme cardiaque des deux jeunes genins venait d'atteindre un pic d'activité si élevé qu'il leur fallut attendre plusieurs dizaines de secondes avant de ne plus ressentir cette douleur vivace dans le creux de leur poitrine. Inconsciemment, Yoigoshi avait glissé son bras autour de celui d'Akai et se tenait désormais fermement accrochée à elle. Un clic, un seul, et la lumière refit surface dans le couloir comme par magie. Légèrement éblouies au début, les deux kunoichis finirent par distinguer très clairement la silhouette d'un homme d'une trentaine d'années, grand, le cheveu brun très court, et aux yeux ambres dessinés en forme d’amande, juste à côté de l’interrupteur. Il portait sur lui une veste violette d'une ampleur telle qu'il était plus aisé de croire qu'il s'agissait là d'une cape que d'une véritable veste. Le sourire aux lèvres malgré tout, l'homme ramena son bras droit le long de son corps tout en fixant à tour de rôle les deux intruses.

· ? · Est-ce moi mesdemoiselles ou il semblerait que vous ne soyez pas autorisés à circuler dans ce couloir ?

Yoigoshi et Akai n'échangèrent aucun regard, probablement trop occupée à chercher une explication qui puisse tenir la route. Derrière elles, la porte par laquelle elles avaient espionné la conversation s'ouvrit sur un homme d'une vingtaine d'années aux cheveux blonds hérissés et au regard bleu électrique. Ses yeux ne s'attardèrent qu'un instant sur les deux jeunes filles avant de glisser vers l'homme à la veste violette.

· ? · Un problème Date-san ?

· ? · Non aucun. J'allais ramener ces deux âmes égarées à mon bureau.

· ? · Très bien. Nous nous reverrons plus tardivement dans la journée dans ce cas.

Date. Osamu Date. C'est ainsi que s'appelait le trentenaire aux cheveux bruns. Il était issu d'une famille noble du village et était considérer par beaucoup comme l'une des personnes les plus fiables et les plus serviables du village. Cette réputation lui avait valu le poste de directeur de l'académie quatre ans plus tôt. Poste qu'il tenait encore brillamment. Apprécié de tous pour sa bonne humeur communicative, sa bienveillance et sa pédagogie novatrice, Osamu Date était ce qu'on pouvait appeler un homme de premier plan.

· Yoigoshi · Nous sommes désolé.

· Osamu · Je n'en doute pas un seul instant Ibaru-chan.

· Yoigoshi · Comment connais...

· Osamu · Connaître votre nom n'est qu'une formalité dans mon métier. Bien, suivez-moi maintenant, quelqu'un vous attend dans mon bureau.

Sans rien ajouter de plus, Osamu se dirigea vers les portes rouges en chêne, les bras croisés dans son dos. Akai adressa un regard en biais à sa camarade comme pour lui demander implicitement s'il fallait vraiment suivre cet inconnu. Bizarrement, ce n'est seulement qu'à cet instant qu'elle remarqua que le bras d'Yoigoshi était enroulé autour du sien. La surprise glissa sur son visage jusqu'à s'insinuer dans son regard. De son côté, Yoigoshi n'y prêta aucune attention, occupée qu'elle était à se demander pourquoi personne n'avait réagie violemment à leur présence. Elles n'avaient rien à faire là et pourtant aucun des deux hommes qui venaient d'intervenir ne s'étaient défoulé sur elles. Il y avait certainement une raison à ça. Mais le plus intriguant restait sans doute la dernière phrase du trentenaire à la veste violette ... quelqu'un les attendait dans son bureau. Qui ? Un mystère.

Aussi discrètement que possible, Akai repoussa le bras de son amie. Yoigoshi revint à la réalité lorsque les imposantes portes rouges grincèrent au passage d'Osamu. Un seul regard à destination d'Akai, un hochement de tête pour lui faire comprendre qu'elles devaient suivre les consignes, et toutes les deux se mirent en marche. Talonnant de près leur bien étrange hôte, elles le suivirent dans une succession de couloirs interdits aux élèves jusqu'à un couloir plus large et plus décoré que tous les autres couloirs que pouvaient compter l'académie. Accrochés aux murs, d'innombrables tapisseries retraçaient les grandes heures de gloire du village. Grandes batailles, grandes cérémonies , ou encore les portraits des principales personnalités du village mortes ou encore vivantes, rien n'avait été oublié. Toute l'Histoire de Kumo semblait décrite sur ces quelques mètres de béton. Au sol, un magnifique parquet incrusté de motifs en or et en argent scintillait comme la voûte céleste en pleine nuit.

Osamu s'arrêta devant la porte d'ébène sur lequel débouchait le couloir. Il adressa un léger sourire aux deux jeunes filles par-dessus son épaule puis il leur tint la porte comme un parfait gentleman. Yoigoshi et Akai échangèrent des regards étonnés dans un premier temps. Dans un second, elles se décidèrent finalement à entrer dans le bureau. Celui-ci était décoré très sobrement. Quelques tapisseries, un bureau en bois en forme d'arc de cercle, avec pour toile de fond une gigantesque baie vitrée donnant sur une vue saisissante du village. Un élément du décor n'avait rien avoir avec du mobilier ou de simples ornements ... il s'agissait d'un homme chauve, de forte corpulence, et dont l'habit orange vif rappelait celui en usage dans les monastères. L'homme leur adressa un sourire quelque peu hésitant.

· Osamu · Mesdemoiselles je vous présente Souryo Hakujou, chuunin de son état et votre nouveau chef d'équipe.

L'information mit un temps à se frayer un chemin dans l'esprit embrumé des deux genins. Souryo leur adressa un salut de la main tandis que le directeur de l'académie retrouvait le confort de son siège. Akai fut la première à prendre la parole cette fois-ci. Son regard ténébreux s'échoua dans celui d'Osamu.

· Akai · Que fait Urasa Yûmito ici ?

Yoigoshi écarquilla légèrement les yeux en attendant la question de sa camarade. Était-elle tombée sur la tête ou venait-elle de prouver définitivement qu'elle était étrangère à tout sentiment de gêne ? Quoi qu'il puisse en être, Yoigoshi savait désormais qu'elles ne sortiraient pas indemne de cette entrevue. Dire qu'elles venaient d'intégrer une équipe et qu'en conséquence elles étaient censées défendre une certaine cohésion de groupe ... les débuts étaient ratés.

Osamu accentua un peu plus son sourire, plissa ses yeux comme s'il cherchait à sonder le regard de la jeune kunoichi aux longs cheveux noirs, puis il joignit ses doigts devant ses lèvres en se penchant légèrement en avant.

· Osamu · Je crains que cela ne vous regarde en rien, Juutai-chan.

Comme si de rien n'était, Akai poursuivit sur un ton toujours aussi monotone.

· Akai · Dans quel but cette équipe a-t-elle été créé ?

· Osamu · Nos dirigeants pensent que le village doit se renforcer davantage en exécutant un plus grand nombre de missions. A cette fin, de nouvelles équipes ont été mises en place. Nous avons pensés que trois eisei-nin ne seraient pas de trop pour former une équipe qui à long terme serait à même de repousser les limites de la médecine moderne.

Souryo se décolla du mur et vint se placer auprès des deux jeunes filles – ce qui eu pour principal effet de jeter une ombre sur elles. Du point de vu de ces dernières, Souryo était un colosse. Pour les hautes instances de Kumo, un colosse de vingt ans qui n'avait plus à faire ses preuves en matière de combat. Yoigoshi et Akai avaient beau ne s'intéresser que très peu aux réputations des différents shinobis du village, celle qui précédait Souryo avait malgré tout fini par tomber dans leurs oreilles. On le disait insensible en combat. Ce qui contrastait complètement avec l'image joviale, un peu benêt, qu'il rejetait au naturel.

· Souryo · Je suis sûr que nous nous débrouillerons à merveille, Date-sama.

La voix de Souryo avait résonné avec une telle conviction qu'elle en arracha un sourire à Yoigoshi et lui fit oublier toutes les tentions qu'elle avait ressenti depuis qu'Akai avait délibérément prit la parole. Akai, elle, jeta un regard furtif au colosse sans le moindre sourire, à vrai dire sans la moindre réaction. Souryo n'y fit pas attention. Toute son attention était tournée vers Osamu. Ce dernier faisait voyager son regard ambre entre les trois shinobis. Par moment, il s'arrêtait sur l'un d'eux, lui adressait un sourire encourageant, puis il reprenait le cours de son observation. Au terme d'une bonne minute de silence, il se leva de son siège et croisa ses bras dans son dos en affichant une mine radieuse.

· Osamu · J'ai confiance en vous. Ne me décevez pas.

Souryo et Yoigoshi acquiescèrent. Akai, elle, croisa ses bras sur sa poitrine, ses yeux toujours fixés sur le visage du directeur.

· Akai · Notre présence dans ce couloir ne nous vaudra aucune punition ?

