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 Le bruit de la révolte

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MessageSujet: Le bruit de la révolte   Lun 14 Fév - 18:51

Il y avait quelque chose de neuf dans le regard de Kuzako. Etrangement, elle n’en sentait pas encore les conséquences, mais sa démarche était plus assurée, plus féminine aussi, c’était certain. Ikue, qui la suivait sans sourciller, ne la quittait pas des yeux. Mieux, elle gobait chacun de ses pas comme un éternel changement. La courte distance qui séparait l’académie du domaine lui avait paru immensément longue et particulièrement jouissive. Il semblait à la jeune femme qu’elle marchait dans Konoha avec l’étiquette d’un pouvoir nouveau. Et non qu’Ikue aimait le pouvoir – il l’exacerbait autant qu’à Kuzako, en vérité – elle voyait là l’opportunité de changer sa petite condition de shinobi. Kuzako était sortie du Carré Bleu sans claquer la porte. Ni sourire, ni regard colérique. Mais son regard confiant apportait un peu d’espoir, le teint de son visage, bien moins blanc et livide qu’à l’accoutumée s’était étrangement radouci en une peinture agréable. Kuzako était redevenue femme, ce qu’elle avait oublié d’être bien trop longtemps. Elle apportait définitivement de bonnes nouvelles.

Les relations avaient toujours été particulièrement difficiles avec les deux autres branches principales du clan. Ikue n’avait jamais porté une attention particulière à ces tensions ; elle les avait surtout subies. Bien que jeune et talentueuse, la fillette était toujours restée à l’écart du clan, prostrée dans son domaine et dans les jambes de Kuzako et des rares qui, comme elle, avaient délaissé un large morceau de leur vie pour tenir le domaine et s’opposer directement aux deux autres, toujours plus gros, toujours plus violents, toujours plus ambitieux. Si le Tigre avait réussi à survivre sur le plan politique – et il ne survivait que sommairement – ce n’était que le fruit du travail d’une infime minorité. Ikue, comme beaucoup d’autres, n’avait jamais trouvé le courage de s’élever contre cela et durant ses longues années de travail, elle avait subi cette ambiance générale qui tendait à l’exclure. Ou à la rendre simplement inutile. Si bien que dans son regard, il y paraissait quelques gouttes de rancœur, une colère bien peu représentative de tout ce que son clan avait du supporter. Kuzako n’avait jamais opté pour la même posture. Mais l’Uchiha était plus forte, plus stable, plus confiante ; et beaucoup plus ravagée.

Dans le regard impassible qu’elle jetait aux ruelles de Konoha, il y avait cette volonté de changement. Une volonté que plus personne ne lui ôterait de la tête et que personne encore ne viendrait contrecarrer. L’idée qu’il en faille venir aux mains la rebutait mais si cela s’avérait nécessaire, elle montrerait alors qu’elle n’était pas une marionnette à qui l’on avait légué un peu de pouvoir afin de la faire taire. Mais Kuzako savait qu’elle ne pouvait pas déclarer la guerre à la moitié d’un clan. D’abord parce qu’elle perdrait. Surtout parce qu’elle l’aimait. Quoi qu’ils puissent en dire ; elle l’aimait. Malgré cette hargne qui la tenait comme elle ne l’avait jamais tenue, Kuzako sentait cette touche d’appréhension monter en elle. L’espoir, elle en était imprégnée jusqu’à la moelle, c’était certain. L’incertitude serait le los commun de cette journée, elle en était intimement persuadée. Déjà, elle essayait de devancer les réactions des uns, les attitudes des autres. Shinzei avait étrangement disparu, mais elle s’en moquer. S’il devait avoir un rôle dans toute cette histoire, ce serait celui de s’occuper de Takeshi. Deux personnages qu’elle n’aimait pas beaucoup même si elle savait que malgré le tempérament agressif du jeune homme, il n’était que le fruit d’une politique. Tout comme elle, il avait fait preuve d’une lâcheté, d’un silence et d’une cécité indignes de leur position et de leur rang. Il en restait quelle ne l’appréciait guère plus. Mais Shinzei avait un destin, il l’avait toujours vanté et il s’avérait qu’il se réaliserait. Défaire Takeshi Uchiha n’était pas une mince affaire. Le flux politique qui envahissait Konoha était tel que le clan ne pourrait faire autrement que de l’évincer. Venir définitivement à bout de cette montagne restait un défi tout à fait à la portée de Shinzei. Ou non. Mais cet Uchiha là ne se posait plus ce genre de questions.

L’espoir restait implacablement supérieur à l’appréhension. C’était sûrement ce qui permis à Kuzako de pousser la porte du Conseil Uchiha sans trembler, ni même hésiter. Sa tête bourdonnait d’idées, son cœur battait un rythme fou, mais elle continuait d’avancer. Elle se sentait prendre une place qu’elle avait toujours crainte, mais l’impression de devoir la prendre résonnait sa peur. Ce n’était plus un secret, ce n’était plus un fantasme. Tout Konoha était maintenant au courant. Il n’y avait plus de rumeurs, plus de complots et plus de vieux rêves ou de vieilles entreprises cachées. Akogare retournerait le village. Pas lui, mais l’idée qu’il voulait voir circuler et qui circulait finalement à la perfection. Les clans s’étaient un à un soulever à ses côtés. Les Senjago, les grenouilles et les Lions avaient accepté cette idée qu’il fallait du neuf, qu’il fallait du fort et qu’il fallait du cohérent. Konoha n’avait plus rien de cohérent. Konoha n’avait plus rien de stable. Konoha n’avait plus rien de nouveau. Les rues s’étaient vidés, la population attendait, comme mise au courant. L’annonce de l’expédition menée par le Hyuuga ne s’était pas faite ouvertement, mais le silence du Haut Conseil et des hommes de clans avait clairement indiqué qu’elle n’était plus une rumeur. Konoha s’était éveillé, Kuzako et les Uchiha avec lui.

Kuzako s’avança au milieu de la grande salle sombre. Une grande table ovale siégeait au milieu, entourée d’immenses sièges de couleur pourpre. Les sages du clan étaient tous réunis, sans exception et un brouhaha chuchotée tintaient à leurs oreilles. En effet, derrière eux, une petite troupe s’était amassée, en retrait, dans le noir, et silencieuse. A l’entrée de Kuzako, tous se turent. La quinzaine de regards se tournèrent alors vers elle, d’un même concert et la pression s’accentua sur les épaules de la jeune femme. Elle s’ébroua discrètement et se dirigea vers les immenses fenêtres dont les rideaux étaient tirés. Silencieuse, la chef de clan les tira un à un et laissa la lumière pénétrer violemment les lieux. Elle sentit le conseil crispé. Elle sentit la troupe en retrait dubitative et dans l’incompréhension.

[Nokoe] – Kuzako, allez-vous donc nous expliquer ce qu’il se passe ici ? Le Grand Conseil n’est pas un salon de thé.

Le vieux singe. Il était le premier parler, complètement enfoncé dans son siège et dans son lourd vêtement, caché derrière une épaisse barbe. Nokoe était certainement l’homme fort du conseil et elle savait que s’il fallait se montrer particulièrement plus sévère avec l’un d’entre eux, ce serait avec lui. Takeshi n’avait pas pris le pouvoir innocemment, elle s’en souvenait …

[Kuzako] – Si vous êtes tous ici ce matin, c’est que vous avez reçu le message que j’avais demandé à Ikue de vous transmettre. J’ai également demandé à chaque domaine d’amener une délégation au Conseil. Cela répondra peut-être à votre question, Nokoe.

Elle les désigna d’un bras tendu et sourit à peine.

[Kuzako] – Okane Uchiha chef du Domaine du Corbeau et son fils, Tomoro Uchiha. Shizune et Nakeya Uchiha, du Domaine du Renard. Shinjô Uchiha et Reku Uchiha, du Domaine du Cygne. Heji Uchiha et Noru Uchiha, du Domaine du Lion. Kazashi et Jongo Uchiha, du Domaine de la Loutre. Toshiyo et Nakegana, de la Vipère, Kegane et Anakeru, de l’Ours. Enfin, Ikue Uchiha et moi-même, du domaine du Tigre. Ils sont tous venu ici parce que je le leur ai demandé et parce que la situation m’impose leur présence.

Kuzako était sûre d’en avoir oublié, mais elle ne pouvait pas appeler toutes les familles du clan. Il en existait une multitude et ici, nombre n’étaient pas des domaines à proprement parlé. Pourtant, n’en étaient-ils pas moins Uchiha ? L’idée que trois d’entre eux entretiennent des relations privilégiées avec le pouvoir la rendait violemment révoltée. C’était un sentiment qu’elle découvrait autant que le conseil découvrait son attitude. Mais plus elle s’imprégnait de l’atmosphère vicié de ce lieu, mieux elle se rendait compte du bilan catastrophique qu’avait dressé Akogare.

[Shozu] – Pourquoi Takeshi n’est-il pas présent ? Comprenez notre vigilance, Kuzako, mais seul le chef du clan peut aborder la nécessité de tenir une assemblée extraordinaire. Et puisque le Grand Conseil ne peut accueillir en son sein que des chefs de Domaines, il me semble bien qu’aujourd’hui, nous sommes dans une assemblée extraordinaire. Et vous n’êtes pas chef du clan Uchiha, Kuzako Uchiha. Nous avons répondu à votre appel, mais cette réunion n’était absolument pas mentionnée dans votre message.

