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 Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya

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MessageSujet: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Dim 3 Oct - 22:26

. o O La Demeure des Toshiya O o .





Passez les lourdes portes du village caché de la foudre, puis marchez vers les terres du Sud. Quelques heures plus tard, regardez vers le plateau qui s'esquisse à l'horizon. Vous voilà dans le territoire du clan Toshiya. Une demeure séculaire, sans prétention, perchée sur les rochers, un havre de paix tranquille et hors de portée d'une majorité de Kuméens. Toutefois, en promeneur curieux que vous êtes, n'hésitez pas à vous approcher. Bien que le clan Toshiya soit réputé pour fournir l'élite des assassins de Kumo No Kuni, ses membres ne sont pas d'épaisses brutes sans cervelle. Vous risquerez simplement de faire la rencontre avec l'une des unités de surveillance, qui vous demandera poliment les raisons de votre errance dans ces terres, et vous sommera de partir sur d'autres chemins si votre raison n'est pas justifiée. N'osez cependant pas le moindre mouvement de violence, car les archers embusqués auront vite fait de faire de votre corps une passoire sanglante.


Si par hasard, vous avez la chance de donner une raison valable à votre venue dans le domaine des Toshiya, vous aurez alors l'immense privilège de découvrir ce petit paradis sur terre. Le petit chemin rocailleux se transformera bien vite en petite allée de dalles taillées, ornées de buissons aux senteurs subtiles. Votre route serpentera alors toujours plus haut, et quelques minutes vous sépareront de l'entrée du jardin. Une massive porte de bois verni vous en interdira la contemplation. Une dernière vérification de votre identité, des raisons de votre présence, et la dernière barrière s'ouvrira à vous. Vous serez alors immédiatement surpris par le travail sur le relief. Une longue étendue plate de verdure joue les cheveux dans la soupe, au beau milieu de ces reliefs accidentés et abrupts qui composent les alentours. Sur votre droite, le jardin est stoppé par une falaise envahie de lichens variés. En son centre, une petite encoche laisse couler un ruisseau qui sectionne la vallée artificielle en deux parties. Sur la première, la plus éloignée de la maison, la nature semble avoir tous les droits. Les buissons s'étendent d'une manière chaotique entre les arbres centenaires et les parcelles fleuries.


Une fois le petit pont de bois traversé, une toute autre atmosphère prend place, celle de la main de l'homme, disciplinée, stricte, maîtresse de la flore. Ca et là, des parterres de fleurs et de plantes médicinales, en rang militaire, trônent devant les saules pleureurs taillés pour ne pas gêner le passage des promeneurs. Un petit autel à l'honneur d'une quelconque déesse ou de personnes disparues s'élève tout près de la falaise. A gauche, vers les pentes douces qui mènent aux vallées du pays de la foudre, un petit potager accueille une multitude de légumes et de fruits qu'un oeil non avisé aurait le plus grand mal à distinguer. Et vous voilà enfin dans la demeure légendaire des Toshiya. Celle qui enfante et élève des générations d'assassins en tout genre, spécialistes des poisons et du domaine des arcs.


Mais pressez vous donc, voyageur, le hall intérieur vous attend. La décoration vous laissera pantois de son absence, tout comme la modestie de ses meubles, ou de leur confection. Bien que fortunés, les Toshiya ne dépensent pas le moindre sou dans des considérations esthétiques inopportunes. En fonction de votre importance, et de la raison de votre venue, on vous accompagnera soit au bureau des accords, où sont signés les contrats d'assassinats, ou à la salle de réception afin de festoyer ou bien discuter dans une ambiance calme. Vous vous douterez que les étages supérieurs accueillent les chambres des membres de la famille, ainsi que peut être des salles d'entraînement, ou d'autres secrets plus intéressants. Mais on ne vous y laissera pas accéder comme ça, que croyez vous ?


Si vous restez pour la nuit, privilège encore plus rare, vous aurez enfin la chance d'observer le plus beau des soleils couchants des terres de la Foudre, à en croire les quelques uns qui auront pu s'extasier devant. Cela signifie aussi que vous aurez pu vous délecter de mets tout simplement uniques et méconnus du commun des mortels, des compositions de légumes et de plantes aromatiques exclusives, des thés aux saveurs oubliées depuis longtemps. Nul doute que la raison de votre venue n'était pas des plus agréables, mais en repartant de cette arche paisible, une partie de vos angoisses habituelles auront déserté le champ de bataille, et ce à jamais...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Dim 3 Oct - 23:53

. o O Livre 1 : Transcendance O o .


Chapitre 1 : Mouvance

- 1 - L'honneur du père


Eh oui, chers amis, je vis dans ce paradis sur terre depuis déjà 16 ans. Depuis combien de temps n'ai-je pas franchi la porte du jardin, je ne m'en rappelle plus. Peut-être un mois, et encore, ça ne compte pas : c'était pour aller chercher des plantes commandées par dame Tezuka. Il faut dire qu'être disciple de la voie des poisons, et s'occuper des petits, ça ne laisse plus beaucoup de temps pour le vagabondage. Et les missions ? Aucune depuis la disparition de Sokai, logique. Chez moi, on fonctionne en binôme. Quand le compagnon disparait, la carrière d'assassin se termine, ou en tout cas, impossible de trouver un nouveau partenaire lorsqu'on a tué le précédent. Et puis aussi, ce qui rend les Toshiya si efficaces, ce n'est pas la précision de leurs coups, ou la violence de leurs poisons. Ces peurs sont pour les ignorants. Ceux qui ont combattu des Toshiya et ont eu la chance de leur survivre le savent : le plus effrayant, c'est le synchronisme de leurs assauts. La coordination de leurs mouvements, la synergie de leurs choix. Affronter deux adversaires à ce point rompus à la pratique guerrière, c'était comme combattre un surhomme bicéphale et multipode.

Et toute cette joyeuse histoire n'est malheureusement possible que si les compagnons s'entraînent ensemble depuis déjà longtemps. J'ai été séparée de Sokai à 13 ans, un âge bien trop avancé pour espérer quoi que ce soit quand à mon retour sur la scène de l'assassinat. Zigouiller des méchants en duo, c'était fini, kaputt, terminé. Et pour le moment, mes occupations m'ont clairement éloigné des combats. Il fut un temps où je m'étais contenté de ma situation actuelle, trop froussarde pour toucher à nouveau à un arc, ou manipuler des armes. Mais la peur c'est fini ! Ras la choucroute de se laisser dicter ses actes par des choses qui se sont passées il y a des années. J'ai 16 ans maintenant, et je vais reprendre le contrôle de ma vie. Et pour parvenir à mes moyens , j'ai déjà un plan, un génialissime plan. Tous les ans, certains membres du clan ne reçoivent pas de compagnon, et sont envoyés à la place à l'académie du village caché de la foudre, afin d'y recevoir un enseignement différent. C'est ça que je veux faire, maintenant. M'éloigner de cette maison maudite, et tracer ma ligne loin des fantômes qui me hantent depuis déjà trop longtemps. Le seul rempart contre cette décision, c'est l'accord de mon père, Sanyu. Voilà un an que je ne l'ai pas vu, et j'ai profité de son passage à la maison pour lui demander une audience, qu'il a daigné m'accorder à demi mot. Son petit jeu depuis les évènements qui... enfin les évènements quoi, c'est de se persuader que je n'existe plus. J'ai parfois rencontré des Toshiya qui me croyaient morte, et avaient peur d'avoir croisé un fantôme. Merci père pour la mauvaise blague, ça fait plaisir. Quoique, ceux qui ne me croient pas morte me méprisent ou m'insultent, au final j'étais peut être gagnante.

Me voilà donc dans l'antichambre d'une des ailes de la maison, à patienter que papa Sanyu daigne m'ouvrir cette fichue porte coulissante qui me nargue depuis déjà 2 bonnes heures. Vous l'aurez remarqué, aujourd'hui je suis d'humeur bougonne. L'influence des hormones parait-il. Le stress d'attendre la décision finale, aussi. Enfin le petit panneau de bambou s'ouvre à moi et je suis invitée à me rendre dans la pièce. Mon père a décidé de se la jouer grand prince aujourd'hui, dans un kimono impeccable et tenant une posture pleine d'arrogance qui oscillait entre le risible et le ridicule. Dans le clan, il n'était rien, mais aimait se donner des airs de seigneur. Il avait compté sur moi pour rétablir l'honneur de notre branche. Je l'avais déçu, au plus haut point. Pire, j'avais réussi à devenir moins que ce qu'il n'était déjà, c'est à dire, pas grand chose. Je m'installai à genoux comme l'exige la coutume, et patientai. Jamais l'enfant ne devait dire la première parole. En d'autres occasions j'aurais fait fî des us, mais cette fois-ci, j'avais besoin de son aval, il fallait donc se présenter sous son meilleur jour.

Sanyu " Ma fille, que me vaut l'honneur de cette visite ? "

Sa voix puait l'ironie et le mépris. Je contins mon amertume et répondit d'un ton des plus neutres.

Etsuko " Père, je viens vous demander de considérer ma requête. "

Je venais de piquer sa curiosité. Je ne lui avais rien demandé de toute mon existance, et voici que je venais à lui toute implorante. Il prenait du pouvoir, et il aimait ça. Tout en se caressant la barbe , il me répondit :

Sanyu " Je t'écoute "

Etsuko " Père, je souhaiterais continuer ma formation à l'Académie du Village de la Foudre. "

Moment de silence, pesant, inconfortable au possible.

Sanyu " Ainsi, la honte que tu inspires au sein du clan ne te suffit pas ? Il faudrait qu'en outre, ton incompétence soit connue de toute la communauté shinobi ? "

Etsuko " En quoi cela vous importe-t-il, puisque je n'existe plus, ou que je suis morte, selon l'humeur du jour ? "

Sanyu " Assez ! Tu n'imagines pas les répercussions que ta stupidité a pu avoir sur mon honneur, sur notre honneur ! "

Etsuko " Et quoi de mieux que d'ajouter la lâcheté au déshonneur ? "

Sanyu Toshiya n'était pas connu pour sa patience. Il allait imploser, je le sentais. Et c'était le moment pour expliquer mon choix, d'un trait, sans s'arrêter, afin de désamorcer la bombe.

Etsuko " Père écoutez moi. Ici, à la demeure du clan, je suis la risée de mes pairs. A Kumo, personne ne me connait. Vous faites d'une pierre deux coups. D'une vous éloignez de la branche celle qui porte sur elle le déshonneur, de deux vous permettez à votre fille, à votre enfant, de prendre un nouveau départ. N'avez vous jamais songé au bonheur de vos enfants, père ? "

Le silence s'installa de nouveau. J'avais touché un point sensible.

Sanyu " L'honneur du clan passera toujours devant les considérations sentimentales. Mais tu vois juste...

J'osai lever les yeux, dans un souffle d'enthousiasme qui faisait palpiter mon coeur

Ma mère était morte à mes 6 ans, de maladie. Cela ne me chagrine pas tant que cela, je n'ai meme plus souvenir de son visage aujourd'hui, ni de sa voix. Mon père s'est donc retrouvé seul, et les hommes sont tous les mêmes. Les hormones, paraît-il. A partir de ce moment là, tout ce qui avait compté, c'était l'honneur, la réputation, le prestige, l'apparence. Je l'avais déçue au plus haut point malheureusement, et je ne pourrais jamais faire marche arrière. Tout ce qui me restait de possible, c'était de m'éloigner pour le laisser respirer. J'avais gagné la partie. Je savais que le lendemain, une demi douzaine de Toshiya partiraient pour Kumo dans le cadre de nos accords avec le village caché. J'irais avec eux. Demain, je serais libre de choisir une nouvelle voie...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Dim 10 Oct - 19:04, édité 3 fois

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Lun 4 Oct - 23:39


[justify]
-2- Dame Tezuka



J'avais détalé sans sommation. Toute contente de mes nouvelles perspectives, je m'accordai une petite balade nocturne dans le jardin. Il y avait un petit recoin que seule moi connaissais, en aval de la rivière, un tout petit peu après la vallée, quand le terrain redevient accidenté. A partir de là, il suffit de prendre un petit détour dans la végétation dense, et l'on se retrouve sur un gros rocher juste au bord d'une petite cascade, à mi chemin entre le haut de la vallée, et un bassin naturel quelques mètres au dessous. J'adorais me reposer ici lorsque ma journée de travail était terminée. Je regardais l'eau couler, les insectes tourbillonner autour de moi, puis mes perceptions s'évadaient au pays des rêves. Bizarrement, dans cet endroit, j'avais un sommeil paisible. C'est le seul à ma connaissance où je n'ai jamais eu de cauchemard. Autant dire que si les nuits n'étaient pas aussi fraîches, je les passerais toutes sur ce minéral apaisant.

??? - Hey, Etsuko, tu es là ?

Apparemment, je n'étais plus la seule à connaître l'endroit. Ou alors, on m'avait observé et filé, auquel cas l'espion serait bien déçu de ne trouver qu'un gros caillou comme rétribution pour ses efforts.

??? " Allez, je sais que t'es là, c'est moi, Eido ! "

Etsuko " Eido ? Qu'est ce que tu fais là ? "

Eido " J'ai appris la nouvelle, elle s'est répandue comme une traînée de poudre ! "

Etsuko " Mais de quoi tu parles ? "

Eido " Sanyu-sama est sorti du cabinet, il était complètement bouleversé. Il a annoncé la nouvelle à plusieurs personnes, déjà.

Eido apparut soudain à ma vision, encore coincé dans un buisson qui lui résistait. Ce devait pas être facile de me rejoindre lorsqu'on mesure déjà un bon mètre quatre-vingt et qu'on pèse dans la centaine de kilos. Je sais pas ce qu'il a eu comme régime alimentaire, mais il était bien au delà des mesures habituelles du Toshiya. Et bien sur, la réaction automatique familiale ne s'était pas fait attendre : jamais il ne pourrait devenir un bon assassin, il était trop grand pour être souple, et nianiania et nianiania. Pourtant, je ne me faisais pas d'illusion, car si une constante dans l'univers était bien vraie, c'est que les personnes les plus en difficulté ne parviennent que rarement à s'unir. Il est bien plus facile de railler encore plus malheureux ou malchanceux que soi. Comme tout membre de cette gigantesque chaîne alimentaire irréversible, Eido avait pu trouver un peu de réconfort dans le mépris qu'il avait envers moi. Ca lui donnait au moins un moyen de se sentir proche de ceux qui jouaient les rôles de prédateurs.


Etsuko " Merci pour l'info, mais tu veux quoi au juste ? "


Eido " Takeshi et moi on part demain au lever du soleil, hitoire d'arriver dans nos logements à Kumo pour le début de l'après-midi. Ca te dirait de faire la route avec nous ?


Je fis les gros yeux, c'était plus fort que moi. On m'invitait, moi, à rejoindre un groupe pour faire un trajet ? Ca sentait l'entourloupe... Et puis zut, faut arrêter de voir le mal partout, de toute façon le trajet n'est de quelques heures, et il y a plusieurs chemins. Si jamais les deux zigotos me les hachaient menues, je pourrais toujours prendre un itinéraire bis et leur fausser compagnie.

Etsuko " Mmmm, si tu veux... "

Un long sourire s'esquissa sur le visage du grand dadet. Je dois avouer que je n'ai jamais su si c'était sincère, ou juste une touche de comédie, mais dans le cadre de ma lutte introspective-post-narcissique-d'arrêt-de-penser-que-tout-le-monde-il-est-méchant, je répondis de même par une petite moue approbatrice.

Eido " Chouette, dans ce cas, rendez-vous demain matin à porte principale, au lever du soleil. Bonne nuit à toi ! "

Dans sa démarche habituelle de gros pataud, Eido disparut derrière les ombres des arbres, me laissant seule face à la cascade. Enfin, pas exactement. Je le sentais, tu étais là, tu m'épiais. Où que j'aille, tu me surveillerais. Serait-ce pour me faire du mal, ou bien un dernier mouvement de protection pour me prévenir de faire attention à moi ? Est-ce que tu trouvais ma décision appropriée ? Je l'espérais, mais je ne pouvais m'en assurer. Et comme je n'aime pas les tortures cérébrales à trois Ryos, j'en arrivai à une conclusion toute simple : si t'es pas content, t'auras qu'à me le dire, nah !

Je m'allongeai sur le dos, le temps était clément ce soir, et les étoiles nombreuses. Je restai un long moment comme ça, sans rien faire, à songer à mon futur proche, à mon avenir lointain, à cet immense arbre des possibles qui s'ouvrait à moi. Dans l'errance de mes pensées, je songeai soudain à Dame Tezuka. J'allais la quitter, il fallait que je lui dise au revoir. Elle serait probablement déçue, mais tout choix comporte son lot de sacrifices, et j'étais prête à en payer le prix. Même si cela signifiait ne plus jamais parler à Dame Tezuka. Je fixai une dernière fois la cascade, avant de retourner dans la maison à petites enjambées. Tezuka-sensei avait établi son quartier général au tout dernier étage de la bâtisse, sous les toits, et avait fini par reconstituer une véritable serre tropicale à l'aide de différents procédés techniques élaborés mis au point et corrigés pendant des années. J'adorais cet endroit, son style chaotique mais familier en même temps, ses senteurs innombrables, ses couleurs, sa lumière tamisée... Il était tard, mais il y avait peu de chance que ma maîtresse soit déjà couchée. Je la connaissais depuis déjà quelques années, et plus son âge avançait, plus elle semblait vouloir défier les limites du sommeil, comme une revanche sur le temps qui passe. Ce temps cruel, impassible, qui veut, que les petits deviennent grands, et que les grands deviennent des vieux.

J'eus à peine posé le pied sur la première planche de bois que la petite voix un tantinet cassée s'éleva dans la serre.


Tezuka " Entre mon enfant ! J'ai préparé du thé, en veux tu ? "

Spoiler:
 

Je comblai l'espace qui me séparait de celle que je considérais comme ma grand-mère, puis dans un mouvement de révérence habituel, la saluai d'une voix joyeuse

Etsuko " Bonsoir sensei. J'espère ne pas vous déranger à cette heure.

Tezuka " Mais non mais non, depuis quand mon élève préférée pourrait-elle me déranger ? Ma porte est, et sera toujours ouverte pour toi, tu le sais bien "

Elle ponctua cette phrase d'un immense sourire chaleureux, tout en me tendant la coupelle de thé. Je sentis qu'elle savait déjà tout, aussi je décidai de ne pas tourner autour du pot.