· Osamu · Non aucune. J'espère juste que vous n'y remettrez plus les pieds sans y être invité.

Inconsciente. Voila un adjectif qui collait parfaitement à Akai du point de vu d'Yoigoshi. Fort heureusement, l'entrevu prit fin avec sur ces derniers mots du directeur. Souryo les invita ensuite à le suivre en dehors de l'académie. La nouvelle équipe de Kumo passa le plus clair de la journée à faire connaissance dans un restaurant du centre-ville – les deux kunoichis y réalisèrent pourquoi Souryo possédait une si forte corpulence. Fidèle à elle-même, Akai n'apporta que très peu d'informations sur sa vie, laissant donc tout le loisir aux deux autres de s'entretenir sur le sujet. La journée s'écoula dans une ambiance bonne enfant malgré l'absence d'attention flagrante d'Akai. Son livre en main, elle préféra se consacrer à la lecture qu'elle avait débutée la matinée même. Il lui arrivait cependant de se mêler à la conversation pendant quelques secondes ; pour répondre à une question qui lui était posée par exemple.

A la tombée de la nuit, le trio entreprit le chemin qui devait les conduire aux demeures d'Akai – la plus proche du restaurant – puis ensuite d'Yoigoshi. Souryo rentrerait seul comme tout bon chef d'équipe qui se respecte. Mais en arrivant devant l'immeuble où résidait la famille Juutai, le trio tomba sur l'un des fils tortueux du Destin. La mère d'Akai, une merveilleuse femme aux longs cheveux noirs attachés en une parfaite queue de cheval, aux yeux vert émeraude resplendissant, et au corps somptueusement sculpté, était recroquevillée sur elle-même contre un mur du hall d'entrée. La porte était grande ouverte et laissait entendre ses gémissements de désespoir à qui le voulait dans la rue. Akai se précipita à l'intérieur et s'accroupit près de sa mère. Elle essaya par tous les moyens de connaître la raison d'un tel désarroi et d'un si grand nombre de larmes mais ce n'est qu'au terme d'interminables minutes qu'elle entendit un vague ... mort ... père ... combat ... forêt.

Yoigoshi et Souryo eurent à peine le temps de réagir qu'Akai sortit en courant et envoya une impulsion de chakra dans ses jambes pour rejoindre le toit le plus proche avant de disparaître de leur horizon. La vengeance était en marche ...


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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Ven 13 Nov - 22:05

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L'astre du jour n'était plus qu'une bille orange dissimulée dans le dos des montagnes quand la sentence retentit. La forêt frétillait à peine sous l'impulsion d'un doux vent d'ouest, couvrant les bruits de pas qui se profilèrent dans la petite clairière. Là, à genoux, trois hommes aux visages tuméfiés avaient été alignés selon les ordres. Tous trois portaient fièrement le bandeau kuméen malgré la gravité de leurs blessures. Le premier avait quatre côtes brisés, les deux clavicules en morceaux, et le nez cassé. Le moindre de ses mouvements engendrait une douleur tout simplement intenable. Le second avait perdu son bras gauche et par la même occasion une grande quantité de sang. Sa peau était presque aussi blanche que les rares nuages qui traversaient le ciel. Quant au dernier, il était sans doute le mieux disposé des trois malgré les larges entailles qui faisaient saigner abondamment son pauvre dos.

Dans l’ombre des arbres plusieurs silhouettes apparurent. Toutes s’avancèrent de sorte à former un cercle autour de la clairière. Aucun de leurs traits n’était visible. Ils ressemblaient à des entités tout droit sorties du chaos.

Parmi elles, il en est une qui s’avança jusqu’au centre du cercle où se trouvait les trois shinobis. A vu d’oeil, elle devait mesurer deux mètres de haut et avait la carrure d’une armoire. Quand les trois hommes levèrent la tête pour la dévisager, ils virent un masque bleu représentant un démon cornu au sourire démoniaque sous une large capuche.

· ? · Mon maître désire vous parlez.

Le shinobi dont le bras avait été sectionné serra les dents.

· ? · Qui êtes-vous pour nous traiter de la sorte ? Qu’avez-vous fait à nos compagnons ? ... Répondez !

L’homme ne répondit rien, il se contenta de pivoter légèrement sur le côté quand une voix rieuse s’éleva depuis la cime des arbres.

· ? · Rassurez-vous vos compagnons reposent en paix.

Le shinobi voulut se lever d’un seul bond et se ruer sur le premier qui lui barrerait la route mais les forces lui manquaient. Son regard empli de haine perça le feuillage des arbres, en direction de la voix.

· ? · Vos actes ne resteront pas impayés ! Montrez-vous chien !

Un petit rire résonna.

· ? · Tues-le.

Le géant encapuchonné laissa à peine le temps au shinobi de réaliser le sort qui l’attendait, qu’il lui trancha la tête du bout du nodachi qu’il gardait jusque là précieusement dissimulé sous sa cape noire. Un frisson de terreur glissa le long de l’échine du shinobi au dos ensanglanté. Son regard sombre balaya le sol comme s’il était incapable de croire à ce cauchemar.

· ? · Bien, nous allons pouvoir discuter entre adultes désormais. Alors, qui de vous deux me donnera la localisation exacte de la caverne où vos dirigeants gardent un objet d’une très grande valeur à mes yeux ? Toi ?

Le shinobi souffrant de multiples fractures avait à peine remué que ses yeux se chargèrent de larmes.

· ? · Je ne vous dirais rien.

· ? · Comme c’est dommage ... écourtes ses souffrances.

Une deuxième tête tomba sur l’herbe verte, laissant un deuxième corps inerte. Le dernier kuméen en vie tenta tant bien que mal de ne pas éclater en sanglots malgré le poids pesant qui venait de s’abattre sur son coeur. Il savait qu’il ne sortirait jamais indemne de cette forêt ; non jamais plus il ne reverrait sa femme et sa fille.

· ? · Tes amis n’étaient pas très coopératifs mais je doute que tu sois aussi stupide qu’eux, n’est-ce pas ?

Il ne répondit rien.

· ? · Je réitère donc ma question, où se trouve la caverne ?

· ? · Je ne répondrai rien à un homme qui n’a pas le courage de se présenter devant moi.

On entendit le vent siffler dans les branchages. Une ombre se laissa tomber d’un arbre et se fraya un chemin dans le cercle. Elle aussi portait une longue cape noire dont elle rejeta la capuche en arrière, révélant un visage masqué par l’image d’un démon gris défiguré et triste.

· ? · Voilà ton exigence exaucée. A ton tour d’exaucer la mienne.

· ? · Qui êtes-vous ?

Un nouveau rire secoua l’individu, rapidement imité par le reste de l’assistance.

· ? · Kuméen, tu me sous-estimes. Crois-tu que je n’ai pas remarqué le sceau sur ton torse ? ... Moi qui pensais que tu étais le plus intelligent des trois, je me suis visiblement trompé.

Le shinobi fronça les sourcils, partagé entre une expression de terreur contenu et de surprise.

· ? · Mugon Kotobano Fuuin ... le sceau de la Parole Muette. Si tu croyais vraiment me soutirer des informations pour ensuite les transmettre à l’autre porteur de ce sceau, je suis navré de t’informer que non seulement tu as échoué mais aussi que ton ami ne tardera pas à être découvert par mes hommes.

Coup de bluff ? Improbable. Qui qu’il soit, cet homme était puissant. Il avait très certainement les outils nécessaires pour réaliser ses ambitions.

· ? · Tu es certain que tu n’as rien à me dire ?

Le shinobi se redressa malgré la douleur qui s’empara de lui, figeant son visage dans une expression de défi.

· ? · Je ne dirais rien à un démon. Kujiro Juutai, juunin au servi...

Le son de sa voix se perdit dans le temps.

Une troisième tête tomba au centre de la clairière. Le géant n’eut le temps de brandir son nodachi que le katana de son maître avait déjà tranché la tête de l’homme.

· ? · Maître, que faisons-nous des corps ?

· ? · Laissons-les pourrir ici.

**


· Souryo · AKAI !!

Yoigoshi jeta un regard en biais à son chef d’équipe. Il affichait un visage grave. Tous deux s’étaient lancés à la poursuite d’Akai à travers les ruelles du village. La jeune genin était vive et véloce, un vrai félin devenu incontrôlable. Yoigoshi pouvait sentir son coeur battre violemment contre sa poitrine. La peur l’avait entièrement envahi. Que c’était-il passé ? Qu’est-ce qui avait pu provoqué une telle réaction de la part de sa coéquipière ? Rien de bon d’après les sanglots que sa mère avait poussé à leur arrivée. Quelque chose de grave était forcément arrivée. Quelque chose qui dépassait pour le moment son entendement mais qui avait rendu sa coéquipière plus folle qu’elle ne l’était déjà. Même si Akai n’acceptait pas ce statut, Yoigoshi se considérait comme son amie. En temps qu’amie elle ne pouvait pas se permettre de la laisser seule face à son désarroi. Elle devait agir.

