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 Les 3 Lunes

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MessageSujet: Les 3 Lunes    Mar 21 Déc - 14:28


Jougen - Le Premier Quartier de Lune

Eita lui avait donné une adresse localisée dans le centre ville. Sho ne savait pas à quoi s’attendre en rencontrant Ooraka. Il supposait sans trop d’hésitation que comme tous les membres de la famille Okamoto, Ooraka ne devait pas être très expressif. Ce n’était pas en soit un trait de caractère insupportable, mais Sho redoutait davantage qu’il devienne un handicape si d’avenir ils venaient à faire équipe. Comme l’avait si bien dit Eita, ils devraient agir comme un seul et même cerveau. Pour arriver à une telle symbiose, ils n’avaient d’autres choix que de se livrer l’un à l’autre, de se connaître et de s’appréhender dans l’espoir qu’ils deviendraient l’équivalent de parfaits amis d’enfance. Autant dire que ce n’était pas gagné d’avance. Ooraka habitait un bâtiment en plein cœur du centre ville. Ce genre de bâtiments aux façades d’un blanc uniforme, sans prétention, aux toits de tuiles noires, capables de se fondre dans n’importe quel décor urbain. Ces bâtiments, Kumo en possédaient des dizaines en périphérie de son poumon commercial. Ils accueillaient le plus souvent des familles sans histoires et tous les shinobis qui ne pouvaient espérer meilleur toit. Ooraka ne répondait à aucun de ces deux critères, mais Sho avait cru comprendre qu’il mettait un point d’honneur à toujours préserver un semblant d’indépendance par rapport à sa famille d’adoption.

La rue était bondée – rien de plus normal par un jour comme celui-ci. En venant, Sho avait cru remarquer l’afflux anormal d’artisans aux tenus étranges, signes qu’ils devaient venir de régions éloignées. Cela ne laissait entendre qu’une seule chose à son sens, que le grand marché de Kumo devait avoir lieu aujourd’hui. Il s’agissait d’un événement unique en son genre où marchands et artisans du pays tout entier voyageaient jusqu’à Kumo pour y vendre des produits uniques qu’il était rare de trouver en temps normal dans le village. Il se disait que beaucoup de ces marchands réalisaient le plus gros de leur chiffre d’affaire annuelle au cours de cet événement. Mais là n’était pas l’intérêt de Sho. Arrivé à l’adresse indiquée sur le petit bout de papier, il leva son regard d’or vers la façade du bâtiment, figé qu’il était au beau milieu d’une foule en perpétuelle mouvement. Le bâtiment ressemblait beaucoup au premier dans lequel il avait emménagé. Il se souvenait encore du hall d’entrée, du couloir du premier étage, et plus particulièrement encore de son appartement une pièce dans lequel il avait grandis aussi bien en tant qu’individu qu’en tant que shinobi. Cette époque était lointaine, trop lointaine se persuada Sho en souriant.

Rangeant le papier dans la doublure de son kimono, il poussa la porte d’entrée et emprunta l’escalier principale jusqu’au deuxième étage. Il longea ensuite un couloir en L, passant devant une série de portes décorées de petites plaques en bronze. 24, 25, 26... Sho s’arrêta finalement devant la porte 27. Deux coups suffirent à réveiller des bruits de pas derrière la porte. Une seconde plus tard, celle-ci s’ouvrait sur un garçon de sa corpulence, la peau légèrement halée et coiffée d’une frange hirsute. Son regard était d’un bleu électrique et ressemblait à celui d’un félin. C’était là le regard de quelqu’un qui semblait avoir trop vécu, mais qui avait su en tirer une certaine sagesse.

Ooraka – Tu dois être Nagoshi Sho ? Ma mère m’a dit que tu passerais. Entre.

Ooraka laissa la porte grande ouverte et s’enfonça dans son salon. Sho referma la porte derrière lui et suivit les pas de son hôte. L’appartement d’Ooraka était tout ce qui se faisait de plus normal dans les parages. Un salon, Sho avait cru deviner une cuisine derrière une porte entrouverte à gauche de l’entrée, une chambre dont la porte coulissante s’ouvrait sur le salon, et enfin ce qui devait être une petite salle de bain cachée derrière une autre porte coulissante donnant sur le salon. Le confort était tout relatif dans la vie d’un shinobi. Au contraire, d’un genin ou d’un aspirant, les gradés étaient plus souvent hors de leur village qu’en dedans. De fait, il était rare pour eux de trouver ne serait-ce qu’un jour à passer chez eux. Cela expliquait très bien pourquoi le salon d’Ooraka paressait vide. Une commode disposée dans un coin, un bureau aménagé sous la fenêtre principale, et enfin un tas de coussins assemblé autour d’une table basse, cela suffisait à assurer le strict nécessaire. Mais à regarder la propreté du bois de cerisier qui servait de surface au bureau, Sho doutait même qu’Ooraka si soit une seule fois accoudé.

Sho – Tu dois savoir ce qui m’amène, n’est-ce pas ?

Ooraka s’assit en tailleur au bout de la table basse et lui fit signe de s’asseoir en face de lui, à l’autre bout de cette même table.

Ooraka – Tu veux sans doute parler de la Team Mangetsu ?

Sho acquiesça d’un simple mouvement de la tête.

Ooraka – Je sais que l’Intendant a autorisé la formation d’une nouvelle équipe et qu’elle nous concerne tous les deux. Ma mère a refusé de m’en dire plus. Elle m’a fait comprendre que tu m’expliquerais le nécessaire.

Sho aurait pu être pris au dépourvu, mais il commençait à être habitué aux manières d’Eita – qui ressemblaient de bien des façons à celle d’Akai Juutai, le mentor de Sho. Un léger sourire aux lèvres, l’eisei-nin s’assit face à son hôte et prit une profonde inspiration. Par où devait-il commencer ? Ooraka savait qu’une nouvelle équipe s’apprêtait à voir le jour et qu’ils en étaient tous les deux des membres – en tout cas pour sa part, car rien ne lui indiquait encore qu’Ooraka voulait en faire partie. Mais savait-il à quelle fin elle voyait le jour et pourquoi lui plus qu’un autre ? Sho en doutait. A vrai dire, il doutait même de la réponse. Il existait bien des shinobi de talent à Kumo, en tout cas dans son imaginaire. Ni lui ni Ooraka n’étaient particulièrement plus puissants que d’autres, quoi que cette supposition relevait encore de son imaginaire. Sho se rappela alors de l’enseignement qu’il avait reçu au domaine Okamoto et plus particulièrement des bienfaits qu’il pouvait y avoir à omettre certaines questions. Il lui sembla soudainement qu’il n’y avait aucun intérêt à savoir pourquoi ils avaient été choisi pour former cette équipe. Il était simplement de son devoir de réunir les trois personnes qu’Eita lui avait demandé de réunir. Le reste n’était pas ou plus de son ressort. Il soupira.

Sho – L’Intendant veut prendre appuis sur une nouvelle équipe. Une équipe qui pourrait, à terme, soulager le nombre d’interventions des Immortels. Je suppose qu’en temps de crise, l’Intendant a besoin d’être certain qu’il pourra compter sur une autre équipe en cas de pépin. Je ne vois pas ce qui pourrait inquiéter les Immortels ou en tout cas n’ai-je encore rien vu qui me permette de douter de leur avenir. Ils forment la plus grande équipe que Kumo n’ait jamais possédé. Néanmoins, quelque chose me dit que l’Asahi avance ses pions dans l’ombre et que l’Intendant est au courant de ces déplacements ou en tout cas de certains d’entre eux. S’assurer qu’une deuxième équipe puisse leur tenir tête pourrait être un avantage certain pour le village.

Ooraka sourit.

Ooraka – Tes conclusions sont intéressantes et sans doute vraies. On m’a dit que tu étais un sacré analyste sur le terrain, ça semble être le cas également en dehors. J’ai eu le temps de réfléchir à la question de mon côté et je crois que Kumo a beaucoup à perdre en comptant systématiquement sur les Immortels. Tout immortel qu’ils sont, ils ne peuvent être partout à la fois. De plus, je pense que les autorités ne savent que très peu de choses sur les capacités de nos ennemis. J’ai l’intime conviction que l’attaque de l’Examen Chuunin n’était qu’un aperçu de leur puissance. Si mon instinct ne me trahit pas, il est fort probable que l’Asahi ait une puissance de frappe dévastatrice. Partant de cette supposition, je crois que même les Immortels ne pourraient y survivre. Concrètement, ni toi ni moi ne possédons leurs capacités... pour l’heure tout du moins. Kumo a toutefois tout à se rassurer en entrainant une nouvelle équipe à se dresser contre les sommets de ce monde.

Sho soutint le regard d’Ooraka et hocha de la tête pour lui donner raison. Il partageait le même point de vue ou tout du moins ses suppositions l’amenaient à la même conclusion que celle formulée par Ooraka. Kumo était le seul village, tout du moins selon les informations officielles, à avoir perdu ses deux derniers Kage dans d’obscures circonstances. De fait, des trois puissances majeures, Kumo était sans doute le village le plus mal en point au niveau de l’équilibre politique. Si l’Intendant remplissait ses fonctions avec brio et avait réussi à élever le village à un échelon supérieur, il n’en restait pas moins un Intendant et non un Kage. Cela, toutes les nations en étaient bien conscientes, au même titre que le ou les organisations qui avaient entrainé ou facilité la chute du Yondaime et du Godaime Raikage. Kumo avait donc tout a gagné a mettre en place une seconde équipe d’envergure. Sho s'imaginait clairement Kumo comme étant un monstre colossal boitant sur une seule jambe. La jambe valide n’était autre que les Immortels. Tout monstre qu’il était, Kumo avait besoin d’une seconde jambe valide pour avancer correctement.

