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 Naoki Aisu

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MessageSujet: Naoki Aisu   Mer 26 Jan - 13:06

Nom: Aisu
Prenom: Naoki
Age:
Village : Kiri
Affinité; Suiton
Grade Souhaité: Genin
Kekkai genkai souhaité: Aisu


Histoire:



Chapitre 1: Naissance en eau douce

Le soleil semblait tarder à se lever tant ses rayons peinaient à transpercer la brume épaisse qui flottaient autour de l'ile ce matin là. Un faible cri s'éleva d'une petite maison en rondins de bois à une cinquantaine de mètres de moi, faisant fuir les quelques herbivores matinaux qui s'étaient approchés.
Je m'approchais de la maison, oubliant ma course matinale lorsque la porte s'ouvrit brusquement et un jeune homme aux cheveux longs et bruns, une légère barbe sur le visage, sortit et courut vers la mer. Il déposa un tissu bleu roulé en boule dans l'eau et recula quelques instants. Je fus stupéfait de voir un bébé émerger de l'étoffe mais encore bien plus de voir le père sourire à la vue de son enfant emmené par les flots. Après quelques secondes, il s'accroupit dans l'eau et ferma les yeux.
Je me précipitais alors vers la mer et nageais rapidement pour attraper l'enfant, il paraissait calme et ne pleurât pas quand je le pris, se contentant de regarder mon visage avec intérêt. Je me dirigeais vers son père dont les yeux d'un bleu profond me fixaient intensément, une fureur indescriptible sur son visage, comme si je venais de violer son nouveau né et que je lui faisait don de ce qui restait de mon forfait.
Ses yeux devinrent plus clair à mesure que je sentais mes jambes s'engourdir, je descendis mon regard et vit que de la glace s'était formé autour d'elles. Je levais rapidement une main en l'air tentant de montrer mon pacifisme, il monta également la sienne, vers moi, la paume ouverte, puis la ferma brutalement. Je ne sentis rien, puis une douleur plus vive que tout ce que j'avais pu connaître jailli au niveau de mes genoux et je tombais dans l'eau la tête la première, laissant échapper l'enfant.
La glace se forma autour de moi sans que je ne puisse esquisser un mouvement, mes yeux affolés scrutaient le fond, cherchant un échappatoire lorsque je sentis une vive pression au niveau du crâne.

Ainsi fut né Naoki Aisu.



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Le père et la mère de Naoki étaient vagabond, ils restèrent pourtant sur la plage qui l'avait vu naitre. Son père fuyait un lointain passé qu'il ne voulait affronter.
Fils d'un chef de clan, il s'appellait Michiyuki et était le cadet de sa famille, à l'époque il avait moins d'obligation que ses frères et passait son temps dans l'eau à s'amuser...
Jusqu'à sa 7ème année. Les pirates étaient revenues plus tôt que d'habitude, les glaces avaient à peine fondues et Michiyuki arpentait les eaux, circulant au dessus avec une facilité insolente, slalomant entre les morceaux de glaces qui se dirigeaient vers la côte. Sa concentration envers son jeu faillit perdre l'enfant qui ne vit pas arriver au loin de nombreuses barques remplies d'hommes au visage balafrés et aux mains pleines de sabres.
Il entendit soudain un bruit au loin, et, se retournant vers la plage vit son père accourir avec une dizaine des hommes du villages vers lui la visage effrayé. Prenant peur, il courut vers eux, ce qui le sauva probablement car les pirates atteignaient la zone praticable à pied et tentaient de rejoindre la plage le plus vite possible. Il arriva à terre avant tous les autres, sa capacité à marcher sur l'eau lui permettant un déplacement plus aisé, puis s'enfuit en direction d'un bosquet mais fut retenu par son père de la main.


« Regarde et apprend. »


La bataille fut un massacre. Les pirates, qui pensaient surprendre les villageois se retrouvèrent en terrain très défavorable et tentèrent une percée sur la plage le plus rapidement possible. Une vague de 4 mètres jaillit du bord de la plage, les abattant avec une férocité que seule la houle peut posséder. La hauteur de l'eau monta d'un mètre d'un coup, piégeant la moitié des pirates qui n'avaient pu rejoindre le bord. Ils moururent noyé.
Les survivants, hébétés, sortirent leurs sabres pour ceux qui en avaient encore et engagèrent le combat avec les membres du clan du jeune garçon. La suite se déroula semblablement, à un contre deux, ajouté au désavantage apporté par la proximité de la mer, ils périrent tous de façon brève et similaire, noyés dans une masse d'eau vrombissante. Le père de Michiyuki tenait toujours son fils par l'épaule, n'ayant esquissé le moindre geste, il sourit au garçon et désigna les eaux devenues effervescente.


« La mer est le plus beau cadeau que tu puisses avoir. Ici commence ta leçon, bats toi à proximité d'elle, fusionne avec elle, ne vit que pour elle car elle seule pourra te sauver. Ton apprentissage commencera demain. Je t'emmènerais ici. »


Au fil des ans, le père de Naoki devint l'un des plus puissants manipulateur aquatique de son clan. Son affinité avec elle était telle, qu'il passait la majeur partie de sa journée en mer à s'entrainer. Il apprit les techniques héréditaires de son clan, presque trop rapidement, car il était bien trop jeune pour une telle habilité à contrôler cet élément.
Une nuit, il tenta de communiquer avec un Orochi, persuadé de pouvoir maitriser cet être de légende. Son père, soupçonneux depuis quelques temps déjà, le surprit assit devant les runes et le bannit aussitôt, ne désirant pas infliger la peine de mort à son propre fils.

Il devint donc un paria et arpenta le monde sans but pendant 5 ans. Lorsque Haya Miura vint à sa rencontre. Il promenait dans les bois lorsqu'il vit une cascade, éreinté par une longue marche, il décida donc de se déshabiller et de profiter de la fraicheur de l'eau. Il ressentait un étrange malaise, sans en comprendre la raison lorsqu'un Oruchi jaillit de l'eau et l'attaqua. Il se mit en position de défense mais ne pouvait rien contre le démon serpent, ses techniques de suiton étant totalement inefficace contre cette créature aquatique.
Le désespoir le gagnait, lorsqu'il aperçut un katana plantée dans un rocher possédant le symbole de Kiri. Il rejoignit le rocher et extirpa la lame légendaire, puis il fit face au dragon-serpent, prêt à l'affronter. N'ayant jamais combattu à l'épée, il s'avéra très décevant dans son maniement, abominable même. Ses mouvements étant trop lent, l'Orochi les évitaient avec une facilité narquoise, n'usant même pas de ses crocs, préférant frapper l'épéiste profane avec sa queue, l'envoyant contre la roche et lui octroyant de multiples contusions au bras et aux jambes. Lorsque le dragon aquatique surgit une fois de plus hors de l'eau, fusant vers le jeune homme, Michiyuki utilisa le Makyö Hyö Shö: la technique des démoniaques miroirs de glace et le dragon fut cerné par sa propre image reflétée. Le jeune homme en profita pour surgir d'un des miroirs face au monstre, et abattit sa lame sur sa tête et fendit en deux l'avant garde, le laissant décapité.
Le corps de la bête se changea en eau, et, la masse aqueuse se métamorphosa en corps humain. Étonné, il s'approcha de la tête et découvrit le crâne de son père. L'incompréhension et l'horreur passèrent sur son visage en une fraction de seconde. Puis la tristesse s'installa, plus forte qu'il ne l'avait jamais vécut auparavant, le dégout et le mépris pour sa propre vie monta progressivement. Il retournait son katana et entamait le geste du hara-kiri lorsqu'il entendit une voix féminine s'esclaffer au loin. Il ouvrit les yeux, et sentit la lame du katana percuter son ventre... Sans aucune douleur. Il regarda autour de lui, et ses traits s'agrandirent sous la stupéfaction.
Il se trouvait dans une clairière, et s'apprêtait à se suicider avec une branche d'arbre mort. Le rire se fit plus fort et il se retourna pour voir une jeune femme au cheveux flamboyant qui se tenait le ventre, mais pour des raisons qui paraissaient toutes autres. Il mit quelques instants à comprendre ce qui lui était arrivé, mais visiblement, il s'était fait dupé profondément.
Blessé, meurtri même, son âme abattue tenta de s'extirper ce cette clairière de la honte lorsque la voix moqueuse se fit d'une douceur infinie.


« Bonjour bel inconnu. Pourquoi quittes-tu la pièce pièce ainsi? Sans même un applaudissement ou un compliment bien senti à la génialissime réalisatrice que je suis... ».



