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 [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle

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MessageSujet: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Mer 25 Aoû - 18:42


Rencontre : Quand l'Art devient une Optique de Vie
- Menue Tâche Entre Kasuka Amasa et Satsubatsu Aishuu -
- Animation au Cabaret -

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Il y avait comme un parfum de nouveauté qui planait dans l'air. Aishuu se délectait de cette nouvelle effluve qui venait danser à la porte de ses narines. Elle était apaisée par le bien revivifiant qu'avait le souffle coloré d'arômes du vent sur ses maux. La jeune femme la savourait à grande bouffée, car pour elle, chaque détail aléatoire qui jouait avec son quotidien si habituel consistait un plaisir à déguster jusqu'à s'en rompre les papilles. Elle tendit ses jambes engourdit par le sommeil, ainsi que ses bras blancs en baillant avec une certaine retenue qui n'était pas justifiée, au vue de sa solitude. La saltimbanque était là, adossée à un arbre, en train d'éclore comme un bouton de rose matinale. Elle s'élevait comme les princes d'écorce qui l'entourait, avec une souplesse paradoxale à leur force et leur rigidité.

Fraîche comme la rosée qui perlait sur sa joue, elle souriait de savoir qu'elle avait passé un si bon moment à dormir, alors que Morphée la rejetait depuis déjà plusieurs jours. Dire qu'elle avait reprit des couleurs serait de l'ironie, au vue de son teint de neige, mais Aishuu avait regagné une totale forme. Et c'est avec un enthousiasme éblouissant que la femme fantôme s'élança dans les hauteurs : elle avait attrapé la première branche à sa portée et s'était enroulée autour, et s'était mise à gravir les échelons de son ascension. Aishuu était du genre à vite s'attacher au bonheur, et la joie que lui offrait le jour né lui donnait une envie de plus. Elle voulait avoir le vertige, un vertige bénéfique, à contempler la beauté de l'horizon qui avait la magnifique propriété d'être circulaire dès qu'on prenait un peu de hauteur sur les choses. De son élévation, qui était tout autant physique que spirituel pour l'heure, elle s'ébahissait devant les paysages que lui offrait ce territoire pour lequel son cœur s'était mis à se lier.

Alors qu'elle gonflait ses poumons de liberté, le désir de voler s'empara d'elle, et, comme s'il l'avait senti, son petit compagnon de plumes vint la saluer. Le petit oiseau se posa sur son épaule, et piétinait la peau tendre de la saltimbanque pour s'approcher très proche du creux de son oreille. Il glissa quelques sons tout aussi grands que lui, qui glissait et vibrait dans les tympans d'Aishuu qui en frissonna. C'était pour elle un véritable puis à inspiration. Elle ne retenait à chaque fois que la première note qu'il lui chantait lorsqu'ils se retrouvaient. D'ailleurs, ce jour-là, l'oiseau du paradis s'était fait attendre, ne retrouvant sa compagne qu'en fin de cette après-midi au temps si changeant.

La Satsubatsu avait pas mal glanée tout le temps où elle l'attendait. Naviguant entre point d'eau, ciel et terre, pour finir au main de l'onirisme tardif, elle n'avait pas réellement préparée ce qu'il lui était prévu le soir venu. En effet, c'était une première pour la jeune femme, qui avait été demandé pour venir s'exposer. Il ne s'agissait que d'une coutume pour elle, cependant, c'était la première fois que l'on la convoquait dans un lieu aussi riche... Ce soir, c'était à la Grue Argentée que la saltimbanque blanche allait donner la pulsation. Il y avait en elle la lueur du nouveau...

Cette journée était placée sous ce symbole novateur... Il y avait un changement dans le programme.

Son coeur s'animait d'un rythme rapide tant elle était pressée de voir à quoi ressemblait les lieux chics de ce pays raffiné aux traditions liées à la célèbre fête du thé. La jeune femme s'était laissée tomber de son perchoir, et se posa, à genoux, sur le sol un peu humide. Il fallait qu'elle prenne le chemin du cabaret, car elle devait se préparer pour faire bonne impression. En effet, il était stipulait qu'elle aurait la scène pour elle en seconde partie, ce qui sous-entendait qu'il y avait une première partie... Aishuu n'avait pas l'habitude de tant de cérémonie, elle qui vit si humblement au jour le jour avec les gains même de la veille... Elle ne faisait pas partie de gens qui voient à long terme, et son mode de vie ne le lui permettait pas.

Dans une certaine mesure, elle craignait autant qu'elle s'impatientait face à la soirée qui allait venir. Pour l'occasion, elle était passée chercher quelques accessoires qu'elle cachait dans le pays à l'occasion des rassemblements souvent primés par ici. C'est avec sa besace qu'elle s'élança à la découverte du beau monde, aussi hypocrite l'imaginait-elle.

Aishuu allait conquérir l'horizon.

La saltimbanque blanche, connue sous le nom de Shiro Kage, laissait derrière elle Morphée et le petit oiseau : elle viendrait les retrouver plus tard, l'heure était à curiosité. Chacun de ses pas étaient légers, si bien que la brise elle-même en était jalouse. Jalouse de la grâce, de la souplesse, et de la féminité qu'émanait Aishuu de tout son être. Dans son naturel qui n'avait rien de socialement élevé, elle dégageait une certaine classe et une prestance qui lui valait son nom... Cependant, jamais on ne la reconnaissait lorsqu'on la croisait. Au meilleur des cas, sa pâleur effrayait, ou portait le doute sur son nom de scène... L'Ombre Blanche filait avec vivacité entre les ombres qui cherchaient à s'approprier la blancheur angélique.

Rien ne semblait la toucher lorsqu'elle décidait de clore son visage sous un masque aussi froid que l'était le contact avec sa peau. A la fois poupée de porcelaine et femme de glace, elle savait adopter toutes les comédies pour faire tomber les faibles du sexe opposé à ses pieds. Elle s'amusait beaucoup de ce petit jeu de jambes, car de cette manière, elle répondait à ceux qui se prenait pour des machistadors. Être séduisante, provocante, désirable, et inaccessible, c'était sa devise. Aishuu faisait onduler ses hanches à chaque avancée, créant une silhouette serpentine assez alléchante... Et ce met succulent s'effaçait peu à peu, alors qu'elle se rapprochait de sa destination, aux yeux de son unique compagnon...


Le soleil laissait s'échapper un bâillement en tant que seule explication à sa décadence céleste. Le ciel s'assombrissait à vue d'oeil dans un calme serein, qui donnait presque le goût de rester à Aishuu, plutôt que de se lancer dans la fausse au lion... Elle referma sa main, ne déployant qu'à demie mesure son majeur et son index, échappant un soupir avant de marteler de trois coups secs ses phalanges sur l'épaisse porte de bois sculpté. Il y eut aussitôt un bruit sourd, et l'appel d'une voix roque...

[?] : "Qui ...?"

[Aishuu] : "Shiro Kage."

Il n'y eut pas de réponse, juste le bruit de l'oeil de Judas que l'on refermait. Une sonorité lourde et métallique résonna, celle du verrou qu'on abaissait, lorsque la méfiance s'était levée. La porte épaisse s'ouvrit, laissant l'ombre entrée dans l'arène.

Les gens étaient installés dans des alcôves, habillés comme des diables, la cigarette à la bouche, faisant naviguer la fumée comme l'air pur. Aishuu fronça le nez... Il y eut un long silence dès lors que la porte se referma, et tous se tournèrent vers l'inconnue encapuchonnée.

Revêtue d'une longue cape noire avec une bordure de dentelle qui glissait peu à peu dans le violet, avec une haute et large capuche qui ombrait de ténèbres la totalité de son visage si pur. On ne voyait rien d'elle, il que le noir qui filait entre les murs...









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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Jeu 26 Aoû - 2:07

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Le soleil, grand astre du jour et maître de vie, a déjà déployé avec panache de magnifiques rayons sur le monde. Ceux-ci tracent des chemins de lumière à travers les sentiers et les géographies diverses, seulement arrêtés par les objets trop épais ou sombre ne pouvant les refléter. Seules les grottes et les pièces closes des maisons et des caves ne peuvent être atteint par le disque de feu qui réveil peu à peu la vie autour de lui. Et parmi toutes les personnes qui se réveillent, certaines le sont de manière plutôt brusque.

Les yeux clos mais les sens en éveil, la jeune femme reste enroulée dans ses draps jusqu’à ce que son corps ne saute à quelques centimètres de hauteur de son lit. Les cahots de la diligence sont réellement la chose la plus dérangeante qui soit lorsque son esprit est encore emplit des brumes du sommeil et des rêves qui l’habitaient, à tel point qu’elle marmonne encore quelques mots, qu’elle prononçait déjà durant la nuit. Une nouvelle butte de terre fît trembler le chariot de bois et de fer sous l’impact et arracha un juron silencieux à la dame toute ensommeillée qui se fit mal à l’épaule. Coincée dans son manteau noir sous le drap blanc destinée aux passagers et mit à leur usage par la compagnie de transport, elle hésita longuement à se retourner sur sa minuscule couche servant de banquette quand ils ne dormaient pas et pour cause ! Elle n’était pas seule à user de ce moyen de transport aussi rapide qu’efficace en cette dernière journée de voyage.

L’homme qui l’accompagnait, car il avait évidement fallu que s’en soit un, était monté à une escale de la diligence faite le second soir de leur départ dans un petit village à une journée de la ville portuaire. Ce bled, dont la femme n’avait entendu goûte, s’était trouvé sur leur trajet à cause de la mauvaise météo rencontrée dans le chemin des cols. La pluie avait rendu la route impraticable, obligeant le conducteur, un grand chauve et barbu tout en muscle, à changer d’itinéraire plutôt que d’attendre une amélioration du temps. Jusqu’alors la dame aux yeux bleus avait réellement apprécié cette fuite, car il fallait qualifier les choses comme elles étaient. Sans cette stupide mésaventure avec le propriétaire de la salle de spectacle, elle serait encore là-bas à l’heure actuelle, dans un lit stable et rebondit, et non pas dans cet espace étroit avec un mec bizarre comme partenaire de chambrée.

Ce dernier avait l’air d’être un marchand, ou quelque chose de ce genre étant donné les vêtements qu’il abordait, à savoir de riches étoffes de lins et de soies superposées pour lui tenir chaud tout en exprimant sa classe sociale ou tout du moins ses moyens. Les cheveux bruns mi-longs et le visage angulaire, il semblait trop maigre pour ses habits, qui en réalité ne devaient pas être les siens à en juger par la jeunesse du regard vert amande qu’elle avait surprise. Fils d’un bourgeois ou d’un marchand du petit village sans doute, se rendant en ville pour une raison quelconque. Encore une histoire sans intérêt de la vie de tous les jours qui se finirait sans nul doute par des larmes et des cris. Combien en avait-elle vu passer des jeunes gens comme lui ? Ils venaient la voir, allant parfois jusqu’à se ruiner, pour connaître une dernière fois l’amour et la douceur. Témoin silencieuse de leurs détresses, de leurs peurs, de leurs pensées les plus inavouables, elle avait plus d’une fois entendue par la suite des nouvelles peu joyeuses de ses clients dans les lieux où elle avait travaillé : suicide, meurtre, fugue, et bien d’autres encore. L’on mettait dès leur plus jeune âge trop de pressions sur ces jeunes gens, comme sur les jeunes demoiselles bien sur, mais les femmes encaissaient bien mieux que les mâles.

