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 De la Matière et de l'Espace

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MessageSujet: De la Matière et de l'Espace   Mer 19 Jan - 0:26

Ine s’était réveillée tard, rattrapant sur la matinée le sommeil qui l’avait fuie la nuit précédente. Ce n’était pas plus mal d’ailleurs, songeait-elle en se voyant fondre dans la masse inhabituelle des étrangers à Kumo. Il était midi, heure d’affluence s’il en est, et la jeune femme se tenait face à la bibliothèque, imposant bâtiment de pierre brute comme beaucoup d’autres dans le village. Ine remit une de ses mèches en place tout en mâchonnant sa lèvre inférieure. Elle avait finalement réussi à s’extraire des doutes instillés par le vieux fou pour ne se concentrer que sur l’essentiel. Malheureusement, l’essentiel était bien mince.

Traité sur la matière et l’espace : c’était le titre du livre, et tout ce qu’elle possédait. Alors, assez naturellement, Ine s’était dit que la première chose à faire était d’aller à la pêche aux informations. Kenji avait parlé de flâner dans les boutiques comme s’il s’agissait du livre le plus commun du monde. Ine sourit vaguement. Quelle folle aurait-elle été de croire que ce serait facile ! Elle enfonça les mains dans ses poches, y rencontra l’araignée d’Etsuko dans l’une, les cigarettes de Kiba dans l’autre. Le veinard devait encore être à dormir aux côtés d’Hone à l’heure qu’il était. D’un geste machinal, la jeune kiréenne frotta son bras à l’endroit où s’était trouvé le sceau qui les avait uni par le lien télépathique. Mais elle était seule. D’un pas décidé, elle entra dans la bibliothèque.

L’endroit ressemblait à n’importe quelle autre bibliothèque. Grand, froid, à l’odeur nette de poussière et de vieux papiers. Et en prime, le cerbère qui en gardait l’entrée. Ine soupira. Par expérience elle savait que les vrais amoureux des livres étaient les employés qui passaient leur temps entre les rayonnages, à ranger religieusement les recueils là où était leur place, et rarement les « réceptionnistes » qui lui avaient toujours paru aigris. En un sens Ine les comprenait, elle qui ne se sentait vivre vraiment qu’à l’air libre. Elle aimait lire mais avait toujours eu horreur des bibliothèques. Néanmoins elle se présenta, souriante, au guichet de l’établissement.

- Bonjour, salua-t-elle, je souhaiterais obtenir des renseignements à propos d’un traité.

L’homme face à elle releva la tête, d’abord courtois puis soudain méfiant alors qu’il la dévisageait.

- Vous n’êtes pas kuméenne vous ? demanda-t-il sans dissimuler l’hostilité dans sa voix. Il faut appartenir à Kumogakure pour accéder à la bibliothèque, termina-t-il d’un ton brusque qui n’acceptait pas de réplique. Ine songea à ce qu’Etsuko avait dit de son accent et de son allure, puis haussa imperceptiblement les épaules. Même ainsi il lui aurait probablement fallu montrer un document pour entrer, et elle n’en avait pas. Elle tenta tout de même, doucement :

- Même s’il s’agit uniquement de consulter sur place ?

L’homme la fusilla des yeux et ne prit pas la peine de répondre. Résignée, Ine s’inclina légèrement et sortit du bâtiment. Une fois dehors elle tourna la tête par-dessus son épaule, puis s’éloigna, réfléchissant à mesure que ses pas l’entraînaient. Le refus attendu essuyé –mais qui n’essaie rien n’a rien, n’est-ce pas ? – plusieurs possibilités s’offraient à elle. La plus facile consistait sans doute à aller retrouver Sho pour lui demander des entrées. Même si l’idée était tentante, la kiréenne se voyait mal expliquer sa situation au jeune homme. Il fallait également envisager la possibilité que le manuel fût un document rare, et alors cela voudrait dire que le vieux fou lui avait commandité un vol dans une collection privée ou pire, dans la bibliothèque de Kumo elle-même. Ecartant cette pensée désagréable et terrorisante, Ine se rendit à l’évidence : elle devait faire sans Sho.

Une autre solution consistait à se passer d’informations complémentaires et de se mettre directement à la recherche du traité dans les boutiques du village, sur la base seule du titre du manuel. Ine esquissa une grimace, certaine que cela lui ferait perdre un temps monstrueux. Restait une dernière opportunité : s’introduire quand même dans la bibliothèque. La jeune femme pouffa. Puis, plus sérieuse, elle se mit à envisager soigneusement cette éventualité. Une nouvelle fois, les chemins étaient multiples face à elle. Elle pouvait tenter l’illusion sur le cerbère de l’entrée, après tout ne s’entraînait-elle pas à devenir un grand maître des illusions ? Par ailleurs, il y avait fort à parier que le test de Kenji comporte à un moment donné cette dimension. Pourtant cela pouvait se révéler très dangereux, comme l’idée d’une métamorphose de sa personne en kuméenne… Ine releva brusquement la tête, s’arrêtant net en plein milieu de la rue. Ses lèvres se retroussèrent en un sourire. La kiréenne ferma les yeux pour mieux ressentir son éventuel suiveur, passa une main dans ses cheveux et reprit sa marche au pas de course, l’œil attentif aux toits qui l’entouraient. Elle s’engouffra dans une venelle dès qu’elle en eu l’occasion et s’appuya dos au mur de pierre. Elle avait une idée qui pouvait bien fonctionner…

La jeune femme qui ressortit pour se mêler aux nombreux passants n’était plus kiréenne d’aspect. La peau plus bronzée, de longs cheveux blonds relevés en un chignon élaboré et les yeux vairons, elle se dirigea vers le parc du pas assuré et dansant d’une voyageuse sans contraintes. Arrivée à Yumekuteka, elle s’affala machinalement sur le premier banc qu’elle croisa et s’installa, les pieds croisés sur le chemin devant elle. Ine se sentait étrange en sortant une cigarette de Kiba pour la porter à sa bouche. Elle faillit tousser, le dissimula en un éclat de rire. Même si son petit stratagème ne fonctionnait pas, elle devait quand même veiller à surveiller ses arrières.

