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 Heureux qui comme Ulysse

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MessageSujet: Heureux qui comme Ulysse   Mar 24 Aoû - 13:26

A toute âme, tout paysage

Doutes


Depuis quelques semaines déjà, les nuits avaient fait don d'un incroyable manteau de fraîcheur à la terre. Le ciel si souvent gris dominait par sa lourdeur et son ton menaçant. Dans les rues du village, dans les forêts du pays, dans les allées de n'importe quelle parcelle de terre située à cette latitude, le temps avait gâté les arbres d'un manteau d'or et de sang. Il faisait fléchir la vie sous son rythme écrasant... le temps.

Le vent régnait en maître et la couche nuageuse avait ouvert ses écluses pour plonger le ciel de Konoha sous un rideau liquide qui martelait tuiles et pavés, murs et murailles, arbres et falaises, sous l'oeil impuissant des Kage. La voute qui recouvrait le village était d'un noir d'encre que seule la transcendante lueur des éclairs venait zébrer alors qu'ils irradiaient chaque goutte d'eau.

Entre les murs, les bâtissent endormies se juxtaposaient, se ressemblant toutes, victimes des dieux et de la colère qu'ils faisaient pleuvoir. Toutes sauf, peut-être, une. Une lumière dansante venait se projeter sur ce petit bout de sol, sur les murs de la pièce que la fenêtre laissait entrevoir. L'éclat vivant d'une flamme qui, bien au chaud, virevoltait dans son berceau, jetant ses ardentes couleurs aussi bien sur les meubles et bibelots que sur le visage sombre d'une jeune fille.

Assise sur une chaise, vêtue d'un kimono à bords blancs mais aussi obscur que la nuit dehors, elle jetait un regard noir, éperdu, dans le brasier qui habitait le fourneau. Personne d'autre dans la maison; en tout cas s'il y avait quelqu'un, personne ne s'était levé par cette tempête nocturne qui couvrait bien des bruits.

Immobile, telle une statut de cuivre ou de marbre, car malgré un trouble qui l'habitait et se lisait sur son visage et dans ses yeux, elle gardait une grâce dont seules elles et sa mère avaient le secret. Ses paupières s'affaissèrent rapidement pour se relever avec tout autant de célérité. Elle n'avait plus cligné depuis plusieurs instants, laissant le feu se déhancher dans ses pupilles. La jeune femme le regardait, happée par sa beauté, envoûtée par son rythme et sa chorégraphie, s'abandonnant totalement à son mouvement et son temps... Elle l'avait allumé plus pour le réconfort qu'il lui apportait que pour la chaleur qu'il diffusait dans la maison. Il lui rappelait aussi un brasier qui brûlait en elle... quelques temps auparavant.

*

Il faisait beau et chaud. Elle n'avait remis les pieds dans Konoha que depuis quelques jours et déjà ses sacs étaient à refaire. Pas de mission, pas de responsabilités. Pas d'obligation, ni d'affectation en particulier. Elle partait en tant qu'étudiante, en tant qu'élève... Elle quittait le village en tant que disciple dans une humeur indescriptible mais habitée par la joie de reprendre des choses là où elle les avaient laissées.

Aux portes du village, elle avait salué un ou deux camarades qu'elle côtoyait souvent lors des surveillances. Elle avait franchi les remparts du village comme une enfant part en voyage pour la première fois; en sautillant de l'autre côté de la limite. Son regard s'envola jusqu'à de hauts nuages qui couraient vers l'Est sans pouvoir combattre leur mouvement. La jeune fillesursauta lorsqu'une voix familière retentit juste à côté d'elle. Arrivée sans qu'elle n'en perçoive rien.

- Tu aimerais être avec eux?

Un sourire affable sur son visage, la kunoichi qui lui faisait face exprimait un calme absolu qu'elle avait toujours trouvé fascinant.

- Avec eux... Sans doute oui. Mais j'aimerais pouvoir choisir les courants que je suis.

Un léger sourire s'échangea, juste avant que leur premier pas ne s'éloigne de l'accès au village. Taka jeta un regard par dessus son épaule. Une énième fois les barrières rapetissaient, une énième fois elle laissait les siens dans son dos pour d'autres horizons.

A la moitié de l'été chaud et mordant du pays du feu, le mot « formation » reprenait un sens concret pour elle.


