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 Rêveries diurnes

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MessageSujet: Rêveries diurnes   Ven 17 Sep - 3:26

Xenetha s'était assis sur un banc au beau milieu d'un parc qui semblait suffisamment important aux yeux des Kuméens pour en être indiqué la direction dans tous les coins du Village. Yumekuteka était son nom. Force était d'avouer que le calme et la beauté des lieux avaient sans aucun doute fait sa réputation, et le Déserteur se laissait aller à quelques pensées hasardeuses tandis qu'il se vidait des ennuis de la vie du Nuke-Nin.

Son banc était sur la route d'un long sentier en terre sombre, qui se faufilait timidement au milieu des arbres et de la végétation. Le bruit du village était agréablement étouffé par la barrière de feuilles qui entouraient l'endroit, et les seuls nuisances, si tant est qu'elles en furent, étaient les bruissements des cimes qui flottaient au gré du vent.
Xenetha regardait droit devant lui, d'un air absent.

Deux oiseaux semblaient se faire la cour en tourbillonnant en l'air de façon synchronisée, la brise caressait le visage du Nuke-Nin de sa main chaleureuse, et faisait voltiger ses vêtements dans le sens de son souffle.

Le Déserteur sortit de ses réflexions, et tourna sa main. Il observait sa blessure guérissante et le sceau sur son pouce qui semblait se redessiner par-dessus la petite cicatrice de la coupure. Il se rassurait à l'idée que cette marque continuerait de faire l'office sur lui dont il ne savait absolument rien, mais qui, Zul lui avait dit, était une nécessité vitale à son intégrité mentale.

Le soleil brillait. Xenetha se remémorait le climat du Pays de l'Eau, l'humidité glaciale de ses sous-bois ténébreux, la brume constante qui enveloppait les corps d'un frisson continu. Ce climat contrastait avec la douceur de l'atmosphère Kuméenne du jour. Il frotta son pied contre le sol, remuant un peu la glèbe sale du sentier, devenue sèche sous la chaleur. Il courba un peu le dos et se pencha vers le sol pour attraper une poignée de terre. Lentement il se redressa et ouvrit le bas de sa paume, laissant retomber les grains au sol, comme s'il s'agissait d'un sablier.

L
e jeune homme se laissa vagabonder de nouveau dans ses pensées...

" Et si ce monde dans lequel je vis, dans lequel je réfléchis et j'agis, n'était au fond que la manifestation complexe de mon esprit ? Si ces arbres, si ce vent, si les gens que je rencontre n'étaient au final que des parts de moi que je m'offre à moi-même ? J'ai toujours été seul en toutes circonstances, cela est très probable. Et pourtant...
Le fait même que je sois capable de faire vaciller l'illusion que je me donnerais à voir, durant cette période que j'aurais nommé Vie, implique que cela est probablement faux. Pourquoi mon esprit me permettrait-il de me faire douter de la véracité de mon monde s'il souhaitait que celui-ci soit le mien ? Pourquoi souffrirais-je d'une telle idée ou même d'une autre idée de façon plus générale si j'étais l'instigateur de mon destin ?
Cependant, l'idée même que je retourne la question maintenant suppose aussi que je pourrais me protéger d'un véritable et solide doute. Mon esprit pourrait me donner à penser ces arguments contraires pour me faire croire que mon monde est bien réel, selon la conception que j'ai de la réalité, alors que ce n'est pas le cas. Un cercle sans fin...
"

Sur ces idées, Xenetha se leva de son banc et enfila sa capuche, comme à son habitude. Il aimait être peu dévoilé et appréciait l'idée d'inspirer la crainte. Il fixa le ciel, croisa les bras et prit une inspiration.

" Le Genjutsu ne peut se pratiquer sans souffrance. Car plus l'on sait, et moins on ne comprend. Quelle atroce vérité. A quoi bon rechercher la maîtrise de ce dont au final on ne pourra jamais rien savoir ? Pourquoi tenter de contrôler les psychismes, alors que nos connaissances reposent sur la chaise bancale du savoir de l'esprit, esprit qui découle de l'idée de la réalité d'un monde dont je ne suis sûr de rien ?"