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Dernière édition par Naoki Aisu le Jeu 24 Mar - 23:20, édité 11 fois

MessageSujet: Re: Naoki Aisu   Sam 12 Fév - 3:27

Chapitre 2: L'onde saphir devint rubis


Haya Miura était perturbée, son mari était de plus en plus inconstant. Il ne dormait plus, restait seul la majeure partie de la journée à épier les alentours de leur foyer. Elle comprenait la raison de son agitation, et son incapacité à pouvoir agir la rongeait lentement également.
Sa mélancolie naturelle avait énormément progressé, empirée. Elle passait ses journées enfermée, angoissant de leur futur si incertain qu'elle n'arrivait même pas à concevoir, tant les fils du destin jouaient avec leurs vie. Elle pouvait partir du jour au lendemain, rejoindre les contrées oubliées de sa lignée, il suffisait qu'il les trouve.
Elle ne pouvait supporter autant de pression, le malaise était bien trop palpable pour être ignoré. Se réfugiant peu à peu dans son monde, elle plongeait dans l'inconscience des besoins extérieurs, une protection narcissique naturelle chez les mélancoliques. Elle hantait leurs maison, comme si elle avait déjà perdu son enveloppe charnelle, devenue simple esprit errant, s'attardant sur des tâches sans importances, perdant le fil de ses pensées. La vie elle-même lui apparaissait d'une lenteur infinie, comme prise dans sa propre illusion, sans savoir comment s'en échapper.


Le Genjutsu n'avait pas été un choix. L'insertion d'autrui dans son monde était une nécessité absolue, vitale. Seule avec ses pensées, l'horreur l'envahissait, pulsions destructrices mêlées à une tristesse infinie. Ces gens qui passaient autour d'elle, aux buts minimes et parfois minables, mais habités par des désirs qui l'avait depuis longtemps quittée, l'envie, le plaisir, le goût si futile et disparate du bonheur.
Elle tentait de rentrer dans leurs mondes, et jouait ces personnages aux sentiments, simulant la joie comme le malheur, la colère et l'amour, avec une égale implication. Quelle importance? Cela pouvait compter lorsque l'on est porté par un désir, mais cette implication nécessitait un besoin plus profond ou un ressenti quelconque. Alors, la passivité donnait à toutes ses actions le goût fade de la cendre, de la vie brulée sous ses yeux, et son résidu s'amassant sous ses pieds. Elle le savait, elle n'avait plus d'empreinte réelle, son âme l'avait surement quittée, ne lui laissant qu'un esprit et un corps qui s'agitaient en un interminable ballet monotone.
Elle se réfugiait donc dans le Genjutsu, même si elle n'était pas particulièrement douée, maitrisait assez peu de répertoire, principalement celui du souvenir, tentant de revivre chez autrui ce qui lui manquait. Elle espérait déceler l'apparition du sentiment, trouver ce moment qui accompagnait généralement l'émotion dans son plus simple appareil, naturel et imprévisible, lié à l'être et à la situation, une alchimie élémentaire pour une création divine. Ce que la vie pouvait offrir de plus beau, nous permettant de la percevoir telle qu'elle devrait être, siège de sensations d'une force incroyable. Elle aurait tout donné pour sentir à nouveau le malheur, loin du spleen, de ce mal-être caractéristique de l'être humain, enveloppé dans un ensemble logique et froid.


Mais sa vie n'avait pas ressemblé à cela depuis quelques années déjà, sa rencontre avec Michiyuki y était pour beaucoup, elle s'était reconstruite peu à peu, l'intérêt qu'elle lui portait lui permettait de boire ses sentiments. La tristesse, la culpabilité, le remord, tout ce dont il était imprégné lorsqu'elle l'avait rencontré lui donnait un second souffle, et c'est en inondant son être de ces sentiments qu'elle avait recommencé à vivre. Ils avaient construit leurs bonheur à deux, d'abord en compagnons de voyage, puis en tant que couple, leurs êtres s'étaient embrasés, d'une magie qui ne peut exister que lorsque deux âmes meurtries communient.
Elle avait accouchée sur cette plage au nord du pays du brouillard, éloignée des chemins et des villes, choisis pour éviter au maximum la compagnie. Choix qui s'est avéré judicieux, ils avaient croisés très peu de gens, peut être quatre en six ans, mais s'étaient toujours cachés. Elle utilisait ses capacités en genjutsu pour faire disparaître la maison, pas complètement, non elle la déformait, insérant dans leurs esprits l'image d'une vieille bâtisse abandonnée et délabrée...


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Naoki avait 6 ans, son père l'entrainait depuis 2 ans déjà. Il n'avaient pas quitté la plage sur laquelle il était né, son père lui ayant dit qu'il resteraient ici encore quelques temps. Au début de son apprentissage, son père le laissait aller dans la mer, pendant des heures et des heures, jusqu'à ce qu'il puisse nager correctement. S'habituant au milieu aquatique, Naoki se sentait de plus en plus à l'aise, et passait de longues journées sans surveillance, naviguant autour de la maison.
Michiyuki sortit de la maison, s'avançant vers lui il lui tint un regard lourd pour les épaules du jeune enfant qui, troublé, ne tarda pas à revenir vers son paternel. Michiyuki s'accroupit, se mettant à sa hauteur.



« Aujourd'hui commence sérieusement l'entrainement pour toi petit homme. En fait, il a commencé le jour ou tu es né, il faut que tu saches que les traditions de notre clan sont très strictes. Et il y a beaucoup de règles à respecter. En voici les plus importantes :

La première concerne l'apprentissage : On éduque l'enfant à l'endroit ou s'est déroulé le premier combat dont il est responsable.

La deuxième concerne le clan, il faut protéger les secrets de notre famille Naoki, envers et contre tout. Tue s'il le faut, mais protège le clan. Notre pouvoir est un don qui nous a été transmit, et ce don ne doit être perdu, ou volé. Alors tout ce que je t'apprendrais restera entre toi et moi, personne ne doit connaître nos techniques. C'est la règle d'or.

Enfin, ne laisse jamais un Orochi prendre ton corps, jamais.


- Et c'est quoi un Orochi, papa?


- C'est un démon des eaux, un être mi-serpent, mi-dragon. Il entre en contact avec toi lorsque tu manies vraiment bien les runes. Mais je t'en parlerais plus tard. Comprends uniquement que tu dois connaître ces règles par cœur et qu'elles ne doivent jamais être enfreintes. Le don que tu portes en toi possède une portée influant sur bien plus que tu ne peux maitriser, ne l'oublies jamais.


- Oui, papa.


- Alors il est temps pour toi d'apprendre. Ta première leçon sera d'entreprendre ta fusion avec l'eau. C'est une entité à part entière, elle ne peut être considérer comme un être vivant, mais plutôt comme un système intelligent, s'auto-régulant, suivant ses propres lois. Sa psyché est profonde, et il te faudra du temps avant de l'assimiler, mais tu dois tenter d'entrer en contact avec elle, et pour y arriver, ton unique moyen est la méditation.


- Et qu'est ce que c'est la méditation?


- C'est un exercice de ton esprit, tu dois apprendre à le fixer d'une manière prolongé sur un support. Pour cela, tu dois commencer par te détendre. Assis toi, les jambes croisées, dans l'eau de préférence, tu choisis un centre d'attention, le mouvement des vagues par exemples, et tu tentes de prendre conscience de ta respiration. Laisse ton esprit s'apaiser. C'est la première étape, si tu réussis, la suite devrait venir d'elle même.


- Donc je m'assois et j'attends?


- Tu n'attends pas, tu n'espère rien, tu laisses ton esprit s'apaiser. Ce n'est pas parce que le monde semble bouger autour de toi que tu perds ton temps. Il est primordial que tu saisisses cela. Ta concentration est la clef, ton aptitude à détendre ton esprit également, l'eau est un élément instable de part sa nature, tu dois adapter ton esprit à cet élément, il doit être aussi maniable qu'elle. Maintenant assis-toi et entraines-toi... »


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Elle l'observait et admirait sa capacité d'immobilité, ils pouvaient rester des heures à se regarder. Elle se souvint du début de son apprentissage, à son incapacité à se concentrer. La variation dans le mouvement des vagues le perturbaient trop, leurs bruit l'apaisaient mais c'était seulement une fois les yeux fermés qu'il lui était possible de se recueillir. Et, lentement, l'immobilité le rendait somnolent et il s'endormait, s'abandonnant totalement. Elle s'était habitué à prendre un livre, s'asseoir sur la petite chaise de la cuisine, devant sa table, profitant de la lumière du soleil. Il savait qu'elle l'observait, même s'il fixait l'horizon, et lorsqu'il se décala la première fois, évitant son regard, elle comprit que cela allait devenir un jeu. Il regardait fixement devant lui, et semblait tenter de l'ignorer, le manège dura plusieurs jours et il continua à pivoter par étapes jusqu'à se retrouver face à face. Un sourire se dessina lentement sur leurs lèvres, elle plongea son regard dans le sien, et ils restèrent ainsi, immobile, attendant le moment ou l'autre céderait. Elle s'attendait à ce qu'il ne puisse supporter très longtemps la tension de son regard, mais il paraissait détaché, comme s'il ne cherchait pas à la sonder, comme si seul son corps participait et que son esprit lui, était déjà ailleurs. Elle vit la légère crispation de ses traits qui entouraient habituellement son visage se détendre.