Plusieurs fois on s’arrêta devant elle. Des passants qui, voyant traîner dix ryos à ses pieds, le faisaient remarquer à la jeune femme qui fumait distraitement sa cigarette la tête renversée en arrière. Ine souriait en remerciement, faisait mine de se pencher pour ramasser l’argent en attendant leur départ. Finalement la chance lui sourit et celui qu’elle espérait finit par se présenter. Un gosse d’une dizaine d’années, aspirant ninja sans aucun doute mais opportuniste et assez jeune pour ne pas comprendre les implications de ce qu’elle allait lui demander. Et effronté avec ça ! Le gamin se baissa pour récupérer la pièce, la regarda bien en face avec un brin d’insolence en l’empochant et s’apprêta à poursuivre son chemin. Ine s’infiltra furtivement dans son esprit l’espace d’une seconde, puis le dévisagea au travers de la fumée et murmura :

- Tes lacets sont défaits…

- Hein ?

- Tes lacets, ils sont défaits, répéta plus fort la jeune femme, fixant avec insistance les chaussures pourtant bien lacées. Le gamin, amateur de mystères comme tous ceux de son âge, parut comprendre et il s’agenouilla pour se pencher sur son pied. Ine sourit.

- Je t’offre cinquante ryos si tu acceptes de faire une commission pour moi.

Le garçon releva vivement la tête pour la regarder d’un air soupçonneux. Il était plutôt grand pour ses dix ans et arborait des yeux d’un brun confondant. Il ferait certainement un bourreau des cœurs en grandissant. Ine se mit à rire de bon cœur.

- Ce n’est rien ne t’inquiète pas ! Je voudrais offrir un livre mais je n’ai pas assez d’informations dessus pour savoir où l’acheter. Or je suis voyageuse, et donc interdite de bibliothèque ici.

Ce qui était, somme toute, assez vrai. Le gosse se redressa et l’affronta du regard :

- J’en veux cent, fit-il avec un aplomb déconcertant, et payable d’avance.

Ine le considéra, amusée.

- Tu es dur en affaires. Je t’en donne vingt-cinq maintenant, le reste à la livraison des informations. Avec un bonus en prime si tu trouve quelque chose d’intéressant. Deal ?

Sourire carnassier du gamin. Ine lui lança discrètement une boule de papier contenant ses instructions et l’argent convenu par leur marché, puis elle se remit à fumer sa cigarette, exhalant lentement des volutes. Le garçon défroissa le papier et lut ses notes en remuant les lèvres :

Citation :
Traité sur la matière et l’espace
Bouquin existe ? Si oui présent à la bibliothèque, disponible à l’emprunt ? Rare ?
Auteur, nombre de pages, discipline shinobi (ninjutsu, eisei, taijutsu, genjutsu) ou toute autre ?

Il hocha la tête, puis repartit en arrière vers la bibliothèque en courant. Ine le regarda s’éloigner. La jeune femme croisa ses jambes et écrasa posément le mégot sur le bord du banc avant de le jeter par terre. Elle n’avait plus qu’à attendre le retour du gamin.

MessageSujet: Re: De la Matière et de l'Espace   Mer 16 Fév - 23:57

Quelques minutes plus tard à peine, le gamin refaisait son apparition. Ine fronça les sourcils en le voyant revenir si tôt. Elle réceptionna néanmoins la boule de papier qu’il lui renvoyait et le regarda enfoncer ses mains dans ses poches d’un air détaché, avant de se laisser retomber lourdement sur le banc juste à côté d’elle. Il ressortit bientôt une sucette qu’il engouffra dans sa bouche, puis lui tendit une main impérieuse :

- Mon fric !

Ine plongea ses yeux faussement vairons dans le brun des siens, le dévisageant avec acuité alors qu’elle dépliait entre ses doigts la boule de papier. La jeune femme y jeta un œil. Le papier froissé ne comportait pas d’autre trace que sa propre écriture. Sans un mot, elle compta vingt-cinq ryos qu’elle lui présenta en soutenant son regard. Le gamin les empocha.

- T’es dure en affaires ! fit-il en grimaçant.

C’était gonflé mais Ine ne répondit pas. Elle attendit patiemment qu’il daigne la renseigner, tout en doutant désormais qu’il y ait quelque chose à en apprendre. Pourtant il la surprit quand il se décida enfin à parler :

- Ton bouquin existe, dit-il, claquant sa langue contre le bonbon, aucun problème pour le trouver et il est même disponible à l’emprunt. L’auteur s’appelle, hum…

Ine pencha légèrement la tête pour mieux fixer le jeune shinobi, qui termina :

- … Ashihei Kimuro.

L’enfant haussa les épaules et bâilla ostensiblement. Si elle bouillait intérieurement, la kiréenne n’en laissa rien paraître. Sereine de visage, elle rattacha une mèche blonde échappée du chignon à l’aide d’une épingle à cheveux, puis elle demanda d’une voix douce :

- Et pour le reste ?

- Bof, je sais pas trop. Ton truc avait l’air barbant, tu sais le genre gros pavé écrit tout petit et sans images. J’ai feuilleté l’intro et j’ai cru y voir plusieurs fois le mot Genjutsu, mais c’était juste trop rasoir pour que j’y passe du temps.

Ine transforma habilement une grimace en sourire. Elle aurait préféré plus de précision mais elle devrait apparemment faire sans. La kiréenne se gratta la nuque, laissée perplexe. Il était difficile de déterminer si le gamin avait tout inventé pour toucher l’argent ou s’il avait réellement obtenu toutes ces informations en si peu de temps. Si tel était le cas cependant, il n’avait jamais eu qu’une chance sur quatre de deviner qu’elle cherchait un manuel qui traitait probablement de Genjutsu. Quant à fouiller superficiellement l’esprit du gosse, rien de net n’en ressortait.

- Je te remercie pour ton aide, finit-elle par dire, toujours songeuse. Elle tendit distraitement du bout des doigts les cinquante ryos restant, plus dix autres du bonus convenu. Le gamin les empocha sans les compter. Il se leva pour aller se planter face à elle.

- T’es une nukenin hein, pas vrai ?

Ine ne put s’empêcher de pouffer, avant de se mettre à rire plus franchement.

- Nukenin, moi ? Elle chassa une larme du coin de son œil et lutta pour reprendre son souffle. Cours vite prévenir les Oï-nin de ton village !