Sho – Ta mère m’a proposé de te convaincre toi et deux autres personnes de former cette équipe avec moi. J’ai accepté pour honorer la volonté d’Osamu-dono. Sachant que ce qui nous attend relève sans doute de la folie pure au vu des dangers que nous allons devoir affronter, puis-je compter sur toi dans cette équipe ?

Ooraka sembla à peine réfléchir. Sho ne doutait pas qu’il avait murement pris le temps de le faire depuis que sa mère lui avait esquissé le gros du projet.

Ooraka – J’ai entendu parlé de toi avant même que ma mère ne prononce le moindre mot à ton sujet. Tes compétences m’intriguent. Il se dit que tes réserves de chakra pourraient te permettre d’absorber les dégâts subits par tout une équipe. Je doute qu’en l’état tu pourrais essuyer les assauts répétés de certains membres d’Asahi, mais je crois aussi que toutes les légendes se fondent sur des rumeurs. L’avenir nous le dira, mais je pense que la Team Mangestu va entrer dans l’Histoire grâce à tes compétences... et sans doute un peu des miennes.

Sho accentua son sourire. Il s’était toujours amusé d’entendre les rumeurs qui circulaient à son sujet. Mais plus que ça, il souriait car il était heureux de pouvoir compter sur un homme comme Ooraka dans cette équipe.

Sho – Je suis soulagé. Je pensais que tu serais le plus difficile à convaincre des trois.

Ooraka – Je ne suis pas un Okamoto pur sang, tu t’attendais sans doute à t’heurter à leur froideur naturelle.

Le silence retomba puis soudainement, Ooraka se mit à rire. Sho l’interrogea aussitôt du regard.

Ooraka – Si nous sommes sensés former la pleine lune alors je crois que je suis jougen, le premier quartier de lune et toi gesshoku, la nouvelle lune.



Dernière édition par Sho Nagoshi le Sam 15 Jan - 16:21, édité 3 fois

MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    Lun 27 Déc - 13:52

La nouvelle lune... oui peut-être, se dit Sho. La nouvelle lune était un signe de renaissance dans les cieux ; un moment unique où elle se retrouvait alignée entre la Terre et le Soleil et où sa face non éclairée se fondait dans la voûte céleste. D’une certaine manière, lui aussi venait de renaître dans le domaine Okamoto. Il y avait réveillé une face cachée de lui-même, une partie de lui qu’il exposait aujourd’hui à la vue de tous – bien qu’elle ne fut visible que des yeux les plus aptes à discerner les sentiments. C’était une nouvelle existence qui débutait pour lui. Non seulement pour lui, mais aussi pour les trois autres membres de la Team Mangetsu. Il n’était pas encore dit que sur les trois, tous accepteraient, mais aucun d’eux ne pourrait rester insensible à l’idée d’apporter son expérience à ce tout nouveau projet, à cette nouvelle équipe qui aurait tôt ou tard vocation à côtoyer les sommets. Ce n’était pas là une question de gloire ou de prestige personnel, mais beaucoup plus d’orgueil. L’orgueil et la chance de pouvoir contribuer à quelque chose de beaucoup plus grand que soi. L’orgueil et la chance de pouvoir repousser les limites ; les siennes tout d’abord puis celles du monde shinobi. Quelle que soit la folie de ce projet, quelle que soit la folie de croire qu’une nouvelle équipe pouvait changer la donne, il y avait du bon à se dire que chacun d’entre eux pourrait un jour affirmer avec fierté « j’en faisais partie ». Restait que tout était encore à faire et qu’il était pour l’heure question de réunir l’équipe au grand complet.

Ooraka se leva et le toisa de haut. Le premier quartier de lune... oui à bien y réfléchir, il y ressemblait beaucoup. Ooraka était un garçon au demeurant discret – l’enseignement secret de la famille Okamoto y contribuait certainement pour beaucoup – mais il n’était pas complètement fermé pour autant. Il laissait entrevoir une partie de sa personnalité, le strict minimum certes, mais une partie tout de même. Il était bien comme le premier quartier de lune, se risquant à laisser découvrir une partie toujours plus grande de sa personnalité tout en continuant de préserver une très grande part de mystères aussi bien sur ses ambitions que sur ses motivations. Sho était persuadé que même son style de combat devait ressembler à ce modèle d’ombre et de lumière.

Ooraka – Je vais préparer le thé. Parle-moi des deux autres personnes susceptibles de rejoindre l’équipe pendant ce temps.

Sho pivota légèrement sur ses genoux pour voir Ooraka disparaître dans sa cuisine. Il entendit le craquement d’une allumette, les cliquetis précédent l’allumage du gaz, puis le souffle rauque du feu qui s’embrase avant de s’adoucir. Il abaissa ses yeux sur le parquet ciré du salon et plongea une main sous un pan de son kimono pour en sortir les trois dossiers qu’Eita avait voulu qu’il conserve sur lui, le temps de réunir ses futurs coéquipiers. Il posa celui d’Ooraka et du dénommé Yokujou Yajuu sur la table et ouvrit celui de Dokuzen Sujimichi sur ses genoux. Il devait bien avouer que Sujimichi était la personne qui l’intriguait le plus parmi le trio de prétendants. Elle n’avait jamais accompli la moindre mission – tout du moins rien que ne puisse figurer sur son dossier – et pourtant elle faisait partie de la Brigade d’Interrogation depuis ses onze ans. La prouesse était remarquable et remarquée. Mais Sho se demandait jusqu’où allait ses compétences pour avoir mériter un tel poste à un si jeune age. Eita la disait spécialiste en jeux d’esprit. Sho la pensait tellement douée en la matière qu’aucun détenu ne devait lui résister.

Ooraka – Alors ?

Sho releva les yeux. Ooraka se tenait sur le palier de la porte de la cuisine, occupé à nettoyer une théière avec un chiffon, son regard tourné dans sa direction.

Sho – Il y a une certaine Dokuzen Sujimichi, vingt cinq ans. Elle travaille pour la Brigade d’Interrogation depuis ses onze ans. Est-ce que tu as déjà entendu parler d’elle ?

Ooraka avait de nouveau disparu dans sa cuisine.

Ooraka – Non, jamais. Mais je parie qu’elle fait dans le genjutsu.

Sho – Exact.

Sho entendit Ooraka faire couler de l’eau dans sa théière et la posée ensuite sur le feu qui se mit à crépiter faiblement.

Ooraka – Beaucoup de gens surnomment à juste titre cette brigade « la Brigade de Torture et d’Interrogation » puisque tous les prisonniers et ennemis du village passent par leurs locaux pour y subir des salves d’illusions et de jeux d’esprit dans l’idée que leur langue se délie. Si cette fille en est membre depuis l’age de onze ans, tu peux être sûr et certain qu’elle a tous les outils en main pour faire fondre nos cerveaux en moins de temps qu’il nous en faudra pour réaliser qu’ils se transforment en bouillie.

C’était l’image qu’il s’en faisait. Sujimichi devait être capable des pires intrusions spirituelles, capable de faire tomber n’importe quelle barrière psychologique pour soumettre n’importe quel esprit. Mais le fait d’avoir intégré si jeune la brigade laissait entendre qu’elle était capable de plus. Capable de choses qui devaient dépasser l’entendement, même pour des shinobi. En l’état, il était simplement difficile de deviner quoi exactement. Sho devant se contenter de suppositions plus ou moins délirantes sur le sujet.

Ooraka – Sachant ce qui nous attend, je te laisserai volontiers mener les débats avec notre amie. Tu es meilleur orateur que moi.

Sho haussa les épaules. Meilleur orateur ? Il ne l’était probablement pas, mais il comprenait toutefois qu’Ooraka puisse se défiler à l’idée de devoir convaincre Sujimichi. La peur, sans doute, de se retrouver l’esprit embrumé s’il venait à prononcer un mot de travers. Mais qu’importe, Sho n’avait de toute façon pas compter sur lui pour la convaincre. En silence, il referma le dossier de Sujimichi, le posa sur la table, et prit celui d’Yajuu qu’il ouvrit en lieu et place de l’autre. Yokujou Yajuu... maintenant qu’il connaissait un peu Ooraka, il était presque persuadé que Yajuu serait le plus difficile à convaincre. Car si Sujimichi était une experte en genjutsu et devait posséder la tranquillité de ceux qui le pratiquent, Yajuu était un pur enfant du taijutsu, de ceux qu’il fallait avant tout convaincre par la résistance physique avant d’espérer convaincre par les mots. Ce n’était bien sûr pas une loi inébranlable – car toutes les lois trouvaient des exceptions – mais un élève de l’école du Miroir d’Ambre devait sans doute mettre un point d’honneur à écouter celles et ceux qui se présentaient en égal. D’autant qu’Yajuu ne semblait pas particulièrement apprécier passer du temps à Kumo au vu du fait qu’il en avait passé beaucoup plus au Pays des Vagues.

Sho – Celui-là sera sans doute plus compliqué encore à convaincre. Yokujou Yajuu, vingt trois ans. Membre de l’école...

Ooraka – .. du Miroir d’Ambre.

Sho releva la tête et lança un regard interrogateur à son hôte qui venait de réapparaître.

Ooraka – Oui, je le connais. Pour être tout à fait précis, je connais bien la force de ses jambes.

Sho – Tu l’as déjà affronté ?

Un lourd silence s’installa. Un silence durant lequel Sho observa longuement la porte de la cuisine sans y voir passer la silhouette d’Ooraka. Il entendait par moment un ustensile tinter contre un autre, une flamme crépiter, quelques bruits de pas, mais pas la voix du maître des lieux. Ce qui en disait long sur sa réponse. Ooraka avait déjà croisé la route d’Yajuu, Sho en était persuadé. Restait que le silence qu’il se plaisait à nourrir pouvait signifier bien des choses. Une animosité vivace entre les deux hommes ? Un simple rapport de force ? Ou pire encore ? Il ne pouvait encore le déterminer.