Etsuko " Sensei, je voulais vous annoncer...

Tezuka " ... que tu pars pour Kumo No Kuni et c'est une merveilleuse nouvelle, mon enfant.

Elle me coupa le souffle. Une immense boule de stress venait de s'évaporer en l'espace d'une seconde.

Tezuka " Ne t'inquiète pas, Etsuko. Ce sont les voyages qui forment la jeunesse ! Penses-tu sincèrement que je t'aurais laissé prendre racine dans mon petit laboratoire ? Il est temps que tu suives ta voie, ma jolie. Et c'est une merveilleuse voie que celle du shinobi. Je suis certaine que tu feras une merveilleuse Kunoïchi.

Je ne sus quoi répondre. Je sentis mes joues rosir et fis une petite moue gênée. Avant de trouver la moindre réplique, Dame Tezuka me tendit un petit sac à compartiments

Tezuka " Mais promets moi de prendre soin de toi ! La ville, c'est rempli de maladies, donc je veux que tu apportes avec toi ce sac d'herbes médicinales. Et je sais que ce n'est qu'un au revoir. Après tout, viendra le moment où tu auras à découvrir le maniement des poisons. Ce jour là, reviens vers moi, et je me ferai un plaisir de t'apporter mon aide.

Etsuko "... ... Merci sensei... "

Nous discutâmes encore quelques temps, de choses et d'autres, puis je quittai la serre qui m'avait servi de refuge depuis tout ce temps, une petite larme à l'oeil. Une fois le paquetage préparé, j'entrepris d'essayer de dormir, chose que j'accomplis avec une relative facilité. Ma dernière nuit dans ce demi chez-moi. Demain, c'était le début des affaires sérieuses !


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Dim 10 Oct - 19:08, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mer 6 Oct - 3:01

- 3 - Départ



L’aurore pointa enfin le bout de son nez ! Je n’avais presque pas fermé l’œil de la nuit. Mon cerveau, au croisement de milliers de raisons de s’exciter, n’a pas voulu prendre du repos. A vrai dire, je le comprenais ! Je vais bouger, je vais m’enfuir d’ici, je vais vivre ma vie, tracer mon chemin, voir de moi même, sentir la rosée du matin, contempler les petits zoziaux dans la colline, combattre les méchants, et gagner toujours, parce que je suis la gentille ! Ca va être passionnant, plein de sourires, d’épreuves, de rebondissements, mais ça se finira bien, oui oui oui ! Je me sentis sous l’effet d’une drogue euphorisante tant je n’arrivais pas à contenir l’enthousiasme. Je n'étais pas experte de ce genre de sentiments. Se cloîtrer dans sa propre demeure, se tracer une frontière invisible, et ne jamais, au grand jamais, la traverser pendant près de trois ans, tout cela n'aidait pas à susciter les passions.

Je bondis de mon lit, mon paquetage était prêt. J’enfonçai presque le panneau coulissant qui mène au couloir, puis celui qui débouche aux escaliers, celui qui ouvre le hall d’accueil, puis la porte qui cache le jardin. Une fois au grand air, je respirai profondément, et repris le contrôle. Il ne s’agirait pas de paraître stupide devant deux autres membres de ma famille, ils ont déjà à disposition tellement de raisons de se moquer, autant ne pas leur en donner de nouvelles. J’arrivai à la grande porte, le dernier rempart face au monde qui m’attendait, mais personne. Pourtant, Eido avait bien dit à l’aurore. Alors que je regardais si les deux Toshiya ne m’attendaient pas de l’autre côté de la porte, une voix résonna de la maison principale.


??? " Etsuko ! Etsuko ! "

Une des petites Toshiya dont je m'occupais habituellement me rejoignit. Elle tenait dans sa main deux rouleaux. J’ouvris le premier qu’elle me tendit. Il était d’Eido :

Citation :
Bonjour Etsuko

Je voulais te prévenir que nous étions partis plus tôt que prévu. J’ai eu le malheur de dire à mon père que tu voyagerais avec nous, et il n’avait pas l’air de cet avis. Aussi, nous sommes partis en pleine nuit. J’espère que nous pourrons nous voir à Kumo No Kuni. Maître Kazuo doit poursuivre notre apprentissage des arts Tezuka, le premier cours est demain, à l’académie à 8 heures.

Eido

J’aurais dû m’y attendre… Tant pis, je n’avais pas besoin d’eux pour faire le voyage, et ça n’allait certainement pas gâcher ma bonne humeur ! La petite fillette me tint le second parchemin, alors que je reposai la première feuille. A mesure que je déroulais la feuille de papier, je reconnus l’écriture. Un sourire s’esquissa aussitôt sur mon visage.


Citation :
Mon enfant,

Comme tu vas certainement faire la route seule, je me suis dit que te concocter un petit voyage initiatique ne serait pas malvenu. Après tout, il faut te préparer à apprendre bientôt les arts shinobi, et tu verras bien assez tôt que le monde que tu vas découvrir n’est pas plus accueillant que la façon dont tu es perçue chez nous. Tu trouveras ci-dessous un petit programme qui te permettra d’apprendre de toi même les quelques compétences essentielles d’une bonne kunoichi. Puisses-tu en faire bon usage, mon enfant.

Bien à toi,

Tezuka

Comme d'habitude, elle avait raison : elle savait que personne ne m'attendrait pour faire le voyage. Je fichai le rouleau replié dans ma poche.

Etsuko " Merci, Kaede-chan. "

La petite demoiselle me répondit d'un petit hochement de tête, et elle se mit soudain à pleurer.

Kaede « Tu... tu vas nous manquer, nee-chan. Tiens, on a préparé ça pour toi, mes soeurs et moi ! »

Dans un geste de révérence très mal contrôlé, pour faire comme les grandes personnes, elle me tendit un Bento, rempli, je n’en doutais pas, d’une multitude de petits plats préparés avec soin et gentillesse.

Etsuko « Merci beaucoup Kaede, je le mangerai avec plaisir ce midi. »

Je m’inclinai à mon tour envers elle, en lui faisant un clin d'oeil.

Kaede « Dis, tu reviendras nous voir au moins ? »

Etsuko « Pas tout de suite, peut être plus tard, mais il faudra être patiente, d'accord ? »

Kaede hocha de la tête, une petite larme au coin de l'oeil et le sourire sur le visage, puis elle tourna les talons, et rejoignit la maison d’un pas lent. Je restai pensive pendant quelques instants. Cette ribambelle de petits n'avaient pas la vie facile. Dès leur plus jeune âge ils s'entraînaient, et bien que les exercices soient perçus comme des jeux, ils n'en restent pas moins difficiles. Leurs parents parfois étaient en mission, il se pouvait qu'elle soit de longue durée et alors ils ne les voyaient pas pendant très longtemps. Souvent, les duos formés par la famille représentaient également les futurs couples au sein du clan. A s'entrainer, combattre, rire et pleurer ensemble, les sentiments allaient souvent de pair. Cela conduisait à la malédiction de la famille, car lors d'un évènement dramatique, le second membre vivant devaient la plupart du temps ramasser la dépouille de ce qui était son mari ou sa femme. Peut-être Sokai m'était-il destiné, mais je ne le saurais jamais. Je fixai une derniere fois la petite Kaede rentrer dans la maison, puis tournai les talons et passai la grande porte. Ce serait elles, ces petites têtes blondes dont je me suis occupé si longtemps, qui me manqueraient le plus, avec Dame Tezuka.

Tu verras, Sokai, la fleur épanouira de nouveau, je vivrai, en ton honneur, et de la plus belle des façons qui soit. Telle était ma nouvelle promesse, celle qui me permettrait d’aller de l’avant sans regarder en arrière.


Etsuko - Kumo No Kuni, prépare toi, j’arrive ! Hahahaha ! dis-je en dévalant le chemin de pierre au pas de course...


Spoiler:
 


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Mar 19 Oct - 15:29, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Jeu 7 Oct - 18:25

-4- L’art de devenir moche




La demeure des Tohiya ne représentait plus qu’un petit point dans le paysage, et mon cœur s’allégeait d’autant à mesure que la bâtisse s’éloignait de ma vie. J’arrivai à une bifurcation et décidai de continuer la lecture du parchemin de Dame Tezuka, qui avait prévu un petit parcours du combattant, pour me préparer à mon arrivée au sein des shinobis de Kumo.


Citation :

Tout d’abord, un peu d’histoire, mon cœur. Il existe dans le monde Shinobi plusieurs grades d’importance. A chaque échelon correspond un niveau de maîtrise, mais aussi d’intelligence et de responsabilité. Retiens les bien, car le respect de la hiérarchie est primordial dans un village caché ninja.

L’aspirant : Il n’a pas encore de bandeau distinctif et est en cours d’acquisition des techniques essentielles aux arts ninja.
Le Genin : C’est le shinobi de classe inférieure, le grade auquel accèdent tous les aspirants une fois qu’ils ont réussi leurs examens.
Le Chuunin : Ce grade correspond à un vrai bond qualitatif. Les chuunins sont les rares Genins à avoir pu prouver leur valeur, tant au niveau de la force que de la justesse des décisions prises.
Le Juunin : Shinobi de rang supérieur capable de mener à bien les missions les plus secrètes et délicates.

Au moment où tu lis ce parchemin, tu n’as qu’un rang d’aspirant, bien que ta maîtrise du chakra soit celle d’un Genin. Afin que tu ne sois pas en retard sur tes camarades, ton voyage va te permettre de maîtriser les premières techniques essentielles à tes futures missions.

A l’intersection au Nord de la demeure, prends à droite. Quelques kilomètres plus loin, tu trouveras le petit village de Kido.

Je pris donc la direction demandée. Mais pourquoi aller dans un village pour apprendre une première technique ?

Citation :
Le premier jutsu que tu devras maîtriser se nomme le Henge, la métamorphose. Les Kidéens reconnaissent aisément les membres de la famille Toshiya. Ton objectif sera de traverser la rue principale du village sans être reconnue comme membre des Toshiya par aucun de ses habitants. Tu sauras ta réussite si les villageois ne remarquent pas ta beauté de jeune femme en devenir.

Je vis le village au bout de l’horizon. Avant de me lancer, il fallait que je m’entraîne. Je décidai de m’écarter du chemin principal pour rejoindre un tout petit lac en bordure. J’apprendrais ici, avant de m’exercer là bas. Je terminai la lecture de ce chapitre.


Citation :
Voici les mots clés qui te permettront de comprendre le fonctionnement de ce jutsu. Tout d’abord, il ne s’agit que de faire semblant d’être quelqu’un d’autre. A ton niveau, tu ne pourras jamais recopier l’apparence exacte d’autrui. Tu peux cependant agir sur les points les plus importants pour arriver à quelque chose de ressemblant. Ensuite, il te suffit de localiser ton chakra aux endroits clés, et à le modeler à ta convenance. Je n’en dis pas plus, c’est à toi de découvrir le reste. Bonne chance, et reprends la lecture de ce parchemin une fois le village traversé.



Pfiou, galère comme technique. Je ne voyais absolument pas où cela devait me mener, aussi décidai-je de reprendre depuis les bases. Et le socle commun à tous, c’est la maîtrise de notre karma. J’étais plutôt douée pour ressentir ce flux, et le contrôler à l’intérieur de mon corps. Je voyais mon chakra comme une masse amorphe, chaleureuse, et de couleur prune, se déversant dans mon corps par à coups saccadés. La première à réaliser, c’était de le canaliser, autrement dit, de lui donner un point de rendez-vous. Comme n’importe qui d’autre, je choisis l’estomac. Une fois l’énergie réunie, il fallait savoir en couper une petite partie, juste le nécessaire, pour ensuite le malaxer et le rendre utilisable. Ca aussi, je savais faire. La dernière partie, toutefois, me semblait une autre paire de manches. Placer ce chakra au bon endroit, et le modeler… Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ?

Avant d’agir, analyser. Se métamorphoser, c’est prendre une autre apparence. Comment donner l’illusion que l’on est autre à l’aide de notre seul chakra ? Première étape, le localiser. Hors de question de le sortir de mon propre corps. J’aurais imaginé au départ le localiser dans les yeux des gens qui me regardent, mais comment traverser un village entier, sans compter que mes compétences en genjutsu sont proches du néant ? En moi donc. Où ça ? Quels sont les éléments les plus importants pour sembler autre ? La corpulence, le visage, la voix, la taille, le sexe. Je pouvais ranger sexe, corpulence et visage dans la meme catégorie. Changer ma taille me paraissait bien trop compliqué. Modifier le visage, c’est localiser le chakra au niveau de sa peau ? Je tentai la manipulation, amenant doucement mon chakra vers les pores de la peau. Petit à petit, la teinte violette s’approchait des frontières de son territoire. A supposer que la localisation était la bonne, il fallait ensuite modeler. Au travail Etsuko, tu vas te rendre moche, vieille et en mauvais état !




*** Une bonne heure et demi plus tard... ***

Je sortis de mes bosquets. La boule au ventre, je me dirigeai vers le village. Je ne me sentais pas du tout à l'aise, et j'avais l'impression que l'on remarquerait la supercherie en l'espace de quelques secondes. Maintenir la stabilité du modelage, tout en agissant comme une personne différente, ce n'était pas évident du tout. Car les talents de comédienne aidaient autant, voire plus que le chakra dans le fonctionnement de cette technique. J'avais beau m'être vieillie artificiellement, si je n'agissais pas comme une personne âgée, tout ceci n'aurait aucun sens. Les premières maisons se dessinèrent autour de moi... Cela fonctionnerait-il ?


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Mar 19 Oct - 15:06, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mer 13 Oct - 19:29

(suite du 4 / L'art de devenir moche)

Je me souviendrai de ce moment toute ma vie. La première fois que quelqu'un m'avait vue sous l'effet de la technique du Henge, ce merveilleux jutsu qui allait me sauver la vie bien des fois. C'était une petite fille à l'entrée du village. Elle a dû avoir très peur, et je pouvais la comprendre. J'avais pas l'air très approchable, dans un accoutrement pareil, avec un visage aussi déformé. De longues rides saillaient sur mon front, mes cheveux dégarnis et blancs laissaient voir un crâne plissé et cadavérique. Mon corps défraîchi, habillé de vêtements trop amples, jouait les personnes fatiguées, pliant sous le poids de l'âge. Je m'étais trouvé un grand bâton qui me fis office de canne, et étais partie bon gré mal gré pour traverser la rue principale dans cette tenue.



Une fois passée de l'autre côté, je n'y croyais pas. Apparemment, ça avait fonctionné. On m'avait prise pour quelque mendiante inintéressante, ou alors, hypothèse plus probable, on avait autre chose à faire que de s'occuper de moi. Je décidai malgré tout de vérifier que mon apparence était restée la même, et retournai près de l'eau pour observer de nouveau mon visage. Cela semblait tenir, même si les imperfections me paraissaient sauter aux yeux. Sans aucun doute, en situation de discussion, j'aurais été complètement démasquée. Ce qui m'avait permis de passer, ce n'était pas tant le jutsu que la comédie que j'avais orchestrée autour. Quoi qu'il arrive, j'aurais à retravailler cet art au combien utile, mais l'appel de la route n'attendait pas. Cette histoire de métamorphose m'avait pris deux heures, le soleil pointait haut parmi les nuages, et la distance parcourue depuis chez moi était ridiculement faible. Il fallait hâter le pas. Hop hop hop, pas le ventre vide, pardi ! J'avançai jusqu'à apercevoir une grande prairie, ornée d'un arbre centenaire sous lequel le repas se sublimerait. Ce fut mon lieu de repos, pendant lequel je mangeai le présent de Kaede avec grand plaisir et une pointe de gourmandise totalement justifiée. J'en profitai pour rouvrir le parchemin de Dame Tezuka et lire la suite du programme qu'elle m'avait préparé.




Citation :

...

Une fois le petit village de Kien passé, il te faudra prendre à l'Est dès que possible, afin de rejoindre l'Anamatsu. Cette petite rivière serpente le long des collines et rejoint un lac situé tout près de l'entrée Sud du village caché des nuages. Un ami de longue date possède un petit commerce de barques de transport sur cette rivière. Dis lui que tu viens de ma part, et il te prêtera l'une de ses embarcations. Mais la barque n'est pas pour toi !



Comment ça, pas pour moi ? Pour qui serait-elle alors ?

Comme prévu, à quelques kilomètres à l'Est du village, l'Anamatsu m'attendait. D'une largeur assez modeste, il n'était clairement pas opportun d'en faire une voie commerciale majeure, toutefois on pouvait croiser de temps en temps quelques barques remplis de sacs de graines ou de caisses en bois. Le cours d'eau effectuait un long tracé de courbes successives, suivant les différents massifs qui s'opposaient à son modeste flot, si bien que je ne voyais à chaque fois pas plus de quelques centaines de mètres devant moi. Je dus alors me résigner à avancer vers le Nord en suivant l'Anamatsu, en espérant n'avoir pas dépassé la maison de ce mystérieux ami. Coup de chance, deux changements de bord plus tard, une petite maison en bois se dessina au bord d'une retenue d'eau artificielle. Plusieurs barques y attendaient sagement. Ca et là, des marchands chargeaient ou déchargeaient leurs produits, on discutait, on rigolait. Une vie normale, simple. Et pourquoi pas ? Ces gens ont-ils besoin de maîtriser leur flux intérieur pour vivre une existence heureuse, près des leurs ? Je n'empruntais pas cette voie pour le moment, mais qui sait, un jour peut-être, je choisirais d'occuper cette place, de me fondre dans ce moule, d'y ressentir l'insouciance et les plaisirs simples de la vie.

Pour le moment, ce n'était qu'une barque en bois qui m'attendait. Le monsieur m'accueillit effectivement avec un grand sourire lorsque je mentionnai le nom de Dame Tezuka. Il n'avait pas voulu m'en dire plus sur les détails de sa rencontre avec elle, mais le non dit révélait aussitôt la cachoterie. Et à vrai dire, je comprenais ma sensei. Bien qu'étant maintenant âgé, le monsieur à qui j'échangeai quelques répliques était plutôt charmant, doté de ce charisme séduisant propre à ceux qui savent s'y faire avec les demoiselles. Il me confia ainsi un petit canot, dans lequel j'entreposai mon baluchon ainsi que la sacoche à herbes.




