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 [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées

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MessageSujet: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Lun 13 Sep - 8:08

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Chapitre 8 : Les liens du coeur
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[Kaishin] : « Et si elle était ce papillon ? »

C’était comme un doux aparté musical qui résonnait dans le silence nocturne. Les doigts du piano virtuel tapaient les dents d’ivoire et d’ébène avec une mélancolie triste. Le soliste fictif se laissait aller au gré de ses pensées, vaquant entre le sombre et le noir. C’était comme une ode funéraire à la fougue de la jeunesse, et un blâme engagé contre les ravages de Chronos. Terrée dans un silence réel faussement mêlé de musique, Aishuu était accroupit, les genoux sous son menton, et la tête bien ailleurs… La pulsation battait dans sa tête avec autant de lenteur que les soupirs agonisants de Zéphyr.

En réalité, il n’y avait rien ; pas même le vent pour renouveler la fraîcheur. C’était comme si la nature elle-même avait coupé sa respiration, le temps d’une réflexion, ou d’une crise de panique. L’atmosphère était assez pesante, de par la chaleur de la journée qui s’affaissait lourde, et qui asséchait les muqueuses, sous la lourde couche nuageuse. Tout semblait palpable, même l’air était matériel.


[Aishuu] : « Et si elle aussi, allait mourir demain… »

La saltimbanque se perdait dans un méandre de pensées plus amères que sucrées, un peu lointaines, à l’époque où elle n’était qu’un fantôme égaré… L’âge bête, où même ceux qui sont censé être mûrs paraissent sots. Elle songeait, à sa vie précédente, avec du recul. Tant d’images, tant de souvenirs, et si peu de raisons. Aishuu ne savait pas réellement, elle-même, pourquoi elle était partie si profondément dans le rivage des cimetières.

Il avait fallut une nuit, et un égaré, pour dicter à jamais la vie de la condamnée. Il n’avait fallut que ce peu, cet instant où la coïncidence avait menée une solitaire triste face à la bonne humeur personnifiée. Le temps d’une rencontre enfantine que le Destin avait décidé de coucher éternellement sur le papier, gravant de sa plume les deux mémoires à vif.

Jusqu’à présent, la jeune femme n’avait jamais vécu à nouveau ses moments, les conservant avec son âme d’enfant écoeurée. Mais ce soir-là, elle était retombée dans l’abîme des souvenirs, et peu à peu, la perception de tout changeait. Sans le vouloir, elle déformait son passé, de pensées folles ou raisonnées, qui n’étaient pas en adéquation à l’instantanéité du vécu. Modelant à sa guise le sentiment de vrai, et la sensation des évènements, Aishuu sombrait de plus en plus dans un coma cérébral.


[Kaishin] : « A demain, je l’espère… »

La jeune femme sursauta d’un bond, comme si elle s’était assoupie durant un film. Au-delà de sa réflexion, le fil de son passé continuait de se défiler. Qui était-il ? Cet enfant aux cheveux de feu, qui jonglait avec le danger sur et hors de la scène. En garde au beau milieu d’un désert de vie, la voyageuse sourit devant son étourdissement.

[Aishuu] : « Il n’est pas bon nager dans un fleuve à contre courant… »

Glissant ses longs doigts souples dans ses cheveux, elle leva un regard timide vers la lune.

[Aishuu] : « Une fois de plus, ce sera la belle étoile… J’ai décidément abandonné le luxe ! »

Souriante et moqueuse à son propre écart, la jeune femme se posa à nouveau le masque de la sérénité sur son visage clair. La solitude était un beau moyen pour nourrir les illusions de bien être et jouer la comédie à soi-même. Ces derniers temps, Aishuu excellait dans ce domaine. Ses doigts glissèrent dans ses cheveux.

Il y avait ce silence permanant, le seul compagnon de voyage que connaissait parfaitement la saltimbanque et qui, jusque là, ne se montrait qu’une compagnie physique et calme. Cependant il y avait quelque chose d’artificiel et de surfait dans ce mutisme général. Les oiseaux semblaient muets, le vent est inexistant, et la nature semblait déjà dormir depuis que le soleil avait déserté le ciel avec une hâte non négligeable.


[Kaishin] : « Bonsoir, papillon aux ailes violines… »

Dans son entrée théâtrale, le jeune homme ne pu s’empêcher de laisser paraître sa fierté sur son visage. Depuis sur la branche qui était au dessus de la tête de la voyageuse, se tenait, triomphant, adossé au tronc, l’homme aux cheveux de flammes. Il avait, au-delà de son sourire heureux, une sorte de timbre grave posée sur ses épaules. L’Ambre regarda la Pâleur hivernale, et ne la quitta plus dès lors. Il se pencha lentement, s’allongeant sur la branche pour caresser du bout des doigts les cheveux blancs de la demoiselle. Kaishin huma tendrement les effluves de son parfum, en s’enivrant l’âme dans tous ses état.

[Kaishin] : « Tu m’abandonnes encore une fois, Ai ? »

Il laissa le dos de sa main caresser sa joue, puis fit glisser ses doigts sur sa peau lisse. Ce contact frais lui manquait depuis longtemps. Malgré la tendresse de ce geste, son sourire s’estompa peu à peu de son visage. Ses yeux ambre se fermèrent, et il glissa un soupir. Il se laissa tomber en quelques centièmes de secondes, pour se retrouver dans le dos de la jeune femme. Le saltimbanque enlaça le corps du Rayon de Lune et la bloqua dans une étreinte puissante.

[Kaishin] : « Je ne veux pas te laisser partir… »

Aishuu frissonna en se rendant compte qu’elle était depuis un moment observée. Néanmoins, elle ne voulait pas se retirer, et la chaleur de la main de cet homme venait panser ses quelques plaies. De la compagnie. Elle se laissait porter dans un climat qui lui était agréable.

La tournure que prit la situation par la suite réveilla son attention. Elle écarquilla les yeux, cherchant à se détacher de cet enlacement déstabilisant.


[Aishuu] : « Lâche-moi… »

La voix autrefois si claire résonnait avec une certaine froideur et une nonchalance qui choqua l’homme de cirque. Il maintenait sa force pour la contenir, mais avec moins d’ardeur. Il ne s’en était pas souvenu de cette manière…

Le passé avait-il déformé la réalité ? Parfois, il se demandait si ce n’était pas son attachement qui avait sublimé l’image qu’il avait de la femme qu’il tenait contre lui. Il ne comprenait plus pourquoi il était venu la chercher. La jeune femme était si belle et radieuse dans son esprit, pourquoi était-elle si froide ?


[Aishuu] : « Privilégie la boue à l’eau… La terre est plus sûre que le perchoir que tu as choisi. »

Cette phrase vint heurter sa mémoire de plein fouet. Il avait oublié certains détails, il en avait oublié l’amertume qui découlait des mots de l’enfant qu’elle était, le soir où elle l’avait sauvé. Elle était si froide, si fermée. C’était une fillette perdue et crainte… Et si elle n’avait jamais été celle qu’il attendait depuis des années ?

Il se figea un moment…


[Kaishin] : « Qui es-tu ? »

Où était le papillon qui croyait pourchasser ?

De son côté, la femme de glace demeurait muette. Elle était entre un méandre d’incompréhension, et une once d’agacement. Il se faisait déjà un temps qu’elle avait refusé toutes contraintes, et toutes chaînes, pour entraver le peu de liberté que la nature voulait bien lui accorder. Mais lui, contrairement à elle, cherchait à s’attacher, comme le lierre à la recherche d’une pierre… Il ne voulait pas la comprendre, mais elle ne voulait pas non plus chercher à voir le pourquoi de ces actes.

Les mots de Kaishin coulaient dans son oreille comme un épais miel sucré qui l’écoeurait. Les questions lui venaient-elles ainsi, sans prévenir ?


[Aishuu] : « Depuis quand tu étreints quelqu’un pour lui demander ensuite qui il est ? Ce n’est pas un geste à faire avec les inconnues. »

Le jongleur grimaça, posant son menton sur son épaule, pour se camoufler dans sa chevelure. Son parfum montait à ses narines dans une languissante danse d’arôme. Elle sentait aussi bon que les succulents délices que renfermait le pays.

Mais la musicienne s’impatienta, et chercha à sortir du piège par la force. Bien qu’elle apparaisse comme une femme frêle et fragile, Aishuu avait un autre côté de son visage beaucoup plus belliqueux. Mais, alors qu’elle esquissait un coup de coude dans le creux de l’estomac de son assaillant, quelque chose se passa.

Au-delà d’être un homme transcendé par le cirque et ses folies, Kaishin s’avérait être un véritable membre de la troupe des Kitsune. Il s’élança sur le flanc de la jeune femme, glissa sournoisement sous son coude. Il posa ensuite sa main sous l’aisselle du bras offensif, et serra sa poigne sur le poignet de son autre main, pour venir plaquer la jeune femme contre le ferme pieds d’un arbre, avec une vitesse déconcertante.

Aishuu fit le grand silence, totalement étonnée par ce qui venait de se passer. Elle regarder la musculature de l’homme face à elle, contractée, et cherchait à éviter ses yeux. La position ne lui était pas à son aise. Bien au contraire. Elle savait qu’il ne lui fallait qu’un regard pour succomber.


[Aishuu] : « Laisse-moi… »

Le son de ses mots s’étouffait à peine sorti du creux de ses lèvres. Immobilisée dans une situation inconfortable, elle se mordit la lèvre inférieure en signe de gêne. Cependant, la violence du placage sur l’écorce avait relancé ses synapses qui s’étaient jusqu’à présent faits discrets. Tiraillée entre la douleur et l’embarras, elle cherchait un moyen de quitter cette scène qui n’avait rien de spectaculaire. Elle ferma les yeux pour être certaine d’éviter de croiser son regard.

Le jeune homme maintenait la pression sur le corps de la saltimbanque, négligeant les tremblements de son corps suite à la douleur qui s’éveillait dans son dos. Contrairement à elle, il la fixait, sans arrêt, dans le blanc de ses yeux fuyants. Il voulait se nourrir des illusions, il voulait être un enfant devant un magicien, et non pas un adulte qui cherchait le « truc ». Néanmoins il y avait une ouverture dans la garde de son opposante, une erreur fatale qu’elle n’aurait pas dû faire. Voir ses yeux clos lui retira un sourire…

Lentement, il s’approcha de son visage, soufflant un air chaud au creux de son cou pour lentement remonter vers sa joue. Il acheva son ascension au niveau de ses lèvres, sur lesquelles il vint s’apposer avec douceur.


Le moment figea les deux corps dans leur attitude. Kaishin avec l’air moqueur et satisfait, et Aishuu dans une sorte de crispation tendue.

Complètement bloquée par Kaishin, la jeune femme n’arrivait pas à trouver une échappatoire, et, peu à peu, ce sentiment d’emprisonnement la renvoya vite à l’état d’oiseau en captivité. Elle battait de ses ailes pour tenter de sortir, mais les barreaux froids arrêtaient toutes ses ardeurs. Tout ce cinéma ne servait à rien, si ce n’était à relancer la douleur et à se faire maltraiter les poignets fragiles qui lui étaient si précieux. Elle relâcha les muscles de son corps pour tenter de reposer ses derniers, qui avaient tendance à s’endolorir. Malgré tout, le baiser ne cessait pas.

Le jeune homme était plutôt fier de lui, et profitait pleinement de cette étreinte quelque peu forcée. La texture des lèvres d’Aishuu l’avait réellement manqué, et elle avait un goût de pas assez très additif. Un peu sucrée et fraîche, elle était douce et tendre, au-delà de sa personnalité si acerbe. C’était un régal pour l’âme fantasque du saltimbanque. Il était dans un tel état de jubilation… Et puis, il était conscient qu’un geste de ce genre, d’une seconde ou de dix minutes, lui vaudrait une belle gifle, alors autant se procurer les dix minutes pour la même sanction.

Malgré ces comportements opposés, il y avait une sorte d’harmonie. Quoi qu’il en soit, Aishuu et Kaishin avait toujours été l’extrême contraire de l’autre, et ce, depuis toujours. La candeur et l’amertume, le fidèle et la libertine…

Elle sentit la pression se desserrer sur son poignet. D’ailleurs, ce dernier tomba presque automatiquement, ballant, une fois lâché, car Aishuu avait totalement cessé de se tenir. Sans vie, sa main se balançait au rythme de sa respiration… Puis ce fut le tour de la seconde. Mais le baiser ne prenait pas fin.

Il avait déjà plissé les yeux, attendant le coup qu’elle allait lui asséner de rage. Et il attendait… Mais le baiser ne cessa pas. Il ouvrit un œil, timide, s’attendant à se le faire noircir violemment, et il fut surpris de voir que la jeune femme n’avait pas bougé. Ce fut un ricanement intérieur…

Cependant, Aishuu avait très bien compris ce qui se tramait dans la caboche de son ami d’enfance… Et à l’instant même où celui-ci se sentit rassurer, elle lui balayait les deux jambes pour le mettre à terre. La musicienne posa son pied sur sa poitrine pour le maintenir au sol.


[Aishuu] : « Taiji ne t’a pas enseigné comment être un gentleman ? »

Kaishin lui fit son plus large sourire et inclina la tête… La jeune femme ne comprit pas sur le coup.

[Kaishin] : « Tu ne veux pas avancer d’un pas ? Je loupe la vue là. »

La Satsubatsu baissa la tête et regarda son kimono, et le regard du jongleur sur ses jambes, la vue étant malheureusement coupée par un pend de tissus… Un sourire violent vint se dessiner sur son visage, alors qu’elle s’accroupissait sur lui pour empoigner sa gorge.

[Aishuu] : « Je t’interdis de jouer à ça avec moi ! »

Dans sa posture agressive, la musicienne fronça les sourcils avec un air peu enclin à la conversation. Plutôt irritée par ce geste impromptu, Aishuu se recula, lâchant son emprise sur la jugulaire de son précédent assaillant. Elle prit soin de placer une certaine distance entre lui et elle. Elle plaça en guise de rempart sa main, ouverte derrière son bras tendu devant sa poitrine, comme pour se cacher derrière. Ses phalanges étaient la derrière cachette qui la protégeaient de Kaishin.

Le silence s’installa dans un climat de tension tendue. La jeune femme se montrait plutôt réticente rien qu’à l’idée de regarder l’Ambre. L’homme à la chevelure de flammes se releva le buste, s’appuyant au sol de par ses avant-bras. Il ne voulait pas la quitter du regard. Alors que son autre main glissait sur son cou au niveau des strangulations violentes de sa « compagne », mais son sourire ne s’estompait pas de son visage au teint halé.


La saltimbanque se mordit doucement la lèvre inférieure en inclinant légèrement la tête sur le côté pour éviter le contact direct. Remarquant la nouvelle ouverture qu’elle venait d’offrir, elle ajouta aussitôt.

[Aishuu] : « Si tu retentes quelque chose, je te jure que je te laisse ici pour mort. »


Le jeune homme se mit à rire, passant une de ses mains dans ses cheveux longs. Finalement, elle n’avait peut-être pas tant changée. Peut-être était-elle simplement devenue plus maladroite. Il se releva alors d’un bond, et s’inclina devant elle avec majesté.


[Kaishin] : « Je me demande bien pourquoi tu te braques autant, Chou. Laisse un peu ton instinct reprendre le dessus. Tu réfléchis trop. »

Il avança d’un pas, mais Aishuu le regarda avec un air si dédaigneux qu’il se mit à hésiter. La jeune femme soupira…

[Aishuu] : « Pourquoi es-tu là au fait ? »

Kaishin continuait de sourire…

[Kaishin] : « Je te cherchais, car tu es partie un peu vite hier. Je voulais savoir si tu voulais faire un bout de chemin avec nous. »
La jeune femme fut surprise, laissant sa main tombée sur le côté de son flanc.

[Aishuu] : « Un bout de chemin ? »

La saltimbanque sourit, fixant avec une toute autre attitude le jeune homme. Elle s’inclina alors, et elle ajouta.

[Aishuu] : « A condition que l’on garde nos distances. »

[Kaishin] : « D’accord… »

Aishuu se rapprocha de Kaishin et vint embrasser son cou afin d’évacuer la douleur qu’elle lui avait infligé. C’était une femme particulièrement inattendue. A peine avait-elle parlé de distance, qu’elle se retrouvait encore plus proche qu’elle ne l’avait jamais été avec lui. Cependant, il ne refusait aucun de ses gestes.

Après cela, la musicienne esquissa un petit pas de danse enjoué avant de s’amuser autour du jeune homme.


[Aishuu] : « Avec grand plaisir ! Que voulez-vous faire ? »

[Kaishin] : « Naho est impatiente de te revoir, ainsi que Taiji. Tu leur as plutôt fait bonne impression tu sais. »

[Aishuu] : « Je suis impatiente moi aussi. J’espère que tout va bien de votre côté. »

[Kaishin] : « J’osais espéré que tu aies compris que tu étais de notre côté. »

Brusquement, la saltimbanque changea totalement de sujet, comme si elle voulait éviter cette conversation.

[Aishuu] : « M’accompagnerais-tu cueillir des herbes ? »

[Kaishin] : « Toujours avec ton impromptu rituel ? »

La jeune femme se contenta de sourire amicalement, s’élança en tête de file, se dirigeant presque en sautillant vers l’endroit où elle voulait aller.

Alors que tous deux prenaient la route en silence, il y avait une certaine gêne qui commençait à s’instaurer entre eux. Le jongleur attendait que l’occasion se présente à lui de lui poser une certaine question, et quant à Aishuu, elle cherchait à ne pas avoir de nouvelles conversations désobligeantes. Cependant, elle n’avait pas pensé que son absence de paroles laissait champ libre pour l’ambre de choisir celui de son bon vouloir. Alors que la jeune femme tournait au détour d’un arbre, le saltimbanque laissa entendre qu’il voulait lui demander quelque chose. Au départ, elle fit semblant de ne rien remarquer, cependant, elle savait pertinemment que Kaishin la connaissait… Mettant fin à son avancée, elle s’arrêta, retournant ses talons vers l’homme…

[Aishuu] : « Qu'y a t-il ? »

Il se réjouit de voir qu’il allait encore l’amener là où il voulait. Elle ne réagit pas à son erreur…

[Kaishin] : « Ou étais-tu hier soir ? »

La jeune femme fit une moue ennuyée…

[Aishuu] : « Nulle part, pourquoi ? »

[Kaishin] : « J’ai entendu dire qu’il y a eut un drôle de d’évènement hier soir au cabaret… »

La Satsubatsu baissa la tête, se mordant la lèvre inférieure avant de reprendre son chemin sans rien dire. Malgré cela, la Flamme ne lâcha pas le morceau, s’approchant de la femme de glace et répétant plusieurs fois sa précédente question.

[Kaishin] : « Alors ma belle, où étais-tu ? »

L’Améthyste lâcha dans sa marche, mâchant des mots, marmonnant à moitié, en accélérant le pas…

[Aishuu] : « J’ai loupé une prestation… »

Il y eut un silence de plus, un silence qui n’était pas moqueur, bien que l’expression du visage de Kaishin pouvait le laisser penser. Il accéléra lui aussi un peu, car Aishuu tendait à le semer.

[Kaishin] : « Je sais ce qui s’est passé, moi. Et tu n’as rien loupé. »

La Pâleur sursauta et se retourna brusquement. Le jongleur n’ayant pas prévu cet arrêt soudain se heurta brutalement à elle, appuyant sur son dos douloureux. Les yeux de la jeune femme s’écarquillèrent alors que les maux se réveillaient dans sa chair. Elle trembla, baissant la tête sur le sol, le poing serré comme s’il pouvait contenir tout ce qui l’agitait avec violence.

Kaishin fut alors très mal à l’aise, s’élançant vers elle pour renforcer ses appuies en l’enlaçant au niveau de la taille. Il sentait son corps léger tomber un peu plus dans le creux de ses bras. Plus le temps passait, car les secondes lui semblaient longues, plus il regrettait d’avoir dit ses mots, regrettait de lui être si maladroit à l’instant.

La demoiselle ainsi posée entre ses bras, il se voyait néanmoins très loin du prince charmant. Qui était le plus maladroit ?

Sa main droite se posa sur son torse, légèrement sur le bord de sa veste ouverte. Elle la referma sous la douleur, griffant de ses ongles une partie de sa peau bronzée… Il en plissa d’ailleurs un œil sous l’étonnement et sûrement un peu par l’effet de la griffure. L’Ambre pivota, pour se placer devant elle, cette dernière ne cherchant même pas à retenir sa tête qui tomber vers l’avant.

Le jeune homme lui souffla dans les cheveux…


[Kaishin] : « Laisse-toi aller, je t’emmène… »

La pauvre malade laissa filer un grognement de désapprobation, mais lorsqu’il la souleva dans ses bras, elle ne pouvait rien faire pour le faire céder. Il était délicat, comme s’il avait peur de froisser les ailes d’un papillon. Elle était si fragile dans ses attitudes, dans sa façon d’être, il ne voulait pas la casser, pas une fois de plus, car il avait peur de la briser totalement.

[Aishuu] : « Non… »

[Kaishin] : « Chut… »

Aishuu était assez fébrile, elle se laissa alors porter, puisqu’elle ne pouvait pas agir…

Ses pas foulaient l’herbe fraîche, et ses pieds s’enfonçaient un peu dans le sol humide avec le poids cumulé de leur deux corps. La nature semblait admirer ce spectacle avec une timidité réservée d’observer si impunément ce moment difficile. Le jeune homme approcha sa bouche de son oreille pour souffler un air doux dans le creux.