Au terme d’une longue attente, Ooraka réapparut, un plateau sur les bras. Dans un silence presque cérémonial, il s’assit à genoux au bord de la table, disposa une tasse de chaque côté et y déversa le contenu encore légèrement fumant de la théière. Une fois le thé servit, il rangea le plateau sous la table, se redressa et retourna s’asseoir en tailleur à sa place pour entamer sa dégustation. Rien n’avait changé dans son regard. Rien ne laissait entendre qu’il éprouvait une gène quelconque à discuter d’Yajuu. Il était fidèle à lui-même, calme et concentré sur ce qu’il était entrain de faire. Sho prit la tasse entre ses mains et courba légèrement son buste pour remercier son hôte, avant d’écouler une gorgée de thé entre ses lèvres. Son regard fixait le visage d’Ooraka avec insistance, attendant que le moindre rictus lui en apprenne quelque chose sur son silence. Mais rien n’y fit, Ooraka était parfait maître de ses émotions. Sho dut attendre qu’il décide de lui-même d’en discuter.

Ooraka – C’était il y a neuf ans. Moi et lui nous sommes rencontrés au cœur de l’arène, en final d’un tournoi interne pour le titre de Chuunin. Le combat a duré quelque chose comme trois minutes. Il m’a littéralement surpassé dans tous les secteurs. Je l’ai blessé, mais il s’est montré plus rapide, plus percutant dans son approche... et j’ai perdu lamentablement.

Rien ne transparaissait dans ses yeux, ni la moindre amertume ni le moindre regret.

Ooraka – C’était presque une humiliation en règle.

Sho – Tu lui en veux ?

La question n’était pas anodine. Sho voulait savoir si en plus de convaincre Yajuu, il devrait aussi travailler à les rapprocher lui et Ooraka. C’était une éventualité qui lui déplaisait fortement, mais dont il n’aurait d’autre choix que de s’occuper pour le bien de la Team Mangetsu.

Ooraka – Très franchement, je ne sais pas. J’ai eu honte pendant longtemps, oui. Je voulais ma revanche, mais je savais que je n’avais aucun moyen de le battre. Je me demande simplement quel niveau il a atteint aujourd’hui. A l’époque, il était déjà sacrément bon. Aujourd’hui, va savoir de quoi il est capable.

Sho avala une autre gorgée de thé avant d’abaisser les yeux.

Sho – Il semble que ta mère ait une piètre opinion de lui.

Ooraka sourit derrière sa tasse.

Ooraka – Yajuu était un garçon froid comme la mort quand je l’ai rencontré. Il avait ce côté un peu hautain des personnes qui sont toujours persuadées qu’elles sont les seules à avoir raison.

Sho – Charmant.

Ooraka acquiesça en riant. Sho referma le dossier de Yajuu et le posa sur les deux autres. Au vue de ce qu’il venait d’apprendre, Yajuu serait très probablement le plus difficile des trois à convaincre. Sho n’avait pas encore la moindre idée de la manière dont il s’y prendrait et il ne préférait pas trop y réfléchir pour l’instant. Sujimichi était la prochaine sur la liste et c’était déjà beaucoup. Yajuu attendrait encore un peu.

Ooraka – Je peux voir mon dossier ?

Sho rehaussa son regard et fit glisser la pochette cartonnée vers lui. Ooraka l’ouvrit et le dévora des yeux, son sourire s’accentuant à mesure qu’il progressait dans sa lecture.

Ooraka – Je ne me souvenais même plus de toutes ces choses.

Sho – J’imagine que des missions de rang B et A s’oublient assez vite quand on est un Okamoto.

Ooraka referma brusquement la pochette cartonnée et se mit à rire.

Ooraka – Tu n’imagines pas à quel point !

Il saisit sa tasse de thé et la vida d’une seule traite, rapidement imité par Sho.

Sho – En route ?

Ooraka – En route ! Mon esprit bouillonne déjà.


MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    Ven 31 Déc - 18:20


Hangetsu - La Demi-Lune

La brigade d’interrogation prenait racine dans un bâtiment accoudé au Temple du Raikage. Il s’agissait d’une tour brune enfoncée à flanc de montagne, construite au temps du Shodaime Sakae Samura. Elle avait d’abord servit comme entrepôt puis s’était transformée en salle des archives avant d’être abandonnée sous l’autorité du Nidaime Hitoshi Tarega. Ce n’est qu’au temps du Sandaime Shagen Hyuuga que la tour fut réabilité et qu’elle accueillit la première branche de shinobi spécialisés dans la récolte d’informations. La brigade d’interrogation telle qu’elle existe aujourd’hui n’en était alors qu’à ses premiers balbutiements. C’est au sommet de la guerre contre Kiri que la Brigade prit officiellement ce nom. L’idée s’imposa rapidement qu’il était capitale de soutirer un maximum d’informations aux ennemis capturés afin de s’assurer l’ascendant sur les généraux de la Brume. A cet effet, le Sandaime dépêcha sur le front une équipe composée d’experts en genjutsu. Mythe ou réalité, les documents officielles stipulèrent que pas moins d’une vingtaine de shinobi de la Brume passèrent entre leurs mains et que c’est en partie par le biais de leurs découvertes que les troupes de Kumo réussirent à s’enfoncer si vite et si loin sur les terres kiréennes. Si la guerre contre Kiri leur suffit à se tailler une place dans le paysage kuméen, la brigade perdit cependant en crédibilité au cours des troubles qui emportèrent le Yondaime Kimimaro Kaguya. On leur reprocha, à tort, un manque d’efficacité et de clairvoyance à l’égard du Haut Sénateur Heihachi pour ne pas avoir anticipé sa trahison. Le fait était pourtant que la brigade n’avait pas pour mission de déchiffrer le futur, mais bien de soutirer des informations aux ennemis de Kumo. Heihachi en était un, mais un ennemi intelligent qui ne s’était déclaré qu’à la dernière seconde avant de disparaître purement et simplement. Sa réputation ainsi injustement entachée, la brigade se fit plus discrète et manqua même de disparaître. Il fallut attendre l’intendance de Shigeo Koyama pour la retrouver sous son véritable jour. Jour sous lequel les maîtres du genjutsu recueillirent une fille au pouvoir incommensurable. Une fille prénommée Sujimichi Dokuzen.

Ooraka – J’ai peine à croire que cette tour soit celle des pires tortures qu’on puisse imaginer.

Sho et Ooraka suivaient le seul chemin qui permettait d’atteindre le domaine du Raikage – ou en l’occurrence de l’Intendant. Domaine qui se composait d’une succession de bâtiments semblables à des tours plus ou moins rondes et du Temple. Sho dirigea ses yeux vers la tour brune qui se dessinait progressivement au sommet de la pente.

Sho – C’est vrai qu’elle fait très coquète vue de l’extérieur.

Ooraka opina du chef.

Ooraka – Tu as un plan pour convaincre cette fille de nous rejoindre ?

Sho s’efforça de paraître neutre. Il avait bien évidemment réfléchit à un plan ou tout du moins à un angle d’attaque. Mais dans l’élaboration d’un plan efficace, il fallait forcément prendre en compte les données récoltées sur le terrain. Pour l’heure, tout ce qu’il savait de Sujimichi c’est qu’elle avait vingt cinq ans et qu’elle était membre d’une brigade dans laquelle il ne valait mieux pas atterrir, si on se prétendait être un ennemi de Kumo. Concrètement, il ne se faisait pas la moindre idée du caractère de Sujimichi, encore moins de la manière qu’elle aurait de réagir à leur entretien. Sho espérait simplement que leur discussion ne tournerait pas au vinaigre. Il sourit.

Sho – Pas le moindre.

Ooraka tourna son regard vers lui et rit pour lui-même.

Ooraka – Si tu m’avais répondu que tu en avais un, je ne t’aurais pas cru de toute façon.

Les deux hommes gravirent la pente et se surprirent à découvrir une silhouette devant les portes de la tour brune. En s’approchant, ils distinguèrent nettement une frêle silhouette enveloppée dans une veste blanche. La silhouette d’une femme aux longs cheveux blancs tanguant au vent. La guêpe blanche, pensa instinctivement Sho. La guêpe blanche, Senhime Iwaki, n’était autre qu’une des principales têtes pensantes de la brigade et une de ses bonnes connaissances. Ils n’étaient pas des amis proches, peut-être même pas des amis, mais ils se connaissaient bien. Sho côtoyait surtout son mari, Masao Iwaki, lui aussi professeur à la solde de l’académie. On pouvait résolument dire que les rapports entre Sho et Senhime étaient des plus amicaux et qu’en un sens, il n’était pas surprenant de la trouver là. L’intendant avait du prévenir les dirigeants de la brigade que Sho se présenterait. Pour l’exactitude de l’heure, Sho s’en remettait volontiers au coup du sort ou à l’œil bienveillant d’Eita.

Arrivés assez près de Senhime pour distinguer la couleur si singulière de ses yeux, les deux shinobi s’inclinèrent.

Senhime – Soyez tous les deux les bienvenues aux portes de ma brigade.

Elle sourit.

Senhime – Tu as bien grandi depuis notre dernière rencontre Nagoshi-kun. Pas de taille bien sûr.

Elle inclina la tête et porta ensuite son regard de nacre sur Ooraka.

Senhime – Voilà bien longtemps que je n’avais plus croisé la route d’un Okamoto. Comment se porte la vieille Eita ?

Sho s’attendit à voir Ooraka réagir négativement aux mots de leur hôte, mais à sa plus grande surprise il se contenta de sourire d’un air amusé.

Ooraka – Bien. Si bien qu’elle s’est mise en tête de former une nouvelle équipe.

Senhime accentua son sourire et inclina la tête.