Citation :

...
la barque ne servira qu'à transporter ton paquetage. Et toi dans tout cela ? Tu marcheras à côté. Littéralement à côté, sur l'eau. Tu as dû apprendre ce matin les prémices d'une première forme de modulation du chakra, celle de l'apparence. Maintenant, tu vas devoir comprendre et appliquer l'art de matérialiser ce flux afin de solidifier ce qui est aussi mobile que l'eau. Je n'en dis pas plus, car chacun ressent le processus selon ses sensibilités. Mais j'ai confiance en toi, mon enfant.



Haha, elle était bien bonne... Marcher sur l'eau, et puis quoi encore, se métamorphoser en Grizzli et faire du deltaplane ? [center]


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Ven 15 Oct - 2:01




- 5 - L'art de jouer les nénuphars


Au cours de mon apprentissage du Suimen, il me semble que prendre l'apparence d'un ours et fabriquer un deltaplane aurait été plus facile. Comment rendre solide ce qui est liquide ? Et surtout, comment faire tenir tout mon poids sur de l'eau sans tomber aussitôt ? Je ne comptais pas les tentatives infructueuses qui ont pu louper avant de comprendre la bonne façon. Dame Tezuka avait eu raison de ne pas me donner plus de détails, j'avais appris beaucoup sur le chakra en cherchant par moi même.


Ma première idée fut de faire fonctionner la marche d'un point de vue physique. Peut être qu'en courant rapidement, très rapidement, et qu'en plaçant du chakra sur la plante de mes pieds, je pourrais éviter de me mouiller. 100 mètres à peine après la baraque en aval de la rivière qui coulait doucement je décidai de me lancer à l'eau, c'était le cas de le dire ! Je malaxai une petite quantité de chakra tout en le localisant à la plante de mes pieds, puis je me déchaussai, et attrapai par les mains l'arrière de la barque. D'un bond, tout en continuant de tenir la barque, je passai du côté liquide, en commençant à bouger frénétiquement mes pieds. Devinez quoi ? L'eau est glacée ! Et je n'y étais pas entrée doucement, avec grâce, mais plutôt comme une sorte d'éléphant qui n'aurait pas compris qu'on ne peut pas courir sur l'eau... Mon chakra dans tout ça ? Je n'y avais même plus pensé. Bref, la totale. Je grimpai dans la barque, mouillée jusqu'aux eaux, et boudai un moment avant d'essayer une nouvelle fois.

Marcher sur l'eau n'avait rien de possible pour quelqu'un qui ne maîtrise pas le chakra. Je m'y connaissais un tout petit peu car Dame Tezuka avait été Juunin il y a très longtemps, et m'avait expliqué les rudiments de son fonctionnement. Une sorte de grand plan avec des trous, qu'on appelle Tenktsa, ou Tenketsu, Tenketruc quoi, puis y a des portes qui bloquent pour que tout s'enfuit pas, puis une histoire avec le ventre qui mélange le chakra corporel et spirituel, et des signes pour ouvrir les bons points et modeler comme il faut. Les signes je pouvais oublier, Dame Tezuka m'avait parlé de batailles qu'elle avait menées sur des cours d'eau ou au bord de lacs, et jamais elle n'aurait pu le faire si elle devait maintenir constamment un signe avec ses mains. Je supposai donc qu'il ne me fallait signer qu'une seule fois, par le seul schéma que je connaissais parfaitement, celui de la chèvre, qui sert également pour les exercices simples de la méditation. Les mains jointes Ensuite, comment modeler cette énergie libérée pour qu'elle prenne la propriété que je lui demande ? A savoir, m'écarter de l'eau ? Comme un propulseur ? Si j'envoie un puissant jet de chakra sous mes pieds je pourrais faire comme les fusées d'artifice les jours de fête ? Je tentai le coup, et bondis de nouveau hors de la barque, pour tomber en piqué jusqu'au fond boueux et rempli de plantes aquatiques. Délicieux, et complètement frustrant...



J'aurais dû m'en douter. Expulser ainsi du chakra n'a aucune raison de fonctionner, comme si j'avais suffisamment d'énergie pour être capable de m'envoler dans les airs, alors que je sais à peine contrôler ce que j'ai en moi. Et puis comment Dame Tezuka pouvait tenir un combat entier si elle devait jouer la fusée ? Non, il y avait définitivement une autre solution. Le chakra devait rester en moi et toucher l'eau également, le seul endroit où il était utile, j'en étais convaincue, c'était la plante de mes pieds. Mais telle quelle, aucune utilité. Il falllait changer sa composition, mais comment ? Il me fallait un modèle... Le voyage se poursuivit lentement au gré du courant, la rivière était devenue un peu plus marécageuse par endroits, avec de petites touffes de plantes aquatiques ressortant à l'air libre, des roseaux ça et là aux bords, et des nénuphars dans les zones sans courant. Des nenuphars ? Comment tenaient-ils sur l'eau ? De l'air ! Bingo ! Il est quelque chose qui remonte toujours à la surface de l'eau, c'est l'air ! Tout comme lorsque je me baigne, si je prends une plus grande inspiration alors je flotte plus aisément ! L'idée était là, la mettre en pratique était autrement plus compliqué. Je ne pouvais pas transformer mon chakra en air, c'était bien au delà de ce que je considérais possible pour du chakra à cette époque. Toutefois, je pouvais tenter de donner à mon chakra les mêmes propriétés que l'air, surtout celle de toujours remonter à la surface de l'eau, je n'avais besoin de rien d'autre. A ma logique je décidai alors d'ajouter du bon sens. Si je pouvais le faire au niveau des pieds, je pouvais surtout commencer au niveau de la main, comme ça, je resterais dans la barque, et j'éviterais de me tremper à chaque fois.




Pendant plusieurs heures, je ne fis que ça. Une main dans l'eau, l'autre sur le manche du gouvernail, et je me concentrais du mieux possible sur l'objectif. Je pouvais sentir la caresse de l'eau sur ma main, l'application du chakra sur ma paume, puis j'enfonçais lentement la main dans l'eau, et me focalisais sur la transformation de mon énergie vitale en lui donnant une nouvelle propriété. Je sentais, pas à pas, que ce qui me manquait arrivait, sans se presser, comme un gâteau derrière une vitrine qu'on voit mais qu'on ne peut attraper. Je ne me laissai pas décourager, au fur et à mesure que je sentais cette sensation de coller à la surface, je décidais d'appuyer un peu plus mon poids sur la main, en me penchant. Les efforts payaient, petit à petit, j'étais capable de poser un poids de plus en plus lourd sur la surface sans pour autant m'effondrer complètement. Ma main parfois coulait un peu, parfois lâchait complètement, et j'enfonçais mon bras dans l'eau jusqu'à l'épaule, mais la journée passant, ces échecs épisodiques s'espaçaient d'autant.



Le soleil commençait à descendre sur les collines de l'Ouest, il ferait bientôt nuit. Je n'avais toujours pas atteint Kumo, j'avais même l'impression de m'être écartée de la route. Et pourtant, à aucun moment je n'avais repéré d'itinéraire différent. Pas d'embranchement, pas de chemin connu, rien. Seulement des forêts, des collines et ce ruisseau qui n'en finissait plus. J'entrepris de lire la fin du parchemin de Dame Tezuka dans l'espoir qu'elle me donne la fin de la route.










**** Au même moment, dans la demeure des Toshiya ****


Elle avait déjà enfilé son kimono de soie et revenait de la cuisine une théière à la main, lorsqu'elle vit une lumière allumée à l'étage, derrière le paravent. La chambre de Sanyu. Dame Tezuka hésita quelques secondes, puis tourna les talons de l'escalier qui menait au grenier, et toqua.

Tezuka - Il se fait tard Sanyu, tu devrais te préparer à dormir. Quelque chose te tracasse ?

Elle s'était permise d'entrer sans attendre la réponse. Au fond de la pièce, sur le petit balcon surplombant la colline, un homme contemplait le ciel. La vieille dame posa la théière sur une petite tablette de bois dans un coin de la pièce, puis rejoignit Sanyu.

Sanyu - C'est toi Tezuka ? Non rien, tout va bien.

Son regard torturé disait le contraire. Un rictus nerveux ponctuait une mine pâle.

Tezuka - Laisse moi deviner ? Ta fille ?

Sanyu - Non, tout va bien, je te dis. Ma fille sera bien mieux à Kumo qu'ici. Depuis... enfin depuis cela, elle avait besoin de changer d'air.

Tezuka - Ce n'est pourtant pas le discours que tu lui as tenu hier... Veux-tu un thé ?


Sanyu attrapa la coupole d'une main vigoureuse, puis répondit en regardant dans l'infusion comme s'il pouvait y trouver l'inspiration.

Sanyu - Je sais, je suis un imbécile. J'étais inquiet qu'elle parte là où je ne pourrai pas avoir un oeil sur elle. Elle a si peu confiance en elle-même, comment veux-tu que je lui accorde la mienne ?

Tezuka observa son interlocuteur d'un air amusé et surpris à la fois.

Tezuka - C'est exactement l'inverse, mon enfant. C'est en lui accordant ta confiance qu'elle retrouvera la sienne. A la place, tu te fais passer pour ce que tu n'es pas.

Sanyu - Je sais, j'ai eu tout faux... Tu sais, lorsque Akiko était là, tout était plus simple. Elle savait s'y prendre avec Etsuko, elle pouvait l'apaiser d'un simple geste. Lorsqu'elle est partie, j'ai dû prendre ce rôle, mais je n'ai jamais été fait pour. Quelque part, c'est de ma faute si ce petit est...

Tezuka aggripa la manche de Sanyu d'un geste un peu violent.

Tezuka - Ne dis pas de bêtises. Ce n'est la faute de personne, pas plus de toi que d'elle. Le destin, la fatalité, qu'importe, appelle ça comme tu le souhaiteras, mais ce n'est de la faute de personne. Ces petits étaient encore trop jeunes pour affronter la réalité. La réalité a rattrapé l'un, et enseigné une leçon à l'autre. Etsuko ne le sait pas encore, mais je suis sure que ce qu'elle a vécu lui servira. Tout comme je suis sure que lorsque tu la reverras, ce sera devenu une vraie femme.


Ils restèrent encore quelques temps à discuter sous la lune, une coupole de thé à la main, à se remémorer du passé pour mieux avancer dans l'avenir...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mar 19 Oct - 13:47


    Etsuko ( Niveau 2 )
    : +0% Bonus Inclus
    : + 37 XP - 2 Techniques validées

    : Alors globalement c'est une intéressante introduction à ta future vie de shinobi. Il y a néamoins beaucoup de points à revoir. Notemment dans ta manière d'aborder le clan Toshiya.

    Le clan Toshiya n'est pas un clan raffiné et distingué comme pourrait l'être les Hyuuga. Donc pas de servante, pas de raffinement dans leur quotidien, encore moins de faire paraître sur leur domaine comme dans leur manière d'être, ou une quelconque distinction dans les discours comme quand tu dis " Dame Etsuko ". Ce sont des assassins, pas des nobles. Tu ne l'as pas assez intégré dans ton sujet, j'avais plus l'impression de nager dans le domaine Hyuuga ( que je considère comme le clan le plus raffiné dans ses manières, ou le plus cucu hein Ako Razz * part en courant * ) que dans le domaine Toshiya. Ces derniers sont des gens discrets, peu ouverts aux grandes tirades inutiles ou aux cérémonies, rituels, ridicules à leurs yeux.

    Autre chose, on ne reconnait pas un Toshiya dans les villages alentours. Ce sont des assassins ! Si tout le monde les reconnait en un clin d'oeil à quoi bon servirait-il que certains refusent de porter le tatouage distinctif du clan ? Il faut que tu sois plus réaliste, plus modeste aussi, dans ton approche du clan. Relire le BG dans son ensemble ne te fera pas de mal pour mieux distinguer les points clés sur lesquels tu ne devrais pas te tromper.

    P.S: s'il te plait, pourrais-tu arrêter de sauter tout un tas de lignes entre chaque paragraphe les prochaines fois, ça fatigue plus que ça ne rend ton sujet clair à lire. Merci d'avance =)

    ( Pour toutes discussions ça se passe par MP Wink )



MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Lun 14 Fév - 4:15

Chapitre 2 : Grandir
Partie 4 : Tu seras une femme, ma fille...



Ah, qu'il était agréable de rentrer chez soi ! La fonction de shinobi n'était pas peu astreignante, et les permissions pour se rendre à l'extérieur du village caché étaient bien rares. En réalité, peu de shinobis avaient un besoin réel de s'éloigner de Kumo pour retrouver leur foyer, je faisais partie des quelques exceptions dont le foyer familial n'avait pas de pied-à-terre citadin, excepté les quelques logements Kuméens occupés par des membres Toshiya. Lasse de mes tâches parfois peu valorisantes, j'avais soif de joies domestiques. Peu m'attendaient cependant, j'en étais bien consciente, mais qu'importe. J'allais revoir ces infinis petits détails insignifiants qui font d'un endroit votre berceau et dont le manque est indépendant de toute relation sociale. J'y allais le coeur léger, confiante en mes nouvelles capacités, fière de mes progrès, et prête à montrer mes talents aux yeux de tous.

Autrefois, mon coeur était un château pourpre. Il était situé dans un désert de pierre, camouflé derrière les dunes, entouré par une oasis de marécages et ceint de murailles de granit. On ne pouvait l'atteindre que par la voie des airs, et il possédait mille chambres, milles caves, et mille salons, inconnus de tous, laissés à l'abandon. Lorsque je rêvais, je me voyais dans ce château, en son centre même, sur un divan simple, douillet, dans un salon pourpre. Je frappais dans mes mains pour appeler mes serviteurs, invisibles, inaudibles, impossibles à toucher, mais pourtant bien là, et je leur ordonnais d'aller chercher mon trésor dans le dédale de pièces qui m'entourait. Les serviteurs imaginaires se précipitaient, couraient dans tous les sens, cherchant ça et là l'objet de mes désirs, en vain cependant, et ils allaient et venaient vers moi, secouant leur tête de dépit et de tristesse mêlés, pauvres pantins aveugles. Pourquoi me faisait-on attendre ? Pourquoi ne revenait-on pas avec lui ? J'en avais soudainement un besoin irrépressible, j'étais en manque, j'allais mourir sur le champ si on ne me l'amenait pas. Sokkai, il était là, je l'entendais murmurer à travers les méandres de ces couloirs marbrés, et je décidais de courir vers lui m'aventurant à mon tour, tremblotante de froid, et d'impatience. Je me perdais aussi, implacablement, et en moi, une fissure s'ouvrait soudainement. Je craquelais de l'intérieur, de petits bouts de peau tombaient sous le choc de mes pas, de plus en plus lourds. Je me pétrifiais peu à peu, mes larmes chaudes se cristallisaient sur mes joues de marbre, et tout de roche habillée, je m'érodais presque aussitôt. Un souffle de vent, et je perdais aussitôt de ma consistance, pour ne bientôt plus exister que sous cette forme de fantôme poussiéreux, s'éparpillant dans les courants d'air de cette maison abandonnée depuis si longtemps. Et là, je me réveillais, hagarde, en sueur, et j'avais la nausée, faim et soif à la fois, aussi mal qu'une alcoolique invétérée après une nuit de démesure. La clarté des étoiles me piquait les yeux comme des aiguilles, qui parvenaient à se frayer un chemin jusqu'à mes larmes que je ne pouvais plus contenir. L'air me paraissait poussiéreux, rêche, il me brûlait les poumons.

Cette scène, je la vivais encore de temps en temps, certaines nuits torturées où je m'inquiétais de choses et d'autres. Mais Sokai ne m'avait pas visitée depuis quelques temps déjà, et je profitais de cette liberté retrouvée dans mon sommeil comme d'un miracle insoupçonné dont je mesurais difficilement le bien qu'il me procurait.

Je repassai le portail que je voyais autrefois comme le symbole de ma délivrance, et paradoxalement, je me surpris à aimer le traverser en sens inverse. Dans le jardin, une demi douzaine d'enfants du clan jouait à se courir après, certainement en pause après une séance d'entraînement matinale, si toutefois rien n'avait changé depuis mon départ. J'essayai de me faire discrête afin d'éviter les retrouvailles bruyantes et sentimentales, mais je ne pus y échapper.

Tsuki - Hé, les autres, c'est Etsuko-chan !


Comme il avait grandi... Je n'étais partie que depuis trois mois, mais j'avais l'impression de m'être absentée des années. Alors que la meute de têtes blondes me rejoignait en hurlant mon prénom, je n'y échapperais pas, je remarquai que je reconnaissais à peine le jardin, qui avait enfin fleuri après une saison fraiche où les bourgeons frileux n'avaient pas voulu laisser place à leur progéniture florale. Mais je n'eus pas le temps d'y réfléchir longuement qu'on me propulsa à terre à grands renforts de sauts dans mes bras. Je les connaissais par coeur, ces petits. Pour certains d'entre eux, je m'en étais occupé pendant une bonne partie de leur enfance, j'avais contribué à leur éducation, et à leur apprentissage de nos arts familiaux. De surcroît, j'avais un avantage de taille sur les autres professeurs ou sur les parents : je pouvais me permettre d'être gentille. Cependant, après les retrouvailles vinrent le temps des reproches...

Kaori - Dis, Etsu-chan, pourquoi t'es partie sans nous dire au revoir ?

Je décrochai Niku, le plus petit de tous, qui s'accrochait du haut de ses quatre ans à ma cuisse comme une sangsue affamée, et m'asseyai en tailleur sur l'herbe humide pour leur expliquer rapidement.

Etsuko - Tout s'est déroulé très vite, du soir au lendemain, et je suis parti très tôt, je n'ai pas voulu vous réveiller. Mais je suis très heureuse de vous revoir !

Et j'étais sincère. Trois mois éloignée de ces petits monstres et sans m'en rendre compte, je les avais casés dans un petit coin de ma mémoire, de telle sorte qu'il ne me dérangeait pas trop d'être loin d'eux. Mais de retour à la maison, toutes les émotions resurgirent d'un coup, comme un boomerang, et je me rendis compte à quel point ils m'avaient manqués.

Tsuki - Et c'est comment, le village des nuages ?

Kaori - Kaede dit qu'il y a des dragons là bas, et que les gens ils ont la peau bleue !

Etsuko - Kaede t'a dit des bêtises. C'est comme le village de Kido, mais en bien plus grand et en plus joli aussi. Et puis là bas, on y vend des... sucreries !