Son visage se ferma. Aishuu laissa ses paupières tombaient, comme si elle voulait s’endormir dans les bras de Morphée. Elle paraissait si sereine dans sa tourmente héréditaire… Elle enroula ses bras autour de sa nuque et appuya sa nuque contre son épaule.


Il y avait une sorte de cérémonie calme qui passait le temps de la marche du couple Paradoxe. C’était la fin du mariage, et le jeune marié portait sa nouvelle compagne dans ses bras avec une tendresse douce. L’homme si confiant d’habitude, la tenait avec une délicatesse hésitante, comme s’il craignait pour sa vie. Pendant ce temps, le paysage défilait.

Kaishin savait parfaitement où il voulait la porter. Il se dirigeait, sans la moindre hésitation, vers l’endroit où sa troupe s’était arrêtée pour le moment. Le jongleur serra un peu son étreinte emprunte d’une chaleur humaine afin de la ramener au plus près de lui. Il était paternel envers sa protégée…


[Aishuu] : « Que faisais-tu hier pour me voir ?... »

Sa voix était fébrile : cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas été aussi remué par cette abomination. Elle s’en voulait d’infliger ça au pauvre saltimbanque.

Kaishin sourit à nouveau.


[Kaishin] : « J’avais besoin de te voir… »


La demoiselle se mit à sourire, lâchant, juste avant de s’assoupir…


[Aishuu] : « Décidément, tu me portes la poisse. »

Le Kitsune se mit à rire et la serre un peu plus contre lui, augmentant l’amplitude de ses foulées, afin de rejoindre au plus vite les siens. Aishuu l’avait emmené plus loin qui ne l’avait pensé, et il aurait aimé pouvoir lui offrir un endroit plus confortable. Ses bras musclés devaient probablement vallonner le haut de son dos, et ses épaules, des creux et de bosses désagréables pour se positionner. Son corps était bouillant, et elle si froide. Le contraste de chaleur fit naître la chair de poule sur ses membres gravés. Bientôt, il la ramènerait chez elle : il voulait qu’elle se sente à l’aise au sein de la troupe, c’était pour lui quelque chose d’évident.

Aishuu ne réagissait plus dans ses bras, s’endormant, de douleur et de fatigue, à cause de l’horrible soirée qu’elle venait de passer. Inerte contre le torse sculpté de l’espiègle jeune homme, elle se laissait bercer comme s’il était Morphée. Seulement, son visage semblait troublé, autrement que les prémices de sa maladie, il y avait quelque chose dans sa tête qui la perturbait…

Kaishin s’en rendit aisément compte et s’inquiéta dès lors, dans le doute d’y être pour quelque chose, et dans la confusion de l’instant.


[Taiji] : « La belle au bois dormant ! »

Kaishin sursauta, manquant de lâcher la dulcinée sur le sol. Il se retourna alors pour lancer un regard assassin au petit blondinet.

Le magicien se laissait tomber de son perchoir d’écorces pour s’approcher, à niveau égal, du danseur de braise. Il avait une mine réjouie, enjouée, rien qu’à l’idée de revoir la nomade. Son visage très expressif le trahissait souvent quand il mentait, il n’était d’ailleurs jamais pris au sérieux. Cependant, en regardant le couple plus en détail, il ne pu s’empêcher de relever…


[Taiji] : « Toi, tu la connaissais déjà ! »

Kaishin devint alors mal à l’aise, et reprit la marche vers le campement de la troupe.

[Kaishin] : « Il me semblait que le passé de chacun de nous nous restait propre. »

[Taiji] : « C’est bien pour cela que je l’affirme, et que je ne te demande rien ! »

L’homme aux yeux bleus sourit amicalement, et prit la suite derrière le jongleur, s’amusant, de n’être pour une fois, celui qui reçoit les remarques.

[Taiji] : « Tu veux que je t’aide ? »

L’Ambre, tourna la tête, moqueur, vers lui et rétorqua.

[Kaishin] : « Tu sais, elle n’est pas bien lourde ! Pourtant, je suis sûr que tu te ferais du mal ! »

Taiji se mura dans un silence inexpressif, ne relevant pas l’affront qui lui était destiné. C’était une bonne patte ce blondinet, constamment agréable, et du genre à plutôt se laisser subir, plutôt que de faire subir. Marchant à présent comme le cortège privilégié du couple, le magicien scrutait de par en par les feuillages avec un air inquiet.

L’homme à la musculature fine, voyant son compagnon tourmenté d’une manière étrange, se mit à fixer également le ciel, comme si quelque chose les espionnait. Kaishin s’approcha de Taiji pour lui demander au creux de l’oreille…


[Kaishin] : « Quelque chose ne va pas ? »

De son bon vivant, Taiji ne pu s’empêcher de lui répondre avec un sourire rayonnant.

[Taiji] : « J’ai vu un oiseau magnifique tout à l’heure ! »

Sa voix semblait enjouée et riante, mais le jongleur comprit totalement autre chose vis-à-vis de son regard. Taiji était tracassé par quelque chose, mais il ne parvenait pas à comprendre quoi.

Alors que l’attention des hommes était portée totalement ailleurs, Aishuu souleva timidement une de ses paupières. L’autre la rejoint lentement, lorsque, soudainement, elle écarquilla ses pupilles et sembla sursauter dans les bras de Kaishin. Ce dernier, prit de court, échappa un réflexe nerveux.

Un bruit s’estompa dans le feuillage, dû à un sursaut qui brisa une branche frêle, et qui, laissa arracher une feuille. Cette dernière tombait, fantomatique, vers le sol, flottant presque d’une manière irréelle… Le jeune Kitsune s’élança, coinçant la miette de l’arbre entre le bout de son index et de son majeur, le regard toujours rivé vers l’épais manteau vert.

Kaishin lui emboîta le pas, d’un naturel déconcertant au vue du fait qu’il portait une femme dans ses bras. Son visage était emprunt d’une certaine inquiétude…


[Kaishin] : « Qu’était-ce ? »

Taiji ne répondit pas de suite, lançant un geste brusque à l’intention du jongleur, dans le but de réajuster sa capuche.

[Taiji] : « Je me sentais observé, lorsque j’ai aperçu un regard froid au travers les feuillages… Et cette impression de ne pas être seul à durer jusqu’à maintenant. C’est pour ça que je suis venue te chercher, je te croyais seul. »

L’expression de Kaishin se crispa soudainement, sous le joug du regard incompris de la jeune femme. Il fit un signe de tête à Taiji, que seul ce dernier sembla comprendre.

Aishuu était restée totalement invisible à leurs yeux, elle tenta de se relever pour faire ce qu’elle avait à faire. Elle poussa alors le torse du saltimbanque de la paume de sa main pour s’extirper de son emprise. Elle fut simplement secouée par un léger vertige lorsqu’elle se remit debout. L’atmosphère lui paraissait grave… Ce fut alors là que Taiji s’approcha…


[Taiji] : « Bon retour parmi nous, beauté neigeuse. »

Son sourire illumina les environs, tout comme la moue boudeuse de Kaishin dès lors que quelqu’un tentait une approche de sa musicienne. Le changement de situation et de rôles fut instantané… La Perle se retourna vers son compagnon, qui, agréablement vêtu d’un sourire, lui tendait la main, pour attraper la sienne.

[Kaishin] : « Viens, on était parti rejoindre la troupe. Il va se faire tard, je préférerai te savoir avec moi, ne serait-ce que cette nuit. »

Aishuu s’approcha timidement, lui donnant ses doigts fins. Elle n’était pas encore totalement remise, il était tant pour elle de s’avouer vaincue. Titubant légèrement, la jeune femme fléchit à l’orée de ses bras, soutenu, au cas où, par le magicien à la chevelure d’or.

[Aishuu] : « Ca va aller… Merci. Réveille rapide. »
Un peu confuse, la saltimbanque afficha son sourire de porcelaine avant de tenter prendre la route, mais dans la direction opposée. Kaishin s’approcha alors discrètement d’elle, et la souleva.

[Kaishin] : « Laisse-toi porter, on t’y amène. »

Taiji l’approuva d’un hochement de tête avant de se lancer vers la bonne route, cette fois. Il sautillait avec un air guilleret, sifflotant un air joyeux et entrainant.

[Aishuu] : « Que faisais-tu par ici, Taiji ? »

[Taiji] : « On dirait qu’un beau fruit m’a attiré loin du jardin d’Eden… »

[Kaishin] : « Hm ! »

Aishuu se mit à rire, ce qui eut pour effet de détendre les muscles noués des deux hommes sur leur garde. Ils feraient un long détour avant d’aller rejoindre la troupe, par sécurité. Se montrant naïve, la Satsubatsu n’articula pas une fois un centième de ce qu’elle avait précédemment entendu. Elle voulait profiter de cet instant, dans cette ambiance chaleureuse et bonne enfant. Kaishin et Taiji se chamaillaient. Aishuu était souvent la cause de cela d’ailleurs, et comme l’Ambre était plutôt possessif…

[Taiji] : « Tu vas me faire croire que Shiro serait ta demoiselle, exclusive, après le nombre de conquête d’une nuit lors de chacune de tes sorties ? »
Le jeune homme au visage d’enfant était dans une forme olympique, envoyant pique sur pique à son compagnon. En face, Kaishin réagit plutôt mal à cette question, bien qu’elle lui ait été glissé discrètement dans l’oreille, et non à voix haute devant sa compagne.

[Kaishin] : « Là tu confonds vie sociale et travail ! »

Le jeune homme se mit à rire au éclat, envoyant un clin d’œil à la musicienne avant d’accélérer sa démarche, le baume au cœur.

[Taiji] : « La meilleure excuse masculine depuis la nuit des temps ! »

Derrière eux se couchait le soleil exténué par cette journée de dur labeur.

Les rayons de miel virèrent au sombre pour plonger les cieux dans un bain de ténèbres. Le trio avançait à une allure rapide alors que le silence cherchait à conquérir les lieux. Il régnait une sorte de calme cérémonial. Aishuu avait remarqué cette atmosphère léchée au pinceau, et l’absence du flou gaussien que transcendaient les rires habituelles de ces gens chargés de bonne humeur. La peinture riche s’estompait en une sorte d’aquarelle dégoulinante d’eau, dans une anarchie de coulure liquide sale mais claire. C’était un tableau qui se vidait de toute sa force, et son âme, avec une vitesse aqueuse ahurissante. La jeune femme avait cette sensation désagréable : elle n’était plus à l’aise parmi eux. Elle fit une moue un peu boudeuse, sous l’influence de ce karma désagréable. Elle semblait avoir le cœur s’étreindre sous les poids de cette impression. Quelque chose ne tournait pas rond.

Elle leva les yeux vers Kaishin, lui lançant un air interrogateur. Les améthystes luisaient au travers de la pénombre. Elle recherchait l’ataraxie que lui délivrait leur présence. Seulement, Taiji, encore plus que l’Ambre. Ne le connaissant que depuis récemment, la saltimbanque ne pouvait prétendre dire qu’elle ne l’avait jamais vu ainsi, cependant, cette attitude ne lui correspondait pas selon elle. Il représentait un calme tranquille qui détonnait avec ce trouble permanant qui se lisait sur son visage. Le magicien était un personnage plein de joie et de gaieté, de politesse et de manière, mais pas de confusion.

Le silence qui régnait dans leurs foulées effrayait un peu la musicienne…


[Aishuu] : « Je vous sens sous tension… »

Aucun des deux hommes ne prirent la peine de la rassurer. Ils s’élançaient, comme des spectres, entre les arbres de la forêt, dans une allure travaillée. La jeune femme retomba dans son mutisme pantomime.

Les arbres s’enchaînaient, les uns après les autres, elle aurait dû les compter afin de s’endormir à nouveau. Seulement elle était tiraillée par l’envie de comprendre. Aishuu sursauta d’un coup, apercevant un œil en travers les feuilles. Tournant la tête brusquement, Taiji et Kaishin firent de même dans la surprise. Ce geste fut aussi suivit d’un bruit qui fendit l’air, et le bruit de la réception lourde sur les branches. Puis ce fut le sont métallique d’un kunai qui s’enfonçait dans l’écorce. Ce son fut aussitôt suivit d’un tintement de grelot.


[Aishuu] : « Naho… »


Taiji sursauta alors en entendant ce mot, sautant avec force sur la première branche d’un arbre pour se jeter à la poursuite de la scène. Il aperçut Naho qui courrait après une ombre, avançant silencieusement sur son fil d’Ariane.

Le jongleur lâcha la jeune femme sur le sol et alla rejoindre son partenaire, l’abandonnant inconsciemment dans la zone d’invisible.

Aishuu s’arrêta, se posant le regard sur le ciel qui n’était plus visible de là où elle était…


[?] : « … Musicienne, hein… »

Une voix sembla s’engouffrer dans son dos. La jeune femme pu sentir la froideur de sa voix glisser sur sa peau d’une manière rugueuse. Aishuu frissonna, mais elle n’eut le temps de réagir qu’elle aperçu un shuriken frôler sa tête pour tomber sur le sol. L’ombre derrière elle s’enfuit, se distordant comme une chimère. La saltimbanque n’eut pas le temps de réagir que Naho se retrouva épaule contre la sienne. Cette dernière plaqua sa main sur sa bouche, et sur celle d’Aishuu, uniquement pour cacher le mouvement de ses lèvres.

[Naho] : « Ne dis rien, et surtout, ne reste pas seule. »

La saltimbanque bloqua sa poigne sur le poignet de l’équilibriste, et la serra vers elle. Elle coinça ses avancées et le retint contre elle, sans retirer la main qui cachait le mouvement de ses lèvres.

[Aishuu] : « Et si tu m’expliquais ? »

Naho écarquilla les yeux, surprise par la réactivité de la jeune femme et de la force qu’elle avait. L’acrobate se relâcha alors. C’est avec un air presque apaisée qu’elle se présenta en face de la blancheur. Hochant la tête, elle fit comprendre à Aishuu qu’elle était disposée à lui parler. La Satsubatsu relâcha alors son étreinte, libérant la funambule.

L’excentrique sourit lorsqu’elle sentit la porte de sa cage s’ouvrir. Elle s’inclina devant Aishuu, et s’approcha de son oreille pour lui susurrer.


[Naho] : « Juste que quelqu’un rôde dans les environs avec une attention obsessionnelle pour certaines personnes. »

L’Améthyste hocha à son tour la tête, pour lui montrer qu’elle avait entendu et comprit. Taiji revint, un peu essoufflé aux côtés de Naho, posant sa main sur son épaule pour remplir à nouveau ses poumons. L’acrobate se pencha sur lui pour le tenir.

[Taiji] : « Kaishin l’a faite partir, mais il a manqué de peu l’affrontement… »

[Naho] : « Ca devient sérieux… »

Aishuu sembla paniquée rien que d’imaginer. Taiji sembla ressentir cette frayeur, et s’approcha d’elle.

[Taiji] : « Ne t’en fait pas, Shiro, Kai est probablement l’un des plus endurants parmi nous ici. »

L’apaisement revint sur son visage dans un sourire timide. Il reviendrait. La jeune femme guettait les feuilles en espérant que l’une d’elles annoncent son retour. Elle sentit la poigne frêle de Taiji se posait sur dans ses fils blancs. Il caressa la volupté de sa chevelure avec un regard presque poétique.

[Taiji] : « Il y a un peu de poussière d’étoile dans la neige de ses cheveux. »

Kaishin apparut soudainement, plaquant son avant bras contre les épaules du jeune homme pour lui bloquer les bras. Il arma ensuite son poing et lui passa un savon au travers ses fils blonds.

[Kaishin] : « Tu ne peux pas te retenir, hein ! »

La musicienne vit son visage s’illuminer, dès lors où la chevelure rousse de l’homme valser au gré du vent. Son sourire resplendit, alors qu’elle s’avançait vers lui.

[Kaishin] : « Rentrons. »

Il attrapa le poignet d’Aishuu et se mit à marcher, en ligne droite, directement vers le campement des Kitsune.

[Kaishin] : « Naho, elle est arrivée jusqu’au campement ? »

[Naho] : « Elle s’en approche de plus en plus. Mais ce n’est pas ça qu’elle cherche. »

[Taiji] : « Tu as découvert quelque chose ? »

[Naho] : « Rien pour le moment, mais je vais devoir faire un tour au marché noir… »

[Taiji] : « Je viendrais avec toi. »

Aishuu assistait au dialogue sans placer un mot, se sentant peut-être un peu de trop. Elle les fixait, silencieuse, en cherchant à envoyer un mot entre un autre.

[Kaishin] : « Shiro, il faudra que je te présente quelqu’un. »

[Aishuu] : « Bien. »

Leur main jointe, ils prirent la marche. Kaishin semblait soudainement pressé, entraînant dans un rythme qui tendait de plus en plus à s’accélérer. La jeune femme ne disait mot, tant le trouble sur son visage était lisible. Elle ne comprenait pas bien l’ampleur de la situation, aux vues des quelques secondes de la scène qu’elle avait pu voir. Le jongleur avait le regard glacé et posé sur le lointain au devant. Le décor défilait à une allure incroyable, alors que la femme de givre se laissait mener.

Au loin devant son nez semblait se dessiner des silhouettes dansantes avec une souplesse inhumaine. Le sourire revint timidement sur les lèvres du saltimbanque, serrant son étreinte douce sur la main de sa compagne. Les Kitsune étaient là, tout proche, riant en apparence et jouant dans une ambiance faussement amicale et légère.

Aishuu comprit aisément qu’il s’agissait d’un masque pour troubler les agitations qu’ils recevaient dernièrement. Compréhensive, la jeune femme s’anima d’un radieux visage, entrant avec l’Ambre dans la valse de la troupe. Il y avait un esprit si paisible ici, même dans la fausseté, il se ressentait.


[ ?] : « La fameuse nouvelle que j’ai loupé l’autre fois ? »

Elle n’avait rien vu venir, n’avait rien pressentit, et encore moins sentit arriver. Un frisson lui parcouru l’échine, d’autant plus qu’elle voyait la main de Kaishin quitter la sienne.

[ ?] : « Tu n’en restes pas moins un homme à femmes à ce que je vois ! »

La Satsubatsu se retourna, pour découvrir le visage de l’homme qui parlait avec un timbre taquin. Il s’agissait d’un homme long et fin, à la tignasse blonde en bataille sur son visage qui se voyait clos par quelques mèches. Il avait un large sourire étendu sur les lèvres, et semblait s’amuser de la réaction de Kaishin, qui prenait un peu de recul par rapport à elle. Aishuu ne disait rien, spectatrice muette de ce théâtre d’ombre…

[Kaishin] : « Rien ne t’échappe finalement ! Serais-tu aussi bon observateur que tu n’es équilibriste ? »

La petite moquerie du jongleur eut raison de faire rire l’acrobate, qui s’inclina poliment devant la demoiselle. Sa peau était claire, mais de loin plus pigmentée que l’épiderme de la perle. Ses vêtements bien ajustés mêlés ocre, rouges et bleus avec une harmonie inattendue. Cependant, Aishuu n’eut pas le temps de plus le détailler que cela. L’inconnu sauta agilement pour passer dans son dos, et grimpant sur la plus fine branche qu’il pouvait trouver, commençait à partir en riant.

Kaishin, interpellé, se retourna et porta ses mains à ses lèvres pour amplifier le son de sa voix.


[Kaishin] : « Je voulais te voir à propos de Shiro ! »

L’homme ne s’arrêta pas, riant de plus belle.

[ ?] : « C’est l’homme qui vient au vent, et non le vent qui vient à lui mon cher. Naho ne te l’a-t-elle pas suffisamment répété ? »

[Kaishin] : « Mais la situation n’était pas celle là ! »

Sans se détourner de son chemin, le funambule ajouta…

[ ?] : « L’homme viendra simplement avec un peu plus de hâte trouver le vent… »

Comme l’air, il fila, sans dire un mot de plus et sans prévenir. Le couple n’avait pas bougé, resté figé après une telle animation. Les gens de cette troupe était tous unique d’une manière. Aishuu aimait chercher les spécimens rares, s’oubliant rapidement qu’elle était à présent des leurs. Il lui fallait un temps d’adaptation pour intégrer les changements dans sa vie, car ils n’étaient absolument pas nombreux et aussi important. La jeune femme souriait en regardant chaque personnalité diverse qui était présente. Alors que ses yeux balayaient l’horizon, ils finirent par tomber sur Kaishin. « Le plus spécial… ». Elle ne disait mot, amusée.

Le jeune homme attrapa sa main et se mit face à elle, pour pencher sa bouche au creux de son oreille pour lui susurrer lentement.


[Kaishin] : « Trouve le vent, et sème la tempête… »

Il n’ajouta rien. Sa voix était monocorde, mais légèrement vibrante alors qu’il quittait peu à peu la proximité qu’il entretenait avec la blanche. Le jongleur tourna les talons pour prendre la marche vers les autres membres de la troupe.

Aishuu demeura seule, un long moment, en le regardant s’éloigner. Elle sentait son cœur se pincer légèrement, mais la distance qu’elle voulait instaurer en lui commençait à se mettre légèrement en place. La jeune femme attendait.

Quelqu’un s’approcha d’elle avec une joie tendre.