Le Déserteur tourna la tête vers le rebord du sentier. Une fourmilière s'activait toute entière, chacune de ses citoyennes effectuant machinalement son travail, dans un ordre parfait. Cette vision perturba un peu plus le jeune homme. N'était-il pas lui aussi un être machinal aux yeux d'un autre ? Peut-être que ces fourmis croyaient penser de façon aussi constante que ce dont il en avait la certitude pour lui-même ?

Une grosse bourrasque de vent vint l'extraire de ses réflexions...



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MessageSujet: Re: Rêveries diurnes   Sam 18 Sep - 21:54

Ishiki se promenait dans le parc Yumekuteka. Il aimait parcourir un tel lieu ; non tant pour sa végétation soigneusement entretenue que pour l’effet que produisait celle-ci sur les hommes. La contemplation de ce sanctuaire végétal voué à l’agrément et au repos favorisait la méditation et rompait avec la routine habituelle –surtout celle des ninja. Ils se montraient plus ouverts, plus apte à assimiler des concepts nouveaux, plus apte à remettre en questions leurs schémas mentaux. La beauté du parc Yumekuteka tenait dans l’esprit du Cetana à cet assortiment de psychés humaines communicatives qui le composait. La flore magnifique n’était que le décor, le cadre du tableau.

C’était l’essence même du talent artistique : la conscience, la vie-même, qu’Ishiki recherchait. Au grès de ses promenades il discourait avec qui voulait bien l’entendre des principes fondamentaux de l’univers. Et il en sortait parfois du bon. Du très bon.

Bien sûr ses discussions n’étaient pas toujours fructueuses. Il connaissait un certain nombre d’échecs. Toutefois il les bénissait. Que de plus clair qu’un échec pour réaliser les progrès qu’il pouvait encore accomplir ? Il avait essuyé nombre de revers lors de ses conversations avec la multitude de personnalités qui fréquentait ce parc, et il en était toujours ressorti grandi.

Il y avait beaucoup à apprendre à dialoguer avec autrui et peu à perdre. Malheureusement les échanges n’étaient pas aussi féconds qu’ils pourraient l’être dans une société où la confiance et l’ouverture d’esprit régneraient. Surtout dans l’esprit ninja, présent encore à Kumo, qui était celui d’un simple banditisme de l’ombre. Toutefois ce n’était pas dans cette optique négative qu’il fallait voir les choses. Du reste il y avait lieu de se réjouir, du fait même de la progression de leur puissance, les ninjas laissait progressivement la place aux shinobis, la discrétion était mise de côté au profit de l’efficacité, les combats se déroulait de plus en plus au grand jour. Le jeune jounin était résolument optimiste et pensait que de grand progrès pourrait être réaliser d’ici peu. Entre temps il fallait jouer sur les circonstances pour obtenir un échange verbal de qualité.
Heureusement, le parc Yumekuteka était là.

Ce soir il déambulait tranquillement sur les allées végétales à la recherche d’un interlocuteur. Son regard tomba sur un adolescent vêtu d’une robe noir dont la capuche était rabattue. Il était profondément absorbé dans ses pensées. Parfait. La jeunesse était plus vive et plus dénuée de préjugés ; lorsqu’elle méditait dans un tel cadre, leur réflexion les menait généralement tout naturellement sur des considérations philosophiques. Et c’était précisément de cela qu’Ishiki voulait discuter.

Il s’avança vers lui en l’observant, cherchant mentalement une approche convenable. Ce jeune homme paraissait plongé dans l’observation d’une fourmilière ; cela ferait l’affaire. Classique et un peu simpliste mais il fallait bien commencer quelque part et autant partir de simple pour aller au complexe. Une bourrasque de vent fit sortir son futur interlocuteur de ses réflexions et son regard croisa celui du jeune jounin. Il l’aborda d’un ton allègre :


[Ishiki Cetana] – Bien le bonsoir ! Pensez-vous que ceci est le modèle que suivent les villages cachés ?