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Dernière édition par Uchiha Taka le Mar 24 Aoû - 16:41, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Heureux qui comme Ulysse   Mar 24 Aoû - 13:35

Le soleil régnait en maître dans un ciel azur où aucun nuage n'osait montrer le bout d'une volute. De temps à autres, une petite brise soufflait comme pour venir soulager les deux voyageuses dans leur douleur.

Sur le front de Taka, des gouttes de sueur naissaient, grossissaient puis quittaient la base de sa chevelure pour orner tantôt sa joue, tantôt son nez. Elles finissaient leur course par une chute avant de s'écraser sur une terre jaunâtre et craquelée qu'elles ne parvenaient jamais à humidifier.

Filant vers le nord, le couple de kunoichi avait pris la route qui menait vers Kumo quelques jours auparavant. Sur cet axe, pour le moins fréquenté, croiser des marchands, des artistes et artisans itinérants n'était pas pas un fait rare. La bonne humeur se lisait généralement sur tous les visages, en dépit des ardents rayons qui dardaient la région, et obtenir les sourires des passants était bien aisé. Parfois même se risquait-on à parler à quelques personnes qui faisaient une pause au même endroit que soi.

Les yeux emplis de couleurs, Taka avançait à son rythme de croisière. Depuis des heures déjà, elle longeait un long fleuve qui s'étendait sur près de trois cents lieues, large comme un lac et calme comme une prairie où aucun vent ne règne. Ne perdant pas une miette des ballets des oiseaux, elle laissait son esprit s'envoler aussi loin qu'eux, lui offrant le droit, parfois, de faire un peu de poésie qu'elle gardait pour elle même.

Elle s'écarta peu à peu de la piste pour se rapprocher de la rive, mimant ainsi la plupart des bêtes sauvages qui passaient par là. Kuzako finit par la rejoindre pour la trouver accroupie, les deux mains plongées dans le fleuve. Un jet d'eau s'éleva dans les airs, propulsant quelques gouttes éparses qui choisissaient de retomber sur l'herbe ou de s'écraser sur le visage de la jeune fille. Rafraîchie, elle resta là, à contempler un banc de poissons qui longeait le bord.


- Mieux?

Taka ne répondit que part un signe de tête ponctué d'un léger son avant de se relever. Ses yeux plongèrent au milieu du fleuve et s'y baignèrent dans un silence solennel.

- Shishô... Pourquoi si soudainement?

Kuzako sourit légèrement.


- Je savais que tu poserais la question. Cela fait combien de temps que tu t'entraînes avec moi?

- Réellement? Quatre ans. Avant ça, Kiyouji s'occupait de moi.

- Et dans ces quatre années, avons nous eu des moments à nous?

- Pas tellement... Avec le domaine à gérer, les histoires qui s'y trament... Malgré que nous n'y prenions pas énormément part, elles demandent toute votre vigilance.

Les yeux de Taka s'abaissèrent un peu, sous l'œil attentif de son maître.

- Quel âge as-tu, Taka?

- Bientôt vingt et un.

- Tu ne crois pas qu'il est temps de voler par toi même?

Reposer sur son maître, suivre ses traces, penser pour les autres... Taka ne savait faire que ça. Elle n'avait vécu que comme ça. Dans un égoïsme profond, dissimulé derrière un altruisme débordant.

A nouveau, son œil vif croisa et suivit la route d'un oiseau qui volait au ras de l'eau. Voler par soi même. La liberté n'était pas un luxe que l'on offrait à des militaires, quiconque s'en doutait ou le savait. Alors pourquoi parler de voler?

- Je crois surtout que je serai toujours une élève.

La réplique décrocha un rire à la chef du Tigre. Elle posa un regard scintillant sur la jeune fille qui se tenait à son côté.

- Nous sommes et resterons tous des élèves, mais pas forcément ceux d'un autre. Et avant que tu ne sois plus la mienne je tiens à ce que tu aies ouvert les yeux sur le plus de choses possible.

La jeune fille tourna vivement la tête vers son interlocutrice, un regard interrogateur inscrit sur le visage.

- Si je ne me trompe pas, j'ai repris en main ta formation un mois après ton seizième anniversaire. Au terme de notre voyage, tu m'auras donné cinq ans de ta vie. Cinq ans où j'aurais en partie eu la responsabilité de ton éducation... En partie. Mais il me faut quand même achever ma tâche.