Un rapide coup d’oeil loin devant elle lui permit de remarquer qu’ils se dirigeaient tous vers les grandes portes. Une ampoule s’alluma aussitôt dans sa tête, faisant la lumière sur un moyen d’arrêter la course folle de son amie.

· Yoigoshi · Hakujou-sensei m’autorisez-vous à quitter la formation ? Je sais comment arrêter Akai.

L’eisei-nin lui lança un regard interrogateur.

· Yoigoshi · Regardez, elle se dirige vers les grandes portes. Nous avons une chance de l’arrêter là-bas, seulement si vous me laissez quitter la formation.

· Souryo · Tu n’as pas le droit à l’erreur.

Yoigoshi acquiesça et s’écarta de Souryo, se faufilant dans une ruelle entièrement plongée dans l’ombre de la nuit. Elle longea ensuite le cours d’un petit ruisseau qui coulait au coeur du village jusqu’à un ponton en bois. Là, elle emprunta un vieux sentier laissé à l’abandon, se glissa dans une série de haies presque aussi grandes qu’elle, puis elle traversa à toute vitesse une place vide jusqu’à une rue étroite. Sa course effrénée l’amena en l’espace de quatre petites minutes aux portes.

Les lieux auraient du être vides mais elle découvrit, effarée, le Yondaime entouré d’un cercle de hauts-gradés. Tous avaient leurs yeux tournés vers une dizaine de corps étendus sur le sol. Yoigoshi écarquilla les yeux, son coeur s’arrêta de battre pendant une seconde. Les corps étaient tous décapités.

Un cri d’une horreur sans nom fendit la nuit. Tous les hauts dignitaires du village se retournèrent comme s’ils avaient été foudroyés de terreur. Une petite fille aux longs cheveux noirs accourut à leurs pieds mais deux d’entre eux se chargèrent de la retenir.

Yoigoshi tendit la main devant elle, comme pour attraper un voile invisible, comme pour retenir Akai qui se tenait à quelques mètres d’elle.

· Akai · KUJIRO ?

Un nouveau cri retentit dans la nuit, le cri d’une fille déchirée.

· Akai · PÈRE NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !

Sous une froide nuit de printemps, le temps s’arrêta à tout jamais pour Akai Juutai.


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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Mar 17 Nov - 11:55

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J-2
La nuit était tombée tel un linceul d'encre sur un fond étoilé. Quelques nuages en lambeaux s'avancèrent à l'est, étendant leurs ombres menaçantes sur les pentes montagneuses. La lune ronde dressa un dôme d’argent pour les éloigner mais les nuages ne l’entendirent pas de cette manière. En passant par-dessus les montagnes, ils s’armèrent de noirceur et s’étendirent dans le ciel comme un poison dans les veines du monde. La lune fut réduite au silence derrière le plus vieux et le plus épais d’entre eux, disparaissant pour le restant de la nuit. Plus tard, Kumo leva ses innombrables petits yeux vers le ciel. Chacune de ses fenêtres éclairées, chacune des lampes allumées au détour de ses veines, apparurent comme des éclats d’or dans les ténèbres. Des ombres masquées s’agitèrent le long de ses toits et de ses rues, allant et venant dans la nuit comme jamais auparavant.

[Yoigoshi] – Les Anbu sont de sortie.

La jeune kunoichi s’écarta de la fenêtre pour la recouvrir de son rideau bleu marin. En se tournant, elle sentit un vent glacé s’étendre sur son coeur. Akai gisait sous son regard, à quelques pas du lit. Elle se tenait pelotonnée contre le mur, les bras autour de ses cuisses et la tête blottit contre ses genoux. Le murmure de ses sanglots lui parvenait à peine mais cela suffisait à l’emplir de tristesse.

Akai avait perdu un père et jamais rien ne remplacerait cette perte. Consciente de cela, Yoigoshi s’approcha, souhaitant partager sa douleur.

[Yoigoshi] – Akai ... je ..

Mais la solitude était une porte aussi dure que le roc. Une porte qu’il était impossible de franchir sans invitation. Akai souleva mollement son bras gauche, comme si tout le poids du monde pesait sur lui, et lui fit signe de se taire, ou en tout cas de ne pas essayer d’en dire davantage.

[Yoigoshi] – ...

Une ride apparue sur le front de Yoigoshi. Ses yeux se voilèrent, rapidement envahis par un torrent de larmes qu’elle s’efforça de contenir afin de ne pas paraître plus pitoyable qu’elle ne l’était déjà. Figée, elle guetta son amie sans le moindre espoir. Cette nuit était noire, plus noire encore que les abysses.

Au fil des minutes, ses yeux dévièrent en direction du sol. Comprendre, elle ne le pouvait pas. Se l’imaginer, elle ne le pouvait pas. La perte que sa coéquipière endurait ne pouvait jouir d’aucune comparaison possible ou imaginable. Pourtant, une part d’elle-même pleurait l’indescriptible, comme si elle était, elle aussi, la victime.

Sans un bruit, Akai leva la tête. La haine se lisait dans son regard.

[Akai] – Crois-tu que nous pourrons leur résister ?

En d’autres circonstances, Yoigoshi aurait certainement sursauté en entendant pareille voix s’adresser à elle. Mais ici, le ton de son amie trahissait sa froideur, son amertume, sa peine, autant que sa colère. Elle n’était peut-être pas la véritable victime, mais elle comprenait un tel langage.

Résister ... ils y arriveraient, elle n’avait aucun doute là-dessus. Depuis qu’elle avait appris qu’un groupe armé était responsable de la mort des hommes qu’elle avait découvert au pied du Yondaime, elle avait tout de suite compris que le village ne laisserait pas un tel acte impunis. La traque avait déjà débuté ; le nombre d’équipes survolant les toits alentours le prouvait aisément. En elle même, Yoigoshi espérait que les coupables souffriraient mille et uns sévisses et tortures avant de trouver la mort. A ce seul prix, sa haine serait apaisée.

Mais dans l’immédiat, Yoigoshi avait une réponse à donner à son amie. Aussi s’agenouilla-t-elle près d’elle sans chercher à la regarder. Elle se contenta simplement de poser sa main sur ses genoux dans un geste de tendresse.

[Yoigoshi] – Mieux que ça, nous les anéantirons. Je te le promets.

Akai tourna ses yeux rougis vers sa coéquipière et sans même trop comprendre pourquoi, elle attrapa sa main et la serra aussi fort que ses forces le lui permettaient.

**

Les démons se tinrent dans la forêt du nord, tel qu’il en avait été décidé par leur chef. Dans l’obscurité, il était aisé de les confondre avec des troncs d’arbre aux formes insolites tant leur robe noire les rendait maître dans l’art du camouflage. De jour comme au beau milieu de cette nuit fraîche, leur visage était toujours dissimulé par leur masque. Ce déguisement était propre à chacun d’entre eux. Le chef était le seul à porter un masque de démon gris, tout comme son second était le seul à porter un masque de démon bleu, et son troisième siège un masque de démon jaune. Chacun possédait un masque différent des autres, comme s’il s’agissait de sa véritable identité.

Le chef était allongé contre une racine quand son second revint à ses côtés. L’homme à la carrure de colosse se pencha et s’assit à même le sol.

[?] – Toujours aucune nouvelle maître.

[?] – Patience, il ne tardera pas.

Derrière son masque, le démon gris contempla le cercle de ciel qui s’ouvrait au-dessus de sa tête. Les nuages étaient presque aussi noirs que ne l’était sa silhouette dans cette forêt. Il sourit à l’idée d’imaginer l’expression qui habitait le visage du Raikage en cet instant. L’incompréhension ? La faiblesse ? La honte peut-être même ? Qu’importe, ce n’était qu’un début.

Le colosse renifla.

[?] – Cette forêt empeste la mort.

Un rire secoua le démon gris ; un rire amusé par la simplicité de son interlocuteur.

[?] – Cela n’a rien d’étonnant au vu du nombre de têtes que nous nous sommes amusés à y découper.

[?] – Les dieux ont bien fait de nous priver de sommeil, maître, car je ne sais pas si l’un d’entre nous aurait réussi à fermer l’oeil dans un endroit pareil.

Un frémissement secoua les feuilles de l’arbre auquel ils étaient accostés. Une forme noire apparue brusquement au milieu d’entre elles, comme une sorte de tête toute ronde.

[?] – A t’entendre on croirait que tu as peur du noir.

La voix siffla comme un courant d’air à la surface de l’eau. Un petit rire résonna dans les feuillages, suivis par quelques autres aux alentours. Puis la forme ronde disparue aussi promptement qu’elle était apparue. Le colosse grogna mais ne bougea pas d’un cil. Les démons vivaient ainsi, tapis dans l’ombre, l’oeil vigilent et la parole facile.