Il désignait de la main la fourmilière. Ce genre d’interrogation avait été mainte fois rabattue –souvent par les villages cachés eux-même- néanmoins Ishiki comptait bien élever le débats bien au-delà des maigres balbutiements auxquels on restait trop souvent. En dépit de sa simplicité, la question touchait une corde sensible dans le monde shinobi. Chez certains elle touchait directement leur vécu et leur sentimentalisme refoulé pouvaient les faire réagir négativement. Heureusement son interlocuteur du soir était jeune, il pouvait réfléchir avec un esprit neuf dégagé de toute subjectivité. Le jeune jounin sourit, curieux de le voir en action, l’encourageant mentalement.

MessageSujet: Re: Rêveries diurnes   Dim 19 Sep - 17:56

En plus de cette saleté de vent qui se faufilait de partout et distribuait ses claques quand bon lui semblait, Xenetha voyait approcher un homme, lentement, dont le regard dévisageant et le pas dans sa direction donnaient clairement à penser qu'il souhaitait venir lui parler. Cette simple idée emplissait son cœur d'un mélange de désintérêt et d'inutilité.
L'homme était presque aux antipodes de ce que lui pouvait refléter dans son apparence. Il portait une forme de beauté lumineuse.

Quelle importance que l'on vienne lui adresser la parole ? Personne n'était à même de comprendre véritablement ce qui pouvait le pousser à agir en décalage avec le commun des hommes; et ses actes incompris n'étant que le reflet de ses pensées, qui pourrait porter de l'attention et de la curiosité aux idées d'un fou ? Cette même question, le Déserteur se la posait à chaque fois qu'un individu manifestait l'intention très palpable de venir lui faire la conversation.

En outre, et en conséquence sans aucun doute, Xenetha avait appris à apprécier le dialogue avec lui-même. Si ce qu'il en tirait était nécessairement partial, il parvenait tout de même à se remettre en cause sur certains points et à évoluer d'une certaine façon, en se référant à ce qu'il aspirerait volontiers à être lui-même. Ainsi on peut dire que le Nuke-Nin était un jeune homme qui discutait sans cesse, réfléchissant énormément sur lui et sur ce qui l'entourait. Quelque part, ses visions des choses pouvaient être tantôt extraordinaires car coupée de toutes influences extérieures, tantôt misérables car ne se fondant que sur son propre ressenti, sans prise en compte de ce qu'autrui pouvait penser.

L'homme se perdit pas de temps et s'empressa de l'interroger, ce qui ne manqua pas d'interloquer Xenetha, sur la fourmilière qu'il observait depuis un moment. Il était chose courante, et même reposante pour le Déserteur de se fixer sur une situation et de se vider de toute réflexion conscience. Il savait parfaitement que ce vide apparent dissimulait une intense pensée inconsciente qu'il laissait se développer calmement, avec une forme d'amour. Il ne faut jamais aller à l'encontre de la partie cachée de l'esprit. Il faut toujours la laisser se nourrir de ce qu'elle souhaite interpréter.

Xenetha se pensait suivi de près ou de loin par un garde de Kumo. Lorsqu'il était entré au Village du Brouillard, les autorités l'avaient fait prendre en filature, et il était fort probable que ce soit le cas à l'heure où il faisait le point sur sa situation. Et quand bien même il n'était pas surveillé, il fallait être très vigilant sur ce qu'il disait pour ne pas éveiller les soupçons de quelqu'un.

Le jeune Déserteur sembla entrer dans une transe, il fixait son interlocuteur, les yeux cachés sous l'ombre de sa capuche. Il laissa s'écouler plusieurs secondes, peut-être même une minute, et le temps parut pesant un moment.
Il entama sa réponse sur une voix extrêmement monotone, presque effrayante, sans aucune expression qui n'en filtrait...