Il avait décidé de se décaler de sa position initiale pour braver son père, attendre quelque chose qu'il ne pouvait comprendre était trop, pourquoi lui demandait-il cela? Dans quel but? Son père parlait constamment par énigme, et quand il avait une question, il lui répondait "tu comprendras", ou "c'est dans ton sang". Comme si son sang pouvait l'aider. Il avait froid, voulait jouer, ne supportait plus cette position à moitié immergé. Mais son père l'observait de loin, il le savait, il ne pouvait se lever. Il décida donc de changer de position, peu à peu, tournant le dos à l'horizon, à ses obligations. Mais, face à sa mère, il comprit.
Il était assis dans l'eau depuis plus d'une heure, la somnolence n'était toujours pas apparu, et il s'obstinait à garder le contact visuel avec elle. Depuis la première rencontre entre leurs pupilles, le temps passait à une vitesse folle, fort d'une conversation mentale intérieure qui semblaient n'en plus finir. Sans s'en rendre compte, il avait commencé activement la pratique de la méditation. En refusant de combattre son regard, car il savait qu'il n'avait aucune chance de la faire faillir, il préféra tenter de se laisser aller, d'utiliser le jeu et de se servir d'elle comme point de concentration. L'acceptation vint ainsi plus rapidement, il accueilli ses désirs, ses peurs, mais surtout son incapacité à pouvoir changer les choses, les absorbant au sein de son esprit à défaut de pouvoir les affronter. Ce fut le début de son éveil...
Il mit néanmoins plusieurs mois pour apprendre à détendre régulièrement son esprit, et deux ans pour qu'il entre en contact avec la mer. Il s'était habitué à rester assis pendant des heures, laissant les vagues lécher le bas de son corps et cela en faisait trois qu'il tenait la position. Puis, il sentit son esprit s'éveiller peu à peu, et perçut un vaste organisme. Il semblait plus vieux que le temps lui même et des sentiments, tels que la rage, plus puissante que tout ce qu'il avait pu ressentir, ou le calme infini, l'apaisement du néant, l'habitaient en même temps. Il ne pouvait accéder à sa conscience, mais resta tout de même en symbiose avec cet élément qui paraissait bienveillant.





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La maison était emplie de l'effluve caractéristique du poisson cuit au feu de bois: la pestilence maritime. Haya se déplaçait tranquillement autour de la petite table en bois disposée au centre de la pièce, dressant la table de façon à accueillir le repas qui ne tarderait pas à être prêt. S'approchant de la cheminée, elle tourna rapidement les brochettes pour les empêcher de trop cuire, le repas était prêt, elle le cria à l'intention de ses deux hommes et le porte s'ouvrit rapidement, poussée par un jeune garçon qui se révéla extrêmement déçu à la moue significative qui apparut sur son visage.


« Encore du poisson! Mais... Tu avais dis qu'on mangerait de la viande.


- Et je t'ai menti, maintenant, pose tes deux fesses sur cette chaise et tu manges ce que je te donnes, sinon tu peux aller dormir directement. A toi de voir. »


Haya vit le jeune garçon s'asseoir négligemment et se renfrogner, visiblement mécontent de son sort. Perdant un instant son regard habituel, pensif, teinté d'absences, elle sourit et le taquina.


« Si au moins tu avais fais quelques efforts durant l'entrainement, mais je t'ai vu, tes yeux étaient vagues, à peine concentré... »


Les yeux du petit garçon se mirent à briller.



« Mais maman, j'ai réussi! J'ai compris ce dont papa voulait me parler. Toutes ces histoires d'esprit profond et bienveillant, je sais maintenant de quoi il parlait, la mer est réellement vivante, j'ai pu la ressentir.


- Tu lui as parlé?



Une voix grave avait alors surgit, derrière le petit garçon. Un homme au visage pâle, les traits creusés était entré silencieusement. Une fine barbe blonde mangeait la moitié de son visage. Ses yeux d'un bleu azur fixaient son fils d'un air sévère, mais ses lèvres se retroussaient légèrement, laissant apparaître un certain contentement.
Le garçon le regarda, réservé, il semblait fier mais tentait d'afficher un air sévère sur son maigre visage enfantin. Il hésita un instant, mais répondit d'une voix assurée.



- Non, j'ai fais comme tu m'as appris, je n'ai rien dis, mais j'ai maintenu le lien le plus longtemps possible. Par contre j'avais pas vraiment l'impression d'être remarqué.


- Cela viendra avec le temps, il faut d'abord qu'elle accepte le contact, elle doit te ressentir comme faisant partie de son tout. Ensuite, tu pourras lui demander son aide, qu'elle te transmette un peu de sa force.


- Mais si elle refusait?


- Tu es un Aisu mon fils, tu as été béni par elle à ta naissance, c'est ton don. Si tu sais communiquer, demander et ne pas exiger, elle t'aidera.


Haya sentait se prolonger la discussion, elle se voyait partir et décida de l'abréger.


« Je suis fière de toi Naoki, mais le poisson est prêt, alors à moins que vous ne vouliez manger froid, je vous conseille de vous mettre à table. »


Ils s'assirent, mangeant tranquillement, sans discussions superflues, comme à leurs habitudes. Les repas d'Haya avaient bien changés en six ans, passant des rires à un silence pesant. Bien que l'environnement ne soit pas tendu, les non-dits semblaient emplir l'atmosphère, laissant peu de place à la parole, l'esprit étant trop préoccupé. Ainsi, les diners se passaient dans un calme relatif, et ne se prolongeait que très rarement une fois les assiettes terminées. Ce fut également le cas cette fois-ci, car sitôt ses brochettes englouties , Naoki se leva rapidement, déposa son assiette dans la bassine, et sortit dehors en criant.



« Je ne vais pas trop loin, je reste autour de la plage, je me cache s'il y a un bruit et je rentre le plus rapidement possible! »


Haya fit une moue amusée en voyant son fils s'envoler par la porte à grandes enjambées en direction de la mer, et plonger avec une aisance inhabituelle pour un enfant de son âge, disparaissant rapidement dans l'eau.
Elle vit son mari faire une toute autre expression, le visage fermé, les traits crispés, son visage ne reflétait plus que la contrariété depuis que Naoki était né. Elle l'apostropha.



« Parce qu'en plus, il ne devrait plus sortir jouer? Il resterait enfermé à la maison et ne sortirait que pour ses stupides entrainements qui lui prennent tout son temps. Il a 6 ans et la vie d'un Shinobi, ne s'amuse presque jamais et passe le plus clair de sa journée à s'entrainer. Tu pense vraiment que c'est une vie pour un enfant?


- Tu sais très bien que les circonstances sont différentes, il ne peut se permettre de sortir hors de la maison. Si les autres bambins de son âge doivent craindre récifs, bêtes féroces et autres dangers de la nature, lui, il a un tueur désirant exterminer son clan. Lorsque les problèmes sont de constitutions différentes, les solutions doivent être différentes également. Je ne peux le laisser courir la forêt à son gré, et retrouver son sang sur la lame de cet ignoble individu. Si je passe mes journées à guetter les alentours, pour lui permettre une pratique assidue en toute tranquillité, ce n'est pas pour qu'il lui arrive malheur lorsqu'il sort jouer.


- Tu vas le rendre fou avec ton bourrage de crâne. Tes histoires d'honneur du clan, de respect des traditions, il ne peut pas les comprendre et encore moins les intégrer. J'espère que lorsqu'il sera adolescent, il crachera sur toi et toutes tes coutumes désuètes, t'envoyant balader, et nous pourrons enfin quitter cet endroit et nous installer dans mon village.


- Nous ne verrons pas son adolescence, j'ai pris ma décision. Le seul moyen de le maintenir en vie aussi longtemps, c'est qu'il parte au village de Kiri. Je dois encore lui enseigner la lecture des runes, et diverses autres techniques pour qu'il ait les bases d'instruction du clan, mais il devra ensuite partir. A dix ans, il devrait pouvoir trouver sa place dans le village, j'espère juste qu'il trouvera ensuite un possesseur de notre don pour lui enseigner nos techniques.


- Mais tu ne comprends pas que c'est une véritable malédiction? Tu dois arrêter de culpabiliser sur ton bannissement, et surtout, tu dois arrêter de reporter cette culpabilité sur notre fils. Car je te rappelle que c'est notre fils, pas le tien uniquement, et encore moins celui de ton clan. Toutes ces idées gravées dans ta tête ont été amplifiées par ton idiot de père, qui a préféré te bannir plutôt que de t'expliquer clairement le danger que représentait le contact avec ce démon. Mais je ne te laisserais pas abandonner notre fils.


- Parce que tu penses réellement qu'il y a une autre solution? Alors explique moi, peut être crois-tu pouvoir résister à Karasu? Je doute fortement que tu puisses tenir quelques secondes. Et moi... N'en parlons pas. Je n'ai pas progressé depuis six ans, passant mes journées à surveiller les abords de notre maison. Me risquant quelques rares fois à m'aventurer vers les chemins. Je suis ridicule comparé à lui, je ne peux espérer que le retarder, et personne ne viendra vous sauver. Il faut qu'il parte.


- Tu es pathétique, tu vas faire subir à ton fils le même sort que ton père t'a infligé. Un grand bravo, il semblerait que le sens des responsabilités soit intrinsèque à votre famille... Tu ne peux faire partir Naoki, il est la seule chose qui me rattache encore à la réalité.