Après quelques longues secondes d’hésitations, Amasa se redresse finalement dans les brusques mouvements de la diligence filant à travers une forêt en direction de sa dernière ligne droite jusqu’à son terminus. Si ses souvenirs étaient bons, ce qui était souvent le cas, ils n’allaient pas tarder à déboucher sur une plaine plus fréquentée et donc une partie du sentier mieux entretenue. Jetant un coup d’œil à son colocataire, elle vit sans surprise qu’il était réveillé et détournait sans doute pudiquement les yeux vers l’extérieur. Rejetant le drap blanc, la jeune femme s’assit et vint caresser son cou délicat et dénudé du bout des doigts. En tout cas la chose était claire : plus jamais de voyage en diligence ça non, elle préférait encore la belle étoile. Mais ce qu’elle préférait vraiment, était encore de ne pas voyager. Ses yeux fixés sur ses genoux, elle fût tirée de sa réflexion qui n’en était pas une par la voix du jeune homme.


[ ??? ] - Bonjour mademoiselle, avez-vous passé une bonne nuit ?

[ Amasa ] - Madame. Et non.

[ ??? ] - Veuillez me pardonner, madame, c’était une question indiscrète.

[ Amasa ] - Oui.

Pourquoi lui donner du « Madame » alors qu’elle n’était pas mariée ? Une petite astuce apprise grâce à sa maîtresse encore une fois, et qui savait refroidir les ardeurs des gens. Ainsi ces hommes voyaient-ils en elle une femme surement mariée, ce qui n’avait rien d’étonnant : qui à son âge serait encore célibataire ? Mise à part une fille de joie, ou une geisha, il n’y avait guère l’embarras du choix. Cette mesure de sécurité s’était bien souvent révélée salvatrice, d’où le fait de l’utiliser en permanence. Mais comprenaient-ils parfois, que son apparente froideur n’était en réalité qu’une tentative de dissimulation de sa propre faiblesse ? Amasa n’en savait rien, et si quelqu’un l’avait un jour comprit, il n’en avait pas touché un mot.

Sortant délicatement du parfum d’une poche intérieure, elle s’en aspergea les mains, puis passa celles-ci sur son cou. Bien entendu un bain l’attendrait surement à la Grue Argentée. Cette salle, ce cabaret plutôt, où elle avait donné une représentation, n’allait surement pas lui refuser un hébergement de quelques jours. Sans parler même de lui offrir un travail. Mais si tôt après cet éreintant voyage… Enfin elle verrait bien sur place. Les rayons du soleil s’intensifièrent à la sortie de la forêt, annonçant enfin leur descente finale vers la ville portuaire du Pays du Thé. Effectuant un virage derrière une colline, l’océan d’azur lui apparu enfin de nouveau. Elle aimait cet horizon si pur et parfait. Elle aimait surtout y observer le reflet des étoiles et de la lune la nuit, avant et après une représentation quand cela était possible.

Lorsqu’elle descendit de la diligence, un porteur affilié à l’entreprise vint se présenter de lui-même pour lui proposer de transporter sa valise jusqu’à l’endroit de son choix. Amasa accepta et guida donc sans préciser où ils se rendaient, le porteur jusqu’au cabaret. Le soleil s’approchait dangereusement du midi, la chaleur montait dans les rues. Après une demi-heure de trajet, son suivant était en sueur. Le pauvre bougre, un jeunot d’une vingtaine d’années aux muscles saillants, fatiguait de plus en plus, et cette fatigue ne le fit pas remarquer qu’ils avaient en réalité tournés en rond deux fois dans divers quartiers. Amusement personnel ou simple promenade plutôt, la jeune femme s’imprégnait de nouveau de l’air marin ainsi que de l’ambiance des lieux. Au bout d’une heure, elle s’arrêta enfin de tourner et donna son argent à son gentil porteur ainsi qu’un grand sourire sensuel. Se sentant content de lui, le jeune homme partit l’air heureux : le sourire de la geisha faisait ça sur les gens.

Un courant d’air transporta avec lui quelques odeurs épicées en provenance du marché du port. Des voix vibraient là-bas, alors que les marchands et les pêcheurs finissaient leurs pauses du midi et reprenaient leurs affaires. De son côté la jeune femme leva sa main et frappa comme à son habitude trois coups secs espacés d’une seule seconde. Avec le bruit autour d’elle, Amasa entendit à peine le loquet se lever ni-même le judas glisser sur le côté. Un homme aux petits noirs d’un marron si sombre qu’il semblait noir la fixa, à la fois étonné et content de voir cette belle femme revenir sur la pas de la porte qu’il gardait nuit et jour. La lourde porte en bois s’ouvrit sur le gardien et portier attitré.


[ ??? ] - Kasuka-chan c’est bien vous ?

[ Amasa ] - Oui. J’ai eu quelques ennuis, est-ce que je peux entrer ?

[ ??? ] - Bien sur faites comme chez vous, vous connaissez la maison.

Ni une ni deux, la voilà à l’intérieur des locaux pour le moment vides du cabaret de la Grue Argentée. Pour y avoir travaillé plus de six mois, en effet la jeune femme connaissait les lieux. Une odeur de produit nettoyant flottait dans l’air de la salle principale. Les chaises reposaient à l’envers sur les tables, alors que sur scène des techniciens semblaient vérifier du matériel. Rien n’avait changé ici. Ce n’était pas le lieu le plus prestigieux pour elle, mais il y régnait une ambiance très familiale, sans pour autant sortir du strict cadre professionnel. Le patron, un homme d’une cinquantaine d’années grisonnant et rappelant le vieux singe intelligent et moqueur était un homme honnête, du moins avec elle. Il l’avait employé, l’avait payé, sans chercher à lui faire faire ce qu’elle ne désirait pas faire ni même à profiter de sa situation pour baisser son salaire. Le contrat s’étant bien déroulé malgré quelques accrocs avec la clientèle, il avait été naturel pour elle de revenir ici plutôt que d’aller à l’hôtel qu’elle pouvait s’économiser. Et en parlant du vieux loup, celui arriva brusquement par la scène pour s’adresser aux techniciens.

[ ??? ] - Non non non bon sang ! Je pensais avoir été clair : une lumière tamisée. Vous ne croyez pas que blanche comme elle est elle ne ressortira pas assez bien peut être ?

[ ??? ] - Mais monsieur c’est qu’un nom de scène elle est peut être pas si blanche que ça !

[ ??? ] - Si si si, maintenant arrangez moi ça avant que je vous fasse manger vos casquettes !

[ ??? ] - Bien monsieur…

[ ??? ] - Et avec le sourire !

[ ??? ] - Bien monsieur !

[ ??? ] - J’ai pas dit de hurler !

C’est alors que le vieil homme aux yeux bleus délavés remarqua une sombre silhouette dans la pénombre de la salle. La première fois aussi, cette femme était arrivée ainsi. C’est pourquoi, marchant brusquement le long de la scène qui s’étirait jusqu’au milieu des tables, le patron du cabaret s’arrêta à son bord et déclara en plissant les yeux.

[ ??? ] - Kasuka-chan ? C’est toi brave fille ?

[ Amasa ] - Oui.

Ce n’est qu’après une bonne heure de discussions, où la geisha raconta son voyage et sa mésaventure dans la ville des montagnes que le propriétaire des lieux se laissa aller dans son siège en croisant les bras. Ils avaient descendu deux chaises, et buvaient un thé rafraichissant, bien utile par la chaleur de l’été. Des motifs ouvragés sur les côtés des rideaux lui renvoyaient une impression de bien être née de son expérience entre ces murs : le patron l’autorisa bien sur à passer quelques temps ici, jusqu’à trouver un nouveau travail. Et évidement, comme elle était une jeune femme travailleuse, il lui proposa une petite représentation surprise le soir même. Une proposition qu’elle accepta sans hésiter, alors même que son esprit avait été partagé durant le trajet : elle connaissait plutôt bien le public de cette ville et savait ce qu’il appréciait.

[ ??? ] - Ce sera un spectacle en deux temps : tout d’abord j’avais prévu une petite entrée un peu échauffante, dans laquelle je vais intégrer ton show en invitée surprise. Ensuite j’ai fais venir une demoiselle qui tranche un peu avec mon show habituelle mais qui a très bonne réputation. Elle s’appelle Shiro Kage, bien sur c’est un nom de scène. Je n’en sais pas plus mais il parait que c’est une très belle femme, je suis sur que les clients apprécieront cette nouveauté. Ca te va ?

[ Amasa ] - Oui.

Shiro Kage hein ? Amasa en avait aussi entendu parler. Mais elle ne bossait pas dans sa branche, où elle-même était connue. C’était plus du spectacle itinérant, jonglage équilibre ou des trucs de ce genre. C’était un pari risqué pour le vieux singe de changer ainsi de type d’intervenante : seul l’avenir nous dira s’il avait raison de faire ça. Invitant dans la pénombre la geisha à le suivre, le patron l’amena à sa loge qui n’avait pas eu de nouvelle occupante étant donné qu’elle n’était partie que depuis dix jours. Cependant le vieil homme s’arrêta sur la pas de la porte et se gratta la tête, tandis qu’un de ses employé amenait là la valise d’Amasa.

[ ??? ] - Au fait, euh, ce soir ce sera surement Shiro Kage qui logera ici. On va laisser tes affaires là pour que tu puisses te changer te préparer et tout mais… Faudra que tu vois avec elle d’accord ? On t’installera un second lit dans la pièce, sauf si vous voulez dormir ensemble bien sur.

Un regard en biais de la demoiselle le fit éclater de rire. Ah ces hommes et leurs blagues salaces. Malgré ça elle se mit à sourire en secouant la tête. Une fois la porte de la loge close, la belle dame se mit au travail, car s’était tout un art de prendre soin de soi. Les crèmes, les produits de beauté en tout genre, le maquillage. Et surtout, un bon bain chaud pour se détendre les muscles ! Lorsqu’elle fût dans son bain, la danseuse ferma les yeux et se repassa dans la tête toutes les soirées passées sur cette scène, ainsi que tous les spectacles et diverses représentations qu’elle avait effectuées. Dans son esprit commença à germer le déroulement du show de ce soir.

Bien plus tard dans la soirée, la femme aux cheveux de jais observe avec un regard neutre ne trahissant pas son amusement intérieur le vieux singe marcher de long en large dans les coulisses. Il stress, et pour cause, sa fameuse Shiro Kage est légèrement en retard. Il eut été de bon ton qu’elle se présente plus tôt dans la journée pour régler des détails d’ordres financiers, ou pour savoir si elle avait quelques demandes vis-à-vis du matériel, du son peut être ou que sais-je encore. Mais personne ne s’était encore présenté, et l’heure tournait. Les jours raccourcissaient mais le disque de feu se couchait à peine à l’horizon duquel aucune silhouette féminine ne sortait. De son côté Amasa était quasiment prête : elle discutait avec les filles qui allait l’accompagner et ouvrir son entrée. Bien sur, il n’était nullement question de les faire disparaitre de scène : elles allaient jouer ce spectacle avec la geisha de bout en bout, contrairement à la star de la soirée qui serait seule.

