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 La Battue

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MessageSujet: La Battue   Sam 4 Déc - 14:22

Plus il y songeait et plus cela lui semblait une bonne idée.

Cela faisait maintenant trois mois qu’Akogare travaillait sur le dossier de Zakeru Datsuki et les quelques informations qu’il était parvenu à assembler n’étaient pas de nature à le rassurer. Il n’en avait jamais douté mais cet homme était dangereux, d’une manière insidieuse et perpétuelle. L’éliminer n’était pas seulement une nécessité pour Konoha, mais également pour l’ensemble des forces armées de ce monde, car le menace sourde qu’il faisait peser sur eux laissait présager le pire. Il lui était difficile, en l’état, de parvenir à restituer clairement la pensée de Zakeru, mais il avait laissé dans son sillage quelques cadavres et non des moindres. Qu’il ait porté le coup fatal lui-même ou non, d’ailleurs, car cela ne changeait pas grand-chose. Mais Akogare avait la conviction qu’il était mêlé à la guerre qui avait opposé Iwa à Kawa, la grande guerre shinobi, et plutôt de près que de loin. Une poignée de preuves permettaient de corroborer son intuition, mais c’était encore fragile. Trouver des éléments était cependant plus difficile qu’il ne l’aurait pensé : Zakeru avait fait en sorte d’être une ombre, il avait dû détruire lui-même certains dossiers compromettants. Son rôle même au sein de l’organisation de Kawa – car c’était de toute évidence le bord qu’avait choisi son homme – était trouble, mais il semblait avoir pris part aux activités militaires, quoique d’une manière souterraine dans sa majeure partie.

Quel qu’ait été ce rôle cependant, il y avait une ambition sous-jacente qui ne pouvait être ignorée. Il semblait curieux que Zakeru ait ainsi choisi le cheval le plus faible, sur le papier, plutôt qu’Iwa qui était d’une puissance largement au-dessus de la moyenne. Peut-être qu’il représentait l’un des éléments qui permettaient d’expliquer comment et pourquoi Iwa avait tant été ralenti dans sa progression sur les terres de Kawa, mais c’était tout de même lui accorder beaucoup de crédit. Il paraissait plus probable aux yeux d’Akogare que Zakeru, voyant que Kawa parvenait à résister, avait vu là une bonne opportunité de réaliser un grand exploit duquel il aurait pu largement profiter. La puissance d’Iwa vaincue, ses richesses appropriées, le sort de Kawa aurait probablement été très différent de la réalité. Mais Zakeru avait perdu et il avait dû reprendre sa route.

Si ces informations n’étaient pas révolutionnaires, elles avaient sensiblement modifié la façon dont Akogare envisageait sa mission. Il lui semblait possible que Zakeru puisse, par un moyen ou un autre, se révéler plus puissant que ne le laissaient entendre les derniers rapports en date. Pour ce qu’il avait pu en déduire, Zakeru devait se situer à un seuil un peu plus haut que celui de Noya Fujissuke, qui n’avait pas été très délicat à écarter. Mais ce n’était pas tant la puissance brute du personnage qui inquiétait Akogare que sa curieuse capacité à toujours s’en tirer à bon compte. La perspective de perdre ce combat se faisait plus présente maintenant or, le Hyuuga ne pensait pas encore avoir le droit de mourir tout de suite. Keira lui avait demandé d’être extrêmement prudent et il comptait bien l’être. Si rien ne saurait l’écarter de son objectif, il lui fallait toutefois accélérer certaines choses laissées en suspens. Ce qui expliquait sa présence matinale dans le bureau de Keira, qui avait une étonnante odeur d’encens. Il y était seul, après s’être brièvement entretenu avec Baiko et Uuegi, les deux autres membres du Haut Conseil. Ils avaient bien sûr été avertis que le dossier Zakeru Datsuki n’était plus scellé et lui avait été personnellement confié – une perspective qui semblait d’ailleurs les réjouir, comme s’ils s’attendaient à ce que le problème soit réglé dès le lendemain – mais Akogare préférait s’entretenir de la suite avec la seule Keira. La situation du Haut Conseil était trouble, mais d’une façon tacite, Keira s’occupait surtout des questions les plus importantes, en ne prévenant ses collègues qu’après avoir pris sa décision, du moins, la plupart du temps. Baiko et Uuegi héritaient du reste. Ainsi, Akogare se retrouvaient le plus souvent face au visage sévère et sec comme un pruneau de Keira.

La vieille femme entra. Akogare la salua d’un signe de tête. Il n’avait pas pris la peine de s’asseoir mais accepta la proposition silencieuse de l’hôte des lieux. Celle-ci joignit ses mains sous son menton et le dévisagea sérieusement un moment avant de demander de son habituel ton sec et pressé.

[Keira] – Vous vouliez me voir.

[Akogare] – En effet. Je souhaite abandonner mes charges d’Oi-nin.

Keira avait des manières subtiles de marquer sa surprise, comme cette façon admirable qu’elle avait de ne rien faire du tout et de l’observer d’un regard neutre. Elle laissa ses mains retomber sur la table.

[Keira] – Pourquoi cela ? Vous vous souciez à cause du fait que votre protection n’est plus aussi entière qu’auparavant ? Cela peut être corrigé.

[Akogare] – Non. Je ne m’inquiète pas outre mesure à ce sujet. C’est simplement que cela me demande trop de temps et que j’ai besoin de l’investir autrement. Il faudrait que je dispose d’un rôle plus officiel, qui me donnerait davantage de… crédit.

La vieille femme haussa les épaules en se laissant aller dans le dossier de sa chaise.

[Keira] – Il y a un siège de Hokage qui vous attend, et il se trouve que je suis assise dessus.

Akogare balaya la phrase d’un mouvement de la tête.

[Akogare] – Non. Je ne pense pas que cela soit judicieux. Je veux quelque chose de plus neutre.

Il y eu un instant de silence lors duquel ils se dévisagèrent.

[Keira] – Entendu. Je n’y vois pas d’inconvénient, même si mon avis diverge sur cette question comme vous le savez déjà. Que fera votre partenaire, Ten ?

[Akogare] – Je la prends avec moi. Elle redevient Juunin.

Keira eut un sourire froid.

[Keira] – J’ose espérer que votre partenaire est dûment avertie de cela et qu’il ne s’agit pas d’un nouveau caprice de votre part.

Akogare fit semblant d’être surpris.

[Akogare] – Comment pourrais-je faire une chose pareille ? Cela ne me ressemble pas du tout.

[Keira] – Je vérifierai auprès de l’intéressée, bien entendu. Poursuivez.

[Akogare] – Je souhaite m’attacher à faire de l’ordre dans les clans. Je vais restructurer certains éléments qui me semblent dysfonctionner. J’aimerais une relative indépendance sur ce point.

Akogare savait qu’il commençait à aborder les questions un peu plus délicates mais Keira ne devait pas avoir beaucoup de raisons de faire du zèle. Les clans posaient des problèmes depuis longtemps, depuis que Ryushi Aburame était mort en réalité, ce qui commençait à dater sérieusement. Il avait été plusieurs fois question de régler le problème et de petites mesures avaient été prises, mais tout le monde attendait qu’un Kage prenne les choses en main. Ce Kage n’arrivait cependant pas et les conflits persistaient. C’était l’un des problèmes des clans et de Konoha : il faut toujours un Kage, et un Kage particulièrement solide de surcroît. Depuis Ryushi, il n’y avait rien eu de tel, de sorte que les clans avaient commencé lentement mais sûrement à… générer des problèmes. Ce n’était pas une question de fidélité, c’était plus enfoui que cela. Chacun voulait donner son avis, alors qu’ils étaient censés être d’accord sur une direction à suivre. Cette notion s’était perdue et il était plus que temps de remettre les choses à plat. Keira eut un grognement sourd.

[Keira] – Tiens donc ? Cela me semble être le travail de l’Hokage, justement.

[Akogare] – On ne va pas jouer avec les noms. Que je sois Kage ou non, ma personne suffit pour me donner de l’autorité. Ils feront ce que je leur dis de faire, à partir du moment où je suis soutenu par le pouvoir de Konoha – vous. Si je devais vous avertir de toutes les mesures que je compte prendre, je suis prêt à parier que vous me ralentiriez inutilement.

[Keira] – Je veux être au fait des plus importantes. Vous avez certes l’expérience des clans de votre côté, mais j’ai pour moi l’expérience politique de nombreuses années passées à voir évoluer les choses. C’est une question qui demande la plus totale rigueur car une erreur aurait tôt fait de précipiter Konoha dans une situation impossible.

Akogare acquiesça. C’était une concession infime et il s’y était attendu. Keira n’était pas encore suffisamment désespérée pour le laisser faire ce qu’il voulait ce qui était en soi une bonne nouvelle. Il avait de toute façon compter sur son soutien pour aborder ces sujets épineux.

[Akogare] – Je souhaite aussi que nous révisions un peu nos vieilles alliances, que ce soit avec les Senjago, les Lions ou encore les grenouilles. Je vous proposerai quelque chose en ce sens. Et enfin…

Le jeune homme essaya son plus charmant sourire mais Keira afficha la même expression sévère qui ne la quittait que trop rarement.

[Akogare] – Je compte vous assurer un avenir radieux.

[Keira] – J’ai plus de soixante-dix ans, mon avenir sera forcément radieux.

[Akogare] – Vous êtes une personne sinistre Keira. Bref. Je compte monter une force de traque pour tuer Hana Shinratsu.

Cette fois-ci, Keira ne put s’empêcher de hausser les sourcils.

[Keira] – Pourquoi elle ? On ne m’a averti d’aucune activité suspecte.

[Akogare] – On s’en fout, c’est une connasse et elle est pas trop loin, on n’aura pas à crapahuter des plombes avant de pouvoir la buter. Non, le vrai intérêt, c’est que cela me permettra de voir un peu plus en détail certains de nos éléments, de les éprouver. Je n’aurais pas grand-chose à faire, j’aurais tout le loisir de les observer pour voir de quelle façon ils pourraient servir Konoha. Vous savez, tous les shinobi, petits ou grands, ne savent pas forcément très bien quel est leur rôle. Certains s’en moquent, pour d’autres c’est comme une bombe qui menace. On peut les aider. Et cela fait longtemps que je n’ai pas vu les forces vives de Konoha, tous clans confondus, unies dans un intérêt commun. Même lors de l’attaque d’Asahi sur nos terres, je n’ai rien vu de tel.

La vieille femme prit le temps de considérer la proposition. Il était encore tôt et le village devait s’éveiller, mais si Keira accédait à chacune de ses demandes, sa journée ne faisait que commencer. Il n’avait pas beaucoup de temps à perdre et cela faisait plusieurs années maintenant qu’il envisageait de mettre un bon coup de balai dans la gestion des clans, qu’il avait pu voir aller dans le mur sans n’y pouvoir rien faire alors. Ce n’était plus nécessairement le cas.

[Keira] – C’est intéressant. Qui envisagez-vous d’emmener ?

[Akogare] – Je vous fournirai la liste définitive pour que vous donniez votre autorisation officielle. Je ferai, avec Ten, la totalité du travail de traque préparatoire pour que nous soyons armés le mieux possible. Selon la vitesse à laquelle nous parvenons à nos objectifs, j’ajouterai peut-être le nom de Shinizu.

[Keira] – Un criminel de rang S et un autre de rang A, dans un même mouvement… c’est ambitieux, Akogare.

Le Hyuuga eut un sourire malicieux.

[Akogare] – Vous dites cela parce que vous n’avez pas la liste sous les yeux. Je ne prendrais pas de risques inutiles et je peux vous certifier que je ramènerai tout le monde en vie. Je pense qu’il est temps que Konoha règle ses petits problèmes extérieurs, il en a les moyens, qu’il le fasse. Il faut que nous montrions que nous sommes plus qu’une force avec laquelle il faut composer. Cette traque sera une sorte de… longue session commune. Ce sera profitable.

[Keira] – Bon. En l’état je n’y vois rien à redire. Composez et tenez-moi au courant.

Akogare se leva, salua et se dirigea vers la porte.

[Keira] – Je suis sincèrement satisfaite de voir que vous avez décidé de vous investir à la mesure de votre stature. Entre nous, ce n’était pas trop tôt.

MessageSujet: Re: La Battue   Mer 15 Déc - 19:18

La demeure des Yamanaka était difficile à manquer. Ce n’était pas tant qu’elle était plus spacieuse ou plus impressionnante que les autres, mais simplement parce qu’elle était plus jolie. Akogare se souvenait que quand il était enfant, il venait parfois se promener dans leurs jardins personnels ouverts à tous, rien que pour profiter de la paix et des senteurs si particulières du lieu. Au fil des ans, il n’avait plus eu l’occasion de revenir fréquemment, mais l’image qu’il avait sous les yeux était fidèle à son souvenir émerveillé. Le lierre avait poussé et fleuri, les dalles rosées au sol s’étaient peut-être usées, mais les sentiments éprouvés étaient les mêmes. Il n’y avait personne pour l’accueillir alors qu’il remontait, seul, la longue allée qui menait jusqu’à l’entrée principale, mais il entendait clairement des éclats de voix à l’intérieur. Il espérait ne pas tomber dans l’une de ces réunions familiales dont il se sentait vacciné, quoique les Yamanaka lui avaient toujours paru moins à cheval sur les principes que les Hyuuga – le contraire eut été stupéfiant. Il frappa à trois reprises et recula d’un pas, comme pour mieux embrasser l’élégance naturelle de la porte ouvragée. Akogare ne se souvenait pas être jamais entré dans la demeure elle-même, mais rien que de ce qu’on pouvait en juger par l’extérieur, elle était tout en profondeur.

Pourtant, une jeune femme tout sourire ouvrit la porte à la volée. Elle écarquilla les yeux en reconnaissant Akogare, hésita, puis renouvela son sourire sans que cela ne paraisse trop forcée – que ce soit sincère ou parfaitement imité. Le Hyuuga n’était pas sans la connaître, il avait eu son dossier entre les mains… l’année dernière, peut-être, pour une raison ou pour une autre. Il ne se risquerait toutefois pas à lui donner un nom. Une Chuunin, dans son souvenir, mais sa situation avait peut-être changé depuis.

[Akogare] – Bonjour. Je souhaiterais m’entretenir avec Kinoko.

[Nami] – Bonjour… suivez-moi, Kinoko est à l’intérieur.

Akogare acquiesça et referma la porte derrière lui. Un air rafraichissait l’accueillit aussitôt et ce qui n’était de l’extérieur que des voix étouffées prit corps en discussions passionnées encore inaudibles et en rires.

[Akogare] – J’espère que je ne dérange pas. Kinoko m’avait indiqué de passer dès que je le souhaitais.

[Nami] – Elle est dans le salon, elle sera contente de vous voir, elle vous attendait.

Nami lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

[Nami] – En fait, non, elle pensait que vous disiez cela par politesse.

[Akogare] – Ah. Il se trouve que j’ai de moins en moins le temps d’être poli, en vérité.

Il avait un vif souvenir de Kinoko, qui était à peine plus jeune que lui. Ils n’avaient pas étudié ensemble, en partie parce que leurs champs d’application étaient rigoureusement opposés, mais ils avaient été amenés à se fréquenter quelques fois. Il avait toujours bien apprécié cette fille, même si à cette époque il se lassait vite de ses facéties. Avec l’âge, ils ne s’étaient plus réellement fréquentés, mais les fois où ils se croisaient Kinoko ne manquait jamais de venir le saluer, pour une raison qui lui échappait. Il avait mis cela sur son magnétisme naturel et son charisme, ce qui était somme toute commode. Il n’avait pas été surpris quand ils avaient annoncé que Kinoko devenait la nouvelle chef du clan Yamanaka, car c’était une fille capable et éminemment talentueuse. La structure des Yamanaka voulait qu’elle ait toujours du soutien, pour la guider, même après son intronisation, si bien qu’il aurait été difficile de justifier le choix d’une personnalité plus âgée et expérimentée envers et contre tout. Kinoko cumulait la spontanéité et l’expérience, deux qualités précieuses pour un tel statut.

Ainsi, le Hyuuga ne fut pas étonné non plus en voyant Kinoko à quatre pattes occupée à jouer avec deux bébés, dont l’un essayait – vainement – de lui échapper. Elle parlait cette langue hybride que se sentent obligés d’utiliser les adultes en présence de personnes qui ne pouvaient pas les juger. Parler bébé simplifierait largement les rencontres politiques. Nami toussa poliment. Kinoko se redressa et regarda par-dessus son épaule. Elle sourit largement en découvrant Akogare, qui devait bien avouer que la jeune femme était encore plus jolie que dans son souvenir. De longues mèches blondes adorablement négligées lui tombaient sur le visage et ses grands yeux bleu nuit étincelaient dans la diffuse clarté du salon. Kinoko se redressa vivement, s’épousseta les genoux et vint saluer son invité.

[Kinoko] – Akogare ! Tu es venu alors !

[Akogare] – On dirait. Tu as l’air en forme.

Elle désigna les enfants d’un mouvement de la tête. Ils avaient repris la destruction de ce qui ressemblait à un sceau.

[Kinoko] – Moins qu’eux.

Sans grande cérémonie, la jeune femme l’attrapa par le poignet et le mena en direction du plus proche couloir.

[Kinoko] – On discutera à côté. Merci Nami !

Ils arrivèrent dans une pièce à ciel ouvert, où poussaient de nombreuses plantes de taille et de couleur diverses. Kinoko s’assit sur un banc et invita Akogare à l’y rejoindre. Tandis qu’elle l’interrogeait, elle leur versait à boire en utilisant le pichet et les verres laissés à leur disposition.

[Kinoko] – Alors, qu’est-ce qui t’amène ?

Avant de venir, et plus globalement, avant de prendre sa décision de rentrer plus profondément dans la vie interne du village de Konoha, Akogare s’était longtemps demandé comment procéder. Selon les personnalités qu’il aurait à rencontrer, son discours ne pouvait pas être exactement le même, car il n’avait pas les mêmes choses à dire à chacun. Pour Kinoko cependant, il n’avait pas prévu de faire de ronds de jambes, il savait que cela la mettrait plus mal à l’aise qu’autre chose. Elle préférerait certainement, comme lui, qu’il en vienne directement aux faits.

[Akogare] – Plusieurs choses à vrai dire. J’aimerais que tu sois ma Souffleuse de Vide.

Kinoko écarquilla les yeux.

[Kinoko] – Tu veux dire que… tu es Kage maintenant ?

Elle murmura presque les derniers mots, comme si elle prenait conscience d’un obscur secret bien dissimulé. Le Hyuuga secoua la tête.

[Akogare] – Non. Je vais occuper un poste, disons, semblable. Pendant quelques temps du moins. Je vais avoir besoin de réaliser certaines choses.

[Kinoko] – Qui demandent un Souffleur de Vide ? Cela fait des années qu’on a laissé cette voie de côté.

[Akogare] – Je sais, et je trouve cela dommage. Konoha a été construit autour des clans, mais aujourd’hui, ce sont des forces isolées qui suivent leur propre route. Je ne pense pas que cela soit souhaitable. J’aimerais que nous revenions aux anciens traités, à ce qui a fait un jour notre force.

Le dernier Kage a avoir utilisé un Souffleur de Vide fut Ryushi Aburame, sans grande surprise, étant donné que c’était le dernier Kage digne de ce nom dont avait bénéficié Konoha. Kuronishi avait écarté volontairement les Yamanaka de son entourage, probablement parce que du fond de sa bêtise, il ne pouvait ignorer que ces gens étaient bien plus intelligents que lui et qu’en tant que tels, ils représentaient un danger pour lui.

[Akogare] – Est-ce que tu penses pouvoir t’en charger ?

[Kinoko] – Je pense que oui… c’est quelque chose de très spécial. Mais Eichi m’a bien appris. Ce serait intéressant.

[Akogare] – Cela ne risque pas de trop t’accaparer, en plus de tes charges au sein de ta famille ?

Kinoko haussa gracieusement des épaules.

[Kinoko] – On ne peut pas dire que les charges soient grandes. On s’arrangera facilement et ce serait un grand honneur, pour ma famille, d’être associée à toi et de revenir dans la vie du village.

[Akogare] – Alors c’est entendu. Je te consulterai pour chacune de mes décisions, politiques en tout cas, afin que nous puissions en discuter. Il y en aura prochainement un certain nombre.

[Kinoko] – D’accord. Il me faudra un peu de temps pour être complètement prête, le lien entre le Souffleur de Vide et son associé s’épaissit avec le temps et l’expérience.

Akogare avait dû se contenter de ce qu’on avait pu lui apprendre sur cette relation. Les Hyuuga en connaissaient long à ce sujet et cela avait suffit à le décider à en demander un. Mais il n’avait lui-même jamais rien connu de semblable, Ryushi appartenait à sa très jeune enfance et il n’avait d’ailleurs appris l’existence des Souffleurs de Vide que quelques années auparavant. Mais d’après ce que Haraguoi lui avait dit, un Kage pouvait choisir son Souffleur de Vide. Autrement, c’est le clan Yamanaka qui proposait un candidat. C’était ainsi que Ryushi Aburame avait été associé à Eichi Yamanaka. Mais Akogare connaissait Kinoko mieux que les autres, et d’une façon qu’il ne s’expliquait pas nécessairement, il lui faisait naturellement confiance. Cela lui semblait important pour bâtir quoi que ce soit.

[Akogare] – Ce n’est pas un problème mais comme je te l’ai dit, je vais avoir besoin de tes services très vite. Je vais rencontrer les chefs des différents clans du village, pour discuter avec eux ou pour leur donner certaines indications. Je ne trouve pas leur attitude à tous forcément irréprochables, ma famille comprise. C’est pour cela que j’aurais besoin de toi, pour prendre les bonnes décisions, savoir ce qui risque de brusquer mes interlocuteurs, savoir quand insister, quand changer de stratégie.

Kinoko sourit.

[Kinoko] – Tu sais Akogare… dès qu’ils te verront en ma compagnie, ils sauront que tu as ravivé les Souffleurs de Vide. Ils seront préparés.

[Akogare] – Je ne m’inquiète pas. Les deux qui peuvent nous poser le plus de problèmes, ce sont Takeshi Uchiha et Hiei Hyuuga. Je les connais tous les deux.

[Kinoko] – Ils s’inquièteront, eux, pour le meilleur ou pour le pire, de te voir dans cette position. T’attacher les services d’un Souffleur de Vide n’est pas anodin, c’est un privilège de Kage. Tu te places sur un certain rapport.

[Akogare] – Je comprends. Nous en discuterons. Je dois aussi te prévenir que, dans les semaines à venir, nous serons en voyage à travers le pays. Je vais organiser une grande battue pour retrouver et exécuter Hana Shinratsu et Shinizu. Il faudrait que tu m’accompagnes.

[Kinoko] – Hana et Shinizu rien que ça ?

[Akogare] – Nous serons une petite armée. Et sans vouloir te paraître prétentieux, je serai suffisant pour m’occuper de l’une ou de l’autre en mouillant un peu la tunique. Non, ce que je souhaite à travers cette battue, c’est observer ceux qui seront avec nous. Il faudra que tu sois attentive à ce qu’ils laissent transparaître, à ce que tu remarques… mon objectif final étant de voir quoi faire de chacun d’entre eux, même si je connais déjà la valeur de la plupart. Est-ce que tout te semble clair ?

[Kinoko] – Je pense que oui. Nous nous reverrons bientôt alors ?

[Akogare] – Dès demain si cela te convient. Je dois rendre visite aux Aburame dans la matinée.

MessageSujet: Re: La Battue   Ven 17 Déc - 18:13

Les Aburame étaient l’un des vieux clans du village. Ils avaient été infiniment plus discrets, au fil des ans, que les Uchiha ou que les Hyuuga, mais cela ne retirait rien à la valeur de l’histoire. Akogare n’avait jamais eu l’occasion de les fréquenter assidûment, quand il était plus jeune, son père lui avait simplement dit que Ryushi Aburame avait été un grand homme mais qui avait eu trop peu de temps pour mener à bien les changements qu’il souhaitait réaliser. Avec le recul qu’il avait aujourd’hui, le Hyuuga comprenait bien où voulait en venir son père, d’autant qu’il s’agissait d’un avis partagé par une bonne partie de Konoha. L’influence que Ryushi a exercé sur les clans du village, la fascination presque, pourrait-on dire, s’est étendue bien après sa mort. Même une fois Ryushi enterré, sa mémoire a continué à imprégner les dirigeants des clans, ils se souvenaient tous de son enseignement, de ce qu’il voulait transmettre. C’était un tour de force, car on aurait pu penser que sitôt mort, les vieilles querelles reprendraient. Mais il avait fallu un peu plus de temps que cela et, s’il y avait toujours quelques individus pour se faire remarquer, cela n’était plus une réalité générale qui pesait sur le village, mais des incidents isolés et réglés promptement.

Aujourd’hui cependant, et depuis un moment, cela n’était plus le cas. Quand le pouvoir politique de Konoha avait faibli, cela n’est pas allé de pair avec une perte de puissance. Au contraire, le village, les éléments qui le constituaient, étaient bons, pour ne pas dire excellents. Il n’y avait guère que la politique, le haut du panier, qui était résolument pourri. Vraiment, il n’y avait rien à tirer de Kuronishi Sanabi, c’était une erreur dramatique. Qu’un homme comme cela puisse devenir Kage, soit le premier homme de la première puissance militaire, et le deuxième homme du Pays du Feu, c’était inadmissible. Konoha s’était retrouvé piégé par son système, par le flou qui entoure l’élection des nouveaux Kage. Il n’y avait aucune dynamique, aucun automatisme. Si le hasard voulait que quelqu’un de digne soit présent à ce moment, parfait, il devenait Kage. Mais s’il n’y avait personne… alors le village était forcé de commettre une erreur pour s’en sortir et on serrait les dents en espérant ne pas tomber de trop haut. Tout le monde voyait que Kuronishi pataugeait dans la boue, parce qu’il ne manquait pas d’éclabousser chaque Konohéen. Alors, dans un village composé d’éléments naturellement forts, avec des clans légitimes qui avaient participé à la création du village, et des shinobi sans affiliation mais à la fidélité et à la puissance exemplaires… comment expliquer que ce fut l’homme le moins apte qui soit choisi, et comment continuer à l’accepter, même après sa prise de pouvoir ? La question revenait, chacun des clans se voyait – à raison – plus légitime que lui. Et c’est l’un des énormes problèmes des clans, la faille de Konoha en même temps que sa force : ils forment des cellules de pouvoir. Qu’un homme se lève et dise : je ne suis pas d’accord, je peux mieux faire. Tout dépendra de la qualité de cet homme, il sera jugé individuellement. Mais si un clan s’élève, la problématique est différente, parce qu’il forme une puissance politique aussi bien que militaire. Les implications peuvent être terribles et personne, sauf un imbécile, prendrait le risque de brusquer les choses.

Cette question de la légitimité a germé jusque dans les esprits les moins féconds. Akogare sait que le clan Hyuuga a commencé à se reculer de la politique du village à cette période, car on méprisait leur avis et qu’ils ne pouvaient le tolérer. C’était incroyable, qu’un Kage puisse se permettre de cracher sur un tel clan. Pas parce que ce sont les Hyuuga et qu’ils doivent être intouchables, mais parce que ce clan était pétri de politique, qu’il était composé de quelques politiciens éminents et d’anciennes légendes du village, parce qu’il formait des éléments d’excellence. C’était quand même la période de Tokoshi qui, malgré ses nombreux défauts, était un guerrier terrible. Et le clan Hyuuga n’était pas le seul affecté : les Yamanaka (Eichi Yamanaka lui-même, ce qui était totalement impensable tant cet homme était une légende dans l’esprit de tout un chacun) ont été écartés, les Uchiha méprisés, les rapports avec les Senjago se sont étouffés – pour le meilleur, cette fois-ci, car Kuronishi aurait bien été capable de les vexer définitivement – les grenouilles du Mont Myouboku ont été négligées, sinon humiliées… tous les clans, sans exception, avaient souffert de cette période et ne s’en sont jamais remis car, après Kuronishi, il n’y a rien eu de solide.

Les Aburame étaient restés discrets sur leur sort. Ils digéraient difficilement la perte de leur Kage, Ryushi, qui avait si bien représenté les valeurs du clan à travers son humilité et son efficacité. Ils ne s’attendaient pas à un quelconque traitement de faveur, mais consciemment ou non, Kuronishi les avait plus ou moins fait disparaître du village, comme s’ils représentaient dans son esprit une menace sourde. Même aujourd’hui, finalement, peu de personnes savaient vraiment où en étaient les Aburame à moins d’en connaître un personnellement. Mais l’image de Ryushi n’était pas perdue dans l’esprit des habitants de Konoha, il fallait simplement la raviver. Akogare n’ignorait pas l’importance des symboles puisque, bon gré mal gré, il en était lui-même devenu un.

Les Aburame vivaient raisonnablement reculés du centre-ville, à proximité de l’issue nord du village. C’était un petit quartier sobre, composés de quelques habitations regroupées. Elles avaient toutes un toit noir, contrairement à la mode de Konoha qui consistait à fréquemment disposer d’un toit très coloré. Akogare poussa un portail de bois taillé et se présenta à la porte de la maison qu’il estimait être celle de l’homme qu’il souhaitait rencontrer. Cela avait du bon d’avoir accès à la quasi-totalité des informations du village. Dès qu’il eut tapé, la porte s’ouvrit presque aussitôt sur un homme légèrement plus petit que lui, qui portait d’épaisses lunettes noires et une sorte de masque qui recouvrait sa bouche et sa gorge. Il n’était cependant pas totalement habillé comme pouvaient l’être les Aburame au combat – complètement imperméables – il ne portait qu’un vêtement très près du corps qui laissait ses bras entièrement nus. L’Aburame était étonnamment musclé.