- Et tu ne peux le garder éternellement auprès de toi sous prétexte qu'il te permet de survivre. Ce n'est pas plus ma chose que la tienne. Tu dois comprendre, il nous faut le laisser. Je l'emmènerais, qu'importe ta réaction. Quand il aura atteint sa dixième année, il partira. »



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Il faisait nuit, la mer était sombre. Les ombres des vagues dansaient, provocant l'angoisse habituelle de l'infinie imperceptible qui s'étend sous vos yeux. Haya marchait sur la plage, marquant lentement ses pas, les imprimant sur le sable avant de les retirer. Elle sourit à cette empreinte éphémère qu'elle laissait en hommage au désenchantement qui grandissait en elle depuis qu'elle avait posé le pied à cet endroit. se rapprochant de la mer, elle laissa les vagues lui lécher les chevilles avant de s'enfoncer peu à peu. Elle portait un vêtement ample blanc qui, ajouté à sa démarche, la faisait passait pour un spectre qui hantait la plage. Elle s'assit lentement, prenant la même posture que son fils,et ferma les yeux progressivement. Elle se balança d'avant en arrière, grelottante, poussant d'une voix faible ce chant si doux qu'elle récitait à ses victimes.



"Ne vois-tu point? Cette lointaine lumière,
qui t'appelle et t'ensorcèle,
qui t'emporte lentement, fermant tes paupières.
Et quand le sens d'une vie vidée de son essence te rattrape,
vers l'inconscience tu chancelles,
au cœur des volutes oniriques qui te happent."



Lentement, elle se livra à la mer, se noyant dans cette eau qui lui brulait les poignets. La douleur était insupportable. Elle lâcha un long hurlement étouffé par l'eau qui s'engouffrait dans sa bouche. Lorsqu'elle sentit ses membres s'affaiblir, elle ferma les yeux.
Une larme s'échappa, imperceptible, à jamais ignorée.





Dernière édition par Naoki Aisu le Dim 27 Mar - 0:17, édité 5 fois

MessageSujet: Re: Naoki Aisu   Mer 9 Mar - 18:37

Chapitre 3: D'abord goutte d'eau


Il l'avait vu quitter le lit conjugal et se diriger vers la porte à pas feutrés. Elle était partie sans bruit, refermant silencieusement la porte de la chambre. Michiyuki ne s'était pas inquiété plus que de raison, la dispute qu'ils avaient eu n'avait été qu'une répétition des discussions envenimées qu'ils avaient entretenus ces dernières années. Il avait soupçonné un besoin naturel pressant et s'était simplement retourné dans le lit. Mais l'inquiétude qui le rongeait en permanence, l'empêchant de dormir d'un sommeil apaisé et qui redoublait lorsqu'il était conscient, l'avait tenu en éveil. Il attendit patiemment le retour de son épouse pendant plus d'une vingtaine de minutes lorsque l'anxiété grandit en lui au point de l'empêcher de fermer les yeux. Les pensées se bousculaient et lorsqu'il ne put se rassurer par quelques paroles rationnelles, il se leva brusquement, décidé à couper court à cette inquiétude sans fondement. Il fit glisser ses pas sur le plancher de la maison de bois, passa devant la chambre de Naoki qui dormait tranquillement et, rassuré, il se dirigea vers les toilettes. Le calme qui régnait dans les lieux et l'absence de présence de sa femme aux commodités raviva subitement son esprit paranoïaque et il parcouru rapidement le couloir qui séparait les chambres, jusqu'à la cuisine éclairée par l'habituel bougie qui aurait du signaler la présence d'Haya. Il regarda rapidement autour de lui, tentant de repérer une fenêtre brisée, un objet renversé ou la porte forcée qui signalerait la fin de leurs existences, l'arrivée tant redoutée du prédateur qu'ils tentaient de fuir depuis des années.
Aux aguets, il ouvrit lentement la porte donnant vers l'extérieur et sortit prudemment, prêt à être attaqué à tout moment. Il soupira en distinguant la mer qui était devenue sombre dut l'absence de la lune. Il avait pris des risques en habitant sur la plage... Karasu serait bien plus avantagé que lui à tirer profit de cette masse d'eau et réduirait leurs vie à néant en très peu de temps. Mais l'apprentissage de Naoki était sa priorité et depuis qu'il avait apprit la grossesse d'Haya, il avait su qu'il lui faudrait trouver une plage abandonnée. Un Aisu ne pouvait apprendre en pleine forêt et s'il voulait entrer en symbiose avec l'eau, la vaste conscience apaisante de la mer était la plus facile à percevoir. Son choix du lieu avait été remarquable, presque irréprochable. Hormis ce promeneur égaré lors de la naissance de Naoki, à qui il avait du raccourcir subitement l'espérance de vie, les autres visites s'étaient déroulées sans incident. Son meurtre était passé inaperçu et il avait espéré qu'il n'était qu'un voyageur isolé et même si l'absence d'affaires personnelles était louche, personne n'était venu pour essayer d'en découvrir plus. Sa femme elle-même ignorait qu'il avait du se salir les mains pour protéger leur secret, elle venait de s'endormir après l'accouchement, et ce rituel que l'homme avait aperçu ne devait pas être divulgué dans les environs. Il avait du couper court à la rumeur avant qu'elle n'apparaisse. De manière brutale.
C'était son premier meurtre, bien sûr il avait déjà tué, mais en se défendant uniquement. Contre les pirates qui attaquaient son village lorsqu'il était jeune, puis contre les bandits qui en voulaient à sa vie ou à ses biens lorsqu'il voyageait ensuite, après l'exil. Mais la prise de cette innocent, l'avait fait basculer dans la paranoïa et replié sur lui même, même s'il savait au fond de lui qu'il avait fait le bon choix. « Dans le doute, suis ton instinct », disait son père, et sa première impulsion avait été de protéger son fils.

Il n'y avait personne dehors. Pas le moindre bruit hormis les quelques animaux nocturnes: chouettes, chauves-souris et autres qui chassaient en silence, laissant parfois entendre quelques battements d'ailes lorsqu'elles plongeaient sur leurs proies. Il attendit longtemps dans l'obscurité, figé. Il s'était abrité à proximité de la maison, tapis dans les fourrées aux alentours, guettant la moindre trace de présence étrangère. Après quelques minutes, il se rassura et se mit en quête d'Haya. Il l'appela, faiblement d'abord, puis de plus en plus fort. Il arpentait la plage à sa recherche lorsqu'il tomba sur son katana qui s'était échoué sur la plage. Ce katana qui les liait si intimement. Il lui avait offert en souvenir de leurs première rencontre, en mémoire de ce tour qu'elle lui avait joué, en honneur à sa façon si particulière d'aborder des inconnus. Son cœur se serra à la vue de ce symbole d'amour gisant à ses pieds, poussé par les vagues. Il le ramassa et couru dans la mer, à la recherche de son adorée torturée. Il l'aperçu, gisante inconsciente à la surface, les bras en croix. Un ange flottant... Mais en s'approchant, il vit la douleur ressortir sur son visage, ses traits torturés et ses cheveux trempés collés à son front qui la transformait en spectre vengeur. Il la prit dans ses bras, calmement, tâtant son pouls pour savoir s'il pouvait ou non aspirer à la revoir en vie. L'espoir s'envola presque immédiatement, laissant place à une vaste douleur qui emplit son âme. Il la ramena silencieusement sur la plage et entreprit de creuser une tombe à proximité de la forêt. Les poignets d'Haya finissaient de déverser le sang qui lui restait dans le corps. Il ne pouvait la regarder, il ne pouvait tourner ses yeux vers elle et trouver la force de continuer de creuser. Son unique souhait était de retourner à la maison jusqu'à son lit. Accepter cet appel si apaisant du monde onirique, se réfugier dans cet univers ou les besoins extérieurs, le rappel de la réalité n'apparait pas à chaque instant. Ou que tout se termine, qu'il vienne enfin soulager sa peine, sa douleur qui ressurgirait sans aucun doute sur son enfant. Son innocence à jamais brisée.


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Naoki s'éveilla, frottant ses yeux collés par le sommeil. La nuit fut courte, son père ne l'avait laissé dormir que quelques heures et l'entendre tambouriner à sa porte acheva de le mettre de mauvaise humeur. Il s'extirpa maladroitement de son lit, luttant contre le désir d'y retourner immédiatement. Il enfila sa tenue et sortit le rejoindre d'un pas hésitant, Michiyuki l'attendait dans la cuisine les yeux fixés sur la fenêtre.

« Il va probablement pleuvoir ce midi, dépêche toi d'avaler quelque chose, on part dans cinq minutes.

Naoki leva son regard hagard. La surprise s'éveilla en lui, douce sensation car empreinte de curiosité. Cela devait bien faire quelques mois déjà que son quotidien n'avait pas changé, son père perturbait rarement leurs activités et il s'était habitué à cette monotonie. L'intrusion de cette nouveauté travaillait son esprit et il ne put s'empêcher de demander:

Ou va-t-on? Tu ne m'apprends plus les runes?


Pas aujourd'hui, on va reporter ça à un autre jour, je t'emmène chasser à la place. C'est un rite auquel tu dois te plier avant ta dixième année. Et c'est demain, donc il est temps.