Quelques temps plus tard, des bruits de pas les agitèrent. Le chef jeta un coup d’oeil par-dessus la racine et vit une silhouette glissée d’arbre en arbre comme un félin. Nul affolement ne le parcouru car il savait mieux que quiconque reconnaître l'un des siens même dans l'obscurité la plus profonde. Finalement, la silhouette s'immobilisa derrière la racine. Des yeux non entraînés n'auraient probablement rien distingués dans cette nuit glacée, mais le chef distingua un masque de démon zébré de vert sur le visage de l'inconnu.

[?] – Te voilà enfin ! Quelles nouvelles m'apportes-tu du sud ?

[?] – Maître, le village est agité. A en croire ce que j'ai vu, ils mobilisent leurs troupes.

[?] – Et qu'as-tu vu ?

[?] – Plusieurs équipes sécurisent le village. Les forces spéciales sont également de sortie. Tôt ou tard, ils franchiront le mur d'enceinte pour nous bondir dessus.

Le démon gris se recoucha sur le sol, animé par un rire léger et triomphant.

[?] – Parfait ! Parfait ... tout se déroule comme prévu. Bientôt mes amis, Kumo pleurera un si grand nombre de pertes que je doute même qu’il puisse à jamais s’en remettre.

A côté de lui, assis, le colosse écarta un pan de sa cape et dégagea son nodachi. La lame était noire comme le jais de jour et invisible la nuit. Avec une tendresse non dissimulée, il la caressa du bout des doigts comme on caresse l’être aimé. Le frémissement du métal attira l’oeil du démon gris qui, apaisé par les nouvelles qu’on lui avait rapporté, se laissa bercer par sa musique sinistre.

Un murmure s’échappa de sa bouche comme s’il se parlait à lui-même.

[?] – Bientôt ... elle sera mienne.

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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Ven 29 Jan - 22:04

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J-1
Quelque part dans le Temple du Raikage ... au détour d’un couloir ...

Du haut de ses vingt ans, Souryo Hakujou imposait aussi bien par son physique que par sa prestance. Calme et vigilent, il ne laissait jamais une conversation s’envenimer, même quand tout semblait lui donner raison mais qu’il n’obtenait pas bien de cause. Ce jour là était un de ces jours. Face à Souryo se tenait un orateur d’un tout autre niveau que ceux qu’il avait l’habitude de croiser. Kyuêi Niwa, nul autre qu’un Sannin Légendaire du village. Un homme d’une quarantaine d’années aux longs cheveux blancs et au regard d’émeraude dont le visage n’exprimait jamais rien de plus qu’une profonde impassibilité. Kyuêi maîtrisait le Taijutsu comme personne à Kumo. On disait ses coups aussi résistants que le diamant et sa rapidité sans rare équivalent de par le monde. Mais contrairement à d’autres spécialistes du Taijutsu, il était passé maître dans l’art de la manipulation. Un atout supplémentaire qui l’avait hissé sur les plus hauts toits du village caché des Nuages.

En charge de la sécurité intérieure, Kyuêi était plus que jamais préoccupé par les derniers évènements. Dix morts sur les bras en l’espace de quelques heures, et non des moindre, des Juunin et des Chuunins réputés défais d’une manière qui échappait encore totalement à leurs connaissances. Les derniers rapports parlaient de mouvements de troupes aux alentours du village. Des ombres imprévisibles qui échappaient à tout contrôle. Kyuêi ne croyait pas aux fantômes. Encore moins à une histoire d’ombres tout droit sorties des ténèbres. Quelque chose de mystérieux se tramait derrière tout ça et son instinct lui dictait qu’une déclaration guettait dangereusement le village.

En chef avisé, il avait expressément demandé aux équipes expérimentées de se préparer à la moindre éventualité. Ce qui expliquait les va-et-vient incessants de d’une dizaine d’équipes à l’intérieur du village et le renforcement des effectifs sur le mur d’enceinte en particulier. Mais aucun nom n’était donné. La menace était bien présente, quelque part, mais il était impossible d’y associer une bannière. Kiri ? Konoha ? Iwa ? Ou même une coalition de villages cachés mineurs ? Toutes les possibilités étaient tentantes mais Kyuêi ne penchaient vers aucunes d’entre elles. Il n’était pas dans les habitudes des grandes nations de provoquer autant de remous avant une attaque. Une petite voix lui murmurait qu’il était sûrement question d’organisation secrète ou de groupuscule dont le but ultime devait certainement se trouver ici, à Kumo.

En attendant d’en découvrir davantage à ce sujet, une autre question nettement plus urgente devait être réglée. La question des équipes qui composeraient la première ligne si jamais le village en lui-même où ses installations extérieures étaient directement menacées. A cela venait s’ajouter la requête du jeune Souryo, qui lui apparaissait plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il demandait.

[Souryo] – Kyuêi-sensei, je vous en supplie, placez mon équipe sous vos ordres.

Kyuêi leva le nez en l’air. Même s’il avait toujours porté une affection particulière à Souryo, il ne pouvait pas se permettre de placer une équipe si peu expérimentée en première ligne. Hors l’équipe qu’il composait avec deux autres Genins de la branche Eisei était vierge d’expérience. Kumo allait peut-être entrer en guerre. L’heure des entraînements et des missions était terminée. C’est leur vie qui serait mise en jeu si jamais un conflit éclatait, et non la réputation du village auprès des seigneurs.

[Kyuêi] – Ton équipe manque d’expérience, ce serait un suicide.

Le Sannin pivota sur ses talons, s’apprêtant à partir. Mais Souryo ne voulait pas l’entendre de cette manière. Peu importe la réprimande, il devait le retenir ; il devait capter son attention. Il n’était plus question de respect ou de politesse mais de devoir. Un devoir qu’il avait envers sa nouvelle protégée. D’un coup de vent, il retint son ancien sensei par le bras. Kyuêi jeta un regard par-dessus son épaule et finalement s’arrêta pour faire face à son ancien élève.

[Kyuêi] – Est-ce que tu réalises ce que tu es entrain de faire ?

Souryo ne broncha pas un seul instant.

[Souryo] – N’est-ce pas vous, Kyuêi-sensei, qui m’avez appris qu’une cause juste, était une cause que tous shinobis se devaient de défendre ?

[Kyuêi] – Je regrette déjà de te l’avoir enseigné ... mais continues.

En prononçant ces mots, le Sannin plongea une main sous sa veste bleu marine. Si Souryo insistait tellement c’est qu’il devait avoir une très bonne raison de le faire. En tout cas l’espérait-il pour lui. Comme la discussion risquait de durer encore un petit moment, il sortit une pipe dont il bourra le fourneau de tabac avant d’y mettre le feu à l’aide d’une allumette. Un premier panache de fumée s’échappa de sa bouche, lui procurant une infime sensation de paix. Fumer lui avait toujours ouvert l’esprit. Il se sentait tout de suite plus détendu et apte à écouter n’importe quel conversation, fût-elle sérieuse comme particulièrement délirante.

[Souryo] – J’ai sous mes ordres une fille qui vient de perdre son père ...

[Kyuêi] – Raison de plus pour vous laissez en arrière, l’interrompit-il.

Toujours aussi calme, Souryo continua sur sa lancée.

[Souryo] – Vous ne comprenez pas. Il s’agit d’Akai Juutai, la fille de Kujiro Juutai.

Kyuêi resta stoïque bien que sa curiosité soit piquée.

[Souryo] – N’était-ce pas l’un de vos amis ?

Il tira sur l’embout de sa pipe, s’imprégnant de l’odeur et du goût du tabac. Kujiro Juutai ... un homme de parole et d’honneur. La nouvelle de sa mort l’avait secoué. Peut-être parce qu’elle ne s’expliquait pas ? Après tout, comment un homme de sa stature avait pu être broyé et décapité aussi facilement ? Et surtout qui avait bien pu faire une chose pareille à un homme si vénérable ? Kyuêi n’avait pas de réponses à cela. Il ressentait simplement un vide dans le coeur à la simple idée d’avoir perdu l’un de ses plus vieux amis. Lui et Kujiro avait fait leur classe ensemble, sans jamais faire parti de la même équipe. Ils n’avaient partagés qu’une seule mission en commun, à l’époque du Sandaime Raikage, Shagen Hyuuga. Mais dans la vie de tous les jours, lui et Kujiro étaient peut-être les plus grands amis du monde. Ils passaient beaucoup de leur temps libre à refaire le monde et à discuter politique. Ils s’étaient même mariés à des femmes issues de la même fratrie. Aujourd’hui, Kujiro n’était plus ... tous les instants passés en sa compagnie s’étaient brusquement transformés en souvenirs.

Il plongea son regard dans celui de Souryo.

[Kyuêi] – Un très grand ami.

Souryo inclina la tête pour présenter ses sincères condoléances. Kyuêi n’avait jamais été le genre d’individu qui laissait transparaître facilement ses sentiments. Mais il savait qu’il était affecté par la disparition de Kujiro autant que par celle des neuf autres victimes de la nuit dernière.

[Souryo] – Kyuêi-sensei, en son nom, laissez-nous prendre part au combat. Et si en sa mémoire ne suffit pas, alors pensez à sa fille.