[ ? ] – Hyuuga Akogare.

[Akogare] – Je suis content de te voir, Naisen. J’espérais ne pas me tromper de porte.

L’Aburame s’écarta pour le laisser entrer et referma la porte derrière lui.

[Naisen] – Cela n’aurait pas été très ennuyeux. Suis-moi je te prie.

Il y avait maintenant plusieurs années, Naisen et Akogare avait été amenés à collaborer sur une mission au Pays des Vagues. Le temps était épouvantable, ils ne voyaient pas à plus de deux mètres et l’équipe de Naisen s’était trouvée dans une mauvaise posture. Alors qu’ils parvenaient à remplir les objectifs de leur mission, l’un de leur compagnon fut grièvement blessé au cours du combat. Il restait une deuxième partie dans leur mission, mais Naisen refusait de laisser derrière son compagnon dans le village se faire soigner, car il disait que maintenant que leurs ennemis savaient que Konoha était là, ils risquaient de venir l’achever dans son lit. Ce qui était, somme toute, une thèse vraisemblable. L’état de son compagnon était trop fragile pour être transporté sans difficulté à l’aide de sceaux, si bien que Naisen avait préféré transmettre un message aux membres de son clan, qui étaient venus en avertir Keira. Elle demanda à Akogare d’escorter un Eisei sur place et de s’assurer que la mission puisse être menée avec succès. Akogare avait tiqué sur le nom de Naisen, sans parvenir à mettre le doigt sur la raison, et il lui fallut plusieurs mois pour apprendre que ce n’était rien de moins que le fils unique de Ryushi Aburame. Il se souvenait d’un garçon exemplaire sur le terrain, pas impressionné par le temps si mauvais qu’il en devenait dangereux, appliqué dans son travail et qui ne semblait pas se soucier qu’un autre shinobi vienne empiéter sur sa mission. Akogare avait conservé ses impressions dans un coin de son esprit et aujourd’hui, il semblait qu’elles puissent lui être utiles.

Naisen s’assit sur un canapé brun et se pencha légèrement en avant, les mains jointes.

[Naisen] – De quoi souhaitais-tu me parler ?

[Akogare] – Je vais prochainement diriger une force d’attaque pour abattre deux contrats de Konoha. Je souhaiterais que tu participes.

Naisen présentait toujours cette mine indéchiffrable, en grande partie parce qu’elle était difficile à voir, mais aussi parce que c’était dans sa nature.

[Naisen] – Cela ressemble à un travail d’Oi-nin. Pourquoi cette force ?

[Akogare] – J’étais Oi-nin. J’ai démissionné justement pour m’occuper de cette traque, de manière officielle. Ce sont deux contrats dont je pourrais m’occuper avec mon duo, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. Je veux que Konoha, les membres qui le composent, s’unissent pour régler cette menace, que nous envoyions un message à nos ennemis : le temps où Konoha était éparpillé est terminé. Nous reprenons notre place dans l’échelle de force.

Naisen n’eut aucune réaction pendant quelques secondes, avant de hocher une unique fois la tête.

[Naisen] – Je vois. Je serai donc le représentant des Aburame.

Il avait dit cela avec une nuance infime dans le ton, comme s’il savait déjà où voulait réellement en venir Akogare. Mais il était difficile d’estimer ce qu’il en pensait à partir de cette seule phrase.

[Akogare] – Pas seulement. Konoha se souvient de ton père, du symbole qu’il représentait dans l’union des clans. C’est une image qui me semble importante.

[Naisen] – Je ne suis pas mon père. Je ne suis pas un politique. Je suis un combattant fidèle, mais je ne suis pas passionné. Il n’y a pas réellement de ressemblance. Je ne souhaite pas être quelque chose que je ne suis pas.

[Akogare] – Il y a des gens qui pensent qu’il est facile d’avoir un don héréditaire, que cela rend notre vie à tous plus facile. Je sais que sans ces yeux, je ne serai pas devenu shinobi car ce n’était pas quelque chose qui m’attirait, enfant. Je le voyais de trop près pour continuer à rêver. J’ai grandi au milieu de toutes ces vieilles légendes, de tous ces espoirs et de ces attentes. On voulait que je devienne – moi comme les autres – la prochaine légende des Hyuuga. Il n’y a rien de facile à naître dans une telle famille. De même qu’il n’y a rien de particulièrement spectaculaire à devenir une légende alors que l’on est né dans autre chose qu’un clan. Les gens raisonnent par pensées simplistes car cela est plus rapide. Mais aujourd’hui, je suis devenu ce guerrier qu’on voulait que je sois. J’avais mes propres motivations. Je les mets en pratique aujourd’hui. Je suis devenu Hyuuga Akogare pour vivre ce jour où, enfin, je pourrais utiliser mon influence pour produire quelque chose de réellement utile au village. Je tue un ennemi du village. Je tue deux ennemis du village. Il n’y a pas de fin à cela. On ne peut pas se contenter de m’utiliser, moi et les autres guerriers, à chaque fois qu’un problème se pose. Il faut que le village se prenne en charge par lui-même, qu’il s’élève au-dessus de sa condition. Nous avons les moyens de devenir une puissance qui compte, de nous détacher de l’image des Villages Cachés. En nous appuyant sur les clans, en les consolidant, et en nous appuyant sur tout le reste, toutes les forces du village. Être Akogare Hyuuga ne m’a jamais servi par le passé, être reconnu dans la rue ne m’a jamais rien apporté. Mais maintenant, je peux changer les choses et j’ai accepté cette tâche. Je ne pourrais pas le faire seul.

Naisen quitta les yeux blancs d’Akogare pour observer la rue à travers la fenêtre. On discernait à peine un bout du mur de la maison d’en face, le village bourdonnait au loin doucement, sans envahir l’espace de ce salon qui conservait sa quiétude silencieuse. Il y avait quelque chose chez ce jeune homme qui avait fasciné Akogare la première fois qu’il avait posé le regard sur lui, mais réellement fasciné, ce n’était pas juste de l’intérêt ou de la curiosité. Ce n’était pas sa force qui sautait aux yeux, mais la qualité de chacune de ses décisions. Au moindre choix qu’il faisait, Naisen témoignait d’une profonde et rapide réflexion, d’un sincère respect pour la moindre interrogation qu’on lui soumettait. Akogare ne l’avait jamais vu répondre à la hâte, pris de court ; il ne parlait que lorsqu’il avait trouvé la réponse. C’était une qualité qui n’existait pratiquement plus. Souvent, Akogare voyait de la soumission, mais une soumission active, c’est-à-dire que lorsqu’il posait une question, on répondait rapidement car on pensait qu’il attendait une réponse parmi d’autres. Naisen donnait la réponse, la sienne, et c’était très insolite dans une structure militaire où, finalement, l’opinion n’était consultée qu’à titre informatif, au mieux. Pendant longtemps, quand il était encore un jeune gradé, Akogare c’était battu contre cela, bruyamment et sans subtilité. Il y aurait eu des moyens plus efficaces et moins corrosifs de parvenir au même résultat, cela il s’en était rendu compte avec l’expérience du milieu, mais c’était bien ce combat initial – un combat contre les institutions de Konoha elles-mêmes, un combat qu’il menait en ce moment même à un tout autre niveau – qui l’avait formé.

Keira avait pris la décision de créer Akogare Hyuuga de toute pièce. A partir d’un membre des forces spéciales, peut-être légèrement au-dessus des autres mais en termes statistiques uniquement – et cela ne valait pas grand-chose au regard de la vie – elle avait choisi d’en faire une image, une entité qu’il n’était pas sûr d’incarner alors. Akogare avait jugé cette initiative durement, durant les premiers temps, il s’était persuadé que c’était un moyen, pour Keira, de l’éliminer, de… faire cesser la lutte interne qu’il menait, une lutte dangereuse pour l’équilibre du village. C’était une pensée très prétentieuse, le Hyuuga en convenait aujourd’hui. Les visées de Keira s’étaient révélées infiniment plus subtiles, comme il aurait dû s’y attendre. Il n’était pas seulement une image qu’on agitait, comme il l’avait cru, en réalité, Keira le voulait lui parmi les autres. Elle ne voulait pas le Akogare hâbleur et indolent, elle voulait celui qui se battait pour ses opinions, celui qui voulait restituer l’opinion au centre de la décision politique et militaire. Elle voulait qu’il devienne le héros qu’elle avait inventé.

[Naisen] – J’aurais refusé si cela n’avait pas été toi. Ce n’est pas une histoire de nom, mais de qualité. Je sais combien cela t’a coûté de te transformer, et je crois savoir pourquoi tu l’as fait. Les Aburame ont continué leur vie après Ryushi, mais quelque chose s’était cassé. Pour des raisons politiques, nous n’avons pu faire la lumière sur cette mort. Cela est resté entre nous longtemps. Il est temps que l’on finisse le deuil et qu’on fasse confiance aux autres membres du village.

Il inclina la tête.

[Naisen] – J’accepte. A la condition que nos ennemis soient de réelles menaces pour Konoha.

[Akogare] – J’ai choisi les pires que j’avais.

Le reste de la journée se déroula sans problème remarquable. Akogare alla confirmer à Sayuri, qui avait eu les primeurs de l’information – avec Ten, car c’était tout de même sa deuxième femme – que la mission aurait bel et bien lieu. Il avait réussi à tomber sur elle juste après son cours, ce qui était une chance car il n’avait aucune intention d’écouter la fin d’un cours élémentaire sur le genjutsu. Sayuri devait l’accompagner, bien sûr, et le fait qu’elle soit Uchiha allait nécessiter quelques précisions rhétoriques. Mais cela viendrait en temps et en heure et avec les intéressés uniquement. Jusqu’à présent, il n’avait jamais eu l’occasion de combattre en situation réelle à ses côtés, et l’idée de l’avoir sous ses ordres le temps d’une mission le laissait songeur. Des personnalités très puissantes et très importantes acceptaient de le rejoindre, sans réellement discuter jusqu’à présent, comme si elles avaient attendu qu’il se passe quelque chose – n’importe quoi – pendant des années. Les choses devaient se compliquer lorsqu’il en viendrait au dessert, les Hyuuga et les Uchiha. Les deux pour des raisons personnelles, mais les seconds avaient davantage raison de se faire du souci. Dans l’air de ce soir, Akogare pouvait sentir la fin d’une ère et il espérait que ce soit la bonne. Il avait également eu une entrevue avec Keira pour lui faire part de ses avancées sur le recrutement et de ce qu’il avait prévu de faire lors des prochains jours. Elle n’avait rien dit, c’était bon signe.

Le Hyuuga rejoignit le restaurant où l’attendait déjà Kinoko, joliment apprêtée et occupée à faire flotter ses baguettes dans les airs. Dîner avec la chef du clan des Yamanaka, ce n’était certes pas la chose la plus difficile à obtenir parce que Kinoko était une fille charmante, mais ce n’était quand même pas rien.

[Akogare] – Keira te passe le bonsoir. Elle a ajouté que comme tu en passerais un bout avec moi, il devait nécessairement être bon, mais j’ai cru reconnaître du sarcasme.

[Kinoko] – Je suis certaine que tu te trompais. Où en est-on ?

La jeune femme rattrapa ses baguettes et se tourna entièrement vers son interlocuteur, avec la mine curieuse d’une enfant mais l’œil brillant de la chasseuse entraînée.

[Akogare] – Naisen sera de la partie. Ce qui donne pour l’instant toi, lui, Sayuri, Ten et moi.

[Kinoko] – C’est bien. Je pensais honnêtement que Naisen dirait non. Il n’aime pas beaucoup qu’on voit en lui le fils du plus grand Kage de Konoha.

Akogare haussa les épaules.

[Akogare] – Il n’aime pas qu’on attende de lui la même chose, surtout. C’est l’attente qui nous pèse réellement, en tant que membre de clan. Tu as connu cela aussi et tu continue à le vivre, même si tu as la chance d’être au sein d’un clan apaisé.

[Kinoko] – Et auquel on ne s’intéresse pas beaucoup. L’histoire a souvent placé vos clans au milieu, alors c’est plus de pression. Les Yamanaka ne sont pas vus comme ça.

Kinoko avait pris l’initiative de commander pour lui et elle aurait pu plus mal tomber. Akogare repris sitôt le serveur disparu à l’intérieur du restaurant.

[Akogare] – C’est une méconnaissance de ton clan, si tu veux mon avis. Mais passons. Keira a accepté que tu deviennes mon Souffleur de Vide, alors si cela te convient, nous pouvons officialiser cela dès demain.

[Kinoko] – C’est d’accord. Les gens vont se poser des questions quand même…

[Akogare] – On y répondra, ce n’est pas un problème. Ensuite, dans l’après midi, on partira pour le Rokukushishi Ryuu avec une équipe spécialisée.

Kinoko l’invita à en dire plus en un signe de tête.

[Kinoko] – Spécialisée dans ?

[Akogare] – Si les Lions nous y autorisent, j’aimerais poser une balise de téléportation chez eux, qui irait dans les deux sens. Nos relations ont jusqu’à présent été tacites, j’aimerais leur montrer qu’elles peuvent aller au-delà et ce genre de vitesse là pourrait nous sauver la mise. Je proposerais une chose similaire aux grenouilles et aux Senjago. J’ignore s’ils accepteront.

Kinoko eut un large sourire.

[Kinoko] – Moi je le saurais. Mais ce n’est pas forcément très loyal d’analyser leur esprit et de te fournir ensuite les clefs pour obtenir ce que tu veux.

[Akogare] – On est Souffleur de Vide ou on ne l’est pas ! Non, sérieusement, je ne suis pas sûr que nous en aurons besoin, mais si tu sens que le Senjago que j’ai en fasse de moi risque de nous carboniser, demande un petit temps mort.

La jeune femme lui adressa un clin d’œil.

[Kinoko] – C’est noté.

MessageSujet: Re: La Battue   Sam 18 Déc - 23:40

Par la force des choses, Akogare et Kinoko furent amenés à modifier légèrement leurs plans.

Durant la matinée, Keira avait annoncé à un comité somme toute restreint le renouvellement de la classe des Souffleurs de Vide, et le fait que Kinoko serait la Souffleuse d’Akogare Hyuuga. Aussitôt, les questions s’étaient animées. Elles concernaient principalement le statut du Hyuuga par rapport au village, et la raison de ce privilège. Akogare avait dû se contenter des paroles rapportées par Keira, car il n’avait pas assisté à cette réunion. C’était une question complexe, il aurait été impensable que cette décision fasse l’unanimité aussitôt. Pour ce qu’Akogare en savaient, les gens étaient plus réceptives à la présence d’un chef en situation de crise, ce qui n’était pas tout à fait le cas pour Konoha, en surface. Cela faisait plusieurs années que le village tournait sans Kage, sans véritable tête de ralliement, se contentant du Haut Conseil pour gérer le village. Et cela se passait correctement, les clans y avaient même gagné une grande marge de liberté et il leur serait difficile de revenir dessus. Certains étaient devenus gras et capricieux, ils avaient, aux yeux d’Akogare, perdu un peu de cette rigidité militaire qui était malgré tout souhaitable dans une pareille structure. Cela ne l’inquiétait pas outre mesure, il aurait le temps de régler chacune des tensions une par une, sans se soucier de les affronter toutes dans le même mouvement.

Keira n’avait pas souhaité lui donner les noms des personnes les moins enthousiastes, mais Akogare pensait avoir une idée assez claire de la situation. Les raisons pouvaient varier largement. D’aucuns ne l’appréciaient pas plus que de raison, ce qui était compréhensible étant donné qu’Akogare n’avait pas fait beaucoup d’efforts pour se faire aimer. D’autres estimaient cela dangereux de donner du pouvoir à un clan plutôt qu’à un autre, surtout lorsqu’il s’agit des Hyuuga, qui étaient toujours vus, pour une raison ou une autre, comme l’un des clans majeurs du village. C’était une pensée dangereuse que d’établir ainsi une hiérarchie entre les clans, hiérarchie qui n’existait que dans les esprits les plus influençables mais qui ne trouvait aucun écho dans la réalité. Pour Akogare, aucun clan ne remplissait réellement de devoir spécifique envers le village pour le moment, ils étaient tous plus ou moins éloignés de la sphère décisionnaire, s’excluant par là même de la vie réelle du village. Ils ne faisaient rien de plus que n’importe quel shinobi : des missions, des entraînements, des équipes… rien qui ne sorte de l’ordinaire. Pour l’instant, ils ne voyaient que les répercussions faussement politiques, mais Akogare en plongeraient certains dans la vraie politique, celle qui change les choses.

Cette réunion avait informé une trentaine de personnes, supposément importantes pour le village, incluant les professeurs, le nouveau chef des ANBU, des dirigeants de clan ou autres grand nom du village. Tout le monde n’avait pas réagi négativement, il y avait aussi ceux que cela indifféraient et ceux qui accueillaient la nouvelle avec sympathie. Le mot Kage était revenu souvent, mais Keira assurait avoir bien précisé que ce n’était pas le cas pour l’instant. Elle avait ajouté, à l’attention d’Akogare, que tous ne pensaient pas être dupes et lui prêtaient des intentions politiques plus avancées que cela. Mais c’était également quelque chose de cohérent, Akogare aurait été bien en peine de leur expliquer combien cela lui coûtait de faire ce qu’il faisait. Aussi avait-il dû modifier son emploi du temps. Le voyage de l’après-midi pour Shimenu, le village du Rokushishi Ryuu, était reporté à une date ultérieure et la discussion avec les Hyuuga avancée à aujourd’hui. Ce n’était pas vraiment quelque chose qu’Akogare attendait avec impatience, cela faisait plusieurs années maintenant qu’il n’avait plus assisté à l’une de ces pesantes réunions familiales. Il essaierait de limiter le nombre d’intervenants au strict minimum, pour ne pas s’encombrer de conversations oisives interminables sur le statut d’untel et d’untel, mais il n’osait pas trop espérer.

Il se rendit compte bien vite que la rumeur s’était dispersée dans le village. On l’avertit que des personnes avaient cherché à le contacter, pour discuter avec lui, une perspective qui ne l’enthousiasmait pas le moins du monde. S’il devait prendre le temps de discuter avec chaque personne qui avait un problème, il ne s’en sortirait jamais. Très vite, il allait devoir aborder la répartition des tâches – de quoi il s’occupe lui, de quoi s’occupe le Haut Conseil. Il comptait refourguer toutes les tâches les plus pénibles au Haut Conseil ce n’était, après tout, qu’un juste retour des choses : cela faisait des années qu’ils s’en occupaient, pourquoi changer ce qu’ils faisaient très bien ? Mais ce n’était pas encore pour tout de suite. Il se présenta à la demeure des Hyuuga, en compagnie de Kinoko, à trois heures. Ce fut Tokoshi qui l’accueillit, et Akogare eut la désagréable impression de discerner de la fierté dans son regard, comme s’il voulait lui dire qu’il était enfin devenu quelque chose. Comme s’il avait attendu sa bénédiction pour cela… il n’était pas l’heure cependant de s’intéresser à ces questions, aussi Akogare s’inclina-t-il brièvement en réponse au salut de son aîné.

[Akogare] – Tokoshi, est-ce que tout est prêt ?

[Tokoshi] – Oui, nous sommes prêts à commencer.

Il s’inclina devant Kinoko qui lui répondit de la même manière.

[Tokoshi] – Un plaisir de vous accueillir, Kinoko-san.

[Kinoko] – Plaisir partagé.

Ils furent menés le long de couloirs qu’Akogare ne connaissait que trop bien et qu’il avait, au cours de ces dernières années, soigneusement évités. Mais ce n’était pas tout à fait correct ; il s’était promis d’y revenir le jour où il lui faudrait faire avancer les choses pour sa famille et ce jour était arrivé. Il y avait presque dix ans de cela, Akogare avait pris la décision de se séparer d’elle, d’habiter ailleurs et de l’écarter de sa vie. C’était une nécessité essentielle, quelque chose sans quoi il n’aurait jamais pu devenir l’homme qu’il était. Cela, finalement, peu de Hyuuga l’avaient compris. Personne n’en parlait, que ce soit en sa présence ou – il en était persuadé – dans son dos, c’était un sujet qui ne serait probablement plus jamais abordé en ces murs. Sauf à sa mort, peut-être, s’il avait fait de grandes choses de son vivant, on se rappellerait de la façon dont il avait… non, probablement pas. Cette décision avait été la plus importante qu’il avait eu à prendre, une décision à la mesure de celle qu’il avait prise ces jours-ci. Cela lui avait permis de mettre les choses en perspective, d’apprendre à se reculer pour avoir une vision d’ensemble, à ne plus considérer ce recul comme une défaite, mais comme une preuve d’intelligence. Ce n’était pas des pensées très Hyuuga, du moins, pas à cette époque. Les choses avaient suivi leur cours, Akogare savait qu’elles avaient évolué de bien des manières. L’impression d’immobilité rigide de sa famille l’avait exaspéré, il s’était juré de faire changer les choses ou de ne plus jamais se lier à eux. Il tiendrait cette promesse muette aujourd’hui, il ne pouvait qu’espérer que les Hyuuga aient réellement évolué.

La pièce sur laquelle ils débouchèrent était exactement comme dans les souvenirs d’Akogare. Rien ne changeait, à ce niveau. Hiei leur faisait immédiatement face, au bout d’une table basse tout en longueur, à l’autre bout de la salle. Son regard se fixa sur celui d’Akogare sans manifester la moindre émotion notable. L’homme était à présent âgé d’une cinquantaine d’années, mais malgré ses défauts, c’était un dirigeant qui avait fait beaucoup pour sa famille. Il était revenu sur de vieilles pratiques haïssables, mais sans jamais parvenir tout à fait à se départir de la rigidité des siens. Ce devait être génétique. Akogare voyait ses pensées dansait dans ses yeux ; il est venu prendre ma place, il veut diriger les Hyuuga. Il y avait peut-être une nuance de résignation digne dans ces yeux blancs, comme si Hiei avait déjà préparé son discours. S’il y avait une chose qu’il connaissait par cœur, c’était la hiérarchie, établie et naturelle. Toutes ses décisions, les bonnes comme les mauvaises, étaient uniquement vouées à la grandeur de sa famille, Akogare n’avait jamais décelé chez lui un appétit du pouvoir. Il l’exerçait simplement, et pour cela, Akogare l’admirait sincèrement. C’était de plus en plus rare, et c’était là probablement ce qu’il appréciait le plus dans le sang qui coulait dans ses veines ; cette espère de noblesse désuète qui sentait bon le vieux parchemin. A sa droite, un siège vide – celui de Tokoshi de toute évidence – à sa gauche, Haraguoi. Akogare attendit que Tokoshi rejoigne son siège, comme le voulait l’usage, et il ressentit quelque chose d’étrange à revoir ces trois hommes assis ensembles. Il y a dix ans, son éducation l’empêchait de vouloir les affronter et les vaincre – aussi futile cette pensée puisse-t-elle être. Mais au fond de lui, il l’aurait souhaité. Ils s’en étaient pris à San et à lui, sans tenir compte le moindre instant de leurs volontés d’enfants, ils s’étaient permis de choisir à sa place, sous le prétexte qu’il était un jeune Hyuuga et qu’en tant que tel, il leur appartenait un peu. Mais Akogare n’appartenait à personne hormis à lui-même, il n’était pas tolérable que des hommes, aussi supérieurs et sages soient-ils, puissent s’arroger ce droit. Même ses parents ne l’auraient pas eu ; absolument personne. Aujourd’hui, il avait sans doute cette puissance qui lui avait manqué pour se placer sur un rapport de dominant, le seul rapport qui pouvait permettre le dialogue au sein d’une société aussi guindée. Ils devaient le percevoir ainsi, de manière diffuse, tandis qu’ils dévisageaient ce qu’ils avaient participé à créer. Il leur en avait voulu pendant dix ans, leurs décisions avaient manqué lui coûter la vie, car il était impensable qu’il baisse la tête devant eux. Mais, quand Akogare voyait la vision d’ensemble, il ne pouvait raisonnablement penser être encore le vilain canard. Cette expérience lui avait beaucoup appris, aussi douloureuse et destructrice qu’elle fut. En essayant de ressembler le moins possible à l’héritage de son nom, Akogare s’était perdu parfois, mais il avait fini par se retrouver. Et aujourd’hui, il n’y avait plus de hache à déterrer ; cela appartenait au passé et y resterait.

[Akogare] – Hiei-sama, c’est un honneur de me présenter à vous.

En plus des trois têtes fortes du clan, il y avait quatre autres visages tournés vers lui. Akogare les connaissait de nom, un peu plus pour deux d’entre eux, mais il aurait été incapable de déterminer avec précision leur place au sein des Hyuuga aujourd’hui. Cela faisait trop longtemps qu’il se tenait éloigné de la politique interne mais selon toutes vraisemblances, s’ils se trouvaient réunis ici, c’est qu’ils faisaient partie des décisionnaires.

[Hiei] – Nous avons la chance d’accueillir Yamanaka Kinoko, dirigeante du clan Yamanaka et, selon mes informations, actuelles Souffleuse de Vide de notre second invité, Hyuuga Akogare. Recevez les respectueuses salutations du clan Hyuuga.

Kinoko s’inclina et s’exprima d’une voix qu’Akogare ne lui connaissait pas – la voix d’une dirigeante responsable et expérimentée.

[Kinoko] – Par ma voix, le clan Yamanaka vous salue en retour.

Akogare s’installa au bord opposé à Hiei, où l’attendait une légère collation. Kinoko s’assit à ses côtés, le regard fixé sur le dirigeant Hyuuga qui ne l’avait pas quitté.

[Hiei] – Avant d’aborder le sujet de notre réunion, peut-être souhaiteriez-vous nous entretenir de la raison pour laquelle vous avez décidé de devenir la Souffleuse de Vide d’Akogare ? C’est un grand honneur pour nous tous.

Akogare se retint de lever les yeux au ciel. Il espérait que Hiei n’allait pas essayer de les perdre dans des dédales sans fin, car il n’avait pas que cela à faire. Déjà que le fond de l’affaire pouvait se révéler ardu à traiter s’ils n’y mettaient pas du leur… mais Kinoko sourit aimablement, comme si la question était toute naturelle.

[Kinoko] – Je connais Akogare depuis longtemps, j’apprécie la personne qu’il est et je sympathise avec ce qu’il souhaite entreprendre. Si, par mes quelques talents, je peux l’aider, je le ferai avec plaisir, quelque soit le titre sous lequel je le ferai.

[Tokoshi] – Les Souffleurs de Vide se sont faits très rares, en l’absence de Kage.

[Kinoko] – Je crois que la direction de Konoha a par le passé choisi de s’écarter de nous et n’est jamais complètement revenu sur sa décision, pour des raisons qu’il ne m’appartient pas de juger. C’est une décision que je respecte et si aujourd’hui, elle m’autorise à être la Souffleuse de l’un de ses éléments, c’est un honneur.

Kinoko avait écarté toutes les insinuations de Tokoshi avec la facilité d’une enfant, sans prononcer une fois le mot Kage ou Hyuuga, deux mots qu’ils souhaitaient peut-être entendre autour de cette table. Akogare était tenté de couper court la conversation mais il ressentit une légère présence en bordure de son esprit. Cela ressemblait à qu’il ressentait lorsque son Byakugan s’éveillait, quand Tenshi et Raunen le protégeaient. Il s’ouvrit à la présence.

[Kinoko] – N’interviens pas.

Le silence dura quelques secondes, jusqu’à ce que Tokoshi adresse un sourire fin à Kinoko.

[Tokoshi] – Je ne doute pas que cette relation sera très bénéfique à l’ensemble du village.

[Hiei] – Akogare-san, si vous souhaitez nous exposer la raison de cette réunion, nous serions heureux de l’entendre.

Le regard d’Akogare passa sur chacune des personnes assemblées autour de la table. Toutes les têtes, à l’exception de Kinoko qui regardait résolument devant elle, étaient tournées dans sa direction. Il ménagea son effet sans se presser, car il lui fallait être absolument sûr de convertir les esprits à sa proposition. Il lui semblait que les avis de Tokoshi, de Haraguoi et de Hiei seraient les plus importants à obtenir. Il finit par sourire légèrement en rencontrant le regard de Hiei et mit de côté les phrases qu’il avait soigneusement préparées. Ce regard, sévère et frais, lui rappelait d’anciennes brûlures et malgré son envie de les oublier, ce n’était pas encore le cas.

[Akogare] – Si vous me le permettez, je souhaiterais ouvrir cette discussion sur une situation personnelle. Il y a longtemps, j’ai quitté cette demeure contre votre décision. Je tiens à vous présenter mes excuses pour mon attitude, qui n’était pas celle qui convenait à notre famille. Je ne regrette rien. Il y a des forces en nous qu’il est imbécile d’ignorer, car c’est elles qui nous construisent. Je n’ai pas une nature propice à la soumission, je n’ai jamais pu tolérer de bêtises et je tiens à vous signifier que votre attitude à mon égard était imbécile. Vous avez essayé de me transformer, là où votre bonté naturelle aurait dû se contenter de m’accepter tel que j’étais, faible comme je l’étais. Je conçois que ce soit difficile à comprendre, mais votre influence sur ce que je suis aujourd’hui, quoi que ce soit, est accidentelle. C’est proprement mon refus de la soumission qui a fait de moi ce que je suis.