C’était jouer un jeu dangereux, Ine se voyait mal expliquer aux autorités kuméennes sa métamorphose et son étrange recherche d’informations. L’apprenti shinobi la considéra un instant d’un air méfiant, les yeux légèrement plissés par la vexation. Finalement il jeta le bâton mâchonné de sa sucette par terre et fourra ses mains dans ses poches, redevenu désinvolte et imperturbable.

- Bon ben j’espère que tu trouveras ton bouquin. Merci pour les ryos.

La blonde Ine, qui avait ressortit le paquet de cigarettes de Kiba, en porta une à ses lèvres et hocha la tête en direction du gamin pour le saluer à son tour. Celui-ci se désintéressa d’elle pour reprendre le cours de sa journée. La kunoichi le regarda s’éloigner. Nerveuse, elle tournait et retournait entre ses doigts la petite boîte rectangulaire tout se demandant si les informations étaient assez fiables pour commencer à faire les boutiques en quête du traité. D’un autre côté, le même stratagème ne fonctionnerait certainement pas deux fois, du moins pas aussi facilement.

Alors que la jeune femme se décidait finalement à se mettre en chasse dans les librairies du centre-ville et qu’elle ouvrait le paquet pour y remettre la cigarette, une écriture manuscrite sous le rabat attira son attention. C’était la graphie de Kiba, reconnaissable entre mille grâce aux petites lettres serrées caractéristiques. Le cœur d’Ine fit un bond dans sa poitrine. Sous ses yeux se trouvait une adresse : celle de Nagori Hone.

~*~


La porte s’ouvrit sur une trentenaire grande et plantureuse, le bras relevé sur la serviette mouillée qui enveloppait ses cheveux. Ses yeux avaient la couleur de l’aigue-marine, entourés par l’écrin d’une épaisse frange de cils. Ine ouvrit la bouche. Elle avait recouvré son apparence pour chercher dans le dédale des petites ruelles l’impasse où habitait Hone, qu’elle avait bien cru ne jamais trouver. En effet, l’allée dallée ressemblait davantage à une forêt de bambous qu’à l’entrée d’une habitation.

- Tu dois être Ine. Entre donc.

Hone invita la jeune kiréenne à entrer d’un mouvement fluide et gracieux de la main. Celle-ci, incapable de prononcer un mot, suivit la kuméenne dans l’étroit couloir qui menait à une pièce plus spacieuse que l’extérieur ne le laissait présumer. Les yeux d’Ine s’agrandirent. Tout le flanc Sud était ouvert sur un jardin fermé bordé de bambous si touffus qu’on ne voyait rien au travers. Le sol était constitué de galets blancs ratissés à la manière zen dont quelques fleurs fushia venaient troubler la quiétude. Dans la pièce même un canapé en angle gigantesque faisait à la fois face au jardin et dos à une grande cheminée en saillie sur le mur dont la nudité de la pierre blanche était égayée par les grosses poutres de bois vernies qui soutenaient le plafond. Au fond enfin, un bar en pierre surmonté d’une planche de bois brute délimitait ce qui semblait être la cuisine, encadré de deux poteaux très épais du même bois. Kiba surgit de derrière l’un d’eux.

- Tiens, salut ma belle !

Il s’approcha d’Ine avec un sourire tendre et se pencha sur elle pour déposer un baiser sur son front. La jeune femme se sentit un peu gênée. Lui aussi venait manifestement de quitter la douche : il était torse nu et ses cheveux dégoulinaient sur sa peau pour aller goutter sur le sol dallé. Une serviette vola à travers la pièce, qu’il rattrapa au vol malgré la puissance du tir. Ine tourna la tête alors qu’Hone passait une main dans sa chevelure épaisse pour la secouer. Epaisse et teinte en bleu électrique, celle-ci formait plusieurs épis, si bien que deux mèches tenaient presque lieu d’antennes sur le front de la kuméenne. Cocktail détonnant avec le sourire hilare qu’elle arborait face à l’embarras d’Ine.

- Installe-toi et fais comme chez toi. Je vais nous chercher du saké.

Ine recula.

- Je ne voudrais pas déranger...

Kiba s’esclaffa et l’attrapa par les épaules pour la conduire au canapé et l’y asseoir d’autorité. Il s’installa à côté d’elle et bientôt Hone vint les rejoindre avec l’alcool qu’elle servit dans de grands verres, véritable pied de nez à la tradition. Par souci de politesse plus que par envie, Ine avala quelques lampées de saké en retenant une grimace.

- Alors, que nous vaut ta visite ? J’imagine que tu n’es pas là par hasard.

La jeune femme ignora délibérément le sourire narquois de son ami et se tourna vers son hôte :

- En fait j’aurais besoin de votre aide, Hone.

- Commence d’abord par me tutoyer, répondit la kuméenne du tac-au-tac en la fixant, et je verrais ce que je peux faire.

Ine esquissa un sourire. Elle commençait à se sentir plus à l’aise avec la franchise mordante d’Hone. Posant une main sur le genou de Kiba, la kiréenne se déporta un peu en arrière pour s’enfoncer plus confortablement dans le canapé. Puis elle se lança sans hésitation :

- Soit. Un ami bibliophile m’a demandé de lui ramener un bouquin qu’on ne trouve plus à Kiri. J’ai bien tenté la bibliothèque pour obtenir plus d’informations avant de l’acheter mais j’y suis indésirable parce que non kuméenne. Accepterais-tu de l’emprunter pour moi ? J’aimerais le consulter.

Ine sentit une tension dans le genou de Kiba mais elle ne réagit pas. Sa demande était parfaitement innocente. D’ailleurs, Hone ne montra pas de méfiance. Elle haussa les épaules en avalant de longues gorgées d’alcool.

- Ça ne me pose pas de problème. Du moment qu’il ne quitte pas la maison.

Ine hocha la tête. La conversation dévia sur tout autre chose le temps qu’ils finissent leurs verres, Ine admirant l’habitation d’Hone et Kiba restant silencieux. Après qu’Hone les eut quittés pour passer à la bibliothèque, le shinobi appuya son regard sur sa compagne et demanda :

- C’est Kenji, hein ?

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, répondit la jeune femme d’un ton indifférent tout en soutenant le regard inquisiteur. Tiens, ajouta-t-elle en lui lançant le paquet de cigarette, profite donc de son absence pour t’en griller une plutôt que de raconter des bêtises !

Les yeux de Kiba brillèrent. Il ouvrit le paquet à la hâte puis fronça les sourcils.

- Tu fumes, toi ?