La jeune femme les regarda un à un. Ils étaient huit. Huit grands sages de Konoha, qui accumulaient bien trop de pouvoir et qui en cédaient d’autant plus. Il était clair que le conseil n’avait, aujourd’hui, plus aucune utilité au clan, sinon de donner sa légitimité à Takeshi. Ils étaient, à eux huit, le symbole de leur chute à tous. Ils l’avaient placé là où il était, là où il ne serait plus et ils avaient tous fait en sorte, de manière volontaire ou non, que personne d’autre ne pourrait venir s’accaparer les pouvoirs du chef du Domaine du Cygne. Dans l’esprit de la jeune Uchiha, il n’était plus question de savoir si cette politique avait été voulue ou non, elle avait faite ainsi et il était trop tard pour évaluer la responsabilité de chacun des Huit. Elle n’avait pas assez de temps pour cela, et d’ailleurs, cela plongerait le clan dans une longue période de transition, instable et propice à un quelconque coup d’Etat qu’elle ne souhaitait. Kuzako n’avait plus assez de force pour se lancer dans un quelconque tribunal. Ils disparaitraient, tous. C’était une décision particulièrement autorité, mais tout comme Akogare s’abrogeait le droit de réformer Konoha, elle réformerait le clan de la même manière.

Simplement tourner une page trop chargée d’encre.

[Kuzako] – Je m’excuse de la précipitation dans laquelle tout cela a été fait, Shozu. Je ne suis pas une politicienne mais une militaire et la situation dont on m’a fait part, il y a une heure à peine m’a imposé de nous réunir dans ces conditions.

Les Huit s’émurent dans une série de phrases révoltantes lancées dans le flot du silence. Kuzako soupira et lança son attention vers le groupe d’Uchiha qui restait là, silencieux, mais, impatient, qui semblant de moins en moins comprendre ce qu’il faisait ici.

[Kuzako] – Ce matin, Shinzei, Takeshi et moi avons été convoqué par Akogare Hyuuga. Suite à cela, j’ai plusieurs informations à vous faire part. Pas simplement à vous, sages, mais à tout le clan. C’est pourquoi j’ai demandé à ce que chaque domaine soit présent.

Ils se turent, tous.

[Kuzako] – Les rumeurs qui annonçaient la levée d’une expédition par Akogare Hyuuga ne sont plus rumeurs. C’est une vérité. Ce matin, deux équipes sont parties de Konoha. Les rumeurs qui annonçaient la réunion de tous les clans autour d’Akogare sont également véridiques. Les Yamanaka, les Aburame, les Hyuuga, les Senjago et les Lions se sont tous mis d’accord pour changer le visage du village. Elle marqua un temps d’arrêt puis repris, d’une voix bien plus solennelle. Konoha va changer. Et le clan va changer avec lui.

Un nouveau brouhaha prit la salle du Conseil. Les Huit s’agitaient dans autant de sens que leur âge avancé le leur permettait tandis que derrière eux, les délégations des domaines commençaient à prendre conscience de ce qui se tramait dans le village. Peu à peu, la curiosité prit le pas sur l’impatience. Les visages inconnus du clan commencèrent à s’ouvrir, à écouter plus attentivement les paroles de la jeune femme. Kuzako savait qu’elle aurait leur attention. Le clan va changer avec lui. Comment ne pouvait-il s’empirer, eux qui n’avaient jamais été que des soldats, relégués dans un rôle second, sinon tiers. Kuzako savait qu’en faisant appel à ceux que Takeshi avait très vite mis de côté, elle aurait l’attention qu’elle désirait. Parce qu’elle comptait entreprendre les touchait eux, tout particulièrement.

[Kuzako] – Je ne suis pas une politicienne, messieurs, mais une militaire. Je serais concise, concrète et rapide. Je libère officiellement et sur le champ, Takeshi Uchiha de ses fonctions de chef du Clan, je dissous le Grand Conseil Uchiha et forme, à cet instant précis, le Concile Uchiha. Ce Concile sera composé d'un représentant de chaque Domaine. J'en serais jusqu'à nouvelle ordre la présidente et la représentante jusqu'à ce que sa prochaine séance. Son objectif premier sera de former une constitution qui régira la vie du clan de manière égalitaire et juste, démocratiquement et en accord avec toutes les branches Uchiha.

Nokoe se leva aussitôt, rageur, tandis que la fureur traversait le visage des Huit. Une fureur d’abord silencieuse, sûrement éteinte par la rapidité de cette annonce. Mais très vite de violentes altercations accoururent jusqu’aux oreilles de Kuzako. La jeune femme grimaça et les subit, une à une sans riposter, attendant qu’une parole intelligible et intelligent s’en émane. Elle continuait d’épier la réaction des représentants des branches parallèles du clan mais fut presque surprise de n’en voir aucune. Quelques têtes se tournèrent pour lancer des phrases inaudibles. Okane, Toshiyo et Kegane furent les plus rapides. Ils étaient tous trois hommes d’âges murs, raisonnables, et pourvus d’assez d’intelligences pour que Kuzako puisse compter sur eux. Mais c’était un pari qu’elle faisait. Si le clan n’avait pas envie de se voir réformer, alors la jeune femme ne pourrait rien faire et le village, conduit par la politique menée par Akogare, prendrait les décisions qui tiendraient. Néanmoins Kuzako n’avait pas encore avancée tous les arguments qui bâtissaient sa position idéologique et politique, et, d’une certaine manière, elle voulait croire que son entreprise était juste. Les autres restaient abasourdis, ne sachant comment réagir, simplement parce qu’ils n’en avaient pas les compétences politiques, ou parce qu’ils n’arrivaient pas encore à y croire. Shinjô et Noru restèrent silencieux mais attentifs, voyant d’un mauvais œil ce qui était en train de se tramer. Pourtant, leur regard n’était pas tout à fait noir, juste inquiet, comme en attendant plus.

[Nokoe] – Quelle autorité avez-vous pour agir ainsi, Kuzako ? Nous ne vous laisserons pas établir un véritable putsch aussi facilement. Ne croyez pas que vous pourrez ainsi vous imposer sans que le clan ne réagisse et ne se batte ! Nous avons toujours agi pour le bien de nos familles et de nos institutions, durant de nombreuses années, vous ne détruirez pas cela d’une seule main ferme, Kuzako !

Kuzako s’avança jusqu’à Nokoe et brava son regard sévère.

[Kuzako] – Si, grand sage. Je le ferais. Vous n’êtes qu’une bande de vieillards qui décrépit dans leur siège bien confortable. Quelle réalité avez-vous de notre vie, Nokoe ? L’autorité qui me supporte, vous ne la connaissez pas, parce que le Konoha d’aujourd’hui n’est plus celui que vous aviez connu hier. Je ne suis pas là pour discuter du bien et du mal de vos décisions. Mais trop longtemps le clan a souffert de votre politique autoritaire. Des hommes et des femmes que j’ai fait venir ici, vous n’en connaissez aucun ! Durant cinq ans j’ai du me battre contre deux domaines qui désiraient le pouvoir plus que tout. Qu’avez-vous fait pour tous les autres ? Qu’avez-vous fait pour le Domaine de la Loutre ? Du Corbeau ? Du Renard ? De l’Ours ? Du Cobra ? Du Puma ? Vous n’avez rien fait, Nokoe, Shozu, Hiyaki, Orune, Nikima, Shû, Konegaru et Kyô. Je me contrefous des Domaines de chacun, la seule chose que je vois, c’est qu’ils sont tous Uchiha, qu’ils font tous partie d’une même famille, d’un même clan. Les tensions entre ces domaines doivent disparaitre, les ambitions de chacun doivent s’éteindre et plus que tout, notre nom doit étinceler pour d’autres choses que les complots politiques et les luttes fratricides. Elle s’arrêta, essoufflée. Les Uchiha retrouveront la place qu’ils toujours eu dans Konoha. Mais pour de bonnes raisons, et pour faire de grandes choses. Ensemble.

Nokoe s’avança vers Kuzako, suivi par Shozu et par Shû, certainement le sage le plus jeune du conseil, et également le plus puissant. Son intelligence restait pourtant moindre si bien qu’à défaut de pouvoir écraser plus d’un Uchiha sous son pas lourd et puissant, il avait préféré donner sa parole Nokoe ; comme beaucoup d’autres. Okane suivi de son fils et une demi-douzaine d’autres Uchiha se rapprochèrent alors de la jeune femme, sentant qu’il était temps d’agir. L’espace d’un instant, Kuzako eut peur qu’ils ne firent rien. Elle eut peur qu’ils la laissent à son silence et dans son discours qui pouvait devenir tout à fait insolent s’il n’était suivi d’aucune réaction. Mais la main d’Okane, nerveuse et sèche, se posa sur l’épaule de Nokoe et l’arrêta poliment.

[Okane] – Nokoe, je pense qu’il vaudrait mieux que tu te rendes à l’évidence. Cela fait plusieurs jours que les domaines inférieurs suivent d’un œil avisé le ralliement des clans à l’autorité du village. Nous savions, toi et moi, que ce jour arriverait. Je ne pensais pas que … Il dévisagea Kuzako. Qu’il arriverait si tôt, ni de cette manière. Mais sois en sûr, nous sommes tous d’accords. Il faudra beaucoup de compromis et de négociations, mais nous aiderons Kuzako.