Hiei n’avait pas témoigné la moindre surprise, ses traits étaient restés parfaitement égaux. C’était une pratique très ancienne au sein de la famille, il était certain que personne, quoiqu’il dise, ne l’interromprait avant qu’il n’indique à ses auditeurs que c’était à leur tour de prendre la parole. Ce trait, particulièrement, faisait des Hyuuga de véritables machines de rhétoriques et de redoutables politiciens ; même si ce n’était pas forcément l’aspect de leur personnalité qui ressortait le plus vivement aux yeux. Pendant qu’ils écoutaient ce que disait leur interlocuteur, une partie de leur cerveau formulait déjà des contre-arguments, des plans simples, relevait les failles dans la pensée… il était très difficile de prendre un Hyuuga complètement de court, car même si on y parvenait, cela restait à peu près aussi efficace et gratifiant que de pisser contre le vent.

[Akogare] – Le temps de la rancune est terminé en ce qui me concerne, et je crois qu’il est terminé depuis plus longtemps que je ne le pense. Si je vous ai rejeté, je désire vous retrouver aujourd’hui, car je me sens Hyuuga par le sang et l’esprit. Néanmoins, il est important que vous compreniez que je ne peux me considérer seulement en tant que Hyuuga. Je suis aussi Akogare, je veux retrouver les deux. J’ai cru que me débarrasser de l’un m’aiderait à accéder à une réalité supérieure, je me trompais, abandonner l’autre aujourd’hui ne nous aiderait pas plus. Mes décisions ne pourront plus ne plus impacter sur le clan, car les gens ne connaissent pas mon histoire personnelle et voient en moi un Hyuuga. Il me paraît honnête, en ce sens, que vous soyez au fait de ce que je prévois de faire, même si je ne considérerait pas vos opinions comme supérieures aux miennes.

C’était un point qu’il avait mis des années à éclaircir. Il avait fallu un énorme travail introspectif. Au fil du temps, Akogare avait remarqué qu’il était très facile et commun de détester sa famille, mais qu’il était bien plus difficile d’en éprouver les raisons avec le temps. Pourtant, il n’avait pas à se plaindre : les trois hommes à l’autre bout de la table, Tokoshi, Hiei et Haraguoi, tous les trois avaient manqué le tuer, davantage par maladresse et obstination que par réelle volonté destructrice. Mais quand on est adolescent, il est difficile de faire la distinction entre les deux. Aujourd’hui cependant, Akogare avait fréquenté de très nombreuses personnes qui avaient réellement voulu lui prendre la vie, cela aidait considérablement à mettre les choses en perspective. Ils avaient fait des erreurs, regrettables et qui n’étaient pas particulièrement pardonnables, mais ce n’était jamais que des erreurs. On en faisait tous. Ainsi, quand Akogare voyait des jeunes gens en brouille avec leur famille quitter leur village avec perte et fracas, il ne pouvait s’empêcher de se dire que ce n’était que des petits cons à qui il manquait encore quelques années de maturation. Est-ce qu’ils méritaient la mort pour autant ? Non, une bonne correction et quelques travaux intéressants à réaliser.

[Akogare] – Je ne suis pas satisfait de la façon dont fonctionne Konoha. Vous le savez comme moi, il existe de nombreuses tensions isolées qui fragilisent un pouvoir déjà branlant. Notre rôle, en tant que militaires du Pays du Feu, est de préservé ce pouvoir. Il ne devrait pas y avoir de place à l’indécision dans une structure militaire aussi importante qu’un Village Caché, mais cela fait des années maintenant que le Village est indécis. Nous sommes passés de questions en questions sans jamais trouver de réponse satisfaisante. Lorsque j’ai tué Noya, j’espérais trouver des réponses, mais je n’ai eu que des questions supplémentaires à me poser. La réalité c’est, je pense, qu’il n’existe pas de réponse simple. Il n’y a que celle que nous parviendrons à formuler, de manière commune et audible.

Il se souvenait de ce que lui avait dit Soru, à propos des Villages Cachés. Cette femme était ce qu’on pouvait imaginer de plus loin au monde shinobi, pourtant, son opinion dessus était l’une des plus lucides qu’Akogare avait jamais rencontrés. Un avis sans concession, pour un monde au diapason. Il était très facile d’établir un ennemi héréditaire, une cible à abattre pour porter le village. Noya avait représenté cette image, mais quand Akogare l’avait eu face à lui, il n’y avait plus grand-chose de vrai, comme le reflet flou renvoyé par un lac trop sombre. Tuer Noya ne lui avait rien apporté, il avait juste pris conscience qu’il en avait la capacité réelle. Rien apporté en apparence, car d’une manière insidieuse, cela avait constitué sa pensée. En entreprenant cette tâche, seulement accompagné de Ten, Akogare avait pu toucher la vérité que Noya lui laissait entrevoir, il lui avait permis d’ouvrir les yeux sur un plan supérieur. Il lui avait donné un début de réponse et c’était le présent extrêmement précieux d’un mort à un vivant.

[Akogare] – Les clans de Konoha ont une responsabilité vis-à-vis du village, une responsabilité qu’ils ne respectent plus aujourd’hui. Ils sont censés garantir la sécurité, la pérennité et l’efficacité du village et de ce qu’il représente, le pays tout entier. Ce n’est pas le cas. Certains clans, dont le nôtre, se pensent davantage en mesure de commander que d’autres, il existe des tensions internes, parfois très dangereuses, tout le monde souhaite être la nouvelle lumière de Konoha, celui qui succédera à Ryushi Aburame. Cet homme n’existe pas. Cet homme providentiel ne naîtra pas d’une pensée isolée. Nous le trouverons en travaillant, en formulant notre réponse, une figure de chef se dessinera et le village devra s’y accrocher. Personne, aujourd’hui, ne peut se prétendre une quelconque autorité sur la position de Hokage et cela, je le garantirai.

Il ne fallait pas reproduire les erreurs du passé, l’ombre de Kuronishi Sanabi pesait toujours sur Konoha. Le village ne s’en était jamais totalement remis, parce qu’aucun homme fort ne lui avait succédé pour réformer ce qui devait l’être. Akogare était bien prêt à garantir qu’aucune personne faible n’accède à cette position, et fournir au village des instruments pour éviter ces errements restaient à ce jour l’une de ses priorités.

[Akogare] – Je ferai en sorte que les clans oublient leurs querelles et se concentrent sur l’avenir du village. Je renouerai les anciens pactes que nous avons eus avec nos alliés du passé. Car, tel que vous me voyez, je ne serai ni Kage, ni chef des Hyuuga, je me contenterais de préparer le terrain à celui qui est destiné à le devenir. J’ai de l’influence sur ce village, je peux l’utiliser à faire quelque chose de profitable sur la durée pour que les fruits que nous planteront servent à quelqu’un plus tard. J’aurais besoin de votre soutien et de la collaboration de tous les clans du village. J’ai obtenu les accords de principe des Yamanaka, des Aburame et des Nara. Je me présente à vous dans cette intention : obtenir votre accord.

Le regard de Tokoshi glissa sur Kinoko, qui lui répondit par un sourire aimable. Il semblait afficher un air poliment dubitatif, Akogare jeta un coup d’œil pour confirmer son impression. A la réflexion, il devait être davantage curieux que poli. La réputation avait cela de bon que même si on disait une énormité, les gens prenaient le temps de se demander s’il n’y avait pas un fond d’intelligence dedans. Deux autres Hyuuga, Raito et Kokuo, qu’Akogare n’avait plus fréquenté depuis longtemps – à peu près sa naissance – fronçaient les sourcils. Haraguoi avait l’air raisonnablement intéressé, mais pas jusqu’au point de prendre la parole. Ils attendaient qu’Akogare finisse.

[Akogare] – Je ne perçois pas le clan Hyuuga comme supérieur à aucun autre. Il a sa propre histoire, une histoire dont nous pouvons être fiers, de la même façon que la plupart des clans peuvent, je l’imagine, tirer quelque fierté à la leur. Il y a cependant une chose extrêmement regrettable à notre situation aujourd’hui : nous sommes hors de toute décision. Nous avons une riche histoire politique, nous avons eu des émissaires célèbres, des héros reconnus et on nous prête une certaine autorité naturelle. Pourquoi est-ce que ces richesses sont ignorées ? Je n’ai pas été d’accord avec toutes vos décisions par le passé, mais j’ai toujours pu en comprendre la logique. Notre structure et notre rigueur pourraient donner de grandes choses correctement utilisées. C’est pourquoi je vous propose d’accéder à un rôle particulier auprès de la caste dirigeante du village, en tant que cellule de consultation politique et diplomatique. Vous n’aurez pas de pouvoir effectif, c’est-à-dire que le village ne se transformera pas en démocratie du jour au lendemain, si le Kage décide une chose, il faudra lui obéir. Mais vous aurez toujours votre mot à dire, car vous ignorer serait remettre en cause le fondement du village. En l’occurrence, ce sera Keira et le Haut Conseil qui bénéficieront de votre aide. Vous nommerez vous-mêmes vos représentants.

Cela était venu naturellement à Akogare quand il s’était demandé comment employer les Hyuuga au sein de Konoha, parce qu’il était issu de ce clan et qu’il en comprenait les motivations. Il n’y avait probablement pas de clan plus fidèle, les Hyuuga se sentaient une responsabilité vis-à-vis du village. Une responsabilité qui pouvait passer pour de la condescendance ou de l’orgueil, mais qui s’en éloignait pour peu que l’on s’intéresse à la question. C’était l’une des raisons pour lesquelles la famille réagissait aussi fermement quand elle se trouvait en présence d’un Hyuuga plus faible que les autres : de leur point de vue, sa faiblesse mettait en péril Konoha et ce n’était pas tolérable. Ils désiraient être inclus dans les décisions du village, de près ou de loin, mais leur réserve leur interdisait de manifester ce souhait. Ils se contentaient de répondre les quelques fois où on les interrogeait.

[Akogare] – Quelle est votre réponse ?

Le regard d’Akogare passa sur celui de chacun des Hyuuga assemblé autour de la table, avant de revenir sur Hiei. Curieusement, il ne lui fallut que quelques secondes pour apporter sa réponse. Akogare sourit intérieurement ; il avait préparé ces mots pendant qu’il écoutait, comme l’homme expérimenté qu’il était le voulait.

[Hiei] – Quand tu étais enfant, j’ai vu du potentiel en toi. Tokoshi me disait qu’il fallait te surveiller car tu pouvais te révéler important par la suite. Pourtant, tu n’étais qu’un garçon commun aux pouvoirs limités, incapable de se faire obéir de son Byakugan. Même quand j’avais perdu tout espoir de te voir devenir quelqu’un, j’étais impressionné par la force de ton caractère, une force en contraction avec tes aptitudes réelles. Je me demandais si c’était de la bêtise ou une réaction naturelle de ton esprit, qui savait qui tu étais réellement. Nous avons eu notre réponse. Tu t’es révélé être un Taigen, et un Taigen puissant. Ton Byakugan n’était pas seulement un pouvoir lié à tes yeux, mais il avait une personnalité, une couleur, un nom différent, quelque chose qui rentrait en résonnance au plus profond de ton cœur. Même si tu t’étais coupé de nous, j’étais heureux de savoir que tu serais amené à faire de grandes choses, comme tous les autres Taigen du clan avant toi.

Akogare sentait le regard de Tokoshi chercher le sien mais il demeura fixé sur Hiei. Son statut avait été une question qui avait été fréquemment débattue, de ce qu’il en savait, au sein des Hyuuga, à l’époque où il s’était exilé chez San. Dès que sa nature avait été avérée, les Hyuuga avaient évoqué la possibilité de le rapatrier dans la demeure familiale, car il paraissait inconcevable de laisser un Taigen à l’extérieur. Cela n’avait cependant jamais été un problème car personne ou presque ne savait ce qu’était réellement un Taigen pour les Hyuuga.

[Hiei] – Nous n’avons peut-être pas su répondre aux problèmes que tu posais, mais l’expérience nous a été profitable. Nos souffrances ont servi le clan. Si le village a besoin de nous, ce sera notre devoir de l’aider et nous l’accompliront avec plaisir. Quelle que soit la personne à la tête du village, nous ferons en sorte de ne pas répéter les erreurs du passé et de mener Konoha dans la direction qui nous semblera la plus appropriée. Nous acceptons ta proposition, dans l’attente d’en savoir plus.

Akogare acquiesça sobrement.

[Akogare] – Keira prendra contact avec vous pour officialiser les choses le plus rapidement possible.

MessageSujet: Re: La Battue   Jeu 30 Déc - 2:28

Leur entrevue avec les Hyuuga s’était beaucoup mieux passée que ne l’aurait pensé Akogare. En réalité, avant d’entreprendre cette tâche, il n’aurait su dire s’ils souhaitaient autant que lui dépasser leurs vieilles inimitiés pour s’ouvrir sur quelque chose de nouveau et d’utile au village. Il y avait peu de chances pour que cela débouche sur une union absolument sincère, mais Akogare se sentait prêt à s’investir aux côtés de sa famille. Par le passé, il était déjà venu les voir pour requérir leur aide, cela leur avait coûté Jineryo durant l’attaque de Kanda Shiuuku, et ils l’avaient accueilli comme un émissaire de Konoha, avec tout le respect que cela imposait. Peut-être que leurs rapports varieraient légèrement, s’ils s’en donnaient le temps.

Akogare prenait son petit-déjeuner en compagnie de Kinoko. Ils devaient partir peu après midi pour le Senjagosan. Le voyage n’était pas supposé durer très longtemps, ils comptaient se téléporter dans les alentours du vieux volcan, puisqu’ils n’étaient pas sans ignorer ses coordonnées. Hideo Senjago avait été prévenu et avait fait part de sa curiosité quant à la raison de leur venue. Il était difficile d’imaginer que son nom était aussi vendeur auprès des alliés de Konoha mais quelque part, cela lui rendait réellement service. Si cela pouvait contribuer à accélérer le mouvement, ce serait une excellente chose. Kinoko tournait pensivement sa boisson en contemplant les volutes de fumées qui s’en échappaient. Elle releva la tête et rencontra le regard laiteux du Hyuuga.

[Kinoko] – Qu’est-ce qu’un Taigen ? J’ai déjà entendu ce terme, mais les interprétations divergent et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

[Akogare] – Eichi doit le savoir, mais ce n’est pas quelque chose de très connu. On parle de Hyuuga Taigen, ce sont les incarnations. Je suis l’une de ces incarnations, Tokoshi également. C’est quand nous entretenons une relation particulière avec notre Byakugan. C’est génétique, on naît Taigen, on ne peut jamais le devenir, mais parfois on peut vivre une vie entière sans que cela ne se manifeste. C’est un gène latent, je crois, mais on ne sait pas comment ni pourquoi il s’active chez certains Hyuuga. Notre Byakugan acquière une autre dimension, une substance. Mon Byakugan s’appelle Tenshi, elle m’a sauvé la vie à de nombreuses reprises. Tu finiras par la rencontrer, après tout, c’est elle qui t’a autorisé à entrer dans mon esprit.

La jeune femme hocha lentement la tête. Elle finit par sourire, amusée.
.
[Kinoko] – C’est étonnant de penser que les clans les plus illustres réservent encore de surprises. Tu penses qu’on finira tout ce qu’on a à faire aujourd’hui ?

[Akogare] – Je pense, oui. On part après midi pour le Senjagosan et on arrive au Myouboku en début de soirée. Deux des clans alliés les plus éloignés en une journée, ce n’est pas trop difficile par téléportation.

Ils n’avaient cependant pas prévu de partir seuls. Benkei les attendait sereinement devant le bâtiment occupé par Keira, les mains devant lui, insensibles aux petits sauts hors de propos de Ginko Yagi. Ginko ne devait pas venir, ou du moins elle ne faisait aucunement partie des plans du Hyuuga, mais il lui fallait se rendre à proximité du Senjagosan et elle avait peur de se perdre, ce qui, dans son cas, relevait d’une réalité tangible et non d’un doute quelconque. Elle salua l’arrivée d’Akogare et de Kinoko par de grands signes de mains et de petits cris qui ressemblaient à ceux que poussaient les coureurs de fond après cinq ou six heures de course. Benkei s’accorda à cette occasion un regard poliment intrigué.

[Ginko] – Ha-ko… je… suis… prête… pfiou… à… partir…

Elle avait les joues rouges et suait à grosses gouttes, les mèches roses de ses cheveux collées à son front. Malgré lui, Akogare commença à se demander pourquoi elle s’était mise dans cet état avant de quitter le village, mais il fit appel à toute sa rigueur militaire pour rester concentré sur quelque chose de moins étrange.

[Akogare] – Tu es dans une forme resplendissante.

Elle eut la bonté d’arrêter de sauter et se passa une main sur le front, à grand renfort de soupirs et de soufflements de veau. Akogare salua du chef Benkei.

[Akogare] – Pas trop secoué par cette, euh, pétillante jeune femme ?

[Benkei] – Absolument pas. C’est un exemple pour nous tous.

Le regard de Ginko passa de Benkei à Akogare puis s’arrêta sur Kinoko, qui n’arrivait pas à détacher ses yeux d’elle, un sourire hilare figé sur les lèvres.

[Ginko] – Mon dieu Kini, on part avec deux dragueurs, je me sens toute chose.

[Akogare] – On est partis…

Akogare joignit ses mains et les appliqua au sol. Un sceau bleu se dessina, illumina brièvement la rue, puis absorba les quatre personnes qui s’y tenaient. Elles arrivèrent au pied du Senjagosan – Akogare le reconnaissait pour s’y être arrêté à deux reprises, au retour de missions compliquées. Les Senjago l’avaient étonné de respect, ce n’était pas exactement l’image qu’ils laissaient auprès des gens, ni, d’ailleurs, l’image qu’avait pu se forger Akogare d’après ses quelques connaissances locales. Mais ils avaient parfaitement hébergé ses équipes et sans leur secours, l’un de ses hommes aurait probablement perdu l’usage de son bras à l’heure qu’il était. On ne pouvait cependant pas leur retirer un certain franc-parler, mais sincèrement, Akogare avait d’autre souci en tête que de se faire appeler petit trou d’balle.

Ginko tendit son bras vers le Senjagosan.

[Ginko] – UNE MONTAGNE QUI BOUGE !

[Kinoko] – Elle ne bouge que pour manger les enfants.

Ginko la regarda sans comprendre.

[Ginko] – JE SUIS UNE ENFANT !

[Akogare] – O…k… laisse les adultes aller dans le volcan, toi de toute façon tu dois aller… loin… quelque part.

[Ginko] – Tu me laisserais toute seule ici ? Dans une forêt ouvertement hostile, observée par une montagne qui bouge et reluquée par des oiseaux et des scarabées clairement intéressés ? Mais tu es un monstre ma parole.

[Akogare] – Je ne veux plus parler à cette fille. En avant.

Ce fut Aya qui les accueillit. Il n’y avait rien d’étonnant à cela, étant donné qu’à ce jour Aya était l’une des Senjago qui avait été la plus intimement liée au village de la feuille, parvenant à s’y imposant à l’instar de Daiki aujourd’hui. Mais elle avait quand même été moins chiante que Daiki. Au moins, elle n’avait jamais sympathisé avec un oiseau qui chiait sur l’épaule de Sayuri.

[Aya] – La tête dirigeante des Yamanaka, la forte tête des Hyuuga, la tête humaine des grenouilles et la jolie tête des Juunin. Une belle équipe.

[Akogare] – Ce n’est qu’un échantillon de ce que je nous propose – la jolie tête en moins.

[Ginko] – C’est méchant pour Kini.

Elle appliqua aussitôt son doigt sur ses lèvres pour montrer qu’elle n’avait pas tout à fait oublier son vœu de silence. Akogare lui aurait volontiers scellé la parole quelque part au fond de son esprit, mais Kinoko n’avait pas voulu le laisser prendre cette responsabilité. Benkei n’avait pas jugé bon d’intervenir ; il devait penser qu’il plaisantait. Le naïf.

[Aya] – C’est ce que j’ai vaguement cru comprendre oui. Hideo nous attend. Suivez-moi.

Sur le chemin, Aya et Kinoko discutèrent allégrement. Comme la jeune Yamanaka le lui avait dit, Aya connaissait très bien Eichi et s’en souvenait parfaitement. Au son de sa voix, Akogare pressentait qu’elle parlait d’une époque qui lui manquait, mais qu’elle avait choisi d’oublier pour vivre autre chose. Il savait qu’elle serait particulièrement sensible à ce qu’il avait à dire aujourd’hui, pas tellement parce qu’ils se connaissaient ou parce qu’il s’appelait Akogare Hyuuga, mais parce qu’elle connaissait le poids des erreurs de Kage illégitime. Elle venait du Senjagosan, elle n’était pas ici d’une famille de shinobi. Elle était une exception dans la famille, les Senjago s’engagent précautionneusement auprès de Konoha, et ils sont rares à s’y sentir réellement à l’aise. Mais Aya s’y sentait bien, et quand elle a essayé de donner vie à ce qui la motivait vraiment, l’enseignement, elle s’était trouvée en bute à l’obstination de Kuronishi Sanabi. Cela lui avait été refusé, Kuronishi devait estimer qu’il fallait brider l’importance des clans au sein de Konoha, en particulier des clans étrangers au village proprement dit. Il nourrissait une certaine haine regrettable envers les clans, une haine qui avait donné des résultats affligeants, tant il se pensait louable d’être parvenu là où il était sans appartenir au moindre clan. Akogare s’en souvenait à la perfection, il lisait encore le mépris absolument poli dans les yeux de Tokoshi quand il parlait de Kuronishi. Ce dernier ne pouvait pas s’empêcher de glisser des piques acérées aux clans dès qu’il le pouvait, c’était incontrôlable chez lui.

Cela ne s’était pas révélé très probant. Si on pouvait remettre les clans à leur place, ignorer leur importance et, pire, se permettre de les mépriser, que l’on soit un moins que rien ou un héros, c’était de la bêtise. Aya avait pris la décision de s’écarter de Konoha, définitivement, et elle avait tenu son engagement même après que Kuronishi fut porté disparu. Elle avait de toute évidence trouvé quelque chose d’autre qui la motivait.

Ils furent introduits auprès de Hideo Senjago, l’actuel chef du clan, un homme ombrageux mais clairement affuté. La discussion politique dura plus longuement que ne l’avait estimé le Hyuuga, et il mesura seulement dans cette pièce à quel point Benkei et Kinoko étaient à même de changer le cours des choses. Ils parlaient avec pertinence, leurs avis ne partaient pas dans tous les sens, ils ne se contentaient pas de livrer leur avis : ils faisaient campagne aux côtés du Hyuuga. Curieusement, il en fut touché. S’il n’avait jamais douté que Kinoko savait pertinemment bien où elle mettait chacun de ses pieds, elle prouvait ici, si besoin en était, qu’elle était en accord complet avec la démarche d’Akogare et Benkei, avec un naturel désarmant, se faisait le porte-voix de toute une philosophie de laquelle ils n’avaient jamais pu parler ensemble – mais qui était pourtant bien celle du Hyuuga. Même Ginko se tenait bien et quand elle ouvrait la bouche, ce n’était pas pour bâiller mais pour souligner un point qui lui semblait important – un point politique le plus souvent, un terme qu’Akogare aurait juré lui être inconnu. Ils abordèrent longuement la place des clans au sein du village, ce qui différenciait les clans intérieurs et extérieurs et comment ils contribuaient à la richesse du village. Kuronishi fut abordé mais à travers lui, c’était davantage la fonction de Kage qui les intéressa. Kinoko assurait que si Konoha n’avait plus de Kage depuis si longtemps, c’était parce que le village et ses habitants savait s’être trompé avec le précédent et que, naturellement, sans concertation, il observait que le bon se présente pour se regrouper autour de lui. Aya demanda si la rumeur selon laquelle elle était désormais la Souffleuse de Vide d’Akogare était avérée ; il y avait là un sous-entendu récurrent qui ne le gênait plus autant qu’avant, comme s’il s’imposait de lui-même maintenant que le Hyuuga était assuré des pensées de Kinoko, de Benkei, mais aussi de Ginko qui était un échantillon tout à fait fascinant des Juunin actuels.

[Akogare] – Cela fait des années que je ne suis pas satisfait de la direction que prend Konoha. On nous apprend à obéir, et c’est un apprentissage important dans n’importe quelle structure militaire. Mais nous ne sommes pas des soldats. Nous sommes des commandants. Nous avons besoin de savoir pourquoi nous obéissons, le cheminement de la pensée qui ordonne et la finalité de l’ordre. C’est fondamental. Kuronishi était un grand flou, personne ne savait quoi faire, tout le monde était sûr de pouvoir faire bien mieux. Ce n’est pas nécessairement vrai. Eichi Yamanaka m’a dit un jour, quand j’étais enfant, que celui qui n’avait pas traversé la rivière ne pouvait pas rire de celui qui s’y était noyé, et je pense qu’il a raison. Je pense également avoir les moyens concrets de faire quelque chose de mieux de Konoha, de le diriger dans la bonne direction et je ne suis pas seul dans cette quête.

Il s’interrompit un instant et reprit, sur le même ton.

[Akogare] – Ces dernières années, j’étais Oi-nin, et il y a un certain nombre de désertion, plus que quand je suis entré. Ce sont des désertions sans importance, nous n’avons plus de Zakeru Daitsuki, de Noya Fujissuke, non, nous n’avons que des puceaux qui quêtent seuls et sans soutien. Konoha n’est pas un cas isolé, j’étais en contact avec les services de Kiri et de Kumo, c’est le même constat pour eux : les gens, les jeunes en particulier, n’ont aucune idée de là où ils vont. Comment avons pu en arriver là ? Quand je demande à un shinobi expérimenté pourquoi il se bat, il n’a pas de réponse à m’apporter les trois-quarts du temps. Rien qui ne vienne des tripes, juste des lieux communs. On ne construit pas des légendes sur des lieux communs, on doit investir de nouveaux territoires, se renouveler. C’est ce que j’ambitionne de faire, mais pas seul, ce sera à chacune des personne liée à Konoha de faire son bout de chemin. Vous faites partie de ce bout de chemin en question, j’attends de vous que vous le fassiez, car Konoha restera lié aux Senjago si tel est toujours votre désir.

Il tapa le sol de son index.

[Akogare] – Pour l’instant, j’organise une chasse contre deux personnes, Hana Shinratsu et Shinizu. Ce ne sont pas deux noms que j’ai sélectionné au hasard, ce sont des forces hostiles au village, des forces que Konoha a engendré et que Konoha doit détruire. Je ne conçois que cet ennemi, l’ennemi politique, je ne m’intéresse pas aux merdeux qui quittent le village sans trop savoir pourquoi et qui sont retrouvés crevés dans des fosses. Je m’intéresse seulement à ceux qui ont la prétention de s’élever contre la force puissante et respectable que devrait être Konoha. Je me servirai de cette chasse pour lier les décideurs de demain, ceux sur lesquels Konoha devra s’appuyer, ceux qui épauleront à leur tour les futurs décideurs du village. Je veux que chacun sache pourquoi il se bat et quel but il poursuit. Je veux que l’on se détache enfin de notre vieille peau de shinobi hagard pour acquérir la conscience du guerrier accompli. Cela ne s’incarnera pas dans un simple village caché, Konoha ne devra rien avoir de cacher pour se faire : il devra être une puissance totale, dont le fonctionnement rigoureux devra l’empêcher de se retourner contre ses idéaux. En élisant un abruti comme Kuronishi, par exemple.

Son discours eut un effet plus positif qu’Akogare ne l’aurait cru. Quelque part, s’il savait qu’il était l’heure pour lui de révéler son jeu et d’assumer ses responsabilités de leader, si on pouvait dire les choses ainsi, il n’avait jusqu’à ce jour jamais été pleinement enthousiaste et convaincu de la légitimité de son geste. Il avait simplement feint de l’être pour paraître engageant, mais sans y croire au plus profond de lui – les shinobi étaient bons menteurs et les Hyuuga n’avaient de leçons à prendre de personne. Aujourd’hui cependant, quelque chose avait bougé. Il voyait qu’il se faisait la voix d’une demande réelle, que Kinoko, Benkei et Ginko avaient déjà ralliés ses pensées, avec simplicité et sans grande annonce. Pour la première fois depuis qu’il avait senti cette inspiration en lui, Akogare les voyait réussir. Changer le cours des événements, réformer la philosophie même des shinobi ; changer le monde shinobi, comme Soru l’avait laissé entendre.

Aya s’engagea à représenter les Senjago au cours de la chasse, en compagnie d’une jeune fille prometteuse d’après ses propres dires. La perspective enthousiasmait Kinoko, qui y voyait une image forte et Akogare n’y était pas insensible non plus. Cela faisait des années qu’Aya avait cessé de représenter Konoha et qu’elle ne se battait plus, malgré son immense talent, consacré à présent à l’enseignement. Mais ce n’était plus une histoire de Konoha, une histoire de nom, c’était une lutte d’idée et sur ce terrain-là, ils pouvaient enfin se rejoindre. Ils quittèrent le Senjagosan en fin d’après-midi et partirent directement au Mont Myouboku, par le même moyen qu’auparavant. Ginko avait décidé de les suivre jusqu’au bout et Akogare fut à nouveau surpris de son intelligence latente. Cette fille avait une capacité hors du commun pour paraître parfaitement simplette et fofolle, mais chacune de ses décisions faisait écho à une réelle volonté de sa part. En les suivant, le Hyuuga était persuadé qu’elle souhaitait estimer son projet. Si ce dernier lui avait semblé inintéressant ou faiblard, à tous les coups, elle aurait bâillé au cours de la réunion avec les Senjago – et se serait probablement retrouvée avec une boule de feu à ingérée, mais elle devait être prête à assumer chacun de ses gestes.