[Xenetha] "Bonsoir...
Je n'ai pas la chance de connaître suffisamment bien les villages cachés pour en traduire une métaphore, mais je peux vous répondre qu'il s'agit là, à plus grande échelle, du modèle des hommes... Et intrinsèquement de leur psychisme... Aux vues de la civilisation qui nous entoure, il est très peu modeste de critiquer, d'écraser, de brûler une fourmilière qui pourtant reflète presque entièrement notre essence. Ou alors s'agit-il dans cet acte du refoulement de notre propre image dérangeante à notre inconscient. Nous travaillons tous pour la société, nous obéissons tous, même si nous essayons de nous persuader que nous n'y sommes pas obliger, à celui dont le rang est plus élevé que soi, et si on ne le fait pas, on s'écarte du groupe et on panique comme la fourmi qui perd la trace du chemin. Alors inexorablement, comme celle-ci, nous tentons de retrouver la route qui nous mènera à l'assurance de l'appartenance à une communauté.
"

Il marqua une courte pause.

[Xenetha] "Car ce que combat au fond la fourmilière est le danger, le danger de la solitude plus exactement. La fourmi seule ne fait rien, une horde d'entre elles dépèce une créature hasardeuse. Tout cela, toutes les récoltes, tout le mécanisme de fonctionnement social, cet ensemble de choses que nous concevons comme démentes, parce qu'elles sont effectuées à la perfection chez l'animal, n'est que le fruit de l'assemblage en le groupe de ce que nous faisons très bien seul : se nourrir, survivre, enfanter. La communauté implique de l'ordre. Il s'agit là du seul point que la fourmi a mieux intégré que l'homme. On fait passer leurs actes pour ce qu'on appelle ici l'instinct, sans prendre le temps de se demander si elles n'ont pas l'intelligence d'avoir compris que le refus de l'ordre en société est inexorablement un frein au bien commun. Les hommes protestent, aiment à contredire, à se différencier, pourtant ils savent au fond d'eux qu'ils ne peuvent le faire que dans les limites de ce qu'on leur autorise. La liberté n'existe que parce que nous en avons défini la forme, et elle ne peut exister au sens où on l'imagine dans un fonctionnement de groupe... Pour vous répondre, je dirais donc que la fourmilière dépasse grandement le Village Caché pour la raison que si un seul groupement d'hommes agissait avec la perfection des fourmis, il serait aujourd'hui maître du monde... "

Rien sur le corps du jeune homme spectral n'avait bougé, hormis ses lèvres qui récitaient ses pensées telles un entonnoir. Xenetha n'avait pas cillé, et restait dans la même posture, attendant d'un calme froid la réaction de l'homme en face de lui...



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MessageSujet: Re: Rêveries diurnes   Mar 9 Nov - 4:09

Ishiki ne s’attendait pas à une telle réponse. Les propos de l’adolescent le surprirent. Il s’aperçut alors qu’il avait une préconception, il pensait que l’on lui exposerait soit le classique préjugé qui assimilait les ninja à des armes, soit –comme il l’espérait– une réponse plus évoluée. Mais quelle ne fut pas son hébétude lorsqu’il réalisa que la tirade de son interlocuteur était bien en deçà du préjugé. Comment pouvait-on élaborer une théorie de la discipline stricte, d’exécution minutieuse et la lettre des ordres sans songer un seul instant à l’origine de ceux-ci. Qui détient l’autorité ? Question primordiale s’il en est dans un régime totalitaire. Trouver un chef à la hauteur des pouvoirs qui lui serait confié est d’une difficulté redoutable. Et même en supposant que les dirigeants sont aussi « parfait » qu’il est humainement possible de l’être, comment adapter les instructions à la complexité de la réalité ?
Si tant est que les shinobis soient des armes, ils ont bien intérêt à être des armes intelligentes, à même de comprendre les ordres et d’adapter la poursuite de leur objectif à la richesse des situations auxquelles ils peuvent être confronter. Question cruciale pour les ninjas, certains l’on bien compris, Ryushi Aburame en est l’exemple le plus connus. Non un groupement d’« insectes liés » n’est pas optimal. La « perfection des fourmis » n’est pas forcément enviable.