Le vieillard se tourna vers Okane, jetant un regard colérique vers le chef du Domaine du Corbeau.

[Okane] – Trop longtemps vous nous avez oubliés, Nokoe. Vous en payez le prix aujourd’hui, mais vous ne pouvez en vouloir qu’à vous-même.

Kuzako recula de quelques pas, se dirigeant vers les grandes vitres. Là, l’immense décor du domaine du clan siégeait sous ses yeux. L’immensité de son entreprise lui semblait aussi imposante que celle du clan dont elle faisait partie. Un clan qu’elle aimait. Quelques gouttes de colère perlèrent le long de sa joue. Elle les cacha discrètement. Elle leur en voulait d’avoir eu à faire cela. Elle qui n’avait jamais demandé rien d’autre que de s’épanouir tranquillement. Tant pis, le mal était fait.

[Kuzako] – Le clan va changer, crois-moi Nokoe.

Il va grandir.

MessageSujet: Re: Le bruit de la révolte   Sam 12 Mar - 0:35

Takeshi n’était pas un homme de parole. C’était une proie malsaine pourvue d’une conscience mauvaise. Longtemps, Shinzei s’était demandé s’il n’était pas lui-même inconscient du désordre qu’il créait, s’il se rendait compte des dégâts qu’il avait causé, de la politique despotique qu’il menait. Takeshi n’était pas seulement un politicien corrompu, il était également homme. Un homme profondément noir. Une mine sinistre. Il y avait au fond de cette âme quelque chose qui bourdonnait et qu’il valait mieux ne pas voir éclater. Les Uchiha, dans leur grande mesure, ne voyaient en lui qu’un mal global qu’il fallait, sinon éradiquer, éviter de contredire. Takeshi avait crée un symbole, une image, un étendard et se l’était approprié. Il s’était senti tellement bien dans cette idée qu’il en était devenu le seul argument, le seul contenant. Peu à peu, à mesure que le Conseil s’effaçait devant, à mesure que le Domaine du Cygne marquait sa domination, d’abord sur celui du Lion, puis bientôt sur tout le Domaine Uchiha, à mesure qu’il éliminait chacun de ses prétendants et qu’il imposait son absolutisme à tous, il s’était retrouvé seul dans son principe. D’un coin sombre de son regard, il se regardait lui-même, comme dans un miroir brisé. L’émetteur et le récepteur. Et lentement, tout un chacun s’était accoutumé à cela. Peut-être n’avaient-ils pas le choix. Ou peut-être s’étaient-ils finalement rendu compte qu’il n’y avait rien à faire mais qu’un jour il exploserait de lui-même, qu’il provoquerait sa propre chute – c’était, en somme, ce qui était arrivé, à quelques détails près.

Takeshi aimait finalement à vivre dans son monde. Il se sentait despote autoritaire, mais il n’avait plus d’emprise que sur lui. Si, longtemps, il avait cru dominer l’ensemble du clan ; il ne dominait que lui-même. Il avait cru contrôler chacune des âmes de ce clan ; il n’avait de main mise que sur la sienne. Et encore. Takeshi s’était vite enfermé dans son idée perverse de l’absolutisme. Une idée qu’il avait déformé, remodelé pour son propre compte parce qu’il savait que les Uchiha n’étaient pas des gens qui se laissaient ainsi dominer. Trop longtemps Shinzei l’avait épié, avait observé chacun de ses mouvements et s’il y en avait eu un plus remarquable que les autres, il aurait agi. Il se serait levé, il se serait avancé jusqu’à lui, l’aurait confronté et le clan l’aurait détruit ; parce que cela aurait paru légitime, cohérent et simplement logique. Et Shinzei, à mesure que sa haine grandissait pour Takeshi – et elle avait grandi exponentiellement ces trois dernières années – il avait appris à analyser chacun de ses mouvements politiques, si bien que jamais il n’avait commis d’erreur. Il aurait été tellement dommageable qu’il s’enfonce dans une faille, un piège vicieux que le chef du clan était facilement à même de construire. Sans le Conseil, sans le peuple, sans soutien ni appui, il n’aurait pu rien faire sinon devenir lui-même un dictateur. Mais Takeshi avait ciselé le clan, ses institutions politiques et son âme. Il l’avait lentement nettoyé, placé ses pions, placé ses laqués, ses larbins, ses esclaves politiques. Il héritait d’une histoire – celle de Kosuke Uchiha – il héritait d’un conflit – héréditaire, celui entre les deux maisons Uchiha – il héritait d’une puissance – le Domaine du Cygne – et il héritait d’une capacité formidable à faire apparaitre la situation sous un ciel qui ne le déchargeait jamais de ses avantages. Takeshi avait beaucoup concédé. Il avait toujours repris énormément plus.

Le clan découvrirait sûrement un autre homme lorsque la situation finirait de se dévoiler. Or la situation n’était qu’à son commencement. Les Uchiha verraient d’un excellent œil la chute de ce tyran, même si pour eux il n’en était pas un. Mais lorsque le clan deviendrait lui-même, alors ils comprendront qu’ils avaient, toutes ces années, à envier leur passé. Mais ce n’était pas temps la bêtise de sa politique qui deviendrait le plus grand de leurs arguments, afin de rayer de la carte ce nom de leur histoire. Ils verraient là un homme qui les a abandonnés. Un homme qui n’aura pas su retourner sa veste, faire la part des choses, reconsidérer le monde dans lequel ils évoluaient. Il les laissait tomber comme on abandonne un chien au détour d’un chemin. Takeshi était littéralement perdu, il n’avait plus conscience des clés qui régulait le système monde. Il était resté dans un ancien temps, un temps lointain. Alors le clan découvrirait un homme manipulateur, en politique comme avec les siens, un homme corrompu à sa propre cause, un homme pervers, un homme ambitieux, orgueilleux, prétentieux. Le Domaine du Cygne râlerait ; tant pis, Kazuko était bien assez forte pour réguler leurs pulsions, elle avait tellement souffert dans sa vie qu’elle supporterait les coups. Et elle avait avec elle une force que rien ni personne ne pouvait abattre. Le corps uni d’un clan. Il espérait qu’elle réussisse. Elle devait sûrement en attendre autant de son côté. Mais l’espace d’un instant, Shinzei avait douté. L’attente de cet instant, de cet évènement, avait été si longue qu’il avait cru que jamais il ne serait à portée de sa main. On lui avait donné cette opportunité.

Shinzei ne la laisserait pas passer.

Le calme perceptible de la forêt annonçait le tumulte qui allait subvenir. Le chant harmonieux des oiseaux, le clapotis amusant des poissons qui revenaient vers la surface et le cri strident de ceux qui se pliaient aux plus forts, des proies faciles, des fauves sans pitié. La respiration paisible des arbres s’était tue. La brise fraîche qui balayait le pays et rendait la présence de l’astre solaire supportable, presque appréciable, s’était dissoute. L’herbe était droite, tendue, sans que rien ni personne ne puisse la perturber. Les courants s’étaient calmés. Les montagnes réveillées. La toiture verte de la forêt immobile. Tous s’étaient éteints, attendant l’heure du grand jugement. L’heure d’un changement historique. Ils en seraient les premiers spectateurs, mais les victimes innocentes de ce conflit. Les braises rougirent. Le feu fut ravivé et sortit des entrailles de la terre. Aussi subitement qu’il fallut à la forêt pour comprendre qu’elle allait souffrir et qu’il fallait qu’elle se protège, une grande lumière jaillit, infime mais immense. Elle fusa et à mesure qu’elle avançait, elle prenait de la vitesse, elle grossissait sans cesse et la chaleur devenait de plus en plus insupportable. Le feu ravagea tout sur son chemin. Les braises prirent l’écorce et grignotèrent la chaire des grands chênes. Le bois qui mourrait explosait et le vent s’en disputait les cendres et les flammes légères, tout aussi irrégulières qu’imprévisibles. Elles suintaient d’une énergie mauvaise mais infinie. Le vent s’en disputait les cendres et les jetaient au loin, étendant encore le foyer de ce brasier. Shinzei cracha. Il passa une main tremblant le long de son épaule et jeta un œil effrayé sur sa peau fumante. Tout le côté droit de son vêtement avait disparu, arraché par les flammes. Il grimaça. La chaleur le faisait suffoquer et provoquait en lui une image chaotique. Comme s’il pressentait une fin, la destruction de quelque chose, sans savoir de qui ou de quoi il s’agissait. Priant qu’il ne s’agissait pas de lui-même.

Le sang coula. Takeshi avait disparu. Les arbres en feu crépitaient tout autour de lui tandis qu’entre les flammes, il percevait la tranchée qu’avait crée l’arcane. Les foyers ne fléchissaient pas, ils continuaient de noircir, sans fin, la chaire des arbres comme ils lui avaient arraché une partie de sa peau, de ses muscles ; de lui-même. Un cri s’extirpa de sa gorge enroué. Il suait. Ses yeux luttaient à s’ouvrir, le sang s’accumulait le long de ses cils. Sa main balayait sa peau afin d’en nettoyer le sang qui ne séchait plus, mêlé à sa sueur. D’immenses nuages de cendres cachaient le ciel. L’Uchiha raffermit son autorité sur Kenzaku et leva la pointe de son acier dans les airs. Tournoyant sur talon, il se retourna. La paume de Takeshi s’était délicatement posé sur la lame et elle poussait avec aisance l’homme dans ses retranchements. Le visage fatigué, la mine détruite, Shinzei désespérait des forces de son adversaire. Son sourire se plissa.