La rencontre avec les grenouilles fut beaucoup plus rapide. Benkei leur assura une attention solennelle et entière, si bien que ce qu’Akogare avait déjà perçu lors de sa visite au Mont Myouboku lui fut confirmé. Benkei n’était pas seulement un membre de leur clan, c’était un membre de leur famille, quelqu’un d’important, en amour, à leurs yeux à tous. La réceptivité de son auditoire facilita considérablement les discussions ; les grenouilles ne semblaient pas mécontentes du tout que Konoha reprenne enfin contact avec elles. Ce fut l’occasion de renouveler les liens qui unissaient les deux entités, des liens qui n’avaient plus été utilisés depuis Benkei et qui commençaient à s’oxyder. Benkei était tout désigné pour les suivre dans leur chasse, cela avait d’ailleurs déjà été décidé en amont, mais les grenouilles assurèrent qu’elles seraient prêtes à fournir toute la puissance de leur montagne au moindre problème.

Au terme de leur journée, Konoha avait regagné deux alliés de poids. Mais plus important, ces alliés attendaient les changements annoncés car ils y croyaient. Ce n’étaient plus seulement des pensées erratiques sorties de l’esprit d’un Hyuuga fatigué, mais des volontés ensommeillées dans le cœur de certaines personnes, proches de la vie des shinobi ou non. Que d’autres personnes puissent prêter foi à ce projet, c’était la justification qui manquait jusqu’à présent à Akogare pour se plonger corps et âme dedans.

MessageSujet: Re: La Battue   Mar 4 Jan - 0:39

Akogare était venu à Shimenu à trois reprises en tout et pour tout dans sa vie. Le village qui abritait l’illustre école des Six Lions avait su rester simple et il n’avait même pas dû beaucoup changer depuis l’implantation du Rokushishi Ryuu. Il était isolé dans les terres du pays, mais sa position aurait eu du mal à demeurer inconnu. L’école elle-même avait longtemps intrigué le Hyuuga, mais c’était un intérêt professionnel dans un premier temps. Il savait bien qu’il n’y avait que peu de chances pour que son style s’adapte bien à celui des lions, ils ne combattaient tout simplement pas de la même manière. Le Jyuuken imposait une certaine discipline, les mouvements de lions en imposaient une autre. Accoupler judicieusement les deux, cela aurait demandé beaucoup de pratique et aurait généré une certaine gêne durant plusieurs mois, le temps que le corps s’adapte. Akogare n’avait jamais eu plusieurs mois à s’accorder pour une telle chose. Mais il ne se souciait pas tant de son potentiel offensif ou de sa capacité à infliger des dommages, c’était surtout les yeux des lions qui l’avaient intéressé. Il avait été difficile de soutirer des informations à qui que ce soit à ce propos, étant donné que les lions semblaient considérer que le prix à payer pour obtenir une réponse était un combat. Et même dans ce cas, encore fallait-il pousser le lion à user de ces techniques. Finalement cependant, le mystère des techniques s’était dissipé ; il ne s’agissait pas de dojutsu dans le sens strict du terme, puisque le pouvoir n’émanait pas directement des yeux, les yeux – et leur couleur – n’était qu’une manifestation de l’activité interne du corps.

Peu à peu cependant, à mesure qu’il avait été amené à côtoyer les lions, l’intérêt professionnel c’était mué en amitié envers certains d’entres eux, notamment Shaeru qu’il avait convié à sa classe tactique le jour où il l’avait ouverte. Il avait eu la chance d’entretenir quelques conversations particulièrement enrichissantes avec le patriarche de l’école, Hiroshin en personne, qui l’avait à deux reprises convié à un combat contre l’un de ses disciples. Un combat qu’Akogare s’enorgueillissait d’avoir remporté à chaque fois. Des personnalités de Konoha étaient liées plus intimement encore à l’école et en recevait un enseignement complet ; Iki Namikaze était dans ce cas et, pour ce qu’en savait Akogare, ce dernier devait se trouver dans les parages, ce qui tombait bien car il devant prendre une part importante dans ses plans.

Ils évoluaient cette fois-ci en comité plus étendu, avec Kinoko bien sûr, qu’il ne quittait pour ainsi dire plus. La jeune femme n’avait jamais eu l’occasion de rendre visite au Rokushishi Ryuu et elle se montrait impatiente d’en rencontrer quelques unes des figures dont elle connaissait les noms. Mais Akogare s’était également entouré d’une équipe spécialisée dans les sceaux bleu, menée par rien de moins que la directrice de l’académie, Reiko Kairi et Kato Sano, l’éminence grise actuelle des sceaux. Kato n’était pas aussi célèbre qu’il l’aurait pu à Konoha, s’il se souciait de sa renommée. Mais clairement, à ce jour, Akogare n’avait pas rencontré un shinobi à Konoha qui maîtrise mieux que lui les sceaux de quelque couleur que ce soit, à l’exception des blancs desquels il ne savait que la théorie. Sans être impressionnant, il dégageait à n’en pas douter une espèce de charisme sauvage et serein à la fois. Plus petit qu’Akogare d’une bonne tête, râblé, la mine sévère et les traits creusés, il ne prêtait pas à la confidence mais le calme – la maîtrise – qu’il témoignait en chaque circonstance forçait le respect et rassurait les âmes les plus agitées. Pour l’avoir observé diriger une opération militaire, le Hyuuga admettait que le bonhomme connaissait son affaire, il n’avait rien eu à redire de tout le déroulement de l’assaut. Il prenait des décisions fermes en faisant en sorte que l’objectif reste en vue pour tous ces hommes, une qualité qu’oubliaient la plupart des commandants débutants ou, au contraire, trop sûrs de leur force ; c’est une chose de savoir où on va, s’en est une autre de s’assurer que chaque personne participant à l’opération le sache. Cela faisait la différence lorsque la micro seconde d’hésitation se faisait sentir dans l’esprit d’un shinobi, et au niveau où ils évoluaient, beaucoup de choses pouvaient dépendre de cet espace. Akogare n’irait pas jusqu’à dire qu’il appréciait, en tant qu’humain, Kato, car il ne le connaissait pas suffisamment pour le prétendre (ajouté à un léger manque d’humour qui avait tendance à le rendre ponctuellement nerveux), mais il possédait des qualités qui lui plaisaient, dans le domaine qui les intéressaient pour l’instant. Cet homme cependant entrait dans ses plans ; à l’instar de Reiko.

[Akogare] – Vous connaissez cela ; le visage d’un homme qui s’apprête à frapper, à frapper pour tuer. Il y a une fulgurance dans ses traits, qui nous hurle le danger. Tout notre corps est tendu, notre instinct cherche à nous protéger, mais nous sommes des guerriers entraînés et habitués, nous dominons cet instinct pour atteindre une maîtrise totale de la situation. Nous sommes prêts à recevoir l’attaque, nous sommes prêts à tuer à notre tour. Il existe aujourd’hui des organisations en ce monde qui présentent ce visage mortel, et nous ne sommes pas prêts. Nous gaspillons nos forces ailleurs, pire, nous les négligeons. Nous ne nous assurons pas de la solidité de nos alliances, nous continuons à croire bêtement en la valeur absolue d’un ordre et nous bâtissons notre intelligence et notre société sur ces faiblesses. Je suis ici aujourd’hui pour m’assurer de la solidité de l’alliance tacite qui unit Konoha au Rokushishi Ryuu et pour corriger nos défaillances.

Ils avaient été reçus très officiellement par le patriarche de l’école, Hiroshin Kessuke, avant de s’isoler dans une aile à part du dojo en comité un peu plus réduit ; Reiko, Kato, Kinoko pour représenter Konoha, Hiroshin, Shaeru, Oto et quelques autres disciples non moins célèbres pour les lions. De tous, seule Kinoko était déjà rompue à son régulier exercice de présentation, aussi Akogare prêtait-il une attention discrète aux réactions de Reiko et de Kato. Pour être tout à fait honnête, il avait chargé Kinoko d’observer cela sans avoir l’air d’y toucher. Reiko et Kato étaient au fait des grandes mouvances de la pensée qu’Akogare transportait, mais pas de son application détaillée. C’était important pour lui de savoir à quoi s’en tenir, ce qui faisait tiquer ou ce qui attirait l’attention. Les lions de leur côté avaient semblés intéressés, et le Hyuuga les connaissait assez pour savoir que si son discours ne les avait pas touché, ils l’auraient montré. Il avait en outre la chance d’évoluer en terrain connu, que ce soit au niveau de ses principaux interlocuteurs ou, plus généralement, de ce qui pouvait chatouiller l’esprit d’un guerrier expérimenté.

[Hiroshin] – C’est une démarche intéressante et surprenante. Je pensais que vous veniez pour tout à fait autre chose. Comment comptes-tu procéder ?

[Akogare] – Tout d’abord, le Rokushishi Ryuu restera bien entendu résolument indépendant. J’ai davantage en tête quelque chose qui ressemble à ce qui nous lie actuellement, une alliance d’estime et d’amitié. L’estime et l’amitié sont des choses qui se conquièrent et qui se préservent, à cet égard, si la politique de Konoha venait à vous hérisser, vous garderiez toute propension à le manifester ou à vous mettre en retrait. Je ne peux en effet pas garantir que Konoha reste inchangé avec le temps, mais mon propos est précisément de lui faire gagner une sorte de nouvelle philosophie, qui pérennisera ces volontés. D’un autre côté, je désirerai également que cette alliance ait une application concrète. Quand Konoha allait être attaquer par Kakumei, les Lions ont répondu présents.

Akogare n’utilisait pas cet exemple au hasard. Il savait que son combat contre Kanda lui avait valu un certain respect de la part des lions, car c’était de loin l’adversaire le plus terrible qui devait attaquer le village. La vérité était malheureusement moins lumineuse – comme souvent la vérité, elle aime les ténèbres – mais c’était malgré tout sur l’initiative d’Akogare que Kanda avait connu la défaite.

[Akogare] – Mais cela n’a été capable que parce que nous avions été avertis à l’avance de l’attaque. Et croyez-moi, nous avons été avertis parce que Kakumei le voulait bien. Je crois que si à l’avenir Kakumei désire notre destruction, elle opérera soit de manière sous-marine, par infiltration, corruption et autres actions difficiles à repérer, soit par une force d’extermination autrement plus féroce que la fois passée. A ce moment, nous aurons certainement besoin de votre puissance rapidement. J’avais dans l’idée de mettre en place des balises de téléportation communicantes et intelligentes. C’est une création de Kato Sano qui, si vous le désirez, vous en parlera mieux que moi.

Hiroshin inclina profondément la tête en direction du Juunin, ce qui évoqua immanquablement l’image d’un vieux lion qui observe sa famille. Kato, dont l’intervention n’était pas spécialement prévue, Akogare lui ayant juste dit que c’était une possibilité, enchaîna aussitôt.

[Kato] – C’est un procédé expérimental, mais dont nous avons déjà pu nous assurer de la fiabilité. Il s’agit d’une paire de balises qui portent la même signature, séparée d’une certaine distance. Une fois placée, n’importe qui peut l’emprunter, ce qui au regard de nos fonctions représente un danger. C’est pour cette raison qu’elles sont scellées quand elles ne sont pas utilisées. Elles sont conçues pour reconnaître une intention. C’est un procédé encore imparfait, car une personnalité parfaitement entraînée peut mentir sur ses intentions ou s’auto-persuader, pour un temps, d’une intention donnée. Mais cette protection s’est à ce jour révélée suffisante. Si vos intentions sont de protéger Konoha, la balise s’activera. Elle marche dans les deux sens. Konoha peut ainsi venir au Rokushishi Ryuu. Les balises peuvent diffuser des messages d’alerte, en retranscrivant une parole. Je vous fournirai toutes les explications dont vous avez besoin dès qu’elles seront opérationnelles.

[Shaeru] – C’est très ingénieux, je me pose néanmoins une question. Si je désire rendre visite à Konoha, mon intention n’est pas de le protéger. Ce n’est pas mon intention immédiate.

Kato eut le hochement de tête des gens modestes qui annoncent quelque chose de plutôt génial.

[Kato] – Les balises ignorent les intentions de surface. Il ne suffira pas de penser : je veux protéger Konoha pour que la balise ait une fraction de seconde d’hésitation, suffisante pour réaliser la téléportation, mais au contraire porter en soi les valeurs profondes de protection. En réalité, les détails techniques sont réellement ennuyeux, mais elle met en rapport les intentions positives et négatives. S’il y a volonté de destruction, elle se bloquera, s’il y a des intentions plus neutres elle cherchera un instinct de protéger.

La discussion se poursuivit, Akogare en profita pour consulter Kinoko en toute discrétion. De son avis, les choses évoluaient très bien, Kato et Reiko semblaient plus que simplement intrigués à présent. Les réserves que Kinoko avait repéré chez Kato – il attendait de voir si son a priori positif sur Akogare était justifié, ou bien si Akogare n’était qu’une brute du Taijutsu de plus qui n’avait pas de suite dans les idées – avaient totalement disparues, ce qui était somme toute une bonne nouvelle.

[Hiroshin] – Cela me semble bien pensé. Nous vous accueillerons avec plaisir pour cette nuit.

[Akogare] – Avec plaisir. Nous ne sommes pas pressés et nous attendrons votre réponse avec simplicité.

Akogare se permit un long soupir intérieur. Il savait que les Lions avaient de bonnes chances d’accepter mais, comme pour toutes les luttes dans lesquelles il s’était engagé, Akogare n’était pas parti de Konoha certain de sa victoire. C’était probablement l’un des enseignements dont il était le plus reconnaissant, la défaite commence souvent quand l’idée de la victoire prend le pas sur la réalité.

[Hiroshin] – Akogare, serais-tu à nouveau intéressé par un combat contre l’un des lions ?

[Akogare] – Bien sûr.

Hiroshin inclina la tête sérieusement.

[Hiroshin] – Shaeru.

La jeune femme rencontra le regard blanc du Hyuuga et lui adressa un fin sourire amical. Ils n’avaient encore jamais combattu l’un contre l’autre, malgré leur désir commun de s’y essayer. Il y avait quelques rumeurs qui circulaient sur le style de la lionne, qu’Akogare avait entendu auprès de shinobi associés à l’école ou des lions eux-mêmes. Il était assez impatient de les observer à son tour.

[Hiroshin] – Ce sera un combat amical.

Il se leva et toutes les personnes de la pièce l’imitèrent. Elles se dirigèrent vers les aires d’entraînement, qui témoignaient d’une activité forcenée. Les deux belligérants s’avancèrent et se firent face.

Akogare observa rapidement Shaeru. Il connaissait bien la jeune femme, c’était peut-être la lionne qu’il avait le plus fréquenté – et pas uniquement à cause de son sexe. Il l’avait vu s’entraîner et il en savait assez long sur les combats pour pouvoir tirer quelques débuts de conclusion rien qu’en l’observant se déplacer ou se tenir debout. Ce sera une adversaire coriace, mais il ne pouvait dire si elle serait entreprenante ou si elle le laisserait venir. La première option lui paraissait préférable, son style était principalement défensif. Les Hyuuga s’entraînaient pour stopper la roche puis la briser. Il fit quelques mouvements du bras pour retrouver ses sensations.

La jeune femme désigna son torse du menton, un sourire au coin des lèvres.

[Shaeru] – Depuis le temps que nous devions nous affronter

[Akogare] – C’est vrai, à croire qu’on craignait de se départager.

[Shaeru] – On ne se départagera pas totalement puisqu’on n’utilisera pas notre force complète.

[Akogare] – Je n’utiliserai pas mon chakra.

[Shaeru] – Et je n’utiliserai pas les Gan no Shishiou. Néanmoins…

Elle se mit en position.

[Shaeru] – Les lions ne se battent jamais pour le spectacle, mais pour dominer, que cela soit amical ou non.

Akogare discernerait les mouvements de Shaeru avec une plus grande clairvoyance avec le Byakugan. Sans compter qu’elle allait utiliser le terrain à son avantage, il le savait, à l’instar des autres lions qu’il avait eu l’occasion d’affronter. Cela faisait des années qu’elle combattait sur cette aire d’entraînement, elle connaissait le sol sur lequel elle marchait, elle connaissait la dynamique du lieu. Les lions utilisaient le sable, la terre, les forces élémentaires pour vaincre, Akogare ne l’oubliait pas. Le Byakugan lui aurait permis de rester concentrer sur les flux de chakra uniquement, mais il n’était pas contre un retour au classicisme.

La jeune femme commença à se déplacer, tandis qu’Akogare s’étendait selon la garde du Jyuuken. L’espace qu’il contrôlait doubla, mais Shaeru restait prudemment hors de sa portée. Il pouvait terminer le combat en un coup, si elle se décidait à faire une erreur de placement. Mais ce n’était pas le cas, elle tournait autour de lui comme le lion qui sait ne pas être face à son gibier. Elle attendait qu’il quitte sa garde ou qu’il la trahisse, Shaeru devait savoir que son allonge était pour l’instant largement supérieure à la sienne et qu’elle n’avait, sauf erreur de la part de son adversaire, aucune chance de l’atteindre avant d’être touchée. Akogare tournait avec elle, habitué à cet exercice pénible pour les Hyuuga les moins expérimenté, parce que le Jyuuken était difficile à maintenir en déplacement. C’était une garde strictement défensive quand elle n’était pas couplée avec les autres mouvements du répertoire, tellement défensive que le moindre mouvement de pied ou de main laissait une ouverture. Mais Shaeru n’en voyait pas, alors elle tournait en petites foulées, changeant brusquement de rythme plusieurs fois. Elle ne comptait pas s’approcher dans ces conditions, aussi Akogare fit-il semblant de faire une erreur de placement. Le regard de Shaeru tomba à l’instant dessus, mais elle n’attaqua pas, flairant le piège.

Autant pour la défense.

Akogare fondit sur elle en un bond, la lionne amorça un mouvement de retrait mais fut frappée à trois reprises au sternum. Elle para deux des coups de la série, prit appui sur la jambe de son adversaire et sauta en arrière d’environ trois mètres. Akogare avait repris sa garde. Elle était rapide. Sa série visait le cœur, mais Shaeru était parvenue à dévier son corps en plein mouvement pour qu’il frappe la zone la mieux protégée de son torse, ses abdominaux. En trois coups, elle avait simplement perdu un peu de souffle, mais elle était trop solide pour être inquiétée. Le regard de Shaeru descendit deux fois sur son genou droit, celui qui se trouvait le plus en retrait. Elle avait remarqué ? En le voyant bouger sans doute, ou plutôt à la réception de son bond tout à l’heure. Ce n’était pas quelque chose qu’Akogare pouvait corriger en situation de combat, mais inconsciemment, il n’utilisait jamais sa jambe droite pour s’appuyer lors d’un effort. Quand il s’était approché, il avait fait le saut avec la jambe gauche, la droite n’ayant servi qu’à le rétablir pendant qu’il frappait. Son genou droit avait été brisé à plusieurs reprises et parfois, rarement, lors de missions très longues et particulièrement fatigantes, il le trahissait quelque peu. Akogare avait dû revoir toute sa tactique de combat pour effacer ce défaut. En plaçant la jambe gauche devant, il parvenait généralement à faire croire qu’il s’agissait de sa véritable jambe d’appui, mais ce n’était pas le cas. Shaeru essaierait de le lui casser pour limiter sa portée, mais pour cela elle allait devoir se rapprocher de très près car c’était le membre le plus difficile à atteindre en garde Jyuuken, avec la main opposée.

Shaeru n’attaquait toujours pas cependant. Elle avait repris ses cercles d’observation. Akogare devinait presque le plan se dessiner dans son esprit. Elle attendrait d’avoir le soleil dans le dos et d’observer son adversaire ramener sa jambe droite avec à peine un quart de seconde de retard, ce serait le signal qu’elle guettera. Akogare lui offrit ce signal et Shaeru bondit, avec une détente étonnante, mais il rabattit ses deux mains contre elle et la heurta de plein fouet. La lionne fut projetée en arrière sur plusieurs mètres, sans le moindre contrôle et traînant une épaisse poussière derrière elle. Akogare gardait une portée trop importante, elle ne pouvait tout simplement pas le toucher sans tricher. Elle aurait pu si le niveau de son adversaire n’était pas au moins égal au sien, mais ce n’était pas le cas aujourd’hui. Akogare ne voulait pas paraître sexiste, mais c’était néanmoins l’une des limitations principales des femmes lorsqu’il se confrontait à elles sans armes. Avec un katana, elles pouvaient palier à cela, encore mieux avec une arme d’hast, mais dans le cas contraire elles étaient tout simplement trop petites pour l’inquiéter.

La lionne se releva immédiatement mais elle savait que le combat n’était pas en sa faveur. Cette jambe se trouvait trop loin, il fallait procéder autrement. Akogare n’était pas sûr qu’elle fût beaucoup plus rapide que lui, mais il avait déjà été surpris par sa détente. Elle pouvait essayer de passer par des moyens moins conventionnels, car selon son estimation, elle n’allait pas changer radicalement de stratégie s’il ne changeait pas de garde. Victoire ou non, il fallait pourtant un peu de spectacle. Akogare brisa sa garde et s’approcha à son tour, doucement, le corps tendu et prêt à répondre. Shaeru se maintenait en position par de petits sauts de quelques centimètres. Elle calculait inconsciemment l’espace qui les séparait pour savoir à quel moment frapper car le danger de la garde écarté, elle pouvait recouvrer un style plus offensif. Akogare la laissa venir, le pied de la femme s’écrasa contre sa hanche sans faire trop de dommage, mais ce n’était pas encore l’attaque principale. Son coude fracassa son épaule, Akogare profita du rapprochement pour saisir Shaeru par le tissu du col et pour la soulever du sol, avant de la projeter contre un parterre de fleur quelques mètres plus loin. Elle ne frappait pas assez fort pour l’inquiéter, mais Akogare avait un pressentiment. En l’observant se relever, il se fit la réflexion qu’elle avait dû trouver une faille dans son style, car ses mouvements étaient beaucoup plus guerriers à présent, sans qu’il ne puisse se l’expliquer clairement.

Elle se battait exactement comme il l’avait imaginé. Sans fard, avec patience et tactique, chaque confrontation devient un défi, petit ou grand. Il n’y avait aucune demi-mesure dans le mouvement de ses jambes et le balancement de ses bras, elle était là pour gagner, malgré le rapport de force actuel. Shaeru allait le laisser venir à présent, elle avait elle-même adopté une garde dont Akogare avait entendu parler. Il ne l’avait jamais vu en application, mais de ce qu’il en savait, elle était essentiellement basée sur la riposte. Cela ne l’ennuyait pas ; Shaeru avait bien conscience que laisser son adversaire évoluer dans un registre défensif, un registre dans lequel son style excellait, était une erreur, tout simplement parce que même si elle parvenait à régler le problème de l’allonge – les solutions avaient dû éclore dans son esprit – il restait le style en lui-même et la puissance des coups, soit deux problèmes à affronter au lieu d’un seul. Akogare s’approchait par enjambées uniques, à nouveau sous la garde Jyuuken. Shaeru venait de rentrer dans sa ligne de portée mais il ne devait pas l’attaquer immédiatement ; si elle ripostait, il serait en déséquilibre, et la lionne riposterait. Akogare attendit deux nouveaux pas pour frapper, beaucoup plus haut qu’avant, au niveau du visage. Shaeru esquiva l’attaque mais la main d’Akogare se rabattit sur sa gorge en un couperet brutal qui la fit presque toucher le sol du genou. La lionne se redressa en chargeant et il ressentit une douleur fulgurante dans le genou gauche. Akogare ne prit pas la peine d’analyser le mouvement, il attrapa Shaeru, sans défense, par les cheveux et écrasa à deux reprises son genou blessé contre son visage, avant de l’expulser à un pas, juste assez pour la détente de son bras qui la fit reculer de deux nouveaux bons mètres. La jeune femme avait le visage en sang mais elle continuait de le fixer avec le plus grand sérieux du monde.

Trop occupé à protéger sa jambe droite, Akogare en avait négligé le reste. Ce n’était pas tout à fait exact, car un combattant avait toujours une sensation totale de l’ensemble de son corps et de ses muscles durant un combat. Mais il place la priorité en différents endroits et sa jambe gauche, pourtant plus exposée, ne l’avait pas inquiété outre mesure. La douleur s’était résorbée, l’os n’avait pas cédé mais il était certainement fragilisé. Shaeru comptait-elle continuer sur ce rythme ou tout cela n’était-il qu’une diversion ? La jeune femme semblait nettement plus entamée que lui, mais sa posture ne lançait guère de doute sur ses intentions. Akogare préférait en terminer rapidement. Quand elle reprit ses déplacements, la différence était évidente. Elle semblait beaucoup plus rapide, alors qu’elle évoluait sur le même rythme que précédemment.

Cette fois-ci, elle prit l’initiative de l’attaque et Akogare fut obligé de reculer et de briser à trois reprises sa garde Jyuuken, à cause des mouvements de Shaeru et de la nécessitée de parer ses attaques. La cassure n’intervenait que pendant une demi seconde, voire une seconde pleine, mais c’était suffisant pour éroder sa défense, si bien qu’Akogare dû riposter alors même qu’il défendait. Il bloqua le poing de Shaeru dans le sien et lança son coude sur son épaule, mais le corps de Shaeru s’était considérablement transformé, il ne fit qu’érafler toute la longueur de son bras. La jeune femme lui fit chèrement payer le déséquilibre et tapant sur son oreille, mais les vertiges n’étaient pas un grand problème. Il profita de sa nouvelle position pour attraper la cheville de Shaeru et la renverser au sol. Aussitôt que son dos eut heurté le sol, elle essaya de bondir à nouveau sur ses jambes mais le poing d’Akogare heurta sa poitrine, avant qu’il ne recule d’un bond. En situation de combat réelle, il y avait fort à parier que le duel aurait été terminé depuis un bon moment. Rien que dans la configuration qu’il venait de quitter, Akogare savait que si cela avait été un ennemi décidé à le tuer, il l’aurait enchaîné au sol jusqu’à ce que son corps se brise, sans beaucoup plus de considération pour le relatif manque d’élégance de la chose. Mais ce n’était pas exactement le cas aujourd’hui et il était à peu près sûr que Shaeru lui tiendrait rancune d’une attitude si mesquine. La jeune femme ne paraissait pas lessivée, mais malgré son brusque regain de vitesse, Akogare sentait bien que ses mouvements avaient perdu de leur spontanéité initiale.

Shaeru ne lui donna pas l’occasion de reprendre la main, elle s’inclina brièvement, projetant quelques gouttes de sang sur le sable chaud. Akogare se releva à son tour, la garde brisée et le corps aussi détendu qu’il peut l’être à la suite d’une intense concentration d’énergie. La lionne avait un mince sourire aux lèvres.

[Shaeru] – J’en ai fini, si tu l’acceptes. Il faudrait que j’utilise des mouvements plus dangereux pour toi et pour moi afin de rivaliser et je ne le désire pas.

[Akogare] – Très bien.

Akogare rajusta sa tunique et s’ébroua un bon coup. Les réveils devaient être un peu pénibles au milieu des lions. Shaeru le dévisageait toujours en souriant.

[Shaeru] – Il y a un lion de ton village parmi nous aujourd’hui, tu dois le savoir.

[Akogare] – Iki. Oui, je suis au courant. Comment est-il ?

Shaeru s’essuya le visage dans sa manche et l’invita à rejoindre le reste de l’assemblée.

[Shaeru] – Puissant.

MessageSujet: Re: La Battue   Mer 12 Jan - 22:01

Le soir venu, alors que Kato et son équipe s’occupaient de mettre en place les balises, Akogare s’était isolé dans la chambre que lui avait cédé le Rokushishi Ryuu en compagnie de Kinoko. C’était une fraîche soirée d’été, enrichie de senteurs inhabituelles. A seulement une poignée de kilomètres de Konoha, l’ambiance du lieu n’avait pas grand-chose à voir, peut-être était-ce dû à la proximité des côtes et du Pays du Thé, dont le climat était subtilement différent de celui du Feu. Ils furent amenés à se souvenir de leurs voyages respectifs. Akogare avait, sans grande surprise, vu davantage de pays que Kinoko, qui avouait préférait rester à Konoha lorsque cela lui était possible, même si elle nourrissait une curiosité assumée pour tout ce qui lui restait à découvrir. Au fil de la conversation, Akogare se sentit curieusement vieux, ou plutôt usé, alors qu’ils partageaient tout deux, à peu de choses près, le même âge. Kinoko avait conservé une spontanéité complète malgré ses charges à la tête des Yamanaka. Le Hyuuga appréciait sa compagnie, même si elle lui faisait ressentir des sentiments mêlés. Il y a un an de cela, il aurait vraisemblablement déjà essayé de se rapprocher d’elle charnellement, mais là, en dépit de sa pétillance et de la beauté de ses traits, il n’en éprouvait pas le moindre désir. Sur ce point-là aussi, i avait sans nul doute mûri. Sans compter, bien sûr, que décevoir Sayuri lui paraissait tout à fait répugnant et qu’il était bien trop intègre pour tromper sa confiance.

[Akogare] – Est-ce que tu ferai quelque chose pour moi ?

Le silence s’était installé doucement, tandis que Kinoko contemplait le ciel étoilé par la large fenêtre à leur disposition.

[Kinoko] – Bien sûr. Qu’est-ce que tu as en tête ?

[Akogare] – J’aimerai bien voir le Rakuen de plus près.

Kinoko écarquilla les yeux et éclata de rire. Elle prit tout de même la peine de répondre.

[Kinoko] – Tu es fou ! C’est une technique mortelle.