[Kyuêi] – Que crois-tu que lui rapportera la revanche ?

[Souryo] – Absolument rien, si ce n’est l'illusion d'un réconfort durant quelques secondes.

Voila sans doute pourquoi Souryo était l’un de ses élèves préférés. Il savait garder son calme en toutes circonstances et plus que ça, il savait utiliser les bons arguments pour se faire entendre. Kujiro était parti, c’est vrai, emporté par une main qu’il rêvait intimement de couper en dés. Kujiro laissait une femme et une fille derrière lui. Une famille que Kyuêi devait aujourd’hui soutenir, non pas par devoir envers son ami, mais par soutient envers des victimes. Kumo avait été profondément blessé la nuit dernière. Lui et les autres shinobis en vie avaient laissés des orphelins et des veuves naîtrent au sein même de leur patrie. Une telle chose lui était intolérable.

Vengeance devait être faite.

[Kyuêi] – ... très bien, j’ajouterai ton équipe à la liste ...

Le Sannin s’approcha si près de Souryo que ce dernier sentit son souffle s’écraser contre son visage.

[Kyuêi] – ... mais que ce soit bien clair, toi et tes protégés resterez en retrait. Votre rôle se résumera à soigner les potentiels blessés, me suis-je bien fait comprendre ?

Souryo hocha fermement de la tête.

La guerre n’était peut-être plus si loin ...

**

A quelques kilomètres de là ... aux portes d'une caverne ...

Il était fondu dans le décor. C'était comme s'il faisait parti de la montagne, comme s'il était constitué de roche et de poussière. Son visage était dissimulé sous un des célèbres masques d'Anbu du village caché des Nuages. On le surnommait ōkami, littéralement le loup, car son masque en reprenait les traits. On le disait sans âme. Tout ça parce qu’il avait plongé dans le coma un de ces coéquipiers au cours d’une mission. Si seulement les gens avaient su à l’époque ...

Son ascension avait été fulgurante. A seulement 11 ans il était devenu Chuunin, puis Juunin à 14 ans, avant d’être propulsé Anbu à seulement 15 ans. Du jamais vu. Aujourd’hui, il avait 19 ans et était coiffé du titre de chef d’une section secrète dont le Yondaime et quelques uns de ses proches étaient les seuls à en avoir connaissance. Lui et une quinzaine d’Anbu placés sous sa tutelle gardaient la montagne mais lui seul savait pour quelle raison.

Brusquement, une silhouette se matérialisa à sa droite : un Anbu dont le masque ressemblait au visage d’un félin griffé de bleu.

[?] – Le rapport confirme dix morts décapités après torture. Les autorités ont déclenchés le code bleu. Dois-je mettre en place le Kihonhoino Aigo sur le champ ?

Le loup réfléchissait. Enclencher le sceau de Protection des Points Cardinaux était un choix risqué. Personne ne savait encore à quel genre de menace ils avaient à faire ni même quel était le but de ces meurtriers. Déclencher le Kihonhoino Aigo demandait une grande quantité de chakra ; une quantité d’énergie qui serait aisément repérable dans un périmètre d’un kilomètre. En sa position de chef de section, il ne pouvait pas se permettre d’attirer l’attention de l’ennemi ici. Il devait attendre. Attendre que des nouvelles informations lui parviennent ou qu’un danger apparent se présente à lui.

Si jamais les meurtriers de la nuit passée tentaient de récidiver ici, alors il connaîtrait leur but. A cette seule condition, il ordonnerait le déclenchement du sceau.

[?] – Non. Attendons d’en savoir un peu plus.

[?] – Très bien. Je retourne auprès des autres.

L’Anbu au masque de félin disparut en un claquement de doigt, laissant seul son chef.

Ses pensées tournoyaient. Son regard perçant parcourait le panorama à l’affût de la moindre anomalie.

[?] – Montrez-vous et je vous décapiterai à ma manière, se murmura-t-il à lui-même.

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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Jeu 25 Fév - 14:19

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Jour J
De faibles lueurs réussissaient à percer la canopée. Un vent d'ouest balayait la cime des arbres, descendait le long des troncs, et glaçait la terre. Les jeux d'ombres et de lumières ne pouvaient être plus spectaculaires. Le sol revêtait une robe brune couverte de symboles jaunâtres. Le mouvement des feuillages les faisait danser dans un périmètre restreint sous l'oeil du démon. L'homme était suspendu à une branche à cinq ou six mètres du sol. Il portait toujours son horrible masque défiguré. Même si ce masque dissimulait habilement son visage, on pouvait presque palper son excitation à la manière qu'il avait de se tenir le dos bien droit, fièrement, et de remuer ses jambes dans le vide comme un enfant insouciant.

La guerre était proche, il le savait, il en était le principal responsable. L'idée avait de quoi en effrayer plus d'un mais pas lui. Au contraire, elle l'enjouait. Il était né pour ça. Ils les avaient formés pour ça. Son regard balaya le sol et s'arrêta sur une forme jaune qui lui rappela un homme à terre traversé par une lance. Sous son masque, son sourire s'étira.

Un bruit de pas l'obligea à baisser le menton pour voir l'espèce d'armoire humaine qui s'était arrêtée au pied de l'arbre. Son fidèle second, le démon cornu souriant à la mort, leva son nez vers lui mais ne prononça pas le moindre mot à son attention. Il le vit s'écarter de l'arbre et faire quelques pas de plus vers le nord avant de s'asseoir sur un vieux tronc couché à terre. L'écorce poussa quelques craquements de déchirement mais elle ne céda pas sous le poids pourtant conséquent du colosse.

[?] – C'est une belle journée pour se battre.

Le démon cornu sortit son nodachi et s’amusa à le faire tournoyer sur la pointe à l’endroit où un faisceau de lumière dessinait la forme d’un lapin.

[?] – J’aurai préféré un peu plus d’obscurité maître...

[?] – Comme nous tous. Seulement Jigoku et Sainan ont décidés que ce serait à la lumière de l’astre de feu que nous lutterions. Il en va ainsi de la volonté de nos pères.

Le démon cornu arrêta la rotation de son nodachi et leva sa tête vers lui.

[?] – Ouchaku vous a-t-il murmuré quelque chose à mon sujet ?

Son sourire s’étira encore un peu plus. Il jeta un coup d’oeil vers la cime des arbres avant de descendre de son perchoir. A terre, il marcha vers son second en s’arrêtant par moment pour écouter ce que pouvait lui murmurer la forêt. Piaillements d’oiseaux, craquements de brindilles, souffle du vent, tout prenait une signification particulière dans son oreille.

[?] – Oui, il m’a parlé. Il m’a dit que tu tueras aujourd’hui, mais que le doute te gagnera, et qu’avant la fin du deuxième jour tu auras remis en cause ma force.

Le colosse parut choqué par ses propos même si son masque voilait ses émotions. Il s’était levé brusquement, les poings serrés.

[?] – Moi, douter de vous ? Jamais, maître !

Le chef leva sa main droite pour lui faire signe de se rasseoir. Le géant s’exécuta après un moment d’hésitation.

[?] – Ouchaku ne se trompe jamais.

Il marcha vers son second. Arrivé devant lui, il posa sa main gauche sur le sommet de sa tête comme un père l’aurait posé sur celle de son fils pour lui témoigner un semblant d’affection.

[?] – Tu es mon plus fidèle partisan et je sais déjà que tu ne penseras pas à mal. Ouchaku est omniscient, mais son jumeau Oshoku te remettra dans le droit chemin. Aussi, je te pardonne déjà pour ce que tu diras.

Le colosse abaissa sa nuque comme s’il priait ou qu’il se confessait.

[?] – Merci maître.

[?] – A présent, lève-toi et dit aux autres de se préparer. L’heure est venue d’assombrir les rêves de nos ennemis...

***

Le colosse avait disparu, laissant le démon gris seul avec son ombre. Pendant une dizaine de minutes, il resta immobile. Ses pensées se mélangeaient à mesure que son excitation grandissait. Il rêvait déjà de la posséder. Il se voyait en sa possession, triomphant, marchant dans les sombres souvenirs du Raikage pour lui rappeler son amère défaite. Il voyait les dieux le récompenser, le glorifier, et faire de lui leur égal. Il se voyait à la tête de la plus puissante force que le monde n’ait jamais vu. Il écraserait, tuerait, quiconque ne rendrait pas gloire à ses pères. Il serait l’unique, le seul homme à avoir touché le ciel.

Son sang bouillonnait de plaisir.

Il revint sur ses pas et s’arrêta non loin de l’arbre où il s’était trouvé quelques minutes plus tôt. Il glissa une main dans l’étui attaché à sa cuisse et en sortit un kunai gravé de symboles géométriques. Avec, il dessina une belle entaille dans sa main gauche d’où un sang terne jaillit. Insensible à la douleur, il rangea le kunai, posa un genou à terre et abattit brusquement sa main gauche sur le sol.