L’explosion fut imperceptible, Shinzei s’était effondré. Ses yeux s’étaient fermés et tout était devenu tellement noir. Il sentit sa respiration le lâcher. Le chakra l’étranglait, il suffoquait. Seule la sensation froide de Kenzaku le rassurait. Mais sa lame tremblait. Fissurée, la lame se dissipa. Et quelques larmes perlèrent le long de ses paupières closes. Elles léchèrent ses joues et se mélangèrent au sang. Des larmes pourpres. D’une violence inouïe. Son âme s’échappa, et il s’éteint.


***


Kuzako poussa la porte d’une main ferme. Elle s’avança vers son bureau et se laissa tomber dans son siège. Dans le sobre bureau du Domaine, quelques étagères remplies de livres décoraient les murs et entouraient une grande table de bois supportant deux ou trois dossiers impeccablement rangées. Elle soupira, fatiguée. Ikue l’imita quelques secondes plus tard et passa le seuil de la table, l’air décontenancée, quoi qu’au regard satisfait. Elle amenait avec elle Shinjô, Heji, Okane, Shizune, Kazahi, Toshiyo et Kegane. Les huit figures du clan s’assirent sur les chaises laissées à leur bon vouloir et respectèrent le silence voulue par la chef du Domaine du Tigre.

Shinjô n’était pas à proprement à parler un chef. Il avait longtemps secondé Takeshi dans son domaine jusqu’à ce que, à son tour, il se fasse évincer. Par aucun autre, il n’y avait eu personne pour le remplacer au poste qu’il occupait. Takeshi avait simplement supprimé les pouvoirs de Shinjô pour s’en emparer à son propre profit. Longtemps, l’homme politique avait délégué parce que, tout à fait logiquement, il n’avait jamais pu tout contrôler en même temps. Il avait placé ses pions et Shinjô était l’un d’entre eux. Et lorsque, peu à peu, à mesure du temps, différents fronts s’étaient stabilisés, il avait repris lentement les rênes des différentes institutions dont il désirait l’accès. Mais Kuzako ne se faisait aucune illusion. L’imposante carrure de l’homme âgé d’une trentaine d’année, n’inspirait rien d’autre qu’une passion nuisible pour son Domaine et s’il avait très certainement mal pris sa mise à l’écart, Shinjô avait toujours côtoyé Takeshi. Son visage paraissait tiré pour son âge même si sa longue chevelure brune en cachait une large partie. Son regard semblait désintéresser, peu curieux, un brin sommaire mais il ne perdait jamais une miette des évènements qui se dévoilaient à lui. L’air simplet du personnage et son manque d’objectivité certain contredisait un physique puissant et agréablement – ou dangereusement – calme. Shinjô ne défendait plus Takeshi, mais il était imprégné de la conception politique et sociale de son domaine. Kuzako n’en doutait pas, il serait son plus grand adversaire.

Seules deux femmes s’étaient assises en face d’elle ; trois, avec Kuzako. Shizune et Kegane étaient, comme Kuzako, des révolutions familiales. Le caractère patriarcal des branches familiales multiples et complexes du clan avait progressivement disparu pour laisser la place à une volonté de promouvoir la force de combat. Shizune avait facilement profité de l’extinction de la puissance provisoire du Domaine du Renard pour s’imposer comme la seule capable d’être en mesure de gérer la trentaine de membres d’un domaine pourtant prometteur. Sans être réellement belle, Shizune savait se faire respecter. Sa voix forte annonçait le plus souvent une position rigide mais réfléchie et lourdement pesée. C’était une femme d’action plus que de réaction et Kuzako savait qu’elle pouvait compter sur elle. Kegane s’était faite très tôt bien plus discrète. Elle s’était emparée du Domaine de l’Ours lorsque les siens avaient perdu la place qu’ils avaient autrefois dans le clan. D’une grande lignée de stratèges et maîtres des sceaux, elle s’était levé trois ans plus tôt contre son oncle et avait récupéré la gestion de sa petite famille lors d’un violent combat. Kegane reste un mystère pour tous. L’Ours s’était fait littéralement abattre par le conflit et la montée en puissance du Cygne et du Lion. La femme s’était toujours défendue de rentrer dans cette hostilité là et, de la même manière que Kuzako chez elle, elle avait fermé les portes de son Domaine. L’allure svelte et élancée de la jeune femme d’une vingtaine d’années rendait son air sombre d’autant plus mystérieux. Elle cachait ses oreilles et un regard vif et réactif sous une superbe chevelure brune. Kuzako n’avait encore jamais touché mot à ce personnage là mais elle connaissait la réputation des Uchiha du Domaine de la Loutre et plus particulièrement celle de Kegane. Ainsi, elle ne se préoccupa d’elle. Kegane était tout à fait capable de s’occuper d’elle tout seule. Elle l’avait par maintes fois prouvées.

Heji n’était pas très important. Kuzako ferait avec lui, mais elle savait bien qu’il ne ferait que rapportait la parole de Shinzei. Cela ne faisait pas de lui un homme fébrile et manipulé. Pour l’avoir côtoyé quelques fois, elle savait que sa petite taille et son air renfrogné faisait de lui un bougre engagé, mais il jouait son rôle de porte-parole à la perfection. Okane était par contre tout à fait propice à l’aider. D’un Domaine respectable, sans passé houleux ni glorieux, le Corbeau n’avait jamais causé qu’un peu de remous et son chef, père de famille et shinobi respecté et respectable. Sans envergure politique pour autant, le Domaine du Corbeau vivait dans son coin et entretenait quelques relations concluantes avec d’autres domaines voisins. Okane était un homme d’expérience, réfléchi et consciencieux. Sa haute posture, les épaules larges, ses bras puissants et sa lame luisante pendue à sa ceinture provoquaient en lui une aura d’une profonde humilité, d’une stature stable et d’un charisme certain. Sans être un homme politique, Okane ruisselait d’une image sage et stable. Toshiyo arborait les mêmes traits même si son expérience encore trop fraîche et trop jeune ne lui permettait d’aborder chacun des exercices de la vie avec la même assurance que son homologue. Sa fine posture, quoi que vivace, faisait de lui un homme d’action et de réflexion tout à fait nécessaire mais Kuzako devrait encadrer. Elle savait néanmoins qu’il ne poserait aucun problème et qu’il serait un atout non-négligeable. Kazashi était un vieil homme bourru et bougonnant. C’était un vieillard tendancieusement sénile et d’un rabougri austère. Peu diplomate, il portait un regard sur le monte sceptique, presque sinistre. Mais Kazashi se plierait au mouvement général. Et Kuzako ne pouvait pas se passer du Domaine de la Loutre, connu pour son organisation militaire rigoureuse, intransigeante et formidablement bien rodée. Durant de nombreuses années, jusqu’à ce que Takeshi remercie le grand domaine – devenu mineur au fil du temps – de la Loutre et décide de se passer des « Toru » de Kazashi – des duos efficaces mais pas nécessairement très délicats.

C’était cette association de personnalités, certaines souples, d’autres foncièrement rigides, que Kuzako voulait coupler à un mouvement général et populaire afin de faire du clan un mélange efficace, cohérent et surtout légitime. Quoi qu’effrayée par la tâche qui l’attendait encore, elle savait ne plus pouvoir retourner en arrière et espérait toujours convaincre la majorité d’entre eux ; les autres suivraient.

[Kuzako] – Heji, Shinjô, avez-vous des nouvelles de Shinzei et de Takeshi ?

Shinjô fronça les sourcils et lança un regard noir à la jeune femme. Elle sourit intérieurement mais ne dit rien. La réponse était sans équivoque : il ne savait rien ; et même s’il savait, il était clair qu’il ne parlerait pas. Heji, d’une voix rauque assurée lui répondit, se redressant sur lui-même.

[Heji] – Aucune. Je n’en ai plus depuis qu’il est parti vous rejoindre ce matin. Il n’est pas repassé au Domaine par la suite. Il fronça un sourcil, l’air curieux, ou inquiet. Est-ce que cela pose un problème ?

Kuzako pouffa de rire durant quelques secondes.

[Kuzako] – Aucun, Heji, aucun. Nous nous passerons de lui pour le moment. Quant à Takeshi … Son visage redevint intransigeant. Shinjô, je crois que nous nous contenterons de vous.

Le visage de Shinjô se métamorphosa. La surprise, l’étonnement, quelque chose se mêlait à une certaine colère. Il se leva et toisa le regard calme de Kuzako tandis qu’il remuait dans sa tête tout un tas de scénario plus farfelus les uns que les autres. Son air contrasté indiquait clairement qu’il ne savait pas réellement comment réagir, que la confusion de sa situation le rendait à la fois perplexe et irrité et que les deux mêlés provoquait en lui une rapide et violente poussée de colère.

[Shinjô] – Faudra-t-il nommé un nouveau chef au Domaine du Cygne ? Je ne renverserai pas Takeshi.

Kuzako sourit.