[Naho] : « Alors, comment tu vas ? »

[Aishuu] : « Oh, bien Naho, et toi ? »

[Naho] : « Un peu fatiguée par la course poursuite ! »

[Aishuu] : « J’avais presque oublié… »

Taiji arriva accompagné d’Eido et Kaishin. Cette fois, les deux personnages gardaient un sérieux déconcertant voilé derrière un sourire. Ils avaient tous trois un air solennel, en fixant les deux demoiselles, comme des princes allant au balcon des princesses. C’était assez drôle à voir… Taiji fut le premier arrivé, et il se posa immédiatement aux côtés de la Satsubatsu, tandis qu’Eido lâcha un « Yo », en levant la main vers elle. Kaishin ferma l’arrivée.

Il avait un être grave, plus marqué que les autres. Les uns et les autres se mirent en cercle, de chaque côté d’Aishuu, et Kaishin prit la parole à voix basse…


[Kaishin] : « Nous allons devoir dénicher des informations sur la menace qui rôde, car nous ne savons pas si elle tourne autour de la Compagnie. »

Les trois membres hochèrent la tête. Aishuu approuva aussi, bien qu’étant celle qui était le moins au courant ici.

[Kaishin] : « Nous allons nous diviser en groupe. Naho, tu surveilles Shiro, et vous partirez au marché noir. Eido et moi irons nous renseigner dans les alentours et chercher des indices… Taiji, tu surveilles ici. »

Naho, Taiji et Eido acquiescèrent d’un hochement de tête. Aishuu fit une petite moue à l’idée de retourner là-bas. Mais Kaishin n’était au courant de rien…

[Aishuu] : « Bien. »

[Kaishin] : « Je n’ai pas fini. Avant d’entreprendre cela, Shiro, tu retrouves celui que tu as vu tout à l’heure, et tu lui expliques que tu veux faire entièrement partie de la Compagnie du Renard, y comprit dans son art de combattre. Tu ne vas nulle part avant ça. »

Naho tourna la tête vers la saltimbanque en souriant, et lui fit un petit sourire…

[Naho] : « Il est plus doué que moi en apprentissage, ne t’inquiète pas ! »

La jeune femme semblait perplexe, mais elle n’allait nullement contredire l’un d’entre eux. Taiji montrait plutôt un certain enthousiasme à l’idée qu’Aishuu fasse enfin partie de la « meute ».

[Eido] : « Tu es plutôt doué là dedans Kai, pourquoi ne t’en occupes-tu pas ? »

Il fit non de la tête et rétorqua.

[Kaishin] : « Jamais les gens que je côtoient. »

Aishuu fit un pas en arrière, et laissa valser ses cheveux sur le coin de sa nuque. Elle commençait à s’éloigner, lorsqu’elle lança dans son dos.

[Aishuu] : « Mieux vaut que je fasse ça tôt alors, si vous devez m’attendre ! »

L’acrobate voulu la rejoindre, mais d’un geste de main, la musicienne lui fait comprendre qu’il ne fallait pas qu’elle la suive.

La jeune femme s’en allait tranquillement, espérant pouvoir trouver rapidement celui qui se prenait pour un courant d’air. Elle traversait le bois, passant entre les membres qui s’amusaient de milles et une façon, et qui la saluaient chaleureusement. Les nouvelles circulaient vites. La Pâleur glissait, le nez vers le ciel, et se retrouva à nouveau face au petit théâtre de marionnettes qui l’avait tant hypnotisé la première fois qu’elle l’avait vu. L’odeur du bois venait animer ses narines… Ses doigts de nacre glissèrent sur la bande sculptée… La sensation de douceur râpeuse caressait sa peau avec application faisait frissonner son échine. Ses améthystes perdirent peu à peu la vision du réel, s’évadant… Aishuu voyait les personnages miniatures danser et parler face à face.

Puis rien.

L’illusion théâtrale s’éclipsa derrière le rideau.

La saltimbanque se recula avec hâte, lançant un regard noir sur le spectacle mort. La jeune femme commença à se méfier


[ ?] : « Hm hm… »

Elle fit volte-face avec une rapidité animale… Et elle pu constater que l’homme blond se retrouvait là, à la fixer en souriante.

[ ?] : « Il est magnifique non ? »

[Aishuu] : « Un véritable temple onirique… »

L’homme sourit, glissant légèrement son regard sur le monde en bois. Il balaya ensuite du regard le corps de la jeune femme, en hochant la tête en signe de réflexion.

[ ?] : « Shiro Kage, c’est ça ? »

[Aishuu] : « Enchantée. Les nouvelles vont vites. »

[ ?] : « Quand on a une bonne oreille du moins. »

La jeune femme sourit, et ajouta, les pupilles pétillantes…

[Aishuu] : « Je croyais que le vent ne venait pas à l’homme ? »

[ ?] : « Mais je n’ai rien dit pour la femme… »

Il se mit à rire, amusé.

[ ?] : « J’apprécie beaucoup de taquiner Kai en ce moment. Et même si je n’aime pas trop être attaché quelque part, c’est différent lorsqu’il s’agit de la famille. »

[Aishuu] : « La famille… »

L’homme blond ne répondit pas. Il se contentait de sourire en regardant en l’air, laissant un léger vent caresser sa chevelure d’or. Il était amusé par une telle situation, mais ne voulait rien ajouter. L’équilibriste prit la marche lentement, sans prévenir Aishuu qui tentait de regarder dans la même direction que lui.

Le voyant s’éloigner, la jeune femme le suivit, et l’interpella en tentant de le rattraper.


[Aishuu] : « J’ai envie de récolter la tempête ! »

Elle entendit un petit rire se dégager de sa bouche.

[ ?] : « Qui a semé le vent, là ? Lui, ou la femme ? »

La saltimbanque profita de sa pause pour le rejoindre et se placer devant lui. Elle le fixait avec une certaine insistance qui témoignait d’une détermination forte.

[Aishuu] : « On ne capture pas le vent, mais on peut le provoquer. »


Le funambule lui lança un petit sourire en coin, qu’il accompagna d’un geste de la main.


[ ?] : « Dis-moi ce que tu veux, allez. »

[Aishuu] : « Faire partie intègre de la troupe… »

[ ?] : « Sûre ? »

[Aishuu] : « Certaine. »

La voix de la jeune femme était pleine d’assurance. Elle la menait là où elle voulait aller, c'est-à-dire, loin. Aishuu était quelqu’un qui savait ce qu’elle voulait et comment atteindre ce qu’elle recherchait. C’était pour cela qu’elle était si fatale auprès des hommes. Elle n’attendait pas grand-chose d’eux dès lors où ils passaient le pas de la porte : simplement une chambre pour dormir. Droite face à lui, elle croisa les bras sous sa poitrine en le fixant avec un sérieux incroyable, dès lors où on connaissait son illogisme et sa bonne humeur la plus folle. Agitant sa tête d’un geste sec, elle replaça sa chevelure derrière ses épaules.

[Aishuu] : « Tu es partant ? »

[ ?] : « Ca peut mettre un peu de piment dans ma journée, ma foi ! »

Il lui lança un clin d’œil complice…

[ ?] : « Enfin, si tu suis ! »

Et dans la foulée, alors que le son même de sa voix ne s’était pas encore baissé, il s’en alla, disparaissant dans le feuillage devenu sombre. Il était donc prêt, en pleine nuit, à accueillir un nouveau disciple.

Alors qu’un Kitsune s’apprêtait à dormir, il avait assisté à la scène, et se mit à ricanner…


[ ?] : « Il y a des fous quand même, vouloir morfler à une telle heure… »

Aishuu était concentrée. Sa vue s’était habituée à la pénombre, mais elle n’avait pas la prétention de se croire nyctalope. Elle se demandait réellement comment elle pouvait entreprendre une course poursuite en pleine nuit dans ce terrain presque inconnu. La phrase de Naho résonna dans sa tête… Elle ne pu s’empêcher de rire…

[Aishuu] : « Plus pédagogue hein… Je vois de qui tu tiens. »


Concentrant sa force dans ses pieds, fléchissant les jambes, elle s’élança sur une branche haute, se lançant à la poursuite de l’homme. Elle ne savait ni qui il était, et ni ce qu’il aimait faire. Et elle fut surprise de se prendre le pied dans un fil. Réagissant à la surprise, elle posa sa main sur la branche et effectua une petite pirouette pour éviter de tomber. Heureusement qu’elle était vive, car en plein saut, se retrouver ainsi prise dans une toile d’araignée, il y avait de quoi faire une belle chute. Son sourire s’estompa, la tâche se compliquait…


[Aishuu] : « Un autre funambule… En pleine nuit… Comment pourrais-je voir le fil ?! »

La musicienne imaginait très bien le petit rire sournois de l’homme résonner dans sa tête d’une manière obsessionnelle… Son visage se crispa légèrement, alors qu’elle se mettait à genoux sur la branche, cherchant à tâtons du bout des doigts le fil du rasoir… Le fil était si fin qui manqua de lui couper le doigt curieux. La jeune femme tressaillit, se relevant sur le champ. La saltimbanque s’approcha timidement du fil, et tenta de poser son pied sur sa surface presque inexistante. Le premier pied fut timide, et le second fut encore plus hésitant. Troublée par la finesse du fil, elle se rappela des conseils de Naho. Il ne fallait pas réfléchir.

Aishuu ferma alors les yeux. Dans tous les cas, il faisait nuit, elle ne verrait pas forcément mieux les yeux ouverts. Elle fit un pas de plus, cherchant à visualiser les oscillations du fil, car elle sentait qu’il n’était pas totalement tendu, mais aussi la direction et la trajectoire qu’il prenait. Elle se concentrait calmement, respirant à grande bouffée. De toutes manières, il était déjà probablement loin, mais elle voulait faire cet effort pour elle-même. Son rire la perturbait… Son avancée était lente, cependant, elle avait un centre de gravité qui était placé à la perfection. Naho avait du remarqué ce détail chez elle pour lui avoir fait subir son apprentissage. La Satsubatsu reprit un peu d’assurance et continua d’avancer. Elle marchait, suspendue à un fil, les yeux clos et la respiration lente… Elle ne se rendait pas compte qu’elle était déjà à la moitié. Son pied balayait tendrement le devant de sa route, recherchant la trajectoire du fil, tandis que l’autre se tenait avec agilité, équilibrant la route d’arachnide pour le tendre de part en part.

Elle était calme.


[ ?] : « Ca avance pas trop mal cette affaire ! »

Aishuu sursauta, s’élança sur la branche la plus proche après avoir ouvert les yeux quelques dixièmes de secondes plus tôt. Elle s’était réceptionnée, sur la pointe des pieds, et les fesses sur les talons, cherchant du regard l’ombre sur le fil.

[ ?] : « Bon, il faudrait peut-être passer au chose sérieuse non ? »

L’homme se mit à rire, amusée par la réaction brusque de la jeune femme face à la surprise, cependant, il respectait sa vivacité, et son efficacité à réagir. Il s’élança souplement, et atterrit avec une certaine délicatesse à ses côtés. Il posa sa main sur son épaule et rit.

[ ?] : « Tu sais ce que tu veux ? Ou du moins, dans quel but ? »

La jeune femme acquiesça d’un hochement de tête… Elle fit craquer les phalanges de sa main droite, une à une dans un son d’os broyés…

[Aishuu] : « Je recherche l’efficacité. »

[ ?] : « Ca a le mérite d’être clair. »

Aishuu savait être brève et demander directement ce qu’elle voulait, sans passer par tout un cinéma de camouflage : en mesure de faire la part des choses entre le plaisir et le devoir, elle savait qu’il y avait peu de temps pour faire d’elle d’une membre combative dans un art qui devait probablement être une belle escroquerie. Il était connu, dans leur filière, que l’art jouait aussi à l’attrape pigeon. La saltimbanque y avait elle-même souvent recours avec tous ses jeux de séduction dans l’unique but de se faire payer la pension. C’était un art de vivre, celui de détourner le politiquement correcte pour agir à sa convenance. Face à quelqu’un qui vivait le même train de vie, il ne servait à rien à chercher des détours : la jeune femme savait pertinemment qu’elle n’aurait gagné que du temps perdu.

L’homme s’approcha alors d’elle, se postant bien en face. Aishuu fut étonnée de voir qu’à aucun moment son corps n’avait semblé osciller de droite ou de gauche. Parfaitement ancré sur ses appuies, avec un centre de gravité positionné avec une perfection impressionnante, il fixait la femme qui semblait plus le décrire que réfléchir à ce qu’elle pouvait apprendre. Il dû prendre la parole en douceur, pour la remettre sur le droit chemin.


[ ?] : « Pour commencer, appelle-moi Kazuhide. Ici plus qu’ailleurs, les politesses vont dans les deux sens. Approche. »

Après avoir esquissé un sourire lorsqu’il se mettait à pied d’égalité avec elle, Aishuu s’avança pour exécuter sa demande. Le perchoir n’était pas très large, et il lui demandait de se mettre dans une posture un peu délicate à tenir sur si peu de prise au sol. Contrairement à ce funambule, la jeune femme n’avait d’équilibre que le mot, avec une petite facilité dont l’origine lui était inconnu. Elle ignorait que cette simplicité était plus qu’une chance, mais issue d’une énergie qui lui était vitale. Elle en avait fait l’expérience avec Naho, mais cela lui avait été montré comme si naturel et si normal. Alors qu’Aishuu tentait de trouver un bon équilibre, Kazuhide, avec son sourire le plus farceur, vint jouer, comme un enfant, en posant son doigt au niveau de son abdomen, pour la pousser, et voir ce que cela créait sur son harmonie corporelle. La première fois, elle manqua de tomber. Il hocha donc la tête dubitativement et la laissa s’installer à nouveau… Il réitéra alors son action, et le résultat fut le même.

[Kazuhide] : « Dis-moi Shiro, comment tu as réussi à tenir sur mon fil, avec un équilibre si approximatif ? »

La jeune femme parut alors un peu gênée, relevant la tête pour lui glisser ses quelques balbutiements.

[Aishuu] : « Dans la précipitation, c’est comme si ça devenait vital, cette équilibre me semble alors naturel, je ne sais pas réellement comment le formuler mais… »

Le funambule sourit, et s’approcha un peu plus d’elle pour créer une zone d’appuie diminuée… Il la regarda, tout tendre et ajouta.

[Kazuhide] : « Si tu perds l’équilibre maintenant, je te promet que tu vas te fracasser au sol. Et vu la hauteur, je pense que ça risque de te faire mal. »

La jeune femme écarquilla les yeux, lorsque l’homme posa ses deux mains sur ses épaules, et la poussa. Inconsciemment, son cerveau réagit à la menace. Son centre de gravité se figea totalement, alors que la force dans ses appuies semblaient coulait en elle comme di sang. Elle n’oscilla pas. Alors que la surprise l’envahit, l’enseignant redoubla de force, et Aishuu glissa. Elle ferma les yeux instantanément pour ne pas voir la chute, cependant, n’entendant plus aucun bruit, elle ne pu louper le petit rire amusé du saltimbanque. Curieuse, l’Améthyste ouvra alors un œil, et le décor lui apparut à l’envers. Un peu sonnée, elle ne réagit que lorsque la chevelure blonde vint dépasser de la branche qui lui servait de pied à terre.

[Kazuhide] : « Tu me facilites la tâche. Marche sur le circulaire de la branche. »

La Blanche prit peur en comprenant qu’elle se trouvait tête en bas sous Kazuhide, et elle ne chercha même pas à comprendre d’où cela était possible. Un peu paniquée, elle ne savait pas quoi faire, alors elle se contenta d’écouter les consignes de celui qui lui apprenait des tours vraiment étranges… La jeune femme souleva alors un pied, fermant un œil un peu apeuré, et le posa devant l’autre. Avançant à pas de fourmi, elle fit le demi tour de la branche, et à l’arrivée, s’agrippa au corps musclé du funambule. Elle se crispa totalement sur lui, ce qui eut pour réaction de le faire rire.

[Kazuhide] : « Tu n’avais pas conscience de ça ? »

Aishuu hocha la tête sans dire un mot, le visage enterré contre son torse.

[Kazuhide] : « Dans ce cas, tu es vraiment douée… Tu travailles avec une minutie d’orfèvre, c’est une chance. »

La jeune femme ne comprenait pas, toujours accroché à lui comme une moule sur un rocher. Kazuhide trouva alors la chose toute naturelle à lui raconter.

[Kazuhide] : « Dans le corps, il y a une énergie qui nous est vitale, généralement invisible, qui est dans notre corps. Tout le monde ne peut pas la maîtriser, mais elle réside dans chaque enveloppe charnelle. Les ninja appellent ça du chakra, mais ce mot me semble tellement peu artistique. Nomme-le comme tu veux, c’est juste à titre d’information. Cette source te permet de faire des choses qui peuvent sortir de la normale, comme si ce n’était rien, comme marché sur une surface verticale. Mais comme inconsciemment tu sais le doser avec soin, je ne vais pas t’embrouiller avec des données supplémentaires. Allez, n’aies pas peur, regarde le vide car tu ne le crains plus. »

La saltimbanque décolla alors timidement sa joue de son corps, et leva son regard violine à l’encontre de l’enseignant. Elle était un peu tremblante, c’est alors que Kazuhide réagit…


[Kazuhide] : « Aurais-tu le vertige ? »

Aishuu se recula de quelques pas, la tête baissée, les mains jointes dans son dos, avec une certaine gêne communicante. Elle chercha à remuer la tête pour nier la question, sauf qu’elle manqua de perdre l’équilibre. Kazuhide s’empressa de la rattraper, la voyant à bout. Il comprit assez rapidement que sa charge de chakra, bien que bien maîtrisée, était moindre. La tenant dans ses bras, la vivacité d’Aishuu commença à peu à peu renaître. Dans un sentiment d’émancipation, elle se libéra de ses bras, et prit une distance de recul. Elle ajouta d’ailleurs, avec une certaine fierté…

[Aishuu] : « C’est bon, j’ai compris, pas de panique. »

Le saltimbanque afficha un sourire perplexe. Soit la jeune femme était assez étonnante de par sa capacité à se renouveler en chakra, soit, elle était une excellente comédienne pleine de panache. La branche de leur métier conjoint tentait inexorablement à le faire douter sur la conclusion qu’il fallait qu’il se fasse. Il croisa alors les bras, la fixant, et, juste pour confirmer ses soupçons, lui lança…

[Kazuhide] : « Recommence, mais seule. »

Il se doutait qu’Aishuu n’était pas une idiote, et que bien que son jeu d’acteur soit au point, elle ne se lancerait pas désespérément dans une manœuvre vaine. Le funambule lui lança un petit sourire, pour que toutes ses suspicions s’évadent, et la laissa totalement autonome. Il n’était que le juge, et non l’exécutant de la manœuvre.

La jeune femme regarda l’instructeur dans le blanc des yeux, et lui esquissa un tendre sourire amusé. D’un naturel confiant, elle se mit de profil, face au vide, et lança son pied dans le vide, et le reposa devant le précédent, sur le tranchant de la branche. L’envie de fermer les yeux la démangeait, mais elle comprit d’elle-même qu’elle devait faire face, car c’était la difficulté de l’exercice, contrairement à certain, simplement parce qu’elle ne pensait pas cela possible. Aishuu retint alors son souffle, s’avançant le corps au dessus du vide pour se laisser tomber. Son corps resta droit, en équerre parfaite vis-à-vis de la branche, comme si elle se trouvait sur le sol. La vue du monde était bien différente sous cet angle. Il lui semblait terriblement plat, comme une estampe sans perspective. Tout s’écrasait à sa vue pour ne former qu’une image plane qui réduisait considérablement les appréciations de distances. Etait-elle si loin du sol ? Elle tendit alors la main, tentant d’effleurer ce repère mortel de l’apesanteur, mais rien ne vint répondre à sa caresse vaine.





MessageSujet: Re: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Dim 17 Oct - 14:03



Sous le regard de Kazuhide, la jeune femme s’émerveillait en contemplant ce nouveau monde qui l’attirait incroyablement. Il l’inspirait. La jeune femme se laissa aller au gré de ses envies, laissant son corps danser avec une grâce et une souplesse terrestre. La tête au dessus du vide, ses appuies tournaient dans la même tempo qu’une valse sylphide. Elle se laissait tendrement porter par une mélodie inconnue soupirée à son oreille par l’atmosphère d’un décor si peu commun. Gracieuse et enjouée, elle laissait son corps souple s’ouvrir à une nouvelle dimension, l’exercice était déjà très loin de sa pensée, pour peu qu’elle l’ait oublié. La jeune femme aimait danser avec la sensation de vertige qui lui tendait ses bras fantomatiques pour l’attire brutalement sur le sol de la réalité. Elle affectionnait se moquer du danger. Dans sa danse, elle avançait lentement, mais avec des gestes très amples et qui semblait ne pas être palpable, comme l’eau qui se murait entre les doigts serrés d’une enfant. C’était si agréable de ne plus être craintive, vis-à-vis d’une force de la nature : elle se sentait si grande tout d’un coup.

L’expression corporelle cessa, dès lors où elle vint se placer en face de Kazuhide, lui tirant la révérence en souriant…
Amusé par tant de cérémonie, l’homme se mit à applaudir, toujours la mine aussi radieuse, rehaussait d’une joie vivante. Il s’approcha ensuite de la jeune femme, et l’inspecta alors sous toutes ses formes, en recherchant l’éventuel lien de tricherie.

Suite à cette réaction, Aishuu se mit à rire, tentant d’échapper à l’œil observateur de l’enseignant.