Taka aurait voulu intervenir, là. Mais cette expression qu'affichait son maître en disait long. La discussion s'arrêtait, pour l'instant, et si Kuzako voulait dire quelque chose, elle reviendrait vite en faire part. Cependant dans un premier temps, l'important se trouvait sur la route, loin, au delà des chemins et des sentiers, au delà de la forêt, au delà de l'endroit où elles se trouvaient.

Le bivouac se tint bien des kilomètres plus loin. Au soir tombant, entre quelques buissons épars enchaînés entre les racines des arbres, un campement de fortune s'était construit; à moins d'une dizaine de minutes du premier cours d'eau, dans un coin suffisamment couvert du public et suffisamment ouvert au ciel.

Yeux grands ouverts, Taka s'enfonçait dans la voûte céleste, que les absences de nuage et de lumière avaient mise à nu. Avec rien entre elle et les étoiles, la jeune femme se baignait dans l'air, partiellement recouverte de sa couverture trop chaude pour la saison.

A côté, à quelques pas, Kuzako dormait déjà paisiblement, emprunte de cette même aura qu'elle dégageait pendant sa veille. De tout temps, du moins depuis que Taka la côtoyait, la kunoichi avait allié simplicité, sobriété et efficacité. De tout temps, son élève avait connu sa rigueur, son application au travail et son intransigeance. Des qualités qu'elles maniait à la perfection en les mêlant à cette science humaine qui lui était acquise et en faisait aisément un modèle à suivre. Des qualités qui n'avaient pourtant pas toutes été mises en avant dans son enseignement.

Les yeux noirs de la jeune fille quittèrent la silhouette endormie de Kuzako pour retourner se ficher dans l'éther. Pas de lune, ce soir là. Uniquement un rideau de petites lueurs scintillantes qui finirent par ne plus se refléter dans ces deux perles obsidiennes les observant.

Un soupire glissa entre ses lèvres.


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MessageSujet: Re: Heureux qui comme Ulysse   Jeu 2 Sep - 0:30

Les yeux marqués, le visage pâle, la plus jeune des deux kunoichi subissait le rythme de la marche. Plus soutenu que la veille, elle n'avait que le loisir de regarder l'épaule de son maître, ballotant de haut en bas, puis de bas en haut dans un mouvement interminable. Elle refusa cependant d'émettre la moindre plainte. Aucun son ne devait sortir de sa bouche au risque de briser la fragile cadence respiratoire qu'elle avait trouvée.

Il n'y avait plus d'attention pour les arbres, les fleurs et les oiseaux. Les nuages étaient relégués en arrière plan et la douce bise du vent ne venait plus enivrer ses sens. L'odorat fermé, les yeux touchés par la cécité, elle poursuivait inlassablement et pourtant lassée. Elle s'immobilisa soudain, surprise par un choc qui la ramenait à la réalité, de force plus que de gré.

Elles étaient au sommet d'une colline où les bourrasques se faisaient moins douces, bien que supportables. Au loin des plaines s'étalaient en contrebas, vertes puis jaunes par endroits. Des hautes herbes, des prés et, en quelques endroits, quelques bêtes.


- Au delà de ces pâtures, derrière les marais et les montagnes, se trouve Kenchiku. En partie en hauteur, on dit que cette grande cité touche le ciel.

Taka se redressa et son regard s'était posé sur le visage de Kuzako.

- Il y a un village pas loin. Ce sera notre prochaine halte, mais pas avant la nuit tombée.

Un soupir. Elle aurait du laisser échapper un soupir, mais rien n'en fut. La Chuunin inspira profondément puis elle emboita le pas de son mentor sans broncher. Les trois quarts de la journée étaient à passer et la pause s'annonçait minime. Un arrêt qu'elle évitait d'imaginer afin de rendre son mal moins difficile à supporter.

- C'est difficile de penser que des gens renoncent à la liberté.

- La liberté?

- Oui, cette liberté là.

La main de la jeune fille s'ouvrit, paume vers le ciel, pour balayer la quasi totalité de l'horizon. Tantôt plat, tantôt fracturé en monts et vallées, loin, très loin. Son bras tomba et ses pas s'arrêtèrent malgré elle.


- Celle que l'on n'a pas.