Senhime – Oui, elle a toujours eu un don pour faire éclore les bourgeons les plus prometteurs. Bien, ne perdons pas plus de temps. Sujimichi vous attend. J’espère du fond du cœur que tes beaux yeux n’arriveront pas à charmer ma petite Suji, Nagoshi-kun. Je t’en voudrais à mort de me l’enlever, même si c’est pour la bonne cause.

Sho haussa les épaules en levant ses yeux vers le ciel d’un air faussement espiègle. Le ton de Senhime laissait croire à la plaisanterie, mais il comprenait à travers lui que le départ de Sujimichi représenterait une perte conséquente pour la brigade. Comme il l’avait imaginé en parcourant son dossier, la jeune femme était un pilier central pour l’organisation. Ce qui ne faisait que confirmer l’hypothèse qu’il avait formulé sur ses compétences. Sujimichi était beaucoup plus qu’un génie précoce pour s’être attiré la fervente protection de Senhime.

Les portes de la tour s’ouvrirent devant eux. Noyés dans un silence de circonstances, les deux hommes suivirent les pas de leur hôte à travers un dédale de couloirs d’apparence complexe, mais en réalité rigoureusement bien agencé. La tour était constituée de trois étages et d’un sous-sol. Sho comptabilisa pas moins d’une quinzaine de portes entre les grandes portes de la tour et celle devant laquelle ils s’arrêtèrent sur ordre de leur hôte. Ils se retrouvèrent au beau milieu d’un long couloir blanc qui rappelait ceux de l’hôpital. Pas un chat à l’horizon. A vrai dire Sho était surpris de ne pas avoir croisé un seul shinobi depuis que lui et Ooraka étaient entrés dans la tour. Pas un seul bruit, pas même les éclats d’une conversation derrière une porte. La tour toute entière semblait prisonnière d’un silence éternel. Un silence que même Senhime ne voulut rompre. D’un simple hochement de tête, elle leur fit comprendre que son chemin s’arrêtait à cette porte et que le leur se poursuivait au-delà. Sho et Ooraka échangèrent un regard et entrèrent.

Une pièce banale les attendait. Ce qui sautait tout de suite aux yeux était sans nul doute l’absence de mobilier et les murs couverts de tapisseries rouge et or. Une fois leurs yeux habitués au décors de fortune, les deux hommes relevèrent la présence d’une silhouette allongée dos au sol. Ils se regardèrent. Ooraka fit un signe de tête et resta près de la porte. Sho approcha prudemment de la silhouette et releva l’extrême pâleur de sa peau à travers ses bras et ses jambes dénudées. La jeune femme qui se reflétait dans ses yeux d’or devait atteindre la taille moyenne d’une femme adulte, mais sa maigreur laissait croire à un corps de jeune adolescente. Ses traits fins semblaient endormis, comme figés dans le temps. Sho releva même avec un certain amusement qu’il n’était pas le seul à afficher des couleurs improbables. Les cheveux de Sujimichi étaient gris et les pointes les plus proches de son visage étaient colorées de bleu.

Sho jeta un regard par dessus son épaule et confirma à Ooraka qu’il s’agissait bien de leur cible. Il faillit sursauter en ramenant son regard vers elle. Sujimichi s’était redressée sur son derrière et le regardait avec des yeux légèrement plissés. Des yeux à la couleur étonnement rouge.

Sujimichi – Tu dois être Sho Nagoshi. Non, en fait, c’est sûr, tu es Sho Nagoshi. Je suis Sujimichi Dokuzen, et tu es venu me trouver pour traiter d’une affaire pressante il semblerait.

Sho hésita un moment. Non pas parce qu’il n’avait aucune idée de ce qu’il devait dire, mais parce que la personne qui se reflétait dans ses yeux était sans doute la plus étrange qu’il ait jamais rencontré. Sa voix ne trahissait aucune émotion et son regard était celui d’une enfant blessée. Sho aurait juré qu’elle était passée par l’enfer.

Sho – En effet. Je viens te proposer une place dans une équipe.

Sujimichi – Ne me parle pas de politique, veux-tu. Cette donnée me donne des maux de tête horribles.

En réalité, Sho s’était attendu à bien des choses mais pas à ça. Si un plan fiable demandait d’analyser correctement les éléments récoltés sur le terrain, il était face à un problème de taille car Sujimichi n’était clairement pas un élément exploitable. Ses mots sonnaient creux et n’étaient pourtant pas dénuées de vérité. Eita avait dit qu’elle était la sagesse incarnée et il comprenait pourquoi en l’entendant. Sujimichi ne faisait appel à aucun ressentit, son discours était simplement juste de sens. Ni émotions ni opinions n’étaient posés sur la balance. Elle ne faisait qu’anticiper à un degré qui dépassait l’entendement.

Sho – Comme tu veux. Eita Okamoto m’a parlé de toi. Elle m’a vivement conseillé de te rencontrer pour te parler de l’équipe qu’elle souhaite créer.

Sujimichi leva ses yeux au plafond comme si elle venait d’y voir apparaitre quelque chose.

Sujimichi – Je ne connais pas cette personne. Ses projets ne peuvent pas m’intéresser. Tu portes un message, mais ce n’est pas celui que tu formules devant moi.

Il aurait voulu grimacer, mais il se força à préserver ses traits les plus neutres. Sujimichi était une personne coriace, plus coriace à convaincre qu’il ne l’avait imaginé. Il commençait seulement à réaliser que pour parvenir à ses fins il devrait choisir minutieusement ses mots. Mais quels mots choisir quand on se retrouvait face à une personne capable d’en juger leur poids sans la moindre difficulté ?

Sho – Je te trouve déconcertante. Si tu me demandes pourquoi je suis là devant toi, je te réponds que je n’en ai pas la moindre idée mais que je dois te convaincre à tout prix de faire équipe avec moi et l’homme près de la porte.

Sujimichi ramena ses yeux sur lui et les plissa légèrement.

Sujimichi – Tu viens de dire quelque chose de très vraie. Le reste se passe de mots.

Elle se mit debout et se pencha ensuite sur le côté pour regarder Ooraka.

Sujimichi – Mangestu. C’est un nom peu commun. Je crois savoir que la pleine lune ne le sera que dans deux semaines. Mais ca n’a pas d’incidence sur notre affaire.

Sho tourna un regard interrogateur vers Ooraka qui se contenta de fixer Sujimichi d’un air particulièrement perplexe. Etait-elle capable de lire dans les pensées ? C’est la question qui ne cessait de marteler son cerveau. Elle était membre d’une brigade qui était réputée pour lire les informations que tout shinobi s’essayait à dissimuler, alors ce n’était pas improbable. Loin de là en réalité. Sho était pourtant persuadé d’avoir à faire à un autre phénomène. Il n’était pas un franc expert en la matière, mais il lui semblait évident que lire aussi facilement les pensées sans une goutte de chakra était impossible.

Sujimichi – Je n’ai pratiquement aucune défense. Est-ce que vous vous croyez capable de me servir de bouclier dehors ?

Sho sentit un mouvement derrière lui. Son instinct lui dicta qu’Ooraka souhaitait s’exprimer aussi garda-t-il le silence.

Ooraka – Je peux être ce bouclier mais à une seule condition, que tes compétences en matière de genjutsu réduisent nos futurs adversaires à la servitude.

Pour la première fois, Sujimichi afficha un sourire. Elle tournoya sur elle-même, les bras tendus et s’arrêta brusquement.

Sujimichi – Tu me demandes beaucoup et je ne suis pas sûr que tu puisses me donner autant. Cela a le mérite de porter à réfléchir. Mais dites-moi, pourquoi quitterais-je ces quatre murs pour partir avec vous ?

De toutes les questions que pouvait soulever le projet d’Eita et de l’intendant Shigeo Koyama, celle-ci était bien la dernière que Sho voulait qu’on lui pose. Pourquoi elle plus qu’une autre ? Il n’en savait concrètement rien. Eita lui avait soumis trois noms, mais elle n’avait pas voulu préciser pourquoi ces noms en particuliers. La seule raison que leurs compétences étaient extraordinaires ne suffisaient pas à ses yeux. Toute la stabilité des équipes shinobi reposait essentiellement sur l’alchimie entre leurs membres. Or, il n’en voyait que trop peu pour l’instant.

Sho – Il n’y a aucune bonne raison qui puisse te faire quitter cette tour, si ce n’est celle que tu auras décidé toi-même.

Une lueur traversa le regard de Sujimichi. Elle sourit et tourna son regard vers l’Eisei.

Sujimichi – Senhime-sama aurait dit la même chose. Elle sera en colère contre vous, mais je vous suivrais.


MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    Mer 5 Jan - 17:58

La réponse de Sujimichi se passait d’explications. Sans doute parce qu’il n’y avait rien à comprendre. Elle avait simplement pris sa décision et décidé de les suivre. Sho était tenté de lui demander ce qui l’avait décidé si brusquement à se joindre à eux. Était-ce parce qu’il lui avait dit de trouver une raison de le faire, et non d’attendre qu’ils en trouvent une pour elle ? Probable quoi qu’incertain, comme tout ce qui touchait de près comme de loin à cette fille. Sujimichi n’était pas qu’un mystère, elle était le chaos absolu. Il lui était concrètement impossible de la cerner, impossible de comprendre pourquoi elle agissait comme elle le faisait, et tout simplement impossible de savoir qui elle était. Fallait-il porter ça au crédit de ses capacités secrètes ? Ces même capacités qui l’avaient entraîné au cœur de la brigade d’interrogation à seulement onze ans. Sho s’interrogeait. Il pouvait clairement ressentir l’aura inquiétante qui se dégageait d’elle. Le genre d’aura qui poussait à la méfiance. Si Eita n’était pas l’investigatrice de tout ça, il aurait sans doute revu son jugement au sujet du Sujimichi, mais le fait était qu’elle faisait partie de la Team Mangetsu désormais et qu’à ce titre il devait lui faire confiance. Son ressenti était tout simplement à oublier.