J'avais jugé bon d'emporter quelques armes de soudoiement massif pour les reconquérir, et cela fit mouche, dans un grand éclat de joie. Je rigolais de bon coeur avec eux, ils avaient l'innocence, et l'ignorance nécessaire pour ne pas me regarder de la façon dont mes pairs plus âgés me regardent. Nous discutâmes encore une bonne dizaine de minutes, mes fesses étaient déjà trempées de toute façon. J'appris que la première dent de lait de Kaori était tombée, que Tsuki avait enfin enfoncé sa première flèche au centre d'une cible, et bien d'autres évènements d'une importance capitale pour des enfants de sept ans.

Tsuki - Dis Etsuko, tu voudrais bien m'emmener avec toi quand tu rentreras à Kumo ?

Je n'eus pas le temps de décevoir Tsuki qu'une voix s'éleva dans ma voie, que je reconnus aussitôt.

??? - Eh non mon petit, tu n'échapperas pas comme ça aux cours de tir à l'arc avec Kanza-sama...

Tout le monde se leva, je suivis la petite foule. Tsuki baissa la tête avec un demi sourire en coin, entre l'amusement et la timidité.

??? - Allez les enfants, il est l'heure de reprendre la calligraphie. Tezuka-sama vous attend dans le salon

Kaori me souffla un petit "à tout à l'heure" et un bisou avant de rejoindre le groupe qui trottait maintenant vers la maison principale retrouver ma sensei de toujours. Je me tapotais le posterieur avant de m'incliner respectueusement en saluant la Tenka Sôichi du clan, la grande Seiko Toshiya, Première Sous le Ciel.

Etsuko - Bonjour Seiko-sama.

Seiko - Bonjour Etsuko, bienvenue chez toi.


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mar 15 Fév - 4:01

J'aggripai mon baluchon et nous prîmes toutes les deux le petit pont de bois qui passait le ruisseau. En silence tout d'abord, je pris le temps d'observer celle qui m'avait fait l'honneur de m'accueillir. Seiko, était magnifique, habillée d'un kimono de soie bleu aux motifs floraux complexes et subtilement brodés. Son visage au sourire sincère, adouci par de longs cheveux bouclés, attachés en un chignon à demi relâché, me regardait avec un air de satisfaction et de nostalgie mêlés.

Seiko - Tu as grandi, Etsuko.

Je tournai la tête vers les nénuphars, un peu gênée.

Etsuko - Pas assez à mon goût, mais merci, c'est gentil.

J'avais un peu de mal à parler natuellement devant Seiko-sama. Pourtant, depuis toute petite, je l'avais vue présente pour nous, attentionnée, à l'écoute, n'hésitant pas à prendre de son temps pour résoudre des problèmes insignifiants. Pour beaucoup dans le clan, la Première Sous le Ciel avait hérité d'un autre surnom. Les enfants surtout l'appelaient la Ichika Reichi, Premiere Dans les Coeurs. Elle représentait dans le clan l'exemple à suivre, la voie de la sagesse. Seiko m'avait toujours impressionnée. Je me rappelle étant petite n'avoir pu finir mes phrases, ou me déconcentrer totalement lors de mes exercices pratiques lorsqu'elle venait nous observer. J'aurais préféré me sublimer plutôt que de passer pour la dernière des ahuries, mais on ne choisit pas ses réflexes malheureusement.

Seiko - Pour combien de temps es-tu là ?

Etsuko - Une semaine tout au plus.

Le pont passé elle s'arrêta, et regarda au ciel, le bout de ses doigts fins posés délicatement sur son menton. Sans s'arrêter de fixer ainsi, elle reprit tranquillement.

Seiko - Ce devrait être suffisant. Kanza-kun fait des miracles, je suis sure qu'il pourra faire quelque chose pour toi.

Je l'espérais aussi. Je me rendais bien compte que j'étais un cas plutôt désespéré. Je n'avais pas retouché à un arc depuis les évènements qui avaient ôté la vie de Sokkai, et les seules fois où j'avais parlé de cette arme, mes bras avaient tremblé de peur et d'inquiétude, en une convulsion impulsive, incontrôlable. Quand j'y repensais, je me voyais comme la honte de la famille, la seule incapable de manier l'arme qui incarne son clan... et je doutais.

Etsuko - Seiko-sama, cela vous est-il déjà arrivé ?

Seiko - Quoi donc ?

Etsuko - De commettre l'irréparable.

Elle tourna la tête vers moi, les yeux pleins de détermination, et posa ses deux mains sur mes épaules.

Seiko - Chacun des notres a commis au moins une fois dans sa vie d'assassin une chose qu'il regrette à présent. Et je suis certaine que si tu devais en parler avec chacun d'entre nous, tu apprendrais qu'on en est tous, absolument tous, ressortis plus forts.

Je baissai la tête, fixant un caillou au sol, par timidité, mais aussi par refus de voir la vérité en face.

Etsuko - Vous devez avoir raison.

Seiko ne lâcha pas son emprise et ajouta un dernier conseil.

Seiko - Alors maintenant, promets moi que le temps des doutes est terminé. Fais-le ou ne le fais pas, mais agis, car il n'y a plus d'essai. C'est d'accord ?

Je hochai la tête sans conviction, mais je compris le message. Elle avait raison, cela ne me servait plus à rien de fuir et de me chercher des excuses. Aujourd'hui, mon équipe avait besoin de mes talents d'archère, soit je prennais mon courage à deux mains et je rententais ma chance, soit je serais désarçonnée à vie, et il ne valait plus la peine de revenir sur la maîtrise de l'arc. J'étais revenue dans la demeure pour cet unique but, j'allais me tenir à mes promesses, et aller de l'avant. Seiko me fixa une dernière fois, l'air satisfaite. Elle savait que ses mots avaient fait mouche. Je la remerciai et elle se dirigea vers le bâtiment secondaire en contournant la pagode principale, alors que je prenais le chemin de son entrée, déterminée à vaincre mes vieux démons.

Qu'il est apaisant de retrouver les automatismes de son enfance. Je contemplais ma chambre avec un bonheur sans limite. Elle n'était pas bien grande, juste de quoi placer mon lit et quelques affaires personnelles entre les deux panneaux de bambou, et un petit balcon donnant sur la façade sud de l'édifice, vers les plaines et les pâturages de la terre de la foudre. J'y déposai mon petit baluchon de voyage, m'allongeai quelques minutes sur le lit en repensant à tous ces bons souvenirs passés entre ces quatre murs, puis me relevai. Ce n'était pas un voyage de courtoisie ou de repos, mais une visite d'apprentissage d'une importance capitale. Il ne fallait pas perdre de temps. Je revins toutefois sur ma décision, en passant devant la porte du salon principal, dans l'entrebaillement de laquelle j'avais aperçu Dame Tezuka en pleine séance de calligraphie. Je ne pus m'empêcher de rester quelques instants là, à me projeter quelques années en arrière, quand moi aussi j'avais suivi ces cours essentiels à ma future vie. Je n'osai pas rentrer cependant, afin de ne pas déranger la concentration des petits qui s'exerçaient à cet art subtil et au combien complexe de l'écriture soignée. Tezuka m'avait repérée depuis longtemps, elle me fit un petit clin d'oeil et me fit signe de la rejoindre dans ses quartiers après le cours. J'acquiesçai d'un bref hochement de tête et je m'éclipsai vers l'arrière de la pagode, au rez de chaussé. Là bas se trouvait une lourde porte de bois, derrière laquelle l'antre de mes cauchemars reposait. L'armurerie Toshiya m'attendait, et le moins que l'on pouvait dire, c'est que moi, je ne voulais pas du tout qu'elle m'attende...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Sam 19 Fév - 5:31

Le grincement de la porte de bois eut un effet révulsif des plus désagréables. Tout mon être désirait s'échapper de cette pièce dans laquelle j'avais passé tant d'heures à travailler si dur pour si peu de résultats. Car mon incompétence notoire à l'arc n'était clairement plus à prouver, aux autres comme à moi-même. De tous les arts Toshiya, c'est celui dont je n'avais absolument jamais compris les rouages. Celui qui m'avait laissé de marbre, et qui me l'avait bien rendu en ne s'ouvrant jamais à moi. Seul Sokkai avait réussi à me faire comprendre les subtilités du maniement de ce grand bout de bois. C'était un jeu d'enfant pour lui, une balade de jeunesse. Je faisais pâle figure en me comparant à lui sur ce point. De nous deux, j'étais celle qui manipulait les poisons, et lui se chargeait de viser juste. Un accord tacite qui nous arrangeait tous les deux, car il était à peu près aussi désespérant en botanique que je l'étais au tir à l'arc. Définitivement, nous étions complémentaires. Définitivement, j'avais perdu comme une moitié de moi même. Et ma présence en ces lieux chargés de ma propre histoire me faisait mal comme un pieux en plein coeur.

Et pourtant, mon retour à la demeure Toshiya n'était motivée que par une seule raison : réapprendre cet art oublié, le réinjecter en moi, l'assimiler de nouveau, de telle sorte que je pourrais l'utiliser pour protéger mes compagnons en mission. Je ne le faisais pas pour moi. S'il n'avait été question que de moi, je n'aurais même pas songé à rouvrir ces portes un jour. Non, il était question d'équipiers, encore vivants, qui comptaient sur moi pour que l'art de mon clan serve à l'accomplissement de nos tâches. Par devoir, tout est possible. Même de parler à celui qui m'avait le plus effrayée de toute ma vie. Kanza Toshiya, le maître, celui qui m'avait appris les bases et allait se désespérer de voir ce qu'il en restait. Il était là, à cinq mètres de moi, sur la ligne des apprentis archers de cette longue pièce de presque quinze mètres de long qui se finissait sur un pan de mur ouvert sur la falaise. Un astucieux système de poutres métalliques avait été placé afin d'éloigner encore plus les cibles jusqu'au vide de la falaise, afin de tirer jusqu'à une longueur de trente mètres. Au delà, il fallait faire des entraînements en extérieur. Il y avait peu de monde ce jour là, ce qui me rassura. Je n'avais vraiment pas envie de me ridiculiser devant la moitié du clan. Seuls deux archers perfectionnaient leurs mouvements, et pour être honnête, je les enviais. J'avais toujours été douée pour analyser le geste des autres, mais étonnament, jamais je n'avais pu m'auto-corriger. Celui de droite, que je ne connaissais d'ailleurs pas, possédait un mouvement de bandage limpide et net, mais le lâcher manquait de vigueur, aussi il perdait en précision lorsqu'il relâchait le filin. Cela était certainement dû à un mauvais placement des jambes, ou à un problème de respiration, qui devraient toutefois être réglés dès que Kanza-sama lui aurait mis la puce à l'oreille. Le second, à gauche, profitait en ce moment même des conseils du maître archer, sur une sombre histoire de placement des doigts sur la corde. Je ne le connaissais pas non plus, et voilà qui était parfait. Personne qui ne m'était cher ne me verrait jouer la cruche devant un arc. A part mon sensei, qui justement venait de tourner la tête et de m'apostropher d'un amical :


Kanza - Mais c'est ma pire élève de tous les temps ! Viens ici que je t'embrasse

Etsuko - Bonjour, Kanza-sama...

S'il était un véritable monstre de travail et de rigueur, Kanza ne se montrait pas moins extrêmement humain et chaleureux dans son contact avec ses élèves. Des rumeurs courent dans le clan que c'est exprès pour ne pas effrayer les jeunes apprentis lors de la première séance, mais dans ce cas pourquoi s'embarasserait-il d'accueillir une cancre avec autant d'enthousiasme ? Peut être parce que mon potentiel de progression était encore total ? Il me fit signe des bras de venir, un long sourire sur son visage creusé par la fatigue ponctuant sa démarche sautillante. Car Kanza-sama ne se déplaçait plus que d'une seule jambe, et ses béquilles posées dans un coin de la pièce, ne pouvait que bondir à cloche-pied pour s'approcher de moi. Je lui évitai cette peine, et m'avançai arborant un petit sourire timide en retour. Une petite accolade amicale, puis nous entrâmes dans le vif du sujet :

Kanza - Que puis-je pour toi, ma petite ?

Je rougis instantanément comme une pivoine. D'une voix timide et presque enrouée, je répondis :

Etsuko - J'aimerais reprendre mon apprentissage de l'arc, maître Kanza...

Sa mine s'éclaircit soudainement, et à son sourire succéda un rire sincère. Je ne sus comment le prendre, mais j'attendis simplement sa réaction, avant de me faire une idée :

Kanza - Eh ben alors ! Si on m'avait dit qu'Etsuko-chan, celle qui il y a trois ans ne voulait même plus franchir cette porte, reviendrait vers moi pour me demander de reprendre des cours, je ne l'aurais par cru ! Mais c'est parfait, je suis ravi que tu aies franchi le cap, bien sûr qu'on va reprendre ton apprentissage.

Il se replaça sur la ligne de tir, et me demanda d'attraper l'un des arcs sur le mur du fond, près de la porte que j'avais franchi quelques minutes plus tôt, à reculons. Je m'approchai de la petite lignée d'instruments de torture qui me toisait du haut de ce mur boisé, et hésitait sur lequel prendre. D'habitude, si mes souvenirs étaient bons, je prenais celui de gauche, le vert, mais Kanza me rappela à l'ordre quand j'allais décrocher celui-là :

Kanza - Voyons, ma petite, tu as grandi depuis, prends moi le bleu s'il te plait.

En effet, il me semblait presque une fois et demi plus grand que celui que je m'apprêtais à saisir. J'eus un petit pincement au coeur au moment de toucher le bois verni de cet arc d'études. Voilà trois ans que je n'y avais pas retouché, et c'est avec une appréhension sans égale, accompagnée d'un tremblement incroyable, que je retournai sur la ligne de tir. Kanza me demanda si j'étais prête, et me somma d'essayer un tir à dix mètres, sans conseil, afin de voir ce qu'il y avait à travailler. J'attrapai une flèche dans le carquois posé près de moi, bandai l'arc au souvenir de mes précédentes et nombreuses séances qui parsemaient ma mémoire, et tremblai si fort que je dus attendre une bonne dizaine de secondes avant de pouvoir viser correctement. Presque sans regarder, je décochai la flèche, et lâchai du même coup l'instrument en hurlant un petit cri d'effroi qui ne manqua pas d'interpeller mes compagnons d'entraînement. Je me retrouvai recroquevillée sans m'en apercevoir, tremblotante, près de cet arc qui me terrorisait, avec pour seule image dans l'esprit que celle de Sokkai.

Etsuko - Je.... je ne peux pas... non je ne peux pas, je ne peux pas , je ne peux pas, je ne peux pas...

D'une main ferme mais douce, Kanza m'agrippa au niveau des épaules, et me releva doucement, prit l'arc et me le remit dans les mains, en accompagnant d'un conseil éclairant :

Kanza - Lorsqu'on tombe de cheval, on doit remonter aussitôt. Ce que tu viens de faire aujourd'hui, tu aurais dû le faire trois ans plus tôt. Mais maintenant, tu es une grande fille. Si tu ne sais toujours pas maîtriser un arc, je sais au moins que tu te maîtrises toi-même. Alors fais le vide dans ta tête, et fais ce que tu sais faire. Et maintenant.

Il me fixait de ses yeux doux, mais profondément stricts, et je sus qu'il avait raison. Il était temps de vaincre mes vieux démons, et de me remettre en route. Je me concentrai de nouveau, répétai la procédure, tout en me forçant à garder consistance. Le tir fut d'une qualité exécrable, mais je parvins à aller au bout du geste. Je lâchai un soupir de soulagement, qui provoqua un petit rire à mon maître

Kanza - Combien de temps restes-tu ici ?

Etsuko - Une semaine environ.

Kanza - Et bien ma chère, nous avons du travail devant nous. Beaucoup de travail...

Ainsi débuta mon cauchemar...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Dim 20 Fév - 20:52

Spoiler:
 


Et le cauchemar dura longtemps, très longtemps, près de douze heures par jour pendant trois jours. Je m'étais levée aux aurores, et je sortais de cette interminable pièce aux murs de bois qu'au coucher du soleil. En silence, avec un minimum de repos, et pour seuls amis ce bout de bois souple, cette corde fine, et ces traits meurtriers, je passais mon temps à décocher des flèches jusqu'à m'en saigner les doigts. Je connaissais pourtant la gestuelle, je savais tout faire séparément sans aucun problème. Tout paraissait si simple qu'un enfant de cinq ans aurait réussi chacun de ces mouvements avec aisance et presque sans y penser. Hélas, réunir toutes ces bribes de gestes en une même chorégraphie, millimétrée, synchrone au centième de seconde, créer ainsi une succession, un amalgame parfait de ces composants indépendants, tout cela relevait d'une précision que j'étais incapable de produire deux fois de suite. Car le cerveau humain se concentre sans problème sur une seule tâche, mais lorsqu'il faut placer le pied, le buste, le bras, les doigts, les yeux, le souffle à la fois, c'est une toute autre histoire.

En de rares occasions, Kanza-sama me prodiguait des conseils sur les points à travailler. Successivement, j'eus le droit à de simples phrases : " Tes pieds, parallèles.", "Le poignet droit, moins ferme.", "Ferme l'oeil droit", "Relâche d'un seul trait". Il repérait chaque imperfection, et dans un ton monocorde, me le faisait remarquer sans aucune critique. Il n'était là qu'en tant que conseiller, jamais pour me juger, et je me sentais profondément redevable envers lui pour ça. Pendant mes trois ans d'apprentissage auprès de lui, il avait compris que la réprimande me faisait reculer plus que progresser. J'avais toujours fonctionné bien mieux dans une atmosphère familière, soutenue par ceux qui m'enseignent. Kanza-sama l'avait assimilé mieux que quiconque, lui qui avait dû gérer mon manque incontestable de talent dans l'art de manier l'arc familial. Aujourd'hui, il ne s'agissait que de réactiver ce que j'avais déjà appris, mais c'est comme si l'image était brouillée par les évènements sanglants que j'avais vécus. A chaque trait décoché, le flash de mon erreur s'abattait sur moi, me faisant trembler, paniquer, et râter, immanquablement. En trois jours, tous mes progrès avaient été sapés par ce flash final, irrépressible, qui ne voulait pas me lâcher. Kanza-sama, qui avait compris que je n'irais pas plus loin que cela toute seule, décida d'employer un moyen pour le moins inédit. Il sautilla jusqu'à moi, un arc dans les mains, et se plaça à genoux, sa position normale étant donné son handicap, et me proposa une solution à l'écoute du récit de mon blocage.


Kanza - Quand j'étais jeune, je doutais tellement lorsque je décochais mon tir que je tremblais, un peu de la même façon que toi. Alors pour commencer, j'occupais mon esprit de cette façon.