[Aishuu] : « Je n’ai pas peur du vide, juste de la Nature. »

Sa phrase n’eut aucun retour, bien que le Kitsune avait quelque chose à répondre, ne serait-ce que pour l’acquiescer. Contrairement à Naho ou à Kaishin, dont il avait été également l’enseignant, cette Shiro était dotée d’une certaine humanité. C’était peut-être critiquable et jugé comme une faiblesse ou un défaut, cependant, elle était consciente que le monde n’était pas à ses pieds, et qu’il fallait se battre pour se prouver à soi-même qu’on méritait sa place dans le système. Cette lucidité fut remarquée par l’enseignant, alors que la jeune femme continuait de rire. En rien elle n’avait réfléchit à ses mots tant il lui venait du corps. C’était pour elle une logique de vie.

Dans cet instant de réflexion, Aishuu en avait profité pour s’asseoir sur la branche, contemplant le sol avec un regard enfantin. Elle se penchait, amusée…


[Aishuu] : « Et si on commençait les choses sérieuses ? »

Ses yeux d’améthystes vinrent foudroyer le saltimbanque dans son éclat joyeux… Ils se figeaient sur lui avec une étincelle fine…

[Kazuhide] : « Si ton impatience est-elle, je vais t’apprendre quelques petites choses. »

Il lui fit un clin d’œil, en ajoutant…

[Kazuhide] : « A la condition qu’on le fasse sur le fil du rasoir. »

Aishuu se releva en flèche, recherchant péniblement le fil dans le noir. Sa visibilité était assez réduite, et pour retrouver une aiguille dans une botte de foin, il fallait être patient. Le funambule lui laissa l’honneur de trouver le fil, puisqu’il savait exactement où il se trouvait. Pour raison, il avait déjà un pied dessus, appuyé sur le lien qui le nouait au bois. Les bras croisés et le regard concentré à l’envers de son élève, il analysait la manière d’agir d’Aishuu. Cependant, il fut surpris par la soudaine question de cette dernière…

[Aishuu] : « As-tu bougé depuis le dernier exercice ? »

L’homme hocha la tête pour signaler que non. Ce fut alors qu’il vit la jeune femme se lancer de la branche, pour atterrir, à côté de lui, mais à l’écart de la branche.

[Aishuu] : « Donc tu te trouves à ma place initiale… A côté de l’aiguille ! »

La jeune femme lui fit une révérence amusée, alors qu’elle marchait à reculons sur le fil de nylon las. Elle ne faisait plus attention à rien, comme si elle était sur la terre ferme, avec sa légèreté féline qui lui était commune. Elle semblait plutôt à l’aise. Alors qu’elle vaguait comme le vent sur la corde sensible, se laissant toujours un peu vaquer par l’art qui transcendait son âme, la musicienne lança à l’égard du funambule.

[Aishuu] : « Il y a beaucoup moins de magie dans ce tour maintenant, puisqu’il n’est que tricherie ! »

La voix de la femme fantôme sonnait comme un affront pour la profession du jeune homme qui fut, durant quelques secondes, piqué à vif dans sa propre passion. Dès lors, il posa ses pieds agiles sur la ficelle de l’infortune, et vint glisser vers elle, comme un serpent qui filait sur l’eau… Il s’accroupit au niveau d’elle, et tendit le bras vers sa taille alors qu’elle dansait. L’image faisait penser à la magie d’une boite à musique, avec la danseuse qui volait dans l’onirisme, retenue par les pointes à la réalité. Sans prévenir, il poussa la jeune femme, qui fit un bond en arrière avant de retomber souplement sur le fil.

[Kazuhide] : « Connais-tu au moins la magie de ce tour ? »

Fière d’avoir réussi à avoir provoquer son semblable, l’Améthyste cacha son enthousiasme pour jouer les offusquée. Elle se relança vers lui, avec une sorte d’apparat qui se voulait hautain.

[Aishuu] : « Un peu de chance, beaucoup de chakra concentré, et le tour est joué ! »

Kazuhide se mit à sourire avec une lueur démente. Il échappa un rire sarcastique et lui lança alors, sur un ton de défi.

[Kazuhide] : « Si nous sommes à arme égale sur un tour aussi simple, attaque-moi, de dos, de face, comme tu le sens, tu as pour seul but de me toucher. »

Les deux personnages restèrent alors immobiles, se fixant du regard, et attendant que l’un des deux trahisse son idée pour se faire avoir. Leur visage impassible témoignait de la concentration qui s’était soudainement établie… Elle ne dura pas. En effet, l’homme se mit à rire, amusé tout simplement par les cérémonies d’Aishuu, lorsque cette dernière s’élançant sur lui, le poing armé. L’homme fit alors un unique tao, avant de faire une pirouette digne d’un membre de la troupe. Se jetant en arrière, il réceptionna sa main sur le fil, et se propulsa pour se relever plus loin. Son rire continuait de résonner aux oreilles de la jeune femme…

Aishuu fit une petite moue. Elle savait pertinemment que l’exercice n’était pas simple, cependant, la vitesse d’exécution de l’homme l’avait littéralement soufflé. Ses cheveux volaient encore au vent qu’avait provoqué son jeu de jambes. La jeune femme continua de tenir sa garde… Elle distinguait les contours de sa silhouette, mais aurait aimé en savoir plus sur les détails de son corps… Mais il continuait de rire, ce qui parvenait à la distraire. La blanche s’avança alors avec une certaine souplesse sur l’homme, gardant son pied arrière comme pivot pour pouvoir se retourner dès lors où son approche serait suffisamment intime.

La voyant s’approchait, l’homme s’appuya plus fortement sur ses appuis, et il concentra toute la force qu’il avait pour effectuer un saut agile au dessus du corps de la jeune femme. Au même moment, la jeune femme fit volte-face, mais Kazuhide posa délicatement la pointe de ses orteils sur son poing avant de sauter à nouveau à l’autre extrémité de la ficelle, en riant.


[Kazuhide] : « Trop lente. »

Le Rayon de Lune releva la tête, affichant un regard assassin… Elle dégaina un de ses couteaux dans son dos, et cacha la lame de la vue du funambule. Sans prévenir, elle commença à courir vers l’homme de dos, lançant un couteau dans l’arbre, tout près, au millimètre près, du nœud qui tenait la corde. Pris par surprise, il se retourna, mais la jeune femme n’était plus là. Aishuu, renversée de la réalité, marchait les cheveux tendant dans le vide, sous la corde. Kazuhide était sur ses gardes, ne sentant plus le poids de la jeune femme tiré sur le cheveu qui lui servait d’appui. Elle était à quelque pas de lui, dans une parfaite symétrie… Son rire avait enfin cessé.

Sans faire le moindre bruit, la saltimbanque se baissa, attrapant les jambes de l’homme pour les lui faucher. Elle ne fit que l’effleurer…


[Kazuhide] : « Aussi fourbe qu’un renard… Mais trop lente. »

Aishuu se remit dans un sens de lecture normale, droite comme un i.

[Kazuhide] : « L’énergie en toi peut te servir à milles choses. Pour le moment, concentre-le dans tes muscles, sans négliger tes appuis, tu dois gérer les deux en simultanée. Dès que tu y arriveras, fixe-moi, et ne me lâche pas. »

Silencieusement, elle acquiesça d’un hochement de tête. La Fantôme l’ayant précédemment vu faire un tao s’appliqua à le reproduire, plaçant correctement son index et son majeur, et respirant à grande bouffée. Elle réfléchissait intelligemment : c'est-à-dire qu’elle cherchait réellement à doser le chakra selon l’importance que le muscle avait sur ses déplacements. Lorsque ses jambes lui paraissaient trop lourdes, elle équilibrait l’équation en rehaussait la malaxation au niveau de ses voûtes plantaires… Son visage concentré se voilait dans la pénombre, lorsque ses yeux d’un violet perçant vinrent à nouveau se plonger dans le regard de l’homme.

Ils lui faisaient un effet particulier, comme si à chaque regard croisé, la jeune femme lui volait un peu de lui.

Comme une assassin, Aishuu se mit en garde. Elle paraissait en beaucoup de point à une mante religieuse dans sa posture entre souplesse des finesses, et rigidité des angles. Son regard le fixait… Soudainement, un bruit vint fendre le vent, précis, net. La jeune femme venait de filer sur lui, en ligne droite. Il n’avait guère eut de mal à esquiver, cependant, il remarqua qu’à peine il avait bougé, que la tête de la femme s’orientait immédiatement vers lui, comme un tournesol vers le soleil. Son regard lui pesait, ce n’était qu’un simple retour de politesse, puisqu’Aishuu avait précédemment subit son rire qui avait sur elle le même effet.

C’était une guerre froide, tout se jouait sur l’intimidation de l’autre.

Elle ne lui laissa même pas le temps de tirer son sourire facétieux, à peine s’était-elle réceptionnée sur la pointe du fils, que son corps s’était retourné pour l’assaillir avec une frénésie presque animale. Derrière ses airs féminins et doux se reposaient de véritables ardeurs guerrières. L’Améthyste ne voulait plus lui laisser le loisir de la déconcentrer. Elle s’était focalisée sur lui, comme s’il était le seul, le dernier, à exister. Les assauts se multipliaient, les esquives doublaient, mais elle ne semblait plus fatiguer. Kazuhide voulut lui donner un conseil, seulement, à peine eut-il tenter d’ouvrir la bouche qu’elle l’avait traqué. Patiente, elle savait qu’un homme ne pouvait rien faire lors de son inspiration… Elle avait attendu ce moment précis, alors qu’il avait baissé sa garde. Ses pas devenaient légers, et elle semblait peu à peu aussi volatile que la brume, dansant sur le fil avec une sorte d’immatérialité onirique. La voyant arriver, il ne pu réagir immédiatement, et dès lors où il tenta une esquive, la saltimbanque disparu sous le fil, pour venir empoigner sa cheville et l’empêcher de s’élancer nulle part. Elle le ramena fermement sur la lame invisible, en position basse pour bloquer son genou et appuyer derrière le creux de sa seconde jambe. Aucun mot ne sortait de sa bouche, là où le Kitsune s’attendait à une explosion de joie de sa part, elle qui semblait si bonne enfant…

Les lèvres du jeune homme glissèrent pour se tendre en un sourire malsain…


[Kazuhide] : « Ne pas faire confiance à un Renard… »

Le poing de l’homme s’illumina soudainement pour venir foncer sur la musicienne qui pensait l’avoir immobilisé. Son rire vint ponctuer l’action comme pour lui donner un rythme effréné.

Totalement déstabilisée, la jeune femme manqua de peu de déséquilibrer sa concentration d’énergie, glissant sensiblement de son piédestal. Un de ses appuis flancha, et elle dû libérer l’adversaire pour éviter de s’écraser sur le sol. Elle recula à tâtons dans la panique, n’ayant absolument pas prévu une riposte éventuelle. Et puis son rire était si omniprésent dans sa tête…

Quelques peu perturbée, la fantôme se redressa lentement face à son assaillant. Son énergie tanguait comme encore sous le choc de la surprise. Elle dû réellement faire preuve de calme pour que son équilibre reste inchangé le temps de se remettre à niveau. Cependant, elle guettait du coin de l’œil les agissements du funambule qui ne cessait de sourire, ça en devenait moqueur, en face d’elle. A présent, c’était à son tour d’esquiver, il allait lui falloir une attention de tous les diables.

L’homme esquissa un petit pas de danse vers l’avant, ce qui eut pour effet de faire reculer Aishuu de deux pas. Amusé, comme un enfant qui traquait un papillon, il s’élançait dans une vitesse fausse vers elle pour constater son trop peu de réflexe. En effet, à peine eut-il frôlé son visage qu’elle réagissait. Il remarqua alors que la saltimbanque était bien plus redoutable à l’offense qu’à ce qui pourrait lui être utile pour sa survie… La meilleure attaque est la défense. Kazuhide chercha alors à titiller la jeune femme jusqu’à ses retranchements, s’approchant d’elle à un rythme saccadé et inattendu, alternant temps fort et temps lent, pour créer une rupture totale dans l’enchaînement de cette dernière qui n’arrivait pas à suivre. Il effleurait son corps à chaque geste qui représentait une attaque. Son sourire se réduit alors, et son poing s’illumina d’une couleur pastel. Peut-être qu’une fois de plus, il fallait que la jeune femme se sente alarmée. Il fit en sorte de dévier son coup de poing afin de venir marteler avec une puissance non négligeable le tronc de l’arbre. L’écorce vola alors en éclat dans la chevelure de neige.

Aishuu déglutit en voyant ça, décidant de garder une nouvelle distance de sécurité avec l’homme qui semblait plaisanter, mais uniquement d’apparence. La luminosité qu’éveillait le chakra du Kitsune lui servait néanmoins de repère, un repère pratique dans la nuit noire. Son corps glissait comme l’eau, prisonnier dans un verre de nylon. Fluide, ses courbes serpentaient comme les cheveux au vent entre les assauts brutaux du combattant. Elle avait changé de vision des choses, il lui fallait à présent se montrer plus impressionnante, il fallait qu’elle s’inspire du model, jusqu’à lui être semblable. La jeune femme se raidit, si figeant en face de lui pour lentement copier les trahisons de son corps. Ses yeux scrutaient les moindres contractions musculaires, afin de pouvoir prévoir quelle serait l’action à venir… Son corps prenait peu à peu les mêmes configurations, les mêmes mouvements respiratoires, et une danse plate qui l’emmurait dans un contexte de mimétisme.

Le funambule, prit à témoin de la métamorphose, cherchait à comprendre ce qui traversait la tête de son élève alors qu’elle jouait les miroirs. Il s’élança en avant, le muscle de sa jambe d’appuie se raidit.

Remarquant ce changement, Aishuu prépara une pirouette, fléchissant les jambes pour appuyer sa force dans ces dernières. Le coup approchait, et elle s’éleva, sautant au moment exact, afin de retomber lentement sur l’avant bras de Kazuhide. En échange, elle lui fit un clin d’œil, avant de l’enjamber comme il avait eut l’occasion de lui faire précédemment.

Kazuhide se redressa, souriant…



[Kazuhide] : « Une esquive légère, fluide, c’est exactement ce que représente l’art dans le combat. Et tu as une manière de féminiser le tout à la fois provocante pour un goujat et douce pour une guerrière. Je trouve ça étonnement amusant ! »

Par moment, Aishuu ne savait même plus relever le sérieux du plaisanté, puisque son visage semblait tout le temps s’animait d’une certaine joie et d’un plaisir de vivre de bon vivant. Pourtant, il était indéniable que la jeune femme avait une façon de combattre très souple et ondulatoire. Elle se réappropriait les exigences afin de pouvoir détourner certains usages : elle soignait ses coups aussi bien que ses représentations. Cette attitude professionnaliste amusait beaucoup son enseignant, car il savait que la recherche de l’esthétique efficace ne s’avérait pas forcément être du plus simple acabit, mais cette finesse et ce raffinement qui contrastaient avec la force brute masculine créait une harmonie si singulière que la manière de bouger de la saltimbanque appartenait déjà à son répertoire propre. C’était une force délicate.

La jeune femme se redressa lentement, voyant qu’il n’y avait plus de mouvement de la part de son opposant. Son corps sembla trouver une certaine matérialité rigide. Elle glissa sa main dans ses cheveux, le souffle légèrement haletant, dissimulé par une maîtrise de la respiration commune aux utilisateurs d’instruments à vent. Elle ne semblait même plus se préoccuper du fil sous ses pieds, comme un automatisme qui se créait.

Le funambule, toujours le sourire fendant son visage, hocha la tête avant d’ajouter.


[Kazuhide] : « Esquiver est une bonne chose, mais contre-attaquer, c’est mieux. Donc on passe à la dernière partie de cette introduction. La prochaine manière d’utiliser le chakra que tu vas devoir maîtriser, c’est de manière offensive. Cependant, je te préviens, ça risque de te faire un peu mal, car cette façon de faire joue avec ton organisme. »

Il fit une brève pose, regardant si la musicienne réagissait lorsqu’il parlait de douleur. Elle demeurait silencieuse : elle savait déjà ce que c’était de souffrir, en contre coup.

[Kazuhide] : « Tu vas devoir concentrer ton chakra dans ton poing, d’une manière très lourde et condensée, afin que ce dernier soit réellement plus heurtant dans la frappe. Cependant, n’oublie ni ton équilibre, ni ton esquive, ça ira dans les deux sens… »

Aishuu acquiesça d’un signe de tête, tendit qu’elle pensait que l’art de combattre aux poings était clair et net : briser un corps, de la manière la plus concrète possible. Dans son raffinement siégeait tout de même toute la brutalité presque barbare que pouvait être l’idée que ses poings soient des armes dévastatrices. Elle ouvrit sa main devant elle, regardant la finesse des ses doigts de musiciennes. De tels membres si raffinés pouvaient-ils réellement être destructeurs ? Ils semblaient si fins, si frêles, pourquoi auraient-il pu briser des os ? Les caressant d’un regard, elle s’interrogeait timidement, pendant que les instructions s’encraient dans sa mémoire d’une manière presque indélébile. Elle sentait son énergie lentement valser dans ses vaisseaux pour venir s’entortiller autour des ses phalanges, des ses os, et de ses articulations.

Elle était silencieuse, regardant sa main trembler de plus en plus dès lors où l’énergie s’imbibait dans les plus infimes recoins. Aishuu ressentait une sensation douloureuse, comme une crampe du poignet jusqu’au bout de ses doigts. C’était comme si la totalité de son énergie venait se heurter et s’entrechoquer avec violence sans se soucier du réseau anatomique de la jeune femme. Les tremblements de sa main devenaient un peu plus douloureux, crispant légèrement son visage, alors qu’une pâle luminosité semblait émanait de sa peau blanche.

Voyant cela, Kazuhide s’approcha lentement, et glissa calmement à son encontre.



[Kazuhide] : « Shiro, calme-toi. Tu dois y aller avec une infinie douceur, aussi paradoxal que cela puisse te paraître. Là, tu en fais trop, tu te fais mal inutilement. En théorie, la douleur devrait simplement être telle une piqûre dans ta main au moment de l’offense. »

[Aishuu] : « Être aussi souple et fort que les Sylphes… »

La Blanche inspira longuement afin de calmer les flots un peu trop agressifs de son intériorité. Une certaine bourrasque naissait toujours une brise légère, pourtant, il fallait trouver l’instant pour libérer cette fougue. La tempête semblait passer, au fur et à mesure que son chakra se mourait dans l’obscurité. Un fin sourire vint naître aux creux de ses lèvres.

Kazuhide se recula en souriant reprenant une distance et se remit en position de garde. Il fixait sa gestuelle et sa manière de se comporter, et de réagir. Il la trouvait parfois étrange, en effet, elle parvenait à changer du tout au tout, comme la lune derrière les nuages. Elle l’intriguait par sa façon d’agir et d’être. Sous ses yeux, il la voyait se transformer, elle revêtait de nouveaux vêtements, ou entrait dans la peau d’un autre personnage. Elle avait un petit comédien qui l’amusait. Cette fois, Aishuu jouait la carte de la surprise, s’étonnant devant les miracles de sa main. Le kitsune la regardait presque d’un œil tendre.

La Pâle referma lentement ses doigts, serrant sa poigne avec une force certaine, mais timide. Elle se dressa paisiblement, s’imposant face à cet homme qui était reconnu, mais dont elle ne connaissait rien. Elle ne voulait plus penser à rien, uniquement se concentrer. Seulement, le flux d’information utile devenait un peu trop lourd à ingérer. La jeune femme s’élança sur le fil, fonçant vers l’homme, le poing armé et les pas légers.

Le funambule se baissa, et établissant une rotation basse sur le fil, passant sous le coup porté. La musicienne se retourna et fonça sur lui, lorsqu’elle vit son poing s’approcher de ses côtes. Elle coupa sa respiration, se tordant comme l’air pour éviter le coup, pour riposter, elle concentra son chakra dans son poing, mais une fois de plus, l’homme esquiva, regardant d’un œil étonné le poing serré de la jeune femme s’écraser dans le bois, faisant valser les écorces.

Le saltimbanque pivota pour attraper la Blanche dans ses bras. Elle était épuisée. Elle semblait vidée de toute énergie. Kazuhide sourit avec douceur, glissant au creux de son oreille.


[Kazuhide] : « Je ne pensais pas que tu irais si loin… »

Il souleva le corps léger de la femme agile, marchant sur ses toiles d’araignée comme s’il était sur le sol. Il se laissa tomber de la branche, retombant sur ses appuis solides et puissants. La belle au bois dormant commençait à s’assoupir contre son torse musclé. Le funambule croisa le regard inquiet de Kaishin, qui avait attendu sans bouger la fin de leur entraînement. L’inquiétude lisible sur son visage fit rire le Vent.

[Kaishin] : « Tu en as trop fait ? »

L’acrobate sourit et ajouta d’une voix douce.

[Kazuhide] : « Je ne m’inquiéterai pas pour elle à ta place. Je te laisse ta protégée. »

Le Kitsune posa lentement la Blanche dans les bras du jongleur, et s’en alla sans se retirer en sautillant avec une légèreté incroyable. L’Ambre regardait avec tendresse celle qui dormait paisiblement contre sa poitrine. La portant avec douceur, il la déposa dans la partie qu’il s’était aménagé.