L’efficience n’est d’ailleurs pas le seul point de vue. L’exposé du jeune homme allait à l’encontre des principes moraux qui inspiraient la conduite du Cetana. Non, les êtres humains ne sont pas de simples moyens –que cela soit pour réaliser des missions, conquérir le monde ou autres– ils sont aussi une fin en soi. Selon l’idéal d’Ishiki, les shinobis n’ont pas à être des objets, des armes esclaves des pulsions de tel ou tel commanditaire mais plus des arbitres musclés aptes à assurer l’équilibre de la société. Toute autre vision est fatalement trop restrictive. Et à adopter un point de vue trop restrictif nous finissons par scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Que penser de ceux qui exécute les assassinats payés par un ego blessé ou assoiffé sans se soucier des conséquences ? Ne serait que d’un point de vue très prosaïque les décès sont susceptibles de fortement perturber l’économie sur laquelle repose les shinobis. L’usage immodéré de la force peut avoir des conséquences imprévues par ceux qui la détiennent. Les assassins sans scrupules ne sont que des parasites, s’ils venaient à devenir maîtres du monde ils le feraient tomber en ruine et tomberaient avec lui.

Maître du monde.. Maître du monde… C’est vite dit. Comment pouvons-nous être maître du monde sans être maître de nous-même ? En tout cas pas en suivant à la lettre les moindres instructions d’une quelconque personnalité. Et les dictateurs totalitaires eux-même ne seront jamais maître du monde –quoique puisse laisser songer les apparences. Qui se maîtrise soi-même contrôle sa soif de pouvoir et n’est ainsi pas tenté d’asservir le monde par le biais d’armes humaines sans intelligence.

Nombreux sont ceux qui caressent le désir de conquérir le monde –ou du moins un bout de celui-ci, un territoire, une organisation, de la richesse ou autres… Mais une fois le pouvoir tant convoité obtenus, la plupart ne savent pas trop ce qu’il pourrait bien en faire. C’est bien beau de vouloir conquérir le monde mais que faire ensuite ? Rares sont ceux qui seraient capable de répondre à cette question. Quant aux autres, ils ne se rendent pas compte de la vanité de leur projet et tentent d’oublier cette interrogation sous-jacente en poursuivant toujours davantage leur quête chimérique, en en voulant toujours plus. Plus d’argent… Plus de pouvoir…
Ils ont l’infinité du monde devant eux, de quoi poursuivre jusqu’à ce que mort s’en suive.

Un autre idéal est possible. Un véritable éveil à la beauté de sa propre existence au milieu de la richesse infinie du monde. Le jeune jounin aurait bien aimé partager cela son interlocuteur, pour l’heure plongé dans la caverne décrivant d’une voie machinale des banalités au sujet des ombres projetées sur le mur qu’il est foré de regarder.
Le défi était de taille mais Ishiki avait bon espoir. Cet enchaîné était jeune, ses préjugés n’étaient pas ancrés par l’habitude. Par la magie du verbe il le libérait –au moins partiellement. Quelle approche tenter ? L’interroger sur la manière ou la finalité ? Comment ou pourquoi ? Le comment devait plus convenir au pragmatisme de l’exposé de l’adolescent, autant commencer par ce biais. D’une voie chaleureuse et pleine d’entrain, il répliqua :


[Ishiki Cetana] – Assurément l’organisation de ses insectes leur permet d’accomplir de véritables exploits pour leurs petites tailles…

Les yeux du jounin se tournèrent vers l’activité frénétique des fourmis à leur gauche, et il se fendit d’un silence songeur. Il voulait mettre en relief la relativité des « exploits ». Le pouvoir peut-être auréolé de gloire mais il est lui aussi tout relatif. Devant l’immensité de l’univers et l’infinité du temps, le pouvoir convoité par les cupides est absolument insignifiant.

[Ishiki Cetana] – Toutefois il subsiste des zones d’ombre pour moi. Je ne parviens pas à transposer totalement le modèle de la fourmilière sur la société humaine.

Le regard du Cetana se porta à leur droite sur le sommet d’une grande montagne qui se dessinait clairement dans le ciel dégagé.