Sho tourna ses yeux vers Ooraka qui se contenta d’hausser les épaules d’un air passablement désintéressé. Lui aussi ne devait pas y comprendre grand chose. Il devait tout simplement se dire qu’elle leur épargnait de longues minutes à débattre pour pas grand chose. Elle acceptait et c’était très bien comme ça. Leur mission ici touchait à sa fin.

Sujimichi – Depuis mes onze ans, je ne connais que ces murs et ceux qu’on trouve en dehors. Kumo est un beau village. J’aimerais en voir d’autres, juste comme ça. Ça me fera des souvenirs que je garderais pour moi-même.

Ooraka sourit.

Ooraka – Tu seras peut-être déçue. Le monde n’a pas grand chose à apporter de plus qu’ici. Il y a juste des décors et des idées différentes à observer.

Une autre lueur traversa le regard de la kunoichi. Elle croisa les bras dans son dos et s’approcha d’Ooraka. Son visage n’exprimait aucune émotion et pourtant quelque chose dans son regard semblait dire qu’elle plaignait son interlocuteur.

Sujimichi – Qu’est-ce qui te fait croire que je veux comparer l’incomparable ? Voir ne veut pas dire connaître. Je vous suivrais, c’est tout ce que vous vouliez. Alors n’en discutons plus, ce serait gaspiller de la salive pour quelque chose que vous finirez par oublier d’ici demain. Travaillons ensemble et contentons-nous de ça puisque c’est ce qu’on nous demande. N’est-ce pas ce que tu crois Sho ?

En prononçant la dernière phrase, Sujimichi avait tourné sa tête vers lui comme si elle cherchait à appuyer sa question. Sho commençait à comprendre qu’il en était rien. Sujimichi fonctionnait peut-être bizarrement au prime abord, mais il commençait à croire qu’elle suivait un schéma plutôt simpliste en réalité. En clair, elle suivait son instinct sans se soucier du reste. Elle ne prenait vraisemblablement aucun goût à analyser les faits – même si elle devait bien le faire par moment – elle se contentait de suivre ce qui lui plaisait de faire ; comme elle se plaisait à dire ce qui devait lui passer par la tête sans se soucier du rang ou de la personnalité qui lui faisait face. En cela elle était la sagesse incarnée, une conseillère de choix que Sho ne manquerait pas de consulter à l’avenir. Se défaire de tout ce qui n’était dans le fond que des détails n’était pas à la portée de tout le monde. A vrai dire, c’était une capacité plutôt rare pour ne pas dire unique. C’était peut-être l’une des raisons pour lesquelles Sujimichi avait atterri ici si jeune. Si avis elle avait, Sho ne doutait pas qu’il serait le plus objectif qui soit. Mais même comme ça ni lui ni Ooraka ne mettraient la main sur sa véritable pensée. Elle s’efforcerait de la maquiller ou au mieux de l’oublier pour ne se concentrer que sur l’instant présent et ainsi leur livrer son point de vue. A ne pas en douter, elle était une arme redoutable. Une arme que Sho avait hâte de voir en action.

Sho – Nous devrons apprendre à nous connaître. Je ne sais pas si le parcours personnel fait partie des paramètres, mais essayons d’apprendre les uns des autres.

Le sourire de Sujimichi entailla son visage alors que son regard prenait un reflet plus sérieux.

Sujimichi – Tu as beaucoup de mal à parler de toi. C’est un atout. Parmi les personnes qui ont résidé ici, beaucoup se sont fait piéger parce qu’elle savait des choses intimes sur les personnages que nous traquions. Ne pas trop en dire sur soi, c’est le gage de protéger les gens qui nous entourent. On peut dire que tu agis comme un chef d’équipe accompli.

Sho se tourna vers ses deux nouveaux acolytes et sourit. Elle disait vrai. On ne pouvait en attendre davantage d’une femme qui avait du soumettre bien des esprits à sa volonté. S’il ne s’était jamais montré très bavard sur son compte, c’est avant tout parce qu’il ne voulait pas qu’on puisse retourner ces informations contre lui. Il y avait forcément quelques personnes au courant, mais il s’agissait de personnes en qui il avait une confiance absolue. Peut-être que ces personnes se retourneraient contre lui un jour, auquel cas il le payerait cher. Mais Sho était persuadé qu’une telle trahison ne surviendrait jamais. Le monde dans lequel il évoluait était d’une cruauté sans nom et rien n’était jamais clairement défini dans ces conditions. Pourtant, il avait espoir qu’il pouvait avoir pleinement confiance en quelques personnes ici et là. Peut-être même en Sujimichi et Ooraka avec le temps.

Il les dépassa et fit coulisser la porte d’entrée sur le côté.

Sho – Que ce soit clair, je ne suis pas le chef de cette équipe.

Sujimichi huma l’air et sortit dans le couloir, talonnée par Ooraka. En passant devant Sho, la kunoichi lui chuchota.

Sujimichi – Je n’ai pas dis le contraire. Il semblerait que ce soit cette Eita le cerveau de cette équipe.

Sho ne se donna même pas la peine de confirmer ou non ces propos. Comme elle l’avait si bien dit un peu plus tôt : « n’en discutons plus, ce serait gaspiller de la salive pour quelque chose que vous finirez par oublier d’ici demain ». Sujimichi ne portait aucun intérêt à Eita. Elle ne l’avait jamais rencontré, n’avait jamais entendu parlé d’elle. Ce n’était jamais plus qu’un nom perdu dans la masse pour elle. Et bien que ni Sho ni Ooraka n’avait encore compris pourquoi le silence s’imposait de lui-même dans les couloirs, ils suivirent Sujimichi en restant muets, se contentant d’échanger quelques regards interrogateurs par moment. Ils prirent ainsi le même chemin qu’à l’allée, passèrent devant les mêmes portes, avant de s’arrêter dans ce qui servait d’hall d’entrée à la tour. Là, ils attendirent une bonne minute durant, Sho ne cessant de multiplier les regards vers ses deux partenaires aussi bien pour demander à l’un ce qu’ils attendaient que pour demander à l’autre s’ils devaient briser leur silence ou bien le préserver.

Une porte dérobée s’ouvrit dans un coin du hall. La guêpe blanche, Senhime Iwaki, apparut dans sa tenue d’un blanc pur. Elle s’arrêta près du trio et lui fit signe de la suivre. Ce n’est qu’une fois le pied mit dehors que les langues se délièrent enfin.

Senhime – Tu es un oiseau de malheur Nagoshi-kun.

Sho courba l’échine en souriant. Il comprenait désormais mieux pourquoi il était si dur pour Senhime d’être privée de Sujimichi. Il était sincèrement désolé de lui enlever un si précieux élément, bien qu’il ne doutât pas de la survie de la brigade sans lui. Senhime devait posséder d’autres cartes encore mieux dissimulées. Sho n’osait pas imaginer leur genre. Sujimichi était déjà un exemple bien assez probant.

Senhime – Quant à toi, fais savoir à ta mère qu’elle entendra parler de moi dans les jours à venir.

Le ton se voulait dur, mais Ooraka connaissait assez bien le personnage pour savoir qu’il fallait prendre sa phrase au second degré.

Ooraka – Comptez sur moi pour lui transmettre le message. Elle sera ravie.

Sho baissa ses yeux en souriant quand Senhime prenait une profonde inspiration en portant son attention sur sa petite protégée. Les deux femmes échangèrent une longue accolade pendant laquelle Sho et Ooraka aperçurent plus d’oiseaux dans le ciel qu’il n’y en avait réellement.

Senhime – Je compte sur toi pour veiller aussi bien sur ces deux-là qu’ils veilleront sur toi. Kumo a besoin que votre avenir commun soit concluant.

Sujimichi – Comptez sur moi Senhime-sama.

Le guêpe blanche échangea encore quelques paroles avec Sho et Ooraka. Elle les mit notamment en garde contre un excès de confiance, prenant l’air le plus sérieux qu’on pouvait lui connaître. Elle leur demanda si l’équipe était au complet et Sho l’informa qu’il restait encore un membre à recruter. En entendant son nom, Senhime eut un sourire qui en disait long sur le personnage qu’ils auraient à convaincre. Le mari de Senhime, Masaho, passait bon nombre d’heures au dojo de l’académie. Il semblait donc vraisemblable qu’il connaisse Yajuu et même que Senhime l’ait déjà rencontré. La guêpe refusa cependant d’ajouter dire quoi que ce soit à son sujet, prétextant qu’ils n’auraient qu’à se fier à ce qu’ils rencontreraient. Elle leur conseilla simplement de suivre le sentier nord qui quittait le domaine du Raikage pour atteindre les zones d’entraînement perdues dans les montagnes. Yajuu s’y trouverait forcément d’après ses dires.

Après des adieux de circonstance, le nouveau trio quitta la tour brune par le nord-est, suivant un sentier étroit lorgnant le Temple du Raikage. Sho ouvrait la marche, sa chevelure rougeâtre flottant au vent. Sujimichi suivait, ses yeux accaparés par la grandeur du Temple. Quant à Ooraka, il fermait la marche, l’œil concentré sur les deux autres. Qui aurait pu prévoir que ces trois là seraient un jour réunis ? Probablement personne si ce n’était, bien évidemment, dans l’esprit d’Eita Okamoto. Mais même elle ne pouvait encore imaginer où la Team Mangetsu atterrirait et quelle renommée elle gagnerait. Tout n’était pour l’heure qu’une hypothèse osée. Celle de croire qu’un autre avenir était possible, un avenir plus radieux pour un village qui baignait dans la trahison et les disparitions tragiques depuis quelques années.

Sho – Pourquoi tout ce silence dans la tour ?