[Akogare] – Je sais, mais tu seras là pour me guider. Et je ne suis pas tout à fait démuni contre les illusions. On raconte que c’est la plus belle des visions.

Kinoko haussa les épaules, mal à l’aise.

[Kinoko] – Ce n’est qu’une illusion, il n’y a rien de beau dans une illusion. Mais c’est sans aucun doute une illusion qui fait plaisir. Elle joue sur les mêmes cordes que l’orgasme, si tu veux tout savoir.

[Akogare] – Cela m’intéresse d’autant plus ! Allez, on est entre nous et je te promets que nous ne courrons pas plus de dangers que cela.

Kinoko hésita un instant, puis joignit finalement ses mains.

[Kinoko] – Bon…

Il ne fallut pas plus de quelques secondes pour qu’Akogare se retrouve dans un environnement enchanteur. Sa conscience luttait pour le rattachait à l’endroit qu’il venait de quitter, elle essayait de le persuader que ce changement avait été réalisé trop vite pour être réel, mais c’était comme lutter contre un rêve ; on le fait rarement à armes égales. Akogare s’émerveillait du spectacle qui s’offrait à lui, des centaines d’odeurs qui venaient lui caresser les sens. Son regard tomba finalement sur un homme, plus grand que lui, plus impressionnant également, qui portait une lourde épée sur l’épaule. Cette apparition était choquante, elle troublait le paysage, le sentiment de perfection, mais quelque part au plus profond de ses entrailles, Akogare se sentit rassuré de cette présence, sans comprendre pourquoi. Enfin, il sourit.

[Akogare] – Ah, Raunen...

Sa voix était modelée étrangement, plus belle, plus irréelle également, comme si elle avait été modifiée par quelque magie. Akogare porta à ses yeux ses mains, où toutes les petites blessures avaient disparues, elles paraissaient aussi nettes que celles d’un nouveau-né. Le sang et les éléments indéterminés liés à la naissance en moins.

[Raunen] – Une réalisation exceptionnelle. Elle est douée, cette petite.

Le ton de Raunen cependant n’était pas du tout parfait. Il était haché, abrupt, chacun de ses mots heurtait le paysage avec une brutalité épouvantable. Akogare éclata de rire.

[Akogare] – Kinoko c’est vrai… oui… oui, elle est forte. Je voulais… ressentir un peu cette perfection, tu sais.

[Raunen] – Je comprends. Mais tu n’appartiens pas au monde des illusions. Tu as choisi la réalité il y a bien longtemps de cela.

[Akogare] – Quand j’étais dans le coma oui. Oui, j’ai choisi la réalité.

Akogare s’approcha de Raunen et s’adossa à l’arbre auprès duquel il se tenait. Il soupira longuement. Le paysage lui parut soudain beaucoup moins fasciné. Ce n'était pas tout à fait cela... c'était plutôt que sa perfection ne le touchait plus aussi profondément, maintenant qu'elle était mise en relief à la vulgarité d'une voix rauque.

[Akogare] – J’ai longtemps cru que je m’étais trompé. J’ai rapidement eu la puissance, j’ai eu les femmes, j’ai eu les aventures. Mais je me sentais toujours en quête. Konoha ne me plaisait pas. J’ai rejoint les Oi-nin pour essayer de trouver un sens à tout cela. Je crois que je pensais inconsciemment à la désertion à ce moment. Je n’ai pas cédé toutefois. Maintenant, je vois mieux pourquoi je suis là. Il y a des choses qu’on ne peut faire qu’après un certain temps d’apprentissage.

[Tenshi] – Et tu as beaucoup appris.

Akogare jeta un coup d’œil à la femme qui se dressait derrière lui. Il lui sourit sincèrement.

[Akogare] – Oui.

Tenshi était belle, avec ces longs cheveux mauves qui tombaient sur ses épaules dénudées. Cette vision lui rappela beaucoup de choses du passé, qu’il n’avait jamais cherché à oublier malgré la douleur lancinante qu’elles provoquaient chez lui. Tael, les histoires liées à sa famille, San… depuis combien d’années n’avait-il plus vu San maintenant ? Elle devait vivre sa vie tranquillement, peut-être même avait-elle quitté Konoha, bien que cela semblât peu probable.

[Tenshi] – Que vas-tu faire Akogare ?

[Akogare] – Je vais combattre. Je ne sais pas si je gagnerai. Car je vais choisir de faire confiance à des gens que je ne connais pas bien, pour la plupart. Je vais essayer de croire que Konoha, et ceux qui le composent, veulent changer pour le meilleur… et pour le pire.

Akogare rouvrit les yeux. Il se passa une main sur le visage et se frotta vigoureusement les joues. Kinoko le dévisageait avec un sérieux inhabituel. Le Hyuuga lui adressa un sourire fatigué. Il n'en était pas sûr, mais il lui semblait que c'était la Yamanaka qui avait, d'elle-même, annulé sa technique en percevant certainement les interférences causées par la présence de Raunen. Ten lui avait déjà signalé que c'était une force contre laquelle elle pouvait difficilement lutter, et qui l'empêchait d'accéder à ses pensées, mêmes les plus immédiates et volages.

[Akogare] – Raunen et Tenshi. Je t’ai parlé d’eux. Ils m’ont sauvé du coma, il y a dix ans de cela.

Il lui aurait été difficile d’estimer le temps qui s’était écoulé pendant qu’il était sous l’emprise du Rakuen. Son regard se fixa sur celui de la jeune Yamanaka alors qu’il prenait brusquement une décision capitale, sous l'inspiration du moment, en souvenir peut-être de la perfection perdue du Rakuen.

[Akogare] – Kinoko, il est très important que tu te rappelles de ce que je vais te dire. Je voudrais que tu conserves cela dans un endroit scellé de ton esprit, je sais que tu peux le faire. Un jour, peut-être, cela te sera utile de savoir la vérité. Car nous menons une guerre au-delà de Konoha, et cela nous sommes plusieurs à l’avoir compris. Approche-toi.

Kinoko se pencha lentement sur lui.

***

En milieu de soirée, Akogare quitta sa chambre et chemina lentement sous le ciel étoilé, fréquemment entrecoupé par des toits ou la cime d’arbres ancestraux. Il ne connaissait pas les lieux, mais le Hyuuga n’était pas pressé. Les aires d’entraînement étaient silencieuses, tous les lions semblaient avoir rejoint leurs quartiers après le repas. Akogare passa à proximité du bâtiment dans lequel s’affairait son équipe de Konoha, mais il les laissa travailler en paix et se dirigea sur le même rythme vers l’endroit que lui avait indiqué Iki, lorsqu’ils s’étaient brièvement entretenus plus tôt dans la journée. Akogare lui avait trouvé l’air ragaillardi, bien que cela soit très subjectif et qu’il soit délicat de juger de la forme de quelqu’un au bout de quelques phrases échangées.

La porte que lui avait indiqué le lion était ouverte. Akogare frappa contre le bois.

[Akogare] – Bonsoir Iki.

Iki, qui s’exerçait, se releva sans se presser et lui adressa un mince sourire. Il lui désigna du dos de la main une petite table basse de noyer, sur laquelle reposaient des verres et une cruche d’eau. Akogare s’exécuta tout en parlant.

[Akogare] – Content de te voir, depuis le temps. Comment se passe ton séjour chez les Lions ?

Iki s’assit face à lui et, sans le quitter du regard, s’alluma une cigarette sur laquelle il tira brièvement.

[Iki] - Akogare, le plaisir est partagé. Cela fait longtemps, mais étonnement, je ne m'attendais pas à te voir si tôt. Et parmi nous.

Il leur servit à boire ; il y avait un indice subtil dans ses mots, qui était peut-être inconscient mais cela l’aurait étonné, qui menaça de lui arracher un sourire. C’était un nous un peu exclusif que celui qu’Iki venait d’utiliser, comme s’il souhaitait maintenir Konoha encore un peu à l’écart des moments privilégiés qu’il partageait avec les lions. Akogare pouvait comprendre cela car c’était là une nécessité pour conserver une pleine lucidité. Quand il profitait d’une soirée paisible avec Ten, une fois l’une de leur mission terminée, à goûter un long silence complice ou à discuter à voix basse, c’était quelque chose de précieux qui n’appartenait qu’à eux ; il n’y avait plus de villages, plus de mission, le sang séché sur leurs mains n’avait plus la même odeur agressive. Il n’y aurait rien eu de plus frustrant que de voir arriver une patrouille de Konoha, fussent des amis à eux. Ils n’existaient plus dans leur réalité partagée, c’était presque grossier de venir gâcher cela.

[Iki] - Disons que mon séjour se passe différemment des précédents. Et c'est un moindre mal. S'éloigner de Konoha est toujours reposant, tous n'ont pas cette chance. Mais à ce que je vois, le village n'est jamais bien loin.

Cette fois-ci, Akogare ne chercha pas à retenir son sourire. Bien que curieux de savoir en quoi ce séjour était différent des autres, il ne questionna pas immédiatement le lion. Il avait sa petite idée sur le sujet. Le Hyuuga attendit qu’Iki poursuive en finissant son verre d’un trait et en s’en versant un autre.

[Iki] - C'est un plaisir de t'accueillir ici, Akogare, mais je ne suis pas Hiroshin, et les problèmes politiques de Konoha ne m'ont jamais vraiment inspirés. Disons que ...

Iki but une gorgée.

[Iki] - J'en ai une mauvaise expérience. J'imagine que ce n'est pas une visite de courtoisie alors, à moins que tu n'aies décidé de perdre ton temps avec moi, dis-moi ce que je peux faire pour toi.[/quote]

[Akogare] – J'ai pu discuter politique avec Hiroshin, et je le reverrai demain, ce n'est pas ce qui nous intéresse ce soir. Je suis venu te parler de nous deux.

Le verre d’Akogare tournait entre ses doigts, mais son intention restait concentrée sur Iki.

[Akogare] - Quand nous nous sommes rencontrés, j'ai vu de la qualité et de la douleur chez toi. Cela m'a intéressé, car ce sont des caractéristiques de chef. Parfois, cela se révèle, d'autres fois, non. J'imagine que ça dépend de l'usage qu'on en a. Il se trouve que, jusqu'à récemment, je ne comptais pas employer mes propres qualités de chef.

Au cours des dernières semaines, Akogare avait la furieuse impression de se répéter souvent. Mais il ne pouvait blâmer personne, pas même lui-même ; il avait beaucoup d’interlocuteurs différents et il lui fallait s’adapter à chacun d’entre eux. Pour l’instant, les difficultés rencontrées étaient minimes, mais cela ne faisait que commencer. Une grande différence existait entre mobiliser des forces et les employer avec sagesse et économie. Intéresser des hommes et des shinobi, Akogare pouvait faire cela, les séduire aussi… mais leur présenter son projet dans toute son authenticité, sans essayer de les influer autrement que par la force de son sujet et par sa propre conviction, cela était un autre défi.

[Akogare] - Ce n'est plus le cas cependant. J'ai des projets pour Konoha, des projets politiques, mais pas uniquement. Je ne me contente pas de ce que nous avons actuellement, je ne suis pas d'accord avec la philosophie que nous transmettons. J'ai l'impression que tout le village repose sur un fil minuscule, que rien n'est sûr malgré notre puissance apparente et cela ne me satisfait pas. Il y a beaucoup d'éléments déplaisants, je crois que nous pouvons en convenir toi et moi, dans le village. Beaucoup penseraient que c'est trop imprégné dans nos vies pour que nous changions, mais je pense autrement. Je crois qu'il est temps qu'une nouvelle génération s'impose, avec des idées nouvelles ; je veux que nous cessions d'être des soldats pour devenir les commandants que nous sommes. Je crois que tu as une large place dans cette pensée, plus large que la mienne, à vrai dire.

Le Hyuuga guettait les signes d’intérêt du lion, mais comme il l’avait imaginé, ils étaient timides. Cependant, il ne s’était pas refermé et c’était suffisant.

[Iki] – Je ne suis pas homme à se plaindre ni à retracer son passé. Je suis ce que je suis, pourquoi je le suis importe peu. J'en connais les raisons, les explications, j'en ai souffert les conséquences, mais tout cela appartient au passé. Je n'ai plus envie de remuer le passé Akogare, je ne veux pas voir les vieux fantômes de ma vie, de nos vies, ressurgir pour venir me hanter à nouveau. Si tu me dis que cela en vaut la peine, alors je te suivrais, mais pèse bien tes espoirs parce qu'ils risquent de tous nous détruire. J'imagine que tu en es conscient.

Sa voix était lourde et grave, comme venant de très loin. Au fil de ses mots, il s’était peu à peu rembrunit. Des fantômes, Iki en avait certainement traversé quelques uns et il n’en était pas sorti indemne. Akogare était convaincu que ce qui faisait une partie de la valeur d’un homme, c’était sa capacité à dépasser – à transcender – ce que la vie avait fait de lui. Accepter ce que les autres ont façonné, ne pas admettre avoir son mot à dire, ce n’était pas là l’attitude d’un homme conscient de sa vie. Même brisé, il y a toujours une possibilité de se reconstruire car l’homme possède en lui les clefs de sa vie et de sa mort, il a une liberté totale sur ces questions. Ce sera toujours lui, finalement, qui aura le fin mot de l’histoire, quelques soient les difficultés rencontrer. On ne peut pas juste se dire que c’est comme ça, on en a pris pour un certain temps à vivre, plus rien ne pourra changer ; il ne reste plus qu’à attendre la fin. Iki cependant se détendit, soupira et porta sa cigarette à ses lèvres. Lorsque sa main se baissa, elle laissa apparaître un sourire sans joie.

[Iki] - Je ne suis pas tout à fait sûr de savoir ce qu'il faut que je fasse, ni comment je vais devoir le faire. Je ne suis pas certain non plus de savoir ce que tu attends précisément de moi, Akogare. Mais si c'est pour éviter à certains de revivre ce que j'ai vécu ...

Il sourit.

[Iki] - Alors je le ferais. Je crois que tu abrites un mirage, Akogare Hyuuga. Mais rêver un peu nous ferais le plus grand bien, à tous.

[Akogare] - Je pense qu'aucun de nous n'est autre chose qu'un mirage. La personne la plus réelle que j'ai rencontré s'appelle Soru Roshouki et c'est notre ennemie. Mais cela donne à réfléchir. Konoha est amené à dépasser sa condition ou à disparaître, cela ne fait aucun doute dans mon esprit. Ma tâche est de favoriser la première condition, rien de plus.

Il était temps maintenant d’aborder la raison la plus immédiate de sa venue, la traque à laquelle il avait convié les lions de Shimenu. Akogare en avait assez entendu sur l’autre sujet pour savoir qu’il pouvait prêter une confiance suffisante en Iki. Konoha ne deviendrait pas une entité autonome selon la volonté d’un seul homme. Non, cela ne pouvait fonctionner ainsi. Les shinobi sont souvent amenés à raisonner simplement, en grande partie à cause de l’illusion du Kage. Il y a beaucoup de croyance en la toute-puissance du Kage, en sa faculté à modeler les choses par sa seule volonté… mais pour ce qu’Akogare en savait, la vie apportait des réponses très différentes et la bulle d’autosatisfaction des shinobi ne l’intéressait plus. Il voulait la vérité, la vraie vie. Pour que Konoha change de culture, change sa façon de penser et de concevoir le monde, il faudra que chacun de ses habitants porte en lui toutes ces valeurs, et que tous les alliés et les ennemis du village puissent ressentir ces valeurs.

[Akogare] - Nous aurons le temps de discuter du rôle de chacun d'entre nous, de nos buts, de nos aspirations. Je suis venu à Shimenu pour souder les liens qui unissent Konoha aux lions, car il faudra que le village compte soigneusement ses alliés. Pour le moment, j'ai un plan très simple à te proposer. J'ai sélectionné, avec ma partenaire, deux ennemis du village. Tu es Oi-nin, tu auras certainement entendu parler d'eux, Hana Shinratsu et Shinizu. Je n'ai pas sélectionné ces deux personnalités au hasard. La première est dangereuse, pour elle-même et pour les autres, et Konoha a toute sa responsabilité d'engagé pour avoir armé et entraîné un esprit aussi fragile. Le second, un ennemi déclaré du village, qui cherche notre destruction - je trouve l'idée déplaisante. J'ai beaucoup de choses à dire sur la façon dont nous utilisons les Oi-nin, et sur les raisons qui nous poussent à utiliser de telles unités, mais ce que je peux te dire pour le moment, c'est que je considère les ennemis politiques comme les seules réelles menaces que nous avons à détruire.

Il finit à nouveau son verre d’un trait.

[Akogare] - Il ne s'agit pas juste de tuer ces deux personnes. Ten et moi allons les débusquer, et nous serions assez de nous deux pour les abattre séparément. Mon intention est de mettre au point une force de Konoha unie et soudée, parmi les âmes fortes du village, celles qui, je pense, serons amenés à commander tôt ou tard... ou qui commandent déjà à une échelle donnée. Les lions ont accepté de participer même si je dois en discuter plus avant demain avec eux. Des clans de Konoha et des personnalités individuelles ont accepté de me rejoindre dans cette battue et d'autres semblent sympathiser avec le dessein général, encore laissé partiellement dans l'ombre pour l'instant car il ne s'agit pas de précipiter les choses. Est-ce que de ton côté, cette traque t'intéresserait ?
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MessageSujet: Re: La Battue   Lun 17 Jan - 14:16

La lourde porte grinça. Le métal refroidit scintillait encore, parfois, là où ni la rouille ni la moisissure ne le recouvrait. D’un éclat fatigué et effrayant à la fois. La serrure avait été laissée ouverte – tout à fait normalement – et sous la lueur d’une torche, l’ombre avançait dans la petite cellule. L’image d’un homme étendu sur le sol, agonisant, venait à ses yeux, qu’il ferma très vite. Bientôt, elle s’estompa dans une difficile inspiration et l’épais brouillard disparut. Iki rouvrit les yeux et s’imprégna de l’humidité qui l’entourait, de cet air vicié. Le coulis de l’eau constant qui giclait entre deux petites pierres désaxé par le temps et par les forces de la nature était insupportable. Quelques minutes qu’il était là et il l’énervait déjà. L’image du lion lui revint en tête, encore une fois. Sa main continuait de chatouiller les barreaux. La lumière qui émanait du flambeau léchait la peau de son visage, mais ne réussissait pas à calmer les réguliers frissons qui parcouraient son corps. Le lion faillit vaciller mais une nouvelle fois, son bras le retint. Il fit quelques pas et rentra définitivement dans la cellule. Sans y porter attention, il posa la torche dans son fourreau d’acier qui gisait, coincé dans le mur et défit son étreinte des barrières du cachot. Là, il huma l’odeur froide des pierres, celle du sol carrelé et recouvert de mousse. Du bout des yeux, il trouva deux trois os pas bien épais, vestiges d’une mauvaise nourriture puante. L’air était nauséeux, il se retint de vomir en allumant une cigarette.

Etrangement, l’odeur acide de la cigarette le rassura. Il leva la tête vers le plafond dégoulinant de pourriture et laissa la fumée sortir de sa bouche en une longue et lente cheminée grisâtre qui montait en toute impunité. Les sons des cris remontèrent jusqu’à ses oreilles ; il se remit droit, fixant l’ouverture de la geôle. Un courant d’air bouscula le nuage de cendre et dispersa la fumée dans toute la petite pièce. Tout avait commencé ici, dans cette petite prison de pierre, cachée sous Shimenu, dans un sous-sol macabre indigne de l’Ecole, mais pourtant nécessaire. Le seul vestige de leur humanité. Le visage rageur et fatigué de Nobuo réapparut. Il avait pris les coups sans sourciller ; un vrai lion. Son seul défaut était d’avoir été entraîné vers de mauvaises directions. Il l’avait vengé, d’une certaine façon même si le sentiment d’insatisfaction et d’injustice restait ancré dans son esprit et qu’il empestait partout entre ces quatre murs. Kane était mort. Mais le rictus de haine de Nobuo restait là, accroché aux peu de choses qui tenaient son passé en haleine. Des choses que le Lion ne pourrait jamais oublier et qui l’avait construit. Tout avait commencé ici. Et il y avait de très minces choses pour qu’elles s’y terminent également.

La lourde main d’Aiko serrait son épaule. La crinière blonde de son ami avait finalement passé le pas de la petite porte de métal de la cellule et étincelait la pénombre d’un peu de gaité.

[Aiko] – Il faut rentrer.

Le Lion marqua une pause et resta muet quelques instants devant le silence d’Iki ; comme s’il ne l’avait pas vu. Sa voix impulsive contrastait néanmoins avec la profondeur des émotions qui se dégageaient de la scène si bien qu’Iki cligna nerveusement des yeux et se releva doucement.

[Aiko] – Akogare ne devrait plus tarder.


***


Il avait laissé le village discrètement. Un bref mot à Yasu pour la prévenir consistait à satisfaire sa conscience, quoi qu’en passant les portes de Konoha, elle s’effaçait tranquillement vers une toute autre sorte de satisfaction. Etrangement, elle ne partageait plus tellement sa vie et même s’il n’aimait plus cette idée, seul son corps amenait quelque chose d’intéressant. Mais Yasu avait changé, elle l’avait rejetée et il n’avait rien pu faire contre cela. Peut-être la trop grande présence de Shinizu l’avait-elle dérangée ; il n’en savait rien, il n’avait pas trouvé la force de le lui demander et il ne trouvait guère l’intérêt d’une telle conversation et des réponses qui en découlerait. Keira avait fait de lui un shinobi redoutable, elle lui avait également rendu la liberté, comme s’il paraissait indispensable aux lions de pouvoir voler de leurs propres ailes. Ce qui était particulièrement faux. Mais lui comme tous les autres avaient ses besoins. Shimenu n’était pas bien loin du village, mais c’était déjà trop. Il avait enfilé son masque, pris quelques affaires et lorsque le soleil s’était couché, il avait lamentablement fui. Sans ressentir la moindre honte ni la moindre gêne. Ils le comprendraient.

Chacun de ses voyages chez les Lions était accompagné d’aventures dont Iki se serait bien passé. Le côté dramatique et effrayant de celles-ci y jouaient peut-être pour quelque chose. Pourtant, il revenait. En comparaison, le quotidien de Konoha n’avait plus rien de terrifiant ; mais cela restait un quotidien, une quotidien qu’il n’appréciait pas tellement. Sa vie, il l’avait faite ici, parmi les lions et s’il devait surmonter certaines épreuves que le destin posait sur son chemin, alors c’était avec eux qu’ils se devaient de les passer. Le quotidien de Konoha perdait de sa terreur parce qu’il avait appris à relativiser et à renoncer. Kawazi lui avait appris à se battre.

Iki avait appris dans la journée qu’Akogare Hyuuga devait arriver. La nouvelle le surprit, d’abord, mais il s’en contenta, comme tous les autres. Cela ne pouvait guère être pire que les précédentes situations dans lesquelles il s’était fourré et de manière plus générale, il y avait très peu de probabilités pour que le Hyuuga prenne la peine de former toute une délégation et traverse le pays pour ses beaux yeux. Et c’était une bonne chose. Il n’y avait pas besoin de voir Akogare de ses propres yeux pour le connaître ; pour connaître une partie de son œuvre. Si Keira opérait avec le shinobi de Konoha comme elle l’avait fait avec lui, quoi que certaines nuances devaient sûrement rendre cette relation d’autant plus passionnante, alors, sans nulles doutes, il y avait une partie de vérité de ce qu’on racontait à son sujet. Qu’une infime et minime partie. Mais Iki avait eu l’opportunité d’entrecroiser la route du Hyuuga. Elle lui avait été bénéfique, en plusieurs points. Néanmoins, la seule chose qui obsédait le lion était le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas avoir été celui qu’il aurait dû être. Le visage qu’il arborait il y avait presqu’un an était déjà bien moins monstrueux que lors de son arrivée à Konoha, mais il ne reflétait en rien la sérénité et le calme de celui qu’il montrait depuis quelques semaines. Quoi qu’il ait pu faire bien des choses horribles avant leur rencontre, Akogare avait partagé une mission avec un morceau de monstre. Benkei était rentré à Konoha, et c’était le principal, pensait-il toujours, pour cacher le reste de l’iceberg caché sous la surface d’une mer bien froide.

Iki craignait de n’avoir déçu une personne de plus. Lorsqu’Akogare passa le pas de sa porte, il comprit qu’ils avaient tous deux, et peut-être pour des raisons différentes – sûrement, même – le même dédain des gens. Du faux visage des gens. Et il en fut rassurer.

[Iki] – Tu parles d’une traque … Il tira succinctement sur sa cigarette avec des faux-airs moqueurs. Tu es en train de me demander si demain, je suis prêt à changer encore une fois toute ma putain de vie. Même si je n’ai aucun doute sur la réussite de cette traque, Hana Shinratsu et Shinizu ne sont pas de simples déserteurs. Les mettre à bas, ensemble, et si rapidement … c’est un véritable symbole. Un symbole que nous devrons tous porter.

Le Lion continua de sourire, imaginant déjà les répercussions que cette traque aurait sur sa vie. Parce qu’il n’était plus question de se cacher, cela, il l’avait bien compris. Akogare nouait même l’idée d’en profiter.

[Iki] - J'ai une condition. Il tira nerveusement sur sa clope. Je ne veux pas qu'on oublie que je suis un Lion. Oeuvrer pour l'unité de Konoha est ton projet. Cette idée me plait. Mais je suis un Lion, je suis né ici et quoi qu'il arrive dans les prochains jours et les prochaines semaines, je resterai un Lion. Konoha ne mérite pas que je me taise.

L’espace d’un instant, il lui était apparu un avenir bien sombre, le visage d’une population noyée sous une unique bannière, une population apostrophée par l’ambition d’une seule entité. Et même si cette apostrophe semblait se dessiner avec lui, elle le noierait avec tous les autres. Unir les clans, unir tous ceux qui partageaient une vision commune, une vision moderne pour changer ce qui avait été fait par le passé était une entreprise conséquente et périlleuse, du moins l’envisageait-il ainsi, même s’il peinait à imaginer les conséquences que cela produirait sur leur vie à tous. Iki faisait confiance à Akogare, mais il n’avait que sa parole comme preuve de sa bonne foi et de la clairvoyance de son projet. Mais dominé par Okugane, par Keira ou par un Hyuuga, Iki ne voyait pas tellement la différence ; ils étaient toujours dominés. D’autant qu’Akogare, lui, ne serait pas toujours là.

[Akogare] – Et de mon côté, je resterai un Hyuuga, même si j'avais envie de faire autrement. On ne peut changer ce que nous sommes et je ne m'y essaierai pas avec toi. Nous nous reverrons bientôt, Iki, passe une bonne soirée.

Le lion sourit et éteint sa cigarette dans un petit cendrier. Ces paroles mettaient un terme à leur conversation de la meilleure des manières. La frustration qui régnait en eux n’existerait plus, c’était cela, l’objectif. Qu’elle évolue, qu’elle se transforme en un impossible mouvement d’action. Tous deux auraient voulu mener leur vie d’une tout autre manière ; mais certaines personnes et certaines choses avaient fait qu’ils n’y étaient pas parvenus. C’était cela qu’ils devaient changer. Iki baissa poliment la tête et laissa Akogare se lever et sortir.


***


La chevelure brune l’épatait toujours du Lion l’épatait toujours. Elle contrastait étrangement avec ses deux yeux extraordinairement bleus, d’un bleu profond et soyeux à la fois. Kawazi n’avait pas beaucoup changé depuis leur première rencontre. Il avait pris, forcément, un peu d’âge, quelques rides s’esquissaient ça et là sur son visage, mais cela ne le rendait que plus grand encore et donnait un peu de crédibilité à la fausse sagesse que le lion aimait voir poindre dans son discours. L’histoire de Kawazi n’était pas facile, guère plus que celle d’Iki, en vérité. Mais curieusement, les deux hommes s’y retrouvaient et à mesure que les années passées, Kawazi voyait son élève évoluait d’une manière qu’il connaissait bien, pour l’avoir vécu presque de manière similaire. La seule petite nuance était que le professeur n’avait jamais eu de déboires avec un problème aussi grand que celui de Konoha. Et Konoha pouvait être un sacrément gros problème.

[Kawazi] – Hiroshin dirait qu’il est fier de toi. Moi, ça m’emmerde.

Iki sourit joyeusement et alluma une cigarette, l’air de rien. Il contemplait le coucher de soleil, dévisageant le chemin qui sortait de Shimenu pour se diriger, un peu plus au nord, vers Konoha. L’équipe d’Akogare avait pris cette direction une petite heure auparavant.

[Kawazi] – Ils ne seront pas restés bien longtemps, n’est-ce pas.

Iki releva le ton presque triste de son compère, fronçant un sourcil amusé.

[Iki] – C’est un mal ?

[Kawazi] – La précipitation n’amène jamais rien de bon.

[Iki] – Voila de bien sages paroles, vieillard, répondit-il en pouffant d’un rire moqueur. Konoha ne fait jamais rien sans se précipiter. C’est leur monde, c’est ainsi, il va trop vite. On dirait que c’est facile, et ça l’est, au début. Et puis ensuite, on s’en fatigue très vite.

Il resta silencieux quelques instants, fixant un point vers l’horizon magnifique, dépeint d’une multitude de couleurs chaudes.

[Iki] – On n’aura jamais fini de se lasser des frasques de Konoha.

Kawazi sourit et frappa amicalement son élève à l’épaule.

[Kawazi] – Tu prendrais presque ça avec philosophie.

[Iki] – Surpris ?

[Kawazi] – Non. Fier.

Iki tira sur sa cigarette et laissa la fumée s’écouler lentement de sa bouche.