[Kuzako] – Vous n’avez pas l’air de comprendre. Takeshi a décidé que le clan ne le méritait plus. Son égoïsme a atteint son paroxysme et quels que soient les évènements futurs, il ne sera plus le bienvenu ici. Quant aux chefs … Elle fit tourner son regard sur chacun d’eux. Vous n’en serez bientôt plus. Les Domaines vont peu à peu disparaitre pour être englobé dans la structure générale du clan. Mon projet est de nous rassembler, il ne sera plus question de pouvoirs et de luttes. Les chefs se plieront à une assemblée, le Concile, et vous serez les représentants de votre branche. Vous n’aurez plus les moyens d’utiliser votre propre autorité, car seule le Concile aura la possibilité d’user de la force. Alors Shinjô, ne vous embarrassez pas. Vous ou un autre, cela m’est bien égal, tant qu’il y aura l’un d’entre vous qui pourra s’assoir sur un siège du Concile. Savoir qui ne m’intéresse pas, savoir pourquoi non plus. Choisissez celui qui vous semblera représenter au mieux vos intérêts. Si vous ne trouvez personne, alors ce sera vous. Son sourire s’accentua. Mais je suis à peu près certaine que Takeshi ne pourrait accomplir cette tâche.

[Kazashi] – Kuzako, vous êtes bien gentille, mais je ne veux pas qu’on remplace un tyran, s’il en fut un, par un autre. Nous qui avons été ignorés, nous n’avons pas à nous soumettre à votre autorité.

Kuzako se leva aussitôt, furibonde. Elle frappa le bureau d’un poing rageur et fixa le vieil homme d’un regard plein et intense. Sa colère était réelle et légitime. Mais Kuzako se surprenait à vouloir faire les choses trop vite. Elle supporta le regard compréhensif d’Okane, celui perdu de Toshiyo et toujours aussi discret de Kegane.

[Okane] – Kazashi, laisse-la s’expliquer. Ensuite nous conviendrons de ce qui est bon, et de ce qui ne l’est pas. L’homme se tourna vers elle. Nous avons bien conscience que la situation est délicate, Kuzako, mais je vous en prie, il est inutile de nous énerver. Quoi que pourrait faire Shinjô – et je suis sûr qu’il se retrouverait dans ses changements autant que nous – Konoha nous a apporté un message d’espoir. C’est une chose qu’on ne pourra plus nous reprendre.

Kazashi se leva à son tour et fixa son homologue du Corbeau avec un regard noir et démesurément inapproprié à la situation.

[Kazashi] – Ce bâtard du cygne n’a rien à faire entre nos murs ! Lui et les siens ont plongé le clan dans le chaos ! Et ce crétin de Shinzei en a rajouté une couche, lui et son ambition pourrie ! Où sont-ils tous les deux ? Pourquoi ne s’expliquent-ils pas de leur propre bouche ? Le vieil homme fut pris d’une toux rauque et, reprenant son souffle comme il put, il continua, la voix raillarde et amoindrie. Qu’ils viennent ou je m’occuperai de leur clore le bec à jamais !

Kuzako posa ses deux poings fermés sur la table et se pencha en avant, baissant les yeux vers le bois de son bureau. Un bref soupire s’extirpa de sa bouche tandis qu’elle s’imprégnait peu à peu de la lourde atmosphère qui régnait dans le bureau. Elle fixa un à un Okane, Kazashi et Shinjô, debout. Kegane ne bronchait toujours pas, irrémédiablement droite, comme si leur destin ne la préoccupait guère – mais elle savait que dans sa petite tête de femme, elle analysait de dix façons différentes la situation. Toshiyo montrait lentement qu’il n’était pas apte à gérer ce genre de situations complexes et s’enfonçait de plus en plus dans son siège, éprouvant une inquiétude grandissante pour un espoir qu’il avait peut-être porté un peu trop haut et trop vite.

[Kuzako] – Calmons-nous. Je ne veux pas que nous nous emportions. Ce que nous avons à faire prendra du temps et je veux que nous le prenions. Mais nous devons nous débarrasser très vite des maux de notre clan, et de la manière forte. Pour que notre geste soit symbolique. Et nous avons besoin de Shinzei pour cela.

[Kazashi] – Je ne sais pas ce que cet enfant de salaud nous apporterait de plus qu’une tête d’ampoule prétentieuse.

[Kuzako] – C’est votre avis, Kazashi, j’ai le mien. Et je crois que malgré les apparences, l’homme dont vous parlez à fait beaucoup plus que vous ne voulez l’avouer. Néanmoins, il est vrai qu’il hérite d’une certaine réputation. Elle déglutit sèchement, se rassit et d’un coup d’œil, invita ses congénères à l’imiter. Nous nous occuperons de lui donner un pouvoir que nous contrôlerons, voilà tout. Mais nous aurons besoin de lui, Kazashi.

Le vieillard se rassit en rouspétant dans sa grande barbe brune et lui jeta un regard noir.

[Kazashi] – Votre confiance en lui vous perdra Kuzako.

Peut-être, pensa-t-elle. Mais pour le moment tu m’emmerdes plus qu’autre chose, vieux con sénile. Elle se retint de ne pas lui lancer ses quatre vérités à la figure et se mordit le bout de la lèvre inférieur en guise de retenu. Okane la surprit et afficha un discret sourire amusé, même s’il se rendait bien compte que la situation ne l’y autorisait pas. Il les imita et retrouva son siège.

[Okane] – Parlez-nous de ce Concile, mon amie.

Kuzako lâcha un soupire de soulagement et s’enfonça dans son siège. Elle enlaça ses deux mains, se redressa brièvement et tenta de se décontracter en adoptant une assise confortable. D’une main tremblante mais à la volonté pourtant inébranlable, elle ouvrit un tiroir et en sortit un parchemin. Elle l’étala sur le bureau et d’un regard mystérieux, invita les sept Uchiha à se lever à l’entourer. Le symbole du clan, un large éventail aux détails particulièrement bien dessinés d’une encore noire, était entouré de deux coupoles verticales grossies de leur milieu puis affinée jusqu’à leur pointe. Une large bande noire traversait les deux entrées laissées libres par les coupoles, en haut et en bas. Elle avait été peinte de sorte qu’elle donne une fabuleuse impression d’arrière plan, comme recouverte par l’éventail. De multiples flammes, relativement petites, s’en extirpait par tous les côtés et laissaient le sentiment d’un brasier passé, à l’ancienne puissance dévastatrice mais aujourd’hui contenue, comme si quelqu’un ou quelque chose la retenait. L’empêcher de sortir.

Un chakra d’une couleur étrange l’entourait. Essoufflant, rauque, profond. On l’appelait Awaseru et elle était, la Réunification.






MessageSujet: Re: Le bruit de la révolte   Mar 15 Mar - 16:08

« Ne t’en souviens-tu pas, frère ? Ne te souviens-tu pas de la force que nous possédions, du charisme qui émanait de nos deux corps lorsque nous marchions tous deux, côtes à côtes, main dans la main ? Les ruelles de ce village que nous avons crée miroitaient d’un bonheur étincelant. Le soleil n’avait jamais été aussi haut dans le ciel, un ciel au bleu profond et magique. La brise nous apportait un peu de fraîcheur et nous cessions de marcher avec elle, contemplant notre œuvre. Nous étions des héros, mon ami, des héros respecté. On nous aimait et en échange, nous les aimions d’autant. Nous avons rayonné, nous avons crée ce monde. Il n’est pas parfait, non, il ne l’est pas encore. Mais chaque pierre que nous avons posé respire, elle insuffle un peu de repos à mon âme. J’ai l’impression de m’être battu toute ma vie mais tous deux, nous étions invincibles, comme si une force au dessus-nous nous protégeait. Elle faisait de nous ce que nous avons été, elle anticipait les moindres obstacles. Et même si tout ne fut pas simple, elle nous donna le courage de nous battre. Pas pour nous, frère, non, pas pour nous. Pour eux. Voilà, ce à quoi nous aspirions. Nous avons acquis le pouvoir, la puissance mais cela n’étaient que des instruments. Enfant, tu me demandais ce qu’il adviendrait de nous lorsque nous parcourions les terres du nord. Te souviens-tu de ce que je t’ai répondu ? Qu’il fallait continuer de chercher pour trouver enfin le lieu de notre idéal. Et nous l’avons trouvé. Avons-nous détruit la forêt ? Avons-nous creusé des tranchées ? Non, nous avons respecté la nature qui nous entourait et elle nous a aidé. Avons-nous exploité les hommes et les femmes qui partageaient notre idéal ? Les avons-nous rendus en esclavage ? Non, et nous étions les premiers à imprégner cette terre de notre sueur. Voilà notre seule fierté. C’est ce sceau qui nous liait qui nous a rendu assez fort pour toujours relever la tête.