Par jeu, la jeune femme avait opté pour un ensemble noir avec bas résilles, une longue jupe fendue sur le côté et un corset noir. Un simple dessous extrêmement léger cacherait son intimité. Mais par-dessus ceci, la demoiselle portait un kimono blanc aux motifs floraux noirs. Elle voulait ainsi créer par sa couleur vestimentaire un contraste avec la deuxième partie du spectacle, plongée dans une lumière tamisée alors qu’elle-même allait être en plein feu des projecteurs. Enfin ce fût le moment de s’y mettre. Le patron faisait confiance à Amasa pour mener avec son brio habituel la première partie, tandis que lui allait atteindre des nouvelles de son artiste itinérante. Dans la salle le gratin de la ville, ou du moins ceux qui avaient été autorisés à entrer en ces lieux, attendait le début du spectacle en fumant, buvant, ou discutant tranquillement. Les lumières déjà faibles s’éteignirent alors et un projecteur éclaira le bout de la scène, ou un homme se tenait, bien habillé et souriant. Le micro à la main, il se lança dans son petit speech d’avant spectacle, l’histoire de chauffer un peu l’assistance, qui n’avait accordé que peu d’attention à cette intrus de dernière minute entrée dans la Grue Argentée. En coulisse le vieil homme était informé de la présence de son employée dans la salle, mais il n’était plus le moment d’intervenir pour aller la chercher : il devrait attendre la fin de la première partie pour ne pas déranger tout le monde.


[ ??? ] - Mesdames et messieurs, vous avez bien fait de venir ce soir croyez-moi. Car ce soir, nous avons le gratin féminin de la région dans cette salle ! Shiro Kage, grand artiste montante, nous a fait le plaisir d’être parmi-nous ce soir ! Mais avant de la rencontrer, une petite surprise pour vous… Vous l’a connaissez déjà, mais vous l’apprécierez toujours : la magnifique Kasuka Amasa, accompagnée des plus belles filles de la Grue Argentée !

D’un ample geste du bras, le présentateur désigna le fond de la scène qui explosa de lumière sous les sifflements du public à majeure partie masculin bien sur. Le projecteur au-dessus de l’homme au micro s’éteignit, et celui-ci sauta pour faire la place.

Alors que l’aveuglement provoqué par la grande décharge lumineuse s’estompait, tous purent voir apparaître sur scène trois femmes en kimonos unis blancs, totalement immobile dans des pauses rappelant des tâches du quotidien. L’une semblait nettoyer le sol, une autre faire la cuisine tandis qu’une troisième se coiffait devant un miroir imaginaire. Un filtre mobile passa sur le projecteur qui les éclairait, comme si celle-ci perçait les feuilles d’un grand arbre, une douce musique d’ambiance se fît entendre, rappelant allégrement le bruissement des feuilles. Cet étrange tableau prit vie avec un nouvel éclair de lumière, accompagnait d’un coup de tambour qui annonça le début d’une mélodie jouée sur le bruissement des arbres. Profitant de ce nouvel aveuglement, Amasa sortit avec panache de derrière le rideau, alors que ses trois acolytes se mettaient en mouvement dans les activités que leurs poses avaient évoquées.

Dansant comme à son habitude en première partie une danse traditionnelle que les trois femmes ne connaissaient pas et ne pouvaient reproduire, la geisha alla de l’une à l’autre sur la pointe des pieds. Une petite tape sur l’épaule, comme si elle les interrompait dans leurs travaux coutumiers. L’une après l’autre, les trois servantes, car dans l’idée c’était ce qu’elles représentaient, s’arrêtèrent et se levèrent, toutes tournées vers Amasa qui continua de danser d’un pied sur l’autre jusqu’à avancer tout au bout de la petite scène en longueur qui permettait aux danseuses de venir au plus près du public pour leur faire profiter de leurs charmes. Tout du long la musique avait continué avec douceur, créant pour beaucoup un sentiment de déjà vu, et du même coup, une impression de bien être.

C’est cet instant précis qu’Amasa choisit pour passer à l’offensive ! La musique accéléra brusquement dans un crescendo de tambours alors même que la maîtresse de maison tournait et tournait de plus en plus sur elle-même. Il y eut alors une série de flashs lumineux, comme ceux des appareils photos. De leurs côtés les trois danseuses s’étaient alignées sur une même ligne. Lorsque la musique arriva à son paroxysme, et tout dans le ton de ce mouvement tournoyant, une nouvelle explosion de lumière moins puissante permis à l’assistance de voir la geisha s’arrêter brusquement et laisser glisser le long de son corps son kimono… De leurs côtés les trois demoiselles avaient fait de même. Maintenant en tenue légère, les coups de sifflets fusèrent de plus belle pour accompagner cet excellent jeu de scène, dont la majeure partie avait été à l’initiative d’Amasa. Le vieux singe n’était pas très imaginatif pour les shows de ces employées.

Ce ne fût alors plus qu’une partie moins attrayante de la danse qu’affectionnait pourtant la jeune femme, et qui consistait à aguicher le client et à le faire rêver. Mais elle donnait l’impression d’y prendre du plaisir, par des coups de reins et des déhanchées plus ou moins extravagants que sa poitrine bien proportionnée mettaient en valeur. La danse s’acheva avec la musique faite de percussions dans une pose très attirante et provocante, à la limite du nue sans pour autant aller jusque là, car ce n’était pas la politique de la maison pour les spectacles spéciaux de ce genre. Une fois la prestation de Shiro Kage passée, si celle-ci venait bien sur la faire, il y aurait de toute façon les shows normaux de la soirée, avec des filles, déjà bien plus déshabillées que durant cette première partie de la soirée qui faisait bien plus appel à la suggestion qu’à des choses concrètement visibles. Son kimono blanc de nouveau sur le dos, Amasa félicita les trois filles, qu’elle connaissait depuis un moment maintenant pour leur prestation. Pour la geisha en tout cas, la soirée de scène s’arrêtait là et la suite se déroulerait dans la salle avec les clients. Elle était curieuse de voir cette artiste, qui avait été « invitée » à ce cabaret chic de la ville portuaire. Elle devait vraiment valoir le coup d’œil pour que le patron ait ainsi flashé. La jeune femme se changea prestement, et adopta sa robe rouge préférée, plaçant dans ses cheveux plusieurs rubans de la même couleur, et décidant de garder ses bas résilles.

Que pouvait bien faire une saltimbanque dans un cabaret ? Voilà une question, à laquelle elle allait surement trouver une réponse très prochainement.

MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Jeu 26 Aoû - 12:26


Si elle avait pu passer par la petite porte, elle l'aurait fait. Cachée dans la pénombre du côté spectateur, Aishuu déambulait sans se faire remarquer.

Cet endroit était malsain, dégageant toutes les pulsions masculines et les goûts du paraître des femmes. Tous étaient tirés à quatre épingles, figés dans une cette de norme qui choquait la femme de givre. Elle était devant une assemblée de silhouettes chics au porte monnaie plus garni que ce qu'elle pourrait toucher dans sa vie. La jeune femme fut prise au cœur de voir et de constater qu'il n'y avait jamais de juste équilibre dans le monde. Un sentiment amer l'envahissait dès qu'elle entendait ne serait-ce que leur rire forcé. Elle se mordit la lèvre inférieure, se demandant bien qui avait eu le toupet de lui demander de venir.

Ici, même les vraies étaient fausses...

Un homme, à l'allure impeccable et au cachet reconnu, avait remarqué l'entrée discrète de cette femme voilée. Il entretenait un attrait très particulier pour le mystère, et voir cette timidité candide dans un univers où montrer ce que l'on possède est une idylle de vie accentuait son envie d'en savoir plus. La cigarette tenue entre ses doigts, il la portait à ses lèvres légèrement retroussées, ornées d'une fine moustache roussie aux extrémité. Un sourire sournois s'incrusta dans sa peau une pointe bronzée. Ses petits yeux verts, dissimulés dans l'ombre de son haut de forme, ne lâchait plus d'un millimètre la progression du tissus noir qui volait. Depuis son rang de noble, il se leva, s'inclinant devant ses tables pour les quitter poliment, afin de répondre à son appétit vorace de curiosité. Dans son impeccable tenue noires sans le moindre plis, dont il retroussa les manches, il avait l'air d'un homme d'affaire. A la Harsène Lupin, il s'avança, prenant sa canne à la main, et chercha à approcher l'inconnue.

Le claquement des semelles confortables résonnait sur le bois ciré. Ce bruit se répétait presque à l'infini dans les oreilles de la jeune femme, ce qui avait pour effet de la contrarier. Elle se sentait vraiment mal à l'aise dans cette haute société bourgeoise dont elle ne connaissait que le goût de l'argent. Aishuu était perdue dans une spirale de mal être dans ce lieu... Sans qu'elle n'eut rien senti venir, une main vint se poser sur son épaule. Elle fit volte face, laissant paraître quelques unes de ses mèches blanches hors de sa capuche. Repoussant hâtivement l'indiscret, elle se recula agilement de quelques mètres d'un saut félin. Se rappelant d'où elle était, la jeune femme n'alla pas jusqu'à se mettre en garde, mais l'intention y était. En effet, il y avait vraiment une sorte de pression qui semblait chercher à lui enfoncer la tête dans l'eau, et elle ne le tolérait pas.

La saltimbanque se releva, levant un peu la tête pour dévisager l'homme qui l'avait interrompue dans ses pensées. Elle sentait l'intérêt des gens pour ce genre de scène, et elle ne comptait pas se donner en spectacle, ce n'était pas son heure. Balayant d'un mouvement ample sa cape, la femme de glace se retournant, lâchant un "Hm" de désapprobation, et elle se retira. Son dédain soudain l'avait troublé, et elle sentait déjà le contrecoup de l'influence du lieu. Il lui fallait de l'air.

Toujours le sourire qui lui écorchait les lèvres, déchirant son visage d'une sorte de sadisme maladif, il regardait la jeune femme s'en allait. Son visage lui était inconnu, mais il s'en fichait... C'était elle qu'il voulait.

La lumière s'éclipsa d'un coup, sauvant la poupée de porcelaine qui se mura dans le fond de la salle. Une énorme lumière, puissante et circulaire, se posa sur la scène, éclairant les pas du présentateur. Jamais Aishuu n'avait vu une chose pareille. Pour tout avouer, elle était horrifiée par une telle mise en scène. Elle se sentait rabaissée, bien que le but de la manoeuvre n'était pas celle-là à la base. Pour elle, c'était comme appeler la bête de foire et tirer le draps sur sa cage pour laisser les gens la violer de leurs regards salaces. Elle voulait de l'air.


[ ??? ] : "Mesdames et messieurs, vous avez bien fait de venir ce soir croyez-moi. Car ce soir, nous avons le gratin féminin de la région dans cette salle ! Shiro Kage, grande artiste montante, nous a fait le plaisir d’être parmi-nous ce soir ! Mais avant de la rencontrer, une petite surprise pour vous… Vous l’a connaissez déjà, mais vous l’apprécierez toujours : la magnifique Kasuka Amasa, accompagnée des plus belles filles de la Grue Argentée !"

Sur le visage de la saltimbanque se dessina un sourire de déception. Elle serait le monstre de la soirée, et le principal en plus.

[Aishuu] : "Amasa Kasuka..." répéta-t-elle à voix haute sans y faire attention.