- Tu rigoles !?

Le genin messager n’insista pas. Ils sortirent dans le jardin pour qu’il puisse allumer sa cigarette puis discutèrent d’Hone, de comment elle en savait autant sur Ine et de l’étrange relation qu’elle et Kiba entretenaient. Les cheveux noués en arrière, l’iwaéen savourait avec plaisir le goût âcre du tabac dans ses poumons.

Quand ils rentrèrent à l’intérieur quelques minutes plus tard, Kiba plaqua d’un bras Ine contre le mur et se pencha sur elle. La jeune femme sentit son haleine encore chargée de fumée sur son visage. Elle se contenta de le dévisager sans ambiguïté, dans l’attente d’une question. Le shinobi se pencha davantage pour atteindre le lobe de son oreille.

- Soulève ton vêtement, ordonna-t-il.

- Hein ?

- Fais ce que je te dis !

Ine s’exécuta. Elle ne savait pas vraiment à quoi s’attendre de la part de son compagnon, mais elle avait confiance. Kiba apposa des mains brûlantes sur sa poitrine. La jeune femme s’apprêtait à réviser son jugement lorsque les doigts du messager s’illuminèrent d’un bleu glacial. Lorsqu’il retira ses mains, un sceau miroir ornait chacun de ses seins.

- C’est un lien d’amour, fit simplement le jeune homme en reproduisant les deux symboles sur sa propre poitrine. Cela me permettrait de te rejoindre s’il t’arrivait quelque chose.

Ine ouvrit la bouche. Comment arriverait-elle à se débrouiller seule un jour, pensait-elle, si Kiba ou un autre la veillait à chaque instant de son existence ? Mais Kiba ne lui laissa pas l’occasion de protester, écrasant un doigt sur ses lèvres.

- Pas d’objection, jeune fille, sinon je t’extirpe de la tête ce que tu me caches !

Ine se mit à sourire. Elle regarda Kiba s’éloigner de quelques pas, puis, inclinant la tête, examina les tatouages bleutés en les caressant du bout du doigt.

- Tu m’apprendras, hein ? finit-elle par demander.

Kiba s’arrêta pour mieux la regarder.

- Quand tu veux, ma belle.

MessageSujet: Re: De la Matière et de l'Espace   Sam 19 Fév - 18:44

Hone plissa le nez en entrant dans la bibliothèque. Elle soupira. La jeune femme avait horreur des odeurs de poussière, ici si chargée que les rayons de soleil qui perçaient au travers des rayonnages semblaient fait de matière. Elle répugnait à passer dans l’un d’eux, et de toute façon cela la faisait éternuer de tout son corps. La kuméenne passa une main dans ses cheveux pour remettre en place ses épis, grimaçant à l’idée qu’il allait falloir les laver de nouveau. Puis elle soupira encore et se mit en quête du bouquin qu’elle était venu chercher.

Hone ne comprenait pas vraiment pourquoi Kiba était si attaché à cette fille, Ine. Non pas que ça la touchait en aucune manière, puisque leur statut de sexfriends avait été clairement établi dès leur première rencontre, quelque part entre Iwa et Kumo. Les lèvres d’Hone esquissèrent une moue gourmande à cette pensée. Elle courait les amants, désireuse de n’avoir aucune autre attache que son pays, et Kiba avait confirmé une nouvelle fois sa place dans son top trois. Elle ne savait pas grand-chose de lui, et ça lui allait bien d’ailleurs. Il lui avait juste spécifié qu’il avait fourni son adresse à sa coéquipière, au cas où. Et quand Ine était finalement arrivée, la tendresse qu’il avait montré à son égard lui avait dévoilé un Kiba qu’elle ne connaissait pas.

Malgré tout, elle avait accepté la requête. Hone n’aurait pas su dire exactement pourquoi. Rien ne s’y opposait vraiment, de toute manière, la demande était raisonnable et la kuméenne n’avait pas l’impression de trahir son village en y accédant. Soudain rêveuse, Hone laissa traîner la pulpe de ses doigts sur la tranche des livres du rayonnage qu’elle parcourait. Quand elle parvint enfin dans le coin où elle voulait se rendre, elle s’arrêta et secoua la tête, agacée sans pouvoir l’expliquer. Puis, recouvrant ses esprits, Hone haussa les épaules et sourit en se sentant de nouveau elle-même. La jeune femme se pencha en avant, avança la main pour attraper le bouquin convoité et…

- Nagori Hone, voyez-vous ça…

La main d’Hone se retira et la kuméenne se redressa, tournant vivement la tête. Sa bouche se tordit une fraction de seconde, aussitôt remplacée par un sourire rieur.

- Ryu, ça alors ! Toujours coincé dans ta bibliothèque ?

Ryu Makishiro se tenait appuyé contre l’étagère, la main sur la hanche de telle sorte qu’il bouchait complètement le passage à la jeune femme. Ses traits délicats et sa silhouette effacée en avait fait un employé de bibliothèque, mais l’homme remplaçait par l’esprit ce qui lui manquait de par le corps. Il remit machinalement ses lunettes en place et choisit d’ignorer la question.

- J’ai cru rêver en te reconnaissant. Ça va faire quoi, un an que tu n’es pas passée ? Tu sais que tu as toujours un manuel à nous chez toi ? Ton amende s’élève à quelques centaines de ryos maintenant.

Hone se mit à rire. Elle passa une main sur sa nuque pour gratter la base de ses cheveux, cherchant du regard à amadouer son ancien camarade de jeu. Mais l’aigue-marine de ses yeux se révéla incapable de faire fléchir le jade des siens.

- Je ne regarde jamais ma boîte aux lettres, on ne reçoit que des factures ou des choses désagréables, fit-elle d’un ton badin tout en haussant les épaules. Je crois d’ailleurs que le postier a renoncé à me transmettre mon courrier. Pourquoi crois-tu que je vis derrière un rideau de bambous ? termina-t-elle sur un sourire charmeur.

Ryu leva les yeux au ciel. Il connaissait Hone depuis leur plus tendre enfance et son amie n’avait pas changée : il devait toujours réparer ses bêtises après elle. C’était plus difficile depuis une dizaine d’années qu’elle enchaînait les missions de plus en plus difficiles en tant que chuunin de Kumogakure, alors que lui était, comme elle le disait, « toujours coincé dans sa bibliothèque ». Hone, totalement ignorante de ces pensées ainsi que des sentiments que Ryu lui portait, s’avança vers l’homme qu’elle essaya d’attendrir :

- Si je paye l’amende, Ryu, peux-tu t’arranger pour que je puisse quand même emprunter un livre ?