Lorsque le sharingan nous a apporté l’ambition, l’orgueil, la prétention, il s’est développé, il s’est emparé de notre corps, puis bientôt, de notre âme entière et il a combattu nos maux pour qu’à notre tour, nous combattions ceux de nos paires. Et nous avons vaincu. Et nos enfants vaincrons eux aussi, grâce à lui. Il est l’essence de notre union. Il est notre cœur, frangin, et tu en as abusé, il t’a aveuglé et parce que tu t’es senti manipulé, tu l’as rompu, apportant la destruction, la haine, la colère et le mal parmi nous. Notre village a souffert mais il ne s’est jamais aussi bien relevé d’une telle bataille. Cela fait maintenant plusieurs années que tu as disparu dans les mailles de ma puissance – je le devais, je ne pouvais plus te laisser agir ainsi. Nous nous sommes assemblés, tous, pour combattre le fléau qui s’était étendu dans les rues devenues livides, sinistres. Mais cela n’était rien en comparaison de la véritable force de cette union. Je ne comprends que maintenant, après ta très longue – et possible infinie – absence. Les morts, les flammes, le brasier qui pénétra nos cœurs, ce n’était rien en comparaison de l’éternelle tristesse qui anime mon âme depuis ta tragique et regrettable disparition. Une tristesse que même le soleil de ce pays ne peut combler. Une tristesse que ni notre famille, ni notre projet pourtant bien avancé, ne saurait ombrée. Te souviens-tu du sens qu’il donnait à notre union ? Je ne le comprends que maintenant, Shizune.

Nous l’avions appelé Awaseru. Et sans toi, il ne signifie plus rien. Reviens. »

Pacte III, Awaseru, Kosuke Uchiha.

Ils versèrent un à un une goutte de leur sang. La feuille de papier blanchâtre s’imbiba du liquide rouge et les flammes qui traversaient l’éventail parurent s’embraser. Une lumière intense se concentra en son centre et la chaleur s’accrut. L’espace d’un instant, Kuzako crut que la flamme était prise des flammes mais d’un coup d’œil rapide, elle comprit qu’il en était autrement. Enfermés dans une prison de chakra, les Huit commençaient à suffoquer. La jeune femme peina à retrouver sa respiration et de son regard profond leur indiqua de garder leur calme. La lumière de la pièce disparut peu à peu et le terrain devint vague. Une immense plaine se dévoila à eux, quoi qu’elle leur semblait lointaine et infinie. Leur force les quittait peu à peu si bien qu’ils n’osèrent pas franchirent la bulle dans laquelle ils étaient retenus. Et puis, tout se passe trop vite. Une dose impressionnante de chakra s’extirpa des deux oboles qui entouraient l’insigne du clan et se concentra en son centre. Dans une explosion rapide et sèche, l’énergie fut expulsée par les deux entrées, en haut, et en bas, et remplit la petite bulle noirâtre. Au loin, la lune noire d’Amateratsu éclairait d’une partie de sa face visible une lumière insupportable qui dévoilait, sur l’autre versant, un terrain chaotique. L’onde les fouetta subitement. Elle pénétra par tous les pores de leur peau et en sortit aussi rapidement, laissant une vague de souffrance derrière elle, emportant un peu de leur chakra avec elle. Lentement, elle se colla contre la paroi de leur prison et commença de la grignoter. Lorsqu’elle céda, une deuxième explosion les jeta au sol violemment et Kuzako put à peine observer le chakra d’un rouge pourpre monter aux cieux, dévoilant une trainée étoilée magnifique.

« Mélangeant nos deux sangs, nous avions conclu le Pacte. Perdus dans les steppes arides et sinistres du Tsukuyomi, c’était l’essence de notre âme que l’on scellait à même la chaire d’Amateratsu. Nous l’avions observé fuir jusqu’à la lumière maudite. La déesse noire l’avait dévorée et de cette énergie folle et dangereuse, elle avait crée l’union parfaite. Nous nous étions réveillés d’un sommeil long d’une semaine et sur notre nuque, un sceau aux traits soignés et aux détails minutieux avait été apposé. Et nous avons commencé notre grande création avec une force que nous croyions divine. »

Pacte III, Awaseru, Kosuke Uchiha.

Leurs âmes s’éveillèrent. Un à un, les huit membres du Concile ouvrirent leurs yeux et le posèrent sur le soleil chaleureux du village. Par les fenêtres du bureau, ils contemplaient leur clan, les jardins fleuris du quartier et les immenses bâtisses qui se levaient entre eux. Quelque chose avait changé, quelque chose était apparu, mais aucun ne saurait dire quoi. Ce sentiment n’était pas fort, il était nuancé, agréablement diffus dans une sensation de bien-être qui disparut lentement, à mesure qu’ils retournaient à la réalité. Kuzako se rassit doucement dans son siège et posa ses deux mains sur le bureau, le regard livide, l’air perdue et à la fois reposé. Elle cherchait.

[Kuzako] – Itari Uchiha était un homme puissant. Il faut croire que l’histoire a effacé son nom, mais il n’en reste pas moins présent. Il est celui qui aurait rédigé les mémoires de Kosuke. Pas son interminable consistance, non, mais il en aurait organisé les parties et fait conserver l’ensemble. Il y a peu, j’ai retrouvé dans un vieux caveau de pierre enclavé sous le Domaine du Tigre, quelques morceaux des Pactes de Kosuke, ainsi que ce parchemin.

Elle posa son regard sur le morceau de papier avec un air effrayé et contemplatif. Le message, le sens que tout cela devait prendre restait flou, mais une chose était sûre pour tous : ils étaient maintenant liés. Par quoi, par qui et pourquoi, ils n’en avaient aucune idée. Les effets d’Awaseru étaient encore inconnus et il y avait fort à parier qu’ils le demeureraient. Sans hésiter, la jeune femme avait confié son bien à Kegane, afin qu’elle l’étudie, en omettant de préciser sa source. Mais elle n’avait pu creuser plus loin, un chakra à la fois étincelant et noir l’avait arrêté. Une chose était néanmoins admise dans leur esprit à toutes les deux : on ne pouvait défier Amateratsu. Le Tsukuyomi était pour tous un endroit resté mystique et dont la qualité destructrice laissait à penser qu’il fallait de toute évidence, éviter de se pencher sur un tel secret. Mais sans s’en rendre compte, et Kuzako ne leur en dit rien, ils y avaient mis les pieds et en étaient revenus.

[Kuzako] – Les paroles de Kosuke sont vagues et son expérience des techniques Uchiha, si elle fut tout à fait exceptionnelle, ne pourra pas rivaliser avec les moyens que nous avons aujourd’hui. Je pense toutefois qu’il y aura énormément de questions à soulever et tout autant de réponses à apporter. Concernant ce sceau et concernant le village.

L’air ahuri de certains l’amusa. Mentalement, elle se sourit à elle-même, dévoilant avec bribes les larmes de ses découvertes. La jeune femme les avait captivés en l’espace d’un instant, il n’en avait pas fallu plus, et trop aurait sûrement été défavorable. Mais la justesse de son action avait eu raison de leurs plus acariâtres obligations. Kuzako regretta de ne pas avoir dévoilé tout cela plus tôt, se rendant alors compte qu’elle possédait en main plus d’une carte, mais un véritable paquet. Elle balaya cette idée de son esprit : la nécessité demandait un élément déclencheur et un peu de temps. On lui avait offert l’un et l’autre, elle n’allait cracher sur aucun des deux.

[Kuzako] – Les Pactes semblent être un ouvrage relativement important de la vie de Kosuke. Il y narrerait sa vie depuis son plus jeune âge, raconterait la construction du village et les tourments politiques et militaires qu’il y connut avec son frère, Shizune. L’histoire telle que nous la connaissons découle d’une vieille tradition orale que nous avons un jour mis à l’écrit. Mais aujourd’hui … Elle s’arrêta l’espace d’un soupir puis reprit. Nous avons des sources qui prouveront sans mal la déformation de notre passé et de celui du village.

[Kazashi] – Etes-vous en train de dire que nous nous sommes plantés depuis des décennies ?

Elle le nargua d’un sourire amusé et haussa les épaules dans un autre soupir.

[Kuzako] – Non, bien sûr. Tout n’est pas faux. Et Kosuke n’est certainement pas objectif. De toute manière, je n’ai récupéré qu’une partie des Pactes. Le reste est à découvrir, ou il n’existe plus. Mais peu m’importe, c’est le personnage qui m’intéresse. Et son approche est tout à fait intéressante.

[Kazashi] – Plus tard, plus tard. Que savons-nous de ce sceau ?

[Kuzako] – Pas grand-chose. Il nous parle d’un lien mystique, d’une emprise de chakra qui donne force, courage et sagesse. Ce serait une œuvre divine léguée pour nous afin d’éviter les pièges des maux des hommes. Kosuke met les intrigues politiques qu’il connut sur la rupture de ce sceau qu’amena Shizune en l’effaçant de sa nuque. Ce sont des histoires, Toshiyo, mais je veux un symbole, et je l’ai trouvé.

La jeune femme afficha un air sévère presque triomphant.

[Kuzako] – Nous sommes liés. Par le sang que vous avez tous versés, nous sommes liés. Notre âme est prise au piège dans le Tsukuyomi et en échange, Amateratsu veillera sur nous. Voila le principe. J’estime maintenant que le Concile est réuni en présence de ce sceau. Awaseru a amené le courage à Kosuke. Je souhaite que les choses que nous avons prévu d’entreprendre connaissent son succès.


***


Okane attrapa Kuzako par le bras. Sa main s’était refermé habilement sur son coude, sans lui faire mal mais en montrant bien son assurance. La jeune femme termina de saluer ses congénères d’un bref mouvement de la tête et, lorsqu’ils ne furent plus que deux dans le bureau, elle sentit l’emprise de son homologue se défaire. Là, ils se détendirent.