- Tu ne te sens pas libre?

- Je ne le suis pas. Je dépends des autres et les autres dépendent de moi. Si mon supérieur me dit d'exécuter un ordre, je dois le faire. Si je ne suis pas capable de protéger mes élèves, ils meurent. Toutes ces choses sont des contraintes... Alors je ne suis pas libre.

- Et pour le pauvre bougre qui erre sur les routes, n'y a t-il pas de contrainte?

- Non. Enfin si, bien sûr. Mais il peut suivre ce qu'il veut, comme il le veut et ne céder place qu'à ses principe. Et puis, pour moi, quelqu'un de libre n'est pas forcément seul. Supposons que nous soyons deux de ces errants. Supposons que vous soyez tout de même mon maître.

- Alors tu dépendrais de moi.

- Pour un temps, peut-être. Mais peu importe si c'est pour être libre après. Et puis, ce n'est pas dit qu'un maître ne puisse pas apprendre de son élève.

Leurs regards se croisèrent. Au ton employé, il était difficile de savoir si la remarque était sincère et à prendre pour leur situation. Pourtant, tout semblait clair entre elles; clair comme l'eau de roche. Un sourire se dessina brièvement sur le visage de Kuzako.

- On a souvent à apprendre de beaucoup de monde.. Son regard balaya à son tour l'horizon et ses cheveux voletèrent au vent. Les soldats ne peuvent que se nourrir de ces instants de repos. Ils ne seront sûrement jamais vraiment libres. Mais pour beaucoup, il s'agit d'une chance plus que d'un malheur, car bien peu nombreux sont ceux qui sauraient jouir de leur souveraineté sans se mettre en péril. Étrangement je t'y verrai bien... Mais ta condition t'enchaîne. A toi d'en faire ta force. Ses deux yeux noirs comme la suie se braquèrent sur Taka. Maintenant en route. Nous n'avons pas plus de temps à perdre et Kenchiku est encore loin.


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MessageSujet: Re: Heureux qui comme Ulysse   Jeu 2 Sep - 0:37

- Et ou est-ce que vous vous rendez comme ça?

- Au pays de la neige.

- De la neige?! Hé bah mes p'tites dames! Vous n'avez pas froid aux yeux, vous! D'ici, la frontière est à moins d'un jour de marche, elle vous laissera dans le pays des marais. Après, il n'y a que des montagnes pour vous accueillir.

- Nous le savons bien.

L'homme affichait une mine de plus en plus surprise, mêlée à une expression d'admiration qu'il portait aux deux jeunes femmes. Verre à la main, torchon dans l'autre, il frotta un peu plus encore l'intérieur de la vaisselle qu'il tenait.

- J'imagine... Sinon, bah pour vous aider, j'peux bien vous décrire le paysage du coin. Elles affirmèrent du chef et il poursuivit. C'est plutôt simple. D'ici, il suffit de suivre les routes par lesquelles on achemine la laine depuis Sawa; celles qui longent les marais et passent par les collines. Vous verrez, à un moment deux fuseaux montagneux se rejoignent pour former une énorme vallée. On appelle ça la Porte des Neiges. Sa main cessa de frotter le verre pour aller caresser sa longe moustache. La vallée se referme après une centaine de kilomètres. Mais derrière la chaîne qui en fait un cul de sac, vous trouverez Kenchiku, en territoire des neiges. Les accès qui y mènent ne sont pas nombreux, et pas toujours sécurisés mais vu l'époque, ça devrait pas poser de problème. Essayez juste de pas rester jusqu'à l'hiver, voir la mi automne. Vous risqueriez d'être bloquées là bas.

- Et pour les falaises du littoral?

- Il suffira de suivre les pistes vers le nord depuis Kenchiku. A pied, le chemin est beaucoup plus rapide par là. En tout cas, j'vous souhaite de pas tomber dans les Gorges du Malheur. Vous n'avez pas l'air de trainer bien des misères sur vos épaules et il serait dommage de vous retrouver mortes parmi les désespérés de ce monde.

Un simple haussement d'épaules. L'homme se retira après avoir dûment salué ses clientes. Son départ laissa un silence froid; Taka était plongée dans ses pensées, Kuzako repassait la conversation qu'elles avaient entretenue. Les surprises... depuis quand la chef tigresse n'avait pas connu de surprises. Même ce voyage démesuré ne parvenait pas à la stupéfaire. C'était triste.