La joie se diffusa au fur et à mesure que son père parlait, un sourire grandit rapidement sur ses lèvres et il devint de plus en plus excité. Michiyuki ne l'avait jamais emmené chasser, en général il profitait des méditations de Naoki pour accomplir cette tâche. Leurs repas étaient constitués presque uniquement de viande et de poisson, auxquels ils ajoutaient quelques baies de la forêt et quelques légumes qu'ils faisaient pousser dans une clairière un peu plus loin. Naoki n'avait jamais prononcé la moindre demande à son père, ce n'était pas à lui de choisir à quoi il devait occuper ses journées. Et même s'il était souvent intrigué de la façon dont son père procédait, il n'avait pu qu'imaginer la traque qu'il menait contre les divers gibiers qu'il pouvait ramener. Il se pressa donc de manger, engloutissant un bout de biche séché, puis en prit un autre pour le déposer dans son petit sac qui trainait dans la cuisine. Il sourit à son père.


« Je suis prêt, tu veux que j'emmène quelque chose de particulier?


- Ce n'est pas la peine, de toute façon tu ne feras que me regarder, l'objectif d'aujourd'hui est de voir si tu peux m'accompagner dans une traque sans déranger nos activités. J'attends donc de toi la plus grande discrétion, tu observes et ne dit mot.


Naoki fit la moue mais comprit bien vite qu'il n'était pas en mesure de discuter. Dans tout les cas il ne pouvait s'attendre à tuer la moindre bête, il ne savait manier ni l'arc ni le katana bien qu'il possédait ce dernier. Son père le lui avait donné en souvenir de sa mère qui en avait été plutôt ravie, il le gardait donc toujours avec lui. Il le portait à son dos, dans son fourreau et n'était donc pas en danger lorsqu'il se baladait, mais il appréciait comme tous les garçons de son âge à s'imaginer grand samouraï. Et lorsqu'il avait un peu de temps, après le diner, il disparaissait dans la forêt et inventait des jeux dont il était héros, sauvant des villages entiers contre l'assaut d'ennemis terrifiant aux masses d'armes impressionnantes. Il paraît et fendait l'air avec un sérieux que seule l'imagination peut produire dans ces moments là. Mais la raison l'emportait finalement et il arrêtait, honteux de s'être emporté autant, de laisser ses désirs se traduire de cette façon si ridicule.

Son père s'activa et prit avec lui l'arc court qui trônait dans la cuisine, un long couteau de chasse qu'il rangea à sa ceinture, et une gourde qu'il remplit d'eau, la passant en bandoulière autour de son corps. Il eut un regard entendu pour son fils et se dirigea vers la porte, sortant d'un pas lent. Arrivé à la bordure de la forêt, il s'accroupit et s'adressa calmement à Naoki.


- Ici commence la traque, je dois te prévenir que nous allons chasser le cerf ou la biche. Nous laissons les faons, les jeunes mères et les jeunes cerfs qui repeupleront le troupeau. Un chasseur doit prendre en compte qu'il fait parti du système en place, nous chassons les animaux qui sont trop nombreux et qui le fragilise. C'est le vrai but de l'homme, assurer le maintien des espèces, protéger certaines aux détriments d'autres plus nombreuses. Mais tu le comprendras plus tard. Pour l'instant, tu dois juste savoir que lorsque je chasse, je fais des repérages selon les espèces en place, et regarde leurs populations évoluer. Lorsque je sens que la perte d'un de leurs membres ne sera pas préjudiciable, je prends sa vie.
Il y a maintes manières de pensées concernant la chasse, la plus primitive à mon sens consiste à prendre au hasard, sans régulation, juste pour le plaisir. Il y a également la mienne, sélectionner et remercier. Et puis certains sont encore plus extrême, ils considèrent que prendre une vie est un acte impur, que c'est se croire supérieur de dire qu'il est normal pour vivre de tuer un animal. Ils considèrent que les animaux sont égaux aux humains, que leurs vie valent la nôtre et que nous ne pouvons décider s'ils ont le droit ou non de vivre. Personnellement je crois que s'exclure du système en se présentant comme protecteur pacifiste est un facteur d'auto-suffisance, mais je comprends leurs point de vue. Cependant dans notre cas, si nous ne tuons pas, nous ne mangerons pas non plus.
Donc tu me suis et de près, reste derrière moi constamment, le vent portera ton odeur et s'ils la sentent, ils s'enfuiront.

- Comment vas-tu faire pour les trouver?

Naoki avait bu les paroles de son père, s'abreuvant de ce qui lui paraissait comme le savoir absolu. Il avait toujours écouté avec attention, sa curiosité, son désir d'apprendre trouvant un exutoire dans les paroles presque prophétiques de son père. Son père qui avait une philosophie sur chaque chose de la vie, une manière de l'aborder, de la concevoir ensuite et enfin de la définir. Ce son de cloche résonnait dans sa tête comme une seconde voix, celle de la raison, abreuvant son cerveau de dogmes lorsqu'il pensait, ou entreprenait une action de quelque nature qu'elle soit...


- Ce n'est pas très compliqué, il suffit de trouver les signes qui sont caractéristiques à l'animal. Les cerfs, par exemple, laissent des traces sur les arbres quand ils raclent l'écorce avec leurs dents. Lorsque tu en trouves une, tu suis les traces de pas et tente de découvrir son repère, son parcours journaliers, ses habitudes en somme. Pour aujourd'hui, nous allons chasser un vieux mâle que j'ai repéré il y a quelques jours. Il est tôt, le jour est à peine levé, il nous faut nous dépêcher. Suis moi.


Et il partit rapidement, grimpant sur l'arbre le plus proche. Naoki tenta de l'imiter mais son aptitude à grimper était bien moindre, il dérapa sur l'écorce en tentant de prendre appui pour sauter sur l'arbre opposé. Son père était déjà à quelques mètres, il l'attendit le dos tourné. Naoki comprit qu'il devrait s'en sortir seul, démontrer ses capacités pour réussir le test. Il décida d'utiliser quelque chose qu'il avait trouvé un peu auparavant ; en concentrant légèrement son chakra sur ses pieds, il était capable de tenir quelques secondes sur l'eau. Il en profitait pour courir rapidement avant de plonger avec délice. Cela ressemblait à une sorte de part de lui même, qu'il faisait descendre jusqu'à ses pieds pour créer une deuxième peau. Il se concentra un instant pour retrouver cette sensation si particulière qu'il avait découvert en méditant, ces flux qui le parcouraient et que son père appelait « chakra ». Ils étaient ; disait-il, la source de son pouvoir. Il trouva cette source en son ventre, et suivit son parcours jusqu'à ses pieds, il concentra alors son attention sur cette partie, tentant de faire échapper peu à peu ce flux hors des limites de son propre corps. L'opération dura quelques minutes et lorsqu'il rouvrit les yeux, il était à peu près sur que cela marcherait.
Il recula d'une dizaine de mètres et s'élança contre l'arbre, son premier appui tint bon, il se projeta contre l'arbre suivant gardant le flux de chakra. Sa montée fut rapide, en trois bonds il était en haut. Essoufflés, il regarda en bas pour constater sa progression et entendit la voix de son père murmurer dans son dos.


- Très bien. Je ne pensais pas que tu y arriverais de cette façon, mais ce sera plus facile pour ta progression. Même si tu n'as pas l'air très habile, si tu maintiens ce flux plus ou moins constamment , tu n'auras pas de problème pour rester sur les arbres. Fais attention toutefois à l'excès de confiance ; si tu chutes, ton agilité ne te permettra pas de te rattraper en douceur. Maintenant suis moi.

Naoki vit son père disparaître rapidement, sautant habilement d'arbres en arbres, laissant derrière lui le petit garçon qui n'eut d'autres choix que de tenter de rester à distance. Il essayait de rester concentré sur ses pieds, lui permettant une meilleure accroche, lui permettant de rester en vie. Car le vide défilait sous ses pieds, et s'il s'efforçait de ne pas y jeter de regards, son cerveau refusait d'ignorer la présence du sol. Il examinait les appuis qu'il prendrait une seconde avant de poser le pied dessus. Il parcourait du regard le prochain arbre sur lequel il devait se poser ; en douceur de préférence ; avant de sauter d'un pas souple, se projetant contre la prochaine branche capable de soutenir son poids. Cet exercice était probablement prématuré, ou le rythme imposé était peut être également trop rapide pour lui, il n'arrivait plus à analyser correctement et seul son instinct le maintenait encore dans les airs. Il avait une certaine grâce pourtant, lorsque le corps se défait de toutes les contraintes gestuelles et de posture imposées par l'esprit, il recouvre alors l'instinct enfoui, et l'animalité de l'homme ressort dans toutes sa puissance brute. Il était devenu instinct, se focalisant sur la chasse de son propre père, tentant de le rattraper à chaque foulée, son visage n'exprimait plus rien sinon une farouche détermination. Mais son père paraissait le sentir dans son dos, et lorsque Naoki gagnait un pas, il en faisait deux pour maintenir la distance, l'incitant à se dépasser encore plus. Quand il disparut.