[Kuzako] – Qu’y a-t-il, Okane ?

L’homme fronça les sourcils, tenta de percer son esprit par son simple regard, mais malgré toutes ces formidables capacités, il n’y parvint pas.

[Okane] – Je suis sûr que tu l’as sentie.

[Kuzako] – Quoi ?

[Okane] – Sa présence ?

Elle baissa la tête et soupira une dernière fois.

[Okane] – Kuzako. Il y avait quelqu’un d’autre.

[Kuzako] – Oui. Une autre personne était avec nous. Je pensais que personne ne la verrait. Tout est si …

Okane l’arrêta aussitôt.

[Okane] – Etrange ? Qui était-ce ?

La jeune femme se retourna et laissa Okane seul, debout, derrière elle. Elle se rapprocha des baies vitrées qui donnaient une vue superbe sur les jardins qui entouraient son domaine et d’une voix profonde, elle continua.

[Kuzako] – Je crois que Shinzei n’en finira jamais de nous étonner, mon ami.

Okane fut décomposé. Ses yeux rondouillards s’étaient fixés sur la nuque de Kuzako et gobait la marque encore toute fraîche. Une marque que Shinzei devait bien connaître. Une marque qui le rendait presque invincible. Une marque maudite, en somme.


MessageSujet: Re: Le bruit de la révolte   Sam 26 Mar - 17:05

C’était un monde de larme. Affolant et reposant à la fois, il l’avait toujours entraîné dans les confins, destructeurs, de son âme. Il avait cette faculté de lire en lui comme dans un livre ouvert avec un œil avisé, juste et particulièrement déstabilisant. Longtemps, Shinzei avait refusé cette vérité, il l’avait nié mais il s’était très vite rendu compte que le mensonge dévorait son âme, qu’il le dévorait de l’intérieur et qu’il en perdait son essence suprême, la seule pour laquelle il vive. Celle de ses ancêtres. Malgré sa puissance, ou malgré celle qu’on voulait bien lui accorder – et on lui accordait beaucoup, beaucoup trop – l’Uchiha n’avait jamais eu qu’une idée en tête. Tout au long de sa vie, des évènements l’avaient troublé. La fierté qu’on voulait lui voir aborder, l’orgueil avec lequel il devait animer chacune de ses victoires, chacun de ses mouvements. La conception même de se concevoir supérieur ne l’avait pas répugné, mais l’avait étonné et provoquait en lui, encore aujourd’hui, la perception d’un élément qui manquait. Ou d’un élément en surplus. Depuis sa plus petite enfance, on l’avait persuadé que cet élément avait un nom et comme tous les siens avant lui, on y avait fermement cru. Mais non, Takeshi n’était qu’une conséquence. Il était là parce que débarqué du bon endroit au bon moment. Bien sûr, il ne retirait en rien cette qualité que le chef du clan avait de corrompre, de noyer, de persuader l’autre. Il était une bête politique et il n’avait fait qu’accélérer le processus. Il était une bête politique qu’on avait bien voulu voir naître.

Les petits domaines survivaient et se tourner vers eux aurait été hypocrite. Ou vu comme hypocrite. Il y avait beaucoup à perdre à agir seul, trop, en fait. Et puis cette pensée ne s’était pas construite en un jour, en une nuit. Il lui avait fallu bien des années avant de comprendre les méandres du problème Uchiha, un problème qui existait bien et qui n’était pas le fruit des fantasmes de certains mécontents. Takeshi avait cette formidable faculté de réduire la parole des autres au néant si bien qu’il fallait être si gros et grand pour être écouté qu’on n’en voyait plus ses pieds. L’espace de quelques instants, le chef du Domaine du Lion s’y était perdu. Il avait très vite repris le contrôle de lui-même. Mais le problème n’était pas là, Shinzei n’y pensait plus. La manière dont on l’avait construit, celle dont il s’était construit lui-même ne l’intéressait plus. Et puis, même si elle pouvait être intéressante, un jour, elle ne changerait rien au cours de l’histoire. Ce qui était fait était fait, il ne pouvait revenir dessus. Sa principale cible allait tomber et c’était la seule chose qui importait. Parce qu’après, il ne raconterait plus le passé. Il écrirait l’histoire et cela avait bien plus d’intérêt. Pour lui comme pour beaucoup d’autres.

Shinzei n’était pas celui que tout le monde croyait. Mais cela il l’avait caché. Pour une raison ou pour une autre. Cela n’intéressait personne.

C’était un monde de larme. Un monde de sang, un monde terrible dans lequel il fallait avoir un nom pour survivre. Et encore. Les bras immenses d’Amateratsu n’étaient plus que de vulgaires moignons d’enfants. Ses flammes impénétrables n’illuminaient plus rien. La déesse gisait au loin et le regardait agir d’un œil mauvais. Il l’avait choisi plutôt qu’elle et il s’en désolait toujours, lui adressant parfois de brèves excuses peu convaincantes. Les voies de l’espoir demandent parfois plus de difficultés que celles de la destruction. Pourtant, toutes deux paraissaient impénétrables. Shinzei avait fait un choix, très tôt. Il avait fait le choix du sacrifice, devinant déjà dans quel chaos il serait plongé. C’était un choix qui n’avait pas muri. Il l’avait pris, voilà tout. Et lorsque les flammes impossibles du Mangekyou se mirent à grignoter son chakra, il n’avait pas hésité devant l’opportunité. Le Tsukuyomi offrait un pouvoir que nul ne connaissait encore. Sinon Kosuke. Mais le grand maître n’était pas aussi loin. S’il avait deviné les possibilités que le monde des morts offrait, il ne les avait pas explorés. Les deux pieds ancrés sur la terre de cendre, Shinzei observait sans sourciller les deux gigantesques portes qui se dressaient devant lui. Autour : le néant. Aucune verdure, seul d’immenses steppes lunaires s’étendaient à perte de vue. Le regard déstabilisé de Takeshi ne le fit pas sourire. Malgré l’avantage qu’il avait maintenant sur son adversaire, non, aucune satisfaction ne parvenait à le ravir. Ils étaient tous deux enfermés dans un rêve. Dans un cauchemar.

[Shinzei] – Tu m’auras donné du mal …

Takeshi posa ses deux mains sur ses genoux et se pencha, essoufflé. De nombreuses brulures parsemées ses vêtements tandis que son regard se perdait dans une certaine folie. Ses forces le retrouvèrent pendant quelques minutes, le temps que les illusions de Shinzei disparaissent. Mais son énergie parut s’envoler aussi rapidement et laissait l’Uchiha dans une incompréhension désespérante. Ses yeux jonglaient entre le paysage chaotique qu’il semblait découvrir et le regard ferme de Shinzei, usé mais maîtrisé. Le jeune homme tenait toujours son bras droit à la peau entièrement carbonisé mais conservait cette posture droite et haute. Entre les deux portes, une bourrasque balaya les cendres du sol et les bouscula. Elle s’interrompu presque aussitôt.

[Shinzei] – Il n’est plus temps de te rendre, maintenant. Je suis désolé de devoir nous imposer de tels moyens, mais tu ne m’as pas laissé le choix.

Takeshi tenta un rire cynique mais n’y parvint qu’à moitié, perdu dans un étouffement désagréable.

[Takeshi] – Est-ce que tout cela est vraiment nécessaire, Shinzei ? Ce combat ne rime plus à rien. Je n’accepterai jamais de perdre. Ce que j’ai fais, je l’ai fais pour le clan, pour qu’il rayonne. Quoi qu’il arrive, ce pouvoir tu ne l’auras pas. Il sera confisqué.

Shinzei parut surprise. Il n’avait encore jamais vu Takeshi se résoudre à l’avenir, un avenir défait, un avenir sans lui, à priori. Hypocrisie ? Sûrement. L’homme se sentait mourir. Il voyait déjà son corps désintégré, la grande faux glaciale de la mort s’occuper de son âme. Il haussa les épaules, fit quelques pas vers lui et s’arrêta à une poignée de mètres de son adversaire.

[Shinzei] – Je ne pense plus être à quelques subtilités pareilles, tu sais. Nous sommes ici, et la seule certitude que j’ai, c’est que tu n’en partiras pas, même si pour cela je dois rester avec toi à jamais.

Takeshi se redressa. Il le dévisagea longuement et sentit que quelque chose avait changé. Une nouveauté, surprenante, était apparue dans le regard de son adversaire. Sa posture n’était plus aussi hautaine mais avait gagnée en force. Quelque part, Shinzei semblait indétrônable même s’il ne voulait s’y résoudre.

[Shinzei] – Tu ne comprends pas ? Le pouvoir ne m’intéresse pas. Le pouvoir n’intéressait pas Kosuke. C’est un mythe, une légende ! La grandeur de notre clan n’est qu’un mensonge, Takeshi, une vue de l’esprit. Et tu nous as nourris de ce mensonge. Les paroles de Kosuke n’ont jamais été celles que tu as prônées. Son orgueil ? Il se lavait avec celui de ses ennemis. Son ambition ? Sauver sa famille. Son pouvoir ? Rare et peu utilisé. Les Uchiha n’ont jamais rayonné, ils n’ont fait que survire. Pour cela, ils ont développé des armes puissantes, mais elles n’ont jamais fait que protéger un village. Le nôtre.