Le repas se termina sans grande conversation, sans grand discours, ni sans un seul échange philosophique. Ces deux là se rendaient finalement compte de ce qu'étaient devenus leur lien. Rien de plus qu'un maigrissime fil presque tombé dans l'oubli. Taka se leva, laissant une part de la note en billets posés sur la table. Leurs affaires étaient déjà dans leur chambre, parfaitement à l'abri des voleurs. Avec un simple signe de tête pour seul « je sors, à tout à l'heure », la plus jeune quitta l'auberge pour se retrouver dans les rues fraîches de la petite bourgade.

La chuunin glissa délicatement son manteau sur ses épaules puis elle se mit en route d'un pas lent. De ci de là, les fenêtres demeuraient éclairées. Derrière les vitres régnait une chaleur palpable depuis l'extérieur, tandis que, dehors, le froid dominait malgré la saison.

Le pays du feu était grand. Tellement grand que les écarts de températures entre les extrêmes et le centre n'étaient pas négligeables. Et là où se trouvait la jeune femme, les influences du nord étaient bien plus que de simples paroles lancées dans les airs.

Silencieusement, le corps recouvert de son manteau de voyage qui ne laissait que partiellement apparaître ses bottillons, Taka avançait dan les rues et ruelles, telle un chien errant. Elle voyageait depuis près d'une semaine déjà. Les haltes se faisaient rares et courtes, sauf celles qui, comme celle-ci, autorisaient à coucher dans un lit douillet, sous la chaleur de draps fraîchement lavés. Le reste du temps, c'était sol et couverture, lune et air froid, étoiles et ciel grand ouvert.

Solitude.

C'était le seul mot qui restait une constante. Que ce fût dans un lit ou sous l'œil impavide des astres, son cœur et son esprit demeuraient seuls. Ce n'était pas la présence de Kuzako qui y changeait; ce n'était plus la présence de Kuzako qui brisait cette sensation. Elle le réalisait bien plus, depuis que le voyage avait commencé.

La jeune fille s'immobilisa et leva les yeux. Autour, plus une lumière. Le calme absolu dans les rues, un cadre suspect d'où ne s'envolait pourtant aucun danger manifeste. Elle ne put retenir le soupir qui glissa entre ses lèvres. Son regard s'éleva vers la pleine lune.

Un chat était assis là, l'œil vif observant une silhouette. La brise souffla. Sa pupille en amande regardait une ruelle vide.

Sur le toit de ce bâtiment l'on se sentait intouchable. Pourtant bien moins haut que la pointe d'Asakura, le perchoir laissait monter des sensation semblables à celles qu'elle avait connues à Kumo. C'était, paraitrait-il, un édifice religieux. Les habitants du coin appelaient ça une église. Le toit était un bipente et il y avait une tour à une extrémité. Elle abritait une cloche que l'on sonnait à chaque heure, le nombre de fois nécessaire pour indiquer l'instant de la journée.Même la nuit, le cuivre de la cloche tintait, ne réveillant pourtant pas les résidents du quartier.

Juste au dessus, c'était un toit à quatre pentes surmonté d'une grande croix. Soit disant, celui qu'ils priaient avait été cloué sur un objet semblable. Il s'agissait de croyances venues de loin, très loin à l'ouest. Si loin que pareil bâtiment devait être unique dans la région. Pas de quoi s'y attarder. Et puis, c'était pure folie que d'aduler un être humain. Elle ne comprenait pas ça. Avoir des modèles et un mentor pourquoi pas. Mais vouer un culte à une être qui, comme elle, avait un corps de chair... hors de question.

Taka haussa les épaules. Ces histoires n'étaient que balivernes. Rien d'intéressant; moins encore que s'amuser à compter les étoiles. Elle s'allongea sur le devers et pointa son index droit, tout droit sorti de sous les étoffes chaudes de ses habits. Elle en compta cinquante quatre...


- Je pensais que vous dormiriez déjà.

- Je ne pensais pas que tu t'apercevrais de ma présence, répliqua t-elle un sourire sur le visage

- Vous êtes sortie moins de deux minutes après moi. Qu'est-ce que vous faites là, Kuzako-sama?