Bien que son nom ne lui soit pas inconnu, elle ne connaissait absolument rien d'elle. En effet, dès lors où elle n'avait pas rencontrer la personne, les on-dit lui passaient au dessus de la tête. Elle remonta sa main pour tirer le tissus sur son visage, et s'en alla chercher une fenêtre.

La musique se leva sur la scène, ce qui l'arrêta dans sa quête pour avoir la politesse de regarder ce que faisait ses collègues. Rien que la mélodie était très entrainante et donnait l'envie de suivre le déroulement de ce qui se passait. La danse continuait de suivre les sonorités douces. Il y avait une femme qui ressortait parmi toutes les autres artistes : Aishuu comprit aussitôt qu'il s'agissait de la fameuse Amasa.


[Aishuu] : "Donc c'est une danseuse..."

La jeune femme habillée d'une manière à ressortir plus que les autres effectuait les pas d'une danse traditionnelle qui plaisait énormément à la saltimbanque qui avait l'air d'une sauvage à côté de ce raffinement cultivé. Et puis ce fut la chute...

[Aishuu] : "..."

La jeune femme tourna la tête, outrée de voir dans quel genre de lieu on l'avait convoquée. Plus elle passait du temps dans ce cabaret, plus elle regrettait de n'avoir rien à manger et d'être forcée de travailler pour gagner le minimum vital. Elle ne savait pas comment qualifier ses filles : étaient-elles vraiment des danseuses ? Pour elle, il s'agissait d'une imposture à l'honneur d'une femme. Elle se mordit la lèvre inférieure ne sachant plus quoi faire.

Mais son ventre lui était douloureux. Et les conditions difficiles de sa vie n'améliorait pas sa maladie... Elle lâcha un soupir, de toute façon, elle était là.

De l'autre côté du miroir, tout le cabaret s'agitait.


[?] : "Bon, la Shiro Kage par montrer son nez ?! Comment une artiste peut se moquer autant de sa prestation !"

[?] : "Mais vous êtes sûr qu'elle va jouer ?"

[?] : "Elle est dans le cabaret là !"

Dans les loges, cela commençait à chauffer, la jeune femme ne s'était toujours pas présentée. Celui qui avait les clef du lieu commençait à regretter son choix. Lui qui était si perfectionniste et recherchait le meilleur, le nouveau, afin de satisfaire sa haute clientèle. Faisant les cents pas dans les couloirs cachés du public, il râlait désagréablement.

[?] : "Ce cruel manque de professionnalisme sera la cause de son non-retour ici !"

[?] : "Donnez-lui au moins le bénéfice du doute..."

[?] : "Rappelle-moi qui tu es pour me conseiller ?"

L'employer se tut et parti exécuter son métier, qui consistait aux réglages de l'éclairage. Il ne savait d'ailleurs rien du numéro de la femme mystère, pas la moindre piste. De ce fait, il ne savait vraiment pas quelle couleur choisir, ni quelle intensité lumineuse. Il devait pour la première fois faire quelque chose à l'instinct, et non pas une commande préconçue de toute pièce par un artiste trop capricieux. D'un certain côté, il y trouvait son compte, puisqu'il n'avait pas peur du goût du défie.

De l'autre côté, l'homme entêté continuait de dévorer du regard l'inconnue. Cependant, ses invitées l'appelèrent de vives voix pour qu'il les rejoigne à table, puisque le spectacle avait commencé. C'était un homme qui aimait dominer... Ce genre de show ne le touchait pas, car il y en avait trop de présenter aux yeux de tous : il était du genre à préférer effeuiller les femmes plus couvertes, pour voir naître un voile rouge de gêne et de pudeur se dessiner sur leurs joues charnues. C'était cette perversion qui le rendait si intrigué par la femme encapuchonnée. En effet, bien que chacune des filles qui aguichaient le client soient particulièrement désirables, il n'en était moins touché, car il avait l'insatisfaction que ce moment ne soit pas privé. Néanmoins, à sa table, les femmes commentaient avec beaucoup d'enthousiasme.


[?] : "J'aimerai tant être si adroite avec mon corps..."

La musique continuait de plus belle, et Aishuu pouvait entendre les gémissements masculins d'un instinct primaire déconcertant. Elle voyait jusqu'à leur rictus d'excitation sur le visage. Pour elle, c'était sale. Elle n'était pas une sainte dans le genre, elle pensait même que ce qu'elle faisait été une regrettable imposture montée pour contenter plusieurs de ses vices, cependant, elle restait en elle, malgré tout, une certaine pudeur blanche.

Découvrant les aspects sombres du cabaret, elle s'étonna à entendre de l'animation dans un couloir reclus. L'agitation n'avait rien de la bestialité viril de là où elle se trouvait. Plutôt intriguée, la jeune femme alla jeter un oeil.


Le gérant du cabaret se retourna, sentant un regard indiscret. Il aperçu une femme emmitouflée dans son long manteau de tissus noir. Il se dirigea vers elle et sans réfléchir, meugla un...

[?] : "Pas de visiteur ici !"

Aishuu ne répondit pas, s'inclinant poliment pour se retourner. Alors qu'elle commençait à partir, l'homme continuait de s'égosiller.

[?] : "Qu'est-ce qui m'a pris de tenter l'audace avec cette fichue saltimbanque !"

La jeune femme fit volte face et se racla bruyamment la gorge, piquant du regard celui qui ne mesurait pas ses propos.

[Aishuu] : "Dans ce cas, je peux partir ?"

Un silence, mais brutal se fit entendre, et là, se fut le retournement de casquette immédiat !

[?] : "Oh ! Mais c'est Shiro Kage ! Bienvenue à la Grue Argentée ! Que de plaisir !"

[Aishuu] : "Ne flattez pas mon égo, il s'en portera mieux..." Elle commença à se retirer. "Je me présenterai directement sur scène, ne m'attendez pas avant."

Le gérant se mit à bouillir sur place tant ce comportement lui semblait misérable ! Il s'enfonça vers les loges, claquant avec force le battant de la porte en bois qui n'avait rien fait.

Spectateur de cet intermède, l'homme au haut de forme souriait...


[?] : "Une artiste... Pudique..."

Les lumières s'éteignirent un moment, s'endormant en même temps que la musique. Les danseuses disparurent dans le noir des rideaux sombres, s'enfonçant dans leurs loges. Aishuu ne put s'empêcher de saisir l'occasion. Elle se retourna, se redirigeant vers les loges, poussant avec féminité et délicatesse les gens qui voulaient lui interdire le passage, avec quelques pirouettes polies. Elle s'approcha de la danseuse qui avait le plus de cachet. Par réflexe, et par instinct, car elle n'était pas de ce beau monde, elle posa sa main sur son épaule.

[Aishuu] : "Amasa, j'aurais une question à te poser une fois que j'aurais fini."

La saltimbanque ne la vouvoyait pas, ce n'était pas pour elle un maque de respect : dans ce genre de profession, elle jugeait qu'on était tous frères. Elle semblait inquiète. La Pâleur se retira, se dirigeant vers la scène, mais elle vit aussitôt le présentateur arriver devant elle avec son micro. La jeune femme l'attrapa, et lui dit d'une voix claire.

[Aishuu] : "Si vous m'annoncez, je m'en vais. Je ne suis ni sourde, ni idiote, j'ai très bien entendu les propos de tout à l'heure."

Posant sa main sur son épaule, elle le recula pour passer devant lui. Une lumière tamisée éclaira sa montée sur le plancher lustré. Aishuu plongea sa main dans sa sacoche, attrapant des bougies et une boite d'allumettes. Ce geste fut camouflé par l'ampleur du tissus. Elle sortit ses bras blancs, posant délicatement les bougies de cire sur le sol, sur son chemin. La jeune femme redescendit ensuite chercher un tabouret, qu'elle revient poser au centre de la scène. En venant, elle alluma les bougies, laissant la flamme danser au bout de la fine baguette de bois.

En face d'elle, les spectateurs semblaient peu convaincus, ne serait-ce que par cette entrée sans annonce. Beaucoup se demandait
"Qui est-ce ?" d'autres étaient plus du genre à dire "Et qu'est-ce qu'elle fait là ?". Un ramassis d'épines dont la saltimbanque ne s'étonna même pas. Il n'y avait personne qui s'intéressait à elle, hormis l'homme au haut de forme...

[?] : "Elle a un certain toupet que je trouve appréciable."

Dès lors, sa table et les alentours se mirent à penser pareil, trouvant une recherche artistique au jeu de l'inconnue. C'était un pari osé...

Aishuu descendit sa capuche, laissant se découvrir sa blancheur lumineuse. Elle dénoua de deux doigts le nœud qui la tenait fermée. On pouvait découvrir une femme, naturelle, portant un kimono violet brodé. Ce violet ressortait, tranchant violemment avec le rouge sombre des rideaux. La jeune femme s'installa tranquillement, croisant ses jambes blanches avec une retenue féminine.

La jeune femme se présenta dans un attitude beaucoup plus humble et timide que les précédentes danseuses, cependant, elle n'avait pas le trac, c'était une manière de faire tout à fait légitime pour contraster avec le numéro précédent. Elle exprimait quelque chose d'inconnu ici : le naturel. Cette perle était une jolie femme, pleine de charme et d'atouts, tous jouissaient de l'honneur de n'être un artifice, c'était de la que naissait son charme. Avec douceur et délicatesse, elle se présentait, habillée, mais nue de son âme, à ses yeux méfiants qui n'aimaient pas les attitudes humbles.


Elle baissa la tête, laissant glisser ses doigts souples s'orientaient vers les rubans de tissus qui tenaient sa sacoche. Du bout des doigts, elle tira sur l'extrémité timide, pour ouvrir l'intimité de sa besace. Sa seconde main, salace, glissa en son sein, titillant l'objet qu'elle contenait. La jeune femme ressortit lentement un objet sculpté très travaillé, qu'elle remonta jusqu'à sa poitrine. Aishuu lança un regard indiscret à la foule en face d'elle, qui attendait l'instant où elle se déshabillerait. Ses deux améthystes fendirent les âmes qui croisaient directement les yeux des spectateurs, perforant jusqu'à la moelle leurs sentiments supérieurs. C'était à elle de les mettre à nu !

La saltimbanque s'immobilisa, la flûte figée sur son décolleté échancré. Sa blancheur naturelle la rendait rayonnante dans cette luminosité tamisée qui se voulait accompagnante. Elle plaça sa seconde main devant son visage, et lentement, la descendit pour pointer les critiques. Le hasard désigna l'homme à la moustache... Sur son visage s'afficha un rictus moqueur, et elle commença à rire...

Dans les coulisses, le gérant s'arrachait les cheveux : Shiro Kage faisait des injures à son auditoire...

Aishuu savait ce qu'elle voulait. Tous la regardaient enfin, intrigués, ou exaspérés, mais elle s'en fichait... Ce qu'elle désirait, c'était ce silence. Plus un souffle, pas même un battement de cils...

Ils avaient mérité de l'écouter... Précieusement, elle reprit la route de sa main, à destination de sa bouche. Ses lèvres s'entrouvrirent sensuellement pour accueillir à l'orée de leur peau claire le bec en bois de l'instrument. Cette embrassade sembla mettre une éternité à se produire, tant le désir de la voir brûlait les corps. Un souffle... Il n'en fallait pas plus pour sortir la première note tant attendue. Son pouce bloquait la touche arrière, tandis que son index se cantonnait au si. Un peu d'humanité, c'était tout ce qu'elle leur souhaitait.