[Ishiki Cetana] – Qui dit discipline parfaite, dit ordres parfaits. Mais comment trouver des dirigeants à la hauteur ?

Le regard d’Ishiki était toujours portés sur la cime de la montagne, l’expression interrogative. Son ignorance n’était pas feinte, il était sincère dans son interrogation. L’adolescent pouvait véritablement l’éclairer sur le problème. Si ce n’est en lui apportant une réponse intéressante du moins en lui donnant de précieuses pistes de réflexion. Le Cetana estimait qu’il avait autant à apprendre de son interlocuteur que celui-ci pouvait apprendre de lui. Il lui suffisait de poser les bonnes questions et d’écouter attentivement. Le dialogue pourrait être très enrichissant pour eux-deux, donner lieu à un véritable échange où l’association vaut plus que la somme des composés. Un beau programme, à milles lieux des rêves chimériques de conquête du monde.

MessageSujet: Re: Rêveries diurnes   Mar 9 Nov - 14:19

Le replis sur soi, l'isolement, la solitude, tant de mots dont les sens dissociés assomment de leur quotidien morne, et qui réunis forment en substance une forme de réflexion bien souvent pessimiste mais malgré tout assez vaste. Le dialogue avec soi-même lorsqu'il est honnête paie mieux que l'autisme mental. Xenetha était un manipulateur des esprits. Il s'intéressait de façon innée à la façon dont le psychisme engendrait toute action, mais ne cessait jamais de réfléchir sur ce que son intellect lui donnait à penser. Quel étonnant constat d'avoir pour idéal la prévision des actions d'autrui en lisant en lui, et de ne jamais trop savoir ce que le notre nous offrira à un moment donné. Ou Xenetha se laissait-il dériver inconsciemment dans les courants de réflexions pour ne pas cloisonner sa perception plus que sa situation ne l'enfermait déjà.

[Xenetha] " Je pense que vous avez toujours vécu au sein d'une structure établie. Je serais même prêt à mettre ma vie en jeu pour affirmer cela à vrai dire. Si l'on regarde de plus près ce que vous me proposez, il est indéniable que vous rejetez ce que l'on pourrait appeler une vision noire de la vie que je vous apporte. Dans mon cas je tiens juste à préciser que je n'ai pas véritablement conscience de la noirceur présumée de mon propos, c'est pour cela que ce que je vous rapporte a peut-être un sens un peu spécial. Je ne fais pas de théorie mais j'explique une pratique de vie. J'ai pu discuter avec des personnes qui acquiesçaient bêtement à ce que je leur disais, et lorsqu'il s'agissait d'imaginer d'appliquer à leurs existences mon schéma de pensée, ils frémissaient avant même de l'avoir entrepris un instant. Je vous attribue pour débuter le mérite de vous opposer à ou au moins de discuter ce que je dis. Cela ne m'était que rarement arrivé."

Le Nuke-Nin releva la tête, et fixait de son apparence spectrale son interlocuteur qui observait la montagne. Un spectacle paradoxal d'un homme s'envolant vers les cieux en face d'un autre contemplant les abysses...

[Xenetha] " Vous avez bien saisi ce que j'entendais quant à la perfection du modèle de la fourmilière qui n'exclut aucune faille. Avant de vous répondre, j'aimerais ajouter un détail qui n'est pas des moindres. Vous m'interrogez sur le cas d'un chef de file. Je n'en ai pas fait mention. Dans la situation des insectes, le chef est une forme de conscience de masse, on parle bien de reine des fourmis mais elle aussi est soumise à la même dictature mentale que les autres. Nous avons d'ailleurs nous-mêmes appelé "reine" la fourmi qui semble exercer à nos yeux le mimétisme d'une fonction régalienne que nous connaissons, mais dans le système de la fourmilière il n'est pas dit que cette fourmi là porte l'idée d'une reine. C'est avant tout une génitrice de masse, la reine des pontes. Ce que j'essaie de mettre en avant c'est l'esclavage que l'on a par un procédé psychique défensif transformé en une liberté. On attribue bien pour liberté d'aller s'exercer à la pratique d'un instrument, alors même que nous le faisons pour ne pas rester sans occupation. Au final, et au tenant, le plaisir du jeu est-il lié au jeu lui-même, ou au sentiment de bonheur dont on peut jouir d'être un moment supplémentaire parvenu à écarter l'idée de notre faiblesse à notre esprit pourtant si lucide de nature... "

Le vent souffla un grand coup, révélant un peu le visage du Déserteur.