[?] – Shichifukujin !

La terre se morcela. Des chaînes rougeoyantes sortirent des fissures et s’enroulèrent autour de lui. Elles étaient faites de sang et de chakra. Rapidement, il se retrouva les deux genoux à terre, enfermé dans un cercle de sept chaînes. A l’extrémité de chacune de ces chaînes une silhouette vaporeuse se matérialisa. Les Sept Déités de la Chance le fixaient avec insistance. Impossible de distinguer clairement leur visage ou même la forme de leur enveloppe céleste. Il ne pouvait entrevoir qu’un oeil de temps à autres, des lèvres, une épaule, un sein, une main, un nombril mais jamais leur âme entière.

[?] – Jigoku, Sainan, Kei, Akumu, Ouchaku, Oshoku, Sakki, votre serviteur dévoué s’incline devant votre grandeur.

Une voix tonitruante s’éleva sur sa droite.

[Akumu] – Tes pensées...

Suivie d’une voix féminine particulièrement attirante.

[Sainan] – ... m’enivrent...

Puis d’une autre...

[Kei] – ... et me déchirent...

... Et d’une autre...

[Sakki] – ... tu m’appelles...

[Ouchaku] – ... moi et les miens...

[Oshoku] – ... pauvre mortel...

[Jigoku] – ... toi qui, je le sais...

A cet instant, toutes les voix s’unirent en une seule et même voix mélodieuse.

[Tous] – ... aspire à nous rejoindre.

La pression qui s’abattit sur les épaules du démon l’obligea à se recroqueviller de telle sorte que son front heurta violemment le sol. La douleur qui en résultat n’était en rien comparable à celle que lui faisait subir les Sept Déités. Il trouva néanmoins la force d’ouvrir sa bouche et de leur crier ces quelques mots :

[?] – Donnez-moi la force d’abattre nos ennemis !

Il y eut un silence. Les Sept firent claquer les chaînes... son sang imbiba sa robe noire.

[Tous] – ... un dixième de ta vie nous prenons, en gage des pouvoirs que nous te conférons...

Et en effet, il sentit une main invisible s’enfoncer dans son âme pour en retirer le peu d’humanité qu’il lui restait pour la remplacer par une force nouvelle et terrifiante.

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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Mar 16 Mar - 21:59

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Jour J
La douleur n'était rien, comparé à ce qu'il ressentait à présent. Son âme venait d'être attirée au fond d'un abysse dont elle ne ressortirait probablement jamais. Bien que saignée, sa chair n'était plus qu'une enveloppe boursouflée par le mal. Un mal qui prenait la forme de petites cloques noirâtres qui lorsqu'elles éclataient, laissaient se répandre une multitude de couleuvres noires sur sa peau. Il n'était ni homme ni dieu mais un instrument de torture envoyé sur terre pour faire planer la peur sur ses ennemis. Et alors qu'il restait effondré par terre, les palpitations de son coeur ne lui parvenaient plus qu'en terme de murmures. Sa vie, tel qu'il l'avait connu jusque là, s'éloigna peu à peu de lui, faisant place à un monstre vide de sens. Les Sept Déités de la Chance disparurent et le vent souffla de nouveau dans la forêt.

Il aurait très bien pu n'être qu'une silhouette recroquevillée au milieu de nul part mais l'Histoire le retint sous une autre forme.

Il se redressa, huma l'air comme un animal enragé, puis il ôta le gant de sa main droite. Il vit à la couleur cendrée de sa peau que le rituel était accompli, et aux striures noires partant de son poignet que les Dieux étaient avec lui.

***

Une dizaine de silhouettes sortirent de la forêt faisant face à la montagne. Aussitôt, un nombre égal d'Anbu apparurent sur le versant de cette dernière. Marchant en ligne, les Ombres s'approchèrent sans précipiter la bataille tandis que les Anbu se dispersaient en plusieurs groupuscules. Les deux camps se jaugèrent à travers leurs masques traditionnels : démons de couleur pour les Ombres, animaux blancs pour les Anbu. La tension était à peine palpable, balayée qu'elle était par l’assurance des deux parties ou peut-être par le vent ? La bataille se voulait imminente mais aucun risque n'était pris d'un côté comme de l'autre. La précipitation amènerait la création de brèches dans leurs défenses respectives, ce qui ne pouvait être permis en pareil instant.

L'art de la guerre reposait sur des fondements fragiles. Les règles établies de ce monde laissaient peu de place à l'interprétation. L'exactitude de leurs actions mènerait tout simplement l'un des deux camps à la victoire, tandis que l'autre dépérirait dans une agonie absolue.

Les Ombres glissaient sur l'orteil de la montagne quand l'assaut fut donné par les Anbu. En une fraction de seconde, les parois montagneuses s'offrirent à la foudre des Ombres qui taillèrent comme de profondes cicatrices fumantes là où s'étaient tenus les Anbu. L'agilité de ces derniers leur permit d'éviter aisément ces jeux déplaisants. Un trio parvint même à se téléporter sur le flanc gauche de la ligne ennemie. L'un d'entre eux fit déferler une vague sortit de nul part tandis qu'un autre y conduisait un puissant arc électrique qui obligea littéralement les Ombres à se disperser.

Rapidement, plusieurs groupes se formèrent et s'affrontèrent en différents lieux. Parmi eux, un homme colossal accompagné de deux autres Ombres se distingua par la puissance de ses coups donnés aussi bien à l'aide de ses coudes, que sa tête ou ses poings. Face à lui, les Anbu placèrent un trio d'eisei. Alors qu'un seul d'entre eux restait en retrait pour les soigner, les deux autres rivalisaient de puissance et d'agilité en frappant de toutes leurs forces l'imposant colosse. Les coups pleuvaient à une telle rapidité qu'un oeil mal entraîné ni aurait vu que des mouvements désarticulés, là où se voyaient pourtant les frappes les plus chirurgicales qui pouvaient être envisagées. Le colosse tint bon toutefois, suppléer de la meilleure manière qui soit par ses deux alliés dont la spécialité restait incertaine tant ils semblaient capable de se battre au corps à corps que d'utiliser divers techniques Katon et Raiton.

Plus loin, et surtout plus haut, sur une étroite corniche, deux duos se faisaient face dans la plus pure tradition du Taijutsu. Les danses s'enchaînaient mais ne se ressemblaient pas. Les enchaînements rivalisaient de virtuosité au point que le sang des quatre impliqués se répandit rapidement à leurs pieds.

Plus bas, au pied de la montagne, six hommes se faisaient face dans un affrontement inégal, tout du moins en apparence. Le Genjutsu avait cet avantage de ne jamais paraître là où le Ninjutsu s'envolait dans des frasques visuelles toutes plus étonnantes les unes que les autres. L'art de torturer l'esprit de l'homme avait prit toute son ampleur dans cet affrontement, une Ombre tombant à genoux, ses mains cramponnés à sa tête comme si elle allait exploser. A côté, un Anbu laissait échapper un torrent de flammes de sa bouche, esquivé de justesse par son opposant qui se téléporta aussitôt dans son angle mort pour lui transpercer l'estomac.

Les pertes faisaient irrémédiablement partis de la guerre. Aucune bataille n'était remportée sans un sacrifice humain de rigueur. Les Ombres avaient déjà sacrifiés deux de leurs têtes, là où les Anbu n'en avait délaissé qu'une seule – un pauvre homme empalé sur une lance alors qu'il s'apprêtait à lancer un jeu d'esprit sur une Ombre.

Flammes, foudres, vagues et même de puissants courants d'air artificiels obligeaient l'oeil du spectateur à suivre la bataille sur plusieurs lignes de front. Même le plus inexpérimenté, le plus insouciant des hommes, aurait reconnu dans cette bataille les traces des arts shinobis dans ce qu'ils avaient de plus grands et de plus complexes. Certains masques réussissaient à repousser les limites de la mort en maintenant en vie leur troupe, là où d'autre côtoyait les cieux en faisant déferler des éléments dévastateurs sur la terre. Des cas isolés relâchaient des techniques au demeurant invisibles qui rendaient fous leurs adversaires, quand d'autres, un peu moins isolés, faisaient exploser toute la souplesse et la puissance physique de leur corps pour fendre la terre et briser les os de leurs ennemis. Le spectacle était sans pareil.

Il était écris que la montagne n'oublierait jamais cette bataille et se fut le cas. Encore aujourd'hui, les traces de cet affrontement jonchent encore le chemin du voyageur égaré plus qu'il ne pourrait lui même l'imaginer. Certains vivants connaissent les secrets de la montagne et les vestiges qu'elle conserve en son coeur.

Les réserves de chakra allaient en diminuant quand une Ombre, seule, jaillit de la forêt. A défaut d'imiter ses soeurs, elle se rua au coeur de la bataille avec une telle hargne que son katana trancha deux têtes avant même que leurs propriétaires ne se rendent compte qu'une bête féroce, mi-homme mi-démon, venait de se joindre à la fête. Sa respiration rauque en surprit plus d'un mais certains Anbu lui tinrent tête par un habile mélange de troubles d'esprit et de médecine avancée. Deux autres Ombres tombèrent plus loin, leurs corps sans vie dégringolant de la montagne dans un éboulement de roc et de poussière.