Mais qu'avait-elle donc à donner ?

Elle n'avait que son cœur à livrer sur un plateau d'illusion. Piano ou forte, allegro ou lento, douce ou râpeuse, quoi qu'elle pouvait donner venait d'elle, du fond même d'elle, et non de sa beauté charnelle : il n'y avait pas d'intérêt à jouer de l'art sans âme pour elle. C'était faux, mais le sentiment de sincérité se voulait. En art, tout était faux.

Ses doigts dansaient un slow enflammé sur le corps raide de l'objet, tandis que les soupirs de la jeune musicienne laissaient chanter le bois. C'était comme si l'instrument remplaçait la voix de l'esprit même de la saltimbanque. La musique, l'ultime délivrance de tous les sens, gémissait d'une tendresse qui poignardait la raison des financiers. Suivant les pulsations de l'organe palpitant, les notes criaient leur sentiment, celui qui clamait son identité derrière le masque. Le visage fermé, les paupières baissées, Aishuu voyait pourtant mieux que jamais ce qui se cachait en chacun de son public. La mélopée les déshabillait un à un, à eux de se mettre en petite tenue. Elle faisait tomber les masques, pour les mettre devant le fait accompli : une nuée d'ombre sans âme, des hommes sans reflet, c'était tout ce qu'il y avait, tant leur fausseté avait tari leurs richesses. Au delà de la magie de ce qui naissait de ses lèvres, c'était une véritable accusation, sentencieuse et disgracieuse.


[Aishuu] : "Tout nait d'un beau silence... Merci..."

D'un coup, elle avait cessé de jouer, martelant en pleine spiritualité ceux qui avaient assisté à cette métamorphose totale de l'atmosphère du Cabaret. A présent, au delà des vagues d'excitation régnait une pudeur partagée et des regards intimidés qui glissaient au travers de la Grue Argentée. Aishuu replaça son héritage d'Orphée et se pencha pour ramasser son vêtement noir, dont elle s'étreignit intimement aussitôt. Le silence se murait dans les jeux de retenus qui s'instauraient. Pendant un instant, les spectateurs auraient pu dire "J'ai retrouvé Candide".

Dans son passage vers les quelques marchent pour quitter l'esplanade, le bout de sa cape éteignait chacune des bougies, cassant l'ambiance spirituelle et hypnotique. C'était là fin de la représentation, et le rideau se baissait.

Dans la salle, ce fut tout d'abord un étonnement général qui accompagna chacun des derniers mouvements de la jeune femme, puis, quelques susurres, qui devinrent murmures, pour terminer, à nouveau, dans l'arrogance des paroles prononcées haut et fort pour que tout le monde soit au courant de des dernières acquisitions du voisin. Réajustant sa coiffe sur sa chevelure impeccablement plaquée en arrière, l'homme souriait, encore, muet après une telle découverte. Cette fois, il en était sûr, il la voulait. Cette beauté simple et ce doigté de fée avait le mérite de le mettre dans tous ses états primaires refoulés jusque là.

La femme fantôme descendait, regagnait le couloir des coulisses. Elle s'arrêta alors devant le visage qui avait perdu des couleurs du gérant, et n'eut pour réflexe que de lui rire au nez. Voilà ce que c'était de critiquer le petit peuple. Alors qu'il cherchait à lui dire quelque chose, elle lui tourna le dos et releva la paume de sa main lui exprimant radicalement un "non merci" bien sec. En même temps, elle sortit de son sac son contrat de travail et le lui tendit.


[Aishuu] : "Je ne suis restée uniquement car c'était mon métier, je n'ai pas fait cela pour vos beaux yeux inquisiteurs."

Cependant, un éclair scinda la réflexion de la jeune femme qui se retourna instantanément vers le gérant du cabaret. Au fond d'elle, elle savait que le refroidissement de l'ambiance allait sûrement lui être fatal auprès des danseuses qui n'avaient pas fini, elles, leur contrat, mais d'un certain côté, la jeune femme leur riait au nez, car elle était triomphante. Au delà du primaire, elle avait su percer l'intelligence. Son regard perçant se dirigea droit vers les yeux de l'homme en face d'elle quand soudain...

[?] : "Shiro Kage est-elle encore là ?"

Toujours semblable à un manchot parmi ses pairs sur la banquise, l'homme se pointait à l'entrée des artistes dans le but d'avoir un entrevue sucrée avec la femme de givre. Ce culot plut au patron, mais pas à la jeune femme qui lui lança un regard glacial.

[Aishuu] : "Elle est occupée, veuillez d'ailleurs cesser de l'importuner."

[?] : "Shiro Kage, c'est notre plus gros client !" - lui lâcha à l'oreille le gérant.

Cette proximité soudaine eut don de l'irriter et elle passa sous son épaule pour passer de l'autre côté du couloir.

[Aishuu] : "Où se trouve Amasa ? Je ne vous demanderai rien de plus, si ce n'est que me respecter après ça."

Sceptique, mais ce disant que la geisha trouverait certainement les mots juste pour la convaincre de faire tant ce peu, il lui indiqua la loge autrefois prévue pour la saltimbanque. Sans un merci, tant la tension était palpable dans le couloir, Aishuu quitta le lieu avec un air hargneux, et se dirigea vers la pièce présentée. Face à la porte, elle cogna trois fois ses phalanges sur la bois brut de la porte.

[Aishuu] : "Une question, je n'en aurai pour plus longtemps."





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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Sam 28 Aoû - 14:30

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Une danse pour éveiller l’appétit mais des gardes pour l’en protéger, voilà ce qui était le mieux dans ce métier. Mais la peur que ceci se retourne contre elle était toujours là, présente, sous-jacente à chacun de ses pas en coulisse. Sa respiration calme ne trahissait aucunement son agitation quand à son ressenti sur son propre show : elle n’avait pas été géniale pour le coup. Il y avait eu une poésie, une image certes, la musique et le jeu de lumière avait parfaitement accompagné leur prestation sur scène mais, rien n’y changeait, elle n’était guère satisfaite. Malheureusement ce qui était fait l’était pour de bon, et pas question d’y retourner une nouvelle fois ce soir. Sa petite prestation allait lui payer une nuit ici et un repas froid, ce qui était amplement suffisant à son appétit de moineau et à ses besoins naturels.

De ses mains aux longs doigts et aux ongles parfaitement manucurés, la danseuse aplanit sa robe au niveau de ses hanches, et ajusta son corset qui engloba parfaitement sa poitrine tout en la cachant de façon suggestive. Devant sa coiffeuse elle se donnait une petite touche finale en utilisant quelques parfums sur son corps qui avait été au préalable séché et rapidement nettoyé par un passage éclair dans l’eau de son bain laissée pour l’occasion. Elle ne supportait guère de se sentir sale, depuis le temps où elle vivait dans cet obscur quartier entouré par la brume et habité par le diable. Cela lui rappelait qu’elle s’était élevée au-dessus de cette condition, au-dessus de son propre destin. Et quel aurait été ce destin, si elle s’était de nouveau retrouvée dans la fange et la boue ?

Lorsqu’elle referma son flacon de parfum qui répandit autour d’elle les effluves des fleurs de l’hiver contrastant à merveille avec cette robe d’un rouge sang qu’elle portait, Amasa s’immobilisa quelques secondes. Ses deux mains posées sur le meuble face au miroir, elle plongea ses yeux dans ceux de ce reflet qu’elle voyait, et dont l’indifférence marquée était aussi ironique que ce parfum qu’elle venait d’utiliser. Pourquoi diable fuir ? Pourquoi ne pas réussir à échapper à cette peur ? Son reflet non-plu n’avait aucune réponse à cette question. Sa tête s’abaissa, puis se tourna sur le côté, tandis que ses mains elles aussi accompagnaient son mouvement. Maintenant dos au miroir, la geisha vint se pincer l’arrête du nez entre les doigts tout en fermant les yeux : ce n’était pas le moment de se prendre la tête avec toutes ces questions, voilà ce qu’elle se dit.

C’est à ce moment là que quelques éclats de voix depuis les coulisses : Shiro Kage était enfin arrivée.

Cette nouvelle lui arracha un sourire et la lui fît quitter cette loge que de toute façon elle devrait surement quitter. En effet pour quelle raison cette femme aurait-elle partagé ses appartements de fonction avec cette geisha arrivée à l’improviste ? Bien que cela l’embêta de devoir prendre une chambre ailleurs, voir de dormir dans le dortoir avec les autres danseuses, c’est avec un air aussi calme qu’intéressé qu’Amasa fit quelques pas dans les coulisses et, au milieu de ces demoiselles et des danseuses, jeta quelques coups d’œil en direction de la scène et de la salle derrière elle, que l’on pouvait voir du coin des rideaux.

Blanche avait dit le patron du cabaret ? Il n’y avait personne dans la salle qui correspondait à cette description. La jeune femme soupira et s’assit sur une chaise qui traînait là, les jambes croisés. Son coude posé sur son genou servait à tenir son avant-bras à la verticale et à soutenir son menton. Autour d’elle, diverses danseuses allaient et venaient, se préparant pour la suite de la soirée qui aurait lieu après le passage de Shiro, si celle-ci daignait bien se montrer. Une de ces danses vint s’assoir près d’Amasa. Il s’agissait d’une jeune demoiselle aux lèvres pulpeuse et à la poitrine volumineuse pour son jeune âge. Brune, la vingtaine, elle avait des yeux marron et un nez fin et légèrement en trompette. Outre ce détail placé en plein milieu de sa figure malheureusement, elle n’en restait pas moins terriblement excitante pour tous ces mâles de l’autre côté de ce rideau. Les deux femmes s’entendaient plutôt bien, et la jeune considérait Amasa, et c’était un peu le cas de toutes les filles ici, comme sa maîtresse et une sorte de guide dans ce métier.


[ ??? ] - Vous croyez qu’elle va se présenter Kasuka-chan ?

[ Amasa ] - Oui.

[ ??? ] - Comment pouvez-vous en être si sûre ?

[ Amasa ] - C’est une professionnelle.

[ ??? ] - Si vous le dite. J’aimerais tant être capable d’être comme vous, être professionnelle dans mon travail et tout et tout.

[ Amasa ] - Si tu continues dans cette voix, il faudra un jour que tu te décides.

[ ??? ] - Me décider entre quoi et quoi ?

[ Amasa ] - Agir ou subir.

On appela la demoiselle un peu plus loin, et celle-ci se leva avec des étoiles pleins les yeux : c’était pour ces phrases, cette connaissance de leur métier et de leur monde, que les danseuses du cabaret de la Grue Argentée respectaient Kasuka Amasa. On sentait en parlant avec elle, que les choses n’avaient pas été faciles, que le métier de geisha était dur. Mais l’on sentait aussi à l’entendre, que tout était affaire de volonté, et que si celle-ci était présente, alors tout était possible. Evidement Amasa ignorait tout du rôle important qu’elle jouait dans l’évolution de ces filles : pour elle ça n’avait été qu’une discussion sur le pouce somme toute banale.