Il aggripa son arc, banda la corde, et au moment même de la lâcher, émit un simple cri :

Kanza - Ha !

L'onde sonore accompagna la flèche à la perfection, qui atteint son centre exact avec une précision hors du commun. J'en eus les larmes à l'oeil. Comment un tel homme, après avoir subi un si lourd handicap, pouvait surmonter ainsi ses difficultés et continuer d'exceller dans un domaine si dur pour sa nouvelle situation ?

Kanza - Ca ne mange pas de pain, mais pendant que je crie, je n'ai plus le temps de penser à rien.

Etsuko - Mais en mission, on ne peut pas se permettre d'émettre de tels sons, ce serait remplacer un problème par un autre.

Kanza - La discrétion on la travaillera plus tard. Ce qui compte pour l'instant, c'est que tu soies capable de remettre une flèche dans cette cible. Essaie de suivre cette voie, à ta façon.

Etsuko - Bien, je vais essayer.

Malheureusement, les Ha ! n'étaient pas fait pour moi. Après trois heures à m'user les cordes vocales en vain je me dis que le souci était peut être dans le son. Peut être qu'il fallait passer cette frustration par un son qui importait pour moi. Et pourquoi pas...

Etsuko - So....

J'inspirai lourdement, la flèche au bout des doigts de ma main gauche. La main droite serra, sans trop en faire, le centre de la pièce de bois que je levais devant moi. Les doigts vinrent pincer la corde, une fois la flèche en place, je tendis lentement la corde, continuant ce son lancinant, presque méditatif, mais qui m'aidait à prendre pied dans cette harmonie de gestuelles que je travaillais depuis trois jours déjà. Quand je sentis le moment propice, que j'atteignis le Kairos, je me décidai à lâcher emprise, à expulser cette force contenue, à la canaliser d'un même son ravageur, que j'extirpai du fond de mes entrailles.

Etsuko - ...kai !

Toute la symbolique du nom que je répètais à présent lorsque je décochais mes flèches n'avait de sens que pour moi. Aux yeux des autres, je paraissais peut être pour une folle ou pour une autiste, mais je m'en contrefichais royalement. Désormais, mes flèches faisaient mouche, et se rapprochaient petit à petit du centre, sous le regard satisfait de mon maître à qui je devais tout.

Un jour plus tard, ma réhabilitation fut terminée. Presque toutes mes flèches touchaient le centre de leur cible. Bientôt, Kanza changea les angles, les hauteurs, la distance. Je m'y adaptais pas à pas, et bientôt, je me découvris meilleure que jamais. Même lorsque nous avions lancé notre premier contrat Sokai et moi, je n'avais pas encore atteint un tel niveau. Ma mine triste devint bientôt radieuse, car même si je savais que mon développement n'était pas du tout terminé. La prochaine étape me pendait d'ailleurs au nez : si tirer une flèche dans une cible inanimée était chose aisée, j'allais devoir me réhabituer à viser à l'air libre, en tenant compte du vent, et surtout, des mouvements de ma proie. Mais avant tout, la quatrième journée de ma rééducation allait symboliser une étape cruciale dans ma vie de shinobi. La soirée arrivant, je terminai ce troisième jour d'entraînement par une discussion avec Kanza sur mes progrès et mes pistes d'amélioration. Puis il me donna rendez-vous :


Kanza - Demain, à l'aube, à l'atelier. Il est temps.

Demain serait le jour où je posséderais le premier arc de ma jeune vie.

Enfin.


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mer 23 Fév - 16:20

Etsuko Toshiya (level 7)
    + 21 XP
    + Maîtrise des secrets du clan validée

Un retour quelque peu douloureux pour la petite Kuméenne, mais des retrouvailles touchantes et amplit de la naïveté des petits assassins en devenir. Ce fut plaisant à lire, merci.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mer 23 Fév - 22:25

Le quatrième jour, alors que l'aube apparaissait lentement au dessus des pentes du versant Sud, inondant les lumières de ma petite chambre, je me levai la boule au ventre. Les mots de Kanza-sama n'avaient laissé aucun doute dans mon esprit. Et le rendez-vous dans l'atelier du fond du jardin me donnait la chair de poule. Je savais ce qu'on faisait là bas. J'avais vu chacun des mes aînés de quelques années rentrer dans cet établis, et participer à la confection de leur premier arc, celui avec lequel ils auraient leurs premières réelles sensations, en lequel ils pourraient s'épanouir dans leur art. J'enfilai mes vêtements habituels, j'ajoutai un pull à col roulé, descendis les escaliers deux par deux vers la sortie et le jardin. Je m'y étirai quelques instants, humant l'air humide empli d'une variété de parfums naturels dont je m'étonnais, alors que je les avais sentis des milliers de fois auparavant. Mon regard vagabonda vers la petite cascade à ma gauche, puis coula le long du ruisseau avant d'atteindre le petit pont de bois, et je remarquai plus loin un homme passant la haute porte de la demeure, à cheval. A sa silhouette, je ne le reconnus pas, mais il suffit de quelques pas de plus pour que je devine l'identité de l'inconnu : Togari-san, mon oncle. Il devait revenir de la mission qu'il avait débuté le lendemain de notre séparation. Je vins à sa rencontre.

Etsuko - Togari ! Je pensais pas te voir ici ! Qu'est-ce qui t'amène ?

Il descendit d'un bond de son cheval qu'il accrocha au tilleul le temps de me dire bonjour. Il remonta sa mèche d'un geste, et de l'autre main, commença à fouiller dans sa besace.

Togari - Bonjour Etsuko ! Je viens me réapprovisionner en poisons après ma mission. Tiens, j'ai quelque chose pour toi.

J'arquai un sourcil de surprise. Mon oncle sortit une petite enveloppe qu'il me tendit. Un message ? Mais de qui ?

Togari -Ca vient de ton amie que j'ai rencontrée la dernière fois... J'ai oublié son nom, flute.

Etsuko - Seiki ?

Togari - Oui, Seiki, c'est ça ! Elle cherchait quelqu'un qui se rendait ici, et a frappé à ma porte hier. Elle a eu de la chance, je partais justement pour mon approvisionnement.

J'arrachai l'enveloppe plus rapidement que prévu. Pourquoi Seiki avait-elle eu besoin de m'envoyer une lettre alors que je rentrai dans trois jours à peine ?

Togari - Elle m'a dit que ça avait un rapport avec votre mission.

J'accélérai la cadence d'autant plus. Je doutais qu'il s'agisse de ma paye, et presque tout aurait pu attendre mon retour. J'envisageai le pire. Ce que je pus lire dans ce bout de papier me transperça le coeur, me coupa le souffle, et restai gravé dans ma mémoire.

Citation :
Bonjour Etsuko,

Je me permets de te déranger pendant ton entraînement familial parce que je pense que tu aurais aimé avoir cette nouvelle au plus tôt. La mission à Obasa est un échec. Soba a tué Beniko-sama il y a trois jours, et s'est emparé des deux villages, il n'a pas tenu sa parole. Nous l'avons appris à notre rapport de retour à l'Académie. Tu n'es pas au courant car nous nous sommes séparés avant qu'on arrive au centre des missions, comme tu devais partir au plus vite chez toi, et je n'ai pas eu le temps de venir te voir que tu étais déjà partie. il faudra lorsque tu rentres de ta permission aller au centre afin de faire ton débriefing, ils étaient passablement remontés de notre échec.
Soba est une ordure, tu avais peut être raison finalement. J'espère qu'on pourra réparer notre erreur un jour.

Reviens vite, je t'embrasse.

Seiki.


Je laissai tomber la feuille dans l'herbe mouillée par l'humidité, mais aussi par les larmes qui perlaient maintenant le long de mes joues. Mes jambes s'activèrent, sous le regard interloqué de Togari. Elles allèrent de plus en plus vite, et prirent la direction du portail. J'envisageai le chemin de la sortie qui zig-zaguait le long de la pente abrupte, et je coupai tout d'un coup à travers les buissons et les branches, sans réfléchir. Je me retins de hurler pendant une bonne minute avant de me lâcher d'un coup, au bord d'une falaise, dans une colère, une rage, et un désespoir que je n'avais encore jamais ressentis auparavant.


Etsuko - AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Les oiseaux qui zigouillaient au loin se stoppèrent net, me laissant seule au monde, face à ce grand vide devant moi, et en moi. Je me sentais plus bas que terre. Pire, j'étais un monstre, une sorte de virus nocif, détruisant les choses autour d'elle. Un oiseau de malheur, porteuse du mauvais oeil, qui perdait à tout jamais ce qu'elle touchait de ses doigts. Beniko, cette affreuse bonne femme orgueilleuse et désagréable, ne m'avais jamais inspiré la moindre amitié. Alors pourquoi me sentais-je si mal ? Pourquoi en mon coeur une telle félure se craquelait-elle, et surtout pour elle ? Pourquoi étais-je humaine, pourquoi ressentais-je la douleur, la honte, l'amertume, la colère, une haine si pure, si forte, qu'elle me submergeait complètement.

J'hurlai de nouveau, dans un râle entrochoqué de sanglots, accompagné d'un flot de larmes qui me dessêchait le corps. Je m'en voulais d'être si faible, d'être si stupide. J'envisageai le sol à une cinquantaine de mètres sous moi, et je fléchis soudainement. Mon pied roula sous un caillou libre, et je faillis tomber. Je me demandai quelques jours plus tard si je n'avais pas dû tomber, pourquoi le destin avait voulu que Togari me rattrape par la taille, et que je me débatte en hurlant de plus belle, en me débattant comme un diable sortant de sa boîte tente d'échapper à sa servitude implacable. Il fallut à mon oncle une grande dose de courage et beaucoup de patience pour me calmer. Il tenait entre ses mains une petite chose tremblante et chétive, complètement déboussolée et incapable de reprendre le dessus, répétant lassivement des phrases saccadées sans aucun sens, si ce n'est pour moi. Nous restâmes quelques temps ainsi, se balançant doucement comme dans un berceau en regardant le soleil grimper nonchalamment à l'horizon. Togari avait bien compris qu'il était inutile de me parler maintenant, il ne faisait que répéter lentement une même syllabe, comme un parent berce son bébé. Mes paupières s'alourdirent et bientôt je m'endormis, seulement pour quelques secondes, mais cela eut l'effet d'un électrochoc. La crise était passée. Je me relevai, les yeux encore embués, et je respirai l'air frais de la matinée qui ne faisait malgré tout que commencer.


Etsuko - Retournons à la maison, Togari-san.

Je contemplais encore le ciel quand mon oncle se levait du sol. Je tournai la tête vers lui avec un sourire étrange. Il le sentit aussitôt, mais je mis quelques temps à m'en rendre compte. Ce jour-ci, quelque chose s'était brisé en moi, qui ne se fixerait jamais de nouveau. Ce jour-ci marquait le début de l'effacement de mes sentiments, de ma faiblesse.

Etsuko - Kanza-sama m'attend, j'ai un arc à fabriquer.

Et quelqu'un à envoyer dans le trépas qu'il mérite. Soba, tu ne perdais rien pour attendre. Le compte à rebours de ta mort lente et douloureuse venait de commencer...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Sam 26 Fév - 21:02

Accompagnée de Togari-san jusqu'au portail, je retrouvai Kanza-sama, adossé à la grande poutre de bois, une hache à la main. Il n'avait pas spécialement l'air touché par mon retard, et devait avoir deviné que quelque chose de grave s'était passé, car il exprimait dans son regard une étrange mélancolie, ou un peu de pitié, je n'arrivais pas deviner. Quoiqu'il en soit, il ne parla pas de tout cela, et alors que Togari me laissait d'un petit mouvement de main amical, et repartait en direction du jardin, mon sensei me tint la hache en me donnant les instructions nécessaires à la confection de mon propre arc.

Kanza - Une branche d'If, une quinzaine de centimètres de diamètre. Choisis bien, de la qualité du bois dépend tout le reste. Je t'attends à l'armurerie avant midi.

Puis il fit demi tour, et je tournai les talons de nouveau, en direction de la forêt. Le temps des larmes était révolu, je devais maintenant m'atteler à la création la plus importante de ma vie, celle qui me permettrait de terminer le but actuel de ma vie, me débarrasser du parasite qui m'avait trompée. Je m'enfonçai au hasard dans la végétation dense, laissant le choix au destin de me mener à l'arbre qui me ferait son offrande. Une bonne douzaine de fois, j'aurais pu couper une branche ma foi fort acceptable d'un bel If figé sur mon chemin, mais la lueur n'était pas là, aucun signe pour valider mon choix, rien qui ne me poussât à accomplir la coupe et je passai donc mon chemin. Un bon moment passa, si bien que je ne vis pas passer le temps, et que lorsque je m'y intéressai enfin, le soleil pointait presque au zenith au delà des arbres. Il était temps de faire son choix, ou plutôt, le choix s'imposa à moi. En baissant la tête, je tombai presque nez à nez, à une dizaine de mètres de moi, face à un arbre noir. D'une noirceur presque frissonnante, le végétal avait subi les caprices de mon amie la foudre, et n'en restait plus grand chose sinon sa substantifique moêlle, un tronc affaibli, cramoisi en son extérieur. Je restai bouche bée par ma découverte, et m'y approchai aussi respectueusement qu'un moine qui entre dans un sanctuaire. A portée de main, je frottai la couche calcinée pour faire apparaître ce que je cherchais : la perfection. Un bois noir, sombre, de la même teinte que celle de mon âme meurtrie par les jeux puérils de la grande faux. J'eus l'impression de me voir dans un miroir, ce végétal me renvoyait l'exact reflet de mes sentiments enfouis qui ne demandaient qu'à trouver leur maître, à jaillir sous la forme d'un trait meurtrier en direction de mes cibles. Définitivement, ce bois servirait à ma cause, deviendrait mon allié, sous la forme de mon premier arc.

Cérémonialement, j'entrepris d'en couper le coeur, après avoir, à l'aide d'un kunaï, entammé au maximum la partie calcinée et avoir réduit le bois à son plus petit dénominateur commun. La bûche assombrie fût enfin mienne, et peu après le zenith, je revins aux bordures de la demeure, et rejoignis Kanza-sama à l'armurerie, dans la petite maisonette au fond du jardin, près des quartiers secondaires de la famille, dont le nombre de membres avait nécessité de créer une pagode annexe. En comparaison, l'atelier et les armureries paraissaient ridiculement petites. Qui aurait pu croire que derrière cette minuscule porte de bois, de ce monde de sciures et de poussières, sortaient les arcs parmi les plus sublimes au monde, de véritables oeuvres d'art à part entière, enviées de tous les archers que pouvaient compter les mondes connus. Et si jamais un voleur voulait s'introduire dans cet atelier, et donc braver la vigilance d'une famille entière d'assassin, ce qu'il trouverait serait profondément décevant. Aucun plan de confection, aucun outil magique, rien d'extraordinaire, un simple atelier se dresserait devant le malandrin. Car les arcs Toshiya sont réalisés de la même façon que la plupart des autres arcs en ce monde. Ce qui en fait des instruments de mort exceptionnels, c'est la qualité de leur fabrication, transmise oralement, de génération en génération, par la pratique et le doigté de toute une vie. Et si cet atelier n'avait pour ainsi dire aucune valeur marchande propre, tout Toshiya qui y pénétrait pour la première fois pouvait ressentir en un instant la sublime sensation de retracer en quelques secondes l'histoire entière des membres de sa famille.

Voici ce que je ressentis en ce moment même, alors que mes pas foulèrent l'entrée de ce monde végétal, à la lumière tamisée, pour protéger les bois en plein travail, de la sécheresse et des méfaits du soleil. Derrière son établi, déballant méticuleusement ses outils qu'il alignait un à un, Kanza-sama leva rapidement les yeux vers moi.


Kanza - Tu es en retard. J'espère que tu as une bonne raison.

Puis il s'affaira de nouveau à l'étalage de ses outils, rebaissant les yeux.

Etsuko - Voici la raison, et je pense qu'elle est bonne.

Je posai la branche d'If devant lui. Il ne dit rien pendant quelques instants, se contentant de caresser le bois avec de grands yeux ronds, emplis de curiosité.

Kanza - Qu'est ce qu...

Etsuko - C'est un bois foudroyé, noirci par les flammes divines, épargné par les caprices du ciel. Il s'appellera bientôt In'Ki (Noirceur / Mélancolie), et ce sera mon arc.

Kanza arqua un sourcil, à la fois intrigué, surpris, d'un air plein de défi.

Kanza - Au travail, alors.


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Dim 27 Fév - 1:34

Spoiler:
 



Avant de toucher, ne serait-ce que du doigt, la longue bûche, Kanza me fit signe de le rejoindre dans l'arrière pièce. Mon coeur s'emballa soudainement, car je savais ce que cela signifiait. Derrière une petite antichambre se trouvaient parmi les plus belles pièces jamais conçues, fruits de l'histoire du clan, aux potentiels uniques en leur genre. Placés au fond de la pièce, dans un petit alcôve personnalisé à leur forme, les quatre arcs légendaires étaient censés s'insérer là bas. Plutôt surprenant, mais finalement extrêmement habile : qui aurait pu croire que des pièces aussi inestimables soient placés dans un endroit aussi anodin ? Et quand bien même elles n'étaient pas placées dans le lieu le plus peuplé du domaine, toujours était-il qu'elles restaient au coeur d'un domaine caché, et protégé par la vigilance d'au moins une bonne dizaine d'assassins expérimentés, alors qu'importe ? De ces alcôves, deux arcs étaient manquants. Je devinai aussitôt qu'il s'agissait de ceux en possession des membres les plus importants du clan. Tameikikumo d'abord, en possession de Seiko-sama, Première Sous le Ciel, dont la silhouette si fine et caractéristique, peinte à même l'alcôve, ne laissait aucun doute. Je l'avais vu à l'oeuvre plusieurs fois lors de mes entraînements enfantins, quand Seiko-sama venait nous voir pour nous donner conseil et nous faisait le privilège de nous montrer le firmamant, la beauté incarnée du jet de la flèche, la trajectoire parfaite. A ses côtés, absent également, Aware, une sublime pièce, dans les mains de notre chef de clan, Kentano-san, dont je n'avais vu que l'aspect, très simple, presque imperceptible, mais jamais les résultats en pratique, que je devinais toutefois destructeurs. Restait dans ce sanctuaire Karyuudo, à la gauche des alvéoles vidées, un arc brutal, dégageant une impression de puissance impressionnante, mais je sentis qu'il me repoussait par cette virilité, cette masculinité incompatible avec ma façon de voir le Kyudô, de le pratiquer.