[Iki] – Hiroshin est en toi l’ami.

Kawazi amorça un autre coup de poing, toujours amical, mais un peu plus violent. Iki se laissa déporter sur le côté, en riant, amusé.

[Iki] – Je n’aime plus tellement la précipitation. Mais étrangement … celle-là m’excite. Quelque part, j’entrevois l’espoir que tout cela débouche sur quelque chose de bon. Un mince espoir …

[Kawazi] – Je ne pensais pas que tu rejoindrais Akogare.

[Iki] – Le Hyuuga sait trouver les mots, il faut croire.

Kawazi sourit.

[Kawazi] – On dit de lui qu’il est meilleur shinobi qu’orateur, pourtant.

Sa clope s’échappa de ses mains et ricocha sur le sol poussiéreux. Du bout du pied, Iki l’écrasa naturellement et se retourna pour reprendre le chemin du dôjo.

[Iki] – Et c’est sûrement le cas. Il sourit pour lui-même, laissant Kawazi seul aux portes de Shimenu. Je vais me préparer, la route risque d’être longue.



MessageSujet: Re: La Battue   Dim 30 Jan - 18:57

[Akogare] – Messieurs, Kuzako, bonjour.

Takeshi Uchiha se dressait à l’extrême droite. La mine sévère, il s’efforçait avec un grand talent de paraître parfaitement impassible, mais Akogare le connaissait trop bien pour savoir qu’être ici, en cette compagnie, ne lui plaisait pas le moins du monde. C’était dans son profond regard noir que l’on pouvait déchiffrer le mieux la répugnance qu’il éprouvait à devoir partager son temps avec les personnes présentes. Il devinait, certainement, que ce qu’il allait entendre n’allait pas lui plaire ; mais savait-il réellement que le monde sur lequel il régnait sans partage s’était écroulé depuis plusieurs années maintenant ? Shinrei se trouvait tout à gauche, à un pas de distance du reste des Uchiha. Il gardait ses bras puissants croisés sur sa poitrine et il dévisageait Akogare de toute sa hauteur. Il n’y avait pas d’animosité dans son attitude, simplement une sorte de brutalité élémentaire, quelque chose qui faisait partie de lui. Des trois, c’était celui qu’Akogare avait le moins été amené à fréquenter. Shinrei semblait éviter les contacts inutiles, se concentrant sur son domaine et ses propres affaires. Une position honorable, mais qui avait amené son lot de problème. A trop regarder ses pieds on en oublie le reste de sa personne – et le monde tout autour. Kuzako, enfin, se trouvait au milieu de ces deux tempéraments extrêmes, la mine indéchiffrable. Mais il n’y avait rien à déchiffrer aujourd’hui. Elle était concentrée. Akogare l’appréciait à sa juste valeur. Il n’y avait rien de prétention chez cette femme, malgré ses talents, elle dirigeait avec précision, justesse et intelligence. Il y avait quelque chose d’admirable en effet à prendre la responsabilité de laisser le domaine dont on a la charge en retrait, à ne pas participer à cette consternante course qui avait opposé Cygnes et Lions, alors même que la structure de tout le clan Uchiha était basée sur cet appel au dépassement. Mais pas les Tigres…

[Akogare] – Vous n’êtes pas sans ignorer que Konoha est en passe de se transformer. Il y a beaucoup de rumeurs qui courent et il sera bientôt l’heure d’en reconnaître certaines. Mais pour ce qui est des clans, vous êtes déjà fixés, vous savez que j’entretiens l’espoir – pour le moment, couronné d’un honnête succès – d’unir à nouveau les clans de Konoha autour d’objectifs communs. Les Uchiha, à l’instar des autres clans, sont compris dans ce mouvement et c’est pour cela que nous sommes ici.

Il leur avait fallu quelques temps, à Kinoko et à lui, pour savoir comment attaquer cet imposant morceau. Akogare n’ignorait pas que les Uchiha, persuadés de leur propre importance, seraient le plus grand défi qu’il aurait à relever dans son mouvement premier. Takeshi, ici présent, était à lui seul un adversaire politique suffisant pour le tenir occupé, mais il fallait en plus compter sur Shinrei et Kuzako. Alors il avait fallu adapter leur stratégie. Kinoko, qui se tenait en ce moment à sa droite, le regard fixé sur Takeshi qui lui lançait par moment des œillades agacées, avait eu l’idée de changer le contexte. Pour les autres clans, Akogare s’était déplacé en personne sur leurs terres, pour ainsi dire. Les Uchiha cependant avaient deux défauts majeurs : ils étaient morcelés, c'est-à-dire que toutes leurs terres sont connotés, si Akogare se présentait au Domaine du Cygne, il envoyait un camouflet déguisé aux Tigres et aux Lions – et aux autres domaines dans leur ombre. Il n’y avait pas de terrain neutre chez eux, or, Akogare cherchait précisément de la neutralité et de l’apaisement. Ensuite, les Uchiha étaient beaucoup trop sûrs de leur poids en Konoha et c’était précisément là où se situait leur erreur dans cette nouvelle ère qui s’annonçait. Qu’ils se chamaillent, pensait Akogare. Qu’ils se chamaillent car si dans le passé, les autorités compétentes ont hésité à prendre des mesures extrêmes, je ne pourrais pas hésiter. Il n’y avait pas la place pour la lutte intestine dans ce Konoha, c’était là tout l’enjeu de cette reconstruction nécessaire – si les Uchiha y contrevenaient, ils n’étaient plus les bienvenus. Leur œil… Akogare s’en moquait éperdument. Il était impatient que Takeshi s’avise de l’attaquer sur ce terrain.

Kinoko et lui avaient opté pour le Carré Bleu, cette pièce de l’Académie située à quelques pas de la salle des professeurs. Il avait demandé aux quelques personnes qui s’y trouvaient de quitter provisoirement les lieux afin d’être au calme avec ses hôtes. Dans cette pièce, on trouvait tout ce qui faisait aux yeux d’Akogare la richesse de Konoha, les valeurs qui avaient été égarées en chemin par quelques uns des tout meilleurs éléments du village. Au fil des années, les vérités essentielles peuvent s’affadir, perdre de leur lumière. Tous les points qu’Akogare estimait important dans sa rencontre – fondamentale – avec les Uchiha y reposaient… une salle pour les Chuunin et les Juunin, les guides et les élites, les ouvrages sur les techniques du village, que l’on a trop longtemps pensé plus précieuse que les hommes, suffisantes pour excuser tous les écarts et aussi, peut-être, une salle où ceux qui doivent le plus profiter de leur vie partagent des moments apaisés ensemble, loin de la boue et du sang.

[Akogare] – Je vais vous parler franchement : vos intrigues politiques sont terminées à partir d’aujourd’hui. Je vais tâcher d’en exposer les raisons, par rapport au village mais aussi par rapport aux Uchiha à proprement parler, et aussi pourquoi je peux vous l’affirmer aussi clairement.

Il leur avait également semblé préférable d’attaquer tout de suite. Takeshi était une bête politique, cela personne ne pouvait le nier. Akogare, de son côté, était un tacticien adroit. Et laisser son adversaire dans son élément de prédilection trop longtemps ne lui apporterait rien de bon. Les choses aujourd’hui pouvaient difficilement dégénérer, il semblait peu probable que Shinrei et Takeshi en viennent aux mains par exemple, parce qu’ils étaient certainement encore suffisamment civilisés pour se retenir, d’une part, et parce que la présence d’Akogare suffirait à doucher leurs velléités. Mais partir du principe qu’il fallait éviter que les choses dégénèrent était déjà un aveu d’échec. Akogare voulait que les choses changent, en profondeur. Les Uchiha ne pourraient pas survivre en se cramponnant à des idées archaïques. Il fallait que cet homme, lui-même empreint de ces idées, en vienne à l’admettre.

[Akogare] – Takeshi, je souhaite commencer par évoquer ta situation personnelle car elle cristallise beaucoup de nos problèmes. Je te demande de choisir entre ton statut de chef du clan et ton statut de chef du Domaine du Cygne. Il est insensé que vous, Uchiha, ayez laissés cette situation s’instaurer. Vous allez devoir vous armer de solutions politiques pour éviter que cela ne se reproduise, je vous propose un conseil, au sein du clan, qui serait la force décisionnaire de ce dernier. Le mieux serait que les différents domaines soient tous représentés, du moins, ceux qui le désirent. Puisque vous êtes morcelés, il ne peut pas y avoir une personne qui joue sur les deux tableaux, cela instaure un déséquilibre que certains s’empressent de combler. Ce conseil serait une entité indépendante à l’intérieur même des Uchiha. Avant que vous ne preniez la parole, je souhaite également préciser qu’à plus grande échelle, je ferai la même chose pour l’élection des Kage : nous n’aurons plus jamais à souffrir d’un nouveau Kuronishi Sanabi, à moins que toutes les élites du village soient devenues médiocres. C’est un mouvement global, duquel je ne désire pas vous exclure.

Cette proposition de conseil était le compromis le plus raisonnable auquel ils étaient parvenus en étudiant la question. Il ne réglait pas tous les problèmes, cependant, car tout dépendrait de ce que les Uchiha en feraient. Ils pourraient s’y jouer des jeux d’alliances et d’inimités entre les domaines, voire, à terme, de corruption. Mais Sayuri estimait que la plupart des Uchiha désiraient quelque chose qui y ressemblât, afin de pouvoir respirer et de ne plus être complètement écrasés par le poids de leur domaine. Pouvoir se référer à une entité intérieure indépendante, vraisemblablement neutre dans les affaires qui agitaient les différents domaines, pouvait être un élément de réponse. Akogare observait avec une répugnance grandissante le court silence qui s’installait, guettant la réaction de Kuzako en particulier. Elle allait laisser Takeshi répondre, forcément. Akogare poussa un long soupir intérieur – ces putains d’Uchiha ne lui épargneraient rien. Sayuri lui avait dit de se préparer à une lutte acharnée de fauves affamés, mais il n’y avait qu’un fauve aux côtes saillantes dans cette pièce, il avait la quarantaine, Akogare ne pouvait pas le sentir, et il s’apprêtait à lui répondre avec ce ton roulant, insupportable, qui menaçait d’épuiser sa patience à chaque mot prononcé.

[Takeshi] - Qui es-tu, Akogare Hyuuga, pour venir nous dire ce que nous avons à faire ? Tu as décrété, il y a quelques temps de changer le visage politique de Konoha, de ta propre initiative. Tu as proposé d'unir les clans mais je ne vois que la soumission des miens. Où sont les Hyuuga, les Yamanaka, les Nara, les Aburame, les Senjuu dans cette salle ? Sont-ils cachés ? Ou n'ont-ils pas le courage de parler de leur propre chef sans passer par toi ? Trop longtemps ce village a oublié quel héritage il portait, trop longtemps il a nié ses pères, tout comme toi, Hyuuga. Nous ne sommes pas des chiens à la botte de Konoha, Akogare.

Pendant longtemps, le Hyuuga avait donné le bénéfice du doute à Takeshi. Il ne pouvait pas être un crétin, pas avec toutes ces charges qui pesaient sur ses vieilles épaules. Mais bon sang, après une réponse aussi bancale, il fallait vraiment faire des efforts prodigieux pour ne pas en emprunter ce raccourci. Il allait lui sortir le jeu de la fierté blessé, un jeu qui empestait chez les Uchiha et chez les Hyuuga, les deux clans les abominables du village. Cela n’aurait tenu qu’à Akogare, il aurait supprimé les deux, sans tenir compte de leur valeur historique ni de leur qualité de famille. Assez avec ces conneries, les deux clans nombrilistes au placard. Mais là où Akogare pouvait imposer sa loi auprès des siens, parce qu’ils étaient trop fier d’avoir une personne telle que lui parmi leur clan, il en était tout autrement pour les Uchiha. Ils voyaient en lui un danger, un Hyuuga et un opportuniste. Trois statuts difficiles à surmonter, surtout en face d’une personne avec qui il n’a jamais été d’accord sur rien – pas même la taille des rues du village, s’ils avaient dû se prononcer là-dessus. Ils se sortaient mutuellement par les yeux, et leurs yeux bon sang, c’était la chose la plus ironique qui soit.

Akogare ressentait la présence apaisante de Kinoko à proximité de son esprit. Elle ressentait sa colère, elle lui indiquait de rester concentrer. Mais à tous les coups, avant que cette conversation ne soit finie, il allait tuer Takeshi sans le faire exprès. En baillant d’ennui probablement. Il sentit Kinoko sourire.

[Takeshi] - Le clan a toujours oeuvré pour former des hommes forts, voilà ce qui manque au village, voilà ce dont nous nous sommes dotés. Le Grand Conseil Uchiha a considéré, il y a quelques années, que j'étais le mieux placé pour porter l'étendard des nôtres. Si tu veux remettre la sagesse de cette décision, Akogare, alors va, file, et tu entendras la voix de ceux qui ont vu ce monde naître, mourir, puis renaître à nouveau. Mais je doute que toi, l'objet d'un Haut Conseil fébrile, le fantasme d'une vieillarde apeurée, tu portes l'expérience que ces hommes-là portent, eux. Les descendants de Kosuke Uchiha n'ont pas à se plier à quelques velléités d'une jeunesse affolée et ce n'est pas un Hyuuga qui viendra dicter ma conduite. Le Domaine du Cygne et le Clan cohabiteront tant que cela me paraitra utile et nécessaire. Le Conseil ne s'est pas opposé à cela, je ne remettrai pas sa parole en doute.

Mais rien que cela, rien que de voir cette grande pervenche discourir sans prêter un sou d’attention à Kuzako et Shinzei (qui n’étaient pas exactement les deux péquenots du coin de la rue), rien que ça l’exaspérait. Et est-ce que les deux alouettes allaient se manifester ? Bien sûr que non. Ils attendaient de voir quel serait le loup qui dévorerait l’autre, sentir là où souffle le vent pour prendre une décision. Shinzei nom de dieu, tu es un sauvage, tu es jeune et impulsif, mais là, maintenant, tu ressembles sacrément à un tapis brodé. Qu’est-ce qu’il pourrait bien faire de ces Uchiha ? Des concours de quilles…

Kinoko sourit très poliment. Elle inclina légèrement la tête en direction de Takeshi.

[Kinoko] – Les Yamanaka sont là, Takeshi. Mais je ne crois pas que ce soit réellement le sujet.

Takeshi daigna à peine lui lancer un regard las. Akogare n’avait même pas envie de répondre. Il savait qu’il allait finir par s’énerver. On pouvait bien lui dire ce qu’on voulait, Takeshi était une belle merde. Il n’avait plus rien fait digne d’attention depuis peut-être dix ans. Oh oui, il avait contribué à rendre aux Uchiha leur gloire d’antan, bel exploit ! Peut-être pourra-t-il s’en faire un collier. Quelle œuvre pour Konoha ? Quelle œuvre au-delà de son nombril Uchiha ? Rien, le néant. Un brillant stratège ? Non. Un guerrier digne de ce nom ? Akogare pouvait sentir rien qu’à la texture de son chakra qu’il pouvait le tuer sans suer. Un politicien, rien de plus. Mais pas même aussi habile qu’on voulait bien le lui accorder, c’était un renard rusé qui avait appris avec le temps. Il se contentait d’ânonner ses réponses avec toujours ses petites obsessions bien en vue, des fois qu’il oublie pourquoi il vit toujours.

[Akogare] – Je suis ton commandant. Rien de plus, rien de moins. Un militaire de ta trempe devrait se souvenir de ce que ce mot signifie. Regarde dans mes yeux, regarde bien.

Akogare tapota sous son œil.

[Akogare] – Tu le reconnais ce regard ? Est-ce que tu le reconnais, Uchiha Takeshi ? J’ai le regard d’un assassin, parce que j'ai vécu en assassin. Cela fait longtemps que tu ne le vois plus dans le miroir, ce regard. Cela fait longtemps que tu envies les jeunes de ton clan, que tu les vampirises, en courant derrière le passé de ton clan, un passé que tu essayes de t'accaparer en vain. Un homme fort, hein...

Un foutu branleur, oui… il passait ses journées à enculer des mouches et il osait prétendre faire de grandes choses, c’était quand même risible. Il essayait de maintenir l’illusion d’un grand clan, là où on ne voyait que des enfants dangereux qui se pissaient dessus. Ce n’était pas même Akogare qui le disait : tout le village savait. Ce qui aurait dû être un sujet de honte pour ce prétendu grand clan était au contraire transformé d’une manière très sournoise en grande œuvre. Akogare se leva et présenta la salle des lieux de son bras.

[Akogare] – Le Carré Bleu… un lieu où se rassemblent les Chuunin et les Juunin du village, pour décompresser et discuter entre eux. Où sont les Nara ? Les Senjago ? Où sont les Aburame ? Pardon ? Ils ne sont pas là pour accueillir le très grand Uchiha Takeshi ? Mais quelle est cette méprise ? Quelle est cette infamie ? Ne sont-ils pas là, genoux à terre, culotte à la main, pour poser un œil sur ce visage souverain ? Non, ils ne sont pas là.

Le visage d'Akogare se durcit considérablement.

[Akogare] – Ils ne sont pas là parce que tu ne représentes qu’un clan parmi les autres. Tu ne le représentes pas seul, non plus, des fois que cela aussi t’ai échappé. Tu représentes un Domaine des Uchiha. C’est insuffisant pour s’estimer au-dessus de la montagne, insuffisant pour dévisager ceux qui la gravissent encore. Réveille-toi Takeshi, ton monde n’a jamais existé. Seulement dans ton esprit.

Akogare essayait un appel du pied pour que Kuzako ou Shinzei se manifestent, mais ils se contentaient de l’observer. De toute évidence, les Uchiha en règle générale attendaient quelque chose. Quoi, cela personne ne le savait, probablement pas même eux-mêmes. Ils se regardaient mourir avec une attention toute scientifique. S’il n’y avait vraiment aucun Uchiha qui avait envie de se battre pour se dépasser, alors ce clan ne servait plus à rien. Qu’il aille pourrir ailleurs, Akogare n’en voulait plus. Que Shinzei et Kuzako continuent à se murer dans le silence et ils en paieraient tous les conséquences. Le Hyuuga n’avait pas de temps à perdre : il fallait prendre des décisions. En tant que commandants, en tant que chefs, en tant que prétendus bons shinobi, ils devraient tous le savoir. Rien ! Ils ne savaient rien. Ils se cachaient les yeux de leurs mains et voyaient à peine la lumière percer derrière. Ils n’y aspiraient pas, elle leur faisait peur, cette lumière. Des fois que l’on remarque que les Uchiha s’étaient transformés en pisseuses et en pleureuses. Des shinobi ? Des militaires ? Il n’avait rien de tel sous les yeux.

[Akogare] – Je remets très officiellement en question la sagesse d’un autre temps. Nous avons la chance d’avoir Shinzei et Kuzako avec nous. N’est-il pas temps d’entendre autre chose que la voix d’Uchiha Takeshi, qui s’enorgueillit de représenter fièrement tous les Uchiha ? N’est-il pas temps d’avouer que oui, les Uchiha s’entredéchirent, oh très poliment, ils font ça dans l’ombre comme si personne ne les voyait. Tu peux être fier de ton travail Takeshi, si c’est le tien. Quelle admirable gestion, il est certain que tu es très digne de l'héritage de Kosuke Uchiha et que tu n'as, de toute évidence, de leçons à recevoir de personne. Fermer les yeux sur la crise, elle n’existera plus. Cela ne marche plus passé six ans, Takeshi, tu devrais peut-être le savoir à ton âge.

Mais non, il n’était pas temps que Takeshi se taise et que les autres se lèvent. Shinzei était aussi sombre qu’à l’ordinaire, peut-être plus encore. Akogare avait conscience qu’il s’engageait sur un terrain dangereux. Non, il avait conscience d’avoir les deux pieds collés dans la boue des Uchiha. Kinoko veillait sur lui, il était certain qu’elle essayait de l’apaiser, mais il allait finir par exploser et cela ne serait pas beau à voir. Takeshi attendait cela avec l’appétit du vieux prédateur trop usé pour tuer lui-même ses proies. Il ne lui ferait pas ce plaisir – sa colère sera froide comme la mer, noire comme la nuit. Elle briserait ce qu’il y avait à briser et peu importe qui en ressortira plus fort. Il n’y avait plus de temps à perdre avec les produits périmés de Konoha, plus de remords à avoir pour ce triste spectacle. Ah ils sont beaux, Shinzei et Kuzako ! Silencieux comme des tombes, obéissants dans la révolte. Ah elles sont loin, leurs petites guerres, dans l’intimité de cette salle ! Où est votre rébellion, chefs ?

Takeshi leva lentement les yeux vers lui, avec sur son visage un sourire amusé du plus mauvais goût.

[Takeshi] - Une crise, Akogare ? Tu vois une crise ? Le clan Uchiha est divisé ? Il est tiraillé ? En douceur ? Poliment ? Dans l'ombre ? Je te pensais homme de réalité.

Takeshi marqua son premier réel signe de colère. Il se leva d’un bond face au Hyuuga et, pour la première fois, Akogare entraperçu le guerrier qu’il avait été. C’était un vrai duel alors… entre lui et le chef des Uchiha. Ce jour devait finir par arriver. Quelqu’un allait perdre aujourd’hui. Il était temps d’estimer sa force contre un adversaire digne de ce nom, un homme capable de donner corps à ses idées, aussi méprisables soient-elles – un adversaire d’un nouveau genre pour Akogare, mais qu’il se sentait prêt à terrasser car sa mission était trop importante. Il était bien placé pour savoir que c’était face à la situation que l’homme se prédisposait réellement à la dépasser. Son visage était froid, dur, son regard pénétrant. Il te faudra d’autres armures et d’autres armes pour me vaincre, vieil homme…

[Takeshi] - Des années que les domaines se font la guerre. Des années que les chefs se crachent sur la face. Des années que les vieux crépitants du conseil s'endorment dans leur siège confortable. Le clan Uchiha n'est pas en crise, Hyuuga, il est en guerre contre lui-même, déchiré de l'intérieur. Le clan pue le chaos et la destruction. Bien sûr, Hyuuga, je défends mon Domaine comme je défends mon clan, notre clan, et Shinzei défend le sien avec la même ferveur. Et bien sûr, je suis l'acteur de tableau destructeur. Et c'est maintenant, Akogare, que tu t'en rends compte ? C'est maintenant que tu agis ?

Akogare ne pouvait pas le nier ; il avait insulté Takeshi, alors ce Hyuuga méprisant était sans aucun doute mérité. Mais il soulignait aussi l’incroyable stupidité de cet homme. Il n’y avait rien à tirer de cette coquille creuse, il en était convaincu maintenant. Takeshi, engoncé dans ses idées du passé, ne pourrait jamais voir en Akogare autre chose qu’un Hyuuga – ennemi tutélaire des vieux de chaque clan, alors que les jeunes font l’amour entre eux sans se poser plus de questions. C’était incroyable, tout cela pour en arriver là. Incroyable, parce que les envies presque libidineuses de Takeshi se faisaient jour maintenant ; il aurait vendu père, mère, continents pour qu’un Uchiha soit là, en lieu et place d’Akogare. Peut-être son élève, Kenji ? Dans quelques années peut-être mais le monde n’attend pas. Le Hyuuga réprima un sourire – le vieil homme avait perdu. Maintenant, la question était de savoir s’il allait emporter son clan avec lui. Cette question ne lui appartenait pas, toutefois, tout dépendait de la capacité à Kuzako et Shinzei de prendre la parole, d’imposer leur volonté. S’ils rejoignaient Takeshi, Konoha compterait un clan de moins – et pas le meilleur, quoi qu’ils en pensent. Il n’avait pas besoin de petits branleurs qui s’agitaient mutuellement pour se sentir vivre. Kuzako et Shinzei étaient, à moins qu’on lui ait menti, des chefs. S’ils avaient oublié comment agir comme tel, ils n’avaient plus aucun intérêt à ses yeux.

[Takeshi] - Nous avons construit ce village pierre par pierre. Nous y avons régné, nous avons été évincés, nous avons fait coups bas et hauts faits d'armes. Lorsque la guerre civile régnait, un Aburame est venu nous voir comme tu viens aujourd'hui, Hyuuga, et il nous a tous uni. Depuis, nous ne sommes qu'une étoile qui s'éteint avant d'exploser de l'intérieur. Où était Kuronishi, Akogare ? Qu'a fait Keira durant toutes ces années ? Où étais-tu, toi, qui oses venir me dire, droit dans les yeux que je suis l'écharde dans le pied du village ? Konoha a abandonné ses clans, Konoha nous a légué un héritage pervers et ne le nie pas, puisqu'aujourd'hui c'est contre cela que tu te bats.

Encore des affabulations extraordinaires. Cette propension des vieux clans à réécrire l’histoire était une source sans cesse renouvelée d’émerveillement et d’horreur auprès du Hyuuga. Construit le village ? D’accord… il devait y avoir un peu plus d’une douzaine d’Uchiha à l’époque. Douze hommes ont construit Konoha – un village qui existait déjà, d’ailleurs, avant l’arrivée des shinobi conquérants. Passionnante leçon d’architecture et d’urbanisme offerte à moindre coût par un vieux fou rêveur. La guerre civile ? Ah… Les Uchiha et les Hyuuga qui ont un désaccord, c’est une guerre civile de toute évidence. Quoi d’autre ? Les deux clans ennemis, en désaccord ? Quel tableau épique ! Le jeune Takeshi y repense encore avec un frisson le soir quand il s’écroule auprès de sa dame. Aujourd’hui, quel triste spectacle… le seul Hyuuga qu’on a à lui opposé, c’est ce petit arriviste d’Akogare. Lui, Takeshi, mériterait beaucoup mieux pour sa propre guerre civile. Qu’à cela ne tienne ! Je vais faire une guerre civile avec seulement les Uchiha ! Eh quoi ? Les Uchiha sont Konoha !

Vieil hibou ahuri.

Il était tellement possédé par son discours, il y croyait tellement qu’Akogare en était effrayé maintenant. C’était cet homme qui avait gouverné les Uchiha ? Mais à quoi pensait Keira ? Il savait que cela n’allait pas fort de leur côté, Sayuri le laissait entendre, le village le ressentait. Là, par contre, savoir que cet homme avait propagé ses idées, sa propre histoire de Konoha, à tous les Uchiha... cela donnait une drôle de perspective. Il regarda machinalement Shinzei et Kuzako. Croyaient-ils cette fable ? Ils pensaient vraiment être une étoile qui s’éteint ? Takeshi n’était pas une écharde, c’était une foutue poutre. Son orgueil allait mener son clan droit dans le mur – il l’avait déjà fait.

[Takeshi] - Non, nous n'avons pas construit le clan tel qu'il est, on nous l'a donné ainsi et nous avons joué dedans, comme nous avons pu, parce que nous avons du attendre la venue d'un élu pour venir nous dire que tout n'est pas rose. Tu ne m'aimes pas, Akogare, et je ne t'aime pas non plus, mais ne viens pas me cracher au visage les erreurs de tout un village. D'aucune façon nous n'aurions pu réformer ce clan, d'aucune façon nous n'aurions pu en changer les fondations, parce que ton Kuronishi était un imbécile et parce que ta Keira n'a aucun courage.

Akogare toussa brusquement ; il allait s’étouffer. Nous n’avons pas construit le clan tel qu’il est, on nous l’a donné ainsi. Cette fois-ci, il aurait été vain de chercher à conserver un visage impénétrable : Akogare était ouvertement atterré. Keira était en place depuis plusieurs années. Plusieurs années. Les troubles étaient arrivés avec Kuronishi. Il y a encore plus longtemps. A une époque, les Hyuuga ont déclaré ne plus se soucier des décisions de Kuronishi et ils ont mené leur vie en l’ignorant. Tous les clans ont fait ainsi. Ils respectaient la fonction de Kage, mais ne cherchaient pas à se laisser conduire par un homme unanimement perçu comme incompétent. Et Takeshi essayait maintenant de faire croire que si les Uchiha en sont là maintenant, c’est la faute à pas de chance ? Pas du tout la sienne, lui qui est en place depuis Kuronishi. Pas du tout. Rien que la faute à Konoha qui a saboté ses clans, trop cons pour se prendre en main par eux-mêmes. En tant d’années, Takeshi n’aura rien trouvé pour améliorer la situation ? En tant d’année, il n’aura pas trouvé meilleure excuse à lui présenter ? C’est un bel aveu de son incompétence crasse.

Shinzei toussota derrière Takeshi et redressa légèrement la tête. La mine sinistre, il regarda le Hyuuga et ouvrit la bouche. Son ton était nerveux.

[Shinzei] - Takeshi a raison, Akogare. Nous n'avons jamais voulu cela, même si nous ne nous sommes pas battus contre ça. Mais ...

Il baissa alors la tête, repentant. Akogare explosa mentalement, si bien que Kinoko s’employa cette fois-ci contre lui pour le ramener au calme. Il la laissa faire, mais il allait finir par en tuer un. C’est bon, il en avait assez entendu : les Uchiha étaient finis. Lessivés, à terre, ils regardaient le vautour sans avoir la force de se relever. Rien ! Rien à tirer de cette bande de marionnettes brisées. Ils ne valaient plus rien, perdus dans le passé sans avoir su trouver leur chemin. Takeshi a raison… Shinzei qui dit : Takeshi a raison. C’était fini. Akogare ne voulait rien entendre de plus, cette conversation était finie, ce clan était mort.