[Kaishin] : « Bonne nuit ma Perle. »

Dans son sommeil, le sourire de la jeune femme naissait, puis se dissipait pour laisser place au doute et à l’angoisse. Une fois de plus, elle se retrouvait dans ce temple qui ne répondait à aucune logique réelle… Tout s’embrouillait dans sa tête…


La nuit était fraîche, caressant à même la peau la lune verticale. L’atmosphère sombre rendait les quelques saltimbanques encore éveillés énigmatiques et mystérieux, tant les faibles lueurs sur leur visage déformaient leur traits. Ils semblaient si fantomatiques. Seul Kaishin brillait comme un diable noir, dansant entre les flammes qui se tordaient devant lui en signe de soumission. Ses doigts agiles réceptionnaient les torches embrasées, tandis que son corps souple se distordait au gré de la chorégraphie. Il tranchait e silence du bruit crépitant des tissus aussi ivres que les saoulards du soir. La lumière rouge braisée incendiait l’enclave boisée dans lequel le pyromane se laissait porter par le devoir de soumission des éléments. C’était un instant magique, durant lequel le corps musclé du saltimbanque, perlait d’une sueur fine, reflétait les soleils emprisonnés. Sa chevelure de braise semblait soudain se réveiller d’une nature incendiaire, prête à écraser les hectares de forêt. Il s’entraînait, car bientôt revenait pour lui le temps de son errance tavernière qui l’amènerait, l’espérait-il, à retrouver sa chère moitié assoupie.

Chacun de ses pas l’approchait et le distançait du corps de la belle, mais ses yeux ne la quittait pas. Dans l’action spectaculaire de ses pirouettes folkloriques, l’Ambre glissa du coin de ses lèvres son sourire enjôleur qui avait raison des cœurs sensibles des filles qu’il devait attraper. Ce sourire, d’ordinaire si doux et mielleux, ressortait comme un rictus malsain et pervers avec la lumière qui transformait ses traits pour d’autres. Elle était belle, la Blanche, les paupières baissées sur ses préciosités d’améthyste. Sa main tombant sur sa hanche, coupant son corps en deux hémisphères, trahissait la fatigue subite qui l’avait figé à l’état de morte somnolente. Elle était folle, la Blanche, repousser le domaine de son corps de femme frêle pour servir les causes de l’Ambre. Il savait au fond de lui que les altercations de l’après-midi l’avaient plutôt secoué. Elle était tendre, la Blanche, l’hypnotisant, même dans son état de recueillement auprès de Morphée. Elle était, la Blanche, sous le regard de son amant.


[Kaishin] : « Je vais réveiller le jour, Ai, pour avoir le plaisir de voir ton éveil comme la rosée sur les pétales… »

La jeune femme dormait paisiblement, le corps fatigué par cet apprentissage si soudain, pour lequel il ne s’était pas préparé. Parcourut d’un frisson dans l’échine, elle se mit à frissonner, jusqu’à trembler, terrifiée. Comme possédée, elle tremblait de tout son être, comme frigorifiée au plus profond de son âme, pour soudainement se relever en sursaut. Elle était remuée par un cauchemar, et s’agitait au pied de l’arbre qu’elle ne tarda pas à maîtriser de ses phalanges endolories.

Voyant le spectacle, le jongleur laissa tomber ses torches dans le seau d’eau prévu à cet effet. Le tissu s’imbiba d’eau, étouffant l’alcool et son ivresse infernale. Il s’approcha, inquiet, et empoigna avec une force douce le corps de la somnambule, pour la plaquer contre son torse.


[Kaishin] : « Calme-toi… Calme-toi ! »

Sa poigne d’homme vint attraper le poignet frêle de la combattante improvisée et l’entrava de la totalité de sa mobilité. Son regard si serein changea soudainement, dans l’obscurité naissante de ses angoisses. A nouveau, la Pâle devenait insaisissable comme la colombe de la paix. Il ne comprenait pas ce qui venait agiter son corps et son esprit avec une violence suffisamment sournoise pour frapper dans un sommeil épuisé.

Les muscles se décrispèrent, et son corps s’assouplit soudainement pour tomber de tout son poids dans les bras musclés du jongleur. Il fléchit les jambes pour attraper en douceur la perle et serra tendrement ses bras sur elle pour la contenir. Inerte, la jeune femme avait adopté à nouveau son paisible visage de poupée de porcelaine. L’Ambre passa lentement sa main sur sa joue, et se pencha pour poser un baiser doucereux sur les lèvres de la princesse endormie. Avec une certaine délicatesse, le saltimbanque s’assit, adossé au tronc solide d’un roi de la forêt, veillant sur la nuit de sa protégée.

La nuitée se découla courtement, car déjà bien entamée, dans un silence le plus total. La fraîcheur tombait en une pluie invisible d’humidité, qui venait se déposer sur l’épiderme chaud de l’homme à la chevelure de feu. Comme Cerbère devant la porte de l’Hadès, Kaishin gardait le corps pâle de la jeune femme. Sa main caressait les cheveux blancs avec une application particulière, tandis que le soleil tentait timidement de percer l’avancée ténébreuse. Le calme tendait à une atmosphère de naissance cérémonieuse.

La luminosité timide s’évadait de plus en plus du ciel violet, déchirant l’ombre pour faire régnait la clarté. Sa peau de la jeune femme s’illumina avec parcimonie au travers du feuillage. Sous le regard de l’homme, la chrysalide de la princesse se défaisait peu à peu.

Les paupières de la Satsubatsu s’élevèrent paisiblement, dévoilant les trésors qu’elles cachaient. Réveillant son corps, l’expression de son visage laissait néanmoins perplexe. Elle ne semblait pas reposée, au contraire. Cela faisait déjà un certain temps qu’Aishuu s’empêchait de dormir, afin d’éviter certains désagréments que sa mémoire aimait raviver. La renaissance ne fut pas longue, et le masque ne tarda pas à tomber. Les lèvres de l’Améthyste se tendirent en un sourire joyeux, tandis que ses mains décrochaient l’étreinte du jongleur sans le prévenir. Elle se releva subitement, et se recula, pour tourner le dos à l’Ambre.


[Kaishin] : « La nuit a-t-elle été douce ? »

Aishuu se contenta de rire avant de se retourner sur la pointe des pieds.

[Aishuu] : « A merveille ma foi ! »

Elle esquivait, comme à son habitude. La jeune femme étira lentement ses membres endoloris par la fatigue et fit quelques pas chorégraphiés sous le regard aberré de son partenaire. Aishuu s’approcha de lui, alors qu’il se releva, et glissa contre son torse pour lui souffler au creux de l’oreille.

[Aishuu] : « Sais-tu où est Naho ? Nous avons à faire aujourd’hui. »

Le Kitsune se mit à rire, à moitié étonné du petit cinéma de la jeune femme qui s’était toujours cachée derrière des facéties. Il caressa sa main du bout des doigts alors qu’elle le fuyait, distançant les corps, distançant le contact qu’elle ne voulait plus. La jeune femme continuait de glisser entre ses doigts comme l’eau limpide d’un fleuve mouvementé. La sentant glisser, il referma violemment le poing, car il savait qu’il n’arriverait pas à la retenir. Aishuu sautillait enthousiaste devant lui, se présentant au seuil d’un arbre pour se pendre à une de ses branches. Contractant ses abdominaux, la musicienne glissa en arrière, laissant ses cheveux tomber en pluie pendant que son bassin se collait à la branche. Comme une gymnaste, elle s’enroula autour de la branche avec grâce, toujours sur l’appuie droit de ses bras forts. Elle chevaucha ensuite son trapèze pour se relever, pliant son corps en deux pour effectuer une pirouette. Elle se voûta, se laissant tomber, posant sa main autour de la branche. Pliée en deux, elle laissa ses jambes se dérouler pour qu’elle se relève un peu plus loin derrière, captivant le regard de Kaishin. Elle était d’une souplesse délicate, mais elle n’avait jamais voulu tenter certains tours de contorsionniste, jugeant qu’elle n’était pas assez belle pour rendre le spectacle magique. Offrant à ses yeux sa plus belle révérence, elle lui lança, dans un sourire fin....

[Aishuu] : « A plus tard… »

Discrètement, la jeune femme lui glissa un clin d’œil avant de s’enfuir dans son perchoir d’écorces, à la recherche de la funambule qui préférait dormir comme une chauve souris. Elle abandonna au pied de l’arbre Kaishin, le regard troublé en sa direction. Il grimaça un instant, sentant de plus en plus la situation glisser hors de son contrôle : qu’est-ce qu’il en avait horreur de cette sensation d’être impuissant. Dans sa folie, il avait essayé maintes fois de contrôler une femme aussi libre que le vent, qui s’amusait tendrement à lui arracher le cœur pour le remplacer par une pierre, puis lui ramener un beau jour, pour recommencer. Aishuu était odieuse avec lui, mais d’un certain côté, c’était ce jeu perpétuel qu’il aimait avec elle. Sans cesse rechercher à séduire l’autre sans savoir que rien n’était acquis. Entre eux, tout se nourrissait au jour le jour, jusqu’au lien qui les reliait indéniablement. Elle était le mystère le plus entier qu’il avait côtoyé jusqu’à présent, regrettant parfois de l’avoir recroisé à l’égard d’une taverne. Jusqu’à détruire sa vie de couple passée d’une manière passive, elle parvenait tout le temps à s’inscrire durablement dans sa vie, chamboulant tous ses repères sans aucune honte. A vrai dire, elle s’en fichait aussi bien qu’une femme de glace dont le cœur aurait givré. Aishuu le laissait derrière elle sans lui laisser le moindre regard chaud sur son corps musclé qui l’avait tenu éloigné de ses chimères nocturnes. Son ascension au sommet ne tenait qu’à elle et ses appuies, qu’à elle et ses acquis. C’était une femme d’ambition, et les femmes de sa trempe étaient le plus souvent le pire fléau auprès des hommes. Elle fit une halte pour se confronter avec la réalité, se mettant nez à nez avec le bois centenaire. Il fallait qu’elle se rappelle, constamment, de son rapport face à la mère Nature. Plus calme, elle se mit à sourire calmement, hochant la tête avec un rictus satisfait… Un jour, elle aussi la craindra. Elle tourna les talons pour venir marcher jusqu’à la finalité fragile de la branche pour se pencher vers le vide. Entre ses lèvres, un rire fila comme un soupir serpentin, avant que sa voix claire ne résonne dans les feuillages.

[Aishuu] : « Naho, où es-tu, tu sais que l’on a à faire. »



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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Dim 24 Oct - 16:26


    Shiro ( Niveau 8 )
    : +0% Bonus Inclus
    : + 125 XP - 3 Techniques validées

    : Pause XP demandée. Je ne vois qu'une chose à dire, à quand la suite ? ( et Kazuuuuuu' )


MessageSujet: Re: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Lun 3 Jan - 19:58




Les nymphes avaient déserté ce lieu de peur de s’y faire violer. Probablement que les muses les eurent suivi puisqu’il n’y régnait pas la moindre lampée de poésie sur le sol sale. Cet endroit était si triste que même les âmes semblaient y être en peine. Ce qui rendait si particulier cet endroit, c’était probablement les odeurs ainsi qui les miasmes qui dégoulinaient comme des larmes de l’Enfer dans des égouts imaginaires. Certaines ignominies sont volontaires, celle-ci était d’entre elles.

D’une pureté éclatante, la Blanche souriait au travers du feuillage d’encre. Il était tant de passer aux choses sérieuses, bien qu’elle n’était pas forcément enjouée par ce qui allait suivre. Lorsque la pensée lui traversa l’esprit, une moue pincée se glorifia aux coins de ses lèvres, un peu ennuyée. Sans dire un mot, son masque reprit calmement sa place, aussi souriant que le ciel n’était clément.


[Aishuu] : « Allez Naho, ne joue pas avec moi. »

Un bruit dans le feuillage siffla aux oreilles de la jeune femme qui se retourna subitement pour voir apparaître le visage de Naho entre les branches, comme encadré d’un nuage de ronces. Lentement, elle vint passer la phalange inférieure de son index au coin de son œil en s’étirant. La nuit avait dû être courte pour que la jeune femme soit ainsi marquée. Naho grimaça avec l’art aussi maîtrisé que les enfants, murmurant de sa voix fébrile…

[Naho] : « L’aube est encore pâle… »

[Aishuu] : « La journée n’en sera que plus longue. »

[Naho] : « Et ma nuit si courte… »

La saltimbanque sourit à l’intention de sa partenaire acrobate et inclina légèrement la tête pour décréter avec un semblant de sagesse qu’il était tant de partir. Elle avait connaissance de la distance qui les séparait toutes deux du marché noir et de sa désolation, et si elle voulait éviter tout ennuie, il lui était préférable de s’y trouver de bonne heure. Levant sa paume vers Naho, elle lui fit un geste amical avant de se laisser tomber de la branche, juste assez pour trouver sa pirouette. En effet, Aishuu demeurait malgré tout haut perché sur une branche. Se laissant volontairement glisser, elle saisit au dernier moment l’écorce entre ses doigts et se laissa vriller autour de la branche, avant de se propulsant, jambes en avant, sur une branche située beaucoup plus bas. Ses abdominaux se contractaient finement, ses muscles aussi, alors que tout son corps relâchait la tension pour se laisser aller au gré d’une douce folie…

Enjouée, Naho se lança à sa poursuite, posant ses mains sans élan sur la branche qui la tenait, amenant lentement ses jambes à la place de son buste, puis elle poussa fortement dans ses bras pour s’élever dans les airs et vriller. Son corps si léger semblait alors si violent, tournoyant comme un ouragan de rage, avant de retomber avec une délicatesse digne d’une Sylphe sur le sol. Juste derrière la musicienne, elle s’approcha d’un petit pas pour se faire voir, agitant sa main à son tour, pour lui renvoyer son salut.

Aishuu, devenue une véritable femme de glace, ne répondit rien, pas même une expression ne vint souiller son visage. De marbre, elle fixait l’horizon en direction de sa destination, figée à l’idée de mettre les pieds dans un lieu pareil. Le fait d’être avec Naho ne la rassurait qu’à moitié, même était-elle capable de croire qu’elle causerait du tort à la funambule. Impérialement, elle claqua des doigts, s’élançant dans une course effrénée jusqu’à ce qu’elle fasse un appel de pieds pour sauter et ainsi se réceptionner au loin contre les corps d’écorces.


[Aishuu] : « Plus vite… »

Naho soupira, mais ne pouvait rien contre l’autorité de la jeune femme qui avait été naturellement désignée comme la meneuse du binôme. L’acrobate, bien que restait muette, s’étonnait cependant de la vitesse de mouvement de sa partenaire, qui bien qu’étant complètement dissociée de l’art du combat, semblait avoir des prédispositions toutes faites dans ce domaine. Elle se savait plus faible que les autres membres de sa petite équipe pourtant, elle s’espérait avoir le dessus sur la nouvelle, mais les tendances semblaient se confirmer et aller dans un tout autre sens.

Le paysage défilait avec hâte, pourtant Aishuu ne cessait de prendre de l’avance sur la funambule. Cependant, elle ne chercha pas à faire la moindre pause, reprendre le moindre soupçon, alors que Naho cherchait un temps mort dans la course. La Blanche ne fléchissait pas.

Aishuu alla jusqu’à prendre de l’avance, l’abandonnant presque, sans se soucier de si elle la suivait ou non. La mission que Kaishin lui avait donné été pour elle capitale, à savoir qu’une menace rôdait autour de la troupe. La saltimbanque avait énormément de réticence à voir certains éléments se heurter à son petit confort.


Si réellement il y avait menace, menace il y avait à éradiquer.

Naho ne la suivait plus depuis un moment, elle s’en rendit compte pas l’absence de soupirs ou de témoignages de mécontentement. La jeune femme se freina donc, d’autant plus que l’air devenait de plus en plus malsain, de plus en plus sale. Si son visage grimaça, c’était involontaire de sa part, mais cela illustrait bien le dégoût que pouvait tirer de pareilles senteurs.


[Naho] : « Moi qui pensais qu’avec Shiro ça serait amusant ! On dirait presque Kai ! »

[Aishuu] : « Allez viens. »

La funambule sursauta, sentant la main de la Pâle sur son épaule. Dans le doute, elle se retourna tout de même pour vérifier, et fut contrainte de constater que la saltimbanque la regardait en souriant. Elle inclina la tête, avec sa moue boudeuse favorite, et souffla un peu lassée.

[Naho] : « Tu sais, le marché noir ce n’est pas le plus intéressant. On dirait une enfant qui ne l’a jamais visité. Il n’y a vraiment rien à voir avec ce que tu peux t’imaginer. Alors ne sois pas si pres… »

La voix de Naho ne put même pas cambrer son timbre, sa phrase n’était pas achevée. Aishuu avait réussit à saisir les mots de la jeune femme pour les arracher de la phrase avec une certaine violence. Coupant court à la discussion, elle estompa son sourire, et sorti des sons aussi rêches que des lames de rasoir.

[Aishuu] : « J’ai vécu à Suigara. »

Naho fit quelques pas en arrière, figeant son regard sur les yeux soudainement froid de la Perle. Son visage semblait refléter une inquiétude.

[Naho] : « Qui es-tu Shiro ? »

La lueur joyeuse d’Aishuu avait déserté les moindres traits de son visage, les moindres courbes de son expression, et les moindres lueurs de son regard. Reprenant son apparence de femme de glace, elle ne dit mot lorsqu’elle s’avança vers Naho, lui frôlant l’épaule pour continuer sa route. Un vent glacial aurait pu se mettre à souffler, mais Naho ne l’aurait probablement pas senti tant elle se posait des questions. Après tout, elle ne savait pas grand-chose de Shiro, rencontrée il y a peu, et pourtant si vite intégrée. La Kitsune se retourna et regarda l’ombre blanche fuir sous ses yeux, dansant entre l’ombre et la lumière, comme un serpent volait sur l’eau et la terre. Elle la voyait, onduler, et changer de masque, à chacun de ses pas, et se demandait pourquoi cette femme demeurait si énigmatique. Finalement, elle se résolue à la suivre. Après tout, elles étaient partenaires, et jusqu’à présent, l’excentrique n’avait jamais trouvé à redire de cette femme blanche. Elle déposa lentement sa main sur la garde de son kunai, et l’envoya avec une classe pure autour d’une branche, accompagnant dans sa fuite le fil d’ariane. Naho préférait couper par la voie qui lui était le plus rapide afin de la rattraper. Ses pas étaient tellement légers et gracieux lorsqu’ils semblaient être lancé dans le vide. Si légers qu’elle n’eut guère de mal à rattraper celle qui restait de marbre depuis, et même la dépasser. Un peu folle, la jeune femme toute de jaune vêtue laissa la ficelle pendre avec son kunai en guise de poids, et glissa le long, mains et tête en avant, se suspendant telle une araignée devant Aishuu. Son sourire mutin et enfantin revint sur son visage, et elle s’exclama avec toute la pureté que l’on lui attribuait.

[Naho] : « Tu as tué quelqu’un ? On m’a toujours dis que Suigara était truffé de monstres. »

Aishuu ne releva pas cet élan de tact, tendant la main vers elle et se contentant de la pousser, ce qui eut pour effet de créer une sorte de balancier vivant sur son chemin qu’elle n’eut grand mal à éviter. Décidément, il allait falloir qu’elle trouve comme mettre fin à cet interrogatoire.

[Aishuu] : « Je croyais que le passé antérieur au Kitsune ne regardait pas les membres ? »

[Naho] : « C’est vrai… »

Balayée d’un revers de main, Naho en manqua de tomber, mais eut juste suffisamment de réflexes pour lui permettre de rester en équilibre. Elle cambra délicatement son dos pour permettre à ses jambes de rejoindre le sol, ses mains lâchant le lien qui la retenait à la raison. Elle se lança ensuite à la poursuite de Shiro, la main en avant, lui demandant de l’attendre.

Cependant, Aishuu n’en fit rien, continuant d’avancer vers son tendre foyer. Les odeurs devenaient presque agressives. Les miasmes mêlaient les odeurs de la pluie, de l’alcool à celles de la saleté et de la transpiration. De tels effluves offensaient la capacité sensorielle des deux femmes qui ne pouvaient que grimacer d’horreur. Leurs pas martelaient les flaques d’eau fraîche qui jonchaient le sol, les laissant, criant leur horreur et leur douleur. L’eau sale s’infiltrait lentement dans les bas de la Blanche, créant un dégradé allant de l’ocre au noir, prenant de plus en plus de terrain sur ses jambes. Elle ne s’en souciait guère. Dans cette partie du monde, il semblait y avoir constamment de la brume. Il était dit, à tort où à raison que c’était pour cacher les méfaits et les crimes qui y dormaient, comme si ce voile blanc servait de serrure à la porte des horreurs. Certains affirmaient que c’était fait naturellement, parce que la Dame Nature en personne avait honte des hommes et voulait les cacher du monde, d’autres soupçonnaient l’usage quelconque de techniques, imaginant clairement des castes de criminels se réunir afin d’élever le plus épais manteau de coton au dessus de Suigara afin de pouvoir assassiner sans se faire voir les pauvres innocents qui cherchaient à visiter. Aishuu n’était plus sensible à toutes ses histoires, d’autant plus que pour elle, c’était plutôt le ciel qui cherchait à cacher la plus basse existence de l’homme derrière des larmes de buée.

L’homme, par définition, était le plus noir des monstres.

La saltimbanque ouvrit la main devant elle, et sembla pousser doucement le manteau de brume, comme à la recherche de la poignée pour ouvrir la porte. Sous le regard inquisiteur de Naho, elle agitait lentement sa main, écartant petit à petit l’épais nuage. Sa main si blanche donnait l’impression de disparaître dans le flou de cette matérialisation aqueuse. Cette caresse froide fit naître de petites dunes sur la peau de la femme de glace, et esquisser un long frisson depuis le bas de son dos. Un fin sourire orna son visage, alors qu’elle se lança corps et âme dans la masse, marchant dans cette sorte de chaos des éléments.