" Nous avons fait le choix d'enchaîner notre essence pour ne pas souffrir de sa perfection. Nous sommes dotés de la capacité de percevoir et nous nous aveuglons car notre capacité à supporter la douleur est infiniment moins puissante que notre capacité à en déceler la source.
Et pour reprendre comme je vous le disais l'idée du chef, en la liant avec ce que je viens de dire, je ne conçois nul chef si ce n'est celui qui s'impose à nous tous bien que nous ne le voulions pas. Nous repoussons notre animalité dans l'idée que nous sommes différents, mais en fait l'intelligence que l'on a est un cadeau empoisonné. La création de l'homme elle-même est une horreur puisque nous sommes faits en sorte de constater notre propre inutilité, pire notre propre déclin. Aurions-nous tout entrepris de grand aux yeux de la société, nous arriverions au même constat macabre que quoi que nous ayons fait de bien pour nous et les autres, il s'agit d'une dictature conventionnelle, celle de toujours chercher à se distinguer d'abord de ce que nous estimons inférieur, puis de nos semblables au sens propre.
Le groupe dont j'ai parlé, qui aurait conscience de tout cela, ne se bornerait pas à la concurrence mais à l'émulation, n'aurait pas de peine à tuer car il saurait que la mort n'est rien qu'une étape, ne se limiterait pas à l'amour qui résulte du besoin social de montrer à d'autres que l'on est bien ancré dans le mode de vie normal. Pourtant on s'unit pour enfanter ou palier à un besoin psychologique.
Nul besoin d'un chef, uniquement d'un groupe, d'un petit groupe, qui ne serait arrêté que par la mort elle-même, jusqu'à ce que les capacités qu'il ait acquis lui permette de la transcender. Ce groupe n'aurait pas de barrières, le chef est une barrière, il est défaillant. La coalition que j'admire ici est celle d'un ensemble de consciences liées coûte que coûte pour les mêmes objectifs.
Et ce groupe là aurait décidé de cueillir du riz toute sa vie, il le ferait bien mieux que tout le monde, car il n'aurait pas d'autres considérations que celle de cueillir à la perfection, ayant déjà au préalable constaté l'inutilité de tergiverser sur des choses et d'autres qui font perdre du temps. On réfléchit pour donner un sens à sa vie, ce groupe là l'aura choisi après avoir compris que celle-ci n'en a justement pas, et que le sens qu'on peut donner est celui du plaisir de la perfection de la vocation choisie.
Aucun chef n'est envisageable, car la vocation peut changer au gré des envies, et quoi que ce groupe fasse il sera le meilleur en tout, car il n'aura pas d'arrières pensées ni de censure à son esprit.
"

Xenetha parla un peut plus fort, d'un ton croissant, qui put paraître distinctif d'une folie avérée

" Comprenez donc que nous ne sommes rien que des insectes à jamais malheureux de pouvoir contempler le désastre que nous incarnons. Outrepassez cela en l'acceptant, et vous mènerez une vie que l'on appelle animale, mais qui malgré tout reflètera une réflexion aboutie sur le sens nul de la vie. Ou choisissez l'optimisme, et aveuglez-vous continuellement.
Ne pensez-vous pas que vous comme moi sommes dictés dans le fond par la même chose ? Et ce indéniablement ?
"

Xenetha s'arrêta sèchement. Plus rien ne sortit de sa bouche, le silence retomba dans tout son fracas.



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MessageSujet: Re: Rêveries diurnes   Dim 19 Déc - 12:50


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