Naoki le poursuivait depuis quelques minutes déjà, et même s'il s'était dépassé au point de sentir le vent dans ses cheveux et les larmes lui monter aux yeux, il n'avait pu voir son père partir. L'accélération avait été trop brutale, trop rapide, il avait disparu. Naoki s'arrêta à l'endroit ou son père avait pris son dernier appui, et son cerveau se remit en marche. Pris d'un violent vertige, il tituba et ses yeux fixèrent un moment le sol avant que son corps ne tombe. Il s'accrocha à la branche la plus proche; suspendu en l'air par une main. La terreur s'empara de lui, il sentit la douce perturbation des membres qui s'engourdissent - préparant la chute - le léger voile qui montait en tête, altérant ses sensations, et la fin proche lorsque ses doigts ripèrent peu à peu du tronc qui le maintenait à la vie.
L'espace temps s'était figé pendant ce court moment ou plus rien de physique ne l'attachait à cette branche, il avait vu sa main se détacher complètement, et son corps se défaire de cette emprise éphémère. Il était resté là, suspendu dans le vide, il écarquilla les yeux de surprise, cette forêt était-elle enchantée? Rien de plausible, d'explicable ne parvenait à fournir une raison à cette incohérence, lorsque son cerveau accepta les messages sensitifs de son corps. Il était soutenu par les pieds. Son regard se porta alors au sol et il vu son père deux mètres au dessous, posé sur une branche. Ses deux mains tendus soutenant les pieds du jeune garçon, il les abaissa doucement, lui permettant de se rattraper sur l'arbre et de descendre à son niveau. Essoufflé, le regard encore effrayé, Naoki mit quelques temps à reprendre ses esprits pendant que son père s'expliquait.


« Je me disais bien que tu ne pouvais acquérir consciemment cette faculté aussi facilement, et lorsque je me suis retourné, j'ai vu ton regard. C'est pourquoi j'ai disparu, un petit test en somme pour apprécier tes facultés.


La gène s'empara de Naoki. Une fois de plus, il avait déçu son père. Instable, incapable d'effectuer le moindre progrès, il ne pouvait maitriser ni l'eau ni la glace. Et il sentait son regard désapprobateur le jauger en permanence sur ses actes, ses pensées qu'il ne comprenait pas. Son monde en somme, lui était étranger et si son père ne pouvait le saisir, la réciproque était valable, entrainant une incompréhension latente qui perturbait leur relation. Il souffla, conscient d'avoir gâché une nouvelle fois leurs expériences. Il tenta de sonder son père, essayant de déceler les traces d'un quelconque désappointement, expression qui s'affichait presque à chaque fois qu'il le décevait. Mais cela n'était pas le cas, au contraire, il montrait un léger sourire de contentement. Son père lui fit signe de le suivre et descendit rapidement de l'arbre, suivit par Naoki encore légèrement désemparé. Michiyuki lui désigna du doigt une trace profonde inscrite dans l'écorce.

« C'est une empreinte de dents. On appelle cela l'écorçage. Les cerfs mangent l'écorce lorsque la disette sévit et qu'il n'ont plus rien à se mettre sous la dent. C'est caractéristique d'une densité de population trop élevée des animaux. Les traces par terres désignent un cerf assez vieux, et il faut savoir que lorsque les cerfs vieillissent, ils deviennent solitaires, seuls les plus jeunes restes dans le troupeau matriarcal. C'est la raison pour laquelle je vais le tuer, aucun risques de troubler le troupeau. Maintenant, les empreintes qu'il a laissé par terre devrait nous permettre de le rattraper rapidement. Mais lorsque nous serons à proximité, il faudra remonter dans les arbres pour éviter que notre odeur nous trahisse. Suis moi maintenant. »

Et Michiyuki fila comme s'il connaissait déjà sa destination. Il parcourait la forêt avec une aisance qui étonnait Naoki bien qu'il comprit rapidement que son père devait connaître relativement bien les lieux pour y avoir rôder depuis tant d'années. Naoki appréciait de sentir ses pas fouler l'herbe grasse et humide, sentir le vent froid caresser sa nuque pendant sa course. La forêt semblait encore endormie, le soleil ne s'était presque pas levé, et les divers chants d'oiseaux qui résonnaient au loin paraissaient rendre le lieu enchanteur, presque magique.
Puis Michiyuki s'arrêta et leva la main. Presque immédiatement, Naoki se retrouva dans son dos, stoppant sa course, légèrement essoufflé. Son père lui désigna l'arbre le plus proche et entama son ascension, toujours suivis par son fils qui semblait prendre le rythme. Ils parcoururent une centaine de mètres dans les hauteurs lorsque Michiyuki s'arrêta à nouveau, désignant à plusieurs pas de là un cerf qui vaquaient à ses occupations matinales: dénicher de nouvelles sources de nourriture. C'est lorsque son père sortit son arc que Naoki remarqua qu'il n'avait aucune flèche, la curiosité le démangeait mais la peur de faire échouer la chasse l'intima au silence. Il patienta donc et vit Michiyuki ouvrir sa gourde lentement, et verser le contenu au creux de sa main. Pendant que le flot aqueux s'écoulait, il se transformait lentement en une longue tige de glace que Michiyuki semblait façonner. Il en résulta alors une flèche qui, bien que grossière et donc l'empennage était fait de glace, paraissait dur comme de l'acier quand il testa sa solidité. Il banda son arc, l'œil aux aguets, le cerf était occupé à grignoter quelques champignons auprès d'une vieille souche. La « flèche » partit rapidement, et la trajectoire qui avait semblé à Naoki quelque peu manquée fut déviée par le vent. Elle atteignit le cerf en plein cœur et il releva la tête brusquement avant de s'écrouler sur son repas. Michiyuki sourit à son fils.


« J'ai du me dépêcher, il aurait pu nous priver de l'accompagnement. Je dépècerai le cerf pendant que tu ramasseras les champignons. »


Il parcoururent la distance qui les séparait de la bête morte, et tandis que son père trainait la carcasse à quelques pas de là, Naoki s'affaira à récolter les champignons le plus précautionneusement possible. Ainsi, ils restèrent quelques minutes en silence et lorsque Michiyuki reprit la parole, il ne releva pas la tête de son ouvrage.


C'était une nouvelle leçon. Tu dois apprendre à chasser. Je n'aurais probablement pas le temps de te le montrer, mais tu devais savoir comment se déroule une chasse. Il faut que tu me promettes que pour tes 12 ans, tu tueras toi même ta première bête. »


Naoki acquiesça mais resta silencieux. Même s'il ne comprenait pas totalement la portée de ces paroles, il ne savait que dire. Son père lui avait annoncé il y a déjà plus d'un an que pour son dixième anniversaire il irait dans un village pour apprendre l'art ninja. Discuter n'aurait servi à rien. Et même s'ils avaient fêté son anniversaire il y a une semaine, il sentait que tout n'était que provisoire. Il savait qu'il devrait partir d'ici peu. Mais est-ce que maman l'accompagnerait?


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Dernière édition par Naoki Aisu le Jeu 24 Mar - 23:23, édité 3 fois

MessageSujet: Re: Naoki Aisu   Lun 14 Mar - 1:05

Chapitre 4 : Ta pérennité nous est indispensable



Ils avaient pris la route tôt le matin. N'emportant qu'un sac remplit de divers vêtements, livres et provisions pour le voyage, Naoki avait laissé tout le reste dans leurs maisons. Ils s'étaient retrouvés sur la route tous les trois, silencieux, marchant d'un pas vif dans les bois sombres qui les entouraient. Le souffle du petit garçon produisait de la buée à rythme régulier, et il se concentrait à tenter de garder un souffle constant, profond, son père lui ayant précisé avant de partir qu'ils feraient une longue marche et qu'il devrait se préparer à être un peu fatigué.
Ils quittèrent rapidement les bois pour arriver sur une route de terre. Le soleil indiquait qu'il devait être le milieu de matinée, Naoki sentit l'anxiété le gagner, son premier contact réel avec la civilisation ne devrait pas tarder. Elle vint par un simple marchand, sa charrette portée par un cheval qui semblait vieux et boiteux, le vendeur au chapeau de paille les interpella, utilisant la voix forte de l'homme habitué à user de son éloquence.

« Bien le bonjour mes amis, désirez-vous de l'aide? J'ai là quelques marchandises qui conviendraient à des voyages d'une quelconque nature. Je peux vous proposer divers types de nourritures et tout ce qui convient pour un long périple. »

Michiyuki ne lui adressa pas même un regard, et secouant la tête d'un air décidé il reprit sa route dans le calme comme s'il n'avait jamais croisé son chemin. Bien qu'habitué au caractère taciturne de son père, Naoki fut surpris d'une telle réaction. Il n'avait en effet jamais vu son père refuser une question, et même si l'aura qu'il dégageait inspirait peu la conversation, il ne comprenait pas la raison d'une telle ignorance. Sa curiosité le poussa à en demander l'explication, sa voix se fit douce pour pallier au dérangement de son questionnement.

« Papa? Pourquoi as-tu refusé de parler avec lui? Il avait l'air gentil et tu m'as répété que je ne devais pas me montrer impoli avec des inconnus.

Michiyuki leva un sourcil, s'arrêta et fixa Naoki.

- Et bien les circonstances sont différentes. Vois-tu, nous traversons un pays réputé peu sûr, les routes sont dangereuses, emplis de brigands et autres qui peuvent chercher à te voler. Qui te dis que ce marchand en question n'est pas un émissaire chargé de voir si les voyageurs possèdent une quelconque fortune sur eux? Qu'il verse des somnifères dans sa nourriture pour les piéger? Tu dois te montrer poli avec les gens en qui tu peux avoir un minimum confiance, une histoire de statistiques.

- De statistiques?