Il avait prononcé cette question presque instinctivement. Une manière comme une autre d’entamer une discussion à partir de rien.

Sujimichi – C’est une vieille règle instituée par le père de Senhime-sama. Aucun membre de la brigade n’a le droit de parler en dehors des salles de travail.

Ooraka – C’est comme ça que vous appelez vos nids de tortures ? C’est plutôt mignon.

Sho secoua sa tête en souriant. Quant à Sujimichi, alias Suji, elle continua d’observer les arrêtes du Temple comme si c’était la première fois qu'elle le voyait – ce qui n'était pas le cas.

Sujimichi – Quel est ton prénom ?

Ooraka – Ooraka, Ooraka Tengai.

Sujimichi – Ooraka Tengai, évite de poser des questions stupides à l’avenir. De nous trois, tu es loin d'avoir l'esprit le plus imperméable.

MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    Lun 10 Jan - 15:01


Kagen - Le Dernier Quartier de Lune

Yajuu Yokujou était un serpent. Mais pas le genre de serpent qu’on rencontrait dans les fourrés. Non, plutôt de ceux qui se présentait à découvert pour mieux faire valoir leur force. Yajuu était trop intelligent pour se cacher, trop fort pour ne pas le montrer. Il n’était pas un serpent aux crochets venimeux, prêt à tout moment à cracher son venin sur le premier ou la première venue. Non, Yajuu Yokujou valait mieux que ça. Il était un prédateur certes, mais un prédateur habile qui jouait toujours dans les règles de l’art. Face à lui, rien n’était plus très sûr car les membres de l’école du Miroir d’Ambre avaient cette faculté de capter votre regard et de ne plus vous le faire lâcher. Dans ses petits yeux marrons affûtés comme des lames, Sho voyait le dernier paragraphe d’un chapitre se peaufiner. Celui qui verrait la Team Mangetsu se créer ou s’effondrer. Oui, assurément, Yajuu Yokujou était un serpent.

Ooraka, Suji et lui pouvaient former un trio compétent sur le terrain. Il n’y avait aucun doute à avoir là-dessus. Mais cela ne serait jamais qu’une équipe puissante noyée parmi tant d’autres, loin, très loin de la carrure des Immortels. Sho ne commençait qu’à entrevoir le plan d’Eita, mais il savait déjà que sans Yajuu, cette équipe ne pourrait atteindre les sommets. Ce plan reposait sur un équilibre fragile mais fondateur d’une alliance improbable entre quatre individus en tous points différents. C’était à travers cette diversité qu’Eita voulait remporter son pari. Sho devait bien reconnaître que ce pari était risqué, voir insensé. D’un autre côté, s’il s’avérait payant, c’est tout Kumo qui en ressortirait gagnant. Le risque méritait certainement d’être pris au-delà de toutes ces considérations. Restait qu’il manquait à convaincre un serpent.. et un serpent de cet acabit ne se laisse pas convaincre sans vous jouer quelques petits tours.

Sho faisait face à Yajuu, Ooraka et Suji attendaient en retrait, en bons spectateurs. Yajuu et Sho devaient mesurer approximativement la même taille. Yajuu avait des muscles plus saillants, des yeux moins perçants, et trimballait une chevelure blonde un poil ébouriffé, pour ne pas dire négligée. Son visage était aussi impassible que celui de l’eisei. A ceci près qu’il paressait encore plus fermé. Mais un serpent sait se jouer des apparences et changer de peau quand l’ancienne est devenue trop encombrante. Sho avait beau distinguer les perles de sueur sur son front et le reflet humide de quelques rayons de soleil sur ses épaules et ses bras, il savait que cela n’exprimait pas la fatigue comme chez la plupart des êtres humains. Non, ce n’était que l’ancienne peau du serpent, celle qu’il laisserait tomber au moment opportun pour en révéler une toute autre, plus forte, plus résistante, une peau jeune et vigoureuse dont il faudrait se méfier. Yajuu n’était pas fatigué. La fatigue n’était pas une donnée qu’on prenait en compte quand on pratiquait le taijutsu, encore moins quand on était membre du Miroir d’Ambre. Le serpent était rusé, mais que ferait-il face à un renard tout aussi rusé ?

Sho – Je m’appelle Sho Nagoshi.

Yajuu – Je sais qui tu es. Mon maître à Kumo m’a parlé de toi.

Le renard sourit. Si Yajuu savait déjà qui il était, alors il gagnait un temps précieux. Avec ce genre d’individus, on gagnait à faire vite et simple. Bien qu’il fallait toujours accorder vite et simple à la personne en face de soi.

Sho – Kumo te demande dans une nouvelle équipe.

Le serpent resta insensible à cette nouvelle. Peut-être en avait-il déjà entendu parlé ou peut-être tout simplement que ça ne l’intéressait pas. Finalement, il fléchit ses genoux et attrapa un peu de terre entre ses mains.

Yajuu – Ça fait déjà longtemps que Kumo ne me demande plus rien. A moins que tu ne te considères comme Kumo lui-même.. ce qui n’aurait rien d’étonnant à première vue.

Un renard savait par expérience qu’un serpent pouvait se montrer fort désagréable, surtout quand un renard comme lui foulait son territoire. C’était comme une sorte de défense immunitaire qui testait l’attaque de l’adversaire. Certains shinobi préféraient laisser de côté l’analyse du langage, optant pour l’analyse du terrain et des conditions par exemple. Comme d’autres, Sho croyait qu’on en apprenait bien plus sur quelqu’un à l’écouter parler qu’on en apprenait à le voir se déplacer. Les mots d’Yajuu lui disaient concrètement quelque chose comme « trouve une bonne raison ou va-t’en ! ». Malheureusement pour lui, une bonne raison il en avait une. Et pour cette raison, il n’était pas prêt de le laisser tranquille.

Sho – Nous savons tous les deux que tu n’accepteras rien sans poser tes conditions, alors je t’écoute, quelles sont-elles ?

Le serpent ne sourit jamais, même quand il obtient ce qu’il veut. Il se contente simplement de relever la tête, d’étendre son cou au maximum pour se donner un peu plus de hauteur, et de vous fixer avec ses yeux perfides. Quand une telle chose arrive, il faut savoir deux choses sur les serpents. Premièrement, qu’il faut accepter de jouer à leur petit jeu, tendre le cou aussi, non pas pour parader fièrement, mais parce que le serpent aime que l’adversaire soit coriace. Deuxièmement, il faut lui accorder l’avantage, car un serpent ça ne perd toujours que par excès de confiance. Et ensuite ? Ensuite, il suffit de décevoir palier après palier le fier serpent.

Yajuu – Je veux me battre conte toi. Tu es libre d’utiliser ton arme et toutes les armes que tu veux, je n’utiliserais que mon corps. Chacun de nous deux n’aura le droit d’utiliser que deux techniques de son répertoire, deux seules et uniques. Pour le reste, que le meilleur gagne. Tu es d’accord ?

Décevoir le serpent est un art auquel le renard est plutôt doué. Le renard est joueur lui aussi, mais il n’est pas totalement stupide, il le fait juste croire.

Sho – J’accepte. Si tu n’arrives pas à me battre, tu rejoindras l’équipe.

Les nuances, le renard adore les nuances, sans doute parce qu’elles savent faire la différence.

Yajuu – Avec joie. Si tu perds, tu t’en iras et tu m’oublieras.

Sho acquiesça. Instantanément, Ooraka et Suji firent deux bonds en arrière, comme pour se mettre à l’abris d’un affrontement qui pourrait bien laisser quelques marques. Sho était le renard, Yajuu le serpent. Et comme tout bon renard, Sho commença le combat en décevant un peu le serpent. Son nodachi et son fourreau en cuire tombèrent volontairement sur le sol. Yajuu l’interrogea aussitôt du regard.

Yajuu – Tu refuses d’utiliser ton arme ? Tu crois que tes poings peuvent rivaliser avec les miens ?

Non, ils ne rivaliseront jamais avec les tiens, se dit Sho.

Sho – Non. Je doute simplement d’avoir le temps de la déployer. Mon nodachi est beaucoup trop long, les secondes que je perdrais à le sortir de son fourreau tu les gagneras à percer ma défense pour me porter un coup de plein fouet. Ce serait stupide de perdre un combat de cette manière.

Décevoir le serpent revient à retirer quelques cartes de son jeu. Il faut être joueur pour décevoir un serpent, mais plus que ça il faut être renard, car seul un renard peut neutraliser un serpent.

Yajuu se contenta d’un hochement de tête et se mit tout de suite en position de combat, le poids de son corps en appuis sur ses genoux, la jambe gauche légèrement en avant, les bras le long du corps comme s’il se résignait à ne pas les utiliser. Sho savait bien que ça ne serait pas le cas, bien au contraire, mais il l’imita sans grande conviction. Deux techniques avait dit le serpent, deux seules et uniques techniques… pauvre de lui, il n’avait donc pas choisi la meilleure des règles, comme on pouvait s’y attendre d’un serpent confiant. Une seule technique pouvait représenter bien des choses quand on était un eisei, surtout quand on était un eisei spécialisé dans la défense et la protection. Une seule technique pouvait contenir bien des maux et à cet effet Sho en choisit une parmi toutes les autres. Une seule technique qui ne frôlerait pas la tricherie en lui prenant un peu de son chakra à chaque instant, mais une technique qui lui prendrait un peu pour lui rendre beaucoup. Pour ce qui était de la deuxième, elle ne servirait jamais qu’un court instant tel un décor qu’on voudrait sobre.

Un serpent étudie et frappe aussitôt, tout d’abord pour analyser, mais surtout pour se mettre en confiance. Plus un serpent à confiance, plus vous êtes sûr d’ouvrir une faille dans son jeu, et plus sa déception sera grande. C’est une règle immuable, les serpents sont des êtres puissants mais vulnérables, comme tous les autres.