De l’autre côté de la brume, il paraissait s’établir un tout autre monde, un monde triste et en déclin. Aishuu tendit la main à Naho, qui ne la saisit pas immédiatement, puis la tira vers elle, pour la forcer à la rejoindre, afin de pouvoir établir les choses sérieuses. Le visage de la jeune femme s’estompait totalement dans la brume, il ne restait d’elle que ses yeux et ses lèvres. Sa voix vint glacer l’échine de l’acrobate qui ne semblait pas rassurée d’être en de tels lieux.


[Aishuu] : « Nous devons donc récolter des informations… Ca risque d’être compliqué. »

Sa lèvre se pinça sous le joug de l’ivoire de ses dents, avant qu’elle ne prenne la marche. Il n’était plus très loin, ce foyer de problème, pourtant, il fallait encore le trouver dans ce dédale où la vision était restreinte. Aishuu, volant à demi dans la brume, ressentait enfin le malaise que lui aspirait ce lieu. C’était si pauvre, si sale et malfamé. Il y avait tant de misère que n’importe quel commerce se mettait en place. Les enfants, les femmes, les corps, les dépouilles, les organes ou les marchandises, il n’y avait plus assez d’imagination pour ces vices qui étaient devenues une monnaie courante. A Suigara, tout sentait le sang. Tout était joué par la mort, douce ou violente, par le poison ou la lame. Rien n’appartenait à personne, puisque tous étaient à égalité sur le potentiel de la potence. Il ne régnait ni fratrie, ni solidarité, c’était la loi du chacun pour soi qui primait, et au premier abord, mieux le valait-il, car la confiance n’existait pas. Suigara était la véritable gangrène de ce monde.

La jeune femme fit halte, et Naho, qui regardait ailleurs, la bouscula. Sa voix résonna comme un couperet sentencieux.


[Aishuu] : « Naho, si tu vois un affrontement, même s’il est inégal et injuste, ne va pas secourir la personne. »

L’acrobate fut sincèrement choquée par les paroles de sa partenaire, applaudissant d’une manière hypocrite pour lui rétorquer.

[Naho] : « C’est ainsi que tu te considères ? Tu n’aides pas tes semblables ? »

[Aishuu] : « Tu ne comprends pas… »

La Blanche se retourna pour faire face à celle qui semblait ne plus vouloir l’écouter, et lui expliqua, avec un calme des plus posé.

[Aishuu] : « Ici, ce n’est pas notre monde. Ici, c’est le mal qui domine et le bon trinque. Ici, si tu veux rester en vie, le seul moyen que tu as, c’est de ne pas faire parler de toi. Il faut devenir un fantôme, un fantôme de neutralité. »

[Naho] : « Hm… »

[Aishuu] : « Ecoute-moi, j’ai vécu ici, sache que tu ne verras jamais un seul grain de bonté, encore moins une miette de justice, c’est le fonctionnement de cette décharge humaine, et ce n’est pas à deux qu’on pourra changer le cours de la chose. »

[Naho] : « Et toi, qu’étais-tu ici alors ? »

[Aishuu] : « Une marchandise. »

Naho se tût, comprenant l’erreur qu’elle venait de faire. Elle baissa tout naturellement la tête vers le bas, mais Aishuu avait déjà tourné les talons pour faire autre chose. Noblement reparti vers des lieux où la discussion se ferait plus intéressante, la jeune femme poursuivit son chemin, allant presque disparaître des yeux de Naho tant la brume était dense. Elle n’eut le temps que de situer le ruban de la traîne du kimono de la saltimbanque et de le rejoindre avant qu’il ne s’estompe définitivement.

L’air était sale, et l’atmosphère malsaine, mais les deux femmes n’oscillaient pas dans leur déambulation, d’un parce que Aishuu savait parfaitement où aller, et de deux, parce que Naho préférait s’écraser après avoir plusieurs fois mit les deux pieds dans le plat. Il y avait une lourdeur impure qui appuyait sur la cage thoracique jusqu’à tenter de faire rompre les poumons, ce qui fut la cause de douleur que la Pâle fit semblant de ne pas ressentir. Elle détestait cet endroit plus que nul autre au monde, et cette soudaine obligation d’y remettre les pieds n’avait pas arraché son sourire.

Un cliquetis se laissa mourir au creux d’une flaque après un triste murmure cristallin. Ce même bruit se répéta plusieurs fois avant que la Pâle ne lève la tête vers le manteau nuageux et s’aperçoive que la pluie commençait à tomber. Derrière elle, Naho grimaça, comme si pour elle, la situation ne pouvait être plus désagréable, et pourtant, elle n’était pas au bout de ses peines. A l’opposé, Aishuu trouvait que la pluie était une bonne chose, permettant de nettoyer un peu l’endroit et rendre l’air plus pur, l’eau lui était agréable.

Sous la pluie, toutes les personnes se retrouvaient égales, subissant les humeurs des intempéries sans avoir le pouvoir de changer la situation. Leur vêtement se laissait pénétrer par les larmes froides des nuages, assombrissant leur couleur, jouant ainsi l’opposition avec les visages qui semblaient plus mornes. Cependant, la blancheur éclatante du teint d’Aishuu ne subissait pas les changements d’humeur extérieure.

D’un signe de main, Aishuu demanda à Naho de se dépêcher et de la rejoindre, alors qu’elles allaient rejoindre peu à peu les quartiers des petits truands trafiquants qui se chargeaient de vendre le produit d’assassins : ils étaient commercialisés ici des restes de cadavres, et autres marché noir d’organes dont il ne valait mieux pas chercher la provenance. Les origines étaient toujours sales. Par réflexe, l’acrobate regarda la couleur de ses mains, espérant qu’elles lui restent liées et qu’elles soient propres. La Fantôme ne put s’empêcher de sourire en la voyant ainsi agir, comme une manière de se rassurer dans ce cadre lugubre.

Une odeur de sang écoeurante s’immisça dans les narines des deux femmes qui répondirent à cette agression par une moue dégoûtée. De ce fait, leur vitesse de progression s’accéléra sensiblement pour pouvoir fuir ce quartier nauséabond de Suigara. Non loin d’ici se trouvait le quartier des « renseignements », et c’était la destination de leur parcours. Traversant les avenues, presque en courant sous la pluie, Naho suivait le trajet de sa partenaire sans sourcillait, cherchant à fuir cette agression des sens. Soudainement, sous son regard, elle s’engagea dans une impasse, tournant subitement sur sa droite, pour s’enfoncer au centre. Avant d’aller plus loin, Aishuu tandis la main vers Naho en lui demandant de lui passer un de ses kunai. La funambule sourit largement, dégainant au grand étonnement de la Blanche une paire de Sai qu’elle lui déposa dans la main. Le visage de la Pâle sembla s’embellir de sournoiserie, puis, elle se tourna vers une porte crasseuse qui dormait dans le creux de l’impasse. Elle tapa trois fois sèchement sur le bois, le percutant des phalanges de son majeur et de son index. Un cache de bois au niveau des yeux s’ouvrit de l’autre côté de la porte, et le regard se figea soudainement sur la blancheur de la femme.


[?] : « Je rêve ? »

[Aishuu] : « Ouvre immédiatement. »

La jeune femme entendit le verrou s’abattre, lançant du regard l’ordre à Naho de la suivre. Elle poussa fortement la porte, pour découvrir de l’autre côté un homme frileux et frêle, avec une attitude malsaine. Aishuu s’ébahi et s’élança sur lui, plaçant un Sai sous sa gorge, et l’autre au niveau de son bas ventre, l’empoignant contre le mur.

[Aishuu] : « A présent c’est toi qui gère les infos de la zone ?! Ton réseau de proxénétisme te sert à gagner des informations ? Tu es réellement la pire ordure que je puisse connaître. »

Le regard de la jeune femme avait changé, emplit d’une noirceur assassine face à cet inconnu que fixait Naho. La Kitsune ne comprenait pas réellement la situation, ne sachant pas s’il s’agissait d’un coup de poker ou d’une hache de guerre enterrée… Elle restait étonnée de voir un tel écart de comportement entre Shiro et Aishuu.

[?] : « Tu es encore vivante ?! Comment as-tu réussi à survivre ? »

Un rire gras se sortit de la bouche de l’homme, postillonnant au visage de la Renarde qui fronça les sourcils, énervée. Il s’amusait à se moquer des douleurs qu’il lui avait infligées. A son tour, la Blanche sourit, fléchissant sa jambe pour poser son genou contre les attributs de l’ingrat sur lesquels elle s’appuya sèchement. Le rire s’estompa aussitôt pour esquisser une moue horrifiée.

Naho retint son souffle devant une telle violence…


[Aishuu] : « Que sais-tu sur les agissements actuels des malfrats dans le quartier de Cha ? »

[?] : « Tu crèches à Cha maintenant ? »

La force d’Aishuu sembla se décupler, alors que son genou se décolla de l’homme pour cette fois venir le heurter avec puissance. Il s’en échappa un terrible cri de douleur qui retentit dans toute la pièce lugubre.

Naho tressaillit, se reculant de plusieurs pas pour venir se plaquer contre le mur, renversant un tas de chose sur son trajet. De nombreux objets métalliques, dignes d’instruments de torture, s’écrasèrent sur le sol d’une manière bruyante. A leur vue, la jeune femme poussa un cri d’horreur, voyant qu’ils avaient été utilisés.


[?] : « Une nouvelle dans l’coin ? Tu veux que je l’embauche ? »

La pointe du Sai vint s’enfoncer sur sa peau, suffisamment pour être douloureuse, mais pas assez pour le perforer.

[Aishuu] : « Tu réponds à mes questions, je ne te donne pas le droit de parler au-delà. »

[?] : « Tu veux quoi sur Cha ? Le dernier marchand de thé ou le premier vol à l’étalage ? »

[Aishuu] : « Prends-moi pour une imbécile et je vais t’arracher ce qui t’est si cher… »

[?] : « Sur Cha on ne fait pas grand-chose en ce moment, car y’a des gens plutôt balaises qui s’y traînent. Y’a juste une femme qui veut s’tenter à faire je-ne-sais-trop-quoi. C’est pas une nouvelle, elle était connue du coin, ces patrons sont des plus respectés par ici, alors, ils couvrent bien l’affaire. »

[Aishuu] : « Explicite ! »

[?] : « Y’a un groupe de tarés qui se sont apparemment là-bas en ce moment, et ils ont pas mal démontés les pauvres gars qu’on avait sur le terrain. J’pense sincèrement qu’il faudrait se débarrasser d’eux, c’est une troupe de malheur. »

Naho se réveilla, se sentant agressée et insultée, s’approchant lentement vers l’homme. Son regard était indigné, presque écoeuré par ses mots. Après avoir fait craquer ses phalanges, elle lui asséna un violent coup de poing dans la mâchoire, ce qui la brisa d’un seul coup.

[?] : « Enfoirée ! Tu m’as ramené une de ses connes en plus ? T’aurais dû crever à ta tâche toi ! »

Naho secouait son poing, de manière à agiter ses doigts pour éviter de les engourdir. Puis elle déclara, en sortant :

[Naho] : « Je préfère attendre dehors… »

Aishuu grimaça, savoir Naho dehors ne l’arrangeait guère, car elle connaissait sa manière de réagir bien que l’ayant rencontré tôt. Il se passerait forcément quelque chose.

Cependant, son attention devait rester sur le macro qui souffrait devant elle, et qui, malgré ça, parvenait encore à l’insulter.


[Aishuu] : « Que sais-tu sur cette femme ? »

[?] : « Huhu, elle ne parle pas beaucoup ! »

[Aishuu] : « Te fiche pas de moi ! »

[?] : « Elle est sourde, et l’pire, c’est qu’elle vient d’Oto ! Elle était connue autrefois ici, j’ai jamais réussi à m’la faire. »

Aishuu releva l’étreinte qu’elle portait sur son bas ventre, reculant son arme, et la retourna soudainement pour taper son entrejambe avec le manche du Sai. S’imprégnant pleinement de ses rictus de souffrances avant de le lâcher brutalement au sol. Elle le regarda s’écraser lourdement et l’achevant d’un coup de pieds au niveau de l’estomac. Son regard s’éleva, hautain, alors qu’elle se retira de la pièce, poussant la vieille porte grinçante dont les gons étaient rouillés…

[Aishuu] : « Na… »

Elle s’immobilisa, regardant sa partenaire assise dans une flaque d’eau, face à une longue ombre noire. Il l’avait bousculée, la heurtant de plein fouet. Aishuu, la connaissant, craignait sincèrement qu’elle ne commence à sermonner, leur rendant la tâche que plus difficile quant à leur intégration sur le marché. Elle ferma les yeux, rangeant ses Sai dans le ruban de sa ceinture pour libérer sa main et croiser ses doigts…

Naho ne dit mot, fixant uniquement la grande silhouette noire et son visage qui se sortait du tissu des ténèbres. Elle restait ainsi placée, en moins que rien dans la flaque, totalement trempée des pieds à la tête, soumise face à cet inconnu qui ne se permettait aucun mouvement.

La personne ne dit mot, se contentant de se tourner vers Aishuu et de la pointer du bout de son doigt osseux.


[?] : « Je peux prendre votre succession ? »

Aishuu hocha la tête, et dégagea du chemin de la porte d’un pas léger sur le côté, attendant qu’il s’engouffre dans le trou du dégoût pour venir aider l’acrobate qui restait hébétée, et immobile. La Blanche s’avança vers elle, s’accroupissant la main comme une aide à son égard, cependant, elle ne l’attrapa pas. Se relevant alors lentement, la saltimbanque se plaça une jambe de chaque côté de la funambule et la tira à bout de bras, tentant de la remettre droitement sur ses jambes, mais Naho ne réagissait pas.

[Aishuu] : « Naho, allez ! »

Elle portait un air vitreux sur le visage, et ne semblait pas encline à discuter. Naho ressemblait à un pantin sans vie dont on avait coupé les ficelles pour le laisser choir à perte et fracas. Cependant, un souffle de voix s’extirpa de ses lèvres…

[Naho] : « J’ai peur… »

La jeune femme hissa son bras autour de ses épaules, cherchant un équilibre, regardant en coin la femme totalement paralysée par la peur. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui s’était passé pour qu’elle soit dans un tel état.

[Aishuu] : « Ca va ? »

[Naho] : « Ce monde est noir. Ce monde est triste. Les gens y sont atroces… Tu parles comme eux… Tu parles comme eux… »

Aishuu s’arrêta, baissant la tête vers les ondulations de l’eau des flaques dès lors où une larme céleste plongeait en son sein. Elle demeura longuement silencieuse, troublée par les derniers mots de Naho, qu’elle répétait, encore et encore, sans montrer l’envie de cesser son offense. La Blanche sentit un frisson sur son échine. C’était le souffle de Naho sur sa nuque qui vint engourdir tout son corps…

[Naho] : « Tu es comme eux, un agent de la mort… »

[Aishuu] : « La mort sait cueillir les gens au cœur. Je ne sais pas me battre, contrairement à toi. Alors pourquoi me juges-tu ainsi ? »

[Naho] : « Ici, tu deviens comme eux… Pour moi, combattre est un jeu… Toi, tu le fais avec sérieux… »

[Aishuu] : « Ne crois-tu pas que faire le bien, c’est cueillir le mal à sa source ? »

L’acrobate ne répondit pas. Elle était dans une sorte d’état de choque incompréhensible, et ne semblait pas vouloir s’en défaire. Cependant, Aishuu ne cherchait pas à comprendre quel était cet état secondaire, mais bel et bien comment Naho se fut-elle retrouvée ainsi.

[Aishuu] : « Sais-tu que pour tuer un arbre, arracher les feuilles ne sert à rien ? Il faut en calciner les racines… »

[Naho] : « Shiro, tu n’as de blanc que la peau… Ton âme est plus noire que le tréfonds du cœur des gens ici. »

Aishuu ne répondit rien, se préoccupant de traîner Naho hors de la contrée, en espérant qu’elle retrouve rapidement ses esprits. Elle avançait avec difficulté et lenteur, le poids de l’acrobate cherchant inconsciemment à lui peser de tout son poids sur les épaules. Aishuu ne répondait rien, parce qu’elle ne savait pas quoi penser d’elle. La saltimbanque s’avouait ne pas être quelqu’un de particulièrement vouée à la vie, mais elle ne se jugeait pas non plus porteuse de mort. Cependant, elle ne se cachait pas que pour elle, elle pensait que les morts n’étaient pas de même valeur. Ainsi, elle ne pouvait pas condamner tous les assassins pour leur crime, mais simplement les estimer selon les cibles de leur méfait. Pour elle, c’était une sorte de justice…

Sa main tremblait dans le bas du dos de Naho, alors qu’elle la soutenait péniblement. Elle ne revenait pas à son état normal, ce qui commençait à inquiéter sensiblement la Blanche. Cherchant à quitter au plus vite la vallée de brume, Aishuu peina tristement à vendre ses jambes à deux corps. Le temps lui semblait long à écouter ses reproches, sa tête étant sur le point d’exploser.


La vallée de brume semblait indéfinie, comme si elle voulait emprisonner la blanche dans ses filets. Cependant, elle s’était retirée du centre du marché noir et de ses bâtisses. Aishuu se pencha lentement et déposa Naho sur le sol, appuyant son dos contre un arbre, avant de s’agenouiller devant elle, lui mettant une gifle sèche. Sa main était toujours aussi tremblante, probablement entre le bouleversement et la colère. L’acrobate eut le visage qui suivit la trajectoire de sa main, sa joue opposée venant se frotter à l’écorce de l’arbre humide… Cette vilaine sensation alla jusqu’à griffer sa joue, la rougissant.

[Aishuu] : « Reprend tes esprits… »

L’excentrique ferma quelques secondes les yeux, son corps se détendit totalement, comme si elle sombrait dans l’inconscience ou le sommeil. La saltimbanque soupira et fit de nouveau la même action, d’un revers cette fois.

[Aishuu] : « Je ne plaisante plus, Naho. »

Soudainement, la jeune femme prit une longue inspiration en ouvrant largement les yeux. Elle releva ses doigts sur sa joue égratignée, sentant quelques fines perles de sang sur sa peau. Elle frissonna, et leva ses yeux rouges vers celle qui l’accompagnait.

[Naho] : « Je suis désolée d’avoir dit cela… »

La Pâle se releva, faisant un geste de la main pour lui expliquer que c’était oublié, susurrant entre deux tons…

[Aishuu] : « Ce sont des choses qui arrivent… à Suigara. »

La jeune femme ne sembla pas comprendre, regardant, apeurée, ses jambes qui semblaient être si molles et si frêles qu’elles ne voulaient plus la porter.

[Naho] : « Comment ça, qui arrivent ? »

[Aishuu] : « Tu as beau être plus entraînée que moi, tu as rarement eu à te trouver dans des positions délicates, n’est-ce pas ? »

[Naho] : « C’est un jeu pour moi Shiro. »

[Aishuu] : « Pour moi, c’est une affaire de survie. »

Naho se figea, la regardant, et lui demanda de son regard perdu de lui expliquer…

[Aishuu] : « A Suigara, les inconnus ne sont pas dignes de confiance. Tu dois t’en douter, sincèrement, dans un quartier où sommeille autant le mal, le bien s’infiltre parfois pour tenter d’agir. Il s’avère qu’il y a notamment beaucoup de shinobi sous couverture. C’est une vie qui se tient sur la confusion. » Elle marqua une courte pause, avant de continuer : « Des criminelles sont connus pour soutirer des informations par la torture, d’autres sont des experts dans cet art d’extorquer les mots : c’est ainsi que se tient l’énorme réseau d’information de ce quartier. Ils sondent entièrement un esprit, et sont capables, avec ton consentement inconscient, de te faire dire chacune de tes pensées. »

Naho baissa alors la tête, fixant comme hypnotisée les perles de sang sur son doigts, et, soupira.

[Naho] : « Je pense des choses assez négatives… J’en suis désolée… »

Le Rayon de Lune ne tint pas compte de ses mots, enchaînant, presque aussitôt, après avoir soudainement eu une idée désagréable.

[Aishuu] : « As-tu mentionné quelque chose sur les Renards ?! Sur Cha ? »

L’acrobate chercha à se reculer, mais se heurta brutalement contre le tronc d’arbre, déposant ses mains sur le sol boueux. Elle s’embourba légèrement, puisqu’elle tentait de s’appuyer sur elles.

[Naho] : « J’ai nommé Kaishin, Taiji, Eido et toi… Je crois même que j’en ai dis trop sur Eido… Contrairement à ce que l’on peut croire, c’est lui que je connais le mieux au monde. »

[Aishuu] : « … Et merde… »

La musicienne fit un bond, se relevant immédiatement et lança aussitôt à Naho, comme un ordre pressant.

[Aishuu] : « Reprend tes esprits, et rentre. Je vais tenter de voir si j’ai moyen de rétablir certaines choses. Je conserve tes Sai, je te les rendrais ce soir. »

[Naho] : « Non. »

[Aishuu] : « Ce n’était pas une question. »

[Naho] : « Tu l’as dis toi-même, tu ne sais pas te battre. »

[Aishuu] : « A Suigara, ce n’est pas une question de force, mais une question de la force que tu fais paraître. »

[Naho] : « S’il te plaît. »

[Aishuu] : « Rentre. L’encre déteint même dans l’eau la plus claire... »

A nouveau, l’excentrique baissa la tête, comprenant aisément qu’Aishuu ne risquait pas d’oublier les paroles quelque peu violentes qu’elle lui avait dit à défaut de pouvoir les taire. En effet, c’était de noir qu’elle voyait Aishuu, mais plus elle y pensait, moins elle retrouvait l’insensibilité morbide des quartiers sales. Naho s’en voulut, mais elle ne pouvait plus rien faire à l’encontre de ses mots, se retrouvant muette cette fois.