Tournant la tête sur le côté et tendant l’oreille, la jeune femme surprit comme d’autres filles quelques éclats de voix du vieux singe, qui tempêtait dans le vide contre cette femme absente. Mais ces mêmes éclats s’arrêtèrent vite. Venait-il de trouver une solution. Amasa tourna de nouveau la tête et observait avec attention les danseuses se préparer. Cette action habituelle de leur vie créait un mouvement qu’aimait contempler la geisha, comme si au-delà de ces mouvements l’immobilité des choses lui étaient difficilement supportable. Plongée dans ses pensées, elle entendit un bruit de pas sur le parquet derrière elle mais n’y prêta pas attention. Elle ne remarqua alors, qu’au moment où une main se posait sur son épaule, que toutes les conversations s’étaient arrêtées dans les coulisses.

Une voix, qui n’appartenait pas à celles qu’elle entendait d’habitude ici, s’adressa à elle.


[ ??? ] - Amasa, j'aurais une question à te poser une fois que j'aurais fini.

Surprise, mais pas au point d’avoir sursauté, la geisha se leva brusquement et fit face à une femme habillée d’un long manteau et d’une capuche cachant ses cheveux. Il n’était cependant pas nécessaire de la lui présenter : il devait s’agir de l’artiste tant attendue.

Mais avant qu’Amasa ou quiconque n’ait le temps de dire quoique ce soit, la femme encapuchonnée était déjà loin. Une question ? Et puis qu’elle était cette familiarité ?! Certes elle acceptait certains diminutifs, comme ici Kasuka-chan, mais pour une parfaite inconnue, la nommer ainsi par son prénom relevait presque d’une proximité indiscrète et qui, sans mettre en pétard la geisha, lui déplue fortement. Le regard tout de suite plus dur, les lèvres pincées, la jeune femme s’ouvrit un passage par sa simple présence jusqu’au fond de la pièce. Il s’y trouvait deux portes dérobées : l’une donnait sur le dortoir, l’autre sur un petit poste d’observation invisible depuis la salle.

Très utile dans ce genre de situation, Amasa se contenta de débloquer un loquet par une pression sur un point précis. La porte s’ouvrit et, comme elle n’était guère plus de bonne humeur, la jeune femme la referma derrière elle. Plongée dans l’ombre, elle monta quelques marches couvertes de feutre pour cacher ses pas et s’installa sur un siège ouvragé qui servait habituellement au vieux singe. Si l’on y regardait bien depuis la salle, on pouvait remarquer qu’il existait en fait une longue bande noire horizontale marquant la délimitation entre le bas du mur, et le haut. De là où elle se trouvait, cette bande noir se révélait en fait être un miroir sans teint. Comment observer avec tranquillité le show de ses employées, avait-elle dit au patron lorsque celui-ci lui avait montré l’endroit.

C’est donc avec une première appréhension dut à cette intrusion dans son espace vital que la dame à la robe rouge découvrit le petit manège de la saltimbanque. Les bougies, le tabouret puis la flûte. Elle alla même jusqu’à rire en lançant des regards moqueurs à tous dans la salle. Pour la geisha, cette fille avait un truc qui clochait dans sa tête cela ne faisait aucun doute. Pourtant, lorsqu’elle se mit à jouer, certains souvenirs lui revinrent. S’il était vrai qu’une geisha comme elle était bien le point culminant de la voie du corps, il existait bien des voies différentes. Il fallait être capable de laisser tomber ses défenses pour écouter et apprécier la musique que jouait avait entrain cette femme à la chevelure blanche incroyablement lumineuse et à l’allure provocante.

D’une certaine manière elle lui rappelait quelqu’un qu’elle avait connu, il y a de cela bien des lunes, et qui jouait également de la flûte sur scène lors de ses passages. Après quelques secondes, Amasa ferma tout simplement les yeux et écouta, cherchant à percer avec son cœur ce que les notes voulaient lui dire, ou leur dire plutôt.

La partie rationnelle de son esprit savait pertinemment que cela avait été une erreur pour le patron du cabaret d’embaucher cette femme. D’un autre côté, son cœur le remerciait de sa bêtise, car ainsi celle-ci avait de nouveau fait goûter à Amasa de la véritable musique, jouée avec son âme et non-pas son esprit. Les dernières notes s’achevèrent dans un silence aussi troublant qu’irréel pour un tel endroit. Elle aussi dans son petit compartiment restait silencieuse, ne sachant trop quoi dire ou penser de tout ceci.

Après une minute d’hésitation, et sentant qu’une partie de sa résistance mentale s’écroulait, Amasa se leva brusquement, le cœur au bord des larmes. Quittant précipitamment la pièce, elle reprit la direction de la loge. Les filles qui la croisèrent du regard détournèrent les yeux : il était déjà arrivé à la jeune femme, une et une seule fois, de pleurer en ces lieux, sans que personne ne comprenne pourquoi. Après cela, la geisha était restée coincée dans un mutisme hostile dans lequel personne ne devait venir la déranger. Vingt quatre heures plus tard tout allait parfaitement bien. S’enfermant sans délicatesse dans la loge, la jeune femme commença à rapidement ranger ses affaires de toilette. Son énervement n’était fait que pour l’empêcher de craquer, il s’agissait d’une dernière soupape de sécurité avant les larmes, qu’elle avait pourtant promis de ne plus verser.

D’un geste rageur, le revers de sa main gauche propulsa une brosse à cheveux contre le mur, puis elle s’assit de nouveau sur le tabouret et resta là, face à son propre reflet. La tête entre ses mains, elle se fixait, avec plus d’intensité que jamais, cherchant au fond de son regard cette flamme que lui avait décrite sa maîtresse mainte et mainte fois. Sans cette flamme, sans cette volonté d’exister en se laissant porter par les aléas de la vie, elle n’était plus rien. Alors quand elle se sentait mal comme maintenant, elle cherchait cette flamme. Et dans cette recherche son souffle se calma, ses épaules agités se posèrent, sa gorge serrée se détendit peu à peu.


[ Amasa ] - Tu n’es qu’une idiote.

Dit-elle à son propre reflet, se maugréant de son sentimentalisme trop poussé. Celui-ci la rendait instable, mettait son âme et son esprit en vrac. Elle se redressa, le dos bien droit, et arrangea ses cheveux tout en respirant calmement. La crise avait été contenue, et en posant sa main sur sa poitrine, elle sentit battre derrière ses seins un cœur calme.

C’est cet instant que saisit quelqu’un pour frapper à la porte. Derrière celle-ci elle entendit la voix de la femme blanche. Amasa se tordit les mains : si elle avait pu fuir de nouveau, courir et s’échapper, elle l’aurait fait en cet instant. Les lèvres tremblantes, elle inspira profondément en sentant son rythme cardiaque augmenter de nouveau. Elle se leva et se dirigea vers la porte, non sans un dernier regard vers le miroir. Ses yeux ne portaient plus aucune trace de son trouble précédent, et sa tenue était parfaite. Prenant son air le plus simple, naturel, et surtout calme au possible, la jeune femme ouvrit à l’artiste itinérante.

Être en face d’elle rendait les choses plus difficiles encore. Il faut dire qu’avec ses yeux perçants mais pas inamicaux, sa chevelure blanche spectrale, et sa tenue qui donnait l’impression à chaque instant que sa robe allait libérer sa poitrine, elle tenait plus du fantasme ambulant que de la femme simple et sans artifice qu’elle avait montré sur scène. Elles restèrent là pendant plusieurs longues secondes. Dans les coulisses les filles s’arrêtèrent une nouvelle fois de parler, attendant une réaction, que quelque chose se passe, entre les deux femmes. Ne souhaitant pas se montrer en spectacle, Amasa afficha un léger sourire pour cacher sa gêne et invita d’un geste la dame à entrer dans la loge.

Une fois entrée, la geisha referma rapidement la porte de la loge et resta adossée à celle-ci. Une question avait-elle dit ? Et bien soit, ce serait une question, après quoi elle quitterait surement la loge pour aller trouver une chambre en ville : le dortoir manquait trop d’intimité pour elle qui préférait dormir le plus souvent seule le soir, tant qu’elle ne travaillait pas. Shiro Kage était debout au milieu de la pièce, Amasa contre la porte. Elle aurait pu la féliciter pour son spectacle, user de toutes les politesses d’usages entre collègues, mais elle n’était pas vraiment sa collègue, loin de là. Aussi décida-t-elle de jouer son jeu de scène et d’être franche et directe avec elle.


[ Amasa ] - Une question.

MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Sam 28 Aoû - 17:09


Placée silencieusement devant la porte, elle attendait une réponse, même muette... Ici, dans ce cabaret nommé la Grue Argentée, elle n'était pas chez elle. Pendant quelques minutes, la saltimbanque avait su retirer du respect de cette foule agaçante, mais il n'y en avait pas mieux à tirer, même pas un quart de seconde supplémentaire. C’était trop leur demander… Lessivée, fatiguée par tant de comédie, la pauvre femme saturait de tant d'hypocrisie. Ce n'était pas son monde, ce n'était pas son univers. Elle avait beau se démener, ça coinçait. D'ici, Aishuu les entendait salir les uns, les autres. Son image, personnellement, peu lui importait, mais elle ne parvenait pas à comprendre que l'on puisse vivre dans une telle situation. Ca lui était insupportable. Littéralement, elle suffoquait : même l'air y était faux.

Autour d'elle, les danseuses s'étaient tus, sans doute vexées de voir l'ambiance ainsi refroidi. Ce silence contrastait nettement avec la multitude de plaintes de l’autre côté du rideau. La jeune femme n'en avait que faire, de toute manière, elle était venue pour faire ce qu'elle savait faire et non pas ce qu'on voulait qu'elle fasse. Malgré cela, l’ambiance parvenait à déteindre sur elle… Son visage autrefois si paisible était marquée par l'exaspération amère qu'elle éprouvait. C'était un réel dégoût pour elle que de pareil lieu de débauche. La Grue Argentée était un endroit dénué de la magie de l'art, seulement là pour assouvir l'excitation de quelques abrutis. Elle voulait de l'air.

Sa respiration devenait haletante, comme si peu à peu, ses poumons avaient du mal à se remplir… Ou était le bien dans ces maisons closes ?

De l'autre côté, l'homme à l'influence incroyable jouissait de ce petit spectacle très controversé. C'était toujours un plaisir de pouvoir arranger les situations de ce genre, ainsi, il passait pour un héro aux yeux de la petite artiste émue. Et c'était de cette manière qu'il leur arrachait leur voile de pureté. Ecorché vif par son sourire de pirate qui fendait son visage en deux au niveau de ses oreilles, il avait des airs déments, sous sa tenue de grand noble. Il se fichait bien du respect des femmes, c’était simplement sa manière de la pigeonner en beauté.

Autour de lui, il n’y avait pas autre chose qu’un genre de sarcasme constant. Rien de plaisant, ni d’agréable, mais tout droit sorti d’un banal passe-temps quotidien. Il y avait cette médisance courtoise qui continuait de jaillir des bouches putréfiées
.

[?] : "Quel culot !"


Comme c’était généralement le cas, c’était toujours les moins bien placées qui trouvaient de quoi redire. Celle qui avait porté ces mots était bien grasse, et bien boudinée dans un corset trop serré pour elle, ce qui avait effet d’amasser de plis de chair et de graisse à ses limites de dentelle. Elle réussissait à tacher l’emblème même de la beauté façon cabaret, entre le visible et le suggestif. Ecœurant était le spectacle des bourrelets qui s’entrechoquaient…


L'homme sourit, se relevant pour s'approcher de ces dames qui piaillaient. Il aimait les voir maudire celle qu’il convoitait, tant cela l’aidait dans sa démarche de séduction factice. Dans une démarche de Casanova retapé à coups de marteau, et rentrée dans un costume trop grand pour lui, il vint aborder ces médisantes. Rien qu'à sa vue, elles se turent pour l'admirer du haut de son noble galon. Il attrapa la main boudinée de l’affreuse riche et vint la baiser avec une politesse et une délicatesse raffinée.