Alors comme tous les serpents, Yajuu frappa et il frappa fort d’un coup de pied fouetté que Sho ne parvint à parer que par chance. L’eisei avait beau être un poil plus agile que ne l’était habituellement ses confrères, il n’en manqua pas moins de perdre l’équilibre et de soulever sa garde pour se réceptionner correctement. Le serpent voit ce genre de faille, il les recherchent comme une femme trop sûre de sa beauté peut rechercher la vie éternelle, et quand il les trouve, il vous enterre. Et Yajuu l’enterra. Le coup fut d’une violence telle, que Sho sentit quasiment sa mâchoire se décrocher et tout le poids de son corps s’évaporer comme s’il était devenu, l’espace d’un instant, une plume sur un champ de bataille. Son visage frappa lourdement le sol, son sang avec, et tout son corps s’étala dans la terre et la poussière. La plume avait perdu de sa superbe, sa splendide chevelure rouge souillée par la sueur de son échec mêlée à la terre sèche. Le serpent était puissant et rien ne disait au renard qu’il avait épuisé ses deux cartouches. La force brute du taijutsu.. une malédiction.

Sho retrouva un second souffle après quelques secondes d’oubli et se redressa, le visage inexpressif de celui qui prend et qui attend de donner. Yajuu aurait pu l’achever dans la terre, le clouer comme une vulgaire tapisserie, mais il a l’attitude des seigneurs, de ceux qui jouent toujours dans les règles. Sho le remercia d’un hochement de tête et brûla dans la foulée ses deux cartouches. La première stoppa l’écoulement de sang, la seconde prit la forme d’une nuée de chakra verdâtre qui se dissipa presque instantanément dans l’air sans faire effet. Tout du moins pour le moment. Yajuu observa tout ça d’un œil critique. La vitesse avec lequel l’eisei avait enchaîné les signes le dépassait, mais peu importe dans le fond, il enchaînait aussi rapidement ses mouvements de taijutsu.

Yajuu – Les eisei sont redoutables en groupe, seul ils ne sont rien. Je me demande même si tu réussiras à m’effleurer.

Le renard sait qu’il ne peut pas attraper le serpent n’importe quand. En réalité, le renard sait qu’il ne pourra l’attraper qu’une seule fois mais qu’il ne le blessera pas. Il le neutralisera purement et simplement. Sachant cela, le renard ne répond pas aux provocations du serpent. Il le regarde se déplacer, tourner autour de lui, et il attend le bon moment. Il attend le seul objectif qu’il s’est fixé depuis le début.

Sho s’était immédiatement interrogé sur le compte de son adversaire. Pourquoi choisir deux techniques quand il aurait pu n’en soumettre qu’une seule ? La réponse avait mis du temps à lui parvenir, mais il savait à présent que Yajuu frapperait deux fois en réalité. On appelait ça un enchaînement. Il n’en savait pas plus, le taijutsu n’était pas sa voie de prédilection même s’il avait déjà entendu et lu deux trois choses à ce sujet. Sho se demandait maintenant quel genre d’enchaînement Yajuu choisirait. Un des secrets de l’école du Miroir d’Ambre ? C’était probable, même s’il se demandait si ce choix n’était pas trop évident, si évident qu’il utiliserait une autre option, moins évidente et mieux noyée dans la masse.

Le serpent n’attendit pas. Il voyait le renard affaiblit et dans le doute. Le renard sait enfiler les bons masques quand il le faut. Le serpent frappa violemment, plus violemment que la première fois et en cela le renard sut qu’il avait utilisé les deux cartouches mises à sa disposition. Yajuu sembla se téléporter sur son flanc droit, mais Sho sut qu’il n’en était rien. Yajuu fendait l’air, il était comme un guépard insaisissable. Arrivé sur son flanc droit, il bondit en l’air dans la foulée et abattit sa jambe sur l’épaule droite de l’eisei. Les jambes de Sho semblèrent s’enfoncer dans le sol, Yajuu reposa son seul pied gauche à terre, devenant de fait la seule plume des deux. Le coup suivant marqua la fin, le début de la fin.. les deux bras tendus du serpent frappèrent le renard à la poitrine. Ses pattes décolèrent du sol, son torse endormi dans une douleur sourde et lancinante, et lourdement il retomba pour ne pas se relever. L’enchaînement avait été trop rapide, trop bien maîtrisée, le renard n’avait rien vu venir. Combattre un serpent est une chose, vaincre un guépard en est une autre.

Sho n’entendait plus rien. Ses yeux étaient clos. Il sentait tout juste l’air ambiant glisser sur sa peau. Sa respiration était haletante et chaude. Le goût de sang imbibait sa bouche et sa langue.. il avait bien dégusté, comme on disait dans le jargon. Heureusement, il était un renard et un renard prend toujours quelques précautions avant de saisir sa proie. Soudainement, un puis deux puis plusieurs oiseaux de chakra se mirent à tournoyer comme des vautours à quelques mètres au-dessus du corps de Sho. Yajuu leva les yeux dans leur direction et fronça les sourcils. Le serpent allait être déçu, une fois de plus. Les oiseaux fondirent l’un après l’autre sur le corps au demeurant endormis de l’eisei. Chaque oiseau eut l’effet d’une décharge. L’hémorragie cessa, le sang sécha, et lentement mais sûrement le corps de l’eisei se releva. Il arborait un visage détendu et un sourire appuyé, le genre de sourires que le renard montre à sa proie pour lui faire comprendre qu’il a perdu.

Quand le serpent déchante, il a une manière très bizarre de le faire. Il baisse les yeux, s’interroge, et se demande ce qui n’a pas fonctionné chez lui. Le serpent a une telle estime de lui que jamais il ne lui vient à l’idée que ça ne soit pas lui le problème, mais l’autre en face. Alors le renard se moque et il lui explique parce que le renard reste poli, qu’il gagne ou qu’il perde. Sho leva son index en l’air et pointa le dernier oiseau de chakra encore vivant.

Sho – Tu as raison sur un point mes poings n’égaleront jamais les tiens, et il est peu probable que j’arrive à t’effleurer. Mais d’un autre côté, aucun des coups que tu me porteras ne viendra à bout de moi. Je suis un eisei. Je n’ai pas suivi cette voie pour donner des coups mais pour en prendre.

Quand le serpent comprend que le combat durera trop longtemps et que ça le fatiguera, le serpent s’incline mais dans sa tête il prépare déjà le prochain affrontement.

Yajuu – Taijutsu et Eisei ne se comprendront jamais et pourtant ils forment le meilleure duo sur un champ de bataille. Une ironie sans nom..

Sho – Pour l’heure, aucun de nous deux ne peut vaincre l’autre.

Yajuu releva la tête et sourit.

Yajuu – Pour l’heure tu as remporté ton pari, pour l’heure seulement..

Sho acquiesça. Le renard gagne toujours, mais jamais comme on s’y attend.

MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    Sam 15 Jan - 15:59

Yajuu – Mangetsu… c’est original.

Suji – Pas si on considère que la pleine lune ne surviendra que dans deux semaines.

Ooraka – Superstitieuse ?

Suji – Pointilleuse, je préfère.

Sur les conseils d’Yajuu, le quatuor s’était enfoncé dans le bosquet qui bordait le champ de bataille sur lequel lui et Sho s’étaient confrontés. La Team Mangetsu avait fini dans une petite clairière large de huit ou neuf mètres tout au plus. Sujimichi, la spécialiste des jeux d’esprit, était allongée dans l’herbe, les bras croisés sur son ventre et les yeux tournés vers la cime des arbres. Yajuu, l’élève de l’école du Miroir d’Ambre, avait élu domicile au sommet d’un petit rocher placé au centre de la clairière. Il regardait à travers les arbres d’un air vague. Ooraka, l’assassin Okamoto en devenir, était adossé au pied de ce même rocher, les jambes repliées, et le regard tourné à l’opposé d’Yajuu. Quant à Sho, l’eisei qui avait permis cette petite réunion improbable, il se trouvait adossé à un arbre bordant la clairière, assit en tailleur et le regard oscillant entre ses trois compagnons.

Si on lui avait dit, quelques années plus tôt, qu’il réussirait à réunir trois personnes de cette qualité là dans une même équipe, Sho aurait probablement ris au nez de son interlocuteur. Le fait est que pourtant il y était arrivé. Ooraka et Suji avaient été plutôt faciles à convaincre, même si leurs réelles motivations ne lui étaient pas apparues très claires. Yajuu, en revanche, avait posé un peu plus de difficultés. Il avait même fallu en arriver aux mains pour le convaincre de les rejoindre. En réalité, Sho pensait que Yajuu l’avait plus fait pour pouvoir l’étudier et le battre un jour futur, plus que par réel intérêt pour cette équipe et l’idée qu’elle véhiculerait. Mais peu importe dans le fond, il était là, avec lui, et c’était le principal.

L’avenir était incertain et Sho ne savait pas encore ce que leur réserverait Eita une fois qu’elle apprendrait que tous avaient acceptés de rejoindre l’équipe ; son équipe. Eita était une femme froide qui ne laissait que peu de place aux émotions et aux interprétations. Chacune de ses phrases tranchait avec la réalité, et jamais Sho ne s’était surpris à anticiper ses réactions avant qu’elle ne les lui montre de bon cœur. Eita était insondable, et comme toutes les personnes insondables qui se respectent, ses plans demeuraient secrets. Pendant un bref instant, Sho se demanda s’il elle pourrait utiliser cette équipe pour piéger Kumo et son Intendant, mais il balaya cette hypothèse en posant son regard sur Ooraka. La famille Okamoto servait le village depuis trop longtemps maintenant ; même si ce n’était pas un bon argument pour les écarter d’un désir destructeur à son égard. Bon nombre de hauts personnages du village avaient ressemblés aux plus grands serviteurs de Kumo avant de le ronger de l’intérieur. Pour la famille Okamoto, le statut et l’apparence étaient différent. Sho n’avait pas à douter de leurs intérêts à voir le village se redresser sur ses deux jambes. La famille Okamoto aimait Kumo comme les quatre shinobi réunis dans cette clairière, mais à des degrés propres à chacun d’entre eux.