A sa gauche encore, toutefois, un autre arc attirait mon attention, comme s'il était vivant, hanté. Un doux murmure arrivait à mes oreilles, impassible, presque inaudible, confus, dont je ne compris pas le moindre mot, mais qui restait là, entêtant, horrible. Je ne le compris pas immédiatement, mais le son venait bien de cette pièce de bois, tout à gauche, maudite comme mille diables, une abomination animée, qui m'attirait dans ses filets comme un prédateur joue avec sa proie. Je frissonnai alors, captivée, et il fallut que Kanza-sama m'interpelle par deux fois avant que je ne parvienne à lâcher mon regard de cette arme.


Kanza - Tu es sure que tout va bien Etsuko ?

Etsuko - Oui, oui. Comment s'appelle cet arc ?

Kanza - Lequel, celui de gauche ?

Etsuko - Oui, celui-là.

Kanza - Tandokude...

J'en frissonnai de nouveau, et même de plus belle. Le murmure s'arrêta au son de son nom, et je sentis mon âme reprendre son unité. Kanza s'approcha de l'arc, l'air songeur, et entreprit de m'en narrer l'histoire (disponible dans la KG).

Kanza - Tandokude, Par Soi-Même. Sais-tu finalement pourquoi il se nomme ainsi ?

Je ne répondis pas. Mais qui ne dit mot consent, aussi il continua.

Kanza - Parce que les rares personnes à avoir osé le manipuler sont devenues soudainement très solitaires, comme possédées. Cet arc est dangereux...

Etsuko - Mais il sera mien un jour.

Kanza fit les gros yeux en se retournant vers. J'avais dû paraître fort prétentieuse pour une gamine qui venait de réapprendre le tir à l'arc la veille. Moi même m'étais surprise, je n'avais pas voulu dire telle chose, mais j'avais été incapable de contenir la pulsion. Etait-ce la volonté de Tandokude lui-même ? M'avait-il susurré de telles paroles à l'oreille ?

Kanza - Vous êtes bien présomptueuse, mademoiselle...

Mon regard se fit plus oppressant et croisa celui de Kanza-sama, et d'un ton plus sec, je répliquai aussitôt :

Etsuko - Il sera mien.

Je n'avais jamais arboré un ton aussi glacial de ma vie, mais il n'était pas volontaire. Kanza n'en tint pas rigueur, rigola sincèrement, me tapota sur l'épaule et nous nous dirigeâmes vers les modèles d'arc plus traditionnels, dont nous allions reproduire un exemplaire pour mon usage personnel.

Kanza - Ton premier arc ressemblera à celui là.

J'arquai un sourcil. Kanza me montrait l'arc d'étude de tout élève Toshiya, nommé Sekimu. Le devoir. Il représentait une étape essentielle dans l'accomplissement de tout archer du clan, mais l'époque de la facilité était belle et bien enterrée.

Etsuko -Sekimu... Non, je vous propose d'aller plus haut.

Kanza - Erf, voilà qui est bien préten...

Etsuko -Non, ambitieux, sensei. J'ai déjà perdu trop de temps, il faut que je saute une étape, et que je rattrape mon retard. Je veux m'entraîner sur un Shinsou. Je sais que j'en suis capable.

Kanza marqua un temps de pause, en proie au doute. Il se demandait certainement si je pouvais le faire, s'il m'était possible d'apprendre directement sur un arc plus long, plus dur, plus véloce. J'en profitai pour marquer avec détermination mon choix, en le regardant droit dans les yeux. Il reposa finalement le premier arc, et attrapa la pièce que je tenais.

Kanza - J'espère que tu sais ce que tu fais.

Etsuko -Le chemin sera long, et la route escarpée, mais j'y arriverai, je le sais.

Kanza - Bien, allons-y alors.

Il nous fallut des heures et des heures à scier la forme appropriée puis à poncer le bois, le sculpter, centimètre après centimètre, créer l'encoche, vernir le bois, placer la corde. J'assistai et participai à chaque étape de la confection, à la fois élève, maîtresse parfois. Jamais ma compréhension d'un arc, de son fonctionnement, et de ses secrets ne m'avait paru si profonde. Au soir arrivée, alors que le soleil se couchait, nous sortîmes de la cabane. Mon arc était fin prêt, noir comme jamais, majestueux. Il lui faudrait des jours encore à reposer dans une atmosphère propice, afin d'acquérir sa forme définitive. Mais déjà, je ne me lassais pas d'en caresser la courbe, comme pour le dompter, l'assagir, avant de tenter mon premier tir. Kanza prépara la cible, au milieu du jardin. On y voyait encore raisonnablement bien, et quelques membres de la famille attirés par leur curiosité, vinrent nous rejoindre au pas de la porte, ou près du petit pont du ruisseau. J'aperçus les enfants, qui me lançaient des grands signes de main. A côté d'eux, Seiko-sama me faisait l'honneur d'assister à mon premier jet. Je leur adressai une révérence rapide d'un signe de tête et contemplai de nouveau mon arc. Voilà l'une des premières fois où j'éprouvais une certaine fierté devant les membres de mon clan, où je me sentais enfin de nouveau utile, de valeur, capable de mener avec fierté les valeurs de ma famille. Je jettai un coup d'oeil en l'air, où je vis Tezuka-sama trinquer d'une coupelle de thé en mon honneur, un grand sourire sur son visage. Je souris aussi, et attrapai une flèche dans le carquois que j'avais apporté. Kanza s'écarta. Des flashs, bribes de mémoires évanouies rebondirent dans mon esprit.

« Galbe le torse, inspire profondément »


« Ne te déconcentre pas. Continue. Regarde le soleil. Tends le rayon vers l’horizon »


« Fixe le soleil rouge, tout au bout »


« Tends l’horizon, vas-y »



Cette flèche était pour toi, Sokai, j'honorerai ta mémoire du bout de mes flèches.

Etsuko - So....


« Puis lâche le rayon. Maintenant ! »


Elle est également pour toi Soba, car In'Ki et moi, nous t'adresserons un jour l'un de nos traits mortels, comme celui-ci, qui devant mes pairs, allait se ficher droit sur le milieu de cette cible inanimée.

Etsuko - ...KAI !


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Jeu 6 Oct - 1:12, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Lun 28 Fév - 10:01

Etsuko Toshiya (level 9)
    + 12 XP


Voyons voir ce que donnera In'ki.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Dim 3 Avr - 5:20

* Passage à une narration 3ème personne *

Citation :
Demande de validation de la technique : Kyuu no Roken - Sphère de Détection


Quelques jours encore passèrent à la demeure des Toshiya, sous le signe de la discipline et du travail acharné. La jeune fille si fragile à son arrivée s'était emplie d'une énergie nouvelle, libératrice, et maniait maintenant l'arc comme n'importe quel membre de sa famille. Indubitablement, Kanza-sama était fier de voir l'une de ses pires cancres rivaliser maintenant avec les meilleurs des nouvelles générations. Son unique jambe droite comme un i , les bras croisés, il contemplait sa disciple évoluant en pleine nature, à toute vitesse, jouer avec les cibles cachées dans la végétation des alentours. Bientôt, elle pourrait se débrouiller parfaitement en mission. Il ne restait que des menus réglages et quelques conseils opportuns. Soudain, l'oncle Kanza attrapa une poignée de shurikens et les lança à la volée alors que la Toshiya venait juste de retomber au sol à la suite d'un tir de volée sur une cible difficile d'accès. Elle ne s'y laissa pas prendre. Comme les enseignements de la veille avaient déjà été retenus, Etsuko maintenait depuis le début de la séance une petite sphère de chakra tout autour d'elle. Une technique simple, à vrai dire, mais un élément du répertoire essentiel à la future vie risquée de la kunoïchi. Le Kyuu no Roken n'était rien de moins qu'une cloche infime de chakra répandue dans les airs autour de l'utilisateur, de telle sorte qu'il puisse percevoir avec une lucidité, et une anticipation accrues, toute agression de l'extérieur. Voilà l'outil parfait de l'assassin, afin qu'il ne soit pas à son tour lui même victime d'un assassinat. Car toute personne qui avait été amenée à tuer au moins une fois dans sa vie avait pu comprendre cette sensation si étrange, de faiblesse, d'impuissance, au moment où l'on ôte la vie à autrui, comme si notre énergie toute entière, occupée à arracher l'âme à un corps, ne pouvait plus subvenir à sa propre survie. La sphère de détection était là pour palier à ce problème, permettre au tueur de tuer tranquillement, et réaliser son geste sans se soucier d'être dérangé.

Il paraitrait que certains maîtres du Kyuu No Roken parvenaient à développer l'influence de leur sphère à des dizaines de mètres à la ronde, dans une sorte de super sensibilité, exacerbée par les fluctuations du chakra. Les plus grands d'entre eux réussissaient à distinguer le mouvement d'une fourmi sans aucune difficulté, et lorsqu'il s'agissait d'exercer leur force destructive, à toucher le point sensible avec une facilité déconcertante. Aujourd'hui, Etsuko ne pouvait créer sa bulle qu'à moins d'un mètre de périmètre autour d'elle, si bien que l'efficacité rendait la technique bien moins utile. Toutefois, il n'était question que de temps, et de pratique. Telle qu'elle, la technique était déjà viable, et Kanza-sama était satisfait.


Kanza - C'est bien. Continue.

Etsuko - Aye !

Et les salves reprirent, sous l'oeil averti des yeux de son oncle, mais aussi bientôt de sa grand mère, Dame Tezuka.

Tezuka - Ahah, vieux filou ! Toujours à enseigner tes bonnes vieilles techniques de survie, n'est-ce pas ?

Kanza tourna légèrement la tête, et la hocha simplement, en guise de salut à la vieille dame. Elle trébucha et faillit tomber en se prenant les pieds dans les béquilles posées sur le tronc à la verticale.

Tezuka - C'est malin ça, j'ai failli faire tomber ma théière... Veux-tu une tasse au fait ?

Kanza - C'est dingue, comment fais-tu pour boire autant de thé dans une même journée ?

Tezuka était maintenant à hauteur de Kanza. Quoique, l'expression était inexacte, quand on sait qu'elle faisait tout juste la moitié de sa taille.Elle sortit d'on ne sait où deux coupelles, les remplit avec une dextérité sans égal, et répondit, tendant l'une d'elles vers le grand homme.

Tezuka - Le thé purifie l'âme...

Kanza - Et remplit les vessies ! En plus de me donner des colliques parfois...

Voyant un petit silence gêné s'installer, il enchaîna aussitôt. Tezuka s'empêchait de pouffer de rire.

Kanza - Et oui, le Kyuu No Roken... Si j'avais eu la bonne idée de m'en servir ce jour là, ma jambe serait peut être encore de ce monde. Et puis cette petite a le même style que moi, elle est faite pour cette technique, je suis certain qu'elle saura en faire un très bon usage.

Tezuka - Et de toute façon, mieux vaut trop que pas assez... Enfin bref, je viens stopper la séance, Sanyu veut voir sa petite.

Kanza - Et c'est la veille de son départ qu'il se réveille ? Il n'a toujours rien compris au sens de la famille...

Tezuka - Pour sa décharge, Etsuko n'a pas non plus bougé le petit doigt pour aller voir son père, donc ne le jugeons pas trop hâtivement.

Tezuka marquait un point, et Kanza l'admit sans rechigner. Il porta ses doigts à sa bouche et siffla trois petits coups, signe de la fin de la séance. Etsuko interrompit sa salve, débanda son arc, et aperçut la vieille dame. Elle s'inclina doucement, dans un respect mêlé de chaleur.

Etsuko - Tezuka-sama, c'est rare de vous voir sortir de la demeure.

Tezuka - Tatata, ça ne compte pas, je ne suis qu'à trente mètres du portail.

Les deux femmes, toujours aussi complices malgré les quelques mois éloignées l'une de l'autre, se sourirent d'un air taquin.

Tezuka - Ton père souhaiterait te voir avant son départ, et il doit s'en aller tout de suite, tu le trouveras au jardin. Laisse tes affaires sur place, je les récupère.

L'annonce rafraichit aussitôt l'ambiance bon enfant, mais Etsuko s'exécuta, après une seconde révérence à destination de ses deux aînés. Kanza souffla longuement, puis attrapa ses béquilles.

Kanza - Tu penses qu'elle aura les épaules ?

Tezuka - Quelle question ! Elle a été ma disciple, tu sais.

Kanza - C'est bien ça qui m'inquiète... Ah ça brûle, vieille pie !

Etsuko ne vit pas Tezuka verser sadiquement la moitié de la théière sur le pied restant de son maître archer. Elle avait déjà atteint le portail et voyait maintenant son père enfourcher un cheval à la robe brune. La jeune femme s'approcha de la bête et attrapa un étrier, qu'elle tendit au pied de Sanyu.

Etsuko - Bonjour.

Son père accepta la pièce de métal, et y installa son pied. De lui-même, il fixa le second sur l'autre flanc du cheval, puis répondit, en prenant son temps.

Sanyu - Bonjour ma fille. J'ai appris tes exploits. Peut-être n'était-ce pas une bonne idée finalement

La fille ne répondit pas. Elle avait honte, la plaie ne s'était toujours pas résorbée. Elle était en colère aussi, une colère qui prenait sa source dans l'existence d'un certain Soba, et qui ne s'effacerait pas tant que cette présence n'avait pas disparu de la surface de cette planète. Elle serrait son arc, dans sa main gauche, de plus en plus fort, si fort que le bout de ses doigts fins devinrent blêmes.

Sanyu - Tu as un très bel arc. Puis je le voir ?

L'homme attrapa la pièce de bois noirci dans ses mains déjà quelque peu ridées. Petit à petit, le poids de l'âge pesait sur le corps de son père, mais ce fut la première fois qu'Etsuko le remarquait suffisamment pour s'en soucier quelque peu. De ses deux mains, il le fit tourner peu à peu, afin d'en admirer toutes les facettes. Puis il le banda à blanc, afin de tester la tension de la corde.

Sanyu - Fin, élégant, et terriblement puissant. C'est bien le travail de Kanza, il n'a pas perdu la main.

Etsuko s'apprêtait à récupérer son dû, mais Sanyu garda l'arc encore quelques instants.

Sanyu - Mais te penses-tu prête à l'utiliser pour de vrai ? Contre des humains, j'entends.

La réponse vint de façon spontanée, sans aucune réflexion. La jeune fille le savait encore au plus profond d'elle même, et n'avait pas besoin des conseils de son père pour l'avoir compris.

Etsuko - Non.

Sanyu - Et pourquoi donc ?

Le ton du père mêlait le défi et la satisfaction. Il avait toujours apprécié remettre les gens à leur place, et bien des fois, Etsuko avait été une cible de choix. Non content d'avoir vécu avec elle au quotidien pendant des années, il avait en outre la légitimité paternelle que nul ne pouvait lui enlever, et qui faisait de sa fille le terrain le plus propice au déversement de son arrogance un peu trop surdéveloppé.

Etsuko - Car je ne suis encore qu'une enfant.

Ce jour-là, toutefois, il n'avait pu assouvir complètement son désir de supériorité. Ce jour-là, sa fille lui avait donné la bonne réponse d'elle même, et Sanyu fut marqué par la nouvelle lucidité de son enfant. Il regarda une dernière fois l'arc, le tendit de nouveau à sa propriétaire légitime, et répondit alors, à la grande surprise de son interlocutrice :

Sanyu - C'est vrai. Mais très bientôt, souviens-t-en, tu seras une femme, ma fille.

Puis il partit au galop rejoindre on ne sait quelle réunion afin de négocier des contrats pour le clan, laissant derrière lui sa fille, hébétée, qui prendrait du temps pour comprendre le sens de telles paroles. Quelques mots, mais elle ne le savait pas encore, qui allaient changer bientôt le cours de sa vie. Le soir même, elle plia bagage, embrassa une dernière fois les enfants de la famille, salua ses enseignants, et partit à la lueur d'un soleil couchant vers le village de Kumo.


* Fin du chapitre *


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mar 5 Avr - 12:23

    Etsuko ( Niveau 10 )
    : +20% Bonus Inclus
    : +14 XP - Technique validée

    : Un post plaisant à lire =) La technique passe tout juste parce que je n'ai pas envie de m'embêter aujourd'hui, mais malgré tout pense à mieux travailler l'apprentissage des techniques la prochaine fois. Le rang B, c'est autre chose qu'une technique qu'on trouve au fond du premier tiroir venu.
Shinjin Isatsu
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MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Ven 15 Juil - 0:14

Deux jours qu'on courrait vers maintenant vers Kumo et son pays de la foudre, et nous en étions encore à quelques jours de marche. La difficulté était de trouver et d'adapter la rapidité du trajet avec les pauses nécessaires aux besoins d'Etsuko, qui ne pouvait pas voyager en continu sur le dos de Hazu. Ainsi, on se reposait par tranche d'heures, et Hazu restait à ses côtés tandis que j'étais chargé de chercher les fournitures. On pouvait s'autoriser des feux, vue qu'on ne restait que quelques heures au même endroit. Par contre, il fallait que je maîtrise ma fatigue et mon état d'épuisement, et ce par des méthodes que maître Higaï m'avait apprises. En tailleur, durant une heure ou deux, j'arrivais à me régénérer suffisamment. La question était de savoir combien de temps cela pouvait continuer.
Etsuko était pour la plupart du temps inconsciente, quand elle ne délirait pas. Au fur et à mesure qu'on avançait, il était impossible de constater un quelconque enchaînement logique de ses phases de lucidité, à tel point que j'en arrive à penser que la façon dont elle se bat contre le mal qui l'a ronge joue une grande importance.

De leurs côtés, les sceaux s'avèrent pratiques, mais pas aussi utiles que je l'espérais. Pour le moment, ils permettent d'indiquer les différents états de conscience d'Etsuko en fonction de la limpidité des impressions transmises. Du mien, je m'efforce de contrôler inquiétude et anxiété vis à vis d'elle. Mes sentiments restent encore mitigés, mais je fais le nécessaire pour les trier et éviter de polluer les pensée de la kuméenne.
La route reprend, les jours s'enchaînent, et les décors commencent à changer radicalement. L'atmosphère se fait moins lourde, la flore change, le relief commence à se relever. Nous y arrivons, au pays des montagnes et de la foudre. Ma... non, la Toshiya sait que nous approchons de son domicile, et me fait parvenir ses informations, sous une forme désordonnées d'images et de souvenirs. Je m'approche d'elle, et lui prend la main, dans laquelle elle sert ledit pendentif. L'objet censé prouvé ma bonne foi aux yeux de son clan. C'est vrai que je n'avais réfléchis au problème, mais dans l'état dans laquelle elle se trouve, même le clan Hyuuga serait tout de même amené à ne pas occire sur place les gens qui ont ramené l'un (ou l'une) des leurs. En fait, je suis simplement fâché contre ma propre personne de ne pas y avoir pensé plutôt.