Shinzei nom de dieu, pourras-tu m’expliquer, en me regardant dans les yeux, pourquoi ton domaine s’en prend à celui de Takeshi, si TAKESHI A RAISON ? Est-ce que tu peux me le dire, ou est-ce que je vais devoir chercher la réponse dans ton cerveau troublé ? Est-ce que Takeshi utilise un Genjutsu, Kinoko regarde si Takeshi utilise un Genjutsu, ce n’est pas possible autrement. Shinzei qui, droit dans les yeux, lui dit que Takeshi a raison. Mais c’est une mauviette ce lion… tout le monde le lui a décrit comme un grand guerrier, mais Akogare n’a sous les yeux que la version pour enfant, le jouet, pas le combattant. Nous n’avons jamais voulu ça ? Ah. Mais vous n’êtes pas des adultes responsables bien sûr, d’ailleurs qui aurait l’idée de vous donner les rênes d’un clan, pas vrai ? C’est pour les grands ça. Vous, c’est les cubes et les quilles. Nous n’avons pas voulu ça mais c’est trop bête, ça s’est mal goupillé, tu vois. Un jour, j’ai vu un Cygne et je l’ai frappé, voilà c’est tout. Après on a continué, parce qu’on est un peu limités, rien de plus ! Les grands vont tout ranger, alors on s’en moque bien.

[Takeshi] - Mais nous avons fait avec ce que nous avions à faire. Et je refuse que tu nous convoques comme de vulgaires chiens et qu'avec ton air supérieur, tu viennes nous dire ce que nous avons mal fait par le passé. Parce que l'idée que tu défends, celle de Konoha, est en grande partie responsable de son état actuel. Ravale ta jeunesse, ravale tes conseils et tes bilans factices, Akogare et laisse-nous crever comme toi et tes politiques politiciens l'ont fait dans le passé. Je ne mettrais pas mon clan entre les mains d'un gringalet qui croit détenir la vérité absolue.

Takeshi se rassit.

[Takeshi] - Ryuushi Aburame avait la même ambition que toi Akogare. Mais lorsqu'il est venu nous voir, je ne me souviens pas m'être fait insulter. Médite là-dessus.

Akogare n’avait pas à rougir ; il ne lui avait pas encore craché dessus. Kinoko s’était retirée, mais sa présence aux abords de son esprit s’était renforcée. Elle ressentait son trouble et sa colère et elle les absorbait. C’était une sensation très étrange, de se voir déposséder de sentiments pourtant vivaces. Le Hyuuga ne répondit pas tout de suite. Il se sentit las, tout d’un coup – peut-être était-ce l’effet de Kinoko ; cette conversation n’avait que trop durée. Il fallait que les Uchiha se décident. S’ils suivaient Takeshi dans sa chute, tant mieux pour eux. Ce ne serait pas lui qui les pleurerait le plus.

[Akogare] – C’est maintenant que j’ai le pouvoir d’agir. Tu te trompes réellement de discours. Des années que tu diriges le clan, des années que tu as soi-disant la responsabilité de ce dernier et des années que tu ne fais rien. En tant que chef du clan, oui, je suis navré de te le rappeler mais oui, tu as des responsabilités énormes envers lui. Essayer de t’en dégager ne fait que souligner l’état de détresse de « ton » clan. Il y a un temps où je n’étais pas Sannin, un temps où je n’avais pas, il est vrai, le pouvoir de vous convoquer. Ce temps est révolu : je suis bel et bien ton commandant et il y a des raisons factuelles à cela. Il n’y a pas de lutte d’intérêt, pas de conflit entre jeunesse et vieillesse et il est vain d'essayer de se dissimuler derrière. Il serait bien curieux que tout Konoha se trompe mais que Takeshi le sage ait raison, envers et contre tout. Un peu d'humilité, puisque tu es si prompt à la commander à autrui.

Il n’y avait rien à tirer de cette vieille outre percée, mais ce n’était pas une raison pour abdiquer totalement.

[Akogare] – Depuis quand te faut-il l’autorisation du Kage ou du Haut Conseil pour gérer ton clan ? Est-ce que les autres clans se déchirent au sein même de leur village, est-ce qu’ils se taisent en attendant qu’on leur dise quoi faire pour se récrier quand on le fait ? Il n’y a que vous ! Bien sûr que vous n’avez pas voulu de cette situation, mais à quoi cela nous sert-il de le savoir ? Agissez bon sang ! Vous êtes les chefs du clan Uchiha, un grand clan de Konoha, que voulez-vous de plus ? Qu’est-ce que vous attendez ? Que faut-il en déduire ? Que vous avez perdu tout contrôle ? Que vous n'avez jamais eu le contrôle de rien et que, loin d'en être affectés, vous en tirez une sorte de morgue sordide ?

Maintenant, il ne servait plus à rien de s’en cacher ; dans un premier temps, Akogare n’avait ciblé que Takeshi. Ce qu’il voyait le détrompait, Kuzako et Shinzei étaient parties prenantes dans cette situation. C’était bien un vous général, et non un tu accusateur. Takeshi n’était que la partie la plus émergée, celle qui prenait les coups vaillamment… mais tout le corps d’élite semblait corrompu, alangui et hébété. Il n’y avait que de l’ivraie. Pourquoi ne parlaient-ils pas ? Certainement parce qu’ils trouvaient légitimes ce que disait Takeshi. Eh bien soit ! Il s’était trompé sur leur compte. Il avait cru Kuzako plus intelligente que cela. Il l’aurait cru capable de déceler le moment où il fallait révéler son jeu, avant de le perdre. La partie n’est pas encore finie, chat tigré, montre-moi tes griffes. Et toi, le lion en peluche, rugis juste pour essayer de me faire peur, il paraît que tu en es capable.

[Akogare] – Ce n’est pas du passé dont je te parle Takeshi, arrête de regarder dans ton dos et essaye un peu d’affronter la réalité de maintenant. Tu n’as rien construit du tout, tu t’inventes vraiment un monde dans lequel vivre. Un monde dans lequel les Uchiha sont les seuls à affronter des peines existentielles forcément insurmontables, le seul clan plus difficile que les autres à gérer, et un clan duquel tout dépend par-dessus le marché. Pas plus que les Uchiha n’ont régné sur Konoha : cela n’a jamais été vrai Takeshi, absolument jamais. Ton monde n’existe pas. Tu n'es pas Kosuke, je ne suis pas Ryushi, c'est un rude retour à la réalité, mais c'est ainsi. La situation d'il y a cent ans de m'intéresse en aucune façon, nous ne sommes pas tous des historiens nostalgiques dans cette salle.

Le regard d'Akogare passa rapidement de Shinzei à Kuzako. C’était un regard qui n’attendait plus rien, comme pourrait l’être celui d’un homme voyant la même chose chaque jour depuis vingt ans. Kuzako soutenait son regard, il n’y avait rien à y lire cependant. Il se décida à poser la problématique plus ouvertement ; mais s’il fallait les supplier de s’exprimer à chaque fois qu’on aurait besoin d’eux… Akogare sut que si Takeshi s’accaparait encore la parole – ce qu’il essaierait probablement de faire – et que personne n’essayait de s’imposer, alors le clan Uchiha irait à la poubelle ; là où reposeront bientôt Hana Shinratsu et Shinizu.

[Akogare] – Shinzei, Kuzako, est-ce que vous partagez la vision de Takeshi ? Est-ce que ses mots sont les vôtres ? Si tel est le cas, il n’y a plus rien à attendre de votre clan. Vous ne pouvez pas être dans un passé fantasmé et dans l’urgence du présent. Il y a un choix à faire, faites-le. Il est temps pour vous de vous exprimer parce que si la seule chose que vous avez à me proposer, c’est la parole de Takeshi, si vous vous retrouvez là-dedans et qu’il est votre porte-parole, alors soit, cela aura le mérite de la clarté. Mais si c'est le cas, je me pose une nouvelle question : si vous n'avez absolument rien à redire, pourquoi les Uchiha ne sont-ils pas au calme, comme tout un chacun ? Il serait temps que vous soyez cohérents, il n'y a rien de bon dans votre chaos.

Sa patience était proche de son terme. La politique et ses conversations polies lui pesaient lourdement, c’était une faiblesse qu’il aurait du mal à surmonter. Il lui faudrait des années d’expérience, mais lui, contrairement aux Uchiha, avait autre chose à faire de son temps. Il se surprit à ressentir un élan de sympathie inattendu à l’endroit de Kuronishi Sanabi ; qu’il aurait été sain, calme et reposant de pouvoir régler ce conflit en écrasant les trois chefs Uchiha. Un coup de tête à chacun, pour faire circuler le sang. Akogare dû fournir un nouveau trésor d’effort pour se détacher de cette vision rêvée et reprendre, d’un ton mortellement sérieux.

[Akogare] – Je ne le répéterai pas. N’allez pas me prendre pour Kuronishi ou pour Keira. Les Uchiha ne m’ont jamais impressionné et je ne vous laisserai pas gangréner de l’intérieur Konoha – car c’est strictement ce que vous faites. Tenez-vous le pour dit : vous êtes les chefs des Uchiha, vos choix d’aujourd’hui détermineront l’avenir de votre clan. Nous ne sommes pas aimablement assemblés entre amis, mais entre commandants. Si vous n’êtes pas de cette trempe, je n’ai rien à vous dire de plus. Il y avait un temps, le temps de Kosuke, Takeshi, où les Uchiha incarnaient la paix dans le village, si bien qu’ils la garantissaient aux habitants.

Il n’y a rien à en tirer, se répétait mentalement Akogare, rien de rien. Ce clan est mort depuis longtemps, on a juste découvert le cadavre dans la cave après plusieurs années de putréfaction. Une odeur à réveiller les morts, mais non, Ryushi et Kosuke resteront sagement dans leur tombe d’honneur. Les Uchiha ne sont plus que du vent, un souffle vide de sens qui n’aspire qu’à s’arrêter pour de bon. Plus aucune volonté de se prendre en main, comme un vieillard qui ne sentirait plus qu’il se pisse dessus. Des hommes forts, Takeshi ? Si loin de la réalité, si loin…

[Akogare] – Apparemment, c’est bien le seul héritage dont vous souhaitez vous débarrasser.

Il y eut un blanc assez mémorable. Akogare entendait son cœur gonflé d’une colère trop difficilement contenue battre dans sa poitrine. Il lui était insupporable de croire les Uchiha si près du gouffre. Pendant si longtemps, ils s’étaient targués d’incarner la solidité de Konoha ! C’était symptomatique du mal qui paralysait le village, qui lui maintenait le nez dans la fange. Une certaine difficulté à s’extraire du passé, une certaine lâcheté devant la nécessité de continuer à avancer, malgré la boue, les blessures et la fatigue. Kuzako fut celle qui rompit finalement le silence.

[Kuzako] - Très bien, Akogare. Dans ces conditions, nous répondrons favorablement à votre appel, à vos craintes et à votre requête. Demain, j'irai parler au Grand Conseil.

Takeshi se leva, les sourcils froncés et le regard noir. Sa mâchoire était si serrée qu’il aurait été miraculeux qu’il parvienne à articuler un mot – mais les miracles se multiplièrent très vite.

[Takeshi] - Et avec quelle autorité, Kuzako ?

[Kuzako] - La sienne.

Kuzako désigna Akogare d’un léger mouvement de la tête. Elle posa le regard sur celui de Takeshi.

[Kuzako] - Akogare a raison, il est temps de demander aux Uchiha si cette situation leur plait. S'ils répondent favorablement, j'agirai en conséquence. Même si pour cela, il faudra se passer de toi et des tiens.

Elle se leva à son tour et lança un regard empli de colère au chef du clan. De la colère, enfin de la colère... il était temps de se révolter un peu, en effet ; un peu tard, certainement, mais pas encore trop tard.

[Kuzako] - Trop longtemps le clan a été divisé. Les Domaines doivent disparaître et si le Cygne ne peut le supporter alors, va, Takeshi, je pense que personne ne te retient en ces lieux.

[Shinzei] - Non, c'est certain, personne ne te retiendra ...

Takeshi se redressa de toute sa taille, un pli rageur au coin des lèvres.

[Takeshi] - Ne pensez pas que vous changerez les choses aussi facilement. Vous entretenez un mirage, un rêve. Puisqu'il semble que même parmi les miens on se lève contre l'autorité du clan, je vous laisse à vos fantasmes. Mais je ne me plierai pas à la volonté d'un seul homme.

Sur quoi, il quitta la pièce. Akogare se détendit imperceptiblement ; Takeshi était vaincu. Si la révolte, pacifique, s’élevait de son clan, il n’avait aucune chance. Il ne survivrait jamais à un examen, même succint, de son bilan. Il s’était trop longtemps reposé sur le respect qu’il imposait sans concrétiser cela en actions, en décisions de commandant. Il n’incarnait plus ce qu’il avait incarné si longtemps auparavant ; maintenant, il allait falloir composer avec les autres Uchiha, des pousses déjà bien expérimentées. Akogare s’accorda un bref coup d’œil à Kinoko, qui hocha la tête dans sa direction à sa manière encourageante.

Shinzei se racla le fond de la gorge et se tourna vers lui. Il laissa échapper un petit rire moqueur.

[Shinzei] - Il m'étonnera toujours ... Je retourne immédiatement au Domaine avant qu'il ne fasse trop de dégâts, plus qu'il n'en a déjà fait en tout cas. Lorsque nous aurons réglé nos problèmes, nous nous tournerons vers le village, Akogare. En attendant, je te souhaite bon courage, je pense que tu en auras besoin.

Shinzei quitta le Carré Bleu à son tour. Il ne restait plus que Kuzako – Akogare ne lui laissa pas le temps de prendre congé tout de suite.

[Akogare] - Cela s’est mieux passé que je ne l’aurais pensé. Il y a encore une chose, Kuzako, qui pourrait influer sur la décision des Uchiha. J’ai la volonté de remettre au goût du jour l’une des anciennes fonctions du clan, celle de force intérieure au village. J’avais prévu un petit laïus à ce sujet, mais comme nous ne sommes plus que trois je vais faire court : je pense que Konoha a un peu tendance à ignorer qu’il est plus qu’une force militaire. Pendant l’attaque d’Asahi, je pensais aux civils mais notre système est fait de telle sorte à ce qu’en cas d’attaque, ils soient très secondaires. Lors de situation de crise, ce serait à votre clan de s’organiser afin d’apporter son aide à la population civile. Ce sera quelque chose qui frappera l’esprit de tous à Konoha : les civils sont pris en charge par le clan Uchiha, nous pouvons développer une stratégie sans penser à eux, car d’autres s’en occupent déjà. Nous serions par ailleurs vigilant à toute idée de développement que vous pourrez nous soumettre, comme par exemple des constructions de bunkers souterrains ou que sais-je, en cas de crise. A vous de voir ensemble ce que vous en pensez.

[Kuzako] - Nous y réfléchirons sérieusement. Il nous reste des choses à éclaircir avant de pouvoir à nouveau nous prononcer sur des sujets importants, mais nous y travaillerons.

Après le départ de Kuzako, Akogare se rassit lourdement dans son siège et se laissa aller contre le dossier, les bras derrière la tête. Il poussa un long soupir et pencha la tête dans son dos pour rencontrer le regard bleu ciel de Kinoko. La jeune femme baissa les yeux sur lui, un sourire satisfait étirant ses jolies lèvres.

[Akogare] - Tu peux pas savoir à quel point je suis soulagé que ce soit derrière nous…

[Kinoko] – Oh, j’ai ma petite idée sur la question.

MessageSujet: Re: La Battue   Sam 5 Fév - 17:11

La piste de Hana était facile à suivre. Il y avait une traînée de sang dans son sillage, une odeur entêtante qui aiguisait leur appétit de prédateurs. Pour un œil qui manquerait d’exercice, il aurait peut-être été difficile d’établir des rapprochements entre les différentes affaires, classées pour la plupart, que Ten et Akogare étaient allés déterrer. Mais sitôt un document terminé, ils se lançaient un regard éloquent ; c’était la même femme qui revenait. Ce n’était pas tant sa façon de tuer, qui différait énormément d’un cas à l’autre, mais le style qui s’en dégageait, la signature illisible sur laquelle il fallait s’abîmer les yeux. Il y avait du chaos dans ses errements et du chaos dans sa façon de donner la mort, Hana semblait frapper au hasard, Akogare n’arrivait pas à déceler la logique sous-jacente. Cela n’importait pas, il n’avait jamais eu besoin de pénétrer la psychologie de ses ennemis pour les abattre. On pouvait trouver beaucoup de morts extrêmement violentes, de carnages sanglants, mais tous n’avaient pas cette même impression de chaos désespéré, complètement vain. Chez certains, le carnage témoignait de quelque chose, mais chez Hana, il n’y avait pas de quête, pas de but clair qui se dégageait, c’était des actes absurdes.

Ils en savaient assez pour lancer la traque. Hana se trouvait dans un petit village en bordure du Pays du Thé. Une patrouille l’avait identifiée mais les pays non militarisés renâclaient à envoyer des alertes internationales. Hana était seule, elle ne faisait partie d’aucune organisation, mais elle était puissante et les informations sur elle restaient rares. Ils ne prenaient que rarement le risque d’informer indirectement le criminel de leur initiative, car si le criminel décidait de massacrer la population civile ils n’avaient rien pour l’en empêcher. Fermer les yeux restait une option plus aisée. Ce qui était amusant, c’était d’observer que même parmi les pays puissamment militarisés (dont celui du Feu), la même gêne existait. D’une part, les signalements officiels étaient peu courants : si beaucoup de milices aujourd’hui connaissaient le visage de Kanda Shiuuku – et encore, pas toutes – pratiquement aucune aurait pu identifier Zakeru Daitsuki, qui disposait pourtant d’un indice de menace similaire. Tout cela était dû à ce foutu culte du secret, qui couvrait certains dossiers sensibles. Kanda avait sur sa tête un mandat international, Zakeru restait cantonné à Konoha, et même plus particulièrement aux sphères initiées de Konoha. Akogare ne jurerait pas que tous les Juunin puissent lui fournir un signalement précis de Zakeru, sans parler d’un signalement à jour.

Ten et lui se mirent d’accord pour démarrer la traque sitôt Shinizu détecté. Cela leur prit près de deux semaines, car les pistes étaient rachitiques et erronées pour la plupart d’entre elles. Keira fut avertie de la localisation de Hana, un gradé des ANBU fut chargé de la surveiller de loin en loin. Akogare estimait que les risques étaient faibles, car il connaissait personnellement l’homme en question, et de ce qu’il avait pu collecter sur Hana, elle n’était pas du genre à vivre dans la crainte d’être retrouvée – et d’être vigilante par extension. Shinizu avait quant à lui mené une vie plus discrète ces dernières années. Aucune affaire ne pouvait lui être imputée aisément, néanmoins, Akogare nourrissait ses soupçons. Il ne lui semblait en effet pas improbable qu’il ait aidé à financer des groupuscules opposés à Konoha, notamment celui qui avait causé l’échec d’une mission de rang B, près de la frontière de Mori. L’affaire était encore en suspens, et si Akogare avait l’intention de s’y pencher dans les mois à venir, il avait préféré donner la priorité à d’autres choses. Ces éléments en main, il envoya un signal à chacune des personnes qu’il avait sélectionné pour cette traque, et qui avaient accepté d’y prendre leur part. Akogare donna rendez-vous sur l’une des places principales du village de la feuille, à une centaine de mètres de la célèbre falaise du village. Akogare s’assit au pied d’un escalier aux côtés de Ten et attendit, à partir du midi. Il voyait dans les yeux de sa vieille amie une excitation qu’il ne lui avait plus connue depuis leur virée nocturne contre Noya Fujissuke. Elle présentait le même visage qu’une lionne sous les yeux de laquelle défileraient des gazelles graciles et déjà condamnées.

Kinoko fut la première à arriver, en avance de près d’une heure sur l’horaire qu’Akogare avait fourni. Ils eurent l’occasion de discuter politique. La jeune chef des Yamanaka en profita pour lui dire qu’Eichi, l’illustre doyen de son clan, lui témoignait son soutien. Cela fit sourire Akogare car, du fait même de la présence de Kinoko à ses côtés depuis si longtemps maintenant, il avait déjà compris qu’Eichi n’était pas tout à fait indifférent à ses volontés politiques. Sayuri les rejoignit en compagnie d’Aya Senjago, qui avait profité de son retour à Konoha pour rendre visite à Daiki, dans la salle des professeurs à l’Académie. Daiki ne repartait que rarement au Senjagosan prétextant – quand il se trouvait d’humeur à se justifier – que sa putain de famille pouvait bien attendre qu’il leur manque. C’était le professeur qui détestait son travail le plus présent. Sayuri lui murmura que Daiki pouvait bien dire ce qu’il voulait, cela lui avait tout de même fait un choc de revoir la grande Aya à Konoha. De son côté, cette dernière se tourna rapidement vers Kinoko. C’était étonnant de les voir toutes les deux discuter ensemble car, même si Akogare essayait de se détacher des stéréotypes, les deux clans paraissaient tout de même rigoureusement opposés dans leur façon d’aborder les choses. Il fallait tout de même reconnaître qu’Aya n’était pas exactement la Senjago la plus abrupte.

Naisen Aburame, puis Benkei et Kato Sano, arrivèrent à l’heure précise du rendez-vous, avec une ponctualité qui forçait le respect. Les passants commençaient à s’arrêter pour observer cet étonnant attroupement de personnalités connues. La rumeur de la traque, savamment mise en place par Akogare, avait fait le tour du village sans en avoir l’air, mais il restait suffisamment d’imprécision pour que le doute sur leur réunion persiste. Naisen s’installa une marche au-dessus d’Akogare, ses lunettes noires sur le nez et presque intégralement recouvert cette fois-ci. Sur ses genoux reposait une longue arme indéterminée, mais dont le Hyuuga avait déjà entendu parler. Le cortège des lions ne tarda pas non plus, avec rien de moins que Shaeru Katsuki, numéro trois, Kawazi Oto, numéro deux et Iki Namikaze, numéro neuf. Junko Kanesaha, de la Kitsune no Aite, fut la dernière à arriver, si bien que les conversations étaient déjà bien avancées. Akogare prit quelques temps pour observer sa troupe, sans chercher à interrompre les discussions. Chacune de ces personnes avait déjà été engagée dans des situations dangereuses, la plupart, sinon la totalité, avaient déjà du sang sur les mains. C’étaient des guerriers, tous autant qu’ils étaient, et si leurs parcours n’avaient rien à voir, ils se trouvaient dans ce qui les liait : le village de Konoha. Akogare se surprit à sourire ; avec une telle force de frappe, il savait qu’ils auraient très bien pu s’attaquer à une organisation de bonne taille. S’ils s’y étaient préparés, ce qui n’était pas le cas pour aujourd’hui.

Akogare se redressa et leva une main. Les discussions moururent et les regards se tournèrent vers lui. Un certain nombre de civils du village, et même des shinobi, s’étaient discrètement assemblés dans la place pour observer le déroulement des opérations.

[Akogare] – Nous savons tous ce qui nous rassemble aujourd’hui : Hana Shinratsu et Shinizu.

Akogare eut un léger sourire et écarta la question d’un geste de la main.

[Akogare] – Il n’y a pas que les contrats cependant. Ce qui importe, c’est l’union des forces autour de la menace. C’est ce que je recherche. Hana et Shinizu ne sont jamais que deux individus dangereux, engagés contre Konoha, ses habitants et ses alliés. Nous… nous sommes autre chose.

Il désigna les hommes et les femmes qui l’observaient d’un ample mouvement du bras. Il lui avait fallu du temps et de l’expérience pour se forger une opinion qui ne soit pas un préjugé. Beaucoup étaient les shinobi, surtout parmi les plus jeunes, qui tenaient leurs préjugés pour vérités. La réalité était plus complexe. Les questions de puissances avaient toujours fasciné Akogare, en partie parce qu’elles l’avaient accompagnées toute sa vie durant. Il avait eu besoin de rencontrer beaucoup de gens, de parler avec eux de ces sujets et de recueillir leur avis pour détacher sa propre philosphie. Cela lui avait apporté énormément, il était malheureux que certains shinobi continuent à négliger ainsi la réflexion personnelle. Une telle connaissance limiterait les réactions excessives.

[Akogare] – Nous sommes puissants. Nous n’avons plus la même échelle du danger que lorsque nous étions plus jeunes. Les examens pour devenir ce que nous sommes, nos premiers combats… tout cela est loin. Ce qui reste, ce sont nos raisons de combattre. Pourquoi, après tout ce temps, en dépit de mes désaccords, de mes frustrations personnelles et de mes déconvenues, pourquoi je suis resté à Konoha, pourquoi est-ce que je me suis battu pour ce village et pour le pays qu’il représente. Ce n’est pas une question d’obéissance. Nous sommes au-delà de l’obéissance, certains d’entre nous ont acquis le droit à la réflexion, d’autres l’ont toujours eu. Pourquoi les Lions seraient-ils avec nous aujourd’hui s’il s’agissait seulement d’obéissance ? Nous n’avons aucun ordre à leur donner, nous leur demandons humblement de l’aide et du soutien et ils nous l’accordent.

Akogare faisait exprès de laisser sa voix porter un peu plus loin qu’il ne l’aurait dû pour se faire entendre distinctement des seules personnes à qui s’adressait son discours. La réalité, c’était que son discours s’adressait à tous ceux qui écoutaient, qu’ils soient amenés à participer ou non à cette chasse précise. Ils auront un jour, eux aussi, leur propre traque à mener, pour le village et ses habitants. Peut-être qu’ils se souviendraient alors de ses mots et des gens à qui il s’adressait à cet instant.

[Akogare] – C’est ce que je désire retrouver lors de cette expédition. Les raisons qui font que nous sommes ici, concentrés autour d’un objectif commun et en quoi c’est important. Konoha a traversé beaucoup de périodes différentes. Il nous a trop longtemps laissé trouver les réponses par nous-mêmes. Ce n’est pas ainsi que j’envisage le futur. Nous allons affronter des périodes sombres, peut-être de nouvelles guerres shinobi, je n’ai pas de réponse à donner. Les plus fragiles d’entre nous déserterons, poussés par une ambition personnelle ou par des problématiques isolées. Ceux qui resteront devront savoir pourquoi ils sont restés.

Il désigna du menton et du bras sa coéquipière de toujours, Ten Nikkori.

[Akogare] – Avec suffisamment de préparation, moi et Ten aurions suffi pour nous occuper de ces contrats. Le résultat n’est pas la fin, c’est toutes les questions que pose la progression qui me semblent ici primordiales. Nous sommes ici pour trouver des réponses et rien qu’en concertant nos forces pour s’occuper d’un même mal, il y a beaucoup de choses positives à y découvrir. Nous enverrons ce message : oui, les shinobi de Konoha, qu’ils fassent ou non partie d’un clan, ainsi que les alliés du Pays du Feu, sont encore capable de s’unir autour d’une tâche commune. Aujourd’hui, deux déserteurs. Demain, Kakumei et d’autres : nous sommes nos propres limites.

Akogare avait préféré, au dernier moment, parler du Pays du Feu plutôt que de Konoha, pour ce qui concernait les alliés. Junko était là au nom de leur amitié, Shaeru et Kawazi – et, dans une mesure quelque peu équivalente, Iki – étaient là parce que Hiroshin le leur avait proposé, et parce qu’ils avaient de tout temps protégé le Pays du Feu. Mais ces trois personnes avaient pour dénominateur commun le Pays du Feu et Akogare, pas encore tout à fait Konoha. Konoha n’était jamais que le bras armé du pays, il ne fallait pas presser les choses. Avec le temps, ce nom signifiera autre chose à leurs oreilles. Il signifiera forcément quelque chose, car Konoha allait laisser son empreinte dans le pays – plus profondément qu’il ne l’avait déjà fait, cette empreinte était amenée à dépasser les frontières. Il savait que Shaeru et Junko lui pardonneraient un écart de langage, mais Kawazi et Iki certainement moins. Oui, il ne fallait pas presser les choses : ils avaient tout leur temps.

[Junko] – Tu l’as dit, nous ne sommes pas tous des shinobi. Tu m’as demandé de venir aujourd’hui, je suis venue sans poser de questions parce que je serai toujours là si tu as besoin de moi. Je comprends l’idée derrière ce que tu dis, mais pour maintenant, cette traque… qui sont les gens que tu nous demandes de tuer ? Je connais Hana de nom, l’autre m’est inconnu.

[Akogare] – C’est vrai. Je vais répondre à ta question, mais elle soulève un point sur lequel je dois m’attarder. Pendant longtemps, Konoha, à l’instar des autres Villages Cachés, a estimé que ses déserteurs étaient un sujet confidentiel, que seuls les Oi-nin pouvaient traiter. Ce n’est pas ma conception de la chose, et je dois préciser que j’ai été Oi-nin pendant six années. Je crois que s’il y a des désertions, c’est parce que la base est mauvaise. Hana Shinratsu était une psychopathe, Konoha l’a entraîné en fermant les yeux, parce qu’il espérait s’accaparer sa force. Je ne veux plus revoir cela, les psychopathes ne recevront aucun enseignement de notre part. Nous sommes des militaires, nous avons besoin d’une armée, pas de mercenaires. D’autre part, tous les déserteurs ne sont pas sur un pied d’égalité. Quand un Genin complètement impuissant déserte, c’est par bêtise, prétention ou raison personnelle. Cela ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, ce sont les ennemis politiques, d’une part, et les monstres qu’a créé Konoha.