[Aishuu] : « A ce soir… »

[Naho] : « Et si tu ne rentres pas ? »

Le rire de l’améthyste fendit la brume, et elle rétorqua, amusée.

[Aishuu] : « Dans ce cas, tes Sai seront sous cet arbre. »

La voix claire de la jeune femme s’échappa comme un murmure des briques de brume, abandonnant à son sort l’acrobate qui s’était peut-être montré trop crédule dans environnement si malsain. Elle déposa délicatement son index ensanglanté et le fit caresser sa lèvre avant d’y glisser en son long sa langue, cherchant à goûter si son propre sang était pur. Appuyant ses bras sur l’écorce, elle força, presque douloureusement, pour tenter de se relever. Elle y parvint avec peine, et eut tout autant de mal à la maintenir dans cette position. Sa voix échappa dans un soupir… « Shiro »

L’ombre blanche s’envolait au travers de la brume, s’élançant à la traque de celui qui venait, sous son nez, de vendre un des ses équipiers aux receleurs d’informations. Son corps ondulait, serpentin, dans les sillons des âmes. Elle cherchait l’efficacité, et de ce fait, ce que lui avait enseigné la veille Kazuhide se trouva fortement précieux. Elle concentra l’énergie au niveau de ses muscles et se propulsa hâtivement vers le marchand d’informations… Les odeurs ne l’atteignaient même plus, elle se contentait uniquement du nettoyage des bêtises effectuées. Ses pieds glissèrent dans le virage qu’elle prit réellement très serrée, tournant les épaules si vites et de manière si inattendue, qu’elles arrivèrent à quelques centimètres du sol. Aishuu venait comme un fantôme rétablir l’ordre des choses.

La Blanche ne prit pas le temps de frapper, frappant d’un coup de pieds violent au niveau de la poignée, dégageant la porte sous la colère. Cependant, elle semblait attendue, puisque le macro n’était pas seul, les bras croisés en face de la porte, avec un sourire sadique sur le visage.


[?] : « C’est trop tard… »

[Aishuu] : « De quoi parles-tu Fuketsu ? »

[Fuketsu] : « Elle est passée. J’ai les bourses pleines ! »

[Aishuu] : « C’est dommage que tu ne puisses les vider honnêtement… » maugréa-t-elle à l’intention du pervers qui la fixait avec une attitude satisfaite encrée sur son visage malsain.

Derrière Fuketsu se tenait un homme aussi blanc que la mort, aussi blanc que la saltimbanque, vêtue d’une grande tunique noire à capuche. Elle ne reconnut pas immédiatement l’homme qui avait semé le trouble dans les pensées de Naho dans la ruelle close. Ce qui lui rappela cette figuration, ce fut la vue de sa longue main osseuse qui vint soulever son index pour l’agiter en signe d’un refus catégorique.

[?] : « Restons calme madame, nous pourrions nous emporter sinon… »

[Fuketsu] : « Mon cher Ikaru, accepterais-tu de me rendre service ? J’te payerai en présence féminine… »

Le regard d’Aishuu s’obscurcit presque inévitablement face à cet affront, son poing se serra en même temps que sa mâchoire… Pourtant, l’homme, droit comme un i agita à nouveau son index et déclara.

[Ikaru] : « Je ne vis pas des mêmes méfaits que vous, Fuketsu-san… »

Fuketsu fixa Aishuu, avec un air hautain, puis se mit à rire…

[Ikaru] : « Vous savez bien que mon sentiment d’aberrance me pousse à commettre l’impardonnable devant ses créatures… »

[Fuketsu] : « Je ne t’aurais pas appelé sinon… »

Aishuu, pourtant vive, n’eut pas le temps de réagir lorsque Ikaru s’approcha d’elle avec une vitesse plutôt hallucinante, l’envoyant dans le décor rouillé du taudis. La jeune femme, la tête face contre terre, vit à quelque centimètre de son visage un scalpel des plus sales, élevé vers elle. A quelques pas de là, elle s’empalait le regard. Un soupir fuit de ses lèvres… Naho reverrait-elle ses Sai ? Elle fléchit les bras pour se relever, le corps tremblant d’une manière qu’elle ne connaissait pas. Son souffle venait mourir sur le haut de son buste avec une sorte d’hésitation inconnue. Le fantôme s’approcha d’elle, lui assénant un coup de pieds dans l’estomac. Un sillon de sang vint abreuver son visage blanc, s’enfuyant de la vallée de ses lèvres.

[Ikaru] : « Leur infériorité me dégoûte tellement… »

Il se baissa, accrochant ses mains autour de son cou, serrant lentement son étreinte de manière à couper sa respiration. Avec une force impressionnante, il s’amusa, avec un sadisme certain, à la remonter contre le mur jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus toucher le sol. Il la regarda avec un air perverti, prenant plaisir à la voir souffrir.

[Fuketsu] : « C’était pourtant une bonne marchandise… »

Son regard se figea sur la perle qu’il tenait, cherchant à en faire une poussière de nacre. Il se figeait, froidement, devant le blanc maculé de sa peau qui tournait lentement vers le blanc du linceul. Aishuu déposa calmement sa main sur celle qui l’emprisonnait, et saisit délicatement son auriculaire, pour le tirer vers l’arrière créant une tension qui, naturellement, entraînait le reste des doigts un à un. Cette fois, elle buta légèrement, tant l’homme semblait s’attendre à cette démarche. La Pâle dût relever sa seconde main afin de s’extirper de cette emprise. Ikaru en profita pour élancer le corps qui flottait contre un autre mur. Le choc du geste fit éclater un nuage de poussière et de cendres qui s’enfuyait de la paroi.

Le violet de son kimono se déclina dans un ton brumeux de poussière, tandis que son visage prenait une couleur rouge sang. Un rictus de douleur vint crisper ses traits, son dos venant juste de heurter le sol, réveillant de ce fait les sillons sales de son corps qui se mourait de l’intérieur. Ses doigts se resserrèrent sur eux-mêmes, ses ongles se plantant dans sa chair. Elle resta au sol, son corps s’agitant de frisson douloureux, le goût du sang abreuvant ses lèvres.

Ikaru s’avançait vers sa dépouille, sortant de sa longue manche une lame armée. Fuketsu jubilait derrière, comme une hyène perfide, assistant à la scène comme s’il assistait à une représentation.


[Ikaru] : « Quelque chose à ajouter ? »

[Kaishin] : « Une dernière volonté ? »

La silhouette de l’Ambre vint se découper dans le peu de lumière grise de l’extérieur, accompagnée d’un tintement de grelot. Aishuu n’eut pas le courage de relever la tête, ni la force ne serait-ce que d’entendre sa voix. Elle constatait simplement l’ombre sur le sol, qui venait s’achever sur son visage. Ses paupières lui semblèrent tellement lourdes, tellement épaisses, qu’elles vinrent choir sur ses améthystes.

Voyant la scène, les sourcils de Kaishin se froncèrent, et son poing se serra durement. Il frotta le haut de son pantalon, au niveau de ses poches, comme pour en effacer la poussière. Il tapa violemment son pied sur le sol, avant de se propulser sur le fantôme qui tenait la lame promptement. Le poing armé à l’arrière de son, il vint s’écraser brutalement dans les côtés d’Ikaru, qui ne réagit pas. Un craquement osseux se fit entendre, tandis que l’homme se tourna vers Kaishin, inclinant la tête avec un sourire.


[Ikaru] : « Dommage… »

L’homme releva d’un revers de main sa manche, et se mit à rire d’une manière discrète et sournoise.

[Ikaru] : « Kaishin je présume ? »

L’homme à la chevelure de feu sursauta, étonné de se voir ainsi nommé par un inconnu, tandis que Naho abaissait la tête en signe de culpabilité. Elle jouait avec ses doigts, gênée, sans oser regarder Aishuu qui était au sol dans un piètre état. L’acrobate se glissa discrètement jusqu’à son cadavre, soufflant à son oreille.

[Naho] : « Je suis venue avec Kaishin, je voulais les récupérer, mes Sai… »

Un rire étouffé s’échappa des lèvres de la Blanche, alors qu’elle sombrait peu à peu.

Le jongleur de son côté ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Il regardait son poing, encore rougi par le chakra qui l’enrobait, et couplé à cela, il y avait la connaissance de sa force. Pourtant son opposant n’avait pas réagit. Il demeura abasourdit et perdu. Naho releva les yeux, et il lui fit un geste discret de la même auquel elle répondit par un hochement de tête loyal.

Sans attendre, Naho s’élança sur la silhouette sans qu’elle ne s’y attende, tandis que l’homme courait, silencieusement avec la vivacité d’un éclair, cueillir le corps de la jeune femme à terre. L’acrobate pivota à son tour, souplement autour de l’homme, et glissa par-dessous son bras qui s’apprêtait à riposter, pour s’enfuir vers la sortie, suivit de Kaishin. Mieux valait battre en retraite lorsqu’on ne comprenait pas les enjeux d’un combat.


L’homme courait, Aishuu allongée dans ses bras à la limite du sommeil… Il contemplait son visage, quelque peu attristé par le spectacle qui venait de se dérouler peu avant qu’il ne puisse promettre de la protéger. Un sentiment coupable naissait en lui, d’autant plus qu’il n’était pas en mesure de s’opposer à celui qui avait causé ses tourments. La pluie battait son visage de glace, filtrant le sang pour le faire déteindre sur toute sa peau, alors que celui qui demeurait pur commençait à s’incruster comme un masque de scène. Le décor défilé, les cheveux blancs de la jeune femme dansaient lourdement au gré du vent, humides et imbibés des larmes célestes…

Naho derrière le jongleur commençait à perdre haleine, tournant la tête vers le marché noir qu’ils désertaient. Elle murmura, à demi voix à cause de l’essoufflement…


[Naho] : « S’il te plaît, fait une halte au saule pleureur qui se trouve un peu sur notre droite… »

Bien que Kaishin voulait quitter au plus vite le lieu, il ne pouvait se résigner à semer sa partenaire pour la laisser dans le même pétrin qu’Aishuu. Il birfurqua alors, sèchement, jusqu’à l’arbre, sous lequel il déposa le Rayon de Lune, attendant que la funambule les rejoigne…

[Kaishin] : « Je t’avoue que je t’en veux Naho… »

Les paroles froides de l’Ambre sonnèrent au creux de l’oreille de la jeune femme alors qu’elle tentait de rattraper son retard. Elle s’arrêta aussitôt, en baissant la tête.

[Kaishin] : « Je savais que cette mission n’était pas simple, mais tu savais que Shiro était faible, tu étais censée être là en cas de pépin. Au lieu de ça, tu l’as laissée partir, et tu es venue me chercher. Que s’est-il passé ! »

[Aishuu] : « Elle n’y est pour rien… »

Un soupir fila des lèvres ensanglantées de la saltimbanque, attirant aussitôt Kaishin à ses chevets, s’agenouillant dans la boue pour attraper sa main. Cependant, Aishuu retira sa main, bien que sans force, d’entre la sienne.

[Aishuu] : « On avait dit distance. »

L’homme soupira, fatigué par le petit jeu qui s’instaurait de plus en plus entre elle et lui. Il souffla, délicatement au creux de son oreille.

[Kaishin] : « Qu’as-tu appris ? »

[Aishuu] : « Que nous sommes en danger… »

Kaishin fit un signe à Naho qui s’approcha aussitôt, elle s’inclina, tandis que l’Ambre se redressait et passait dans son dos.

[Kaishin] : « Ramène-la au camp s’il te plaît. »

[Naho] : « Et toi, que fais-tu ? »

[Kaishin] : « Le ménage… »

Naho tressaillit, semblant trouver une sorte de ressemblance entre ses mots et ceux que Shiro lui avait soufflé avant de partir à l’abattoir. Cependant, il ne lui laissa guère le temps de répondre, il était déjà parti. Elle se retrouva silencieuse, à tenter de soulever Aishuu pour passer ses bras autour de ses épaules, et commença à marcher, retournant vers Cha.

Elle avançait avec peine, de plus, elle se refusait de regarder la si jolie jeune femme qu’elle avait accompagnée dans cet état. Son visage était vide d’expression, elle semblait morte contre elle. Naho s’en voulait profondément, elle qui se sentait il y a peu fière d’être aller trouver Kaishin. Et si toute cette histoire était de sa faute ? Elle l’était assurément : c’était elle qui avait mal réagit, elle qui avait mal jugé, elle qui avait lâché la mèche, et elle qui avait été exécrable.

Leurs pas étaient traînants et lents, puisqu’il s’agissait de deux jambes pour deux corps : la tendance s’était inversé. La brume s’estompait peu à peu pour laisser place à la dense forêt de Cha, une forêt aux senteurs fruités et douces, si douces qu’elle redonnait le sourire à la dépression. Mais pas cette fois. Aishuu n’avait toujours pas réagit, et plus le temps passait, plus la funambule s’inquiétait, pour elle, et pour Kaishin dont elle ne pouvait avoir de nouvelles… Elle s’élançait, muette, espérant être suffisamment près du reste de la troupe pour pouvoir appeler à l’aide.

La silhouette blonde du magicien se dessina à l’horizon… Naho hurla de toutes ses forces pour qu’il vienne au plus vite, l’aidant à transporter Shiro jusqu’au sein des Kitsune. Taiji sembla paniqué seulement avec l’intonation de la voix de la jeune femme qu’il avait toujours connu comme enjouée. Il arriva avec une grande hâte, s’approchant des deux femmes pour constater avec horreur l’état d’Aishuu.


[Taiji] : « Que s’est-il passé ! Je t’ai vu chercher Kai tout à l’heure ! Explique-moi ! »

[Naho] : « Aide-moi avant, je suis épuisée… »

L’homme frêle prit la relève, attrapant Aishuu dans ses bras et la serrant contre lui. Il demanda à Naho de l’attendre ici, et s’empressa de rejoindre la troupe. Ses pas étaient plus rapides, sa foulée plus développée que Naho, ses conditions physiques étaient plus grandes, et il était moins épuisé. Il n’eut aucun mal à achever le trajet qu’avait entreprit la funambule. Arrivant tout près du reste de la troupe, l’Améthyste ouvrit les yeux, et sembla se débattre, de manière à vouloir retrouver ses pieds sur le sol. Taiji s’agita, tentant de la calmer, mais rien n’y fit.

[Taiji] : « Eido ! Aide-moi à la calmer. »

Aishuu ne l’écouta pas, se relevant avant même que la montagne ne s’approche, repoussant Taiji d’un revers de main, et soupira, épuisée.

[Aishuu] : « Où est Kazuhide… »

Il y eut un profond silence dès lors où Aishuu tenta désespérément de retrouver la silhouette de l’enseignant, mais personne ne lui donnait la moindre indication. Elle tenait avec peine sur ses deux jambes, ayant même du mal à garder les yeux ouverts. Eido arriva alors et l’attrapa, bien qu’elle voulu se débattre, elle ne put rien faire dans son état, et dans son rapport de force. Il serra ses bras autour de son corps et eut beau lui demander de se calmer, rien y faisait. Alors qu’il la tenait fermement, elle se mit à s’agiter, et hurla avec les dernières ressources qu’il lui restait.

[Aishuu] : « Kazuhide !! »

La silhouette du funambule se dessina entre les gens, mais la vision devenue tellement flou de la jeune femme ne lui permit pas de l’identifier. Cependant, voir ce mouvement dans la masse lui permit de comprendre qu’il était là. Instantanément, elle se calma, se laissant bercer dans les bras d’Eido. Taiji revint au même instant, aidant Naho à marcher. Cette dernière lui murmura à l’oreille…

[Naho] : « Kaishin y est retourné… »

Taiji déposa la jeune femme aux pieds d’un arbre, face à la scène, et comprit presque immédiatement la demande dans la voix tremblante de l’excentrique. Il hocha la tête, muet, puis lança un regard furtif au grand chauve avant de disparaître en direction de Suigara.

[Taiji] : « On ne touche pas à l’une des nôtres… »

La jeune femme se blottit contre Esido, fixant les contours de Kazuhide avec un air fatigué. Elle voulut tendre son bras vers lui, mais sa main tomba, pendante devant elle…

[Kazuhide] : « Alors ainsi on oublie mes bonnes leçons ? Le vent ne vient pas à l’homme… »

[Aishuu] : « Mais qui a dit qu’il ne venait pas à la femme ?... »

Kazuhide laissa transparaître un sourire suite à sa remarque, bien que l’état d’Aishuu semblait instable. Il se figea, la contemplant en inclinant légèrement la tête sur sa droite ?

[Kazuhide] : « Que veux-tu Shiro ? »

[Aishuu] : « M’entraîner… »

Eido se pencha alors à l’oreille de la jeune femme, et lui murmura avec toute sa délicatesse et son tact…

[Eido] : « Crois-tu qu’une petite punaise, écrasée de surplus, est capable de faire la moindre chose ? »

[Aishuu] : « Quand on veut, on peut… »

[Eido] : « Tu veux te tuer ? »

[Aishuu] : « Je veux m’entraîner… »

Pour lui prouver qu’elle devenait déraisonnable, la montagne ouvrit ses bras, rendant à nouveau la saltimbanque libre. Cependant, ses jambes ne voulaient plus la tenir, et Aishuu tomba, sur le flanc droit, après avoir lutté quelques secondes. La Blanche soupira, le visage vide et le regard vitreux.

[Aishuu] : « Je… »




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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Jeu 24 Fév - 14:31


    Shiro ( Niveau 13 )
    : +20% Bonus Inclus
    : + 80 XP - 3 Techniques validées

    : Un texte de tout premier plan sur Suigara et son univers morbide. Un récit vraiment très varié où les liens entre les personnages se font et se défont à un rythme soutenu. C'est toujours un plaisir de te lire =) vivement la suite !

MessageSujet: Re: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Mar 8 Mar - 18:13





Son souffle venait lentement mourir dans l’air, alors que sa paume soutenait tout le poids de son corps grâce à l’appui marqué qu’elle tenait sur un roi d’écorce. La Blanche, les jambes fléchies et endolories, leva lentement la tête vers Kazuhide, s’efforçant d’étendre ses lèvres en un sourire alors que ses respirations se voulaient lourdes et haletantes. Son corps, fatigué, tremblait de tout son long, et les paries étaient probablement lancés sur la durée durant laquelle elle parviendrait à conserver son équilibre. La jeune femme s’était jusque là beaucoup investit, et elle en venait sans doute à l’épuisement le plus total… Sa cage thoracique se soulevait dans un rythme saccadé, alors que son regard restait figé sur la silhouette de l’enseignant…

Ce dernier la regardait afin un fin sourire sur ses lèvres, il n’était pas narguant mais cela sonnait de la même manière. Aishuu ne dit rien, alors que l’homme avançait légèrement vers elle, glissant sur l’air comme une feuille morte virevoltante, avec toute sa délicatesse et sa grâce. Il vint s’approcher d’elle, lui avançant la main pour lui permettre de se redresser, en tout gentleman qu’il pouvait être, ce qui manqua d’ailleurs de peu de lui valoir une remarque de la part de la saltimbanque. Le Kitsune tourna la tête légèrement pour faire voleter la mèche de cheveux blonde qui s’était tuée sur son front…


[Kazuhide] : « Tu devrais arrêter de t’entraîner pour aujourd’hui Shiro. »

[Aishuu] : « Nous devrions, alors, dans ce cas. »

[Kazuhide] : « Le vent ne faiblit jamais. »

[Aishuu] : « Et la glace ne se brise pas sous ses soupirs, même les plus ravageurs… »

[Kazuhide] : « Pourtant, elle semble en difficulté. »

[Aishuu] : « L’apparence est son seul trompe-l’œil… »

Ils partagèrent un sourire, ce qui redonna du baume au cœur de la Blanche qui retrouva peu à peu ses forces. Se redressant pour venir se poster aux côtés du funambule, elle leva le regard vers lui, affichant un sourire fin qui reflétait une certaine sournoiserie. Elle déposa sa main devant le bas de son visage, et fit glisser le bout de son index sur sa lèvre inférieure, avant de les humidifier.

[Aishuu] : « J’aimerai qu’à présent, je sois une des vôtres. »

[Kazuhide] : « Ne l’es-tu pas ? »

La silhouette de Kaishin vint se découper de celle d’un arbre, glissant lentement vers eux. Au faire et à mesure qu’il s’approchait, Aishuu découvrait de nouvelle égratignure sur son torse laissé nu, observant par endroit de fines larmes sanguines. Elle se figea, le regardant, le corps légèrement mutilé, tandis que ses habits se voyaient souillés d’un rouge qui se fonçait en séchant. Kazuhide fit un signe à la jeune femme, levant la main pour la poser devant elle, lui demandant de rester à sa place. Elle n’y prêta guère attention, mais le respecta inconsciemment, le laissant partir, avançant de quelques pas devant elle. Le Kitsune déserta l’entraînement pour s’approcher de son frère de passion, avec visiblement une pointe d’intrigue dans le regard…

[Kazuhide] : « Je ne pensais pas que tes ébats étaient si violents avec les femmes. »

[Kaishin] : « Juste avec elle… »

L’Ambre leva l’index vers la Blanche en lui affichant un petit sourire en coin, avant de tourner son attention sur l’homme de cirque.