Maintenant, nous sommes dans le pays de la foudre, passé une lourde porte au milieu du chemin, et Hazu continue de guider la troupe. Je ne les vois pas, fermant le route, tournant autour de sa position, vérifiant le moindre doute avec le Byakugan, je les protège, en lui servant simultanément d'avant et d'arrière garde. Cependant, au fur et à mesure que nous grimpons, l'atmosphère, bien que rafraichie, se fait plus dangereuse, je me sens épié, mais n'arrive pas à savoir de quel côté : ils sont hors de portée de mon dojutsu. Des arcs, des Toshiya. Un groupe, que j'identifie justement, arrive droit sur moi. Je suis meilleur au sol, position de défense, et au moment ou je mets la main sur mon saï, Hatsu arrive et me fait signe de ne pas agir. L'attente... de quoi? Comment vont-ils réagir. Comment réagiraient les Hyuuga? Ils sortent, et nous demandent ce que nous faisons aussi profondément sur leurs terres. Leurs dirent s'arrêtent en voyant Etsuko, et Hatsu explique la situation à nos douaniers. Je reste méfiant, ne sachant pas encore ce qu'ils ont prévu (à la fois eux et Hatsu) à mon égard. La décision est prise, ils ouvrent le chemin vers la demeure sous la présentation du pendentif en forme d'araignée.

[Hazu] – Ne t'inquiètes pas. Les Toshiya ne sont pas affiliés à Kumo, et ils ont la réputations d'être d'incroyables hôtes.

[Jin'] – Je ne veux pas être à l'origine d'un quelconque conflit...

Cependant, vis à vis d'Etsuko et des sceaux qui me lient à elle, je me dois de me calmer. Deux minutes, et mes pensées sont dégagées de tout sentiment craintif. Comme maître Higaï me l'a appris. Et pourtant... l'instinct de survie ne ma rassure pas. Il y a quelque chose de trop simple. Non, la méfiance revient, et je ne la chasse pas. « Quand il y a un doute, c'est qu'il n'y a pas de doute ».
Un mur, et une lourde porte. De quoi, ou plutôt de qui, ont-ils peur? À ce stade, je ne connais encore rien de ce clan, et pourtant, Etsuko a l'air rassurée, contente d'être chez elle. Le même sentiment que le mien, quand après une mission, je reviens à la maison... en différent. La porte s'ouvre, et le décor change, à tel point que je me demande si je ne suis pas pris dans un genjutsu. Etsuko et ses impressions – qui s'avère être la pilier de ma jauge de méfiance – sont habituées à un tel décor. C'est une savane, ou on pourrait croire que les arbres et plantes poussent en totale anarchie. Seulement pour avoir autant d'espèces différentes, il faut les entretenir. C'est donc un jardin. Et un magnifique jardin, qui reflète très bien l'idée d'équilibre, car de l'autre côté, c'est un jardin « au carré », sans un brin d'herbe plus grand que l'autre, très habilement entretenu. Le yin et le yang. J'arrive à repérer quelques plantes connues, qui servent à faire les bases de la médecine, mais elles représentent une minorité. Ce jardin... sur une étendue plane et horizontale, dans cet étranglement, coincé entre une falaise herbacée et les montagnes du pays de la foudre. C'est un rêve... oui, un rêve serait construit sur le même schéma, mais encore! Il n'est pas donné à tout le monde de rêver d'endroits aussi fantasmagoriques.

[Hatsu] – Shinjin, tu rêveras un autre jour.

Il a raison. Je me perds, et m'étais stoppé devant ce jardin. Impossible, du coup, d'avoir pu voir les expression des Toshiya. Nous continuons, et passons sur un potager qui doit bien nourrir une armée, et pas n'importe comment. C'est autre chose que les jardins du domaine, qui sont ridiculement petits, cantonnés dans les murs de Konoha. Il n'y a rien a redire sur ce petit coin de paradis, je veux le mien. Nous entrons dans la bâtisse, qui contraste avec le dehors. Un décor simple, peu harmonieux. Sur ce point là, le domaine de mon clan fait preuve de plus de goût et d'élégance. Mais sorti de mon rêve vert, l'atmosphère m'oppresse. Ces gens ne rigolent pas beaucoup, on ne sent aucun bonheur, aucune pièce du mobilier n'est là pour plaire, tout est « fonctionnel », jurant avec la jardin, ou plutôt le parc que nous venons de quitter. On nous dirige vers une chambre, que je suppose être celle d'Etsuko, et Hatsu l'allonge sur son lit. Sur sa table de nuit, je dépose son pendentif, et lui touche le front, toujours fiévreuse. Je sors également un bout de papier, sur lequel je note soigneusement les sceaux que je lui ai appliqué, avec quelques explications. Au moment ou j'allais le coincer sous le pendentif, la porte s'ouvre, et une femme, âgée, qui dégage une incroyable aura d'autorité, s'alliant avec sont air sévère. Mais dans son aura, quelque chose cloche, on sent trop d'inquiétude.

[Tezuka] – Vous pouvez sortir.

Ce n'est pas une proposition, c'est un ordre, et les règles d'hospitalité m'oblige à le respecter, je m'incline en signe de respect et d'accord, mais la préviens quand même en lui tendant les informations que je viens de mettre sur papier.

[Jin'] – J'ai utilisé deux sceaux afin de mieux estimer son état.

Tout est dit, et cette femme n'a pas l'air d'apprécier qu'on se complaise en excuse ou en explication, aussi je sors et rejoins Hatsu qui m'attendait. Je m'assieds en tailleur à côté de la porte, tendant les pans du bas de mon kimono, afin de récupérer de la course de ces derniers jours, en attendant les nouvelles s'ils daignent m'en donner. Si ce n'est pas le cas, alors je m'en irai. Le clan me croit parti, c'est quand je ferais mon rapport que cela risque de se compliquer. Nous verrons, dans l'instant présent, c'est Etsuko qui compte. J'aurais aimé revoir ce jardin, mais ne ferait pas l'affront à mes hôtes de quitter ma chambre. Ils savent où me trouver, et je n'ai pas à profiter exagérément de leur hospitalité.


La faim justifie les moyens...


Dernière édition par Jin' le Sam 16 Juil - 19:11, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mar 9 Aoû - 0:34

Dame Tezuka paraissait contrariée. La venue à l'improviste de ces deux inconnus chez elle ne l'avait déjà pas vraiment enchantée. Depuis une petite dizaine d'années, la vieille dame avait ses habitudes, côtoyait les mêmes personnes, et avait acquis petit à petit le plus grand défaut des vieilles personnes, celui qu'on ne pouvait éviter : un goût prononcé pour la routine. Mais à cela s'ajoutait une source d'inquiétudes bien plus grande. Voici que sa protégée, sa fleur fragile, et la raison de ses sourires tous les matins lorsqu'elle ouvre les persiennes et qu'elle voit son visage sur la photo près de la fenêtre. Voilà que son Etsuko gisait malade dans ce lit devant elle.

Elle se hâta de remonter dans les combes de la pagode, là où son territoire s'étendait, parmi les plantes grimpantes et les fleurs innombrables de cette serre insolite. Perdue dans ses pensées, elle semblait chercher dans les recoins de sa mémoire où elle avait bien pu mettre un quelconque objet dont elle ne se rappelait plus la position. D'un grand geste du bras, elle envoya valdinguer une bonne partie de son bureau. Une demi douzaine de fioles s'explosèrent au sol tandis que la vieille femme posait sur la table de bois un coffre plutôt large et poussiéreux. Il grinça doucement à mesure que le vieux couvercle laissait aux yeux de Dame Tezuka la contemplation de ce qu'elle cherchait.


Tezuka - Bingo !

Le petit appareil qu'elle tenait maintenant entre ses doigts ressemblait à un escargot de bois , ou bien à un sifflet recroquevillé, ou peut être bien les deux à la fois. Elle le fourra dans sa poche et ouvrit un tiroir de ce même coffre, situé sur l'un des flancs face à elle. Une multitude de petits sachets transparents y renfermaient des poudres de toutes les couleurs. Aucune étiquette ne permettait de les reconnaître entre elles, faisant de leur propriétaire la seule garante de leur utilité et de leur bon usage. Son choix se porta sur un sachet aux granulés rouges, qu'elle écrasa de la paume de sa main. La grand-mère quitta la pièce et reprit les escaliers dans la même hâte mêlée de précipitation. Lorsqu'elle réapparut, Hatsu et Jin' qui patientaient dans le couloir se levèrent par politesse, mais elle ne songeait déjà plus à eux. Elle s'engouffra dans la chambre de sa protégée, et s'agenouilla à ses côtés. Le petit objet dans la main gauche, une pincée de poudre entre l'index et le pouce de sa droite, elle plaça la dose à l'intérieur du creux du sifflet avant de le porter à la bouche de la jeune femme, dont la respiration chaotique et les gouttes de sueur ne présageaient rien de bon.

Tezuka - Aspire un grand coup Etsuko, allez, un effort !


A demi-consciente, la jeune Toshiya voua tous ses efforts à la manipulation. Bientôt, la poudre aspirée atteignit le fond de sa gorge, et son principe actif calma aussitôt la respiration de la malade. Quelques secondes plus tard, elle dormait paisiblement. Au même instant, Jin' ressentit à travers l'effet du sceau un profond soulagement. Il sentit que les jours de sa bien aimée n'étaient plus en danger pour le moment. Hatsu remarqua presque aussitôt le visage de Jin' qui se détendait quelque peu.

Hatsu - Tu as ressenti quelque chose ?

Jin' - Oui... Elle va mieux apparemment.

Tezuka - Mais pas pour longtemps.

La vieille dame venait de sortir de la chambre, le visage à moitié assombri dans l'entrebaîllement de la porte coulissante. Son regard grave croisa celui des deux jeunes hommes, et le temps de refléter son inquiétude dans la prunelle de leurs yeux, elle les invita :

Tezuka - Allons prendre le thé.

Elle les mena à son territoire, quelques étages plus haut, à l'endroit même des fouilles effrennées il y a quelques minutes plus tôt. La porte s'ouvrit sur un enchevêtrement humide de végétaux variés qui tantôt grimpaient sur des grillages installés pour l'occasion, tantôt prenaient possession des murs et des meubles voisins. Tezuka prenait un grand soin à entretenir ses enfants, comme elle s'aimait à les appeler. Si la compagnie des plantes, leur odeur subtile, leurs aspects gracieux lui procuraient satisfaction, la Toshiya vénérait ces amies végétales pour leur propriétés étonnantes. Chaque tige de cette pièce avait été choisie avec mûre réflexion, et chacune se retrouvait en bonne compagnie dans quelque mixture mystérieuse concoctée par les doigts ridées de la vieille dame. Au fil du temps, ce qui ne lui servait qu'à préparer les poisons familiaux était devenu une véritable source d'inspiration pour Tezuka, et aujourd'hui son savoir artisanal lui valait la renommée et la reconnaissance de tous dans le clan. Il ne se passait pas une journée sans qu'un membre de la famille de retour d'une mission vienne la voir pour obtenir les quelques trouvailles ou nouveautés qu'elle pouvait leur donner.

Tezuka - Asseyez vous là, j'allume la bouilloire et je suis à vous.

Les deux shinobis furent invités à prendre possession d'un duo de tabourets poussiéreux sur lesquels étaient posés plus tôt deux grosses plantes orangées aux tiges entortillées sur une barre de fer rouillée. La vieille femme revint avec une théière fumante et trois coupelles, qu'elle posa sur le bureau encombré, puis elle versa le liquide brûlant aux teintes marquées de jade et d'émeraude.

Tezuka - Avant tout, qui êtes vous pour Etsuko ?

Si le premier shinobi ne tarda pas à répondre immédiatement, le second sembla soudainement plus gêné.

Hatsu -Hatsu Ookami, je suis shinobi de Kumo et le chef de l'équipe 8, dans laquelle fait partie Etsuko.

Le regard de la dame ne trahit pas la moindre réaction, elle balaya simplement son regard du Kuméen au Konohan, qui semblait de plus en plus embarrassé.

Jin' -Je m'appelle Shinjin, chuunin du village du feu, nous étions partis en mission commune quand Etsuko s'est écroulée.

Tezuka - Un Hyuuga n'est-ce pas ? Vos pupilles ne trompent pas grand monde, vous devriez songer à les cacher vous savez.

Jin' -Dois-je me sentir menacé ?

La Toshiya ne put s'empêcher d'imprimer un petit sourire, la coupelle aux lèvres. Elle souffla légèrement sur son contenu avant de répondre, l'air gaugenard.

Tezuka - Absolument pas. Nous avons beau être un clan d'assassins, nous n'en n'oublions pas pour autant les règles de l'hospitalité et de la politesse.

Hatsu en revint à leur sujet de discussion.

Hatsu -Comment va-t-elle ?

Tezuka - Mieux, grâce à la poudre que je lui ai fait ingérer. Mais cet état n'est que temporaire.

Jin' -Comment ça ?

Tezuka - Elle souffre d'un mal héréditaire, que lui a transmis sa mère.

Dame Tezuka entreprit de raconter rapidement l'histoire de Naoko, la défunte mère d'Etsuko. Elle leur expliqua les circonstances de sa mort, fulgurante.

Tezuka - Ce que nous savons de cette anomalie, c'est qu'elle apparaît aléatoirement et coupe le système nerveux central, et déclenche une paralysie presque totale des muscles, à commencer par le coeur. Etsuko a eu beaucoup de chance de ne pas mourir, sa mère ne s'est pas relevée de sa première attaque.

Discuter de sujets pareils n'était pas pour détendre l'atmosphère. Alors qu'Hatsu écoutait avec attention et gravité, Shinjin ne pouvait s'empêcher de laisser transparaître bien plus. On lisait l'inquiétude, voire la détresse, ce que Tezuka ne manqua pas de remarquer.

Jin' -Et on ne peut rien faire ?

Tezuka - Rien de manière durable. La préparation que je lui ai donnée lui permettra de stopper la propagation de la paralysie quand une crise arrivera. Mais je n'ai pas les connaissances en médecine nécessaire pour aller plus loin.

Hatsu -Le village des Nuages regroupe les meilleurs spécialistes en médecine connus à ce jour, je suis certain qu'ils pourront faire quelque chose.

Tezuka - Je ne partage pas votre assurance malheureusement. A la mort de Naoko, Kumo n'avait pas les moyens de soigner cette maladie rare. M'est avis qu'étant donné la rareté de ce virus, le village n'a pas dû progresser davantage sur un remède.

Etsuko - Il est hors de question d'en parler au village, sensei.

La jeune femme se tenait à la porte, le regard sûr mais fatigué, à la grande surprise des personnes présentes.

Tezuka - Tu ne devrais pas être là Etsuko !

La Genin tapa d'un poing vigoureux sur la porte.

Etsuko - Tout va bien, Tezuka-sama ! Votre remède a estompé ma paralysie. Je suis fatiguée, mais je ne crains plus rien.

Tezuka - Ca tu n'en sais rien ! On ne connait pas suffisamment ce virus pour se permettre...

Etsuko - Je vais mieux et je ne suis plus une gamine !

Le coup de sang d'Etsuko laissa un silence gêné sans l'assistance. Aussi bizarre que cela pouvait paraître, la jeune femme semblait remise sur pieds comme si rien ne s'était passé. Et pourtant, c'était vrai. A part la légère fatigue et un manque d'équilibre dû aux quelques jours alités ou transportés sur le dos de son sensei, elle ne ressentait plus rien du tout. Envolée cette douleur intense, disparue son corps aussi solide qu'une poupée de chiffon. Mais cette rage et cette acidité soudaine ne lui ressemblaient toutefois pas. Tezuka sauta de sa chaise et s'approcha de sa disciple les mains dans le dos. Mais dès qu'elle fut à portée d'Etsuko, une énorme gifle vint orner la joue maintenant rosie de la demoiselle.

Tezuka - Tu n'es plus une gamine, mais tu es une imbécile. Ce n'est pas la décoction que je t'ai fait inhaler qui pourra guérir un virus pareil. Et la prochaine fois, ce sera peut être la dernière. C'est ça que tu veux ? Mourir toute seule un jour, quand tu ne t'y attendras pas, peut être en mission alors que tes coéquipiers dépendent de toi ?

Elle ne sut quoi répondre. Tout ce qu'elle voulait, c'était oublier que tout ça s'était passé. Revenir quelques jours en arrière, au moment où ils partaient pour Kawa, l'air guilleret. Elle sortit de la pièce sans mot dire, dévalant les escaliers jusqu'au jardin. Shinjin lui emboita le pas.

Tezuka - Attends jeune homme.

Dame Tezuka l'empoigna pour qu'il daigne la considérer. Elle remarqua les mêmes sceaux qu'elle avait vus sur sa disciple.

Tezuka - Etsuko est une tête de mule, mais elle a besoin d'aide. Convaincs-la de ne pas partir sans revenir me voir, bourreau des coeurs.

Puis elle lâcha le bras du jeune homme et tourna les talons, mains dans le dos.

Tezuka - Bon, c'est pas tout ça, j'ai une grande quantité de poudre à préparer. Ce devrait être prêt d'ici ce soir, passez à ce moment là.