- Laisse tomber Hone. Ryu soupira. J’ai déjà réglé le problème, mais je te demande de ne pas trop tarder à me ramener le bouquin. Quant à emprunter un autre livre, que vient faire une eisei-nin dans le rayon du Genjutsu théorique ? fit-il en souriant.

- Oh Ryu je t’en prie, comme si tu t’intéressait à ce genre de choses.

Le ton d’Hone était particulièrement narquois et Ryu la considéra un instant, le visage absolument neutre. Intérieurement pourtant il était blessé et luttait entre l’envie d’une réplique cinglante et celle de se résigner. Il choisit cette dernière option.

- Comme tu veux, Hone.

Ryu observa son amie se pencher pour prendre le livre qui l’intéressait, un obscur traité de Genjutsu qui n’existait qu’en trois ou quatre exemplaires. Il lui demanda alors qu’elle se relevait:

- Tu passeras chez moi un de ces jours ?

- Oh tu sais, je repars bientôt en mission et j’ai plusieurs trucs à faire dans le village avant de partir. La prochaine fois, peut-être ?

Ryu regarda Hone lui mentir avec un aplomb qui lui fit mal. « Comme si j’ignorais tout de tes histoires d’amants », pensa-t-il, amer. Le corps de la jeune femme le frôla bientôt pour sortir du rayonnage. Au passage, Hone déposa un baiser furtif, chargé de lourds effluves de saké, sur les lèvres de Ryu. Elle avait toujours été comme ça avec lui, comme avec tous les hommes.

- Merci pour tout Ryu, je te le revaudrais ! murmura-t-elle.

L’homme en doutait mais il suivit la kunoichi des yeux tandis qu’elle s’éloignait vers l’accueil en serrant le manuel contre sa poitrine.

- N’oublie pas de me ramener le bouquin ! lui rappela-t-il en haussant la voix pour qu’elle puisse l’entendre.

Mais Hone ne se retourna pas. Elle ne se retournait jamais.

MessageSujet: Re: De la Matière et de l'Espace   Dim 13 Mar - 18:03

- Voilà pour toi !

Hone déposa le lourd pavé entre les mains d’Ine. La jeune femme s’étonna du poids qu’il pesait. S’asseyant dans le canapé elle tourna délicatement le traité entre ses doigts, en effleura la couverture et ouvrit le livre. L’insolent gamin avait eu raison, l’ouvrage semblait ennuyeux à mourir. A lire tout du moins, car l’objet en lui-même portait l’histoire. La typographie y était petite et tassée, les bords des pages jaunis par l’âge et le grain du papier si épais que parfois l’encre avait bavé. Pas d’illustrations, et une odeur de vieux tenace. Ine esquissa un sourire qui disparut bientôt de ses lèvres. Une vieillerie, voilà qui n’arrangeait pas ses affaires : l’ouvrage serait plus difficile à retrouver…

En tout cas son petit informateur n’avait pas menti. A lire l’introduction en diagonale, il s’agissait d’un vieux traité théorique de Genjutsu. D’un geste machinal, Ine remit en place une mèche qui dansait devant son visage, la gênant dans sa lecture. Sa bouche remua en silence alors qu’elle relisait quelques lignes qui l’avaient interpellée :

Citation :
Finalement, le Genjutsu n’est jamais que la prise de contrôle d’un espace étranger dans lequel on peut matérialiser les pires cauchemars de son possesseur. Estimer les limites de cet espace, en trouver les pièges et les endroits cachés mais aussi apprendre à renverser efficacement la logique d’un individu pour le maîtriser, voilà le but de cet ouvrage. Les anciennes méthodes d’apprentissage sont toujours les meilleures…

Pas si ennuyeux que ça finalement… Ine sourit en coin. Ce bouquin ressemblait drôlement à une incitation subtile de la part de son vieux fou de professeur. La jeune femme soupira et referma le bouquin. Alors qu’elle relevait la tête, ses yeux rencontrèrent ceux de Kiba qui discutait avec Hone plus loin dans le jardin. La kiréenne esquiva et se leva pour déposer le livre sur la table basse. Elle alla se planter devant un miroir pour élaborer la même coiffure compliquée qu’elle arborait quelques heures plus tôt, puis sortit de l’habitation en saluant son ami et son hôte d’un geste rapide de la main.

~*~

De nouveau blonde à la peau mate, Ine promena ses yeux faussement vairons sur la rue qu’elle s’était vue indiquer comme celle de tous les commerces. Du fait des conférences de médecine l’avenue était bondée de monde, les quelques librairies spécialisées prises d’assaut. Cela n’était pas sans arranger la jeune femme qui entra sereinement dans l’une d’elle. Kumo brassait tellement de personnes ces derniers jours qu’on ne remarquerait probablement pas une voyageuse en quête d’un quelconque traité. Par sécurité cependant, Ine décida de noyer le poisson. Elle s’adressa au vendeur qui lui parut le plus pressé – le stress fait oublier bien des choses ! – et lui demanda où trouver une petite liste d’ouvrages. L’homme considéra le papier d’un œil impatient avant de l’entraîner à toute volée entre les rayonnages, lui tendant au passage les livres demandés.

- Je n’ai pas les derniers, finit-il par dire avant de s’éloigner vers un autre client sans même la saluer.

Bien sûr, ceux qui manquaient étaient le traité de Kenji et une autre vieillerie qu’elle avait un jour consulté à la bibliothèque de Kiri. Ine paya pour les deux autres ouvrages et quitta l’endroit. Une boule s’était formée au niveau de son sternum, curieux pressentiment sur la réelle utilité de sa quête. Agitant une main devant son visage, la kiréenne fit fuir un moucheron qui voletait devant ses yeux, espérant chasser du même coup une incertitude encore mal placée. Mais les autres boutiques ne donnèrent pas plus de résultats. Alors que les commerces fermaient tous les uns après les autres et que le soleil couchant faisait rougeoyer les murs de pierre brute, Ine s’en retourna chez Hone.