[?] : "Mais Mesdames, d'où cette idée vous vient-elle ? Ne voyez-vous pas que cette femme sera la prochaine grande artiste ? Voyez comme elle a su s'imposer parmi vos belles attitudes. J'ai trouvé ça très beau."

Ses mots glissaient comme sur du cachemire, avec une douceur qui attendait un retour gracieux en réponse. Lui répondant d'un sourire pleins de dents refaites, les femmes acquiescèrent soudainement, passant ce message positif au possible autour d'elle. Dès lors où les gens savaient de qui ce message venait, tous étaient d'accord, et ils s'apprêtaient à faire connaître ce nom. Les murmures satisfaits filèrent...

Ils filèrent jusqu'aux oreilles du gérant qui se faisait du blé sur le dos des gens. Dans cette réaction inattendue, il fut comblé, son égo grossissait à vue d'œil. Il se frottait déjà les mains de ramasser les billets parfumés, de les tenir, les embrasser... Pour se faire, il voulut revoir l'artiste au départ dépeinte. Il se dirigea vers le couloir des coulisses pour l'apercevoir devant la porte de sa loge.

La porte s'entrouvrit calmement, affichant derrière la porte l'élégante geisha. Elle affichait un visage serein, qui alla jusqu'à sourire. Parfaite dans toutes ses attitudes, et ses manières, elle était là, resplendissante d'une beauté certaine, mais différente de celle de la saltimbanque.

Amasa l'invita poliment à entrer, et Aishuu suivit. Pénétrant la pièce meublée pour les exigences pointues des artistiques qui foulent ce lieu, la jeune femme n'en était pas plus à l'aise. Mais elle n'eut pas le temps de chercher, son visage redevint grave, et elle vit la femme au kimono rouge répéter.


[Amasa] : "Une question."

La fantôme posa sa main sur sa hanche et prit une profonde bouffée d'air, fixant la jeune femme dans le blanc des yeux. Ses améthystes sondaient son esprit, du moins, c'était l'impression que donnait ses iris, tant elles étaient profondes. A l'intérieur de la salle régnait un calme tendu tant l'atmosphère était palpable. Il y avait cette sorte de tension qui tiraillait le ying avec le yang. Gardant un mutisme profond, elle balayait l'envergure de la salle, en cherchant à comprendre ce qu'on pouvait bien aimer à ce genre de lieu. Le confort. Le luxe ? Elle ne savait pas tellement que pensait, car elle n'arrivait pas à se projeter dans leur tête.

Aishuu croisa solennellement les bras sous sa poitrine presque découverte, levant les yeux au ciel pour regarder la lumière. Cet instant ne durait que quelques secondes qui semblaient durer une éternité. La saltimbanque se décida donc.


[Aishuu] : "Es-tu réellement heureuse ?"

Puis, sans dire mot, sans attendre, elle se retourna, appuyant sur la poignée pour déverrouiller le loquet de la porte. Elle ajouta presque aussitôt.

[Aishuu] : "Une question. Je n'ai pas demandé de réponse pour le moment..."

Elle glissa son corps pâle entre la porte et le mur, quittant la pièce. La jeune femme referma la porte derrière elle et se retira, sous le regard des danseuses un peu trop indiscrètes. Peu importe ce que pensait cette femme connue dans son métier, elle voulait simplement comprendre le pourquoi de ce genre d'exhibition.

Le gérant voyait cette entrevue comme une aubaine. Il ne savait pas de quoi elles allaient longuement parler, mais il espérait que sa danseuse réussisse à convaincre la jeune femme que ce cabaret était le plus intéressant. Il fut alors effaré de la voir sortir aussitôt. Son regard suivait la progression du corps oscillant de la demoiselle, sans dire un mot... De toute façon, elle répondrait à l'appel. Elle était grassement payée ici.



La jeune femme remit d'un geste ample de bras sa cape sur ses épaules, baissant la capuche sur sa tête. Alors qu'elle rasait les murs afin de chercher son dû, elle s'arrêta devant le gérant...


[Aishuu] : "Puis-je avoir mon dû ?"

L'homme râla avec un sourire forcé de dessiner au marqueur sur le visage. Il se retira dans un endroit dont la jeune femme ne connaissait rien, et ne voulait rien en connaître. Revenant avec une bourse de tissus, qu'il posa au creux de la main pâle. Il fit une moue grimaçante, à chaque fois qu'on lui faisait retirer de l'argent, à tort ou à raison, cela lui pinçait le cœur plus que le deuil de sa propre femme. Dès lors, Aishuu s'inclina devant lui et continua son trajet, presque dos au mur pour ne pas se faire trop remarquer. Le gérant disparaissait quant à lui vers les coulisses...

[?] : "Très intéressant votre numéro."

L'homme mis sur son trente et un était là, la canne en appuie, face à elle, l'empêchant d'avancer. Il lui afficha un franc sourire répugnant de fausseté dont Aishuu ne pouvait respirer le parfum. Il s'approcha d'elle et posa sa main sur sa taille. Sans attendre, la saltimbanque le repoussa aussi vivement, le poussant avec force, un regard dédaigneux dans le regard.

[Aishuu] : "Partez !"

[?] : "J'ai dis beaucoup de bien de vous, et je vous ferais connaître."

[Aishuu] : "Partez !"

Il tenta de faire un pas vers elle, mais elle en recula de deux, avec un regard encore plus détestable. Cependant, il ne se décourageait pas, pour lui, rien ne devait lui résistait, tout devait se plier.

[?] : "J'ai les moyens vous savez... Et cette nuit est fraîche..."

La jeune femme ne répondit pas, continuant de déserter ce pervers qui n'avait pour lui que l'argent. Sans se dégonfler, il sortit une liasse d'argent bien épaisse et lui glissa dans le ruban de tissus qui lui servait de ceinture. Elle lui répondit d'un coup de coude dans le nez... Ce geste eut pour effet de faire reculer l’homme de quelques pas, la main sur l’organe douloureux.

[Aishuu] : "Mieux vaut mourir de froid que de rester dans une chambre souillée."


La vagabonde attrapa la liasse d'argent et la lança vers le couloir des coulisses, faisant valser les billets vers les danseuses qui semblaient surprises d'un tel comportement, mais pas moins contentes de pouvoir combler leur soutient gorge. Misérables insectes... Aishuu envoya un regard si noir à l'étranger qu'il aurait pu finir sa vie dans les ténèbres.

[Aishuu] : "Votre impolitesse sale éveille en moi des envies bien plus fortes que ce simple coups."

Outrée et plutôt vexée d'une telle attitude envers une femme, elle se résigna totalement, alors qu'un doute persistait, à dormir dans une chambre d'ici. Assassinant une dernière fois l'insolant d'un regard fou, elle ne pouvait plus supporter aucune chose de ce bazar. Bientôt, elle suffoquerait. Si elle restait ici, l’homme finirait probablement chœur dans une chorale d’enfants aux voix aiguës.


C'était impossible. Aishuu n'en pouvait plus. Elle aurait aimé fuir, disparaître même, jusqu'à défaire sa mémoire d'un lieu aussi souillant pour les âmes de son genre. Sa tolérance était totalement détruite, tout comme ses principes fondamentaux. Tout s'accumulait d'un coup : les masses noires informes de l'hypocrisie s'agglutinait, se collant sur son corps. C'était répugnant tant cette substance, pareille à des galettes de pétrole, tentait de violer l'orée de ses lèvres. Jamais elle n'avalerait un pareil déchet. L'image était vomitive...

De l’air, il n’y avait plus que ce peu qu’elle pouvait demander : de l’air, de quoi respirer autre chose que de la fumée, des cendres. Plongeant sa main dans son sac, elle sortit une longue aiguille pointue et un fil transparent qui trônait déjà dans le chat. Aishuu se mit à courir, évitant malgré tout les regards. La pièce semblait de plus en plus longue au faire et à mesure qu’elle cherchait à s’enfuir. La porte reculait, à vue d’œil, et les problèmes s’agglutinaient devant elle. Les gens se posaient vers elle, pour l’arrêter probablement, le personnel mais aussi les spectateurs. Elle ne voulait même pas savoir pour quelle raison. Elle voulait respirer, à nouveau, à s’en faire éclater les poumons.

Cherchant une issue, elle se retourna, et tomba face à ce pervers en bonne tenue. Rien que sa vue lui provoquait un effet répulsif. La saltimbanque commençait à paniquer, tant l’impression d’étouffer était présente. Peu à peu, elle semblait perdre la raison. Elle s’élança comme une furie, évitant avec une habilité vive, et une rapidité entrainée les gens qui se dressaient comme un mur devant elle. Seulement, quelque chose l’arrêta… Il y avait cet homme qui guettait à la portée, celui qui l’avait fait entrer. La jeune femme espérait de toutes ses forces qu’il s’écarterait.

Aishuu était comme un oiseau exotique que l’on venait d’enfermer dans une cage. Elle déployait ses ailes flamboyantes et se débattait pour tenter de retrouver la liberté qui lui laissait un goût de « pas assez ».


[Aishuu] : « Laissez-moi… S’il vous plait … »

La Satsubatsu prit appuie sur ses pieds, fléchissant les jambes, et sauta avec une extension remarquable, pour se pendre aux balcons désertés. Se laissant passer par-dessus, elle tourna une dernière fois la tête vers le couloir des coulisses, comme si elle cherchait du regard la geisha. Mais sans y porter plus longtemps son temps, elle s’élança dans le couloir, après avoir remarqué une fenêtre juste assez grande pour elle. Aishuu déverrouilla la vitre, la levant et lança son aiguille au loin dans les arbres, la laissant trainer le fil de force. Avec habilité, l’Améthyste noua le fil à la poignée et se laissa sortir, grimpant à deux pieds sur la toile d’araignée.

La funambule était presque libre, et déjà, elle pouvait jouir du parfum de fraîcheur qu’avait l’air nocturne, une saveur perdue le temps d’un show. Une inspiration profonde manqua de trahir son équilibre pourtant maitrisé, mais la surprise était si belle.

Derrière la fenêtre, la femme fantôme entendait le bruit de l’agitation, et, déjà sentait-elle les vibrations des doigts qui cherchaient à rompre l’équilibre si harmonieux. Elle se hâta donc, se mettant à courir avec une légèreté sylphide. Attrapant la première branche avec joie, elle se retourna alors pour tirer avec force sur le fil, le rompant net au niveau du lien. C’était un sourire soulagé qui resplendissait sur son visage pâle… Et elle s’éclipsa, tout en restant dans les parages, dans les feuillages noirs de la nuit.