En réalité, il ne lui faudrait que quelques dizaines de minutes pour réaliser le tout. Mais elle avait besoin de faire quelques recherches. Peut être y avait-il une solution pour sauver sa tête de mule de petite fille. Peut être...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.
Shinjin Isatsu
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MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mar 16 Aoû - 15:09

C'est dur à encaisser, tout ce qu'on vient de dire. C'est une peur qu'il m'avait été donnée d'esquiver plus jeune. Quand on n'a pas d'amis, on n'a pas peur de les perdre, ou bien qu'ils leur arrivent ce genre de chose. La grande question, c'est est-ce que cela peut changer mon comportement? Et puis les shinobis n'ont pas un solution pour chaque chose, pour chaque maladie, mais l'équilibre voudrait que pour une maladie aussi rare, on trouve un remède tout aussi rare. Ou alors, un remède courant auquel on ne penserait pas, mais si c'était le cas, la botaniste compétente (qui d'ailleurs ne s'est pas présentée) l'aurait sans doute remarqué. "Convaincs-la de ne pas partir sans revenir me voir, bourreau des coeurs." Bourreau des coeurs? est-ce que cela se voit tant que ça? Si oui, je ne devrais même plus le cacher à Etsuko-elle même. L'a-t-elle deviné? D'après les dire de la Dame, ce serait peut-être le cas.
Je suis Etsuko tant que je peux, qui tient une forme qui ne laisse rien penser de sa précédente condition, dans les couloirs de la maison, jusque dans le magnifique jardin de la famille Toshiya. Ce n'est qu'après s'être écartée de la maison et perdu dans l'immensité naturelle, à perte de vue, qu'elle s'arrête enfin. Bien que précédemment malade et éprouvée, elle semble toujours aussi radieuse, toujours aussi mystérieuse. Et pourtant si vulnérable. En promenant mes yeux, je découvre un châtaigner isolé, pareil à celui du temple, majestueux, sage, intemporel. Je m'en approche, et Etsuko semble un peu intriguée de voir que mon attention se porte maintenant vers cet arbre.

[Jin'] - Il y en a un tout aussi beau à côté de Konoha.

Est-ce que c'est cela qu'on appelle le mal du pays, de voir des choses qui nous font perpétuellement penser à son chez soi? Ce qui est magnifique avec les châtaigniers, c'est la lumière qu'ils tamisent, avant qu'elle n'arrive sur nous. Ce jeu d'ombres et de luminosité qui bouge au grès des éléments, créant un espace chaleureux, ni trop chaud, ni trop froid. Reposant, un endroit parfait pour méditer ou récupérer. Au delà de ce châtaigner, en continuant de longer le ruisseau qui tranche le jardin Toshiya en deux parties bien distinctes, après que des décors aussi magnifiques les uns que les autres se soient succédés, nous débouchons sur une clairière, devant une petite cascade. Fruit de la nature, ou de l'homme? Elle s'y arrête, visiblement contente et habituée à se retrouver en cet endroit. Dans un jardin aussi paradisiaque, chaque membre du clan doit trouver son petit coin de bonheur. Je me rapproche.

[Jin'] - Je ne savais pas pour ta mère.

Encore un sentiment, que je n'ai pas envie de ressentir. Perdre un proche. Et pourtant, dans un monde tel que le notre, celui des shinobis, cela arrive beaucoup plus souvent que les civils. Jusque là, j'ai été épargné. Et Etsuko... vulnérable, qui risque de faire une crise pouvant non seulement lui faire défaut, mais également à toute une équipe de Kumo.

[Etsuko] - Bah c'est rien, je l'ai jamais connue de toute façon, j'avais à peine quelques mois quand elle est morte.

Naïve et polie, sans vouloir me blesser.

[Jin'] - La Dame à raison, Etsuko... et...

[Etsuko] - ... Ah non, tu vas pas t'y mettre non plus ! Ca fait des années qu'on me prend pour une gamine dans cette maison. Ils ne se rendent pas compte que j'ai grandi. Ils me voient encore comme un petit machin fragile... Je suis d'accord qu'il faut que je m'occupe de ce machin en moi , mais si je dis que tout va bien, c'est que tout va bien.

Que dire, tant de choses qui viennent? Et si je te perdais, Etsuko? Trop de doutes et d'impressions. Avec ce risque, qui plane au dessus de nous comme une ombre. Je ne veux pas gaspiller des moments comme celui là, et pour une fois, je vais faire le contraire que ce dont on m'a appris. Au diable civilités, politesses et raisonnements. Un sage, ou pas, a dit un jour : le coeur a ses raisons que la raison ignore. Et bien il avait raison, car quand le coeur se retrouve pris dans un étau, il agit le plus stupidement possible.

[Jin'] - Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit. Et pourtant, je ne peux pas t'empêcher de vivre. Je n'ai jamais été amoureux Etsuko, et pourtant quand je te vois, que je pense à toi, je déraisonne, je me perds, j'ai envie de tout envoyer balader, je fulmine intérieurement.

Il est trop dur d'exprimer tout ce qui se passe dans ma tête et dans mon coeur par de simples mots, aussi je prends l'initiative du geste. Je la touche, lui enlace sa taille, dessinant des courbes parfaites que je sens sous mon toucher. Elle, se laisse faire. À ce moment, nous savons tous deux ce qui va suivre, et l'approuvons. Moi par mon initiative, elle par son absence de refus. Nos lèvres rentrent enfin en contact. Un baiser suave, qui contraste tant avec la violence de la tempête qu'il produit. Un enchaînement de pensées désorganisées, mais si jouissif. Pourquoi cet instant de peut-il pas se geler pour que nous puissions en profiter toute une vie? Finalement, nos lèvres viennent inéluctablement à se séparer, mais mes bras ne peuvent se résoudre à la lâcher, et nous restons enlacés.
Etsuko, je veux passer le reste de cette journée avec toi, seuls, rien que pour profiter de ta présence, et m'en souvenir lorsque nous ne serons plus ensemble. Car c'est inévitable, nous partageons deux destins différents, dans deux villages concurrents. Mais pour le moment, le futur n'est pas ma priorité. Je l'accorde à l'instant passé à tes côtés.


La faim justifie les moyens...

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Lun 29 Aoû - 21:08



Il n’avait fallu qu’un souffle, un éclat bleu dans la prunelle perlée de ses yeux ivoires. Un sourire sincère et de belles paroles presque insignifiantes. Rien que ça, pour qu’il s’autorise à accomplir le geste salvateur, libérateur, qu’il attendait depuis longtemps déjà et dont il frémissait d’avance.

Il se lança. Elle ne l’arrêta pas.

Que s’était-il donc passé en elle pour qu’elle autorise pareil blasphème. Assise dans son sanctuaire de roches, au bord de la cascade, nul idiot n’avait eu jusqu’alors le courage de l’interrompre dans sa méditation contemplative. Et voilà que cet homme vaillant faisait d’une pierre deux coups, et qu’elle laisse libre cours à cette intrusion, comme si elle l’avait espérée depuis des millénaires. Au toucher de ses lèvres humides, son corps frissonna, et pour la première fois de sa vie, connut l’incroyable polyphonie du désir. Plus étonnant encore, le fantôme de ses remords n’avait pas encore frappé à sa porte pour l’en tirer cruellement, comme si lui aussi, devant le spectacle de ce jeune homme qui tant bien que mal, recollait les morceaux brisés de son cœur à elle, leur avait donné sa bénédiction. Au toucher des lèvres succéda l’enlacement des corps, et son poids la fit basculer sur le dos, à quelques centimètres du vide et de la cascade grondante. D’infimes gouttes d’eau fraîche lui clapotaient sur le front, ce qu’elle trouva agréable. Le soleil même n’osait interrompre le rituel, ne déversant que par saccades intimes ses timides rayons au travers des branches vacillantes du saule pleureur. Une danse en transe, une transcendance, l’accomplissement de ses désirs d’enfance refoulés dans le deuil, ainsi voyait-elle cette intrusion bienheureuse dans l’espace de son désir.

« Un jour, tu deviendras une femme, ma fille. » Le moment était venu.

Le soleil eut le temps d’achever sa course impassible avant que l’étreinte ne se desserre, sous l’effet de la fraîcheur qui s’emparait maintenant des corps des deux amants bienheureux. Elle se releva, considéra avec une petite moue triste son maillot de corps qui pendouillait quelques mètres plus bas sur une branche au bord de la cascade. il suivit son regard, et proposa en compensation sa veste, qu’elle accepta avec un sourire chaleureux. Ils remontèrent les rochers qui les séparaient du jardin, puis alors qu’elle entreprit l’ascension des quatre étages de la pagode familiale, il décida d’attendre patiemment dans le jardin, à contempler le soleil se coucher derrière les falaises au loin.

Elle trouva la porte ouverte, sa grand-mère au fond de la pièce, une éternelle coupelle de thé à la main, penchée à la fenêtre qui donnait sur le jardin.


« C’est une perle rare. »

Elle regarda ce petit bout de femme toute plissée par le poids de l’âge, fixer Jin’ en contrebas, la mine satisfaite. Elle n’eut pas l’occasion de la questionner que Dame Tezuka lui fournit l’explication attendue.

« Tout homme qui est aimé des enfants ne peut être foncièrement mauvais. »

Intriguée par la réponse, elle ne put s’empêcher de jeter elle aussi un coup d’œil. Jin’ avait délaissé le soleil pour la compagnie de la petite Kaede, avec laquelle il cueillait des fleurs. Les rires de la petite semblaient si sincères qu’ils grimpèrent jusqu’à ses oreilles, ravies. Elle ne répondit rien, trop occupée à imaginer son avenir dans ses bras, sans se soucier des conséquences d’une telle union. Puis enfin :

« J’ai de la chance. »

Tezuka abandonna la barrière de bois pour le bureau encombré où elle entreposait toutes ses décoctions fraîchement élaborées.

« En effet, tâche de t’en souvenir, le jour où tu devras faire un choix. »

Le ton lui parut moins rassurant. Elle maudit en cet instant ce bougre de vieille femme rabat-joie. N’eut-elle pas fermé sa bouche pour une fois, et laissé sa petite fille dans ses rêves insouciants le temps d’un soir ? Au déferlement de plénitude qu’elle éprouvait depuis vint se mêler l’angoisse. Tôt ou tard, elle le savait, un choix se présenterait à elle, et mille obstacles se tiendraient devant sa volonté de vivre auprès de ceux qu’elle aime. Elle ne se souciait pas pour sa famille. Bien des fois le clan avait accepté en son sein des membres de familles étrangères, et jamais il n’avait manifesté la moindre réticence à accueillir les talents qu’il pouvait rallier à sa cause. La Première Sous le Ciel en tête, puisqu’elle partageait sa couche avec un sang différent, ne pourrait lui en tenir rigueur. Mais qu’en était-il de lui, de ses obligations, des exigences de sa famille, des intérêts de son Village ? Tôt ou tard, l’un des deux devrait faire un sacrifice, et dès lors, elle pria pour que ce moment soit le plus éloigné possible.

« Tiens »

La vieille femme tenait dans ses mains l’inhalateur qui avait sauvé la vie de sa disciple, auquel elle avait lié un petit cordon de cuir solide afin qu’elle l’accroche à son cou. Elle lui montra comment s’en servir, puis lui fournit une blague en peau de daim, contenant une bonne centaine de grammes de la décoction dont les principes actifs stoppaient illico les effets de son mal incurable.

« Voici également pour toi »

Le troisième présent n’était qu’un parchemin, contenant une lettre. A mesure qu’Etsuko la lisait, elle comprenait où son aînée voulait en venir.

« Daisuke-dono est un ami de longue date, et le meilleur Eisei que je connaisse en ce qui concerne ce genre de maladies. Kumo ne te sera d’aucune utilité. Il te faut trouver cet homme, lui pourra peut-être t’aider. »

Etsuko se souvint soudainement des histoires que Dame Tezuka, au coin du feu, lui narrait dans son enfance. Certaines d’entre elles mentionnaient ce Daisuke, et même si elle ne se rappelait plus exactement de ses actions, lui revenaient à l’esprit des bribes d’histoire où cet homme gardait un rôle important et crucial à la survie de son équipe.

« Ah oui, transmets lui ça également »

La jeune femme n’eut pas le temps de comprendre que sa tête décrit un quart de cercle brutal, et que sa joue rosie ne lui chauffe la moitié du visage. Une baffe monumentale qu’elle s’était prise, et les yeux abasourdis, elle attendit les explications.

« Il comprendra quand tu lui diras que tu viens de ma part. »

De l’avis d’Etsuko, Tezuka en avait également profité pour régler ses comptes avec elle, mais elle ne lui en tint pas rigueur.

« Où vais-je pouvoir le trouver ? »

[color=red]« C’est là que ça cloche. Je n’en ai aucune idée. »[ /color]

Quelques minutes passèrent encore, lourdes de révélations. Daisuke avait pris sa retraite depuis longtemps, et était originaire du littoral Est du pays des Nuages, presque à la grande frontière, non loin de la bourgade de Danzen. Tezuka n’en savait pas plus, malheureusement.
Elles se séparèrent, non sans réticence, mais Etsuko devait retrouver son promis sous peine de le voir s’inquiéter plus encore de son état. Elle le retrouva tenant Kaede dans ses bras, une fleur à l’oreille.


« Etsuko-chan ! Il est gentil ton amoureux ! »

Alors que la petite sautait dans les bras de son aînée, Jin’ rougissait comme une pivoine. Kaede avait percé leur mystère en à peine trente secondes.

« On a profité de l’attente pour faire un bouquet »

« C’est pour toi, Nee-chan ! »

Une magnifique composition composée de pâquerettes, de violettes, et de coquelicots. Etsuko embrassa sa cadette pour ce joli cadeau, puis la reposa au sol.

« Je devrais partir, je pense. Ma place n’est pas ici. »

Elle le retint par le bras.

« Au contraire. Cette maison est maintenant la tienne, je veux que tu t’y sentes chez toi. »

Son côté rationnel le rattrapa au galop.

« Techniquement, elle n’est pas à moi… »

« Tu as fini de jouer sur les détails ? »

« Hum… Je vais essayer »

Elle adorait sa manie de tout vouloir remettre en ordre, comme pour éviter de se perdre. Elle incarnait l’exact opposé, la spontanéité, l’exubérance. A eux deux, ils formaient une balance parfaite.

« En tout cas j’étais sérieuse. Tu devrais rester, ce soir, ça me permettrait de te faire rencontrer les membres de ma famille. »

« Ce n’est peut-être pas une bonne idée, je suis loin de Konoha, il me faudra quelques jours de marche pour rentrer chez moi. »

« Et alors ? Ils te croient à Kawa, et ils savent pertinemment qu’une mission comme celle que l’on avait acceptée ne se résout pas en dix minutes. Quelle importance que tu arrives dans cinq jours, ou bien six ? »

L’argument était imparable, mais Jin’ ne semblait pas enchanté. Etsuko le comprenait, tout cela allait bien trop vite, et il n’était certainement pas prêt à s’attaquer à des choses d’une telle ampleur. Cet homme qu’elle avait face à elle possédait bien des qualités, mais la science du contact humain lui était encore bien obscure.

« Allez va, ne t’inquiète pas. On fera ça une autrefois. »

« Tu es sure ? »

« Tu me suppliais il y a deux secondes, et tu veux rester maintenant ? »

Elle l’attrapa par le cou et lui ébouriffa les cheveux. Il se débattit quelques instants pour se libérer. Elle rit de bon cœur, il la suivit sans ménagement, alors qu’Hatsu apparut au coin de la maison principale.

« Vous voilà tous les deux ! »

« Hatsu-sama ! Où étiez-vous ? »

« J’ai rencontré ton oncle. Il a beau lui manquer une jambe, il est effrayant de vitalité ! »

« Il vous a fait le coup du vieillard fatigué ? »

« Oui, et le temps que je lui donne la main, je me suis retrouvé sur le sol, avec un sermon dans les oreilles. « Attention petit, la mort est partout, alors surveille tes arrières », ou quelque chose comme ça. »

L’imitation de Kanza-sama était irrésistible, Etsuko rit de nouveau, sous le regard attendri de son chef d’équipe. Et dire que cette mission avait pour but de redonner le sourire à son élève. Qui aurait cru que l’objectif serait rempli à la suite de tels évènements ?

« Nous allons avoir à parler, Etsuko »

« Oui, je sais… »

« Et il y a plus important »

Il tenait dans ses mains une lettre du village. Ou plutôt un de ces parchemins doté d’un sceau de communication, qui transmettait les messages urgents en un rien de temps et permettait même aux équipes les plus éloignées d’être contactées au cas où.

« La mission aurait été avortée de toute manière. On réclame notre présence pour une mission importante. Du coup, nous devons retourner au village au plus vite. »

« Et bien voilà qui clôt notre débat. Ne t’inquiète pas, je saurai retourner à Konoha par moi-même. »

Se refusant à laisser Jin’ rentrer tout seul, Etsuko prit soin de régler le problème avant de préparer son départ. Un binômede son clan se dirigeait non loin du pays du feu pour un contrat, et accepta de partager la route avec le Konohan, à la demande de la jeune femme. Le soleil ne s’était pas encore totalement couché que la troupe improvisée avait pris la route. Hélas, à peine quelques kilomètres plus loin, en bas du chemin serpentant du mont Kido, les chemins se séparèrent déjà.

Quand te reverrai-je ? »

« Je vais faire mon possible. En attendant, tâchons de nous écrire, cela fera passer le temps. »

Ils n’avaient pas encore idée de la manière dont ils s’y prendraient pour faire transiter leur courrier, mais cet espoir leur suffit à se rassurer.

« Et puis, n’oublie pas de laisser ton sceau ouvert… »

Elle l’avait presque oublié, ce sceau, qui pourtant lui permettrait de transmettre ses émotions les plus secrètes à son bien aimé à des centaines de lieues de distance. Dès lors qu’elle y pensa, son corps entier se réchauffa d’un rayonnement qui lui arracha un petit souffle de plaisir. Elle ne manqua pas de répliquer par des sentiments similaires. Alors qu’ils s’enlacèrent pour se dire au revoir, leur désir atteignit son acmé. Un ouragan de pulsions sauvages envahirent leurs esprits. Indéniablement, les sceaux qu’ils s’étaient apposés recélaient un potentiel fabuleux. A son cou, le petit escargot de bois se balançait au rythme de ses pas. Le regard au ciel, Etsuko ne se retourna pas vers lui, qui prit la route du Sud. Elle ne manqua toutefois pas de l’inonder à nouveau d’un amour puissant et inexorable, tout ce que pouvait émettre en cet instant son petit cœur cousu, rapiécé des mains habiles du meilleur couturier du Pays du Feu…


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   Mer 7 Sep - 20:50

    Etsuko ( Niveau 12 )
    : +20% Bonus Inclus
    : +33 XP

    Jin ( Niveau 16 )
    : +30% Bonus Inclus
    : +22 XP

    : C'est une petite session bien sympa =) ça sent l'eau de rose, c'est mignon ^^ attention toutefois à bien te relire Jin, tes posts sont parfois ponctués de mots mal tapés, ou de passage qui se répètent. Si ce n'est rien de grave, ça nuit un peu à la lecture.
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MessageSujet: Re: Au Sud de Kumo - La Demeure des Toshiya   

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