A l'origine de cela, trois silhouettes dont les visages étaient masqués par des têtes d'animaux blancs. Au centre un loup, à sa droite un chat tenant une faux ensanglantée, et à sa gauche un tigre soutenant un fuuma suriken dans chaque main. Le loup fit un bref mouvement de la tête que déjà ses deux compagnons se volatilisaient pour réapparaître quelques mètres plus bas, au pied d'une avancée dans la montagne où deux Ombres s'étaient posés pour déployer d'interminables parchemins. Le loup demeura seul un moment, contemplatif.

La percée des Ombres sur le flanc gauche de ses troupes, l'obligea toutefois à quitter rapidement sa position. Au plus près du combat, l'Ombre qui décida de lui faire face ne vit en lui qu'un homme de taille moyenne et de constitution plutôt fragile par rapport à ce qu'il avait croisé jusque là. Croyant en sa bonne étoile, il se rua sur lui... fou qu'il était.

[?] – Hosekikooi

C'est la formule qu'il entendit avant d'échouer en enfers.

***

Dans cet univers alternatif, ōkami était le maître. Son adversaire était pris dans l'un de ces deux plus grands jeu d'esprit : les pavés de bonnes intentions. Ici, il ne servait à rien de posséder des lames légendaires ou des armures de roc. Il ne servait non plus à rien de connaître un grand répertoire de techniques dévastatrices. Ici, le seul moyen de vivre était d'abandonner un peu de sa vie au hasard des rencontres en espérant atteindre le bout du tunnel. Ici, le vide était total. Nul décor, nul entourage, un simple damier de vingt-cinq cases servait d'arène. L'adversaire se matérialisa sur la case située au centre de la première ligne tandis que ōkami apparaissait au croisement de la quatrième ligne et de la seconde colonne. Aucun d'eux ne pouvait ni voir ni entendre l'autre. Mais le plus amusant était encore à venir.

Après quelques coups d'oeil autour de lui, l'Ombre – dont le masque montrait un démon rose au visage renfrogné – se risqua à faire un pas vers l'avant. Non loin, ōkami se déplaça à son tour. Là où ōkami posait le pied sur une case invisible, l'Ombre vit une case bleue s'illuminer sous ses pieds et une note guillerette tinter près de son oreille gauche. Peu après, elle entendit comme un bruit de rouage autour d'elle et sentit qu'on la déplaçait vers la droite. Mais ici, tout n'était qu'impression, tout n'était qu'un simple jeu d'interprétations.

[?] – Où suis-je ?

Ses questions se perdirent dans les ténèbres environnantes comme si aucun écho ne pouvait s'échapper de cette antichambre de la mort.

[?] – Kai !

Le sourire de l'Anbu s'étira sous son masque. Son adversaire devait certainement être entrain de comprendre que rien ne pourrait le faire sortir d'ici hormis la chance. Et en effet, c'est ce que l'Ombre réalisa en voyant que sa technique de dissipation ne s'exécutait pas. Elle ne ressentit même pas l'agréable chaleur de son chakra circuler dans son organisme. Condamnée... elle était condamnée à errer. Son second mouvement l'amena sur une case qui se teinta aussitôt de rouge. La fulgurante douleur qui en découla la fit tomber genoux à terre. Elle sentit alors que même ses mouvements échappaient à son contrôle. Dans cet endroit, cet univers sombre et ragoûtant à ses yeux, elle n'était plus maîtresse de son existence.

Alors que de nouveaux mouvements s'imposaient presque d'eux-mêmes, l'Ombre passa par l'orange, le violet et même le noir qui le ramena à la case départ. Pendant ce temps, ōkami continuait de progresser à l'aveuglette dans le monde qu'il avait battis de ses propres mains. La règle du jeu était ainsi faite et il devait avouer lui-même que cela l'amusait. Il ne pouvait rien savoir de son adversaire et celui-ci ne pouvait également rien prévoir. Peut-être s'étaient-ils déjà frôlés ? Peut-être se trouvaient-ils à l'opposer l'un de l'autre ?

L'Ombre marcha sur une autre case rouge et la douleur l'envahit à nouveau. Une partie de sa vitalité venait de lui être arrachée, sans explication, juste parce qu'une case s'était teintée de rouge. Bien qu'elle commençait à comprendre le fonctionnement du damier et les associations de couleurs et d'effets, il lui était impossible de comprendre comment se sortir de ce bien mauvais pas. Le pire, c'est qu'elle sentait une épée de Damoclès tournoyer au-dessus de sa tête et un étau se refermer un peu plus sur elle à chacun de ses pas. L'odeur de la mort l'accompagnait où qu'elle décide d'aller. L'idée que plus jamais elle ne reverrait le bleu du ciel kuméen se fraya un chemin concis dans son esprit.

Elle avança et posa le pied sur une case orange. De nouveau le bruit de rouages lui parvint et de nouveau elle se sentit partir vers l'arrière. Ce que jamais elle ne sut, c'est qu'à cet instant précis, elle se tenait à côté de la case salvatrice ; la seule case qui lui permettrait de quitter ce terrible univers. Mais le jeu du hasard était ce qu'il était, c'est un masque blanc qu'elle vit surgir devant elle.

L'Anbu venait de faire un pas en avant quand la silhouette de son adversaire se matérialisa soudainement devant lui. Échec et mat. La partie était terminée. Il avait gagné.

[?] – Il est des jeux dont on ne réchappe jamais...

Un écho s'éleva depuis les profondeurs du damier... jamais... jamais... jamais... jamais... le mot se répéta à l'infini. L'Ombre sentit son corps s'enfoncer dans le sol. Ses yeux s'éteignirent pour l'éternité. Elle avait échoué sous l'oeil de ses dieux. Elle retournerait à poussière ou elle souffrirait mille et un sévisses dans la chambre des morts.

[?] – ... non jamais

***

Les ténèbres se dissipèrent, ramenant la lumière originelle dans les yeux du loup blanc. Le corps de son adversaire gisait à ses pieds, mort. Le bruit des combats s'éleva. Quand il tourna la tête de tous bords pour constater l'avancement des forces en présence, ōkami nota que les rangs ennemis avaient lourdement diminués. Il en compta encore quatre debout. Un colosse tenant un nodachi dans ses mains, un spécialiste du ninjutsu portant un rouleau dans son dos, un autre du taijutsu, et un dernier qui ne ressemblait à aucun autre dans sa manière d'agir. Un individu qui portait un masque de démon gris défiguré.

Comme si son regard avait capté l'attention de ce dernier, le démon gris tourna son regard vers lui. Il leva son bras droit et aussitôt les trois autres Ombres se replièrent vers la forêt. Les Anbu encore en vie voulurent les suivre mais ōkami se téléporta pour leur barrer la route. Les six Anbu encore en vie s'arrêtèrent net, ne voulant désobéir à l'ordre informulé par leur chef. Ils se téléportèrent dans la foulée à flanc de montagne. Le chef des Ombres faisait face, seul, au chef des Anbu. Une dizaine de mètres de distance les séparaient.

[?] – Qui êtes-vous ?

L'Ombre ne bougeait pas.

[?] – Je suis un envoyé des dieux.

[?] – Comment nous avez-vous repérés ?

Sous le masque de démon défiguré, l'homme sourit.

[?] – Allons Nagao, tu ne croyais pas garder cet endroit secret toute ta vie ?

Les yeux de l'Anbu s'écarquillèrent. Comment cet homme pouvait-il connaître son nom ? Il serra son poing et ses dents. La situation échappait à son contrôle.

[?] – Qui êtes-vous ?!!

[?] – Rien de plus qu'un souvenir...

Et l'Ombre disparut.

**°ºOOº°**

[Fin de la Première Partie ... la Seconde Partie arrivera prochainement ]
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MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Jeu 8 Avr - 1:35

Mémoire (as Sho) : +155 XP

Prenant, simplement passionnant, génial, en somme. Je sais que c'est pas vraiment facile en ce moment, niveau inspiration et tout le tralala, mais je tiens à te dire que j'attends très, très, très impatiemment la suite !

MessageSujet: Re: La Caverne Bleue   Mer 9 Juin - 15:40

*`¯) *`¯)
. `¯ . `¯) . *`¯)
(_. ` (_. . .. `
Chapitre Annexe - Turn Back to the Past ( Part II ) . . . . . . .(_. *`¯`* .

La défaite avait toujours quelque chose d'amer, toujours. Le chef des Ombres le savait bien. Il pouvait sentir cette amertume se dissiper dans l'air comme un poison répandu à leur insu par l'ennemi.