Le vieil homme afficha de gros yeux ronds, surpris.

[Takeshi] – Et Shizune ? Et la guerre civile ?

Shinzei sourit à peine et haussa à nouveau les épaules.

[Shinzei] – Tu veux me l’entendre dire ? Shizune était dans l’erreur. Il s’est perdu dans tes propres maux. La prétention de cet homme a terrassé notre clan, voilà la réalité. Nous nous sommes construits sur des mensonges. Notre rivalité est un mensonge, des erreurs de l’histoire. Ta surprise ne m’étonne pas, tu n’étais au courant de rien, parce que la réalité s’est peu à peu perdue à cause d’hommes comme toi qui se sont servi de l’histoire. Il est temps que cette réalité ressurgisse et que nous œuvrions pour la tâche qui nous a toujours importés. Protéger Konoha. Une deuxième bourrasque les fit trembler. Lorsqu’elle disparut, le ciel redevint d’un noir éclatant et Shinzei continua. Tu m’as longtemps considéré comme un voyou qui jalousait ton pouvoir, et j’ai longtemps cru que c’était là, à ta place, que je devais être. Et puis j’ai découvert les pouvoirs des Dieux. Amateratsu, le Tsukuyomi, Susanoo ne sont pas des fantasmes, ils existent. J’en ai eu la preuve lorsque j’ai découvert le Mangekyou Sharingan. Une chose que tu as toujours cherchée, en vain. Je l’ai gardé pour moi, secret, et j’ai joué un jeu dangereux, espérant qu’un jour on me donne l’occasion d’agir. J’ai grippé lentement le système que tu avais bâti, je m’en suis imprégné pleinement et j’ai noué un pacte maudit. J’ai passé des semaines, endormis dans ces lieux, plongé dans un chaos indescriptible. Tu es la deuxième personne avec qui je partage ce secret, Takeshi. La différence, c’est tu n’en repartiras pas. Le Tsukuyomi n’accepte jamais de compromis. Il dévore et rien ne peut empêcher cela. J’ai donné mon âme pour cela, comme Kosuke et Shinzei l’avaient fait autrefois.

La voix de Shinzei changeait peu à peu. Le chef du Cygne aurait aimé l’arrêter mais il se rendit très vite compte qu’il ne pouvait plus. Son vis-à-vis vivait d’une telle rage qu’il ne pouvait rien faire. La colère se ressentait dans le timbre profond de Shinzei. Chaque mot était pesé, lentement articulés pour qu’ils frappent.

[Shinzei] – Lorsque j’ai découvert la disparition d’un enfant de ton Domaine, je me suis posé des questions. Je me suis demandé quelle plan tu confectionné encore. J’ai fais des recherches et j’ai finalement retrouvé l’enfant. Bien entendu, il avait tout oublié. Trop tôt, trop jeune, sûrement. Il fouinait dans quelques poubelles pour survivre. Il n’avait rien d’un Uchiha mais je l’ai reconnu et lorsqu’il s’est tourné vers moi, j’ai compris. A l’âge de six ans, je le liais à moi. Le minuscule sceau que je posais derrière son genou me connectait à lui. Je n’étais encore qu’un petit génie, une talentueuse pousse mais déjà je connaissais les pouvoirs du Sharingan, sans vraiment les comprendre. Plusieurs années plus tard, tu le retrouvais à ton tour et l’invitait dans ton Domaine. Là, tu t’es occupé de lui, tu as partagé tes enseignements. Comme un sauveur, tu t’es montré à lui, illuminant son avenir assombri. Tu n’as pas oublié, n’est-ce pas ? Le destin de Sabi s’est éteint bien trop tôt. Sanobu, ton cousin, ton homme de main, un bouffon à ta charge, cet ignoble bâtard avait délaissé son propre fils et tu n’as rien fait. Je n’ai compris cela que bien plus tard lorsque lui aussi je l’ai retrouvé. Tu n’avais rien à faire, c’était sur tes ordres qu’il avait agi ainsi. Des yeux de Sabi, je voyais tout. Je te l’ai dit, nous étions liés. Il a longtemps cru que j’étais un fantôme ces rêves, ces songes. J’ai appris à maîtriser le Mangekyou, à comprendre le Tsukuyomi et mon image a changé. Toute sa vie de shinobi, Sabi l’a partagé avec moi. J’étais derrière lui, caché dans le fond de son âme, et lui dans le fond de la mienne même s’il n’y pouvait rien faire. J’ai vécu chacune des étapes de sa vie. Et puis un jour, il s’est souvenu. Sanonbu, ce traître, qui transmettait des informations à Noya. Toi, qui complotais avec lui dans notre dos à tous. L’attaque d’Asahi n’était pas anodine, même si je n’ose t’accorder qu’un très faible rôle là-dedans. Tu n’es qu’un électron invisible, Takeshi. Ce que tu as fais avec les malfrats comme Noya ne m’intéresse pas, ils n’auront fait que jouer avec toi, pour si peu, toi qui pensait être promis à une place plus haute encore. Mais tu as plongé une famille entière dans la déchéance ! Où sont Idji et Sabi ? Qu’as-tu fais pour eux ? Tu n’es pas un tyran, Takeshi, tu es un enfoiré de traître, un monstre sans émotions. Tu as détruit plus de vie Uchiha pour t’affirmer que tu n’en as sauvé, tu as détruit un clan jusqu’à la moelle et tu m’as détruit, moi.

Un silence mortel s’installa entre eux. Takeshi avait arrêté de respirer. Il regardait Shinzei, abasourdi parce qu’il venait d’entendre. Il connaissait tout cela, bien sûr, mais jamais il n’aurait imaginé Shinzei si près de la vérité. Il l’approchait même avec une insolence sans pareil. Ces histoires étaient enfoui dans sa mémoire depuis des années en n’en étaient jamais sorties. Sanobu était parti en exil et il y avait fort à parier qu’il ne reviendrait plus. Idji avait disparu et si ce n’était pas Noya qui l’avait emporté avec elle, elle était sûrement morte depuis bien longtemps. Quant à leur fils …

[Takeshi] – Ce petit imbécile s’est explosé contre un mur, qu’est-ce que j’aurais pu faire contre cela ? Il a pris des décisions par lui-même, de biens mauvaises décisions. Il aurait pu rester à mes côtés et construire quelque chose de grand. Je le lui avais promis. Mais il a fallu qu’il se soulève et il est parti. Sabi n’est pas de notre famille, il nous a trahi, Shinzei ! Il t’a trahi lorsqu’il s’est suicidé contre Noya. Tu ne connais rien de sa vie, tu n’as pu voir que sa chaire calcinée, Shinzei ! Le lien dont tu parles n’est qu’une vision de l’esprit ! Sabi était un enfant perdu, un enfant maudit !

Shinzei lui sauta dessus. Son déplacement fut presque imperceptible mais Takeshi en eut la respiration coupée. La main de l’illusionniste s’était enroulée autour de sa gorge tandis qu’il le soulevait lentement dans les airs. Ses doigts se refermaient peu à peu, imposant une pression insoutenable. Le regard noir de Shinzei transperçait Takeshi tandis qu’il pouvait parfaitement décrire l’unique Mangekyou qui scintillait dans sa pupille gauche. Le terrifiant spectre coulait le long de ses bras, enveloppant son ombre, s’immergeant dans son âme. La colère de Shinzei n’avait plus de limites. Elle se parait d’une nouvelle couleur morne, d’une tristesse infinie et semblait se battre contre l’aura austère du Tsukuyomi. Le chakra de Shinzei s’évapora de son corps en une immense sphère et un cri strident en sortit.

[Shinzei] – Connais-tu l’Awaseru, Takeshi ? De son autre main, Shinzei tira sur le col noirci par les flammes et fit apparaitre un magnifique sceau le long de sa gorge. Voilà l’arme ultime des Uchiha. Une arme qui confère des pouvoirs extraordinaires. Des pouvoirs que tu ne pourras jamais comprendre et qui consumeront ton âme. Sabi est mort par ta faute, seulement par ta faute. Tu ne vas pour mourir, non, cela ne serait pas juste. Je vais te donner le temps de réfléchir à tout ce que tu as fait, tout ce que tu as détruit.

Il sourit et dans un sourire noir, le chakra tout autour de lui s’intensifia en une couche protectrice. Derrière lui, la deuxième porte s’ouvrit lentement, lâchant quelques relans sismiques. Un vent chaud et nauséabonde en sortit et les attira d’une force impossible à combattre. L’emprise de Shinzei se dissipa.

[Shinzei] – Un temps infini, mon ami. Un temps infini.


MessageSujet: Re: Le bruit de la révolte   Lun 4 Avr - 11:51

    Iki
    : +50% Bonus Inclus
    : +144 XP

    : On sent tout de suite l'inspiration Uchiha qui coule dans tes veines en abordant ce RP d'une grande richesse. Le RP peut sans doute être tortueux pour un non-initié au clan Uchiha, beaucoup de personnalités, beaucoup de jeux de rapports entre ces mêmes personnalités qui font qu'il vaut mieux être imprégné de l'histoire Uchiha pour bien comprendre tous les objectifs de cette session. Au-delà de ce détail, ça a été une très bonne session à découvrir et à suivre. J'espère qu'il en sera encore ainsi pendant très longtemps !
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MessageSujet: Re: Le bruit de la révolte   

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