[Aishuu] : « Kasuka Amasa… »




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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Ven 3 Sep - 4:16

3
S’il était vraie que l’originalité était une chose appréciée, il était aussi pleinement admis que les masses savaient se contenter de peu, du moment que peu on leur donnait. Une femme sachant faire partie de cette même masse, intégrée bon gré malgré dans un système dont elle était elle-même issue, avait tout intérêt à vite déterminer les priorités de son existence. Manger, boire, fumer quelques substances qu’elles soient illicites ou non, s’adonner à la débauche ou encore vivre heureuse en fondant une famille. Il y avait autant de priorités que d’êtres humains mais l’on pouvait dénoter des tendances créées par la société.

En tête de celle-ci, et plus instinctif que social, le désir de survivre. C’est fou ce que l’Homme est capable d’être inventif lorsqu’il se sent menacé de mort. Ensuite vient à peu près sur un même niveau, le désir de l’argent, et celui du travail honnête. D’un côté ceux qui gagnaient beaucoup, de l’autre ceux qui gagnaient peu. Mais parfois les désirs n’étaient pas toujours suivis de faits, et ce à cause des désirs substantiels. Les jeux, l’alcool, les femmes, et tout ce qui allait avec.

Pour une geisha, sentir ce que désirait son client faisait partie de son métier. Il fallait être capable de lire l’individu, de le deviner, pour ainsi être plus à même de lui offrir ce qu’il désirait. D’habitude cela marchait plus ou moins bien sur les femmes comme sur les hommes. Il était évidement plus dur de faire subir la même analyse à une personne du beau sexe à cause de la facilité qu’il avait à mentir.

Amasa savait mentir elle aussi, comme on le lui avait apprit avec tant de facilité. Lorsqu’on commence à réfléchir par soi-même, et à comprendre ce qui nous entoure, la question ne se pose même plus : mentir devient une garantie de survie pour une femme, ce qui explique qu’elles soient passées maîtresses dans cet art. Car il s’agit bien d’un art. Celui du regard, de la posture ou encore des paroles, des intonations, des mimiques et des sourires à adopter.

Devant cette artiste itinérante, cette saltimbanque, la jeune femme vêtue de robe rouge mentait dans son apparent calme. Epiant les faits et gestes de la femme à la blanche chevelure, il fallu attendre un peu pour savoir ce qui l’amenait. Pendant ce temps Amasa glissa quelque peu sur le côté, et retourna s’assoir sur le tabouret de cuir. Ses mollets la faisaient légèrement souffrir, elle avait un peu trop forcé durant la danse sans réellement se détendre les muscles après coup. Toujours faire ses exercices se maugréa-t-elle.

Mais enfin Shiro Kage se décida à parler, et à lui poser cette fameuse question qui l’avait amenée dans cette lige où elle devait normalement passer la nuit, mais qui apparemment ne semblait pas lui convenir à voir son agitation apparente entre ces quatre murs. Il faut dire qu’une fille de la campagne comme ça, ça ne pouvait qu’aimer les grands espaces. La jeune femme à la chevelure noire écouta donc avec attention, l’air franchement surprise par la teneur de la question.


[ Shiro ] - Es-tu réellement heureuse ?

Elle hausse un sourcil, cherchant sur le visage de son interlocutrice debout au milieu de la pièce une quelconque trace d’amusement. Mais sa question était visiblement sérieuse. Amasa aurait peut être prit le temps d’y répondre, et il y avait matière à disserter, si la flutiste ne prit pas la porte en cet instant.

Ce fût aussi simple que rapide en fait : une minute avant elle était là devant elle les bras croisés sur son opulente poitrine dénudée ou peu s’en fallait, et la minute d’après elle ne l’était plus. Shiro Kage referma la porte derrière elle, après avoir ajouté qu’elle ne lui avait demandé que l’autorisation de lui poser une seule question, sans vraiment attendre de réponse. Aussi Amasa resta seule avec cette question flottant dans l’air comme un oiseau volage.

Que pouvait-elle bien répondre à cela, dans l’idée ? En cet instant la geisha s’interrogeait en fait plus sur le pourquoi d’une telle question que sur sa réponse. Vu son sérieux, cela n’avait pas l’air d’une blague non. Peut être une façon de torturée une femme dont elle ne comprenait pas le métier et l’existence ? Cela aurait pu être ça oui, vu la façon dont elle avait méprisé la clientèle et manqué de peu de déclencher une émeute. Ou alors était-ce simplement la curiosité de comprendre, ce qui pouvait bien pousser une femme à vivre de cette façon. Si la question lui avait été adressé c’est parce qu’Amasa avait été présentée comme une star de la soirée, tout comme elle. Peut être se sentait-elle sur un pied d’égalité avec la geisha mais s’était sans commune mesure car leurs vies étaient différentes, de même que leurs publics.

La jeune femme se serait bien plongée dans la recherche d’une réelle réponse, si elle n’avait pas été dérangée par des cris de surprises et quelques sons de verre cassé dans les coulisses. Jetant un coup d’œil à la pendule murale, la demoiselle remarqua que cinq minutes s’étaient passées depuis que la saltimbanque était partie. Intriguée par ces bruits insolites dans un coulisse aussi réputée que celui-ci dans la ville portuaire, Amasa se décida donc à ouvrir la porte de sa loge, l’air totalement neutre et l’esprit actuellement vierge de toutes pensées.

C’est alors qu’elle découvrit un spectacle insolite : la fille aux yeux moqueurs semblait plus ou moins fuir le contact humain immédiat d’un homme en costume complet qui était venu la traquer jusque dans les coulisses. L’originalité attire les originaux, elle aurait le prévoir. Pourtant une fille comme elle devait savoir se défendre, et cela étonna assez la geisha de ne pas la voir en coller une bonne à ce blanc bec de la banlieue du Pays du Thé.

Après quelques phrases et un évident énervement, Shiro attrapa une liasse de billets que le riche homme lui proposait en échange de ses charmes pour la nuit sans doute. Etait-elle finalement raisonnable ? Elle le pensa pendant une seconde, avec un certain regret car elle aimait voir des comportements atypiques de temps à autre. Mais cette pensée fût immédiatement chassée par un nouveau retournement de situation : la saltimbanque se retourna et lança la liasse de billets dans les coulisses. Ce fût le signal de départ d’une débande tumultueuse entre les filles qui se trouvaient là pour récupérer le plus d’argent possible. C’était qu’on ne gagnait pas grand-chose à faire ce job mais, pour certaines il n’y avait plus que ça dans la vie, principalement par manque d’éducation.


[ Amasa ] - Shiro Kage…

Se murmura-t-elle à elle-même en voyant la fille un peu folle disparaitre en courant au diable on ne savait pas trop où. Amasa se contenta de sourire bien plus encore et de refermer la porte de la loge, s’isolant de la folie générale qui venait de gagner les danseuses un peu spéciales de la boîte. Il lui fallait se décider sur ce qu’elle souhaitait faire ce soir-là. Car après toutes ces incommodités, un peur d’air frais ne pouvait lui faire de mal. Mais cela voulait aussi dire, se soustraire en partie à la Grue Argentée et à sa clientèle qui n’attendait que de la voir de nouveau.

De nouveau assise sur le tabouret de cuir, la jeune femme réfléchit une nouvelle fois à la question qui venait d’être posée il y a de ça quelques minutes dans cette pièce où elle se tien. Le miroir ne continu que de refléter son propre calme et sa propre faiblesse derrière la façade, de telle sorte qu’Amasa finit par s’en détourner pour se lever brusquement et atteindre la penderie vide sur laquelle reposaient des cintres inutilisés. Sur l’un d’eux se trouvait malgré tout son manteau noir. La geisha vint en caresser l’étoffe amoureusement. Au final sa décision fût prise. Avec dextérité la dame aux yeux bleus se déshabilla prestement et abandonna sa robe rouge pour ses vêtements de voyage en tissu et en cuir. Le vent marin était froid, elle n’avait guère envie d’attraper mal.

Vêtue d’un pantalon de lin noir, d’une chemise blanche et d’une veste sans manche en cuir usé par le temps mais toujours aussi résistante, entourée d’une ceinture de la même matière à boucle d’acier et de spartiates, la geisha qui venait de retirer de son visage son maquillage mais qui gardait sa très grande beauté malgré tout, posa une nouvelle fois la main sur la poignée de la porte. Le calme semblait être revenu dans les coulisses, assez en tout cas pour qu’elle n’entende plus que quelques discussions à voix basse entre les filles depuis la loge.

La porte de sa loge s’ouvrit sans un grincement, et dans un souffle devant les filles ne virent que cette même porte se refermer dans un claquement égal à un courant d’air. Amasa ne croisa ni le vieux singe, ni l’homme qui avait importuné la saltimbanque affolée. Comme quoi la pression et le stress, ça se gérait et pas en improvisant une auto-thérapie, mais bien par un réel apprentissage de gestion de soi. Evidement, ça ne s’apprenait pas en claquant des doigts et il avait fallu bien des années à la jeune femme pour en arriver à sourire d’une question somme toute, sérieuse et donc la réponse pouvait être, passablement dangereuse pour sa propre santé mentale. La geisha atteignit la porte d’entrée et révéla son visage sous sa capuche ainsi qu’un beau sourire gentil au gardien qui la laissa sortir, non sans un haussement de sourcil. Cette petite était bien particulière et spéciale pour avoir le droit de sortir le soir alors que les rues n’étaient jamais vraiment sûres.

Mais là en l’occurrence elle avait envie de respirer l’air marin, ce qu’elle fit une fois le nez dehors. Remplissant ses poumons de la bise de la mer, Amasa se mit à marcher doucement, en rasant les murs, à l’ombre des lampadaires électriques et des quelques arbres demeurant dans la ville portuaire. Elle n’avait pas de destination précise et finie par se retrouver sur les quais vides. Peut de bateaux restaient amarrés la nuit ici : la ville était un port, et ne possédait elle-même que peu de transporteurs maritimes, contrairement aux diligences qu’elle avait en revanche de façon plus que fournies.

Un chat sauta d’une poubelle au loin, et renversa celle-ci. D’une réaction aussi animale que celle du félin, la geisha recula brusquement et se plaqua contre un mur de crépi, caché temporairement de la lumière de la lune par quelques nuages. Des voix d’hommes bourrés venaient par ici, elle devait immédiatement changer de bord. Et qu’est-ce qu’un homme soûl ne pouvait pas faire à part nager ? Je vous le donne dans le mille : grimper des arbres t les façades des maisons et des immeubles de quatre à cinq étages maximum ici.

C’est sur le toit de l’un de ces immeubles que la jeune femme s’installa. Le froid ne pénétrait pas son manteau et le silence était parfait ici, loin des bruits des hommes. L’endroit parfait pour se reposer cette question, qu’elle répéta à voix haute pour en apprécier tout le sens…


[ Amasa ] - Suis-je heureuse ?

Une question à laquelle elle n'avait aucune réponse facile : juste des vérités difficiles.

MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   Ven 17 Sep - 14:37


    Shiro ( Niveau 7 )
    : +0% Bonus Inclus
    : + 31 XP - 90£
    : +1 Réputation

    Kasuka ( Niveau 2 )
    : +0% Bonus Inclus
    : + 33 XP - 90£
    : +1 Réputation

    : Une mission originale et très intéressante où on ressent beaucoup l'implication de vos personnages. Attention toutefois à respecter un poil plus le cadre du forum. On évolue dans un univers beaucoup plus influencé par la culture asiatique que par le Paris des années 1900 =) ceci dit beau travail les filles.


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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] - [Menue Tâche] - Nées pour le Spectacle   

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