C’était un peu en avance sur le programme dont ils avaient convenu, lui, Kinoko et Keira. Mais Akogare ne souhaitait pas mentir sur la marchandise, il fallait que chacun des participants de cette traque connaisse les tenants et les aboutissants, mieux encore : qu’Akogare leur donne des garanties, pour l’instant incarnées autour de sa seule promesse et de son seul nom, mais qui seront amenées à se concrétiser dans le futur. Il était trop facile de dire qu’il était l’heure de sortir les poubelles, il était plus ardu de s’engager à en produire moins à l’avenir. Cela ne le gênait pas qu’on entende dès maintenant son message ; ce n’était pas comme s’il inventait les points de changement de Konoha au fur et à mesure qu’ils lui venaient. Il avait réfléchi à tout cela pendant des années, sans toujours savoir qu’un jour il serait celui qui essaierait de mettre tout cela en place.

[Akogare] – Nous avons les deux. Hana Shinratsu était Juunin de Konoha. J’ai ouvert ses dossiers confidentiels pour m’assurer d’une chose, il est écrit noir sur blanc que cette fille avait un mental très, très fragile. Elle était épouvantable dès qu’il s’agissait d’affronter une illusion, ses tests étaient catastrophiques. Mais elle était par ailleurs très forte dans son domaine, l’Eisei, et Konoha en avait besoin parce que cette voie n’a jamais été très lumineuse dans notre village. Quand elle a appris que son amant la trompait, elle a tué les deux coupables et a quitté le village. Ce qui a attiré mon attention, c’est qu’on lui a donné le grade de Juunin en ayant tout à fait conscience de ses défaillances, et qu’on n’avait jamais cherché à les travailler avec elle. La réaction de Hana n’était pas prévisible, personne n’aurait pu dire qu’elle allait massacrer son amant : ce n’est pas ce que je suis en train de dire, ce serait trop facile de ma part. Mais on la savait fragile et on n’en a pas tenu compte, en préférant se concentrer sur sa force plutôt que sur sa faiblesse. Aujourd’hui, Hana est une franche psychopathe, ses massacres sont légendaires et c’est Konoha qui lui a donné les armes nécessaires.

Akogare rencontra brièvement le regard de Ten. Ils l’avaient rencontré, une fois, mais elle était parvenue à s’enfuir. Cette formulation était incorrecte, pensa Akogare. La possibilité de l’abattre ne leur avait pas été donnée. Le Hyuuga était grièvement blessé alors, des suites d’une mission dans le Pays du Vent. Il leur avait fallu s’arrêter dans une ville du Pays du Thé afin de s’y reposer, et c’est à cet endroit qu’ils avaient croisé, l’espace d’un instant, Hana Shinratsu. Elle était très reconnaissable, surtout pour des Oi-nin qui avaient eu sa photographie sous les yeux pendant plusieurs années. Ils avaient décidé de ne pas l’engager, les conditions ne s’y prêtaient pas. Non seulement auraient-ils couru un risque très important, car on ne chassait pas le criminel de rang S comme on va chercher des pommes au marché, mais en plus, ils ne connaissaient rien de la situation actuelle. Il aurait fallu impliquer des civils, ils ne pouvaient certifier que Shinratsu était seule ; l’affaire aurait été trop compliquée. Ten avait envoyé un signalement à Konoha, mais Hana n’avait pas été attrapée. Akogare s’était fait la réflexion qu’un jeune shinobi inexpérimenté mais sûr de son fait aurait probablement choisi d’engager Hana, fut-il blessé et épuisé. C’était l’un des problèmes des shinobi : prêter trop de foi au mythe du héros. Mais cela, il n’y pouvait rien.

[Akogare] – Shinizu est une autre défaillance du village, et comme toutes nos défaillances, elle met en danger le Pays du Feu. Je suis sûr qu’il aura des choses à nous apprendre lorsque nous le rencontrerons. C’est un ennemi politique, qui cible Konoha lorsqu’il en a l’occasion et le Pays du Feu quand il a le temps. C’est un esprit subtil, manipulateur et puissant. Il n’est pas possible qu’un village qui tient à ses perspectives d’avenir laisse des ennemis à lui, tout isolés qu’ils soient, en activité. Nous lançons aujourd’hui la battue en préparation de cet avenir, car il faudra faire table rase pour espérer changer de statut.

Akogare regarda rapidement chacun des traqueurs.

[Akogare] – En participant, vous associez votre nom et tout ce qu’il contient à cette idée. Le vrai danger n’est pas encore pour tout de suite, mais il commence à n’en pas douter maintenant. C’est un choix qui vous appartient entièrement, à titre personnel je sais que j’ai enfin trouvé un objectif auquel allouer ma force.

Il attendit quelques secondes, dans le cas où certains se raviseraient, mais chacun garda le silence en lui retournant son regard. Akogare désigna Kato et Benkei.

[Akogare] – Kato, Benkei et moi allons réaliser le Heishooshu Fuuin sur trois groupes pour nous téléporter à l’endroit où se trouve Hana. Je vous expliquerai notre stratégie à ce moment. Nous passerons la nuit ensemble, en extérieur, et demain nous abattrons Shinizu. Dans moins de deux jours, Konoha sera débarrassé de deux de ses adversaires les plus dangereux.

Akogare pris avec lui Ten, Kinoko, Sayuri, qui se placèrent à ses côtés. Benkei demanda aux lions de le rejoindre et Kano se chargea de regrouper Naisen, Aya et Junko. Au signal du Hyuuga, les trois groupes disparurent pour le Pays du Thé.

***

Hana s’arrêta, la mine impassible. Son regard passa de Ten à Akogare. Elle fixa un moment ses yeux blancs reconnaissables entre tous et un lent sourire se dessina sur son visage. Il y avait quelque chose de glaçant dans ce sourire, comme s’il avait la propriété d’absorber les émotions les plus éclatantes. Akogare se surprit à l’imaginer sourire pareillement à des personnes dont l’espoir était déjà chancelant. Ce n’était pas exactement son cas, toutefois. Aujourd’hui, c’était lui le prédateur et tout au long de sa vie, cela en avait le plus souvent été ainsi.

[Akogare] – Bonsoir Hana.

[Hana] – Konoha a retrouvé ses couilles.

Elle avait une voix traînante, railleuse. Si près, il était étonné des traits de son visage en particulier. Ils avaient quelque chose d’enfantin, de très doux et ses yeux, d’un bleu singulier, n’avaient pas la froideur à laquelle il s’était attendu. Hana était aussi plus grande que dans son imagination – ce n’était pas faute d’avoir appris son dossier, et donc forcément ses caractéristiques physiques, par cœur – autant que lui à vrai dire et son regard le plantait là, avec une suffisance dédaigneuse. Ce n’était pas la première fois qu’il ressentait cela, les traques avaient quelque chose de très particulier. On poursuivait une image pendant des jours, parfois des mois, on se forgeait progressivement son idée sur la personne. On pensait comme elle, on raisonnait comme elle l’aurait fait afin d’avoir un coup d’avance dessus – le coup qui nous sauverait la mise. On essaye de réfléchir comme elle l’aurait fait, avec tout ce que cela suppose de préjugés. Au final, on se retrouvait avec une version déformée, presque décevante, comme un rêve qui revient d’une nuit sur l’autre, mais sans le frisson d’excitation qui nous avait éveillé alors.

[Akogare] – Je crains qu’il y a méprise, Hana. Nous ne sommes pas là pour te tuer. Nous sommes là pour qu’on te voie mourir. La nuance me paraît importante.

[Hana] – Il parle beaucoup, le perroquet blanc.

Hana ne pouvait pas se tromper. C’était une shinobi de haute stature. Elle savait qu’Akogare était, à lui seul, plus puissant qu’elle ; rien qu’à sentir son chakra prêt au combat. Elle ne devait pas non plus avoir manqué les autres traqueurs encore dissimulés, la concentration de chakra colossale qui s’en dégageait. Pourquoi ce calme, d’où venait cette confiance ? Akogare ne ressentait d’autre chakra que le leur, les lieux avaient été soigneusement observés, il n’y avait pas d’erreur possible. A mesure qu’il formulait sa pensée, Akogare se corrigea. Ce n’était pas de la confiance ou du désespoir, mais une certaine résignation devant l’inévitable. Cela, aussi, était la marque de sa stature. Ils avaient pris leur précaution, mais Akogare fut certain à ce moment que Hana n’essaierait pas de fuir ce combat ; elle l’avait peut-être attendu toute sa vie.

[Akogare] – Écoute le son de ta voix, ce sera bientôt fini.

Hana fut sur lui en un instant ; elle était lente. Il vit le coup partir et les options se multipliaient dans son esprit. Il avait le temps et la rapidité d’exécution nécessaire pour en faire ce qu’il voulait, mais ses possibilités allaient diminuant à mesure qu’il demeurait dressé immobile. Ten ne bougeait pas plus, avec toujours ce même air de profond dégoût qui affectait si rarement son joli visage. Le poing de Hana se fracassa sur le poitrail d’Akogare. Il l’écarta avec une nonchalante fermeté, pour éviter que ne lui vienne l’idée incongrue de l’enchaîner.

[Akogare] – Allons, allons… je ne suis pas un garçonnet. Il te faudra autre chose que tes poings pour espérer m’écarter de ton chemin. C’est le dernier combat de l’un d’entre nous ce soir ; faisons-lui honneur et donnons tout ce que nous avons.

Le corps de Hana se chargeait de chakra. Sa tactique était prévisible. Le Hyuuga leva une main en l’air et aussitôt, trois silhouettes se détachèrent de l’ombre d’une imposante maison. Naisen Aburame, Benkei et Aya Senjago. Hana observa un moment Benkei. Une grimace de dédain sembla la traverser, mais Akogare était mal placé pour observer la subtilité de ses traits, elle lui tournait partiellement le dos – ce qui aurait été, s’ils s’étaient trouvé en situation normale, une erreur aberrante. Il n’y avait pas que la frénésie, chez Hana, il y avait aussi cette insensibilité progressive au réel. Même face à cinq adversaires, dont sa science du combat ne pouvait lui dissimuler la puissance, Hana conservait cette même indifférence trouble, comme si leur sort à tous lui était parfaitement étranger. L’imminence de sa mort ne l’affectait pas comme elle aurait affecté un esprit raisonné ; sa vérité se trouvait ailleurs, quelque part où le regard d’Akogare ne pouvait pas aller. On entendait le bourdonnement assourdissant de nuées d’insectes impatients.

[Hana] – Tu es venu avec tes amis à ce que je vois, Hyuuga. Je n’aurai pas perdu ma soirée.

[Ten] – La zone est scellée.

Elle lui jeta un rapide coup d’œil et murmura rapidement entre ses dents serrées.

[Hana] – Je ne fuis jamais pétasse.

[Akogare] – Assez. Disparais de notre vue.

Kinoko observait le combat à une centaine de mètres de cela, en compagnie du reste de l’équipe. Hana n’avait pas la moindre chance, Kato avait scellé toute la zone pour empêcher la moindre téléportation et elle avait beau dire, la tentation de fuir lui traverserait l’esprit tôt ou tard, même si ce ne devait être qu’un sursaut de son instinct de survie. Il y avait une raison pour laquelle ils ne participaient pas tous au combat en cours ; d’une part, cela aurait été brouillon. Akogare avait une théorie intéressante de la puissance au mètre carrée, qu’il employait pour amuser mais qui n’était pas sans pertinence, et selon laquelle une trop grosse densité avait tendance à amoindrir son impact global. L’autre raison, c’est que cette équipe – et Kinoko en particulier – avait ses propres objectifs. La zone de combat s’était délimitée d’elle-même, néanmoins, les actions de Hana pouvaient échapper à l’équipe de Konoha. Pour ce qu’elle voyait, ils avaient les choses bien en main ; Hana s’était retrouvée au cœur d’un enfer de flamme délivré par Aya, tandis que Benkei s’assurait que les blessures reçues soient soignées au plus vite. Ils appliquaient tous à la lettre la stratégie que leur avait proposé Akogare, avec trois soutiens et deux personnes pour contenir Hana. Akogare n’avait pas jugé utile d’optimiser au maximum leur plan d’attaque, car s’il s’agissait de ne pas sous-estimer Hana, personne n’aurait pu lui prêter la moindre chance dans une configuration aussi défavorable. Ainsi, Ten n’était pas exactement la plus à même de demeurer au corps à corps, mais Akogare lui avait certainement proposé parce qu’il se sentait bien avec elle à ses côtés et parce qu’il se savait suffisamment vif et solide pour encaisser lui-même les dommages, Ten n’étant là qu’en guise d’assurance.

Kinoko fit un signe à Kato, qui acquiesça sobrement. Il unit ses mains, une lueur grise s’échappa de ses paumes jointes tandis qu’il les appliquait au sol et signalait à la jeune Yamanaka que c’était à elle de jouer. Kinoko prit une brève inspiration, puis sa voix se répandit dans tout le village et au-delà, considérablement amplifiée par le sceau de communication.

[Kinoko] – Il y a eu un temps où Konoha acceptait d’entraîner et de soutenir des personnalités dangereuses. Il y a eu un temps où Konoha prenait le pari fou de penser que de telles personnes étaient capables de comprendre ce qu’était leur village, sa fonction dans le monde, son utilité pour vous et pour nous. Ce temps est révolu. Konoha n’acceptera plus de donner de son temps pour armer des personnalités fragiles, qui poursuivent un but par trop personnel et qui n’ambitionnent que de trahir pour acquérir la liberté qu’ils se sont inventés.

De nombreux civils étaient sortis dans les rues, qui à cause du vacarme du combat, qui réveillé par la voix de la Yamanaka, augmentant le nombre de personnes qui contemplaient le combat presque terminé à présent. Kinoko les vit sursauter au moment où un éclair monstrueux fendit les cieux pour achever ce qui restait de Hana. Il y eut une vague de murmures considérable, sitôt le silence rétablit. Akogare, au loin, jeta un coup d’œil à la chef des Yamanaka.

[Kinoko] – Konoha tuera ceux qui restent. Hana Shinratsu, criminel de rang S, meurtrière reconnue et enfant du village n’est plus.

Citation :
Ce fut Akogare le plus rapide ; son poing heurta de plein fouet Hana (87 MP, - 130 HP). La femme recula d’un pas, la lèvre en sang mais le regard flamboyant. Aya relâcha avec une vitesse stupéfiante une énorme arcane de Désintégration (- 830 MP, - 125 HP) ; son talent fut suffisant pour que seule Hana soit affectée par les flammes dévastatrices (Art Millimétré). Hana subit de lourds dommages (- 982 HP), alors que les flammes recouvrent encore sa chair calcinée. Benkei joignit ses mains et les apposa au sol. Un sceau blanc se dessina (Shigen Chikaku - Ressources Terrestres). Une lumière intense recouvrit Aya et ses brûlures s’estompèrent quelque peu +100 HP. Benkei accusa le coup sans sourciller -100 MP. Hana riposta en utilisant un redoutable Gouwan (- 120 MP), qu’Akogare esquiva sans peine. Ten attaqua quant à elle violemment l’esprit de son adversaire (- 633 HP), en entamant ses réserves (Puissance : 12, - 295 MP). Naisen conclut l’action commune en envoyant une colonne d’insecte s’écraser sur Hana (- 60 MP, - 76 HP), qui résista solidement mais se montra importunée par le nombre d’insectes autour d’elle.

Citation :
Akogare frappa Hana au foie (- 54 HP), mais la femme était bien trop résistante pour céder ainsi. Aya, voyant que leur adversaire accusait le coup, n’hésita pas à user du Dernier souffle du dragon mort (- 235 MP), capable à lui seul de terrasser les hommes les plus solides. Hana vacilla sous l’assaut millimétré (- 432 HP) mais bien qu’à bout de force, elle échappa de peu à la mort. Benkei appliqua à nouveau ses mains au sol (- 200 MP). Un crapaud gigantesque s’échappa du nuage de fumée et sabra Hana sur toute la longueur (- 375 HP). Hana, acculée croqua une pilule (+ 500 HP), tandis que Ten maintenait ses illusions (- 360 MP, -633 HP). Naisen observait la situation, prêt à lancer ses insectes là où la situation le demanderait.

Citation :
Pour la troisième fois consécutive, Akogare frappa Hana au visage (87 MP, - 130 HP). Aya se tenait prête à réagir à la moindre initiative de son adversaire, son regard noir la fixait malgré la fumée qui dissimulait partiellement les protagonistes de la mêlée. Benkei leva le bras en l’air et l’abattit puissamment, relâchant un Kirin incroyablement précis (Art Millimétré) gorgé de la chaleur produite par la puissante Senjago (- 550 MP). Hana fut foudroyée sur le coup (- 559 HP), alors que le crapaud invoqué abattait à nouveau son katana disproportionné (- 225 HP). Hana était déjà morte cependant, son corps sans vie gisant à présent au sol, sous le regard sévère des guerriers.

***

Résumé

Akogare

- 0 HP
- 174 MP

Ten

- 0 HP
- 655 MP

Benkei

- 0 HP
- 850 MP

Aya

- 25 HP
- 1065 MP

Naisen

- 0 HP
- 60 MP


Hana

MORTE

- 3354 HP
- 120 MP

MessageSujet: Re: La Battue   Mar 15 Mar - 16:17

Les lions n’avaient pas dit un mot. Ils s’étaient levés ce matin là comme tous les autres matins et pourtant, Iki semblait s’épanouir d’une atmosphère qu’il n’avait encore jamais connu dans le village. Ils étaient en retard. De peu. Mais prostré sur le rebord de la petite fenêtre de sa chambre, il ne pouvait s’empêcher d’humer l’air frais de cette matinée toujours ensoleillée. Quelque chose avait changé, il ne saurait dire quoi. Peut-être était-ce la simple impression d’avoir trouvé une voie, une manière de mettre en pratique les enseignements que les Lions lui avaient toujours donnés. Kawazi et Shaeru s’affairaient, derrière lui. Il fumait sans intêret pour eux sa cigarette. La main puissante de son professeur se posa sur son épaule et sans ouvrir la bouche, Kawazi lui indiquait qu’il était temps de partir ; ils avaient un petit bout de chemin à parcourir jusqu’au lieu de rendez-vous. Iki resserra sa ceinture, noua le tissu qui retenait son bandeau et rabattit sa capuche sur ses mèches pourpres. Il fit sortir ses deux compères et avec un bref soupire, claqua la porte. Il resta là, devant le bois des montants, la tête vide. Etrangement vide. Le regard de Kawazi paraissait inquiet. Pour la première fois, il vivait avec son élève dans Konoha alors qu’il avait passé sa vie avec lui à le regarder, de loin, se nuire, se détruire, puis se relever. Avec l’amère impression de l’avoir laissé tomber quelques années auparavant. Aujourd’hui il espérait que ce dans quoi Akogare les emmenait, bouleverse sa vie à jamais. Qu’il transforme définitivement le visage de Konoha. Qu’Iki en soit l’un des acteurs pour qu’il crée un monde à son image. C’était le rêve de tout shinobi. C’était son rêve, pour lui, plus que tout.

Iki ne connaissait que très peu de personnalités qu’Akogare avait enrôlé ; même de noms. Il comprenait finalement la scandaleuse politique d’un village qui, d’ailleurs, n’en avait plus. Aya Senjago, Naisen Aburame, Kato Sano. Des noms qui devraient être inscrits dans la pierre de la falaise du village. Et pourtant, il en ignorait et le visage, et l’histoire, et le nom, et même l’existence. Avec un regard d’enfant, il découvrait ces hommes et ces femmes qui allaient forger, peut-être, une nouvelle histoire du village. Avec lui. Dont ils ignoraient tout. C’était d’ailleurs un grand mystère. Iki avait été sélectionné, plus par un concours de circonstances que par une réelle réputation. De réputation, il n’en avait pas, d’ailleurs. Il avait simplement eu la qualité de connaître Akogare au bon endroit, au bon moment. Il avait retrouvé Benkei, il était l’élève d’un homme renommé, d’une école lié au village. Cela faisait beaucoup de circonstances mais tout de même. On pariait sur ses performances. Akogare jouait avec lui, avec ses tripes, avec cette immuable faculté qu’il avait à aimer les gens, parce qu’il les aimait, cette émotion qui transpirait en lui ; bien malgré le visage rageur qu’il avait affiché durant de nombreuses années. Pourquoi se délivrerait-il aujourd’hui ? Maintenant ? Il était arrivé à maturité, peut-être. Au bon endroit. Au bon moment.

Ils s’avancèrent tous et Benkei les téléporta loin. Très loin.


***



Shinizu n’était pas clairement un ennemi politique. Du moins, les faits qu’on lui reprochait n’étaient pas clairs à ce sujet. Une histoire familiale était venue entacher sa vie, un jour, et avait chamboulé son existence. C’était une chose qui arrivait à quantité de gens, dont l’existence devenait parfois impossible. Iki en était pleinement conscient, il avait une histoire similaire. Mais le Lion n’avait pas fait exploser trois bombes dans le centre ville de Konoha avant de disparaitre. On avait ensuite toujours attribué de nombreux attentats à cet expert en explosifs. Etrangement, ce n’était pas ce que craignait le Lion. Bien sûr, le village et le pays se battait contre cela. Parce que les illusions n’avaient jamais fait de mal qu’à une ou deux personnes dans des combats très privés. Les bombes, elles, ont des mots à la portée bien plus immense. Le fracas, le bruit insoutenable ; court, mais terriblement intense. L’explosion était certainement le plus fort moyen de montrer sa colère à un système. A moins de vouloir couvrir un meurtre que Shinizu n’assumait pas, la bombe était rarement le meilleur instrument de l’assassin. Si bien que le village, puis le Pays, s’était tourné vers lui de manière tout à fait significative et engagée ; sans réussite.

Akogare avait ouvert une base de données un peu plus grande au Namikaze. Les archives des Oi-nin étaient déjà bien chargées, celle de Konoha lui permettait d’avoir un avis un peu plus poussé sur la question. On ne connaissait pas les raisons de l’animation terroriste de l’ancien Juunin mais il était bien sûre d’une chose : c’était que Shinizu était bien un ennemi politique. Akogare ne l’avait évidemment pas choisi par hasard, mais il était toujours plutôt compliqué d’ôter la vie sans être certain de la culpabilité de celui qui en pâtira. Plusieurs expéditions avaient tenté de faire taire Shinizu et elles y seraient sans doute parvenues si il ne leur avait pas échappé à chaque fois.

C’était la première fois qu’Iki se frottait à un si gros morceau. C’était la première fois, de toute manière, qu’il se lançait dans un si grande opération. L’idée qu’un tel meurtre pouvait avoir tant de répercussions lui semblait encore impossible, voire même irréaliste. Iki croyait en Akogare, peut-être plus encore que Kawazi et Shaeru, parce qu’il voyait en lui un idéal de vie, un idéal futur. Et parce qu’au-delà des expériences que chacun des protagonistes avaient vécu avec lui, Iki avait tissé un lien, fragile, récent, mais un lien tout de même avec lui. Aucun d’eux ne vivait à Konoha. Aucun d’eux ne s’accommodait d’un masque d’assassin. De traqueur.

[Iki] – Les dernières traques opérées sur Shinizu ont été faites au Nord-Ouest. Quelque part vers Ame.

Junko leva les yeux vers le Lion et lui jeta un regard enthousiaste.

[Junko] – Pourquoi n’a-t-il jamais été arrêté ?

Iki haussa les épaules et tira sur la cigarette qu’il avait entre les doigts. Il renifla, et continua de marcher. Ne pas perdre une minute. Si cette cause l’emballait, il ne se sentait pas particulièrement confiant ni très assuré. Bien sûr, ils ne pouvaient pas perdre. Accompagné de deux Lions et d’une Renarde, leur équipe pouvait difficilement laisser filer Shinizu. Mais n’avait-il pas déjà échappé aux meilleurs ?

[Iki] – Konoha ne s’est peut-être pas donné tous les moyens, je ne sais pas. Les rapports indiquent que chaque traque avait manqué d’un peu de malchance, qu’il avait toujours réussi à fuir, d’une manière ou d’une autre.

Dans un soupir fatigué, il continua.

[Iki] – Je pense que nous sommes là pour ça. Pour leur montrer qu’à l’avenir, les gens comme Shinizu ne doivent plus vivre. Les échecs précédents ne sont pas importants. Shinizu va mourir, c’est tout ce qui m’importe.

La jeune femme leva les mains en l’air et sourit.

[Junko] – C’était une simple question, ne le prends pas pour toi.

Elle hâta son pas et le dépassa, comme si de rien n’était. Iki ne connaissait pas la Renarde mais appréciait la simplicité de sa personnalité. Elle respirait la générosité, une générosité physique qui se lisait sur son visage. Kawazi et Shaeru restaient silencieux, à ses côtés. Iki aimait savoir qu’il pouvait compter sur eux et pour la première fois depuis longtemps, il ne ressentit pas le besoin d’en demander plus. Ils marchaient, simplement, à ses côtés, comme l’un des leurs et cette seule vision lui plaisait.

Le paysage puait la tristesse. Les arbres pleuraient. L’atmosphère, lourde, tombait sur leurs épaules et chaque pas semblait s’enfoncer dans le sol et chaque fois plus difficile à réitérer. La fatigue les tenait à la gorge, une épaisseur de transpiration perlait à la surface de leur peau. Seule Junko ne paraissait pas souffrir de leur course, sa courte robe virevoltant dans le maigre vent froid, le même sourire confiant sur les lèvres. La première fois qu’ils sentirent le chakra de leur proie, ils s’étaient répartis dans une formation dispersée. Il pouvait fuir, le moustique, il pouvait piquer ça et là, mais il ne le laisserait pas partir.

Une pluie intense s’abattit sur eux. Dans une étroite clairière, un calme terrifiant prenait Iki aux tripes. Ils étaient tous immobiles, attendant que Shinizu pointe le bout de son nez, ce que le Lion savait qu’il ne ferait pas. Mais il était trop tard. Trop tard. Il se leva et s’extirpa de l’ombre dans laquelle il s’était enveloppé. Ses pieds balayaient les herbes hautes et humides qui le fouettaient. Le Namikaze s’avançant au milieu de la petite clairière et alluma une cigarette, posant son regard sur les positions invisibles de ses trois compagnons.

[Iki] – Hataba Shinizu, il est inutile de te cacher. Nous ne sommes plus de simples soldats. Nous ne serons pas aussi faciles à duper que les autres. Il tira sur sa cigarette et continua de tourner sur lui-même. Sors de ton trou et bats-toi.

Une forme extrêmement fine sortit des bois. Les traits tirés par la fatigue et par la faim, le déserteur avançait sans crainte vers le Lion. Ses mèches brunes bâtardes recouvraient une grande partie de son visage mais Iki pouvait apercevoir son regard défait. Un regard de chien battu. Un regard désespéré.

[Shinizu] – Si vous n’êtes pas des soldats, qui êtes-vous ?

Iki sourit et retira la cigarette de sa bouche.

[Iki] – Des commandants. Nous sommes des commandants et c’est à nous, aujourd’hui, que tu dois rendre des comptes.

Iki s’enfonça dans le sol. Ses pieds, ses mollets, ses genoux étaient déjà recouverts de terre et ses jambes furent rapidement bloquées. D’un sourire noir, l’homme sortit son Katana de son fourreau et le leva au dessus de sa tête.

[Shinizu] – Konoha n’a jamais fini de se moquer de moi.

La lame fondit sur le crâne du Namikaze. Ce sont les avant-bras de Kawazi qui l’arrêtèrent, apparu entre les deux combattants. Elle cisailla sa peau, fissura sa chaire mais le Lion ne broncha pas. Ses pupilles argentées le firent hésiter et Shinizu resta immobile la moitié d’une seconde. Bien trop longtemps, en somme. Shaeru fondit sur lui et une masse de chakra recouvrit toute la clairière. Les mouvements des Lions devinrent extrêmement lents tandis que Shinizu esquivait chacune des attaques de Shaeru sans jamais y répondre. Balancé par le mouvement de son Katana, il reculait, et reculait sans cesse. Ce fut Junko qui mit bientôt fin à la domination de l’illusionniste, jaillissant derrière lui, elle lui asséna un rapide coup de pied à la nuque. Iki concentra son chakra et mordit un peu de sa chaire pour s’extraire de ce qu’il comprit très vite être une autre illusion. Il retrouva très vite le maniement de ses jambes et fondit sur sa proie. Les deux paumes en avant, il bloqua son mouvement au niveau de son plexus et le poussa en arrière. Kawazi, déjà, visait le crâne de l’homme et lui infligeait un puissant coup, ses deux immenses mains réunis. Shaeru se retira et regarda son compère terminer les quatre mouvements du Shitsuryou. Ses yeux devenus dorés ne lui laissèrent aucune chance.

Iki empoigna la partie arrière du crâne de Shinizu et souleva son crâne jusqu’à ce que son visage ne barbouille plus dans la boue. L’homme ne pouvait plus bouger. Quelques côtes cassés, c’était chacun de ses membres qui s’étaient un à un éteints et qui l’avaient laissé seul face à eux quatre. Dans la plus grande des peines, il tenta d’ouvrir les yeux mais les referma aussitôt, sentant la douleur trop vivace. Sa respiration était haletante, irrégulière, parfois inexistante et le sang qui dégoulinait le long de son visage l’empêchait parfois d’ouvrir la bouche pour prendre une dernière bouffée d’oxygène. Iki se pencha afin que sa bouche soit presque collée contre son oreille. Son regard était rageur, profond, presque colérique.

[Iki] – Konoha a fait des erreurs, Shinizu. Tu es une erreur. La voilà corrigée.

Il lâcha ses cheveux et regarda sa tête retomber contre le sol. Sans trembler, il serra dans sa main le manche du Katana qui gisait à ses côtés, l’acier craquelé de sang. La lame transperça son crâne d’un seul coup, net, incisif et précis. L’homme ne cria pas, il arrêta simplement de respirer. A jamais.


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