[Kaishin] : « D’après moi, la troupe devrait se remettre à errer. Suigara n’est pas loin, et il semblerait que des problèmes surviennent si nous restons. »

Kazuhide releva son index sous son menton, affichant un rictus discret de réflexion quant à la situation actuelle.

[Kazuhide] : « J’espère au moins que tu l’as corrigé ! Sinon, ça ne sert pas à grand-chose de jouer avec tant de frivolité. »

La voix de Kazuhide était toujours très légère, enjouée et souvent sur le sens de la dérision, détournant avec simplicité l’importance de tous les sujets, comme s’il recherchait à fuir les problème. Combattre n’était qu’un jeu. Kaishin ne put s’empêcher de rire à cette remarque, replaçant d’un revers de la main une mèche fluette de ses cheveux de braise qui venait de tomber devant son visage.

Aishuu, laissée de côté, se demandait réellement ce qui avait pu se passer, pour que son ancien compagnon puisse se retrouver dans un tel état. Ce dernier laissa d’ailleurs un moment son compère pour venir s’approcher d’elle avec un sourire qui masquait son épuisement. La jeune femme en perdit les notions de ses douleurs musculaires, et s’avança vers lui aussitôt vers l’homme, visiblement inquiétée.


[Aishuu] : « Que c’était-il passé ? »

[Kaishin] : « Tu me fais vraiment faire n’importe quoi, tu sais ? »

[Aishuu] : « Tu m’avais promis de ne plus abordé le passé. »

[Kaishin] : « Malheureusement, ça m’influence toujours aujourd’hui, et je doute pouvoir jeter mes dévolus protecteurs sur quelqu’un d’autre. »

[Aishuu] : « Tu n’aurais pas dû venir… »

[Kaishin] : « Et alors tu ne serais pas revenue. »

La Pâle baissa presque automatiquement la tête sous ses mots.

[Kaishin] : « Un papillon est fait pour voler. »

[Aishuu] : « Et mourir au terme de la journée. »

Les doigts chaleureux du jongleur vinrent se déposer sur sa main, caressant son velours froid… Un frisson le parcourut, alors qu’il se concentrait pour que son regard ne quitte pas sa main. Un soupir discret suinta de ses lèvres…

[Kaishin] : « C’est en t’entendant parler ainsi que je me dis que je suis obligé de te protéger… »

Kazuhide tomba entre les deux personnages, descendant avec une légèreté déconcertante de la branche située au dessus d’eux. Sans doute avait-il un truc pour défier la gravité. Son arrivée en fit sursauter plusieurs, notamment les deux concernés, ne s’attendant pas à une telle arrivée, alors qu’ils pensaient l’avoir laissé à peine plus loin. L’homme ne vivait que sur un fil, et il savait reconnaître lorsque les conversations délicates se terminaient. Ainsi, il était arrivé à point… Kaishin sourit, soufflant au creux de l’oreille du Kitsune…

[Kaishin] : « Je vous laisse poursuivre l’entraînement… Tu devrais lui enseigner mes techniques préférées… A moins que tu n’aies oublié ta si grande pédagogie… »

La légère provocation pointée par le roux étira un sourire d’autant plus large sur le visage de l’enseignant…

[Kazuhide] : « Parfait… »

L’homme se tourna ensuite vers la Blanche…

[Kazuhide] : « Au-delà de la troupe… Tu vas devenir membre de l’école. »

Kaishin se mit à sourire, et sans dire un mot, il leva la main vers les deux autres protagonistes pour les saluer, avant de lentement se retirer, coupant court à la conversation qui s’établissait il y a encore peu entre Aishuu et lui. La jeune femme lui adressa un dernier regard, avant de se tourner vers Kazuhide pour lui offrir un regard déterminé…

[Aishuu] : « Dois-je t’appeler sensei maintenant ? »

[Kazuhide] : « Si tu pouvais éviter. »


Kaishin s’était estompé, ce qui conférait un champ libre à la part de l’enseignant. L’homme se redressa, alors qu’un souffle de vent venait ébouriffer ses cheveux dorés. Un sourire délicieux vint se poser sur ses lèvres fines, avant qu’elle se déforme pour susurrer…


[Kazuhide] : « Je vais t’enseigner le premier mouvement… Le Nakidokoro. »

Il leva les yeux au ciel et se mit à rire, acquiesçant d’un hochement de tête…

[Kazuhide] : « Par contre, je vais devoir t’encaisser pour te l’apprendre… Alors évite de t’y reprendre une centaine de fois. »

Alors que ces mots auraient pu être un compliment, il ajouta…

[Kazuhide] : « Mais sachant que tu as une force typiquement féminine, je n’ai rien à craindre… »

Il leva les yeux au ciel…

[Kazuhide] : « Alala, si Junko m’entendait ! »

La Blanche leva la main dans ses cheveux pour les reculer de sa vue, avant de céder. Elle défit le ruban de ses cheveux et prit quelques minutes pour se nouer à nouveau sa longue chevelure d’ivoire. Elle releva ensuite le visage vers l’homme qui se reculait peu à peu d’elle. Avec sa corpulence élégante, Kazuhide se mit en garde, plaçant solidement ses appuis sur le sol. Ses chevilles s’implantèrent sur l’herbe, ses jambes fléchies semblèrent se durcir, et ses bras vinrent se placer pour couvrir devant son buste et son visage. La jeune femme ne dit mot, intriguée par ses propres imaginations à propos de la nouvelle technicité qu’il pouvait lui enseigner.

[Kazuhide] : « Ton seul objectif est de briser. »

Un délicat sadisme s’afficha quelques secondes sur ses lèvres, contrastant avec la douceur de sa voix

[Kazuhide] : « C’est le genre de prouesse que nous aimons beaucoup placer lors des petits tournois entre écoles. »

Il lui fit un clin d’œil…

[Kazuhide] : « Nakidokoro est une technique Kitsune composée de deux mouvements. Dans un premier temps, nous allons travailler Hai, le premier mouvement. Il consiste simplement à infliger un coup puissant de genou dans la mâchoire. Tu dois alors concentrer une partie dosée de chakra au niveau de ta jambe, pour renforcer le choc que tu vas créer sur l’os. En fait, concentre-toi sur mon os, et tente de le briser. »

Les sourcils fins de la jeune femme se froncèrent lorsqu’elle s’imagina le frapper… une question toute pleine de naïveté s’éleva alors de ses lèvres…

[Aishuu] : « Tu vas bloquer, n’est-ce pas ? »

Kazuhide se mit à rire, s’amusant de sa tendre réponse, tournant la tête vers elle avec une lueur enfantine. Sa main s’ouvrit et se referma…

[Kazuhide] : « Comment pourrais-je savoir si ton coup est bon si je le bloque ? Comment pourrais-tu enchaîner ton second mouvement si je bloque le premier ? Je vais encaisser ma chère ! »

Aishuu mordilla sa lèvre et fit craquer lentement les phalanges de ses doigts blancs, se concentrant pour faire abstraction à la situation actuelle. Elle était là pour apprendre, et de ce fait, il lui fallait oublier qu’elle connaissait Kazuhide, et qu’elle le considère à présent comme un potentiel ennemi. La saltimbanque concentra une délicate dose de chakra dans les muscles de sa jambes, s’ancrant à son tour dans une attitude, cependant offensive. Sa position de base était solide, avec de bon appui, suite à l’acharnement intensif de l’entraînement précédent. Elle laissa se clore un instant ses paupières, pour prendre un dernier brin de courage. C’est alors qu’elle se laissa aller, s’approchant d’une manière dangereuse de Kazuhide, elle s’éleva d’un bref saut pour l’assaillir d’un coup de genou. L’homme encaissa, sans en perdre le sourire, ce qui étonna la Pâle…

[Kazuhide] : « Moins de chakra maintenant. »

La jeune femme se réceptionna bassement, et se recula, entamant à nouveau une concentration pour juger du bon dosage.

[Kazuhide] : « Plus vite, tu dois enchaîner. »

La musicienne retenta l’assaut…

[Kazuhide] : « Moins de chakra. »

Ce fut longuement le même refrain… « Moins de chakra… »
Après de nombreux essais, la réception d’Aishuu sembla plus déséquilibrée, mais encore juste. Ses coups commençaient à marquer le sourire de son enseignant. La Satsubatsu s’arrêta un moment, prenant d’office une pause à l’acharnement que provoquait l’entraînement…

[Aishuu] : « Je te laisse du répit pour tes douleurs… »

[Kazuhide] : « Si tu savais ! »

Un sourire plus large s’afficha alors, il lui envoya un clin d’œil malicieux.

[Kazuhide] : « A présent, tu vas réellement composer ce mouvement, c'est-à-dire, sans utiliser la moindre goûte de chakra. A présent, tu frappes réellement avec le corps, et non l’âme, je veux sentir cette puissance dopée de tout à l’heure, mais avec la rigueur de ton corps uniquement. »

La jeune femme fit un hochement de tête, abandonnant un souffle qui ne voulait se taire tant son rythme cardiaque avait été mis à rude épreuve au cours de l’enchaînement forcée de coups et de maîtrises jaugées. Elle agita magnanimement les doits pour laisser filer quelques engourdissements qui s’étaient épris d’elle, et se concentra sur Kazuhide. Seulement, avant de se lancer…

[Aishuu] : « Bien que j’ai ma petite idée sur la question… Pourquoi m’avoir fait perdre du temps et de l’énergie en concentrant mon chakra ? »

[Kazuhide] : « J’ai fini par croire que tu ne me le demanderais jamais ! » - Son sourire s’affina… « Pour chauffer tes muscles en douceur, et dopé tes tissus, afin d’éviter les blessures si tu t’y prenais mal au début. Ca évite également les déchirures musculaires qui auraient mises un point d’honneur à ton entraînement… Prends cela comme un échauffement, et une mise en situation d’un combat long et fatiguant. C’est la clef de l’efficacité. »

Le Rayon de Lune ne se fit guère attendre, appuyant fort sur les bases de ses jambes pour élever son corps dans une proximité, qui aurait pu être intime, de Kazuhide. Dépliant sa jambe, elle infligea un violent coup de genoux au niveau de sa mâchoire, ce qui reculer l’homme de quelques pas. Un fin liseré de sang vint s’écouler aux coins de ses lèvres, alors qu’Aishuu retombait en une position réceptive sûre. Elle ne s’attendait pas à dégager autant de puissance dans cette frappe, et du coup, sa réception fut plus désordonnée, elle manqua même de se fouler la cheville. La fatigue venait se marquer lentement sur ses réflexes déjà altérés…

[Kazuhide] : « Tu vois… Quand tu veux. Deuxième mouvement. » - Il leva les yeux vers elle, elle qui était la tête tournée vers le sol… « Si tu t’en sens encore capable. »

[Aishuu] : « Oui. »

[Kazuhide] : « Où est ta raison ? »

[Aishuu] : « Laissée à la porte de la Compagnie. »

[Kazuhide] : « Je vois… »


Le Kitsune releva sensiblement sa main jusqu’à ses lèvres, caressant du tranchant de ses doigts les perles de sang pour les faire disparaître… Une petite réplique un peu taquine lui venant, il ne put s’empêcher de placer…

[Kazuhide] : « Moi qui pensais que notre Kai’ aimait les femmes douces à protéger, voilà qu’il me présente un Tsunami d’une rare violence. »

La Blanche baissa la tête, mais son regard resta figé sur l’enseignant…

[Kazuhide] : « Ne me demande pas d’où je le sais, c’est flagrant tel un bourrasque qui assassine un arbre ! Je ne le vois agir comme ça qu’en ta présence… Mais paradoxalement, il me demande de t’enseigner comment être autonome… »

[Aishuu] : « Et oui, je suis une grande fille. »

[Kazuhide] : « Certes, mais une fille qui n’en a pas fini avec son entraînement. »

Acquiesçant d’un sourire, Aishuu hocha la tête.

[Kazuhide] : « Le deuxième mouvement se nomme Kakou. C’est un geste qui peut paraître compliqué, mais qui, dans le feu de l’action, est presque un réflexe humain par définition. Je m’explique. Lorsque tu as placé ton coup au niveau de la mâchoire, tu dois ensuite, avant de retomber et de subir ta perte d’élan, venir abattre ta jambe sur la clavicule de ton adversaire, de manière à la lui briser. Tu verras, ils sont souvent désemparés, les compétiteurs du combat, lorsqu’ils se voient encaisser une telle soustraction d’eux-mêmes. Es-tu prête ? »

Elle aurait aimé répondre… Mais elle n’en eut guère le temps, réagissant aussitôt au soudain assaut que venait de lui attenter le funambule. Elle para, tant bien que mal le coup de pieds inattendu et se vit malgré tout projeter en arrière. Le temps de se redresser, et il était derrière elle…

[Kazuhide] : « Par contre, tu le placeras… Mais en situation de combat. »

Le Vent attrapa alors la main d’Aishuu et la bloqua dans son dos, avant de poser le plat de son pied sous son genou pour lentement lui faire fléchir la jambe…

[Kazuhide] : « Mais, il va te falloir réagir, je n’y mets même pas le tiers de ma réelle capacité… »

Lentement, et dans un certain calme, la Blanche tendit les doigts de sa mains prisonnières, les faisant lentement pivoter de manière à dégager sa main, grâce à un clé connue mais non moins maîtrisée de tous. Se dégageant de l’emprise de son supérieur, elle se vit néanmoins contrainte de s’agenouiller sous la pression de sa jambe… Il avait reculé… Elle en profita alors pour se relever, cherchant à l’approcher. Les pulsations de son cœur étaient trop rapides, trop saccadées pour pouvoir lui permettre d’agir avec la raison qu’elle avait délaissé peu de temps avant.

Il n’y eut le temps que pour le placer… Une unique fois…






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MessageSujet: Re: [Pays du Thé] [Quête] - Les chaînes brisées   Jeu 17 Mar - 11:17





Un silence cérémonial s’établissait, sourd et aveugle de toute implication. Sa présence se murait éternellement au gré des fantaisies rêveuses des gens qui vivaient et s’éteignaient tels des plantes dans un désert. Sa vanité n’était qu’illusoire, mais la douleur qu’il représentait était au paradoxe même de son existence. Un souffle haletant s’abattait comme une prière à l’ivresse… De fines perles de sueur tombaient en larme sur l’herbe, après avoir dévaler les sillons d’un visage. Une goutte de sang s’établit à la commissure de deux lèvres fines, ouvrant le bal à un fleuve timide de couleur sur la pâleur d’une peau. La délicate coulée de ce fleuve venait lentement s’escarper aux sillons des vallées d’une mâchoire, cessant sa progression dans une larme qui vint choir sa vie sur le sol.

C’était la douce tirée d’un sourire qui l’avait fait basculer.

Le silence devait se taire à présent.


Le visage de Kazuhide s’illumina délicatement, avec une fine expression qui pouvait paraître sadique sous un certain angle, regardant la silhouette essoufflée de la Pâle. Son rythme cardiaque était intensif, s’appuyant sur un souffle haletant qui faisait osciller sa poitrine. Malgré cela, elle tenait droitement sur ses jambes, profondément enfoncées dans de solides appuis, fixant l’enseignant dans son regard amusé. Il déposa ses doigts sur le bord de sa mâchoire, caressant du bout de l’index la zone douloureuse… Ses paupières s’abaissèrent sur son visage, alors qu’un rire vint se glisser entre ses lèvres fendues…

[Kazuhide] : « Tu as réussi à le placer… Joli. » - Il marqua une courte pause, filant à nouveau un tissu de rires, avant d’ajouter… « Il faudra travailler ta puissance, mais je pense que tu sauras faire… »

Aishuu hocha la tête intuitivement, constatant que sa cuisse s’endolorissait un peu à force de tirer sur ses muscles frêles… Et dire que pourtant, Kazuhide avait fait en sorte de chauffer ses muscles à l’aide du chakra. Elle baissa les yeux et regarda sa peau légèrement rougie et soupira, malgré tout apaisée.

Le Vent s’approcha d’elle, lui tendant la main, son visage toujours aussi calme et serein.


[Kazuhide] : « Tu as mal ? »

La jeune femme se contenta de lui susurrer d’un signe de tête le contraire. Connaissant pourtant la réponse, il resta quelques secondes perplexe avant de lui tourner le dos.

[Kazuhide] : « L’entraînement est donc terminé. »

La Blanche sursauta, se lançant à la poursuite de celui qui commençait à quitter le lieu. Elle le suivit, déposant sa main sur son épaule pour s’appuyer contre lui. Ses lèvres s’approchèrent de son oreille pour lui murmurer…

[Aishuu] : « Je veux apprendre un mouvement particulier, dont je ne connais pas le nom. »

[Kazuhide] : « Hm ? »

[Aishuu] : « J’ai vu Kaishin le réaliser tout à l’heure, et j’aimerai acquérir sa maîtrise… »

L’homme se retourna, pivotant sur sa jambe arrière légèrement repliée, pour venir faire face à la saltimbanque, son torse se déposant à quelques centimètres de son corps. Il la regarda, intrigué par cette demande, et l’interrogeant.

[Kazuhide] : « Dis-moi exactement à quoi tu penses. »

[Aishuu] : « C’est un enchaînement vif de deux mouvements… Le premier consiste à tromper pour apparaître dans le dos de l’adversaire, et ensuite, le second assène un coup violent dans le dos de ce dernier… »

Kazuhide resta un petit moment muet…

[Kazuhide] : « D’où connais-tu cela ? »

[Aishuu] : « Kaishin l’a fait lorsqu’il est venu me chercher à Suigara… »

[Kazuhide] : « Et tu as eu le temps de voir la composition du mouvement ?... Je pensais Kai’ plus rapide… » - Il se mit à rire, amusé, avant de s’accroupir devant la Blanche… « Et dire que j’ai donné de moi-même pour la lui apprendre… »

[Aishuu] : « Je veux tout savoir… »

[Kazuhide] : « J’ai tout enseigné à Kai’, c’était un peu mon élève attitré à sa venue, ce fut un des rares capables d’apprendre cet enchaînement, et encore, il a fallut lutter car elle demande une certaine connaissance, une maîtrise rare pour des combattants aux poings comme nous… Or, si tu as su voir ce mouvement, le décomposer, et le retenir, tu dois faire partie des privilégiés qui ont la possibilité de la maîtriser… »

[Aishuu] : « S’il te plaît, enseigne-la moi. »

[Kazuhide] : « La seule condition sera que jamais cette technique ne sortira de l’école… C’est une technique que trop peu d’entre nous sont en mesure de réaliser. »

[Aishuu] : « Oui… »

Kazuhide esquissa un sourire, et se releva pour sauter avec sa légèreté commune, s’écartant de la silhouette de la femme…

[Kazuhide] : « Juste deux mouvements : Dobon, et Tenbatsu. De ce fait, tu réaliseras la technique nommée Niyaniya Tenrai No… C’est une technique cruellement drôle, je l’avoue, je l’affectionne particulièrement, mais elle est aussi cruellement violente. »

[Aishuu] : « Je ne vois pas l’aspect drôle de la technique… »

[Kazuhide] : « Résonne comme moi, ferme les yeux… Dobon est un jeu d’esprit qui consiste à tromper l’adversaire pour apparaître dans son dos. N’es-tu pas en mesure d’imaginer sa grimace de surprise, d’effroi, en se sachant démuni ? »

[Aishuu] : « Je ne te voyais pas cette pointe de sadisme. »

[Kazuhide] : « Elle me vient de mes souvenirs de jeu, lorsque les écoles se rencontraient et se défiaient, une fois l’année passée… On ne m’aimait pas beaucoup chez les Lionceaux ! Mais ma fois, qu’est-ce que c’était amusant ! Le combat est notre exutoire, un jeu que nous partageons avec sympathie, et non une manière de descendre l’autre. »

[Aishuu] : « Oui, un jeu dangereux dans lequel on ressent l’adrénaline assouvir une étrange passion. »

[Kazuhide] : « Toi aussi, méfie-toi, tu tombes amoureuse de l’impalpable. Kai’ serait jaloux ! »

[Aishuu] : « Tu titilles là… »


[Kazuhide] : « En effet ! Sur ce, je vais te laisser, il se fait tard ! »

Un sourire se dessina sur les lèvres fines de la jeune femme…

[Aishuu] : « Tu ne te débarrasseras pas de moi ainsi, je veux vraiment apprendre cet enchaînement. »

Le Vent ne releva guère, comme s’il savait quelque chose de plus que la saltimbanque. Il croisa les bras et tourna légèrement la tête vers Aishuu pour laisser ses paupières se fermer…

[Kazuhide] : « Chaque chose en son temps… »

Sans rien ajouter, le jeune homme s’inclina devant sa nouvelle élève et commença lentement à se retirer de la scène aussi étroite qu’étendue… Aishuu sembla légèrement offusquée par cette moquerie prise de pleine face… Rien ne s’immisça dans cet instant pour retirer ce malaise… La musicienne resta muette, immobile, à constater la distance grandissante qui l’éloignait peu à peu de Kazuhide.

Aishuu resta figée, désabusée par la situation qui lui échappait d’entre ses doigts de givre d’une manière irréversible. Elle eut beau se questionner sur ce qu’elle avait pu dire, sur ce qu’elle avait pu faire, elle ne parvint guère à placer de mot sur la scène qui se déroulait, malgré tout encore durant quelques secondes.









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