- Une sorte d'analyse de la situation. Si tu es dans un village connu, et que tu rencontres quelqu'un dans la rue. Il y a de fortes chances qu'il soit du village, donc même si tu ne le connais pas, ton village l'accepte et tu dois faire de même. Montres-toi alors poli avec lui, même si tu ne désires pas faire plus ample connaissance. Par contre, lorsque tu es en territoire extérieur, méfies-toi des étrangers, beaucoup sont habités par de mauvaises intentions. Nous n'aurions pas de nourriture sur nous, pas de couvertures, bref, nous n'aurions pas été parés pour le voyage ou un incident nous aurais tout fait perdre, j'aurais alors pris le risque et lui aurait acheté le nécessaire. Mais tant que les circonstances ne l'exigent pas, tiens toi le plus possible à l'écart des étrangers. J'ai légèrement exagéré ma réaction à l'égard de ce pauvre homme tout à l'heure, mais c'était pour toi le premier contact avec quelqu'un qui n'était pas de notre famille, et tu dois savoir que les gens que tu rencontreras ne seront pas forcément bienveillant à ton égard. Maintenant reprenons notre chemin. »

Ils marchèrent longtemps, et ne s'arrêtèrent que pour manger, en silence. Naoki bouillonnait à l'intérieur, il observait chaque arbre, chaque animal qu'il voyait. Son monde s'était considérablement agrandis et au lieu de satisfaire sa curiosité, elle la stimulait à chaque nouvelle découverte, désirant en déceler un peu plus.
Ils habitaient au nord de l'ile de Moya, et leur route descendait au sud, jusqu'à la baie d'Akisad, ils y arrivèrent à la fin de l'après-midi. Le temps était doux, les nuages s'amoncelaient au loin, portés par le vent qui s'engouffrait dans leurs cheveux. Leurs pas vifs du début de matinée avait perdu de sa fraicheur, et c'est épuisés qu'ils débarquèrent dans la ville portuaire, centre commercial de la région, recueil d'honnêtes marchands comme d'habiles voleurs. Le visage de Naoki s'illumina à mesure qu'il voyait le monde s'affairer autour de lui. Il sentit l'épuisement le quitter au rythme des cris et des chants qui s'élevait au loin, la place public chargée de ce fourmillement d'intérêt personnels qui se rejoignent dans une cause commune, le ballet des hommes pressés de finir leurs journées. Son père lui adressa un regard entendu que Naoki comprit de suite, celui là même qui disait : « Souviens-toi ce que je t'ai dis ». Le petit garçon haussa les épaules, réprimant son plaisir de voir de ses propres yeux la civilisation, affichant un masque d'impassibilité avant de rentrer dans la ville. Ils croisèrent toutes sortes de gens, des petits, des gros... Certains se laissaient pousser la barbe au point de pouvoir y tresser quelques nattes, d'autres ne possédaient pas le moindre cheveux et les diverses cicatrices qui ressortaient de leur crâne et de leurs visages les rendaient si menaçant que Naoki n'osait croiser leurs regard. D'ailleurs il ne regardait presque personne dans les yeux, se contentant d'épier à la dérobée les gestes, démarches, styles vestimentaires et autres signes apparents, tentant de comprendre la raison de leurs présences.
Il avait d'ors et déjà commencé à classer les gens qu'il rencontrait dans différentes catégories, selon l'impression qu'elles dégageaient. Il y avait ceux qui tentaient de disparaître, fuyant les regards, courbant le dos, évitant les contacts physiques avec autrui. Il les appelait les « invisibles » car c'est ce qu'ils devenaient, invisibles bien que physiquement présents. Ils ne récoltaient que rarement des regards des autres passants, et se faisait oublier lorsque cela arrivait. Le contraire des « menaçants », qui tentaient de se faire passer pour plus gros, grands qu'ils ne l'étaient. Leur but était de prendre le maximum de place autour d'eux, d'élargir leurs « bulle » ou espace physique personnel. Plus une personne se sentait importante, plus sa bulle l'était, et ce qui fascinait par dessus tout Naoki, c'était le ressenti instinctif des autres personnes à l'égard de ces bulles. Les bulles menaçantes étaient esquivés avec toute l'adresse inconsciente qu'ils pouvaient déployer. Certains même, conscient d'avoir du faire un effort pour ne pas agresser l'espace physique de l'autre se retournaient ensuite, mécontent malgrès leurs aveu inconscient d'infériorité. Naoki n'eut pas à se demander longtemps ce qu'il se passerait lorsque deux bulles entrent en contact, il vit le résultat entre deux « menaçants » qui entrèrent en collision. La bagarre fut relativement rapidement réglée, le plus gros envoya au tapis le second qui ne se releva pas, signe de soumission. Naoki comprit rapidement que bien que certains codent sociaux soient propres aux êtres humains, la base de leur communication tacite est instinctive, animale... Son père réagissait de la même façon que les autres, bien que sa bulle dépassait sa propre personne et enveloppait Naoki, ainsi il l'entrainait dans son sillon, esquivant les bulles menaçantes et ignorant les invisibles. Il semblait savoir ou aller, ils parcoururent rapidement la ville et s'arrêtèrent bientôt devant ce qui ressemblait à une taverne, Naoki pouvait entendre à l'intérieur les chants des travailleurs qui venaient fêter la fin de leurs journée en compagnie du plus grand réconfort qui soit.

Chant bière.

Michiyuki poussa la porte, suivis de près par Naoki qui examina rapidement les lieux. Les tables étaient éparpillées de façon disparates. Le comptoir était arrondis et emplis de verres, devant lui se trouvait des tabourets sur lesquels étaient assis des hommes aux regard vacillant. La porte s'ouvrait parfois devant une serveuse visiblement affairée, revenant des cuisines chargée de pains, fromages, poissons et viandes, les distribuant dans la salle avec une adresse et une grâce qui lui valait quelques compliments mal placées sur l'ondulation de sa croupe. Ils s'approchèrent du comptoir et Michiyuki adressa la parole à ce qui semblait être le patron, le complimentant sur sa taverne et s'inquiétant de savoir ou ils pourraient se reposer. Ils commandèrent un repas bref, et ne s'attardèrent pas en salle, où l'ambiance commençait à chauffer, où les chants se faisaient plus bruyants et les remarques de moins en moins politiquement correct. Ils montèrent l'escalier d'un pas lourd, la fatigue submergeait Naoki car la digestion s'avérait épuisante. Il ne mit pas longtemps à se déshabiller et à s'effondrer dans le petit lit qui avait était dressé à son intention dans un coin de la pièce.
En se réveillant le matin, Naoki vit son père déjà debout, occupé à ses étirements matinaux. Ils s'assouplirent ensembles, fêtant la venue du nouveau jour, le corps tournée vers la fenêtre d'où ils pouvaient voir les vagues lécher la coque des bateaux amarrés sur les pontons. La ville était déjà en effervescence, les marchands, bien que gardant les marques de la nuit passées, braillaient déjà à qui voulait l'entendre les bienfaits de leurs produits. Ils descendirent enfin, poussés par la faim qui les tenaillaient. La taverne ne ressemblait en rien à ce qu'elle avait été la veille : les gens étaient moroses et déjeunaient en silence, paraissaient absorbés par le contenu de leurs assiettes qui, sitôt terminées, étaient abandonnées par leurs propriétaires qui disparaissaient calmement. Ce contraste étonnant poussa Naoki à questionner le propriétaire. L'homme vieux et chauve était occupé à essuyer les quelques verres qui trainaient ça et là. Il paraissait être le seul à ne pas être touché par l'abattement qui emplissait la salle et gardait un grand sourire en distribuant des paroles polies à quiconque entrait ou sortait de la taverne. Ainsi lorsque le garçon l'interpella, il lui adressa un grand sourire avant de répondre tranquillement.

« Si je préfère le soir ou le matin? Et bien cela dépend de mon humeur, mais en général je préfère le matin. Le soir, l'ambiance est particulière, les gens se lâchent, oubliant leurs journées, oubliant leurs employeurs, les traquas de la vie quotidienne. Certains oublient même qu'ils sont pauvres... L'alcool leur fait cet effet là, il les grise au point de perdre les repères instauré dans la journée. Ils deviennent plus bavard, plus joyeux, plus agréable en somme. Mais cela ne dure qu'un temps. En général la nature reprend ses droits avant le coucher, et ils réalisent que ce n'était qu'une passe, qu'un flottement avant le rappel de leurs devoirs. Pourtant l'alcool n'a pas été évacué, et s'ils étaient plus joyeux, ils deviennent aussi plus agressifs, et c'est à ce moment là que commence les bagarres. Il n'est jamais bon de fréquenter les tavernes passé minuit mon garçon. Tandis que le matin, je suis tranquille, on ne me sollicite pas, c'est mon moment de repos. »

Naoki acquiesça, et ne désirant pas troubler le « moment de repos » du vieil homme, il resta silencieux et attendit que son père commande avant de se diriger vers une table. Ils mangèrent tranquillement, le silence qui accompagnait habituellement leurs repas n'était nullement déplacé dans cette atmosphère morose de début de journée. Avant de partir, son père fronça légèrement les sourcils et dit.