~*~

La jeune kuméenne, avachie dans son canapé, tourna la tête lorsqu’Ine pénétra dans la grande pièce. Kiba se trouvait aux fourneaux, penché derrière le bar sur quelque chose qui sentait la cuisine des grands jours et trop occupé pour se rendre compte du retour de sa coéquipière. Hone ne mit pas longtemps à cerner la mine déconfite d’Ine, malgré l’effort de celle-ci pour le cacher. Elle indiqua la place à côté d’elle d’un tapotement de la main.

- Ça n’a rien donné, hein ? demanda-t-elle alors qu’Ine se laissait à son tour tomber dans le canapé. La kiréenne ne répondit pas mais haussa les épaules. Hilare, Hone désigna le sac qui contenait ses autres achats :

- En même temps, si tu te rends dans les boutiques qui vendent du « Genjutsu pour les nuls », c’est normal que tu ne trouves pas ton bonheur ! Je connais quelques bouquineries qui seront plus susceptibles de renfermer ta vieillerie, tu pourras y passer demain. Bien sûr, tu dors ici ?

Ine se redressa et dévisagea Hone, sourcils froncés. La kuméenne ne cilla pas, gardant un air indifférent pendant l’examen approfondi de son hôte. Ine fronça davantage les sourcils, agacée, et détourna les yeux. Elle en avait soudain assez de tous ces gens mystérieux qui l’entouraient et dont elle ne parvenait pas à cerner les intentions à son égard. Assez d’être une marionnette qu’on emmenait à droite à gauche à en avoir la nausée. Relevant la tête, elle croisa de nouveau le regard d’Hone et l’interpella avec un aplomb dont elle s’ignorait capable :

- Bon, tu vas me dire maintenant pourquoi tu fais tout ça ? Je te rappelle que je suis kiréenne, coéquipière de Kiba en plus et donc potentiellement une rivale si je le voulais. Pourquoi tu m’aiderais ?

Hone se mit à sourire. Des étincelles de malice brillèrent dans l’aigue-marine de ses yeux alors qu’elle passait une main dans ses cheveux pour les dégager de son visage. La kuméenne se déporta en arrière sur le dossier du canapé.

- Ah quand même ! fit-elle d’un ton rieur, je commençais à me demander comment tu pouvais avoir si peu de caractère. Il faut t’affirmer, ma belle !

Ine cacha du mieux sa surprise mais son expression ne gagna pas en amabilité.

- Tu me prends pour une idiote ? Tu n’as pas répondu à ma question.

Hone sourit de nouveau. Elle tourna un instant la tête pour vérifier que le cuistot était toujours à ses fourneaux, avant de darder encore la glace de son regard dans la brume de celui d’Ine.

- C’est l’attitude de Kiba envers toi qui me rend curieuse. Je le connais depuis longtemps et je ne le croyais pas capable de s’attacher à quelqu’un comme il tient à toi. J’ai vu le lien d’amour qui vous unit. Pourtant il sait aussi bien que moi qu’il s’agit d’une faiblesse dont il faut se passer quand on appartient à l’univers des shinobi.

La kuméenne agita la main comme pour souligner la futilité de tels sentiments, ce qui fit rougir Ine.

- On ne croit pas aux mêmes choses, marmonna-t-elle. La jeune femme repensa aux propos de Sho, à la différence de discours entre les deux kuméens. Elle commençait à croire qu’il existait deux types de shinobi de par le monde : ceux qui croyaient que les sentiments étaient une force, ceux qui voyaient en eux une faiblesse. Et Kenji faisait partie de ces derniers…

- Dis-moi Ine, tu as couché avec Kiba ?

Ine ouvrit la bouche. Hone s’était penchée vers elle et avait baissé la voix, si bien qu’elle n’était pas sûre d’avoir bien compris la question. Mais la kuméenne s’était déjà redressée, sourire en coin. Elle avait eu sa réponse.

Kiba choisit ce moment pour réapparaître, les bras chargés d’un plateau couvert d’une myriade de petits plats tous plus alléchants les uns que les autres. Il s’installa entre les deux jeunes femmes sans voir les jeux de regards qui s’opéraient entre elles. Ine n’apprécia pas vraiment le repas. Trop de choses s’embrouillaient dans son esprit…

~*~

Ine était à demi allongée sur le canapé baigné de la lumière de la lune, recouverte d’une couette légère. Incapable de s’endormir, la jeune femme lisait le traité de Genjutsu en s’efforçant d’ignorer les bruits que faisaient les deux amants dans la chambre d’à côté. La kunoichi poussa un soupir quand, baissant la tête sur sa poitrine, elle aperçut les sceaux miroirs qui ornaient ses seins. Ine y porta la main et caressa la peau veloutée du bout du doigt. Puis, fatiguée de s’apitoyer sur elle-même, elle repoussa d’un mouvement la couette et se leva. Elle sortit dans le jardin, silhouette uniquement vêtue d’un débardeur et d’une petite culotte. S’asseyant sur le rebord de la terrasse, la jeune femme laissa la plante de ses pieds caresser les galets ronds. Elle lutta avec le briquet pour allumer une cigarette qu’elle porta à sa bouche. C’était fou, pensa-t-elle en fermant les yeux, comment ces choses du diable pouvaient vous rendre si vite accro. Ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était la sensation de calme intense qui l’enveloppait en même temps que la fumée au goût âcre envahissait ses poumons et sa gorge.

- Je savais bien que je n’étais pas fou !

Ine rouvrit les yeux, contrariée. Kiba s’assit à côté d’elle et lui vola la cigarette avant de la porter à ses lèvres pour en aspirer goulûment une bouffée.

- Tu ne devrais pas être avec Hone ? lâcha-t-elle d’un ton sec.

- Hone n’est pas très portée sur les câlins, sourit le jeune homme avant d’exhaler un souffle chargé de tabac, il faut ce qu’il faut pour ne pas générer de tendresse. De toute façon elle dort déjà, et j’avais besoin d’une cigarette, finit-il en haussant les épaules.

La jeune femme ne répondit pas. Elle se ralluma une autre cigarette et referma les yeux pour laisser le calme l’engourdir. Mais Kiba en avait apparemment décidé autrement. Il arracha l’objet maudit de ses lèvres et l’écrasa sur le carrelage de la terrasse.

- Que feras-tu, demanda-t-il d’un ton badin en terminant sa propre cigarette, si demain tu ne trouves pas le traité dans les bouquineries que t’a indiquée Hone ?

- Ne te mêle pas de ça.