Les rares survivants de la bataille marchaient à ses côtés, le dos courbé par le poids de la honte. En son for intérieur, il aurait souhaité qu'ils se tiennent droits plutôt que courbés. Il aurait souhaité qu'ils soient fiers plutôt que honteux. Mais il savait pertinemment qu'un temps de silence et de recueillement était nécessaire pour panser leurs plaies.

L'heure de leur renaissance attendrait encore un peu.

***

Les bras croisés sur sa poitrine, Nagao se tenait debout au centre d'une alcôve grande comme une salle de réception. Dans cet endroit, une seule source de lumière résistait aux ténèbres : une larme violette perchée au sommet d'un monticule de terre. Pierre précieuse ou véritable bijou d'ingéniosité, cette larme avait le pouvoir de semer le trouble dans n'importe quel esprit. Nagao le savait. Il le ressentait.

Pris de vertiges, il ôta son masque d'Anbu et épongea son front ruisselant de sueur. Il baissa les yeux, maudissant l'artéfact d'avoir engendrer la mort de nombre de ses hommes. Parce qu'il existait, parce qu'il attisait naturellement la convoitise des hommes, ce tout petit caillou avait condamné la vie d'innocents. Parce qu'on lui prêtait un pouvoir secret, cette toute petite chose avait plongé des familles entières dans le deuil. Et parce que jamais rien ne viendrait à bout d'elle, cette larme s'abattrait tel une malédiction sur celles et ceux qui croiraient la posséder.

Nagao – J'espère que mes hommes n'auront pas trouvés la mort pour rien.

Son murmure se perdit dans un regard empli de dégoût dirigé vers le sommet du monticule de terre.

Il remit son masque de loup sur son visage et marcha vers la sortie. Un étrange mécanisme reposant sur l'imperméabilité de son chakra sculpta une brèche dans la paroi. Brèche à travers laquelle il se faufila pour atterir dans un large couloir où une frêle silhouette masquée l'attendait.

Nagao – Une réponse du Yondaime ?

? – Non aucune.

Il baissa le menton et poussa un bref soupire.

Nagao – L'ennemi est encore là, je le sens. Il nous guette quelque part dehors, attendant le moment opportun pour frapper de nouveau. Et toujours aucune...

? – Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Nagao – Me faire dire quoi ?

? – Que l'ennemi est toujours dans notre sillage.

Nagao releva la tête.

Nagao – Leur chef m'a appelé par mon prénom – il vit un frisson courir la peau de son interlocutrice – il connaît nos manières, je ne sais pas comment... co...

Sous son masque, Nagao venait soudainement de froncer les sourcils. Ce qui, étrangement, ne passa inaperçu aux yeux de son interlocutrice.

? – Qu'est-ce qu'il y a ?

Nagao – Ce monstre...

? – Oui et bien ?

Nagao – C'était un kuméen autrefois...

Une perle de sueur glissa le long de sa tempe droite. Tout venait de s'éclairer dans son esprit.

***

Kyuêi Niwa contemplait l'horizon avec inquiétude. Quelque chose ne tournait pas rond, il le savait. Pour la première fois depuis bien longtemps, il ressentait la peur circuler dans ses veines. Cette peur dévorante, malsaine, qui le ramenait à ses plus jeunes années, du temps où il écoutait encore les voix dans sa tête. Il avait ce pressentiment désagréable que quelque chose aurait du éveiller ses soupçons, que quelque chose était passé sous son nez sans qu'il s'en rende compte. Il avait la sensation d'être observé et d'être simple spectateur d'un évènement qui le concernait plus que n'importe qui d'autre dans le village.

Des bruits de pas chassèrent brusquement ses pensées. Kyuêi pivota sur ses talons et accueillit avec un sourire courtois une femme aux cheveux blonds et aux yeux de serpent, Narumi Mori, la responsable du Centre de Communication.

Kyuêi – Des nouvelles de la caverne ?

Narumi – Aucune.

Kyuêi – Ce n'est pas normal...

Narumi – Je dirais plutôt que c'est inquiétant. En temps normal, Nagao doit nous faire parvenir un rapport heure par heure de la situation hors son dernier bulletin date d'il y a une heure trente environ.

Kyuêi regretta soudainement de ne pas avoir amené son tabac avec lui. Il sentait son coeur palpiter nettement plus vite à l'intérieur de sa cage thoracique. Les nouvelles n'étaient pas bonnes et le silence de Nagao ajoutait de nouvelles questions à une équation déjà bien assez trouble. Il ressentait plus que jamais le besoin d'être seul et de fumer en silence pour réfléchir aux questions sans réponses auxquels il devait faire face depuis près de quarante huit heures. Kumo courrait un grand danger, il en était de plus en plus persuadé. Le silence de Nagao ne faisait que renforcer cette désagréable impression qui le tenaillait.

Kyuêi – Il faut dépêcher une équipe au plus vite.

Narumi – Kokushi pense que les mêmes individus qui ont décapités Kujiro ont pris possession du territoire qui nous sépare de la caverne. Cela pourrait expliquer bien des choses.

L'idée semblait plus que probable, bien qu'elle répugnait Kyuêi au plus haut point. Car comment de parfaits inconnus – qui l'étaient encore aujourd'hui – avaient pu plonger un village de l'acabit de Kumo dans un tel chaos ? Il avait beau tourner la question dans son esprit il n'avait qu'un long silence pour réponse.

Kyuêi – Vérité ou non, nous ne pouvons pas nous permettre de rester inactif.

Narumi hocha la tête, l'air pensive.

Kyuêi – S'il le faut je mènerai moi-même cette équipe jusqu'à la caverne.

Narumi – Ne raconte pas n'importe quoi. Nous ferions une nouvelle erreur en t'envoyant là-bas sans même savoir à quoi nous attendre. Le mieux serait de réunir nos meilleurs pisteurs et de tenter une simple approche.

Soudainement, la seule porte qui menait au toit s'ouvrit à la volée. Un garçon aux cheveux blonds hérissés et au regard bleu électrique se rua sur eux. Plusieurs perles de sueur dégoulinaient de son front.

Narumi – Kokushi...

Kyuêi fronça les sourcils, envahis par un mauvais pressentiment.

Kokushi – La caverne....

Il était tellement essoufflé qu'il parvenait à peine à aligner deux mots l'un à la suite de l'autre.

Kokushi – .... la caverne bleue a été attaqué.

***

Les quatre Ombres encore en vie regagnèrent leur campement niché dans la forêt. Leur chef prit place sur un tronc d'arbre échoué au sol quand les autres s'assirent à même le sol au milieu d'une herbe fine qui commençait à virer au jaune. Quelques rayons de soleil réussissaient à percer l'épais feuillage des arbres au-dessus de leur tête, projetant comme une multitude de petites taches noires sur le sol. L'air y était lourd, mais peut-être n'était-ce qu'une vague impression laissée par la fin de leur bataille. Fatigués, voir même désorientés, les quatre individus gardèrent le silence. Pendant près d'une dizaine de minutes, on entendit les piaillements d'oiseaux agrémenter les sifflements du vent engouffré dans la chevelure des arbres. Même leurs respirations de moins en moins saccadées trouvèrent une place au sein de ce concerto.

Ce fut l'Ombre au masque de démon bleu qui brisa le premier ce silence.

? – Nous n'étions pas assez forts malgré nos capacités. Et maintenant que nous sommes si peu que pourrons-nous changer à notre sort ?

Sous son masque de démon gris défiguré, le chef des Ombres sourit. Comme il l'avait prédis, son bras droit venait à douter de sa force autant que de son génie. La bataille à laquelle ils avaient survécus n'était pourtant qu'un prélude et un simple moyen d'attirer l'attention de Kumo. Mais cela, lui seul le savait. D'ici peu, Kumo ouvrirait ses portes à une armée digne de ce nom. Une armée qui scellerait l'affrontement final. Mais cela, lui seul le savait...

? – Ouchaku l'omniscient avait prédis ta peur bien avant qu'elle ne s'insinue dans ton esprit. Mais rassures-toi tout ceci n'était qu'un avant-goût... un simple avant-goût...

Le colosse releva la tête en repensant à ce que son maître lui avait dis plus tôt dans la journée. Une terreur sans nom lui glaça le sang. La voix légèrement tremblante, il s'excusa comme un enfant raillé par un adulte.

? – Pa... pardonnez-moi.. moi... maître.

? – Je t'ai déjà pardonné. Oshoku te guidera désormais.

L'Ombre qui tenait un rouleau d'invocation attaché à son dos se redressa pour tendre l'oreille. Il lui semblait avoir entendu un frémissement en direction du nord-est.

? – Oui tu as bien entendu. Ils approchent.

Tous les quatre regardèrent dans la même direction n'apercevant au début qu'une multitude d'arbres plantés de manière désordonné. Quand subitement, une Ombre puis deux, puis trois, puis dix, puis vingt jusqu'à une trentaine d'entre elles se détachèrent des troncs pour les rejoindre. Kumo pouvait envoyer son armée, les Ombres avaient trouvé la leur.

**°ºOOº°**
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