« Nous allons prendre le bateau pour rejoindre l'ile principale de Kiri. Tu peux m'accompagner même si tu dois me promettre de rester tranquille, et tu peux également rester ici, la chambre est louée pour la journée au cas où nous aurions un soucis de transport et que nous devrions dormir une nuit de plus.

Naoki fit semblant de réfléchir, d'évaluer les propositions comme si elle étaient de même nature, de même intérêt. Il répondit tranquillement à son père, et sa voix bien que faible, ne laissait transparaître le moindre doute.

- Je viens, j'ai envie de voir d'autres personnes, je serais sage, promis. »

Ils débarquèrent ainsi dans le port, se baladant sur les pontons, recherchant les navires susceptibles de faire le même voyage qu'eux. Ils trouvèrent un navire marchand assez rapidement, qui leurs proposa la traversée accompagné du gite et du couvert pour 60 ryos par tête. Son père eut un sourire amusé, conscient de se faire entuber même s'il accepta sans broncher, bienheureux de trouver un navire correct pour le voyage. La traversée était prévu pour le matin même, ils devaient être sur le ponton d'embarquement pour 10h30. Naoki en profita pour observer quelques instants les hommes de mains commencer à charger les marchandises qui disparaissaient dans la cale. Son père le prit par l'épaule pour l'emmener chercher ses affaires à la taverne où ils patientèrent en attendant l'heure du départ.
C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent en pleine mer, balloté par les vagues, appréciant le vent chargé des odeurs d'algues, de sel. Ils supportaient plutôt bien la traversée, l'esprit Aisu sans doute... Naoki s'asseyait sur les rambardes, ou chaque vague un peu forte menaçait de le faire tomber dans l'océan qui l'attirait inexorablement. Il avait envie de cette mer, plus profonde, dangereuse, chargée d'émotion que ce qu'il côtoyait habituellement lors de ses expéditions. Le voyage se déroula néanmoins sans encombre et aucune tempête ne vint troubler la quiétude de leur traversée.
Ils débarquèrent au port de l'ile principale, l'activité qui y régnait était bien plus importante qu'à Akisad, le port en lui même était bien plus grand. Une cinquantaine de pontons avaient été alignés pour accueillir le plus grand nombre de voiliers, navires marchands. Des hommes débarquaient de partout des marchandises tandis que les capitaines hurlaient à leurs hommes divers ordres dont Naoki ne pouvait comprendre la signification. Des charrettes acheminaient les marchandises jusqu'aux diverses échoppes un peu plus en amont, tandis que les sans-abris quémandaient une pièce sans récolter le moindre regard des travailleurs qui les entouraient. Les bâtiments étaient fait de briques blanches et paraissaient éclairer la ville dans la brume. Les toits étaient plats, et diverses terrasses y avaient été aménagés, certaines maisons de passes y exposaient même leurs beautés qui s'y divertissaient en attendant les clients. Michiyuki ne s'attarda que quelques temps vers un étal qui distribuait quelques subsistances et après avoir acheté du pain et de la viande séchée, ils prirent la route, profitant du sommeil dont ils avaient bénéficié dans le bateau.

La traversée de l'île leurs pris presque toute la journée et le soleil était bien bas quand ils arrivèrent à la bordure du village caché de la brume. Michiyuki s'assit tranquillement, commença à faire un feu pour faire réchauffer la viande qu'ils avaient pris auparavant, ses yeux fuyaient Naoki et il dut se faire violence pour s'adresser à son fils de la voix la plus maitrisée qu'il pouvait utiliser.

« Naoki, il faut que je te parles de plusieurs choses... Tu sais que je ne peux venir avec toi là-bas, ce n'est plus ma place depuis que... Enfin, c'est une histoire qui me regarde, je n'ai rien fait de mal rassure toi, enfin je n'ai tué personne. Je me suis fais bannir de mon clan, et cela m'interdit de prendre une place qui ne m'est plus réservé. Je ne peux pas te dire si nous nous reverrons, je l'espère, c'est tout ce qui compte.
Tu dois me trouver horrible, t'abandonner après que ta mère... Mais je fais cela pour toi, pour que tu puisses vivre comme un enfant de ton âge, le danger qui court dehors est bien trop important pour que je prenne le risque de te garder auprès de moi. Ce serait... trop égoïste de ma part. Il faudra donc que tu te débrouilles, ils doivent avoir des refuges pour les petits garçons dans ton cas. Mais cela tu le sais déjà, on en a parlé. Non, ce que je dois te dire est plus important, il concerne le clan, ton sang.
Il y a des règles que nous nous sommes fixés auquel j'aimerais que tu te tiennes, une façon pour toi de garder le contact avec nous, avec moi en quelques sortes... La première concerne ton apprentissage, je ne sais pas s'il y aura un représentant de notre clan là bas, mais tu dois tout faire pour les trouver, et poursuivre ton apprentissage avec eux. Cependant, et c'est là où cela peut devenir compliqué, ne te révèle pas au grand jour, n'affiche pas ton nom, ne le divulgue qu'aux personnes de confiance. Tu sais qui nous poursuis et lui sait que notre clan tend à se reformer à Kiri, il a peut être placé des espions sur place pour repérer nos membres, alors avec ton niveau, la moindre sortie serait synonyme de mort si les gens savent qui tu es... Donc fais-y attention.
Je suppose que tu te souviens de la chasse que nous avons mené ensemble, tu devras tuer ta propre bête quand tu auras 12 ans, ce sont nos règles, j'aimerais que tu t'y tiennes. Continues à méditer également, le plus près possible de l'eau, même si tu n'as pas accès à la mer, tu dois entretenir ce lien. Poursuit ton apprentissage des runes, mais n'écris rien par toi même tant que tu ne trouveras pas quelqu'un pour te guider, cela pourrait s'avérer dangereux pour toi et le village, je n'ai pas le temps de te l'expliquer en détail, quelqu'un d'autres s'en chargera.
Enfin, il faut que tu saches que je sais pour ta mère, je sais qu'elle est là avec nous, qu'elle te suivras probablement... J'ai fais semblant de rien, je ne voulais pas te traumatiser plus, mais essaie de l'oublier, elle est partie et c'est ma faute, pas la tienne. Je ne te demande pas de rompre le lien, je ne demande pas de la faire disparaître, je te demande juste d'envisager de te séparer d'elle un jour, que si tu as l'opportunité de le faire, tu te souviennes que c'est une bonne chose.

Michiyuki se leva alors, et serrant son fils dans ses bras, il lui murmura

Je t'aime Naoki, je ne te l'ai probablement pas montré suffisamment, j'ai été un peu dur par fois, et j'ai peut être fais de mauvais choix, mais je n'avais pas le temps de tout t'expliquer. J'espère que l'image qu'il te restera ne sera pas trop dure, j'ai fais de mon mieux avec ce qu'il me restait de force. Maintenant abandonne ton vieux père pour ta nouvelle vie, qui sera, je l'espère, un peu plus riche en joie et en bonheur que celle-ci... »

Et Naoki partit, répétant inlassablement le discours final de son père, les derniers mots qu'il entendrait avant si longtemps. Il ne se retourna pas, il était restait silencieux, et même si les larmes lui montaient aux yeux, il sentait qu'il l'aurait déçu s'il s'était abandonné. Il marcha longtemps, trainant sur la route, lorsqu'il aperçu les hauts murs du village entourés par la brume. Il s'avançait tranquillement, allant au devant de sa nouvelle vie lorsqu'il fut interpellé par ce qui semblait être un garde qui le dévisageait avec une expression pourtant indifférente. Un sourire apparu sur son visage, ou plutôt il réhaussa un côté de la lèvre, lui donnant une expression moqueuse. Et lorsqu'il prit la parole, on sentait un mélange d'amusement et de sérieux dans ses propos.

« Alors bonhomme, on s'est perdu? »



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Dernière édition par Naoki Aisu le Jeu 24 Mar - 23:26, édité 4 fois

MessageSujet: Re: Naoki Aisu   Lun 14 Mar - 20:08

Bienvenu sur Ryoma.
Après moult discutions, questions et tentative de corruption (mais je reste incorruptible ) nous arrivons à la fin de cette fiche, qui te vaut donc la validation au rang d'Aspirant.
Même si ton inscription n'est pas officiellement fini dans ton l'histoire, elle fera l'objet de ton premier RP (avec un autre joueur ! \o/), et ta fiche démontre amplement tes capacités à jouer sur Ryoma.

Fais juste attention à ne pas refaire des tentatives de style qui nuisent énormément à la compréhension de tes textes. Évitons les accidents comme celui de ton premier poste.

Naoki Aisu : +35xp
Rang aspirant et KG validée.

(Pour rappel, Shiro est devenue la responsable du clan Aisu. Donc si tu cherches à développer du RP dessus, essayes de voir ça avec elle).

MessageSujet: Re: Naoki Aisu   Mar 15 Mar - 22:09

On est en train d’enchaîner direct avec notre rp commun avec Ine, pour la continuité.
par contre, aucune idée des tentatives de corruption dont tu parles (j'aurais du tenter le chantage affectif... Twisted Evil )
Pour l'Aisu, j'attendrais d'être un peu plus en place pour commencer tout celà.
En tout cas je te remercie pour ta patience et ton écoute... Tu as été trèès gentil avec moi = )
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MessageSujet: Re: Naoki Aisu   

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