- Ine…

Ine n’avait aucune envie d’écouter Kiba. L’agacement avait fermé son fin visage mais l’homme l’incita à le regarder d’une pression sur le menton. Ses yeux mordorés avaient une intensité qu’elle leur avait encore rarement vue et qu’elle essaya d’ignorer. Il apposa une main glacée au niveau de ses clavicules.

- Ces sceaux ne signifient pas rien pour moi. Pourquoi refuser mon aide ?

- Parce que si je me fais prendre ils n’auront que moi.

- N’oublies pas que je suis spécialiste des souvenirs. Hone ne se rappellera de rien.

Ine considéra Kiba avec une soudaine répugnance.

- Hone m’a accueillie et aidée. Crois-tu que je lui volerais l’ouvrage pour lui faire porter le chapeau ? Jamais !

Pour une fois, Kiba ne put cacher sa surprise.

- Mais, balbutia-t-il, que vas-tu faire alors ?

Ine se mit à rire.

- C’est effectivement la solution la plus facile, mais si je fais ce que tu dis c’est Kenji qui aura gagné. Il peut bien essayer de tordre ma nature à sa convenance, j’ai des valeurs. J’imagine que du coup je vais devoir faire un casse à la bibliothèque, mais ça c’est mon affaire.

La jeune femme posa une main sur celle de son compagnon qu’elle pressa. De l’autre, elle dégagea plusieurs mèches qui cachaient le brun mordoré de ses yeux et fit avec douceur :

- J’ai besoin de me débrouiller seule un peu. Je te promets que de ne pas faire ma tête de mule et de faire appel à toi si je ne m’en sors pas. En attendant, rien ne dit que je ne trouverais pas ce fichu traité dans les bouquineries, n’est-ce pas ?

Ine esquissa un sourire et se leva, entraînant avec elle Kiba. Elle s’approcha de lui pour caresser furtivement les sceaux gravés sur les pectoraux nus du messager.

- Tu ferais mieux de retourner au lit. Si Hone se réveille elle va croire que tu joues dans deux cours à la fois.

Le shinobi sourit à son tour, retrouvant le masque narquois qu’il portait d’habitude. Il se pencha pour embrasser le front de sa coéquipière qui le regarda ensuite s’éloigner jusqu’à ce qu’il referme la porte de la chambre derrière lui. Seule, Ine se laissa retomber sur le canapé. Avisant le traité à côté d’elle, elle le prit entre ses mains et le contempla d’un air songeur.

~*~

Quand elle s’en retourna chez Hone le lendemain midi, les mains vides malgré un tour exhaustif des bouquineries du village, Ine plaisanta gaiement avec la kuméenne autour d’un verre de saké : son ami trouverait peut-être le traité dans les boutiques de Konohagakure, elle, elle avait fait son possible pour lui rendre service.

Alors qu’elle rencontrait Kiba du regard, la kiréenne ne cilla pas. Derrière ce masque de façade, son esprit travaillait déjà à toute allure pour résoudre le pétrin dans lequel elle se trouvait.

MessageSujet: Re: De la Matière et de l'Espace   Jeu 28 Avr - 18:27

    Watagumo Ine (NIVEAU 14)
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MessageSujet: Re: De la Matière et de l'Espace   Mar 24 Mai - 10:28

La nuit était tombée mais la pleine lune éclairait la terrasse comme en plein jour. Le silence était presque total, un vent léger bruissait à peine entre les bambous qui encadraient le jardin d’Hone. Accroupie sur ses talons, Ine se tenait corps tendu et yeux fermés à la limite des galets dans lesquels elle avait dessiné plusieurs symboles. La jeune femme regrettait l’humidité de son pays. Il lui semblait que la sécheresse de l’air de Kumo l’empêchait d’avoir les idées claires. A côté d’elle, le traité de Genjutsu et un autre manuel imposant ouvert sur une page et marqué sur d’autres jonchaient le carrelage de la terrasse.

La journée, de façon bien étrange, lui avait paru interminable. Ine s’en était retournée traîner en bonne touriste l’après-midi, maintenant ses sens en éveil aux abords de la bibliothèque. Outre l’entrée principale par laquelle les gens circulaient, elle en avait repéré une seconde. Simple porte blindée standard qui devait correspondre à la sortie de service. Si elle s’en référait au souvenir de ses rares fréquentations de la bibliothèque de Kiri, celle-ci devait donner sur la réserve, cette pièce interdite au public qui se trouvait généralement derrière le comptoir. D’ailleurs, sa brève incursion dans l’établissement kuméen lui rappelait l’existence d’une telle porte…

Le soir venu, Ine avait proposé à Hone et Kiba de sortir boire un verre, ce que la jeune femme avait accepté avec un plaisir non dissimulé. La proposition n’était pas tout à fait innocente : depuis chez leur hôte le trajet vers le centre-ville – et donc les bars ! – passait dans la rue sur laquelle donnait la bibliothèque. A l’allée comme à leur retour quelques heures plus tôt, le passage s’était trouvé fréquenté de fêtards d’autant plus nombreux que la population du village avait gagné en nombre avec les conférences. Heureusement, la ruelle attenante conduisant à la porte de service s’en détachait un peu, ce qui lui permettrait un peu plus de discrétion. Ine avait également constaté avec soulagement que l’endroit ne semblait pas gardé. Seules, quelques résidences habitées aux alentours accentuaient la nécessité d’agir avec réserve.

La kiréenne rouvrit les yeux et se repositionna pour s’asseoir plus confortablement sur la terrasse au dallage froid. L’heure avancée lui était égale, de même que la chair de poule qui faisait se dresser les poils fins de ses bras. Ine avait appris à s’extraire totalement du monde matériel lorsqu’elle se coulait dans un processus d’apprentissage. Elle attira à elle les deux bouquins qu’elle côtoyait, en caressa la couverture. Les livres n’avaient jamais été son fort ; bien qu’elle aimât leur contact, ils l’ennuyaient la plupart du temps. Si la clef de sa « mission » se trouvait dans le manuel de Kenji, elle ne l’avait pas encore trouvée, et il était peu probable qu’elle finisse en si peu de temps un traité si conséquent et à l’imprimé si petit.