Suji – Sho ? Quand rencontrerons-nous Eita ?

Une fois de plus, Sho s’étonna de l’anticipation dont pouvait faire preuve la kunoichi. La vérité, c’est qu’il n’en avait aucune idée. Il avait quitté le domaine Okamoto tôt dans la journée et maintenant que le crépuscule pointait le bout de son nez, il se demandait encore ce qu’il était sensé faire ensuite. Eita lui avait demandé de réunir les quatre éléments de cette équipe et c’est ce qu’il avait fait sans rechigner à la tâche. Maintenant que l’équipe était formée que devait-il faire ? Les amener tous au domaine Okamoto ? Leur dire de rentrer chez eux, fixer un rendez-vous au lendemain et se présenter au Centre de Missions ? L’eisei glissa une main sur sa nuque et leva un regard incertain vers le ciel qui prenait une teinte de plus en plus jaune orangée.

Sho – Je n’en ai pas la moindre idée.

La vérité valait ce qu’elle valait. Il n’aurait au moins pas le déshonneur de leur mentir alors qu’ils étaient sensés former un groupe soudé. Et tout le monde sait que c’est par de petits mensonges que les plus grosses fissures se forment dans ce genre de groupe. Sho ne pouvait pas se résoudre à en être l’origine. Il ne connaissait pas encore le dixième de ce qu’il devrait savoir sur ses trois équipiers, mais il commençait à croire au rêve d’Eita, justement parce qu’il ne savait rien d’eux mais qu’il pouvait ressentir la force avec laquelle leur chakra bouillonnait.

Ooraka – Ma mère ne t’a rien dit ?

Yajuu se pencha pour jeter un regard à Ooraka, incrédule.

Yajuu – Ta mère ?

Ooraka leva le nez pour rencontrer son regard et répondit sur un ton parfaitement détendu.

Ooraka – Eita Okamoto nous a recueilli moi et ma sœur quand nous étions encore que des enfants.

Yajuu – Les Okamoto t’ont-ils appris leurs techniques ?

Comme s’il savait déjà où il allait en venir, Ooraka sourit et ramena son regard sur Sho puis sur Suji qui mimait de grands cercles avec ses bras.

Ooraka – Tu n’en sauras rien.

Sho répondit au sourire de son camarade. Si Ooraka n’était pas un Okamoto de sang, il en était néanmoins un d’esprit. L’eisei n’avait aucun mal à reconnaître, chez Ooraka, l’aisance avec laquelle les membres de cette famille réussissaient à jeter un voile de mystères sur tous leurs agissements. Il était tout bonnement impossible de savoir si un Okamoto savait vraiment quelque chose ou pas. A vrai dire, Sho avait même déjà entendu certains vieux sages du village avancer la théorie selon laquelle les Okamoto ne savaient rien en réalité sur les méthodes d’assassinat et que tout n’était que pure invention pour se rendre plus intéressants qu’ils ne l’étaient réellement. Cette hypothèse avait de quoi amuser, mais après un séjour dans leur domaine Sho n’avait aucun doute à leur sujet. La famille Okamoto savait bien des choses et connaissait bien des techniques que probablement jamais personne, en dehors du chef de famille et de ses plus hauts dignitaires, ne connaîtrait. D’ailleurs, il n’y avait aucun doute pour Sho qu’Ooraka avait quelques connaissances en la matière, même si cela n’atteignait pas la connaissance d’Eita, de Shina ou d’Ogai.

Yajuu – Peu importe, j’ai battu un Okamoto.

Suji arrêta de battre l’air et tourna ses deux grands yeux rouges vers Yajuu.

Suji – Ce n’est pas une fierté. Tout le monde peut le battre, comme tout le monde peut te battre toi.

Yajuu balaya sa remarque d’un revers de la main et reporta son attention sur les arbres environnants.

Suji – Ce garçon a un ego en perpétuelle contradiction. Sho, il faudra y faire attention. Il pourrait s’avérer très fort comme très faible.

L’élève de Raiden Konae, l’un des deux chefs de l’école du Miroir d’Ambre, ramena brusquement son attention sur la frêle silhouette de Sujimichi quand Sho releva sensiblement la tête pour lui faire comprendre qu’il ne servait à rien de s’énerver. Yajuu fixa la kunoichi avec dédain pendant quelques secondes puis il détourna les yeux. De son côté, Sho laissa filtrer un léger soupire, plus conscient que jamais que le chemin serait encore long avant que ces trois là ne puissent s’entendre correctement.

Ooraka – Ma mère ne t’a rien dit ?

Le ton employé par Ooraka était le plus doux qu’on pouvait lui connaître. Sans doute essayait-il de détendre l’atmosphère en ramenant la conversation au sujet principal. A savoir, déterminer ce qu’ils devaient faire à présent.

Sho – Elle m’a demandé de convaincre chacun d’entre vous, rien d’autre. Je suppose qu’elle me surprendra encore en apparaissant d’une minute à l’autre, comme si tout était dors et déjà écrit dans sa tête, notre présence dans cette clairière y compris.

Ooraka rit de bon cœur.

Ooraka – Ça n’aurait rien d’étonnant la connaissant.

Mais les minutes défilèrent et Eita n’apparut pas. La lumière du jour décroissait à vue d’œil et tôt ou tard la nuit les submergerait sans qui rien n’ait été vraiment décidé. C’est le moment que choisit Sujimichi pour se redresser sur ses fesses et tourné un regard interrogateur vers Ooraka.

Suji – Eita t’a dit quelque chose.

Ooraka fronça les sourcils.

Ooraka – Pas à ma connaissance.

Suji – Ta connaissance est intacte, ta mémoire un peu moins.

La kunoichi et l’Okamoto s’observèrent longuement quand soudainement une lueur traversa le regard du dernier. Il se redressa, l’air étonné.

Ooraka – Elle m’a parlé d’une salle terrée dans l’une des tours annexes au Temple du Raikage il y a deux jours. Elle m’a expliqué que seul l’empreinte d’un Okamoto pouvait en ouvrir les portes. Je me souviens lui avoir demandé pourquoi elle me racontait tout ça, mais elle ne m’a pas répondu.

Yajuu bondit de son rocher et défroissa ses vêtements d’une main assurée.

Yajuu – On ne perd à rien à s’y rendre au point où nous en sommes.

Le quatuor se mit d’accord sur leur destination. Ooraka étant le seul à connaître la localisation de la dite salle, il ouvrit la marche, accompagné de Sujimichi. Sho et Yajuu formèrent un duo en retrait. Leur silhouette noirâtre découpée dans la pénombre d’un crépuscule grandissant, les quatre shinobi s’enfoncèrent dans les montagnes puis reprirent le vieux sentier par lequel ils étaient arrivés quelques heures plus tôt. Leur route se poursuivit à l’intérieur du domaine du Raikage. Ils passèrent devant le Temple, puis devant une tour blanche qu’ils savaient accueillir les bureaux de l’Anbu, pour finalement s’arrêter devant une petite tour taillée à même le flanc de la montagne. Ils entrèrent mais ne rencontrèrent aucune surveillance ni même la moindre présence humaine. L’intérieur de la tour accueillait un imposant escalier en colimaçon et une série de couloirs dessinés en cercle où des portes scellées attendaient d’être ouvertes. En montant l’escalier, le quatuor ne manqua pas de remarquer l’épaisse couche de poussière qui reposait sur chaque marche, preuve que plus personne n’était venu ici depuis très longtemps. Trois étages plus haut, Ooraka s’arrêta devant un pan de mur dénué de portes, là où pourtant aurait du s’en trouver une si on suivait la logique. Chaque porte était séparée d’une autre d’environ huit mètres, or une irrégularité s’était glissée à cette étage où un espace de près de seize mètres séparait deux portes au bois moisi.

Ooraka – C’est ici.

Sujimichi colla la paume de sa main gauche contre le mur.

Suji – Oui, il y a un chakra très très ancien qui dort ici. Un très ancien mécanisme.

Ooraka acquiesça d’un mouvement de tête. Il leur demanda ensuite de se reculer. Commença un drôle de processus au cours duquel Ooraka tâta le mur, comme s’il recherchait une irrégularité dans la pierre. Soudainement, il se figea, fouilla dans ses poches et en sortit un petit papier qu’il colla dans la paume de sa main droite. Main qu’il apposa à l’endroit précis du mur devant lequel il s’était arrêté.

Ooraka – Suumitsu

Un assourdissant bruit de rouages en mouvement se fit entendre. Le quatuor se boucha les oreilles alors que le sol se mit à trembler. Brusquement, une fissure baignée d’une aura bleu fissura le mur en deux depuis la main d’Ooraka. La fissure s’agrandit, les deux pans de mur coulissant peu à peu sur le côté. Puis plus rien, le calme plat. Les quatre shinobi échangèrent des regards intrigués, mais c’est finalement Yajuu qui entra le premier, rapidement suivi par les autres.

Une salle venait de s’ouvrir à eux. Une salle qui ne ressemblait à rien de ce qu’ils avaient trouvé en entrant dans la tour. La salle était nettoyée de fond en comble. Elle était contenu entre quatre murs de couleur ocre. Sur le mur du fond, le symbole de Kumo était gravé à même la pierre.

Yajuu – Qu’est-ce que..

Suji – Messieurs, nous venons d’hériter d’un quartier général !

[Fin]

MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    Sam 15 Jan - 16:16

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MessageSujet: Re: Les 3 Lunes    

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