Kuzako se tenait sur la partie sombre du clocher. Une ombre dans l'ombre. Elle s'était pourtant glissée jusque là dans un silence absolu, jouant de mouvement fluides comme on l'attend d'un shinobi d'excellence.

- Et toi?

- Je ne me sentais pas l'envie de dormir. Mais vous ne m'avez pas répondue.

- Je te sens troublée.. depuis des mois déjà.

- Il y a des période comme ça. On ne peut pas toujours rayonner.

- Et pourtant si. Il y a quatre ans, malgré les échecs et les épreuves... tu rayonnais. J'ai connu une Taka que tout le monde s'arrachait, comme si l'on croyait pouvoir s'approprier cette lumière. Alors qu'il est impossible d'en faire son bien; c'était risquer de la voir s'éteindre.

- Et bien, c'est encore impossible de s'approprier ma personne.

- Tout le monde le sait. Mais sans ce, la lueur s'est quand même évanouie.

La main de la jeune fille s'abaissa. Impossible de compter d'avantage.

- Que s'est-il passé en quatre ans?

- Si vous aviez été là, vous l'auriez su.

- N'oublie pas à qui tu parles, Taka. Même loin, j'avais un oeil sur toi et je reste quand même ta supérieure... Tu devrais savoir tenir ta langue, au risque d'être sanctionnée.

- Voilà une chose que je n'ai jamais comprise. Pourquoi tant de laxisme, avec moi?

- Parce que tu n'es pas comme les autres.

- Parce qu'il faut me protéger de quelque chose? Parce que je suis une privilégiée? De toute façon, il suffit de voir ce que je suis devenue. A vous écouter...

- La question n'est pas là. Si des facteurs externes ont pu jouer, la véritable raison de ton parcours est en toi. Il faut que tu regardes en toi, Taka. Il fut un temps, tu avais une voie. Mais tu as fait un pas de côté, puis un autre. Finalement, tes pas se sont succédés dans toutes les directions. Et maintenant, tu n'es plus que l'ombre de quelqu'un, ou de quelque chose.

La Chuunin abattit ses paupières.

- La voie que je suivais n'a pas de valeur. Un rêve d'enfant qui a pu vivre un peu trop longtemps. Protéger les siens... Ce n'est pas un mode de vie, mais un corollaire. Et puis, on ne peut protéger les autres si on ne sait pas se protéger soi même. C'est comme demander à un infirme de s'occuper d'une autre personne... Il ne peut déjà pas s'occuper de lui.

- Mensonge. Je ne peux pas croire ce que tu dis.. Si tu étais sincère avec moi, et même avec toi, tu ne dirais pas ça, sachant que tu t'investis encore dans l'enseignement.

- Hm! Mon équipe ne prend pas. Il ne se connaissent pas, ne travaillent pas ensemble, et je ne peux jamais les voir.

- Soit... Arrête de te mentir. Tu te tues, seule comme une grande que tu es devenue. Une adulte qui arbore des facettes qu'une jeune fille détestait voir chez ses aînés. Le monde est dur, moi aussi. Mais ce n'est pas pour ça qu'il faut se voiler la face. Tu étais plus forte avant. Moins compétente, mais plus forte. J'espère que ce voyage t'ouvrira les yeux. J'espère que tu y apprendras plus en quelques semaines que pendant ces dernières années. J'espère...

Et elle ne pouvait rien faire de plus. Kuzako disparut sans ajouter de parole supplémentaire. Sa silhouette adossée dans l'ombre de la croix n'était plus qu'un courant d'air. Un courant qui souffla une mèche de cheveux sur le visage de Taka. Yeux grands ouverts, elle ne perdait aucune miette du firmament.

Aucune miette, aucune seconde.


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MessageSujet: Re: Heureux qui comme Ulysse   Jeu 2 Sep - 0:37

Le coq ne chantait pas encore pourtant des pas feutré se glissaient dans les ruelles du village.

A la porte Nord-Est, deux silhouettes encapuchonnées et emmitouflées dans des manteaux de voyages quittaient le calme et paisible bourg. Sans regarder derrière, elles avançaient, toujours aussi silencieuse qu'entre ses murs, comme si le moindre bruit pouvait déranger l'équilibre qui s'était installé sur la région.

Pas de bruits de pas, pas de mots. Pas même l'ombre d'un souffle. Deux fantômes qui disparurent au loin, dans le dos de la colline.

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