Mais la chance ne l’avait pas encore tout à fait désertée. La jeune femme sourit et une certaine tendresse illumina son visage. Lorsqu’elle était rentrée l’après-midi même, la petite maison se trouvait sans dessus-dessous et Hone couverte de poussière. La kuméenne râlait, s’acharnant à fouiller tous ses placards pour retrouver un « putain de bouquin ! » qu’elle devait rendre à un dénommé Ryu. Une fois l’ouvrage retrouvé, il s’était avéré qu’il s’agissait d’un manuel sur les sceaux de préservation. Le livre avait un jour piqué l’intérêt d’Hone pour une mission qu’elle devait accomplir, mais elle s’en était désintéressée tout aussi vite et l’avait oublié sous une pile de paperasse.

Ce manuel, Ine l’avait feuilleté, au départ par pure curiosité. Elle avait le souvenir encore bien présent de ce qu’elle avait appris auprès de Bairei sur le chemin de Kumo, et les sceaux de Kiba toujours appliqués sur la poitrine. Elle avait d’ailleurs remarqué qu’il suffisait de penser un peu plus fort que d’habitude à son compagnon pour qu’ils se mettent à luire d’une intensité qui avait quelque chose de fascinant. D’un geste tout à fait inconscient, la jeune femme appliqua sa main entre ses clavicules. De l’autre elle fit jouer les pages et s’arrêta à l’une de celles qui étaient marquées.

Hazusu Koto.

Un mince sourire étira les lèvres d’Ine. L’art des sceaux l’avait attirée dès qu’elle en avait découvert l’existence grâce à Bairei. C’était presque magnétique, et comme une revanche qu’elle prenait sur le milieu dont elle était issue. La kunoichi ouvrit sa main en fleur et en fit jaillir le feu qu’elle avait appris à apprivoiser. Le chakra légèrement doré éclaira son visage d’une faible lueur. Passé l’émerveillement qu’elle ressentait toujours face à cette « magie », Ine étendit sa paume au-dessus des galets et ferma les yeux. Le sceau de déblocage avait pour vocation de déverrouiller les portes en toute discrétion, à condition qu’elles fussent fermées à l’aide de moyens conventionnels. Rouvrant les yeux, Ine eut tout juste le temps de voir le chakra illuminer le tracé dans les galets avant que la trame ne disparaisse. Satisfaite, la jeune femme répéta l’opération, projetant cette fois le sceau dans l’air qui tremblota un instant devant elle.

Le second sceau qu’elle avait repéré s’intitulait Wanawo Haru et il était dédié à la détection des pièges. Ine n’avait aucune idée de ce qui pouvait protéger la bibliothèque. Bien que soulagée par l’absence de garde devant le bâtiment, cela l’avait étonnée de le constater et le sceau avait donc immédiatement attiré son attention. La calligraphie de Wanawo Haru lui avait cependant donné plus de fil à retordre que tous ceux qu’elle avait déjà maîtrisés. Bairei avait vraiment insisté sur le fait de « posséder » les sceaux en soi. Ine savait que, de Koshin Soru à Okukanji, les calligrammes étaient comme imprimés dans la pulpe du bout de ses doigts et qu’un effleurement pouvait désormais suffire à les invoquer. Elle savait aussi, sans l’avoir essayé, qu’elle pourrait reproduire Renai les yeux fermés tant la pulsation infime mais permanente du chakra de Kiba sur la peau soyeuse de ses seins était devenue une part d’elle.

Ine se débattit un long moment avec son chakra pour le mouler à l’empreinte qu’elle avait dessinée dans les galets. Ses mains, crispées par la tension qu’elle leur imposait, avaient commencé tantôt à trembler, tantôt à se bloquer sous l’influx de crampes douloureuses. La kiréenne finit par se laisser basculer en arrière. Son dos épousa le carrelage glacé, son visage s’offrit à la lune et elle abandonna ses mains sur son ventre où elles étaient bercées par les allers et retours de sa respiration.

La jeune femme dormait presque lorsqu’elle sentit un courant d’air courir sur sa peau et l’ombre passer devant ses yeux clos. Un bruit caractéristique de briquet et l’odeur douce-amère de la cigarette vint chatouiller ses narines. Ine se redressa.

- Il est tard, tu sais ?

La tête penchée, Ine sourit légèrement à son compagnon. Repassant une mèche derrière son oreille elle étendit les pieds pour s’étirer les jambes, ce qui effaça les motifs qu’elle y avait dessinés. Kiba s’était emparé du manuel qu’il feuilletait de sa main libre, marquant un temps pour chacune des pages marquées.

- Ça me fait mal de l’admettre, mais les sceaux peuvent faire des choses extraordinaires.

- Oui, répondit la kunoichi, c’est un art que j’aime.

La simplicité de ces paroles marquait une sincérité qui fit ciller Kiba.

- C’est aussi un art d’érudit. Intéressant, mais n’en oublie pas le Genjutsu.

- Je n’oublie pas le Genjutsu. C’est à cause de lui que je suis là.

La remarque rendit Ine songeuse. Kiba choisit de respecter son silence, du genre de ceux qui aboutissent à la réflexion. Et si les yeux de brume de la jeune femme fixaient un ailleurs hors de l’espace, leur flou se dissipa bientôt et elle tourna la tête vers son coéquipier.

- Tu as dit que tu m’apprendrais le domaine des souvenirs.

Kiba hocha la tête, curieux.

- Je n’ai probablement plus le temps maintenant. Je répugne à te le demander, mais peux-tu m’accorder une faveur ?

Le messager fuit l’intensité du regard d’Ine pour fixer la cigarette qui finissait de se consumer entre ses doigts.

- Tu envisages donc sérieusement de t’introduire dans cette bibliothèque ? Il soupira. C’est entendu. Je vais voir ce que je peux t’obtenir comme informations. Hone dort, ça devrait me faciliter la tâche.

Kiba se leva et fit volte-face après avoir écraser le mégot sous son pied. Ine le rappela avant qu’il n’entre dans la maison :

- Kiba ?

L’homme se retourna.

- J’irais dans la nuit de demain. Avec de la chance le départ après-demain me laissera de la marge avant que la disparition du livre ne soit remarquée.

- Tu es sûre de toi ? De tes sceaux ?

Ine sourit. Elle étendit ses paumes devant son ami et les sceaux y dansèrent un instant comme des hologrammes.

- J’ai la journée de demain pour les tester, mais je suis confiante. Et toi, tu crois en moi ?

Kiba ne put que sourire à son tour.
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